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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 16:41

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N’Y A-​​T-​​IL aucune limite à l’infamie du Hamas ? Il sem­blerait qu’il n’y en ait pas. Cette semaine il a commis quelque chose d’absolument impar­don­nable. Il a volé une guerre.


DEPUIS PLU­SIEURS semaines main­tenant, notre presque nouveau chef d’état major, Benny Gantz, annonce à chaque fois qu’il en a la pos­si­bilité qu’une nou­velle guerre contre Gaza est inévi­table. Plu­sieurs com­man­dants d’unités autour de la Bande ont répété la ter­rible pré­vision, tout comme leurs sym­pa­thi­sants, connus aussi sous l’appellation de com­men­ta­teurs militaires.

L’un d’eux nous a ras­surés. C’est vrai, le Hamas peut main­tenant frapper Tel Aviv avec ses roquettes, mais ce ne sera pas si ter­rible, parce qu’il s’agira d’une guerre courte. Juste trois ou quatre jours. Comme l’a dit l’un des généraux, ce sera bien plus “dur et dou­loureux ” (pour les Arabes) que Plomb Durci N°1, ainsi cela ne durera pas trois semaines comme alors. Nous res­terons tous dans nos abris – en tout cas ceux d’entre nous qui dis­posent d’abris – pour quelques jours seulement.

Pourquoi la guerre est-​​elle inévi­table ? À cause du ter­ro­risme, idiot. Le Hamas est une orga­ni­sation ter­ro­riste, non ?

Mais voici que se pré­sente le chef suprême du Hamas, Khaled Meshal, et qu’il déclare que le Hamas a renoncé à toute action vio­lente. À partir de main­tenant, il va se concentrer sur des mani­fes­ta­tions de masse non-​​violentes, dans l’esprit du prin­temps arabe.

Lorsque le Hamas renonce au ter­ro­risme, il ne reste plus aucun pré­texte pour attaquer Gaza. Mais, est-​​il besoin d’un pré­texte ? Notre armée ne va pas se laisser contre­carrer par des gens comme Meshal. Si l’armée veut une guerre, elle aura une guerre. On en a eu la preuve en 1982, lorsqu’Ariel Sharon attaqua le Liban, en dépit du fait que la fron­tière liba­naise avait été abso­lument calme pendant 11 mois. (Après la guerre, le mythe était né selon lequel la guerre avait été pré­cédée de tirs quo­ti­diens. Aujourd’hui, presque tous les Israé­liens peuvent “se sou­venir” des tirs – un exemple extra­or­di­naire du pouvoir de suggestion.

Pourquoi le chef d’état major veut-​​il attaquer ?

Un cynique pourrait dire que tout nouveau chef d’état major a besoin d’une guerre à lui. Mais nous ne sommes pas des cyniques, n’est-ce pas ?

Il ne se passe pas quelques jours sans qu’une roquette isolée ne soit lancée sur Israël depuis la Bande de Gaza. Cela fait des mois main­tenant que per­sonne n’a été blessé. La séquence habi­tuelle est la sui­vante : notre armée de l’air procède à une “liqui­dation ciblée” de mili­tants pales­ti­niens dans la Bande. L’armée prétend inva­ria­blement que ces “ter­ro­ristes” bien précis avaient l’intention d’attaquer des Israé­liens. Comment l’armée avait-​​elle connais­sance de leurs inten­tions ? Eh bien notre armée est passée maître dans la lecture des pensées.

Après que ces per­sonnes ont été tuées, leur orga­ni­sation considère de son devoir de venger leur sang en lançant une roquette ou un obus de mortier, voire même deux ou trois. Cela “ne peut être toléré” par l’armée, et ainsi de suite.

Après chacun de ces épisodes, l’évocation d’une guerre reprend. Comme l’ont déclaré des hommes poli­tiques amé­ri­cains à des confé­rences de l’AIPAC : “Aucun pays ne peut tolérer que ses citoyens soient exposés à des tirs de roquettes !”

Mais bien sûr les raisons pour un Plomb Durci N° 2 sont plus sérieuses. Le Hamas est en train d’être accepté par la com­mu­nauté inter­na­tionale. Son Premier ministre, Ismaël Haniyeh, voyage actuel­lement dans le monde arabe et musulman, après avoir été enfermé à Gaza – une sorte de mise aux arrêts dans la Bande – pendant quatre ans. Main­tenant il peut aller en Égypte parce que les Frères Musulmans, orga­ni­sation parente du Hamas, sont devenus un par­te­naire majeur dans ce pays.

Et bien pire, le Hamas est sur le point de rejoindre l’OLP et de par­ti­ciper au gou­ver­nement pales­tinien. Il est grand temps de faire quelque chose. Attaquer Gaza, par exemple. Contraindre le Hamas à rede­venir extrémiste.

NON CONTENT de nous voler notre guerre, Meshal est en train de se livrer à une suite d’actions encore plus menaçantes.

En rejoi­gnant l’OLP, il associe le Hamas aux accords d’Oslo et à tous les autres accords entre Israël et l’OLP. Il a annoncé que le Hamas accepte un État pales­tinien dans les fron­tières de 1967. Il a fait savoir que le Hamas ne se pré­sen­terait pas à la pré­si­dence pales­ti­nienne cette année, de sorte que le can­didat du Fatah – quel qu’il puisse être – serait élu pra­ti­quement sans oppo­sition et serait en mesure de négocier avec Israël.

Tout cela met­trait le gou­ver­nement actuel d’Israël dans une position incon­for­table. Meshal a quelque expé­rience pour créer des ennuis à Israël. En 1997, le (premier) gou­ver­nement Néta­nyahou avait décidé de s’en débar­rasser à Amman. Une équipe d’agents du Mossad fut envoyée pour l’assassiner dans la rue en lui injectant un poison indé­tec­table dans l’oreille. Mais au lieu de faire ce qui convenait et de mourir tran­quillement d’une cause mys­té­rieuse comme Yasser Arafat, il laissa ses gardes du corps prendre en chasse les atta­quants et s’en emparer.

Le roi Hussein, ami et allié de vieille date d’Israël, entra dans une fureur noire. Il mit Néta­nyahou face à un choix : ou bien ses agents seraient jugés en Jor­danie avec le risque d’être pendus, ou le Mossad envoyait immé­dia­tement l’antidote secret pour sauver Meshal. Néta­nyahou capitula, et voilà que nous avons Meshal, en pleine forme.

Autre résultat curieux de cette mésa­venture : le roi exigea que le fon­dateur et diri­geant du Hamas, le Cheikh Ahmed Yacine, soit libéré de sa prison israé­lienne. Néta­nyahou dut céder, Yacine fut libéré et assassiné par Israël sept années plus tard. Lorsque son suc­cesseur, Abd al-​​Aziz Ran­tissi fut assassiné à son tour peu après, la voie était libre pour que Meshal puisse devenir le chef du Hamas.

Et au lieu de témoigner sa gra­titude, il nous met main­tenant face à un affreux défi : action non-​​violente, ouver­tures de paix indi­rectes, la solution à deux États.

QUESTION : pourquoi notre chef d’état major meurt-​​il d’envie d’une petite guerre à Gaza, alors qu’il pourrait avoir toute la guerre qu’il désire en Iran ? Pas seulement une petite opé­ration, mais une grande guerre, une très, très grande guerre.

Eh bien, il sait qu’il ne peut pas l’avoir.

Il y a quelque temps j’ai fait quelque chose qu’aucun com­men­tateur che­vronné ne fait jamais. J’ai promis qu’il n’y aurait aucune attaque mili­taire israé­lienne contre l’Iran. (Ni, d’ailleurs, aucune attaque américaine.)

Un jour­na­liste ou un homme poli­tique che­vronné ne fait jamais une telle pré­diction sans se ménager une porte de sortie. Il formule un discret “à moins que”. Si sa pré­vision ne se réalise pas, il rap­pelle cette porte de sortie.

Je peux dire que j’ai une expé­rience cer­taine– de quelques 60 années – mais je ne me suis alors réservé aucune porte de sortie. J’ai dit “Pas de Guerre”, et voilà que main­tenant le général Gantz dit la même chose en bien plus de mots. Pas de Téhéran, juste la pauvre petite Gaza.

Pourquoi ? À cause de ce seul mot : Hormuz.

Il ne s’agit pas du vieux dieu persan Hormuzd, mais de l’étroit passage d’entrée et de sortie du Golfe Per­sique, à travers lequel transite 20% du pétrole mondial (et 35% du pétrole trans­porté par voie maritime). Ma position était qu’aucun diri­geant sain d’esprit (ou même légè­rement dérangé) ne pren­drait le risque de la fer­meture du détroit, parce que les consé­quences écono­miques seraient catas­tro­phiques, voire apocalyptiques.

IL SEMBLE que les diri­geants ira­niens n’étaient pas cer­tains que tous les diri­geants du monde lisent ma chro­nique, c’est pourquoi, à tout hasard, ils l’ont eux-​​mêmes exprimé. Cette semaine, ils ont conduit des manœuvres mili­taires spec­ta­cu­laires dans les parages du Détroit d’Hormuz, accom­pa­gnées de menaces non équi­voques de le fermer.

Les États-​​Unis ont riposté par d’orgueilleuses contre-​​menaces. L’invincible marine de guerre des États-​​Unis était prête à ouvrir le détroit par la force si nécessaire.

De quelle manière, s’il vous plait ? Le plus puissant porte-​​avions valant plu­sieurs mil­liards de dollars peut aisément être coulé par une bat­terie de mis­siles terre-​​mer peu coûteux, comme par de petits navires équipés de mis­siles. Sup­posons que l’Iran com­mence à mettre ses menaces à exé­cution. Toute la puis­sance aérienne et navale des États-​​Unis est mise en œuvre. Des navires ira­niens seront coulés, des ins­tal­la­tions mili­taires et des bases de mis­siles seront bom­bardées. Les mis­siles ira­niens seront néan­moins lancés, rendant le passage par le détroit impossible.

Et ensuite ? Il n’y aura pas d’autre solution que de “poser les bottes sur le terrain”. L’armée des États-​​Unis devra débarquer sur le rivage et occuper tout le ter­ri­toire d’où il est effec­ti­vement pos­sible de lancer des mis­siles. Ce sera une opé­ration de grande envergure. On pourra s’attendre à une résis­tance ira­nienne acharnée, si l’on en juge par l’expérience de la guerre de huit ans entre l’Iran et l’Irak. Les puits de pétrole de l’Arabie Saoudite voisine et des autres États du Golfe seront frappés eux aussi.

Une telle guerre dépas­serait de très loin les dimen­sions des inva­sions amé­ri­caines de l’Irak et de l’Afghanistan, peut-​​être même du Vietnam.

Est-​​ce que les États-​​Unis en faillite en sont capables ? Écono­mi­quement, poli­ti­quement et en terme de morale ? La fer­meture du détroit est l’arme ultime. Je ne pense pas que les Ira­niens y fassent appel en riposte à l’imposition de sanc­tions, aussi sévères soient-​​elles, comme ils en ont brandi la menace. Seule une attaque mili­taire jus­ti­fierait une telle réponse.

Si Israël atta­quait seul – “l’idée la plus stupide dont j’ai jamais entendu parler,” selon l’expression de notre ancien chef du Mossad – cela ne chan­gerait rien. L’Iran consi­dé­rerait la chose comme une action amé­ri­caine et fer­merait le détroit. Voilà pourquoi l’administration Obama y a mis le holà, et a remis en mains propres à Néta­nyahou et à Ehoud Barak un ordre clair de s’abstenir de toute action militaire.

Voilà où nous en sommes main­tenant. Pas de guerre contre l’Iran. Juste la pers­pective d’une guerre contre Gaza. Et c’est alors qu’intervient cet abo­mi­nable Meshal qui essaie d’en gâcher les chances, lui aussi.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 16:34

624_341_b26fc5103fd08733f880f004828f656a-1326565907.jpgIl y a deux manières de raconter ce qui se passe en Europe. Selon le storytelling dominant, nous avons trop dépensé. Experts et éditorialistes devisent sur la France qui, comme les autres pays dépensiers, "vit depuis plus de trente ans à crédit". L'enjeu pour la gauche serait seulement de "donner du sens à la rigueur" en attendant de "relancer la croissance".

Ce scénario semble aussi évident que l'air que nous respirons. Il est pourtant contraire aux principaux chiffres officiels, et une narration alternative apparaît mieux fondée. Ainsi selon le rapport sur "La dépense publique et son évolution", publié par Bercy, la part des dépenses publiques dans le PIB français est passée de 52,8 % dans les années 1990 à... 52,9 % dans les années 2000.

Si les déficits et la dette ont flambé, ce n'est pas du fait d'une envolée des dépenses, mais à cause d'une réduction des recettes. Le manque à gagner annuel dû aux exonérations et baisses d'impôts consenties dans les années 2000 est chiffré par Gilles Carrez, député UMP et rapporteur du budget, à plus de 100 milliards d'euros. Et la crise financière a provoqué une chute brutale des recettes publiques déjà érodées par cette contre-révolution fiscale. Cette dette est celle de la finance et du néolibéralisme, pas des assurés sociaux ni des citoyens.

Deux narrations aussi contradictoires de l'histoire de la dette publique déterminent deux réponses antagoniques. Selon l'histoire officielle, une cure sévère d'amaigrissement budgétaire s'impose, sans débat autre que sur les modalités, pour que la France restaure ses finances publiques et que ses entreprises redeviennent compétitives. Dans la narration alternative, à l'inverse, la clé de la situation réside dans une réforme fiscale redistributive, couplée à une cure amaigrissante et une mise sous tutelle... du secteur financier.

