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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 20:57
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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 20:15

Une société sans guerre(s) est peu probable. Une société capitaliste sans guerres est impossible.On peut le montrer très facilement en systématisant les éléments d’analyses parfois épars que l’on retrouve chez Orwell et Mumford, mais également chez des auteurs contemporains comme Noam Chomsky, Jacques Pauwels et Annie Lacroix-Riz. (Afin de proposer une démonstration courte, je n’examine pas la définition du capitalisme par la "croissance".)

Le pourquoi de la croissance, c’est la possibilité de mettre en œuvre une politique d’obsolescence sous ses formes cardinales. Force est cependant de constater que l’obsolescence ne parviendrait pas, à elle seule, à rencontrer le défi de la surproduction — qui est énorme et qui demande un moyen bien plus radical, un moyen qui travaillera à la fois en amont et en aval, un moyen qui formatera et le producteur et le consommateur. Ce moyen, c’est la guerre.

Je ne parle pas de la guerre économique que tous les acteurs sont censés se livrer en permanence ; je ne parle pas non plus de la guerre sociale larvée dans laquelle vivent les individus conformes et atomisés (à la Machiavel ou à la Hobbes) ou de la guerre des classes (de Marx et Engels) ; je parle de la guerre en tant que production industrielle capitaliste. On ne trouvera rien de métaphorique ici.

La stricte corrélation qui existe entre capitalisme et guerre a été pressentie entre autres par Karl Marx, Jean Jaurès, Georges Sorel et William James avant d’être analysée par Werner Sombart et Vladimir Lénine, mais surtout par Lewis Mumford (1932) et George Orwell (1949). Du point de vue de ces analyses, justifier la croissance équivaut à légitimer la guerre. On distinguera à leur suite trois types de fonction martiales, étagées selon leur degré d’évidence. Remarquons que chaque degré est directement corrélé à l’importance factuelle de la fonction, la moins évidente étant la plus fondamentale.

Primo, les fonctions visibles sont stratégiques et tactiques. Il s’agit bien sûr de la défense nationale, mais cette notion simple est en fait susceptible de subir certains aménagements cosmétiques. S’agit-il de défendre son territoire stricto sensu (à la suisse) ou ses intérêts stratégiques (sur le mode us-américain) ? Le premier est clairement défini et la mission des armées de même ; les seconds peuvent porter sur des enjeux très éloignés dans l’espace et dans le temps, au point qu’une guerre sans fin contre « l’empire du mal », « la drogue » ou « la terreur » est tout à fait concevable.

Ensuite, l’attaque préventive pour des motifs oiseux ou simplement fictifs est maintenant pratiquée en dehors de tout cadre juridique international – à moins que celui-ci ne s’avère manipulable sans efforts.

Enfin, depuis 1971, l’attaque délibérée pour des motifs « politiques » peut être baptisée « guerre humanitaire » sans soulever aucun tollé chez les observateurs avertis. La guerre c’est la paix.

Secundo, les fonctions liminales nous mettent en présence de trois grands archétypes. Par définition transhistoriques, on les retrouve dans toutes les sociétés et quasiment dans toutes les communautés.

La religiosité renvoie au sacrifice tragique du guerrier et aux mythes primitifs ; mourir et donner la mort mettent en contact avec l’Ultime. La pratique de la guerre est proprement sacramentelle (cf. Eliade).

Ensuite, les vertus martiales nous renvoient à un ensemble de valeurs mâles, soi-disant morales, fondatrices de l’État : la discipline de fer, l’intrépidité, le mépris de la douceur et de l’intérêt personnel, l’obéissance aveugle, etc.

Enfin, cette abnégation assure la cohérence sociale (cf. Girard) et constitue une réponse efficace, à défaut d’être élégante, au danger malthusien (sous forme d’eugénisme de sa population et de génocide de l’adversaire). La liberté, c’est l’esclavage.

Tertio, les fonctions invisibles portent plus directement encore sur les mécanismes de contrôle et de stabilisation de la société capitaliste.

Il y a d’abord les fonctions politiques : créer l’unanimité par la distraction et, surtout, préserver les inégalités en exigeant la subordination en face de la menace extérieure, réelle ou imaginaire, immédiate ou annoncée.

Ensuite viennent les fonctions économiques : la guerre permet bien sûr d’assurer l’accès aux matières premières et d’ouvrir de nouveaux marchés si les « partenaires commerciaux » s’avèrent peu sensibles aux arguments purement mercantiles (à la Ricardo) . Elle permet aussi d’écouler la surproduction de tout une série de biens et de services qui n’améliorent pas le sort des masses : il serait impossible de préserver le statu quo politique si les investissements portaient sur des biens socialement utiles (soins de santé pour tous, école démocratisée, infrastructures culturelles et sportives accessibles, autonomie énergétique, …) en lieu et place du socialement inutile.

Enfin, il y a le keynésianisme militaire en tant que tel (que Chomsky a baptisé le « Pentagon system ») : en investissant massivement dans la recherche, le développement et la commercialisation de produits militaires, de leurs précurseurs et dérivés, l’État capitaliste stimule l’innovation technologique, l’emploi et la production industrielle. De plus, il offre des débouchés sûrs : le gigantesque marché militaire est garanti par l’État et financé par les impôts (payés par les pauvres) et les prêts (bénéficiant aux « marchés financiers »). La réticularité de cette pratique digne de la Russie soviétique (qui, soulignons-le, n’a fait que s’adapter, par la force des choses, au militarisme occidental) est tellement profonde et puissante que sa quantification est virtuellement impossible. Un exemple suffira : en 1955, lorsque Chomsky est titularisé comme professeur de linguistique au MIT (Massachussetts Institute of Technology), l’Institut était financé à 100% par trois corps d’armée. Le lecteur naïf s’étonnera d’abord que des travaux aussi abscons que la grammaire générative et transformationnelle soient entièrement financés par le Pentagone. Il ajoutera peut-être que le MIT était à l’époque le centre principal de résistance du mouvement anti-guerre et que, de fait, Chomsky n’a jamais épargné ses efforts pour dénoncer le militarisme impérial des USA. On admettra en effet que certaines recherches semblent fort éloignées d’une application militaire directe, mais dans le cas de la linguistique, il n’en n’est rien : comprendre la structure fondamentale du langage permettrait en effet de formaliser toutes les langues et de créer des logiciels de traduction universelle (et donc panoptiques) ; du reste, la programmation d’ordinateurs complexes, d’automates performants, de drones et de droïdes passe également par la création de nouveaux algorithmes. Que le MIT soit au surplus un nid de contestataires importe peu — à la condition expresse que ces universitaires contribuent par leurs travaux à alimenter la machine militaire et qu’en tant que contestataires leurs voix se noient dans le bruit médiatique. Si d’aventure elle se faisait entendre très brièvement, l’oligarchie s’empresserait d’y voir la preuve de la liberté d’expression qu’elle autorise avec la bienveillance qui la caractérise.

En dernier lieu, on doit épingler les fonctions psychologiques : la militarisation de la vie sociale renforce l’infantilisation en exigeant l’obéissance – et la confiance – aveugles ; la guerre, lorsqu’elle éclate, brise l’ennui de la vie dans une société mécanisée qui ne propose plus aucun sens à l’existence. Le choc de la réalité est alors vécu comme libérateur. Vivre sur le pied de guerre, c’est vivre vraiment, c’est vivre aux extrêmes. Tout ceci ne présage en rien de la fonction dernière de l’entraînement militaire en général et de la guerre en particulier : prédation, agression et violence constituent des jouissances primitives (au sens de Lorenz, pas de Lacan). La libération du sadisme des oligarques, qui implique la possibilité d’enlever, de violer, de torturer et d’assassiner en dehors de tout cadre culturel (les mots manquent pour nommer cette logique qui n’est rationnelle qu’au sens pervers) sont l’alpha et l’oméga du fondement guerrier de nos sociétés. L’ignorance, c’est la force.

Dernier ouvrage paru : De quelle révolution avons-nous besoin ? (Sang de la Terre, 2013)

Echantillon de publications : http://chromatika.academia.edu/MichelWeber

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 20:13
Espionnage : Le système Echelon (déjà) Philippe Rivière

Lorsque tout le monde feint la surprise, il est temps de rafraîchir les mémoires... avec un article du Monde Diplomatique daté de 1999 - LGS

Avec un budget annuel de 26,7 milliards de dollars — autant que pendant la guerre froide —, les services de renseignement américains sont les mieux dotés de la planète. Des alliances stratégiques et une technologie puissante leur permettent d’espionner de manière routinière téléphone, fax et courrier électronique dans le monde entier.

LES Etats-Unis sont-ils désormais si puissants qu’ils ne craignent plus les réactions de leurs alliés européens ? Il avait fallu l’obstination d’un chercheur néo-zélandais, Nicky Hager, pour dévoiler l’existence d’un formidable réseau de surveillance planétaire, le système Echelon, en place depuis les années 80... Son enquête (1) exposait en détail, pour la première fois, comment l’Agence de sécurité américaine (National Security Agency, NSA), un des organismes américains les plus secrets, surveille, depuis presque vingt ans, l’ensemble des communications internationales (2).

M. Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale sous la présidence de M. James Carter, avoue, non sans cynisme : « Quand vous avez la capacité d’avoir des informations, il est très dur d’imposer des barrières arbitraires à leur acquisition. (...) Devons-nous refuser de lire (3) ? » L’embryon du réseau d’espionnage américain date du début de la guerre froide lorsqu’un premier pacte de collecte et d’échange de renseignements, dénommé Ukusa, fut établi entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis. A ces deux Etats se sont joints le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Depuis les années 70, des stations d’écoute implantées dans ces pays captent les signaux retransmis vers la Terre par les satellites de type Intelsat et Inmarsat. Et une centaine de satellites d’observation « écoutent » les ondes : radio, téléphones cellulaires, etc.

