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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:57

bonimenteur-bbd93.jpgn 2005 : le peuple de France, seul contre ceux qui l’informent, le guident, le conseillent, lui expliquent, a voté« non » et rejeté ainsi le Traité Constitutionnel Européen (TCE). Serge July, qui fut maoïste avant de pervertir le journal de Jean-Paul Sartre, en pondit un édito rageur à la limite de l’insulte des lecteurs/électeurs. L’effet boomerang blessa Libération et il fallut en appeler à un Rothschild pour arrêter l’hémorragie.



Car, la rue, monsieur, la rue…

Parfois la rue ridiculise les sondeurs, les analystes, les politologues, les économistes, les spécialistes, les pédagogues, les éditorialistes, le JT de 20 H, la droite musclée et même la gauche molle. Tous lui expliquent ce que sera son vote, tous l’invitent à en accepter la fatalité, tous travaillent à rendre leur pronostic incontournable.

Ceux qui savent ont tendance à louer ceux qu’ils servent et à mépriser ceux à qui ils expliquent. Ils disent : « Un capitaine d’industrie », « Un grand patron », « Un grand directeur de journal », « Un grand journaliste », mais « Un petit juge », « Un petit instituteur » ? Il est vrai que l’instituteur n’a pas toujours eu la stature nécessaire pour bien leur apprendre à écrire et à penser.

Les leaders de ceux d’en bas ont la tête sous l’eau.

Les sondages ne les épargnent pas. Ils leur maintiennent la tête sous l’eau, dans la baignoire. Il suffit de les relâcher vers la fin. Aphones, flageolants, décrédibilisés par leur faiblesse, en manque d’oxygène, les leaders n’arrivent plus à grimper dans les graphiques.

Il n’est pas interdit de rigoler en voyant les rescapés zigzaguer, ni de leur taper sur la nuque avec des questions brutales : « Comment se fait-il, puisque votre programme est formidable pour les gueux, que ceux-ci ne votent pas pour vous, mais pour Hollande, Sarkozy, Le Pen ? ». Bien embêtés pour répondre, ceux dont les citoyens ne savent toujours pas (à moins de 100 jours des élections) écrire le nom (« Mélanchon » !), ignorent le prénom (Poutou, c’est Philippe) voire le prénom et le nom (Nathalie Arthaud, avec un « h » et un « d » à la fin).

Les belles dames qui ont accès aux médias pour leur lutte en faveur de l’égalité hommes/femmes digèrent sans broncher que l’une d’elles apparaisse si peu dans les médias. Ah, mais c’est parce qu’elle fait peu de voix. Pardi, si on ne sait pas qui elle est. Demandez à Jean-Luc Mélenchon (sans « a ») pourquoi il commence enfin à gravir la côte et à remplir des salles immenses à chaque meeting. Demandez aux Le Pen : « Qui vous a fabriqués ? Les militants au porte à porte ? ».

Les leaders d’en haut sont juchés sur des tabourets prêtés par les sondages.

Ils pérorent avec une exquise retenue à destination des analystes, politologues, économistes, spécialistes (professeurs à Sciences Po ou à HEC), pédagogues, éditorialistes, présentatrices et présentateurs des JT, virtuoses dans la lecture du prompteur... On les contredit juste ce qu’il faut. Sur les sujets qu’il faut. On les respecte. Eux-mêmes, s’ils contredisent quelqu’un, ce sont les concurrents sélectionnés, propres sur eux, bien policés, leurs alter ego de l’autre bord. Ceux du sérail.

Le peuple ne le sait pas, mais le grand penseur Noam Chomsky a expliqué l’astuce : « La façon la plus intelligente de maintenir la passivité des gens, c’est de limiter strictement l’éventail des opinions acceptables, mais en permettant un débat vif à l’intérieur de cet éventail et même d’encourager des opinions plus critiques et dissidentes. Cela donne aux gens l’impression d’être libres de leurs pensées, alors qu’en fait, à tout instant, les présuppositions du système sont renforcées par les limites posées au débat ».

Ils ne parlent pas à leurs adversaires d’en bas.

Voyez, François Hollande. Il débat à la télévision avec ses compétiteurs pour les primaires « socialistes » : Martine Aubry, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Jean-Michel Baylet, Ségolène Royal. Il croise ensuite le fer (émission « Des paroles et des actes ») avec Alain Juppé. Tout sourire, il serre la main de Nicolas Sarkozy au dîner du CRIF. Mais il refuse tout débat avec Jean-Luc Mélenchon, il évite Eva Joly et il ignore Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. Ces quatre-là viendront peu ou prou, en tout cas ils n’iront pas chez Sarkozy. Inutile d’écouter leurs voix, il suffira de les compter. A discuter avec la gauche, il risque de démontrer qu’il est socialiste comme DSK (ex-président socialiste élu par les sondages) est chaste.

En février 2012, le comptage du CSA révélait que l’UMP et le PS se partageaient 75% du temps de parole à la radio et 70 % à la télévision, médias de masse qui pèsent sur l’opinion.
Pour y dire quoi ?

En fait, « ils font du bruit avec la bouche ».

Les experts en communication leur ont conseillé de parler, mais de ne pas trop en dire. Hollande était au zénith des sondages avant même d’avoir fait connaître son programme. Pour des élections de ce genre, n’oublie pas, coco, que c’est le paraître qui séduit, pas l’être et surtout pas le vouloir. Alors, coco, tu maigris, tu changes de lunettes, tu mets des talonnettes, tu remontes la salle du meeting depuis le fond, cerné par des caméras, surmonté de perches des micros, protégé par des Sylvester Stalone à Ray-ban et oreillettes. Tu fais avec les bras le V de la victoire, tête haute, regard dans les étoiles, tu serres des mains au passage. Les pancartes montent, portant ton nom, des ballons s’envolent, des drapeaux s’agitent. Et jaillit un cri lancé par les compagnons mandatés pour ça (la claque) : « François (ou Nicolas) président ». Et la foule de reprendre le slogan à l’envi. Les voix se mêlent à la musique qui monte en puissance, c’est Nabucco, de Verdi. Le délire ! Les cœurs chavirent. Ton public t’acclame et la télévision le montrera aux millions d’indécis (la majorité du corps électoral). Ceux-là penseront : « Ils ne peuvent pas tous se tromper. C’est du sérieux, ce candidat ». Après, ce que tu raconteras importe peu. De toute façon, tu ne le feras pas. A cause de la crise. Des règlements européens. Du traité de Lisbonne. Tout ça.

Et maintenant, un air de pipeau.

Il te suffit de te tenir droit derrière le pupitre, d’ânonner des banalités vitaminées par des gestes nombreux et spectaculaires, de balayer les sujets sans entrer dans les détails. Tu es pour la justice, la liberté, la paix, la sécurité, l’emploi, l’augmentation des salaires (les plus bas), une hausse des allocations familiales, le plafonnement des rémunérations (dans la fonction publique), la préservation de notre système de santé (unique au monde) et la retraite par répartition (qu’il faut sauver), l’égalité hommes/femmes. Tu es pour rendre à l’éducation nationale les moyens (pas forcément financiers) de sa mission (une commission sera immédiatement convoquée…). Tu procèderas à des réformes (courageuses) pour que la France aille de l’avant. Tu relocaliseras nos entreprises et tu imposeras des droits de douanes pour les produits chinois. Tu réduiras les dépenses de l’Etat, tu resserreras le gouvernement (moins de ministres et de collaborateurs). Avant la fin de ton quinquennat, le nombre de morts sur la route aura diminué de moitié ainsi que les meurtres de joggeuses. La pédophilie sera éradiquée, la carte Vitale sécurisée avec empreinte ADN. Notre dette sera apurée, l’eau de la Seine sera devenue propre et tu te baigneras dedans. Tu taxeras les transactions financières, tu expulseras un bon paquet de clandestins, tu t’opposeras à l’achat du Fouquet’s par Mohamed Al-Fayed, propriétaire du Ritz. Le Stade de France ne sera pas vendu au prince Tamim bin Hamad al-Thani, propriétaire du PSG et les truffières de Corrèze resteront françaises.

Le Monde, dont Hubert Beuve-Méry fit un « journal de référence » et qui s’est aujourd’hui vendu à un trio composé d’un homme d’affaires, d’un banquier et d’un propriétaire de peep-shows, Le Monde consacrera un long compte-rendu à ta prestation.

L’eau doit être tiède dans l’abreuvoir des veaux.

Tu ne cacheras pas que tout cela ne sera pas fait tout de suite : tu n’es pas un démagogue populiste. Il y aura des efforts à consentir pour sauver les emplois, les retraites, la Sécurité sociale, notre compétitivité, etc.

L’avionneur Dassault, patron vigilant du Figaro (quotidien qui explique sans relâche que l’Etat n’a aucune compétence pour faire rouler des trains ou distribuer le courrier : à chacun son métier) sera aimable avec toi.

Jusque là, tu parles comme un homme de gauche qui imite un homme de droite ou vice versa. C’est bon coco, ça ratisse large. On devrait établir le rapport à 50/50 avec ça.

Une élection pareille se gagne à, pff ! 100 000, 200 000 voix.
Tout est permis pour les grignoter. Tu n’oublies pas le mot cruel de De Gaulle sur les Français.

Si tu es Sarkozy, tu mets le paquet sur l’insécurité et l’invasion du pays par les sans-papiers. Ne pas oublier de dire que tu veux résoud’ l’problèm’ en Afrique, parce que c’est la misère qui pousse les noirs chez nous. Alors, un, on les expulse, deux, on leur apprend à cultiver des haricots dans le Sahel.

Si tu es Hollande, promets une réforme de la police pour modifier ses rapports avec la population (les braves gens ont peur des flics, plus que des voleurs) et (soyons fous !) la nationalisation des autoroutes avec suppression progressive des péages (les Français sont fatigués de ce « racket »). Après, si tout va bien, le Conseil Constitutionnel ou l’Europe t’interdiront d’étatiser quoi que ce soit au nom de la concurrence nécessaire. Et comme tu es un démocrate et un européen convaincu…

Tu t’indignes, je filme.

Avec ces thèmes-là, qui que tu sois, tu tiens facilement un discours de deux heures. Mets-y le ton, surtout. Ne pas dire : « je veux que chaque SDF ait un toit », mais : « C’est une honte pour notre pays, de voir des pauvres gens dormir sous des cartons en plein hiver. C’est inadmissible ET JE NE L’ADMETTRAI PAS ! JE NE L’ADMETTRAI PAS !!! » (geste saccadé du bras). Ovation (normalement). Sarabande des oriflammes. Les caméras de ton parti font des gros plans sur des visages extatiques (jeunes, plutôt blancs. Non, pas elle, elle est grosse, pas lui il a l’air benêt).

Qu’à aucun moment les téléspectateurs ne pensent au comteTomasi de Lampedusa et à son Guépard : « Si nous voulons que tout continue, il faut d’abord que tout change ! ». Que tout change dans les discours et les apparences pour que tout continue. Ils doivent croire que la lourde charge de président n’est pour toi qu’un levier pour transformer la société. Que jamais ils ne devinent ta décision secrète de ne pas toucher au cœur du système car ton désir est d’abord, surtout ou uniquement d’entrer dans l’Histoire, d’accéder au trône de monarque avec cent et mille domestiques, des nuées de chevau-légers, des courtisans et courtisanes, les logements privés dans l’immense palais de l’Elysée, les résidences secondaires du Pavillon de la Lanterne à Versailles et du Fort de Brégançon, des honneurs, des escortes et l’immense pouvoir d’acheter les hommes à coups de maroquins ministériels, présidences de commissions, députations, nominations à des postes dans des organismes si variés et si nombreux que nul n’a su en dresser la liste exhaustive et qui vont d’Ambassadeur pour les pôles arctique et antarctique jusqu’à Chargé d’information en Corée du Nord, en passant par Conseiller de qui on voudra ou président d’un comité Théodule, pourvu que la sinécure ouvre droit à un salaire confortable, un bureau, une secrétaire, une voiture et une carte bleue.

Tu feras de la rue un club privé.

Il est d’usage que les bénéficiaires de la manne soient dispersés dans chacun des 100 départements (Hexagone et outre-mer) afin que partout des obligés courbent l’échine et chantent les louanges du Chef de l’Etat qui, dès lors, et en dépit des trahisons de ses promesses, pourra tranquillement visiter ses provinces sans autre escorte que cinq compagnies de CRS, 100 policiers en civil, 30 agents des RG, un hélicoptère géo-stationnaire et les casernes de gendarmerie de 3 départements qui tiendront à distance de ses yeux et de ses oreilles les braillards syndicalistes, les jeunes sans boulot, les étudiants sans un sou, les parturientes sans maternité, les professeurs aux classes surchargées, les chômeurs en fin de droits, les infirmières débordées, les postiers sous-payés, les paysans ruinés, les ouvriers victimes de licenciements boursiers, les caissières précarisées à temps partiel ou aux heures sup non payées et obligés de la fermer.

Seuls l’approcheront, cernés par des en-civils, les militants amenés par autobus de toute la région.

Ces privilégiés, déguisés en peuple pour la télé, seront préalablement décervelés par un des missiles du marchand d’armes Lagardère : Elle, Paris-Match, le journal du Dimanche, Europe 1, etc. A tout hasard, Vincent Bolloré (l’homme du yacht Paloma) aura fait intervenir Direct Soir, son quotidien gratuit et quelques chaînes de télé qu’il contrôle. Ne parlons pas de Bouygues avec TF1 et autres.

Tu ne tueras point, ou tu tueras. C’est comme tu le sens.