En outre, la réforme fiscale, qui permet de réduire le déficit courant, n'épongera pas la dette : les intérêts versés en 2011 aux rentiers - ceux-là mêmes qui ont bénéficié des baisses d'impôts - se montent à 50 milliards d'euros, avant même la prochaine perte du triple A et de probables hausses des taux exigées par les marchés.

Pour alléger ce fardeau, préserver les services publics et la protection sociale, et enclencher une transition écologique, le débat démocratique devra déterminer si une part de cette dette est illégitime, c'est-à-dire contractée au nom d'arguments infondés et au bénéfice d'intérêts particuliers et, le cas échéant, décider un défaut sur cette partie de la dette. Les Etats devront à l'avenir se financer ailleurs qu'auprès des seuls marchés financiers, comme ils le faisaient jusqu'au début des années 1980 : faute de quoi ils ne pourront plus prétendre à aucune souveraineté.

Ils devront également prendre acte que cette crise est aussi celle d'un modèle de croissance insoutenable, et réorienter les investissements publics vers des programmes écologiquement plus sobres et plus riches en emplois, au lieu de grands projets productivistes, coûteux et obsolètes.

Mais si la narration critique a pour elle la vraisemblance du diagnostic, elle se heurte aux "évidences" martelées, et la nécessaire radicalité des réponses qu'elle appelle peut inquiéter. C'est pourquoi un appel pour un "audit citoyen de la dette publique" a été lancé mi-octobre 2011 par des personnalités et nombre d'organisations syndicales, associatives et politiques, rejoints depuis par plus de 50 000 citoyens (Audit-citoyen.org).

Des collectifs locaux se créent dans de nombreuses localités pour proposer aux citoyens de s'emparer de ce débat. Ces initiatives n'ont pas encore intéressé les médias, mais veulent susciter dans les profondeurs de la société un débat de la même intensité que celui qui a précédé le référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005.

Car les questions alors débattues se posent avec une tout autre acuité, à l'heure où le tsunami de l'austérité arrive d'Europe méridionale. Les réformes institutionnelles adoptées depuis un an, et parachevées par le "traité intergouvernemental à Vingt-Six" décidé au sommet européen de décembre, ne font que radicaliser une logique de répression budgétaire et de soumission aux marchés financiers, dont la crise manifeste pourtant l'échec patent. Alors que le navire de Maastricht s'est déchiré sur les récifs de la crise financière, les capitaines s'épuisent à coller des rustines sur les débris qui flottent.

Une idée a servi de clé de voûte à l'architecture européenne depuis Maastricht : les marchés sont plus intelligents que les gouvernements et les électeurs. Concurrence fiscale et sociale au sein d'un marché libre et non faussé ; réduction des recettes publiques pour augmenter la compétitivité ; obligation faite aux Etats, en cas de déficits, de se financer sur les marchés ; interdiction faite aux Etats de s'entraider financièrement... : la zone euro a été conçue pour éliminer les politiques économiques volontaristes et placer les Etats sous le pilotage automatique des marchés. La tentative désespérée de sauver cette architecture aux principes obsolètes ne peut qu'échouer, fût-ce avec des eurobonds (des titres communs pour mutualiser la dette des pays de la zone euro) qui resteront soumis au jugement et donc aux critères de "bonne gestion" des marchés.

L'échec programmé de ce sauvetage peut déboucher dans les années à venir sur un éclatement de l'euro et un déferlement des courants nationalistes, autoritaires et xénophobes qui travaillent les sociétés européennes. Mais le pire n'est pas certain. Les aspirations démocratiques, elles aussi, sont très vivaces en Europe, notamment dans la jeunesse, comme le montre l'essor des mouvements "indignés" dans les pays du Sud, jusqu'ici les plus touchés par la crise sociale et démocratique.

La nomination d'anciens dirigeants de Goldman Sachs comme chefs de gouvernement en Grèce et en Italie, ministre des finances en Espagne ou président de la Banque centrale européenne, ne passe pas. Pas plus que les cris d'orfraie devant l'éventualité d'un référendum, en Grèce ou ailleurs. Les citoyens ne veulent plus être "des jouets dans les mains des banques et des politiciens", comme disent les "indignés" espagnols. Ils veulent pouvoir peser sur leur avenir, faire des projets pour leurs enfants, stopper les dégradations sociales et écologiques qui les indignent.

Face à la surdité des élites, une insurrection démocratique est nécessaire en Europe comme d'ailleurs aux Etats-Unis, dans le monde arabe, en Russie... Il s'agit de refonder la démocratie dans le champ politique, par un recours intense aux mécanismes de la démocratie directe (initiatives citoyennes, référendums révocatoires...) et de la démocratie délibérative (conférences citoyennes, deuxième Chambre tirée au sort...).

Il s'agit aussi de l'élargir au champ économique, à commencer par le système bancaire, dont le sauvetage imminent par les deniers publics doit être l'occasion de le placer sous le contrôle non pas des fonctionnaires de Bercy ou de Bruxelles, mais de la société civile. L'horizon semble bouché par leur dette : dégageons-le en réinventant notre démocratie.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 16:27

Couv_Le_Pen_1-70b4d.jpgNous voici à une centaine de jours du premier tour de l’élection présidentielle. De nombreuses candidates et candidats sont désormais en campagne, et les apparitions dans les médias de masse se multiplient sous différentes formes. Mais la solide invariable de l’équation médiatique est la commande de sondages, ces thermomètres censés mesurer « l’opinion », assortis de leur publication et de leur interprétation.

Le 9 janvier, Libération nous livrait ainsi son dernier sondage commandé à Viavoice. Le résultat de ce sondage fait la « Une » du quotidien. Son titre révèle ainsi « l’information » que la rédaction estime la plus importante : « 30% n’exclueraient pas de voter Le Pen » (Nous avons gardé la faute d’orthographe pour rester rigoureux dans la citation). Le journal consacre alors quatre pages à Marine Le Pen, faites de témoignages recueillis dans des lieux où les idées de l’extrême-droite s’implantent et de « décryptage » des résultats du sondage.

Encore un sondage

Ce sondage nous propose diverses données, dont celle (essentielle pour les grands médias) de l’intention de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle, si celui-ci avait lieu ce dimanche 15 janvier 2012. Voici la question précise : « Si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, pourriez-vous voter pour Marine Le Pen ? ». Les réponses se divisent en 5 catégories : 8% « Oui, certainement » ; 10% « Oui, probablement » ; 12% « Non, probablement pas » ; 68% « Non, certainement pas » ; 2% « Ne se prononce pas ». À partir de ces résultats, les commentateurs ont jugé valable le calcul prosaïque suivant : en additionnant les trois premières catégories, on atteint le chiffre magique – et spectaculaire – de 30%, qui peut dès lors occuper la « Une »...

 

Regardons plus précisément la question et les réponses.

En ce qui concerne la question, tout d’abord. Qu’en aurait-il été si le sondeur proposait plusieurs choix de candidats pour le premier tour ? Avec la question posée précisément par Viavoice, il est demandé si la personne sondée « pourrait » voter pour Marine Le Pen. Cela ne garantit en rien que les sondés voteraient effectivement pour elle face à n’importe quel candidat. Pour que ces résultats soient interprétables (ou du moins, un peu moins ininterprétables), il faudrait reposer cette question avec tous les autres candidats à l’élection présidentielle. En effet, serait-il exclu qu’une personne habituellement proche des idées de François Bayrou « puisse » voter pour François Hollande ou pour Nicolas Sarkozy ? Serait-il exclu qu’une personne proche des idées de Jean-Luc Mélenchon « puisse » voter pour Philippe Poutou ?

Pour preuve, il suffit que la question soit modifiée dans le même sondage pour qu’immédiatement les résultats changent radicalement. Dans la catégorie « souhaits de victoire de candidats », Le Pen passe de 17% en août 2011 à 15% en janvier 2012… Nous sommes donc très loin des 30% des électeurs qui n’excluraient pas (sans « e ») de voter Le Pen.

 

Sondage_Le_Pen_2-3880f.jpg

 

Les réponses ensuite. Intéressons-nous très rapidement à la sémantique et à l’interprétation des réponses proposées. « Non, probablement pas » semble être un « non » moins affirmatif qu’un « Non, certainement pas » mais qui n’engage en aucune manière un comportement. De plus, sauf erreur de notre part, il y a bien une différence entre un « non » et un « oui ». Toutes ces affirmations, avec les nuances qu’elles comportent, ne peuvent donc absolument pas être mises sur le même plan. De plus, il est tout à fait probable que la valeur attribuée à une réponse pour un sondeur (ou un commentateur de sondage) soit différente de celle que lui attribue le sondé. Quelle différence de valeur un sondé accorde-t-il, par exemple, entre un « probablement » et un « certainement » ? Entre un « oui » et un « non » ? De toute évidence, pas la même que celle de l’expert es sondologie, qui n’a « probablement » pas prévenu le sondé qui répondrait « non, probablement pas » qu’il ferait partie du même ensemble que celui qui a répondu « oui, certainement ».

Dépolitisation du débat

Le déferlement de sondages sur la « dynamique » du Front National continue donc. Souvenons-nous que l’année dernière, Libération avait publié en « Une » du 7 mars 2011, « Le Pen à 23% : Le sondage qui dérange ». Le Parisien, la veille, en faisait de même, « Sondage – présidentielle : Marine Le Pen en tête du 1er tour »… alors que nous étions à 13 mois du premier tour du scrutin, avec encore aucun candidat déclaré ! Souvenons-nous aussi de Dominique Strauss-Kahn qui était le « champion » de la gauche et qui a fini disqualifié. Tous ces sondages n’ont guère de pertinence à des dates aussi éloignées des échéances. Mais le pire est que ce genre de pratique peut entretenir, voire contribuer à créer un dynamisme autour de tel ou tel candidat. Tels des prophéties auto-réalisatrices, les sondages peuvent contribuer, en imposant de manière récurrente les personnalités « favorites », à fausser les scrutins.

 

Couv_Le_Pen_2-84c56.jpgEn effet, la fréquence de ces sondages entérine dans le champ médiatique un affrontement qui paraît inéluctable pour le premier tour de l’élection présidentielle. La tendance est parfois au passage direct au second tour. La « Une » de Libération sur Marine Le Pen, qui véhicule un message à peine subliminal, celui de l’appel au « vote utile », aura en effet tendance à culpabiliser les électeurs en les mettant face à leurs « responsabilités ». Ces procédés, qui se coulent dans le fonctionnement institutionnel même de la Vème République, résument les échéances électorales à des affrontements qui ne sont plus fondés sur la base des projets politiques mais bien sur des personnes, adulées ou honnies.


Lucas Gomez et Julien Salingue

http://www.acrimed.org/article3750.html

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 12:56

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http://blog.mondediplo.net/2012-01-10-La-Tunisie-le-Hamas-la-Palestine-et-les-juifs

 

Premier ministre du gouvernement palestinien à Gaza, Ismaïl Haniyeh, dirigeant du Hamas, a quitté Tunis lundi 9 janvier à l’issue d’une visite de cinq jours. Il était accompagné à l’aéroport par le premier ministre tunisien Hamadi Jebali et le président du parti Ennahda Rached Ghannouchi, qui étaient venus l’accueillir. Ce long séjour, à l’invitation du gouvernement, illustre les changements intervenus sur la scène arabe depuis un an.

Rappelons d’abord que le gouvernement présidé par Haniyeh est issu des élections démocratiques tenues en Palestine en janvier 2006. C’est le refus des Occidentaux et de certains pays arabes, ainsi que du Fatah, de reconnaître les résultats du suffrage populaire, qui a entraîné une escalade entre le Hamas et le Fatah et la création de deux autorités en Palestine (lire « Gaza, quelques articles contre la pensée unique »).

La visite de Haniyeh s’inscrivait dans le cadre d’une tournée dans la région : Turquie, Soudan, Qatar et Bahreïn. L’étape du Bahreïn est un peu étrange, dans la mesure où ce pays ne joue pas un rôle majeur et où, de plus, il écrase son opposition ; mais il s’agissait pour le Hamas de faire un geste de bonne volonté en direction de l’Arabie saoudite, très réticente à son égard. La tournée de Haniyeh consolide la place du Hamas sur la scène régionale et confirme que la victoire des forces liées aux Frères musulmans (en Tunisie, en Egypte, au Maroc et peut-être en Libye) a déjà des conséquences sur la géopolitique régionale, et notamment sur le conflit israélo-palestinien.

Le Fatah n’a pas caché son mécontentement de ne pas avoir été associé à la réception de Haniyeh en Tunisie. Comme, d’autre part, un incident a éclaté à la suite d’un obscur problème lié à l’entrée d’une délégation du Fatah à Gaza, on peut douter que les tentatives de réconciliation entre les deux organisations avancent. M. Abbas a même appelé à la réévaluation de cette réconciliation (« Abbas : Fatah must reevaluate reconciliation pact with Hamas », Haaretz, 9 janvier).

Lors de sa visite en Tunisie, Haniyeh a rencontré les autorités et s’est rendu dans les villes symboles de la révolution tunisienne. Au cours d’un meeting à Tunis, il a été ovationné par quelque 5 000 personnes et a appelé les peuples du printemps arabe à lutter contre Israël.

