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 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 18:33

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 18:22

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 18:17

 

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 20:46

china-strike.jpgLa montée de la classe ouvrière et l'avenir de la Révolution chinoise

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Par Minqi Li, pour la revue américaine marxiste Monthly Review


En juillet 2009, les travailleurs de Tonghua Steel Compnay à Jilin en Chine ont organisé une manifestation massive contre la privatisation de leur entreprise. Par la suite, à l'été 2010, une vague de grèves s'est répandue sur l'ensemble des provinces côtières. Ces événements peuvent se révéler être un tournant historique. Après des décennies de défaite, de recul et de silence, la classe ouvrière Chinoise ré-emerge désormais comme une nouvelle force sociale et politique.

Comment la montée de la classe ouvrière Chinoise influence l'avenir de la Chine et du monde entier ? La classe capitaliste Chinoise parviendra-t-elle à répondre au défi ouvrier tout en préservant le système capitaliste ? Ou la montée de la classe ouvrière Chinoise mènera-t-elle à une nouvelle révolution socialiste qui pourrait, à son tour, ouvrir la voie à une révolution socialiste mondiale ? Les réponses à ces questions décideront, dans une large mesure, du cours de l'histoire mondiale au XXème siècle.



La défaite de la classe ouvrière et le triomphe du capitalisme chinois



La révolution chinoise de 1949 reposait sur une large mobilisation de l'écrasante majorité de la population Chinoise contre l'exploitation par les propriétaires féodaux locaux, les capitalistes, et les impérialistes étrangers. Avec toutes ses limites historiques, la Chine de l'époque maoïste méritait d'être qualifiée de « socialiste » dans le sens où les rapports de classe en Chine étaient bien plus favorables aux classes laborieuses prolétarisées et non-prolétarisés que ceux qui prédominaient dans un État capitaliste, en particulier dans le contexte d'une périphérie et d'une semi-périphérie.

En dépit des réalisations historiques Maoïstes, la Chine est restée une partie intégrante du système capitaliste mondial et était contrainte d'opérer selon les lois fondamentales régissant la dynamique du système. Le surplus économique s'est trouvé concentré entre les mains de l’État afin d'encourager l'accumulation de capital et l’industrialisation. Cela a, à son tour, créé les conditions matérielles qui ont placé dans une position avantageuse les nouvelles élites bureaucratiques-technocratiques qui ont exigé des privilèges matériels et un pouvoir politique de plus en plus grand. Les nouvelles élites ont trouvé leurs représentants politiques au sein même du Parti communiste, et sont devenues les « compagnons de route capitalistes qui sont sous l'autorité du Parti » (une expression courante en Chine).

Mao Tsé-tsoung et ses camarades révolutionnaires ont tenté d'inverser la tendance vers une restauration capitaliste en lançant directement un appel à la mobilisation des masses de travailleurs, paysans et étudiants. Politiquement inexpérimentés et en manque de repères, les travailleurs et les paysans n'étaient pas prêts à exercer directement le pouvoir économique et politique. Après la mort de Mao en 1976, les compagnons de route capitalistes menés par Deng Xiaoping ont monté un coup d’État contre-révolutionnaire et arrêté les leaders Maoïstes radicaux. En quelques années, Deng Xiaoping avait consolidé son pouvoir politique et la Chine était embarquée sur la voie de la transition capitaliste.

Les réformes économiques ont commencé à la campagne. Les communes populaires ont été démantelées, et l'agriculture privatisée. Au cours des années suivantes, des centaines de millions de travailleurs ruraux sont devenus des travailleurs « excédentaires », rendus disponibles pour l'exploitation par les entreprises capitalistes locales et étrangères.

La privatisation massive a été lancée dans les années 1990. Presque toutes les entreprises publique de taille petite ou moyennes et certaines des grosses entreprises publiques ont été privatisées. La quasi-intégralité d'entre elles furent bradées à des prix artificiellement bas ou tout simplement données.  Parmi les bénéficiaires, des officiels du gouvernement, d'anciens gestionnaires d'entreprises publiques, des capitalistes privés jouant de leurs relations au sein du gouvernement et enfin des entreprises multi-nationales. En fait, une « accumulation primitive » colossale a été réalisée et une nouvelle classe capitaliste s'est formée, fondée sur le pillage massif des biens publics et collectifs. Pendant ce temps, des dizaines de millions de travailleurs du public ont été licenciés et se sont appauvris.

La légitimité de cette nouvelle classe capitaliste a été reconnue par la direction du Parti communiste. Au VIème congrès du Parti (en 2002), la Charte du parti a été révisée. Sous la vieille Charte, le Parti communiste se considérait comme l'avant-garde de la classe ouvrière, représentant les intérêts du prolétariat. Sous la nouvelle Charte, le Parti communiste se déclare représentant des intérêts tant des « grandes masses populaires » que des « forces productives les plus avancées ». Le terme « forces productives les plus avancées » est perçu par beaucoup comme un euphémisme pour la nouvelle classe capitaliste.



La montée de la classe ouvrière Chinoise



La part des emplois non-agricoles dans les emplois totaux en Chine est passée de 31% en 1980 à 50% en 2000, et a augmenté encore jusqu'à atteindre les 60% en 2008. Selon un rapport préparé par l'Académie chinoise de sciences sociales en 2002, près de 80% de la force de travail non-agricole se composait de salariés prolétarisés, tels que des ouvriers d'industrie, des travailleurs des services, des employés et des chômeurs. Étant donné que l'écrasante majorité des travailleurs non-agricoles est composée de travailleurs salariés qui doivent vendre leur force de travail pour gagner leur vie, la croissance rapide des emplois non-agricoles laisse supposer l'existence d'une masse considérable de travailleurs prolétarisés en Chine.

L'accumulation capitaliste rapide Chinoise a reposé sur l'exploitation impitoyable de centaines de millions de travailleurs Chinois. De 1990 à 2005, la part des revenus du travail en Chine, a chuté de 50 à 37% du PIB. Le niveau du salaire du salarié Chinois s'élève à respectivement 5%, 6% et 40% du niveau des salaires américains, sud-coréens et mexicains.

Depuis le début des années 1980, environ 150 millions de travailleurs migrants ont quitté les régions rurales pour celles urbaines afin de trouver du travail. L'exportation Chinoise de produits manufacturés s'est largement appuyée sur l'exploitation de ces travailleurs migrants. Une étude sur les conditions de travail dans le Delta de la rivière des perles (une région qui comprend Guangzhou, Shenzhen et Hong Kong) a révélé que près des deux-tiers des travailleurs travaillaient plus de 8 heures par jour et ne prenaient jamais de week-ends. Certains ouvriers avaient à travailler en continu, jusqu'à seize heures d'affilée. Les managers capitalistes usaient fréquemment de punitions corporelles pour corriger les travailleurs. Près de 200 millions de salariés Chinois travaillent dans des conditions dangereuses. Il y a environ 700 000 blessures graves liées à des accidents du travail en Chine chaque année, coûtant la vie à plus de 100 000 personnes.

Dans le « Manifeste du parti communiste », Marx et Engels affirmaient que la lutte de la classe ouvrière contre les capitalistes suivait plusieurs stades de développement. Dans un premier temps, la lutte était menée par des travailleurs isolés contre les capitalistes qui les exploitaient directement. Avec le développement de l'industrie capitaliste, le nombre de prolétaires augmentait et ceux-ci se trouvaient rassemblés dans des concentrations massives. Les effectifs ouvriers augmentaient et ils commençaient à former des syndicats pour combattre les capitalistes en tant que force collective. La même loi de développement est visible aujourd'hui en Chine. Puisque de plus en plus de travailleurs migrants s'installent dans les villes et se considèrent comme des salariés plutôt que comme des paysans, une nouvelle génération de travailleurs prolétarisés avec une conscience de classe de plus en plus claire émerge.Tant les documents officiels du gouvernement que les médias dominants reconnaissent désormais l'émergence de la « seconde génération de travailleurs migrants ».

Selon la description qu'en font les médias dominants Chinois, il y aurait actuellement près de 100 millions de travailleurs migrants de seconde génération, nés après 1980. Ils ont migré vers les villes tout de suite après la fin de leurs études secondaires, ou de leurs années de collège. La plupart d'entre eux n'a connu aucune expérience dans le domaine agricole. Ils s'identifient plus au monde des villes qu'à celui des campagnes. Comparée à la « première génération », les travailleurs migrants de seconde génération ont tendance à être mieux formés et à avoir des attentes plus élevées en terme d'emploi ; ils revendiquent des meilleurs niveaux de vie matériel et culturel, et sont moins enclins à tolérer des conditions de travail difficiles.

A l'été 2010, des dizaines de grèves ont touché les industries automobile, électronique et textile Chinoises, contraignant les capitalistes à accepter des augmentations de salaire. Les universitaires Chinois officiels sont inquiets de la possibilité que la Chine entre dans une nouvelle phase de grèves intenses qui mettrait un terme au régime économique Chinois reposant sur une main d’œuvre bon marché et menacerait la « stabilité sociale » Chinoise.

Le développement capitaliste même prépare les conditions objectives favorisant la croissance des organisations ouvrières. Après de nombreuses années d'essor, l'armée de réserve massive de main d’œuvre bon marché dans les régions rurales Chinoises a commencé à s'épuiser. La population totale Chinoise en âge de travailler (ceux qui sont entre 15 et 64 ans) devrait atteindre un pic en 2012, avec 970 millions de travailleurs, pour ensuite baisser progressivement jusqu'au chiffre de 940 millions en 2020. La couche des travailleurs les plus jeunes (ceux qui sont entre 19 et 22 ans), parmi lesquels sont recrutés le gros des ouvriers non-qualifiés et mal payés de l'industrie, devrait chuter de 100 millions en 2009 à 50 millions en 2020. La baisse rapide des effectifs des plus jeunes, parmi la population en âge de travailler, pourrait renforcer le pouvoir de négociation des jeunes travailleurs et les encourager à développer des organisations ouvrières plus permanentes.

Tant au Brésil qu'en Corée du sud, à partir des années 1970 et 80, lorsque la part des emplois non-agricoles (comme un indicateur du degré de prolétarisation) a dépassé les 70%, le mouvement ouvrier a émergé comme une force sociale et politique importante. Une évolution similaire se produit en ce moment en Égypte.

La part des emplois non-agricoles en Chine est désormais de 60%. Si la Chine suit sa propre tendance entre 1980 et 2008, avec une augmentation de la part des emplois non-agricoles de 1% par an, alors la part des emplois non-agricoles en Chine devrait dépasser le seuil fatidique des 70% d'ici 2020.

Étant donné que la classe ouvrière est destinée à émerger comme une force politique et sociale majeure d'ici une à deux décennies, la question fondamentale est : quelle direction politique prendra le mouvement ouvrier Chinois ? La politique officielle actuelle du gouvernement Chinois est de construire une prétendue société harmonieuse avec des compromis entre les diverses classes sociales. Des franges des élites dirigeantes Chinois lancent des appels à la « réforme politique » évitant de traiter de front le défi ouvrier, en proposant l'introduction de la démocratie bourgeoise de type occidentale.

La classe capitaliste Chinoise réussira-t-elle à répondre au défi ouvrier tout en maintenant les bases économiques et l'ordre social du système capitaliste ? Ou est-ce que le mouvement ouvrier Chinois parviendra à réaliser une percée historique mondiale, suivra la voie révolutionnaire socialiste, et rompra fondamentalement avec le système social existant ? Les réponses à ces questions dépendent des conditions historiques tant subjectives qu'objectives.