Donc, la camarilla des beaux esprits et des faiseurs d’opinion t’aura donné les clés de l’Elysée. Tu auras tout, et jusqu’à ce privilège grisant qui fut celui de César, baissant le pouce, et qui se décline aujourd’hui en pouvoir régalien d’aller faire tuer de jeunes Français dans des pays lointains pleins de poussière. A l’approche de la soixantaine, tu éprouveras cette excitation sexuelle paradoxalement provoquée par des paroles apparemment sans rapport, comme : « J’ai décidé de renforcer nos troupes en Afghanistan » ou : « En 2013, tous nos garçons seront rentrés à la maison » (traduction littérale de l’américain). Et, suprême jouissance, tu auras le droit d’aller te recueillir sur les cercueils, l’air compassé, grave, protégé par un cérémonial militaire qui fige les familles endeuillées et leur ôte l’idée de te sauter à la gorge.

Bien, le MEDEF est aux commandes.

Tu seras l’homme que la France des votants aura élu en mai 2012 parce que la finance, les sondeurs, la presse, l’auront voulu. Qu’importe si le sigle de ton parti le dit « populaire » ou « socialiste ». Les moqueurs, qui parlent d’UMPS savent que tu ne provoqueras aucune fuite clandestine de lingots d’or vers la Suisse.

Tu seras élu et que se poursuive le ronron, que continue à couler le robinet d’eau tiède, que ce pays soit tisane, qu’il prive ses enfants de ce qu’eurent leurs parents.

A moins que la rue…

La rue, monsieur, la rue... Parfois elle contredit les sondeurs, les analystes, les politologues, les économistes, les spécialistes (professeurs à Harvard, à l’ENA, à Sciences Po, à HEC, au Massachusetts Institute, à Cambridge, à Oxford…), les éditorialistes, les journalistes des JT de 13 H, de 20 H, de minuit, les virtuoses du prompteur, les animateurs de débats politiques (« Répondez rapidement, s’il vous plaît, on n’a plus le temps »).

Parfois, la rue n’en fait qu’à sa tête et n’écoute plus personne. Pas même Johnny Halliday et Yannick Noah, Jean-Marie Bigard et Pierre Arditi, Doc Gyneco et Gérard Darmon, ni Bernard Guetta, Alain Duhamel, BHL, Alain Minc, Elkabbach, Mireille Mathieu, les évadés fiscaux, les gloires en possible redressement fiscal, les pages saumon du Figaro, la droite égoïste, le centre mou social-démocrate. Pas davantage elle n’écoute ceux qui ont le cœur à gauche et le portefeuille à droite, ceux qui n’ont même pas de portefeuille parce que quelqu’un paie pour eux, toujours, partout. Il suffit de claquer les doigts.

Parfois la rue s’informe aussi sur Internet, loin des Saint-Jean Bouche d’or des médias ancestraux, des carriéristes de la politique, des bonimenteurs des JT, des m’as-tu vu des variétés, des apatrides (célèbres) en délicatesse (discrète) avec le fisc.

Parfois, la rue donne sa chance à la France et lui restitue sa grandeur.

Vladimir Marciac

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:50

iranattackstory372ready.jpgL’année 2012 sera-t-elle celle de la fin du monde ? Une légende maya l’a prophétisée qui en précise même la date exacte : le 21 décembre prochain (21-12-12). Quoi qu’il en soit, dans le contexte européen de récession économique, de chômage de masse et de catastrophe financière et sociale, les dangers ne manqueront pas. De surcroît, des élections décisives se dérouleront en France, en Russie, au Mexique, au Venezuela et aux Etats-Unis.



Mais le principal risque géopolitique continuera de se situer dans la région du Golfe. Israël et les Etats-Unis lanceront-ils l’attaque annoncée contre les installations nucléaires iraniennes ? Le gouvernement de Téhéran revendique son droit à disposer de l’énergie atomique civile. Et le président Mahmoud Ahmadinejad a répété que l’objectif de son programme n’est absolument pas militaire ; que son but est simplement de produire de l’énergie électrique d’origine nucléaire. Il rappelle aussi que l’Iran a signé et ratifié le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), ce qu’Israël n’a jamais fait.

De leur côté, les autorités israéliennes pensent qu’il ne faut plus attendre. Selon elles, on s’approche dangereusement du moment où le régime des ayatollahs disposera de l’arme atomique, et à partir d’alors on ne pourra plus faire grand chose. L’équilibre (inégal) des forces au Proche-Orient sera définitivement modifié. Israël ne disposera plus de son incontestable suprématie militaire dans la région. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou estime que, dans de telles circonstances, l’existence même de l’Etat juif serait menacée.

D’après les stratèges militaires israéliens, le moment actuel serait d’autant plus propice à une frappe préventive, que l’Iran se retrouve affaibli. D’abord, au niveau économique, à cause des sanctions imposées, depuis 2007, par le Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que par les Etats-Unis et l’Union européenne sur la base de rapports alarmants établis par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA). Ensuite, à cause de l’évolution du contexte géopolitique régional. En effet, principal allié de Téhéran, le gouvernenent baasiste de Syrie, en raison de la violente insurrection interne, se trouve dans l’impossibilité de lui venir éventuellement en aide. Et cette impuissance de Damas se répercute sur un autre associé local iranien, le Hezbollah libanais, dont les lignes d’approvisionnement militaire, à partir de Téhéran, ont cessé d’être fiables.

Deux des fronts les plus dangereux - le libanais et le syrien - qui se seraient immédiatement activés en cas de frappe israélienne sur l’Iran, sont donc, d’ores et déjà, quasi neutralisés. Raison de plus pour qu’une partie de l’état-major d’Israël pousse à une action rapide. À cet égard, et pour préparer d’éventuels bombardements, des effectifs des forces spéciales ont déjà été infiltrés en territoire iranien. Il est probable que des agents israéliens aient conçu les attentats qui, au cours des deux dernières années, ont provoqué la mort de cinq importants scientifiques nucléaires iraniens.

Bien que Washington accuse également Téhéran de conduire un programme nucléaire clandestin pour se doter de l’arme atomique, son analyse sur l’opportunité de l’attaque est différente. Les Etats-Unis sortent à peine de deux décennies de guerres dans la région, et le bilan est désolant. L’Irak a été un désastre, et se retrouve finalement piloté par la majorité chiite qui sympathise avec l’Iran… Quant au bourbier afghan, les forces américaines se sont révélées incapables de vaincre les talibans, avec lesquels le Département d’État s’est résigné à négocier avant le retrait prochain du pays.

Ces ruineux conflits ont affaibli les Etats-Unis, et révélé au monde les limites de leur puissance et le prélude de leur déclin historique. L’heure n’est pas à de nouvelles aventures. Encore moins en année électorale, alors que le président sortant, Barack Obama, n’est pas certain d’être réélu. Et alors que toutes les ressources sont mobilisées pour combattre la crise et relancer la croissance.

Par ailleurs, Washington voudrait changer son image aux yeux du monde musulman, surtout après les insurrections du « printemps arabe » de l’an dernier. Longtemps complice de dictateurs –en particulier du Tunisien Ben Ali et de l’Egyptien Moubarak – l’Amérique veut désormais apparaître comme le mécène des nouvelles démocraties proche-orientales. Une agression militaire contre l’Iran, qui plus est en alliance avec Israël, ruinerait pour longtemps ces efforts et réveillerait l’antiaméricanisme latent dans nombre de pays de la région. Surtout dans ceux dont les gouvernements, issus des révoltes populaires, sont dirigés par des islamistes modérés.

Importante considération complémentaire : l’attaque contre l’Iran aurait certes des répercussions militaires. Peut-on exclure que, en riposte, des missiles balistiques iraniens atteignent le territoire israélien ou parviennent à toucher les bases américaines situées au Koweït, Bahreïn ou Oman ? Mais les conséquences seraient surtout économiques. Car on peut imaginer que la réplique minimale de Téhéran consisterait –ses responsables militaires ne cessent de l’annoncer – à bloquer le détroit d’Ormuz. Verrou du Golfe, ce mince couloir maritime voit passer le tiers du pétrole du monde, soit 17 millions de barils de brut par jour… Sans cet approvisionnement, les prix des hydrocarbures atteindraient des niveaux insupportables interdisant la réactivation de l’économie mondiale.

L’état-major iranien affirme qu’il n’y a rien de plus facile à fermer que ce détroit. Il multiplie les manoeuvres navales dans la zone pour prouver qu’il est en mesure d’accomplir sa menace. Le Pentagone a répondu que le blocage de la voie stratégique d’Ormuz serait considéré comme un « cas de guerre ». Il vient d’ailleurs de renforcer sa Cinquième Flotte qui croise sur le Golfe.

Il est improbable que l’Iran prenne l’initiative d’obstruer le passage d’Ormuz (mais il pourrait le faire en représailles à une attaque). En premier lieu, parce qu’il se tirerait une balle dans le pied, car c’est par cette voie qu’il exporte l’essentiel de son propre pétrole, et ces ventes sont vitales pour son économie. Et aussi parce qu’il causerait un tort important à ses propres partenaires commerciaux, dont certains le soutiennent dans son conflit avec les Etats-Unis. Notamment la Chine, dont 15% des importations d’hydrocarbures proviennent d’Iran. Une éventuelle interruption de ce flux pourrait paralyser partiellement l’appareil industriel chinois.

Les tensions sont donc extrêmes. Les chancelleries du monde suivent minute par minute la dangereuse escalade pouvant déboucher sur un grand conflit régional. Y seraient concernés non seulement Israël, les Etats-Unis et l’Iran, mais au moins trois autres puissances proche-orientales : la Turquie, dont les ambitions régionales sont de nouveau considérables et qui pourrait vouloir en profiter pour « régler » son problème kurde ; l’Arabie Saoudite, qui rêve depuis des décennies de la destruction de son grand rival islamique chiite ; et l’Irak, menacé de se fracturer en deux parties, l’une chiite pro-iranienne, l’autre sunnite, pro-occidentale. Sans parler d’autres implications possibles : le Pakistan par exemple, ou la Russie.

Il faut aussi tenir compte qu’un bombardement des sites nucléaires iraniens provoquera des nuages radioactifs néfastes pour la santé de toutes les populations des alentours. Y compris les milliers de militaires des bases américaines et les habitants d’Israël.

Tout cela conduit à penser que même si les bellicistes donnent en ce moment de la voix, le temps de la diplomatie n’est pas encore terminé.

1er février 2012

Ignacio Ramonet

Président de l’association Mémoire des Luttes.

http://www.medelu.org/

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:48

arton15875-73a0c.jpgDepuis que j’ai découvert Jean Ziegler, dans les années 70 (1), je n’ai loupé aucun livre du trublion au franc-parler. Plume en main, comme à l’occasion de chacune de ses nombreuses interventions publiques, l’ex-député (2) ne s’embarrasse nullement des précautions rhétoriques tacitement prescrites par les convenances diplomatiques. Je ne le connais pas autrement qu’insurgé contre « le cartel des nouveaux seigneurs féodaux », « les oligarques du capital globalisé », qui mènent une « guerre économique permanente », étouffant avec une férocité inouïe les « aspirations élémentaires au bonheur » de tant d’êtres humains, victimes de leurs criminelles exactions.



Dichotomie insensée

Dans son dernier essai (3), il vitupère à nouveau contre « l’ordre cannibale » que révèlent notamment, de la manière la plus crue, le pillage permanent du Tiers-Monde et le scandale majeur de notre temps : l’assassinat par la faim de trente-six millions d’êtres humains par an (toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans).

Or, rappelle-t-il, l’accès à la nourriture constitue une prérogative inaliénable, gravée dans le marbre de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 à Paris par l’Assemblée générale des Nations Unies où siégeaient les représentants de soixante-quatre pays. Le natif de Thoune, qui officia, de septembre 2000 à mars 2008, auprès de l’instance new-yorkaise précitée, en qualité de premier rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, sait mieux que quiconque combien ce dernier est bafoué quotidiennement. Pourtant, la production agricole mondiale permettrait de satisfaire les besoins vitaux de douze milliards d’individus.

Nulle fatalité dans cette dichotomie insensée entre l’abondance des richesses disponibles et la privation des biens les plus élémentaires qui frappe tant de nos semblables ! 1,2 milliard d’entre eux végètent, avec moins de 1,25 dollar par jour, dans une pauvreté extrême. En cause, les orientations ultralibérales de l’Organisation mondiale du Commerce, du Fonds monétaire international et, à un degré moindre, de la Banque mondiale. Les « plans d’ajustement structurels » imposés aux gouvernements induisent des coupes drastiques dans les budgets sociaux (santé, éducation, retraites…), déterminent, dans les contrées les plus miséreuses, le type de relations économiques entre les oligarques du Nord et les peuples du Sud.

Ainsi au Niger, la puissante organisation cornaquée depuis le 5 juillet 2011 par Christine Lagarde avait notamment ordonné la dissolution de 40 000 tonnes de réserves (mil, orge, blé, sorgho…) détenues par l’État. Le département Afrique (4) du FMI estimait que ces stocks « pervertissent le libre fonctionnement du marché ». Le pays (1,267 million de kilomètres carrés) « dispute » au Congo la dernière place à l’Indice du développement humain. Son sous-sol recèle des gisements dont certains demeurent inentamés (or, gypse, phosphates, cassitérite, composé de dioxyde d’étain…) ; bien que les trois-quarts de sa superficie soient désertiques, il regorge d’immenses nappes d’eau fossiles (deux mille milliards de mètres cubes, plus les vingt-deux milliards fournis par le débit du fleuve éponyme et 2,5 milliards de poches souterraines ou superficielles). Il se situe dans une des zones les plus ensoleillées du globe et possède un potentiel éolien non négligeable.