Mais c’est un incident à son arrivée à l’aéroport qui a soulevé la polémique, comme le rapporte le quotidien tunisien Le Temps (« Ennahdha a-t-il perdu le contrôle de ses troupes ? ») :

« Des dizaines de jeunes ont scandé des slogans anti-juifs lors de l’accueil du Chef du gouvernement du mouvement islamiste palestinien Hamas, Ismaïl Haniyeh, jeudi à l’aéroport international de Tunis Carthage. Keffiehs autour du cou et drapeaux palestiniens à la main, ces jeunes ont laissé éclater leur haine des Juifs en scandant avec ferveur les slogans “Tuer les juifs est un devoir”, “Virer les juifs est un devoir”. Ils faisaient partie des quelque 2 000 personnes qui ont accueilli le secrétaire général du mouvement Hamas... »

Dans une réaction rapportée par l’AFP, Peres Trabelsi, l’un des représentants de la communauté juive, a déclaré : « Il n’y a pas de sionistes en Tunisie et on ne veut pas être mêlés au problème du Proche-Orient, la Tunisie est notre pays. » Cette communauté compte environ un millier de personnes (contre 100 000 à l’indépendance en 1956).

Ajmi Lourimi, membre du Bureau politique d’Ennahda, a déclaré, dans des propos rapportés par Le Temps, : « Les slogans anti-juifs scandés, jeudi, à l’aéroport de Tunis Carthage constituent un acte isolé qui ne traduit ni les positions du mouvement Ennahdha, ni celles du gouvernement tunisien. Les personnes qui ont accueilli Ismaïl Haniyeh n’étaient pas exclusivement des militants d’Ennahdha. Et pour un évènement pareil, on ne peut pas interdire les gens portant d’autres idées ou idéologies d’assister aux côtés de nos militants. Des sympathisants d’Ennahdha ont même empêché un jeune de faire flotter un drapeau noir emblématique d’un autre parti. Et puis comment peut-on demander à un gouvernement qui ne peut pas interdire des manifestations qui lui sont hostiles, en vertu du nouveau climat des libertés qui règne dans le pays, d’interdire aux gens d’assister à l’accueil du dirigeant d’un pays frère ou de scander tel ou tel slogan ? Ennahdha, qui croit à la cohabitation entre les différentes religions et respecte la liberté du culte, dénonce ces slogans anti-juifs émanant d’une minorité qui ne représente rien dans la société tunisienne. Contrairement à ce que pensent certains intellectuels, Ennahdha contrôle pleinement sa base, mais il faut garder à l’esprit que les niveaux de conscience politique ne sont pas identiques auprès des militants et sympathisants d’un même parti. Globalement, il ne faut pas tenter de donner une grande importance à cet incident ou en faire un épouvantail. »

Le 9 janvier, Rached Ghannouchi a aussi publié un communiqué affirmant que les juifs de Tunisie étaient « des citoyens à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres ».

Pourtant, ces manifestations, même limitées, sont inquiétantes. Non seulement elles déstabilisent les quelques milliers de juifs encore présents dans le monde arabe, mais elles s’inscrivent dans un climat général contre les minorités – voir la situation des chrétiens en Irak, obligés de quitter leur pays à la suite de sa « libération » par les Etats-Unis, ou celle des coptes en Egypte.

Pour les juifs de Tunisie, une autre dimension mérite d’être mentionnée. Il n’y a pas que les extrémistes islamistes qui considèrent que les juifs de Tunisie ne sont pas des citoyens tunisiens : le gouvernement israélien non plus. Le vice-premier ministre Sylvan Shalom, lui-même originaire de Tunisie, a déclaré en décembre 2010 : « J’appelle les Juifs vivant en Tunisie à venir s’installer en Israël le plus rapidement possible. »

Les juifs tunisiens ont rejeté cet appel avec force. Quant au parti Ennahda – dont le dirigeant Ghannouchi a rencontré des représentants de cette communauté –, il avait lui aussi qualifié d’« irresponsable » et d’« irrationnel » l’appel lancé par Shalom aux juifs de Tunisie. Selon l’AFP, Ennahda a affirmé que « la Tunisie reste, aujourd’hui et demain, un Etat démocratique qui respecte ses citoyens et veille sur eux quelle que soit leur religion... Les membres de la communauté juive en Tunisie sont des citoyens jouissant de la plénitude de leurs droits et de leurs devoirs ». (Lire aussi, dans Le Point (28 décembre 2011), « Les juifs tunisiens, dragués par Israël »).

Se confirme ainsi le danger de cette position israélienne qui, en appelant les juifs du monde à s’installer en Israël, met en doute leur appartenance aux différentes communautés nationales. Comme je l’écrivais ici même, « l’“Etat juif” contre les juifs »...

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 12:52

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http://www.marianne2.fr/Les-coulisses-des-emissions-litteraires_a214052.html

Rares sont les animateurs qui ouvrent les livres sur lesquels ils s'extasient à l'écran. Petites révélations sur un monde d'imposture où les fiches pré-mâchées et le « bon client » font la loi.

 


C'est un secret de Polichinelle dont on se gausse en privé, mais dont on n'a pas le droit de parler en public : les animateurs des émissions littéraires lisent rarement les livres dont ils clament le plus grand bien face caméra. Pas tous, bien sûr. Qui alors ? « Tout le monde le sait... mais personne n'acceptera de vous le dire », affirme un éditeur parisien, qui demandera toutes les dix minutes si notre entretien est bien off. Il explique : « La télévision a un pouvoir énorme : elle fait vendre des livres alors que le secteur est en crise. Aucune maison d'édition ne prendra le risque de se fâcher avec un présentateur ou un producteur. Etre blacklisté par François Busnel, qui anime « La grande librairie », ou Catherine Barma, qui produit « On n'est pas couché », c'est le cauchemar absolu ! »

Impossible, donc, de dresser un palmarès des présentateurs les moins scrupuleux. Mais on peut décrypter la façon dont fonctionnent les programmes plus ou moins « culturels » où sont reçus des écrivains et des intellectuels. Une fois rassurés quant à l'anonymat de leurs propos, les présentateurs, les attachées de presse, les écrivains, mais aussi les hommes de l'ombre qui oeuvrent au bon déroulement de ces shows télé annoncent clairement la couleur : le livre n'étant plus qu'un prétexte pour constituer un plateau de célébrités, à quoi bon le lire ? Appelons-le Marc. Quadra au look estampillé « télé » (lunettes carrées, blouson de cuir, jean brut), Marc travaille depuis quinze ans pour les plus grandes émissions culturelles du PAF. Son job ? Programmateur. Traduction : quand un présentateur décide d'organiser un débat télévisé sur l'autofiction ou un focus « spécial rentrée littéraire », il fait appel à Marc pour qu'il lui déniche une brochette d'auteurs. Et il l'assure : « La qualité de l'ouvrage ne fait pas partie des critères de sélection. La première question que te pose l'anim, c'est : « Est-ce que c'est un bon client ? » Un « bon client », c'est un auteur célèbre qui fait des blagues. Si ce n'est pas le cas, il faut qu'il « passe bien ». En clair : qu'il ait une belle gueule et qu'il ne soit pas trop compliqué. Au minimum, il faut qu'il ait « quelque chose » : qu'il soit très jeune, très trash ou qu'il évoque un thème nouveau. » A l'entendre, on comprend mieux pourquoi on voit toujours les mêmes auteurs à la télévision : ils ne sont pas nombreux à remplir de telles conditions.

Certains, en revanche, cumulent les bons points : « David Foenkinos, par exemple, c'est le bon client idéal : drôle, séduisant, ses livres ne sont pas compliqués et il a réalisé un film avec Audrey Tautou, ce qui lui donne une dimension paillettes. » Bingo ! D'autres sont carrément hors compétition. Ce sont les « écrivains stars », comme Amélie Nothomb, Jean-Christophe Grangé ou Alexandre Jardin... Qui sont traités comme de véritables people. Leur participation à une émission de télévision se négocie en direct entre l'animateur et la maison d'édition. Des tractations qui débutent... avant même que le livre ne soit imprimé. C'est dire si le texte est accessoire. « L'enjeu, pour le présentateur, c'est d'avoir «l'exclu», d'être le premier à le recevoir. Un auteur de best-sellers, même s'il a écrit un livre de cuisine, ça fait de l'Audimat, et ça, c'est la grande préoccupation des émissions de télé, fussent-elles culturelles... » raconte Amandine, attachée de presse pour un grand éditeur du VIe arrondissement de Paris.

Profession : fichiste

Dans certains cas, ce n'est donc qu'une fois le plateau constitué que se pose la question de la lecture. Et là, chaque animateur a sa technique, classée ainsi par Marc : « Il y a ceux qui bouquinent vraiment, ceux qui feuillettent les 20 premières pages, ceux qui jettent un oeil aux passages qu'on leur a «stabilo-bossés», ceux qui regardent la quatrième de couverture et ceux qui se contentent de répéter ce qui est marqué sur leur fiche. » Ah, la fameuse fiche ! Exhibée par Thierry Ardisson, plus ou moins dissimulée par ses confrères, elle est indispensable au bon déroulement d'une émission. A tel point que sa rédaction est devenue un métier à part entière : fichiste. Les fichistes, ce sont ces petites mains qui lisent les livres, notent les thèmes forts, recopient les noms des personnages et les citations chocs. A peine sortie d'une école de commerce, Vanessa, 21 ans, a décroché un job de fichiste dans une émission littéraire présentée par une star du petit écran. Après un entretien d'embauche expéditif (« On ne m'a même pas demandé si je m'y connaissais un peu en littérature. En fait, il suffit de savoir lire »), elle est repartie avec quatre ouvrages à « ficher » pour la semaine suivante. Les consignes ? « Ecrire en corps 22 et rendre impérativement les fiches le mardi... vu que l'enregistrement a lieu le mercredi matin. » Sur la base d'un tarif fixé à 100 € brut la fiche, Vanessa gagne près de 1 200 € net par mois : pas mal pour un premier emploi. Même si c'est évidemment beaucoup moins que le salaire de celui qui répète « mot pour mot » ce qu'elle a inscrit sur la fiche ! « Une fois, il a même repris ma comparaison sur le style de l'auteur et un solo d'Hendrix. Quand l'auteur lui a demandé à quel morceau il avait pensé, il a bien galéré ! Après, il m'a demandé d'éviter les métaphores musicales. »

Autrefois simple roue de secours, la fiche est devenue, dans certaines émissions, la roue avant qui tracte la machine ! Thierry Ardisson en avait même fait un emblème du talk-show « Tout le monde en parle ». A raison d'un paquet par invité et d'une par question, pas moins de 700 fiches passaient entre ses mains au cours d'une émission. Et une dizaine de salariés étaient exclusivement employés à leur rédaction. Maya a ainsi « fiché » plus de 150 invités, en particulier des écrivains et des intellectuels, « parce que mon année en khâgne m'avait appris à lire vite des livres compliqués ». La fiche version Ardisson était plus détaillée que dans d'autres émissions, mais aussi moins intello : « La thèse de l'auteur ne devait pas excéder deux ou trois lignes, mais il fallait en mettre des tartines dans les cases «famille» ou «psycho». » Bref : la jeune khâgneuse passait plus de temps à dénicher une phobie du noir chez un écrivain qu'à lire son roman. Un gros boulot : elle y consacrait entre huit et dix heures par invité. Le salaire n'excédant pas, à l'époque, 400 F par « fiche écrivain », elle avait d'autres activités professionnelles pour subvenir à ses besoins. Dans ces conditions, difficile de résister à la tentation de lire en diagonale... Au risque de laisser passer quelques boulettes. « Un jour, j'ai cru lire qu'un romancier avait un frère écrivain. En fait, il avait employé dans son livre le mot «frère» pour désigner un ami très proche. La honte ! Heureusement, la séquence où il expliquait à Thierry qu'il avait «mal» lu le bouquin a été coupée au montage... »

Aisance bluffante

Une bévue sur une fiche pouvant coûter très cher, certains producteurs d'émissions à très forte audience n'hésitent pas à mettre la main au porte-monnaie pour encourager les fichistes à lire sérieusement les ouvrages. A 23 ans, Manon a ainsi touché 4 000 € mensuels pour ficher les livres signés par les invités d'une célèbre émission du service public.

Mais les contraintes de la télévision obligent parfois à aller vite. Les écrivains peuvent se décider à la dernière minute, alors pour s'envoyer 500 pages en quelques heures, Manon et ses collègues avaient leur méthode : « On déchirait le bouquin en cinq et on lisait une partie chacun. Evidemment, quand tu tombes sur les pages 115 à 248, tu ne comprends pas grand-chose à l'histoire... Mais, au moins, tu l'as lu avec attention. Et c'est plus respectueux pour l'auteur que d'avoir survolé la totalité. » Question de point de vue.

