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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 13:39

330px-Latin_America_-orthographic_projection-.svg.pngContinent de forte croissance économique, de démocraties fragiles et d’inégalités extrêmes, l’Amérique latine est aussi traversée d’une dynamique soutenue de rébellions et de contestations sociales, aux formes, aux identités et aux revendications renouvelées. Et pourtant, les mouvements sociaux de la région ont fort à faire aujourd’hui pour continuer à exister, à peser sur le politique.

Menacée de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du ‘consensus de Washington’ : menacée d’instrumentalisation, de cooptation ou d’institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et redistribuer les dividendes des richesses exportées, la protestation émancipatrice offre un visage pluriel. Un double clivage prévaut d’ailleurs au sein de la ‘gauche sociale’ latino américaine. Celui – de fond – qui divise tenants et opposants du néodesarrollismo, nationalisme populaire d’un côté, écosocialisme de l’autre. Et celui - plus stratégique - qui oppose les partisans d’un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social. Reste que, du Chili au Mexique, du Brésil au Venezuela, de l‘Uruguay au Guatemala, de la Bolivie au Honduras et dans le reste de l’Amérique latine, les mouvements sociaux - paysans, urbains, indigènes, étudiants, etc. - influent tant bien que mal sur la redéfinition de la participation démocratique et de la citoyenneté politique. Le ‘virage à gauche’ latino-américain de cette dernière décennie peut être analysé dans son unicité (‘une même lame de fond’), dans sa dualité (‘deux gauches distinctes’) ou dans sa multitude (‘la diversité des situations’). En amont, en cours, en aval et même à rebours de ce ‘virage’, les mouvements sociaux jouent un rôle crucial dans la volonté de démocratisation et de transformation sociale inégalement à l’œuvre sur le continent.

Eclairages nationaux

A quelques accents près, les tendances structurelles du modèle de domination colombien - limitation de la démocratie, approfondissement du néolibéralisme, aggravation du conflit armé - persistent. Bien que souvent réprimés, les mouvements sociaux font face. Au déclin des organisations syndicales, répond le dynamisme des mouvements urbains, d’associations de victimes… qui engrangent certains résultats mais manquent de relais politiques. En dépit de l’extraordinaire développement de l’organisation sociale populaire et des changements culturels significatifs qui se sont produits ces dix dernières années au Venezuela, la faible autonomie des mouvements et des acteurs sociaux à l’égard du pouvoir d’Etat chaviste et la reproduction d’un modèle, souvent inefficace et corrompu, de société rentière questionnent le sens et la portée de la ‘révolution socialiste bolivarienne’. L’arrivée à la présidence de Lula en 2003 s’est traduite par une multiplication des opportunités d’accès à l’institutionnel pour la société civile brésilienne. La reconfiguration des rapports entre mouvements et Etat qui en résulte est complexe et ne peut être envisagée sous le seul prisme de la cooptation et de la démobilisation.

En témoignent l’obtention d’avancées et la poursuite des mobilisations en dehors des espaces institutionnels. Pour distinct qu’il soit du paradigme néolibéral, le projet de ‘révolution citoyenne’ porté par le président Rafael Corréa de l’Equateur n’a pas su empêcher l’émergence d’une forte opposition sociale emmenée par le mouvement indigène. Le retour de l‘Etat et l’élargissement des droits sociaux sont des acquis indiscutés, mais la centralisation des décisions et la poursuite du modèle ‘extractiviste’ génèrent de violentes tensions au sein du camp progressiste. Sur fond d’hégémonie du modèle néolibéral, imposée dans les années 1990 sous le ‘fujimorisme’ et perpétuée dans les années 2000 par des gouvernements portés par une croissance économique record, une série de conflits sociaux d’abord, un sens commun anti-néolibéral ensuite et enfin d’importantes mobilisations indigènes contre les projets miniers ont émergé. Le nouveau président nationaliste Humala en a bénéficié, avant de se métamorphoser.

Le deuxième mandat du toujours populaire président Morales est celui d’un certain ‘retour à la normalité’ bolivienne, c’est-à-dire et à l’instabilité et aux conflits. Le ‘néodéveloppementisme’ du gouvernement est diversement apprécié par les mouvements qui l’ont porté au pouvoir pour fonder le pays. Carriérisme de leaders sociaux, replis populaires corporatistes, dissidences politiques, inefficacité … les écueils se multiplient. Depuis la chute du dictateur Stroessner, les organisations progressistes paraguayennes ont cherché à peser sur le politique, avec plus ou moins de succès. Conscientes que le pouvoir néolibéral constituait un obstacle à leurs revendications, elles ont misé sur la stratégie électorale en favorisant à des degrés divers la victoire du président Lugo. Mais cette option a montré ses limites. Institutionnalisation, démobilisation ou … criminalisation. Le bilan des sept premières années au pouvoir du Frente Amplio en Uruguay est mitigé : des efforts sociaux, mais peu de remise en cause de l’impunité et des politiques néolibérales.

Investisseurs extérieurs et monocultures ont les coudées franches. La protestation reste cependant minime et les mouvements sociaux plutôt démobilisés. Un mégaprojet minier pourrait changer la donne. Il a en tout cas fait naître un mouvement d’opposition hétérogène. La vague de protestations qui déferle sur le Chili indique que les frustrations ont atteint leurs limites. Exacerbées par le dédain du gouvernement Pinera pour la res publica, ces mobilisations, hétérogènes et sectorielles au départ, questionnent en profondeur le modèle néolibéral sur lequel s’est construit le ‘miracle chilien’. En dépit de la répression et au risque de la cooptation pour les moins radicales d’entre elles. Croissance économique, réactivation industrielle, diminution du chômage, interventionnisme d’Etat, allocations sociales … si les acquis du ‘kirchnerisme’ sont appréciés par une partie des syndicats dans la grande tradition ‘national-populaire’, le modèle ‘extractiviste’ et agro-exportateur, la précarité, les conflits intersyndicaux et la répression des nouvelles luttes socio-environnementales, pour la terre, le logement… posent problème.

Mexique, Amérique centrale et Caraïbes

Dans un climat de violence exacerbée par la ‘guerre contre le crime organisé’, les mouvements sociaux mexicains mobilisés en défense de l’emploi, des ressources naturelles, des droits humains etc., n’ont pas réussi à imposer une force organisée ni un projet alternatif face aux politiques néolibérales et conservatrices du Pan. Leur articulation (dans le mouvement de Lopez Obrador) en vue des prochaines élections pourrait changer la donne.

Les luttes à l’œuvre aujourd’hui au Guatemala, en particulier dans le monde indigène, sont à la fois l’expression d’une frustration structurelle historique, non résolue démocratiquement et un contre-feu à la stratégie actuelle du capital, en quête de nouveaux marchés, de main-d’œuvre pas chère et de ressources naturelles et énergétiques. Le système de domination guatémaltèque dispose toutefois d’importants moyens pour garantir sa perpétuation. La vigueur du mouvement social salvadorien contre les politiques néolibérales a indiscutablement contribué à la victoire électorale en 2009 du nouveau président Mauricio Funes et du Front Farabundo Marti de libération nationale (Fmln), l’ancienne guérilla. Les ruptures annoncées n’étant pas au rendez-vous, en particulier dans le domaine sensible de l’exploitation des ressources naturelles, les acteurs sociaux demeurent mobilisés. Les réformes libérales du 19e siècle et la récente période néolibérale, entrecoupées de réformes agraires dans les années 1960 et 1970, ont servi de cadre à la privatisation des terres au Honduras. Le foncier constitue d’ailleurs l’épicentre des conflits sociaux. En dépit de la répression systématique des mouvements depuis le coup d’Etat, réside dans la consolidation des organisations de base. Si le Front sandiniste (Fsln), qui a renversé la dictature somoziste en 1979, a longtemps gardé un monopole sur la contestation populaire au Nicaragua, au moins quatre types de protestation - de travailleurs, de femmes, d’ethnies, de citoyens - lui disputent aujourd’hui cette mainmise.

Parmi les écueils à éviter : la dépendance externe, la polysémie ou le manque de clarté de certains discours, la perte du caractère antisystémique des luttes. La forte institutionnalisation des conflits sociaux et les mécanismes de ‘pacification’ de la contestation participent à perpétuer l’imaginaire d’un Costa Rica démocratique souvent étiqueté ‘la Suisse de l’Amérique centrale’. Depuis 1995 toutefois, l’ajustement structurel et les politiques de libéralisation et de privatisation ont suscité plusieurs cycles de protestations, régulièrement réprimés. Si le mouvement ouvrier panaméen, aux accents souverainistes, est parvenu à engranger de réels acquis sociaux avant les années 1980, la période néolibérale a détricoté l’essentiel et fortement précarisé le travail. Le redéploiement capitaliste actuel - projets miniers, énergétiques et touristiques, élargissement du canal - déplace la conflictualité sociale, notamment vers les régions indigènes… qui se mobilisent.

Les réformes engagées à Cuba vers le ‘socialisme de marché’ changent les formes de propriété et impliquent l’abandon du modèle social. Les inégalités fragilisent la légitimité du processus dans la société éduquée à la solidarité, mais où le socialisme d’Etat corsetait le corps social. Le rapport entre société civile et gouvernants a changé, l’exigence d’une nouvelle citoyenneté se fait jour. Dans la foulée de la chute du ‘duvaliérisme’ en 1986, les énergies sociales haïtiennes débridées se sont rapidement manifestées. Cet essor momentané a été suivi d’un déclin des mouvements sous le pouvoir d’Aristide : cooptation et instrumentalisation. Si le séisme de 2010 a révélé l’importance des solidarités sociales face aux carences de l’Etat, le mouvement social haïtien reste organiquement faible et souvent confisqué par le politique. En rupture avec les organisations de gauche traditionnelle, plusieurs nouveaux mouvements sociaux ont sorti la République dominicaine de sa léthargie sociale. Sur les fronts de l’exploitation des ressources naturelles, de l’éducation et de l’équipement des quartiers populaires, ils combinent ancrage local et mobilisation nationale. Pour autant, leurs acquis sont inégaux.

Analyses transversales

L’émergence de mouvements indigènes a marqué les deux dernières décennies en Amérique latine. Parmi les raisons de l’irruption : l’activisme de réseaux internationaux et les fenêtres d’opportunité ouvertes par la démocratisation. Parmi les impacts : réformes constitutionnelles, statuts d’autonomie et nouveaux acteurs politiques. Mais le phénomène perd en visibilité. La poussée de conflits pour les ressources naturelles pourrait lui en redonner. La délégitimation du néolibéralisme, à laquelle ont participé les mouvements sociaux latinos dès les années 1990, a fait place à la confrontation entre trois projets distincts : néodéveloppementaliste, (Argentine, Brésil …), socialiste (Venezuela, Bolivie…) et libéral-conservateur (Mexique, Colombie…). Portés par la croissance, les trois consolident la primarisation de l’économie et l’extractivisme, en dépit des contestations sociales. L’historique des mouvements sociaux en Amérique latine tient en quatre phases : leurs origines, depuis l’influence anarchiste au 19e siècle jusqu’à la troisième internationale ; le cadre populiste et les luttes ‘nationales démocratiques’ du 20e siècle ; l’émergence de luttes autonomes et les nouvelles formes de résistance au néolibéralisme ; et la mondialisation des luttes sur fond de ‘virage à gauche’ continental en ce début du 21e siècle.Ce numéro de la revue Alternatives Sud a très bien dressé l’état des résistances en Amérique latine.


Amady Aly DIENG

http://www.walf.sn/culture/suite.php?rub=5&id_art=78571

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 10:51

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Cuba a été contrainte de se battre pour son existence face à une puissance expansionniste, située à quelques milles de ses côtes et qui ne cachait pas ses visées d’annexion dans la mesure où sa seule destinée était censément de tomber dans son giron tel un fruit mûr. Nous étions voués à l’inexistence comme nation.

