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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:54

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Il y a 20 ans, l'Union des républiques socialistes soviétiques cessait d'exister, deux ans après la chute du mur de Berlin et la séparation de la grande fédération soviétique de plusieurs républiques qui revendiquaient un statut d'autonomie. Certains pays de l'Europe de l'Est, comme la Hongrie et la Pologne, avaient déjà entrepris un processus de libéralisation et d'ouverture à l'ouest.

 

La situation économique, dans l'ex-URSS, était devenue catastrophique, à la suite de mauvaises récoltes et de la chute de la production industrielle. Le gazoduc transsibérien, qui devait acheminer le gaz naturel de Sibérie jusqu'aux portes de l'Europe, avait été saboté par l'introduction d'un virus à retardement qui provoqua une explosion de turbines digne d'une explosion nucléaire, retardant de plusieurs années la mise en œuvre de cet audacieux projet de développement qui devait enfin apporter la prospérité au gouvernement communiste. Ce fut une étape importante dans la guerre économique que livraient les États-Unis à l'URSS.

 

L'invasion de l'Afghanistan, commencée en 1979, avait été extrêmement coûteuse en vies humaines et n'avait certes pas amélioré la situation économique de la fédération soviétique, de sorte qu'en 1989, le Kremlin avait dû ordonner le retrait de ses troupes (plus de 100 000 hommes) de ce pays, face à des combattants moudjahidines désormais armés par les Américains.

 

Après une série d'événements dramatiques suivis de mesures de libéralisation, le 24 août 1991, le président soviétique Gorbatchev démissionne de ses fonctions de secrétaire général du Parti communiste. Du même coup, il annonce la dissolution du Comité central du PC, l'interdiction pour les cellules communistes de s'adonner à des activités politiques au sein des forces armées, du KGB et du ministère de l'Intérieur, et la confiscation de leurs biens. Le Parti communiste se retrouve, du coup, sans possibilité de poursuivre ses activités. Bientôt, on interdit même son existence.

 

Profitant de la faiblesse de Gorbatchev, Boris Eltsine, qui est alors président de la puissante République socialiste de Russie, place ses hommes de confiance aux principaux postes de pouvoir. La restauration du système capitalisme est en marche, avec la complicité évidente des États-Unis et de George Bush père, qui veillent de près au démantèlement de la fédération soviétique. Le 8 décembre 1991, la dissolution de l'Union soviétique est officiellement proclamée. On s'empresse aussitôt d'obtenir l'aval de Washington et le drapeau rouge, qui flottait sur le Kremlin depuis des décennies, est retiré.

 

Il existait un réel mécontentement populaire contre les dirigeants soviétiques pour leur mauvaise gestion de l'économie, personne ne peut le nier. Mais cela ne signifiait nullement une remise en question du système communiste. Avec la destruction de l'Union soviétique, l'abandon des programmes sociaux et la privatisation de grands pans de l'économie, la situation allait rapidement empirer, entraînant davantage de pauvreté et d'injustices. Une nouvelle classe de riches et de mafieux apparaît. La production industrielle et agricole s'effondre encore davantage. La recherche scientifique et la culture, deux fleurons de la grande fédération soviétique, écopent tout particulièrement. Des guerres fratricides éclatent entre d'ex-républiques soviétiques pour le contrôle des richesses pétrolières et gazières.

 

Pour l'humanité, cela signifiait la fin d'un monde bipolaire et de la guerre froide et le début d'une nouvelle ère où les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN allaient pouvoir faire la pluie et le beau temps aux quatre coins de la planète. Après l'invasion du Panama en 1989, les États-Unis envahissent, deux ans plus tard, une première fois l'Irak (et le Koweït) pour y revenir en 2003. Entre-temps, ils ont remplacé les troupes soviétiques en Afghanistan. Puis, en 1994, ils débarqueront en Haïti soi-disant pour y restaurer la démocratie après avoir contribué, quelques années auparavant, à renverser le gouvernement légitime de Bertrand Aristide.

 

Depuis une dizaine d'années, la Chine, pays en voie de développement, est devenue une superpuissance avec laquelle il faut désormais compter, aux côtés d'autres pays émergents comme le Brésil, l'Argentine et le Venezuela qui font désormais figure de leaders dans ce combat pour reprendre possession de leurs ressources nationales au profit de leurs populations. Même chose pour l'Iran qui réaffirme, en ce moment plus que jamais, sa volonté de demeurer pleinement maître de son destin sans s'en laisser imposer par qui ce soit.

 

En Amérique latine, la Communauté des États latino-américains et des Caraïbes (CELAC), qui regroupe 32 pays, vient de voir le jour, sans les États-Unis et le Canada et avec la participation de Cuba. C'est une première dans l'histoire de ce continent où les États-Unis avaient toujours réussi jusqu'à maintenant à imposer leur volonté, à travers un organisme comme l'OEA, qu'on qualifiait de véritable ministère des colonies des États-Unis.

 

En 20 ans, la face du Tiers Monde a changé radicalement. Si, dans un premier temps après l'effondrement de l'URSS, les États-Unis ont pu imposer sans trop d'efforts leur domination sur une partie de l'humanité, aujourd'hui, ils doivent se replier et battre en retraite dans de nombreuses contrées et leur prestige et leur influence ont diminué d'autant. On peut en dire autant des organismes qu'ils ont mis en place pour mieux contrôler les économies des pays en voie de développement. Le FMI, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement ont échoué dans leur tentative de conditionner leur aide au bon comportement des gouvernements progressistes latino-américains qui visent, eux, de plus en plus l'intégration économique régionale afin d'éliminer les inégalités sociales et donner un toit à tous. Ces pays possèdent d'énormes richesses naturelles et leur exploitation servira enfin à créer cette société plus solidaire.

 

S'il est trop tôt pour parler d'un retour au monde bipolaire, avec un nouvel équilibre des forces, on doit constater que les États-Unis ne peuvent plus agir comme bon leur semble, bien que certains de leurs ressortissants, comme des Marines de l'armée américaine, se permettent d'humilier leurs soi-disant ennemis assassinés par leurs armes en leur urinant dessus. En 1949, deux autres Marines, visiblement saouls ceux-là, avaient uriné sur la statue de José Marti à Cuba, déclenchant l'indignation populaire. Devant de tels gestes, on ne peut être que d'accord avec cette affirmation selon laquelle les États-Unis n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. L'exportation par la force de leur «modèle démocratique», avec invasions de territoires souverains, attaques sournoises à l'aide de drones, assassinats sélectifs et chantages, ne sert qu'à créer encore plus de chaos et à discréditer les organismes internationaux chargé de faire respecter le droit international, comme on l'a vu en Irak, en Afghanistan et dans plusieurs pays africains.

 

La tournée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad au Venezuela, à Cuba, au Nicaragua et en Équateur suscite visiblement l'inquiétude à Washington mais elle constitue une autre preuve que de plus en plus de pays du Tiers Monde, les indignés depuis longtemps, sont décidés à s'unir et à agir non pas en fonction des directives imposées par l'empire américain mais bien en faveur des intérêts de leurs populations. Il y a dix ans, un tel affrontement, pour ne pas dire affront, aurait été impensable, et seul Cuba tenait tête à l'empire étasunien, au prix d'énormes sacrifices, surtout depuis l'effondrement des pays du bloc de l'Est. Malgré toutes les difficultés et les embûches, Cuba continue d'être un dangereux exemple de solidarité.

 

Finalement, on peut conclure que le nouveau rapport de forces, à l'échelle mondiale, penche en faveur des indignés, de ceux qui se prennent en main pour mieux assurer le bien-être de leur population. Dans ce grand combat pour la souveraineté nationale, le Québec aura sûrement son mot à dire un jour, même si aujourd'hui il semble demeurer silencieux. On apprend souvent mieux dans le silence.

 

«L'espérance est orpheline, a dit un poète, mais elle a beaucoup de neveux et nièces.»

 Source : canoë

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:51

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Le bal des clowns aux nez de toutes les couleurs, des rouges, roses, oranges, bleus, et bruns touchera bientôt à sa fin. Fin janvier 2012, et les jeux semblent déjà faits, disent les journalistes de grande audience. Tu m’étonnes ! Comme d’habitude, les médias tronquent les débats, fixent le temps de parole, adoubent celui qui fâche le moins les institutions financières et règnent en maîtres sur la dictature de l’agenda. Ils sur-médiatisent les thèmes néolibéraux et leurs porte-banderoles. Et ils censurent et taxent d’extrêmes les antilibéraux (notamment le Front de Gauche), qui sont loin d’être extrémistes. Après, ces mêmes médias s’étonnent presque que les « jeux » soient faits. Enfin, ils parviennent, comme à l’habitude française, à faire de la résignation un mode de vie dont le patronat et les banques pourront apprécier les bienfaits d’une masse de salariés corvéables à merci qui acceptent les attaques récurrentes au droit du travail. En retour, sur le plateau télé, les invités aseptisent les discours et se querellent comme dans une cour de récréation.

Tant et si bien que, à l’instar d’un D. Pujadas servile qui tente de poser des questions intelligentes sans y parvenir, dès qu’un sujet est fouillé dans son fondations, un autre sujet de seconde importance est imposé. Dès qu’une discussion aborde les points névralgiques de la guerre économique, celle qui donnerait aux spectateurs les idées et les armes de la résistance contre la machine, aussitôt, le maître de scène (journaliste) intervient pour scléroser et clore la discussion. Tous les sondages battent la chamade sur leurs études focalisées sur quatre candidats bien connus, et oublient volontairement de sonder les autres (Front de Gauche, Europe Écologie/Les Verts notamment), comme s’ils étaient insignifiants. Et surtout, comme si sélectionner un échantillon de mille personnes était représentatif d’une globalité d’électeurs. Le message de cet article n’est pas la critique des médias, et l’influence de la propagande sur l’opinion publique, on pourrait en écrire des dizaines à ce sujet.

1-Le clivage gauche/droite n’existe plus.

Le message de cet article, le voilà : n’allez pas voter F. Hollande, ni E. Joly, mais J-L Mélenchon si vous vous reconnaissez comme étant de Gauche. En démocratie, il est mal vu de dire aux gens ce qu’il faut penser, dire, faire et voter. Mais nous ne sommes plus en démocratie, nous sommes en guerre (économique et sociale). Le clivage à l’ancienne gauche/droite n’existe plus. Des crises successives depuis 2008, un seul clivage viable d’analyse politique, à mon sens, a nouvellement émergé : l’antagonisme Relance de l’État/Austérité des marchés financiers, État public/État privatisé géré pour les banques et multinationales.

Et de tous les gloseurs de promesses électorales, seul un se propose de confier le pouvoir aux citoyens s’il est élu, en organisant une Assemblée Constituante, une Sixième République citoyenne, d’économie socialiste et écologique, le tout sans que personne ne soit lésé, laissé sur le carreau. Pas même les plus hauts revenus, puisqu’ils seraient taxés à 100% à partir d’un revenu déclaré de 300 000€ par an, somme qui somme toute, permet encore de bien vivre.

Si Jean-Luc Mélenchon n’est pas élu (et il ne le sera pas), la démocratie en tant qu’idéal et régime politique sera définitivement enterrée dans les pages de l’Histoire au profit d’une dictature financière. En votant en Avril prochain pour les adoubés médiatiques F. Hollande, F. Bayrou, N. Sarkozy ou M. Le Pen, les électeurs vont une fois de plus voter un changement qui n’arrivera jamais, ils donneront leur consentement pour la survie d’une monarchie qui verrouille les possibilités pour le peuple d’avoir du pouvoir face aux gouvernants. La fonction de ces gens est de protéger les intérêts du capital financier. Uniquement. Tous, à l’unanimité, acceptent la politique de rigueur imposée par les néolibéraux de Goldman Sachs et pratiquée par l’Union Européenne, même au FN, dont la candidate proposait, grosso modo, de faire une rigueur lavée de l’immigration. Mais c’est une austérité quand-même, ou plutôt préférons le terme de politique de rigueur (ce qui ni plus ni moins qu’une récession de long terme). Les oppositions qui les fâchent, sur le travail, les cotisations ou les retraites, l’immigration, la sécurité, l’écologie sont la face visible de l’iceberg. En substance, ils ne remettent pas en cause les écarts abyssaux des salaires, ni le rôle de la BCE et des banques, ni l’illégitimité de la dette publique. J’oublie volontairement la critique économique portée par M. Le Pen, car elle a beau critiquer le capital et les lois qui lui ont conférées son pouvoir, son programme xénophobe ne fait rien de plus que de le protéger.

Admettons que François Hollande soit élu : les soixante mesures qu’il préconise au micro auront pour résultat de ne pas fâcher la finance, contrairement à ce qu’il annonce. Les écarts de salaires continueront de se creuser, et les spéculateurs continueront de faire grimper les prix. Il faut aussi s’attendre à ce qu’aucune des coupes franches de la politique néolibérale menée par le tandem sans roues Fillon-Sarkozy, ne soit remise en cause (expulsions, lois sécuritaires, traitement et recrutement des fonctionnaires, carte judiciaire, privatisation des universités, accroissement de la dette publique sans refonte de la fiscalité, etc.). Au pire, le rouage continuera tout pareil. Les mesures fiscales annoncées par le PS auront pour conséquence de taxer les revenus, certes, mais d’une manière que les travailleurs indépendants et les entreprises individuelles devront supporter aussi les coûts d’une économie de casino qu’ils n’ont pas générée. Ce n’est pas au peuple de payer la casse des spéculateurs, et même le PS ne s’insurge pas contre les mécanismes de socialisation des pertes couplée de la privatisation des profits. Enfin, les mesures proposées par Mr. Hollande n’empêcheront en rien les marchés financiers de prendre le contrôle des institutions communautaires de l’Union Européenne. Ce qui risque de se produire, c’est qu’en même temps que le PS taxera les revenus des petits patrimoines, les spéculateurs au chevet des grandes banques, continueront de faire leur commerce sur les intérêts des prêts consentis aux pays pour payer une dette publique illégitime. Et comme le parti élu renâclera à refuser les politiques de rigueurs, les déficits issus de la récession pousseront l’État à souscrire de nouveaux prêts aux banques commerciales, à taux plus élevés puisqu’une bande de gangsters auront encore changé la réputation financière des États (le fameux triple A).

2-Une bonne raison de voter Front de Gauche : mettre un coup d’arrêt au néolibéralisme.

Je ne dis pas qu’il faut voter pour J-L Mélenchon, mais bien pour l’alliance du Front de Gauche. L’homme en lui-même, peut avoir bien des défauts, on lui reproche d’être trop enragé, trop endiablé, trop sectaire ou pas assez calme ou ouvert…on s’en moque, ce n’est pas un homme qui gouverne une Nation. Ce sont en l’occurrence, cinq partis politiques qui se proposent de donner le pouvoir à tous les citoyens qui seraient intéressés pour contribuer à la gestion des affaires publiques.

