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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:37

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Lutter de toutes nos forces contre la guerre et les aventures militaires dans la région du Golfe persique et au Moyen-orient !

Article du Tudeh, parti communiste iranien, publié dans l'organe central du Tudeh « Nameh Mardom »

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Les événements de ces dernières semaines, telles les nouvelles portant sur les troubles en Syrie et le programme « nucléaire » de la République islamique Iranienne sont des signes de tensions sans précédent dans la région et d'un risque de déclenchement d'une guerre désastreuse et meurtrière qui pourrait facilement s'étendre et prendre des dimensions mondiales.

Les menaces explicites des décideurs américains, britanniques et français sur la nécessité de renforcer les actions contre l'Iran et la Syrie sont à l'origine d'une situation dangereuse dans la région et particulièrement pour ce qui est de notre pays, qui ne peut être ignorée. L’extension des sanctions contre la République islamique iranienne a sans aucun doute causé des troubles économiques sérieux en Iran. Une hausse inédite du prix des monnaies étrangères, en d'autres termes la dévaluation de la monnaie Iranienne, et par conséquent la hausse des prix des biens de consommation, au moment où le chômage atteint des records historiques et où les usines ferment les unes après les autres, a mis en péril les conditions de vie de vastes couches de la société et plonge de plus en plus la grande majorité de la population dans la pauvreté et la misère. Et ce n'est que le début d'une guerre économique totale imposée à notre peuple, identique à celle subie par le peuple Irakien avant l'invasion militaire meurtrière des forces de l'OTAN contre ce pays. Ne pas être en mesure de vendre du pétrole ni d'importer les biens stratégiques indispensables seraient un désastre économique colossal pour un pays où le capitalisme mercantiliste d'une part, et la mise en œuvre des politiques de la Banque mondiale d'autre part, ont considérablement amoindri nos capacités de production nationales et ont transformé notre économie en une simple économie d'exportation de pétrole et d'importation de tous les biens de consommation nécessaires. Ceux qui organisent à l'échelle mondiale ces sanctions, en particulier les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, ont prévu ces sanctions en ayant en tête ces problèmes.

Ces plans inhumains ont des objectifs plutôt clairs :

- Forcer la République islamique à réagir violemment pour s'en sortir, et créer donc un scénario qui poserait une base sur laquelle il serait possible de convaincre les autres puissances mondiales qu'une guerre totale est nécessaire ;

- Essouffler le mouvement pacifiste pour le forcer à capituler devant n'importe quel scénario qui proposerait une issue à cette situation très difficile ;

- Exciter et mobiliser des fractions de droite du mouvement ainsi que certaines forces de gauche qui ont retourné leurs veste, et les pousser à soutenir la soi-disant intervention « humanitaire » comme ultime option pour faire évoluer la situation ;

- Les objectifs à long-terme de cette aventure militaire et probablement d'une guerre régionale sont clairs : contre-carrer la crise économique mondiale ; reconfigurer les politiques économiques à l'échelle mondiale sur la base de la concentration de capitaux astronomiques ; constituer le Grand Moyen-Orient afin d'étendre leur cercle d'influence politique et économique ainsi que leur domination sur une région stratégique du point de vue énergétique ; détourner les capacités de protestation massive des peuples de la Tunisie et l’Égypte, en Afrique du nord, à la Syrie et l'Iran et d'autres pays du Golfe persique et mettre un terme aux mouvements progressistes dans la région et mettre en place des « îlots de stabilité politique » qui puissent garantir les intérêts de l'impérialisme, à court et long-terme, dans la région. Hélas, les derniers événements donnent des signes de l'état d'avancement de ce scénario pré-établi par les complexes militaro-industriels mondiaux.

Les leaders du régime répressif et obscurantiste de la République islamique estiment qu'il n'y a pas de place pour le recul, et au lieu de penser à des façons de faire baisser la tension, ils développent les programmes nucléaires et brandissent des menaces militaires face aux sanctions économiques. Ali Khamenei, leader de la République islamique, a déclaré le 3 février, affirmant que l'Iran ne reculerait pas, que le pays était prêt à la guerre et a mis en avant l'expérience de la « guerre de 33 jours du Liban » face à l'ennemi. En réponse aux menaces Israéliennes, il a évoqué des menaces qui trouveront une « réponse appropriée en temps voulu ». L'ambassadeur Iranien en Russie a également parlé de frapper les intérêts américains et occidentaux dans le monde entier. Et après ces commentaires, ce fut au tour de Mahmoud Ahmadinedjad, lors d'un discours pour le défilé de l'Anniversaire de la révolution, à Téhéran, de promettre que « le monde allait bientôt prendre connaissance de nouvelles prouesses Iraniennes en terme de technologie nucléaire. » Ces commentaires ont été faits au moment où les manœuvres militaires pour fermer le détroit d'Ormuz ainsi que des avertissements officiels et clairs pour le départ des porte-avions Américains et Britanniques du Golfe persique, ont déjà montré leurs conséquences inquiétantes et ont fait grossir les rangs de ceux prêts à rejoindre l'invasion militaire de l'OTAN en République islamique. Les menaces Iraniennes « justifient » clairement la concentration de flottes sous commandement de l'OTAN dans le Golfe persique et en mer d'Oman, et les quantités énormes d'armes vendues aux pays de la région, comme aux émirats, et la création d'une « hystérie » mondiale autour d'un péril nommé « République islamique ».

Les dernières nouvelles indiquent que les bases sont jetées pour une catastrophe qui devient de plus en plus imminente :

- Le Pentagone a commandé auprès de l'industrie militaire américaine une nouvelle génération de bombes anti-bunker de très gros calibre ;

- Le journal Al-Arabia, citant le Washington Post, affirme que la discussion au sein des cercles dirigeants des Etats-unis et des autres pays de l'OTAN n'est pas de savoir si, mais bien quand et comment infliger à l'Iran des frappes préventives ;

- De larges campagnes médiatiques sont menées contre l'Iran et la Syrie, et des comptes-rendus rapportant l'implication du Corps révolutionnaire iranien dans les violences contre les habitants de Homs, en Syrie, y compris le reportage de Russia Today concernant une éventuelle préparation de 15 000 soldats du Corps révolutionnaire prêt à se déployer sur le front de la guerre Syrienne ;

- Radio Israël a indiqué des dizaines de milliers de soldats Américains sont en train de monter à la hâte des systèmes Israéliens anti-missiles ;

Dans cette atmosphère et à l'invitation des organisations de paix, la première vague de manifestations contre la guerre a commencé dans les rues Canadiennes, Américaines et Anglaises. Même si ces manifestations ont été organisées dans la précipitation, elles ont été relayées par les médias, et ont reçu un certain soutien populaire. D'autre part, la République Islamique qui a méthodiquement réprimé toutes les organisations de paix nationales et n'a permis aucune manifestation contre la guerre a tenté de dénaturer les objectifs de ces actions et s'en est servi de façon malhonnête pour les dépeindre comme des mouvements favorables à la politique que mène la République islamique. Les véritables organisations de paix progressistes s'opposent à toute intervention des impérialistes dans les affaires de quelque pays que ce soit même sous le masque de l'intervention « humanitaire », et s'oppose clairement et résolument à de telles interventions, et contrairement à certains conciliabules, qui se tiennent à huis clos, ne se taisent pas devant de telles interventions. La voie proposée par la République islamique, cependant, est claire. Interpréter cette opposition sans la moindre ambiguïté à toute ingérence extérieure comme un soutien des forces éprises de paix du monde entier à la cruauté et au crime, et à l'oppression du peuple que défendent des régimes comme celui théocratique de la République islamique, c'est avoir un toupet qui est le propre des dirigeants de la République islamique. La réalité est que la plupart des organisateurs de ces mouvements de protestation ont inlassablement manifesté leur opposition aux politiques et aux actions du régime théocratique dans notre pays, et leur opposition aux aventures militaires de l'impérialisme dans la région s'inscrit en solidarité avec la lutte des travailleurs dans notre pays.

Dans son communiqué du 7 février, le Conseil mondial de la paix a analysé les plans impérialistes visant à constituer un Grand Moyen-orient et examiné les situations actuelles en Syrie et en Iran, le déploiement massif de forces militaires américaines dans le Golfe persique, l'alignement des Cheikhs du Golfe persique sur l'Occident et les provocations constantes d’Israël contre l'Iran, et a affirmé la position de cette organisation progressiste sur les droits démocratiques du peuple et sur les interventions étrangères :

« Nous exprimons notre soutien à la lutte complexe du peuple Iranien pour la paix, la démocratie et la justice sociale et le rejet de toute ingérence dans les affaires internes Iraniennes sous aucun prétexte. Nous réaffirmons une fois de plus le droit inaliénable de toute nation à développer l'énergie nucléaire à des fins pacifiques (…) Nous soutenons les véritables exigences pacifiques, sociales, politiques et économiques du peuple Syrien et affirmons une nouvelle fois qu'aucune puissance n'a le droit de décider pour un autre peuple ou une autre nation. L'humanité ne peut tolérer d'ingérence étrangère dans les affaires internes d'un peuple. La souveraineté d'un pays est de la seule responsabilité de son peuple. » Le communiqué poursuit : « Les forces démocratiques, anti-impérialistes, éprises de paix du monde entier doivent briser le silence et dénoncer les campagnes perfides de l'impérialisme qui ouvre la voie à cette nouvelle agression (…) Nous nous engageons à poursuivre la lutte et à mobiliser des forces dans le monde entier afin de créer les fondations permettant de passer à une nouvelle étape dans la lutte anti-impérialiste, pour défendre la paix, la solidarité et l'auto-détermination des peuples. Nous sommes convaincus que la lutte des peuples pour la paix l'emportera ! »

L'expérience des manifestations mentionnées démontre que l'articulation de slogans pour la paix et le mouvement contre la guerre avec la lutte progressiste de notre peuple pour la démocratie est une nécessité et devrait être mise en avant par les organisations pacifistes de notre pays. Nous nous trouvons devant des jours et des semaines capitales. La région du Golfe persique et le Moyen-Orient sont au bord d'une guerre destructrice qui pourraient s'étendre et prendre des dimensions mondiales. Nous devons réagir face à de telles aventures dangereuses avant qu'il ne soit trop tard. Aujourd'hui, nous ne devons laisser passer aucune occasion de nous opposer à la guerre et aux fauteurs de guerre, et empêcher la catastrophe avant qu'elle n'éclate.

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:32

Flag-map_of_Syria.pngLe dialogue est-il impossible ?

Communiqué du Parti communiste syrien (unifié)

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Depuis le début des événements en mars dernier, deux voix se sont faits entendre dans notre pays, la première par le son des balles, l'autre c'est celle de la sagesse, du dialogue et du rationalisme.

Les balles ont fait leur travail. Des irresponsables ont réussi à déstabiliser le pays, terrorisant les citoyens et les privant d'une des choses qu'ils chérissaient le plus jusqu'alors... la sécurité, et sabotant plusieurs usines construites par les Syriens au fil des décennies.

Des balles ensanglantées, nées de provocations et d'excitations, alimentées par des discours emplis d'ignorance ont révélé à quel point les forces obscurantistes ont réussi à corrompre les esprits d'une partie de la jeunesse au cours des cinq dernières décennies. Avec une liberté absolue, ces forces ont œuvré, circulé et conspiré, alors que les appareils d’État dans le même temps ont exercé des restrictions contre des penseurs éclairés et laïcs. Ce sabotage a assombri les esprits des Syriens, nourri la haine des autres dans leurs têtes et contribué à libérer les instincts les plus vils. Les événements violents qui ont lieu dans nombre de régions Syriennes montrent que la priorité urgente doit être de travailler les esprits de la jeunesse de notre pays. Un tel travail ne peut être le fruit que des efforts unitaires des forces démocratiques et laïques, qui doivent contribuer à libérer les esprits de la jeunesse de cette pollution intellectuelle.

Certains pourraient objecter – et en fait, c'est bien ce qui se dit – que la force est le seul moyen de remettre ces esprits en place. L'expérience récente montre bien que la force seule, si elle n'est pas accompagnée d'une action politique de tous les instants et de solutions politiques, ne peut que compliquer les choses et provoquer de nouvelles tragédies.

La solution en Syrie devient de plus en plus compliquée, la violence est devenue une pratique quotidienne. La crise Syrienne est devenue régionale et internationale. Les forces obscurantistes ainsi que les groupes armés sont de plus en plus nombreux et actifs. Ils ont pris l'initiative, indépendamment de leurs différences en terme d'idéologie, de doctrine, d'orientation et de relations sociales. Des groupes oppositionnels sont parvenus à faire dérailler les mouvements de protestation, pacifiques à l'origine, et à les faire entrer dans le cercle de l'action armée.

Les conséquences de cette transformation ne sont pas seulement dangereuses mais bien catastrophiques pour notre pays.

Cela impose à toutes les forces patriotiques, nationalistes, de gauche, démocratiques et laïques d'unir leurs efforts pour trouver une solution pour la crise dans notre pays sur la base d'une solution politique qui ferait de la Syrie une société démocratique et pluraliste, régie par les principes d'un État de droit. La voie menant à cette solution est celle du dialogue, et seulement celle-ci. Seul le dialogue peut nous permettre d'atteindre ce but.