Dans la glorieuse multitude de patriotes qui se battit durant la seconde moitié du XIXe siècle contre l’abominable colonialisme imposée par l’Espagne pendant trois cents ans, José Martí fut celui qui perçut avec le plus de clarté cette destinée si dramatique. Et il le fit savoir dans les dernières lignes qu’il écrivit quand, à la veille d’un rude combat prévu contre une colonne espagnole aguerrie et bien équipée, il affirma que l’objectif clef de sa lutte était «  d’empêcher à temps, par l’indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s’étendent dans les Antilles et ne s’abattent, avec cette force de plus, sur nos terres d’Amérique. Tout ce que j’ai fait à ce jour et tout ce que je ferai, c’est pour cela. »

Quiconque ne comprend pas cette profonde vérité aujourd’hui ne peut être ni patriote ni révolutionnaire.

Les médias, le monopole de nombreuses ressources techniques et les fonds considérables destinés à tromper et à abrutir les masses constituent sans aucun doute des obstacles importants, mais non invincibles.

La nation cubaine a prouvé, malgré sa condition de factorerie coloniale yankee où sévissaient l’analphabétisme et la pauvreté généralisée, qu’il était possible de faire face au pays qui menaçait de l’absorber définitivement. On ne saurait affirmer qu’il existait une bourgeoisie nationale opposée à l’Empire ; au contraire, elle en était si proche qu’un peu après le triomphe de la Révolution, elle est allée jusqu’à envoyer quatorze mille enfants aux États-Unis sans la moindre protection, car on avait fait courir le mensonge perfide selon lequel l’autorité parentale serait supprimée, l’Histoire devant enregistrer cette « Opération Peter Pan » comme la plus grande manipulation d’enfants à des fins politiques en Amérique.

À peine deux ans après le triomphe révolutionnaire, le territoire national fut envahi par des forces mercenaires constituées d’anciens militaires de Batista et de fils de gros propriétaires terriens et de bourgeois, armées par les États-Unis et escortées par des bâtiments de leur flotte navale, dont des porte-avions prêts à entrer en action, qui les accompagnèrent jusqu’à nos côtes. La défaite et la capture de la quasi-totalité des mercenaires en moins de soixante-douze heures et la destruction de leurs avions qui opéraient depuis des bases au Nicaragua et de leurs moyens de transport naval constituèrent une défaite humiliante pour l’Empire et ses alliés latino-américains qui avaient sous-estimé la capacité de lutte du peuple cubain.

Les USA ayant interrompu leurs livraisons de pétrole puis supprimé totalement les contingents d’exportation de sucre dont Cuba avait toujours bénéficié sur leur marché et interdit le commerce établi entre les deux pays durant plus de cent ans, l’URSS répondit à chacune de ces mesures en nous livrant du pétrole, en achetant notre sucre, en faisant du commerce avec notre pays et finalement en nous fournissant les armes que Cuba ne pouvait acheter sur d’autres marchés.

Une campagne systématique d’attaques pirates organisées par la CIA, les actions militaires de bandes contre-révolutionnaires créées et équipées par les USA avant et après l’attaque mercenaire, tout ceci devant aboutir à une invasion militaire directe, donnèrent naissance aux événements qui mirent le monde au bord d’une guerre nucléaire totale à laquelle aucune des parties ni l’humanité elle-même n’auraient pu survivre.

Ces événements entraînèrent sans aucun doute la destitution de Nikita Khrouchtchev qui sous-estima l’adversaire, refusa d’écouter les avis qu’on lui donnait et ne consulta pas ceux qui, comme nous, étaient en première ligne avant de prendre sa décision finale. Ce qui aurait pu être une importante victoire morale se transforma ainsi en un revers politique coûteux pour l’URSS. De fait, durant bien des années, les USA continuèrent de commettre les pires méfaits contre Cuba et continuent, comme c’est le cas de leur blocus criminel, de les commettre.

Khrouchtchev eut des gestes extraordinaires envers notre pays. J’ai critiqué sans hésiter, à l’époque, le fait qu’il ait passé un accord avec les États-Unis sans nous avoir consultés, mais il serait ingrat et injuste de notre part de ne pas reconnaître sa solidarité extraordinaire à des moments difficiles et décisifs pour notre peuple dans sa bataille historique pour son indépendance et sa Révolution face au puissant Empire étasunien. Je comprends que la situation était extrêmement tendue et qu’il ne voulait pas perdre une minute quand il prit la décision de retirer les projectiles et que les Yankees s’engagèrent, très en secret, à renoncer à leur invasion.

Des décennies se sont depuis écoulées pour atteindre un demi-siècle, et le fruit cubain n’est toujours pas tombé dans les mains des Yankees.

Les nouvelles qui nous parviennent aujourd’hui d’Espagne, de France, d’Iraq, d’Afghanistan, du Pakistan, d’Iran, de Syrie, d’Angleterre, des îles Malvinas et de bien d’autres point de la planète sont sérieuses et augurent toutes une catastrophe politique et économique à cause de la démence des États-Unis et de leurs alliés.

Je me bornerai à quelques points. Je tiens d’abord à signaler – comme tout le monde peut le constater – que la sélection d’un candidat républicain à la présidence de cet Empire globalisé et touche-à-tout, constitue – et je le dis sérieusement – le pire concours d’idiotie et d’ignorance qu’on ait jamais vu. Comme j’ai d’autres chats à fouetter, je ne peux pas perdre mon temps à ça. Je savais pertinemment qu’il en serait ainsi.

Des dépêches de presse que je tiens à analyser sont bien plus éloquentes, parce qu’elles étalent en plein jour le cynisme incroyable que génère l’Occident dans sa décadence. L’une d’elles parle tout bonnement d’un prisonnier politique cubain qui, dit-on, est décédé au terme d’une grève de la faim de cinquante jours. Un journaliste de Granma, de Juventud Rebelde, d’un journal parlé ou télévisé ou de tout autre organe de presse révolutionnaire peut bien se tromper dans ses appréciations d’un tel ou tel thème, mais il ne fabrique jamais une nouvelle de toutes pièces ni n’invente un mensonge.

Selon la note publiée par Granma, cette grève de la faim n’a jamais eu lieu : il s’agissait d’un prisonnier de droit commun, condamné à quatre ans de privation de liberté pour avoir battu sa femme et lui avoir causé des blessures au visage ; c’est la belle-mère en personne qui a demandé l’intervention des autorités ; les proches ont été au courant de tous les gestes médicaux faits pour le sauver et savent gré aux spécialistes cubains des efforts qu’ils ont déployés. Il a été soigné, signale la note, dans le meilleur hôpital de l’Est du pays, comme n’importe quel autre citoyen. Il est décédé des suites d’une défaillance multi-organique secondaire associée à un processus respiratoire septique sévère.

Le patient a reçu tous les soins habituels dans un pays qui possède un des meilleurs services médicaux au monde, des soins gratuits malgré le blocus que l’impérialisme impose à notre patrie. Il s’agit tout simplement d’un devoir normal dans une Révolution qui peut se vanter d’avoir toujours respecté, durant plus de cinquante ans, les principes qui lui donnent sa force invincible.

Mieux vaudrait, assurément, que le gouvernement espagnol, compte tenu de ses excellentes relations avec Washington, se rende aux États-Unis et s’informe de ce qu’il se passe dans les prisons yankees, de la conduite impitoyable suivie envers les millions de détenus dans ce pays, de la politique de la chaise électrique qui y est appliquée et des horreurs commises envers les détenus dans les prisons et ceux qui protestent dans les rues.

Hier, lundi 23 janvier, un dur éditorial de Granma intitulé « Les vérités de Cuba » a expliqué en détail sur toute une page la campagne mensongère insolite et impudente orchestrée contre notre Révolution par « certains gouvernements traditionnellement impliqués dans la subversion contre Cuba ».

Notre peuple connaît bien les normes qui ont régi la conduite immaculée de notre Révolution dès le premier combat et jamais souillée durant plus d’un demi-siècle. Il sait aussi que les ennemis ne pourront jamais exercer de pressions sur lui ni le faire chanter. Nos lois et nos normes seront appliquées indéfectiblement.

Il est bon de le signaler clairement et en toute franchise. Le gouvernement espagnol et l’Union européenne qui part en capilotade, plongée dans une profonde crise économique, doivent savoir à quoi s’en tenir. Leurs déclarations reproduites par les agences de presse et recourant à des mensonges éhontés pour attaquer Cuba font pitié. Occupez-vous d’abord de sauver l’euro, si vous le pouvez, réglez le chômage chronique dont souffrent toujours plus de jeunes, répondez aux indignés que vos polices ne cessent d’attaquer et de frapper.

Nous n’ignorons pas que le gouvernement espagnol est maintenant passé aux mains d’admirateurs de Franco, lequel dépêcha près de cinquante mille membres de la Division Bleue auprès des SS et des SA nazis pour participer à la sauvage agression contre les Soviétiques, prenant part à l’opération la plus cruelle et la plus douloureuse de cette guerre, le siège de Leningrad, où un million de citoyens russes périt dans cette tentative d’étrangler la ville héroïque. Le peuple russe ne pardonnera jamais ce crime horrible.

La droite fasciste d’Aznar, de Rajoy et d’autres serviteurs de l’Empire doit avoir sa petite idée sur les seize mille morts que souffrirent leurs prédécesseurs de la Division bleue et sur les Croix de fer par lesquelles Hitler récompensa ses officiers et ses soldats. Ce que fait aujourd’hui la police-gestapo aux hommes et aux femmes qui réclament leur droit au travail et au pain dans le pays où sévit le chômage le plus élevé d’Europe n’a donc rien d’étonnant

Pourquoi les médias de l’Empire mentent-ils si impudemment ?

Ceux qui manipulent ces médias s’escriment à tromper et à abrutir le monde par leurs mensonges éhontés, pensant peut-être que c’est là le recours principal pour maintenir le système de domination et de pillage imposé au monde et, tout particulièrement, aux victimes proches du siège des métropoles, autrement dit les presque six cents millions de Latino-Américains et de Caribéens vivant sur ce continent-ci.

La république sœur du Venezuela est devenue l’objectif clef de cette politique. La raison en saute aux yeux. Sans le Venezuela, l’Empire aurait imposé le Traité de libre-échange à tous les peuples du continent qui vivent au sud des États-Unis, où se trouvent les plus grandes réserves de terre, d’eau potable et de minerai de la planète, ainsi que de grande ressources énergétiques qui, gérées dans un esprit de solidarité avec les autres peuples du monde, ne peuvent ni ne doivent tomber aux mains des transnationales qui imposent un système suicidaire et infâme.

Il suffit, par exemple, de regarder une carte pour comprendre l’extorsion criminelle dont l’Argentine a été victime quand on lui a enlevé un pan de son territoire à l’extrême sud du continent où les Britanniques ont utilisé leur appareil militaire décadent pour assassiner des recrues argentines vêtus d’uniformes d’été en plein hiver austral. Les États-Unis et leur allié Augusto Pinochet y offrirent à l’Angleterre un appui ignominieux. De nos jours, à la veille des Jeux olympiques de Londres, le Premier ministre David Cameron proclame à son tour, comme l’avait déjà fait Margaret Thatcher, son droit de recourir aux sous-marins atomiques pour tuer des Argentins. Le gouvernement de ce pays ignore que le monde est en train de changer et que notre continent et la plupart des peuples méprisent toujours plus les agresseurs.

Le cas des îles Malvinas n’est pas le seul. Quelqu’un sait-il comment se terminera le conflit en Afghanistan ? Voilà quelques jours à peine, on apprenait que des soldats étasuniens avaient outragé les cadavres de combattants afghans assassinés par les drones de l’OTAN.