En novembre 2011, trois figures de proue de la puissante banque d’investissement Goldman Sachs ont fait irruption sur les institutions : Mario Monti en Italie, Loukás Papadímos en Grèce, et Mario Draghi à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE). J’ai déjà écrit deux articles à ce sujet, je n’en ferai pas un troisième volet, mais il y a eu un Coup d’État sur l’Europe où, ces derniers mois, une dizaine de gouvernements ont été renversés sans élection, sans motion de censure ni même de mouvement social, juste sous la pression des fameux marchés financiers. Dans le même temps, les agences de notation telle Standards & Poor’s déclaraient quinze pays, sur dix-sept de la zone euro, insolvables. Alors que, raisonnablement, un État n’est pas une entreprise, une entité qui peut faire faillite ou défaut de paiement, surtout lorsque ses dettes sont constituées d’anciennes dettes privées, issues de la crise de 2008-2009.

Sauf erreur, aucun parti si ce n’est ceux du Front de Gauche, n’évoquent cette nécessité de résister, de ne pas céder à la peur et la résignation face aux financiers. Contrairement à mes habitudes de libertaire enragé, j’exhorte mes lecteurs-électeurs qui se sentent de gauche à profiter de cette élection pour cracher enfin à la face de l’Europe et du monde, qu’en France, le peuple n’est pas un troupeau de moutons résignés qui attendent que l’abattoir ne vienne les tailler en gigots pour les festins du dimanche après la messe des bourgeois.

La France arrive à une échéance qui pourrait faire basculer son destin, et incarner dans son sillage le changement à toutes les politiques de l’Union Européenne. Imaginez qu’une bande de bourgeois depuis 54 ans (1958) discutent autour d’une table pour savoir ce qui sera bon à faire dans le royaume. 54 ans, même les régimes dictatoriaux maghrébins n’ont pas duré aussi longtemps ! Imaginez que depuis 1973, ces mêmes hommes mangent à la table de ceux qui vous affament : avec les patrons des multinationales et des grandes banques, ils cèdent à leurs caprices de petits gamins moutonniers. Avec tous le fatras que leur gourmandise a généré, ces élections, répétons-le inlassablement, sont l’occasion de les jeter dehors de notre pouvoir citoyen. Si un seul gouvernement socialiste (de type PG) était porté au pouvoir au sein des pays membres de l’UE, le pari peut être fait, j’en endosse la responsabilité, que la logique et l’exemple se reproduiraient outre-Hexagone, de la même manière que la révolte tunisienne s’est étendue à toute l’Afrique du Nord, puis au Moyen-Orient en 2011. Si cette logique de résignation et d’hypnose collective perdure, tant qu’aucun gouvernement ne porte son courage à deux mains sur la table, en criant son insoumission et sa résistance sur les toits et sur l’air des lampions, nul n’est à l’abri d’un éclatement social débouchant sur la guerre, le racisme et les replis communautaristes. Or, pour une fois, les élections présidentielles pourraient empêcher cela.

La France aux yeux du monde, c’était les grèves, les conflits de classe gagnés du prolétariat, du salariat contre le patronat. C’était la république des Lumières, une terre d’accueil et les Droits de l’Homme. Ce pays, c’était les progrès du Front Populaire (1936), les innovations sociales du Conseil National de la Résistance (1944). C’est grâce à ces innombrables acquis sociaux qui ont été durement conquis, qu’un travailleur, bien qu’il soit l’esclave d’un patron, pouvait se soigner, manger, partir en vacances et payer l’éducation à ses enfants. Bizarrement, on ne fait pas de comparaison européenne sur le nombre d’avancées sociales que les voisins européens ont puisé de droite et de gauche dans ce pays.

En fait, les élites néolibérales ont toléré jusqu’aux années 1975 ce capitalisme social, porté en France par les Gaullistes et qui dura quand-même jusqu’au crépuscule des années 2000. Mais le compromis n’était point souhaitable trop longtemps, alors, médias à l’appui, il a fallu asséner au peuple, sur qui repose tous les impôts injustes, que l’État n’existait plus, et que celui-ci n’avait plus de « marges de manœuvre » face à la finance. Mais de marges, l’État en a étrangement gardées pour faire les lois sécuritaires, les lois de renflouement des banques en faillite, pour saigner à blanc le « petit » peuple et soigner ses riches. Les néolibéraux ont mis quarante ans à détruire, à l’échelle planétaire, tout ce qui faisait une civilisation progressiste. Et quasiment dix ans après le refus de Mr. Chirac, de s’engager dans une guerre inutile en Irak, il ne reste plus grand-chose, aux yeux du monde, de toutes ces valeurs d’universalisme républicain, de lutte sociale, de résistance. Nous avons une occasion en 2012 de récupérer tout cela, ne ratons pas l’heure en se trompant d’ennemis.

En France, ce n’est pas Nicolas Sarkozy l’unique responsable, comme si une fois son départ très apprécié, les choses iraient soudainement mieux. C’est que les dramatiques causes-conséquences de la globalisation commencent tout juste à se faire sentir, les institutions ayant été malgré tout protégées par le gaullisme et son capitalisme social (1). On peut d’ailleurs se souvenir à ce titre que le Parti Socialiste a toujours été plus enclin à conclure des accords de privatisation des entreprises publiques, que n’en ont fait le RPR et l’UMP du temps de Jacques Chirac. Les années 1980, sous l’ère Mitterrand, ont été marquées par le rapprochement avec M. Thatcher et R. Reagan et les premières grandes privatisations dans l’économie française. A un tel point, que, ironie amère du sort, le programme électoral de Jacques Chirac en 1995 (la fracture sociale) put paraître plus socialiste que celui du PS. En 1997, le gouvernement de Lionel Jospin était prêt à signer l’Accord Multilatéral sur l’Investissement, lequel aurait eu pour conséquences deux régressions importantes : une multinationale pouvait assigner un gouvernement en justice si l’exercice de son activité fut entravée (manifestation, grève, panne de courant, etc.) ; secondement, une même entreprise aurait pu assigner un même gouvernement en justice pour avoir pratiqué du protectionnisme ou bien une concurrence déloyale. En fait, c’était juste pour les entreprises occidentales, la porte ouverte vers l’implantation dans n’importe quel pays, sans que le gouvernement ne puisse s’y opposer, garanties contraignantes de l’OMC à l’appui. Lionel Jospin, sous la pression de la rue, revient sur la signature et l’AMI n’est jamais entré en vigueur. La politique est donc bien à l’origine de toutes les décisions en matière d’économie ou de finance publique. Cette victoire de la rue fut d’ailleurs un symbole fort lors de la création d’Attac (1998).

Bien loin de tirer dans les pattes du socialisme, mon vœu est de montrer qu’en France, avant la création du Parti de Gauche, tous les partis politiques s’agenouillent toujours au lit des marchés financiers, et donc il ne peut y avoir de clivage gauche/droite en ces conditions.

Et pourtant, les quarante millions d’inscrits (base de 2007) s’en vont aller voter par millions pour le PS, l’UMP ou le FN. Parce que les médias leurs ont dit qu’ailleurs, c’était dangereux. Dangereux pour le capital, on se comprend. Alors ils iront voter pour ceux qui vont faire sombrer la cinquième puissance mondiale dans la récession, l’obscurantisme, le chômage, la pauvreté, la misère ou la guerre. Et les électeurs abreuvés de promesses d’ivrognes s’en vont cautionner ce néolibéralisme flamboyant qui achèvera de dilapider tous nos savoirs-faires, toute l’émulation qui fait avancer une société.

A l’électeur peu convaincu qui me lit, j’aimerais lui dire en guise de paraphe, que si nous sommes dans le pétrin à cause de politiques corrompues, irresponsables et bien enracinés dans leurs dominations de classe sociale bourgeoise, c’est parce que la population les laisse faire lorsqu’elle se rend aux urnes et qu’elle se tait dans la rue ou bien à l’entreprise.

Résistons ! Et comme dit l’autre, si l’économie socialiste fâche les entreprises et les riches, qu’ils s’en aillent tous, nous avons largement de quoi nous débrouiller ici !

Samuel Moleaud, 27 Janvier 2012.

http://sam-articles.over-blog.com.

(1) Loin de faire l’éloge de la droite gaulliste, qui possède son petit lot de honte (colonialisme, mise au banc de la société de milliers d’immigrés, paupérisation des travailleurs peu qualifiés, début des délocalisations, etc.), l’on pourrait avoir de quoi regretter le temps où les hauts-fonctionnaires, toutes idéologies confondues, étaient des hommes politiques, et non des businessmen.

URL de cet article 15699 
http://www.legrandsoir.info/elections-presidentielles-de-2012-la-democratie-ou-la-dictature.html
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:48

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Les marchés financiers continuent à jouer avec le sort de l’Euro, de l’Europe et de la Grèce en pesant sur la dette publique de cette dernière. Or, la dette issue des prêts des banquiers et actionnaires privées est un instrument de contrôle adémocratique et néolibérale de l’économie des Etats et des peuples.



LA DETTE PUBLIQUE : LE POUVOIR DES FINANCIERS SUR LES ETATS

Les politiques d’austérité néolibérales favorisent les rentiers et les spéculateurs. Attac France explique que « Tout comme l’accroissement de la dette ne date pas de la crise, les politiques actuelles d’austérité et de rigueur, certes aggravées, s’inscrivent dans une certaine continuité. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner les grandes orientations de politique économique (GOPE dans la novlangue européenne) adoptées à l’échelle européenne par les gouvernements européens depuis deux décennies. La Stratégie de Lisbonne (2000-2010) adoptée à l’échelle européenne invitait les États membres, au nom de la « lutte contre l’inflation », à mettre en place une politique active de « modération salariale ». Désignées comme la principale cause de l’endettement public, les dépenses publiques devaient elles aussi être réduites. En d’autres termes, il s’agissait de « modérer » les salaires, de sabrer les budgets publics et la protection sociale. Le traité de Maastricht et le Pacte de stabilité prescrivent explicitement aux États de lutter contre l’inflation et l’endettement. De telles politiques néolibérales, entreprises depuis des décennies, ne sont pas pour autant l’apanage de l’Union européenne. Les G8 et G20, FMI, Banque mondiale, OMC ont fait de la rigueur budgétaire et du libre-échange leur fonds de commerce dans le monde. Les politiques d’austérité consistent à réduire les dépenses publiques sociales (pour garantir le remboursement prioritaire de la dette et de ses intérêts aux banques et fonds spéculatifs), à réduire les salaires ( mais pas ceux du patronat) ».Les marchés financiers sont placés aux commandes des politiques étatiques. « En interdisant à la BCE de financer les déficits publics, l’orthodoxie de la politique monétaire européenne définie dans le traité de Maastricht (1992) a conduit les États et l’UE dans la main des marchés financiers. Non seulement elle permet aux marchés financiers de prélever des intérêts importants sur les budgets publics au titre du service de la dette, mais cela a aussi laissé libre cours à la spéculation financière, et à un chantage de nature politique sur la gestion des budgets : « qui paye décide… ». C’est pour « rassurer » leurs créanciers (et conserver la note AAA attribuée par les agences de notation) que les États ont imposé l’hyper-austérité dans toute l’Europe, à commencer par la Grèce en 2010 » [1].

Une dette publique excessive est un instrument d’enrichissement des plus riches. L’accroissement de la dette est notamment lié à une baisse des recettes de l’État. Cela est notamment du aux cadeaux fiscaux faits aux entreprises et aux ménages les plus riches, depuis environ un quart de siècle (...) », poursuit l’association Attac. « Ces mesures ont mis à sec les finances publiques » [2].

« Mais ce n’est pas tout » poursuit Alain Bihr. « En ne versant pas leur dû, en travaillant à creuser ainsi la dette publique, les mêmes s’enrichissent souvent une deuxième fois. Car, en contribuant ainsi à créer un déficit public et à creuser, année après année, la dette publique, ils se mettent aussi en position de se rendre créanciers de l’Etat par l’intermédiaire des banques, des compagnies d’assurance, des fonds de placement, etc., qui centralisent leur épargne et qui la placent en titres de la dette publique. Si bien que la dette publique est ce merveilleux mécanisme qui permet de convertir des impôts qu’on ne paie pas et des cotisations sociales qu’on ne verse pas en un capital financier qui rapporte intérêt » [3]. Selon l’Insee, « ce sont ainsi 54,6 Mds Euros d’intérêts que les administrations publiques auront versés à leurs créanciers en 2008, soit en gros l’équivalent de l’impôt sur le revenu perçu cette année-là. Grâce à ce merveilleux mécanisme contre-redistributif qu’est la dette publique, l’intégralité de l’impôt sur le revenu des Français est passée dans la poche des créanciers des administrations publiques (...). Mais le creusement de la dette publique résulte aussi de l’incapacité des gouvernants à contenir les dépenses publiques (...), notamment parce qu’il serait politiquement difficile voire dangereux de déclarer par exemple que l’on va purement et simplement supprimer l’école publique et l’hôpital public pour les remplacer par des écoles et des cliniques privées ou encore que l’on va abolir l’assurance-maladie ou l’assurance vieillesse. La manœuvre consiste depuis des lustres à asphyxier financièrement les administrations publiques pour justifier d’ores et déjà la dégradation des prestations qu’elles assurent au public (moins d’instituteurs dans les classes, moins de services, de médecins et d’infirmiers ou d’infirmières dans les hôpitaux, déremboursement en rafale de médicaments, baisse programmée des pensions de retraite, etc.), jusqu’au moment où la dette publique sera telle que, sous la menace de la faillite générale de l’Etat et des organes de protection sociale, on pourra imposer les privatisations intégrales tant souhaitées. Tout en continuant à enrichir les plus riches, la dette publique sert ainsi à appauvrir progressivement les plus pauvres, ceux qui sont précisément les plus dépendants de l’accès aux équipements collectifs et services publics comme de la redistribution des revenus qui s’opère par leur biais, jusqu’à finir par les ruiner. Si l’on veut mettre fin à une pareille dérive catastrophique - car c’est là la seule et véritable catastrophe que représente la dette publique -, deux revendications et objectifs s’imposent. D’une part, la récusation pure et simple de la dette publique qui ne fera que corriger l’iniquité qui a prévalu au cours des décennies précédentes dans la répartition de la charge des dépenses publiques entre les différentes catégories de la population. D’autre part, une augmentation substantielle des prélèvements obligatoires frappant le capital ainsi que le revenu et le patrimoine des ménages riches et aisés, doublée d’une politique de remise à niveau et de développement des équipements et des services publics, le tout sous le contrôle de leurs salariés et de leurs usagers » [4].

Les objecteurs de croissance se rapprochent de l’approche des keynésiens, mais en la réorientant. Ces derniers préconisent d’utiliser le pouvoir de création monétaire public, en relançant l’économie, grâce à des emprunts publics des pouvoirs publics auprès des banques publiques. Cette dette publique ainsi créée est ensuite rapidement remboursée avec intérêt à ces mêmes banques publiques. Or ces dernières appartiennent au peuple de ce pays donc leurs bénéfices sont utilisés pour ceux-ci et non au profit des actionnaires, banquiers privés ou autres rentiers. Les décroissants reprennent cette approche, mais ils orientent les investissements financiers dans des activités de croissance sociale, sanitaire, culturelle et écologique, n’accroissant pas l’empreinte écologique par individu et ne puisant pas dans les ressources non renouvelables.