Profits astronomiques et spéculations criminelles

Mais c’est surtout l’uranium qui attise les convoitises ; avec 4 198 tonnes en 2010, le Niger pointe au cinquième rang des producteurs mondiaux, derrière le Kazakhstan, le Canada, l’Australie et la Namibie. Le 9 novembre 2007, le président Mamadou Tanja accorda un permis d’exploitation du site d’Azelik à la SOMINA, créée le 5 juin 2007 (67% détenus par le consortium chinois Sino-Uranium et 33% par l’État). Début 2010, il reçut une délégation de l’Empire du Milieu s’intéressant au site d’Imouraren, guigné par AREVA. Cette mine, dont la première pierre fut posée le 4 mai 2009, sera la seconde au monde après celle de Mac Arthur River au Saskatchewan, à l’ouest du Canada. Elle permettrait l’extraction d’environ cinq mille tonnes de minerai par an. Au matin du 18 février 2010, un putsch militaire porta au pouvoir le colonel Salou Djibo, lequel rompit les négociations avec les Asiatiques, réaffirmant la « gratitude et la loyauté » vis-à-vis de la firme drivée depuis le 1er juillet dernier par Luc Oursel. Le 12 mars 2011, Mahamadou Issoufou, ingénieur des mines et ex-cadre de la SOMAÏR (5), une filiale…d’AREVA, remporte l’élection présidentielle. À partir de 2013, le consortium français se partagera les bénéfices avec son partenaire sud-coréen KEPCO.

Les trusts agro-alimentaires axent leurs stratégies sur les turbulences générées par les injonctions des gardiens de l’orthodoxie capitaliste. Cargill, Bunge, le groupe Louis-Dreyfus et les autres « pieuvres du négoce des matières premières » engrangent des profits astronomiques sur le blé, le maïs et le riz, cultures vivrières de base, en provoquant l’explosion des prix. Certaines ont diversifié leurs activités en s’impliquant dans les « biocarburants », une aberration écologique que le vaillant polémiste considère comme un « crime contre l’humanité ». Depuis quelques années, des hedge funds, ces fonds d’investissement spéculatifs, peu transparents et souvent implantés dans des paradis fiscaux (les deux tiers sont domiciliés aux Îles Caïman), ont migré vers le secteur des céréales. Le cours de celles-ci se traite au C.M.E. Group, le plus grand marché de contrats à terme (devises, denrées, énergie, immobilier, jusqu’aux indices ayant trait aux…conditions météorologiques), issu de la fusion, en 2007, du Chicago Mercantile Exchange et du Chicago Board of Trade, qui date de 1848. Jean Ziegler démonte, chiffres et preuves à l’appui, les mécanismes implacables maniés avec un cynisme achevé par les immondes « prédateurs du capitalisme financier globalisé », cupides, sans scrupules, ni états d’âme. Mais l’indécrottable optimiste, élu le 26 mars 2008 au Comité consultatif du Conseil onusien des Droits de l’Homme à Genève, garde foi en une improbable (6) « insurrection des consciences ».

 

René HAMM

 

 

(1) « Une Suisse au-dessus de tout soupçon », Le Seuil, avril 1976, 190 pages.

(2) Il siégea au Parlement bernois, sous la bannière du Parti social-démocrate, du 4 décembre 1967 au 27 novembre 1983, puis du 30 novembre 1987 au 5 décembre 1999.

(3) Le Seuil, octobre 2011, 352 pages, 20 €. Le sous-titre est un hommage au médecin, géographe, enseignant brésilien Josué de Castro (5 septembre 1908 – 24 septembre 1973), qui publia en 1951 un ouvrage éponyme au retentissement planétaire.

(4) Une de ses directrices les plus connues : la Magyare Piroska Nagy, qui avait cédé, en janvier 2008, à Davos pendant le Forum économique annuel, aux avances particulièrement insistantes de Dominique Strauss-Kahn. Bien que la jeune femme eût estimé que son supérieur hiérarchique avait abusé de son rang pour « l’approcher » et que son comportement « le rende peu adapté à la direction d’une institution où des femmes travaillent sous ses ordres », l’ex-maire de Sarcelles s’en était tiré avec quelques remontrances formelles. En revanche, l’épouse de l’économiste argentin Mario Blejer avait dû quitter le FMI en août 2008. Installée à Londres, elle travaille désormais à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), qu’un autre « impuni », Jacques Attali, alors son président, avait failli couler en 1993 en se rendant coupable de plusieurs malversations. Le 6 mai 2011, les dirigeants de l’organisation washingtonienne ont inscrit dans le règlement interne de celle-ci le harcèlement comme motif de licenciement… Huit jours plus tard, le big chief est cueilli à l’aéroport John Fitzgerald Kennedy alors qu’il s’apprêtait à rejoindre, comme si de rien n’était, l’Allemagne pour y rencontrer la chancelière Angela Merkel…

(5) Elle exploite depuis janvier 1971 le site d’Arlit. Dans le même secteur, la COMINAK, autre entité d’AREVA, gère la plus grande mine souterraine d’uranium au monde.

(6) Selon moi !

 

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http://www.legrandsoir.info/destruction-massive-geopolitique-de-la-faim-de-jean-ziegler.html
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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:42

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Khader Adnan, un Pales­tinien de 33 ans habitant un village proche de Jénine situé au nord de la Cis­jor­danie, a été arrêté bru­ta­lement le 17 décembre 2011 à son domicile vers 3h30 du matin. Battu et humilié lors de son transfert vers une prison israé­lienne où il a subi un inter­ro­ga­toire violent, il a été placé par la suite en détention admi­nis­trative. Depuis 57 jours, il a entamé une grève totale de la faim pour pro­tester contre l’illégalité mani­feste de sa détention administrative.

 

Récemment trans­porté d’urgence à l’hôpital de Safad, son état est jugé cri­tique par l’ONG israé­lienne Phy­si­cians for Human Rights. L’administration péni­ten­tiaire, jugeant son état de santé « accep­table », refuse quant à elle d’annuler l’ordre de détention admi­nis­trative. Un tri­bunal mili­taire israélien a rejeté lundi 13 février un appel de Khader Adnan au mépris de sa santé, déjà très détériorée.

Le régime de détention admi­nis­trative permet aux auto­rités mili­taires israé­liennes de détenir une per­sonne durant une période qui peut atteindre six mois renou­ve­lables indé­fi­niment sans qu’aucune date ne soit fixée pour son procès et sans obli­gation de jugement. Cette pra­tique arbi­traire est inac­cep­table et constitue une vio­lation du droit inter­na­tional et de la Qua­trième Convention de Genève dans ses articles 71, 72, et 73. A ce jour plus de 307 Pales­ti­niens, dont 27 par­le­men­taires, sont en détention admi­nis­trative d’après B’Tselem et Addameer. En outre, Israël viole le droit inter­na­tional huma­ni­taire en trans­férant des pri­son­niers tels que Khader Adnan sur son territoire.

L’Association France Palestine Soli­darité condamne avec la plus grande fermeté la pra­tique de la détention admi­nis­tration par Israël. Elle appelle la com­mu­nauté inter­na­tionale à œuvrer pour mettre fin à ces agis­se­ments en imposant à Israël le respect des lois et des conven­tions qu’elle a signées.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:37

4666139808_c9ddbd8169.jpgLe temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.

 


Il y a quelque temps, Le Monde Diplo m'a proposé d'écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même, rien que de l'écrire, ça me fait quelque chose... il faut bien avouer que Le Diplo, c'est quand même une autre catégorie que l'emballage à poissons du bled, d'autant plus qu'au bled, on ne mange pas de poisson, mais plutôt du canard. Bref, chaque fois que j'y pense, ça me fait remonter ma température interne d'un bon dixième de degré.

En dehors du fait que j'ai désespérément besoin d'un vrai boulot avec un vrai salaire et surtout des droits Sécu, j'ai tout de suite bien aimé l'idée de bosser pour eux et je leur ai immédiatement proposé de parler du bouquin que je lisais à ce moment-là, un truc pas très connu, qui n’a pas fait la Une des trucmuches littéraires qui t'expliquent tout ce qu'il faut lire ici et maintenant — en gros, le bouquin d'un pote de la rédaction — un ouvrage bien documenté sur l'histoire des cépages interdits écrit par un certain Freddy Couderc, quelque chose de vraiment intéressant et peu connu sur la réalité viticole française, prêté par un ami passionné. Très intéressant, très nouveau dans le paysage médiatique, en prise avec des problématiques contemporaines, mais voilà, le bousin datait de janvier 2005. Même si le sujet est toujours d'actualité (forcément le vin, c'est quand même toujours d'actualité), j'ai découvert que les livres étaient aussi des produits de consommation courante, avec une DLC et tout, et que même dans un journal différent, indépendant et tout, et bien, la DLC, ça compte. Et tant pis pour le plaisir de découvrir un livre peu connu qui n'a pas disposé, en son temps, de la puissance de tir médiatique nécessaire pour exister.

Heureusement, dans le même temps, j'ai une copine de blog qui a commis un ouvrage qui résume fort efficacement son long combat féministe mené sur la blogobulle. Comble de bonheur, elle m'en fait parvenir un exemplaire que je m'empresse de lire et de compiler. Là, j'étais quand même sérieusement dans l'actualité. Même que c'était un exemplaire presse, c'est-à-dire un de ces livres qui vous parviennent avant que le commun des mortels ne puisse y avoir accès dans les points de vente dédiés. Autant dire que j'avais là un bien meilleur timing que pour ma première proposition. Mais voilà, le contenu n'était pas assez novateur. Effectivement. Pour moi qui suis assez engagée dans la lutte féministe, qui lit beaucoup d’articles sur ce sujet, en écrit aussi parfois, je n'ai pas appris grand-chose de neuf dans cet ouvrage, d'autant plus que je suis les pérégrinations de l'auteure en ligne. Mais cela me semblait par contre tout à fait intéressant pour des gens peu sensibilisés aux problématiques féministes, un bon bouquin qui démontre clairement et sans détour pourquoi et comment après 40 ans de luttes féministes, on est encore bien loin d'avoir remporté la simple légitimité de notre aspiration à l'égalité entre les sexes et à la fin de la domination masculine. Bon, d'accord, le lecteur du Diplo, ce n'est pas un perdreau sorti de sa coquille, et donc, il n'a pas besoin d'être sensibilisé : il sait. Donc, ce qu'il veut, c'est du sérieux, du pêchu.
Du coup, j'aurais bien parlé d'un autre bouquin arrivé peu après, toujours l'œuvre d'un blogueur, dont la plume profondément humaniste dépeint avec précision et empathie les rouages internes d'un monde qui répugne à trop s'exposer en public, mais bon, j'ai bien senti que je n'étais pas dans ce registre en phase avec le lectorat de ce qui est probablement le dernier journal de référence de ce pays.

Un autre blogueur m'a envoyé un livre très intéressant sur les racines jungiennes de la monnaie, quelque chose de nettement plus dans la lucarne du journal, mais voilà, c'est moi qui ne suis pas à la hauteur des exigences du sablier : voilà un mois que je lis attentivement le roboratif ouvrage et il y a fort à parier qu'il m'en faudra encore bien autant pour arriver à son terme, ce qui implique que l'horloge biologique de la critique littéraire va définitivement me péter à la gueule.

En fait, j'ai un gros problème de synchronicité avec le monde moderne.


Comme l'écrit fort justement Mona Cholet dans son dernier opus — encore un que j'ai reçu avant tout le monde, mais qui est suffisamment agréable à lire pour que je puisse espérer le finir avant sa fin précoce de vie médiatique —, l'humain a une temporalité interne qui est propre à chacun de nous, une succession de rythmes de vie, un peu comme une houle lascive qui berce tranquillement les navires sur l'océan :

J'ai longuement disserté, ailleurs, sur la privation de toute respiration imaginaire et psychique qui caractérise notre époque dévorée d'angoisse — entre crise écologique, souffrance au travail et peur du chômage — et sur les ravages causés par cette asphyxie. L'équilibre de l'individu ne peut reposer que sur une alternance de temps de participation sociale et de temps de retrait nécessaire pour refaire ses forces.
In Beauté fatale, éd. Zones, 2012, p. 58-59.


Notre époque — et plus particulièrement notre système productiviste — s’accommode fort mal de notre temporalité humaine, à l'amplitude et à la fréquence variables selon chacun. C'est pour cela que notre temps est découpé, marqué, décompté, valorisé ou non en fonction des seuls impératifs de la machine à produire. Ce n'est pas par hasard si le travail est compté en heures plutôt qu'en tonnes, en kilomètres, en calories ou en idées. Parce que ce temps calibré, accéléré, comptabilisé est un temps qui est confisqué de notre seul bien propre : notre temps à vivre.