Jusqu'à présent, il y eut plusieurs tentatives pour lancer un dialogue entre ces forces. Il est possible de dire qu'il y a une forme de dégel pour ce qui est des relations entre ces forces. Pourtant, nombreux sont encore les obstacles qui empêchent ces forces de parvenir à des solutions pacifiques, menant à un accord historique entre tous les partis intéressés à un pays de progrès, démocratique et sûr, en préservant son orientation patriotique.

La relance des efforts visant à parvenir à une solution politique exige de tous les partis qu'ils sortent du cercle alimentant les groupes armés dont la force n'est que la conséquence du manque de place laissé à une solution politique hors de toute ingérence extérieure. Cela exige également la fin des conditions posées à l'ouverture du dialogue. La foi dans la capacité à trouver des solutions à cette situation complexe sans dialogue est erronée et ne peut nous conduire qu'à l'enfermement dans un cercle vicieux. Dès que le dialogue sera lancé, de nouveaux horizons s'ouvriront et de nombreux obstacles seront levés. La réalisation de tous les objectifs mentionnés ci-dessus nécessite de tous les partis qui participeraient au dialogue un certain degré de réalisme politique, une compréhension du rapport de forces politique. Il ne doit jamais négliger les activités de groupes armés qui refusent et n'ont aucun intérêt à trouver une solution. Ces groupes ont des liens avec des cercles impérialistes étrangers qui leur fournissent de l'argent, des armes, des hommes et des médias bienveillants. Ils appellent à une intervention impérialiste étrangère – Américaine et Européenne – mais aussi de pays réactionnaires Arabes afin de détruire et de diviser la Syrie. Leur lutte n'est pas dirigée uniquement contre le régime, comme ils le prétendent, c'est une lutte pour liquider la Syrie et en faire une nouvelle Libye. Ils n'atteindront pas le but même si toutes les forces impérialistes les rejoignent dans leur tâche !

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:28

syrie-map1.jpgLe « printemps » syrien va probablement se faire entre Syriens. Le chef de l’armée des Etats-Unis, le général Martin Dempsey, nous en bouche un coin. Il dit qu’il est « prématuré de prendre la décision d’armer l’opposition en Syrie » et « met au défi quiconque d’identifier clairement ce qu’est le mouvement d’opposition en Syrie actuellement ». De toute évidence, le monsieur n’est pas en phase et se fiche de l’être avec les « amis de la Syrie » et avec les médias qui, eux, savent ce qui se passe et qui est le mouvement d’opposition. Il faut deviner que le général dont l’implication est autrement plus risquée et coûteuse que celle des propagandistes, s’informe ailleurs que chez le gars de l’OSDH planqué à Londres et ne s’amuse pas. Pour être plus explicite, il s’épanche : « Il y a des informations selon lesquelles Al-Qaïda est impliqué et qu’ils cherchent à soutenir l’opposition. Je veux dire qu’il y a plusieurs intervenants et que chacun essaye de jouer sa partition propre pour renforcer sa position ». Il en rajoute une couche : « La Syrie est une arène en ce moment où tous les divers intérêts essaient d’intervenir ». Dommage qu’il n’en dise pas plus que ce qu’il sait réellement, mais à la bonne heure !

On apprend de source sûre que la situation est loin d’être aussi nette que l’on veut nous faire accroire. Notons qu’à aucun moment il n’a fait allusion à un bombardement dont seraient victimes des populations civiles. Ainsi, on comprend pourquoi les bruits de botte se sont particulièrement faits discrets et pourquoi le Tunisien chargé de parler au nom de la « communauté internationale » répète à qui veut l’entendre qu’il est contre une intervention militaire. Pathétiquement, il dit qu’il ne veut pas d’un scénario à l’irakienne. Il aurait pu tout autant se référer au cas des voisins Libyens, propulsés dans une effroyable situation de non-droit.

Dans la foulée, il est intéressant de constater les effets de l’euphorie va-t-en guerre sur les journalistes des médias engagés dans l’affaire. Un éditorial d’un quotidien algérien en plein dans la verve « printanière » a fait une fleur à Hitler, en le déclassant dans le palmarès des criminels de guerre et en plaçant devant lui Bachar El Assad. L’argument de l’auteur se veut convaincant : Hitler n’a pas tué des Allemands, il a tué « des juifs, des tziganes et d’autres peuples », Bachar a tué des Syriens. C’est pour dire qu’on ne sort jamais indemne si on ne fait pas attention à ne pas se laisser porter allègrement par les vents dominants. Le plus sûr est de ne pas devancer l’appel. Quand on est dans ce type de disposition, il faut marcher au pas et rester à l’écoute des décideurs, surtout qu’ils sont autant imprévisibles que la Bourse qui dicte leurs politiques. Le mieux, toutefois, serait bien évidemment de se méfier de toute opération qui enthousiasme ceux dont on sait les sentiments à l’égard des indigènes, se voudraient-ils « démocrates », comme il sied pour entrer dans leurs bonnes grâces et se donner l’illusion de s’être émancipé à leur regard.

Les Syriens quant à eux vont élire leur premier Parlement qu’ils souhaitent représentatif. Ils nous diront peut-être s’il valait mieux cela qu’un CNT largué par l’OTAN. Pour les Libyens nous connaissons la réponse, y compris de la bouche des « révolutionnaires ».

 

Ahmed Halfaoui

 

http://www.lesdebats.com/editions/220212/les%20debats.htm#H

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:22

trop.jpgJamais dans l’histoire européenne, en dehors de périodes d’occupations étrangères, un pays n’a subi un tel diktat provenant de l’extérieur. Les plans drastiques d’austérité imposés à la Grèce par ce qu’on appelle la « troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds Monétaire international) sont ratifiés quasi dans l’immédiat par une majorité de parlementaires qui y sont contraints.

Ce phénomène inquiétant ébranle des principes de base de la vie commune. Le premier étant la souveraineté, le second le processus démocratique de décision, le troisième est la solidarité.

Aucun traité ne donnait jusqu’à présent de pouvoirs à la troïka... C’est une sorte de gouvernement supranational né de la crise de la dette souveraine, qui sert en fait d’exécuteur de basses œuvres au remboursement aux créanciers – c’est-à-dire les banques privées – des Etats endettés, aujourd’hui la Grèce. Il impose des plans de remboursements accompagnés de « cures » d’austérité, sans aucun pouvoir de contrôle de l’Etat débiteur, il pratique un chantage à l’aide financière vitale pour ce pays virtuellement en faillite. Il ne tolère aucune discussion. En réalité, ce gouvernement n’a pas d’armée, mais il possède une arme de destruction massive : l’argent.

Ainsi, la souveraineté est tuée et le processus démocratique de décision paralysé. Face au chantage à l’aide financière, les instances démocratiques sont contraintes de s’incliner.

La grande gueule de Daniel Cohn Bendit qui, s’il est très médiatisé, ne représente qu’un groupe minoritaire au Parlement européen, a dénoncé « les talibans néolibéraux qui règnent en Europe ». Très bien ! Il a mis du temps à s’en apercevoir : il oublie qu’il a milité pour le modèle libéral européen figurant dans tous les traités depuis Maastricht. Et puis, il sait bien qu’aucune formation politique importante représentée à cette Assemblée ne le prendra au sérieux. C’est ce genre de contradiction qui affaiblit toute opposition à la doctrine dominante. Le temps n’est plus à la démagogie ! D’autant plus que notre Dany fort dérougi justifiera quelques jours plus tard le fameux MES (Mécanisme Européen de Stabilité, autrement dit, le deuxième volet du traité « Merkozy » )…

Le 12 février, le Parlement grec a adopté le nouveau plan de rigueur préparé par le ministre des Finances Evangélos Vénizelos à la demande de la troïka afin de débloquer un nouveau prêt de 130 milliards d’euros à Athènes. Le plan sera présenté le 15 février à l’Eurogroupe, dont le feu vert est nécessaire pour que la Grèce puisse lancer une offre publique de restructuration de sa dette auprès de ses créanciers privés, le 17. Le plan prévoit une réduction de 22 % du salaire minimum (ramené à 586 euros brut sur 14 mois), la suppression de 15 000 emplois publics en 2012, de nouvelles coupes dans les retraites complémentaires et dans les salaires des fonctionnaires, ainsi que la réduction du budget de la sécurité sociale et de l’armée et la privatisation de quatre entreprises d’Etat.

N’est-ce pas volontaire ? Réduction des salaires, suppression d’emplois publics, privatisation. Ces plans sont appliqués partout où passent les « talibans néolibéraux ». En effet, ce n’est pas nouveau. À chaque fois que des plans de restructuration sont imposés de l’extérieur, ils vont dans le même sens. Cela a commencé en 1973, après le coup d’Etat au Chili. Les « talibans » étaient à l’époque les « golden boys » de l’école de Chicago.

L’austérité imposée par la force à la Grèce, mais aussi, pour bientôt, à tous les Etats de la zone Euro est absurde. L’économiste Jean-Paul Fitoussi dans le « Monde » du 16 février explique : « Ce tête à queue des stratégies européennes - lutter contre une insuffisance de la demande par une politique d’austérité aux fins d’augmenter l’offre – est pour le moins énigmatique. » Pas tellement, M. Fitoussi ! Cette politique absurde, violente, destructrice ne fait-elle partie d’une stratégie bien élaborée ? Difficile de répondre, mais il est clair que tout va dans la même direction et qu’aucune force politique importante n’essaye d’y changer quoi que ce soit.

En tout cas, tous s’accordent pour admettre que le dernier plan infligé à la Grèce est le plus violent d’entre tous. Certains, comme l’Italien Monti, pensent même qu’on est allé trop loin. Logique : nul n’a envie de voir éclater une révolution dans son pays !

Mais, dans une belle unanimité, le mécanisme est adopté par l’Eurogroupe le 21 février.

Ces traités, ces plans, ces nouvelles mesures, de quoi s’agit-il exactement ?

Le plan « Merkozy » était inscrit dans l’évolution européenne depuis longtemps. Il se trouvait déjà dans le pacte dit « de stabilité et de croissance » (PSC) dont le texte a été adopté au Conseil européen d’Amsterdam en 1997, cinq ans après le traité de Maastricht qui fonde l’Euro.

Ce pacte est un instrument de contrainte et de coordination des politiques budgétaires des pays de la zone Euro afin d’éviter des déficits budgétaires excessifs. Il impose aux États de la zone euro d’avoir à terme des budgets proches de l’équilibre ou excédentaires. Le PSC comporte deux types de dispositions :

La surveillance multilatérale, disposition préventive : les États de la zone euro présentent leurs objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année. Un système d’alerte rapide permet au Conseil Ecofin, réunissant les ministres de l’Économie et des Finances de l’Union, d’adresser une recommandation à un État en cas de dérapage budgétaire.

La procédure des déficits excessifs, disposition contraignante, voire répressive. Elle est enclenchée dès qu’un État dépasse le critère de déficit public, c’est-à-dire les soldes budgétaires cumulés des administrations centrales, locales et de sécurité sociale. fixé à 3 % du PIB, sauf circonstances exceptionnelles. Le Conseil Ecofin adresse alors des recommandations pour que l’État mette fin à cette situation. Si tel n’est pas le cas, le Conseil peut prendre des sanctions : dépôt auprès de la BCE qui peut devenir une amende à payer au Trésor Public une somme d’argent fixée par la loi. (de 0,2 à 0,5 % PIB de l’État en question) si le déficit excessif n’est pas comblé.

Une déclaration annexée à l’Acte final du traité de Lisbonne laisse prévoir une réforme du Pacte de stabilité et de croissance, sans préjuger néanmoins du débat futur sur l’avenir de ce Pacte. Ce Pacte de stabilité n’a pas été appliqué jusqu’à la crise grecque à la demande de l’Allemagne et de la France… les deux pays qui l’avaient inspiré ! Cependant, le PSC reste toujours en vigueur selon sa mouture initiale.

La crise de la dette souveraine l’a réveillé. Le 28 septembre 2011, le Parlement européen approuvait six textes – le fameux « six packs » - qui ont été officiellement adoptés le 16 novembre par le Conseil et qui renforcent le pacte de stabilité. On a parlé à ce moment-là de la fondation d’une « gouvernance économique européenne ». Ce « six packs » est composé de six textes qui comportent trois dispositions principales.

1/ renforcement du pacte de stabilité et de croissance ainsi que pour le volet sanctions

Les trois premiers textes cherchent à améliorer le pacte de stabilité et de croissance et de renforcer les sanctions inhérentes à ce pacte.

2/ création de la procédure de déséquilibre macro-économique

Ensuite, deux textes ajoutent de nouveaux instruments car les règles de vie commune dans la zone euro ne couvraient pas les réalités macro-économiques. Par exemple, en ce qui concerne l’Espagne et de l’Irlande qui respectaient très bien la discipline budgétaire imposée par l’Europe et qui ont été mis en difficulté suite à l’endettement privé après l’éclatement d’une bulle immobilière en Espagne et de l’endettement d’une banque en Irlande. Il s’agit du contrôle des déséquilibres macro-économiques.

3/ renforcement des cadres budgétaires nationaux

Le sixième texte est une directive que les Etats membres devront transposer dans leur droit interne. Il les invite à améliorer leur cadre budgétaire national. Par exemple : avoir des instituts statistiques indépendants, des organes de contrôle des finances publiques indépendants pour vérifier que les hypothèses de croissance émises par le gouvernement sont réalistes, etc.