LE POUVOIR DE CREATION MONETAIRE PRIVE : LE VOL LEGAL D’UN BIEN PUBLIC

Actuellement, nous n’utilisons presque plus d’argent « fiduciaire », c’est-à-dire des billets et les pièces frappées par les Etats, mais de la monnaie scripturale matérialisée par les chèques et la monétique créée par les banques elles-mêmes. Maurice Allais, prix Nobel d’Économie, explique que « fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiements ex nihilo [(à partir de rien] (…). À chaque opération de crédit, il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme de crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture » (Maurice Allais, 1999 : 63) [5]. Ainsi, les banquiers s’enrichissent avec de l’argent qu’ils n’ont pas entièrement, mais l’emprunteur privé ou public (l’Etat), doit néanmoins rembourser. Pour être plus précis, les banques privées ne peuvent en fait créer qu’environ 8 à 9 fois plus d’argent qu’elles n’en disposent réellement. C’est-à-dire que lorsqu’une ne banque privée dispose de 1 million d’euros, elle détient le droit prêter 8,5 millions d’euros en les proposant en crédit. Maurice Allais déclare que « dans son essence la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique (…) à la création de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents »(Allais, 1999 :110). C’est pourquoi l’industriel Henri Ford déclara : « si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin ».

Si le président Pompidou n’avait pas supprimé en 1973 le droit régalien de l’Etat français d’émettre la monnaie, les contribuables français n’auraient pas à rembourser 40 à 50 milliards d’euros d’impôts chaque année et la dette publique française serait totalement remboursée depuis 2006 ! estime Holbecq. Cet argent vient donc enrichir les banquiers et autres créanciers privés, alors que si le gouvernement français était en droit d’emprunter sans intérêt via sa Banque centrale publique, la dette publique aurait disparu en 2008 (Holbecq, 2008) [6].

Magrit Kennedy a ainsi calculé que les prix payés par les consommateurs sont constitués entre 40-45 % du seul poids des intérêts. Par conséquent, le pouvoir des financiers privés ne s’exerce pas seulement par la plus value sur les salaires, mais aussi très largement sur la consommation (Kennedy, 1996) [7].

C’est pourquoi, à la suite de la déclaration de Thomas Jefferson, M. Phillip A. Benson, Président de l’association American Bankers’ Association, déclarait le 8 juin 1939, qu’ « il n’existe pas de moyens plus efficaces pour prendre le contrôle d’une nation que de diriger son système de crédit (monétaire) ». William Lyon Mackenzie King, ex-premier ministre du Canada renchérissait : « jusqu’à ce que le contrôle de l’émission de devises et de crédit soit restauré au gouvernement et reconnu comme sa responsabilité la plus flagrante et la plus sacrée, tout discours sur la souveraineté du Parlement et la démocratie est vain et futile…Une fois qu’une nation abandonne le contrôle de ses crédits, il n’importe plus qui fait ses lois…L’usure, une fois aux commandes, coule n’importe quelle nation ».

Aux Etats-Unis, ce fait se manifeste de manière relativement analogue. De 1861 à 1913, l’Etat américain disposait du contrôle de l’émission et de la circulation d’une monnaie sans intérêts. Mais le président du pays, Woodrow Wilson, signa l’acte de la Réserve fédérale du 23 décembre 1913, le transformant en loi. Ainsi, la propriété et le pouvoir de décision et la capacité de création monétaire de la réserve fédérale (la Banque centrale) passait du Congrès des Etats-Unis, composé des élus du peuple, aux plus puissantes banques privées américaines. Woodrow Wilson, président des Etats-Unis de 1913 à 1921, déclara ensuite « La croissance de notre nation, en conséquence, ainsi que toutes nos activités, sont entre les mains de quelques hommes. Nous en sommes venus à être un des gouvernements les plus mal dirigés du monde civilisé, un des plus contrôlés et dominés, non pas par la conviction et le vote de la majorité mais par l’opinion et la force d’un petit groupe d’hommes dominants » c’est-à-dire les banquiers privés. Selon Eric Samuelson, depuis novembre 1997, la Banque new-yorkaise de la Réserve fédérale détient la majorité des actions. Cette dernière est sous la propriété majoritaire de la Chase Manhattan Bank appartenant aux Rockefeller avec 32,35% des actions et de la Citibank à 20,51%. Ces deux banques privées contrôlent donc à elles seules la FED, qui est censée être un bien public aux Etats-Unis (Carmack, 2007) [8].

Contre ce type de dérive, Maurice Allais estime que « la création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire » (Allais, 1999 : 95). Selon A.-J. Holbecq : “ Toute la monnaie nécessaire au développement de l’économie doit être produite par la Banque centrale européenne (BCE) (…) et tous les intérêts de toute la monnaie créée dans le passé par les banques commerciales et par la BCE doit revenir aux États de la zone euro et donc à la population... C’est certainement plus de 350 milliards d’euros par an ” à l’échelon européen » (Holbecq, 2008).

LE POUVOIR HISTORIQUE DES BANQUES SUR L’ETAT FRANCAIS

Les banquiers financent le coup d’Etat de Napoléon en échange de la création monétaire privée. En Europe, on estime l’origine de la Banque moderne au 17e siècle avec la création des premières banques centrales. Sans doute après avoir reçu de l’argent des banquiers, Napoléon Bonaparte (1769-1821) confessait que : « lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. […] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain ».Celui-ci savait ce qu’il disait, car ce sont un ou des banquiers qui avaient financé le coup d’état de Napoléon contre l’acceptation des statuts d’une nouvelle banque qui progressivement se verraient octroyer le monopole de l’émission de la monnaie. Jean-Pierre Collot (1764-1853) est un financier et « aurait prêté 800 000 francs-or pour financer le coup d’Etat de brumaire », et il deviendra ensuite « directeur de fabrication de la Monnaie de Paris sous la Restauration  » [9].

« Fondée le 13 février 1800, quelques semaines seulement après le coup d’Etat, la Banque de France, devient une société privée par actions dirigées par des régents ». Elle reçoit alors le monopole de l’émission de la monnaie de papier en 1803 [10]. Les 200 membres de son Assemblée générale avaient ainsi le pouvoir de désigner 15 membres du Conseil de régence de la Banque de France [11].

Amchel Mayer Rothschild (1743-1812), dont la famille siégeait parmi les régents de la Banque de France et prospérait déjà depuis des dizaines d’années grâce à ses banques privées affirmait ainsi : « donnez-moi le contrôle sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois ». Thomas Jefferson, le troisième président des Etats-Unis, déclara aussi à ce propos  : “ Je crois sincèrement que des institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos privilèges que des armées institutionnelles. Déjà ils ont élevé au sommet une riche aristocratie qui a défié le Gouvernement. Le pouvoir d’émission devrait être pris aux banques et redonné au peuple à qui il appartient”  [12].

Les banquiers privés placent leurs hommes au cœur des Etats et privatisent à nouveau la création monétaire. George Pompidou, avant d’être président de la République était un banquier, de 1945 à son élection comme président de la République en 1969. Pompidou exercera des fonctions au sein du gouvernement français tout en continuant durant plusieurs périodes à travailler au service de la banque Rotschild 1954 à 1958 et de 1959 à 1962. Le 8 janvier 1959 il devient Directeur général de la Banque Rothschild. Pourtant, il sera néanmoins nommé en mars 1959 au Conseil constitutionnel où il siégera jusqu’en 1962. On observe donc à nouveau un grave manque d’indépendance entre les intérêts de l’Etat français et ceux des intérêts privés des banques. Puis la banque de France a été nationalisée en 1945 par le Général de Gaule, donc durant cette période l’Etat retrouve le contrôle sur le crédit et sur la monnaie. Mais le président Pompidou, l’homme des banquiers de l’époque, ne l’entend pas de cette oreille. L’article 25 de la loi du 3 janvier 1973, de Pompidou et Giscard d’Estaing, ’interdit au Trésor public d’être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France’. L’Etat français bascule donc à nouveau sous l’emprise financière directe des banquiers privés.

Thierry Brugvin

Sociologue

Membre du conseil scientifique d’Attac

[1] ATTAC FRANCE, L’Union européenne à genoux devant les marchés, 4 pages, mars 2011.

[2] Ibid.

[3] BIHR Alain, La novlangue néolibérale, Page deux, Lausanne, 2007.

[4] BIHR Alain, Que cache la croissance dette publique ? , CATDM, Déc. 2009

[5] ALLAIS Maurice, 1999, La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Ed. Clément Juglar.

[6] HOLBECQ André-Jacques, DERRUDER Philippe, 2008, La dette publique, une affaire rentable A qui profite le système ? Yves Michel, 157 p.

[7] KENNEDY Magrit, 1996, Libérer l’argent de l’inflation et des taux d’intérêts , Editions Vivez Soleil.

[8] CARMACK Patrick S. J. , The Money Masters : How International Bankers Gained Control of America, 2007.

[9] MONNAIE DE PARIS, Fondation Dosne-Thiers-Institut de France, juillet 2004, « Napoléon, profil de médaille…Profil de communicant », Catalogue de l’exposition, Ed. Monnaie de Paris.

[10] MARSEILLE Jacques, Novembre 2004, « Napoléon, ses batailles économiques », L’Expansion Numéro 691.

[11] WOLFF Jacques, septembre-octobre 1995, « La belle époque du capitalisme », Historia, numéro spécial n°37.

[12] JEFFERSON Thomas, ”Thomas Jefferson à John Taylor, Monticello, 28 Mai 1816”, in Ford, Paul Leicester, Les écrits de Thomas Jefferson. New York : GP Putnam’s Sons, 1892-99, 10 vols.

URL de cet article 15741 
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:41

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http://proceskhmersrouges.net/?p=1672

 

 

«Il espérait être libéré et il se retrouve condamné à perpétuité, alors forcément il avait le visage sombre.» C’est ainsi que Chum Mey, rescapé de S21, décrit Duch devant ses juges. Vêtu d’une chemise blanche et d’un blouson crème, maîtrisant sa nervosité que trahissaient quelques tics, l’accusé n’a pas cillé à l’annonce de la sentence définitive.


La perpétuité. Il n’existe pas de peine plus lourde au Cambodge. La Cour suprême a annulé la peine de 35 ans prononcée en première instance contre Duch : «La Chambre de première instance a attaché un poids excessif aux circonstances atténuantes et un poids insuffisant à la gravité des crimes et aux circonstances aggravantes.» Ampleur et durée des crimes, torture systématique, conditions de détention déplorables à S21 placent cette affaire «parmi les plus graves ayant été portées devant les juridictions internationales».


Gravité des crimes et circonstances aggravantes
Duch n’a cessé de «s’employer à améliorer l’efficacité» de S21, rappellent les magistrats. «Le fait qu’il ne se trouvait pas au sommet de la chaîne de commandement du Kampuchea démocratique ne justifie pas une peine plus légère. [...] Il n’existe aucune règle selon laquelle les peines les plus lourdes seraient infligées uniquement aux personnes les plus haut placées dans la chaîne de commandement.» La cruauté et le zèle particuliers de Duch constituent aux yeux des juges des circonstances aggravantes qui annulent toute circonstance atténuante. «La peine doit être suffisamment sévère pour prévenir la répétition de crimes similaires», déclare la Chambre qui estime que la peine la plus lourde est la seule appropriée pour répondre «à la violence imposée aux victimes, à leurs familles et à leurs proches, au peuple cambodgien et à tous les êtres humains.»


Le soulagement des parties civiles
«Usine de mort», «homicides impitoyables», «maux incurables», «les pires [crimes] de l’histoire de l’humanité», «des souffrances qui n’appartiennent pas au passé», les mots qui justifient la sentence sont choisis, ils sont forts. Les victimes et familles de victimes se sont senties écoutées. «C’est un pas énorme. Ca a été deux années d’attente, trente ans de demande de justice et à la fin les parties civiles ont eu gain de cause», s’enthousiasme Antonya Tioulong qui décrit, entre les parties civiles, un moment d’émotion partagée et un soulagement commun. «Chum Mey disait qu’enfin nous allions pouvoir aller de l’avant» rapporte-t-elle.


Chum Mey jubile
Chum Mey, le médiatique rescapé de S21, sort en jubilant. Devant une foule de journalistes, il répète qu’il est heureux, «vraiment très heureux». «J’espérais cela depuis le début. Avec la perpétuité, ce tribunal rend pleinement justice. Sans cette condamnation à perpétuité, il n’y aurait pas de réconciliation possible. Ce tribunal est un tribunal modèle pour le monde entier.» Fringuant monsieur de 81 ans, Chum Mey annonce qu’il ira jusqu’au bout du procès 002 puisqu’il a obtenu justice dans le cas 001.

 La violation des droits de l’accusé balayée

En rupture fondamentale avec la chambre de première instance, la Cour suprême n’accorde aucune mesure de réparation pour la violation des droits fondamentaux de Duch. En substance, si l’accusé a été placé en détention provisoire illégale pendant huit ans (sur ordre d’un tribunal militaire) avant d’être poursuivi par les CETC, ce n’est pas le problème des CETC. Deux juges internationaux s’inscrivent en désaccord avec cette position : la juge Klonowiecka-Milart et le juge Jayasinghe. Eux souhaitaient en compte la violation de ces droits et auraient donc commué la peine à perpétuité en 30 années de prison.


Le “mauvais calcul” de Duch
«La perpétuité, je crois que c’est certainement la sentence que le public voulait», commente Alex Hinton, un chercheur qui a assisté régulièrement aux audiences du procès Duch. «Les Cambodgiens vont être très satisfaits. Pour quelqu’un qui a est responsable du meurtre de 12 272 personnes, je crois qu’une peine à perpétuité peut être vue comme appropriée. Clairement c’était un mauvais calcul de la part de Duch de changer sa stratégie. Je crois que s’il avait continué à argumenter qu’il s’excusait et s’il n’avait pas critiqué les dépositions de parties civiles et de témoins, s’il n’avait pas été si combattif, même s’il disait “je suis désolé, je prends la responsabilité”, peut-être qu’il aurait eu plus de circonstances atténuantes et peut-être que cette Cour les aurait prises en compte.»


Critiques
Pour certains observateurs du tribunal, comme Clair Duffy d’Open Society Justice Initiative, c’est non seulement une surprise mais aussi une aberration. «On doit équilibrer avec les droits de l’accusé. Vous savez, la détention provisoire illégale, c’est une norme dans ce pays. Pour moi, cette décision est un très mauvais exemple pour développer l’Etat de droit.» Long Panhavuth, d’OSJI aussi, ajoute : «Cela signifie que parce que Duch est mauvais, on peut le maltraiter. Je crois qu’ils ont cherché à calmer la demande du public. Duch n’est qu’un bouc-émissaire.» Un Cambodgien qui a vécu le régime khmer rouge interpelle : «Duch a passé huit ans en détention illégale ? On pourrait considérer que c’est pour ses crimes commis à M13 lesquels n’ont pas été jugés…»


Eviter que Duch devienne un bouc-émissaire
Pour éviter que Duch ne finisse bouc-émissaire, nombreux sont ceux qui suggèrent d’accélérer le procès 002, dans lequel les accusés sont beaucoup plus âgés (entre 80 et 86 ans) et qui jusqu’ici s’avère poussif. «Maintenant il faut poursuivre sans tarder le procès contre les autres criminels», commente Ong Thong Hœung, auteur du livre J’ai cru aux Khmers rouges.
Le réalisateur Rithy Panh rappelle que «Stéphane Hessel avait recommandé à Duch d’assumer sa sentence avec courage, Duch a choisi la rupture.» Les choix de Duch ne doivent pas être oubliés. Puis il ajoute : «Duch serait un bouc émissaire s’il était le seul condamné. Mais ce procès n’est qu’une étape. Cruciale. C’est la première fois que le bourreau est condamné et les victimes reconnues. Laissons le tribunal travailler sur les cas suivants pour que Duch ne soit pas le seul à porter la responsabilité du génocide des Khmers rouges.»