Voilà trois jours, une agence de presse européenne faisait savoir que « le président Hamid Karzai avait avalisé des négociations de paix avec les talibans, en soulignant que c’était là une question que devaient régler les citoyens de ce pays », et qu’il avait ajouté : « … le processus de paix et de réconciliation incombe à la nation afghane, et aucun pays ni aucune organisation étrangère ne peut ôter ce droit aux Afghans. »

Par ailleurs, une dépêche en provenance de Paris publiée par notre presse informait : « La France a suspendu aujourd’hui toutes ses opérations d’entraînement et d’aide au combat en Afghanistan et a menacé de retirer ses troupes avant la date prévue, après qu’un soldat afghan a eu abattu quatre militaires français dans la vallée de Taghab, dans la province de Kapisa […] Sarkozy a donné des instructions à son ministre de la Défense, Gérard Longuet, de se rendre sans délai à Kaboul et a envisagé la possibilité de retirer le contingent français par anticipation. »

À la disparition de l’URSS et du camp socialiste, le gouvernement étasunien a jugé que Cuba ne pourrait pas se maintenir. George W. Bush avait même préparé un gouvernement contre-révolutionnaire pour diriger notre pays. Le jour même où Bush a lancé sa guerre criminelle contre l’Iraq, j’ai demandé aux autorités de notre pays de cesser d’être tolérantes envers les chefaillons contre-révolutionnaires qui demandaient hystériquement, ces jours-là, une invasion de Cuba, car leur attitude constituait de fait une trahison à la patrie.

Bush et ses crétineries ont sévi durant huit ans ; la Révolution dure déjà depuis plus d’un demi-siècle. Le fruit mûr n’est pas tombé aux mains de l’Empire. Cuba ne sera pas une force de plus par laquelle l’Empire s’étendra sur les peuples d’Amérique. Le sang de Martí n’aura pas coulé en vain.

Je publierai demain d’autres Réflexions qui compléteront celles-ci

 

Fidel Castro Ruz

Le 24 janvier 2012 - 19 h 12

 

http://www.cuba.cu/gobierno/reflexiones/2012/fra/f240112f.ht...

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Published by valenton rouge - dans Cuba socialiste
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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 10:47
arton15689-91398.jpgGuillaume SARKOZY - Wikimedia Commons


L’exemple du textile, secteur emblématique du phénomène de délocalisation, est révélateur de la proximité entre certaines entreprises, organisations professionnelles, patronales et pouvoir politique.

Les premières délocalisations du textile habillement ont débuté il y a plus de 30 ans mais la chute du secteur s’est précipitée au cours des dix dernières années.

En 2002, Guillaume Sarkozy, fervent partisan des délocalisations, Président de l’UIT (Union des industries textiles), Vice-président du MEDEF et dont le frère, Nicolas Sarkozy occupait alors le poste de ministre de l’Economie, déclarait "Je suis fier d’être un patron industriel qui délocalise, assez de faux semblants : la perte d’emploi, la déstabilisation industrielle, c’est normal, c’est l’évolution" (L’expansion 28/11/02).

CONFLITS D’INTÉRÊTS

Après avoir coulé l’industrie textile française et déposé de bilan de son entreprise en 2006, Guillaume Sarkozy, devenait Président du conseil d’administration ainsi que Directeur général du groupe Malakoff-Médéric fusionné en juin 2008, et bénéficiait 6 mois plus tard, à la faveur de la mise en place du dispositif "mutuelle obligatoire employeur ", des souscriptions des contrats d’assurance des 50 000 employés de Pôle emploi et des 120 000 employés de la Sécurité sociale.

En juillet 2009, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, le taux de TVA de la restauration était réduit de 19.6 % à 5.5 % et offrait ainsi un cadeau annuel de 2.4 milliards d’euros aux CHR (cafés hôtels restaurants).

Encore fort opportunément, 18 mois plus tard, c’était justement le groupe d’assurance dirigé par Guillaume Sarkozy, qui remportait le marché des CHR et engrangeait 800 000 contrats d’assurance.

En octobre 2010, le député André Guérin (PCF) brocardait le projet de partenariat contre nature de Malakoff-Médéric avec la Caisse nationale de prévoyance (CNP assurances), 1er assureur de personnes en France mais également filiale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), "Groupe public au service de l’intérêt général et du développement économique".

Le frère ainé du président de la république, devait assurer la fonction de Président du conseil de surveillance de ce nouveau fonds d’investissement spécialisé dans la retraite par capitalisation et fondé à capter une part importante d’une épargne évaluée, selon le Conseil d’orientation sur les retraites, entre 40 à 110 milliards d’euros en 2020.

Le projet a été rejeté par l’Autorité de contrôle prudentiel, mais le 17 décembre 2010, Guillaume Sarkozy affirmait aux salariés de Malakoff-Médéric, que le projet de coentreprise pourrait être de nouveau présenté en juin 2012 pour un lancement au 1er janvier 2013.

Depuis plusieurs années, Nicolas Sarkozy prépare les français à une diminution de leur prise en charge par les régimes de retraites par répartition au bénéfice de l’assurance retraite par capitalisation. Gageons que le groupe dirigé par Guillaume Sarkozy sera le principal bénéficiaire de cette politique de fossoyage de l’assurance retraite et maladie, menée aujourd’hui au nom de l’austérité.

Francis JOURNOT

Mouvement associatif RENDEZ NOUS NOTRE INDUSTRIE !

www.rendez-nous-notre-industrie.com et www.vetements-made-in-france.com

sont des associations citoyennes indépendantes et sans appartenance politique. 

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http://www.legrandsoir.info/quand-l-austerite-fait-le-bonheur-de-guillaume-sarkozy.html
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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 10:31

40927415.jpg« Voler la Sécurité sociale, c’est trahir la confiance de tous les Français », selon Nicolas Sarkozy. Le gouvernement poursuit donc sa traque de l’antiFrance enrhubée. Son objectif ? Déconsidérer la Sécu aux yeux de la population… Éléments de diagnostic.

« Ainsi donc, les projets de diminution du montant des indemnités journalières (en calculant celles-ci sur le salaire net) ou d’allongement du délai de carence ne suffisent pas au gouvernement, il veut aller plus loin dans l’abject. Il s’apprête à demander aux médecins-conseils d’endosser encore plus le rôle de policier de l’Assurance maladie et de verbaliser les malades dont l’arrêt maladie serait, à leurs yeux, injustifié. […] Cette mesure est profondément injuste, arbitraire, ignorante de ce qu’est l’exercice de la médecine. » C’est en ces termes choisis que le Syndicat de la médecine générale a réagi aux dernières mesures gouvernementales pour lutter contre la sempiternelle inflation du poste des indemnités journalières [1] : plus 5,1 % en 2009, plus 3,9 % en 2010. Augmentation insupportable, surtout quand le chiffre (erroné, cf. CQFD n°53) de 11 à 13 % d’arrêts maladie abusifs est martelé sans cesse au populo. En ces temps d’austérité généralisée et de lutte contre la fraude sociale, c’est à se demander ce que font les contrôleurs de la Sécu ! Ben justement, ils fliquent.

Industriellement. À peu près deux millions d’arrêts maladie sont épluchés tous les ans par les médecins-conseils des contrôles médicaux. Les malades sont convoqués en masse, au besoin par téléphone pour gagner du temps sur les délais postaux, et les médecins « gros prescripteurs d’arrêts maladie » mis sous entente préalable – entendez par là que leurs prescriptions sont soumises à validation de la Sécu. Et comme tout ceci ne suffit pas, les caisses primaires mettent en place des « observatoires d’indemnités journalières » afin de piger pourquoi tous ces gens craquent moralement ou se cassent le dos au boulot.

Dans les officines de la Sécu, le mot d’ordre est donné : remettre un maximum de gens au travail ! Alain [2], médecin-conseil, en témoigne : « La question n’est pas de savoir si des gens font semblant d’être malade pour ne pas aller travailler. Ça a toujours existé et il y en aura toujours. La question est de savoir si la fraude augmente. Or, il n’existe aucune étude sérieuse sur le sujet. Ce que l’on sait c’est que, malgré tous nos contrôles, les arrêts maladie augmentent, qu’il y a une explosion des lombalgies et des dépressions, et que les médecins libéraux sont de plus en plus confrontés à des gens en grande souffrance au travail. Dans les contrôles médicaux, c’est la pensée unique : le malade est devenu un fraudeur en puissance et son prescripteur aura pêché par complaisance. Or les chiffres des arrêts abusifs sont bidouillés. Actuellement on donne des avis médicaux défavorables pour des gens qui ont repris le travail avant notre convocation ! » Que cible une telle pratique si ce n’est le gonflement des arrêts abusifs ? Gangrenés jusqu’à l’os par la politique du chiffre, les contrôles médicaux de la Sécu sont rentrés dans cette logique absurde : pour sauver notre système de soins de ses déficits abyssaux, il suffit de se débarrasser des malades. Alain, toujours : « Aux réunions de service, le chef nous montre des tableaux par départements et il se fait un point d’honneur à stimuler les médecins-conseils, à les mettre en concurrence pour qu’ils fassent un maximum d’avis médicaux défavorables ! »

Christian Lehmann, médecin généraliste à Poissy (Yvelines), décrypte : « On le sait, la plupart des médecins et des patients ont un comportement éthique. Cette politique de la peur vise à installer le doute chez des Français attachés à la Sécu. Imagine : j’écoute les infos, j’entends qu’il n’ y a que 2 % d’arrêts maladie injustifiés, je me dis que le système fonctionne à 98 %, ce qui est bien. Mais si le chiffre annoncé monte à 13 %, si on te répète à longueur d’antenne que plus d’un malade sur dix fraude la Sécu, alors, là, ça ne va plus. La population n’est plus d’accord pour financer un tel système. Et en la désespérant d’une Sécurité sociale solidaire, tu la prépares peu à peu à basculer vers des assurances privées. »

Invité de BFM-TV le 16 novembre dernier, Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et membre de l’UMP canal Droite sociale (sic !), déclarait : « Si jamais, quand vous tombez malade, cela n’a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n’est pas très responsabilisant. Du coup, on a un peu l’impression que la Sécurité sociale est quelque chose sur lequel on peut tirer sans qu’il y ait un impact. » Tu as raison, Lolo, tire sur l’ambulance. Ça fera toujours quelques malades en moins dans les statistiques.

 

http://www.cqfd-journal.org/L-arret-maladie-voila-l-ennemi


Notes


[1] Le revenu versé par la Sécurité sociale en cas d’arrêt maladie pour compenser la perte de salaire.

[2] L’anonymat a été requis.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 10:25

arton5116-1ba3e.jpgPour lire l’article sur le site de Médiapart

 


Après la mobilisation historique de 2009 contre la LRU, loi sur l’autonomie des universités, et une série de réformes contestées (création de l’Agence nationale de la recherche, Plan Campus, etc.), l’échec du mouvement a suscité beaucoup d’amertume. La communauté universitaire a longtemps espéré pouvoir prendre sa revanche dans les urnes. Les effets des différentes réformes qui ont profondément modifié le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche commencent désormais à apparaître au grand jour. Universités exsangues placées sous tutelle, nouveaux territoires de relégation universitaire ou enseignants-chercheurs noyés sous la bureaucratie, le besoin d’un changement de cap est plus fort que jamais.

A trois mois de l’échéance présidentielle, universitaires et chercheurs restent mobilisés. Les syndicats du supérieur ont ainsi boycotté en ce début janvier une réunion avec Laurent Wauquiez, leur ministre de tutelle. Côté politique, universitaires et chercheurs n’en finissent plus d’attendre des engagements clairs de la part du candidat socialiste qui fait la course en tête dans les sondages. Dans une tribune récente, Alain Trautmann, fondateur de Sauvons la recherche, fustigeait un candidat socialiste « indécis et flou ».