Mais comment les présentateurs d'émission arrivent-ils à faire semblant ? Sous les feux des projecteurs, ils semblent parfois tellement à l'aise qu'on peine à croire qu'ils parlent de livres dont ils n'ont lu que des passages. En premier lieu, ils peuvent compter sur des équipes de qualité : des fichistes, mais aussi des collaborateurs épris de littérature qui savent leur transmettre l'émotion qu'ils ont ressentie. « Tous les animateurs ont une assistante, généralement une femme, qui est un peu leur « cerveau ». Elles lisent les livres et leur racontent : ils se comprennent si bien qu'après une demi-heure de conversation les animateurs peuvent te parler du bouquin comme s'il l'avait lu eux-mêmes ! » décrypte un programmateur, pour qui ces femmes, totalement inconnues du grand public, sont les véritables « âmes des émissions ». Ensuite, les animateurs peuvent s'appuyer sur leur excellente culture générale. C'est même l'argument le plus communément avancé pour justifier le fait qu'ils n'ont pas lu les ouvrages dont ils parlent à la télévision. La phrase « L'animateur n'a pas besoin de lire les livres des invités, il en a déjà lu plein » est un refrain repris en choeur par les petites mains de la télé. En langage plus élaboré, cela donne : « Mon boss est tellement cultivé, il connaît si bien le contexte culturel dans lequel un livre s'inscrit, qu'il ne lui est pas nécessaire de l'avoir lu pour poser des questions pertinentes à son auteur », affirme, sans rire, le collaborateur d'un monument de la critique littéraire à la télévision. S'il reconnaît cependant que ses références « commencent à dater » et que « ça commence à se voir qu'il n'a pas beaucoup bouquiné ces dernières années », il estime que, « en sortant beaucoup, en voyant beaucoup de gens, il arrive à capter l'essence d'un livre ». Ce qui doit, au fond, prendre plus de temps que de le lire une bonne fois pour toutes !

Le monde du survol

Mais c'est surtout la façon dont les émissions sont bâties qui permet à leurs animateurs de zapper la case « lecture ». Concrètement, à la télévision, il est bien peu question de littérature, de style et de structure narrative. On y parle surtout de l'accueil qui lui a été réservé par la presse et du nombre d'exemplaires vendus ou mis en place. De plus, la multiplication des invités raccourcit le temps consacré à chacun et autorise un simple survol. Dix minutes, quinze à tout casser, c'est juste assez pour évoquer l'histoire du livre, et encore... Thomas, fichiste pour une émission qui a disparu du PAF, a pu constater que son animateur vedette n'avait effectivement pas besoin de lire les ouvrages des auteurs, car il ne posait qu'une seule question sur le livre lui-même. « Le déroulé est toujours identique : il le présente pendant cinq bonnes minutes, puis il lui demande comment il va et s'il est content du succès de son livre. Ensuite, il l'interroge sur les raisons qui l'ont poussé à écrire un livre sur ce thème. Ensuite, il le fait parler de ses projets. Et hop, on passe à un autre. » Les écrivains se retrouvent sommés de « pitcher » en quelques secondes un livre qu'ils ont mis parfois plusieurs années à écrire. Un exercice d'autant plus difficile qu'ils sont, par nature, plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral ! « Tous n'ont pas la faconde d'un Jean d'Ormesson, résume notre éditeur anonyme. Alors, avant l'antenne, on leur donne des tuyaux : axer sur tel personnage, centrer sur un thème en particulier, parler vite pour en dire le plus possible, mais faire des phrases courtes. » En clair : de véritables séances de media-training !

Dans le meilleur des cas, un débat plus général s'engage autour des thèmes développés dans le livre. Quitte à réduire une oeuvre à une question de société. Ainsi, la présence de Michel Houellebecq sur un plateau débouchait il y a peu encore neuf fois sur dix sur un symposium au sujet des partouzes en France et du tourisme sexuel en Asie. Dans ces conditions, nul besoin de se plonger dans la prose houellebecquienne : une simple revue de presse suffit pour mener les débats ! Particulièrement frappante à cet égard, la récente tournée médiatique de Sophie Fontanel, auteur de l'Envie (Robert Laffont), récit dans lequel elle racontait la période de sa vie où elle avait cessé de faire l'amour. Rares sont les présentateurs télé qui l'ont interrogée sur le ton du livre ou une tournure de phrase. La qualité littéraire d'un texte décrivant les contours de l'absence de désir aurait pourtant mérité une autre approche que quelques considérations sur le phénomène du no sex dans la société contemporaine, et d'autres questions que l'immanquable : « Mais ça ne vous titillait pas un peu en bas ? » Mais, pour cela, il aurait fallu lire le livre ! Ce n'est pas un hasard si ces deux exemples évoquent la sexualité. « C'est « le » sujet qui permet de booster l'audience sans trop se fatiguer. Pour l'animateur, quel est l'intérêt de se fader des bouquins complexes sur « la littérature et la pornographie » quand il peut avoir sur le plateau un people qui parle de fesses ? » résume Marc, le programmateur à la dent dure.

Le jeu des éditeurs

Au fond, exiger de la littérature qu'elle s'adapte au «format télé», à ses contraintes d'Audimat, de vitesse et d'images, est une gageure. Pourtant, personne ne souhaite qu'elle disparaisse du petit écran. A commencer par les professionnels de l'édition qui, on l'a vu, comptent sur lui pour doper leurs ventes : « Un passage dans une émission en prime time, c'est l'assurance de grimper, dès le lendemain, dans la liste des meilleures ventes de livres sur Amazon », rappelle notre éditeur, qui en dépit de son regard critique sur le système ne se prive pas de jouer le jeu. Pendant ce temps-là, les téléspectateurs, eux aussi, rêvent d'une télé qui serait au service du livre... mais, il est vrai, dans un sens plus glorieux.
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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 12:50

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http://www.bastamag.net/article2027.html

 

À en croire la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, la France sera bientôt couverte de bâtiments écologiquement exemplaires. Et ce grâce à la nouvelle réglementation thermique (RT 2012), qui encadre désormais les constructions neuves. Manque de formation des professionnels, mauvais calculs des performances thermiques, faibles contrôles et absence de transparence : quand la révolution promise se transforme en imposture.

 

 

« Le Grenelle a révolutionné le secteur de l’habitat avec l’introduction d’une réglementation thermique », assure, à l’automne, la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet [1]. Courant 2012, la France est ainsi censée réaliser « le saut énergétique le plus important » de « ces trente dernières années ». Telle est la promesse énoncée il y a deux ans par le prédécesseur de NKM, Jean-Louis Borloo, et Benoist Apparu, secrétaire d’État en charge du Logement, lors de leur présentation de la nouvelle réglementation thermique 2012 (RT 2012), qui entre en vigueur pour la construction de nouveaux bâtiments entre fin 2011 et fin 2012.

Issue du Grenelle de l’environnement, la RT 2012 impose de nouvelles normes, plus strictes que celles de la RT 2005. Peu exigeante, cette dernière n’a surtout jamais été vraiment appliquée. Un rapport parlementaire [2] fait état d’une violation massive de cette précédente réglementation : plus de la moitié des constructions ne l’ont pas respectée. Le bâtiment est pourtant un secteur crucial pour alléger les consommations d’énergie, diminuer la facture des ménages comme les émissions de CO2 (lire notre article sur le scénario Négawatt). Chauffage, climatisation ou eau chaude représentent 40 % de notre consommation d’énergie.

Intégrée dans la loi Grenelle II, la RT 2012 oblige tout déposant de permis de construire à garantir que son bâtiment ne consommera pas plus de 50 kilowattheure par m2 et par an. C’est deux fois moins qu’auparavant. Et plus de trois fois moins que ce que consomment bien des bâtiments actuellement. Les exigences sont assez proches de celles du label bâtiment basse consommation (BBC). Elles s’appliquent aux bâtiments publics et aux bâtiments tertiaires privés depuis le 28 octobre 2011 et sera généralisée aux autres constructions (dont le résidentiel privé) à compter du 1er janvier 2013. Cette révolution annoncée changera-t-elle vraiment les choses, et réduira-t-elle la facture énergétique des constructions neuves ?

Pénurie de professionnels compétents

Habitués à travailler chacun dans leur coin, les professionnels du bâtiment – des architectes aux maîtres d’œuvre en passant par les électriciens, les maçons et les plombiers – sont peu au fait des techniques de construction permettant d’aboutir à des édifices thermiquement performants. Leur manque de formation est tel que, sur le terrain, nombre de personnes assurent qu’il sera impossible d’appliquer les exigences imposées par la RT 2012 dans les délais annoncés.

Conscient de ce défaut de savoir-faire, Jean-Louis Borloo et Benoist Apparu avaient annoncé la formation de 120 000 professionnels d’ici à 2012. En juillet 2011, la FEEBat, chargée d’assurer ces enseignements, en comptabilisait seulement 37 000. D’autres cabinets, associations et groupements d’artisans non intégrés au dispositif général ont délivré des formations au coup par coup. Les savoir s’échangent aussi directement entre professionnels motivés. Même en les prenant en compte, on est loin de l’objectif affiché !

Hausse des coûts de la construction

Ce défaut de compétences risque de retarder les échéances et de faire gonfler la facture, puisque les services des personnels qualifiés, pas assez nombreux, pourraient bientôt s’acheter à prix d’or. Les nouvelles exigences en matière d’études généreront aussi des surcoûts. Le gouvernement évoque une hausse de 7 à 8 %. Le bureau d’études Xerfi prévoit une augmentation de 15 à 20 % des devis !

Cette RT 2012 pourrait surtout n’améliorer que très faiblement les performances des nouvelles constructions. « L’objectif global en consommation d’énergie sera modulé selon un certain nombre de points qui ont un impact sur les consommations d’énergie, notamment la zone climatique, le type d’utilisation des locaux (hôpital, bureau, école, logement…), le type d’énergie utilisé », avertit le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) sur son site Internet.

Les calculs hasardeux du ministère de l’Écologie

Des méthodes de calcul sont donc élaborées pour aider les concepteurs à atteindre les objectifs de la réglementation. Analysées à la loupe par un groupe de travail du réseau Écobâtir, ces méthodes contiennent plusieurs incohérences. « Les 50kWh/m2/an sont annoncés comme valeur absolue, éclaire Frédéric Loyau, thermicien, et membre du réseau Écobâtir. Mais il y a des pondérations par type de bâtiment. Sur certains édifices publics, on pourra ainsi arriver à 150 kWh/m2 ! C’est d’autant plus étonnant que dans ces bâtiments les besoins en eau chaude sont très réduits, voire nuls. »

Pour les habitations, la température de référence a été située à 16 °c dans la journée, partant du postulat que tout le monde travaille, et a donc moins besoin de chauffage… Les surfaces prises en considération ont été majorées [3]. Ajouter des m2 « fictifs » et prévoir des habitudes de consommation très basses comportent le notable avantage de diminuer virtuellement la consommation thermique moyenne, quelle que soit la performance thermique réelle des bâtiments. « Passer de 100 m2 à 110 m2, quand on calcule l’efficacité énergétique au m2, c’est loin d’être anodin », explique Frédéric Loyau. Autre ovni : le gouvernement considère que les gens partent tous une semaine en vacances en hiver. Période pendant laquelle ils couperaient leur chauffage. Une semaine de moins au compteur théorique, c’est toujours ça de pris ! « C’est très clairement une manière cachée de dégrader les exigences initiales », affirme le réseau Écobâtir.

Des contrôles peu scrupuleux

Le gouvernement promet également des contrôles plus efficaces. Ce qui n’est pas très difficile… puisqu’ils étaient inexistants. « Le maître d’ouvrage devra joindre une attestation à sa demande de permis de construire, explique un fonctionnaire de la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), chargée d’organiser ces contrôles. Cette attestation assurera, notamment grâce à une étude thermique, que les exigences règlementaires sont bien prises en compte. » Une seconde attestation, remise à l’autorité ayant délivré le permis de construire en fin de construction, est censée confirmer le respect des mesures annoncées par la première attestation.

Qui peut délivrer cette attestation finale ? Un architecte, même s’il a participé à la construction, une société de diagnostic en contrôleur thermique, un certificateur. « Imagine-t-on réellement quelqu’un s’auto-évaluer avec objectivité ?, interroge Frédéric Loyau. Ou le faire même pour un collègue ? » Il est en plus compliqué de déceler les libertés prises avec la réglementation dès la première étude thermique de départ. Une personne non formée ne peut pas les voir. « Quant au test d’étanchéité à l’air, il ne donne pas d’informations sur la qualité de maîtrise d’œuvre, comme la pose des isolants, par exemple. »

Pas de sanctions dissuasives

Annoncé comme systématique par les textes, et par la DGALN, le test d’étanchéité à l’air ne sera en fait pas obligatoire pour tout le monde. Sous réserve d’entrer dans la « démarche qualité », certains constructeurs auront la possibilité de faire des études thermiques sur leurs maisons de catalogue, assorties de quelques tests d’étanchéité. Qui seront valables ensuite pour toutes ces nouvelles maisons… Des contrôles inopinés sont-ils prévus ? « C’est possible dans les trois ans suivants la fin du chantier, explique-t-on à la DGALN. Mais, bon, on ne peut pas mettre un fonctionnaire derrière chaque constructeur ! »

Les défenseurs de la RT 2012 s’appuient sur l’annonce d’une amende de 45 000 euros, voire d’une peine de prison, pour les professionnels ne respectant pas la réglementation. Mais comme les éléments de calcul sont très difficiles à mesurer, et que les estimations de départ, même de bonne foi, ne sont pas prédictives, de quels moyens dispose un client lésé pour mettre en cause qui que ce soit ? Sans compter qu’une fois que les erreurs sont commises, il est très compliqué de les corriger. Démolir des pans entiers d’une habitation pour refaire l’isolation est très coûteux. « Dans les faits, un maître d’ouvrage n’aura aucune possibilité de mettre en cause un maître d’œuvre qui aurait mal construit sa maison », assurent les professionnels d’Écobâtir.