Par ailleurs, affirme Duncan Campbell (4), tous les réseaux de communication sont écoutés, des câbles sous-marins (des capteurs sont déposés par des plongeurs spécialisés) au réseau Internet (la surveillance du réseau mondial est particulièrement aisée : la quasi-totalité des données transitent par des « noeuds » situés sur le territoire américain, même lorsqu’il s’agit de connexions européennes ! Ainsi, chaque jour, des millions de télécopies, de télex, de messages électroniques et d’appels téléphoniques du monde entier sont passés au crible, triés, sélectionnés, analysés.

« Le système Echelon, explique Nicky Hager, a été conçu de manière à interconnecter [tous les systèmes d’écoute] pour leur permettre de fonctionner comme les composants d’un tout intégré. » Les stations de réception satellitaire captent l’ensemble des faisceaux des satellites Intelsat, la plus importante d’entre elles, localisée à Menwith Hill, en Angleterre, étant placée sous le contrôle direct de la NSA. La masse d’informations recueillies est toutefois trop importante pour pouvoir être exploitée sans traitement préalable par les effectifs - pléthoriques, mais pas infinis - des services de renseignement.

« La clé de l’interception, continue Nicky Hager, repose sur de puissants ordinateurs qui scrutent et analysent ces masses de messages pour en extraire ceux qui présentent un intérêt. Les stations d’interception reçoivent les millions de messages destinés aux stations terrestres légitimes et utilisent des ordinateurs pour dénicher ceux qui contiennent des adresses ou des mots-clés préprogrammés. »

Adresses et mots-clés que les services de renseignement s’échangent sous forme de « dictionnaires » reflétant leurs préoccupations du moment. Il suffit que des mots comme terrorisme, drogue, guérilla, ou des noms comme Castro, Kadhafi, Saddam Hussein, etc. soient émis pour que la communication entière soit identifiée, retenue, analysée. Un peu à la manière des moteurs de recherche sur Internet, ces « grandes oreilles », munies des meilleurs systèmes automatiques de reconnaissance vocale, de lecture optique et d’évaluation des contenus, sélectionnent les communications à surveiller. Duncan Campbell précise toutefois que, si les ordinateurs de la NSA sont en mesure de reconnaître automatiquement les locuteurs lors d’une conversation téléphonique, ils ne sont pas encore capables d’en retranscrire le contenu.

D’autres chercheurs ont établi le scénario suivant, correspondant certainement plus à la réalité de la fin des années 80 qu’aux capacités actuelles du système (5). Chaque jour, les analystes des diverses agences examinent la moisson de la veille, qui arrive marquée de dates, d’indications de provenance et de destination, et de chiffres-clés : 5 535 représente, par exemple, les communications diplomatiques japonaises ; 8 182, les échanges concernant les technologies de chiffrement, etc. Les données sont transcrites, déchiffrées et traduites sous forme de rapports détaillés, de gists donnant l’essence d’une conversation ou de résumés reprenant les informations dans leur contexte.

Le document ainsi produit reçoit une estampille « Moray » (secret), « Spoke » (plus secret que « Moray »), « Umbra » (top secret), « Gamma » (interception de communications russes) ou « Druid » (destiné à des pays non membres d’Ukusa). Un dernier code (« Alpha » pour les services britanniques (GCJQ), « Echo » pour le DSD australien, « India » pour l’agence néo-zélandaise GCSB, « Uniform » pour le CSE canadien et « Oscar » pour la NSA) indique à qui le message doit être transmis via « Platform », le système nerveux central d’Ukusa.

Ce système diffère des écoutes téléphoniques « classiques » par deux caractéristiques particulièrement préoccupantes. La première constitue un problème majeur de souveraineté nationale pour les petits pays de l’alliance Ukusa : dans les années 80, à la suite du refus du premier ministre travailliste de l’époque, M. David Lange, de laisser entrer dans les eaux territoriales néo-zélandaises un navire, l’USS Buchanan, doté de capacités nucléaires, les Néo-Zélandais croyaient leur pays coupé des renseignements de la NSA. Mais, en réalité, sans en référer à leur gouvernement, les services néo-zélandais avaient, au contraire, accru leur collaboration avec la NSA et accéléré le déploiement d’Echelon. Parallèlement, la presse néo-zélandaise déclenchait une campagne de désinformation sur le thème : « Que ferons-nous sans les renseignements américains ? »

Surveiller des mots-clés

DE plus, le fait même qu’Echelon permette des échanges de « dictionnaires » aboutit à faire de chaque service de renseignement un agent de collecte, sur son territoire, d’informations destinées à des partenaires étrangers. Mais la transmission se fait... de manière automatisée et, en raison du mode de programmation du système, il ne permet pas à la partie néo-zélandaise de connaître les mots-clés utilisés par ses partenaires. La réciproque, on s’en doute, n’est pas vraie... Cela aurait, par exemple, pu permettre aux Etats-Unis d’utiliser les infrastructures néo-zélandaises pour espionner les communications de l’association Greenpeace, lors de sa campagne de protestation contre les essais nucléaires français autour de l’atoll de Mururoa en 1995, sans en informer Wellington !

Autre originalité par rapport aux écoutes « classiques », les interceptions menées par Echelon sont pilotées à partir de mots-clés, et non pas en plaçant sous surveillance systématique des numéros de téléphone, de fax, ou des adresses Internet de personnes précises. Cet aspect technique, certes très prometteur en termes de renseignement, efface toute possibilité de définition - par décision judiciaire, militaire ou politique - de la source surveillée : toute personne est susceptible d’être écoutée pour peu que sa conversation soit jugée « intéressante » par le logiciel ! Les dérives sont inévitables. Un ancien espion canadien, M. Mike Frost, accuse ainsi M me Margaret Thatcher d’avoir fait venir à Londres, en février 1983, des opérateurs canadiens pour surveiller deux des ministres de son propre gouvernement qui - naïfs - ourdissaient quelque trahison politique... en communiquant avec leurs téléphones cellulaires.

Il est tentant d’utiliser un système si secret et si puissant pour les renseignements généraux et les opérations de basse police : en 1992, des opérateurs de haut rang des services secrets britanniques, fâchés de certaines dérives, dévoilèrent qu’Amnesty International, entre autres organisations non gouvernementales, avait été écoutée... à partir de mots-clés relatifs au trafic d’armes. Et, pour l’exemple, ils montrèrent au journaliste de l’Observer comment ils procédaient pour intercepter les conversations relatives au mot-clé « aide au tiers-monde » (6). Le choix de ce journal était tout indiqué : les propriétaires de l’Observer, après la publication d’une enquête, en 1989, sur les agissements du fils de M me Thatcher, avaient également été mis sur écoutes par cette dernière (7).

Dérives isolées ? Comme l’explique M. Steve Wright, chercheur à la Fondation Omega, une organisation britannique de défense des droits humains, dans le prérapport qu’il remit au Parlement européen en janvier 1998, « Echelon est principalement dirigé contre des cibles non militaires : gouvernements, organisations et entreprises dans virtuellement tous les pays. (...) Bien que beaucoup d’informations [recueillies par le système] concernent de potentiels terroristes, il s’y produit beaucoup d’intelligence économique, notamment une surveillance intensive de tous les pays participant aux négociations du GATT (8) ». Les systèmes d’écoutes ne se cantonnent donc pas à la surveillance des activités terroristes ou mafieuses. Le renseignement économique et, partant, les renseignements généraux d’ordre politique en sont aussi un enjeu central. Chacun des pays impliqués est censé empêcher que ses propres citoyens soient écoutés, mais, en l’absence de tout contrôle extérieur, cette disposition reste largement théorique. Cela inquiète notamment le Congrès des Etats-Unis, où un projet d’amendement à la loi de finances 2000 vise à contraindre la NSA à dévoiler le mode de fonctionnement d’Echelon et à confirmer sa compatibilité avec la Constitution... ce qui, au vu du sinistre bilan des écoutes illégales pratiquées de tous temps par l’agence américaine, est hautement improbable !

Tous les messages contrôlés

DÉJÀ la Cour suprême avait imposé, en 1967, l’arrêt du projet « Minaret », fichage de milliers d’organisations et d’individus sur des « listes de surveillance » où figuraient des « dissidents » tels que Martin Luther King, Malcom X, Jane Fonda ou Joan Baez ; en 1975, c’est le directeur de la NSA qui, face au tollé déclenché au Congrès, mettait un terme au projet « Shamrock » de surveillance, avec la complicité des principales compagnies de télégraphe, de tous les messages télégraphiques entrant ou sortant des Etats-Unis...