J'ai compris cette étrange relation au temps qu'a notre société frénétique avec un petit film d'anticipation qui n'a pas beaucoup fait parler de lui... en son temps. In time(traduit de manière fort amusante et mal à propos par Time out en... français) décrit un monde vaguement futuriste où les humains, génétiquement modifiés, cessent de vieillir à 25 ans. Super bonne nouvelle a priori sauf qu'un nouveau système a transformé le temps à vivre en monnaie d'échange et si, dans notre monde, plaie d'argent n'est pas mortelle, dans celui-là, le manque de temps se traduit littéralement par la fin de l'existence.
Petit conte cruel, ce film éminemment politique raconte avec une précision glaçante comment une petite élite arrive à accumuler du temps à l'échelle de l'éternité au détriment de tout le reste de la population condamnée à ne survivre qu'au jour le jour. J'ai particulièrement apprécié cette scène où le héros trahit sa basse extraction par l'extrême célérité de ses gestes, seul à courir dans un microscome où tout le monde à l'éternité devant lui. Il y a dans la frénésie imposée à ceux qui vivent l'œil rivé sur le décompte fatal quelque chose qui n'est pas sans m'évoquer l'aliénation du prolétaire qui ne peut compter que sur son travail pour survivre quelques jours de plus.

Avez-vous remarqué combien le temps s'écoule différemment selon que vous ayez une certaine stabilité financière ou que vous surnagez dans un océan de précarité ? Ce n'est pas ma montre qui me nargue, mais bien le calendrier qui égrène les échéances des factures, toujours régulières, alors qu'il faut toujours pomper comme un Shadok sous amphé pour juste me maintenir un peu au-dessus du zéro de l'infamie bancaire. Les perspectives sont cruellement différentes selon que vous ayez l'assurance du salaire qui remonte le niveau du compte à intervalles prévisibles ou que vous soyez dans l'attente désespérée de la réponse à une candidature. C'est un peu comme si deux univers parallèles coexistaient côte à côte sans jamais se voir et pratiquement ne jamais se rencontrer. Ceux qui ont un avenir, des projets et ceux qui doivent répondre au sifflet pour grappiller quelques jours de plus.

Plus intéressante encore est la confiscation intentionnelle du temps de ceux qui en disposent en quantité. Par le travail, certes, mais surtout par l'agitation, le timing, l'agenda, la surcharge permanente du flux du temps. Pas un temps qui n'échappe à la norme, même le loisir est chronométré. D'où l'absolue nécessité du contrôle occupationnel des chômeurs. Imaginez, un seul instant, qu'ils décident de mettre à profit tout ce temps libéré pour se mettre à penser par eux-mêmes !
La tyrannie de l'horloge a poussé le vice jusqu'à nous être totalement naturelle : même déféquer dépend moins de notre cycle biologique que des disponibilités de notre emploi du temps. On se repose quand cela est possible et non quand on en a besoin, même l'amour a des créneaux horaires et un calendrier. On pense rentabiliser notre temps en courant comme des hamsters dans leur roue et du coup, la réplique culte de ce monde chronométré est devenue : vraiment désolé, j'aurais beaucoup aimé faire ceci ou cela avec toi, mais je n'ai vraiment pas le temps.

Pourtant, nous avons a priori un chouia plus de temps que nos ancêtres, quelques années de vie arrachées de haute lutte à la fatigue des corps, aux attaques des bactéries, à l'injustice de la guerre, plus ou moins le même temps — sauf accident — que l'on soit riche ou pauvre, c'est juste que nous n'avons plus de temps pour vivre, seulement du temps pour survivre, entre deux intervalles de production et de consommation, les deux facettes de la même aliénation de nos existences au capitalisme totalitaire.

Du coup, les maîtres du temps ont inventé l'obsolescence programmée, pas seulement celle des objets, mais aussi celle de la pensée. Et nous voilà dans la course à la modernité, la course à l'information, où la pensée, l'événement, l'action humaine sont soumis à l'érosion accélérée du temps frénétique. D'où le tempo compulsif des flux ininterrompus : données, argent, information, ressources, tout est mouvement, la pause est pire que la stase, c'est la mort. Voilà comment une information en chasse une autre, puis une autre, inlassablement, pourquoi il ne faut s'arrêter sur rien, prendre le temps de penser à rien, de mettre en perspective. C'est une amnésie collective programmée qui n'a d'autre fonction que de nous faire réagir comme des poulets sans tête, sans histoire, sans passé, sans aucun substrat psychique pour s'extraire du flux et y semer les graines de la contestation. D'où le timing forcené des forces politiques qui ne visent plus rien d'autre que l'instantanéité de la réponse synaptique au stimulus immédiat : chaque jour, le personnel politique soumis à cette logique produit une petite histoire écœurante qui fait réagir et interdit d'agir. Chaque jour, l'émotionnel brut, construit comme une fonction réflexe, prend le pas sur la réflexion, cette lente construction mentale qui nécessite, pour le moins, de faire un pas de côté et de prendre le temps de penser.
Ainsi, nous trouvons normal de ne plus pouvoir parler ou raisonner qu'autour de ce qui fait l'actualité, cette petite bulle de temps éphémère subjectivement construite qui explose au fur et à mesure que l'on tente de la toucher du doigt.

Ainsi, nous considérons qu'il est tout à fait normal de toujours nous presser dans un éternel présent, sans mémoire ni perspective.

 

http://blog.monolecte.fr/post/2012/02/16/Questions-de-temps

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:13

140220112-7.jpgRetour sur Athènes. Retrouvailles sous le signe de la grande fatigue partagée. Les badauds se précipitent devant les débris encore fumants lundi après-midi. La catastrophe dans toute sa pédagogie. Certains incendies ne sont pas encore complètement éteints douze heures après. Impressionnant, choquant et surtout triste. Un homme la cinquantaine commente à haute voix devant le cinéma ravagé par les flammes : « Toujours les mêmes, les anarchistes, ceux qui ne respectent rien, ils faut de l'ordre enfin ». Aussitôt, un autre homme du même âge, laisse exploser sa colère : « Tout cela c'était bien calculé par tes amis au pouvoir, PASOK [P.S.], la droite et les banques, va voter ton PASOK la prochaine fois, le temps où on nous prenait pour des c... c'est terminé, on a pigé ».

A proximité de ce cinéma, se trouve un bâtiment ayant servi au Front National de Libération (EAM), (1941-1944). Deux autres hommes, assez âgés, s'arrêtent devant : « Oui c'était ici, je voulais te le montrer, tu vois en effet, les époques ne font que tourner, et sans cesse ».
 
 
Je le ressens aussi cet après-midi, rue du Stade, à propos des époques, oui, elles savent tourner ces époques. Ainsi il y a un avant et un après dimanche, 12 février, comme une rupture. Et il y a aussi un bilan, toujours provisoire aux yeux de l'histoire. D'abord je pense que nous nous souviendrons de l'adoption du Mémorandum II, par ces 199 voix pour (sur 300), au « Parlement ». Aussitôt, 22 députés du PASOK (P.S.) ont été exclus du parti, même sanction pour les 21 députés rebelles de Nouvelle Démocratie (droite), leur péché, avoir dit non au Mémorandum. Le chef du LAOS, Karatzaferis (extrême droite) a pareillement rayé de ses listes, deux députés mais ici le schéma fut renversé. Karatzaferis ayant fait volte-face se déclarant hostile au Mémorandum II, la dernière minute. La bancocratie s'installe, le pays est donc livré clés en main aux concessionnaires... de marque, et les historiens du futur évoqueront le « vote des 199 le 12 février 2012» comme on évoque par exemple le « vote des pleins pouvoirs le 10 juillet 1940 ».
L'événement majeur, fut la manifestation très massive, place de la Constitution, étouffée par un usage alors sans précédent, de produits chimiques par la police dite anti-emeute, s'attaquant aux citoyens qui manifestaient. En simultané enfin, une attaque en règle et organisée, d'un nombre assez important d'individus cagoulés, 2000 au moins selon la presse, et l'embrasement d'une partie du centre historique d'Athènes suivi de pillages. Les pilleurs exigeaient alors parfois de certains propriétaires, une rançon, pour ainsi épargner leurs établissements. Nous y reviendrons sur les « casseurs » ou casseurs, c'est selon, mais en tout cas, le caractère organisé de leurs « exploits », ne fait aucun doute, à la jonction des différentes facettes justement de notre crise. Pour ce qui est de cette organisation (partielle en tout cas), tout le monde tombe d'accord, les mouvements et partis qui avaient appelé à manifester, et la Police elle même. « La direction de la police, a déclaré qu'il y avait 2000 individus organisés, lesquels se sont introduits au sein de la manifestation, pour ensuite se diviser en entités plus petites et ainsi mettre le feu à travers la vile », « le chef de la police vient de confirmer cette thèse, à savoir que les individus cagoulés ont pu agir suivant un plan bien précis et élaboré » (quotidien Kathimerini, 14/02/2012 et bulletins radiophoniques du mardi 14/02/2012).
 
Cargo en flammes - île de Lemnos mer Égée - 12/02/2012
L'Union Syndicale de la Police (POESY) quant à elle, elle se déclare outrée et préoccupée par les catastrophes du dimanche : «Pitié, nous en avons assez des larmes de crocodile. Notre mouvement syndical, condamne la violence d'hier au centre d'Athènes, et aussi ailleurs en Grèce. Le résultat était d'empêcher les centaines de milliers de citoyens, dans leur volonté d'exprimer pacifiquement leur opposition radicale contre les mesures ignobles, légiférées alors par les « troïkans » (sic), ces maîtres-chanteurs et « fossoyeurs » des rêves de notre peuple. Encore une fois, nous avons constaté que la colère citoyenne se focalisait sur les forces de la Police, sans que les responsabilités chroniques de l'État, des gouvernements, des partis, des syndicats et de la société soient évoquées. Ainsi durant toutes ces dernières années ces porteurs de la violence ont été tolérés, au lieu de les isoler comme il le fallait (…) le tout, dans l'indifférence devant les dizaines de blessés et parfois morts, policiers et citoyens (…)  Encore hier malheureusement, nous avons été les témoins de la facilité par laquelle les «cagoulés » ont pu agir sans en être empêchés, en plus, se mêlant aux milliers de citoyens qui protestait pacifiquement. Les lieux de rassemblement de ces individus ainsi que leurs « points d'attaque », sont alors connus depuis plusieurs jours, n'ont pas été contrôlés. (...) Pourquoi les responsabilités de toutes les parties impliquées ne sont pas prises, et ainsi la Police grecque et ses agents deviennent continuellement les victime expiatoires de ceux qui inventent et exécutent ces plans qui minent nos institutions démocratiques. Nous appelons enfin le gouvernement, à cesser d'utiliser la force répressive contre les luttes populaires (...) ».
 
Notre bonne vieille librairie francophone - Athènes 13/02/2012
Pour les partis de gauche (SYRIZA et KKE – P.C. grec), c'est clair, « ils s'agit d'un plan de l'État en cours d'exécution, ayant comme but de terroriser et de réprimer le peuple (...) il s'agit de ces mécanismes qui incendient des bâtiments pour faire admettre toute la scénographie de la catastrophe, alors infligée au peuple par le Mémorandum II. Nous avons donc vu que les MAT (CRS) et les « porteurs de cagoules » ont alors œuvré de concert, afin de briser les manifestations du peuple, alors très massives (…) » (déclaration officielle du P.C. - 13/02/2012).
Certains éditorialistes à la radio ne disent pas autre chose. Parmi eux, Georges Trangas sur Real-Fm, il est de droite mais en rupture vis à vis du parti de Nea Dimokratia (la droite de Antonis Samaras), et il se montre très virulent (zone matinale du 14/02/2012) : « C'est évidement un coup monté de la part du para-État. Les Papadémiens ont voulu imposer la loi de la cagoule, la police a voulu d'abord protéger le Parlement, suivant le raisonnement suivant, laissons Athènes brûler tant que rien n'arrive aux députés, entravant éventuellement la marche du Mémorandum II. Certains à la police prétendent ne pas avoir des informations sur les plan des cagoulés, eh bien c'est faux. Par mes amis dans la Police je sais que des appels interceptés entre certains individus se trouvant dans la manifestation et les « bataillons de cagoulés - incendiaires » en vue de coordonner l'opération, donc on sait que ces gens sont des pions du système bipartite ayant comme but de rependre la peur à monsieur tout le monde. Ces individus, n'ont rien à voir avec la gauche, ni avec tous les autres citoyens de gauche, de droite ou de rien du tout, qui tout simplement participent au front anti- Mémorandum (…)».
 
Athènes - 13/02/2012
J'ai rencontré certains de mes amis ayant vécu la manifestation du dimanche. Tel Dimitri, portant une petite blessure à sa tête. « T'a été frappé par les policiers ? ». « Ah,non, mais je suis tombé par terre au moment où une grenade policière a explosé très près de moi. C'est de la nouvelle chimie, je t'assure, rien à voir avec ce que nous avions vécu ensemble durant toutes le manifestations de l'été dernier. Je ne me suis jamais senti dans un tel état. Je n'arrivais pas à déterminer dans quel type de choc je me trouvais. [Dimitri est médecin]. Je ne sais pas combien d'instants je me trouvais ainsi gisant par terre, c'est en tombant que je me suis blessé. J'ai commencé à retrouver mes esprits pendant que deux autres manifestants, un homme et une femme, un couple de médecins comme j'ai compris par la suite, m'ont mis à l'abri, abrité ainsi devant le porche d'une boutique rue Hermès, hier c'était l'enfer ».
Hier lundi, l'ordre des médecins à Athènes, par la voix de son président Georges Patoulis, a demandé l'intervention de la justice, « car la santé d'un grand nombre de citoyens a été directement et délibérément mise en péril, par l'usage de produits chimiques, étant à l'origine des brulures dangereuses et des problèmes respiratoires, susceptibles à entrainer des pathologies chroniques. Le centre d'Athènes fut ainsi transformé en chambre à gaz (sic). Nous saisissons alors la justice, afin de déterminer si la composante CS, classé arme chimique, fut incluse dans l'arsenal de la police ».
Dimitri n'a plus de doute sur le déroulement des faits. « Je suis arrivé sur la place relativement tard. Venant par la rue de la Métropole [reliant la place de la Constitution et le quartier de Monastiraki], la police ne nous laissait pas avancer, les casseurs étaient déjà là, nous avons l'habitude ils sont reconnaissables, certains manifestants se joignaient à eux, mais j'insiste, le but principal de la police était de nous éloigner de la place avant et durant le vote des députés. C'est la première fois que je voyais ceci, nous avons tenté et repris la place au moins dix fois sous un déluge chimique, tu te souviens, durant l'été, au bout de deux à trois fois on abandonnait. Puis, nous avons compris que les cagoules, certes mélangées à de manifestants en colère, font partie d'un plan. En tout cas, la police s'acharnait sur nous... L'autre nouveauté tient du langage utilisé. Au lieu des insultes habituelles à l'encontre des flics, on leur criait « traîtres », je pense qu'ils ne sont pas insensibles, si il sont Grecs en tout cas, car selon la dernière rumeur, certains policiers n'utilisaient pas le grec entre eux, mais je ne suis pas en mesure de le confirmer. En partant du... champ de bataille, traversant Athènes en flammes, nous avons alors crié, nous reviendrons, tu vois, de toute façon pour moi c'est clair, il y a un avant et un après. Moi j'ai toujours été un centriste, mais je sens qu'actuellement être centriste c'est comme on disait avant communiste on va vers la gauche, inimaginable avant ».
 