Dans 7 ans, il pourrait demander à sortir
Dans l’énoncé du jugement final, deux paragraphes sont consacrés à la durée d’emprisonnement déjà effectuée par Duch, soit 12 ans et 269 jours. On se demande bien à quoi cela sert de le noter puisqu’il est condamné à la perpétuité. C’est Silke Studzinsky, avocate des parties civiles, qui note en sortant de l’audience qu’au Cambodge, un accusé condamné à la perpétuité peut demander sa libération au bout de vingt ans. L’avocate fait vite le calcul. Cela signifie que Duch pourra soumettre une demande dans un peu plus de sept années. Pour Silke Studzinsky, ce n’est pas une bonne nouvelle. Cela dit, une demande n’aboutit pas nécessairement à une approbation, d’autant plus qu’après la médiatisation du procès et du verdict (il était retransmis sur chaines de radio et de télévision en direct), il sera difficile au gouvernement cambodgien de justifier une libération de Duch.


Pas de réparations symboliques et morales
En dehors de la peine, les parties civiles attendaient de savoir ce qu’il en serait des réparations symboliques et morales. Le résultat est simple: rien de plus qu’en première instance. Concrètement cela veut dire que les parties civiles verront leur nom inscrit dans le jugement et qu’une compilation des excuses et des déclarations de Duch reconnaissant sa culpabilité sera diffusée. Point. La Cour suprême adopte ainsi une définition extrêmement restrictive et peu courageuse. «La Chambre conclut qu’un certain nombre de demandes sont vouées à être rejetées parce qu’y faire droit reviendrait à prononcer une décision contre l’Etat cambodgien.» Inutile d’espérer des unités de soins, une journée nationale du souvenir, ou même l’attribution de noms de victimes à des bâtiments publics.


10 parties civiles reconnues
Enfin, autre élément clé de ce jugement final : 10 parties civiles sur 22 ont été reconnues. Le cas de Ly Hor, premier cité sur la liste, laisse perplexe tant son témoignage au cours du procès de Duch fut peu crédible. Cette reconnaissance détermine qu’au final le procès contre Duch compte 78 parties civiles. Au début, elles étaient 94, quatre d’entre elles se sont retirées en cours de procès et sur l’ensemble des dossiers contestés 12 n’ont pas obtenu la reconnaissance des juges. Morn Sophea attendait cette décision avec angoisse. Le voilà heureux. Pour cet homme de 46 ans rencontré à Tuol Sleng la veille du verdict, ce jour sera désormais marqué d’une pierre puisqu’en étant reconnu comme partie civile, le tribunal reconnaît officiellement que sa mère et ses deux frères furent victimes de S21. 
Un autre heureux fut Chum Sirath. Il déclarait à la veille du verdict : « Je veux que ma belle-sœur et son enfant soient reconnus comme victimes». Le 3 février 2012 ses vœux sont exaucés. Les noms de Kem Sovannary et de son enfant seront intégrés à la liste des victimes sur le jugement.


Le gouvernement cambodgien marque son soutien au tribunal
En ces temps de rapports houleux entre le gouvernement cambodgien et les Nations unies qui défendent la nomination d’un juge d’instruction prêt à poursuivre d’autres accusés, en ces temps difficiles pour le personnel cambodgien (le personnel juridique n’est pas payé depuis octobre et les autres depuis janvier faute d’argent), la présence au verdict de députés, de sénateurs et du vice Premier ministre Sok An est un signal fort de soutien aux CETC. Sok An, dans un communiqué de presse, évoque « une journée historique pour le pays et pour l’humanité », salue « un nouveau type de cour établi dans les annales de la justice internationale » et « un procès équitable », il rappelle la fréquentation record des audiences, la participation des victimes en qualité de parties civiles…

Les donateurs ne financeront pas éternellement un tribunal qui a déjà coûté 141 millions de dollars, mais ils entendront peut-être la portée de la sentence et la volonté cambodgienne de mener le procès 002 à son terme.  
Pour le Cambodge, ce verdict, malgré les critiques dont il peut faire l’objet, améliore son image sur la scène internationale. En effet, le premier procès d’un ancien haut responsable khmer rouge arrive à son terme alors qu’il y a dix ans, peu de gens y croyaient. Les crimes sont jugés dans le pays où ils ont été commis. C’est un succès pour le pays qui a pris la présidence de l’Asean il y a deux mois.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:26

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Devant l'augmentation constante des actes anti-musulmans, les pouvoirs médiatiques et politiques font preuve d'un étonnant mutisme…

 

L’islamophobie, ce ne sont pas seulement des mots.

Ce n’est pas seulement « la stigmatisation, généralement globale, des musulmans » par des considérations où peut certaines fois se dissimuler,  derrière le large paravent du franc-parler, « une simple remise au goût du jour du vieux racisme qui prend acte de ce que, depuis bientôt trente ans, la composante religieuse semble primer dans l’affirmation identitaire des “arabo-musulmans“ tout en relayant l’idéologie du choc des civilisations et de leur incompatibilité » (1).

 

Ce n’est pas seulement la crâne proclamation, par un éditorialiste réputé, qu’il se sent « un peu islamophobe », et que ça ne le « gêne pas de le dire », et qu’il a « bien le droit », n’est-ce pas (personne, de fait, ne le lui conteste), « de penser que l’islam apporte une certaine débilité qui, en effet », le « rend islamophobe ».

Ce n’est pas seulement la non moins hardie prédiction, par l’un de ses non moins renommés pairs, qu’à trop se laisser « changer », la France comptera bientôt « deux minarets » pour une église.

 

Ce n’est pas seulement l’énoncé, comme d’une évidence, par un ministre d’État qui semble avoir pris le pli de piocher des bouts de sa dialectique dans le même sac où l’extrême droite serre sa propagande - et qui mettra un peu de temps à réajuster, à la baisse, cette extravagante statistique –, qu’« il y a » aujourd’hui « entre 5 et 10 millions » de « musulmans en France », et que cet « accroissement du nombre » des mahométans « pose problème » (2).

Ce n’est pas seulement l’affirmation surenchérie, par un philosophe de médias pleinement inscrit dans son époque – Michel Onfray, pour ne pas le nommer -, que : « C’est l’islam qui est un problème. »

 

Des paroles et des actes

 

L’islamophobie, ce sont aussi des actes, où il est difficile de ne pas voir un peu l’effet de cette libération, dans l’espace public, d’une désobligeante logorrhée.

Ce sont des agressions et des provocations, toujours plus nombreuses – mais dont personne ou presque ne parle, et qui se perpètrent donc sous la protection d’un grand silence.

Le 11 septembre 2011, par exemple, de courageux internautes anonymes ont appelé, sur Facebook, à « égorger » deux mois plus tard, pour l’Aïd el-Kebir, « les musulmans plutôt que des moutons »

Le 18 septembre, trente tombes musulmanes du cimetière Saint-Michel de Carcassonne (Aude) ont été recouvertes d’inscriptions racistes et nazies.

Dans la nuit du 18 au 19 novembre, des graffitis de même nature ont été tracés sur les murs de la mosquée de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), où les profanateurs ont aussi tenté de mettre le feu : le Conseil français du culte musulman (CFCM) a relevé, dans un communiqué, que cette violation était la quatrième du genre « en l’espace de deux semaines », après celles qui avaient visé les mosquées de Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne) le 5 novembre, de Saint-amand-les-Eaux (Nord) le 6, et de Montbéliard (Doubs) le 10, et demandé, « compte tenu de la forte augmentation des actes antimusulmans », la « mise en place d’une mission d’information parlementaire sur ce fléau » - mais c’était prêcher dans le désert, et le gardien du cimetière Saint-Michel de Carcassonne a découvert, le 27 décembre, que vingt-neuf tombes musulmanes avaient de nouveau été souillées, comme trois mois plus tôt, d’inscriptions racistes et nazies.

 

Croix gammées et couennes de porc pour profaner les tombes

 

 

Et ainsi de suite, ad nauseam, d’une année l’autre : le 17 janvier dernier, une croix gammée d’un mètre de haut a été peinte en rouge sur un mur de la future mosquée de Montigny-en-Ostrevent (Nord), en même temps que des slogans nazis. Puis, trois jours après, deux têtes de cochons ont été retrouvées sur le chantier de la nouvelle mosquée de Nanterre (Hauts-de-Seine) : cette courte liste, on le devine, est loin d’être exhaustive.

 

 

S’en émeut-on ? Le dit-on même ? Fort peu : la presse nationale, où « l’insécurité » peut d’autre fois donner le motif d’assez longs développements, semble avoir de la difficulté à correctement restituer, dans leur continuité, ces incessantes exactions – cependant que leur sanction ne paraît pas forcément être dans les priorités de l’heure.

Ce double constat n’est pas nouveau : en 2010, déjà – pour n’envisager que cette année-là -, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) relevait « sans grande surprise », dans son rapport annuel, que « les actes islamophobes » n’avaient « plus guère de place », alors que leur nombre explosait, « parmi les priorités publiques » - et concluait que leurs victimes étaient « peu reconnues », et « les tribunaux peu saisis ».

 

Il arrive cependant que les auteurs de ces vaillantises soient identifiés, et jugés : cela permet d’appréhender leur motivations – telles, du moins, qu’ils les exposent -, et de vérifier, le cas échéant, qu’on y peut retrouver quelques éléments de langage de l’islamophobie parlée de certains forgerons de l’opinion.

Confondu par son ADN, un ancien sergent-chef d’un régiment de parachustistes d’infanterie de marine qui avait profané au mois de janvier 2011 trois tombes du carré musulman du cimetière de Castres (Tarn) – en y jetant des couennes de porc – a ainsi expliqué, dans un premier temps (et avant de se rendre à plus de contrition), qu’il avait souhaité, par ce geste, réagir contre une « invasion arabo-musulmane » dont il tenait pour coresponsables « les islamo-gauchistes qui nous gouvernent »(3).

 

«Les incendiaires qui poussent avec les mots, et ceux qui les appliquent»

 

 

Ces considérations n’étaient pas, dans la période actuelle, complètement inédites – et le vice-procureur de Castres qui a requis contre l’ex-para quatre mois de prison avec sursis y a entendu comme l’écho d’autres déclamations : « Ce que nous avons à juger, c’est le résultat d’un vent mauvais qui souffle sur notre pays depuis de nombreuses années, et dont je crois pouvoir dire que les plus hautes autorités de l’État n’y sont pas étrangères et alimentent ce climat, même si elles ne sont pas les seules – il y a les incendiaires qui poussent avec les mots, et ceux qui les appliquent », a-t-il expliqué (4).

 

Des propos qui sentent l'égoût

 

D'autres que lui semblent n'être pas d'un avis très différent : c’est le cas, notamment, d’Abdallah Zekri, qui préside au CFCM l’Observatoire national de l’islamophobie (où arrivent quotidiennement des lettres d’insultes - incroyablement ordurières, voir ci dessous – et de menaces, anonymes, évidemment), et qui estime, quant à lui, qu’« il n’est pas étonnant » qu’à force d’entendre des hommes politiques « tenir des propos qui sentent l’égoût, certains se sentent en quelque sorte encouragés à passer à l’acte – peut-être même se disent-ils que s’ils se font prendre, la justice, par les temps qui courent, se montrera de toute façon clémente ».

 

 

 

 

 

Sarko renvoie la balle à Guéant

 

Le 5 décembre dernier, cet attentif observateur de la constante augmentation « des attitudes, des comportements, des discours et des actes islamophobes » a demandé (5), par écrit, à être reçu avec une délégation du CFCM par le président de la République, à la fin de l’entretenir de cette envenimation : ils souhaitaient lui dire, de vive voix, leur inquiétude et leur préoccupation, « à l’approche des présidentielles », devant la montée de ce qu’ils appellent « une véritable “guerre des mots“, accompagnée d’agressions verbales ou physiques » contre les musulmans de France et leurs lieux de culte.

« À l’heure où une grave crise économique et sociale frappe durement notre pays, il est temps de dénoncer les discours réducteurs de certains “terroristes intellectuels“ qui ne font qu’attiser et conceptualiser politiquement la soif de haine et de xénophobie contre tout ce qui s’apparente à l’islam », écrivait notamment Abdallah Zekri dans sa lettre au chef de l’État.

 

Le 10 janvier, il a reçu une réponse du chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui lui assure que ce dernier « demeure totalement à l’écoute à l’écoute des inquiétudes et des attentes exprimées par les membres de la communauté musulmane de France » - mais que « ses nombreux engagements ne lui permettent pas » de recevoir une délégation du CFCM.

 

Toutefois – lot de consolation-, le courrier d’Abdallah Zekri a été signalé au « ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des collectivités territoriales et de l’immigration » (qui le tiendra « directement informé de la suite réservée »  à son « intervention ») : à Claude Guéant, donc  - le même, qui trouve problématique l’ « augmentation du nombre des musulmans »… 

…Mais qui ne goûte guère que d’aucuns le soupçonnent de ne pas les « aimer ».

 

(1) Henri Goldman, Le rejet français de l’islam. Une souffrance républicaine, PUF, 2012.

 

(2) Mais qui se défend de « ne pas aimer les musulmans ».

 

 (3) Libération, 8 décembre 2011.

 

(4) Cette déclaration a fait sortir de ses gonds Bernard Carayon, député UMP du Tarn, qui a considéré que « ces propos » établissant « un lien entre » un « acte inqualifiable et la politique engagée par le chef de l’État » étaient « indignes d’un magistrat » et « profondément antirépublicains », puis qu’ils appelaient « une réponse judiciaire ou administrative appropriée ». En clair, l’ombrageux élu a demandé que soit promptement châtié l’impudent juge, et semble avoir été (remarquablement) vite entendu, puisque le vice-procureur de Castres vient d’être convoqué à Paris par l’Inspection générale des services judiciaires – au grand dam du Syndicat de la magistrature, qui rappelle dans un communiqué que, «n’en déplaise à Monsieur Carayon, les magistrats ne sont pas les fantassins de l’État-UMP ».

 

(5)Le CFCM a signé avec le ministère de l’Intérieur, au mois de juin 2010, une convention-cadre« pour la mise en œuvre d’un suivi statistique et opérationnel des actes hostiles aux musulmans de France », en vue de « mieux adapter le dispositif de prévention et de répression de ces faits de violence et de délinquance » - qui n’ont cessé, depuis, de se multiplier.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:24
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Pierre, pâtissier, 25 ans. Photo Laurent Hazgui/Fedephoto
 
un retour tonitruant sur la scène publique. Du Printemps arabe aux Indignés, un peuple mondial a surgi devant des situations vécues comme insupportables. L’analyse de l’historien des idées François Cusset.

Regards.fr : Quelle vision du peuple se fait jour dans les politiques menées en Europe et aux États-Unis ?