La droite met en avant ce qui, pour elle, constitue au contraire l’une des réformes les plus réussies du quinquennat et ne manque pas d’ironiser sur un parti socialiste visiblement peu enclin à revenir sur les points fondamentaux de la réforme Pécresse.

De fait, le discours de François Hollande n’est pas sans ambiguïté. « L’autonomie ça me va », a-t-il lancé lors d’un meeting au printemps, avant d’expliquer qu’il s’agissait bien sûr d’une autonomie d’une tout autre nature que celle instituée par la loi Pécresse. Quant à savoir précisément à quoi ressemblerait cette autre autonomie, et plus généralement quelles seraient les véritables alternatives pour l’enseignement supérieur et la recherche… Mystère. « Pour l’instant, je n’entends pas grand-chose », regrette Stéphane Tassel, secrétaire national du syndicat Snesup, qui ajoute que ce qu’il croit percevoir derrière les quelques phrases distillées çà et là n’est pas pour le rassurer.

Malgré les critiques très sévères qu’a pu faire le PS contre la LRU, l’abrogation de la loi n’est en effet pas à son programme. Ce qui, pour tous ceux qui ont participé au mouvement, soit une large partie de la communauté universitaire, est difficilement compréhensible.

« Le "faites-nous confiance" ne suffit pas »

Le PS, qui a choisi d’avancer en douceur, a annoncé une loi-cadre et des assises de l’enseignement supérieur juste après les élections. François Hollande affirme certes vouloir réformer la LRU en profondeur : le pouvoir des présidents d’université, jugé exorbitant, et leur mode de désignation, peu démocratique, seraient revus pour garantir plus de collégialité. Des moyens plus importants seraient accordés aux universités pour leur permettre une réelle autonomie. Pourtant, la délégation de gestion, à savoir la gestion du budget et des ressources humaines au niveau local, qui constitue le cœur de la réforme, ne serait pas remise en cause.

Pour Isabelle This Saint-Jean, qui conseille le socialiste Vincent Peillon sur l’enseignement supérieur et la recherche, « la LRU, ce n’est pas une véritable autonomie. Or l’autonomie est importante pour avoir des projets d’établissements qui ne soient pas dictés par le ministère, même si cela doit s’inscrire dans un cadre national avec un cadre national des diplômes, un statut national des personnels ». Pourtant, précise-t-elle, «  l’autonomie de gestion, je ne suis pas sûre qu’il faille y revenir. Avant, il fallait quand même presque écrire au ministère pour avoir des stylos ! ».

Faire table rase comme le demandent beaucoup d’universitaires ? Isabelle This Saint-Jean, qui est aussi l’ancienne présidente de Sauvons la recherche et aujourd’hui vice-présidente PS de la région Ile-de-France, juge que la chose n’est sans doute ni possible ni même souhaitable. « Il est essentiel de réformer le paysage institutionnel même si cela va être très difficile. L’attente est énorme mais la fatigue est immense. Il y a une très grande lassitude dans la communauté universitaire. » Détricoter ce qui a été fait pourrait, selon elle, ajouter de la crise à la crise.

« Il faut sortir des postures. Je ne pense pas que l’on puisse avoir comme seule ligne politique la destruction de ce qui a été fait », ajoute, un peu agacé, Vincent Peillon, en charge de l’éducation dans la campagne de François Hollande. « Personne ne demande que tout soit piloté d’en haut. Mais il faut passer de la concurrence à la coopération. C’est de la fine dialectique », reconnaît-il. « Il faudra fixer un certain nombre de règles. »

Des réponses pour l’instant bien en deçà des attentes d’une communauté universitaire particulièrement remontée. « Ce que nous demandons, c’est une rupture profonde. Un élément liminaire, c’est l’abrogation de la LRU. Il ne s’agit pas d’infléchir la trajectoire actuellement suivie. Il faut changer de route », prévient Stéphane Tassel, secrétaire national du Snesup. La méthode qui consiste à proposer des assises après les élections ne le convainc guère. «  Je refuse qu’on reporte tout à l’après-présidentielle. Le "faites-nous confiance" ne suffit pas. La communauté qui a lutté dans sa quasi-totalité mérite mieux. »

Ne se focaliser, en outre, que sur les questions de moyens ou de gouvernance est un peu court pour le président du Snesup. « Imaginons qu’on garde le canevas de l’autonomie et qu’on augmente les moyens. Rien n’empêchera la pression sur la masse salariale qui a lieu aujourd’hui. Rien n’empêchera une université de prendre un ETP (équivalent temps plein) et payer deux précaires ou alors, à l’inverse, payer deux ETP et un chargé de mission dont on ne sait pas très bien qui l’a choisi », s’alarme-t-il.

Une équipe de campagne qui relève du savant mélange

Concernant la recherche, le flou est tout aussi grand. Quel avenir pour l’ANR, l’Agence nationale de la recherche créée sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin ? Cet organisme, qui oblige aujourd’hui les chercheurs à passer l’essentiel de leur temps à courir, souvent en vain, après des financements et institutionnalise dans les faits la précarité, est unanimement décrié. Si les conseillers de François Hollande reprennent à leur compte l’essentiel de ces critiques, la suppression de l’ANR n’est pourtant pas au programme. Ce qui, là encore, laisse dubitatifs nombre de chercheurs.

« Je ne suis pas hostile au financement par projet, cela peut notamment avoir du sens pour les jeunes chercheurs. Même s’il faut dire clairement que l’on s’engage sur des financements majoritairement récurrents », précise Bertrand Monthubert, le secrétaire national à l’enseignement supérieur et à la recherche du Parti socialiste, lui aussi ancien président de Sauvons la recherche, et longtemps vent debout contre l’ANR.

Plus que de l’ambiguïté dans la position actuelle du parti socialiste, Bertrand Monthubert y voit une nécessaire subtilité sur des sujets aussi complexes : « Je compte sur l’intelligence des gens. »

Concernant l’AERES, l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, créée en 2006, les mêmes questions se posent. « Nous demandons un moratoire sur l’AERES qui instaure de la discrimination dans tout le système », souligne Etienne Boisserie, président de Sauvons l’université. En classant les chercheurs, les laboratoires, sur des critères hautement contestables, l’AERES cristallise les critiques. Et, faute d’engagements précis, beaucoup craignent que le PS ne fasse, au mieux, que changer le nom de l’agence tout en gardant son principe.

Dans ce cadre, la coexistence dans l’entourage de François Hollande de personnalités très favorables à la LRU et d’autres qui y sont notoirement hostiles sème la confusion. De fait, le staff de Hollande semble tenter un savant mélange entre pro et anti. Si Bertrand Monthubert, ex-président de Sauvons la recherche, ne fait pas stricto sensu partie de l’équipe de Hollande, Isabelle This Saint-Jean a été l’une des figures du mouvement d’opposition à la LRU. Elle apparaît aux côtés de Vincent Peillon au même niveau que l’ancien président de la CPU (Conférence des présidents d’université), Lionel Collet. La présence de celui dont Etienne Boisserie affirme qu’il est celui «  qui a mis à genoux la CPU devant Pécresse » dans l’équipe du candidat socialiste passe plutôt mal.

De même, la présence auprès de François Hollande de l’économiste Philippe Aghion, professeur d’économie à Harvard, qui a rédigé pour Valérie Pécresse un rapport sur l’excellence universitaire fait aussi grincer des dents. Ce dernier prône un modèle de gouvernance à l’américaine avec des instances administratives et académiques séparées. Et donc, pourquoi pas, un président non issu de l’université, définitivement gestionnaire.

Pourquoi, à trois mois et demi de l’élection, le candidat socialiste n’a-t-il toujours pas précisé ses positions sur tous ces points ? Etienne Boisserie, président de Sauvons l’université, concède que ces thèmes sont compliqués à aborder dans une campagne présidentielle : « Il est électoralement parlant plus facile de s’adresser aux étudiants et à leurs parents. »

Pour beaucoup d’enseignants-chercheurs la campagne a donc pour l’instant un goût d’inachevé. « La vraie question de fond, c’est l’autonomie, pourquoi ? A quoi cela sert ? » estime ainsi Pierre Jourlin, maître de conférences à l’université d’Avignon et responsable de Sud-Education Vaucluse. « Mais on a le sentiment que rien ne sera dit dans cette campagne. Comme on a été pas mal insultés depuis cinq ans, explique-t-il, par allusion au discours du président de la République moquant ces chercheurs venant travailler parce qu’il y avait de la lumière et du chauffage, beaucoup de collègues me disent qu’il faut avant tout faire échec à ce gouvernement et que si le discours socialiste est loin d’être clair, ce sera toujours moins pire que ce qu’a fait Nicolas Sarkozy. » Pas sûr non plus que cela soit totalement suffisant.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 10:20

laborday.gifAprès l’annonce, en juin, d’une dégradation du marché de l’emploi américain, le chômage frappe 9,1 % de la population active. Plusieurs Etats du Midwest connaissent un phénomène de désindustrialisation. Les syndicalistes en imputent une partie de la responsabilité à l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena). L’histoire de Fostoria, ville industrielle de l’Ohio, ne les démentira pas.


par John R. MacArthur, juillet 2011

Au soir du 9 novembre 1993, alors que les esprits s’échauffent autour de l’adoption imminente par le Congrès de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), les partisans de ce traité se livrent à un numéro d’esbroufe sans précédent dans les annales de la propagande télévisuelle. Des millions d’Américains viennent tout juste d’assister au « Larry King Live » sur Cable News Network (CNN), qui accueillait un débat entre le milliardaire Ross Perot, chef de file du mouvement anti-Alena et candidat indépendant à l’élection présidentielle, et le vice-président Albert Gore, convaincu des vertus du libre-échange.

Entre l’amateur et le professionnel de la politique, l’affrontement tourne à l’avantage du second. Mais le meilleur reste à venir. Au cas où la prestation de M. Gore n’aurait pas suffi à emporter l’adhésion des foules, CNN a réuni un second plateau composé de quatre « experts », conviés à débattre du grand chantier du président William Clinton et de son prédécesseur George H. Bush : la suppression des barrières douanières sur le continent nord-américain et l’« intégration » du Mexique, du Canada et des Etats-Unis dans un marché unique synonyme d’emplois, de croissance et de prospérité pour tous — un scénario « gagnant-gagnant », selon la terminologie en vigueur. Des deux intervenants pro-Alena choisis par la chaîne, M. Lawrence (« Larry ») Bossidy se montre le plus audacieux : porte-parole du lobby patronal pro-Alena, il est aussi le président-directeur général (PDG) d’AlliedSignal, une multinationale active dans de nombreux secteurs et notamment propriétaire d’Autolite, une usine de bougies d’allumage pour automobiles implantée à Fostoria, dans l’Ohio.

Pour faire pièce aux arguments de ses adversaires, qui redoutent que l’Alena ne provoque une délocalisation massive des emplois au Mexique (dans un « bruit de succion géant », selon la formule imagée de M. Perot), M. Bossidy doit convaincre les téléspectateurs que le libre-échange fera couler le lait et le miel sur les vieux bassins industriels du Midwest (la rust belt, « ceinture rouillée »), déjà fort mal en point à l’époque. Suivant les recommandations de M. Carter Eskew, le conseiller en communication de M. Gore, le patron d’AlliedSignal sort de sa poche une bougie d’allumage et la brandit sur le plateau en déroulant cette tirade : « Voici une bougie, une bougie Autolite. Elle a été fabriquée à Fostoria, dans l’Ohio. Aujourd’hui, nous en produisons dix-huit millions ; demain, nous en produirons vingt-cinq millions. La question, c’est : où allons-nous les produire ? En ce moment, on ne peut pas les vendre au Mexique, parce qu’il faut payer une taxe douanière de 15 %. Mais si l’Alena est adopté, nous pourrons les vendre là-bas et donc continuer à fabriquer ces bougies à Fostoria. Ce qui veut dire qu’il n’y aura plus seulement mille cent emplois dans notre usine, mais bien davantage. (…) Ceci n’est qu’une petite partie d’une voiture. Aujourd’hui, nous exportons quatre mille automobiles au Mexique ; eh bien, nous en exporterons soixante mille au cours de la première année [suivant l’adoption de l’Alena], ce qui veut dire quinze mille emplois supplémentaires ! »

Un patron dorloté par M.Obama

Dix-sept ans plus tard, que reste-t-il de ces promesses ? En novembre 2010, alors que les Etats-Unis sont empêtrés dans un marasme économique sans fin et que l’ancien mastodonte General Motors vit sous perfusion d’argent public, l’usine de Fostoria ne compte plus que quatre-vingt-six ouvriers. Ces rescapés fabriquent non plus des bougies, mais des isolateurs en céramique destinés à équiper les bougies désormais produites… au Mexique.