Dans un rapport remis, début novembre 1998, au Congrès, le chercheur Patrick Poole montre que les principales firmes bénéficiant du produit de l’espionnage mené par Echelon sont celles qui fabriquent l’équipement du réseau Echelon, notamment Lockheed, Boeing, Loral, TRW et Raytheon : « Une relation incestueuse si forte, assure le rapport, que les renseignements recueillis sont parfois utilisés pour écarter des fabricants américains de marchés convoités par ces contractants majeurs des secteurs de la défense et du renseignement, qui sont par ailleurs souvent la source de grandes contributions financières aux deux partis qui dominent la vie politique américaine (9). »

« Des entreprises européennes ont déjà fait les frais [d’Echelon], expliquait M. Alain Pompidou, président du comité d’évaluation des choix technologiques et scientifiques (STOA) du Parlement européen. Mais, comme elles commercent avec les Etats-Unis, elles se taisent (10). » A la décharge de ces entreprises, le fait qu’il n’existe aucun texte de droit international réglementant les écoutes mais également la difficulté d’obtenir des informations fiables. La participation britannique embarrasse les instances européennes qui, à l’instar de M. Martin Bangemann, alors commissaire européen en charge du commerce, attendent « des preuves de l’existence du système » avant que de risquer de nuire aux « bonnes relations commerciales avec les Etats-Unis ». Si le Foreign Office nous certifie qu’« il n’existe aucune incompatibilité entre la position du Royaume-Uni dans l’Union européenne et son devoir de garantir la sécurité nationale », les députés européens demandent toutefois l’instauration d’un « code de bonne conduite » ainsi qu’un complément d’enquête, qui pourrait les amener à interroger... la NSA.

Des « preuves » ? Suite à un reportage diffusé à la télévision australienne, M. Martin Brady, le directeur du DSD, a mis un terme à plus de cinquante années de secret officiel et lâché les mots tabous : l’agence australienne « coopère en effet avec ses homologues étrangères, les organisations d’interception des communications des pays réunis dans le pacte Ukusa », écrit-il au producteur du programme.

Philippe Rivière, juillet 1999

http://www.monde-diplomatique.fr/mav/46/RIVIERE/m1

(1) Nicky Hager, Secret Power. New Zealand’s Role in The International Spy Network, Craig Potton Publishing, Nelson, Nouvelle-Zélande, 1996. N’ayant pas trouvé d’éditeur aux Etats-Unis, le livre y est distribué par la revue Covert Action Quarterly,Washington DC.

(2) Steve Wright, An Appraisal of Technologies of Political Control, Interim Study, STOA, Parlement européen, 19 janvier 1998. (Lire le texte intégral du rapport.)

(3) Le Nouvel Observateur, 10-16 décembre 1998.

(4) Interception Capabilities 2000. Development of Surveillance Technology and Risk of abuse of Economic Information, STOA,Parlement européen, PE 168 184, avril 1999.

(5) Patrick S. Poole, « Echelon : America’s Secret Global Surveillance Network », The Privacy Papers, n o 4, novembre 1998, Free Congress Research and Education Foundation, Washington, DC.

(6) John Merritt, The Observer, Londres, 28 juin 1992, cité par Nicky Hager, op. cit.

(7) Hugh O’Shaughnessy, The Observer, 28 juin 1992.

(8) Steve Wright, op. cit.

(9) Patrick S. Poole, op. cit.

(10) Le Figaro, Paris, 19-20 septembre 1998.

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 20:06
Kill, Kill, Kill, Kill, Kill The Poor (Ou Mourir) Sébastien Fontenelle

Depuis 2010, la Cour des comptes est dirigée par le « socialiste » Didier Migaud.

Il a été mis là par Nicolas Sarkozy, qui l’aimait beaucoup.

Le montant de son émolument n’est pas connu.

Mais sous sa houlette (et sous les hourras de la droite décoincée) : la Cour des comptes est devenue, en peu d’années, une espèce d’agence de com spécialisée dans la récitation des mantras du libéralisme, dont l’activité principale est (par conséquent) de psalmodier qu’il faut que la France réduise sa dépense publique (ou mourir).

Le gars est une espèce de Franz-Olivier Giesbert de la haute fonction publique, et bien sûr : cela lui vaut d’être adulé par la presse dominante, où des chefferies confites dans les mêmes obsessives dévotions libérales que les siennes lui font, à chaque fois qu’il répète qu’il faut que la France réduise sa dépense publique (ou mourir), de gigantesques ovations.

(Le Monde, quotidien vespéral dont la lecture fait chaque soir monter le taux d’humidité du patronat, a ainsi pris le pli de traiter chacune des apparitions publiques de M.Migaud comme il l’eût fait, en leur temps, de cellles de M. Christ multipliant les pains – à ceci près, naturellement, que M. Christ, pour ce qu’on en sait, n’aurait sans doute pas supporté d’être si frénétiquement léché.)

Dans son dernier rapport, par exemple : la Cour des comptes explique qu’il faut que la France fasse, d’ici la fin de l’année 2015, vingt-sept (27) milliards d’économies, ou sinon, l’Europe sera pas contente du tout - et l’excellent M. Barroso va se fâcher tout rouge, comme à chaque fois que des communistes ont le front de ne pas obtempérer dans la demi-seconde à ses ordres.

Lisant cela : le zézayant Kevin, trois ans, bat des mains.

Car il sait que rien n’est plus zaisé que de réaliser cette substantielle économie : il suffit, compte-t-il sur ses petits doigts, de reprendre aux zentreprises les 20 milliards d’euros que vient de leur distribuer le gouvernement « socialiste » de M. Zayrault.

Et rien ne serait, en effet, plus facile que de procéder à cette juste redistribution.

Mais bien évidemment : ce n’est pas du tout ce que préconise M. Migaud.

Car, outre qu’il n’est pas dans sa nature d’importuner la possédance – rappelons qu’il est « socialiste », et que cela l’oblige -, M. Migaud sait que s’il s’aventurait sur ce glissant terrain, Le Monde cesserait de l’idolâtrer, et de réciter ses déclarations comme s’il s’agissait d’un nouvel évangile.

Alors M. Migaud formule plutôt la proposition suivante – dont nul(le) ne sait, au vrai, si elle est pour de bon de son cru, ou s’il l’a discrètement recopiée, à la Macé-Scaron, dans un quelconque éditorial du Figaro Magazine : faut qu’on fait cette fois-ci un « effort particulièrement vigoureux », faut qu’on donne des grands coups de coupe-coupe dans les prestations familiales, dans les retraites, dans les aides au logement, dans les indemnités chômage, et dans l’assurance-maladie, of course, et on pourrait aussi tuer directement quelques dizaines de milliers de nécessiteux, mais bon, ça risque d’être mal vécu par les familles, alors n’a qu’à lourder quelques fonctionnaires et demander aux survivant(e)s de travailler plus pour gagner moins, tas de feignasses, yo, Serge Dassault.

En clair : M. Migaud recommande très distinctement de prélever dans les poches des pauvres les sommes nécessaires au maintien du train de vie des riches dont l’entretien creuse d’abyssaux trous dans le trésor public.

Immédiatement : Le Monde consacre sa une à cette exigeante préconisation, et la double, comme d’hab, d’un entretien avec M. Migaud - d’où ressort que M. Migaud n’est pas seulement très beau, mais qu’il sent, de surcroît, bon le sable chaud.

Puis : Jean-Marc Ayrault, qui est lui aussi un « socialiste », s’empresse de confirmer que M. Migaud « dit vrai » - viens là Didi, qu’on s’en tape cinq.

Puis, François Hollande, qui en est un autre, promet de « redonner de l’espoir » aux Françai(se)s.

Et en effet : dans le même temps qu’il prend ce solennel engagement, les couloirs du siège du Medef résonnent de longs ululements de joie.

Sébastien Fontenelle

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 20:00
Pourquoi l’immense majorité des viols ne terminent jamais aux assises Florencia Rovira Torres | Journaliste

http://www.rue89.com/2013/06/30/pourquoi-97-declarations-viols-terminent-jamais-assises-243827

Procédures longues, policiers sans tact... Souvent, les victimes de viol que Nolwenn Weiler rencontre soupirent : « Si j’avais su, je n’aurais pas porté plainte. » Entretien.

Nous l’avons appris en fin de semaine, la justice rennaise a tardé six mois avant de faire un test ADN dans une enquête pour viol. Une analyse qui aurait peut-être pu éviter trois viols supplémentaires, vraisemblablement commis par celui qui est poursuivi pour l’agression.

La victime et son avocat dénoncent un dysfonctionnement dû, selon eux, à un manque de budget, tandis que le parquet rétorque que son choix a été guidé par un souci d’efficacité : il aurait pris la décision de ne pas demander l’analyse, puisqu’il estimait que les chances d’obtenir des preuves étaient faibles.

Les réactions des médecins, de la police, voire des proches dans les affaires de viols ne sont pas toujours très compréhensives ou appropriées. Et du côté de la justice ?

Seulement 3% des viols sont jugés

Premier constat, la justice n’est rendue que dans très peu d’affaires de viols. Pour commencer, comme le rappelle Nolwenn Weiler, une des auteures du livre-enquête « Le viol, un crime presque ordinaire », une grande majorité de victimes ne portent jamais plainte :

« Il y a un consensus autour du chiffre de 75 000 [voir encadré plus bas, ndlr] femmes victimes de viol ou de tentatives de viols par an en France. Le problème est que seulement 10% des victimes le signalent à la police. »

Cette estimation du nombre réel de viols est basée sur plusieurs études, notamment deux grandes enquêtes :

  • l’enquête nationale sur « Les violences envers les femmes en France », qui date de 2000 [PDF] ;
  • l’enquête intitulée « Contexte de la sexualité en France de 2006 » [PDF]

Les deux ont demandé à un échantillon représentatif de personnes si elles avaient subi des rapports sexuels forcés ou des tentatives. Il en ressort que seulement 9 993 plaintes pour viol ont été déposées en 2005, soit environ 10% du total.

Or, dans « Le Viol, un crime presque ordinaire » les auteurs estiment que sur les 75 000 cas de viol, à peine 3% finissent par être jugés en cour d’assises, un chiffre qui varie selon les années.