Transparence chez les autres, opacité en France

Parler d’une réglementation qui serait au top au niveau européen les fait donc gentiment sourire. Anne Gérin, de la Maison passive, rappelle ainsi que « l’Allemagne et l’Autriche se sont lancées il y a vingt ans dans l’habitat passif », qui consomme moins de 15Wh/m2/an (soit trois fois moins que la nouvelle réglementation française). Voire produit plus d’énergie qu’il n’en consomme. « En Autriche, une région entière est bâtie en passif. En France, le premier habitat passif est apparu en 2005. Et, pour le moment, il n’est pas du tout subventionné. »

La révolution annoncée par le gouvernement ressemble davantage à une opération de communication. Même si la RT 2012 amorce certains changements intéressants, la promesse de diviser par deux ou trois les consommations est une imposture. « On aura, au mieux, une diminution de 20 à 30 % », dit Frédéric Loyau. Qui s’inquiète même, avec ses collègues, de l’impossibilité pour des systèmes traditionnels, et efficaces thermiquement, comme le pisé, d’être dans les clous de la RT 2012. Chez certains de nos voisins, les logiciels de calculs réglementaires sont des outils gratuits, simples et utilisables par tous. En France, il demeure un secret d’État, incompréhensible, et très complexe. Y aurait-il donc des choses à cacher ?

 

Nolwenn Weiler

 

Photo : source

Notes

[1] Le 25 octobre 2011, lors d’une visite à Vénissieux.

[2] Rapport de l’Office parlementaire des choix scientifiques (OPESCT.)

[3] Par exemple, la surface hors d’œuvre net (SHON) est d’office majorée de 5 %, que l’on enlève normalement pour tenir compte de la surface grignotée par l’isolation.

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 12:45

arton15559-e6b84.jpg« La dissimulation est aux affaires ce que l’alliage est à la monnaie : un peu est nécessaire, trop la discrédite. »

Ce proverbe iranien qui a traversé le temps est plus que jamais d’actualité. Peut-être que la mentalité iranienne que l’Occident dédaigne de connaître, fait que nous sommes en présence d’un gigantesque malentendu sur le programme nucléaire militaire iranien, contrairement à celui d’Israël qui lui est bien réel. Il n’empêche ! L’année démarre mal avec comme punition, les velléités d’embargo du pétrole iranien. Cet embargo sera-t-il efficace ? Etouffera-t-il l’Iran ? Renversera-t-il Ahmadinejad pour mettre à la place une marionnette pro-occidentale qui arrêtera le programme nucléaire civil, répondant de ce fait, à l’exigence américano-israélienne. Quelles sont les conséquences ?

On sait que l’Iran détient 10% des réserves pétrolières mondiales prouvées (ce qui place le pays à la 3e place dans le monde). L’Iran possède également les secondes réserves de gaz naturel mondiales (15% du total mondial) ; celles-ci sont exploitées principalement pour l’usage domestique. L’Iran est un grand pays qui essaie de diversifier d’une façon cohérente l’utilisation de ses ressources, notamment par la construction de barrages hydroélectriques...

L’embargo du pétrole iranien

On apprend que l’Allemagne et la France ont réussi à « imposer » aux petits pays européens l’ordre de ne pas acheter du pétrole iranien. L’embargo est considéré comme « Une très bonne nouvelle » par les Etats-Unis qui se félicitent de l’accord de principe conclu par les pays européens pour imposer un embargo sur l’achat de brut iranien. Deuxième pays producteur de l’Opep, l’Iran tire 80% de ses rentrées de devises de ses exportations de pétrole, soit environ 100 milliards de dollars pour l’année iranienne en cours (mars 2011 - mars 2012). La Russie, la Chine et d’autres pays asiatiques ont récemment affirmé leur opposition à un embargo pétrolier. Les Etats-Unis ont renforcé ces derniers jours leurs sanctions contre le secteur financier iranien, via le gel des avoirs de toute institution financière étrangère qui commercerait avec la Banque centrale iranienne dans le secteur du pétrole.

Pour Zhor Hadjam, Téhéran a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, un canal stratégique par où transitent entre un tiers et 40% du trafic maritime pétrolier mondial, ajoutant aux incertitudes. Des tensions persistantes qui ont eu leur impact sur le baril de Brent qui a atteint, le 3 janvier, 112,59 dollars, son niveau le plus élevé depuis le 15 novembre 2011. Il faut savoir que l’Iran produit quelque 3,5 millions de barils par jour et exporte environ 2,5 millions de barils par jour, dont près de 18% sont destinés à l’Europe. Pour contourner la pression occidentale des sanctions, l’Iran s’est tourné vers l’Asie pour faire baisser sa dépendance par rapport au marché européen. La France et l’Allemagne défendent l’idée d’un embargo sur l’achat de brut iranien, mais certains pays européens s’y opposent fermement ; Téhéran vend quelque 450.000 barils aux Européens, essentiellement à l’Italie qui dépend à plus de 40% du pétrole iranien (180.000 barils), à l’Espagne (160.000 barils) et à la Grèce (100.000 barils). De plus, la recherche d’autres sources de substitution, venant d’Arabie Saoudite (qui s’est déclarée disposée à fournir plus de barils) et de Libye, reste aléatoire et ne tranquillise pas totalement les pays européens réticents. Selon certaines estimations, la Libye ne produit actuellement que 800.000 barils par jour. (1)

Le ministre iranien du Pétrole, Rostam Qasemi, cité par l’hebdomadaire Aseman, déclare que le prix de 200 dollars que pourrait atteindre le baril en cas de nouvelles sanctions occidentales contre Téhéran. « Pour Nicholas Sarkis, directeur du Centre arabe d’études pétrolières, interviewé par Melissa Roumadi, l’embargo sur les importations de pétrole iranien aura des conséquences considérables sur le marché pétrolier pour deux raisons. La première est que ceci priverait les pays consommateurs de tout ce que l’Iran exporte comme pétrole. La seconde est qu’il y a le risque de représailles du côté des Iraniens. Ceux-ci ne s’en cachent pas. Ils menacent de fermer le détroit d’Ormuz par où passe une grande partie des exportations mondiales de pétrole. (...) Personne ne peut prévoir jusqu’où les prix du pétrole pourraient aller. On ne peut pas donner un chiffre comme ça avant même que d’éventuels événements aient lieu. Ce qui est certain, c’est qu’il y aura une très forte augmentation des prix. Qu’ils passent à 150 dollars, à 180 ou à 200 dollars et plus, toutes les hypothèses sont possibles. Ce qui est certain, c’est qu’une telle possibilité aurait des effets désastreux sur le marché pétrolier. » (2)

« Il y aura, poursuit l’expert, un impact certain sur les économies de tous les pays consommateurs de pétrole, y compris les pays de la zone euro qui dépendent, en grande partie, du pétrole iranien. La demande augmente alors que les capacités non utilisées de production deviennent limitées et les découvertes se font rares. Le développement de nouvelles capacités de production est assez lent. (...) Ce dont je doute. Le risque est trop grand pour les Etats-Unis et l’Europe pour avancer dans ce sens et interdire le pétrole iranien. ... Depuis plusieurs années déjà, ces pays (Etats-Unis, Europe, Ndlr) ont cherché à étrangler l’Iran pour faire pression et le pousser à arrêter son programme nucléaire. Ils n’ont pas réussi jusqu’ici. Un durcissement des sanctions que ce soit dans le domaine pétrolier, financier ou autre qui irait jusqu’à présenter un risque plus grave pour l’économie iranienne, il faudrait s’attendre dans ce cas à des représailles du côté iranien. » (2)

Que se passera-t-il si l’embargo est décrété ?

En fait, de notre point de vue, il ne se passera rien d’exceptionnel, les prix pourraient augmenter pour une très courte période et redescendre tout aussi brutalement. Les Occidentaux jouent à se faire peur et à faire peur en parlant de la catastrophe de la fermeture du détroit d’Ormuz. Est-ce la fin du Monde ? De fait, ce sont les petits pays qui seront les premiers touchés. D’abord, les Etats-Unis ne sont pas concernés, ils se ravitaillent ailleurs. De plus, il ne faut jamais oublier que l’Agence internationale de l’énergie, le gendarme pétrolier à la solde de l’Empire, veille au grain. On sait que cette institution créée par Henry Kissinger en 1974 pour « casser l’Opep » fait dans ses statuts obligation aux membres- les pays de l’Otan- de constituer des stocks de sécurité de 90 jours pour amortir le choc en cas de conflit. En clair, si un conflit est déclaré, les membres de l’AIE vont déstocker leurs réserves, ils vont créer une abondance artificielle qui va annihiler l’effet d’augmentation due à une rareté conjoncturelle.

Cette « façon de faire » est absolument contraire à l’esprit de la doctrine libérale de l’offre et de la demande, mais qui peut protester ? Ces scénarios ont fonctionné dans les derniers conflits. Il faut cependant que le conflit ne dure pas plus de trois mois. L’Empire et ses vassaux ont les moyens de juguler la flambée des prix. Seuls les marchés financiers de la spéculation peuvent les perturber. De ce fait, il ne faut pas être naïf pour croire que les kermesses de l’Opep servent à quelque chose, les décisions sont prises ailleurs, elles sont annoncées et imposées par l’Arabie Saoudite et les roitelets du Golfe pour le compte de l’Empire. En décembre 2011, à la réunion de l’Opep, l’Iran a réclamé en vain une baisse de la production de l’Arabie et du Koweït. On dit que les Etats-Unis sont le membre le plus important de l’Opep.

Pourtant, il semble que l’Empire craque de partout au profit de l’Asie. « Requiem pour les États-Unis d’Amérique, tels que vous les avez connus depuis la guerre, écrit Robert Bibeau. Après moins de soixante-dix ans de règne sans partage - si ce n’est quelques velléités du social-impérialisme soviétique (1955- 1989) - l’empereur d’Occident poursuivra sa descente aux enfers encore cette année. L’agonie de l’Empire amorcée en 2008 - crise des subprimes - prolongée en 2011 - crise de la dette souveraine - se poursuivra en 2012 et s’étiolera sur quelques années. Au cours de cette période, les États-Unis seront simultanément insolvables et ingouvernables, transformant en « bateau-ivre » ce qui fut le « navire-amiral » de la flotte impérialiste occidentale (...) Le déclin de l’empire américain est bien certain. Les émissions de dollars (Quantitative Easing) de 2009 et 2010 n’auront servi qu’à plomber le navire à la dérive. Les agences de notation anglo-saxonnes et les banquiers de Wall Street le savent pertinemment, en 2012 ne soyez pas étonnés d’apprendre qu’ils convertissent une partie de leurs avoirs - dollars - en euros, en yuans, en francs suisses, en or...Les rats ont commencé l’an dernier à abandonner le navire-ivre. » (3)

« Dans le monde occidental, poursuit Robert Bibeau, l’impérialisme étatsunien aux abois - l’ennemi irréductible de l’impérialisme chinois - essaiera de soulever une vague de protectionnisme et de nationalisme fanatique et les États-Unis tenteront d’impulser une désastreuse « Guerre froide » contre la Chine. Au cours de 2011, Obama a fourni le cadre et la justification d’une confrontation à grande échelle et de longue durée avec la Chine. Ce sera un effort désespéré pour maintenir l’influence étatsunienne et conserver ses positions stratégiques en Asie et partout dans le monde. « Le « quadrilatère de pouvoir » de l’armée étasunienne - les États-Unis, le Japon, l’Australie et la Corée - avec le soutien des satellites philippins, essaieront de détruire les liens commerciaux de la Chine au moyen de la puissance militaire de Washington. (...) La déconfiture économique et sociale de l’Amérique commande cette action « audacieuse et périlleuse », pensent un certain nombre de stratèges du Pentagone et de Wall Street. La déstabilisation des approvisionnements en hydrocarbure de la Chine, du Japon et de l’Euroland permettra aux États-Unis (qui ne s’approvisionnent pas au Proche-Orient) de se refaire une autorité sur les marchés boursiers - folle équipée de financiers désespérés. (3)

Malgré cela, les Etats-Unis resteront la première puissance militaire malgré une croissance moins soutenue de leur budget militaire, a promis Barack Obama, qui a présenté le 5 janvier une réforme de la doctrine militaire prévoyant une baisse des effectifs. « Notre armée sera plus réduite, mais le monde doit savoir que les Etats-Unis vont maintenir leur supériorité militaire avec des forces armées mobiles, souples et prêtes à faire face à toutes les éventualités et les menaces », a déclaré le président, s’adressant à la presse au Pentagone.