L'héritage socialiste: la classe ouvrière du secteur public



A l'époque Maoïste socialiste, les travailleurs Chinois jouissaient d'un pouvoir en tant que classe et d'une dignité inimaginable pour un salarié moyen dans un État capitaliste (en particulier dans un contexte périphérique et semi-périphérique). Cependant, la classe ouvrière chinoise était jeune et politiquement inexpérimentée. Après la mort de Mao, la classe ouvrière a été privée de toute direction politique et a subi une dérouté catastrophique pendant la période de privatisation massive des années 1990.

Nombre des travailleurs de l'ancien secteur public (connus en Chine sous le nom des « vieux travailleurs ») ont depuis lancé des luttes collectives contre la privatisation et les licenciements massifs. Leurs luttes ont eu un impact non seulement sur les travailleurs licenciés mais aussi sur les travailleurs du public encore sous contrat. Cela a contribué au développement de la conscience de classe avec un certain degré de conscience socialiste parmi une frange particulière de la classe ouvrière prolétarisée Chinoise – le prolétariat du secteur public.

D'après un militant ouvrier Chinois Zhang Yaozu, comparée aux classes ouvrières des autres États capitalistes, la classe ouvrière (du secteur public) Chinoise a développé une « conscience de classe assez aboutie », basée sur son expérience historique unique à la fois pendant la période socialiste et la période capitaliste.

En raison de cette expérience historique, les luttes des travailleurs du secteur public Chinois ne se limitent souvent pas à des revendications économiques immédiates. De nombreux militants ouvriers comprennent que leurs conditions actuelles ne sont pas seulement la conséquence de l'exploitation par des capitalistes pris un par un mais aussi, à un niveau plus fondamental, de la défaite historique de la classe ouvrière dans une vaste guerre de classe qui a mené au triomphe (temporaire) du capitalisme sur le socialisme.

Un leader des travailleurs licenciés, Zhong Qinan, soulignait que sous le socialisme, « les ouvriers étaient les patrons à l'usine, les ouvriers étaient des frères et des sœurs appartenant à la même classe, et des licenciements massifs ne pouvaient pas se produire ; mais après la privatisation, les ouvriers ont été réduits à l'état de 'travailleurs salariés', ils ne sont plus les patrons, voilà la véritable raison derrière les licenciements massifs ». Selon ce leader, la lutte des travailleurs ne devait se limiter à des cas individuels, ni victorieuse avec la satisfaction de revendications particulières. L' « intérêt fondamental » des travailleurs réside dans le rétablissement de la « propriété publique des moyens de production ».

Nombreux sont ceux parmi les travailleurs actuellement employés dans le secteur public qui sont les enfants des « vieux travailleurs » ; ou alors ils ont bénéficié de l'expérience des vieux travailleurs en travaillant avec eux ; ou bien ils vivent dans les mêmes quartiers ouvriers. Ainsi, les travailleurs employés actuellement dans le secteur public ont été influencés par les luttes et l'expérience politique des vieux travailleurs. Cela a été bien illustré par la lutte anti-privatisation des ouvriers de Tonghua Steel en 2009.

Tonghua Steel était une usine sidérurgique d’État à Tonghua, dans la province de Jilin. En 2005, Tonghua Steel fut privatisé. Les biens de l’État, estimés il fut un temps à 10 milliards de dollars, ont été ré-estimés alors à seulement 2 milliards de yuan. Jianlong, une grosse entreprise privée bénéficiant de relations auprès d'officiels haut placés à Pékin, n'a eu en fait qu'à payer 800 millions de yuan pour faire main basse sur l'entreprise. Après la prise de contrôle par Jianlong, 24 000 des 36 000 travailleurs ont été licenciés. Les salaires des travailleurs affectés aux « tâches dangereuses » (avec des taux élevés de blessures liées au travail) ont été réduits des deux-tiers. Les managers ont pu imposer diverses sanctions et punitions arbitraires aux travailleurs.

En 2007, les travailleurs de Tonghua Steel ont commencé à protester. Durant les manifestations, un travailleur de l'époque Maoïste, « Maître Wu », s'est révélé le leader du mouvement. Wu a précisé aux travailleurs que le fond de la question n'avait pas à voir avec un quelconque problème particulier à leur cas, mais portait sur « la ligne politique de privatisation ».

En juillet 2009, les travailleurs ont lancé une grève générale. Lorsque le manager général a menacé de virer tous les travailleurs, les travailleurs furieux ont battu à mort le manager. Bien que le gouverneur de la province et des milliers de policiers armés se trouvaient sur place, aucun n'a osé intervenir. Après ce lynchage, la province de Jilin a été contrainte d'annuler le plan de privatisation.

La victoire des travailleurs de Tonghua Steel fut une source d'inspiration formidable pour les travailleurs aux quatre coins de la Chine. Les travailleurs de plusieurs autres usines sidérurgique ont alors exprimé leurs protestations et contraint les gouvernements locaux à annuler les plans de privatisation. Les militants ouvriers d'autres provinces ont considéré la victoire de Tonghua comme la leur et ont regretté, comme le disaient certains que « trop peu de capitalistes aient été liquidés ».

Après des années de privatisation massive, la part du secteur public dans la production industrielle Chinoise a été réduite à moins de 30%. Néanmoins, le secteur public continue à dominer plusieurs secteurs industriels clés. En 2008,  les entreprises publiques représentaient 59% de la production (en valeur) dans le secteur des mines de charbon et dans son lavage, 96% dans l'extraction du pétrole et du gaz naturel, 72% dans le traitement du pétrole et du charbon, 42% dans la fusion et l'emboutissage des matériaux ferreux (fer et acier), 45% dans la fabrication de matériel de transport, et 92% dans la production et la fourniture de l'énergie et de la chaleur d'origine électrique.

Bien que les travailleurs du secteur public ne représentent aujourd'hui plus que 20% des emplois industriels, ils sont désormais près de 20 millions et concentrés dans les secteurs de l'énergie et de l'industrie lourde qui sont d'une importance stratégique pour l'économie capitaliste Chinoise. Dans la recrudescence à venir de luttes ouvrières en Chine, les travailleurs du public, par leur contrôle de secteurs industriels clés, pourraient exercer une influence économique et politique disproportionnée par rapport à leur poids numérique.

Plus important encore, les travailleurs du secteur public Chinois peuvent profiter de leur expérience politique et historique unique. Avec l'aide des intellectuels socialistes révolutionnaires, les travailleurs du public Chinois peuvent devenir la force directrice de l'ensemble de la classe ouvrière Chinoise et apporter à l'avenir aux mouvements ouvriers Chinois une perspective clairement révolutionnaire et socialiste.



L'illégitimité des fortunes capitalistes Chinoises



Après trois décennies de transition capitaliste, la Chine est passée d'un des pays les plus égalitaires au monde sur le plan économique à un des pays les plus inégalitaires. Selon la Banque mondiale, en 2005, les 10% des ménages les plus riches détenaient 31% du revenu total Chinois, tandis que les 10% les plus pauvres ne détenaient que 2% du revenu total.

Les inégalités en termes de patrimoine sont encore plus scandaleuses. Selon le « Rapport sur la richesse mondiale », 0,4% des familles les plus riches contrôlaient 70% de la richesse nationale en Chine. En 2006, il y avait 3 200 personnes dont les possessions personnelles étaient estimées à plus de 100 millions de yuan (soit 15 millions de $). Parmi ces 3 200 personnes, près de 2 900, soit 90% étaient des enfants de hauts fonctionnaires gouvernements ou de responsables du Parti. Leurs biens cumulés étaient estimés à 20 000 milliards de yuan – soit environ la taille du PIB de la Chine en 2006.

Par les origines de la classe capitaliste Chinoise, une grande part de leur fortune provient du pillage des biens publics et collectifs accumulés durant la période socialiste. Ces fortunes sont très largement été considérées comme illégitimes par la population. Selon une estimation, durant le processus de privatisation et de libéralisation, près de 30 000 milliards de yuan de biens collectifs et publics sont passés entre les mains de capitalistes bénéficiant de relations solides avec le gouvernement. Un rapport récent a révélé qu'en 2008, ce qu'on appelle les « revenus gris » s’élevaient à 5 400 milliards de yuan, soit 18% du PIB de la Chine. Les auteurs du rapport estimaient qu'une très grande partie des « revenus gris » provenaient de la corruption et du pillage des biens publics.

Wen Jiabao, premier ministre Chinois, doit être un des premiers ministres les plus riches au monde. Son fils est le propriétaire d'une des plus grosses entreprises de capital-investissement (private equity). Sa femme s'occupe de l'industrie joaillière Chinoise. On estime que la famille de Wen a accumulé une fortune de 30 milliards de yuan (4,3 milliards de $). Jiang Zemin (ancien Président et secrétaire-général du Parti) posséderait une fortune de 7 milliards de yuan, et Zhu Rongji (ancien premier ministre) aurait une fortune de 5 milliards de yuan.

La corruption généralisée a non seulement sapé sérieusement la légitimité du capitalisme Chinois, mais elle a aussi entamé la capacité de la classe dirigeante à agir dans ses propres intérêts de classe. Sun Liping, sociologue éminent intégré au système, a récemment fait le constat que « la société Chinoise est en train de se décomposer à un rythme accéléré ». Selon Sun, les membres des élites dirigeantes Chinoises sont complètement motivés par leurs intérêts personnels, à court terme, de sorte que personne ne se soucie des intérêts à long-terme du capitalisme Chinois. La corruption est « hors de tout contrôle » et est devenue ingérable.

La prolétarisation de la petite bourgeoisie



Dans les années 1980 et 1990, la petite bourgeoisie (les techniciens et professionnels) a servi de principale base sociale à la politique pro-capitaliste de « réforme et d'ouverture ». Cependant, le creusement rapide des inégalités n'a pas seulement mené à la paupérisation de centaines de millions de travailleurs, mais il a également détruit les « rêves de classe moyenne » de nombreux petits-bourgeois.

Selon les statistiques officielles, environ un quart des étudiants Chinois diplômés dans l'année 2010 étaient au chômage. Parmi les étudiants diplômés l'année précédente, environ 15% restaient au chômage. Ces diplômés qui étaient « embauchés » devaient souvent accepter un salaire guère plus élevé qu'un travailleur migrant non-qualifié. Environ un million de diplômés (ramenés au chiffre des diplômés annuels de 6 millions) appartiendrait au « peuple des fourmis ». C'est-à-dire qu'ils vivent dans des conditions insalubres dans les banlieues des grandes villes Chinoises. La flambée des coûts du logement, des soins de santé et de l'éducation a encore plus remis en cause le statut économique et social de la petite bourgeoisie actuelle et potentielle, les poussant à renoncer à leur aspiration à un niveau de vie de « classe moyenne ».