Les peurs légitimes des victimes

Pourquoi les victimes de viol ne portent-elles pas plainte ? Selon Nolwenn Weiler, les enquêtes soulèvent différentes raisons :

« Tout d’abord, les victimes ne mettent pas le mot “viol” sur ce qu’elles ont vécu. Parce qu’on imagine que le viol c’est le soir dans un parking souterrain par un inconnu qui vous menace avec un couteau, alors que la réalité du viol est bien plus vaste que ça. La plupart du temps, les victimes connaissent leur agresseur. »

Par ailleurs, les victimes ont souvent peur : des représailles, de ne pas être crues, d’être mal jugées, qu’on leur retourne la responsabilité du viol... Elles n’ont pas confiance en la procédure judiciaire.

« Ces peurs ne sont pas infondées », souligne Weiler. Selon elle, les inquiétudes des victimes reflètent « la façon dont toute la société considère le viol et excuse les violeurs ».

Une procédure éprouvante

La procédure judiciaire est éprouvante : une victime doit en moyenne attendre trois ans pour que l’instruction d’un viol soit achevée, et cinq ans au total pour le jugement en cour d’assise, estime Nolwenn Weiler.

Une période souvent vécue comme un traumatisme supplémentaire pour les victimes de viol, qui doivent justifier et prouver qu’elles ne consentaient pas à un rapport sexuel.

Nolwenn Weiler évoque aussi le traumatisme potentiel des examens médicaux :

« J’ai étudié des expertises médicales hallucinantes. Dans certains cas, les victimes sont déclarées psychotiques alors qu’elles ne le sont pas. Presque toutes disent “Si j’avais su ce par quoi il faut passer, je n’aurais pas porté plainte.” »

Un progrès « incontestable » dans la police

Nolwenn Weiler, souligne pourtant l’importance d’encourager les victimes à porter plainte. Elle constate que malgré la faiblesse des formations des enquêteurs, des progrès « incontestables » ont été faits dans l’accueil des victimes de viol, grâce aux pressions des associations de femmes.

« Dire que rien ne change peut décourager les gens. Tous les militants de terrain nous ont assuré à plusieurs reprises que les policiers sont la profession qui a le plus évolué. »

Pourtant, l’accueil demeure très inégal sur le territoire. Il reste des endroits où les policiers peuvent demander aux femmes comment elles étaient habillées.

La journaliste évoque aussi des dysfonctionnements dans la justice, qui contribuent à rendre difficile le vécu d’une victime de viol. Selon elle, ils sont souvent imputables à un manque de moyens, de personnel de justice et de police, mais aussi à une mauvaise organisation dans la prise en charge des dossiers.

Détresse d’un côté, désinvolture de l’autre

Pour l’illustrer, Weiler prend l’exemple du cas d’Emmanuelle, qui a porté plainte pour viol, pendant son enfance, contre un voisin. Le tribunal lui a communiqué que son dossier avait été classé sans suite, pour admettre plus tard qu’on s’était trompé de numéro de dossier :

« Il y a un décalage entre la détresse des victimes et la désinvolture à laquelle elles ont l’impression de faire face. Cette même femme a assisté à des confrontations avec son agresseur sans avoir été prévenue. »

La date du procès du cas d’Emmanuelle a été repoussée trois fois et, d’après Nolwenn Weiler,

« A chaque fois elle était confrontée à un énorme stress, trois semaines avant la date, pour apprendre 24 heures avant qu’elle avait été changée... »

« Tout le problème est d’arriver aux assises »

« Quand une personne accusée de viol passe aux assises, en général elle est condamnée. Or, tout le problème pour sa victime est d’arriver jusqu’aux assises. »

Mis à part le fait que seulement 10% des victimes portent plainte, deux phénomènes peuvent expliquer le très faible taux de jugements [pour rappel, 3% des cas estimés dans les enquêtes sociologiques, ndlr]. Le premier problème, c’est que énormément de cas sont classés sans suite. Nolwenn Weiler évoque une étude de Marie-Claude Brachet et Simone Iff sur le tribunal de Créteil en 1995, qui constate que 50% des plaintes pour viol débouchent sur un non-lieu ou un classement sans suite.

« C’est un peu troublant parfois, lorsqu’on étudie cette réalité de près », explique Nolwenn Weiler, qui a consulté plusieurs ordonnances de classement sans suite.

« Parfois, c’est extrêmement choquant. Dans un cas qui a fait l’objet d’un non-lieu en 2007, la victime a été frappée, le constat médico-légal notait des traces de coups – et la justice avait reconnu qu’il y avait des traces de violence – mais on n’a pas constaté de viol, parce que la femme aurait pu consentir à la pénétration après les coups ! »

Pour aller plus vite, le crime devient un délit

La deuxième explication de l’écart entre le nombre de jugements pour viol et le nombre de cas de viols enregistrés dans les enquêtes sociologiques, c’est la « déqualification » des viols.

« Le viol est un crime et doit être jugé dans une cour d’assises. Or, il y a beaucoup de viols qui sont correctionnalisés. Les viols sur le lieu de travail sont quasiment tous déqualifiés en agression sexuelle ou en harcèlement sexuel. »

Selon l’étude de Brachet et Iff, un quart des plaintes pour viol étudiées ont été déqualifiées en agression sexuelle, à la demande du procureur. Une autre étude de 1991 sur le tribunal de Nantes, montre que la moitié des affaires jugées comme de simples agressions sexuelles étaient en fait des viols reconnus par les coupables, ou avérés par des expertises judiciaires.

La « correctionnalisation » [la transformation d’un crime en délit, donc] est, selon Nolwenn Weiler, souvent recommandée aux victimes de viol par les magistrats et parfois par les avocats :

« On explique aux victimes que le procès est moins long et moins éprouvant ; il n’y a pas de jurés mais c’est un magistrat professionnel qui juge l’affaire. »

La correctionnalisation est selon elle aussi « un outil de gestion », qui permet de désengorger les tribunaux :

« La justice française n’est pas armée pour juger en assises toutes les plaintes qui sont déposées pour viol, et encore moins tous les viols qui sont commis ».

Le chiffre consensus de 75 000 femmes victimes de viol par an en France est basé sur diverses enquêtes sociologiques. Faites à différents moments et recensant différentes catégories de la population elles divergent un peu et sous-estiment toutes le nombre total de viols.

  • Dans l’enquête ENVEFF de 2000 on estimait que 48 000 femmes auraient été victimes de viol. Or, cette enquête comptabilisait seulement les femmes entre 20-59 ans.

  • Selon l’enquête Contexte de la Sexualité en France (CSF) de 2006, entre 50 000 et 120 000 femmessont victimes d’un viol ou d’une tentative de viol par an.

  • Une moyenne de 84 000 femmes (de 18 à 75 ans) victimes de viols ou de tentatives de viol par an est le chiffre que l’on peut tirer à partir des enquêtes »Cadre vie et sécurité » de 2007 à 2012. Sur deux ans ces enquêtes estiment une moyenne de 202 000 victimes de viol ou de tentatives de viol (hommes et femmes) avec une marge d’erreur de 22 000 personnes ; soit 101 000 cas par an.

Tous ces chiffres sous-estiment le nombre total des viols par an puisque la plupart des victimes indiquent avoir subi leur premier viol ou tentative de viol avant leurs 18 ans. C’est le cas pour 67% des hommes et 59% des femmes selon l’enquête Contexte de la sexualité en France de 2006.

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 19:39

 

 

Nul ne croit plus que la raison l’emportera sur des politiques d’austérité insensées, ni que la morale préviendra les scandales mêlant argent et pouvoir. Désormais, l’espoir d’un changement de direction repose sur la mise en cause frontale des intérêts en jeu.

par Serge Halimi, mai 2013
 
« Je veux savoir d’où je pars
Pour conserver tant d’espoir 

(Paul Eluard, Poésie ininterrompue)

Certaines révélations renvoient à ce que nous savions déjà. Venons-nous d’apprendre que des responsables politiques aiment l’argent, fréquentent ceux qui en possèdent ? Qu’ensemble ils s’ébrouent parfois comme une caste au-dessus des lois ? Que la fiscalité dorlote les contribuables les plus fortunés ? Que la libre circulation des capitaux leur permet d’abriter leur magot dans des paradis fiscaux ?

Le dévoilement des transgressions individuelles devrait nous encourager à remettre en cause le système qui les a enfantées (lire « Le carnaval de l’investigation »). Or, ces dernières décennies, la transformation du monde a été si rapide qu’elle a pris de vitesse notre capacité à l’analyser. Chute du mur de Berlin, émergence des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), nouvelles technologies, crises financières, révoltes arabes, déclin européen : chaque fois, des experts se sont relayés pour nous annoncer la fin de l’histoire ou la naissance d’un nouvel ordre mondial.

Au-delà de ces mises en bière prématurées, de ces accouchements incertains, trois grandes tendances se sont dégagées, plus ou moins universelles, dont dans un premier temps il importe de dresser le bilan : l’envol des inégalités sociales, la décomposition de la démocratie politique et le rétrécissement de la souveraineté nationale. Pustule d’un grand corps malade, chaque nouveau scandale nous permet de voir les éléments de ce triptyque resurgir séparément, et s’emboîter l’un dans l’autre. La toile de fond générale pourrait se résumer ainsi : parce qu’ils dépendent prioritairement des arbitrages d’une minorité favorisée (celle qui investit, spécule, embauche, licencie, prête), les gouvernements consentent à la dérive oligarchique des systèmes politiques. Lorsqu’ils se cabrent devant ce reniement du mandat que le peuple leur a confié, la pression internationale de l’argent organisé s’emploie à les faire sauter.