Outre le renforcement des sanctions en matière budgétaire, ces dispositions visent à socialiser les dettes privées. C’est ce qu’il s’était passé avec les dettes des banques en 2008 et qui a eu pour conséquence un accroissement considérable de la dette publique et par conséquent, le service de la dette augmente le déficit de l’Etat.

Tout est d’ailleurs orienté sur la problématique de la dette, donc de l’intérêt du secteur bancaire. Ainsi, il est introduit une notion de « seuil d’alerte » sur certains indicateurs économiques. Ce seuil d’alerte vise à prévenir et à corriger des déséquilibres macroéconomiques susceptibles de nuire à la sacro-sainte stabilité de l’UE.

Ainsi, en matière d’échanges commerciaux, le seuil est fixé à 4% du PIB pour une balance déficitaire, et à 6% du PIB dans le cas contraire, où l’Etat aurait un excédent courant. Donc, il y a une clémence envers les pays exportateurs. Cela concerne évidemment l’Allemagne.

Des seuils sont fixés pour les flux de crédits au secteur privé (15 %), la hausse annuelle du prix de l’immobilier (6 %), le taux de chômage, etc.

Le dernier volet concerne les outils de surveillance économique, comme les instituts de statistique, par exemple, qui doivent être « indépendants », donc privés.

Ce fameux dispositif « six packs » ne fonde pas une politique européenne commune. Il encadre la politique économique de chaque Etat-membre dans des limites qui constituent des garanties dans l’intérêt des seules banques. Il ne constitue en rien un instrument européen de redressement économique. Le PSC renforcé par le « six packs » comporte le mot « croissance ». Ce terme n’apparaît nulle part dans ce nouveau fourre-tout règlementaire. Ce n’est pas un hasard ! D’autre part, les outils de surveillance sont privatisés et seront donc ainsi au service du seul secteur bancaire.

Avec de pareilles dispositions, il est inutile de pousser des cris d’orfraie à l’égard des fameuses agences de notation…

On peut d’ailleurs s’apercevoir ce qu’est cette mentalité bancaire. C’est proprement ahurissant dans cet exemple.

Ahurissant !

Voici la réponse purement technocratique du Français Benoît Cœuré, nouveau membre du directoire de la BCE, à l’interview de Jean Quatremer, correspondant de « Libération » à Bruxelles à la question sur l’injustice de la différence du taux des prêts de la BCE aux Etats et aux banques privées dénoncée il y a quelques semaines par Michel Rocard et l’économiste Pierre Larrouturou : « Les prêts de la BCE aux banques ne sont pas de même nature que ceux que les banques commerciales consentent à l’économie ou aux Etats. Les premiers sont, pour l’essentiel, des prêts à très court terme (…). Surtout, ce sont des prêts parfaitement sécurisés (…). En revanche, les prêts aux Etats sont souvent à beaucoup plus long terme, parfois jusqu’à trente ou cinquante ans. Et ils présentent de plus grands risques… » Quand on voit l’état de certaines banques en Europe, notamment Dexia, il est assez audacieux de parler de « sécurité » ! Il ressort de ces propos une haine viscérale de l’Etat étant considéré comme un facteur à risques. Plus grave, l’intérêt général est absent de cette analyse d’un financier qui ne voit que le court terme.

Le sauvetage ne peut venir de ces gens-là. L’indépendance de la BCE accordée par le traité de Maastricht est une erreur majeure. Ce M. Cœuré parle en banquier du secteur privé, comme si l’Institution qu’il codirige était un organisme financier ordinaire.

En fait, tout cela n’a rien à voir avec la construction européenne. C’est la mise en place d’un pouvoir supranational associé au tout puissant secteur bancaire. Son embryon existe déjà : on l’appelle la « troïka ».

Un traité inutile et dangereux

En plus, cela ne marche pas. Ces nouvelles réglementations n’apportent aucune solution à la crise de la dette souveraine. Elles ne sont là que pour garantir la survie du secteur bancaire et les intérêts de quelques Etats-membres de l’Union. Le refus obstiné de Merkel de mettre en œuvre les euro-obligations, les difficultés de mise en place du Fonds européen de Solidarité financière ont amené le tandem « Merkozy » à imposer l’adoption d’un nouveau traité intitulé Traité sur la stabilité la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (TSCG) et le « Mécanisme Européen de Solidarité » (MES) qui étaient discutés depuis juillet 2011 et adopté par le Conseil le 2 février 2012.

Ce nouveau traité est inutile et dangereux. Il est inutile car le « six packs » a déjà largement renforcé le pouvoir coercitif de la Commission en matière de « discipline » budgétaire.

Il est dangereux car il met en place un système intergouvernemental et met en pièces la méthode communautaire et tout ce qui est commun au niveau de l’Union européenne. La Commission européenne dont le rôle est d’être la « gardienne des traités » devient à la fois la police et le tribunal des Etats-membres. Il faut dire que cela ne gêne en rien certains commissaires comme le Finnois Olli Rehn, chargé des affaires économiques.

Ce projet de Traité prévoit :

 d’abaisser le plafond du déficit budgétaire à 0.5% du PIB, laissant toutefois la procédure de sanction pour déficit excessif applicable aux seuls déficits supérieurs à 3% du PIB.

 d’obliger les Etats signataires à mettre en place une règle d’or constitutionnelle obligeant ces derniers au respect du plafond des 0,5%,

 la remise à la Commission d’un programme de partenariat économique par les Etats faisant l’objet d’une procédure pour déficit excessif,

 le renforcement de la nouvelle procédure de décision, dite à la "majorité inversée" ([1]), réduite aux seuls membres de la zone euro,

 une procédure visant à ce que toutes les grandes réformes de politique économique envisagées par les États membres de la zone euro soient débattues et coordonnées au niveau de la zone euro.

Le MES est dit : c’est la troïka.

Le second volet est le Mécanisme Européen de Stabilité, ou MES adopté définitivement le 2 février 2012. Il complète le TSCG et pour en faire partie, les Etats doivent appliquer les mesures d’austérité budgétaire inscrite dans le Traité.

Doté de la personnalité juridique, le MES pourra ester en justice. Le MES, dont le siège est fixé à Luxembourg, est doté du statut d’une institution financière internationale bénéficiant des immunités dont jouissent les institutions internationales. Il n’a donc aucun compte à rendre ni au Parlement européen, ni aux parlements nationaux, ni aux citoyens des Etats membres et ne peut en aucun cas faire l’objet de poursuites. Il est exempté de toute obligation imposée par la législation d’un Etat Membre. Le MES, ses biens, fonds et avoirs jouissent de l’immunité de toute forme de procédure judiciaire.

Le but du MES est de « mobiliser des ressources financières et de fournir, sous une stricte conditionnalité, » un soutien à la stabilité d’un de ses Etats membres qui connaît des graves difficultés financières susceptibles de menacer la stabilité financière de la zone euro. A cette fin, il est autorisé à lever des fonds. Son capital est fixé à 700 Milliards d’euros.

Les Etats Membres, par ce traité, s’engagent « de manière irrévocable et inconditionnelle » à fournir leur contribution au capital du MES. Ils s’engagent à verser les fonds demandés par le MES.

Lorsqu’un Etat Membre sollicite une demande de soutien à la stabilité, c’est la Commission européenne en liaison avec la Banque Centrale Européenne (BCE) qui est chargée d’évaluer le risque pour la stabilité de la zone euro, d’évaluer, en collaboration avec le FMI – autrement dit la troïka – la viabilité de l’endettement public du pays demandeur et d’évaluer les besoins réels de financement de ce dernier. On voit ici que, par le biais du MES, la troïka est institutionnalisée.

Lorsque le MES décide d’octroyer un soutien à la stabilité, c’est la Commission européenne, en liaison avec la BCE et le FMI, qui négocie avec l’Etat demandeur les conditions dont est assorti ce soutien. Cette négociation doit s’inscrire dans le respect du Pacte budgétaire (TSCG). La troïka est chargée du respect des conditions imposées.

Les gouvernements signataires de ce traité ont créé un monstre institutionnel contre lequel les Etats eux–mêmes et à fortiori les peuples seront désormais totalement impuissants. Ainsi se poursuit, sous la pression du monde de la finance et des affaires, le démembrement du siège de la souveraineté populaire, l’Etat, au profit d’institutions échappant à tout contrôle.

Ce projet signifie tout simplement la fin du politique. Limiter les déficits à 0,5 % du PIB par une disposition constitutionnelle – la fameuse « règle d’or » - revient à entraver tout pouvoir politique. C’est fondamentalement contraire aux principes démocratiques de base qui veulent qu’une Assemblée élue au suffrage universel – donc, représentant le peuple – puisse décider de toutes les dispositions qu’elle juge nécessaire à sa politique. La limitation des déficits inscrite au niveau des lois fondamentales, revient à exclure tout investissement public, toute disposition nouvelle en matière de sécurité sociale, par exemple.

Ces deux traités MES et TSCG confirment que la construction européenne s’est définitivement éloignée de l’idéal démocratique. Ils instaurent une totale mise sous tutelle financière et budgétaire des Etats et des peuples, sans qu’il y ait pour autant une souveraineté européenne.

Un fédéralisme de contrainte

On n’arrête pas de dire que cette avalanche de nouvelles réglementations renforce le « fédéralisme ». Il faudrait s’entendre sur ce mot. Le « fédéralisme », ce n’est pas simplement le transfert de la souveraineté nationale vers une entité supranationale.

Cette politique renforce le déficit démocratique, notamment par la règle de la « majorité inversée » qui donne à la Commission des pouvoirs exorbitants (voir note 1) sans aucun contrôle. En plus de mettre sous tutelle des Etats membres aux déficits estimés trop élevés, il divise l’Europe en deux, puisque le processus de décision ne sera pas le même pour les Etats membres de la zone Euro et les autres. Enfin, selon de nombreux juristes, ce nouveau traité ne respecte pas les traités européens existants. Cela peut tout simplement signifier la fin de l’Europe.

En réalité, La crise financière débouche sur la perspective d’une Union Européenne à deux niveaux : l’un fédéral (la Communauté) avec les Etats qui choisissent la monnaie unique au prix de la perte d’une part plus grande que jamais de leur souveraineté ; l’autre confédéral (l’Union) avec tous les autres préférant rester dans une simple zone intergouvernementale de libre-échange. Ce pouvoir « fédéral » limité aux Etats de la zone Euro serait en fait un « fédéralisme de contrainte » donnant tout pouvoir aux marchés aidés par une police « eurocrate », sans aucun contrôle parlementaire, ce qui est contraire à l’idée fédéraliste.

Vers la fin de l’Europe ?

Le projet des traités « Merkozy » annonce déjà une division de l’Union puisque deux pays n’y adhérent pas : la Grande Bretagne et la Tchéquie. Le vrai-faux ballon d’oxygène accordé à la Grèce le 20 février ne changera sans doute rien. Les diktats de la « troïka » amèneront sans doute la Grèce à sortir de la zone Euro, le gouvernement allemand le souhaitant manifestement. Cela signifie l’expulsion d’un Etat membre, puisque les dispositions relatives à la monnaie unique sont la base du traité de Maastricht confirmé par les traités suivants jusqu’à celui de Lisbonne. L’absence de deux Etats membres dans le projet de nouveau traité et l’expulsion d’un autre ne peut que signifier la fin de l’Union européenne. D’autres Etats sont menacés d’expulsion de fait comme l’Italie et le Portugal.

Le nouveau « Big Brother » s’appelle « marchés financiers ». Il est bien pire que ses prédécesseurs.

Pierre Verhas http://uranopole.over-blog.com/

[1] Alors qu’auparavant une recommandation de la Commission devait, pour être adoptée, être explicitement appuyée par le Conseil, c’est la logique inverse qui prévaut désormais.

En effet, alors que la majorité qualifiée sert à adopter une position "en faveur de quelque chose", la règle de "majorité inversée" signifie que les sanctions proposées par la Commission ne peuvent être contestées par le Conseil qu’à une majorité qualifiée. Cette nouvelle forme de décision, non prévue par les Traités a été annoncée par Herman Van Rompuy le 27 septembre 2010 :

"Partout où c’est possible, les règles de prise de décision au sujet des sanctions devraient être automatiques et basées sur la règle de la majorité inversée, qui implique qu’une proposition de la Commission est adoptée sauf si elle est rejetée par le Conseil."

Cette automaticité exclut donc toute délibération parlementaire de quelque ordre que ce soit. C’est une négation pure et simple des principes les plus élémentaires du fédéralisme qui prévoit une chambre de représentation des citoyens avec des pouvoirs essentiels.

Cela signifie en outre qu’un recours contre une sanction de la Commission sera quasi impossible. Si les déficits des finances publiques sont interdits, c’est au prix du déficit démocratique !

 

 

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:20

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http://www.regards.fr/societe/la-sante-ca-se-merite

 

Dans les réformes et les pratiques, un courant de fond bouleverse les principes fondamentaux du système de santé : le collectif cède le pas à la responsabilité individuelle.


Réduire le déficit de la Sécurité sociale, voilà l’obsession depuis trente ans des pouvoirs publics. Deux pistes se distinguent : accroître les moyens de l’Assurance maladie, par la hausse des cotisations sociales par exemple, ou bien chercher à réduire ses dépenses. Les gouvernements successifs ont plus souvent opté pour cette seconde solution, actionnant deux leviers : la réforme de l’organisation et de la gestion économique du système de santé, au centre duquel on trouve l’hôpital, et la réduction progressive de l’indemnisation des soins.