Grâce à l’Alena, Autolite a en effet déménagé le cœur de ses activités dans la maquiladora de Mexicali, au sud de la Californie. Selon des sources syndicales, six cents employés y produisent des bougies, principalement de marque Motorcraft, filiale de Ford, la mieux portante des trois grandes compagnies automobiles américaines. Le charme de cette implantation se lit sur leur fiche de paie : alors que les ouvriers de Fostoria touchaient 22 dollars (15 euros) de l’heure à raison de quarante heures de travail par semaine, leurs collègues de Mexicali perçoivent 15,50 pesos (environ 1 euro) de l’heure pour quarante-huit heures de labeur hebdomadaires.

Autolite appartient désormais à la compagnie Honeywell, devenue en 1999 l’actionnaire majoritaire d’AlliedSignal. Son PDG, M. Dave Cote, n’a pas à se plaindre de son placement : la maquiladora de Mexicali garantit non seulement un coût de production dérisoire, mais aussi une protection maximale contre les tracasseries administratives ou judiciaires ainsi que contre les mouvements de grève. L’Alena, le gouvernement mexicain et la Confédération des travailleurs du Mexique (CTM), notoirement corrompue, se conjuguent pour garantir la paix civile aux investisseurs. Rien d’étonnant, par conséquent, si M. Cote a empoché en 2009 une rémunération de 13 millions de dollars en récompense de ses efforts. Plus surprenante, peut-être, est la sympathie que lui voue M. Barack Obama : à peine élu président, celui-ci l’invitait pour un tête-à-tête à la Maison Blanche, avant d’en faire son porte-parole à l’occasion d’un discours sur le « redressement » de l’économie américaine (1).

A Fostoria, la vie est un peu moins dorée que les lauriers du PDG. Certes, d’interminables wagons de marchandises continuent parfois d’emprunter les deux voies ferrées qui traversent la bourgade (13 441 habitants aujourd’hui), comme pour rappeler les années fastes — à la fin du XIXe siècle et durant toute la première moitié du XXe — où Fostoria, grâce au rail, voyait pousser les cheminées d’usine. Mais, de nos jours, les trains ne s’y arrêtent plus guère, et plus rarement encore pour embarquer des marchandises. La chambre de commerce locale en est réduite à vanter le spectacle des convois qui passent pour les amoureux des locomotives et les photographes amateurs (« Les touristes viennent de tous les coins du monde, d’Australie jusqu’en Suède, pour admirer le trafic ferroviaire qui traverse la ville »), quitte à frôler la publicité mensongère.

Pendant les deux jours que nous avons passé dans la ville, aucun admirateur de trains — ni aucun client d’ailleurs — ne peuplait le centre-ville. En revanche, l’unique librairie liquidait ses stocks à moitié prix en prévision de sa fermeture. A perte de vue, des parkings déserts s’étendaient au pied d’usines désaffectées : ici, Fostoria Industries (fours spéciaux), là, ThyssenKrupp Atlas (vilebrequins), plus loin encore le vendeur de voitures Graff Automall. Leur décrépitude témoigne du sort réservé à ce que les promoteurs de Fostoria célébraient naguère comme « une petite ville au centre de tout » (« a small town in the middle of everywhere »).

Dans les années 1990, alors que les usines pliaient bagage l’une après l’autre en direction du Mexique, celle d’Autolite paraissait encore inexpugnable ; pas seulement grâce aux boniments de M. Bossidy, mais surtout parce que sa production — 1,2 million de bougies par jour — battait des records. Cette belle exception ne pouvait cependant pas s’éterniser, d’autant que les eldorados patronaux se multipliaient : depuis l’instauration en 2000 de relations commerciales permanentes entre Pékin et Washington, les employeurs américains disposent en Chine d’une main-d’œuvre moins coûteuse encore que les ouvriers à 15,50 pesos des maquiladoras.

En janvier 2007, Autolite annonce donc sa décision d’ouvrir une usine à Mexicali. Huit mois plus tard, les six cent cinquante salariés encore en poste à Fostoria apprennent que plus de la moitié d’entre eux — trois cent cinquante — feront l’objet d’un licenciement au cours des deux années suivantes.

M. Robert Teeple dirige l’union locale du Syndicat des ouvriers automobiles (United Auto Workers, UAW). En 1995, à l’âge de 32 ans, il a suivi son père mécanicien à l’usine Autolite de Fostoria et rejoint l’élite syndiquée des cols bleus. A l’époque, la fabrique de bougies, située en plein centre-ville, comptait encore près d’un millier d’ouvriers. Quand nous l’avons rencontré pour la première fois, en septembre 2009, au local de son syndicat, M. Teeple attendait les dernières nouvelles concernant la liquidation des activités de l’usine — isolateurs en céramique exceptés — et l’avenir des deux cent soixante et onze derniers salariés. Il ne savait pas encore combien de ses collègues seraient mis à la porte ni à quelle date, l’usine de Mexicali connaissant alors quelques problèmes de démarrage.

M. Teeple n’a pas oublié les controverses soulevées par l’Alena en 1993, ni la visite à l’usine, un peu plus tard, du grand patron en personne, M. Bossidy. « Il avait l’air de dire que les affaires marchaient bien. Mais en ce temps-là, je n’étais pas très conscient de l’impact que l’Alena aurait sur nous. Les pour et les contre, on suivait ça de loin, à la télé. » Il a un petit rire. « Et puis voilà, au bout du compte, le résultat paraît assez évident, non ? »

Ses collègues de travail ne se sont pas montrés plus perspicaces. Lunettes de sûreté sur le visage, Mme Peggy Gillig, 53 ans, est en train de vérifier un lot de bougies sur l’une des quatre lignes de production encore en activité (on en comptait treize cinq ans plus tôt). Elle n’était guère politisée quand Autolite l’a embauchée il y a dix ans ; la politique l’a rattrapée. C’est d’abord l’automatisation des tâches qui a failli avoir raison de son emploi, mais les hommes politiques se sont avérés plus destructeurs que les robots : « Je suis déçue par nos dirigeants. Ils nous ont poignardés dans le dos en nous vendant aux intérêts étrangers. »

« Ils nous ont poignardés
dans le dos »

Madame Gillig ne nourrit aucun grief à l’égard des pauvres du Mexique ou d’ailleurs qui vont récupérer son emploi et ainsi la priver de la retraite à 60 ans à laquelle les accords d’entreprise lui auraient donné droit si elle avait disposé de quatre années de travail supplémentaires. « Les délocalisations n’ont pas l’air de faire beaucoup de bien aux travailleurs du tiers-monde, remarque-t-elle. On leur donne un salaire qui ne leur permet pas de vivre décemment : comment voulez-vous que ça leur soit bénéfique ? C’est peut-être mieux que de ne pas avoir de boulot du tout, mais si vous ne gagnez pas assez pour vous payer une maison ni même une voiture d’occasion… Je ne sais pas. Je ne vois pas à qui ça profite, sinon aux grandes compagnies. »

D’autres ouvriers viennent se joindre à la discussion. M. Larry Capetillo, 61 ans, était à la retraite lorsque son employeur l’a prié en 2007 de reprendre du service pour former le personnel au Mexique. Cette mission, partagée avec trois autres retraités, M. Capetillo l’a vécue comme un crève-cœur. Pour faire face à son dilemme moral, il a tout couché par écrit dans un journal intime. On peut y lire cette explication fournie par un dirigeant de Honeywell le jour de sa réembauche : l’usine de Fostoria perdait de l’argent « depuis quatre ou cinq ans, non pas tant à cause des coûts de production que parce que nous avons mille deux cents retraités ». Le cadre a néanmoins tenu à rassurer ses quatre recrues : si elles aident l’entreprise à s’implanter au Mexique, « on préservera environ trois cents emplois chez nous [à Fostoria] ». Comme beaucoup d’autres vétérans, M. Capetillo avait toujours considéré Autolite comme une affaire de famille. Son épouse, Fran, a travaillé vingt-neuf ans à l’usine avant de se faire licencier. Sa fille, Tracy, y travaillait encore avec son mari. Vingt-deux dollars de l’heure n’étaient pas un mauvais salaire, surtout par temps de crise.

« On savait que les collègues nous détesteraient si on acceptait ce boulot », admet M. Capetillo. Mais leur recruteur s’est montré persuasif : « Que vous acceptiez ou non de partir, leur a-t-il dit, la délocalisation aura lieu de toute façon. Nous allons tout faire pour que ce soit un succès. Mais si nous n’y arrivons pas et que l’usine là-bas doit mettre la clé sous la porte, ce qui reste de l’usine ici fermera aussi. » Difficile de résister à un pareil chantage. « On s’est dit que si on pouvait faire quelque chose pour sauver notre usine, ça valait peut-être le coup de partir là-bas. Croyez-moi, aucun de nous quatre ne voulait y aller ; mais quand le chef nous a dit que tout fermerait si l’affaire mexicaine tournait mal, il a bien fallu faire un choix », conclut l’ouvrier.

Au bout du compte, il apparaîtra que la compagnie n’avait nulle intention de poursuivre la production de bougies à Fostoria. Après deux années d’allers-retours pour M. Capetillo et ses collègues — deux semaines là-bas, deux semaines ici —, l’usine de Mexicali pouvait enfin tourner à plein régime et cracher « n’importe quoi avec du platine dedans », comme dit M. Teeple. Le résultat ne s’est pas fait attendre. En 2009, au moment de renégocier les accords d’entreprise à Fostoria, une mauvaise surprise attendait le syndicaliste : si les salariés voulaient préserver leurs cent dix emplois, ils devaient consentir une diminution de 50 % de leur salaire — 11 dollars au lieu de 22 — et payer de leur poche une partie de leur couverture santé. « On ne pouvait pas signer un truc pareil », se cabre M. Teeple. A tout prendre, mieux valait encore négocier de bonnes conditions de départ plutôt que de subir une humiliation aussi cuisante. « Je me suis senti totalement trahi par la compagnie, se souvient M. Capetillo. On nous a dit que trois cents emplois ou plus seraient maintenus. Finalement, ils n’en ont gardé qu’à peine la moitié. »

L’histoire aurait dû s’arrêter le 23 décembre 2009, quand la dernière ligne de production intégrée s’est arrêtée à Fostoria et qu’une majorité des ouvriers d’Autolite quittaient leur usine pour la dernière fois. Mais il nous restait encore un protagoniste à interroger : M. Cote. Le PDG de Honeywell ne s’était-il pas engagé avec ferveur dans la lutte contre la récession ? En janvier 2009, paradant à la Maison Blanche aux côtés de M. Obama, qui venait de prendre ses fonctions, l’homme aux 13 millions avait déclaré devant la presse : « Economiquement, la situation est clairement difficile. (…) Le Congrès, le peuple américain, nous en tant que dirigeants d’entreprise, tous, nous nous devons d’aider. Monsieur le Président, je peux dire au nom de Honeywell que vous pouvez compter sur nous et sur tous nos employés pour être présents et apporter notre contribution. » Pendant des mois, les attachés de presse du PDG contactés au siège de la compagnie, à Morristown dans le New Jersey, ont décliné nos demandes d’entretien.