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » L’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen n’a jamais, chacun le sait, été rigoureusement observé. De tout temps, les distinctions furent motivées par autre chose que l’utilité commune : le lieu où l’on a la chance (ou la malchance) de naître, la condition de ses parents, l’accès à l’éducation et à la santé, etc.

Mais le poids de ces différences se trouvait parfois allégé par la croyance que la mobilité sociale contrarierait les inégalités de naissance. Pour Alexis de Tocqueville, une espérance de ce genre, plus répandue aux Etats-Unis que sur le Vieux Continent, aidait les Américains à s’accommoder de disparités de revenus plus importantes qu’ailleurs. Un petit comptable de Cleveland ou un jeune Californien sans diplôme pouvaient rêver que leur talent et leur acharnement les propulseraient à la place que John Rockefeller ou Steve Jobs avaient occupée avant eux.

« L’inégalité en soi n’a jamais été un gros problème dans la culture politique américaine, qui insiste sur l’égalité des chances plutôt que sur celle des résultats, rappelle aujourd’hui encore l’intellectuel conservateur Francis Fukuyama. Mais le système ne reste légitime que si les gens continuent de croire que, en travaillant dur et en donnant le meilleur de soi, eux-mêmes et leurs enfants ont de bonnes chances de progresser, et s’ils ont de bonnes raisons de penser que les riches le sont devenus en respectant la règle du jeu (1). » Apaisante ou anesthésiante, cette foi séculière s’évapore dans le monde entier. Interrogé six mois avant son élection à la présidence de la République sur les moyens du « redressement moral » qu’il appelait de ses vœux, M. François Hollande évoquait le « rêve français. Il correspond au récit républicain qui nous a permis d’avancer malgré les guerres, les crises, les divisions. Jusqu’à ces dernières années, nous avions la conviction que nos enfants vivraient mieux que nous ». Mais le candidat socialiste ajoutait : « Cette croyance s’est dissipée » (2).

Le club des milliardaires

Au mythe de la mobilité sociale succède la crainte du déclassement. Un ouvrier ne conserve plus guère de chances de devenir patron, journaliste, banquier, professeur d’université, responsable politique. Les grandes écoles sont encore plus fermées aux catégories populaires qu’au moment où Pierre Bourdieu publiait Les Héritiers, en 1964. Même chose pour les meilleures universités du monde, dont les frais de scolarité ont explosé (3). Incapable de payer plus longtemps ses études supérieures, une jeune femme vient de se suicider à Manille. Et, il y a deux ans, un étudiant américain expliquait : « Je dois 75 000 dollars. Bientôt, je serai incapable de payer mes échéances. Mon père étant mon garant, il va devoir rembourser ma dette. Lui aussi va faire faillite. J’aurai donc ruiné ma famille parce que j’ai voulu m’élever au-dessus de ma classe (4). » Il a voulu vivre le rêve américain, « des haillons à la fortune ». A cause de lui, sa famille va parcourir le chemin inverse.

Quand « le gagnant rafle tout (5) », l’inégalité des revenus relève parfois de la pathologie sociale. Propriétaire du géant de la distribution Walmart, la famille Walton détenait il y a trente ans 61 992 fois la fortune médiane américaine. Ce n’était probablement pas assez, puisqu’elle en possède aujourd’hui 1 157 827 fois plus. Les Walton ont dorénavant accumulé autant à eux seuls que les 48 800 000 familles les moins prospères (6). La patrie de M. Silvio Berlusconi conserve un petit retard sur les prouesses américaines, mais, l’année dernière, la Banque d’Italie a annoncé que « les dix premières fortunes nationales [détenaient] autant d’argent que les trois millions d’Italiens les plus pauvres (7) ».

Et, désormais, la Chine, l’Inde, la Russie ou les pays du Golfe jouent des coudes dans le club des milliardaires. En matière de concentration des revenus et d’exploitation des travailleurs, ils n’ont rien à apprendre des Occidentaux, auxquels ils administrent d’ailleurs volontiers des leçons de libéralisme sauvage (8). Les milliardaires indiens, qui possédaient en 2003 1,8 % de la richesse nationale, en accaparaient déjà 22 % cinq ans plus tard (9). Entre-temps, ils étaient certes devenus un tantinet plus nombreux, mais 22 % des richesses pour soixante et un individus, n’est-ce pas beaucoup dans une nation de plus d’un milliard d’habitants ? M. Mukesh Ambani, l’homme le plus fortuné du pays, se pose peut-être la question depuis le salon de sa maison rutilante de vingt-sept étages qui surplombe Bombay — une mégapole dont plus de la moitié des habitants continuent de vivre dans des taudis.

On en est au point où le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète… Après avoir longtemps proclamé que la « dispersion des revenus » était un facteur d’émulation, d’efficience, de dynamisme, il observe que 93 % des gains de croissance réalisés aux Etats-Unis pendant la première année de reprise économique ne sont allés qu’aux 1 % d’Américains les plus riches. Même au FMI, cela paraît trop. Car, toute considération morale mise à part, comment assurer le développement d’un pays dont la croissance profite de plus en plus à un groupe étriqué qui n’achète plus grand-chose, tant il dispose de tout ? Et qui, par conséquent, thésaurise ou spécule, alimentant un peu plus une économie financière déjà parasitaire. Il y a deux ans, une étude du FMI rendait donc les armes. Elle admettait que favoriser la croissance et réduire les inégalités constituaient « les deux faces d’une même pièce (10) ». Les économistes observent d’ailleurs que des secteurs industriels dépendant de la consommation des classes moyennes commencent à manquer de débouchés dans un monde où la demande globale, quand elle n’est pas asphyxiée par les politiques d’austérité, privilégie les produits de luxe et le bas de gamme.

D’après les avocats de la mondialisation, le creusement des inégalités sociales proviendrait avant tout d’un essor des technologies à ce point rapide qu’il pénalise les habitants les moins instruits, les moins mobiles, les moins flexibles, les moins agiles. La réponse au problème serait alors toute trouvée : l’éducation et la formation (des retardataires). En février dernier, l’hebdomadaire des « élites » internationales The Economist résumait ce conte légitimiste d’où politique et corruption sont absentes : « Les 1 % les plus riches ont vu leurs revenus bondir d’un coup en raison de la prime qu’une économie mondialisée à base de hautes technologies confère aux gens intelligents. Une aristocratie qui consacrait autrefois son argent “au vin, aux femmes et à la musique” a été remplacée par une élite instruite dans les business schools, dont les membres se marient entre eux et dépensent sagement leur argent en payant à leurs enfants des cours de chinois et des abonnements à The Economist (11). »

La sobriété, la diligence et la sagesse de parents attentionnés formant leur progéniture à la lecture du (seul) journal qui la rendra meilleure expliqueraient ainsi l’envol des fortunes. Il n’est pas interdit d’avancer d’autres hypothèses. Celle-ci, par exemple : le capital, moins imposé que le travail, consacre à la consolidation de ses appuis politiques une partie des économies réalisées grâce aux décisions qui l’ont favorisé : fiscalité accommodante, sauvetage des grandes banques ayant pris en otage les petits épargnants, populations pressurées pour rembourser en priorité les créanciers, dette publique qui constitue pour les riches un objet de placement (et un instrument de pression) supplémentaire. Ses innombrables connivences politiques garantissent au capital qu’il conservera tous ses avantages. En 2009, six des quatre cents contribuables américains les plus prospères n’ont acquitté aucun impôt ; vingt-sept, moins de 10 % ; nul n’a payé plus de 35 %...

En somme, les riches utilisent leur fortune pour accroître leur influence, puis leur influence pour accroître leur fortune. « Avec le temps, résume Fukuyama, les élites sont en mesure de protéger leurs positions en manipulant le système politique, en plaçant leur argent à l’étranger pour éviter la taxation, en transmettant ces avantages à leurs enfants grâce à un accès privilégié aux institutions élitistes (12). » On devine alors qu’un éventuel remède réclamerait davantage qu’un toilettage constitutionnel.

Une économie mondialisée où « le gagnant rafle tout » ; des syndicats nationaux en capilotade ; une fiscalité légère pour les revenus les plus lourds : la machine inégalitaire refaçonne la planète entière. Les soixante-trois mille personnes (dont dix-huit mille en Asie, dix-sept mille aux Etats-Unis et quatorze mille en Europe) qui détiennent un pactole supérieur à 100 millions de dollars possèdent une fortune cumulée de 39 900 milliards de dollars (13). Faire payer les riches ne tiendrait plus seulement du symbole.

« Deux ailes d’un même oiseau de proie »

Les politiques économiques qui ont comblé une minorité n’ont pour autant presque jamais transgressé les formes démocratiques — le gouvernement de la majorité. A priori, il y a là un paradoxe. L’un des plus célèbres juges de l’histoire de la Cour suprême américaine, Louis Brandeis, énonçait en effet que « nous devons choisir. Nous pouvons avoir une démocratie, ou avoir une concentration des richesses entre les mains de quelques-uns, mais nous ne pouvons pas avoir les deux ». La vraie démocratie ne se résume pas pour autant au respect des formes (scrutin pluraliste, isoloir, urne). Elle implique davantage que la participation résignée à un scrutin qui ne changera rien : une intensité, une éducation populaire, une culture politique, le droit de réclamer des comptes, de révoquer les élus qui trahissent leur mandat. Ce n’est pas par hasard qu’en 1975, dans une période d’ébullition politique, d’optimisme collectif, de solidarités internationales, d’utopies sociales, l’intellectuel conservateur Samuel Huntington avouait son inquiétude. Il estimait dans un rapport fameux publié par la Commission trilatérale que « l’opération efficace d’un système démocratique requiert en général un niveau d’apathie et de non-participation de la part de certains individus et groupes (14) ».