Un diplômé a posté ses réflexions sur Internet sur sa « vie misérable ». Après des années de travail, il s'avérait qu'il ne pouvait pas se permettre d'acheter un appartement ou de se marier et d'élever un enfant. Le jeune homme se demandait :

« Pourquoi aurais-je besoin d'une petite amie ? Pourquoi aurais-je besoin d'avoir un enfant ? Pourquoi devrais-je me soucier de mes parents ? Changeons notre philosophie. Si nous ne soucions pas de nos parents, ne nous marions pas, n'avons pas d'enfants, n'avons pas besoin d'acheter d'appartements, n'avons pas besoin de prendre le bus, ne tombons jamais malades, n'avons pas de loisirs, ne déjeunons même pas, nous aurons peut-être le secret d'une vie heureuse ! Cette société nous rend fou. Nous ne pouvons même pas satisfaire nos besoins les plus fondamentaux. Avons-nous tort ? Nous voulons juste survivre. »

Alors que de plus en plus de petits-bourgeois connaissent la prolétarisation de leurs conditions économiques et sociales, un nombre croissant de jeunes se radicalisent politiquement.

Dans les années 1990, la gauche politique n'existait pratiquement plus en Chine. Mais durant la première décennie de ce siècle, la gauche Chinoise a connu un développement spectaculaire. Trois sites Web de gauche, Wu You Zhi Xiang (l'Utopie), Le drapeau de Mao Zedong, et le Réseau des travailleurs Chinois, ont acquis une influence nationale. Certains sites Web de l'idéologie dominante, tel que « Renforçons le forum national », un site d'actualité lié au quotidien officiel du Parti, le Quotidien du peuple, ont été dominés par les posts identifiables à des tendances politiques de gauche.

Les 9 septembre et 26 décembre 2010, les travailleurs dans des centaines de villes, et les étudiants dans près de 80 universités et de lycées Chinois ont organisé des rassemblements spontanés de masse pour commémorer Mao Zedong, souvent confrontés à l'opposition et à la répression des pouvoirs locaux. Lors du nouvel an Chinois 2011 (le 9 février), près de 700 000 personnes se sont rendus dans la ville natale de Mao, Shaoshan dans la province de Hunan, pour honorer sa mémoire. Compte tenu du contexte politique actuel en Chine, les commémorations spontanées en hommage à Mao Zedong sont, en fait, devenues des manifestations de masse anti-capitalistes.



Les limites du Capital, c'est le Capital lui-même



Le modèle Chinois d'accumulation de capital s'est appuyé sur tout un ensemble de facteurs historiques bien particuliers : l'exploitation sans merci d'une immense main d’œuvre bon marché ; l'exploitation massive des ressources naturelles et la détérioration de l'environnement qui en découle ; et un modèle de croissance dépendant de l'augmentation des exportations vers les marchés des pays du centre du monde capitaliste. Aucun de ces facteurs n'est viable au-delà du moyen-terme.

Sachant que les économies américaines et européennes sont aux prises avec la stagnation et seront confrontées à des crises potentiellement plus importantes à l'avenir, la Chine ne pourra plus compter sur les exportations pour tirer sa croissance économique. En outre, il est largement admis que le niveau excessivement élevé des investissements en Chine a conduit à des capacités de production massivement excédentaires, et a contribué à alimenter des demandes insoutenables en termes d'énergie et de ressources. La baisse du taux de rentabilité des capitaux pourrait éventuellement conduire à un effondrement des investissements et à une crise économique majeure. Ainsi, l'économie capitaliste Chinoise a besoin de se « ré-équilibrer » en promouvant la consommation intérieure. Mais comment cela peut-il se mettre en place sans entamer les intérêts fondamentaux de la classe capitaliste Chinoise ?

Actuellement, la consommation des ménages représente à peu près 40% du PIB Chinois, les dépenses de l’État 10%, l'excédent commercial 5% et l'investissement 45%. Les revenus des travailleurs salariés et des paysans ruraux s’élèvent à environ 40% du PIB. Ainsi, les revenus de la classe laborieuse correspondent à peu près à la consommation totale des ménages. Si l'investissement public est traité comme un élément du bénéfice capitaliste brut, alors le bénéfice capitaliste brut (ce qui équivaut au PIB moins les salaires et les dépenses de l’État) constitue environ 50% du PIB. Après avoir soustrait l'amortissement du capital fixe, le bénéfice capitaliste net est approximativement de 35% du PIB. Cette marge bénéficiaire capitaliste très élevée (ou encore un taux de plus-value très élevé) est la base politique et économique de l'accumulation rapide de capital en Chine.

2011-06-01li_table1-600x203.jpg

 

Désormais, supposons que la Chine doive rééquilibrer son économie vers une économie tirée par la consommation. Le tableau 1 présente divers scénarios de possibles « ré-équilibrages » du capitalisme Chinois. Chaque scénario correspond à un ensemble de conditions bien particulières nécessaires pour stabiliser l'économie capitaliste (avec un taux de profit stable plutôt que déclinant). Par exemple, si le taux de croissance de la Chine devait chuter à 7% par an, alors pour stabiliser le rapport capital-production, les investissements devraient chuter à 36% du PIB (arrondi à 35% dans le tableau 1). Si on tient compte du fait que les principaux marchés d'exportation de la Chine (les États-Unis et l'Union européenne) stagneront très probablement à l'avenir tandis que les importations d'énergie et de matières premières de la Chine continueront à croître, la balance commerciale Chinoise devrait revenir à l'équilibre. Il s’ensuit que la somme de la consommation des ménages (salaires) et des dépenses publiques doit atteindre les 65% du PIB. Le bénéfice brut doit tomber à 35% du PIB, et le bénéfice net à 20% du PIB.

Donc, dans cet exemple, près de 15% du PIB doit être redistribué des profits capitalistes vers les salaires des travailleurs ou vers les dépenses sociales. Comment une aussi grande redistribution de revenus pourrait être réalisée, même dans les conditions politiques les plus idéales ? Quelle fraction de la classe capitaliste va sacrifier son propre intérêt pour le bien des intérêts collectifs de sa classe ? Étant donné l'origine corrompue et tout à fait illégitime de la fortune capitaliste Chinoise, se pose également la question de comment l'intérêt collectif de la classe capitaliste pourrait être défendu, même si la direction du Parti communiste décide de défendre les intérêts collectifs capitalistes. Par définition, les revenus et la richesse issus de la corruption ne sont pas soumis à l'imposition.

En un sens, le contexte historique actuel diffère radicalement de n'importe quelle autre période dans l'historie capitaliste. Après des siècles d'accumulation capitaliste incessante, le système écologique mondial est sur le point de s'effondrer et l'évolution de la crise écologique mondiale menace de détruire la civilisation humaine au XXIème siècle. En tant que premier consommateur mondial d'énergie et émetteur de dioxyde de carbone, la Chine est désormais au cœur des contradictions écologiques mondiales.

2011-06-01li_chart1-600x434.jpgLa Chine dépend du charbon pour près de 75% de sa consommation d'énergie. De 1979 à 2009, la consommation de charbon de la Chine a crû à un taux annuel moyen de 5,3%, et l'économie Chinoise a crû à un taux annuel moyen de 10% (mais pour la dernière décennie, 1999 à 2009, la consommation de charbon Chinoise s'est accélérée pour atteindre 8,9% par an). Si on extrapole de façon généreuse, le taux de croissance futur de la Chine devrait être celui de la production de charbon, plus 5%. Selon les sources gouvernementales Chinoises, la Chine a des réserves de charbon de près de 190 milliards de tonnes. Le graphique 1 compare la production historique de charbon avec sa production future envisagée, en supposant que le charbon récupérable restant corresponde aux réserves officielles.

On estime que la production de charbon Chinoise devrait atteindre un pic en 2026 avec un niveau de production de 4,7 milliards de tonnes. Le taux de croissance de la production de charbon devrait ralentir pour atteindre 3,5% entre 2009 et 2020 ; 0,4% entre 2020 et 2030 ; - 2,5% entre 2030 et 2040 ; et – 4,8% entre 2040 et 2050. Le taux de croissance économique que cela implique serait de 8,5% pour les années 2010 ; 5,5% pour les années 2020 ; 2,5% pour les années 2030 ; et 0% pour les années 2040.

Donc, d'ici les années 2020, l'économie capitaliste Chinoise devra opérer une redistribution de revenus de l'ordre de 20% du PIB des profits nets vers les salaires pour préserver une économie capitaliste stable (voir tableau 1). D'ici les années 2030, le profit net capitaliste devrait passer sous la barre des 10% du PIB, et il n'y aurait pratiquement plus de marge de manœuvre pour de nouvelles redistributions de revenus.

La crise énergique imminente est juste une des nombreuses contradictions écologiques auxquelles est confrontée la Chine. Selon le rapport « Charting our water future », la Chine devrait avoir un déficit en eau de 25% d'ici 2030, puisque la demande croissante provenant de l'agriculture, de l'industrie et des villes dépasse de loin ses ressources limitées en eau. Si la tendance actuelle en Chine à l'érosion des sols n'est pas corrigée, elle pourrait avoir à supporter un déficit alimentaire de 14 à 18% d'ici 2030-2050. En conséquence du changement climatique et d'un accès à l'eau de plus en plus difficile, la production céréalière de la Chine pourrait baisser de 9 à 18% d'ici les années 2040.



La victoire du prolétariat ?



L'humanité se trouve désormais à un tournant historique. Le fonctionnement du système capitaliste mondial n'aboutira pas seulement à la paupérisation permanente de milliards de personnes ; il mènera de façon quasi certaine à la destruction de la civilisation humaine. Cela soulève cette question historique-mondiale urgente : Sur quelle force l'humanité peut compter pour réaliser la révolution mondiale du XXIème siècle, donc à la fois socialisme et viabilité écologique ?

Marx s'attendait à ce que le prolétariat joue le rôle de fossoyeurs du capitalisme. Dans le cours actuel de l'histoire mondial, les classes capitalistes ont réussi à s'adapter aux défis posés par les classes laborieuses par le biais de réformes sociales limitées. Les classes capitalistes sont parvenues à ce compromis temporaire sur la base de la super-exploitation des classes laborieuses à la périphérie et l'exploitation massive des ressources naturelles mondiales et de l'environnement. Ces deux conditions se sont, désormais, épuisées. Dans la ou les deux décennies à venir, les classes laborieuses prolétarisées peuvent constituer, pour la première fois, la majorité de la population mondiale. Avec un phénomène de prolétarisation massive, les conditions historiques mondiales commencent à être réunies afin que, dans l'esprit de Marx, l'on se dirige vers la victoire du prolétariat et la chute de la bourgeoisie.

Premier producteur industriel et consommateur d'énergie mondial, la Chine est de plus en plus au centre des contradictions du capitalisme. L'analyse qui précède laisse entendre qu'après 2020, les crises économique, sociale, politique et écologique pourraient converger en Chine.

Compte tenu de l'héritage de la révolution Chinoise, les conditions historiques subjectives en Chine pourraient favoriser une solution socialiste révolutionnaire aux contradictions de la Chine. Une classe ouvrière du secteur public qui est sous influence d'une conscience socialiste peut potentiellement prendre le contrôle des secteurs économiques clés en Chine et jouer un rôle dirigeant dans la lutte révolutionnaire à venir. Une grande alliance de classe révolutionnaire peut se forger entre travailleurs du secteur public, travailleurs migrants et la petite-bourgeoisie prolétarisée.