Au final, le résultat est loin d’être convaincant. Le « trou de la Sécu » n’est pas comblé. Et des indicateurs comme le renoncement aux soins ou la réapparition de maladies que l’on croyait éradiquées font craindre une dégradation du niveau de santé publique. Alors, pourquoi s’entêter dans cette voie ? Au fond, quels que soient les domaines des politiques publiques, c’est toujours la même tendance qui est à l’oeuvre : l’abandon de l’État providence. Sur le modèle anglo-saxon, les citoyens sont lentement mais sûrement renvoyés à leur propre sort : «  Agissez sur votre mode de vie pour agir sur votre santé. » La santé se mérite, tout comme l’emploi, et serait de moins en moins une affaire collective. Sur le terrain, les réformes portées par cette idéologie font des dégâts.

Le réseau hospitalier a connu de nombreuses réorganisations, dont l’acmé est la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) de 2009. Celle-ci vise à « rationaliser l’offre de soins » par la concentration des services dans de grands pôles régionaux. Quand ses défenseurs soulignent les gains en termes de qualité de la médecine et de modernisation des équipements, ses détracteurs constatent surtout qu’elle prive des zones entières de services de soins de proximité, en se traduisant par la fermeture de services médicaux et de petits établissements hospitaliers

Ainsi, la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité a recensé la suppression d’une soixantaine de services de maternité en trois ans. Au nombre de 584 début 2008 (1379 maternités en 1975 !), ils ne seraient plus que 520 aujourd’hui. Et d’autres fermetures sont encore programmées. « Une de nos associations départementales nous racontait que sur son territoire, on pouvait faire jusqu’à 1 heure 30 de trajet pour atteindre la maternité la plus proche. Donc, on compte sur les pompiers pour faire des accouchements dans les véhicules d’urgence », dénonce Carine Favier, présidente du Planning familial. L’association constate un autre phénomène inquiétant provoqué cette fois par la fermeture massive de centres d’IVG. Les délais de prise en charge se sont allongés au-delà d’une semaine, échéance fixée pourtant par la loi et, « notamment en région parisienne, l’éloignement des centres par rapport aux lieux de vie est devenu un obstacle », insiste Carine Favier.

Rentabilité

La réorganisation géographique du réseau de santé s’est accompagnée d’une réforme de la gestion économique du système, ayant pour mot d’ordre la rentabilité. La « tarification à l’activité » (T2A), préparée depuis 1982 par le Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) mais déployée de 1997 à nos jours, en est la substantifique moelle. Aujourd’hui le financement des hôpitaux est calculé en fonction de leur activité, soit l’agrégation des actes médicaux réalisés par les différents services. Telle intervention chirurgicale vaut X points, tel soin en vaut Y. En fin d’année, on fait les comptes. Les implications de ce système sont multiples mais surtout « absurdes », estime François Danet [1], médecin à Lyon et chercheur en sciences humaines et sociales. « Ce système a fait des hôpitaux des établissements dont le but est d’être rentables donc, de gagner plus d’argent. Mais d’où vient cet argent ? Essentiellement de l’assurance maladie qui creuse son déficit. »

En terme de santé publique, on peut déjà observer ou craindre les pires effets. « Cette gestion purement économique a créé deux hôpitaux : un hôpital hyper-spécialisé et un hôpital des urgences, estime François Danet. Avec les moyens du bord, les urgences récupèrent tous ceux qui présentent plusieurs pathologies et/ou des complications sociales et qui, pour ces raisons, risqueraient de monopoliser trop longtemps des lits dans les services spécialisés et rentables. » La T2A encourage aussi les établissements à développer les actes les plus rémunérateurs aux dépens des autres et à réduire la durée d’hospitalisation, les actes chirurgicaux et les accouchements étant financés de manière forfaitaire, quelle que soit la durée du séjour. Sur ce dernier point, les normes ont clairement bougé, à tel point qu’il devient « logique » pour l’assurance maladie de vouloir limiter le séjour en maternité à deux jours. Elle mène une expérimentation (programme Prado) en ce sens auprès de mères volontaires – pour l’instant. De retour chez elles, elles sont suivies par une sage-femme libérale, dont les visites à domicile sont moins coûteuses qu’une journée d’hospitalisation. Enfin, la T2A a désormais des conséquences dans d’autres secteurs que l’hôpital. Depuis peu, les services de PMI y sont soumis. Ils devront eux aussi réaliser des actes médicaux pour être rentables, ce qui pourrait placer au second plan leur importante action d’information et de prévention auprès des familles.

Non remboursé

Réorganisation du système de santé, réforme de sa gestion économique sont les deux leviers employés par les pouvoirs publics pour tenter de réduire les dépenses de santé. Mais il reste un troisième levier : la réduction des prestations de l’assurance. Les mesures en ce sens ont explosé ces dix dernières années avec les déremboursements de médicaments, les « participations forfaitaires » (2005) non remboursées sur les consultations, les médicaments et les actes paramédicaux, le « forfait hospitalier » de 18 euros par jour (2008) et la création d’un droit d’accès annuel de 30 euros pour bénéficier de l’Aide médicale d’État (2011). À l’automne dernier, le taux de taxation des contrats de complémentaire santé est passé de 3,5 % à 7 %, une hausse répercutée sur les prix. Enfin, le 1er janvier 2012, une journée de carence a été instaurée dans l’indemnisation des arrêts de travail des fonctionnaires et les conditions d’indemnisations des arrêts maladie ont été revues à la baisse. Le reste à charge qui pèse sur les assurés sociaux ne cesse de croître.

Ces mesures s’accompagnent par ailleurs du renforcement des contrôles sur les prescriptions médicales et les arrêts de travail, comme si les patients avec l’aide de leur médecin, abusaient de la « générosité » de la Sécurité sociale. « On a des patients devant nous et non des statistiques, insiste François Wilthien, vice-président du syndicat de médecins généralistes MG France. Avec la crise en particulier, on a plutôt à faire à des gens qui renoncent à s’arrêter et à se soigner correctement. »

«  Dans le triptyque État, marché, citoyens, pour schématiser, les politiques de santé mises en oeuvre ont tendance à se concentrer sur le maillon faible : le citoyen, constate Henri Bergeron [2], chercheur au Centre de sociologie des organisations et coordinateur de la chaire de santé à Sciences Po. L’État a réduit son intervention et n’a plus les moyens, compte tenu de la crise, d’accroître le champ des politiques qui pourraient répondre aux inégalités sociales de santé. Il ne s’attaque pas non plus de manière agressive à la responsabilité des industries dans la dégradation de l’environnement et de la santé des individus. Donc il a tendance à développer des politiques de responsabilisation individuelle qui font des citoyens une variable d’ajustement, si ce n’est la principale. » Les campagnes de santé publique contre le tabac et l’alcool, pour l’amélioration de la nutrition et le développement de l’activité physique, sont significatives de ce point de vue. Par de petites touches incitatives et beaucoup de communication, il s’agit de pousser les individus à modifier leurs modes vie et supprimer les comportements dont on sait qu’ils génèrent des pathologies coûteuses.

Inégalités

De telles politiques de santé publique ont pu démontrer leurs effets bénéfiques sur le plan de la prévention et du dépistage. Fin XIXe et début XXe, elles ont contribué à améliorer l’état de santé général de la population aux côtés des progrès de la médecine. Mais, souligne Henri Bergeron, « elles étaient contemporaines d’un déploiement de l’État-providence qui améliorait la couverture de l’assurance maladie collective et solidaire et agissait sur les causes structurelles économico- sociales des inégalités face à la santé ». Aujourd’hui, l’État veut gommer peu à peu son caractère protecteur et prévoyant, et ses politiques de santé publique relèvent de plus en plus d’une conception anglo-saxonne de responsabilisation individuelle.

La loi de santé publique, votée en août 2004, l’illustre bien. Elle a été rédigée, entre autres, en réaction à la loi Kouchner sur les droits des malades, votée en 2002. Pour Jean-François Mattéi, le ministre de la Santé qui avait initié la loi, « les citoyens ont le droit à la santé mais ils ont aussi un devoir de santé : celui de ne plus avoir de comportements à risque. » « Or lorsque l’on regarde les statistiques, souligne Henri Bergeron, les comportements à risques se concentrent plutôt dans les couches les plus défavorisées de la population. Ce serait caricatural de dire que les consommations de tabac, d’alcool ou autres ne sont que des compensations à une vie difficile et qu’une mauvaise nutrition n’est qu’un problème de moyens. Il reste que les individus défavorisés, comme l’argumentent de nombreux économistes, ne font pas les mêmes calculs sur l’avenir que ceux qui ont des situations économico- sociales plus favorables et qui savent, pour le dire de manière imagée, qu’ils seront sur leur yacht durant les cinq années de vie gagnées entre 65 et 70 ans grâce à l’arrêt de la cigarette ! »

Notes

[1] Où va l’hôpital ? de François Danet, éd. Desclée de Brouwer, 222p., 18 €.

[2] Regards croisés sur l’obésité, (dir) Henri Bergeron, éd. Les Presses de Sciences Po, 120p.,15 €.

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 18:40

mes.jpgLe 30 janvier dernier, le Conseil européen a adopté deux nouveaux traités européens, sur injonction de M. Sarkozy et de Mme Merkel.

L’un s’appelle Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire (TSCG). L’autre a pour nom Traité instituant un mécanisme européen de stabilité (MES).

Les deux sont liés. L’un édicte la politique d’austérité, l’autre est un instrument qui conditionne toute aide du MES à la mise en œuvre de ces choix de réduction des dépenses publiques et sociales.

Il n’y a ici aucune place pour quelque aménagement ou réorganisation que ce soit : tout ce texte est inacceptable.

Le traité MES sera soumis au parlement français le 21 février. Toute la gauche doit se rassembler pour les combattre et les mettre en échec lors du vote. Tant qu’à modifier le traité de Lisbonne, l’efficacité commanderait de changer les missions de la Banque centrale européenne et de lui permettre d’initier un nouveau système de crédit. Elle pourrait prendre tout ou partie de la dette des Etats et prêter directement à ceux-ci aux mêmes taux qu’elle le fait pour les banques privées, c’est-à-dire aux alentours de 1%.

Il n’y a aucune fatalité aux choix actuels. Ils ne sont dictés que par le service aux marchés financiers.

Voter ces textes reviendrait par avance à accepter d’être matraqués après les élections présidentielles : diminution des retraites et des pensions, diminution des services publics, nouveaux déremboursements de médicaments, impôts sur les allocations familiales, augmentation de la TVA… C’est une purge qui se prépare. Ne laissons pas faire !

Ci-dessous, vous trouverez quelques éléments d’information sur le MES, ainsi que le texte intégral.

Le texte intégral du Traité instituant le Mécanisme européen de stabilité est à votre disposition ici.

D’où vient le Mécanisme européen de stabilité (MES) ?

En mai 2010, la profondeur de la crise a de manière inédite poussé les dirigeants de l’Union Européenne à se dédire en créant le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) en violation du Traité de Lisbonne entré en vigueur l’année précédente, en particulier de son article 125 (connu sous le nom de “no bail-out clause”, bail out se traduisant par renflouement) qui interdit la solidarité entre États :

Article 125 du Traité de Lisbonne

L’Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d’un projet spécifique. Un État membre ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un autre État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d’un projet spécifique .

La solution la plus efficace aurait été de permettre aux États en difficulté d’emprunter à taux bas à la Banque Centrale Européenne, mais cela est interdit par le Traité de Lisbonne :

Article 123 du Traité de Lisbonne

1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. 

Par ce FESF, créé pour trois ans, l’Union Européenne participe aux “plans de sauvetage” en Irlande et en Grèce, en leur imposant de très lourdes conditions en matière d’austérité.

C’est de cette dérogation aux règles de l’Union Européenne, jusqu’alors réputées inviolables, que va naître un nouveau projet qui, sous l’apparence d’un mécanisme de solidarité, constituera en fait un puissant outil coercitif pour soumettre les États et leurs budgets à l’austérité la plus totale et aux exigences des secteurs privés et financiers. Ce sera le Mécanisme Européen de Stabilité (MES). L’idée est de créer un FMI européen permanent.

C’est le Conseil européen du 17 décembre 2010 qui a décidé de la mise en place d’un mécanisme permanent de stabilité au sein de la zone euro, en remplacement du FESF et du Mécanisme européen de stabilisation financière (MESF).

Pour contourner l’interdiction posée par le Traité de Lisbonne, le Conseil européen a décidé, le 25 mars 2011, de le modifier en ajoutant à son article 136 un paragraphe permettant la création du MES :

136.3. Les États membres dont la monnaie est l’euro sont autorisés à créer un mécanisme de stabilité qui sera activé si cela s’avère indispensable pour garantir la stabilité de la zone euro dans son ensemble. L’accès à toute assistance financière dans le cadre du mécanisme sera soumis à une conditionnalité stricte.

Cette « conditionnalité stricte » servira à imposer l’austérité et fera du MES un outil plus à craindre que rassurant pour les États.

Afin de couper court à tous débats (et a fortiori à tous referendums), le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a fait passer cette modification par une procédure dite “simplifiée” à la faveur de quelques arrangements techniques.

Calendrier

Une première version du Traité établissant le MES a été signée par les chefs d’État et de gouvernement le 11 juillet 2011, la version définitive le 30 janvier 2012. Sans perdre de temps, le Traité est soumis au vote des parlements nationaux pour ratification. En France ce vote aura lieu à l’Assemblée Nationale ce 21 février 2012.

