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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 07:09


 

Te recuerdo, Amanda,
la calle mojada,
corriendo a la fábrica,
donde trabajaba Manuel.
La sonrisa ancha,
la lluvia en el pelo,
no importaba nada,
ibas a encontrarte con él,
con él, con él, con él, con él.
Son cinco minutos,
la vida es eterna
en cinco minutos.
Suena la sirena,
de vuelta al trabajo
y tú caminando
lo iluminas todo,
los cinco minutos
te hacen florecer.

Te recuerdo, Amanda,
la calle mojada,
corriendo a la fábrica
donde trabajaba Manuel.
La sonrisa ancha,
la lluvia en el pelo,
no importaba nada,
ibas a encontrarte con él,
con él, con él, con él, con él,
que partió a la sierra,
que nunca hizo daño,
que partió a la sierra
y en cinco minutos
quedo destrozado.
Suena la sirena
de vuelta al trabajo,
muchos no volvieron,
tampoco Manuel.

Te recuerdo, Amanda,
la calle mojada,
corriendo a la fábrica,
donde trabajaba Manuel.

*

Je me souviens de toi Amanda,
la rue mouillée,
et toi courant à la fabrique
où travaillait Manuel.
Ton large sourire,
la pluie dans tes cheveux,
rien ne comptait:
tu avais rendez-vous avec lui
avec lui, avec lui, avec lui, avec lui.
Cinq minutes,
la vie est éternelle
en cinq minutes.
Sonne la sirène,
du retour au travail,
et toi, en marchant,
tu l'illumines tout entier,
ces cinq minutes
te font fleurir.

Je me souviens de toi, Amanda,
la rue mouillée,
et toi courant à la fabrique
où travaillait Manuel.
Ton large sourire,
la pluie dans tes cheveux,
rien ne comptait:
tu avais rendez-vous avec lui,
avec lui, avec lui, avec lui, avec lui,
qui partit dans les montagnes (1)
qui jamais ne fit de mal,
qui partit dans les montagnes,
et en cinq minutes
fut mis en pièces.
Sonne la sirène
de retour au travail,
beaucoup ne sont pas revenus,
Manuel non plus.

Je me souviens de toi, Amanda,
la rue mouillée,
et toi courant à la fabrique
où travaillait Manuel.

 

Victor Jara

(1) "La sierra", en espagnol, c'est la montagne. L'interprétation est ici ouverte: Manuel peut être parti dans les montagnes rejoindre une guérilla, ou parti vers la mine. L'ambiguité est maintenue par le verbe "destrozado", qui signifie mis en pièces, abîmé ou massacré.

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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 18:29
Manuel Aeschlimann

Manuel Aeschlimann (Sipa)

Le parquet de Nanterre a demandé le renvoi au tribunal correctionnel de Manuel Aeschliemann, député UMP des Hauts-de-Seine et maire d'Asnières de 1999 à 2008, a-t-on appris de sources judiciaires lundi 4 août. L'élu est impliqué dans une affaire de favoritisme dans l'attribution d'un marché public en 1998.
La semaine dernière, le parquet a rendu son réquisitoire et demandé le renvoi du député UMP pour "octroi d'avantage injustifié". A l'époque (1994-1999), Manuel Aeschlimann était 1er adjoint au maire RPR d'Asnières Frantz Taittinger. Celui-ci est visé par la même requête de renvoi, a-t-on précisé.
Deux autres personnes sont concernées par le réquisitoire : Fabienne Van Aal, ancienne directrice de la communication à la mairie d'Asnières et fille de l'ancien maire de Neuilly Louis-Charles Bary (2002-2008), ainsi que Dominique Carbonnier, qui dirigeait à l'époque des faits la société CDA Production, à qui la mairie avait confié le marché litigieux.

"Octroi d'avantage injustifié"

Fabienne Van Aal est renvoyée par le parquet pour "complicité d'octroi d'avantage injustifié" et Dominique Carbonnier pour recel.
Ces quatre personnes impliquées dans l'affaire ont toutes été mises en examen. En 2003, une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Nanterre pour "octroi d'avantage injustifié, recel et détournement de fonds". Le juge d'instruction Richard Pallain était en charge de l'affaire. Celui-ci doit désormais rendre son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel ou un non-lieu.
Selon des sources proches du dossier, le parquet a demandé un non-lieu partiel de Manuel Aeschlimann pour "détournement de fonds".
En 1998, Manuel Aeschlimann avait monté un projet de festival folklorique. L'organisation avait été confiée à CDA Production, dirigée par un de ses proches, Dominique Carbonnier.
Le contrat avait été rejeté pour non-conformité au code des marchés publics par le préfet des Hauts-de-Seine. Mais la mairie avait persisté à confier l'organisation de la manifestation culturelle à CDA Production et à une association para-municipale, Asnières Communication, gérée par Fabienne Van Aal. L'association avait fini par toucher une "subvention exceptionnelle" d'environ 200.000 euros. Au cours de l'enquête, la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) avait jugé cette somme "très largement surévaluée".

"Pas d'enrichissement personnel"

"Le caractère 'surévalué' de la subvention attribuée à l'association Asnières Communication n'a pas été retenue par le parquet. Les enquêteurs et le juge d'instruction avaient écarté cette piste dès 2005", a déclaré Manuel Aeschlimann dans un communiqué.
"L'enquête a démontré qu'il n'y avait pas eu d'enrichissement personnel. Pour le reste, il s'agit d'une infraction formelle, puisque nous considérions qu'il n'était pas nécessaire de passer par un appel d'offres pour un marché culturel", a-t-il encore déclaré.
L'actuel député des Hauts-de-Seine a été maire d'Asnières de1999 à 2008, date à laquelle il a été battu par Sébastien Pietrasanta, candidat socialiste âgé de 30 ans. Ce dernier avait fait alliance au second tour avec les candidats du MoDem et divers-droite pour battre Manuel Aeschlimann.
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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 18:25
Cérémonie commémorative du génocide de 1994 en avril 2006 (Reuters)

Cérémonie commémorative du génocide de 1994 en avril 2006 (Reuters)

Le Rwanda a accusé mardi 5 août la France d'avoir "participé à la mise en exécution" du génocide de 1994, réclamant que 13 hauts responsables politiques et 20 militaires français soient poursuivis, dans un communiqué du ministère de la Justice résumant les conclusions d'une commission d'enquête.
Le ministre de la Justice rwandais, Tharcisse Karugarama, a présenté à la presse les conclusions du rapport de 500 pages de la commission d'enquête rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide, qui avait entamé ses travaux en avril 2006.

Juppé, Balladur, Védrine...

"Le soutien français était de nature politique, militaire, diplomatique et logistique", peut-on lire dans le rapport.
La commission d'enquête rwandaise cite notamment l'ancien président François Mitterrand et l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin.
Selon ce rapport rédigé en français, Paris était "au courant des préparatifs" du génocide, a "participé aux principales initiatives" de sa mise en place et à "participer à sa mise en exécution".
En annexe du rapport figure une liste de 33 responsables militaires et politiques français, parmi lesquels Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, Edouard Balladur, Premier ministre de l'époque, ou encore Hubert Védrine, qui occupait la fonction de conseiller à la présidence de la République.

"Assassinats de Tutsis et de Hutus"

"Des militaires français ont commis eux-mêmes directement des assassinats de Tutsis et de Hutus accusés de cacher des Tutsis (...) Des militaires français ont commis de nombreux viols sur des rescapées tutsies", accuse également le communiqué du ministère de la Justice diffusé à la presse.
"Vu la gravité des faits allégués, le gouvernement rwandais a enjoint les instances habilitées à entreprendre les actions requises afin d'amener les responsables politiques et militaires français incriminés à répondre de leurs actes devant la justice", poursuit le communiqué.
Le génocide rwandais a fait, selon les Nations unies, environ 800.000 morts, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.

Aucun commentaire du Quai d'Orsay

Le Quai d'Orsay a indiqué mardi en fin d'après-midi que Paris attendait d'avoir le texte des conclusions de la commission d'enquête rwandaise pour y réagir.
"Nous n'avons pas encore pris connaissance de ce rapport qui ne nous a pas été communiqué par le gouvernement rwandais, et nous ne sommes donc pas en mesure d'y réagir", a déclaré un porte-parole du Quai d'Orsay.
La France a reconnu des "erreurs" dans sa politique rwandaise, mais a toujours récusé les accusations lui faisant porter une responsabilité dans les massacres.

L'assassinat d'Habyarimana

En novembre 2006, le Rwanda avait rompu ses relations diplomatiques avec Paris à la suite de la décision du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière de demander la comparution du président Paul Kagame dans l'enquête sur l'assassinat de son prédécesseur, le Hutu Juvénal Habyarimana, juste avant le déclenchement du génocide début avril.
La destruction le 6 avril 1994 par un missile du "Falcon" transportant le président Habyarimana est considérée comme l'élément déclencheur du génocide.
Les relations entre Paris et Kigali avaient cependant connu une amélioration ces derniers mois.
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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 18:21

Marina Petrella est remise en liberté

NOUVELOBS.COM | 05.08.2008 | 19:01 Réagissez à l'article 31 réactions

L'ex-membre des Brigades rouges, dont la procédure d'extradition vers l'Italie n'est pas remise en cause, va pouvoir recevoir des soins sans être détenue. Elle est néanmoins placée sous contrôle judiciaire avec obligation de résider à son domicile, à Argenteuil.

Marina Petrella (Sipa)

Marina Petrella (Sipa)

La cour d'appel de Versailles a autorisé, mardi 5 août, la remise en liberté sous contrôle judiciaire de Marina Petrella, ce qui permettra à l'ex-membre des Brigades rouges, toujours en instance d'extradition vers l'Italie, de recevoir des soins sans être détenue.
La chambre de l'instruction de la cour d'appel a assorti la remise en liberté de Marina Petrella, 54 ans, actuellement hospitalisée à Paris, de plusieurs obligations comme celles d'informer le parquet général sur ses lieux d'hospitalisation et de résider chez elle à Argenteuil (Val d'Oise) lorsqu'elle sortira de l'hôpital.
La décision, conforme aux réquisitions du parquet général, ne remet pas en cause la procédure d'extradition de l'ex-brigadiste vers l'Italie, où elle a été condamnée en 1992 à la perpétuité, notamment pour complicité dans le meurtre d'un commissaire de police, en 1981.