En raison de la position centrale de la Chine dans le système capitaliste mondial, l'importance d'une révolution socialiste victorieuse en Chine ne saurait être trop soulignée. Elle briserait toute la chaîne mondiale capitaliste des marchandises. Elle renverserait le rapport de forces mondial de manière décisive en faveur du prolétariat mondial. Elle ouvrirait la voie à une révolution socialiste mondiale au XXIème siècle, et augmenterait considérablement les chances que la crise mondiale à venir se résolve dans un sens qui soit cohérent avec l'exigence de préservation de la civilisation humaine.

L'Histoire décidera si les prolétariats Chinois et mondial seront à la hauteur de leurs tâches révolutionnaires.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 20:21

Sans-titre-2Alors, QUELLE crise ? La vérité qui commence à se faire jour, c’est qu’elle est la crise deleurpolitique,unepolitiquedévouéeaucapital,quienestàlafoislorigineetlaccélérateur.

 

Ils ont voulu Maastricht, ils ont voulu –contre la volonté exprimée par le suffrage universel- le traité de Lisbonne, ils ont voulu le « marché libre et non faussé », la concurrence effrénée, la marchandisation de toutes les activités humaines, la destruction de toutes les protections sociales.

EtvoilàlEuropequilsnousontfaite.

 

Ils ont voulu les Banques centrales dispensées de rendre des comptes au pouvoir politique. Ils ont voulu la Banque Centrale Européenne ne prêtant plus l’argent public aux Etats mais seulement aux banques privées.

Etvoilàlesmarchésfinanciersmaîtresdujeu.

 

Je n’ai pas l’habitude de tirer sur les ambulances, mais je me rappelle la prophétie d’un certain Dominique Strauss-Kahn, pour qui l’Europe et l’Euro devaient être « lemeilleurinstrumentpossibledemaîtrisedelamondialisation » ?

 

C’était au temps où les commentateurs émerveillés voyaient dans l’Euro « lecimentdunenouvellesolidaritéeuropéenne » !

 

En ce temps-là, malheuràceux, dont j’étais avec mes amis communistes, traités de passéistes, de nostalgiques de la marine à voile, oui,malheuràceuxqui dénonçaient les dangers d’une union monétaire fondée sur la liberté totale des mouvements de capitaux, qui réclamaient que la BCE, soit placée sous contrôle démocratique, et qui prônaient une politique monétaire servant non les profits et la spéculation, mais lemploi, le développement des servicespublics, la luttecontreledumpingsocial et la taxationdesprofits !

 

A peine quelques années ont passé.

 

En un rien de temps, ces prophètes de malheur nous ont plongés dans la spirale du déclin, qui s’emballe. La Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, j’en passe… Et maintenant, la France !

 

De plan de rigueur en plan de rigueur, ils nous condamnent à mourir guéris !

 

Pour s’en sortir, il faudrait, paraît-il, imiter l’Allemagne. L’Allemagne, parlons-en !

 

Derrière l’image flatteuse, une majorité d’Allemands, qui sont bien placés pour savoir de quoi il retourne, considère la protection sociale comme notoirement insuffisante.

Deux tiers d’entre eux pensent que les systèmes de santé et d’éducation fonctionnent mal.

La précarité se généralise, avec plus de 7 millions d’Allemands placés sous le régime du « micro-emploi » : 80 heures de travail mensuel maximum pour un salaire plafonné à 400 euros !

 

Malgré tout cela, ils s’entêtent dans l’austérité !

Et à la manière de Sarkozy, non seulement ils s’entêtent mais ils accélèrentles contre-réformes, et ils osent les présenter comme un remède à la crise !

 

Un remède à la crise ?

Mais c’est un mensonge absolu ! Un contresens total !, puisque ce sont précisément toutes LEURSdécisionsqui ont déclenchélacrise et laggraventcommeunevissansfin.

Avec eux, en deux ans,

900 usines ont fermé en France, et 100 000 emplois industriels ont été liquidés.

 

Cenestpasencoreassez.

 

Voilà que la France vient de se voir baisser sa note par les ayatollahs du triple A, qui ne tirent leur légitimité que d’eux-mêmes, lancent de véritables fatwas économiques, et ne craignent pas de se contredire en exigeant toujours moins de dépenses publiques tout en s’inquiétant des effets négatifs sur la croissance !

N’empêche ! Au lieu de décréter que cenestpasauxagencesdenotation de dégrader la note des Etats, mais auxEtatsdedégraderlanotedesbanques,

unefoisdepluslesdirigeantseuropéenscapitulent.

 

J’en veux pour preuve leur volonté de nous imposer coûte que coûte ce qu’ils ont baptisé « la règle d’or ». N’en doutons pas : les coups de règle seront pour nous. Quant à l’or, devinez à qui il ira !

 

J’en veux pour preuve, aussi, le prétendu « sommet social » d’hier.

Unevéritableopérationdenfumage, qui vise à nous faire avaler des régressions supplémentaires, dont une nouvelle baisse du niveau de vie.

 

Ils la baptisent « TVA Sociale »…

« TVA sociale » : une formule comme ça, il fallait vraiment l’inventer !

 

C’est la nouvelle mode ! On avait déjà :

« La croissance négative »,

« La guerre humanitaire » en Lybie,

« Les plans sociaux », voilà maintenant « la TVA sociale », et je suppose qu’on ne tardera pas à avoir « les pots-de-vin honnêtes » dans l’affaire Karachi… Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles.

 

La TVA anti-sociale, puisqu’il faut lui donner son vrai nom, c’est en vérité unnouveauplanderigueurdéguisé.

  • D’un côté, un cadeau d’au moins 30 milliards aux entreprises,

  • et de l’autre, une profonde modification de la fiscalité qui pèsera sur chaque famille.

 

Evidemment, le Medef applaudit bruyamment, lui qui chante toujours la même chanson : « Réduiseznoscharges,laissez-nouslicencier,etvousverrezlemploiaugmenter ».

 

Seulement voilà !

Nous, les Français, nous avons flairé l’arnaque.

Nous sommes 64 % à penser qu’il n’y a rien de bon à attendre de cette TVA anti-sociale, et 73 % à considérer que le « sommet » du 18 janvier sera inefficace pour l’emploi.

 

Au début de mon propos, je vous ai présenté mes vœux.

Ces vœux, je veux les placer sous le signe de l’espoir.

Car vous le savez bien, en ce début d’année qui peut, si nous le voulons, s’avérer une année exceptionnelle :

 

  • Aucun souhait de vivre mieux ne pourra se réaliser sans nourrir lespoir dun changement aussi possible qu’indispensable.

  • Rien ne se réalisera tant qu’on en restera aux vieilles recettes éculées, tant qu’on nous fera prendre les vessies de laustérité pour les lanternes du progrès.

  • Sans mobilisation, sans combat, rien ne changera, comme l’histoire nous l’a enseigné,

  • Rien de beau, de neuf ne verra le jour sans une refondation de la politique nationale et de la construction européenne, qui doivent lune et lautre saffranchir des marchés financiers, et replacer la souveraineté au cœur du système.

 

Ces dernières années, nous avons beaucoup enduré.

 

Mais cette année, ilnetientquànousdymettreunterme !

 

Je n’ignore évidemment pas que les élections présidentielles et législatives approchent.

 

Mais ce soir, je veux dépasser le cadre électoral, aussi important soit-il, et il l’est comme rarement dans une vie, pour vous dire que ceux qui nous font endurer tant de souffrances sociales, ceux qui, par cupidité sont prêtsàtout, même à conduire la nature, les éco-systèmes etlaplanèteentièredanslemur comme on l’a encore vu à la conférence de Durban, ceux-lànesontquuneinfimeminorité.

 

Etnous,noussommeslamultitude.

 

Lavenirestentrenosmains.

 

J’entends certains, accablés par tant de duretés endurées, dire « ça ne changera jamais ».

 

Je les invite avec gravité à faire comme leur ville :

 

Agarderlatêtehaute !.

 

A regarder de plus près cevieuxmondequisefissuredepartout.

 

A voir surgir, des profondeurs des peuples humiliés, lesbasculementsdedestins

Révolutions latino-américaines, Maghreb, indignés d’Athènes, de Londres ou de Madrid, nous vivons sur les cinq continents unedecesmontéesdesèvequifontcraquerlécorcedusystème.

 

Je les invite, je vous invite vousaussi à être de ces « bousculeursdhorizon ».

 

Grain de sable parmi les grains de sable, chacun d’entre nous peut contribuer à « empêcherdedormirceuxquinousempêchentderêver », selon la belle formule des jeunes indignés espagnols.

 

Paul Eluard le disait : « Sinouslevoulions,ilnyauraitquedesmerveilles ». Portons donc nos regards plus loin, et nos exigences plus haut.

 

Priorité à l’humain !

 

Acettecondition, à cette condition seulement,

2012 pourrait devenir, pour nos vies, notre ville et notre pays, une belleet bonne année !

 

Permettez-moi de boucler la boucle en citant une dernière fois Saint-Exupéry :

 

« Lavenir,ilnesagitpasdeleprévoir,maisdelerendrepossible ! ».

 

Chères Valentonnaises, Chers Valentonnais, Mesdames et Messieurs, cestcequejevoussouhaite.Detoutmoncœur !

 

Encoreuntoutpetitpost-scriptumenformededeuxbonnesnouvelles !

 

Dunepart,nousnoublionspasMumiaAbu-Jamal,notre citoyen d’honneur, injustement emprisonné depuis 30 ans, et qui fait preuve d’un courage exemplaire.

 

La protestation internationale, incluant Valenton, a fini par payer :

 

Mumiaestdéfinitivementsortiducouloirdelamort.

 

C’est une grande victoire, mais les choses ne s’arrêtent pas là !

 

Nous n’allons pas laisser Mumia croupir éternellement en prison, pour un crime qu’il n’a pas commis.

 

Jusqu’à sa libération, le combat continue !

 

EtpuisilyalaPalestine,etSalahHamouri !

 

Vous le savez, Salahestdésormaislibre,etcestpournousunejoieimmense.

Et voilà qu’au même moment, laPalestineafaitsonentréeàlUnesco, ce qui renforce notre joie…… et aussi notre détermination :

 

Maintenant,

il faut obtenir la libération de tous les prisonniers palestiniens, et l’entrée de la Palestine àlONU !

 

Ce que vous ne savez pas encore, mais que je me fais une joie de vous annoncer, c’est que, selon toute probabilité,

SalahserabientôtàValenton !

 

Tout n’est pas encore réglé, car il a droit à un peu de repos et il est très demandé, mais nous espérons sa visite le 4 avril !

 

Notez cette date dans vos agendas, car je compte sur vous tous pour lui réserver un accueil « à la Valentonnaise » dont il se souviendra !

 

Etmaintenant,chersamis,levonsensembleleverredelamitié !

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 19:57

Sans-titre-2.jpgMesdames et Messieurs,

Chères Valentonnaises et Valentonnais,

Cher(e)s ami(e)s,

 

 

Au nom du Conseil municipal, jevoussouhaitelabienvenue à cette soirée préparée et décorée par les services municipaux, que je veux remercier en votre nom ! J’espère qu’elle vous permettra de passer un agréable moment de convivialité.

 

A Valenton, ces moments, nous y sommes particulièrement attachés. Antoine de Saint-Exupéry, que je citerai encore tout à l’heure, disait : « Ceuxquinéchangentriennedeviennentrien ». C’est pourquoi ici, patiemment, nous nous obstinons à construire du vivre ensemble, du partage et de la fraternité.

 

Que vous souhaiter de mieux en 2012 sinon cela. Cela qui devrait être notre humanité.