Le MES, initialement prévu pour entrer en action début 2013, sera finalement mis en route en avance, en juillet 2012, afin de combiner ses moyens avec ceux du FESF, ce qui permet à Angela Merkel de ne pas revenir sur sa promesse de ne pas augmenter le plafond des fonds alloués au MES.

Entre temps, le 9 décembre 2011, les mêmes chefs d’État et de gouvernement ont décidé de l’adoption d’un autre traité pour « évoluer vers une union économique plus forte » dans le sens, bien sûr, de plus d’austérité (règle d’or, soumission des budgets nationaux à l’approbation de la Commission…). Ce sera le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union (TSCG). A partir du 1er mars 2013, l’octroi des aides financières sera conditionné à la ratification du TSCG, comme le prévoit un « considérant » du Traité établissant le MES :

(5) Le 9 décembre 2011, les chefs d’État et de gouvernement d’États membres dont la monnaie est l’euro ont convenu d’évoluer vers une union économique plus forte comprenant un nouveau pacte budgétaire et une coordination accrue des politiques économiques qui devront être mis en œuvre au moyen d’un accord international, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (“TSCG”). Le TSCG aidera à développer une coordination plus étroite au sein de la zone euro afin d’assurer une bonne gestion durable et solide des finances publiques et donc de répondre à l’une des principales sources d’instabilité financière. Le présent traité et le TSCG sont complémentaires dans la promotion de pratiques budgétaires responsables et de la solidarité au sein de l’Union économique et monétaire. Il est reconnu et convenu que l’octroi d’une assistance financière dans le cadre des nouveaux programmes en vertu du MES sera conditionné, à partir du 1er mars 2013, à la ratification du TSCG par l’État membre concerné et, à l’expiration du délai de transposition visé à l’article 3, paragraphe 2, du TSCG, au respect des exigences dudit article. 

De la même façon, le projet de TSCG rappelle cette conditionnalité dans ses “considérants” : (traduction non officielle, la version française n’étant pas encore disponible)

INSISTANT sur l’importance du Traité établissant le Mécanisme européen de stabilité comme élément d’une stratégie globale pour renforcer l’union économique et monétaire et SOULIGNANT que l’octroi de l’assistance dans le cadre de nouveaux programmes du Mécanisme européen de stabilité sera conditionné, à partir du 1er mars 2013, à la ratification de ce Traité par les parties contractantes concernées et, dès l’expiration de la période de transition mentionnée dans l’Article 3 (2) en conformité avec les exigences de cet Article,

Ainsi s’instaure donc un véritable chantage : pour bénéficier de « l’aide européenne » (rappelons qu’il s’agit de prêts avec intérêts), il faudra accepter sans discuter une politique économique unique, faite de la pire austérité, même en dehors des périodes de crise, puisque le TSCG est lui aussi valable en permanence.

Le MES agira donc comme un FMI européen, imposant ses ajustements structurels comme l’institution de Washington imposait les siens aux pays du tiers-monde dans la douleur que l’on sait.

La proximité avec le FMI est d’ailleurs inscrite dans le texte :

(8) Le MES coopérera très étroitement avec le Fonds monétaire international (“FMI”) dans le cadre de l’octroi d’un soutien à la stabilité. Une participation active du FMI sera recherchée, sur le plan tant technique que financier. Il est attendu d’un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES qu’il adresse, lorsque cela est possible, une demande similaire au FMI.

(12) Conformément aux pratiques du FMI, dans des cas exceptionnels, une participation du secteur privé, sous une forme appropriée et proportionnée, sera envisagée dans les cas où un soutien à la stabilité est octroyé, accompagné d’une conditionnalité sous la forme d’un programme d’ajustement macroéconomique.

Quelle forme ?

Techniquement le MES prendra la forme d’une Institution financière internationale (IFI) basée à Luxembourg.

Le MES bénéficiera d’une immunité totale. Bien qu’ayant la capacité d’agir en justice (d’attaquer), il ne pourra être traduit devant aucun tribunal. Ses locaux et ses biens seront inviolables et inaliénables. Aucune perquisition n’y sera possible et l’accès à ses archives sera interdit. Il sera donc, comme la Banque centrale européenne, totalement indépendant des pouvoirs politiques des pays.

Tous ses salariés seront tenus au secret à vie et ne paieront plus les impôts nationaux, seulement un impôt spécial interne au MES.

Quelle capacité financière ?

La capital initial du MES est fixé à 700 milliards d’euros, divisé en sept millions de part de 100 000 euros. La répartition des parts du capital est la même que celle du capital de la BCE (proportionnelle au PIB).

.

Contributions au MES

États membres du MES

Pourcentage
des contributions

Nombre de parts

Cotisation
(en euros)

PIB nominal 2010
(en millions de dollars américains)

Allemagne

27,15

1 900 248

190 024 800 000

3 315 643

France

20,39

1 427 013

142 701 300 000

2 582 527

Italie

17,91

1 253 959

125 395 900 000

2 055 114

Espagne

11,90

833 259

83 325 900 000

1 409 946

Pays-Bas

5,72

400 190

40 019 000 000

783 293

Belgique

3,48

243 397

24 339 700 000

465 676

Grèce

2.82

197 169

19 716 900 000

305 415

Autriche

2,78

194 939

19 493 900 000

376 841

Portugal

2,51

175 644

17 564 400 000

229 336

Finlande

1,80

125 818

12 581 800 000

239 232

Irlande

1,59

111 454

11 145 400 000

204 261

Slovaquie

0,82

57 680

5 768 000 000

86 262

Slovénie

0,43

29 932

2 993 200 000

46 442

Luxembourg

0,25

17 528

1 752 800 000

52 433

Chypre

0,20

13 734

1 373 400 000

22 752

Estonie

0,19

13 020

1 302 000 000

19 220

Malte

0,07

5 117

511 700 000

7 801

.

La totalité de ces 700 milliards d’euros ne sera pas payée immédiatement par les États. Ce qui est exigé, appelé capital libéré, ne s’élève qu’à 80 milliards d’euros, le reste (le capital autorisé) étant exigible à tout moment. La part de capital libéré pour la France s’élèvera à 16, 308 milliards d’euros versés en cinq fois à raison d’un versement par an. Au total, 142, 7 milliards d’euros seront engagés par la France.

La capacité de prêt maximale du MES est pour le moment fixée à 500 milliards d’euros, mais elle devrait évoluer.

Quelle gouvernance ?

La distribution des votes est proportionnelle à la participation au capital du MES. Ce sont donc les « grandes économies » qui auront la totale mainmise sur les orientations du mécanisme. Jamais “Merkozy” n’aura été aussi vivant.

4.7 7. Chaque membre du MES dispose d’un nombre de voix égal au nombre de parts qui lui ont été attribuées dans le capital autorisé du MES conformément à l’annexe II. Le droit de vote est exercé par la personne qu’il a désignée ou son suppléant au sein du conseil des gouverneurs ou du conseil d’administration.

Les décisions du FESF étaient prises à l’unanimité, avec le MES elles se prendront désormais à la majorité simple ou qualifiée, de manière à pouvoir forcer la main des Etats qui résisteraient.

Une procédure d’urgence limitant la capacité de blocage des petites économies pourrait même être utilisée en cas de “menace pesant sur la stabilité économique et financière” de la zone euro.

Avec le système de proportionnalité du nombre de voix à la part de capital, certains pays disposeront d’un pouvoir démesuré, voire un droit de veto de fait. Par exemple, dans le cas d’une demande d’aide d’urgence, la procédure prévoit un vote à la majorité qualifiée de 85%. Compte tenu du fait que leur participation au capital du MES dépasse les 15%, trois pays –l’Allemagne, la France et l’Italie – détiendraient le pouvoir de bloquer unilatéralement le vote.

Chaque État nommera un Gouverneur qui participera au Conseil des Gouverneurs. Dans les faits, les gouverneurs seront les ministres de l’économie de chaque pays membre puisque ces gouverneurs devront être en charge des finances de leur pays respectif. Le Conseil des Gouverneurs sera présidé par le Président du MES.

Chaque Gouverneur nommera un Directeur, expert de l’économie, qui participera au Conseil d’administration. Le Conseil des Gouverneurs en nommera le Directeur Général qui aura une mission équivalente à son homologue du FMI.

Aucun des dirigeants du MES n’aura donc la légitimité issue du suffrage populaire. Les décisions du MES se prendront loin des peuples, souvent dans le secret. C’est un nouveau coup dur pour la démocratie.

Quels moyens d’action ?

Le MES pourra agir de quatre manières :

  • Procédure d’octroi de l’aide financière [art. 13] :

Sur sollicitation d’un État membre, le Président demande à la Commission (en liaison avec la BCE) d’évaluer le risque pour la stabilité de la Zone Euro, d’entreprendre avec le FMI une analyse de la dette et d’évaluer les besoins réels de financement ainsi que de la participation du secteur privé.

Sur la base de cette évaluation, le Conseil des Gouverneurs peut donner son accord de principe. S’il décide d’aider l’État membre, il charge la Commission (toujours en liaison avec le FMI et la BCE) de négocier le protocole avec cet État. La Commission signe ce protocole sous réserve d’approbation du Conseil des Gouverneurs

Le Conseil d’Administration approuve ensuite la convention d’aide et détaille les aspects techniques, ainsi que les conditions de décaissement de la première tranche d’aide. Le MES met alors en place un système d’alerte et s’assure du bon remboursement par l’État membre alors que la Commission, en liaison avec le FMI et la BCE, vérifie la conformité des politiques économiques de cet État via les missions de la trop fameuse Troïka déjà en action en Grèce… Sur la base de son évaluation, le Conseil d’Administration décide du décaissement des autres tranches d’aide. Il en fixe les orientations détaillées.

ARTICLE 13

Procédure d’octroi d’un soutien à la stabilité

1. Un membre du MES peut adresser une demande de soutien à la stabilité au président du conseil des gouverneurs. Cette demande indique le ou les instruments d’assistance financière à envisager. Dès réception de cette demande, le président du conseil des gouverneurs charge la Commission européenne, en liaison avec la BCE:

a) d’évaluer l’existence d’un risque pour la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble ou de ses États membres, à moins que la BCE n’ait déjà soumis une analyse en vertu de l’article 18, paragraphe 2;

b) d’évaluer la soutenabilité de l’endettement public. Lorsque cela est utile et possible, il est attendu que cette évaluation soit effectuée en collaboration avec le FMI.

3. S’il adopte une décision en vertu du paragraphe 2, le conseil des gouverneurs charge la Commission européenne – en liaison avec la BCE et, lorsque cela est possible, conjointement avec le FMI – de négocier avec le membre du MES concerné un protocole d’accord définissant précisément la conditionnalité dont est assortie cette facilité d’assistance financière. Le contenu du protocole d’accord tient compte de la gravité des faiblesses à traiter et de l’instrument d’assistance financière choisi. Parallèlement, le directeur général du MES prépare une proposition d’accord relatif à la facilité d’assistance financière précisant les modalités et les conditions financières de l’assistance ainsi que les instruments choisis, qui sera adoptée par le conseil des gouverneurs.

7. La Commission européenne – en liaison avec la BCE et, lorsque cela est possible, conjointement avec le FMI – est chargée de veiller au respect de la conditionnalité dont est assortie la facilité d’assistance financière.

  • Mesures de Soutien à la Stabilité [art. 14] :

Le Conseil des Gouverneurs peut décider d’accorder un prêt à un membre du MES dont les termes et conditions sont signés par le Directeur Général. Le prix du prêt est fixé par le Conseil des Gouverneurs.

ARTICLE 14

Assistance financière octroyée par le MES à titre de précaution

1. Le conseil des gouverneurs peut décider d’octroyer, à titre de précaution, une assistance financière sous forme de ligne de crédit assortie de conditions ou de ligne de crédit assortie de conditions renforcées conformément à l’article 12, paragraphe 1.

2. La conditionnalité dont est assortie l’assistance financière octroyée par le MES à titre de précaution est définie dans le protocole d’accord, conformément à l’article 13, paragraphe 3.

  • Financement des Etats via le marché primaire [art. 15] :

Le Conseil des Gouverneurs peut décider exceptionnellement d’organiser l’achat d’obligations d’un État membre sur le marché primaire (celui des obligations nouvellement émises – le MES pourra aussi agir sur le marché secondaire, comme le fait actuellement la BCE en contradiction avec le Traité de Lisbonne) : il fixe les modalités de cet achat et la convention est signée par le Directeur Général. Enfin le Conseil d’Administration arrête les orientations détaillées sur la mise en œuvre de ce financement.

Ces outils sont modifiables par le Conseil des Gouverneurs.

ARTICLE 15

Assistance financière pour la recapitalisation d’institutions financières d’un membre du MES

1. Le conseil des gouverneurs peut décider d’octroyer une assistance financière sous forme de prêts à un membre du MES, dans le but spécifique de recapitaliser des institutions financières de ce membre.

2. La conditionnalité dont est assortie l’assistance financière aux fins de la recapitalisation d’institutions financières d’un membre du MES est définie dans le protocole d’accord, conformément à l’article 13, paragraphe 3

  • Opérations d’emprunt [art. 17] :

Le MES peut emprunter sur les marchés financiers selon des modalités d’emprunt déterminées par le Directeur Général et en respectant les lignes directrices décidées par le Conseil d’Administration.