Mission accomplie… La très réactionnaire Commission trilatérale vient d’ailleurs de célébrer son quarantième anniversaire en élargissant le cercle de ses convives à d’anciens ministres socialistes européens (M. Peter Mandelson, Mme Elisabeth Guigou, M. David Miliband) et à des participants chinois et indiens. Elle n’a pas à rougir du chemin parcouru. En 2011, deux de ses membres, MM. Mario Monti et Lucas Papadémos, anciens banquiers l’un et l’autre, ont été propulsés par une troïka d’instances non élues — le FMI, la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) — à la tête des gouvernements italien et grec. Mais il arrive que des peuplades dont le « niveau d’apathie » demeure insuffisant renâclent encore. Ainsi, lorsque M. Monti tenta de convertir le suffrage censitaire de la troïka en suffrage universel, il essuya un échec retentissant. Le philosophe français Luc Ferry s’en déclara attristé : « Ce qui me chagrine, parce que je suis démocrate dans l’âme, c’est la constance avec laquelle le peuple, en temps de crise, choisit sans faille, sinon les plus mauvais, du moins ceux qui lui dissimulent le plus habilement et le plus amplement la vérité (15). »

Pour se prémunir contre ce genre de déception, le plus simple est de ne tenir aucun compte du verdict des électeurs. L’Union européenne, qui dispense des leçons de démocratie à la terre entière, a fait de ce déni une de ses spécialités. Ce n’est pas par accident. Depuis trente ans, les ultralibéraux qui mènent la danse idéologique aux Etats-Unis et sur le Vieux Continent s’inspirent en effet de la « théorie des choix publics » de l’économiste James Buchanan. Fondamentalement méfiante envers la démocratie, tyrannie de la majorité, cette école intellectuelle postule que les dirigeants politiques sont enclins à sacrifier l’intérêt général — indissociable des initiatives des chefs d’entreprise — à la satisfaction de leurs clientèles et à l’assurance de leur réélection. La souveraineté de tels irresponsables doit par conséquent être strictement limitée. C’est là le rôle des mécanismes coercitifs qui inspirent en ce moment la construction européenne (indépendance des banques centrales, règle des 3 % de déficit, pacte de stabilité) ou, aux Etats-Unis, l’amputation automatique des crédits publics (« séquestre budgétaire »).

On se demande pourtant ce que les libéraux redoutent encore des gouvernants, tant les réformes économiques et sociales que ceux-ci mettent en œuvre ne cessent de coïncider avec les exigences des milieux d’affaires, des marchés financiers. Au sommet de l’Etat, la convergence est d’ailleurs confortée par la surreprésentation extravagante des catégories sociales les plus bourgeoises et par la facilité avec laquelle celles-ci passent du public au privé. Quand, dans un pays comme la Chine, où le revenu annuel moyen excède à peine 2 500 dollars, le Parlement compte quatre-vingt-trois milliardaires, on comprend que les riches Chinois ne manquent pas de bons avocats au sommet de l’Etat. Sur ce point au moins, le modèle américain a trouvé son maître, même si, faute d’élections, Pékin ne distribue pas encore ses ambassades convoitées aux donateurs les plus généreux des campagnes du président victorieux, comme le fait Washington.

Les collusions — et les conflits d’intérêts — entre gouvernants et milliardaires se jouent désormais des frontières. M. Nicolas Sarkozy, qui, lorsqu’il était à l’Elysée, avait accordé des faveurs au Qatar, dont une convention fiscale exonérant l’émirat d’impôt sur ses plus-values immobilières, envisage à présent de se lancer dans la finance spéculative avec l’appui de Doha. « Le fait qu’il soit un ancien président ne signifie pas qu’il doive devenir moine trappiste », a plaidé son ancien ministre de l’intérieur Claude Guéant (16). Le vœu de pauvreté ne s’imposant pas davantage aux anciens chefs de l’exécutif Anthony Blair, Jean-Luc Dehaene et Giuliano Amato, le Britannique conseille J. P. Morgan, le Belge Dexia et l’Italien la Deutsche Bank. Peut-on défendre le bien public en veillant à ne pas déplaire à des régimes féodaux étrangers ou à des institutions financières dont on calcule qu’ils pourraient être de futurs partenaires en affaires ? Quand, dans un nombre croissant de pays, un tel pari concerne tour à tour les deux principaux partis, ceux-ci deviennent pour le peuple ce que le romancier Upton Sinclair appelait « les deux ailes d’un même oiseau de proie ».

L’institut Demos a voulu jauger les effets de la proximité entre responsables gouvernementaux et oligarchie économique. Il y a deux mois, il a donc publié une enquête détaillant « comment la domination de la politique par les riches et par le monde des affaires freine la mobilité sociale en Amérique (17) ». Réponse : en matière de politiques économiques et sociales, de droit du travail aussi, les citoyens les plus favorisés s’accordent sur des priorités largement distinctes de celles de la majorité de leurs concitoyens. Mais eux disposent de moyens hors du commun pour voir aboutir leurs aspirations.

Ainsi, alors que 78 % des Américains estiment que le salaire minimum devrait être indexé sur le coût de la vie et suffire pour que son détenteur ne bascule pas dans la pauvreté, 40 % seulement des contribuables les plus prospères partagent cet avis. Ils se montrent également moins favorables que les premiers aux syndicats et aux lois susceptibles de favoriser leur activité. La majorité, quant à elle, aimerait que le capital soit taxé au même taux que le travail. Et accorde une priorité absolue à la lutte contre le chômage (33 %) plutôt qu’à celle contre les déficits (15 %).

Résultat de cette divergence d’opinions ? Le salaire minimum a perdu 30 % de sa valeur depuis 1968 ; aucune loi (contrairement à la promesse du candidat Barack Obama) n’a adouci le chemin de croix que constitue la création d’un syndicat dans une entreprise ; le capital demeure deux fois moins taxé que le travail (20 %, contre 39,6 %). Enfin, le Congrès et la Maison Blanche rivalisent sur le terrain des coupes budgétaires, dans un pays où la proportion de la population active employée vient pourtant de chuter à un niveau presque historique.

Comment mieux dire que les riches marquent lourdement de leur empreinte l’Etat et le système politique ? Ils votent plus souvent, financent les campagnes électorales davantage que les autres et, surtout, exercent une pression continue sur les élus et les gouvernants. L’envol des inégalités aux Etats-Unis s’explique largement par le taux très bas d’imposition du capital. Or cette mesure fait l’objet d’un lobbying permanent auprès du Congrès, alors que 71 % de son coût (supporté par l’ensemble des contribuable) ne profite qu’aux 1 % d’Américains les plus fortunés.

Le refus d’une politique active de l’emploi relève d’un même choix de classe, relayé lui aussi par un système oligarchique. En janvier 2013, le taux de chômage des Américains qui disposent au moins d’une licence n’était que de 3,7 %. En revanche, il atteignait 12 % pour les non diplômés, beaucoup plus pauvres. Et dont l’avis ne pèse pas lourd à Washington contrairement à celui de Sheldon et Miriam Adelson, le couple de milliardaires républicains qui a davantage financé les élections de l’an dernier que la totalité des habitants de douze Etats américains… « Dans la plupart des cas, conclut l’étude de Demos, les préférences de l’écrasante majorité de la population semblent n’avoir aucun impact sur les politiques choisies. »

Impuissance des gouvernements nationaux

« Vous voulez que je démissionne ? Si c’est le cas, dites-le moi ! » Le président chypriote Nicos Anastasiades aurait ainsi apostrophé Mme Christine Lagarde, directrice générale du FMI, quand celle-ci exigea qu’il ferme sur-le-champ l’une des plus grandes banques de l’île, grosse pourvoyeuse d’emplois et de revenus (18). Le ministre français Benoît Hamon semble lui aussi admettre que la souveraineté (ou l’influence) de son gouvernement serait strictement limitée, puisque, « sous la pression de la droite allemande, on impose des politiques d’austérité qui se traduisent partout en Europe par une augmentation du chômage (19) ».

Dans leur mise en œuvre de mesures qui consolident le pouvoir censitaire du capital et de la rente, les gouvernements ont toujours su recourir à la pression d’« électeurs » non résidents dont il leur suffit d’invoquer l’irrésistible puissance : la troïka, les agences de notation, les marchés financiers. Une fois conclu le cérémonial électoral national, Bruxelles, la BCE et le FMI envoient d’ailleurs leur feuille de route aux nouveaux dirigeants afin que ceux-ci abjurent séance tenante telle ou telle promesse de campagne. Même le Wall Street Journal s’en est ému en février dernier : « Depuis que la crise a commencé, il y a trois ans, les Français, les Espagnols, les Irlandais, les Néerlandais, les Portugais, les Grecs, les Slovènes, les Slovaques et les Chypriotes ont tous, d’une manière ou d’une autre, voté contre le modèle économique de la zone euro. Les politiques économiques n’ont pourtant pas changé après ces revers électoraux. La gauche a remplacé la droite, la droite a chassé la gauche, le centre droit a même écrasé les communistes (à Chypre), mais les Etats continuent à réduire leurs dépenses et à relever leurs impôts. (…) Le problème qu’affrontent les nouveaux gouvernements est qu’ils doivent agir dans le cadre des institutions de la zone euro et suivre les directives macroéconomiques fixées par la Commission européenne. (…) Autant dire qu’après le bruit et la fureur d’une élection, leur marge de manœuvre économique est étroite (20). » « On a l’impression, soupire M. Hamon, qu’une politique de gauche ou de droite dose différemment les mêmes ingrédients (21). »

Un haut fonctionnaire de la Commission européenne a assisté à une rencontre entre ses collègues et la direction du Trésor français : « C’était hallucinant : ils se comportaient comme un maître d’école expliquant à un mauvais élève ce qu’il devait faire. J’ai été très admiratif du directeur du Trésor qui a gardé son calme (22). » La scène rappelle le sort de l’Ethiopie ou de l’Indonésie à l’époque où les dirigeants de ces Etats étaient réduits au rang d’exécutants des châtiments que le FMI venait d’infliger à leur pays (23). Une situation que connaît à présent l’Europe. En janvier 2012, la Commission de Bruxelles somma le gouvernement grec de tailler près de 2 milliards d’euros dans les dépenses publiques du pays. Dans les cinq jours qui suivaient, et sous peine d’amende.