 

ALORS,

Que cette année comble vos désirs personnels, familiaux et professionnels !

Qu’elle procure à ceux qui sont dans l’épreuve le réconfort espéré !

Que chacun d’entre vous connaisse des moments de plénitude, ces instants qui donnent sa saveur à l’existence !

 

Vous le savez, chaque début janvier, je vous brosse à grands traits le bilan de l’année écoulée et les lignes de force de celle qui s’ouvre.

 

Mais ce soir, je ne vous infligerai pas cette litanie, car nous sommes à la moitié –et même un peu plus !- de notre mandat, qui court jusqu’en 2014. A cette occasion, nous avons souhaité faire le point, et chacun d’entre vous pourra repartir avec une petite brochure qui vous dira, peut-être pastout, mais en tout cas lessentiel sur l’application de notre programme municipal, et aussi de notre Projet de Ville.

Ce Projet de Ville qui constitue désormais le fil conducteur et le ciment de notre action, autour des 6 axes que nous avons adoptés.

Six axes, je le rappelle, qui s’inspirent de nos valeurs : de liberté, d’égalité et de fraternité, bien sûr, mais aussi de laïcité, de citoyenneté et d’équité.

 

Dans ces pages, vous trouverez aussi un aperçu de nos projets pour les prochaines années.

Car malgré toutes les difficultés, et en particulier les tentatives de l’Etat de nous étrangler financièrement, nousavonslafermeintentiondemaintenir lecapdesréalisationsetduservicepublic.

Un seul chiffre résume notre ambition : en 2012, nous prévoyons d’investir plus de 16 millions d’euros, soit 3 fois plus qu’en année courante !

 

Pour cela, plus que jamais nousauronsbesoindevotresoutienactif !

Un soutien dont je ne doute pas, à en juger par le résultat de la récente Votation citoyenne.

Près de 2 000 d’entre vous y ont participé, approuvant massivement notre Budget de lutte et de résistance, ainsi que les propositions que nous avançons pour financer nos besoins, et que je résume en quelques mots : justice fiscale, justice sociale, et taxation des profits financiers.

 

Avec cette brochure, vous pourrez apprécier par vous-même le travail de notre équipe municipale. Et je dois vous dire en toute sincérité que je ne redoute pas votre jugement, car nous n’avons pas chômé.

 

Je veux ajouter : etvousnonplus !

Car,Queserait la volonté municipale sans la précieuse contribution de toute notre ville, sans ses employés municipaux qui se dévouent au service d’une population de plus en plus malmenée, sans les militants qui se portent sur le front des luttes, sans les bénévoles qui s’activent dans une multitude d’associations de locataires, de parents d’élèves, d’entraide ou de lutte pour la paix.

 

Et sans les Restos du cœur qui s’éreintent à endiguer le flot dévastateur de la pauvreté, et qui me remettent à l’esprit le cri lancé par Victor Hugo aux nantis de son époque : « Vousvoulezlamisèresecourue ?Moijelaveuxsupprimée ! ».

 

Dans toutes ces mains offertes, je vois le signe que le temps des individualismes s’estompe, et que celui des solidarités prend une vigueur nouvelle…

 

Il est temps. Grandtemps !

Car je pèse mes mots :

 

lapolitiqueactuellemartyriselaFrance !

Aucundomainenestépargné !

 

Lécole ? C’est saignée après saignée ! Ils lui ont déjà supprimé 66 000 postes en 4 ans, et encore 14 000 cette année, dont plus de 600 dans notre académie, 117 dans nos écoles, 50 dans nos collèges, 300 dans nos lycées malgré une hausse généralisée des effectifs !

 

Lasanté ? La Sécu est amputée de 7 milliards, les Mutuelles sont frappées d’une taxe, les hôpitaux sont menacés de fermeture comme on l’a vu à Henri-Mondor qui doit son salut à une puissante mobilisation, pendant que les grands laboratoires s’engraissent comme jamais, sans parler des scandales du Médiator ou des prothèses frelatées !

 

Lemploi ?Massacré ! Le chômage a progressé de plus de 5%, le triste record de 1999 est en passe d’être battu, et Valenton a dépassé le cap des 1 000 chômeurs !

 

Laretraite?C’est comme l’horizon, plus on avance, plus elle recule !

 

Lessalairesetlespensions ? Passés à l’essoreuse ! Même pas un coup de pouce pour le Smic, pendant que la taxe professionnelle est supprimée, que l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur la fortune sont abaissés, et que les charges sont allégées !

 

Lesprix ? La TVA, + 1,5 % . Le gaz : + 4 % . La SNCF : + 3,2 ! Tout le reste à l’avenant ! Et en plus, ils se préparent à faire flamber le prix de l’électricité !

 

Lelogement ? Malgré tous nos efforts, nous en sommes à plus de 650 demandeurs de logements dans notre ville, et en France 600 000 personnes vivent dans des taudis. La loi Dalo elle-même est noyée par la crise du logement, pendant que les spéculateurs de l’immobilier se remplissent les poches. En trente ans, ils ont engrangé 450 milliards de profits !

 

Lapauvreté ? Elle explose. Au point qu’en deux ans le nombre de foyers en dessous du seuil de pauvreté s’est accru d’un tiers à Valenton, atteignant la barre des 1 000 foyers soit près d’un sur 4. Mais pas de soucis pour les riches. Ils n’ont jamais été aussi riches, ni aussi nombreux.

A eux seuls, les 10 % des individus les plus fortunés détiennent la moitié du patrimoine en France.

 

LesartisansetlesPME ? Dans le rouge, faute de financement car les refus de prêt ont triplé en 3 ans !

 

Lesservicespublics ? Ils leur ont déclaré la guerre, pour que le privé puisse se gaver.

 

Lepluralisme ? Quel pluralisme ? Voyez les temps de passage dans les journaux télévisés des 7 plus grandes chaînes :

  • le gouvernement et la droite se sont adjugés 53 % du temps d’antenne

  • -et le parti socialiste 40 %.

  • Et les 7 % restant ? 5 % pour les Verts, 1 % pour le parti de Gauche, et 0,6 % pour le parti communiste. Zéro virgule 6 pour cent !

 

Tout cela parce qu’ils n’ont quuneidée en tête : flinguernotremodèlesocialetdémocratiquepourmieuxsenrichir. Jaurès disait : « Ladroiterevienttoujoursàsonintérêt,quiestdeprotégerlesbrigandagesfinanciers ».

Et avant lui, Jules Vallès écrivait :

« Lecapitalmourraitsi,touslesmatins,ilnegraissaitpaslesrouagesdesesmachinesavecdelhuiledhomme ».

 

Comme il est loin le temps, pourtant si proche, où Nicolas Sarkozy déclarait :

« LechefdelEtatnedoitpassimplementsoccuperdesgrandsproblèmesstratégiques.Ildoitaussisoccuperdelaviequotidiennedesgens ».

 

Finies les belles promesses ! Aujourd’hui, voilà avec quel ignoble cynisme LeFigaro résume les choses, je cite :

« Ilyauntempspourlacalino-thérapie,etuntempspourlarigueur.Quipourraitcomprendrequonveuillemaintenirunecoûteusesociétédassistanataumomentmêmelaprioriténationaleestderedresserlesfinancespubliques ».

 

Ah,lesfinancespubliques !Ladette !Lacrise ! Les grands mots mille fois répétés pour nous faire trembler, nous faire taire…

La crise avec laquelle Sarkozy tente d’effacer son ardoise…

Mais QUELLE crise, au fait ? La crise ne nous tombe pas dessus comme un virus surgi on ne sait d’où !

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 19:56

index.jpegC’est un rituel : chaque année, vers le milieu du moins de janvier, le ministre de l’Intérieur présente à la presse les « chiffres de la délinquance » de l’année écoulée. Ce 17 janvier 2012, Claude Guéant va donc sacrifier à la tradition. Cette tradition veut aussi que le ministre de l’Intérieur transforme ce bilan en un exercice de communication politique célébrant les vertus de sa « volonté politique » qui aura su imposer aux forces de l’ordre un travail toujours plus efficace et faire ainsi reculer la délinquance.

L’on a déjà à maintes reprises décortiqué les chiffres annoncés, souligné les artifices utilisés pour les rendre favorables, rappelé comment ils sont produits et expliqué au final pourquoi ils ne peuvent malheureusement pas constituer une véritable mesure de l’évolution des délinquances (voir le commentaire du bilan 2010). De plus, la presse a révélé en octobre dernier une note interne du Directeur général de la Gendarmerie nationale, en date du 15 septembre 2011, qui expliquait en détail à ces troupes quelles étaient les consignes du ministère de l’Intérieur pour produire à la fin de l’année les « bons chiffres » (voir par exemple ici et ici). Il faudrait donc être particulièrement ignorant ou hypocrite pour prendre pour argent comptant ceux mis en avant aujourd’hui par Claude Guéant. C'est pourquoi, plutôt que de faire un énième exercice de critique statistique, il a paru ici plus intéressant - à quelques mois des élections présidentielles et législatives - de dresser un rapide bilan des dix années écoulées au cours desquels ce sont les mêmes hommes (l’entourage de Nicolas Sarkozy) qui nous ont gouverné.

Des grandes tendances qui ne doivent pas grand chose à la politique menée depuis 2002

La baisse des vols de voitures et des cambriolages a joué un rôle majeur dans la réduction officielle de l’ensemble de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie. Mais cette baisse avait commencé dans les années 1990, elle s’est juste accentuée dans les années 2000, et on ne voit pas très bien en quoi une politique particulière menée ces dix dernières années en serait responsable. D’autant que, si les enquêtes en population générale confirment la baisse des vols de voiture, les choses sont beaucoup moins claires pour les cambriolages qui semblent plutôt stables dans la réalité, voire en recrudescence ces deux dernières années. En toute logique du reste, depuis 2002, face à une priorité nationale et à une demande sociale croissante, dotés dans un premier temps de moyens matériels et juridiques supplémentaires, les gendarmes et les policiers auraient dû courir davantage après tous ces voleurs qui sont au cœur de la « délinquance de voie publique » qui empoisonne parfois notre vie quotidienne. Mais il faut toujours rappeler que les statistiques de police et de gendarmerie comptent les procès-verbaux et non les délinquants. Dès lors, intensifier les procédures aurait fait augmenter les statistiques, ce qu’il ne fallait surtout pas. Cette contradiction laisse songeur qui veut bien y réfléchir sérieusement.
On ne saurait davantage faire porter au pouvoir politique actuel la responsabilité de la hausse continue des atteintes aux personnes. Elle avait là aussi commencé bien avant 2002 et nous avons expliqué à plusieurs reprises (par exemple dans le cas des violences conjugales) qu’elle résulte principalement d’une judiciarisation croissante d’agressions physiques, sexuelles ou simplement verbales jadis moins dénoncées et qui ne sont pas plus graves que par le passé. Ces agressions, pour la plupart survenues entre personnes se connaissant, sont par ailleurs facilement élucidables, les traiter même si elles sont bénignes (comme de simples insultes constituant des « atteintes à la dignité et à la personnalité », en hausse de 72 % entre 2002 et 2010) permet donc d’augmenter le taux d’élucidation. Cette hausse s’inscrit donc aussi en partie dans le contexte de la nouvelle « culture du chiffre » imposée aux forces de l’ordre.
Si les destructions-dégradations sont en net recul dans les statistiques de police (- 35 % entre 2002 et 2010), on serait mal fondé à y voir une amélioration de la situation sociale et des tensions dans les quartiers touchés par le processus de ghettoïsation. L’ampleur des émeutes (en particulier celles de l’automne 2005) et le degré de violence de certains de leurs épisodes (comme celui de Villiers-le-Bel en 2007) suggèrent au contraire que la situation s’est encore dégradée. En revanche, il est clair que les forces de police ont été réorganisées depuis 2005 et 2007 dans le but de pouvoir intervenir plus rapidement sur les situations émeutières et de les étouffer dans l’œuf en quelque sorte (voir par exemple ici). Par ailleurs, le trafic de drogues s’est encore plus banalisé dans les cités, en liaison directe avec la misère qui est le terreau sans lequel il ne pousserait pas. Mais le pouvoir politique préfère afficher une statistique officielle de baisse des destructions-dégradations, plutôt que s’interroger sur les conséquences de la généralisation de cette économie souterraine de survie. Officiellement les drogues n’existent pas, elles sont interdites. Dans la vie réelle, elles sont consommées de plus en plus et on en trouve partout. Cherchez l’erreur... On l’a déjà expliqué, la prohibition est une politique de l’autruche. Et comme il ne s’agit pas non plus de laisser faire n’importe quoi, il faut emprunter la troisième voie : la règlementation (voir l’article). La France sera bientôt l’un des derniers pays européens à faire semblant de ne pas le comprendre.