Sous perfusion


Le parquet général avait motivé sa demande de remise en liberté par "l'état de santé" et les "modalités de traitement" de l'ex-brigadiste.
Actuellement hospitalisée à l'hôpital Sainte-Anne, Marina Petrella est en "abandon de vie", atteinte de "troubles dépressifs et suicidaires" et souffre de "dénutrition", selon ses médecins. Elle est alimentée par une perfusion, a indiqué mardi son avocate Irène Terrel.
"L'évolution de l'état de santé de Marina Petrella, si l'on reprend le dernier rapport en date du 1er août, indique qu'il n'est pas compatible avec une situation de détenu", avait expliqué mardi matin l'avocat général Michel Doumenq.

Recours devant le Conseil d'Etat examiné à la rentrée


Ancienne dirigeante de la "colonne romaine" des Brigades rouges, Marina Petrella reste visée par un décret d'extradition signé le 3 juin par le gouvernement français. L'extradition ne devrait toutefois pas intervenir avant l'examen, à la rentrée, d'un recours déposé devant le Conseil d'Etat.
Le Parti socialiste a appelé le gouvernement à "mettre fin sans délai à la procédure d'extradition".
"Indépendamment de la décision du tribunal, la responsabilité du gouvernement demeure engagée. Compte-tenu de la dégradation persistante de l'état de santé de Marina Petrella, le président de la République et son Premier ministre doivent avoir le courage politique de mettre fin sans délai à la procédure d'extradition. Toute autre solution serait fatale", affirme Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS à l'égalité.

"Qu'on lui permette de vivre"

L'une des filles de Marina Petrella, Elisa Novelli, présente à l'audience de la cour d'appel de Versailles, a affirmé que la levée de la détention de sa mère conditionnait une amélioration de son état de santé qui "lui permette de vivre".
Très émue et dans l'attente d'une décision judiciaire qui serait favorable à sa mère, Elisa Novelli a indiqué que la levée de la détention de Marina Petrella était "une condition inéluctable pour que son état de santé lui permette de vivre". Elle s'est dite "heureuse" que la position du parquet soit de nature à donner à sa mère "le goût de la liberté". "Ma mère a, très cliniquement, atteint une position de laquelle on ne peut revenir que difficilement", a fait valoir Elisa Novelli, en soulignant qu'elle était "sous perfusion" et que cette perfusion permettait seulement de stabiliser son état de santé "sans l'améliorer".
"L'Etat français l'a protégée pendant 15 ans. Au vu de son passé, pour elle, cette protection était la première partie d'un chemin personnel", a encore souligné sa fille. Elisa Novelli est née en Italie, en prison, il y a 25 ans. En France, sa mère a donné naissance à une autre fille, Emma, qui aura 11 ans en décembre.
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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 07:25

Indochine, Algérie : « du bon usage colonial » du napalm

Par Alain Ruscio historien

Être un historien de la guerre dite « française » d'Indochine est parfois un peu lassant... On a trop souvent l'impression de révéler des faits connus, certes, de la (petite) communauté des spécialistes, mais découverts avec stupéfaction par des gens pourtant par ailleurs curieux et même érudits. Il faut donc rappeler, lapalissadement mais inlassablement, qu'avant la guerre d'Algérie (1954-1962), il y eut la guerre d'Indochine (1945-1954), qu'avant le 1er novembre 1954 (Toussaint des Aurès) il y eut... le 7 mai 1954 (choc de Diên Biên Phu).C'est à cette prééminence chronologique, dont les peuples de la région se seraient bien passés, que l'Indochine doit son statut de « laboratoire » de l'Algérie.

Il y a quelques années, avec le débat sur le drame de l'usage de la torture lors de la guerre d'Algérie, nous avons été quelques-uns à rappeler que bien des officiers gégéneurs (nous avons les noms) qui s'étaient tristement illustrés, lors du conflit franco-algérien, avaient fourbi leurs armes sur les rives du Fleuve rouge ou dans la jungle indochinoise. Ce qui ne signifie évidemment pas que l'étendue de cette gangrène fut la même dans les deux conflits.

La sortie du film l'Ennemi intime, de Florent Emilio Siri, sur un scénario de Patrick Rotman, a amené bien des journalistes, bien des observateurs et, bientôt, le grand public, à découvrir avec horreur que le napalm, cette essence gélifiée qui portait la mort enflammée, fut une arme utilisée lors du conflit franco-algérien. Certains ont même ajouté : finalement, nous avions fait la même chose en Algérie que, plus tard, les Américains au Vietnam.

Mais la terre vietnamienne n'a pas attendu les sinistres B52 US pour connaître l'horreur du napalm. Il y a bien longtemps que ses fils avaient reçu cet enfer du ciel, lancé par des avions... français.Prévert, peut-être le premier, avait lancé un cri d'alarme, dès 1953 :« Cependant que très loin on allume des lampions des lampions au napalm sur de pauvres paillotes et des femmes et des hommes des enfants du Vietnam dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée... »

Et c'est l'un des héros de la saga militaire française du XXe siècle, le général (fait maréchal à titre posthume) de Lattre qui a été le père de cette utilisation.

Père honteux ? Père caché ? Non pas.De Lattre est nommé commandant en chef du corps expéditionnaire français en Indochine le 6 décembre 1950, au lendemain d'un premier désastre, dit de la RC4 (route Cao Bang-Lang Son), au Nord Tonkin. Ses premières instructions, début janvier 1951, rapportées avec ferveur par Lucien Bodard, sont les suivantes : « Que toute la chasse y soit, que cela mitraille, que cela bombarde. Du napalm, du napalm en masse ; je veux que, tout autour, ça grille les Viets » (on ne disait pas, alors, Vietnamiens, c'eût été trop d'honneur, pour nommer l'adversaire).

Il n'a pas à attendre longtemps. Dès la mi-janvier, un nouveau choc a lieu avec les troupes viêt-minh, près de Vinh Yen, toujours au Tonkin. S'il faut donner une date d'apparition du napalm au Vietnam, c'est donc celle-ci : 15 janvier 1951 (nous sommes donc huit années pleines avant l'intrigue de l'Ennemi intime). Le correspondant du Monde, Charles Favrel, décrit alors le spectacle : « La bataille fait rage. Les King Cobra et les Hélicat rasent les crêtes, et le terrifiant napalm anéantit une brigade ennemie. » Terrifiant : Favrel a utilisé le mot approprié. Il suffit de lire les Mémoires des combattants vietnamiens d'alors, lorsqu'ils découvrirent les effets du napalm, pour en être convaincu.

Là où Favrel a du mal à cacher son horreur, Bodard, toujours lui, ne peut masquer une certaine jubilation : « En quelques secondes, tout est embrasé, tout est léché par une langue de feu ; et puis il ne reste plus que des colonnes d'énormes fumées grasses et noires. Il n'a pas fallu une minute pour que la "chose" brûle la colline entière - et alors je comprends. C'est le napalm. Je viens d'assister à

son premier jet, à la première mousson du liquide incandescent en Indochine (...). Maintenant le napalm règne sur tout le paysage - volutes rouges et tourbillons noirs. Là où il y avait la nature, dans sa verdoyance, il ne reste plus que des taches calcinées où plus rien ne brûle, ou même plus rien ne fume - la paix du feu.

Je redescends encore une fois du mirador. Les aviateurs, à leurs micros, clament que les flammes ont couru plus vite que

les Viets, elles en ont rattrapé et englouti des centaines, des milliers peut-être. Ils ont vu des hommes s'enfuir et être happés par-derrière - ils continuaient encore à courir quelques mètres, torches vivantes qui s'éteignaient en quelques secondes. »

Dès lors, cet usage ne cessera plus. À chaque fois que le corps expéditionnaire fut en difficulté, et il le fut de plus en plus, le napalm fut l'arme suprême. Jusque et y compris à Diên Biên Phu.

Ce qui n'arrêta évidemment pas le cours des choses. Mais il n'est pas inutile de rappeler à cette France en voie de sarkoïsation, fière de ses valeurs, fière de son passé colonial, que le feu tricolore tua souvent et marqua bien des peaux indigènes.

(*) Dernier ouvrage à paraître, le Procès de la colonisation française et autres textes, d'Ho Chi Minh, préface et textes choisis par Alain Ruscio, Éditions Le temps des cerises, 12 euros.

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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 07:20

Le livret A (Sipa).

Le livret A (Sipa).

Après l'augmentation des taux du livret A de 0,5pts intervenue le 1er août, l'Union sociale pour l'habitat (USH), qui fédère les organismes HLM, s'inquiète dans un communiqué rendu public lundi 4 août pour le financement des logements sociaux.
"L'USH tient à attirer l'attention du gouvernement sur les conséquences de cette hausse pour le financement du logement social", peut-on lire dans le communiqué.
En effet, les fonds du livret A servent à financer la construction de logements sociaux. Dès lors, une hausse de son taux de rémunération entraîne automatiquement une hausse du coût du crédit pour les organismes HLM.

Hausse non compensée

Pour l'USH, "cette hausse s'ajoute en effet à celle intervenue en février et conduit à une augmentation des taux d'intérêt des prêts de 1% en moins d'un an".
Mais, toujours selon l'union, cette hausse n'est compensée "que partiellement par la baisse du taux de commissionnement (des banques)" car celle-ci "ne concernera que le financement de la production nouvelle mais ne sera pas appliquée aux emprunts existants qui représentent une masse sensiblement plus importante".
Pour palier à l'augmentation de l'inflation et des taux d'intérêt à court-terme, le taux de rémunération du Livret A a été remonté depuis le 1er août de 3,5% à 4%. Le Livret A pourra être distribué par toutes les banques à compter du 1er janvier 2009.
L'inquiétude de l'USH "est renforcée par les orientations budgétaires exposées récemment à l'Assemblée nationale (...) où une diminution très sensible des crédits de paiement concernant les budgets Ville et Logement, pour 2009 et les deux années suivantes, a été annoncée (-6,9% dès 2009)", ajoute même le communiqué.
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 20:04

Marie-Claude Vaillant-Couturier naît le 3 novembre 1912 à Paris : son père, Lucien Vogel, éditeur, crée le magazine Vu en 1928 ; sa mère, Cosette de Brunhoff, sœur du créateur de Babar, est chroniqueuse de mode. Son grand-père Hermann Vogel était un dessinateur et illustrateur.