A cette stratégie du pire, à ces bruits de bottes savamment entretenus, on peut ajouter le rôle des vassaux. Pour pouvoir étouffer financièrement l’Iran, il est nécessaire que ceux qui s’approvisionnaient par l’Iran puissent ne pas manquer de pétrole. C’est là qu’interviennent les pays du Golfe et principalement l’Arabie Saoudite dont le rôle sera justement d’ouvrir les vannes. Karim Mohsen s’interroge justement sur l’armement saoudien. Il écrit : « L’Arabie Saoudite vient d’acquérir 84 chasseurs-bombardiers F-15 américains pour la modique somme de 29,4 milliards de dollars. (...) Pour se prémunir contre qui ? Israël ou l’Iran ? Il faut savoir que dans les ventes de ces armes aux pays arabes, un alinéa interdit leur utilisation contre Israël. Ceci dit, « l’ennemi » pour lequel les Etats-Unis arment l’Arabie Saoudite est donc identifié : l’Iran ! On relève, dès lors, qu’il y a là comme un défaut : l’Arabie Saoudite, siège des Lieux Saints de l’Islam, et qui accueille (à Djeddah) l’Organisation de la Conférence islamique (OCI, 57 pays, dont l’Iran) peut-il être l’ennemi d’un autre pays musulman ? Désormais la question se pose avec gravité : le combat que les Etats-Unis mènent contre l’Iran peut-il être celui de l’Arabie Saoudite ? » (4)

Une attaque contre l’Iran est annoncée depuis plusieurs années par différents services de renseignement privés, dont les plus sérieux. Pour ce faire il faut sauter le verrou syrien, il sera facile, alors pour Israël qui piaffe d’impatience - à moins que cela ne soit un bluff - de « traverser » le territoire syrien et ce qui reste du territoire pour aller tester ses missiles Jéricho sur les Iraniens. « La déstabilisation de la Syrie, écrit Gilles Munier, comme celle de l’Irak, fait partie du projet de démembrement du Monde arabe sur des bases ethniques, tribales ou confessionnelles. Les contre-mesures adoptées pour détourner les « Printemps arabes » de leurs objectifs semblent inspirées du plan Yinon de 1982, du nom d’un fonctionnaire du ministère israélien des Affaires étrangères qui préconisait la création de mini-Etats antagonistes partout dans le Monde arabe. (...) La politique de la canonnière - ou du porte-avions - est de retour, comme au XIXe siècle au service des intérêts économiques et géostratégiques occidentaux. L’Irak, la Yougoslavie, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la Libye et bientôt, peut-être, la Syrie et l’Iran en ont été, sont ou seront les victimes. Je ne suis pas le seul à penser que pour enrayer leur déclin économique et politique, les Etats-Unis et leurs alliés s’en prendront à la Fédération de Russie et à la Chine. (...) Barack Obama a si peur du lobby israélien qu’il fera à peu près n’importe quoi pour s’assurer du vote juif cette année. Chaque fois qu’on l’accuse de ne pas être assez ferme avec l’Iran, il augmente d’un cran les mesures contre l’Iran. » (5)

Devant cette apocalypse annoncée, y a-t-il un pilote dans le vaisseau Terre ? Cette course vers l’abîme est porteuse de tous les dangers. Pourquoi ne pas se mettre autour d’une table et parler de l’avenir de la planète dans la dignité et le respect de chacun en demandant d’abord aux 5 membres du Conseil de sécurité de permettre des inspections de leur programme nucléaire, pourquoi ne pas parler de dénucléarisation du Moyen-Orient ? Pourquoi prendre par la force ce qui ne vous appartient pas ? Pourquoi imposer une fausse démocratie aéroportée qui apporte le chaos, le sang, les larmes, une violence permanente ? Pourquoi ne pas régler le problème de la place de l’homme par rapport au capital, à l’ultralibéralisme ? Quand quelques milliers d’oligarques sont plus riches que la moitié de la planète, il y a lieu de s’indigner. Une guerre nucléaire sera mondiale, les Chinois et les Russes ne laisseront pas faire, car après, ce sera leur tour. C’est peut-être cela la fin de l’espèce humaine prévue par les calendriers mayas.

 

Chems eddine Chitour

 

1. Zhor Hadjam : Le prix du pétrole pourrait connaître une forte hausse El Watan 5 01 2012

2. Melissa Roumadi : Nicolas Sarkis « Le contexte pétrolier n’est pas favorable à des sanctions contre l’Iran » El Watan 05.01.12

3. Robert Bibeau http://www.centpapiers.com/deux-mille-douze-avant-et-apres/9...

4. Karim Mohsen : Mais contre qui s’arme donc Riyadh ? L’Expression 05 Janvier 2012

5. Gilles Munier http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=28...

 

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 23:12

images.jpegEn se rapprochant, l’élection présidentielle de 2012 suscite des évocations du 21 avril. Ce jour sans année est devenu le symbole de la surprise électorale. En 2002, il s’agissait de la qualification du candidat de l’extrême droite pour le deuxième tour de l’élection présidentielle. Sidération sans lendemain puisque ce deuxième tour ne lui apporta pas beaucoup de ralliements et que Jean Marie Le Pen fut littéralement balayé par son concurrent, avec moins de 20 % des suffrages exprimés. La nature de la surprise biaisa alors quelque peu la compréhension de l’événement, le ramenant à sa singularité au lieu d’en révéler la logique. Il est vrai que la surprise ne guide guère vers les ressources de la rationalité. En évoquant préventivement un 21 avril, à l’envers ou à l’endroit, les commentateurs nous tirent aujourd’hui sur ce terrain des paradoxes du vote.

Le 21 avril a en effet mis en œuvre une situation qui est une des modalités concrètes du paradoxe de Condorcet, selon laquelle aucune fonction de choix ne permet d’agréger des préférences individuelles en choix collectif de manière indiscutable. Dans le mode de scrutin présidentiel où il s’agit d’élire un candidat unique à partir d’un scrutin uninominal majoritaire à deux tours avec deux seuls compétiteurs au deuxième — contrairement au scrutin législatif où un nombre de suffrages suffisant par rapport aux inscrits permet de se maintenir et d’organiser des élections triangulaires voire quadrangulaires - un candidat peut être éliminé alors qu’il serait élu dans toutes les figures de duel et qu’à l’inverse des candidats peuvent être qualifiés pour un deuxième tour qu’ils ne peuvent emporter. Ainsi, Lionel Jospin, souvent donné favori, fut-il éliminé par Jean Marie Le Pen qui n’avait aucune chance de gagner. Jacques Chirac était déjà élu lors du premier tour.

Aucune solution n’est parfaite pour contrecarrer ces incohérences malgré la recherche de moyens techniques plus ou moins sophistiqués. Dans de petits groupes, une méthode est fréquemment appliquée, le vote indicatif, soit un tour de scrutin « pour rien », sinon pour évaluer préalablement la situation, les chances respectives et les risques éventuels d’effets pervers. Cela suppose que les paradoxes du vote soient plus probables en situation d’opacité que de transparence. Si on s’en tient en effet au scrutin secret, un voile d’ignorance recouvre les choix individuels. Cette norme est cependant nominative mais non collective. Il a toujours existé des anticipations justes ou erronées des chances respectives. Or aujourd’hui, une technologie joue ce rôle d’instrument d’anticipation des chances collectives, et à cet égard on peut bien prétendre qu’elle ne respecte pas complètement le secret du vote, il s’agit des sondages sur les intentions de vote. Toutefois, la proximité du scrutin rend ces sondages bien plus fiables que tous ceux qui fleurissent bien longtemps avant.

Le 21 avril est aussi une surprise électorale à cause de l’instrument qui diffusait la lumière. Tous indiquaient sans ambiguïté que Jacques Chirac et Lionel Jospin arriveraient en tête au premier tour. On sait que les sondeurs prétendent ne jamais se tromper, d’une manière générale, en affirmant que leurs sondages ne sont pas des prédictions, en assurant, ici, que les derniers sondages montraient un resserrement des écarts, ou qu’il faut tenir compte des marges d’erreur. Jugeons plutôt sur un échantillon de quelques sondages précédant de peu le premier tour :


Jacques Chirac Lionel Jospin Jean-Marie Le Pen
BVA 10-13 avril 18,5 % 18 % 14 %
Ifop 13 avril 20 % 18 % 13 %
CSA 17-18 avril 19,5 % 18 % 14 %
Ipsos 17-18 avril 20 % 18 % 14 %
Sofres 17-18 avril 19,5 % 17 % 14,5 %
Résultats 21 avril 19,88 % 16,18 % 16,86 %

Si l’on ne retient pas les arguments imposés par la défense des sondeurs, on sait que leur erreur est surtout due à l’insuffisant redressement des intentions de vote en faveur du candidat du Front national. Le jour même de l’élection, l’erreur venait encore de là puisqu’il était crédité de 14,5 % des intentions de vote et qu’il obtint 16,86 % des suffrages. On comprend les réticences des sondeurs à beaucoup redresser alors qu’ils multipliaient déjà par deux les intentions de vote FN et que de telles rectifications ne sont pas de nature à préserver leur confiance dans leur propre instrument. En 2007, ils commirent évidemment l’erreur inverse. Le 21 avril 2002, ce furent donc les simulations de vote qui, en fin de journée, révélèrent la surprise dans les états majors et les salles de rédaction avant que les résultats fussent connus.

En l’occurrence, les sondages ont joué le rôle de vote indicatif. Il ne semblait pas y avoir d’incertitude sur les qualifiés du deuxième tour. Or se trompant, ils ont trompé les électeurs et les candidats. Bien sûr, c’est le vaincu qui apparaît le plus fautif. Comment Lionel Jospin et son entourage ont-ils pu entretenir une telle crédulité à l’égard des sondages ? Une réponse générale apporte une partie de la solution : comme les autres dirigeants politiques. Simplement, ils en ont été les victimes. Ils avaient cependant une raison supplémentaire d’y croire, la cohabitation de cinq ans pendant lesquels la rivalité des deux têtes de l’exécutif était médiatisée par les sondages. Or, jamais Lionel Jospin n’avait été dépassé dans les mesures de popularité et de satisfaction, malgré son exposition plus grande en tant que Premier ministre. Accessoirement, il avait subi au bout d’un an la menace d’une dissolution même si l’expérience de 1997 avait été un fiasco pour Jacques Chirac. Et puisque les sondages avaient été « bons » pour lui, pourquoi le candidat socialiste n’aurait-il pas cru encore leurs augures ?

La multiplication des candidatures — seize, du jamais vu — l’anticipation certaine de la configuration du second tour qui amena un record d’abstentions au premier, a paradoxalement accru l’importance du vote qui prévaut dans les conditions d’opacité. Le vote n’est en effet pas une conduite si simple. On peut dire qu’il en existe deux modalités principales. Il peut exprimer une préférence, et consiste alors à choisir le candidat dont on se sent le plus proche, qu’on apprécie le plus. Cette modalité domine d’autant plus que prévaut l’opacité : la préférence est alors le seul guide, faute d’autres repères. Elle est en outre la plus conforme au dogme démocratique.
En situation de relative transparence permettant au moins des conjectures sur le résultat final, le vote est tiré vers le calcul qui consiste à déterminer son propre vote en fonction des autres. Vote tactique, vote utile, dit-on selon les cas. Cela peut aller jusqu’à amener à voter contre ses propres préférences, mais l’électeur s’en accommode selon les cas. Probablement la situation la plus courante du choix électoral consiste-t-elle à un arbitrage entre vote-préférence et vote-calcul. Simplement, la croyance dans la valeur des mesures d’intentions de vote a favorisé alors le vote de préférence. En l’occurrence, le 21 avril a présenté le cas le plus banal du théorème de Gibbard-Satterthwaite. Si l’ordre d’arrivée avait été ABC, B l’emportait ; si l’ordre était ACB, en l’absence de toute chance de C, A l’emportait. Sans doute ne peut-on en déduire qui de Jacques Chirac ou de Lionel Jospin l’aurait emporté au deuxième tour, même si, selon la plupart des experts, le candidat socialiste était donné favori de ce duel.

Pour choisir collectivement un élu unique, à partir des préférences individuelles entre plusieurs candidats, il est possible d’émettre un vote tactique et non de préférence. En votant par exemple pour le « meilleur » adversaire de son propre candidat au deuxième tour : celui qui aurait le moins de chances de le battre. Dans un groupe de grande taille cependant, le calcul s’avère difficile tant son efficacité est improbable. Il y faudrait une coordination impossible. Cela n’empêche sans doute pas des électeurs à s’y livrer malgré tout. Par contre, ce genre de calcul peut être pertinent dans des élections locales où des agents électoraux peuvent donner des consignes entraînant un vote différent des consignes officielles. Même dans une élection nationale, ce peut être une hypothèse de travail des spin doctors, selon d’autres modalités.

Le 21 avril a été l’occasion d’un chef d’œuvre de manipulation politique quelque peu oublié. TF1 fit en effet la une de son journal de vingt heures avec l’affaire de « Papy Voise », un vieillard roué de coups et rançonné par deux jeunes délinquants. Dans une campagne électorale qui avait largement porté sur la sécurité, le choix de ce titre le 18 avril, à trois jours du premier tour de scrutin, ne pouvait être innocent. Sauf à prendre ses auteurs pour des imbéciles qu’ils n’étaient pas. Pourquoi cette mise en avant, alors que de tels faits divers surgissent chaque semaine sans faire les gros titres ? Cela fut oublié par les rédactions d’autres médias, à commencer par les chaînes publiques qui, dans le jeu de la concurrence, s’avisèrent de couvrir l’événement malgré leur retard. Quand il s’avéra que cette affaire était bien moins claire que la fable présentée dans les journaux – l’innocent vieillard agressé fut condamné pour des faits de pédophilie, l’accusé (maghrébin) fut innocenté, autant d’informations qui ne firent pas les unes de la presse –, le tour était joué. Il est impossible de savoir si cette histoire produisit quelques déplacements de vote. Il suffisait qu’ils aident Jean Marie Le Pen. Quant à sacrer déjà Jacques Chirac ? On peut supposer que personne, dans les médias proches du vainqueur où fut menée l’opération, ne crut un instant permettre la surprise du 21 avril, et qu’ils furent aussi perplexes que leur candidat quand il apprit le résultat d’un premier tour qui lui apportait la victoire par anticipation.

Cet épisode donne cependant une idée de la difficile mission d’électeur dans une situation où il faut compter avec les mécanismes logiques des paradoxes du vote et avec les ficelles stratégiques d’un monde politique lui aussi affecté par la rationalisation et donc par le cynisme.

