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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:24

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New York Envoyé spécial - Un café à la mode, dans un quartier fréquenté par les étudiants de Manhattan. En cette fin de matinée, la salle est bondée, mais pas trop bruyante, car la moitié des clients lisent ou écrivent sur leur ordinateur portable. David Darts, responsable du département d'art de la New York University, entre discrètement, avec à la main une lunch box d'écolier - une petite boîte en fer noire, décorée d'une tête de mort.

Discrètement, il va la poser sur une table, dans un coin. Aussitôt, plusieurs clients, qui cherchent le réseau WiFi du café pour aller sur Internet, voient apparaître sur leur écran une icône inédite : " Pirate Box, Share Freely !" (partagez librement). Ils se connectent en un clic, mais au lieu d'arriver sur un site Internet, ils se retrouvent face à une tête de mort, accompagnée d'un menu qui leur propose de participer à une messagerie en direct, de télécharger des textes et des musiques, ou de déposer leurs propres fichiers pour les offrir aux autres clients connectés.

Sur la messagerie, la conversation part très vite dans tous les sens. David Darts intervient pour expliquer le fonctionnement de la Pirate Box, mais les clients du café l'ont déjà compris, intuitivement : la boîte posée sur la table crée autour d'elle un miniréseau sans fil autonome, permettant aux ordinateurs du voisinage de s'interconnecter gratuitement, hors de tout contrôle. En quelques minutes, les fichiers commencent à circuler. David Darts ignore combien de personnes sont connectées : "C'est exprès, la Pirate Box ne comporte aucun outil permettant de pister ou de recenser les utilisateurs. Si des gens mal intentionnés - ou la police - entrent ici et s'emparent de ma boîte, ils ne pourront jamais savoir qui s'en est servi."

Il a choisi de mettre en partage des oeuvres musicales à base de sampling (échantillonnage) considérées par leurs auteurs comme étant "hors copyright". Cela dit, si quelqu'un dépose un fichier protégé par copyright, il n'a aucune objection : dans ce petit univers clos, chacun agit à sa guise, sans peur d'être espionné ni puni. Au-delà de son aspect ludique, la Pirate Box a été conçue pour donner à réfléchir : "La protection de notre vie privée et de notre anonymat est intimement liée à la préservation de nos libertés fondamentales. Or, sur Internet, nous acceptons d'être espionnés en permanence par Google ou Facebook, et par des agences d'Etat. En échange, nous recevons des services très pratiques, mais, à mon sens, c'est trop cher payé."

Quand on ouvre la boîte, on découvre un assemblage d'appareils banals coûtant une centaine d'euros : un "plug server" (module de gestion de périphériques) faisant office d'unité centrale, un routeur WiFi, une clé USB contenant le site et les fichiers, plus une batterie. L'ensemble fonctionne grâce au système d'exploitation libre et gratuit Linux.

Au départ, fin 2010, David Darts s'était lancé seul dans l'aventure : "J'avais emprunté le logiciel libre Droopy, écrit par un Français, et j'avais commencé à l'adapter à mes besoins." Mais très vite, il s'aperçoit qu'il a besoin d'aide. Il ouvre alors un site Internet et lance un appel vers la communauté du logiciel libre, qui fonctionne sur le principe de l'entraide et du partage. En quelques semaines, des experts lui envoient bénévolement des solutions et des suggestions, qui lui permettent d'achever son travail.

Pour vérifier l'attrait de sa Pirate Box sur différents publics, David Darts fait des tests un peu partout : sur le campus, dans des bars, des soirées, des parcs, dans le métro, dans son immeuble... A ce jour, l'accueil a toujours été positif. Il distribue aussi son logiciel gratuitement sur Internet, avec un mode d'emploi qui permet aux bricoleurs de fabriquer leur propre box. Fidèle à ses principes, il ne veut rien savoir sur eux, mais il devine qu'ils sont nombreux : "Sur Amazon, le plug server était bradé à 20 dollars (15 euros), mais, d'un seul coup, la demande a explosé, il est monté à 60 dollars (46 euros). D'ailleurs, Amazon indique que ceux qui l'ont acheté ont aussi acheté une boîte décorée d'une tête de mort..."

En dix mois, son site a reçu plus d'un million de visiteurs, dont quelques-uns se sont associés au projet. Une hackeuse allemande s'est aperçue que le plug server était en fait inutile, car les logiciels de la Pirate Box peuvent être installés directement sur certains routeurs, comme le Buffalo AirStation.

Parallèlement, une communauté de geeks a entrepris de transformer un smartphone en Pirate Box, tandis qu'une autre en fait autant avec un ordinateur portable. Un troisième groupe construit une Pirate Box plus puissante, en utilisant uniquement des composants dont les plans sont en libre accès (open source).