Marie-Claude Vaillant-Couturier choisit d'être reporter-photographe, à une époque où ce métier était masculin, ce qui lui vaut le surnom de "la dame au Rolleiflex". Elle adhère en 1934 à la Jeunesse communiste et fonde, en 1936, l'Union des jeunes filles de France. En 1934, elle épouse Paul Vaillant-Couturier, fondateur de l'Association républicaine des anciens combattants, député communiste et rédacteur en chef de l'Humanité, qui disparaît en 1937. Elle entre au service photo de l'Humanité, dont elle prend ensuite la responsabilité, et côtoie alors Gabriel PériGeorges Cogniot. et

Attachée à l'équipe de "Vu", photographe mais aussi germaniste, elle est désignée pour participer, avec d'autres, à une enquête en Allemagne sur la montée du nazisme. C'est lors de ce voyage en 1933, deux mois après l'accession d'Hitler au pouvoir, qu'elle réalise clandestinement les clichés des camps d'Oranienburg et de Dachau, publiés dès son retour en France. Elle effectue également pour "Regards" quelques reportages, notamment sur les Brigades internationales. L'interdiction de l'Humanité, en septembre 1939, la contraint à changer d'activités.

Résistante et déportée

Elle s'engage dans la Résistance et participe à des publications clandestines : tracts, l'Université Libre (1er numéro en novembre 1940) ; pamphlet de Georges Politzer contre "Sang et Or", qui présente les thèses du théoricien nazi Alfred Rosenberg (novembre 41) ; édition de l'Humanité clandestine aux côtés de Pierre Ginsburger dit Villon (qu'elle épousera en seconde noce en 1949). Elle assure la liaison entre résistance civile (Comité des Intellectuels du Front National de lutte pour l'Indépendance de la France) et militaire (OS, plus tard FTPF), et transporte même des explosifs.

Cette activité résistante lui vaut d'être arrêtée dans une souricière par la police de Pétain le 9 février 1942, avec plusieurs de ses compagnons, parmi lesquels Jacques Decour, Georges Politzer, Jacques Solomon, Arthur Dallidet : ces derniers, remis aux autorités allemandes, sont fusillés par les nazis [1]. Elle est internée jusqu'au 15 février au Dépôt de la Préfecture, et le 20 mars, placée au secret à la Santé : elle y reste jusqu'au mois d'août puis est transférée au Fort de Romainville, camp d'internement sous autorité allemande. Comme ses compagnes, parmi lesquelles Danielle Casanova et Heidi Hautval, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau via le camp d'internement de Compiègne par le convoi du 24 janvier 1943, dit convoi des "31 000" (voir le Mémorial des déportés de France au titre de la répression, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 2004 et Le Convoi du 24 janvier, de Chartotte Delbo, Editions de Minuit, 1965). Singulier par sa composition, ce convoi de 230 femmes, résistantes, communistes, gaullistes épouses de résistants, s'illustre en entonnant La Marseillaise en franchissant l'entrée du camp de Birkenau ; 49 de ces 230 femmes seulement reviendront des camps après-guerre. Elle reste 18 mois à Auschwitz, où elle est témoin oculaire du génocide des Juifs et des Tsiganes et participe au comité clandestin international de résistance du camp. Puis elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück au mois d'août 1944 : tout d'abord affectée à des travaux de terrassement, elle est mutée au Revier (infirmerie du camp) en raison de sa connaissance de la langue allemande. Ravenbrück est libéré le 30 avril 1945 par l'Armée rouge ; cependant, elle ne revient en France que le 25 juin 1945. Pendant ces semaines, elle se consacre aux malades en attente de rapatriement. Sous la plume de Rémy Roure, dans Le Monde du 16 juin 1945, on lit : "Chaque jour, cette magnifique française parcourt les blocs, relève les courages, donne de l'espoir qui n'est souvent que de l'illusion. Le mot de sainteté vient à l'esprit quand on voit cette grande sœur de charité auprès de ces hommes et ces femmes qui meurent chaque jour".

Engagement politique et social

En 1945, elle siège successivement à l'Assemblée consultative provisoire et aux deux Assemblées Constituantes, est élue députée PCF de la Seine (1946-1958 ; 1962-1967), puis du Val-de-Marne jusqu'en 1973. Elle exerce à deux reprises (1956-1958 et 1967-1968) la fonction de vice-présidente de l'Assemblée nationale, dont elle devient vice-présidente honoraire.

En 1946, elle est élue Secrétaire Générale de la Fédération démocratique internationale des femmes et, en 1979, Vice-Présidente de l'Union des femmes françaises (aujourd'hui Femmes Solidaires). Elle dépose notamment des projets de lois pour l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Elle milite également au Mouvement de la Paix.

En 1951, lors des audiences du procès opposant le journal les Lettres Françaises (à l'époque proche du PCF) à David Rousset après que ce dernier eut été insulté de « trotskyste falsificateur » par ce journal (suite à la comparaison par David Rousset du Goulag Soviétique avec le système concentrationnaire), Marie-Claude Vaillant-Couturier déclarera « Je considère le système pénitentiaire soviétique comme indiscutablement le plus souhaitable dans le monde entier »[2] , déclaration controversée puisque glorifiant l'impact du Goulag.

Membre dirigeante de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes depuis sa création en 1945, elle en devient ensuite Vice-Présidente, puis co-Présidente en 1978. Elle est également une des premières animatrices de l'Amicale d'Auschwitz. Témoin de l'accusation au procès de Nuremberg , elle dira plus tard : "en racontant les souffrances de ceux qui ne pouvaient plus parler, j'avais le sentiment que, par ma bouche, ceux qu'ils avaient torturés, exterminés, accusaient leurs bourreaux". Elle revient cependant de ce procès "choquée, inquiète", "exaspérée par la procédure", insatisfaite, déplorant notamment l'absence, sur le banc des accusés, des dirigeant des firmes Krupp, Siemens, IG Farben, firmes qui avaient largement participé à l'exploitation économique des déportés. Mais malgré ces insuffisances, elle soulignera plus tard combien la définition du crime contre l'humanité était "un progrès pour la conscience humaine".

En 1964, Paul Rassinier, père des négationnistes, contestant le verdict du procès, l'accuse nommément d'avoir survécu en dépouillant ses compagnes . Marie-Claude Vaillant-Couturier se constitue partie civile contre ces calomnies et le procès contre Rassinier fait justice de ces accusations : Geneviève de Gaulle-Anthonioz déclare à la barre des témoins " je l'ai connu dans les locaux de l'infirmerie où nous l'avions fait entrer, non pas pour la planquer, mais parce que nous avions besoin de camarades courageuses et parlant allemand". "... Lorsque nous remettions cette ration de pain prélevée sur notre propre ration, , cette ampoule, nous savions qu'elle serait bien remise à celle qui en aurait le plus besoin et sans aucune appréciation politique"... " Je connais peu de femmes aussi courageuses que Marie-Claude, qui a toujours donné le sentiment que sa propre vie n'était rien sinon d'être au service de ses camarades ". Le gérant de Rivarol et Rassinier sont condamnés. Au cours du mois de décembre de cette même année 1964, elle défend devant l'Assemblée Nationale la notion d'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité, ouvrant ainsi la voie à la ratification, par la France en 1968, de la Convention de l'ONU sur l'imprescriptibilité de ces crimes.

En 1987, elle est appelée par toutes les parties civiles à témoigner contre Klaus Barbie. Lors de la création de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, en 1990, elle en est désignée unanimement Présidente, puis Présidente d'Honneur jusqu'à son décès le 11 décembre 1996.

Chevalier de la Légion d'honneur depuis le 20 décembre 1945 - Officier en 1981, Commandeur en 1995 -, elle était également titulaire du titre de Combattante Volontaire de la Résistance et de décorations étrangères (Croix de Guerre Tchécoslovaque).

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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 20:00

Monsieur DUBOST : - Pouvez-vous me dire, Madame, si vous pouvez répondre à cette question : les médecins SS qui procédaient aux sélections agissaient-ils de leur propre mouvement ou conformément à des ordres reçus ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Ils agissaient conformément à des ordres reçus, puisque l'un d'eux, le Dr Lukas, ayant refusé de participer aux sélections, a été retiré du camp et on a envoyé de Berlin le Dr Winkelmann à sa place. 

Monsieur DUBOST : -Etes-vous témoin personnel de ces faits ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - C'est lui qui l'a dit en s'en allant, à la chef du bloc 10 et à la doctoresse Louise Le Porz. 

Monsieur DUBOST : - Pourriez-vous nous donner quelques renseignements sur les conditions dans lesquelles vivaient les hommes du camp voisin à Ravensbrück, au lendemain de la libération, lorsque vous avez pu les voir ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Je crois qu'il vaut mieux parler d'abord du Jugendlager, puisque chronologiquement, cela se passe avant. 

Monsieur DUBOST : - Si vous voulez, bien. 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Au Jugendlager, les vieilles femmes et les malades qui étaient parties de notre camp ont été mises dans des blocs où il n'y avait pas d'eau et pas de commodités, sur des paillasses par terre, si serrées qu'on ne pouvait pas passer entre elles, ce qui faisait que la nuit, on ne pouvait pas dormir à cause du va-et-vient, et que les détenues se souillaient les unes les autres en passant. Les paillasses étaient pourries et pullulaient de poux, les détenues qui pouvaient se tenir debout faisaient l'appel pendant plusieurs heures jusqu'à ce qu'elles s'écroulent. 

Au mois de février, on leur a retiré leurs manteaux, mais elles continuaient à faire l'appel dehors, ce qui a beaucoup augmenté la mortalité. Elles ne recevaient comme nourriture qu'une mince tranche de pain et un demi-quart de soupe au rutabaga, et comme boisson, pour 24 heures, un demi-quart de tisane. Elles n'avaient pas d'eau pour boire, pour se laver ou pour laver leurs gamelles. 