François Cusset : Le peuple est devenu une variable d’ajustement, un opérateur dans des équations comptables, c’est ce qui n’existe pas, ce dont on se méfie, ce qui a toujours tort. Cet automne, dans trois ou quatre endroits du monde, les élites technocratiques ont pointé simultanément leur regard vers le peuple comme la cause de tous les maux. Ce fut le cas en Grèce, à l’occasion du référendum que Papandreou voulait organiser. Jamais depuis la Deuxième Guerre mondiale l’idée de demander son avis au peuple n’a suscité une telle levée de boucliers, une telle unanimité contre la sauvagerie, la barbarie, l’ignorance. Comme s’il s’agissait de laisser un continent entier, noble et civilisé, à une horde de gens désargentés, flemmards… En même temps, les élections de l’Assemblée constituante en Tunisie se sont soldées par une victoire des islamistes modérés qui ont obtenu une majorité relative et par des remarques des éditorialistes du type : « C’est sympathique la démocratie, mais si on laisse les peuples arabes décider, ils élisent la charia. » À cette époque, le mouvement Occupy Wall Street aux États-Unis, qui avait un gros capital de sympathie dans l’opinion, connaissait un début d’enlisement. Il commençait à être critiqué pour des faits-divers mis en avant par les médias et les politiques. Dans les centres-villes, des gangs venaient détrousser les campeurs. Il y a aussi eu un suicidé dont on a retrouvé le cadavre dans sa tente quatre jours après. Quand le peuple campe, il est putrescent et pouilleux, quand il vote, c’est pour élire des islamistes et quand il décide, c’est pour aller contre les intérêts de l’Europe.

Regards.fr : Du printemps arabe aux Indignés, l’année 2011 a été marquée par la constitution d’une force populaire nouvelle. Cela constitue-t-il un tournant ?

François Cusset : Nous avons connu le surgissement presque mécanique d’un peuple mondial, comme conséquence logique de trois crises systémiques majeures. Une crise financière d’une ampleur sans précédent depuis les années 1930, une crise politique liée à une délégitimation des régimes démocratiques libéraux d’une part, et aux soulèvements contre les dictatures d’autre part, et enfin une crise écologique inédite depuis Tchernobyl, avec la marée noire en Louisiane et Fukushima au Japon. Un autre déclic est à l’origine de ce processus d’émergence d’un peuple en lutte : 2011 est l’année où l’État est nu. Menteur éhonté au Japon, dictature sanglante dans les pays arabes, son rôle de « fondé de pouvoir du capital » est désormais transparent dans les démocraties néolibérales. L’État représentait jusqu’alors un horizon lointain qui bordait le désastre et empêchait les peuples de bouger. Quand l’incrédulité prend le dessus, face à l’évidence, des soulèvements se déclenchent. Mais si nous avons vécu un tournant, c’est surtout lié aux modes opératoires employés par ces mouvements plutôt qu’à leur ampleur. Ils font table rase de la politique organisée, refusent les échéances et les hiérarchies, s’installent dans le temps long, contestent la double injonction du pouvoir parfaitement relayée par les médias : pour exister, il faut un programme constructif et un représentant. Les « Occupy Wall Street » refusent de mettre en avant la moindre revendication précise et quand ils ont vraiment besoin d’un chef pour que le maire accepte de les aider, ils élisent un chien, comme cela s’est fait à Denver.

Regards.fr : Existe-t-il un lien de nature entre les soulèvements du Printemps arabe et les Indignés ?

François Cusset : Un soulèvement contre l’inégalité sociale ou la spéculation financière n’est pas le renversement d’une dictature. Toutefois ce lien existe, les acteurs le font d’eux-mêmes. Si 2011 est une année exceptionnelle, c’est en raison d’une convergence des luttes inédite depuis 1968, du temps du Printemps de Prague, de la Révolution culturelle, des mouvements étudiants. Mais l’articulation est aussi structurelle. Occupy Wall Street a réuni, pendant plusieurs mois, des dizaines de milliers de personnes dans toutes les villes moyennes et grandes américaines. Les campements étaient équipés d’un centre de communication avec écran géant qui les reliait par Skype, en continu, avec la place Tahrir, le Chiapas, le Chili, la Puerta del Sol… Cette mondialité effective n’est plus du tout celle de Porto Alegre, ponctuelle, symbolique et bien-pensante. La référence aux mouvements arabes pour se mobiliser contre un système économique prouve que le seuil du supportable a été franchi chez « nous », en termes socio-économiques et même existentiels, de même qu’il a été franchi dans les pays arabes en termes politiques. Donc la différence de nature que le pouvoir nous imposait entre démocratie et dictature ne tient plus. Les articulations, convergences, échos réciproques entre soulèvement de la rue arabe contre des dictatures militaires et de la rue occidentale contre un pouvoir démocratiquement élu à la solde de la finance, ont mis à bas un discours qui dominait idéologiquement depuis la Deuxième Guerre mondiale et la chute des régimes communistes. La différence n’est plus de nature, mais de degré.

Regards.fr : Ce surgissement du peuple intervient alors même que le mot avait disparu…

François Cusset : La déconnexion sans précédent entre la politique, structure bureaucratique au service du pouvoir économique, et le peuple, multitude non organisée, anomique, éclatée, remonte à loin. Jacques Rancière pointe souvent la perte du mot. À quel moment a-t-il disparu ? Au milieu du xxe siècle, le marxisme orthodoxe dominant a substitué au mot « peuple » d’autres vocables comme les « masses », la « classe ouvrière », le « prolétariat ». Autant d’objets politiques constitués d’en haut. La crise interne du marxisme liée à 1968 a ouvert une période courte où l’on a vu le surgissement d’un peuple-sujet, un collectif en train de se constituer, très hétérogène mais avec pour sentiment commun celui de la plèbe, une plèbe revendiquée, comme dans la formule de Hegel : « Il y a de la plèbe dans toutes les classes. » Dans chaque groupe social, il y a de l’inintégrable, de l’inassimilable, qui n’entre ni dans les logiques de classes ni dans les catégories politiques du marxisme. Cela n’a plus de sens de limiter le peuple à une définition socioéconomique, le déclassement étant le phénomène majeur du Premier monde depuis les trente dernières années. À part l’élite de l’élite, la bourgeoisie d’un jour est toujours menacée de ne plus en être le lendemain. Dans la foulée de 1968, un espace d’invention s’est ouvert, dans les marges, qui a fait exploser le concept de prolétariat, pour lui substituer un sujet irréductible aux identifications politiques prédéfinies. Mais dès la fin des années 1970, avec le tournant néolibéral à l’échelle mondiale et l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en France, la gauche perd le peuple, le signifiant comme le référent, laissé aux forces réactionnaires. À la fin des années 1990, on se met à employer d’autres termes : c’est la grande vogue de la notion de « multitude » et le retour du terme « prolétariat » pour désigner des situations sans rapport, le surdiplômé sans emploi ou le subalterne du tiers-monde. On était depuis lors dans un flou définitionnel, jusqu’à cette année 2011.

Regards.fr : Les mouvements récents redessinent un peuple mondial. A-t-il encore besoin du cadre national ?

François Cusset : Au XIXe siècle, la constitution du peuple comme concept et sujet politique s’est faite en parallèle avec la construction des États-nations européens modernes. Ce cadre est aujourd’hui en partie obsolète du fait de la mondialisation économique et des solidarités transversales, auxquelles s’ajoutent les liens rendus possibles par Facebook et les nouveaux outils de communication. Les Indignés se sentent aussi proches de la rue arabe en lutte, des chômeurs de Madrid ou même des grévistes de Corée du Sud que de leurs compatriotes au travail. Il y a parmi eux des activistes dont c’est le mode de pensée depuis longtemps, mais pas seulement. Il faut noter la communauté de stratégies et d’action spontanée entre les Indignés d’Europe du sud, les campeurs de New York ou de la cathédrale de Londres, les grévistes plus ou moins invisibles en Chine ou en Corée et la rue arabe dont le soulèvement a débuté par des manifestations de surdiplômés sans emploi…

Regards.fr : Quel est le lien qui les unit ? La précarité ?

François Cusset : On retrouve dans les campements d’Occupy toutes les minorités côte à côte, aucune ne mettant en avant son agenda prioritaire, des Noirs aux féministes, prêts ensemble à porter des questions communes. Un commun en négatif, lié en effet à l’extrême précarité qui rapproche toutes les conditions, minoritaires et majoritaires, et efface les barrières culturelles et identitaires artificiellement placées entre les groupes sociaux. Cette précarité doit être comprise dans un sens socio-économique, mais aussi existentiel, voire esthétique. Les gens sont seuls, n’ont plus aucun cadre collectif d’existence. Comme en un dernier moment de lucidité avant la fin, ils comprennent qu’ils ne se sortiront qu’ensemble d’une situation aussi désespérée. Le mouvement comporte aussi une dimension esthétique, une réaction à la laideur de lieux de vie désaffectés, quittés pour la Puerta del Sol ou Wall street.

Regards.fr : Pourquoi le mouvement est-il resté marginal en France ?

François Cusset : Une année électorale est toujours mauvaise pour les mobilisations. La France conserve par ailleurs un filet de protection sociale qui, même déchiré, reste un peu plus serré que dans d’autres pays. Une autre cause est peut-être la mainmise des grandes organisations syndicales et politiques, peu favorables à un soulèvement aléatoire et chaotique. Enfin, les Indignés français ont choisi le quartier de La Défense, un bon choix symbolique mais un très mauvais choix stratégique car c’est un lieu de passage, de flux, sans résident…

Regards.fr : Les indignés ne défilent pas, ils occupent l’espace. Cette immobilité est-elle une force ?

François Cusset : Leur force de résistance, leur puissance d’agir, c’est de ne pas bouger. C’est le paradoxe poétique d’un « mouvement immobile ». C’est le geste le plus radical, le plus insoumis qu’on puisse opposer à un néolibéralisme qui accapare depuis trente ans le discours du changement. La seule résistance viable est celle de l’inertie et du refus, la force de l’animal de trait, revêche, qui refuse l’adaptation, la flexibilité, le nomadisme, la réforme… Les Indignés possèdent le même rapport à l’espace que les émeutes urbaines qui s’inscrivent au sein même des ghettos et des banlieues. C’est l’inverse de la manif’ République- Bastille à heure fixe ou des soulèvements ponctuels comme les contre-sommets altermondialistes des années 1990. La force des sans-forces est le pouvoir du temps, et l’inertie sur place.

Regards.fr : Que peut-on attendre de 2012 ?

François Cusset : Le "peuple" qui surgit dans de telles circonstances peut prendre la forme d’Occupy Wall Street ou de la place Tahrir, mais il peut aussi se retrouver dans les 20 à 30 % de potentiel électoral pour l’extrême droite à travers l’Europe des 27. Nul ne sait si ce refus transversal et radical va déboucher sur la constitution d’un peuple organisé, autour de formes politiques nouvelles et pérennes, s’il va s’effilocher ou se généraliser, ou si à la première aggravation de la crise, il sera récupéré par les populismes de droite. On est dans une phase d’esquisse, intuitive et spontanée. Ce peuple sans direction politique peut déboucher aujourd’hui sur le meilleur comme sur le pire.

 

http://www.regards.fr/idees/francois-cusset-un-peuple-mondial

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:16

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http://www.bastamag.net/article2045.html

Des super lapins produisant des médicaments, des cochons « Enviropig » génétiquement modifiés pour moins polluer, des saumons « Frankenfish » qui grandissent deux fois plus vite, des vaches hypermusclées, ou des chèvres dont le lait fabrique de la soie... Des États-Unis à la Chine, les chercheurs s’en donnent à cœur joie pour greffer des gènes et croiser des espèces. Et attendent avec impatience les autorisations de mise sur le marché. Basta ! a enquêté.

Un croisement génétique entre cochon et souris, avec un gène supplémentaire de la bactérie E.coli. Cela vous ouvre l’appétit ? Ce porc transgénique a été créé par des chercheurs de l’université de Guelph au Canada. Baptisé « Enviropig », il rejette 30 à 70 % moins de phosphore dans ses excréments : la modification génétique lui permet de mieux digérer le phosphore du maïs ou du soja dont il se nourrit. Cette modification chromosomique se transmet de manière stable sur huit générations de porcs, affirment les chercheurs. L’élevage à des fins de recherche a déjà été approuvé. Le ministère de la Santé canadien évalue en ce moment l’innocuité d’Enviropig pour autoriser sa vente dans les rayons des supermarchés. Ce porc génétiquement modifié et présenté comme « écolo » pourrait donc arriver un jour dans nos assiettes.

Ce projet a été développé grâce à des fonds gouvernementaux et à un investissement de l’association des producteurs de porcs, Ontario Pork, propriétaire de la marque commerciale Enviropig™. Problème : le ministère de la Santé « n’effectue pas lui-même des tests d’innocuité sur les aliments transgéniques [et] se fie aux données soumises par le promoteur », proteste le Réseau canadien d’action sur les biotechnologies (RCAB). Considérés comme « renseignements commerciaux confidentiels », les données ne sont pas diffusées aux chercheurs indépendants. Difficile donc d’évaluer les réels risques sanitaires ou environnementaux. Quant à la possibilité de dissémination incontrôlée, le risque zéro n’existe pas. Pour preuve, en 2002, 11 porcelets génétiquement modifiés de l’université ont été accidentellement transformés en nourriture pour volaille, contaminant 675 tonnes d’aliments, dénonce le RCAB.

Le saumon qui grossit deux fois plus vite

La production d’animaux génétiquement modifiés n’est pas récente. Elle date du début des années 1980, avant même les plantes OGM. Mais aujourd’hui, pour la première fois, des animaux porteurs de gènes étrangers à leur espèce pourraient être destinés à l’alimentation humaine. En cas d’autorisation, Enviropig ouvrira la porte à de nombreux autres spécimens d’animaux. Autre projet en attente d’autorisation : AquAdvantage, le saumon transgénique américain. Créé par AquaBounty Technologies, une entreprise de biotechnologies installée au Massachusetts (États-Unis), ce poisson génétiquement modifié est obtenu par l’addition d’un gène d’un autre saumon [1], et d’un gène d’anguille, agissant sur la croissance. Baptisé par ses détracteurs le « Frankenfish », il a la particularité de grossir deux fois plus vite que son homologue non modifié.

Objectif affiché : réduire la pression sur les écosystèmes marins. AquAdvantage est une « alternative soutenable au saumon d’élevage », affirme l’entreprise. La Food and Drug Administration (FDA) (l’agence de l’alimentation états-unienne) demande que ces saumons soient élevés dans des bassins sur terre, et non dans des cages en mer, pour réduire les risques de dissémination et de croisement avec des espèces sauvages. Et donc à proximité des consommateurs, « ce qui réduit l’impact environnemental associé au fret », plaide AquaBounty. Pourtant les œufs du saumon sont actuellement produits à l’Île-du-Prince-Édouard, au Canada, et seraient expédiés au Panama pour l’élevage en cas de production de masse… AquaBounty ne produit que des saumons femelles, stérilisées. Mais la stérilisation n’est efficace qu’à 99,8 %, admet l’entreprise.