Aucune sanction ne menace en revanche le président de l’Azerbaïdjan, l’ancien ministre des finances de Mongolie, le premier ministre de la Géorgie, la femme du vice-premier ministre russe ou le fils de l’ancien président colombien. Tous ont cependant domicilié une partie de leur fortune — mal acquise ou carrément volée — dans des paradis fiscaux. Comme les îles Vierges britanniques, où l’on recense vingt fois plus de sociétés enregistrées que d’habitants. Ou les îles Caïmans, qui comptent autant de hedge funds fonds spéculatifs ») que les Etats-Unis. Sans oublier, au cœur de l’Europe, la Suisse, l’Autriche et le Luxembourg, grâce à qui le Vieux Continent compose un cocktail détonant de politiques d’austérité budgétaire très cruelles et de cabinets de conseil spécialisés dans l’évasion fiscale.

Tout le monde ne se plaint pas de cette porosité des frontières. Propriétaire d’une multinationale du luxe et dixième fortune de la planète, M. Bernard Arnault s’est même un jour réjoui de la perte d’influence des gouvernements démocratiques : « Les entreprises, surtout internationales, ont des moyens de plus en plus vastes, et elles ont acquis, en Europe, la capacité de jouer la concurrence entre les Etats. (…) L’impact réel des hommes politiques sur la vie économique d’un pays est de plus en plus limité. Heureusement (24). »

En revanche, la pression subie par les Etats s’accroît. Et s’exerce à la fois par le biais des pays créanciers, de la BCE, du FMI, de la patrouille des agences de notation, des marchés financiers. M. Jean-Pierre Jouyet, actuel président de la Banque publique d’investissement (BPI), a admis il y a deux ans que ces derniers avaient, en Italie, « fait pression sur le jeu démocratique. C’est le troisième gouvernement qui saute à leur initiative pour cause de dette excessive. (…) L’envolée des taux d’intérêt de la dette italienne a été le bulletin de vote des marchés. (…) A terme, les citoyens se révolteront contre cette dictature de fait (25) ».

La « dictature de fait » peut néanmoins compter sur les grands médias pour confectionner les sujets de diversion qui retardent puis dévoient les révoltes collectives, qui personnalisent, c’est-à-dire dépolitisent, les scandales les plus criants. Eclairer les vrais ressorts de ce qui se trame, les mécanismes grâce auxquels richesses et pouvoirs ont été captés par une minorité contrôlant à la fois les marchés et les Etats, réclamerait un travail continu d’éducation populaire. Il rappellerait que tout gouvernement cesse d’être légitime quand il laisse se creuser les inégalités sociales, entérine l’affaissement de la démocratie politique, accepte la mise sous tutelle de la souveraineté nationale.

Chaque jour, des manifestations se succèdent — dans les rues, dans les entreprises, dans les urnes — pour réitérer le refus populaire de gouvernements illégitimes. Mais, malgré l’ampleur de la crise, elles tâtonnent en quête de propositions de rechange, à moitié convaincues que celles-ci n’existent pas, ou alors induiraient un coût prohibitif. D’où le surgissement d’une exaspération désespérée. Il est urgent de lui trouver des débouchés.

(Un prochain article réfléchira aux stratégies politiques susceptibles de dégager des voies alternatives.)

Serge Halimi

(1) Francis Fukuyama, Le Début de l’histoire. Des origines de la politique à nos jours, Saint-Simon, Paris, 2012, p. 23.

(2) La Vie, Paris, 15 décembre 2011.

(3) Lire Christopher Newfield, «  La dette étudiante, une bombe à retardement  », Le Monde diplomatique, septembre 2012.

(4) Tim Mak, «  Unpaid student loans top $1 trillion  », Politico, 19 octobre 2011.

(5) Robert Frank et Philip Cook, The Winner-Take-All Society, Free Press, New York, 1995.

(6) «  Inequality, exhibit A : Walmart and the wealth of American families  », Economic Policy Institute, 17 juillet 2012.

(7) «  L’Italie de Monti, laboratoire des “mesures Attali”  », Les Echos, Paris, 6 avril 2012.

(8) Lire «  Front antipopulaire  », Le Monde diplomatique, janvier 2013.

(9) «  India’s billionaires club  », Financial Times, Londres, 17 novembre 2012.

(10) «  Income inequality may take toll on growth  », The New York Times, 16 octobre 2012.

(11) «  Repairing the rungs on the ladder  », The Economist, Londres, 9 février 2013.

(12) Francis Fukuyama, Le Début de l’histoire, op. cit.

(13) En 2011, le produit intérieur brut mondial était d’environ 70 000 milliards de dollars. Cf. Knight Frank et Citi Private Bank, «  The Wealth Report 2012  » (PDF), The Wealth Report.

(14) Michel Crozier, Samuel Huntington et Joji Watanuki, The Crisis of Democracy, New York University Press, 1975.

(15) Le Figaro, Paris, 7 mars 2013.

(16) Anne-Sylvaine Chassany et Camilla Hall, «  Nicolas Sarkozy’s road from the Elysée to private equity  », Financial Times, 28 mars 2013.

(17) David Callahan et J. Mijin Cha, «  Stacked deck : How the dominance of politics by the affluent & business undermines economic mobility in America  », Demos, 28 février 2013. Les informations qui suivent sont tirées de cette étude.

(18) «  Chypre finit par sacrifier ses banques  », Le Monde, 26 mars 2013.

(19) RMC, 10 avril 2013.

(20) Matthew Dalton, «  Europe’s institutions pose counterweight to voters’ wishes  », The Wall Street Journal, New York, 28 février 2013.

(21) RTL, 8 avril 2013.

(22) «  A Bruxelles, la grande déprime des eurocrates  », Libération, Paris, 7 février 2013.

(23) Lire Joseph Stiglitz, «  FMI, la preuve par l’Ethiopie  », Le Monde diplomatique, avril 2002.

(24) Bernard Arnault, La Passion créative. Entretiens avec Yves Messarovitch, Plon, Paris, 2000.

(25) «  Jouyet : “Une dictature de fait des marchés”  », Le Journal du dimanche, Paris, 13 novembre 2011.

Inégalités, démocratie, souveraineté Etat des lieux pour préparer une reconquête Serge Halimi
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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 19:31
 Syrie, les atouts fragiles du régime par Alain Gresh

http://blog.mondediplo.net/2013-07-01-Syrie-les-atouts-fragiles-du-regime

Le dernier rapport que vient de publier l’International Crisis Group sur la situation en Syrie et les risques de métastases du conflit (« Syria’s Metastasising Conflicts », 27 juin) est la tentative la plus réussie de mettre à plat la situation dans ce pays, les forces en présence et les risques d’extension de la guerre.

Il ne s’agit pas ici de résumer le texte, qui mérite une lecture détaillée — en particulier de la part ceux qui écrivent sur la Syrie et de ceux qui prennent les décisions sur ce conflit —, mais d’en extraire quelques passages, notamment ceux qui concernent la résilience du régime.

On pourra aussi lire mon article sur la Syrie dans Le Monde diplomatique de juillet (en kiosques), « De l’impasse syrienne à la guerre régionale » ».

Le rapport examine d’abord la situation sur le terrain, très différente d’une région à l’autre. Ainsi, le Nord, transformé en une sorte de Far West sans autorité centralisée ou unifiée, où l’activité des jihadistes arabes est importante ; le Sud où leur influence est bien plus faible et où l’opposition a tenté ces derniers mois de mener une offensive en s’appuyant sur des bases arrière en Jordanie. Le texte évoque aussi les régions où, du fait d’un accord tacite entre les parties, la situation reste — relativement — calme, mais aussi fragile, susceptible de dégénérer à tout moment.