Il y avait également au Jugendlager un Revier où l'on mettait toutes celles qui ne pouvaient pas se tenir debout. Pendant les appels, périodiquement, l'Aufseherin choisissait des détenues que l'on déshabillait en ne leur laissant que leur chemise; on leur rendait leur manteau pour monter en camion et elles partaient pour les gaz; quelques jours après, les manteaux revenaient à la Kammer, c'est-à-dire à l'entrepôt de vêtements, et les fiches étaient marquées "Mittwerda". Les détenues qui travaillaient aux fichiers nous ont dit que le mot "Mittwerda" n'existait pas et que c'était une nomenclature pour les gaz. 

Au Revier, on distribuait périodiquement de la poudre blanche et les malades mouraient comme celles du bloc 10 dont j'ai parlé tout à l'heure. On faisait... 

Le Président : - Les conditions du camp de Ravensbrück semblent être les mêmes que celles d'Auschwitz; serait-il possible, après avoir entendu ces détails, de s'occuper de la question de façon plus générale, à moins qu'il n'y ait une différence substantielle entre Ravensbrück et Auschwitz ? 

Monsieur DUBOST : - Je crois qu'il y a une différence qui nous a été exposée par le témoin et qui est la suivante : c'est qu'à Auschwitz, les internées étaient exterminées purement et simplement, il ne s'agissait que d'un camp d'extermination, tandis qu'à Ravensbrück, elles etaient internées pour travailler, elles étaient exténuées de travail jusqu'à ce qu'elles en meurent. 

Le Président : - S'il y a d'autres différences entre les deux camps, sans doute demanderez-vous au témoin ces différences ? 

Monsieur DUBOST : - Je n'y manquerai pas. 

Le Président : Pouvez-vous indiquer au Tribunal dans quel état se trouvait le camp des hommes au moment de la libération et combien il restait de survivants ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Lorsque les Allemands sont partis, ils ont laissé 2.000 femmes malades et un certain nombre de volontaires dont moi-même, pour les soigner; ils nous ont laissées sans eau et sans lumière; heureusement les Russes sont arrivés le lendemain. Nous avons donc pu aller jusqu'au camp des hommes et là, nous avons trouvé un spectacle indescriptible; ils étaient depuis cinq jours sans eau; il y avait 800 malades graves, trois médecins et sept infirmières qui n'arrivaient pas à retirer les morts de parmi les malades. Nous avons pu, grâce à l'Armée Rouge, transporter ces malades dans des blocs propres et leur donner des soins et de la nourriture, mais malheureusement, je ne peux donner le chiffre que pour les Français : il y en avait 400 quand nous avons trouvé le camp, et il n'y en a que 150 qui ont pu regagner la France; pour les autres, il était trop tard, malgré les soins... 

Le Président : - Avez-vous assisté à des exécutions et dans quelles conditions étaient-elles faites au camp ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Je n'ai pas assisté aux exécutions, je sais seulement que la dernière qui a eu lieu, c'est le 22 avril, huit jours avant l'arrivée de l'Armée Rouge; on envoyait les détenues, comme je l'ai dit, à la Kommandantur puis leurs vêtements revenaient et on retirait leur carte du fichier. 

Le Président : - La situation de ce camp était-elle exceptionnelle ? Ou pensez-vous qu'il s'agisse d'un système ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Il est difficile de donner une idée juste des camps de concentration quand on n'y a pas été soi-même, parce qu'on ne peut pas donner l'impression de cette longue monotonie, et quand on demande ce qui était le pire, il est impossible de répondre, parce que tout était atroce. C'est atroce de mourir de faim, de mourir de soif, d'être malade, de voir mourir autour de soi ses compagnes, sans rien pouvoir faire, de penser à ses enfants, à son pays qu'on ne reverra pas, et par moments nous nous demandions nous-mêmes si ce n'était pas un cauchemar tellement cette vie nous semblait irréelle dans son horreur. 

Nous n'avions qu'une volonté pendant des mois et des années, c'était de sortir à quelques-unes vivantes pour pouvoir dire au monde ce que c'est que les bagnes nazis : partout, à Auschwitz comme à Ravensbrück - et mes compagnes qui ont été dans d'autres camps rapportent la même chose - cette volonté systématique et implacable d'utiliser les hommes comme des esclaves, et quand ils ne peuvent plus travailler, de les tuer. 

Le Président : - Vous n'avez plus rien à déclarer ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Non. 

Le Président : - Je vous remercie. Si le Tribunal veut interroger le témoin, j'en ai achevé. 

Général RUDENKO : - Je n'ai pas de question à poser. 

Dr Hans MARX (Avocat, remplaçant M. BABEL, avocat des SS, absent) : - Le Dr BABEL n'a pu venir ce matin, car il a dû se rendre à une conférence de M. le Général Mitchell. Messieurs les Juges, je voudrais me permettre de poser au témoin quelques questions pour l'éclaircissement du sujet : Madame Couturier, vous disiez que vous aviez été arrêtée par le Police française ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui. 

Dr MARX : - Pour quel motif avez-vous été arrêtée ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Résistance. J'appartenais à un mouvement de résistance. 

Dr MARX : - Une autre question... Quelle était la position que vous occupiez ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Quelle position ? 

Dr MARX : - La position que vous occupiez ? A ce moment, aviez-vous une position quelconque ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Où ? 

Dr MARX : - Par exemple, étiez-vous institutrice ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Avant la guerre ? Je ne vois pas très bien ce que la question a à voir avec le sujet ? J'étais journaliste. 

Dr MARX : - Oui, c'est ce que je voulais dire. Dans vos déclarations, vous avez fait remarquer que vous aviez une grande habitude du style et de la parole, et c'est pourquoi je vous demandais si vous aviez occupé une position dans cette branche, si vous étiez institutrice ou si vous faisiez des conférences, par exemple ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Non, j'étais reporter-photographe. 

Dr MARX : - Comment pouvez-vous expliquer que vous-même ayez pu passer au travers de tout cela, et que vous soyez revenue dans un bon état de santé ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - D'abord, j'ai été libérée il y a un an; en un an de temps, on a le temps de se remettre; ensuite, j'ai été dix mois, comme je l'ai indiqué, en quarantaine, et j'ai eu la chance de ne pas mourir du typhus exanthématique, bien que je l'aie eu et que j'aie été malade pendant trois mois et demi. 

D'autre part, à Ravensbrück, les derniers temps, comme je sais l'allemand, j'ai travaillé pour faire l'appel du revier et je n'avais donc pas à subir les intempéries; mais par contre, sur 230, nous rentrons à 49 de mon transport, et nous n'étions plus que 52 au bout de 4 mois; j'ai eu la chance de revenir. 

Dr MARX : - Est-ce que vos déclarations émanent de votre propre observation, ou bien s'agit-il de communications qui vous auraient été faites par d'autres personnes ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Chaque fois que c'est le cas, je l'ai signalé dans ma déclaration : je n'ai jamais cité quoi que ce soit qui n'ait été vérifié aux sources et par plusieurs personnes, mais la majorité de ma déclaration porte sur un témoignage personnel. 

Dr MARX : - Comment pouvez-vous expliquer que vous ayez ainsi des connaissances statistiques tellement exactes ? Par exemple vous parlez de 700.000 Juifs qui seraient arrivés de Hongrie. 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Je vous ai sit que j'avais travaillé dans les bureaux, et en ce qui concerne Auschwitz, que j'étais amie de la secrétaire de la Oberaufseherin dont j'ai indiqué le nom et l'adresse au Tribunal. 

Dr MARX : - On prétend cependant qu'il y aurait 350.000 Juifs seulement venus de Hongrie, ceci d'après les indications du chef de service de la Gestapo, Eichmann. 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Je ne veux pas discuter avec la Gestapo. J'ai de bonnes raisons pour savoir que ce qu'elle déclare n'est pas toujours exact. 

Dr MARX : - Bien. Comment avez-vous été traitée vous-même ? Avez-vous été bien traitée ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Comme les autres. 

Dr MARX : - Comme les autres ? Vous avez dit aussi que le peuple allemand était au courant de ce qui se passait à Auschwitz; sur quoi se base cette assertion ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Je l'ai dit, d'une part, sur le fait que lorsque nous sommes parties, les soldats lorrains de la Wehrmacht nous ont dit dans le train : "Si vous saviez où vous allez, vous ne seriez pas si pressées d'y arriver". D'autre part, sur le fait que les Allemandes qui sortaient de la quarantaine pour aller travailler dans des usines étaient au courant de ces faits et qu'elles disaient toutes qu'elles le raconteraient dehors. Troisièmement sur le fait que, dans toutes les usines où travaillaient des "Haeftlinge", des détenues, elles étaient en contact avec des civils allemands, ainsi que les Aufseherinnen qui avaient des relations avec leurs familles et leurs amis et qui souvent se vantaient de ce qu'elles avaient vu. 

Dr MARX : - Encore une question : jusqu'en 1942, vous avez pu constater la conduite des soldats allemands à Paris. Est-ce que les soldats allemands ne se sont pas conduits d'une façon convenable, est-ce qu'ils ne payaient pas ce qu'ils réquisitionnaient ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Je n'en ai pas la moindre idée; je ne sais s'ils payaient ce qu'ils réquisitionnaient. Quant aux traitements convenables, trop des miens ont été fusillés ou massacrés pour que je puisse partager votre opinion sur cette question. 

Dr MARX : - Je n'ai pas d'autre question à poser au témoin. 

Le Président : Si vous n'avez plus d'autre question à poser, il n'y a plus rien à dire. Il y a trop de rires dans cette salle, je l'ai déjà dit. (Au Docteur Marx) J'ai cru que vous aviez dit que vous n'aviez plus de question à poser. 

Dr MARX : - Je voulais simplement me permettre, au nom de l'avocat Babel, de faire la réserve qu'il voudra certainement interroger le témoin en contre-interrogatoire. 

Le Président : - Le Docteur Babel, dites-vous ? 

Dr MARX : - Oui. 

Le Président : - Je m'excuse, certainement, mais le Docteur Babel sera-t-il revenu ? 

Dr MARX : - Je suppose qu'il sera là cet après-midi; il est dans le Palais, mais il lui faut le temps de lire le compte-rendu. 