Un poisson « sans danger », selon les autorités sanitaires

Au Canada, l’étiquetage des OGM n’est pas obligatoire. « Il sera impossible pour les consommateurs de savoir si leur saumon est OGM ou pas. Tout le secteur des producteurs de saumons risquent de souffrir des craintes des consommateurs et du manque de transparence », met en garde Éric Darier, directeur de Greenpeace Québec. AquaBounty a déposé une demande d’autorisation auprès de la FDA pour commercialiser son produit. En septembre 2010, celle-ci a estimé que ce saumon était « sans danger » pour l’homme et pour l’environnement. Mais elle a également demandé des données complémentaires : les études fournies par l’entreprise concernaient un saumon élevé au Canada, et non au Panama.

En 2011, des parlementaires se sont démenés pour bloquer toute approbation [2]. En juin, la Chambre des représentants a interdit à la FDA de dépenser des fonds en 2012 pour l’approbation de ce saumon. Mais en septembre, le Département de l’agriculture des États-Unis a accordé une aide de 494 000 dollars à AquaBounty pour poursuivre ses recherches. Objectif : rendre son saumon transgénique complètement stérile, pour contrer les arguments sur les risques de dissémination. La bataille est loin d’être terminée.

Un poulet génétiquement résistant à la grippe aviaire

Et en France ? « Tout a été arrêté. On peut faire des "modèles animaux" pour la recherche fondamentale ou pour des applications médicales, ce n’est pas contesté. Mais pour les usages alimentaires, il n’y pas plus de projets de transgenèse, affirme Louis-Marie Houdebine, ex-directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Les techniques se sont pourtant améliorées, ce serait aujourd’hui beaucoup plus simple à mettre en œuvre. » Les plantes génétiquement modifiées « ne sont que la partie émergée de l’iceberg »écrivait-il pourtant en 2007. « Il existe en effet au moins autant d’animaux que de plantes qui sont génétiquement modifiés. » Mais les contraintes sont importantes : « Il y a une surenchère dans l’autocensure au sein de l’Inra, notamment du fait de la pression des arracheurs d’OGM », déplore ce fervent partisan des organismes génétiquement modifiés.

 

Le chercheur vante pourtant les miracles de la « transgenèse animale ». Aux éleveurs bretons, il annonce dans une conférence fin 2011 la production prochaine en France du porc transgénique. Terminé les algues vertes ! Demain, il ne sera plus nécessaire de réduire le nombre de porcheries industrielles, le porc génétiquement écolo résoudra les problèmes de pollution ! « Les Britanniques ont créé des poulets transgéniques résistants à la grippe aviaire, et à toutes les bactéries de H5N1 », s’enthousiasme-t-il.

Cette volaille est produite par des chercheurs des universités de Cambridge et d’Edimbourg, qui espèrent élargir prochainement leurs résultats à la production de poulets transgéniques résistants à de nombreuses maladies. Manger ces poulets présentera-t-il un risque ? « Il n’y a aucune raison de penser que ces poules pourraient être dangereuses d’une quelconque façon. La nature de la modification génétique est telle qu’il est extrêmement improbable que cela puisse avoir des effets négatifs sur les personnes consommant les poulets ou les œufs », affirme le site de l’université. En attendant la (prochaine ?) confirmation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

« Quand les gens sont malades, ils sont presque prêts à accepter n’importe quoi »

Le seul risque sanitaire des animaux transgéniques serait la diffusion d’allergènes, expliquent les chercheurs. « Mais j’imagine qu’on a dû donner à manger ces animaux ou des souris transgéniques à des rats, pendant trois mois », explique Louis-Marie Houdebine, qui est également membre du comité d’experts sur les biotechnologies, au sein de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui évalue les aliments contenant des OGM. « C’est un excellent moyen d’alerte pour percevoir d’éventuels problèmes, estime le chercheur, identique à ceux mis en place pour l’évaluation des médicaments. »Quant à la dissémination incontrôlée, elle n’est à craindre que pour les animaux« qui nagent ou volent : un porc qui s’échappe, cela n’arrive pas tous les jours ! Il suffit d’ajouter un grillage autour des porcheries. » Certes...

 

Les projets en cours ? Des vaches transgéniques au développement musculaire augmenté, des porcs GM dont le lait est enrichi en protéines nutritives pour élever un plus grand nombre de porcelets. Une chèvre avec un gène d’araignée produisant une protéine de soie ultra-solide dans son lait, qui sert à la fabrication de gilets pare-balles. Ou, un peu moins encombrant, le ver au gène d’araignée... La transgenèse animale est aussi utilisée par l’industrie pharmaceutique. « Dans le domaine médical, l’opposition à la transgenèse animale sera nulle. Quand les gens sont malades, ils sont presque prêts à accepter n’importe quoi », affirme Louis-Marie Houdebine.

Un super lapin qui produit vos médicaments

Le chercheur a cofondé une start-up, Bioprotein Technologies Inc., spécialisée dans la production de protéines et de vaccins, grâce au lait de lapines génétiquement modifiées : « À partir d’un gène identifié par ses clients, BioProtein Technologies conçoit des lignées de lapines transgéniques secrétant la protéine d’intérêt dans leur lait. » Dans des quantités allant du gramme à la dizaine de kilogrammes. BioProtein Technologies propose aux sociétés pharmaceutiques de nombreux services, de la « production rapide de quelques dizaines de grammes de protéines pour des travaux de recherche », à« l’élaboration de modèles animaux pour l’étude fonctionnelle de maladies humaines ». Remplacera-t-on bientôt les usines pharmaceutiques par des élevages de lapins ?

En France, l’animal transgénique, c’est aussi de l’art ! Le projet « GFP Bunny » est né à Jouy-en-Josas, sous l’impulsion de Louis-Marie Houdebine. En 2000, l’Inra crée le premier lapin fluorescent (sous une lumière ultraviolette), grâce à un gène de méduse. Le lapin est exposé lors d’événements culturels. Une affaire qui a fait polémique au sein même de l’Inra. Au début des années 2000, l’animal transgénique de compagnie a aussi eu son heure de gloire en Asie. Le TK1, poisson-zèbre fluorescent – lui aussi grâce à un gène de méduse – quitte les laboratoires. 100 000 poissons mutants de compagnie sont produits en moins d’un mois, Taïwan autorise la vente, et le trafic s’organise vers les pays voisins. Aucune dissémination ? Taikong Corp. assure en 2003 que les prochaines générations de poissons seront rendues stériles… Sachant que le poisson-zèbre peut produire jusqu’à 200 œufs par ponte, il est temps de s’en préoccuper une fois l’animal lâché dans les aquariums du monde entier.

La Chine, paradis des animaux transgéniques

Le risque de voir ces créatures transgéniques mélanger leurs chromosomes avec des espèces animales non modifiées existe bel et bien. Un processus incontrôlable aux conséquences imprévisibles. Aux États-Unis, cela ne semble pas être un frein au développement en masse des « animaux GE » Genetically Engineered, pour l’alimentation. « Le lobby des biotechnologies est très puissant en Amérique du Nord. La demande d’autorisation du saumon OGM pour la consommation humaine est bien avancée aux États-Unis. Un peu moins au Canada, mais le gouvernement a récemment suggéré que si les États-Unis l’autorisent, le Canada pourrait l’autoriser automatiquement ! », prévient Éric Darier, directeur de Greenpeace Québec.

En Europe, où les OGM ont moins bonne presse, les institutions travaillent sur l’acceptabilité sociale, au travers notamment du projet Pegasus, auquel collabore Louis-Marie Houdebine. « La Commission européenne est paniquée de voir la situation des OGM en Europe et à quel point on passe à côté de marchés », assure le chercheur. D’où ce projet européen qui cherche à analyser les « préoccupations du public » concernant le développement des animaux génétiquement modifiés, notamment « les produits alimentaires et pharmaceutiques dérivés ».

Objectif : ne pas reproduire les « erreurs » de la diffusion des plantes OGM, qui ont entraîné le rejet des consommateurs. Un rapport publié en octobre 2011 fait le constat que de nombreuses entreprises états-uniennes du secteur émigrent vers la Chine, eldorado de la transgenèse animale. Le rapport souligne les avantages de la recherche chinoise, menée « sans restrictions ». Et pointe le succès de la « complexe stratégie de communication » du gouvernement chinois, qui permet aujourd’hui une acceptation incomparable des animaux transgéniques par la population. Vous avez aimé les X-Men au cinéma, aimerez-vous les X-animals dans vos assiettes ?

Agnès Rousseaux

Photos : © Eric Garault

Notes

[1] Le saumon chinook, la plus grosse espèce de saumon du Pacifique.

[2] Notamment des représentants de l’Alaska qui voient dans ce projet une menace pour l’industrie du saumon dans leur État.

En savoir plus

 Implications politiques de l’introduction des animaux génétiquement modifiés dans l’Union européenne, Projet Pegasus, octobre 2011 (en anglais).

 Réglementation mise en place par l’agence états-unienne de l’alimentation (FDA).

 Compte rendu de l’audition au Sénat états-unien, 15 décembre 2011.

 Résumé du processus d’autorisation du saumon transgénique aux États-Unis.

 Action contre l’Enviropig, par le Réseau canadien d’action sur les biotechnologies.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:12

MARECHAL-TITO-YUGOSLAVIA.jpg

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/DERENS/20853

 

Vingt ans après le tragique éclatement de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, la nostalgie de l’ancien Etat commun se ravive dans les républiques héritières. De la Slovénie à la Macédoine, le « camarade Tito » fait toujours l’objet d’un culte. Que représente ce sentiment, où se mêlent le regret d’un Etat puissant, respecté sur la scène internationale, et les souvenirs idéalisés d’un socialisme « à visage humain » ?

par Jean-Arnault Dérens, août 2011

Au printemps 2011, l’étoile rouge des partisans yougoslaves a fait son apparition sur les pièces de monnaie européennes. La Slovénie, premier Etat de la République socialiste fédérative de Yougoslavie (RSFY) à avoir rejoint l’Union européenne, et premier des « nouveaux membres » admis en 2004 à avoir adopté la monnaie commune, a frappé une pièce de 2 euros à l’effigie de Franc Rozman, dit Stane, un célèbre commandant partisan, mort en novembre 1944 dans des circonstances restées douteuses. Cette initiative a suscité l’indignation de la droite slovène, mais la pièce est âprement recherchée par les collectionneurs et les « yougonostalgiques », toujours aussi nombreux.

Le 25 mai dernier, la cérémonie de la stafeta (« flambeau de la jeunesse ») a été célébrée à Belgrade avec une ampleur inédite depuis vingt-cinq ans. Dès le matin, des milliers de personnes se sont rassemblées devant la Maison des fleurs, la villa de Tito, où le président à vie est enterré, dans le quartier chic de Dedinje. La foule, brandissant drapeaux rouges et bannières de l’ex-Yougoslavie socialiste, attendait impatiemment l’arrivée de la stafeta, partie cette année d’Umag, en Istrie, dans l’ouest de la Croatie. La stafeta était l’un des rituels majeurs, établi dès 1945, de l’ancienne Yougoslavie. Cette course de relais partait chaque année d’une ville différente de la fédération pour arriver à Belgrade le 25 mai, jour anniversaire de Tito, rebaptisé « jour de la jeunesse ». Le relais était remis au maréchal dans le stade de l’Armée populaire yougoslave (JNA) au cours d’une cérémonie grandiose.

Après la mort de Tito, le 4 mai 1980, la tradition a survécu quelques années, avant de disparaître en 1987. Elle a été relancée il y a trois ans, suscitant un enthousiasme croissant. Cette année à Belgrade, parmi la foule composite, il y avait beaucoup de vétérans, qui expliquaient n’avoir jamais manqué l’arrivée de la stafeta, et des enfants venus avec leurs parents ou leurs grands-parents, mais aussi un grand nombre de jeunes d’une vingtaine d’années. Seule manquait la « génération intermédiaire », celle des 30-50 ans, qui a connu la fin de l’ancienne Yougoslavie et a grandi durant les années d’éclatement et de guerre.

La foule a pieusement entendu des enregistrements de Tito, avant que son petit-fils et homonyme ne prenne la parole. M. Josip Broz dirige en effet un nouveau Parti communiste, récemment créé par la fusion de différents groupes communistes de Serbie. Il a fait acclamer longuement une délégation de l’ambassade de Libye, avant d’assurer que la Yougoslavie unie renaîtrait de ses cendres et que la Serbie ne rejoindrait jamais l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) — l’éventuelle adhésion du pays à l’Alliance atlantique est en effet à l’ordre du jour, douze ans après les bombardements de 1999.

Le parti de M. Broz ne s’est encore jamais présenté à des élections, mais son audience reste confidentielle, tout comme celle du comité central du Parti communiste de Croatie, qui avait organisé le départ de lastafeta à Umag. En 2010, les plus importantes cérémonies de la stafetaavaient eu lieu à Tivat, au Monténégro, dans un contexte beaucoup moins politisé et plus ludique.

La « marque Tito » 
dans les restaurants 
et les boîtes de nuit

Il existe en effet un fort hiatus entre le peu de crédit dont jouissent les organisations qui, dans les diverses républiques, se proclament héritières de l’ancienne Ligue des communistes de Yougoslavie (LCY), et le sentiment diffus et beaucoup plus répandu de « yougonostalgie », voire de « titostalgie », selon le néologisme forgé par le sociologue slovène Mitja Velikonja (1).

S’agirait-il d’une « mode » plus culturelle que politique ? Le restaurant Kaj Marsalot (« Chez le maréchal ») est une bonne adresse de Skopje, la capitale de la République de Macédoine. Les garçons accueillent les clients en uniforme de pionniers, foulard rouge noué autour du cou, et la salle est décorée de photographies de Tito. Les établissements de ce type, cafés ou restaurants, se sont multipliés dans toutes les républiques. Il y a même, à Sarajevo comme à Belgrade, des boîtes de nuit qui ont fondé leur réputation sur ce « concept » titiste. Velikonja en vient à supposer que la « marque Tito » est devenue un produit de marketing, au même titre que l’image de Che Guevara…

Il existe toujours une « Yougoslavie virtuelle ». De nombreux sites Internet proposent à l’envi photographies, vidéos ou enregistrements sonores du maréchal ou des grands rassemblements du régime. Il suffit de quelques clics pour obtenir un « passeport » de la « République socialiste fédérative de Yougoslavie », délivré par plusieurs sites, comme celui du « consulat général de la RSFY » (2).

Cette « Yougoslavie virtuelle » est aussi celle de certains exilés, comme l’écrivain Velibor Colic, né dans une famille croate de Bosnie-Herzégovine. Réfugié en Bretagne depuis 1993, après avoir combattu pour défendre son pays, M. Colic est apatride et rejette toute autre définition « nationale » que celle de « yougoslave ». Ses derniers livres sont écrits en français (3), mais les précédents l’étaient en « serbo-croate », l’écrivain refusant de qualifier sa langue de « croate » ou de « bosnienne ». Le serbo-croate ou croato-serbe n’existe plus : il a été remplacé par le croate, le bosnien, le monténégrin et le serbe, selon les appellations en vigueur dans chacune des républiques concernées. La majorité des linguistes s’entendent pourtant pour reconnaître qu’il s’agit d’une seule et même langue, malgré l’existence de variantes régionales dans la prononciation ou le vocabulaire. Prétendre aujourd’hui parler ou écrire en « serbo-croate » est donc une affirmation politique, tandis que les locuteurs ont pris l’habitude d’user de circonvolutions, évoquant « notre langue », voire la « langue maternelle ».