 

 

http://blog.mondediplo.net/2012-01-10-Les-paradoxes-du-21-avril

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 23:07

arton15563-2f9fe.jpgDans le numéro de l’été 2011 du Journal de l’American Academy of Political Science nous pouvons lire qu’il est « habituel » de dire que les États-Unis « sont sur le déclin, leur triste fin étant proche, alors qu’il y a encore quelques années ils pouvaient de l’avis général se pavaner de par le monde comme un colosse à la puissance incomparable et à l’ascendant indiscutable ». C’est effectivement un sujet habituel, une idée largement partagée, non sans raison. Une observation de la politique étrangère des États-Unis et de son influence dans le monde, ainsi que de la santé de son économie interne et de ses institutions, suggère en effet que ces commentaires sont justifiés. Le déclin a en fait commencé peu après la Deuxième Guerre mondiale, la puissance états-unienne étant alors à son sommet ; la belle rhétorique et le triomphalisme des années 1990 relevaient plutôt de l’auto-satisfaction. Au demeurant, le corollaire qui accompagne généralement ces commentaires – le pouvoir va se déplacer vers la Chine et l’Inde – est très douteux. Ce sont des pays pauvres avec de graves problèmes internes. Le monde devient certainement plus divers, mais malgré le déclin états-unien on ne voit aucun compétiteur capable de prendre le pouvoir hégémonique global.

Jetons un coup d’œil sur l’histoire récente. Lors la Deuxième Guerre mondiale les planificateurs états-uniens avaient prévu qu’à la fin de la guerre les États-Unis allaient se trouver dans une position dominante. Les archives montrent, comme le signale l’historien spécialiste de la diplomatie Geoffrey Warner, que « le Président Roosevelt avait comme objectif, pour l’après-guerre, l’hégémonie états-unienne sur le monde entier ». Des plans avaient été préparés pour prendre le contrôle de ce qui était appelé la Grand Area [Grande zone], laquelle incluait l’ensemble de l’hémisphère occidental, l’Extrême-Orient, l’ex-empire britannique, y compris les très importantes réserves pétrolières du Moyen-Orient, la plus grande partie possible de l’Europe, en tout cas au minimum les principales régions industrielles des pays d’Europe occidentale. Les pays d’Europe du Sud étaient également considérés importants parce qu’ils permettaient le contrôle des réserves énergétiques du Moyen-Orient. Dans tous ces immenses espaces les États-Unis devaient maintenir « un pouvoir sans partage » basé sur « une suprématie militaire et économique », avec « une limitation à tout exercice de la souveraineté » de la part des États qui pourraient interférer dans les plans états-uniens. Bien que les États-Unis perdent en puissance, ces conceptions sont encore celles qui prévalent.

Ces plans remontant à la Deuxième Guerre mondiale, très vite mis en œuvre, n’étaient pas irréalistes. Les États-Unis étaient alors déjà depuis longtemps le pays le plus riche du monde. La guerre avait mis un terme à la dépression et avait quadruplé la capacité industrielle du pays, cependant que les rivaux étaient détruits. À la fin de la guerre les États-Unis avaient la moitié de la richesse mondiale et disposaient d’une sécurité sans équivalent. Chaque région de la Grand Area se voyait attribuer une « fonction » dans le système global. La « Guerre froide » c’était en gros la volonté de la part des superpuissances de préserver l’ordre dans leur espace respectif. Pour l’URSS : l’Europe de l’Est ; pour les États-Unis : quasiment le monde entier. En 1949, la Grand Area a commencé à être sérieusement rongée avec la « perte de la Chine », comme on dit généralement. Cette expression est intéressante : on ne peut « perdre » que ce que l’on possède. Peu après, l’Asie du sud-est commençait à échapper au contrôle, ce qui a provoqué les horribles guerres états-uniennes et les terribles massacres de 1965 en Indonésie ; la domination états-unienne a été rétablie. En même temps la subversion et la violence massive se poursuivaient ailleurs dans le but de maintenir ce qu’on appelle la « stabilité », ce qui signifie l’acception des décisions états-uniennes.

Or, le monde industriel se reconstruisant et la décolonisation progressant laborieusement, le déclin était inévitable : en 1970 la part des États-Unis dans la richesse mondiale avait baissé à 25%, encore énorme mais nettement diminuée. Le monde industriel devenait « tripolaire », avec ses centres aux États-Unis et en Europe ; l’Asie – alors principalement le Japon – devenant déjà la région la plus dynamique.

Vingt ans plus tard l’URSS s’est écroulée. La réaction de Washington révèle ce qu’était la réalité de la Guerre froide : le gouvernement de Bush I a immédiatement déclaré que les politiques resteraient globalement inchangées, même si les prétextes devaient être modifiés. L’immense appareil militaire serait maintenu, non pas pour se défendre contre les Russes, mais pour faire face à la « sophistication technologique » de certaines puissances du tiers monde. De la même façon, argumentaient-ils, il serait nécessaire de maintenir « les bases de l’industrie de défense », un euphémisme pour l’industrie de pointe, très dépendante des politiques du gouvernement et de ses subventions. Les forces d’intervention devaient encore être préparées pour le Moyen-Orient, où les problèmes sérieux « ne pouvaient pas être laissés à la merci du Kremlin », dévoilant un demi-siècle de mensonge. On concédait en douce que les problèmes avaient toujours été « le nationalisme radical », c’est-à-dire les tentatives par certains pays de suivre une voie indépendante en contradiction avec les principes de la Grand Area. Ces fondements de la politique n’ont pas été modifiés. Le gouvernement Clinton a déclaré que les États-Unis avaient le droit d’employer la force unilatéralement pour garantir « l’accès sans entrave aux marchés les plus importants, aux richesses énergétiques, et aux ressources stratégiques ». Il a également indiqué que les forces militaires doivent être déployées en Europe et en Asie « pour gagner les faveurs des opinions », non par la douce persuasion mais par « des actions qui auront des incidences sur notre mode de vie et notre sécurité ». Au lieu d’être réduite, voire éliminée, comme on aurait pu s’y attendre si on s’en tenait à la propagande, l’OTAN a été déployée plus à l’est en Europe, en violation des assurances qui avaient été données verbalement à Mikhaïl Gorbatchev quand il avait accepté que l’Allemagne réunifiée rejoigne l’OTAN.

Aujourd’hui l’OTAN est devenue une force d’intervention globale, sous commandement états-unien, dont le rôle officiel est de contrôler le système énergétique international, les voies maritimes, les oléoducs, et tout ce qui peut être décidé par le pouvoir hégémonique.

Il y a bien eu une période d’euphorie à la suite de la chute de la superpuissance adverse, avec des histoires exaltées quant à « la fin de l’histoire » et des marques enthousiastes d’admiration pour la politique internationale de Clinton. Des intellectuels de premier plan ont signalé l’avènement d’une « phase de noblesse » avec « une lumière de sainteté », évoquant un pays, pour la première fois dans l’histoire, guidé par « l’altruisme » et agissant sur la base de « principes et de valeurs ». Rien ne devait entraver le cheminement du « nouveau monde idéaliste résolu à en finir avec l’inhumanité ». Le principe international de l’intervention humanitaire allait enfin pouvoir s’imposer.

Pas tout le monde n’était si joyeux. Les traditionnelles victimes, le Sud globalisé, ont froidement condamné le « soi-disant ’’droit’’ d’intervention humanitaire », l’identifiant au vieux « droit » à la domination impérialiste. Des voix plus sereines de l’élite politique états-unienne pouvaient percevoir que du point de vue de la plupart des pays du monde les États-Unis étaient en train de « devenir la superpuissance voyou », considérée comme « la seule menace extérieure » – il était clair que « le principal rogue state [État voyou] aujourd’hui c’est les États-Unis ». Lorsque Bush II est entré en fonction l’opinion publique mondiale, de plus en plus hostile, ne pouvait plus être ignorée. Notamment dans le monde arabe, les opinions favorables pour Bush ont chuté. Obama a réussi l’exploit de parvenir encore plus bas, sous les 5% en Égypte et guère plus au-dessus dans le reste de la région.

Cependant le déclin se poursuit. Cette dernière décennie, l’Amérique du Sud a été « perdue ». La « menace » de la perte de l’Amérique du Sud existait depuis plusieurs décennies. Alors que le gouvernement Nixon planifiait la destruction de la démocratie chilienne et l’installation de la dictature de Pinochet – le Conseil national de sécurité alertait sur le fait que si les États-Unis ne pouvaient pas contrôler l’Amérique latine ils ne pouvaient pas prétendre « atteindre à leurs objectifs dans le reste du monde ».

Mais ce qui serait beaucoup plus inquiétant ce serait des initiatives allant vers davantage d’indépendance au Moyen-Orient. Les planificateurs de l’après-Deuxième Guerre mondiale établissaient que le contrôle des incomparables réserves énergétiques du Moyen-Orient signifierait « un contrôle substantiel du monde », selon les termes du conseiller de Roosevelt Adolf A. Berle. Logiquement la perte de contrôle menacerait le projet de domination globale qui a été clairement exposé durant la Deuxième Guerre mondiale et qui a été maintenu depuis quels que fussent les changements dans le monde.

Un autre danger pour l’hégémonie états-unienne c’était l’éventualité d’avancées significatives vers la démocratie. L’éditeur exécutif du New York Times Bill Keller mentionne, c’est émouvant, « le désire de Washington de se joindre aux aspirations démocratiques en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ». Mais de récents sondages montrent trop bien qu’une démocratie réelle, là où l’opinion pèse sur la politique, serait désastreuse pour Washington. Sans surprise, après le renversement de Moubarak les premières initiatives de l’Égypte en politique étrangère ont été fortement critiquées par les États-Unis et leur client israélien.

Bien que les politiques états-uniennes sur le long terme demeurent inchangées, non sans quelques ajustements tactiques, sous Obama il y a bien eu quelques changements notables. L’analyste militaire Yochi Dreazen signale dans The Atlantic que la politique de Bush était de capturer (et de torturer) les suspects, alors qu’Obama les assassine simplement. Le recours aux armes de terreur (les drones) augmente, tout comme l’emploi des forces spéciales, souvent des commandos qui commettent des assassinats. Les forces spéciales sont en mesure d’opérer dans cent vingt pays. Maintenant aussi importantes que toute l’armée canadienne, ces forces spéciales forment de fait une armée privée à la disposition du président, problème exposé en détail par le journaliste Nick Turse sur le site Tomdispatch. L’équipe qu’Obama a envoyée pour assassiner Osama ben Laden a peut-être déjà effectué une douzaine d’opérations similaires au Pakistan.

Ces événements, comme tant d’autres, montrent que si l’hégémonie états-unienne est en recul les desseins restent les mêmes.

Un autre point dont on parle assez souvent, au moins parmi ceux qui veulent bien voir les choses telles qu’elles sont, c’est le fait que le déclin états-unien est pour une bonne part le résultat de la politique même des États-Unis. L’opéra comique à Washington cet été, qui a dégoûté le pays (il existe une majorité qui pense que le Congrès devrait tout simplement être dispersé) et indigné le monde, n’a guère de précédent dans les annales de la démocratie parlementaire. Le spectacle finit même par faire peur aux mécènes du spectacle. Les grandes entreprises s’inquiètent maintenant de voir que les extrémistes qu’ils ont contribué à mettre au Congrès pourraient choisir de faire tomber l’édifice sur lequel reposent leurs privilèges et leurs richesses, ainsi que le puissant État providence qui est à leur service.

L’éminent philosophe états-unien John Dewey avait un jour décrit la politique comme « le jeu d’ombres offert à la société par le big business », précisant que « la réduction de l’ombre ne changerait rien sur le fond ». Depuis les années 1970, l’ombre est devenue un nuage noir qui enveloppe la société et le système politique. Le pouvoir des grandes entreprises, principalement le capital financier aujourd’hui, est tel que les deux organisations politiques, qui ne ressemblent plus guère à des partis traditionnels, sont beaucoup plus à droite que la population sur les questions les plus importantes.

Les gens considèrent que le thème le plus préoccupant c’est la grave crise provoquée par le chômage. Dans les circonstances actuelles, des actions gouvernementales pourraient être engagées et des stimulations économiques pourraient être décidées pour faire face ce problème, bien au-delà des mesures qui viennent d’être prises et qui compensent à peine la baisse des dépenses des administrations locales. Au demeurant cette initiative a probablement sauvé des millions d’emplois. Pour les institutions financières la première inquiétude c’est le déficit. Donc on ne discute que du déficit. Pour lutter contre le déficit une grande majorité de la population est favorable à la taxation des très riches – 72% y sont favorables, 21% s’y opposent. Une grande majorité de la population s’oppose aux coupes dans les programmes de santé (69% dans le cas de Medicaid, 79% dans le cas de Medicare). Ce qui sera décidé c’est donc probablement le contraire.