Le Président : - Nous allons considérer le fait, si le Docteur Babel est là cet après-midi, que le Docteur Babel fasse une autre demande. D'autres avocats de la Défense allemande veulent-ils poser des questions au témoin ? Monsieur Dubost, avez-vous d'autres questions que vous désiriez demander dans un nouvel interrogatoire ? 

Monsieur DUBOST: - Je n'ai plus de questions à poser, Monsieur le Président. 

Le Président : - Le témoin peut se retirer. 

(Mme Claude Vaillant-Couturier se retire)

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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 19:59

Monsieur DUBOST : - Voulez-vous parler des camps de Tziganes ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Il y avait à côté de notre camp, de l'autre côté des fils de fer barbelés séparés par trois mètres, deux camps, un camp de Tziganes qui a été, en 1944, vers le mois d'août, entièrement gazé. C'était des Tziganes de toute l'Europe, y compris l'Allemagne. Egalement de l'autre côté, il y avait ce que l'on appelait le "camp familial". C'étaient des Juifs de Theresienstatd, du ghetto de Theresienstatd, qui avaient été conduits là-bas, et, contrairement à nous, ils n'étaient ni tatoués, ni rasés, on ne leur enlevait pas leurs vêtements, ils ne travaillaient pas. Ils ont vécu comme cela six mois, et au bout de six mois, on a gazé tout le "camp familial". Cela représentait à peu près 6.000 ou 7.000 Juifs et, quelques jours après, d'autres grands transports sont arrivés de Theresienstatd également, avec des familles, et, au bout de six mois également, elles ont été gazées comme les premières. 

Monsieur DUBOST : - Voudriez-vous, Madame, donner quelques précisions sur ce que vous avez vu lorsque vous étiez sur le point de quitter ce camp, et dans quelles conditions vous l'avez quitté ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Nous avons été mises en quarantaine avant de quitter Auschwitz. 

Monsieur DUBOST : - A quelle époque était-ce ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Nous avons été dix mois en quarantaine, du 15 juillet 1943, oui, jusqu'en mai 1944, et puis nous sommes retournées pendant deux mois dans le camp et ensuite, nous sommes parties pour Ravensbrück. 

Monsieur DUBOST : - C'étaient toutes les Française survivantes de votre convoi ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui, toutes les Françaises survivantes de notre convoi. Nous avons appris, par les Juives arrivées de France vers juillet 1944, qu'une grande campagne avait été faite à la radio de Londres où l'on parlait de notre transport, en citant Maï Politzer, Danielle Casanova, Hélène Salomon-Langevin, et moi-même, et à la suite de cela, nous savons que des ordres ont été donnés à Berlin d'effectuer le transport de Françaises dans de meilleures conditions. 

Nous avons donc été en quarantaine. C'était un bloc situé en face du camp, à l'extérieur des fils de fer barbelés. Je dois dire que c'est à cette quarantaine que les survivantes doivent la vie, car au bout de quatre mois nous n'étions plus que 52. Il est donc certain que nous n'aurions pas survécu dix-huit mois de cette vie, si nous n'avions pas eu ces dix mois de quarantaine. Cette quarantaine était faite parce que le typhus exanthématique régnait à Auschwitz. On ne pouvait quitter le camp pour être libérée ou transférée dans un autre camp, ou pour aller au Tribunal, qu'après avoir passé quinze jours en quarantaine, ces quinze jours étant la durée d'incubation du typhus exanthématique. Aussi, dès que les papiers arrivaient, annonçant qu'une détenue serait probablement libérée, on l'envoyait en quarantaine, où elle restait jusqu'à ce que l'ordre de libération soit signé. Cela durait parfois plusieurs mois, mais au minimum quinze jours. 

Or, durant cette période, il y a eu une politique de libération des détenues de droit commun et des associales allemandes, pour les envoyer comme main-d'oeuvre dans les usines d'Allemagne. Il est donc impossible d'imaginer que, dans toute l'Allemagne, on pouvait ignorer qu'il y avait des camps de concentration, et ce qui s'y passait, puisque ces femmes sortaient de là, et qu'il est difficile de croire qu'elles n'ont jamais parlé. D'autre part, dans les usines où travaillaient des détenues, les Vorarbeiterinnen, c'est-à-dire les contremaîtresses, étaient des civiles allemandes qui étaient en contact avec les détenues, et qui pouvaient leur parler. Les Aufseherinnen d'Auschwitz, qui sont venues après chez Siemens à Ravensbrück comme Aufseherinnen, étaient d'anciennes travailleuses libres de chez Siemens à Berlin, et elles se sont retrouvées avec les contremaîtresses qu'elles avaient connues à Berlin, et elles leur racontaient devant nous ce qu'elles avaient vu à Auschwitz. On ne peut donc pas croire que cela ne se savait pas en Allemagne. 

Lorsque nous avons quitté Auschwitz, nous n'en croyions pas nos yeux, et nous avions le coeur très serré en voyant ce petit groupe de 49 que nous étions devenues, par rapport au groupe de 230 qui était entré dix-huit mois plus tôt. Mais nous avions l'impression de sortir de l'enfer, et pour la première fois, un espoir de revivre et de revoir le monde nous était donné. 

Monsieur DUBOST : - Où vous a-t-on envoyée, Madame ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - En sortant d'Auschwitz nous avons été envoyées à Ravensbrück. Là, nous avons été conduites au bloc des N.N., qui voulait dire "Nacht und Nebel" c'est-à-dire "le secret". dans ce bloc, avec nous, il y avait des Polonaises, portant le matricule 7.000, et quelques-unes qu'on appelait les "lapins", parce qu'elles avaient servi de cobayes. On choisissait dans leurs transports des jeunes filles ayant les jambes bien droites et étant elles-mêmes bien saines, et on leur faisait subir les opérations. A certaines, on a enlevé des parties d'os dans les jambes; à d'autres, on a fait des injections, mais je ne saurais pas dire de quoi. Il y avait parmi les opérées une grande mortalité. Aussi les autres, quand on est venu les chercher pour les opérer, ont-elles refusé de se rendre au Revier. On les a conduites de force au cachot, et c'est là que le professeur venu de Berlin les opérait, en uniforme, sans prendre aucune précaution aseptique, sans mettre de blouse, sans se laver les mains. Il y a des survivantes de ces "lapins", elles souffrent encore énormément maintenant. Elles ont, par périodes, des suppurations et comme on ne sait pas quels traitements elles ont subis, il est très difficile de les guérir. 

Monsieur DUBOST : - Les internées étaient-elles tatouées à leur arrivée ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Non, à Ravensbrück, on n'était pas tatoué, mais par contre on passait un examen gynécologique, et comme on ne prenait aucune précaution et qu'on se servait des mêmes instruments, il y avait des contagions de maladies, étant donné que les détenues politiques étaient mélangées. 

Dans le bloc 32, où nous étions, il y avait également des prisonnières de guerre russes qui avaient refusé de travailler volontairement dans des usines de munitions. Elles avaient été conduites à cause de cela à Ravensbrück. Comme elles continuaient de refuser, on leur a fait subir toutes sortes de brimades, telles que de les laisser debout devant le bloc sans manger. Une partie a été envoyée en transport à Barth. Une autre a été employée pour porter les bidons dans le camp. Il y avait également, au Strafblock et au Bunker, des détenues ayant refusé de travailler pour les usines de guerre. 

Monsieur DUBOST : - Vous parlez là des prisons du camp ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Des prisons du camp. Du reste, la prison du camp, je l'ai visitée, c'était une prison civile, une vraie prison. 

Monsieur DUBOST : - Combien y a-t-il eu de Français dans ce camp ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - De 8.000 à 10.000. 

Monsieur DUBOST : - Combien y a-t-il eu de femmes en tout ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Au moment de la libération, le chiffre matricule était 105.000 et quelques. 

Il y a eu également, dans le camp, des exécutions. On appelait les numéros à l'appel le matin, puis elles partaient à la Kommandantur et on ne les revoyait pas. Quelques jours après, les vêtements redescendaient à l'Effektenkammer, où l'on gardait les habits des détenues, et au bout d'un certain temps, leurs fiches disparaissaient des fichiers du camp. 

Monsieur DUBOST : - Le système de détention était le même à Auschwitz ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - A Auschwitz, visiblement le but était l'extermination. On ne s'occupait pas du rendement. On était battu pour rien du tout. Il suffisait d'être debout du matin au soir, mais le fait que l'on porte une brique ou dix briques n'avait pas d'importance. On se rendait bien compte qu'on utilisait le matériel humain esclave, et pour le faire mourir, c'était cela le but; alors qu'à Ravensbrück le rendement jouait un grand rôle. C'était un camp de triage. Quand des transports arrivaient à Ravensbrück ils étaient expédiés très rapidement, soit dans des usines de munitions, soit dans des poudreries, soit pour faire des terrains d'aviation, et les derniers temps pour creuser des tranchées. 

Pour partir dans les usines, cela se pratiquait de la façon suivante : les industriels ou leurs contremaîtres, ou leurs responsables venaient eux-mêmes, accompagnés des SS, choisir et sélectionner. On avait l'impression d'un marché d'esclaves : ils tâtaient les muscles, regardaient la bonne mine, puis ils faisaient leur choix. Ensuite, on passait devant le médecin, déshabillée, et il décidait si on était apte ou non à partir au travail dans les usines. Les derniers temps, la visite au médecin n'était plus que pro forma, car on prenait n'importe qui. 

Le travail était exténuant, surtout à cause du manque de nourriture et de sommeil, puisqu'en plus des douze heures effectives de travail, il fallait faire l'appel le matin et le soir... A Ravensbrück même, il y avait l'usine Siemens où l'on fabriquait du matériel téléphonique, et des instruments pour la radio des avions. Puis, il y avait à l'intérieur du camp des ateliers de camouflage d'uniformes et de différents ustensiles utilisés par les soldats? Un de ceux que je connais le mieux... 

Le Président : - Je pense qu'il vaut mieux suspendre l'audience pendant dix minutes. 

(L'audience est suspendue) 

Monsieur DUBOST : - Avez-vous vu, Madame, des chefs SS et des membres de la Wehrmacht faire des visites dans les camps de Ravensbrück et d'Auschwitz, pendant que vous y étiez ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui. 