ARTICLE 17

Dispositif de soutien sur le marché primaire

1. Le conseil des gouverneurs peut décider de prendre des dispositions pour acheter des titres émis par un membre du MES sur le marché primaire, conformément à l’article 12 et en vue d’optimiser le rapport coût-efficacité de l’assistance financière.

2. La conditionnalité dont est assorti le dispositif de soutien sur le marché primaire est définie dans le protocole d’accord, conformément à l’article 13, paragraphe 3.

3. Les modalités financières et les conditions d’achat de ces titres sont spécifiées dans un accord relatif à la facilité d’assistance financière, signé par le directeur général.

Pour chacune de ces possibilités reviennent les termes “conditions” ou “conditionnalité”. Ce seront des ajustements structurels pour une “discipline budgétaire”, c’est-à-dire une contraction de la dépense et donc de toute l’économie.

Outre ces ajustements, le MES attend aussi des intérêts. Le Traité prévoit même qu’il doit être géré de façon à obtenir une marge :

ARTICLE 20

Politique tarifaire

Lorsqu’il octroie un soutien à la stabilité, le MES cherche à couvrir tous ses coûts de financement et d’exploitation et prévoit une marge appropriée.

L’excédent devra être versé dans un fonds de réserve – première source de liquidités en cas de pertes du MES – et, le cas échéant, dans d’autres fonds. Il servira à régler les frais de fonctionnement du MES. Les États membres pourront même percevoir des dividendes.

ARTICLE 23

Politique de distribution des dividendes

1. Le conseil d’administration peut décider, à la majorité simple, de distribuer un dividende aux membres du MES lorsque le montant du capital libéré et du fonds de réserve dépasse le niveau requis pour maintenir la capacité de prêt du MES et lorsque le produit de l’investissement n’est pas nécessaire pour éviter des arriérés de paiement aux créanciers […]

2. Tant que le MES n’a pas fourni d’assistance financière à l’un de ses membres, le produit de l’investissement de son capital libéré est, après déduction des coûts d’exploitation, distribué à ses membres en fonction de leurs parts respectives dans le capital libéré, à condition que la capacité de prêt effective visée soit pleinement disponible.

On le voit clairement : l’aide européenne consiste en des prêts plus avantageux que ceux du marché, mais assortis de conditions drastiques qui constituent de larges pertes de souveraineté nationale et conduiront à une implacable casse sociale.

 

 

http://patricklehyaric.net/2012/02/15/mecanisme-europeen-de-stabilite-la-purge-sociale-en-preparation/

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 18:36
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http://www.bastamag.net/article2117.html

À l’image du fabricant français Photowatt, l’industrie photovoltaïque allemande connaît une période difficile. Les dépôts de bilan se multiplient. En cause : la concurrence chinoise, une demande en recul, mais également une mauvaise gestion suite à l’euphorie boursière qu’a connue le solaire. Cette crise va coûter cher aux travailleurs, dans une branche où les bas salaires sont encore légion.


Le siège du producteur berlinois de panneaux photovoltaïques Solon reflète la gloire d’antan : un grand bâtiment de bois et de verre, un jardin intérieur, un toit en forme de vague du côté de la rue. Mais derrière les murs, l’ambiance est à l’inquiétude. L’entreprise créée en 1995, la première du solaire allemand à avoir fait son entrée en Bourse (en 1998), est aujourd’hui en dépôt de bilan. Son action, qui avait atteint une valeur de 94 euros en 2007, est tombée à 30 centimes.

Solon emploie plus de 400 personnes en Allemagne, environ 800 dans le monde. Après deux mois de chômage partiel à l’automne, la direction a annoncé la faillite mi-décembre. Depuis, la production continue à 50 % seulement. Les salaires sont intégralement payés par l’agence pour l’emploi. Jusqu’à fin février. Ensuite, tout dépendra des repreneurs potentiels. L’un d’entre eux, le groupe des Émirats Arabes Unis, Microsol, a assuré vouloir poursuivre la production et conserver la grande majorité des emplois. « Microsol a aussi annoncé qu’il prendrait en charge les garanties des panneaux Solon, indique Holm Deterling, président du comité d’entreprise et ouvrier à la chaîne de production. Ça rassure les acheteurs. »

La faute aux Chinois ?

Le fabricant berlinois est un exemple parmi d’autres de la situation de la crise de l’industrie photovoltaïque. Comme le français Photowatt, qui doit être repris par EDF après un redressement judiciaire, les producteurs allemands de modules solaires traversent une période difficile. La société hambourgeoise Conergy (1 500 salariés dans le monde) a annoncé des pertes bien plus importantes que prévu pour 2011. L’ancien numéro un mondial Q-Cells (2 400 employés dans le monde, 1 700 en Allemagne) a signalé fin janvier ne pas pouvoir rembourser ses dettes. Un accord conclu in extremis avec ses créanciers l’a sauvé, mais l’a fait passer à 95 % dans les mains de ses prêteurs. Fin 2011, c’était le spécialiste du solaire thermique Solar Millennium qui faisait faillite, après que deux grands projets sont tombés à l’eau aux États-Unis et en Espagne. Et le petit producteur Sunways vient d’être repris par le chinois LDK.

Car Pékin s’est hissé en quelques années à la tête du secteur. Soutenus par le pouvoir central, les fabricants chinois ont bouleversé le marché, accru la concurrence et fait chuter les prix des panneaux. « Nous avons constaté une baisse des prix de plus de 50 % ces deux dernières années », signale Constanze Döll, du réseau régional d’entreprises Berlin Solar Network. Et cette situation fait aussi vaciller les Américains, comme Evergreen, qui a déposé le bilan en août.

Le coup est dur pour un secteur jusqu’ici prometteur, qui compte 15 000 entreprises en Allemagne et y emploie 150 000 personnes. Mais le groupement de la branche Bundesverband Solarwirtschaft (BSW) se veut rassurant : il s’agit d’une simple transition, après une période de forte demande et d’offre faible en 2008. Les commandes ont ensuite reculé, à la suite de la baisse, en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne, des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque (aides indirectes aux installations solaires). Résultat : une surcapacité mondiale. Selon Constanze Döll, « on produit aujourd’hui 50 gigawatts par an dans le monde, alors que le besoin n’est en ce moment que de 23 gigawatts annuels ».

Ou aux erreurs des gestionnaires ?

« Bien sûr que la concurrence chinoise joue un rôle. Mais les vendeurs de panneaux savent bien que la qualité de nos produits est meilleure », nuance Holm Deterling. Il dénonce la mauvaise gestion de Solon. « La direction a installé des filiales et pris des participations partout, au États-Unis, en Italie, à Bosch… Parfois, ça n’avait pas de sens. » Solon a abandonné certains de ses sites entre-temps, comme ses filiales suisse et autrichienne. Mais elle en possède encore en Italie, aux États-Unis et en France. « L’entreprise a dépensé beaucoup d’argent pendant les années fastes. Elle a construit ce nouveau siège, surdimensionné (le bâtiment de 23 000 m2 a coûté environ 40 millions d’euros), mais n’a pas investi dans l’innovation. Nous fabriquons les mêmes modules depuis dix ans », critique le représentant du personnel.

Pendant ce temps, la dette s’est accumulée, jusqu’à 402 millions d’euros en juin 2011. Solon avait pourtant restructuré ses finances en mars 2010, à l’aide de 146 millions d’euros de subventions de l’État fédéral, de la ville de Berlin et de l’Etat-région du Mecklembourg-Poméranie, où le fabricant possède un site de production. Pour ces deux régions particulièrement touchées par le chômage (13 % à Berlin, 14 % en Mecklembourg), il s’agissait avant tout de conserver les emplois. « Jusqu’à la fin, on nous a dit qu’il serait possible de restructurer. L’entreprise aurait dû réduire sa dette avant d’arriver à des centaines de millions d’euros, estime Holm Deterling. Nous ne comprenons pas qu’il n’y ait pas de conséquence pour la direction, actuelle et ancienne. Personne ne veut prendre la responsabilité de la faillite. »

Payé 7,50 euros brut de l’heure

Le représentant pointe aussi le faible niveau des salaires, jamais augmentés pendant la période de développement de Solon. Un ouvrier à la chaîne et au trois-huit gagne 1 250 euros net par mois. « Beaucoup de fabricants photovoltaïques se sont installés dans l’est de l’Allemagne (la concentration de ces entreprises en ex-RDA a même donné naissance au nom de Solar Valley) parce qu’elles peuvent y recevoir des subventions importantes et que les salaires y sont en moyenne un tiers plus bas que dans l’ouest du pays », indique Peter Ernsdorf, responsable du syndicat IG Metall dans l’est du Brandebourg, près de la frontière polonaise. À l’usine Aleo Solar de Prenzlau, par exemple (640 salariés), un ouvrier au montage gagne 7,50 euros brut de l’heure. « C’est encore moins bien payé pour les intérimaires, qui sont jusqu’à 200 lors des pics de production. »

Le secteur n’a pas de convention collective, et les accords d’entreprise sont rares. « La culture industrielle est différente ici de celle de la métallurgie ou de l’électronique. Dans le photovoltaïque, il n’y a pas de volonté des employeurs de mettre en place des structures de codécision. On a parfois l’impression qu’il s’agit de faire vite de l’argent. » Peter Ernsdorf réclame plus d’investissement dans la recherche pour faire face à la concurrence : « Si on ne fait rien, on peut craindre un effondrement, et ce seront les travailleurs qui perdront. »

Un projet de loi pour plafonner les aides

Le soutien ne viendra pas du gouvernement allemand pour l’instant. Le ministre libéral de l’Économie, Philipp Rösler, a réclamé dernièrement un quota pour les aides aux installations : les tarifs avantageux d’achat de l’électricité photovoltaïque (garantis pour vingt ans à partir de la date d’entrée en fonction) ne seraient assurés que jusqu’à 33 gigawatts de puissance globale installée dans le pays. Or, l’Allemagne en est déjà à 24 gigawatts (lien projet de loi de Philipp Rösler : http://www.hans-josef-fell.de/conte...).

Il ne s’agit encore que d’un projet de loi. Mais les tarifs diminuent de toute façon régulièrement. Après une nouvelle baisse de 15 % en janvier 2012, la branche attend une nouvelle décote de même ampleur au 1er juillet. Une petite installation de moins de 30 kilowatts de puissance mise en marche depuis le 1er janvier vend aujourd’hui son kilowatt à un peu plus de 24 centimes, contre 57 centimes pour une installation de même taille démarrée en 2004 [1]. « On ne peut donc pas dire que le prix de l’électricité solaire est trop haut », insiste Constanze Döll.

 

Rachel Knaebel

 

Photo : CC steel & silicon

Notes

[1] La part du solaire dans la consommation électrique allemande s’élève à plus de 3 %. Les énergies renouvelables comptent pour 20 %.

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 18:31

 

pacte.pngEn s’accordant, lors du sommet européen du 9 décembre 2011, sur un nouveau pacte budgétaire intergouvernemental, les chefs d’Etat européens ne se sont pas seulement entendus sur une condamnation des peuples de l’Union aux fers et aux chaînes de la rigueur perpétuelle, ils ont aussi pactisé sur le renoncement à deux idées qui faisaient leur chemin : faire payer les banques, comme l’avait défendu l’Allemagne pour traiter du cas de la Grèce, et encourager la Banque centrale européenne (BCE) à racheter les titres de dette des pays attaqués, comme le souhaitait la France. Donnant-donnant : il fut convenu de ne plus embêter son voisin avec une idée qui le dérangeait. Sans doute aussi qu’en fermant à clé les issues de secours, les uns et les autres pensaient apaiser les flammes de l’incendie. Les issues se rouvriront certainement sous le souffle de l’explosion.

Le plus étonnant, dans cette conjuration des bonnes idées, n’est pas tellement le renoncement à faire payer les créanciers – les banques, les compagnies d’assurance, les organismes d’épargne collective, les fonds de pension. Quoiqu’à première vue l’idée serait excellente. Que les créanciers subissent de temps à autres quelques rabais sur leurs créances ne serait pas injuste, en effet, puisque la justification de leurs intérêts perçus annuellement est le défraiement du risque qu’ils prennent en prêtant à des agents (ici des Etats) susceptibles de faire un jour défaut. S’il ne survenait jamais aucun défaut, l’intérêt ne serait que le prix de la peur des fantômes, une espèce de vol dissimulé sous une longue cape blanche. Le défaut a donc son intérêt, si l’on peut dire. Cela dit, chacun peut comprendre que, dans une société capitaliste, la justice, même lorsqu’il s’agit d’une justice purement marchande, est subordonnée à la propriété. Or, les pertes des créanciers, avant que d’être celles des déposants, des épargnants, des assurés... seraient dans un premier temps celles des propriétaires (les actionnaires) de ces institutions financières. Cela peut faire réfléchir, si l’on n’est pas viscéralement du côté des sans-biens. Surtout que les pertes de créances peuvent rapidement dépasser les fonds propres (les apports des actionnaires) et menacer en fin de compte l’épargne des particuliers, dont il faudrait d’une manière ou d’une autre socialiser les pertes : en nationalisant et en renflouant ces institutions financières. On voit que le socialisme ne serait plus très loin.

Le plus étonnant est plutôt le refus obstiné d’envisager un rachat substantiel des titres de dettes publiques par la BCE. Nul n’ignore que le principal obstacle sur cette voie est la peur phobique de l’Allemagne qu’une telle pratique ne conduise à un nouvel épisode d’hyperinflation. Mais justement, à part cette terreur infantile qui vaut bien toutes « les exubérances irrationnelles des marchés », où serait le problème ?