Un passionné fabrique des Pirate Boxes pour ceux qui n'y arrivent pas tout seuls, et leur revend à prix coûtant. Renseignements pris, il s'appelle Joseph, et se présente comme un garçon de 15 ans habitant en Virginie. Il ne sait pas s'il va continuer longtemps, car cela ne lui rapporte rien, mais pour lui, pas question d'en faire un business : "Le principal attrait du projet est d'être à contre-courant, hors du système marchand." Joseph teste sa propre Pirate Box, à l'école, en ville, chez des copains : "Les jeunes discutent comme sur Facebook, sauf que ça reste entre nous. On s'échange des photos, des vidéos, des enregistrements de groupes locaux, des livres comme Harry Potter, et aussi de la documentation sur des sites pirates."

A New York, David Darts reçoit à présent des messages l'incitant à se lancer dans la création d'un réseau parallèle, composé d'une série de Pirate Boxes interconnectées : "Mon petit projet fait partie d'un vaste mouvement. Des tas de gens rêvent de créer une version alternative de l'Internet actuel, dont ils ne veulent plus, car il est devenu mercantile, centralisé et surveillé de partout."

D'autres New-Yorkais, plus politisés, travaillent à la réalisation de cette utopie, avec des variantes. Les militants de l'Internet libertaire ont compris que pour toucher le grand public, ils devaient fournir des appareils prêts à l'emploi. La petite ONG Access Now, qui se consacre à la défense des "libertés numériques", a entrepris de transformer un routeur Internet ordinaire en machine à anonymiser le trafic Internet. Son directeur technique, Gustaf Björksten, installé dans un immeuble vétuste du sud de Manhattan, a lui aussi choisi le routeur Buffalo AirStation, sur lequel il s'efforce d'installer une version modifiée du système TOR (The Onion Router).

Mis au point par une équipe de hackers américains et allemands, TOR est un réseau de serveurs anonymes, qui cryptent les données Internet et les font transiter par plusieurs relais pour brouiller les pistes. Access Now espère mettre en vente dès 2012 un outil simple et bon marché pour ceux qui ont besoin d'utiliser Internet discrètement - militants écologistes ou humanitaires, dissidents politiques, syndicalistes...

A quelques kilomètres de là, au 17e étage d'un gratte-ciel, dans un quartier d'affaires de New York, une autre équipe s'est lancée dans une aventure plus ambitieuse : la conception d'une Freedom Box, qui combinera dans un seul boîtier une large gamme de fonctions permettant de protéger la confidentialité des communications sur Internet. Le projet est hébergé par le Software Freedom Law Center (SFLC), un cabinet juridique à but non lucratif, qui fournit gratuitement des services juridiques aux créateurs de logiciels libres. Le patron du SFLC, Eben Moglen, militant de longue date de la défense des libertés individuelles, par ailleurs avocat et professeur de droit à l'université Columbia, a compris qu'en matière de protection des droits des citoyens sur Internet, la loi est une arme insuffisante. Il a donc décidé de passer à l'action directe : "Nous allons produire un équipement qui permettra à chaque citoyen de prendre en main personnellement la protection de sa vie privée sur Internet, sans s'y connaître vraiment en informatique."

Pour mettre au point ses logiciels, l'équipe de la Freedom Box a choisi le Dream Plug de Globalscale, un mini-ordinateur fonctionnant sous Linux et coûtant 150 dollars (115 euros). La montée en charge se fera par étapes, en commençant par une messagerie cryptée. Puis, si tout se passe comme prévu, à partir de 2013, le possesseur d'une Freedom Box pourra consulter Internet et télécharger des fichiers anonymement, contourner des firewalls d'entreprise, téléphoner gratuitement en mode crypté, échanger des sons et des images en direct et en différé, déposer des fichiers sensibles en lieu sûr dans une autre Freedom Box.

Ce réseau alternatif permettra aussi de publier des documents sur Internet tout en restant anonyme : chacun possédera ainsi son propre WikiLeaks. Enfin, la communauté des Freedom Boxes pourra créer un réseau social offrant les mêmes fonctions que Facebook, mais dont l'architecture sera horizontale et décentralisée : les données personnelles de ses membres ne seront jamais stockées en un seul lieu, et chacun en gardera le contrôle.

Conformément à l'esprit de la communauté du logiciel libre, l'équipe travaille en partie à partir de programmes existants, et s'appuie sur une cinquantaine d'experts, dont beaucoup de bénévoles - parmi eux, Jacob Appelbaum, cofondateur de TOR, par ailleurs proche de WikiLeaks.