Monsieur DUBOST : - Savez-vous si des personnalités du Gouvernement allemand sont venues visiter ces camps ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Je ne le sais que pour Himmler. En-dehors de Himmler, je ne sais pas. 

Monsieur DUBOST : - Quels étaient les gardiens de ces camps ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Au début, c'étaient seulement des SS. A partir du printemps 1944, les jeunes SS, dans beaucoup de compagnies, ont été remplacés par des vieux de la Wehrmacht; à Auschwitz et également à Ravensbrück, nous avons été gardées par des soldats de la Wehrmacht, à partir de 1944. 

Monsieur DUBOST : - Vous portez témoignage, par conséquent, que sur l'ordre du Grand Etat-Major (O.K.W) allemand, l'Armée allemande a été mêlée aux atrocités que vous nous avez décrites ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Evidemment, puisque nous étions gardées également par la Wehrmacht, cela ne pouvait pas être sans ordres. 

Monsieur DUBOST : - Votre témoignage est formel, et il atteint à la fois les SS et l'Armée ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Absolument. 

Monsieur DUBOST : - Voudriez-vous parler de l'arrivée à Ravensbrück, pendant l'hiver 1944, des Juives hongroises qui avaient été arrêtées en masse ? Vous étiez à Ravensbrück, c'est un fait dont vous pouvez témoigner ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui, naturellement, j'y ai assisté. Il n'y avait plus de place dans les blocs; les détenues couchaient déjà à quatre par lit. Alors il a été dressé au milieu du camp une grande tente. Dans cette tente, on avait mis de la paille, et les détenues hongroises ont été conduites sous cette tente. Elles étaient dans un état effroyable. Il y avait énormément de pieds gelés, parce qu'elles avient été évacuées de Budapest, et elles avaient fait une grande partie du trajet à pied dans la neige. Un grand nombre étaient mortes. Celles qui sont arrivées à Auschwitz ont donc été conduites sous cette tente, et là, il en mourait énormément.Tous les jours, une équipe venait rechercher les cadavres sous la tente. Un jour, en revenant à mon bloc, qui était voisin, pendant le nettoyage... 

Le Président : - Parlez-vous de Ravensbrück ou d'Auschwitz ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Je parle de Ravensbrück maintenant. C'était en hiver 1944, je crois, à peu près en novembre ou décembre. Je ne peux pas préciser le mois, parce que, dans les camps de concentration, c'est très difficile de donner une date précise, étant donné qu'à un jour de torture succédait un jour de torture égal; la monotonie rend très difficile les points de repère. 

Je dis donc qu'un jour, en passant devant la tente, au moment où on la nettoyait, j'ai vu un tas de fumier qui fumait, et tout d'un coup, j'ai réalisé que c'était du fumier humain, car les malheureuses n'avaient plus la force de se traîner jusqu'aux lieux d'aisance. Elles pourrissaient donc dans cette saleté. 

Monsieur DUBOST : - Dans quelles conditions travaillait-on à l'atelier où l'on fabriquait des vestes ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - A l'atelier des uniformes... 

Monsieur DUBOST : - C'était l'atelier du camp ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - C'était l'atelier du camp qu'on appelait la "Schneiderei I". On fabriquait 200 vestes ou pantalons par jour. Il y avait deux équipes, une de jour et une de nuit, douze heures de travail par équipe. L'équipe de nuit, au début à minuit, lorsque la norme était atteinte, mais dans ce cas seulement, touchait une mince tartine de pain. Par la suite cela a été supprimé. Le travail était à une cadence effrénée, les détenues ne pouvaient même pas se rendre au lavabo. Pendant la nuit et le jour, elles étaient effroyablement battues, tant par les SS femmes que par les hommes, parce qu'un aiguille cassait, parce que le fil était de mauvaise qualité, parce que la machine s'arrêtait, ou tout simplement parce quelles avient une tête qui ne plaisait pas à ces messieurs ou ces dames. 

Vers la fin de la nuit, on voyait qu'elles étaient si épuisées que chaque effort leur coûtait. leur front perlait de sueur. elles ne voyaient presque plus clair. quand la norme n'était pas atteinte, le chef de l'atelier Binder se précipitait et battait à tour de bras l'une après l'autre, toute la rangée des femmes de la chaîne, ce qui fait que les dernières attendaient, pétrifiées de terreur, que leur tour arrive. Quand on voulait aller au Revier, il fallait avoir l'autorisation des SS, qui la donnaient très rarement, et même dans ce cas, si le médecin donnait une dispense de travail de quelques jours, il arrivait couramment que les SS viennent rechercher la malade dans son lit pour la remettre à sa machine. L'atmosphère était effroyable, parce qu'à cause de "l'occultation", la nuit, on ne pouvait pas ouvrir les fenêtres. Alors, 600 femmes travaillaient pendant 12 heures sans aucune ventilation. Toutes celles qui travaillaient à la Schneiderei devenaient squelettiques au bout de quelques mois, elles commençaient à tousser, leur vue baissait, elles avaient des tics nerveux, causés par la peur des coups. 

Je connais bien les conditions de cet atelier, car ma petite amie Marie Rubiano, une petite Française qui, venant de passer trois ans à la prison de Kottbus, en arrivant à Ravensbrück avait été envoyée à la Schneiderei, et chaque soir, elle me racontait son martyre. Un jour, épuisée, elle a obtenu d'aller au revier et comme ce jour-là, la "Schwester" allemande, Erica, était de moins mauvaise humeur que de coutume, on l'a passée à la radio. Les deux poumons étaient atteints très gravement, elle a été envoyée à l'horrible bloc 10, le bloc des tuberculeuses. ce bloc était particulièrement effroyable, parce que les tuberculeuses n'étant pas considérées comme main d'oeuvre récupérable, on ne les soignait pas, et il n'y avait même pas de personnel assez nombreux pour les laver. Il n'y avait pour ainsi dire pas de médicaments. 

La petite Marie a été mise dans la chambre des bacillaires, c'est-à-dire celles qu'on considérait comme perdues. Elle y a passé quelques semaines, et elle n'avait même plus le courage de lutter pour vivre. Il faut dire que l'atmosphère de cette salle est particulièrement déprimante. Elles étaient très nombreuses, plusieurs par lit, dans des lits de trois étages, dans une atmosphère surchauffée, couchées entre détenues de différentes nationalités, ce qui faisait qu'elles ne pouvaient même pas se parler entre elles. Aussi, le silence de cette antichambre de la mort n'était-il coupé que par les glapissements des associales allemandes qui faisaient le service, et de temps en temps par le sanglot etouffé d'une petite fille qui pensait à sa mère, à son pays qu'elle ne reverrait jamais. 

Pourtant, Marie Rubiano ne mourant pas assez vite au gré des SS, un jour, le Dr Winkelmann, le spécialiste des sélections à Ravensbrück, l'a inscrite sur la liste noire, et le 9 février 1945, avec 72 autres tuberculeuses, dont 6 Françaises, elle a été hissée dans le camion pour la chambre à gaz. 

Durant cette période, dans tous les Revier, on envoyait aux gaz toutes les malades qu'on pensait ne plus pouvoir utiliser pour le travail. La chambre à gaz à Ravensbrück était juste derrière le mur du camp, à côté du four crématoire. Quand les camions venaient chercher les malades, nous entendions le bruit du moteur à travers le camp et il s'arrêtait juste à côté du four crématoire dont la cheminée dépassait les hauts murs du camp. 

A la libération, je me suis rendue dans ces lieux et j'ai visité la chambre à gaz qui était une baraque en planches hermétiquement fermée et, à l'intérieur, il y avait encore l'odeur désagréable des gaz. Je sais qu'à Auschwitz, les gaz étaient les mêmes que ceux employés contre les poux et ils laissaient comme trace de petits cristaux vert pâle, qu'après avoir ouvert les fenêtres du bloc, on balayait. Je sais ces détails parce que les hommes utilisés à la désinfection des blocs contre les poux étaient en contact avec ceux qui gazaient les êtres humains, et ils leur ont dit que c'étaient les mêmes gaz qui étaient employés. 

Monsieur DUBOST : - Etait-ce le seul moyen utilisé pour exterminer les internés, à Ravensbrück ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Au bloc 10, on avait expérimenté également une poudre blanche : un jour, la Schwester allemande Martha est arrivée dans le bloc et a distribué, à une vingtaine de malades, une poudre. A la suite de cela, les malades se sont endormies profondément : quatre ou cinq ont été prises de vomissements, c'est ce qui leur a sauvé la vie; dans le courant de la nuit, peu à peu les ronflements se sont arrêtés et les malades étaient mortes. 

Je sais cela parce que j'allais chaque jour visiter des Françaises dans ce bloc; deux des infirmières étaient françaises et la doctoresse Louise Le Porz, de Bordeaux, qui est rentrée, pourrait également en témoigner. 

Monsieur DUBOST : - Etait-ce fréquent ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Durant mon séjour, cet exemple a été le seul à l'intérieur du revier, mais on employait également ce système au Jugendlager, ainsi appelé parce que c'était un ancien pénitencier de jeunes délinquantes allemandes. 