Des gens mal informés pensent sans doute encore que le rachat des dettes publiques est défendu par les statuts mêmes de la BCE. Mais les dirigeants européens savent forcément que ce n’est pas le cas. L’article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, repris textuellement dans l’article 21 sur les statuts du système européen de banques centrales et de la Banque centrale européenne, fixe les règles suivantes : « Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. » Ce qui est interdit, c’est donc le prêt entre la BCE et les pouvoirs publics en Europe, ainsi que l’achat de titres de dettes publiques au moment de leur émission (les acquisitions directes). Mais aucunement le rachat de ces mêmes titres de dettes, une fois qu’ils sont revendus par leurs premiers acheteurs (et tous leurs suivants) sur le marché d’occasion : le marché dit « secondaire ».

La BCE peut donc tout à fait légalement, à l’instar de la Réserve fédérale américaine, de la Banque d’Angleterre, ou de la Banque du Japon, acheter massivement de la dette publique sur les marchés pour soutenir le prix des titres, et détendre, en théorie, les taux d’intérêts sur ces titres déjà en circulation. Certes, un Etat n’a a priori que faire d’une baisse des taux sur ses titres déjà en circulation — pour lui le montant annuel des intérêts à payer aux détenteurs est toujours le même (1). Mais si l’opération réussissait, comme les créanciers ne font pas de différence entre des titres d’occasion et des titres nouvellement émis (pour une échéance identique), cela signifierait qu’ils sont disposés à acheter les titres nouvellement émis, destinés à financer le déficit budgétaire et le renouvellement des titres parvenus à échéance, au même taux d’intérêt que sur le marché d’occasion.

Dire que la BCE peut faire cela, c’est même oublier qu’elle l’a déjà fait. A travers son programme d’achat sur les marchés (Securities Market Program), mis en œuvre sous la présidence de Jean-Claude Trichet, elle a racheté pour environ 200 milliards d’euros de titres grecs, portugais, espagnols et italiens. Mais en s’autolimitant dans cette action, et surtout en faisant comprendre, par la voie de son nouveau président, Mario Draghi, en décembre dernier, que ce programme n’est « ni éternel, ni infini » (2), la BCE se prive de faire sentir qu’elle peut agir avec des moyens illimités comme porteur en dernier ressort des dettes publiques. M. Draghi entretient d’ailleurs savamment la confusion entre ces opérations de rachat de la dette sur les marchés, et la monétisation des dettes publiques (les prêts ou les achats de titres directs aux Etats) pour outrer le caractère prétendument dérogatoire de ces interventions. Le mandat de la BCE, va-t-il répétant cette brumeuse formule, est « borné par l’interdiction du financement monétaire [des Etats]  » (3).

Or le seul fait d’annoncer que la BCE pourrait intervenir sur une grande échelle suffirait peut-être à l’en dispenser… puisqu’il s’agit essentiellement de contrer une panique. Le risque de défaut des Etats, aujourd’hui bien réel, n’est dû qu’à la montée dramatique des taux d’intérêt, alimentée par la peur du défaut… que la montée des taux d’intérêt rend inéluctable. Nombre d’économistes comme Christophe Ramaux (4) ou Philippe Legrain (5) plaident pour que la BCE s’engage à intervenir sur les marchés secondaires en fixant un seuil de taux d’intérêt maximal tolérable sur les dettes publiques.

Pensant peut-être faire preuve d’indépendance vis-à-vis des Etats, alors qu’elle est sous la dépendance des conceptions monétaires de l’Allemagne et de la Bundesbank, la BCE refuse pour l’instant d’utiliser cette possibilité. Mais elle aura du mal à faire croire encore longtemps qu’elle est corsetée par la même frayeur de l’inflation. On pourrait penser que la BCE est réticente à émettre sa propre monnaie pour acheter des dettes publiques, au motif que cela ferait brusquement augmenter les liquidités (la monnaie de la Banque centrale) dont les banques ont besoin pour développer le crédit, et ce de manière démultipliée. Mais elle semble moins réticente à le faire (augmenter les liquidités) lorsqu’il s’agit de prêter directement aux banques, que lorsqu’il s’agit de soulager, même très indirectement, les Etats. Le 21 décembre dernier, la BCE a créé 489 milliards d’euros pour refinancer à long terme (sur trois ans) 500 banques européennes, au taux de 1 %.

En offrant toutes ces largesses aux banques privées, M. Draghi songeait peut-être secrètement qu’il leur viendrait l’idée lumineuse (et lucrative) d’en consacrer une petite part à de nouveaux achats de dettes publiques. Si tel avait été le cas, la foule des commentateurs aurait sûrement crié au génie. Ah ! l’habile manière de contourner le tabou (mais non l’interdiction, il faut le répéter) du « financement monétaire des Etats ». De la part de la BCE, donner – car au taux de 1 %, c’est donné – sa monnaie aux banques privées pour qu’elles accomplissent par délégation son dessein aurait permis de sauver les apparences tout en atteignant le but. Malheureusement, il arrive qu’en envoyant notre grande sœur chercher des cigarettes à notre place, pour cause d’interdiction de vente aux mineurs, celle-ci garde l’argent pour s’acheter des bas… de laine. Les banques se sont assises sur le magot, qu’elles ont aussitôt redéposé sur leur compte à la BCE. Comme aux plus beaux moments de la crise des subprimes, les banques se défient en effet à nouveau les unes des autres, et la constitution de cette cagnotte leur permet de se passer des prêts qu’elles se font habituellement pour compenser leurs déséquilibres de paiements, au jour le jour. Commentaire de M. Draghi : « Les banques décideront en totale indépendance de ce qu’elles feront [de ces milliards d’euros], en fonction de la meilleure combinaison rendement/risque pour leurs affaires » (6).

Une banque centrale indépendante, des banques privées indépendantes... et des peuples sous le joug : tout est en ordre.

Cet épisode a au moins le mérite de faire avancer les idées. Car à force d’entreprendre à reculons ce que jamais elles n’auraient imaginé devoir faire, ou ce que toujours elles auraient aimé penser ne pas pouvoir faire, les autorités économiques et financières en sont venues à mieux faire voir ce qu’il se pourrait que l’on fît. S’il est vrai, comme disait Larcordaire, qu’entre « le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui affranchit », une petite loi serait sans doute bienvenue. Juste une, pour obliger la grande sœur à ramener des cigarettes, plutôt que des bas. Une loi qui contraindrait les banques privées à utiliser les liquidités de la BCE pour racheter de la dette publique, avec l’effet démultiplicateur que permettent ces liquidités. Le procédé serait peut-être moins exorbitant que la proposition, faite par Jacques Sapir, de réquisitionner les banques centrales nationales pour qu’elles émettent les euros nécessaires à ce rachat : une solution techniquement faisable mais pour le coup complètement interdite par les traités (7).

Ce serait cependant faire un trop joli cadeau aux banques, et à leurs actionnaires. Car permettre aux banques (en les obligeant à être libres, aurait dit Rousseau) de racheter des dettes publiques très décotées sur les marchés secondaires, avec de l’argent emprunté à 1 %, ce serait sans doute leur garantir à terme des plus-values excellentes, lorsque les Etats finiront par rembourser ces dettes à leur valeur d’émission (ce qui est le but recherché, in fine, de tout dispositif de secours). Ne pourrait-on pas faire profiter de cette aubaine de jeunes et fringantes banques publiques, créées pour l’occasion, qui spéculeraient ainsi gentiment sur la dette de leurs propres Etats-actionnaires, pour leur restituer en fin de parcours les plus-values faites pour et sur leur compte ? En raflant sur les marchés secondaires, grâce aux prêts à 1 % de la BCE, les titres publics dont les autres institutions financières souhaitent se débarrasser à bas prix, non seulement elles empocheraient les plus-values à la place des spéculateurs, mais elles contribueraient d’une manière générale à détendre les taux d’intérêts. Elles pourraient ensuite se porter acquéreuses des nouvelles dettes émises, si les institutions financières privées continuent à bouder.

Evidemment, tout le monde criera que tout ceci est interdit par les traités... alors que c’est explicitement autorisé. C’est ce qu’ont relevé à juste titre Michel Rocard et Pierre Larrouturou (8) – lesquels proposent que la BCE prête à 0,01 % à la Banque européenne d’investissement ou à la Caisse des dépôts et consignations. Le même article 21 qui interdit à la BCE la monétisation directe des dettes publiques et le financement direct d’organismes publics stipule en effet : « Le présent article ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la BCE, du même traitement que les établissements privés de crédit. » L’impossible n’est pas toujours dans les traités. Il réside plus souvent dans les diktats de la finance.

 

 

 

(1) Tandis que, pour les nouveaux acheteurs du titre d’occasion, les choses sont différentes. En achetant le titre plus cher, alors que le montant annuel des intérêts payés par l’Etat reste le même jusqu’à l’échéance, ils acceptent un taux d’intérêt effectif plus bas (le taux d’intérêt est égal au montant annuel des intérêts divisé par le prix du titre).

(2) Entretien de Mario Draghi avec le Financial Times, 14 décembre 2011.

(3) ibid.

(4) «  Gare au catastrophisme libéral  », Alternatives économiques, hors-série n° 91, 1er trimestre 2011.

(5) «  La BCE doit agir dès maintenant pour sauver l’euro  !  », Project Syndicate, 13 décembre 2011.

(6) Entretien avec le Financial Times, ibid.

(7) «  Réquisitionnons les banques centrales  !  », Le Monde, 2 décembre 2011.

(8) «  Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques  ?  », Le Monde, 3 janvier 2012.

 

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-02-22-Dette

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 18:26

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Isolement des salariés, absence de tradition syndicale, gommage des rapports de forces traditionnels : les obstacles à la mobilisation dans le secteur de l’aide à domicile sont nombreux. Exemples dans l’Ardèche, le Berry et la Somme.


par Pierre Souchon, septembre 2011

« Vous êtes déjà habillée, madame Dumas ? Je vais ranger votre chambre. Prenez votre petit déjeuner, pendant ce temps. » Mme Pauline Dumas (1) se dirige lentement vers sa cuisine, en ce matin de mars. Elle a du mal à se déplacer : à plus de 80 ans, elle a besoin de l’aide régulière d’une auxiliaire de vie sociale. Ménage, promenade, prise de médicaments — et lecture du Dauphiné libéré : Mme Dumas voit mal. Elle choisit quelques titres, et bientôt Mme Patricia Galou la prend par les épaules et lui lit sa sélection d’articles. Voilà neuf ans que cette ancienne cadre commerciale chez Air Liquide travaille au sein de l’association prestataire Service d’aide et d’accompagnement à domicile de l’Ardèche méridionale (Saadam). Comme la trentaine de salariés de la structure, elle a effectué une reconversion professionnelle, divisant son salaire par trois. « Nous avons des coiffeuses, des secrétaires de direction, des mécaniciens, des cuisiniers : tous sont obligés d’abandonner leur métier d’origine. En dehors du tourisme et des personnes âgées, il n’y a pas d’emploi dans notre région », explique Mme Ginette Landelle, présidente de Saadam.

Adhérente de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) à Air Liquide, Mme Galou a importé dans l’aide à domicile son expérience syndicale : elle est déléguée de la Confédération générale du travail (CGT) et déléguée du personnel. La tâche est immense dans un secteur peu habitué au militantisme. Première difficulté : le montant de la cotisation. « Lorsque j’explique à mes collègues que c’est 1 % du salaire mensuel, elles me répondent : “Tu as vu les salaires qu’on a ?” La plupart sont à temps partiel et n’ont plus rien à la fin du mois. Elles préfèrent consacrer 8 euros à nourrir leur famille plutôt qu’à un timbre syndical… » Grâce au volontarisme de Mme Galou, et aux discrets coups de main de Mme Landelle, ancienne cadre de santé CGT, Saadam compte une dizaine d’aides à domicile syndiquées. « C’est un travail de fourmi que l’on mène depuis quinze ans », dit Mme Louise Leyvastre. Le soir même, cette postière retraitée, cheville ouvrière du syndicalisme dans le domaine de l’aide à domicile, anime une réunion à l’union locale CGT d’Aubenas.

Autour de quelques pizzas, les salariées présentes disent leur fatigue. Bas salaires, manque de reconnaissance, précarité, temps partiels subis, conventions collectives non respectées, présidences bénévoles d’associations ignorantes du droit du travail : si les revendications sont nombreuses, les forces manquent. « Une salariée de Vallon-Pont-d’Arc nous avait alertées, raconte Mme Christine Martin, technicienne de l’intervention sociale et familiale (TISF) de formation. On a mis des mois à joindre les filles, à organiser la réunion d’information… Résultat, personne n’est venu : on s’est retrouvées seules avec la salariée. » Les obstacles sont multiples : très isolé, travaillant individuellement sur des secteurs étendus et ne se réunissant que rarement, le salariat de l’aide à domicile est difficile à rassembler. En outre, « c’est un monde sans culture syndicale, baigné dans l’idée du travail d’appoint, regrette Mme Leyvastre. On entend qu’il faut avoir la “foi”, la “fibre maternelle” pour faire ces métiers — ce serait en somme une vocation. Cela gomme complètement les rapports de forces ».