Or voici que, le 4 avril 2010, une catastrophe « miraculeuse » se produit : un tremblement de terre de magnitude 7,2 frappe à soixante kilomètres de Mexicali, plaçant la région en état d’urgence et causant des dégâts un peu partout, y compris à la toute nouvelle usine de bougies d’allumage Autolite. La direction de Honeywell doit rapatrier à contrecœur une partie de la production à Fostoria et rappeler soixante-dix ouvriers récemment congédiés pour satisfaire la demande. « Ils nous ont dit qu’on produisait quatre fois plus qu’à l’usine mexicaine, soit cent trente mille bougies par jour », raconte M. Teeple. En octobre, toutefois, les choses reviennent à la normale dans l’immense zone industrielle de Mexicali, et les soixante-dix chanceux qui avaient été réembauchés à Fostoria pointent à nouveau au chômage. Cette fois, c’est pour de bon. Là-dessus arrive le 1er novembre, jour de la renégociation des contrats. Il ne reste plus que quatre-vingt-six salariés à Fostoria. Pour eux, les perspectives ne sont pas bonnes. « Ils nous ont assuré qu’ils n’installeraient pas de fours à céramique à Mexicali », dit M. Teeple. Mais les dirigeants ont fait le même genre de promesses à M. Capetillo quand ils l’ont appelé à l’aide pour « sauver » les emplois de Fostoria. M. Teeple dit que les isolateurs en céramique peuvent aussi bien être produits par NGK, une compagnie japonaise qui possède une usine à Irvine, en Californie, tout près du site de Mexicali. L’usine Autolite de Fostoria, ouverte en 1936, n’en a plus pour longtemps.

M. Teeple en a assez. Quelques mois plus tôt déjà, il nous disait qu’il ne comptait pas se représenter au poste de l’union locale du syndicat et qu’il allait accepter son indemnité de départ. « Je suis usé jusqu’à la corde.Je voudrais changer de métier, faire du marketing. Plus tu fais, plus tu gagnes. »

Mais le syndicaliste a d’autres mauvaises nouvelles. Le 28 janvier 2010, Honeywell a annoncé la vente de sa filiale Consumer Products Group (CPG), dont fait partie Autolite, au groupe Rank, une société d’investissement dont le siège se trouve en Nouvelle-Zélande, pour 950 millions de dollars (2). « Bien que CPG soit une excellente affaire, elle s’intègre mal à notre portefeuille de technologies globales différenciées », a expliqué M. Cote dans un communiqué de presse. Bien entendu, le PDG de Honeywell se dit confiant dans le fait que « le groupe Rank, connu pour son bilan en matière d’investissements dans des entreprises bien établies, sera une belle maison pour la marque CPG, ses consommateurs et ses employés ».

Il ne fait aucun doute que M. Cote avait à cœur l’intérêt de ses employés lorsqu’il a conclu son affaire. Rank appartient au spéculateur Graeme Hart, dont la fortune personnelle est estimée à 8 milliards de dollars. Ses exploits dans le monde de la haute finance sont légendaires ; son intérêt pour les créations d’emplois l’est un peu moins. La méthode d’enrichissement choisie par M. Hart, appelée dans le jargon financier « achat avec effet de levier » (LBO), consiste à emprunter beaucoup d’argent pour acquérir des entreprises à gros chiffre d’affaires, à comprimer leurs coûts de production en décimant les effectifs, puis à s’en servir pour contracter de nouvelles dettes ou à les revendre à profit. Exemple : son « investissement » dans Packaging & Consumer, racheté en 2008 au géant Alcoa pour 2,7 milliards de dollars.

A peine le fabricant de feuilles d’aluminium avalé, M. Hart raye de la carte 20 % des salariés du groupe, parmi lesquels les quatre cent quatre-vingt-dix ouvriers syndiqués des usines Reynolds Wrap de Richmond, en Virginie, ou encore leurs cent cinquante-huit collègues de l’imprimerie voisine. Une nouvelle entité est créée, Reynolds Group Holdings Ltd, qui sert d’entonnoir pour absorber d’autres sociétés, comme SIG et Evergreen Packaging. Un tel bilan n’incite pas à l’optimisme.

Le rêve américain tourne à l’aigre

Il existe maintes histoires et théories au sujet des bienfaits supposés du libre-échange. Aucune n’est aussi éclairante, cependant, que les témoignages des victimes de l’Alena. L’une d’elles s’appelle M. Jerry Faeth. En 2009, à 52 ans, ce travailleur d’Autolite s’estimait encore heureux : après trente-deux ans passés dans l’entreprise, il pouvait prétendre à une retraite à taux plein avant de se faire licencier. Ses deux filles étaient sur le point de passer leur diplôme dans une université privée, et il avait fini de rembourser le crédit de sa maison de New Riegel, à vingt kilomètres de Fostoria. Il aimait bien son travail, surtout depuis qu’on l’avait affecté à la section des prototypes : « J’adorais bosser là-bas, parce que tu ne fais jamais la même chose et que tu n’utilises pas seulement tes mains, mais aussi ton cerveau. Mes collègues diplômés me considéraient comme leur égal. » M. Faeth avait souscrit de tout son cœur au rêve américain, et celui-ci le lui rendait bien : « J’avais de la chance de travailler à Autolite. On avait de bons salaires, ce qui a permis à ma femme de quitter son boulot et d’élever nos deux filles pendant huit ans. Un baby-sitter ne s’occupe pas d’un enfant comme le ferait sa maman ou son papa. » Mais le rêve américain a brusquement tourné à l’aigre.

Lors de la réunion où les cols blancs de Honeywell ont dévoilé leur charrette de licenciements, M. Faeth a eu l’impression de « recevoir un coup de poing dans l’estomac ». « Je voulais travailler cinq ans de plus, mais cette fois c’était fini. Il fallait au moins que je me lève et que je leur balance leurs quatre vérités. Alors je suis allé vers l’un de ces dirigeants, et je lui ai dit : “Vous venez de dire qu’il fallait qu’on soit compétitifs. Moi, je cotise au plan 401K [caisse de retraite privée], et donc je reçois chaque année les comptes de ce fonds. J’y ai lu que les cinq plus gros dirigeants de Honeywell avaient gagné un total de 70 millions de dollars l’année dernière. Monsieur, est-ce que ça, c’est une dépense compétitive ?” »

Réponse du cadre supérieur, citée de mémoire par M. Faeth : « Eh bien, je ne peux rien dire au sujet du salaire de Dave Cote, mais vous savez, de toute façon, ses revenus proviennent d’un autre fonds. » A quoi l’ouvrier a rétorqué : « Monsieur, ce n’est pas ce que je vous demande. Vous ne pouvez pas me dire qu’il n’y a pas un gars malin au Mexique qui ne ferait pas son travail pour un salaire largement inférieur ; comment peut-on nous raconter qu’on gagne trop d’argent si ces cinq dirigeants ramassent à eux seuls 70 millions de dollars ? Vous ne trouvez pas qu’il y a quelque chose qui cloche ? »

M. Faeth rapporte que son interlocuteur est resté bouche bée. D’autres se montrent moins embarrassés pour répondre à cette question. Le plus prolifique d’entre eux se nomme R. Glenn Hubbard. Doyen de la Graduate School of Business de l’université Columbia, directeur du Conseil économique durant les deux premières années de l’administration de M. George W. Bush, il est surtout connu pour son apparition remarquée dans Inside Job, un documentaire consacré à la crise financière de 2008  (3). Hubbard est aussi le coauteur de Macroeconomics, la bible des golden boys américains. Mme Alison Murray connaît bien ce livre. Ouvrière à Autolite, cette mère célibataire suit des cours du soir à l’université de Findlay, proche de Fostoria, depuis que les licenciements ont déferlé sur son usine. Une mesure de précaution pour un avenir incertain, car, avec dix-sept ans de service dans la maison, Mme Murray n’a pas droit à une retraite. Mais son initiation à l’économie universitaire lui a laissé un goût amer.

« C’est drôle, dit-elle, que mon retour sur les bancs de l’école ait commencé par un cours de macroéconomie. Le livre de Hubbard qu’on nous a collé dans les mains nous expliquait combien il était salutaire que les emplois industriels quittent l’Amérique pour d’autres pays, que l’industrie américaine était un dinosaure et qu’il fallait s’en débarrasser pour gagner plus d’argent. C’est devenu soudain très clair pour moi. Je retourne en classe parce que je perds mon boulot, et la première chose qu’on m’enseigne, c’est qu’on a eu raison de me virer ! »

Mme Murray en a discuté avec son professeur. « Je lui ai dit : “Tout ça, c’est très bien en théorie, mais moi, je le vis dans la pratique, sur le plan humain. J’ai vu de mes yeux la dévastation causée par les délocalisations.” Le prof m’a répondu que cela ne concernait qu’un petit nombre d’emplois. Mais dans une ville de quinze mille habitants, neuf cents emplois qui disparaissent, ça affecte pas mal de monde. »

Les Macroeconomics de Hubbard proposent un assemblage de vérités prétendument irréfutables, lesquelles se sont dégonflées depuis la débâcle de 2008. Plaidoyer orthodoxe pour les baisses d’impôts, la dérégulation, le libre-échange et la loi du marché, ce manuel pour gagnants affiche une telle posture d’autorité qu’il se dérobe à toute critique — à moins d’accorder une attention soutenue aux arguments qu’il développe et aux faits qu’il occulte. Le chapitre sur les « avantages comparés et les gains du commerce international » regorge de postulats indémontrables et de tranquillisants périmés. Extrait : « Certains s’inquiètent à l’idée que les entreprises des pays riches soient contraintes de baisser leurs salaires pour rester compétitives face aux économies émergentes. Or cette crainte est infondée, car le libre-échange accroît le pouvoir d’achat en améliorant l’efficacité économique. Lorsqu’un pays opte pour le protectionnisme et décide de produire lui-même les biens et services qu’il pourrait acquérir à moindre prix auprès d’autres pays, il réduit le pouvoir d’achat de sa population. »

Vertus du travail des enfants

Hubbard et son coauteur, Anthony Patrick O’Brien, considèrent par ailleurs que le travail des enfants n’est pas une si mauvaise chose, puisque les autres possibilités (comme la prostitution) peuvent se révéler « extrêmement dures ». Et il faudrait se réjouir de ce que les pays en développement refusent de céder aux exigences d’un meilleur salaire ou de lois plus protectrices pour l’environnement, car tout est relatif et « les emplois qui paraissent mal rémunérés au regard des standards en vigueur dans les pays riches sont bien souvent préférables aux solutions dont disposent les travailleurs des pays pauvres ».

Enfin, si les Etats-Unis jouissent d’un « avantage comparatif » du fait de leur main-d’œuvre qualifiée et de leur « industrie sophistiquée », « d’autres pays, en revanche, comme la Chine, tirent leur avantage comparatif du fait que leur production requiert une main-d’œuvre peu qualifiée et une technologie relativement sommaire ». Pas un mot sur la rémunération des ouvriers en Chine (environ 50 cents de l’heure), la mainmise du gouvernement sur les syndicats, l’absence de protection de l’environnement ou la montée en gamme du savoir-faire industriel.