Vers le début de l'année 1945, le Dr Winkelmann, ne se contentant plus de faire des sélections dans le Revier, en faisait également dans les blocs; toutes les détenues devaient faire l'appel, les pieds nus, et montrer leur poitrine et leurs jambes. Toutes celles qui étaient trop agées, malades, trop maigres, ou qui avaient les jambes gonflées d'oedème, étaient mises de côté, puis envoyées dans ce Jugendlager à un quart d'heure du camp de Ravensbrück. Je l'ai visité à la libération : on avait fait passer dans les blocs un ordre, disant que les vieilles femmes et les malades qui ne pouvaient pas travailler devaient se faire inscrire pour le Jugendlager, où elles seraient beaucoup mieux, où elles ne travailleraient pas, et où il n'y aurait pas d'appel.; nous l'avons su, par la suite par des employés qui travaillaient au Jugendlager, dont la chef de camp, une Autrichienne que je connaissais depuis Auschwitz, nommée Betty Wentz, et par les quelques survivantes, dont Irène Ottelard, une Française habitant Drancy, 17, rue de la Liberté, qui a été rapatriée en même temps que moi et que j'avais soignée après la libération; par elles, nous avons eu des détails sur le Jugendlager.     
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 19:58

Monsieur DUBOST : - Voulez-vous parler de la désinfection des blocs, s'il vous plaît ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - De temps en temps, étant donné les tas de saletés qui occasionnaient des poux et par conséquent tant d'épidémies, on désinfectait les blocs en les gazant, mais ces désinfections causaient également un très grand nombre de morts parce que, pendant qu'on gazait le bloc, les prisonnières étaient conduites aux douches, puis on leur retirait leurs vêtements, qu'on passait à l'étuve... On les laissait toutes nues dehors attendre que les vêtements ressortent de l'étuve et on leur redonnait mouillés. On envoyait même les malades, quand elles pouvaient se tenir sur leurs jambes, aux douches. Il est évident qu'un très grand nombre mouraient en cours de route. Celles qui ne pouvaient pas bouger, étaient lavées toutes dans la même baignoire pendant la désinfection. 

Monsieur DUBOST : - Comment étiez-vous nourries ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Nous recevions 200 grammes de pain, trois quarts de litre ou un demi-litre - suivant les cas - de soupe au rutabaga et quelques grammes de margarine ou une rondelle de saucisson le soir. Cela pour le jour. 

Monsieur DUBOST : - Quel que soit le travail qui était exigé des internées ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Quel que soit le travail qui était exigé de l'internée. Certaines qui travaillaient à l'usine de l' "Union", une fabrique de munitions où elles faisaient des grenades et des obus, recevaient ce qu'on appelait un "zulage", c'est-à-dire un supplément, quand la norme était atteinte. Ces détenues faisaient, comme nous, l'appel le matin et le soir et elles étaient au travail 12 heures dans leur usine. Elles rentraient au camp après le travail et faisaient le trajet aller et retour à pied. 

Monsieur DUBOST : - Qu'était cette usine de l' "Union" ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - C'était une fabrique de munitions. Je ne sais pas à quelle société elle appartenait. Cela s'appelait l' "Union". 

Monsieur DUBOST : - C'était la seule usine ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Non, il y avait également une grande usine à Buna, mais comme je n'y ai pas travaillé, je ne sais pas ce qu'on y faisait. Les détenues qui étaient prises pour Buna ne revenaient plus dans notre camp. 

Monsieur DUBOST : - Voulez-vous parler des expériences si vous en avez été témoin ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - En ce qui concerne les expériences, j'ai vu dans le Revier, car j'étais employée au Revier, la file des jeunes Juives de Salonique qui attendaient, devant la salle des rayons, pour la stérilisation. Je sais, par ailleurs, qu'on opérait également par castration dans le camp des hommes. En ce qui concerne les expériences faites sur des femmes, je suis au courant parce que mon amie, la doctoresse Hautval, de Montbéliard, qui est rentrée en France, a travaillé plusieurs mois dans ce bloc pour soigner les malades, mais elle a toujours refusé de participer aux expériences. On stérilisait les femmes, soit par piqûres, soit par opérations, ou également par rayons. J'ai vu et connu plusieurs femmes qui avaient été stérilisées. Il y avait parmi les opérées une forte mortalité. Quatorze Juives de France qui avaient refusé de se laisser stériliser ont été envoyées dans un commando de Strafarbeit, c'est-à-dire punition de travail. 

Monsieur DUBOST : - Revenait-on de ces commandos ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Rarement, tout à fait exceptionnellement. 

Monsieur DUBOST : - Quel était le but poursuivi par les SS ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Les stérilisations, ils ne s'en cachaient pas; ils disaient qu'ils essayaient de trouver la meilleure méthode de stérilisation pour pouvoir remplacer, dans les pays occupés, la population autochtone par les Allemands, au bout d'une génération, une fois qu'ils auraient utilisé les habitants comme esclaves pour travailler pour eux. 

Monsieur DUBOST : - Au Revier, avez-vous vu des femmes enceintes ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui. Les femmes juives, quand elles arrivaient enceintes de peu de mois, on les faisait avorter. Quand la grossesse était près de la fin, après l'accouchement, on noyait les bébés dans un seau d'eau. Je sais cela parce que je travaillais au Revier, et que la préposée à ce travail était une sage-femme allemande, détenue de droit commun pour avoir pratiqué des avortements. Au bout d'un certain temps, un autre médecin est arrivé et, pendant deux mois, on n'a pas tué de bébés juifs. Mais, un beau jour, un ordre est arrivé de Berlin disant qu'il fallait de nouveau les supprimer. Alors, les mères et leurs bébés ont été appelées à l'infirmerie, elles sont montées en camion et on les a conduites aux gaz. 

Monsieur DUBOST : - Pourquoi dites-vous qu'un ordre est arrivé de Berlin ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Parce que je connaissais les détenues qui travaillaient au secrétariat des SS, en particulier, une Slovaque, nommée Herta Roth, qui travaille à l'heure actuelle à l'UNRRA à Bratislava. 

Monsieur DUBOST : - C'est elle qui vous l'a dit ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui. Et d'autre part, je connaissais également les hommes qui travaillaient au commando des gaz. 

Monsieur DUBOST : - Vous venez de parler des mères juives, y avait-il d'autres mères dans votre camp ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui, en principe, les femmes non juives accouchaient et on ne leur enlevait pas leurs bébés, mais, étant donné les conditions effroyables du camp, les bébés dépassaient rarement quatre à cinq semaines. Il y avait le bloc où se trouvaient les mères polonaises et russes. Un jour, les mère russes ayant été accusées de faire trop de bruit, on leur a fait faire l'appel toute la journée devant le bloc, toutes nues avec leurs bébés dans leurs bras. 

Monsieur DUBOST : - Quel était le régime disciplinaire du camp ? Qui assurait la surveillance et la discipline ? Quelles étaient les sanctions ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : En général, les SS économisaient beaucoup de personnel à eux en employant des détenues pour la surveillance du camp. Ils ne faisaient que superviser. Ces détenues étaient prises parmi les filles de droit commun ou des filles publiques allemandes, et quelquefois d'autres nations, mais en majorité des Allemandes. 

On arrivait par la corruption et la délation, la terreur, à les transformer en bêtes humaines, et les détenues ont autant à s'en plaindre que des SS eux-mêmes. Elles frappaient autant que frappaient les SS et, en ce qui concerne les SS, les hommes se conduisaient comme les femmes et les femmes étaient aussi sauvages que les hommes. Il n'y a pas de différence. 

Le système employé par les SS pour avilir les êtres humains au maximum en les terrorisant, et, par la terreur, en leur faisant faire des actes qui devaient les faire rougir eux-mêmes, arrivait à faire qu'ils ne soient plus des êtres humains. Et c'était cela qu'ils recherchaient; il fallait énormément de courage pour résister à cette ambiance de terreur et de corruption. 

Monsieur DUBOST : - Qui distribuait les punitions ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Les chefs SS, les hommes et les femmes. 

Monsieur DUBOST : - En quoi consistaient les punitions ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - En mauvais traitements corporels, en particulier, une des punitions les plus classiques était 50 coups de bâton sur les reins. Ces coups de bâton étaient donnés par une machine que j'ai vue; c'était un système de balancements qui était manipulé par un SS. Il y avait aussi des appels interminables jour et nuit ou bien de la gymnastique; il fallait se mettre à plat ventre, se relever, se mettre à plat ventre, se relever, pendant des heures, et quand on tombait, on était assommé de coups et transporté au bloc 25. 

Monsieur DUBOST : - Comment se comportaient les SS à l'égard des femmes ? Et les femmes SS ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Il y avait à Auschwitz une maison de tolérance pour les SS et également pour les détenus, fonctionnaires hommes, qu'on appelait des "Kapo". 

D'autre part, quand les SS avaient besoin de domestiques, ils venaient, accompagnés de l'Obersaufseherin, c'est-à-dire la commandante femme du camp, choisir pendant la désinfection, et ils désignaient une petite jeune fille que l'Oberaufseherin faisait sortir des rangs. Ils la scrutaient, faisaient des plaisanteries sur son physique et, si elle était jolie et leur plaisait, ils l'engageaient comme bonne avec le consentement de l' Oberaufseherin qui leur disait qu'elle leur devait une obéissance absolue, quoi qu'ils lui demandent. 

Monsieur DUBOST : - Pourquoi venaient-ils pendant le désinfection ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Parce que pendant la désinfection, les femmes étaient nues. 

Monsieur DUBOST : - Ce système de démoralisation et de corruption était-il exceptionnel ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Non, dans tous les camps où j'ai passé, le système était le même; j'ai parlé à des détenues venues de camps où je n'avais pas été moi-même, et c'est toujours la même chose. Le système est exactement le même dans n'importe quel camp. Cependant il y a des variantes. Auschwitz, je crois, était l'un des plus durs, mais j'ai été ensuite à Ravensbrück; là aussi, il y avait une maison de tolérance et là aussi on recrutait parmi les détenues. 

Monsieur DUBOST : - Selon vous, tout a été mis en oeuvre alors pour les faire déchoir à leurs propres yeux ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui. 

Monsieur DUBOST : - Que savez-vous du transport des Juifs, qui est arrivé presque en même temps que vous, venant de Romainville ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Quand nous avons quitté Romainville, on avait laissé sur place les Juives qui étaient à Romainville en même temps que nous; elles ont été dirigées vers Drancy et sont arrivées à Auschwitz où nous les avons retrouvées trois semaines plus tard, trois semaines après nous. Sur 1.200 qu'elles étaient, il n'en est entré dans le camp que 125, les autres ont été dirigées sur les gaz tout de suite. Sur ces 125, au bout d'un mois, il n'en restait plus une seule. 

Les transports se pratiquaient de la manière suivante au début, quand nous sommes arrivés : quand un convoi de Juifs arrivait, on sélectionnait : d'abord les vieillards, les vieilles femmes, les mères et les enfants qu'on faisait monter en camions, ainsi que les malades ou ceux qui paraissaient de constitution faible. On ne prenait que les jeunes femmes et jeunes filles, et les jeunes gens qu'on envoyait au camp des hommes. 