Cinéma...  Athènes 23/02/2013
Dans la soirée, une autre facette des événements m'a été conté, par un ami chômeur, militant au sein d'un parti de gauche, Th., qui n'est pas à sa première manifestation.
« Nous étions sur la place parmi les premiers et assez proche du cordon des policiers. Très tôt, mais vraiment très tôt, pendant que les gens arrivaient encore par milliers, précisément au moment où Mikis Theodorakis et Manolis Glezos étaient là. Il y a eu un jet d'oranges et d'une bouteille sur les policiers, et rien de plus grave, et ceci a été alors le prétexte de l'attaque que nous avons reçu. Une attaque sans commune mesure avec le passé. Je suis un habitué des manifestations, la police nous empêchait dans chaque tentative à reprendre la place, nous avons été poursuivis et tabassés par les policiers des brigades [CRS] durant deux heures, nous, puis les autres membres des partis et organisations de gauche, y compris ceux du P.C. lesquels finalement n'ont pas eu le temps d'atteindre la place de la Constitution et ainsi rejoindre les autres manifestants. Nous avons eu peur que Mikis Theodorakis et Manolis Glezos succombent. Au même moment, les cagoulés ont commencé. Il y a eu aussi des manifestants qui attaquèrent alors les policiers, c'est normal dans ces cas précis. Ce que je retiens, ce n'est pas la provocation, issue des casseurs avec la complicité apparente de la police, car elle « s'occupait » davantage de nous que d'eux, mais finalement le timing. Car bien beaucoup plus tôt que par le passé, les donneurs d'ordre ont voulu briser la manifestation à son début, faire peur aux gens, nous dissuader de toute action ».
Petites histoires emboitées dans la grande en gestation. Et beaucoup de rumeurs. J'ai reçu des messages, y compris depuis la France sur le fait que des gens ayant manifesté dimanche à Syntagma ont déclaré avoir remarqué avec étonnement que certains policiers ne parlaient pas le grec. Alors des préparatifs ou des prémices de l'intervention de l'EUROGENDFOR ? La force européenne spéciale, en Grèce, car la crise économique accompagnée d'une agitation sociale donnera à Bruxelles l'occasion de tester la capacité de réponse du groupe secret qui a été créé pour lutter contre les troubles et les soulèvement populaires en Europe. Eh bien, cette rumeur circule depuis des mois déjà en Grèce, et on sait que du temps du gouvernement Papandréou, un campement lui était destiné à proximité de la vile de Larissa (centre du pays), informations alors issues de la presse écrite. Les journaux avait mentionné des informations selon lesquelles, cette unité avait en partie débarqué en Grèce en Octobre 2011 en provenance d'Italie, et par voie maritime, utilisant les liaisons maritimes entre les deux pays. Le gouvernement avait alors démenti. Mais sur la présence effective de cette... « unité-cadeau » de l'U.E., je n'ai pas d'information précise. Seulement, l'avenir court parfois plus vite que les rumeurs.
La stratégie du choc devient-elle également celle du chaos ? Instaurer de nouveau la peur par des déclarations du genre « sans le Mémorandum II la Grèce restera sans médicaments et sans hôpitaux, les retraités sans pensions, les enfants vont faire la queue à la soupe populaire » (Papadémos, Papandreou, Samaras), sauf que nous y sommes. Ensuite il fallait briser la manifestation et les manifestants sur la place, (laisser) faire brûler une partie du centre ville et ainsi annuler médiatiquement la portée du vote, ralentir le processus de sortie du choc, entamé par la société grecque depuis quelques semaines, après deux années pratiquement de... Mémorandisme.
Faisant un tour au centre ville, j'ai vu de près effectivement, les bâtiments ravagés par le feu, et cet... arôme chimique encore dans l'atmosphère et sur les lieux, très gênant, dont les effets se faisaient encore sentir. J'ai vécu une variante moins élaborée de ce même plan directement, lors des manifestations de l'été 2011. Évidement la violence est dans l'air. Les bandes de pillards existent, le mélange des genres fait partie de la pire cuisine du bistrot de la crise. Beaucoup de gens passent aussi à l'acte, surtout lorsqu'il s'agit de saccager les locaux politiques des élus Mémorendiens, un appel du genre parait-il circule sur Facebook encore ce mardi. Je sais que notre dignité est blessée, ainsi nombreux sont ceux qui désirent incendier le Parlement, voir les députés et ministres en prison, pour ne pas dire leur infliger la peine capitale pour trahison. Car la « trahison » devient aussi un terme d'époque. Il y a aussi d'autres certainement, qui réagissant à la mécanique de la violence policière-étatique vont répliquer, si possible de la même façon.
Sauf que nous savons maintenant, que le mélange des genres entre toutes les colères, organisées, récupérées, spontanées ou pas, peut sous certaines conditions, arranger les metteurs en scène de la stratégie du choc. Aussi finalement et pour détourner le regard de la catastrophe qui constitue le Mémorandum II et ses conséquences, pour annuler si possible les effets et les images d'un grand rassemblement populaire, les télévisions par exemple, ont consacre plus de 40 minutes aux incidents et autres incendies et seulement cinq minutes sur les conséquences et suites du vote des 199.
En tout cas, le vrai séisme s'opère il me semble encore et déjà dans les représentations. Rupture, aussi à cause de l'adoption du Mémorandum II, rupture aussi parce que d'autres formes d'actions désormais, restent à déterminer. Entre hier et aujourd'hui les occupations des mairies et des administrations se sont multipliées à initiative surtout des comités locaux, dans les quartiers.
Nous savons que le processus en cours sera long, nous nous y préparons. Nos amis Espagnoles nous rappellent aujourd'hui que nous ne sommes pas les seuls à être dévorés par les « marchés ». Pendant qu'à Athènes on nettoie les graffitis sur les murs des banques auKärcher, nos amis au reste de l'Europe et bien au-delà, s'organisent pour nous dire ce 18 février qu'ils sont alors tous Grecs. Merci.
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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:53

labyrinthe.jpgLe journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

On le sait, désormais : qu’on leur laisse les mains libres, et pour maintenir leurs profits, ils iront jusqu’au bout. Jusqu’au désastre. Comment on va s’y prendre, alors, pour leur retirer le pouvoir ? Mon « Que faire ? » ressemblerait plutôt à « Que ne pas faire ? » Qui ne va pas vous brosser, chers lecteurs, dans le sens du consensus…

 

« Le changement climatique est déjà en cours, il faut donc s’y adapter. On n’en connaît pas encore l’ampleur mais on sait que le mouvement est inéluctable. »

En ce mois de juillet, ma fille de quinze jours sur les genoux, je regarde i-Télé. À l’écran, la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, se vante que « la France est la première à faire ce ‘plan d’adaptation au changement climatique’. » Et de prévoir, des « constructions de digues », des « essences d’arbres plus résistantes à la sécheresse ».
On en est là.
Nous sommes invités non plus, comme hier, à « combattre les changements climatiques ». Même plus à « limiter ces variations climatiques + 1, +2, +3° ». Mais simplement à nous « adapter ». Et bientôt, nous devrons « apprendre à en tirer des avantages »

On le sait, désormais : ils iront jusqu’au bout.

Ils raseront les forêts. Ils videront les mers des thons, des baleines, des sardines. Ils pressureront les roches. Ils feront fondre les pôles. Ils noirciront l’Alaska. Ils réchaufferont l’atmosphère jusqu’à ébullition. Ils nous vendront un air coté en Bourse. Ils affameront des continents. Ils sauveront les banques avec nos retraites. Ils solderont les routes, les îles, les jardins publics au plus offrant. Ils spéculeront sur nos maisons, notre santé, notre éducation. Ils mettront, à force de stress, la moitié des travailleurs sous antidépresseurs – et l’autre moitié au chômage. Ils lèveront des impôts sur nos égouts, nos chaussettes, notre haleine – plutôt que de toucher à leurs bénéfices.
Le doute n’est plus permis : qu’on les laisse faire, et tout ça ils le feront. Voilà leur programme pour ne rien changer, ou si peu. Pour préserver leurs privilèges, leurs dividendes, leurs jets privés, leurs allers-retours en classes affaires. Pour se bâtir des ghettos sociaux, sécuritaires, climatiques – où les plus riches de nos enfants, les plus serviles, les plus laquais, seront admis en leur compagnie.
Ils nous mènent là, tout droit.

Comment on va faire, alors, pour leur retirer le pouvoir – et donc pour le prendre ? Je me pose la question, là, sérieusement, pas en l’air, et je vous la pose : quel est notre plan d’attaque pour, pas simplement opposer des résistances, éparses, épisodiques, contre une mesure injuste, contre un aéroport qui ouvre, contre un hôpital qui ferme, etc. mais bien pour que cesse le règne de cette bande organisée ?
C’est une question ambitieuse, certes, mais nécessaire. Et ce qui me surprend, à vrai dire, c’est moins ma prétention d’aujourd’hui que notre longue modestie d’hier : que cette question, nous l’ayons si longtemps évitée. Qu’elle n’arrive qu’après douze années de Fakir et 52 numéros. Qu’on ait, dix fois, cent fois, rencontré des ouvriers déprimés, des intérimaires surdiplômés en attente d’une mission de cariste, des jeunes qui traînent leur désarroi d’un club de muscu aux barres de HLM, qu’on ait montré en face les méchants à millions, les François Pinault, Bernard Arnault, Laurence Parisot, « la France de tout en haut », mais sans se demander, un jour, pour de bon : comment on les abat, ces tyrans de l’argent ? Bref, que ce point-clé ne soit guère abordé, ou à peine, dans les réunions publiques d’ATTAC, des « intersyndicales de lutte », etc.

Notre modestie a ses raisons.

Nous sortons à peine d’une longue convalescence politique – encore trop affaiblis pour songer, vraiment, au pouvoir et à sa conquête. On doit s’y mettre, pourtant. Dans les temps troublés qui s’annoncent, il nous faut être prêts.
Sans jouer au prophète, l’histoire gronde à nos portes. Si elle tourne mal, nous aurons notre responsabilité dans cette débâcle. C’est que, collectivement, on se sera montrés impuissants, incapables de surgir, tous ensemble, sur le devant de la scène, pour troubler le cours de leurs intrigues. Nous aurons manqué, nous manquons jusqu’ici, de lucidité, de détermination, de maturité.
Comment ne pas ressentir, avec douleur, la disproportion entre l’immensité de notre tâche et notre médiocre organisation ?
Il nous faut mûrir vite.

À chacune de mes interventions, sur les médias, la guerre des classes, le protectionnisme, la question revient : « À la fin, c’est nous qu’on va gagner, proclame votre slogan. D’accord, mais comment ? » Je botte en touche, d’habitude, du genre « Quand je serai candidat à la présidentielle, je vous préviendrai ». Je vais m’y coller, aujourd’hui, avec la conscience très nette de mes lacunes. Avec le sentiment, aussi, de ré-inventer l’eau chaude, un ba-base guère original. Avec la conviction, enfin, que ces pages ne font qu’ouvrir le dossier (qui ne sera jamais fermé).
Mon « Que faire ? », pour l’instant, ressemblerait plutôt un « Que ne pas faire ? ». J’ignore quelle route mène au triomphe – toujours relatif, jamais définitif. Je vois mieux, en revanche, à force de suivre des conflits, ou d’y participer, à force de tâter le pouls militant du pays, à force aussi de lectures, je vois mieux dans quelles impasses on s’enfonce. Combien on aime, parfois, se réconforter avec de faux remèdes, se bercer avec de douces illusions.
Il est temps de dissiper ce brouillard.
D’essayer, du moins.
Dans mon esprit, d’abord.






Attendre l’écroulement

« De toute façon, tout va s’écrouler. » En ces semaines où l’euro tremble, où les bourses vacillent, le propos tourne en boucle chez les radicaux. Ce raisonnement, j’en suis familier : étudiant à l’université, je lisais pieusement les éditoriaux de Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique – qui semblait annoncer, pour très bientôt, un effondrement du capitalisme, nouvelle que j’accueillais avec une moue de scepticisme, mais bon, c’est lui qui savait. Je n’ai plus vingt ans, et cette même promesse – qui déborde toujours dans la presse de gauche – me lasse franchement.