M. Faeth, Mmes Murray et Gillig se demandent quel emploi ils vont pouvoir dénicher et à quel salaire. Ils pourraient donc apprécier les anciennes promesses de M. Bossidy à l’aune d’un récent rapport du ministère du travail consacré au programme dit d’« ajustement transitoire » (TAA). Ce programme est supposé garantir une aide financière aux travailleurs ayant perdu leur emploi à la suite de l’entrée en vigueur de l’Alena, le 1er janvier 1994. Le TAA ne tient pas compte de la masse des emplois effectivement supprimés, mais seulement des demandes déposées par d’anciens salariés ayant sollicité une aide. Au 21 juin 2011, le nombre de travailleurs couverts par ce programme — et donc éligibles à une obole de l’Etat — était estimé à 2 491 479. Il est vraisemblable qu’à ce chiffre viendront bientôt s’additionner les quatre-vingt-six derniers ouvriers de l’usine Autolite de Fostoria.


John R. MacArthur

http://tribouilloyterminales.over-blog.com/categorie-10245415.html

 


Directeur du Harper’s Magazine, auteur de The Selling of « Free Trade » : NAFTA, Washington, and the Subversion of American Democracy, University of California Press, Berkeley, 2001, et d’Une caste américaine. Les élections aux Etats-Unis expliquées aux Français, Les Arènes, Paris, 2008.

(2) Honeywell a refusé de répondre à nos demandes de vérification, invoquant une procédure antitrust en cours devant la Federal Trade Commission.

(3) Réalisé par Charles Ferguson (2010).

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 10:13

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Paris, aéroport Charles-de-Gaulle. Une « reconduite aux frontières » comme beaucoup d’autres. À l’arrière de l’avion, un homme menotté crie et se débat. Au silence et à la honte des passagers succède leur révolte. Résistance interdite, répliquent les CRS, qui traquent dans l’avion ceux qui ont osé se lever et prendre la parole. Derrière les chiffres proclamés par le ministère de l’Intérieur, la réalité.

Ce 20 janvier, le décollage est prévu à 10 h 30 depuis l’aéroport Charles-de-Gaulle. À l’embarquement, le personnel de bord est fort prévenant et ne signale aucune particularité sur le vol. À l’arrière de l’avion, pourtant, un homme hurle. « Laisse-moi, je veux descendre ! J’ai pas volé, j’ai pas tué, moi je suis pas esclave. » Il est entouré par quatre hommes et une femme, dont les brassards indiquent « police aux frontières ». « Je veux partir pour moi-même, je veux emmener le mot liberté avec moi. » En réponse à ses cris, il y a d’abord le silence des passagers. Et un terrible sentiment d’impuissance et de honte.

« Je n’aime pas non plus assister à ça, dit un steward. Mais on n’a pas le droit de s’en mêler. Mieux vaut peut-être pour lui qu’il soit là que dans un charter. Ici, au moins, on est là, on voit leurs pratiques, et on est avec lui. » Prière donc aux passagers de se montrer sourds, muets et consentants. Mais l’avion a du retard, et l’homme, malgré le tranquillisant injecté dans son bras, se débat toujours autant. Dans sa bouche, les mêmes mots reviennent en boucle. « Ne vous inquiétez pas, ça va finir par se calmer », assure le steward. En fond sonore, la voix du personnel : « Nous sommes heureux de vous accueillir sur ce vol Air France à destination de Conakry. »

L’heure tourne, les visages se crispent, l’indignation marque les regards. Soudain, un homme se lève : « Je n’ai aucune envie de voyager dans ces conditions-là. » Malgré l’appel au calme immédiat lancé par le personnel de bord, d’autres passagers se lèvent à leur tour. « C’est vrai, on ne peut pas accepter ça, c’est pas normal. » La peur recule à mesure que de plus en plus de passagers se lèvent et appellent à rester debout. « Si cet avion partait pour les États-Unis, vous imposeriez ça aux passagers ?, s’insurge un autre homme. C’est parce que l’on part en Afrique ? » « Pourquoi l’attacher comme un chien ? Qu’est-ce qu’il a fait ? »

« Entrave à la circulation d’un aéronef et rébellion »

L’homme menotté, voyant les gens se lever, se met à taper encore plus fort avec ses pieds. La panique gagne à bord. L’avion, lui, commence à partir. « Arrêtez l’avion », hurlent les gens. Les enfants pleurent, des passagers cognent contre les coffres à bagages. « Je vous garantis qu’il va se calmer », répond l’agent de la PAF. En fond sonore, la voix du commandant de bord : « C’est la dernière chance que je vous donne pour que l’avion puisse partir, restez tranquilles à vos sièges. » Agents de police et passagers filment tour à tour la scène. Des passagers exigent de parler au commandant de bord, la sécurité à bord n’étant pas respectée. La sanction tombe finalement à 12 h 30, deux heures après l’embarquement : « À cause du comportement de la majorité des personnes qui sont à bord, le vol est annulé. »

« Ça veut dire qu’il n’y a personne qui va partir, vous êtes contents ? », lâche le gars de la PAF. « Et vous, là, vous allez descendre avec nous », en pointant ceux qui ont désapprouvé haut et fort la scène dont ils étaient témoins. L’appareil est renvoyé au parking. En bas de l’avion, une fourgonnette arrive dont descendent une quinzaine de CRS. Une fois l’expulsé débarqué, la stratégie d’intimidation se met en place. Un homme de la PAF passe dans les rangées, pointe par les numéros de siège les personnes qui ont exprimé verbalement leur indignation. « Nous avons le n° 38. Madame, prenez vos affaires et descendez s’il vous plaît. » Les gens cachent leur visage par peur d’être reconnus, certains revêtent leurs lunettes de soleil. « On vous cherchait monsieur, vous vous cachiez ou quoi ? » Et l’inspection se poursuit.

Avec ceux qui refusent de descendre, la seule méthode employée est celle de la violence. Dans les travées de l’avion surgissent des CRS casqués, matraque et bouclier à la main, défilant en file indienne. Ils viennent chercher un passager de force, accroché à son siège. Au total, huit passagers sont débarqués, poursuivis pour entrave à la circulation d’un aéronef et rébellion. Le personnel est sollicité par la police pour connaître les noms de ceux qui ont été débarqués. Ils seront finalement relâchés trois heures plus tard, sans avoir écopé d’amende. En attendant les bus ramenant les passagers au terminal, un homme témoigne : « Ces expulsions sont monnaie courante sur les vols en direction de l’Afrique. Ce qui a fait réagir les gens, c’est lorsque l’homme a parlé d’esclavage. Voir quatre type blancs menotter un gars dans l’avion et l’expulser, ça évoque tout de suite la traite négrière. On n’a pas oublié le discours de Dakar de monsieur Sarkozy. »


Sophie Chapell

http://www.bastamag.net/article2077.html

 

Photo : Noborder Network

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 10:02

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 09:57

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http://www.politis.fr/Socialistes-Encore-Un-Effort,16826.html

 

 

 

Jusqu’à tout récemment, j’aimais plutôt bien les socialistes, pour le courage et la détermination, notamment, dont ils ont invariablement fait preuve, toutes les fois que la finance a tenté de prendre sous nos yeux le contrôle de l’économie, de la société, et même de nos vies.

Ce que je veux dire – j’y insiste un peu, si tu permets, parce que c’est quand même important -, c’est que je sais fort bien que si depuis deux décennies les socialistes n’avaient pas été là pour nous protéger, la finance aurait, dans le congru laps de ces vingt ans, pris sous nos yeux le contrôle de l’économie, de la société, et même de nos vies, comme dans un discours de premier-grand-meeting-de-campagne-de-François-Hollande à Le Bourget [1].

Alors qu’avec les socialistes (je pense ici à Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin, mais pas que), pardon, mais la finance a depuis vingt ans fait profil bas - c’était genre elle rasait les murs en s’excusant de travailler pour le Kapital, me punissez pas, siouplaît, monsieur Valls, je le ferai plus.

Et donc, j’étais plutôt content des socialistes, et je m’apprêtais pour tout dire à leur donner (encore) ma voix cette année, mais tout d’un coup un doute me vient : je crains que, trop occupé sans doute à rompre d’avec le capitalisme, le PS n’ait pas pleinement pris la mesure du danger mahométan – je parle ici, t’auras compris, du complot contre la démocratie qu’ourdissent, dans leurs bases secrètes de Roissy-Charles de Gaulle, les six cents millions de musulman(e)s fanatisé(e)s (je sais que c’est un pléonasme) qui ont ces derniers temps profité que Brice Guéant regardait ailleurs pour s’infiltrer nuitamment sous notre territoire national [2].

Car en effet : c’est bien joli, de jurer, comme font les socialistes, qu’on va (enfin) mettre dans la Constitution la-laïcité-qui-libère-et-qui-protège-face-aux-communautarismes (et qui n’a que trop été foulée aux babouches).

Mais encore faut-il ne pas tortiller du cul, quand le moment vient de concrétiser par des engagements un peu marqués cette détermination.

Or : les socialistes tortillent.

(Et tortillent même si fort qu’on devrait leur brancher aux fondements des dynamos : ça nous ferait à bas coût de l’énergie renouvelable.)

Les socialistes, dont la résolution (reconnaissons-le honnêtement) n’a jamais été prise en défaut quand il s’agissait d’empêcher que la finance prenne en vingt ans (et sous nos yeux) le contrôle de l’économie et de la société (et même de nos vies), font tout d’un coup, lorsque vient (enfin) le moment de maîtriser pour de bon le Sarrasin, dans la demi-mesurette – exactement comme s’ils avaient de la difficulté à bien hiérarchiser leurs priorités, et comme s’ils n’avaient (toujours) pas compris que les menaces que la finance fait peser sur l’économie et la société (et même nos vies) sont incomparablement moins alarmantes que les incessantes bravades des fil(le)s d’Allah [3], et qu’avec la finance, on peut toujours s’arranger - on peut toujours envoyer Laurent Joffrin pour humaniser le capitalisme -, alors qu’avec le mollah Omar, non, pas du tout.

Leur proposition de loi visant à étendre l’obligation de neutralité religieuse aux structures privées en charge de la petite enfance et à assurer le respect du principe de laïcité, par exemple, peut donner l’impression, vue de loin, que les socialistes n’ont pas complètement oublié l’enseignement de Charles Martel (que soit mille fois bénie sa très analeptique mémoire), et cette impression sera sans aucun doute renforcée par les habituelles criailleries des policiers de la pensée de la tyrannie de la bien-pensance, qui ne manqueront pas, tu peux miser là-dessus ton plastron, d’hurler à l’islamophobie – je m’étonnerais quant à moi beaucoup, si le Комиссар Gresh et le Комиссар Tevanian, profitant qu’on leur consent une ahurissante omnipotence médiatique, restaient plus de quelques minutes sans produire l’une, encore, de leurs extravagantes intimidations.

Mais en vrai, et à bien y regarder : cette proposition est typique d’un esprit de collaboration avec l’occupant dont Éric Zemmour a bien montré [4] qu’il était, à gauche, une tradition déjà ancienne.

Une observation un peu attentive de la réalité montre en effet (cela est quotidiennement documenté par quelques chercheurs d’exception, dont les travaux – hélas – ne sont plus guère diffusés que sous le manteau [5]) que si qu’on se montre trop demi-mesuré(e) avec les muslims, on se retrouve assez vite avec une mosquée (intégriste) dans le Félix Potin.

En vérité : on attend des socialistes qu’ils proposent enfin, et s’il n’est pas déjà trop tard, une loi véritablement défensive, qui étendrait par exemple l’obligation de neutralité religieuse aux structures privées, tout court - et qui poserait, a minima, qu’à défaut de stipulation contraire inscrite dans le contrat qui les lie à l’office d’HLM, Mohammed et ses trente concubines sont soumi(se)s, non moins que leurs quatre-vingt-dix enfants, à une obligation de neutralité en matière religieuse dans leur activité de locataires, et qu’ils doivent maintenant se montrer un peu plus assidu(e)s à la messe d’onze heures, ou si on t’envoie Jacques de Molay ?

De la sorte (du moins peut-on l’espérer) : les musulman(e)s resteraient chez eux - en Norvège -, au lieu de venir prier cinq fois par jour devant le 99, avenue des Champs-Élysées, de quoi on a l’air, putain ?