Le véritable impact de la politique menée depuis 2002 se situe ailleurs

En réalité, l’impact essentiel de la politique de sécurité menée depuis 2002 est ailleurs. Il tient principalement en trois points.


Photo : lexpress.fr

1- Entre 2002 et 2010, le niveau de répression a très fortement augmenté en matière d’usage de stupéfiants (+ 75 %) et de police des étrangers (+ 50 %). Dans ce dernier cas, il s’agissait de répondre aussi aux objectifs fixés par le pouvoir politique en termes d’expulsions de sans-papiers. Mais si ces infractions ont explosé dans la statistique de police, c’est sans doute d’abord pour une raison pratiques : ces infractions sont par excellence celles qui permettent de produire de « bons chiffres ». Elles permettent en effet d’augmenter le taux d’élucidation : ce sont des affaires élucidées à 100 % puisqu’elles procèdent de contrôles de police sur la voie publique ou de « descentes » dans des lieux ciblés et que les auteurs sont identifiés en même temps que les infractions sont constatées. En d’autres termes, pour remplir les objectifs assignés par le pouvoir politique, les policiers et les gendarmes ont renforcé les contrôles sur leurs « clientèles » habituelles, ils ont fait du chiffre, de la quantité. Bien obligés. Mais parce qu’ils ont verbalisé davantage de consommateurs de drogues et davantage de sans-papiers, les policiers et les gendarmes ont-ils démantelé davantage de réseaux de trafiquants de drogues et de réseaux de travailleurs clandestins ? La réponse est négative. En 2010, les statistiques de police ont enregistré moins de 6 000 procédures pour trafic de drogues, soit deux fois moins qu’en 1998. C’est donc bien sur la piétaille que l’on s’est concentré et non sur les grands bandits.

2- Cette pression mise sur les forces de l’ordre et, concomitamment sur la justice, a provoqué une explosion du nombre de personnes placées en garde à vue, poursuivies et sanctionnées. La plus forte hausse aura été celle des gardes à vue : de 336 718 en 2001 à 580 108 en 2009 (soit une augmentation de 72 %), avant de baisser un peu du fait de la polémique déclenchée en 2010 et qui a conduit à la réforme organisée par le loi d’avril 2011, approuvée par le Conseil constitutionnel en novembre (voir ici). En bout de chaîne, la population carcérale a également fortement augmenté : de 30 % entre 2002 et 2011. Jamais, depuis la Libération, l’on avait autant emprisonné en France et le taux de surpopulation carcérale atteindrait des niveaux très dangereux si le gouvernement n’avait pas, depuis 2008, recouru plus souvent aux bracelets électroniques pour réduire le nombre de détenus. Les rues sont-elles pour autant beaucoup plus sûres aujourd’hui dans les (rares) endroits elles ne l’étaient guère en 2002 ? Cela est douteux. Sauf en matière de vols de voitures et de deux roues (seule baisse importante avérée), nous avons vu que les enquêtes en population générale signalent par ailleurs des problèmes globalement stables (voir ici).

Photo : controleradar.org

3- Il apparaît que le type de délinquance qui a le plus évolué au cours des années 2000 est en réalité la délinquance routière. Délinquance puisqu’il s’agit de transgressions de la loi, mais délinquance un peu particulière puisqu’elle concerne non pas une minorité de personnes ou de territoires cumulant certains problèmes mais au contraire une majorité de personnes sommées de changer très rapidement leurs habitudes de conduite. Incontestablement le rythme de réduction du nombre de morts et de blessés graves sur les routes s’est accéléré (le mouvement de baisse avait commencé au milieu des années 1970, en liaison avec l’obligation de port de la ceinture de sécurité), mais à un coût social très élevé. En moins de dix ans (surtout depuis des lois de 2003 et 2004), le nombre d'infractions a doublé, la France s’est couverte de radars et le niveau de la répression a changé de braquet. De 2002 à 2009, les infractions au code de la route sanctionnées par les policiers et les gendarmes sont passées grosso modo de 13 à 21 millions (+ 60 %). Celles entraînant un retrait de points sont passées de 1,2 millions en 2002 à près de 6 millions en 2009 (+ 390 %). Plus des deux tiers de ces infractions ayant entraîné des retraits de points sont en réalité des excès de vitesse de moins de 20 km/h, dont les auteurs appartiennent aux deux sexes et sont de tous les âges. Les infractions constatées les plus graves (les délits) sont passées de quelques 257 000 en 2002 à près de 562 000 en 2009 (+ 120 %). Ce contentieux représente désormais plus d'un tiers de l'activité des tribunaux correctionnels (35 % des délits sanctionnés en 2010), ce qui en fait le type de délinquance le plus condamné par la justice (voir ici).

La « guerre à la délinquance » n’a pas eu de vainqueur

En définitive, l’exceptionnelle « guerre à la délinquance » décrétée en 2002 a donc donné des résultats objectivement très décevants. Au bout de dix ans, force est de constater que le conflit n’a pas eu de vainqueur et qu’aucun armistice n’a été signé non plus. Les grands discours ne semblent avoir eu que de petits effets. Si les conducteurs sont beaucoup plus surveillés et sanctionnés et si les petits délinquants (« shiteux », sans-papiers, alcooliques, voleurs et bagarreurs à la petite semaine) qui constituent le gros des clients habituels des policiers et des gendarmes sont davantage réprimés, aucun des grands problèmes de délinquance n’a connu d’évolution radicale ou même très significative. Plus que jamais, la police et la gendarmerie servent avant tout les priorités d’ordre public de l’Etat et non la demande de sécurité des citoyens. Par ailleurs, les délinquances « en cols blancs » semblent quant à elles de moins en moins sanctionnées (voir ici). Plus que jamais la justice s’abat sur les plus faibles.

 

http://insecurite.blog.lemonde.fr/2012/01/16/2002-2012-le-bilan-de-la-politique-de-securite-de-nicolas-sarkozy/

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 19:50

siteon0-2936c.jpgTexte présenté par Hernando Calvo Ospina lors du colloque international : « Pour une civilisation de l’émancipation humaine - Trans-Révolutions, Révolutions individuelles et collectives », organisé à Paris les 2, 3 et 4 décembre 2011 par l’Association TRIP, Travaux de Recherche sur l’Inconscient et la Pulsion, de France, et le Centre National d’Education Sexuelle de Cuba, Cenesex. Avec le Soutien du Grand Soir.


Il y a quelques années j’ai donné une conférence dans une université espagnole. Le moment du débat est arrivé et une personne dans le public m’a demandé pourquoi nous les Latino-américains nous avions une phobie des homosexuels. Ce n’était pas le sujet de ma conférence, mais je n’ai pas voulu laisser passer cette occasion. « Ce n’est pas une phobie, lui ai-je répondu : Malheureusement c’est un héritage. Un parmi tant d’autres. » Dans la salle, le silence s’est installé, et certains ont échangé des regards étonnés. J’ai compris que ma réponse n’était pas assez claire, alors je me suis lancé dans une explication.

Même s’il n’est connu que pour ses prophéties catastrophiques, Nostradamus était aussi médecin. Il prescrivait l’eau comme médicament contre les maladies. Car les maux sont générés par la saleté. Mais dans l’Europe chrétienne l’eau n’était bonne que pour les baptêmes. Rappelons que la reine Isabel la Catholique s’est lavée trois fois dans toute sa vie, et le Roi Soleil (Louis XIV) une seule fois. Lorsque le christianisme s’est imposé en Espagne et que les musulmans ont été expulsés, les rois ont fait détruire toutes les douches publiques construites par les musulmans. L’Eglise voyait l’eau et le bain comme une porte ouverte vers le péché en raison du plaisir procuré au corps. On disait que les hommes musulmans s’adonnaient dans ces lieux à la fornication entre hommes, et l’eau était la coupable.

Lorsque les Européens, particulièrement les Espagnols envoyés par doña Isabel, arrivèrent sur le continent américain, ils trouvèrent des autochtones qui jouissaient pleinement de l’eau. En effet, nombre de leurs rites sacrés avaient lieu dans les rivières et lagunes. Rien que pour cette raison ils méritaient d’être assassinés sous la croix et l’épée, mais le fait que dans beaucoup de ces sociétés indigènes l’homosexualité se pratiquait librement, avant ou après le bain, cela méritait plusieurs millions de morts.

99% des premiers conquistadors espagnols, anglais, français, hollandais et portugais qui arrivèrent sur ces terres étaient des aventuriers, des délinquants et des assassins, en un mot très machos. Pour ces mâles, l’homosexualité était un signe de faiblesse, de féminité : cela leur inspirait le dégoût. Et c’est leur culture, la culture du vainqueur, qui s’est imposée.

- D’où vient cette image de machos qu’ont les Latinos ?

Encore une question qu’on me pose souvent. En grande partie par héritage. Le machisme, les Espagnols nous l’ont offert, mais l’image de ce machisme a été modelée et diffusée par les Etats-Unis. Le macho latino, on l’imagine avec des moustaches, rude, profitant physiquement des femmes et généralement violent. Et même si cela semble incroyable, c’est une image « marketing » qui a commencé à prendre forme au début du siècle passé. Le prototype du macho c’est Pancho Villa, et ce n’est pas un hasard. Disons que c’est lui le « coupable ». En mars 1916, ce révolutionnaire mexicain a fait ce qui n’avait jamais été fait et qui n’a jamais été reproduit depuis : il a franchi la frontière étasunienne pour attaquer le village de Columbus, au Nouveau Mexique, où avec ses troupes il a réduit à néant la caserne militaire. La réaction ne s’est pas fait attendre : les troupes étasuniennes l’ont poursuivi sur des dizaines de kilomètres à l’intérieur du Mexique, sans pouvoir le capturer. C’est alors qu’on a commencé à utiliser son image pour la ridiculiser à travers la presse, aux Etats-Unis, et bien vite en Europe aussi.