Le film Cinema Komunisto a été le grand succès de l’année à Belgrade. Ce documentaire évoque l’histoire du cinéma yougoslave, mais aussi la vibrante cinéphilie de Tito, qui aurait vu huit mille films au cours de sa vie. Son projectionniste privé raconte ses efforts, parfois désespérés, pour trouver chaque soir un nouveau film. Le documentaire revient sur la débauche de moyens des grands succès du cinéma yougoslave — notamment les films sur la guerre des partisans (4) et sur Tito lui-même, qui accepta d’être incarné à l’écran par Richard Burton (5). Le film, triomphalement accueilli à chaque projection, est l’œuvre d’une jeune réalisatrice, Mila Turajlic, qui n’avait qu’une dizaine d’années lors de l’éclatement de l’Etat fédéral.

Peut-on établir une typologie de cette « yougonostalgie » par républiques ? Elle est assurément plus forte dans les républiques dont l’identité nationale a été confortée par l’expérience yougoslave, comme la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine ou même la Slovénie. Avant de devenir des républiques fédérées de la Yougoslavie, en 1945, la Slovénie ou la Macédoine n’avaient jamais eu d’expérience étatique. La langue macédonienne a été codifiée après la seconde guerre mondiale, et le régime titiste a valorisé l’identité nationale macédonienne, pour une bonne part afin de soustraire la Macédoine aux prétentions serbes et bulgares. Les nationalistes de ces deux pays accusent d’ailleurs Tito d’avoir « créé de toutes pièces une langue et une nation macédoniennes ». De même, le régime yougoslave a reconnu et valorisé l’identité spécifique des musulmans bosniaques (6).

Le très nationaliste écrivain serbe Dobrica Cosic prête au personnage de l’un de ses romans cette réflexion : « La Yougoslavie a été la plus grande erreur de la Serbie. » Dans le discours nationaliste serbe ou croate, l’expérience yougoslave serait venue bloquer les aspirations nationales de ces deux peuples, tandis qu’elle aurait favorisé l’émergence des identités nationales macédonienne, slovène et bosniaque. En Croatie comme en Serbie, la « yougonostalgie » se décline donc sur le mode d’une opposition au nationalisme, tandis qu’elle peut se révéler complémentaire du sentiment national dans les autres républiques. L’appartenance nationale de Tito constitue un élément supplémentaire de différenciation. Sa ville natale de Kumrovec, dans l’ouest de la Croatie, non loin de la frontière slovène, est redevenue un lieu de pèlerinage (7) ; mais, dans les années 1990, certains nationalistes serbes affirmaient volontiers que la Serbie avait été dirigée durant trente-cinq ans par quelqu’un qui « ne parlait même pas serbe », en référence à l’accent du maréchal.

Malgré ces différences, l’idéalisation de la défunte fédération s’étend désormais à toutes les républiques héritières. Seule la minorité albanaise — majoritaire au Kosovo et importante localement en Macédoine et au Monténégro — semble relativement épargnée par la vague de « yougonostalgie » et de « titostalgie ». A cela, trois raisons au moins : les longues phases de répression qu’a connues le Kosovo ; son statut de simple province autonome, et non de république fédérée de la Yougoslavie ; enfin, une différence symbolique et identitaire — la Yougoslavie était le pays des « Slaves du Sud », or les Albanais ne sont pas un peuple slave.

Toutefois, il serait erroné de penser que tous les Albanais vouent aux gémonies le précédent régime. Presevo est une ville albanaise du sud de la Serbie, une commune pauvre et déshéritée dont les habitants partent depuis des décennies chercher fortune sous d’autres cieux. Dans les années 1950, les migrations se dirigeaient avant tout vers Belgrade, puis elles se sont orientées vers les pays occidentaux. M. Bajraktari a longtemps travaillé sur les chantiers de Belgrade, avant d’émigrer en Belgique, où il a été activement engagé dans les associations de travailleurs yougoslaves. Revenu couler une retraite paisible au pays, il professe un nationalisme albanais intransigeant, tout en demeurant un supporter passionné du club de football de l’Etoile rouge de Belgrade. Avec quelques-uns de ses amis, il cultive cette passion dans la discrétion, voire dans une quasi-clandestinité. Soutenir publiquement l’Etoile rouge serait se montrer « serbe », mais M. Bajraktari confie :« Belgrade, la Yougoslavie et l’Etoile, c’est ma jeunesse. » Jusqu’à la fin des années 1980, plusieurs dizaines de milliers d’Albanais vivaient à Belgrade, sans rencontrer de difficultés particulières. L’arrivée au pouvoir de Slobodan Milosevic les a contraints à quitter la capitale serbe, dont ils gardent tous une vibrante nostalgie.

Quand et pourquoi la RSFY a-t-elle cessé d’exister ? Fin mai, un colloque a réuni à Belgrade des dirigeants de premier plan de l’ex-Yougoslavie, à l’invitation du comité des vétérans serbes de la guerre de libération nationale. L’ancienne dirigeante communiste slovène Sonja Lokar, qui avait quitté en larmes la salle du XIVe et dernier congrès de la LCY, en janvier 1990, a reconnu que les dirigeants de l’époque avaient été « pris par surprise », qu’ils n’avaient « aucune vision de l’avenir ». Le Bosniaque Raif Dizdarevic, avant-dernier président de la présidence collégiale de la fédération (8), a également estimé que l’éclatement avait été dû aux dysfonctionnements internes de la fédération, et non aux « ennemis extérieurs » évoqués par d’autres participants.

Dans une analyse publiée par l’hebdomadaire serbe Vreme, M. Dejan Jovic, politologue et conseiller du président social-démocrate croate Ivo Josipovic, replace cet éclatement dans le contexte de l’effondrement des régimes communistes (9). Même si le socialisme yougoslave se voulait « différent », il a été balayé par la lame de fond qu’a déclenchée la chute du mur de Berlin.

« Pourquoi nous parle-t-on tant 
d’intégrer l’Europe ? »

L’idée yougoslave — c’est-à-dire celle d’une réunion des peuples slaves du Sud — a été forgée au XIXe siècle par des intellectuels croates ; elle n’est donc pas nécessairement liée à sa réalisation socialiste au siècle suivant. Pourtant, au moins sur le plan des symboles, les évocations de la Yougoslavie titiste sont associées au souvenir d’un « bon vieux temps », où le socialisme autogestionnaire garantissait à tous une relative prospérité, et qui contraste avec la violence et la dureté sociale des longues années de « transition ». La « yougonostalgie » peut même se présenter comme une voie alternative à l’intégration européenne, à laquelle tous les pays de la région sont, théoriquement, promis.« Pourquoi nous parle-t-on tant d’intégrer l’Europe ? Il aurait fallu que l’Europe s’intègre dans la Yougoslavie, quand Tito était encore en vie », affirme ainsi avec conviction un barbier turc du vieux bazar de Skopje.

Les « yougonostalgiques » sont en première ligne des batailles mémorielles qui continuent de se mener dans toutes les républiques. Autrefois, chaque république avait fait un jour férié de l’anniversaire du « premier soulèvement antifasciste » : le 7 juillet 1941 en Serbie, le 13 juillet au Monténégro, le 27 juillet en Croatie, etc. Ces jours ne sont plus chômés — sauf au Monténégro, où le 13 juillet marque aussi l’anniversaire de la reconnaissance de la première indépendance du pays, en 1878, lors du congrès de Berlin, ce qui permet une lecture « polysémique » de cette date.

En Croatie, le 27 juillet a été effacé du calendrier des célébrations officielles dès le début des années 1990. On y commémorait l’attaque du petit village de Srb, une localité à majorité serbe située en Krajina, par les milices du régime collaborationniste des oustachis — toujours adulé par les milieux les plus nationalistes de la droite croate. Toutefois, le 27 juillet 2010, le président de la République récemment élu, M. Josipovic, a participé aux commémorations organisées à Srb par les associations de vétérans antifascistes et le Conseil national serbe de Croatie, sous les huées de quelques centaines de contre-manifestants nationalistes. L’objectif était double : M. Josipovic entendait inscrire symboliquement la Croatie contemporaine dans une continuité antifasciste, tout en faisant un geste fort en direction de la minorité serbe de Croatie (10).

En Serbie, le 7 juillet dernier, le soixante-dixième anniversaire du soulèvement de 1941 a suscité plusieurs colloques, ainsi que de vives polémiques (11). Le 7 juillet 1941, un ancien combattant communiste de la guerre d’Espagne, Zikica Jovanovic Spanac, tuait deux gendarmes du gouvernement collaborationniste serbe. Pour certains contempteurs du communisme, ce geste n’était donc pas une action de résistance à l’occupant allemand, mais une « tuerie fratricide ». En réalité, la querelle historiographique porte sur l’analyse des deux mouvements de résistance que connut la Serbie : les partisans dirigés par le Parti communiste et les tchetniks du général Draza Mihailovic, fidèles à la monarchie serbe. A l’époque yougoslave, le souvenir des tchetniks était honni autant que celui des oustachis, en raison du basculement de leur mouvement dans la collaboration. Or cette dérive, tardive et inégale selon les régions, fut une réponse à l’avantage militaire pris par les partisans (12).

Depuis la chute du régime de Milosevic, en 2000, le 7 juillet n’est plus un jour férié en Serbie, et les manuels scolaires placent désormais sur un pied d’égalité tchetniks et partisans. Une loi votée en 2004 leur garantit des droits à la retraite équivalents (13). Le sociologue Jovo Bakic juge que la Serbie a suivi « une tendance commune au reste de l’Europe, où socialisme et fascisme ont été mis sur un pied d’égalité »,tout en estimant que cette « vague anticommuniste » touche peut-être à son terme.

La nostalgie peut-elle devenir facteur de changement politique ? Depuis quelques années, on parle beaucoup de la naissance d’une « yougosphère ». L’expression a été forgée par un journaliste britannique, Tim Judah. Elle désigne la renaissance de liens de toutes natures — économique, politique ou culturelle — entre les républiques héritières. Sur un plan strictement politique, les relations sont effectivement en voie de normalisation entre les ex-belligérants, les actuels présidents serbe et croate, MM. Boris Tadic et Josipovic, ayant nettement accéléré ce processus au cours des deux dernières années. Les échanges commerciaux, sans être négligeables, restent cependant limités par l’assez faible complémentarité des différentes économies et par leur ouverture massive aux importations, notamment européennes. Sur le plan culturel, en revanche, les liens n’ont jamais été rompus, même durant les années de guerre, au moins entre les artistes et les intellectuels hostiles au nationalisme. De colloques en festivals, dans les anciennes républiques ou ailleurs en Europe, les occasions de rencontres n’ont pas manqué.

Fin juin, à la librairie Karver de Podgorica, au Monténégro, un festival littéraire réunissait plusieurs dizaines d’écrivains, de journalistes et d’éditeurs de toutes les républiques « postyougoslaves ». Les discours ont tourné autour de l’identité de la « région », selon le terme neutre fréquemment utilisé pour désigner la Yougoslavie de Tito, voire les Balkans — ce concept géographique aux frontières incertaines faisant lui-même l’objet de nombreuses polémiques (14). Nenad Popovic, directeur des prestigieuses éditions Durieux de Zagreb, a fini par s’insurger : « Une région, c’est une partie d’un Etat, mais nous n’avons plus d’Etat commun ! » Cependant, comment appeler cet univers « post-yougoslave », qui partage les mêmes souvenirs historiques, rit des mêmes plaisanteries et parle — dans une large mesure — la même langue ?

Chaque année, des milliers de randonneurs se retrouvent en Macédoine pour gravir le mont Tito, point culminant de la RSFY, dans les montagnes du Shar. Les marcheurs assurent volontiers que leurs motivations ne sont pas politiques, tout en se réjouissant de pouvoir« rencontrer autant de gens venus de toutes les républiques (15) ».Entre randonneurs croates, bosniens, serbes et monténégrins, il n’existe aucune barrière linguistique, même si les plus jeunes des Macédoniens ou des Slovènes ont parfois un peu de mal à parler le « serbo-croate », qu’ils n’ont pas appris à l’école. Sur les pentes escarpées du Shar, c’est en réalité une koinè, une communauté culturelle slave du Sud, qui se recrée, loin de toute revendication politique.

Jean-Arnault Dérens

Rédacteur en chef du site Le Courrier des Balkans. Dernier ouvrage paru (avec Laurent Geslin) : Voyage au pays des Gorani (Balkans, début du XXIe siècle), Cartouche, Paris, 2010.

(1) Mitja Velikonja, Titostalgija. Studija nostalgije po Josipu Brozu, Mirovni Institut, Ljubljana, 2009.

(3) Notamment son dernier ouvrage, Jésus et Tito (Gaïa, Montfort-en-Chalosse, 2010), évocation d’une «  jeunesse yougoslave heureuse  » et vibrant hommage à l’Etat disparu.

(4) Durant la seconde guerre mondiale, les partisans yougoslaves, dirigés par Tito, luttèrent d’une part contre les occupants allemand, italien et bulgare  ; d’autre part contre les oustachis croates, collaborateurs des nazis, et contre les tchetniks, nationalistes royalistes serbes, d’abord résistants mais qui versèrent progressivement dans la collaboration. A partir de 1943, les partisans reçurent une aide britannique et libérèrent par eux-mêmes la plus grande partie du territoire yougoslave.

(5La Cinquième Offensive (Sutjeska), réalisé en 1973 par Stipe Delic.

(6) Une nationalité musulmane a été officiellement reconnue en 1971. On parlait donc des Musulmans (au sens national), distincts des musulmans (fidèles de l’islam). La terminologie a changé depuis l’indépendance de la Bosnie : on distingue désormais les Bosniaques (Slaves de tradition musulmane) des Bosniens (ensemble des habitants de la Bosnie-Herzégovine).

(7Cf. Drazen Nemet, «  Josip Broz Tito, mort et survie en Croatie  », dans Daniel Baric, Jacques Le Rider et Drago Roksandic (sous la dir. de), Mémoire et histoire en Europe centrale et orientale, Presses universitaires de Rennes, 2010.

(8) Après la mort de Tito, la fédération a été dirigée par une présidence collégiale de huit membres (issus des six républiques fédérées et des deux provinces autonomes), chacun assurant, selon le principe d’une rotation annuelle, la présidence de la présidence.

(9Vreme, Belgrade, 23 juin 2011.

(10Cf. «  Croatie : commémorations du soulèvement antifasciste de Srb  », Le Courrier des Balkans, 27 juillet 2010.

(11Cf. le dossier de Vreme : «  Zasto Srbija nema antifascisti praznik  ?  » («  Pourquoi la Serbie n’a-t-elle pas de fête antifasciste  ?  »), 7 juillet 2011.

(12) Roland Vasic, Mihailovic entre révolution et restauration. Yougoslavie 1941-1946, L’Harmattan, Paris, 2009, offre une analyse très équilibrée de ce mouvement.

(13Cf. Sonja Drobac, «  Serbie : égalité pour les anciens partisans et les anciens tchetniks de la seconde guerre mondiale  », Le Courrier des Balkans, 10 janvier 2005.

(14) Maria Todorova, Imaginaire des Balkans, traduit de l’anglais par Rachel Boyssou, Editions de l’EHESS, Paris, 2011.