Il arrivait, en général, sur un transport de 1.000 à 1.500, qu'il en entrait rarement plus de 250 - et c'est tout à fait un maximum - dans le camp. Le reste était directement dirigé aux gaz. 

A cette sélection également, on choisissait les femmes en bonne santé, entre 20 et 30 ans, qu'on envoyait au bloc des expériences, et les jeunes filles et les femmes un peu plus agées ou celles qui n'avaient pas été choisies dans ce but étaient envoyées au camp où elles étaient, comme nous, rasées et tatouées. 

Il y a eu, également pendant le printemps 1944, un bloc de jumeaux. C'était la période où sont arrivés d'immenses transports de Juifs hongrois : 700.000 environ. Le Dr Mengele, qui faisait des expériences, gardait de tous les transports, les enfants jumeaux et en général les jumeaux, quel que soit leur âge, pourvu qu'ils soient là tous les deux. Alors, dans ce bloc, il y a avait des bébés et des adultes, par terre. Je ne sais pas, en dehors des prises de sang et des mesures, je ne sais pas ce qu'on leur faisait. 

Monsieur DUBOST : - Etes-vous témoin direct de la sélection à l'arrivée des convois ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui, parce que quand nous avons travaillé au bloc de la couture en 1944, notre bloc où nous habitions était en face de l'arrivée du train. On avait perfectionné le système : au lieu de faire la sélection à la halte d'arrivée, une voie de garage menait le train presque jusqu'à la chambre à gaz et l'arrêt, c'est-à-dire à 100 mètres de la chambre à gaz, était juste devant notre bloc, mais naturellement, séparé par deux rangées de fil de fer barbelé. Nous voyions donc les wagons déplombés, les soldats sortir les hommes, les femmes et les enfants des wagons, et on assistait aux scènes déchirantes des vieux couples se séparant, des mères étant obligées d'abandonner leurs jeunes filles, puisqu'elles entraient dans le camp, tandis que les mères et les enfants étaient dirigés vers la chambre à gaz. Tous ces gens-là ignoraient le sort qui leur était réservé. Ils étaient seulement désemparés parce qu'on les séparait les uns des autres, mais ils ignoraient qu'ils allaient à la mort. 

Pour rendre l'accueil plus agréable, à cette époque, c'est-à-dire en juin, juillet 1944, un orchestre composé de détenues, toutes jeunes et jolies, habillées de petites blouses blanches et de jupes bleu marine, jouait, pendant la sélection à l'arrivée des trains, des airs gais comme la Veuve Joyeuse, la Barcarolle, des Contes d'Hoffmann, etc. Alors, on leur disait que c'était un camp de travail, et comme ils n'entraient pas dans le camp, il ne voyaient que la petite plate-forme entourée de verdure où se trouvait l'orchestre. Evidemment, ils ne pouvaient pas se rendre compte de ce qui les attendait. 

Ceux qui étaient sélectionnés pour les gaz, c'est-à-dire les vieillards, les enfants et les mères, étaient conduits dans un bâtiment en briques rouges. 

Monsieur DUBOST : - Ceux-là n'étaient pas immatriculés ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Non. 

Monsieur DUBOST : - Ils n'étaient pas tatoués ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Non. Ils n'étaient même pas comptés. 

Monsieur DUBOST : - Vous avez été tatouée ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Oui. Voyez. (Le témoin montre son bras). Ils étaient conduits dans un bâtiment en briques rouges qui portait les lettre "Bad", c'est-à-dire "bains". Là, au début, on les faisait se déshabiller, et on leur donnait une serviette de toilette avant de les faire entrer dans la soi-disant salle de douches. Par la suite, à l'époque des grands transports de Hongrie, on n'avait plus le temps de jouer ou de simuler. On les déshabillait brutalement et je sais ces détails car j'ai connu une petite Juive de France, qui habitait avec sa famille Place de la République... 

Monsieur DUBOST : - A Paris ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : A Paris... qu'on appelait la petite Marie et qui était la seule survivante d'une famille de neuf. Sa mère et ses sept frères et soeurs avaient été gazés à l'arrivée. Lorsque je l'ai connue, elle était employée pour déshabiller les bébés avant la chambre à gaz. On faisait pénétrer les gens, une fois déshabillés, dans une pièce qui ressemblait à une salle de douches, et par un orifice dans le plafond, on lançait les capsules de gaz. Un SS regardait par un hublot l'effet produit. Au bout de cinq à sept minutes, lorsque le gaz avait fait son oeuvre, il donnait le signal pour qu'on ouvre les portes. Des hommes avec des masques à gaz - ces hommes étaient des détenus - pénétraient dans la salle et retiraient les corps. Ils nous racontaient que les détenus devaient souffrir avant de mourir, car ils étaient agrippés les uns aux autres en grappes et on avait beaucoup de mal à les séparer. 

Après cela, une équipe passait pour arracher les dents en or et les dentiers. Et encore une fois, quand les corps étaient réduits en cendres, on passait encore au tamis pour essayer de récupérer l'or. 

Il y avait à Auschwitz huit fours crématoires. Mais à partir de 1944, ce n'était pas suffisant. Les SS ont fait creuser par les détenus de grandes fosses dans lesquelles ils mettaient des branchages arrosés d'essence qu'ils enflammaient. Ils jetaient les corps dans ces fosses. de notre bloc, nous voyions, à peu près trois quarts d'heure ou une heure après l'arrivée d'un transport, sortir les grandes flammes du four crématoire et le ciel s'embraser par les fosses. 

Une nuit, nous avons été réveillées par des cris effroyables. Nous avons appris le lendemain matin, par les hommes qui travaillaient au Sonderkommando (le commando des gaz) que la veille, n'ayant pas assez de gaz, ils avaient jeté les enfants vivants dans la fournaise. 

Monsieur DUBOST : - Pouvez-vous parler des sélections, s'il vous plaît, qui étaient faites à l'entrée de l'hiver ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Chaque année, vers la fin de l'automne, on faisait dans les Revier de grandes sélections. Le système semblait être le suivant. (Je dis cela parce que, sur le temps que j'ai passé à Auschwitz, j'ai pu en faire la constatation, et d'autres qui sont restées plus longtemps que moi ont fait la même constatation). 

Au printemps, à travers toute l'Europe, on raflait des hommes et des femmes, qu'on envoyait à Auschwitz. On ne gardait que ceux qui étaient assez forts pour travailler tout l'été. Pendant cette période, naturellement, il en mourait tous les jours. Mais les plus robustes, qui arrivaient à tenir six mois, étaient au bout de ce temps si épuisés qu'ils entraient à leur tour au Revier. C'est à ce moment-là qu'on faisait de grandes sélections, en automne, pour ne pas avoir à nourrir pendant l'hiver des bouches inutiles. Toutes les femmes qui étaient trop maigres étaient envoyées au gaz, toutes celles qui avaient des maladies un peu longues. Mais on gazait les Juives pour presque rien : par exemple, on a gazé celles du bloc de la gale, alors que chacun sait que la gale se guérit en trois jours si on la soigne. Je me souviens du bloc des convalescentes du typhus où, sur 500 malades, on en a envoyé 450 aux gaz. 

Pendant Noël 1944, non 1943, à Noël 1943, alors que nous étions en quarantaine, nous avons vu, car nous étions en face du bloc 25, amener les femmes toutes nues dans le bloc. Ensuite, on faisait venir les camions, des camions non bâchés sur lesquels on empilait des femmes nues, autant que les camions pouvaient en contenir, et puis, chaque fois que le camion s'ébranlait, le fameux Hessler - qui a été au procès de Luneburg un des condamnés - courait derrière le camion, et, avec sa trique, il battait à coups redoublés ces femmes nues qui s'en allaient à la mort. Elles savaient qu'elles partaient aux gaz, alors elles essayaient de s'échapper. On les massacrait. Elles essayaient de sauter du camion, et nous, de notre bloc, nous voyions passer le camion, et nous entendions la lugubre clameur de toutes ces femmes qui partaient, en sachant qu'elles devaient être gazées, et beaucoup d'entre elles auraient très bien pu vivre, elles n'avaient que la gale, ou simplement un peu trop de sous-alimentations. 

Monsieur DUBOST : - Vous nous avez dit, Madame, tout à l'heure, que les déportés étaient, dès leur descente du train, et sans être comptés même, envoyés à la chambre à gaz. Que devenaient leurs vêtements, leurs bagages ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - Quand les Juifs arrivaient - parce que pour les non Juifs ils devaient porter eux-mêmes leurs bagages et étaient rangés dans des blocs à part - ils devaient tout laisser sur le quai à l'arrivée, ils étaient déshabillés avant d'entrer et leurs habits, ainsi que tout ce qu'ils avaient apporté et laissé sur le quai, étaient transportés dans de grandes baraques, et triés par le commando qu'on appelait "Canada". Là, on faisait des triages et tout était expédié vers l'Allemagne : les bijoux, les manteaux de fourrure, etc... 

Comme on envoyait à Auschwitz des Juives avec toute leur famille, en leur disant que ce serait une sorte de ghetto et qu'il fallait qu'elles emportent tout ce qu'elles possédaient, elles amenaient donc des richesses considérables. Je me souviens, en ce qui concerne les Juives de Salonique, quand elles sont arrivées, on leur a donné une carte postale avec inscrit dessus comme lieu d'expédition : Waldsee, lieu qui n'existait pas, et un texte imprimé, qu'elles devaient envoyer à leur famille, disant : "Nous sommes très bien ici, il y a du travail, on est bien traité, nous attendons votre arrivée". J'ai vu moi-même les cartes en question, et les Schreiberinnen, c'est-à-dire les secrétaires de bloc, avaient l'ordre de les distribuer parmi les détenues, pour qu'elles les envoient à leurs familles, et je sais qu'à la suite de cela des familles se sont présentées. 

Je ne connais cette histoire que pour la Grèce. Je ne sais pas si elle s'est pratiquée ailleurs, mais, en tout cas, pour la Grèce (également pour la Slovaquie), des familles se sont présentées au bureau de recrutement, à Salonique, pour aller rejoindre les leurs, et je me souviens d'un professeur de lettres de Salonique qui a vu avec horreur arriver son père.   
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