« Si les consœurs veulent un temps plein, elles n’ont pas intérêt à avancer avec l’étiquette CGT »

Entraîner les salariés dans une grève relève presque de l’impossible : « Je m’entends répondre : “Que vont devenir les personnes dont je m’occupe ?” C’est le revers de cette extraordinaire conscience professionnelle », note Mme Sylvie Francheteau, TISF. Auxiliaire de vie sociale, Mme Isabelle Giron évoque une « peur des représailles » en cas de syndicalisation : « La plupart des consœurs sont à temps partiel. Si elles veulent un temps plein, elles n’ont pas intérêt à avancer avec l’étiquette CGT » — une étiquette que nombre de salariées redoutent, car « associée au communisme, à la révolution ». Mme Leyvastre se veut optimiste : les aides à domicile CGT ont récemment été reçues par le conseil général, et le nombre des syndiquées est passé de vingt-quatre en 2008 à quelque soixante cette année.

Aide à domicile dans le Berry, Mme Laurence Bonneterre travaille depuis 2004 « en mandataire » dans une association comptant près de cent quatre-vingts salariés. Les personnes aidées sont ses employeurs. « J’envie les collègues ardéchoises : elles ont un jour de repos hebdomadaire, travaillent un week-end par mois et bénéficient de congés payés… » Des privilégiées, presque, les salariées d’associations prestataires. Le carburant de Mme Bonneterre n’est pas remboursé ; il lui arrive de travailler quinze jours consécutifs, ou d’être employée par une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer… « En ce moment, j’attends une somme assez importante bloquée chez le notaire : la personne qui me salariait est décédée, et les enfants sont en désaccord sur la succession. » Profondément attachée à ce métier qui « donne un sens à [sa] vie », elle tente de faire valoir certaines revendications. Soutenue par la CGT, à laquelle elle a adhéré, cette mère de famille a créé un collectif : « On parle de la maltraitance des personnes âgées, moi je parlerais plutôt de la maltraitance des aides à domicile. »

Radios et journaux locaux ont relayé son initiative, lancée à grand renfort de tracts sur les pare-brise et dans les boîtes aux lettres. Lors de la première réunion publique d’information qu’elle organise, Mme Bonneterre se retrouve toute seule, alors que le secteur de l’aide à domicile compte plusieurs milliers de salariés dans l’Indre. « Je ne vois jamais mes collègues, on travaille de façon dispersée. La précarité dans laquelle on se trouve toutes exacerbe les rivalités. Je suis découragée… Et c’est terrible, quand on distribue des tracts, de se faire traiter de “torcheuse de culs”. » Usée parce qu’elle « travaille dur », parce qu’on l’appelle pour « un quart d’heure ou une demi-heure » ou pour aller « bêcher le jardin », Mme Bonneterre a « presque abandonné ». Elle se rend régulièrement à la permanence de M. Michel Sapin, député-maire socialiste d’Argenton-sur-Creuse : « Il est gentil, il m’écoute, mais il s’en fout : je ne représente que moi. »

Lors des dernières élections professionnelles pour les assistantes maternelles dans la Somme, Mme Catherine Matos a elle aussi organisé une réunion d’information. Syndiquée à la CFDT, elle a seulement reçu la visite de deux personnes qui « s’étaient trompées : elles pensaient qu’elles allaient voter »… Dans cette région qui subit de plein fouet la désindustrialisation, les reconversions dans le secteur de l’aide à domicile sont légion. Mais les assistantes maternelles comparent leurs salaires, entre 2,18 et 5 euros de l’heure dans la Somme (2), avec ceux de l’usine : « Pour elles, ce n’est pas un vrai métier. C’est un petit complément. » Difficile, dans ces conditions, d’informer sur les conventions collectives ou sur les droits : les salariés pensent ne pas en avoir. D’ailleurs, Mme Matos elle-même a signé son premier contrat, en 2002, en dehors de tout cadre légal : elle en ignorait jusqu’à l’existence. « A l’usine, c’est simple : il y a le local des syndicats, relève cette ancienne ouvrière de Parisot Sièges de France. Là, on n’a personne vers qui se tourner — quand on a l’idée de se tourner vers quelqu’un. » Si la formation des assistantes maternelles abonde en recommandations sur les premiers secours et la sécurité de l’enfant, elle ne comporte rien sur le droit du travail, déplore Mme Matos.

« La précarité dans laquelle on se trouve toutes exacerbe les rivalités »

Mme Dumas achève le repas que Mme Galou lui a préparé. « Si je vais à l’hôpital, vous viendrez me voir, Patricia ? — Ne parlez pas de malheur ! » Mme Dumas a longtemps été ouvrière dans une usine textile qui a fermé après guerre. Elle s’était reconvertie en aide-ménagère : « J’ai fait ça douze ans, jusqu’à ma retraite en 1984. A l’époque, nous étions trois sur la commune et nous ne faisions pas de temps complet. Aujourd’hui, elles sont trente ! Pour compléter nos salaires, nous vendions des calendriers et des tickets de loto. On a vécu pauvrement. Autres temps, autres mœurs… » Vraiment ?

 

Pierre Souchon

Journaliste.

(1) Le nom a été changé.

(2) Déterminé suivant une grille de rémunération, le salaire horaire varie selon les zones géographiques et le nombre d’enfants gardés.

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 18:20

editog.jpgLe journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Le Bourget contre The Guardian : choisissez votre François Hollande. Tant qu’à faire, on préfère la version du quotidien britannique, qui a le mérite de l’honnêteté : finance protégée, traités européens à peine retouchés, aucune conquête sociale à attendre… Demandez le programme !

Pour lire notre traduction de l’article du Guardian, cliquez ici.




1 – Une « Finance sans parti » ?

Au Bourget : « Mon adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. »

Au Guardian  : « La gauche a gouverné pendant quinze années, durant lesquelles nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. »

Après le discours du Bourget, on s’étonnait de ses lacunes. Car pour nous, cet « adversaire » en a, des « visages », et pas qu’un : c’est Marc Ladreit de Lacharrière, patron du fonds Fimalac – qui possède l’agence de notation Fitch Rating, qui a délocalisé loin du continent la production des outils Facom, qui conseille de faire de même avec les voitures Renault ; c’est Michel Pébereau, le PDG de BNP-Paribas, qui joue avec les dettes des états et jongle avec les paradis fiscaux ; c’est Jean-Charles Naouri, qui a arraché une plus-value du naufrage de Moulinex, etc.

Car, surtout, cet adversaire en a un, de « parti », ou plutôt deux : c’est la droite de gouvernement, le RPR, qui a privatisé les banques – notamment sous Chirac (1986). Mais c’est aussi son camp, le Parti socialiste, qui a libéralisé la Finance sous Bérégovoy (1984). Et ces stock-options qu’il se propose aujourd’hui de « supprimer », c’est son camarade Dominique Strauss-Kahn qui en a allégé la fiscalité (1997).

« Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies », poursuivait François Hollande, comme s’il s’agissait, quasiment, d’une catastrophe naturelle, d’une fatalité tombée d’un ciel peu clément – mais c’est peut-être, surtout, davantage, que des dirigeants politiques, par des lois, dans les ministères et les parlements, ont confié à cette finance « le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies ». Dans ses propos tenus au Guardian, François Hollande rétablit cette vérité historique : « La gauche a gouverné pendant quinze années, durant lesquelles nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a pas de grandes inquiétudes. » C’est honnête. Seul hic : ces orientations – « ouverture des marchés à la finance » et « privatisations » – François Hollande les range dans la colonne positif du bilan de la gauche, plus qu’il ne se livre à une autocritique faite de regrets…


2 – Avec quelles armes ?

Au Bourget : « Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. »

Au Guardian  : « La City de Londres ne doit pas avoir peur… » « Il n’y a pas de grandes inquiétudes… ». Lui ne se montrera pas « agressif ». Et pour rassurer les marchés, François Hollande affirme même que, dans sa lutte contre la finance, il n’en fait ni plus ni moins que « tous les autres présidentiables français, Nicolas Sarkozy inclus ».

Après le discours du Bourget, Le Nouvel Observateur – et autres médias roses bonbon – s’enflammaient pour ce « Cap à gauche ». Pas nous. Car même alors, alors qu’il dénonçait cet « adversaire » ô combien redoutable, la Finance, son « emprise [qui] est devenue un empire », à aucun instant, jamais, il ne nous dit de quelles armes il userait comme futur président : reviendrait-il sur « la libre circulation des capitaux, y compris avec les pays tiers » – cet instrument de chantage permanent pour les forces de l’argent ? Abolirait-il ces dogmes qui inspirent l’Europe libérale – « la concurrence libre et non faussée », « l’indépendance de la Banque centrale européenne », etc. ? Sur tout ça, rien. Nulle rupture annoncée avec les traités de Lisbonne ou de Maastricht, nulle refondation de l’Union sur un nouveau socle.

Dès lors, la manœuvre apparaissait dans sa simplicité. Et Sylvie-Pierre Brossolette (du Point) la dévoilait très lucidement sur le plateau de Mots Croisés le 23 janvier 2012 : « Je pense qu’un gouvernement de gauche se doit de donner à ses électeurs, aux électeurs français qui vont lui faire confiance, des symboles, du verbe, un peu presque de la mythologie en compensation de la future inévitable rigueur. Tout le monde le sait très bien. Mais sur le moment, je suppose que les gens de gauche qui écoutaient François Hollande étaient heureux. Ils ont entendu ce qu’ils ont envie d’entendre, qu’ils n’entendaient pas depuis un bout de temps, et ils se sont dit "ça y’est". Ils ont enfin un leader qui nous dit, effectivement, que l’argent c’est pas bien, il faut pas être fasciné par l’argent, il faut aimer les gens, c’est mieux. Que là effectivement, le monde de la finance, c’est quelque chose d’un peu traumatisant, que il faut l’égalité dans ce pays... À mon avis, c’est le grain à moudre pour pouvoir mieux faire passer le reste, parce que après il faudra évidemment serrer les boulons. » À ses côtés, Manuel Valls, porte-parole de Hollande, approuvait du bonnet : « Oui oui ».

D’emblée, nous le savions – mais la rencontre avec The Guardian le confirme : face à la Finance, il n’y aura pas de bataille du tout. Même pas avec un pistolet à bouchon…


3 – Revenir sur « le Traité européen » ?

Au Bourget : « Je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance. »

Au Guardian  : « Il a renouvelé sa demande pour un changement du traité européen sur l’intégration économique, mais a semblé tempérer son appel à une renégociation complète, soulignant qu’il voulait ajouter une clause concernant la croissance économique, qu’elle soit incluse ou non dans le traité. Il a ajouté qu’il reviendrait au Parlement français de ratifier le traité après l’élection, et qu’il ne ferait pas de référendum. »

Déjà, avec Le Bourget et le « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance », les Bourses devaient trembler. Mais voilà qu’il modère encore sa modération : une petite « clause » mentionnant la croissance, et il sera content…

Ça rappelle des souvenirs. Durant l’été 1997, en effet, Lionel Jospin vient d’entrer à Matignon. Le passage à l’euro, prévoit le programme du PS, ne sera accepté par la France que « sous conditions ». Mais à Amsterdam, les « partenaires » ne font qu’une concession de vocabulaire : « le pacte de stabilité » devient « pacte de stabilité et de croissance ». La gauche plurielle s’est rendue sans combattre – et François Hollande, alors Premier secrétaire de son parti, entérine. « À ce moment-là, m’expliquait l’économiste Jacques Généreux – alors au PS, aujourd’hui au Front de Gauche – la gauche gouverne l’Europe. Treize pays sur quinze ont des socio-démocrates à leur tête, ou sont présents dans des coalitions. À Paris, Lionel Jospin vient d’être élu. Il a fait campagne sur les conditions pour que la France signe un nouveau traité – notamment l’harmonisation sociale, fiscale, etc. Il va à Amsterdam. Il évoque ces conditions. Il se fait renvoyer dans ses buts par ses amis, par des gouvernements du même bord. Et là, malgré tout, il se couche : il accepte de signer. Il présente ça comme un progrès. Ce jour-là, c’est devenu lumineux, parfaitement incontestable : le libéralisme était ancrée dans leurs têtes. »




4 – Pour gagner quoi ?

Au Bourget : « J’ai parlé du Rêve français. Oui, le beau rêve, le rêve que tout au long des siècles, depuis la Révolution française, les citoyens ont caressé, ont porté. Ce rêve de vivre mieux, ce rêve de laisser un monde meilleur, ce rêve du progrès, ce rêve de pouvoir franchir à chaque fois les étapes de l’humanité. C’est ce rêve-là que j’ai voulu de nouveau ré-enchanter. »

Le Guardian conclut : « Son projet est plus modéré que tous ceux des candidats socialistes avant lui, et ne contient aucune des promesses traditionnelles de gauche d’augmenter le salaire minimum ou les salaires, mais envisage en revanche de freiner le déficit public. » Avec sobriété, voilà un excellent résumé de cette campagne « au centre toute ! ».

Il est désormais certain, et cet article en témoigne, que le candidat socialiste, s’il devenait président, ne prendrait pas la moindre mesure contre son « adversaire » la Finance (suppression des stock-options, taxe sur les mouvements de capitaux, etc.). N’apporterait aucune conquête, ni écologique ni sociale… Sauf si une pression populaire l’exigeait. À nous d’y travailler… en commençant par dévoiler ce véritable programme. C’est-à-dire, pour l’essentiel, sa vacuité.

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