Sous nos yeux, le libéralisme s’est bel et bien “kraché” en 2008. Et alors, qu’avons-nous vu ? La finance s’est remise sur pieds, presque intacte, avec nos deniers. De crise en crise, au XXème siècle, le capitalisme s’est effondré dix fois. Et alors ? Comme un serpent qui fait sa mue, il a juste changé de peau.
Ce fatalisme optimiste témoigne de notre paresse, ou plutôt de notre impuissance : nous n’aurions rien à construire, juste à attendre la chute d’un système. Passivement. En observateurs. Applaudissant de l’extérieur que le fruit libéral, non plus mûr, mais pourri, nous tombe tout cuit dans le bec. Mais s’il suffisait de ça, nous l’aurions ramassé, déjà, le pouvoir, après l’épisode des « subprimes ». Nous leur aurions vidé les poches, aux actionnaires. Nous les aurions descendus de leur trône, les PDG les banquiers les traders – qui ont démontré leur faillite, éthique comme pratique.
Ils règnent toujours.

C’est que, jusqu’alors, nous n’avons pas de bras. Nous sommes comme des manchots bavards, des estropiés de la politique, ponctuant l’actualité d’ « on vous l‘avait bien dit », mais sans mains assez puissantes, assez conscientes, pour leur vider les poches, pour les descendre de leurs stèles, pour ramasser ce pouvoir. Sans instrument à saisir, bien contondant, pour, lorsqu’ils s’affalent, les maintenir à terre – et refaire la loi.






Attendre la fin du pétrole

Ce passivisme a aussi sa variété écologiste : « Avec la fin du pétrole, qu’on le veuille ou non, il faudra bien que ça change. »
Mais qu’on les laisse faire, et avant cette « fin du pétrole », ils auront foré l’Antarctique, l’Amazonie, ils auront troué le globe pire que des mites. Qu’on les laisse faire, et ils remplaceront l’or noir par d’autres énergies, plus dangereuses comme le nucléaire, plus polluantes comme le charbon. Qu’on les laisse faire, et l’ « après pétrole » ne sera guère plus égalitaire, guère plus écologique.
Aucune fatalité historique, ici non plus : la disparition d’une matière première ne promet, en soi, aucun « lendemain qui chante ». Tout dépend – là encore – de ce que les forces sociales en feront, le meilleur ou le pire.








Attendre la Révolution

« Ils ne cherchent pas une révolution, mais une révélation. » Saul Alinsky, grand activiste américain, déclarait ça, dans son Manuel de l’animateur social. Et à entendre des camarades, en effet, parfois, on a l’impression d’une mystique : comme si le mot « Révolution » contenait, en soi, le paradis. Comme si cette Révolution nous tomberait dessus par miracle, comme un éclair fend le ciel, mondiale même, et que dans l’instant même, la Justice resplendirait, le lait et le miel couleraient d’une corne d’abondance, toutes les difficultés soudain résolues.

Je ne partage pas cette vision céleste. Un processus révolutionnaire s’inscrit dans la durée – et s’écrit dans la douleur. Aucune « lutte finale » ne clôt l’histoire : elle se poursuit, avec ses incertitudes, ses découragements, ses tragédies, ses fulgurances. Et au lendemain d’une révolution, une autre est à préparer – comme Sisyphe remontant son rocher.

Sans attendre cette grande explosion, cette Révolution à majuscule, nous soutiendrons tous les petits progrès, toutes les mesures qui – à défaut d’abattre le capitalisme et d’amener le Nirvana sur Terre – diminuent la précarité, réduisent le temps de travail, desserrent l’étreinte de la finance. Non pas seulement (mais ce n’est pas rien !) pour les améliorations, très concrètes, apportées à l’existence des jeunes, des femmes, des salariés. Surtout, pour la confiance que ces victoires d’étapes restaurent, la confiance des travailleurs dans leurs propres forces – comme un appétit de conquêtes qui se rouvre.






Attendre que ça pète

Cet attentisme a sa variante sociale : le çavapétisme. « Ca va finir par péter, on est tombés tellement bas. Ou alors, il faut attendre qu’on tombe encore plus bas ? » On peut tomber bien plus bas, et sans sursaut à la clé. Qu’on observe Haïti : à force de désastres politiques, économiques, climatiques, il ne reste de cette île qu’un champ de ruines – sans, à l’horizon, le moindre « grand soir ».

Admettons que ça pète, même, un jour.
Ça a pété chez les Contis, après tout, et quelques imprimantes ont bien volé à la sous-préfecture de Compiègne. Des voitures ont cramé, par centaines, à l’automne 2005 dans les banlieues françaises. Elles brûlent aujourd’hui en Angleterre. Mais les jacqueries ne font pas des révolutions, ces révoltes ne suffisent pas – très loin de là – à transformer un ordre solidement établi.

C’est à la lumière de ce spontanéisme, pourtant, que nous relisons notre histoire : en 1789, la colère du peuple aurait « explosé » et porté la Grande Révolution. C’est oublier l’essentiel : la lente montée en puissance, auparavant, économique, idéologique, de la bourgeoisie. Qui s’est sentie assez forte, alors, assez implantée dans le pays, non seulement pour refuser un nouvel impôt royal, mais pour faire sécession, pour se déclarer « Assemblée nationale » hors des États Généraux – et se prétendre alors la Nation à elle seule. Pour, finalement, contre l’aristocratie et l’Église, s’appuyer sur le prolétariat parisien et les paysans des campagnes – en s’efforçant, ensuite, de les calmer.

Même au présent, on se trompe – ou l’on se ment. Ainsi pour la grève générale, en Guadeloupe. On aimait croire ça, dans la gauche radicale, que le LKP avait « surgi d’un coup », qu’une « étincelle avait mis le feu au baril » – et qu’il ne manquait donc, à nous également, que cette étincelle, ce hasard presque.
En se rendant sur l’île, un été, c’est tout l’inverse que nous avons découvert. Nul remède secret, aucune potion magique, mais la patiente construction d’une organisation. Des années à bâtir l’UGTG, un syndicat d’ « action de masse » et de « lutte des classes ». Le recrutement de militants, dans des mini-réunions, sous des néons blafards. Des tractages dans les courses cyclistes, sur les marchés, à la sortie des cimetières. Jusqu’à obtenir des scores écrasants aux élections prud’homales. Il a fallu tout ça, avant de bâtir la Ligue Kont la Pwofitation, avant de sonder les cœurs antillais, avant de lancer une grève générale – qui ne se décrète pas comme on jette les dés.

À nous de rompre avec cette illusion : que de la crise naîtra forcément une révolte. Que les foules se mobiliseront spontanément.

Mon ton, un peu donneur de leçons, grandiloquent, vous agace ? Journaliste, je déborde de mon rôle, passant de la description à la prescription ? Vous êtes en désaccord sur tel point, et j’ai oublié tel autre ? Nulle part, ici, je n’ai abordé la question du programme – c’est-à-dire des fins, me concentrant sur les moyens, mais peut-on traiter les deux séparément ? Vous avez raison : j’ai bien conscience, moi-même, de mes insuffisances, de mes balbutiements – et j’attends vos réactions, vos critiques, qui me feront progresser. Qui nous permettront d’avancer, ensemble, dans ce vaste dossier « Que faire ? » – ou, au moins, de clarifier nos désaccords.
Reste que, durant cette semaine, j’ai tenté de me confronter, franchement, sincèrement, à cette question, de me hisser à sa hauteur – préférant la lourdeur des évidences à la fantaisie des innovations : comment va-t-on retirer le pouvoir à cette oligarchie ?
Pour m’engueuler : francois@fakirpresse.info

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:38

frederic-lordon-l.jpgVous vous souvenez peut-être de l'intervention très forte de Frédéric Lordon lors du colloque co-organisé par Attac et Médiapart... Eh bien Saadia m'en a envoyé la transcription ( merci à elle !) et elle est en-dessous  ( et là en PDF)


"Leur dette, notre démocratie" : Frédéric Lordon

 

Fréderic LORDON Leur dette, notre démocratie

Réunion  15 Janvier 2012  - ATTAC et Médiapart

 

Puisque les questions de cette table ronde sont posées carrément, j'ai pris le parti d' y répondre de même, c'est-à-dire sans circonlocutions inutiles. La question, c’est : « Quel remède à la crise démocratique européenne ? », ma réponse : « Le soulèvement ou la table rase par l'effondrement financier ».

Ce sera l'un des deux en tout cas ; car la chose que par charité, nous persistons à appeler « démocratie représentative » est morte et bien morte, et ça fait un moment déjà : souvenez vous de l’époque gratinée du traite constitutionnel européen... Il apparaît aujourd’hui de plus en plus visiblement que nous vivons dans un régime politique assez spécial que nous pouvons qualifier d' « oligarchie autistique » et dans lequel il n'y a plus aucun mécanisme endogène de correction, plus aucune force de rappel entre gouvernés et gouvernants, et où presque tous les mécanismes de médiation et de représentation sont effondrés. Il faudrait parler des médiations médiatiques, syndicales. Et c’est évidemment la médiation proprement politique qui est en cause à voir en tout cas le splendide deuxième tour qui s’annonce déjà et qui nous réserve dans le meilleur des cas l' équivalent fonctionnel radieux de la succession Papandreou par Papademos ,Berlusconi par Monti, et Zapatero par Rajoy, et tout ce que vous voulez, c’est-à-dire le remplacement du même par le même. Et si d’aventure il y en a parmi vous qui aurait décelé dans le programme du candidat dit « socialiste » la moindre velléité de mise en cause sérieuse des structures de l’Europe néolibérale, surtout qu’il nous le fasse connaître...

 


 Or, comme chacun sait maintenant, la première de ces structures réside dans le choix délibéré de contraindre les politiques économiques à la dépendance aux marchés financiers et, par suite, à l' exposition permanente à leur jugement. C’est pourquoi - et quitte à ce que la chose vous semble d'abord paradoxale spécialement après ce qui s’est passé (dégradation de la note de la France)- je voudrais redire ici que la question des agences de notation est absolument périphérique. Elle est parfaitement secondaire. Il n y a aucun lieu de s’étonner qu’un univers comme les marchés de capitaux qui fonctionnent fondamentalement à la croyance, à l’opinion, au jugement secrète en leur sein des producteurs spécialisés de croyance d’opinion et de jugement. Et s’imaginer changer quoi que ce soit par la nationalisation des agences ou bien par quelque indigent projet de les soumettre à régulation est une vue de l’esprit. Nul ne peut empêcher une communauté d'opinion de produire des opinions, et surtout des producteurs d’opinions. Supprimez ou encadrez des agences, et vous verrez aussitôt en resurgir ailleurs des équivalents fonctionnels, locuteurs autorisés ou prescripteurs reconnus, qui deviendront les nouveaux points focaux de cette communauté d’opinion qu’est la finance, avec exactement les mêmes effets et les mêmes pouvoirs qu’aujourd’hui.

 

Le problème donc n’est pas dans ces points focaux. Il est dans l’ensemble de la structure elle-même dont ces points focaux ne sont que des épiphénomènes. C’est avec cela, c'est-à-dire avec la structure dans son ensemble et non avec le détail de second ordre des agences qu’il faut rompre, et pour des raisons en fait fondamentalement politiques, bien plus qu’économiques. Car le groupe informe des investisseurs internationaux s’est maintenant établi par effraction comme tiers intrus au contrat social.La politique est faite pour lui et selon lui .Démonstration éclatante avec la reforme des retraites... Souvenez-vous... De l’aveu-même du président, dans un touchant accès de candeur, elle a été faite sans mandat populaire légitimateur et je cite « pour conserver à la France son triple A ». Le succès a été extraordinaire...

 

Il est maintenant avéré que la tératologie ,science des difformités monstrueuses des corps naturels, s’étend également à la politique, car du point de vue de toute la philosophie politique moderne ,il y a bien lieu de parler de « monstruosité » à propos de cette éviction du peuple, pourtant seul ayant-droit légitime des politiques publiques,mais maintenant dépouillé de tout souveraineté et remplacé par le corps informe des créanciers internationaux.

 

Eh bien une anomalie monstrueuse de ce format appelle un événement de même calibre pour la renverser. Et ça tombe bien justement: il pourrait s’en profiler un qui pourrait être à la hauteur de la situation... Car, comme en 2007-2008, c’est le compartiment interbancaire de la finance qui risque d’être l’épicentre du nouveau séisme. Et dans une situation de risques systémique géant, cette fois sans aucune politique solvable pour venir rattraper les banques, il ne reste que la banque centrale, mais confrontée évidemment à une obligation de création monétaire massive pour reconstituer l’intégralité des dépôts du public et recapitaliser le secteur bancaire dans son entier. C’est à ce moment décisif et rendu à ce point critique que l’euro pourrait bien exploser, la BCE éclatée en son milieu et l’Allemagne refusant de se rendre à cette solution de la création monétaire massive.

 

Si donc nous voyons poindre la perspective du grand effondrement, alors oui, il y a plus que jamais matière à nous demander quoi reconstruire. Mais la toute première question est bien sûr à quelle échelle. Alors pour peu qu'on n' y pas cède aveuglement ou inconditionnellement ou bien hypocritement à la manière des amis de la mondialisation ou de l’Europe libérale, on peut poser une préférence à priori pour les ensembles politiques de taille aussi vaste que possible, éventuellement au-delà des nations actuelles. Mais quelles sont les solutions d’union praticables ? Evidemment pas n’importe lesquelles? Et surtout avec qui ?