Les deux camps se sont consolidés ces derniers mois et se sont adaptés aux circonstances mouvantes. Une sorte d’équilibre des forces s’est établi dont il est peu probable que l’on sorte rapidement :

« La guerre a été analysée à travers différentes grilles qui se sont révélées erronées ou inappropriées. Pour commencer, nous ne sommes pas dans un jeu à somme nulle dans lequel les gains d’un côté se traduisent automatiquement par les pertes de l’autre. Un camp peut gagner sur tel front et perdre sur tel autre. La théorie du point de basculement, selon laquelle une fois que l’opposition aurait atteint une masse critique (en prenant Alep ; en entrant à Damas, en ralliant la classe des hommes d’affaires, entre autres scénarios) elle serait capable de renverser le régime, n’est pas plus applicable que celle qui voudrait que, à un certain stade, sous le poids d’une pression croissante, la structure du pouvoir va se retourner contre lui-même, entraînant un coup d’Etat ou la défection de personnalités alaouites importantes. »

Et le régime a retrouvé une certaine assurance ces derniers mois :

« L’assurance du régime n’est pas totalement hors de propos. Même s’il y a eu des défections, pratiquement aucune n’a touché le noyau dur pour qui le choix semble être encore : “tuer ou être tué” ; le nombre de transfuges d’autres éléments liés au régime semble avoir diminué de façon constante, alors que les indécis adoptent une stratégie d’attente. Pas une seule institution de l’Etat, pourtant fragile et dysfonctionnel, ne s’est effondrée, la plus importante étant l’armée. L’économie a été endommagée à un point tel que le régime ne peut plus espérer la remettre sur pied, mais il n’y a aucun signe d’insolvabilité : la monnaie nationale ne s’est pas entièrement effondrée, et les autorités peuvent encore distribuer des salaires aux fonctionnaires et financer l’appareil militaro-sécuritaire. »

Le régime a réussi aussi à lier son avenir à celui de larges couches de la population :

« Un obstacle majeur à un règlement négocié, c’est précisément que le régime apparaît comme un tout indissociable, dont les éléments “acceptables” ne peuvent pas être dissociés de ceux qui le sont le moins. Les partisans d’Assad, qui sont souvent en privé parmi ses détracteurs les plus sévères, restent persuadés que ce qui reste de l’Etat s’effondrerait si Bachar devait démissionner. En cela, le récit des loyalistes est marqué par un paradoxe : alors même qu’ils prétendent soutenir l’Etat plutôt que le régime, ils reconnaissent que la survie de l’Etat n’est pas possible sans le régime ; les institutions dites nationales auxquelles ils font allégeance dépendent d’un seul individu. »

Le régime a aussi essayé, ces derniers mois, d’aider les réfugiés – soit directement, soit en acheminant une partie de l’aide internationale ; de continuer à payer les retraites et les salaires ; d’assurer certains services (lire p. 30 du rapport).

Mais cette consolidation ne saurait faire illusion. L’appel aux combattants étrangers (qu’ils soient irakiens ou libanais) mine le discours officiel sur les capacités de l’Etat à assumer ses fonctions :

« Malgré cette consolidation, le régime a été incapable d’obtenir un avantage décisif car il est confronté à une dynamique de l’opposition qui reflète largement la sienne. Il y a des différences, bien sûr. Ses ennemis sont plus divers et profondément divisés, leurs structures improvisées et mouvantes et leurs alliés étrangers moins cohérents et coordonnés. Pourtant, et de manière similaire à celle du régime, l’opposition a acquis une masse critique de soutien qui apparaît hautement solide et au moins partiellement à l’abri des hauts et des bas de son action. En deux ans d’une lutte dévastatrice, le régime a été incapable de remporter des victoires décisives ou de renverser le cours des choses. Et l’opposition a peu de difficulté à recruter de nouveaux combattants ou à conserver un soutien international (moins important et moins cohérent toutefois que celui qu’obtient le régime). »

Alors que le régime refuse toute solution négociée qui signifierait l’abandon de pans importants de son pouvoir, notamment sur les services de sécurité et l’appareil répressif, il est clair que :

« Ni l’opposition ni le régime ne peuvent l’emporter militairement, si par “l’emporter” on entend une victoire décisive qui mène soit à un retour au statu quo ante (maintien du régime) ou à une page totalement nouvelle. Le régime ne pourrait être vaincu que par une intervention militaire massive étrangère — bien au-delà de ce que prévoient certains des scénarios les plus interventionnistes envisagés à Washington (une zone d’exclusion aérienne ou des frappes destinées à paralyser les capacités aériennes du régime). Même une “défaite” du régime n’offre aucune garantie de mettre fin à une guerre qui a métastasé, attiré un large éventail d’acteurs étrangers et pris une teinte sectaire pernicieuse. Il est très possible, et même probable, que les éléments loyalistes organisés en différents groupes armés continueraient à se battre. Compte tenu des dynamiques externes, l’Iran, le Hezbollah, l’Irak et peut-être la Russie chercheraient à répondre à toute escalade occidentale ou arabe ; en cas d’échec, ils alimenteraient une insurrection pour que la transition soit la plus violente et la plus chaotique possible. »

« La façon plus facile d’aboutir à la désescalade de la guerre et de mettre fin à ses formes les plus vicieuses de violence serait sans doute de se plier à une victoire de facto du régime — en d’autres termes, de négocier les conditions du maintien d’Assad au pouvoir. Pour les Arabes du Golfe et l’Occident, cela signifierait la fermeture du robinet de l’aide militaire à l’opposition. Ici aussi, et mises de côté les considérations morales et politiques, il n’y aurait aucune garantie de mettre fin à la tragédie. Beaucoup de Syriens sont peu susceptibles de céder après tout ce qu’ils ont enduré, et le régime, selon toute probabilité manquerait de volonté, de capacité ou de ressources pour engager des réformes, et organiser la réconciliation et la reconstruction. Dans le scénario du pire — pas du tout irréaliste —, il chercherait même à se venger. » (…)

« Avec le régime et ses partenaires enhardis par une série de victoires, un [réajustement vers une solution négociée] semble fantaisiste. Demander une plus grande implication militaire de l’Occident résulte d’une volonté de rééquilibrer la situation sur le terrain. Mais même en supposant qu’une action plus énergique de l’Occident pourrait amener la Russie à modifier sa position, une telle intervention serait dénuée de sens, ou pire, si elle n’était pas liée à une stratégie politique qui envisage une solution réaliste. Sinon, cette intervention ne ferait que continuer à alimenter un élargissement de la guerre. Si les appels tant répétés à “une solution politique” doivent être plus que de la rhétorique, il faut alors discuter des objectifs de celle-ci. Plutôt que de se concentrer sur le sort d’Assad — qui finira par être abordé — il serait plus utile de commencer par définir la fin de partie : comment reconstruire un Etat souverain et construire un nouveau système politique. »

Et le rapport se conclue sur quelques suggestions en ce sens, notamment la nécessité de préserver l’armée et de démanteler — avant de reconstruire — les services de sécurité.

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 19:28
Lettre de Michel Warchawski suite à la délégation EELV en Israël

Députés et sénateurs d’EELV -

Auriez-vous visité la Grèce des colonels? Auriez-vous organisé une mission en Afrique du Sud de l’apartheid ?

Ce n’est qu’au cours d’une récente tournée en France que j’ai appris qu’une délégation d’élus d’EELV est allée en Israël. Autant dire qu’en Israël, où je me trouvais au moment de la visite, on a fait peu cas de cette visite. Mais au sein d’EELV, elle a provoqué des remous, et à juste titre : ce parti comporte des milliers de militant/es sensibles au déni de droit dont sont victimes les Palestiniens et impliqués dans les combats contre la politique coloniale israélienne. Une visite officielle d’élus n’est jamais une affaire personnelle et elle implique l’ensemble des militant/es. Comme l’ont ressenti de nombreux adhérents, cette dernière visite en Israël est tout simplement scandaleuse.

D’autant plus qu’elle était organisée par Elnet, structure dont l’objectif déclaré est de renforcer les liens entre Israël et l’Europe. Et le programme a bien reflété cet objectif. Le fait que la délégation ait fait un détour par Ramallah et y rencontre quelques officiels ne fait qu’aggraver l’affaire, qui nous rappelle ces rares visiteurs de l’Afrique du Sud auxquels on faisait aussi visiter les Bantoustans et rencontrer leurs roitelets.

La délégation a pu voir les réalisations écologiques israéliennes, comme la décharge de Hiriyye près de Tel Aviv. Mais qu’en a-t-il été de la Mer Morte, victime de la sur-exploitation des phosphates ? Du Jourdain, asséché par le pompage de l’eau pour développer une agriculture extensive dans le Neguev ? Des forêts de pins plantées pour déposséder des villages palestiniens (en Israël même) de leurs terres et qui, de plus, provoquent l’acidité des sols ? Et surtout, du vol de l’eau de centaines de villages palestiniens de Cisjordanie, détruisant ainsi l’agriculture palestinienne ?

Mais même en admettant qu’Israël puisse se targuer de réussites environnementales, est-ce suffisant pour faire l’impasse sur le contexte colonial de l’ensemble de la politique israélienne, y compris dans sa politique agricole ?

Que penseraient nos amis des Verts d’une délégation qui irait à Milan en 1932 pour écouter à la Scala un bel opéra de Puccini, ou visiter Florence et ses merveilleux musées ? Ce serait perçu, au mieux comme de l’indécence, au pire comme une trahison envers les militants antifascistes et tous ceux qui œuvraient pour isoler le régime fasciste.

Et sur place, qui sont allés voir Jean-Vincent Placé et ses amis ? L’ineffable Shimon Peres (entre autres pionnier du très écolo programme nucléaire israélien), le général Michael Herzog ou encore le responsable du (très écolo) programme de nettoyage ethnique du Neguev. A l’exception de la députée du Meretz Tamar Zandberg, la délégation n’a rencontré aucune anti-colonialiste, voire des militants du mouvement social ou des représentants de la minorité palestinienne d’Israël.

La visite des élus d’EELV en Israël est à la fois indécente et une trahison de leurs propres militants, et ils sont nombreux impliqués dans la campagne BDS qui organise le boycott de l’État colonial israélien. Gageons qu’ils vont demander des comptes à ceux de leurs élus qui ont accepté de se laisser piéger par Elnet, ou pire, qui ont participé à cette visite en toute connaissance de cause.

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