(15Cf. Béatrice André, «  Macédoine : toute la Yougoslavie se retrouve au sommet du mont Tito  », Le Courrier des Balkans, 4 juin 2009.

Voir aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de septembre 2011.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:03
gud-anonymous-lyon.jpg
INFO STREETPRESS
 
C’est un GUD-Leaks pour le mouvement étudiant d’extrême droite. Anonymous publie les comptes-rendus de réunions internes du GUD, entre cours de combats et stratégie d’infiltration des facs. Bienvenue chez les «gentlemen fascistes».

Le Gud pose ... avant de se faire déshabiller par Anonymous

Extrait d’un compte-rendu de réunion du GUD Lyon : « Être présent à toutes les soirées ou réunions étudiantes, mettre le côté gentleman fasciste en avant. (…) Inscription des adhérents à des clubs de combat (…) pour instaurer un climat de peur pour les gauchistes. »

Le GUD (Groupe Union Défense) est le principal mouvement étudiant d’extrême droite de ces 40 dernières années, présent aux élections universitaires sous différents prête-noms. Du lourd. Crânes rasés et blousons en cuir, croix celtiques et battes de baseball, et pourquoi pas un casque de moto vissé sur la tête quand ils font le coup de poing. De quoi égayer la vie universitaire, notamment à la fac de droit d’Assas (Paris 2), leur bastion historique.

GUD-LEAKS Revigoré après quelques années de calme, le GUD avait faitune rentrée en trombe et préparait d’arrache moustache les élections universitaires à venir ce printemps à Paris et à Lyon. Mais pas de bol, vendredi 27 janvier, des Anonymous lyonnais hackent le compte mail de Steven Bissuel, le boss du GUD à Lyon. Ce qui leur permet de s’emparer du compte Twitter du GUD Lyon, de hacker le site du Gud (qui renvoie désormais vers le site du mouvement antifasciste Reflexes) et de publier échanges de mails, contacts personnels et… des compte rendus de réunion internes aux différentes section du GUD à Lyon et à Paris.

Les 10 commandements du « gentleman fasciste »


(Cliquez pour agrandir)

Les réunions du GUD comme si vous y étiez:

La 1ère réunion de l’année 
La réunion du 18 décembre


Des documents internes au GUD qui en révèlent beaucoup sur la stratégie et l’organisation de ce mouvement étudiant: 

1 « L’UDJ, BRANCHE LÉGALE » DU GUD

Cela fait bien longtemps que le GUD, trop sulfureux, ne se présentait plus sous son nom aux élections universitaires. Jusqu’à présent les anciens responsables des « Renouveau Etudiant Parisien » ou autre « Union des Etudiants d’Assas – UDEA » expliquaient qu’ils n’avaient rien à voir avec leGUD. Désormais, le compte-rendu de la réunion du GUD Paris du 29 août2011 le revendique clairement:  « l’UDJ (Union Défense de la Jeunesse) [est] notre branche étudiante légale déposée en préfecture ».

 

2UNE STRATÉGIE D’ALLIANCE AVEC L’EXTRÊME DROITE DURE

Le compte-rendu de la “1ère réunion GUD Lyon” annonce un « gros soutien des groupuscules nationalistes lyonnais » et évoque des « échanges de services (collage, bombage, etc.) ». La ligne du GUD reste bien celle de l’extrême droite nationaliste: le mouvement invite ses militants à lire 3 ouvrages : « Doctrines du nationalisme de [l’auteur anti-franc maçons] Poncard d’Assac, Histoire de France de [l’écrivain maurassien] Bainville, et…» le choix du 3e ouvrage n’était pas tranché en fin de réunion !
Des « formations doctrinales » internes avec Bruno Gollnisch , l’historien Bernard Lugan, des cadres du Renouveau Français sont également prévues. Le projet de « partage d’un local » avec les néo-païens de Terre et Peuple en dit aussi long sur les alliances possibles pour le Gud lyonnais.


Le blog de Steven Bissuel hacké par Anonymous




Le Gud vraiment déshabillé par les Anonymous feat. Alexandre Gabriac, en Une de leur blog

 


3UNE ORGANISATION MILITANTE EFFICACE

« Le combat nationaliste » des étudiants du GUD prévoit un rythme d’actions intense, avec pour but de se faire connaître (les reprises médias sont notées dans les compte-rendus). Il s’agit aussi de recruter « quelques personnes » et  « surtout de mettre la pression sur les cocos » . Au menu des actions : manifestations, tractages (« 10 tracts différents par semaine », « 3 tractages par semaine »), militantisme en ligne et soirées.
L’organisation passe aussi par  « l’inscription des adhérents à des clubs de combat ».

4UN FOLKLORE MILITANT INTACT

Le folklore militant du GUD reste aussi intact chez ses membres qui doivent « mettre le côté gentleman fasciste en avant ». Les 10 commandements duGUD sont désormais portés à la connaissance du grand public, parmi lesquels « Les femmes, tu séduiras » et « de Ray-bans, tu te muniras ».


#FAIL: le Twitter du @GUDLyon ne répond plus


5MAIS UN MARKETING POLITIQUE SOFT

C’est la plus grosse surprise de ce GUD-Leaks: Les documents internes du GUD parisien révèlent un marketing politique qui n’a rien à envier au FNtendance mariniste. La réunion d’avant Noël préparait ainsi la campagne universitaire qui devait commencer en janvier, avec 3 piliers: la sécurité, l’excellence et le social. Rien de très skinhead dans ce programme qui hormis une vanne sur « la mise en place d’une formation accélérée pour les étudiants étrangers » propose la création d’un « parking privé pour les enseignants et les étudiants d’Assas », « l’amélioration de l’apprentissage des langues ». Rien de bien méchant pour la très propre campagne de l’UDJ. Certes un axe de campagne sur « le problème des chargés de TD ne parlant pas français », mais c’est tout.


Les parfaits « gentlemen fascistes » en vacances. Une autre photo qui a visiblement plu aux Anonymous


PAS DE IRIPOSTE Le boss du GUD lyonnais, Steven Bissuel, inscrit en première année de droit à Lyon 2 garde la tête haute : « Notre champ d’action à nous c’est la rue, pas Internet », confie-il à StreetPress quand on lui fait remarquer que sur son blog figure désormais… une photo du jeune leader nationaliste lyonnais Alexandre Gabriac torse nu dans une chambre avec derrière lui une jeune militante en haut d’un lit superposé !

Steven Bissuel a reçu des menaces téléphoniques depuis que ses coordonnées personnelles ont été publiées par Anonymous: « On m’a dit qu’on allait me fumer, mais c’est que des appels qui restent en inconnu, c’est des lâches ». Bissuel nous envoie un texto victorieux vendredi en début de soirée : « Site, courriel récupéré et bientôt le twitter ». 

Yvan Benedetti, bras-droit de Bruno Gollnisch (mais exclu récemment du FN) et membre historique de l’Oeuvre Française, s’est lui aussi fait hacker quelques jours plus tôt son site web. Comme Bissuel, il n’a pas envie de rentrer dans une cyber-guéguerre avec les militants antifascistes : « Quand je vois qu’ils s’attaquent à des institutions, aux services américains, je crois qu’on ne peut pas faire grand-chose. »


L’opération « Lyon Propre » a été lancée le 14 janvier dernier. Le jour où 200 militants du groupuscule néo-fasciste Jeunesse Nationaliste manifestaient dans les rues la ville, des Anonymous antifa hackaient les sites de leur leader Yvan Benedetti pour balancer des documents confidentiels. #OPLyonPropre est le pendant français de l’Op Blitzkrieg en Allemagnequi s’était attaquée à des sites néo-nazis. Le 4 janvier les antifa allemands avait mis en ligne le site Nazi Leaks avec les coordonnées de sympathisants néo-nazis.

FN VS. GUD ? L’épic fail du GUD tombe mal pour le groupuscule à quelques mois des élections universitaires: la publication de ces documents coïncide au jour près avec la diffusion d’un communiqué interne au Front National signé de Steeve Briois et de la patronne du Front National de la Jeunesse interdisant aux membres du mouvement de jeunesse du parti de « constituer des listes communes avec des groupuscules ennemis lors des prochaines élections étudiantes ». Les « groupuscules ennemis » cités dans le communiqué n’étant pas des organisations gauchistes, mais… « le Renouveau Français et les Jeunesses Nationalistes ». 

Sollicitée par StreetPress, la directrice nationale du FNJ n’était pas joignable pour commenter le sujet, trop occupée à chercher des signatures pour Marine le Pen . De son côté, le porte-parole du FNJ Julien Rochedynous a littéralement raccroché au nez lorsqu’on a prononcé le mot “GUD”.


Steeve Briois sort les crocs


Les « gentlemen fascistes » du GUD devront donc continuer à militer seuls et ont désormais beaucoup moins de chances de « récupérer les électeurs étudiants du FN » aux prochaines élections aux CROUS. 

Reste une inconnue, la stratégie du FN, qui ne pourra plus compter sur leGUD pour s’implanter dans les facs. En 2006, les jeunes du Front National avaient déposé leur propre liste, alternative à celle des Gudards : « Agir pour un CROUS qui Mousse », avec pour mot d’ordre « Bière et Saucisson pour tous ».

 

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 19:29

index-copie-1.jpegSi le triste défilé de mascottes européennes – ou que l’analyste Chrys Floyd a merveilleusement surnommé les Euromascottes – comprenait quelque chose à la culture persane, il aurait su que les conséquences de leur déclaration de guerre économique sous la forme d’embargo sur le pétrole iranien serait vraiment du métal lourd.

Mieux encore : du métal létal. Le Majlis (parlement iranien) discutera ce dimanche, lors d’ une séance ouverte, de l’annulation tout de suite de toutes les exportations de pétrole à tout pays européen qui a appuyé l’embargo, selon Emad Hosseini, rapporteur du Comité Énergie du Majlis. Et cela survient avec l’avertissement apocalyptique requis, transmis à travers de l’agence d’information Fars, par le membre du parlement Nasser Soudani : « L’Europe brûlera dans le feu des puits pétroliers de l’Iran ».

Soudani exprime les points de vue de tout l’establishment de Téhéran quand il dit que « la structure de leurs raffineries [européennes] est compatible avec le pétrole de l’Iran », et par conséquent les Européens n’ont pas d’alternative de remplacement ; l’embargo « causera une augmentation des prix de pétrole et les Européens se trouveront obligés d’acheter le pétrole à des prix plus élevés » ; c’est-à-dire, l’Europe « se trouvera obligée d’acheter indirectement du pétrole iranien et à travers des intermédiaires ».

Selon l’ensemble de sanctions de l’UE, tous les contrats existants seront respectés seulement jusqu’au 1er juillet et aucuns nouveaux contrats ne seront autorisés. Maintenant imaginez ce qui arrivera si ce projet la législation de préemption iranienne est approuvée dans les prochains jours. Des pays du Club Med affectés par la crise comme l’Espagne et spécialement l’Italie et la Grèce subiront un coup mortel, n’ayant pas eu le temps de trouver une alternative possible au brut léger de haute qualité de l’Iran.

L’Arabie Saoudite – quel que soit son discours pétrolier dans les médias occidentaux – n’a pas de capacité additionnelle ; et en plus, la priorité absolue de la Maison de Saud est de garder des prix élevés du pétrole, pour pouvoir soudoyer – en plus de réprimer – sa propre population afin qu’elle oublie les idées nocives du Printemps Arabe.

Par conséquent, voila que, les économies européennes qui sont déjà en faillite se trouveront obligées de continuer à acheter du pétrole iranien, mais maintenant auprès des gagnants du choix, les vautours intermédiaires.

Il n’est pas surprenant que les perdants de ces tactiques de la Guerre Froide appliquées de manière anachronique à un marché mondialement ouvert sont les Européens eux mêmes. La Grèce – qui frôle déjà l’abîme – achetait du pétrole à l’Iran avec un fort rabais. Il est fort possible que l’embargo du pétrole précipite le gouvernement grec vers la « cessation de paiements » [default en anglais] et même un effet de cascade catastrophique dans l’Eurozone (l’Irlande, le Portugal, l’Italie, l’Espagne – et d’autres encore).

Le monde a besoin d’un Hérodote digital pour déchiffrer comment ces mascottes européennes qui cherchent à représenter la « civilisation » ont, d’un seul coup, infligé une blessure simultanée à la Grèce –berceau même de la civilisation occidentale – et à la Perse – l’une des civilisations les plus sophistiquées de l’histoire-. Dans une répétition surprenante de la tragédie comme farce, c’est comme si les grecs et les Persans s’unissaient dans le défilé des Thermopyles pour affronter l’attaque des armées de l’OTAN.

Que l’épreuve eurasiatique commence

Alors voyons les réactions à travers l’Eurasie. Le Ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a dit : « Les sanctions unilatérales ne sont pas efficaces ». Le Ministère des Affaires étrangères de Pékin, bien qu’avec beaucoup de tact, fût tranchant : « faire pression aveuglément et imposer des sanctions à l’Iran ne sont pas des méthodes constructives ».

Le Ministre des Affaires étrangères turc Ahmet Davutoglu a dit : « Nous avons d’excellentes relations avec l’Iran et nous faisons beaucoup d’effort pour une reprise des conversations de l’Iran avec le groupe de médiateurs des 5+1 (« Les Six de l’Iran », les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies plus l’Allemagne.) La Turquie continuera à chercher un règlement pacifique du problème ».

Membre des BRICS l’Inde – Parallèlement à la Russie et à la Chine – a aussi écarté les sanctions. L’Inde continuera à acheter le pétrole iranien et à le payer en roupies ou en or. La Corée du Sud et le Japon inévitablement sortiront des exemptions du gouvernement de Barack Obama.

Dans toute l’Eurasie le commerce s’éloigne rapidement du dollar US. La Zone Asiatique d’Exclusion du Dollar signifie aussi de manière cruciale que l’Asie se détache lentement des banques occidentales.

Le mouvement pourrait bien être mené par la Chine, mais il est irréversiblement transnational. Encore une fois suivez la piste de l’argent. Membres du BRICS, la Chine et le Brésil, ont commencé à laisser de côté le dollar US dans leurs échanges commerciaux en 2007. Membres du BRICS, la Russie et la Chine, ont fait de même en 2010. Le Japon et la Chine – les deux plus grands géants asiatiques – ont fait de même le mois dernier.

Rien que la semaine dernière, l’Arabie Saoudite et la Chine ont présenté un projet pour une gigantesque raffinerie du pétrole dans la Mer Rouge. Et, plus ou moins secrètement, l’Inde a décidé de payer le pétrole iranien avec de l’or, même en contournant l’ intermédiaire habituel, une banque turque.

L’Asie veut un nouveau système international et travaille pour l’obtenir. Les conséquences inévitables à long terme : le dollar US – et, notamment, le pétrodollar – glisseront lentement vers l’inutilité. « Too Big to Fail (trop grand pour échouer) », pourrait devenir non pas une affirmation catégorique, mais une épitaphe.

* Pepe Escobar auteur brésilien de : « Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan  » (Nimble Books, 2009).

Asia Times. Chine, le 28 janvier 2012

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Traduit de l’anglais pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi


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El Correo. Paris, le 28 janvier 2012.

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