 

C’est ici que je me vois rendu au moment difficile et un peu pénible de mon discours; c’est un peu comme dans les réunions de famille où il y en a toujours un qui commence à dire des horreurs... Je dois vous dire que je doute de plus en plus qu’il soit possible à moyen terme de faire une union monétaire avec l’Allemagne. Et je dis cela car, me semble-t-il ,il y a en Allemagne une croyance monétaire qui n’est pas du même ordre que les croyances politiques ordinaires - car après tout, on pourrait très bien opposer qu’il n’est pas plus réaliste de faire l’Europe progressiste avec la France de Hollande ou de Sarkozy... Mais c’est que la croyance monétaire allemande, quelle que soit d’ailleurs sa part de roman national - j’emploie le mot « roman » au sens de la psychanalyse de « roman familial », c'est-à-dire plus fantasmé que réel, car il faut le rappeler, c’est la grande dépression post- crise financière des années 30 plus que l’hyperinflation de 1923 qui a pousse vraisemblablement l’Allemagne vers le nazisme. La croyance monétaire allemande a une toute autre profondeur historique que la doxa néolibérale en France. Et autant on peut imaginer l’ordre à la fois doxique et politique en France voler en éclat à la suite d’un événement majeur, autant je ne vois pas de sitôt l’Allemagne, je veux dire le corps social allemand, abandonner sa croyance monétaire.

 

Alors on me dira qu’il y a maintenant en Allemagne des dissidents de la croyance monétaire dans les syndicats, dans les mouvements politiques en Allemagne je suppose également... Mais ces dissidences s’étendent-elles ou peuvent-elles s’étendre à des fractions significatives de la société? Peuvent-elles surmonter le poids de l’Histoire qui soutient la croyance monétaire et je dis pas seulement celle des années 30 ,l’histoire de la reconstruction de l’après-guerre celle du miracle allemand celle du réinvestissement de l’identité nationale allemande dans l’accomplissement économiques et monétaires, histoire dont on peut mesurer la force et le poids à ce seul fait que l’Allemagne a pu exiger et obtenir l’imposition de ses propres principes de politique économique et monétaire à l’Europe tout entière.

 

Alors ça devrait pas être trop demander que cette discussion puisse avoir lieu analytiquement et sans être renvoyé aussitôt au registre infâmant de la germanophobie. Et je dois dire aussi que j’aimerais beaucoup être convaincu de me tromper. Mais je vous avoue que, pour l’heure, je ne vois pas ce qui pourrait m'empêcher de penser que, même en situation de crise ultime de l’euro, l’Allemagne n’est pas encore prête à accepter l’intervention massive d’une banque centrale et surtout à envisager de reconstruire une union sur des principes radicalement différents de ceux que finalement elle aura réussi à imposer à l’Europe.

 

Or s’agissant de cette reconstruction, voici ce que donne terme à terme cette inversion. Je passe très rapidement en revue quelques points que vous connaissez très bien :

  • Sur l’extension des missions de la banque centrale, sur non plus son indépendance, mais sa réintégration dans le périmètre du contrôle démocratique

  • Sur l’autorisation des financements monétaires des déficits publics

  • Sur l’abrogation de l’article 63

  • Enfin plus largement sur l’abandon d’un monde du pilotage automatique de la politique économiques, par des règles à valeur constitutionnelle

  • et il faudrait même aller plus loin sur la déjuridisation générale et des politiques publiques européennes et du contrôle des politiques publiques nationales

 

Or c’est peut-être là que se noue une des questions les plus délicates. Car d’une part la juridisation des politiques publiques, c'est-à-dire leur soumission à des règles a priori est directement attentatoire aux principes de souveraineté en tant qu'il suppose fondamentalement la liberté du discrétionnel, et spécialement dans les situations exceptionnelles comme aujourd’hui.

Mais d’autre part il est vrai, on peut difficilement envisager une association de nations sans telles règles, car l’association même fait immanquablement surgir ce qu’on appelle des « externalités monétaires et financières ». D’où la question préalable : existe-t-il des intermédiaires fiables entre les configurations nationales classiques et une union complète, je veux dire une union avec l’intégration politique pleine et entière? Si la réponse était non, et si par ailleurs l’union complète s’avérerait inaccessible, alors il ne faudrait pas hésiter à en revenir à la configuration nationale dont on sait au moins avec certitude qu’elle satisfait pleinement le principe de la souveraineté populaire. Sans doute la sortie de l’euro à soi seule, telle qu'elle, recréerait autant de difficultés nouvelles qu’elles en résoudrait d’anciennes. Mais la pleine restauration du principe de souveraineté rendrait précisément possible de lui adjoindre toutes ses conditions institutionnelles latérales de viabilité, sans lesquelles en effet, le pur et simple retour à l'euro s’avérerait une manœuvre très périlleuses. Et je veux dire :

  • Contrôle étatique des capitaux

  • Rerégulation financière

  • Tutelle publique sur les banques, etc.

Mais dans tous les cas, et je vais finir ici, il n'y a aucun lieu de se laisser intimider par des leçons de morale cosmopolites des privilégiés du capital économique et du capital culturel. J'accorde avec une grande facilité que l’internationalisme le dépassement des actuelles nations dessine au moins abstraitement une perspective très désirable en soi et continue même de constituer un possible horizon politique de référence. Mais précisément, il y a des idées abstraites qui mal concrétisées tournent mal etil y a des formes d’internationalisme qui ont le don de rendre odieux l’internationalisme et qui finalement en sont les pires ennemis, comme l’internationalisme néolibéral. Et j’irai même plus loin en vous soumettant ce dernier paradoxe : je ne crois pas du tout que les solutions nationales soient condamnées comme on le dit souvent au repli nationaliste, xénophobe ou haineux; je crois même que le respect partout du principe de souveraineté populaire est le prérequis d'une solidarité internationale qui ne soit pas que fantasmée.

 

En tout cas, si le choix est laissé entre la solution nationale et des solutions européennes mais vouées à maltraiter les peuples en leur imposant et les pires dépossessions de souveraineté et les pires régressions sociales, alors, pour ce qui me concerne, j'ai vite fait de prendre mon parti...

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:33

arton2094-6b0a8.jpgLa France compte 740 000 auto-entrepreneurs. Un succès pour ce statut lancé il y a trois ans et présenté comme « une arme anticrise ». La promesse de revenus complémentaires et de créations d’activité dissimule cependant un véritable miroir aux alouettes : contournement du droit du travail, salariat déguisé sans les protections associées, isolement, transformation de travailleurs en sous-traitants bon marché…

« Recrute téléopérateur, vendeur, graphiste, livreur de pizzas, coiffeuse, maçon… sous le régime d’auto-entrepreneur. » Ce type d’annonce foisonne sur Internet. Nombre d’employeurs voient dans les deux initiales « AE » un nouveau mode d’emploi. Les avantages sont multiples : baisse des cotisations sociales, qui sont gérées par le prestataire, révocation immédiate sans procédure ni indemnités. Architecte, Simon travaille pour la même agence en tant qu’auto-entrepreneur depuis un an. « J’ai été le premier, explique-t-il. Après, ils ont enchaîné toute une vague. Ils exigent que toutes les nouvelles embauches soient sous le statut d’auto-entrepreneur. » Horaires fixes, présence continue au bureau, consignes régulières, client unique, sa situation actuelle a tout du salariat. De quoi écorner l’image du créateur libre et autonome vantée par les sites de promotion qui pullulent sur la toile : simplicité, rapidité, allègement fiscal… Faites fructifier vos talents et devenez votre propre patron en un clic !

Le statut d’auto-entrepreneur fête ses 3 ans. Il est présenté comme une « arme anticrise », selon son inventeur, Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises. Le dispositif rencontre un grand succès, dès son entrée en vigueur, en janvier 2009. Le nombre d’auto-entrepreneurs cotisant est passé de 78 500 début 2009 à près de 740 000 fin 2011. En janvier 2012, le dispositif a franchi le million d’inscriptions, malgré une hausse des radiations. De l’informatique à l’agriculture, en passant par la restauration, le journalisme ou l’éducation, tous les secteurs sont concernés. Même dans la Fonction publique [1]. Construction et commerce en tête, auto-entrepreneurs à tous les étages ! Et selon l’Insee, près d’un tiers des auto-entrepreneurs sont des demandeurs d’emploi. Chômeurs, devenez créateurs d’entreprise ! Derrière la promesse d’un complément de revenus ou de la création de son activité, c’est pourtant la porte ouverte au salariat déguisé et à la précarisation. Un véritable miroir aux alouettes.

Contourner le droit du travail

Les employeurs ne sont pas les seuls à être tentés par ce « phénomène de société ». C’est Simon qui a proposé l’option « auto-entrepreneur » (AE) à son agence, pour augmenter un salaire qui ne reflétait pas ses qualifications. Résultat : au lieu de toucher 2 000 euros sur les 4 400 euros (salaire et cotisations) qu’aurait déboursés son agence, il en perçoit la totalité. Montant sur lequel il n’a « que 20 % de taxe, donc un salaire énorme ». Les employés y voient un gage d’amélioration de leur revenu. Dans le domaine de la formation privée, les enseignants étrangers, habitués aux bas salaires, espèrent ainsi grappiller quelques euros de plus. L’inscription au régime AE sert aussi de moyen de rémunération. Beaucoup de précaires de l’enseignement supérieur deviennent auto-entrepreneurs pour déjouer les restrictions liées au statut de vacataire [2]. Certains pigistes sauteraient le pas également, alors même que le Syndicat national des journalistes (SNJ) avait obtenu de Hervé Novelli le retrait du journalisme de la liste des activités « AE-compatibles ».

Le pari peut être risqué. Surtout pour les droits sociaux. L’auto-entrepreneur touche plus d’argent à court terme. Mais pas de congés payés, ni d’indemnités chômage en cas de perte de travail. Cela n’inquiète pas Simon, qui sort son épingle du jeu : « En un an, j’ai mis 20 000 euros sur mon compte, donc j’ai une assurance, par mon capital. » De quoi limiter l’angoisse du chômage. Mais cette protection sociale par capitalisation déguisée n’est-elle pas un piège ? En réalité l’AE s’acquitte de quelques cotisations sociales (retraite, santé) mais le taux de contribution est moins élevé que pour un salarié. Et il est indexé sur le chiffre d’affaires déclaré chaque mois ou trimestre. Or tous les auto-entrepreneurs n’ont pas des recettes à plusieurs zéros comme Simon.

« Quatre mois de travail dans l’os ! »

Plafonnés à 32 000 euros de recettes annuelles, les prestataires de services ont un revenu limité. Leur chiffre d’affaires moyen s’élève à 1 000 euros par mois, selon l’Insee, soit l’équivalent d’un petit Smic. La restauration et la construction sont les secteurs les plus rémunérateurs, tandis que l’action sociale, le commerce, l’enseignement ou la communication rapportent des sommes proches, voire en deçà du seuil mensuel de pauvreté. Difficile, donc, de mettre de l’argent de côté dans ces conditions.

Ce n’est pas Lisa, directrice artistique web, qui dira le contraire. Déçue par des mauvaises expériences en entreprise, elle souhaite en 2009 se lancer en freelance. Ça tombe bien, le statut d’auto-entrepreneur vient de sortir, et un de ses anciens patrons lui propose de la « prester » pour sa nouvelle agence web. Une « aubaine » pour Lisa : avec un client unique, pas besoin de se lancer dans la prospection. Elle a vite déchanté. De février à août, elle turbine à plein, à son domicile, sur un projet destiné à un client de l’agence. Sans voir une seule facture se profiler. Son acompte est sans cesse repoussé. Jusqu’au jour où on lui annonce qu’on ne peut pas la payer. La raison ? D’une « totale mauvaise foi », son faux patron lui explique finalement que son projet n’est pas retenu par l’annonceur. « Quatre mois de travail dans l’os ! »

Une subordination au client et au patron

« Ça a commencé à déraper parce que je travaillais en semaine, le week-end, la nuit… Ça ne me dérange pas à partir du moment où c’est mon choix. » Mais son vrai faux patron lui impose de venir au bureau pour des réunions ou des rendez-vous. Travaillant à temps-plein, Lisa n’a pas pu rechercher d’autres clients. Peu fidèles à la figure du libre entrepreneur, beaucoup d’AE restent dépendants économiquement d’un seul client. Comme Élise : à l’issue de son stage en droit des étrangers, elle opte pour l’auto-entreprise. Seule façon de continuer à travailler avec le même avocat, un « mec à l’américaine » qui ne veut pas payer de charges. Travailleuse à domicile, « hyper disciplinée », Élise impose peu à peu son mode de paiement au dossier. À 1 800 euros pour un mi-temps, « ça tournait vachement bien », estime-t-elle.

Mais l’équilibre demeure précaire d’un mois sur l’autre. Malgré une énorme latitude dans ses horaires, elle doit garder une certaine disponibilité pour une prise de rendez-vous ou un suivi, le soir tard ou le dimanche. « Il croyait que j’étais à sa disposition. » Certaines entreprises font signer des clauses de non-concurrence . Ainsi le « n°1 du soutien scolaire en France » (Acadomia) interdit à son « prestataire formateur » de « proposer ses services directement aux clients présentés par la société ». Tout en précisant « qu’aucun lien de subordination n’existe entre lui et la société », pour garantir l’indépendance de l’AE.