Notes

[1] Aucun rapport avec les collants.

[2] Pour plus de précisions sur cette invasion, on lira avec profitles communiqués du capitaine Rioufol, des Forces françousques libres.

[3] Qui n’hésitent plus même à sortir avec des barbes dans nos rues.

[4] Dans son fameux essai : Comment que la gauche était naziste, et comment que la droite a vaincu la Milice.

[5] On pense bien sûr à des gens comme Ivan Fourest et Caroline Rioufol.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 09:48
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http://www.hrw.org/fr/node/104721

Les abus de pouvoir commis par la police portent préjudice à ses relations avec les minorités
« Il est choquant que des jeunes noirs et arabes puissent être, et soient, obligés de se mettre contre un mur et soient malmenés par la police en l’absence de réelles preuves d’infraction. Mais en France, si vous êtes jeune et que vous vivez dans certains quartiers, cela fait partie de la vie. »
Judith Sunderland, chercheuse senior sur l’Europe occidentale à Human Rights Watch

(Paris, le 26 janvier 2012) – La police française utilise certains pouvoirs trop étendus dont elle est investie pour procéder à des contrôles d’identité abusifs et non justifiés visant des garçons et de jeunes hommes noirs et arabes, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Le rapport de 62 pages, intitulé «La base de l’humiliation : Les contrôles d’identité abusifs en France», révèle que les jeunes issus des minorités, dont des enfants n’ayant pas plus de 13 ans, font fréquemment l’objet de contrôles comprenant des interrogatoires prolongés, des palpations portant atteinte à leur intimité, ainsi que des fouilles d’objets personnels. Human Rights Watch a constaté que ces contrôles arbitraires peuvent avoir lieu même en l’absence d’un signe quelconque d’infraction. Les propos insultants, voire racistes, ne sont pas rares, et certains contrôles donnent lieu à un usage excessif de la force par la police.

«Il est choquant que des jeunes noirs et arabes puissent être, et soient, obligés de se mettre contre un mur et soient malmenés par la police en l’absence de réelles preuves d’infraction», a souligné Judith Sunderland, chercheuse senior sur l’Europe occidentale à Human Rights Watch. «Mais en France, si vous êtes jeune et que vous vivez dans certains quartiers, cela fait partie de la vie

Le rapport se fonde sur des dizaines d’entretiens réalisés avec des citoyens français appartenant à des groupes minoritaires, dont 31 enfants, à Paris, Lyon et Lille.

La loi française confère à la police de vastes pouvoirs pour effectuer des contrôles d’identité même en l’absence de soupçons d’acte délictueux, entre autres dans des centres de transport et dans tout lieu désigné par un procureur. Cescontrôles ne sont pas systématiquement consignés dans un rapport de police, et les personnes contrôlées ne se voient remettre aucun document écrit expliquant ou rendant compte de la procédure. La plupart des personnes interrogées par Human Rights Watch n’avaient jamais été informées des motifs des nombreux contrôles qu’elles avaient subis. En raison du manque de données enregistrées, il est difficile d’évaluer l’efficacité ou la légalité des contrôles, a affirmé Human Rights Watch.

Les témoignages publiés dans le rapport viennent s’ajouter aux preuves statistiques et autres récits qui indiquent que la police française a recours au profilage ethnique—c’est-à-dire qu’elle prend la décision d’opérer des contrôles en se fondant sur l’apparence, entre autres la race et l’appartenance ethnique, plutôt que sur le comportement réel des personnes ou sur des soupçons raisonnables d’infraction.

Farid A., un jeune de 16 ans habitant Sainte-Geneviève-des-Bois, en région parisienne, a expliqué que lui et cinq amis avaient été contrôlés à trois reprises près de la Tour Eiffel. «On sort du métro, contrôle. On marche 200mètres, autre contrôle. On marche 200 mètres, et autre contrôle. Il y avait tout le monde, mais ils ont contrôlé que nous

Une étude publiée en 2009 par l’Open Society Justice Initiative et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a établi qu’en France, comparativement aux Blancs, les probabilités de contrôle étaient six fois plus élevées pour les Noirs, et près de huit fois plus élevées pour les Arabes. Bon nombre de personnes interrogées par Human Rights Watch étaient convaincues que leur ethnicité, conjuguée à une tenue vestimentaire associée aux banlieues, jouait un rôle important.

«Contrôler les gens à cause de leur couleur de peau revient à gaspiller les ressources de la police et engendre du ressentiment à l’égard des policiers», a fait remarquer Judith Sunderland. «Les opérations de police devraient s’appuyer sur des preuves et des renseignements, pas sur des stéréotypes

Lors des contrôles, les jeunes issus des minorités doivent souvent subir des palpations humiliantes et une fouille de leurs objets personnels. Les palpations peuvent porter atteinte à leur intimité – Saïd, un jeune homme de 25 ans de Lyon, nous a confié, «Ils nous touchent de plus en plus les parties intimes» – et bon nombre de jeunes interrogés s’en sont plaints. Les membres des forces de l’ordre justifient les palpations en les présentant comme une mesure de sécurité nécessaire, mais leur utilisation, pourtant systématique, n’est pas clairement réglementée par la loi française.

Human Rights Watcha également recueillides témoignages inquiétants de violence lors de contrôles d’identité. Des personnes ont notamment déclaré avoir été giflées, frappées à coups de pied ou visées par une arme à décharge électrique.

Ismaël Y., un jeune de 17 ans habitant en banlieue sud de Paris, a été contrôlé par la police en compagnie d’un groupe d’amis devant la gare de banlieue de Sainte-Geneviève-des-Bois début 2011. «Lorsqu’on était avec les mains contre le mur, je me suis tourné vers lui [le policier qui le fouillait] et il m’a frappé la tête. J’ai dit quelque chose comme ‘pourquoi vous me frappez’, et il m’a dit ‘ferme ta gueule, tu veux un coup de gazeuse [lacrymogène] ou quoi?’»

Le refus d’obtempérer lors d’un contrôle d’identité, ainsi que le fait de poser trop de questions ou de protester contre la manière d’être traité peuvent déboucher sur des plaintes administratives ou pénales telles qu’ «outrage à agent». Cela ajoute une dimension coercitive aux contrôles d’identité et dissuade les gens de faire valoir leurs droits, a expliqué Human Rights Watch.

Yassine, un jeune de 19 ans de Lille, a déclaré que lors d’un contrôle d’identité, des policiers lui avaient asséné des coups de pied après qu’il leur avait prouvé où il avait passé la soirée. Il avait ensuite passé 15 heures en garde à vue pour outrage à agent avant que les charges ne soient abandonnées et qu’il soit libéré.

Les contrôles d’identité abusifs ont un impact profondément négatif sur les relations entre la police et les communautés, a souligné Human Rights Watch. La colère refoulée face aux abus de la police, entre autres face aux contrôles d’identité musclés, a joué un rôle significatif dans les émeutes dont la France a été le théâtre en 2005, et semble être à la base d’innombrables conflits de moindre intensité entre la police et les jeunes des zones urbaines défavorisées partout dans le pays.

Human Rights Watcha fait remarquer que les expériences de contrôles répétés tout au long d’une journée ou le fait d’être choisi pour un contrôle au milieu d’une foule d’autres personnes renforcent le sentiment qu’ont les jeunes issus des minorités d’être pris pour cible.

Le comportement irrespectueux de la police, entre autres l’usage habituel du tutoiement et d’insultes, accentue ce ressentiment. Certaines personnes interrogées en vue du rapport ont déclaré avoir été traitées de «sale bougnoule» ou de «bâtard d’Arabe». Un jeune de 19 ans habitant Lille a signalé qu’il avait été traité de «sale bougnoule» tant de fois que «ça nous choque plus, c’est normal».Un garçon de 13 ans d’Évry, en région parisienne, a confié qu’un policier l’vait traité de «sale négro».

Le droit international et le droit français interdisent la discrimination, l’ingérence injustifiée dans l’exercice du droit à la vie privée, ainsi que les violations de la dignité et du droit à l’intégrité physique. Les normes nationales et internationales exigent également que la police traite les gens avec respect.

Human Rights Watch a appelé le gouvernement français à reconnaître les problèmes posés par les pouvoirs conférés à la police pour les contrôles d’identité, et à adopter les réformes juridiques et politiques nécessaires pour prévenir le profilage ethnique et les mauvais traitements lors des contrôles. Tous les contrôles d’identité et palpations devraient être fondés sur des soupçons raisonnables et individualisés. Toute personne contrôlée devrait se voir remettre une preuve écrite de l’interpellation, reprenant des informations pertinentes telles que ses données personnelles, les noms des agents ayant procédé au contrôle, ainsi que la base juridique de celui-ci.

La police devrait également consigner tous les contrôles dans un registre interne, et le gouvernement devrait publier régulièrement des données ventilées à ce sujet. Toute discrimination de la part de membres des forces de l’ordre devrait être explicitement interdite.

«Franchement, les relations entre la police et les minorités sont déplorables en France, et tout le monde le sait», a conclu Judith Sunderland. «L’adoption de mesures concrètes visant à prévenir les contrôles d’identité abusifs – l’une des principales sources de tension – constituerait un véritable pas en avant et apporterait un réel changement dans la vie quotidienne des gens.»

Témoignages tirés du rapport :

Ouamar C., 13 ans, Paris :

« J’étais avec mes amis assis dans un coin... et ils sont venus nous contrôler. Je n’ai pas parlé car si tu parles, tu es embarqué. Ils ont ouvert ma sacoche. Ils ont aussi cherché sur mon corps. Ça se passe comme ça chaque fois. Ils n’ont rien trouvé sur moi. C’est la première fois que ça se passe devant l’école. Ils disent «Mettez-vous contre le mur», ils fouillent, à la fin ils disent merci et ils s’en vont... Ça fait peur au début quand on me contrôle. Maintenant je commence à m’habituer. »

Haroun A., 14 ans, Bobigny :

« J’étais dans le centre commercial avec des copains en train de s’amuser. Ils [les policiers] viennent avec leurs armes et ils nous braquent. Il y avait trois policiers. Ils nous ont dit ‘contrôle d’identité’. Deux avaient dans les mains les flash-balls [armes qui utilisent des balles de caoutchouc]. J’étais avec cinq ou six amis. On ne faisait rien. Tout le temps ils nous contrôlent comme ça. Quand on est en groupe tout de suite ils nous contrôlent. Ils ont demandé si on avait des trucs. Ils nous mettent contre un mur, ils nous fouillent même dans les chaussettes et les chaussures. Ils n’ont rien trouvé. Les papiers ils demandent, mais pas tout le temps. »

Halim B., 17 ans, Lille :

« Le bus s’arrête et la police monte. J’étais assis au fond. C’était à 7h20 du matin. Le bus était rempli... Ils ont désigné un mec et lui ont dit, «tu te lèves et tu descends avec nous». Je regardais, je croyais que c’était un criminel, et ils m’ont désigné aussi pour descendre. Trois personnes sont descendues, et il y avait deux Arabes sur trois. Le bus était rempli, il y avait plein de monde debout. Il y avait plus de Français [Blancs] dans le bus (...) Les contrôles, ils [les policiers] ont le droit de les faire autant de fois qu’ils veulent mais franchement, j’étais gêné. Je me suis senti comme si j’étais un cambrioleur, un délinquant poursuivi. J’avais peur quand ils m’ont désigné pour descendre. Je me demandais ce que j’avais fait. Quand je suis descendu [du bus], ils ont dit ‘contrôle, est-ce que vous avez rien d’illicite sur vous, videz vos poches’. Ils ont fouillé mon sac, puis je suis parti. Je suis arrivé un peu en retard à l’école. Franchement, j’étais pas mal habillé ou quoi, j’allais à l’école. »

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Published by valenton rouge - dans France
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