- Pourquoi aimez-vous tant la mère et la chasteté des femmes ? m’a demandé un jour une jeune française.

C’est notre héritage, lui ai-je répondu. La mère est synonyme de Marie, la sainte vierge. Ce n’est pas pour rien que Maria est le nom le plus populaire dans nos contrées imprégnées de religion chrétienne. Marie a mis au monde Jésus de Nazareth sans qu’un homme ne la touche, pas même son époux Joseph. Seul le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, entra par la fenêtre et elle se retrouva enceinte. De plus, en 1854, le pape de Rome a dit que Marie était arrivée au monde sans « qu’aucun péché n’eut été commis », c’est-à-dire que sa mère non plus n’avait pas été touchée par un homme pour la concevoir. Cette virginité de Marie est celle qui lui a donné ce prestige de l’intouchable, de l’immaculée. Nos mères doivent en être la preuve. Les hommes l’ont écrit dans la Bible pour que leurs femmes suivent l’exemple de la pureté. Notre mère, notre épouse, est une vierge Marie avant d’être une femme. Elles doivent vivre pour la dévotion, la souffrance et le don de soi à l’époux et aux enfants. Elles n’ont pas le droit de pécher et à peine de jouir de leur corps.

Personne ne peut imaginer avoir pour mère une Ève, celle qui poussa Adam à pécher avec sa pomme pelvienne, et celle qui fut coupable que Dieu nous punisse en nous expulsant du paradis. Pourtant Ève est toujours au cœur des rêves de l’homme, mais pas dans sa maison.

L’Eglise nous a appris que le paradis est rempli de pauvres alors que l’enfer est plein de pédés et d’Èves.

- Pourquoi certaines grandes femmes n’ont pas la même place que d’autres dans l’histoire latino-américaine ? me reprochait une étudiante bruxelloise.

L’héritage, encore l’héritage. Je lui ai donné deux exemples. Manuelita Sáenz, une Equatorienne. Même si elle a gagné depuis l’année dernière le titre de Grande Libératrice, on garde d’elle une image de putain ou presque, car c’est ce que les textes historiques sous-entendent. Elle fut le grand amour du libertador Simon Bolivar. Elle l’a accompagné, elle s’est battue à ses côtés, épée à la main, contre les troupes espagnoles. Elle portait l’uniforme militaire, ce qui était scandaleux pour les dames de l’époque. Mais ce qui a le plus choqué c’est qu’elle appartenait à la grande bourgeoisie et qu’elle était mariée à un Anglais. Les puissants ennemis de Bolivar, espagnols et créoles, commencèrent à construire l’image de « la » Manuela, la putain. Elle vivait en Colombie à la mort de Bolivar. Elle en fut expulsée, et même son propre pays lui interdit le retour. Elle mourut bien pauvre, exilée dans un village perdu du Pérou. On ne pardonne pas les rebelles. Et encore moins les femmes rebelles.

La Malinche était une indienne mexicaine, l’une des rares indiennes qui apporta son aide aux envahisseurs et génocidaires de son peuple. Elle a trahi et livré les secrets des siens aux Européens. Ceux qui ont écrit l’histoire officielle, c’est-à-dire les vainqueurs, l’ont désignée mère symbolique des Mexicains. On a dressé de nombreuses statues à son effigie.

A Cartagena, en Colombie, se trouve l’une des statues les plus populaires du pays, celle de l’indienne Catalina. Elle aussi, elle avait trahi son peuple. Elle livra même son propre père pour qu’il soit assassiné parce qu’il était rebelle.

Le pouvoir européen nous a appris qu’il est bon de trahir pourvu qu’on soit de son côté.

- Pourquoi les Mexicains veulent-ils occulter que l’artiste peintre Frida Kahlo était bisexuelle ? Cette question m’a été posée à plusieurs reprises.

C’est notre héritage. Mais par chance ce sont ses talents artistiques en tant que peintre qui ont primé sur ses penchants sexuels. Car cette Mexicaine qui était mariée au peintre Diego Rivera, a joui de son corps jusqu’à la satiété. Membre du Parti Communiste, elle fut l’amante entre autres, de l’homme politique russe Léon Trotsky et de son épouse, mais aussi de Tina Modotti, de Maria Félix, Chavela Vargas et de nombreuses autres femmes, célèbres ou simples citoyennes. Elle disait que le plaisir de la chair l’inspirait, mais surtout qu’il l’aidait à surmonter toutes les douleurs corporelles dont elle a souffert durant presque toute sa vie. La « société respectable » mexicaine, taillée dans la même pierre que l’européenne ou l’étasunienne, ne pouvait tolérer une image aussi peu « convenable » pour l’une de ses plus grandes figures.

Pour terminer, il me reste une histoire à vous raconter. Mais avant, je voudrais vous rappeler les paroles de Monseigneur Gaillot (1) et de Mme Danielle Mitterrand(2) qui nous a quittés tout récemment. Je me suis entretenu avec ces deux personnalités, séparément, et tous deux me disaient que l’avenir se construisait en Amérique latine. C’est vrai. C’est le seul endroit au monde où les sociétés sont en train de se transformer socialement et politiquement. Où on se bat pour en finir avec autant de tares, autant de mauvais héritages que plus de cinq-cents (500) ans de colonialisme idéologique et culturel européen, puis étasunien, nous ont laissés. Cuba est à l’avant-garde de ses transformations. La lutte n’est pas facile, mais elle est en marche. Nous avons toujours été un sous-continent rebelle. Depuis que les Européens ont débarqué, pas un jour n’est passé sans qu’on ne lutte pour des transformations individuelles ou collectives.

Et maintenant pour conclure. Je vais raconter un épisode que je n’ai jamais raconté, même pas à ma famille. A la fin de l’année 1985, j’étais en prison à Quito, comme prisonnier politique, avec un autre compañero. Nous avions décidé de nous évader. En préparant le plan d’évasion, avec deux braqueurs de banque et deux voleurs de bétail, nous nous sommes rendu compte qu’il nous fallait une personne de confiance qui servirait de lien avec nos compañeros à l’extérieur de la prison. Ce ne pouvait être mon épouse ni aucun de nos proches, parce qu’ils étaient probablement suivis. L’un des braqueurs et un voleur proposèrent que ce soient leurs « femmes » (entre guillemets) qui s’en chargent. Ils mettaient mettre leur main au feu qu’on pouvait leur faire confiance. Nous avons accepté. Et elles ont commencé à nous aider comme de véritables militantes. Elles tombaient régulièrement en prison pour prostitution. Elles restaient quelques jours, payaient une amende et ressortaient. Elles ne nous demandèrent jamais rien en échange, hormis un paquet de cigarettes ou un repas de temps en temps. Tout était prêt pour l’évasion programmée le 1er janvier 1986. Mais quatre jours plus tôt, mon compañero et moi nous avons été libérés et expulsés au Pérou. Le plan a été suspendu, mais quelques mois plus tard l’évasion a eu lieu. Ces femmes ont risqué leur vie pour nous et leurs hommes. Je n’ai jamais connu leurs véritables noms, je ne sais pas si elles sont encore vivantes, mais aujourd’hui ici je voudrais profiter de l’occasion pour les remercier. Et pour leur dire que j’ai toujours ressenti un immense respect et une grande admiration pour elles. Qu’elles ont démontré qu’elles ne font pas partie de la racaille sociale où on voudrait les cataloguer.

On les appelait Lola et Maria, et c’était deux travestis.

Merci beaucoup

 

http://hcalvospina.free.fr/spip.php?article375

 

 

1) http://hcalvospina.free.fr/spip.php...

2) http://hcalvospina.free.fr/spip.php...

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 19:46

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En façade, tout n’est qu’ordre et beauté. Dans les coulisses, les petites mains s’agitent. Clients prestigieux, travailleurs des palaces : deux mondes se frôlent dans un rapport d’inégalité hors normes et de routine professionnelle. Embauchée au début des années 2000 comme femme de chambre, réceptionniste ou encore serveuse dans deux hôtels de luxe américains, la sociologue Rachel Sherman analyse ce théâtre de la domination.

par Rachel Sherman, juillet 2011

L’arrestation en mai dernier à New York du directeur du Fonds monétaire international (FMI), M. Dominique Strauss-Kahn, et d’un homme d’affaires égyptien, M. Mahmoud Abdel Salam Omar, tous deux accusés d’avoir agressé sexuellement une femme de chambre, ont attiré l’attention du public sur les relations de pouvoir entre clients et employés dans les hôtels de luxe. L’indignation soulevée par ces affaires rappelle que le client n’est pas toujours roi, et que certaines prestations ne sont pas comprises dans le forfait hôtelier.

On a moins parlé en revanche des multiples commodités auxquelles Monsieur ou Madame peut prétendre, en échange des centaines et parfois des milliers d’euros qu’il ou elle débourse pour une seule nuitée, ni de l’impact de ces droits seigneuriaux sur les conditions de travail du personnel. Douze mois d’immersion dans le cadre d’une enquête ethnographique nous ont permis tout à la fois d’en prendre la mesure et de comprendre ces rapports de domesticité où, malgré un quotidien fait d’inégalités extrêmes, chacun joue son rôle.

Les grands hôtels se distinguent par leur confort, leur raffinement et leurs dorures. Mais les professionnels du secteur le savent : la différence se fait surtout par la qualité du service, puisque, comme le dit un manager, « nous avons tous des lits et des salles de bains ». Le personnel se doit d’être aux petits soins avec le client, s’adressant à lui par son nom, se précipitant pour satisfaire le moindre de ses désirs et veillant à mémoriser ses manies en vue de son prochain séjour dans l’établissement. Telle cliente exigera pour son petit déjeuner des tranches de papaye taillées en lamelles droites, et surtout pas en tranches dentelées, ainsi que la maison les sert habituellement. Telle autre ne supporte pas les douches ouvertes et réclamera un rideau, ou inversement. Le fumeur trouvera dans sa chambre un paquet de ses cigarettes préférées et, si tel n’est pas le cas, un valet sera à sa disposition pour aller lui en chercher sur-le-champ.

Les travailleurs des hôtels de luxe « vous dorlotent mieux que votre propre maman », apprécie un habitué. Pour materner la clientèle, un palace digne de ce nom mobilise des centaines d’employés assignés aux tâches les plus diverses. Celles-ci se répartissent entre deux catégories : le service direct aux clients (front of the house) et le service indirect (back of the house), relégué dans les coulisses. L’affectation d’un employé à l’une ou l’autre dépend souvent de son origine et de son sexe. Aux Etats-Unis, les coulisses échoient le plus souvent à une main-d’œuvre immigrée en provenance d’Amérique latine, d’Asie, d’Europe de l’Est et d’Afrique. A elle les tâches les moins visibles et les plus éreintantes, telles que le nettoyage et la préparation des chambres, le ramassage du linge et la lessive, le cirage des chaussures, etc. Les personnels affectés à ce travail de l’ombre disposent d’une faible autonomie.

Aux femmes de chambre, par exemple, la direction impose des quotas (au moins douze chambres par jour dans un hôtel de grand standing, parfois le double) pour un travail physiquement pénible : faire les lits en soulevant des matelas pesants, passer l’aspirateur, laver les sols, vider les poubelles, changer les housses de couette et les taies d’oreiller, récurer les lavabos et les toilettes, accrocher des peignoirs propres dans la salle de bains, remplacer les piles de serviettes et les lots de produits cosmétiques. D’autres passeront en soirée refaire un brin de ménage, retendre les draps, allumer la radio, aligner les paires de pantoufles, remplir la corbeille de fruits. Pour accomplir leur tâche, il n’est pas rare que les employés renoncent à leurs pauses. Une femme de chambre raconte avoir perdu cinq kilos durant ses premières semaines de service.