« Le régime d’auto-entreprenariat organise les conditions apparentes d’une égalité formelle, (…) alors que le contexte capitaliste est inégalitaire », note la sociologue Irène Pereira [3]. Ce faux-semblant permet aux clients-employeurs de jouer sur l’ambiguïté des rapports. « Il m’appelait sa collaboratrice, alors c’était lui le fort et moi la faible dans l’histoire. C’étaient ses clients. » Comme si les femmes de ménage appelaient leurs patronnes des clientes, compare la sociologue.

Auto-exploitation ?

Hors du droit du travail, cela peut conduire les personnes à devoir résister, « au prix d’une auto-exploitation de soi », explique Irène Pereira. La relation vis-à-vis du client peut être en réalité celle du sous-traitant. Ce que craint Eugène, délégué SUD-PTT à Chronopost, où les distributeurs de colis licenciés sont systématiquement remplacés par des prestataires externes, dont des auto-entrepreneurs. « On assiste à un nouveau niveau de sous-traitance qui génère du dumping social et fait baisser la masse salariale », constate Jean-Louis Frisulli, de SUD-PTT. Idem dans l’éducation privée, où le recours aux auto-enseignants permet de diminuer les tarifs des heures de cours.

Autre risque : la déprofessionnalisation des métiers. L’arrivée sur le secteur de personnes non formées qui proposent un travail à moindre coût et de moindre qualité. « Un sidérurgiste m’a appelé pour grappiller des infos », raconte Lisa. Il a refait le logo d’une boîte en dix minutes et a décroché le client, se souvient la graphiste, hallucinée. « C’est un retour à l’esclavage. Du moins au marchandage », tonnent Annick Guillochon et Giuseppina Bonfini, du Syndicat national des personnels de l’enseignement et de la formation privée (SNPEF-CGT). On se souvient de ces cuisiniers et plongeurs sans papiers « employés » dans un grand restaurant en tant qu’auto-entrepreneurs.

La mobilisation réduite des syndicats

Si la position syndicale est claire, la mobilisation est moins évidente. L’Union syndicale Solidaires demande la réintégration des auto-entrepreneurs qui le souhaitent, explique Jean-Louis Frisulli. Mais difficile de mobiliser lorsque les salariés eux-mêmes optent pour le statut. « On ne leur jette pas la pierre », lance François Ollier, du SNJ. Lors de son récent congrès d’Autrans, le SNJ a également appelé à la vigilance des délégués de section sur cette question. Attirés par la simplicité de l’inscription, ces faux indépendants sont surtout victimes d’un manque d’information. Pour y pallier, le collectif Papera rassemble des témoignages et sensibilise sur les « pièges administratifs ». Certaines universités ont ainsi imposé à des vacataires une ancienneté de trois ans sous le régime auto-entrepreneur… Une solution serait, selon le SNPEF-CGT, la création d’un syndicat spécialisé dans la défense de ce public.

Quelques recours judiciaires aux prud’hommes sont toutefois soutenus par des syndicats pour requalifier la prestation en contrat de travail. Encore faut-il avoir des preuves ou en avoir les moyens. Portable professionnel, mails directifs, charge de travail continue et indépendante de sa volonté… Élise, la juriste, possédait certains éléments en faveur de la requalification. Mais le lien de subordination était plus difficile à prouver. Les preuves, Lisa les avait. « Aucune contestation possible, vous allez gagner », lui avait assuré une avocate. Mais à 2 000 euros la procédure, l’auto-précarisée a préféré se renflouer les poches en intérim. En cas d’emploi salarié dissimulé, le droit du travail prévoit le versement par le donneur d’ordre condamné des contributions sociales dues à la personne effectivement employée [4].

Vers la fin du salariat ?

Le phénomène du « faux travailleur indépendant » n’est pas nouveau. Mais le développement de l’auto-entreprenariat ne l’institutionnalise-t-il pas ? La Fédération des auto-entrepreneurs (Fedae), affirme que les AE en situation de salariat dissimulé ne représente que 2 % à 3 % des contrôles. Sauf que l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss, caisse de l’Urssaf) n’a à ce jour publié aucune donnée sur l’ampleur des opérations liées à l’auto-entreprise. La Fedae assure s’opposer à ces dérives. Ses adhérents doivent signer une charte de déontologie. Craignant que le statut soit remis en cause, elle publie un livre blanc soumettant douze mesures aux candidats à l’élection présidentielle pour le renforcer, et proposant même de l’étendre à toute l’Europe.

Hormis d’éventuels aménagements, supprimer ou encadrer drastiquement l’auto-entreprenariat n’est pas d’actualité, tout amendement ou toute suggestion en la matière ayant été pour l’instant rejetés. À en croire Hervé Novelli, ce serait « un pont entre salariat et prestation de service ». Il imagine même la possible fin du salariat, qui n’aurait pas vocation à rester la norme dans une « société moderne ». De quoi entretenir la fiction du travailleur « libre » dans un marché « libéré », où les cotisations sociales sont vues comme un frein à l’entreprise plutôt qu’une participation à la solidarité. Selon Irène Pereira, le statut d’auto-entrepreneur est symptomatique d’un néocapitalisme « par projet ». On sait cependant ce que dissimule cette promesse d’autonomie individuelle d’épanouissement personnel dans le travail : la fin des collectifs et des métiers, l’isolement des travailleurs et leur totale soumission aux contraintes imposées d’un côté par le donneur d’ordre, de l’autre par le client. On en connaît les conséquences.


Ludo Simbille

http://www.bastamag.net/article2094.html

Photo : CC source

Notes

[1] Selon un récent rapport de la Commission de déontologie dans la Fonction publique, les fonctionnaires cumulent de plus en plus leur poste avec des activités privées en auto-entreprise, http://www.fonction-publique.gouv.f...

[2] Les vacataires doivent avoir moins de 28 ans et une activité salariée ou indépendante en dehors. Voir le collectif Papera.

[3] Chercheuse à l’Institut de recherche, d’étude et de formation sur le syndicalisme et les mouvements sociaux (Iresmo). Auteure des Travailleurs de la culture en lutte, Éditions d’ores et déjà, 2010. Lire aussi ici : « Du salariat à l’auto-entreprenariat : vers plus de liberté ou vers plus d’auto-exploitation ? ».

[4] Voir l’article L. 120-3 et L. 8221-6 du code du travail.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:26

grece-athenes-manif-5-mars-2010-2.jpgRécit, en direct d’Athènes.


 

"Il y a les sous, oui. Mais aussi la dignité, les moments d’insouciance, les heures à ne rien faire et à ne penser qu’au bonheur de vivre. Ca ne s’abandonne pas si facilement, son humanité. On aura faim, peut-être, surtout dans les villes (nous, on va mettre des poules dans le jardin, on a la mer, pas riche mais bon) ; on aura froid (ça on connaît déjà) ; on aura peur (c’est nouveau, on a goûté, on y goûte un peu plus tous les jours). Mais on avancera. Faites gaffe, ils se rapprochent. Ils auront fait de nous des cobayes, personne n’y croyait, et on y est. Demain, on mord..."

Marie-Laure Veilhan - 15 février 2012

 


Athènes, 13 février 2012

Salut mes chers de loin,

Je viens de finir une traduction (une préface d’un bouquin visiblement bien communiste de l’ancien temps, pfff...), et je devrais aller me coucher, mais j’ai trop de tension encore. Les émotions fortes et l’effet, encore sensible, des produits chimiques divers dont on nous a aspergés hier, j’imagine...

La manif d’hier n’était en fait pas vraiment une manif, c’était plutôt comme si beaucoup, beaucoup de Grecs avaient décidé de se déplacer de leur boulot, de leur cuisine, d’où ils se trouvaient, pour aller se camper autour du Parlement... il y avait des vieux, des mémés (pas beaucoup mais quand même), beaucoup de couples, cools...

On s’est retrouvés avec Yorgos Mitralias (fondateur de l’ELE, le comité pour l’audit de la dette grecque), dans une galerie historique, en contrebas de Syntagma (au Starbuck, j’ai dit que j’aimais pas ça... dix heures après, il était réduit en cendres. Faudrait que je fasse gaffe à ce que je dis...). A cinq heures piles, on était à l’angle gauche du parlement, au coin de l’hôtel Grande Bretagne. Les forces de l’ordre, style Ninja carapacés jusqu’aux oreilles, avaient bloqué l’accès à plusieurs rues, et formé un cordon impressionnant devant le Parlement. Là, ils ont balancé les premiers lacrymogènes, et ça n’a pas cessé, ensuite, pendant des heures.

On a battu en retraite, fait le tour de la place (en courant, trébuchant, ...) pour filer aussi vite que la foule le permettait rue Filellinon (la rue qui part du bas de la place et va jusqu’à Plaka). La foule, dense, partout. Les Ninja nous repoussaient, on est allés jusqu’à Plaka (on nous a dit plus tard qu’ils avaient balancé des gaz place Monastiraki, tout en bas de la rue Ermou, imagine...).

On est revenus par l’Avenue Amalia (le long du Jardin National, entre la porte d’Hadrien et le Parlement). La foule faisait des vagues, flux et reflux, mais on revenait toujours. Manifestement, les flics avaient peur qu’on n’atteigne le Parlement -on était prêts à rentrer, c’est vrai. A l’intérieur, on a vu plus tard ce qui s’y passait. Pour l’instant, il fallait reprendre son souffle et continuer, trois pas devant, quatre derrière...

Je ne te raconte pas les "incidents", ils sont sur tous les écrans, on nous parle de la catastrophe provoquée par les casseurs (très probablement d’une part, des flics provocateurs, comme d’habitude, pour justifier les lacrymo ; cette fois-ci, on tenait l’info d’un jeune cousin -flic- avec qui on a déjeuné juste avant la manif, lui était en arrêt maladie, le veinard.. ; d’autre part, les supporters membres des club sportifs Panathinaïkos, Panionios et Olympiakos, ennemis jurés d’habitude, qui avaient décidé une trêve et lancé un appel aux supporters de se retrouver à Syntagma, alors même qu’un match se tenait, à la même heure. Eux, ou plutôt certains d’entre eux, sont bien entraînés, et ils savent casser, et castagner...). Catastrophe, donc, à Athènes. Ok, beaucoup de magasins incendiés (dont beaucoup de banques).

Version Paris Match, c’est effectivement très impressionnant. Rien, mais rien du tout sur la foule immense, pacifique, qui s’en est pris plein les poumons (y compris Mikis Théodorakis, compositeur et véritable symbole pour les Grecs, et Manolis Glezos, symbole encore plus énorme, c’est lui qui a descendu le drapeau allemand de l’Acropole, pendant l’occupation. Ils ont aujourd’hui respectivement 88 et 90 ans, eh bien il s’est trouvé des flics pour les menacer de leurs matraques, et leur balancer leurs lacrymo, oui).

Ils avaient la trouille, oui, jusque dans leurs chaussettes, qu’on montre les images de cette mer de monde bruissante de colère et de désespoir. Pour la première fois, les gens ne bougeaient que pour se soulager à coup de Maalox, puis revenir se planter au même endroit.

Les chaînes de télé montrent toutes les mêmes images, là, on se rend compte de la mainmise du pouvoir. Les journalistes "analysent" les dégâts, maintenant qu’ils sont rassurés sur l’avenir (désormais rose bonbon, ouf, le mémorandum est passé, on aura désormais un salaire minimum de 480 euros par mois net ; donc la croissance va reprendre d’une minute à l’autre ; bon, il faut se serrer un peu la ceinture, ok, mais on n’est pas irresponsables, nous les députés, on assume et on signe...) ; on se désole que 100 personnes risquent de perdre leur emploi à cause des dégâts causés. Rien sur les 15.000 fonctionnaires qui vont perdre leur poste, ni sur les orphelinats qui ferment, tout simplement...

Ils ont signé, les salauds, il n’y en a eu que 45 pour se rebeller contre la ligne donnée par leur parti (dont deux de l’extrême droite, qui ont signé pour, malgré la position de leur chef).

Un député, héros du jour ou dangereux subversif, a balancé le mémorandum en direction de Venizelos [ministre des finances du gouvernement grec] (le monstre qui nous explique, de sa morgue au double quintal,qu’on n’a rien compris).

Nous voilà à la nouvelle ère, celle du mémorandum 2, là où on a fait, froid, et peur. Mais pas assez, ou alors on est tellement en colère qu’on en oublie la peur, pour ne pas aller casser les bureaux des députés traitres à notre cause. Il y en a déjà deux qui n’ont plus de locaux (dont un, socialiste -si l’on peut dire...- d’Achaïe...), et qui cherchent leurs meubles... sur le trottoir. Le tour des autres viendra, on n’aura bientôt plus aucune raison de ne pas être violents. Faites passer, ça ne passera pas. Pas comme ça. Il y a les sous, oui. Mais aussi la dignité, les moments d’insouciance, les heures à ne rien faire et à ne penser qu’au bonheur de vivre. Ca ne s’abandonne pas si facilement, son humanité. On aura faim, peut-être, surtout dans les villes (nous, on va mettre des poules dans le jardin, on a la mer, pas riche mais bon) ; on aura froid (ça on connaît déjà) ; on aura peur (c’est nouveau, on a goûté, on y goûte un peu plus tous les jours). Mais on avancera. Faites gaffe, ils se rapprochent. Ils auront fait de nous des cobayes, personne n’y croyait, et on y est. Demain, on mord...


Prenez soin de vous, et de votre humanité. Si on oublie, si de rage, de peur ou de désespoir on en vienne à se perdre, rappelez-nous à la nôtre.


Je vous embrasse

 

http://reporterre.net/spip.php?article2601


 

Source : Courriel à Reporterre.

Marie-Laure Veilhan est traductrice et vit en Grèce.

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