Steven Kull a dirigé une étude sur les politiques à mener pour lutter contre le déficit. On peut lire : « Il est clair que le gouvernement et la Chambre des représentants (dirigée par les républicains) sont à l’opposé des valeurs et des priorités de la population sur le thème du budget – la plus grande différence c’est la question des dépenses, la population est favorable à de grandes économies dans les budgets militaires, alors que le gouvernement et la Chambre proposent de petites augmentations... La population est plus favorable que le gouvernement et la Chambre à l’augmentation des budgets pour la formation professionnelle, l’éducation et la lutte contre la pollution. »

Les coûts des guerres de Bush et Obama en Irak et en Afghanistan sont maintenant estimés aux alentours de 4 400 milliards de dollars – une grande victoire pour Osama ben Laden, dont l’objectif déclaré était de mener les États-Unis à la faillite en les attirant dans un piège. Le budget militaire de 2011 – presque équivalent à celui du reste du monde réuni – est en termes réels le plus élevé depuis la Deuxième Guerre mondiale, et il devrait croître encore davantage. La crise du déficit est dans une bonne mesure conçue comme une arme pour détruire les tant abhorrés programmes sociaux qui permettent à de nombreuses familles de s’en sortir. Le commentateur économique Martin Wolf du Financial Times de Londres écrit : « Il est faux de dire que la situation fiscale des États-Unis est alarmante... Les États-Unis peuvent emprunter sur des bases avantageuses, avec des taux à environ 3% sur dix ans, comme les rares personnes qui n’ont pas été emportées par l’hystérie l’avaient prédit. Le défi pour le budget c’est sur le long terme, non dans l’immédiat. » Significativement il ajoute : « Ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette politique fiscale c’est que les revenus ne devraient représenter que 14,4% du PIB en 2011, beaucoup moins que dans l’après-Deuxième Guerre mondiale, la moyenne étant alors de près de 18%. Les impôts sur les revenus ne représenteront que 14,4% du PIB pour 2011. Une personne qui n’est pas états-unienne ne peut pas comprendre ce qui provoque cette crise : en 1988, à la fin de la période Reagan, ils représentaient 18,2%. Les impôts sur les revenus doivent croître substantiellement pour combler le déficit. » Extraordinaire effectivement, mais ce qui compte, dans cette démocratie en perte de vitesse, c’est ce que veulent les institutions financières et les gens richissimes.

Bien que la crise du déficit soit fabriquée comme un instrument au service d’une terrible lutte de classes, la crise de la dette sur le long terme est bien réelle, comme c’est le cas depuis la politique fiscale irresponsable de Ronald Reagan, qui avait fait passer les États-Unis de la position de premier bailleur de fonds au monde à celle de pays le plus endetté, multipliant par trois la dette nationale et multipliant les attaques contre l’économie. George W. Bush a porté des coups encore plus grave à l’économie. Mais pour l’heure c’est le chômage qui représente la crise la plus inquiétante.

Le « compromis » final sur la crise – plus exactement la capitulation totale devant l’extrême droite – est exactement à l’opposé de ce que l’opinion préfère, et il est presque sûr qu’il va conduire à une baisse de la croissance et à une aggravation de la situation pour tous, sauf pour les riches et les grandes entreprises qui font des profits records. Rares sont les économistes sérieux qui seraient en désaccord avec l’économiste de Harvard Lawrence Summers quand il dit : « Le problème actuel des États-Unis c’est plus le chômage et la baisse de la croissance qu’un déficit budgétaire trop important ». Il dit aussi que l’accord obtenu en août, bien que préférable à un default [défaut de paiement], devrait probablement causer du tort à l’économie.

On ne discute même pas du fait que le déficit serait éliminé si le système de couverture pour la santé, privé et déséquilibré, était remplacé par un système similaire à ceux des autres sociétés industrielles, qui ont des coûts moitié moindre et des services au moins aussi bons. Les institutions financières et l’industrie pharmaceutique sont beaucoup trop puissantes pour que de telles éventualités soient même soumises à considération. L’idée n’aurait pourtant rien d’utopique. D’autres choix économiques sont de la même façon exclus du débat, comme les taxations sur les petites transactions financières.

Pendant ce temps-là on fait encore plus de cadeaux à Wall Street. Le comité des appropriations de la Chambre des représentants a baissé le budget de la commission sécurité et échange, la première instance qui lutte contre la fraude financière. L’agence de protection du consommateur ne devrait pas survivre. Le Congrès brandit de nouvelles armes dans sa bataille contre les générations futures. Les républicains refusent d’agir sur la question environnementale, « une grande institution états-unienne saborde tous les efforts qui sont faits dans le pays pour contrôler les émissions de dioxyde de carbone d’une centrale au charbon, portant un coup à la lutte contre le réchauffement global », souligne le New York Times.

Ce comportement auto-destructeur, bien que de plus en plus grave, n’a rien de nouveau. Cela remonte aux années 1970, lorsque les choix économiques ont provoqué des changements profonds, mettant un terme à ce qui était appelé « l’âge d’or » du capitalisme (d’État). La financiarisation et la délocalisation de la production en furent les caractéristiques principales, les deux étant liées à la baisse des profits dans la manufacture et au démantèlement des accords de Bretton Wood de l’après-guerre qui garantissaient les contrôles du capitalisme et la régulation des devises. Le triomphe idéologique des « doctrines de libre-marché », hautement sélectives comme toujours, avait aussi aggravé la situation, parce que cela accentuait la dérégulation et donc le règne des grandes entreprises qui voyaient les PDG récompensés par d’énormes profits sur le court terme. Les autres décisions politiques étaient du même ordre. La concentration de la richesse se traduisit en davantage de pouvoir politique, ce qui accentué le cercle vicieux qui a donné une richesse extraordinaire pour 0,1% de la population, principalement les PDG des grandes entreprises, les porteurs de fonds spéculatifs, etc., alors que pour l’immense majorité les revenus réels ont quasiment stagné.

Parallèlement, le coût des élections atteint des sommes astronomiques, les grandes entreprises ont donc les deux partis dans leur poche. Ce qu’il reste de démocratie politique a été miné quand les deux partis se sont transformés en agence de vente des sièges du Congrès. L’économiste Thomas Ferguson observe que, « cas unique parmi les parlements des pays développés, les partis du Congrès états-unien fixent les prix sur les questions principales dans le processus législatif ». Les législateurs qui ont les sièges financent le parti, cela les oblige à devenir des serviteurs du capital privé, au-delà de ce qui est habituel. Le résultat, continue Ferguson, c’est que les débats « reposent fortement sur la répétition de quelques slogans qui plaisent aux investisseurs et aux groupes d’intérêts dont dépendent les politiciens de premier rang ».

L’après-âge d’or représente un cauchemar qui avait été prévu par les économistes classiques, Adam Smith et David Ricardo. Les deux admettaient que si les marchands et fabricants britanniques investissaient à l’extérieur et s’appuyaient sur les importations, ils en tireraient des profits, mais l’Angleterre en subirait les conséquences. Les deux espéraient que ces conséquences seraient évitées par des corrections internes, par la préférence accordée aux affaires dans le pays d’origine pour le voir croître et se développer. Ricardo pensait que grâce à ces corrections la plupart des hommes d’affaire se satisferaient d’un taux de profit modeste dans leur propre pays plutôt que de rechercher des bas salaires pour s’enrichir dans des pays étrangers.

Ces trente dernières années, les « maîtres du genre humain », comme Smith les appelait, ont abandonné tout intérêt pour le bien-être de leur propre société, préférant se concentrer sur les profits à court terme pour tirer d’énormes bénéfices, indifférents à la situation de leur pays – tout au moins tant que l’État providence reste intact pour servir leurs intérêts.

Une belle illustration de tout cela est apparue en une du New York Times le 4 août 2011. Deux articles sont parus côte à côte. L’un relate la fougue des républicains pour s’opposer à toute proposition « qui impliquerait des hausses de revenus » – un euphémisme pour dire les impôts pour les riches. L’autre est titré « Même avec des prix majorés, les produits de luxe se vendent très bien ». Le prétexte pour ramener à des niveaux ridiculement bas les impôts des riches et des grandes entreprises c’est que cela les aiderait à investir et donc à créer des emplois – ce qu’il ne peuvent pas faire maintenant alors que leurs porte-monnaie débordent de profits records.

La situation actuelle est décrite avec justesse dans une brochure pour les investisseurs produite par le géant bancaire Citigroup. Les analystes de la banque décrivent une société globale qui se divise en deux blocs : la plutonomie [les riches qui décident de tout] et les autres. Dans un tel monde, la croissance est aiguillonnée par les quelques riches, et elle est largement consommée par eux-mêmes. Puis il y a les « non-riches », la grande majorité, maintenant parfois appelés le précariat global, la force de travail qui vit une existence précaire. Aux États-Unis ils subissent une « insécurité du travail » de plus en plus forte, la base d’une économie en bonne santé, comme le président de la Réserve fédérale Alan Greenspan l’expliquait au Congrès, félicité pour ses résultats dans la gestion économique. C’est le réel changement de pouvoir dans la société globale.

Les analystes de Citigroup conseillent aux investisseurs de se concentrer sur les très riches, là où les choses se jouent. La réserve de fonds de la plutonomie, la « Plutonomy Stock Basket » comme ils l’appellent, dépasse de loin les chiffres des marchés développés après 1985, lorsque ont commencé les politiques économiques de l’ère Reagan-Thatcher qui visaient à enrichir les très riches.

Les nouvelles institutions de l’après-âge d’or, qui sont les principales responsables du krach de 2007, ont acquis un extraordinaire pouvoir économique ; elles ont multiplié par trois leur part dans les profits des grandes entreprises. Après le krach certains économistes ont commencé à réfléchir à leur fonction en termes purement économiques. Le prix Nobel d’économie Robert Solow arrive à la conclusion que leur impact global est probablement négatif : « Les succès apportent très peu, ou peut-être rien du tout, à l’efficacité de l’économie réelle, alors que les désastres font passer la richesse des contribuables aux maîtres de la finance ».

En détruisant ce qu’il reste de démocratie politique, ils préparent le le terrain pour que se poursuive ce fatal processus – tant que les victimes accepteront de souffrir en silence.

Noam Chomsky

Décembre 2011

Source : http://www.zcommunications.org/the-decline-of-america-by-noam-chomsky

Traduction : Numancia Martínez Poggi

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http://www.legrandsoir.info/le-declin-des-etats-unis.html
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Published by valenton rouge - dans Monde
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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 22:47

lafargue.jpgSon nom a été donné à l'une des rues les plus cossues de Roubaix. Paul Lafargue, le gendre de Marx, ne s'y sentirait certainement pas à l'aise. Pierre Outteryck et Pascal Bavencove, cent ans après son suicide, expliquent en quoi Lafargue a façonné la pensée communiste.



L'Histoire est un grand cimetière. S'y côtoient les célébrités qui disposent d'une concession perpétuelle dans la mémoire collective et les autres, les titulaires des concessions provisoires qui irrémédiablement se retrouveront forcément dans la fosse commune de l'oubli. Il y a cent ans, Paul Lafargue et son épouse Laura Marx, la fille de Karl, se donnaient la mort dans leur pavillon de Draveil dont ils s'étaient rendus acquéreurs grâce à l'héritage d'Engels afin d'échapper à la vieillesse et à la décrépitude.
Beaucoup, même chez les militants de gauche, ont oublié l'apport essentiel de Paul Lafargue à la pensée marxiste. Inventeur du Droit à la paresse - à ne pas confondre avec le pouvoir de glander - Lafargue fut sans doute le précurseur de la notion de temps libre, le pionnier de la réduction du temps de travail, même si en ces temps de crise, les trois heures de travail quotidiennes qu'il préconisait peuvent paraître surréalistes.
Auteur d'une biographie de la résistante communiste nordiste Martha Desrumaux, Pierre Outteryck qui prépare par ailleurs une histoire des cent ans de l'union départementale CGT ne pouvait qu'être séduit par la personnalité de Paul Lafargue, son compère, Pascal Bavencove se penchant pour sa part sur l'origine de sa désuétude.


Tous deux sont venus parler dernièrement du gendre de Marx devant des militants communistes et cégétistes roubaisiens qui, il faut bien le reconnaître ne s'étaient guère déplacés en force.

L'agitateur de Fourmies
Pas de quoi désarçonner pour autant Pierre Outteryck. Autant hagiographe que biographe ce prof d'histoire s'est pris de passion pour Paul Lafargue. Au point que l'ambassade de Cuba compte recourir à ses services, Lafargue étant né à Santiago en 1842.
Mais Lafargue, l'internationaliste qui a longtemps navigué entre Bordeaux et Paris en passant parfois par la case prison fut autant un nordiste que Jules Guesde, l'autre leader de ce qu'on appelait alors le parti ouvrier. En 1891, il participe à trois importants meetings dans le sud du département. Et il sera rapidement désigné comme l'instigateur de l'émeute du 1er mai à Fourmies qui fera neuf morts parmi les manifestants ouvriers.
Lafargue est en prison à Sainte-Pélagie quand il est... élu député de Lille. Il ne sera parlementaire que deux ans, mais il aura été le premier député en France se réclamant du Parti ouvrier. Il incarnera également un courant original par rapport à ceux de Jaurès et de Guesde, participera au débat sur les relations entre partis politiques et organisations syndicales, s'intéressera également de près à la place de la femme dans la société à et à son émancipation.
Dépassé, Lafargue ? Après l'exposé de Pierre Outteryck et de Pascal Bavencove s'est produit dans la salle Pellevoisin un groupe de hip-hop lillois... les Paula Fargue.w « Paul Lafargue, passeur de la pensée Marx », par Pierre Outteryck et Pascal Bavencove aux éditions du Geai bleu. 5 E. On peut se le procurer à l'espace Paul-Éluard, 2, rue Léon-Allart ROUBAIX 59

 

http://www.nordeclair.fr/Locales/Roubaix/2011/12/23/paul-lafargue-soldat-inconnu-du-communis.shtml

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