Les métiers d’avant-scène, qui impliquent une relation directe avec le client — réceptionniste, standardiste, portier, concierge… —, sont plutôt réservés aux employés nés aux Etats-Unis ou en Europe de l’Ouest, souvent blancs. Au travail physique qui consiste à porter les bagages ou à prendre les réservations s’ajoute la spécificité moins tangible du travail « émotionnel » (1). Constamment aux aguets pour régler en urgence les problèmes les plus insignifiants, soumis aux caprices et aux sautes d’humeur des nantis, ces employés n’en sont pas moins favorisés par rapport aux soutiers des coulisses — ne serait-ce que grâce aux pourboires, qui représentent souvent une part non négligeable de leur rémunération.

Les « visibles » sont là pour prodiguer au client les mille petits soins qui font la grandeur de l’industrie du luxe : discuter avec lui, rire de ses blagues, acquiescer à ses opinions, l’aider à trouver son chemin dans les beaux quartiers, tenter de l’apaiser lorsqu’une calamité le frappe. Pour le délivrer de ses soucis, ils sont prêts à aller très loin. Un jour, le concierge d’un hôtel où j’ai travaillé a dû convaincre le gérant d’une boutique d’ouvrir plus tôt que d’habitude pour qu’un client puisse s’acheter un nouveau costume avant son rendez-vous d’affaires. Un autre collègue a dû ôter ses chaussures pour les prêter à un client qui avait égaré les siennes au service cirage. A chaque fois, le travailleur doit lui manifester son amitié (mais sans familiarité), sa déférence (mais sans obséquiosité) et son sincère dévouement. Jamais l’attention qu’il lui porte ne doit paraître routinière : le client est un grand personnage à nul autre pareil, et il convient de le lui rappeler en toute circonstance.

Pour consentir à cette relation de domesticité, les personnels doivent se sentir privilégiés de travailler dans un palace. Ils pensent tout d’abord occuper un emploi nécessitant des qualifications particulières — notamment de mémorisation, de discrétion, de raffinement, de courtoisie, etc. — qui les distinguent tant des employés des hôtels bas de gamme que des autres travailleurs du secteur des services.

« Pas de rabais pour toi ! »

Ils valorisent également leur autonomie : le contact direct avec les clients les rend en effet difficiles à contrôler et éloigne toute possibilité de standardisation de leur travail. De même que la nécessité de prendre des initiatives pour choyer les hôtes du soir au matin leur donne un sentiment de liberté, qui permet d’accepter plus facilement les conditions de travail. Car, comme l’a montré le sociologue Michael Burawoy (2), le travailleur s’investira d’autant plus volontiers dans sa tâche, sans en discuter le bien-fondé, qu’il pensera être souverain dans ses choix.

En leur accordant quelques gratifications symboliques, les managers incitent implicitement leurs employés à se dévouer corps et âme. La notion de « fierté » est une pièce maîtresse de cette monnaie de singe. Dans tel établissement, le directeur des ressources humaines serine à ses salariés qu’ils doivent se sentir « fiers de travailler ici », eu égard à l’excellence des prestations offertes. Ailleurs, il vante le prestige qu’apporte le fait de se mettre au service de décideurs éminents, qualifiés de « top 1 % ».

L’attitude des clients renforce cette idée. Nombre d’entre eux se comportent de manière aimable avec les employés. Ils les remercient chaleureusement, se souviennent de leur prénom ; certains habitués prennent même des nouvelles de leur famille ou leur offrent des cadeaux. Les rapports s’inscrivent ainsi dans un contrat implicite de réciprocité où chacun est reconnu dans son individualité et où la discrétion est érigée en maître mot. Le versement des pourboires, dans une enveloppe ou glissés lors d’une poignée de main, participe de cette stratégie de confidentialité qui permet à l’employé de se sentir le complice du client et, quelque part, son égal. L’échange monétaire s’en trouve presque nié, de sorte que la relation semble volontaire des deux côtés.

Clients et personnels se détachent ainsi de leur appartenance de classe. Les premiers ne pensent pas exploiter les seconds, qui eux-mêmes ne se sentent pas subordonnés. Tous participent d’un même théâtre social où les inégalités sont normalisées, où les deux parties se concentrent sur ce qu’elles ont en commun, et non sur ce qui les sépare.

Cette mise en scène occulte le fait que ce qui détermine les conditions de travail du personnel — salaires, droits sociaux, cadences de travail — tient essentiellement à la présence ou à l’absence de syndicats. Selon Mme Annemarie Strassel, du syndicat Unite Here ! (« Unissez-vous maintenant »), le traitement correct réservé aux femmes de ménage dans les grands hôtels new-yorkais (24 dollars de l’heure en moyenne, soit près de 17 euros, et une couverture santé gratuite, pour un quota quotidien qui ne dépasse pas les quatorze chambres) s’explique par la bonne représentation locale de leur syndicat. Dans les villes traditionnellement réceptives au syndicalisme, comme New York, Las Vegas, Los Angeles ou San Francisco, même les établissements non syndiqués tendent à consentir des salaires conventionnés et des assurances médicales pour prévenir les risques de grève.

Il en va tout autrement dans les villes hostiles aux syndicats. A Indianapolis, par exemple, une femme de ménage d’un hôtel de luxe touche 7,25 dollars de l’heure (le salaire minimum) pour trente chambres à nettoyer en huit heures — un seuil impossible à atteindre sans y laisser sa santé. D’après Unite Here !, les accidents ou maladies du travail dépassent de 25 % la moyenne en vigueur dans l’industrie des services, et ce sont les femmes de ménage qui paient le plus lourd tribut dans ce domaine. Les établissements non syndiqués préfèrent en général sous-traiter le nettoyage des chambres à des sociétés extérieures plutôt que de recruter leur propre personnel, ce qui leur permet de se défausser en cas de problème.

Dans le contexte américain, marqué par un droit du travail peu protecteur et une forte opposition patronale aux organisations de salariés, les travailleurs syndiqués s’en sortent relativement bien par rapport à leurs collègues de l’industrie des services, pour la plupart abonnés aux salaires miteux et privés d’assurance-maladie. De là à dire qu’ils sont grassement payés, il y a un pas que le lobby patronal franchit allègrement — comme dernièrement dans le Wisconsin, où une campagne de presse orchestrée par les milieux d’affaires a fustigé la responsabilité des syndicats dans la rémunération « exorbitante » des enseignants et des salariés du public.

Pourtant, même syndiqués, les employés de l’hôtellerie de luxe ne gagnent pas assez pour accéder au niveau de vie des classes moyennes. Ils fournissent un service qu’ils ne pourront jamais s’offrir. Les clients de leur établissement évoluent dans un autre monde : l’ex-patron du FMI fut embauché au salaire annuel net non imposable de 420 000 dollars, sans compter les frais, les avantages divers et le droit à une retraite dorée.

Indépendamment des revenus et des conditions de travail, les conventions syndicales protègent le personnel contre les sanctions injustifiées et les licenciements non motivés, toutes choses parfaitement admises dans le droit américain. Ce n’est pas un hasard si la victime présumée de M. Strauss-Kahn a obtenu le soutien de sa direction : au Sofitel de New York, le syndicat est bien représenté.

Cette affaire illustre une autre caractéristique du travail hôtelier : à l’instar de la plupart des salariés des services, les employés d’hôtel sont soumis à l’autorité des clients autant qu’à celle de leur patron. Bien souvent, l’une est confortée par l’autre, les managers invitant les hôtes à dénoncer la moindre incartade, à décerner bons et mauvais points au personnel sur une carte laissée à leur disposition, à s’occuper en somme de l’évaluation du travailleur. De nombreux hôtels recrutent même des « clients mystère » pour tester la qualité du service.

Bien qu’employées de l’ombre, les femmes de chambre vivent dans la peur constante d’une récrimination qui leur donnerait, comme le craint l’une d’elles, une « mauvaise réputation ». Toutes le savent, les pires catastrophes logent dans les détails : un client qui appelle le standard pour se plaindre d’un trou dans l’une de ses quinze serviettes, un autre qui s’offusque pour une marque sur le mur, un autre encore qui sonne l’alarme pour un cheveu dans la baignoire — qu’il vient pourtant d’utiliser lui-même. Le client paie aussi le droit de surveiller les petites mains, et cette prérogative chèrement acquise décuple la pression qui pèse sur elles.

Si la plupart des clients adhèrent aux règles de la civilité réciproque et traitent convenablement le personnel — les clients des hôtels de classe inférieure seraient nettement plus difficiles, car plus irréalistes dans leurs demandes et donc plus prompts à récriminer —, d’autres ne respectent pas le contrat de réciprocité, harcèlent le personnel et surpassent Harpagon en pingrerie. Or, même dans ces cas-là — dans ces cas-là surtout —, le personnel se doit de répondre poliment et de baisser la tête. Ce qui ne l’empêchera pas après coup de se venger de manière subtile, en assignant au fâcheux la chambre la plus exiguë, en garant sa voiture dans un coin inaccessible, en le moquant dans son dos ou en traînant les pieds. Un portier expliqua un jour à propos d’un client : « Ce gars-là s’adresse à moi en me sifflant comme si j’étais un chien. Parmi tous les ordres que je reçois, je m’arrange toujours pour exécuter les siens en dernier. » Un autre jour, j’ai entendu un réceptionniste lancer en raccrochant le téléphone, après une conversation avec un hôte irascible qui le houspillait : « Pas de rabais pour toi ! »

Ces petits épisodes transgressifs ont lieu à l’insu du client : ils donnent à l’employé l’impression de détenir un pouvoir, renforçant son sentiment d’autonomie, et donc son consentement aux tâches qu’il doit effectuer. En se vengeant individuellement d’un client en particulier, le personnel se dispense d’une résistance collective qui remettrait en cause l’ordre social.

Aux Etats-Unis, où la conviction de vivre dans une société d’égaux est aussi profonde que l’abîme entre riches et pauvres, l’évidence des rapports de classe dans les hôtels de luxe ne va pas sans susciter une certaine gêne. Le maître peut toujours se montrer aimable avec le serviteur, la domination de l’un sur l’autre n’est nulle part aussi flagrante que sous les lambris d’un palace. Les syndicalistes ont encore du chemin à faire pour défendre la dignité du personnel. Pour l’instant, le travail au quotidien dans l’hôtellerie de prestige reproduit l’idée implicite que certaines personnes ont vocation à tout recevoir et d’autres à tout donner.

 

Rachel Sherman

Professeure de sociologie à la New School for Social Research, auteure de Class Acts : Service and Inequality in Luxury Hotels, University of California Press, Berkeley, 2007.
http://www.monde-diplomatique.fr/2011/07/SHERMAN/20758

(1) A ce sujet, cf. Arlie Russell Hochschild, The Managed Heart : Commercialization of Human Feeling, University of California Press, Berkeley, 1983.

(2) Michael Burawoy, Manufacturing Consent, University of Chicago Press, 1979.

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Published by valenton rouge - dans Monde
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