Eben Moglen rêve déjà de voir sa box se vendre sur Internet à des millions d'exemplaires, grâce à des accords commerciaux avec des fabricants et des distributeurs. Cela dit, il sait que ses efforts n'auront jamais de fin : "Des hackers et des services secrets vont attaquer notre réseau, et certains réussiront à le compromettre. Nous devrons donc trouver à chaque fois de nouvelles parades. Il faudra aussi sans doute négocier avec certains Etats, accepter des compromis..." En bref, s'imposer comme un nouvel acteur sur le réseau mondial.

 

Yves Eudes

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/01/07/surfer-sans-entraves_1627059_651865.html?google_editors_picks=true

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:17

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Seules huit voix séparent M. Willard « Mitt » Romney (30 015 suffrages), ancien gouverneur du Massachusetts, et M. John « Rick » Santorum (30 007 suffrages), ancien sénateur de Pennsylvanie. On savait déjà que l’Iowa n’était pas un Etat miroir de la population américaine. On y compte en effet plus de personnes âgées, plus de ruraux et beaucoup plus de Blancs (91 % contre 72 % aux Etats-Unis). La consultation qui vient de s’y tenir – et qui se distingue d’une élection primaire par le fait que les participants ne votent qu’à l’issue d’une assez longue réunion permettant aux représentants des principaux candidats d’exposer leurs positions – démontre une fois de plus son caractère très peu représentatif : 125 000 personnes ont voté, soit moins de 10 % des électeurs de l’Iowa qui avaient arbitré en 2008 le duel entre MM. Obama et John McCain.

Néanmoins, ce scrutin provoque souvent le retrait des candidats les plus faibles ; inversement le vainqueur – ou ici les deux vainqueurs – risque de bénéficier de l’aura du gagnant dans un pays qui n’aime pas les perdants, sauf quand ceux-ci peuvent très vite se prévaloir d’un come back. M. Romney étant déjà donné favori de la bataille des primaires, il ne profitera sans doute pas tant de son succès, facilité par des dépenses de campagne extravagantes, que M. Santorum, dont personne ne donnait cher des chances il y a seulement une semaine. Catholique obsédé par les questions de l’avortement et de l’homosexualité, ce dernier apparaît désormais comme le leader putatif du courant fondamentaliste chrétien très puissant au sein du parti républicain. Un candidat visant la même clientèle, M. James « Rick » Perry va devoir déterminer, à la lumière de son revers en Iowa, s’il continue longtemps le combat, une autre, Mme Michele Bachmann, figure de proue du Tea Party, a déjà annoncé son retrait.

Dans les prochaines semaines, sauf imprévu, la bataille principale opposera d’abord les deux vainqueurs du scrutin d’hier, mais aussi M. Ronald (« Ron ») Paul, aux convictions un peu excentriques dans son parti en matière de libertés publiques, de décriminalisation des drogues et de politique étrangère. Il vient en effet de réaliser un bon score (26 219 voix). Enfin, le Géorgien Newton Gingrich a priori plus populaire dans le Sud du pays (des primaires auront lieu en Caroline du Nord et en Floride d’ici fin janvier), n’a pas perdu toutes ses chances.

La campagne de l’Iowa aura en tout cas démontré l’intensité de la haine que suscite le président Obama au sein de l’électorat républicain, et à quel point cette hostilité conduit le parti à adopter des positions à la fois impraticables et extrémistes. Résumant la surenchère droitière à laquelle on vient d’assister, l’hebdomadaire britannique The Economist, qui pourtant appela à voter pour M. George W. Bush en 2004, ironisait : « De nos jours, un candidat républicain est obligé de croire, non pas certaines, mais toutes les choses suivantes : que l’avortement doit être interdit quelle que soit la situation ; que le mariage homosexuel doit être proscrit dans tous les Etats ; que les 12 millions d’immigrés illégaux, même ceux qui vivent aux Etats-Unis depuis des décennies, doivent être renvoyés chez eux ; que les 46 millions de personnes qui n’ont pas d’assurance maladie ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes ; que le réchauffement climatique est un complot ; que toute augmentation d’impôts doit être rejetée (…) ; qu’Israël ne fait jamais rien de mal et que les “soi-disant Palestiniens”, pour reprendre les termes de Newt Gingrich, ne font jamais rien de bien ; que le ministère de l’environnement, celui de l’éducation et d’autres – dont il n’est pas nécessaire de connaître le nom – devraient être supprimés (1 ».

Mais dès lors que, même affaiblis, les Etats-Unis demeurent de très loin la principale puissance diplomatique et militaire de la planète, il est également important de relever ce que les divers candidats républicains ont proposé en matière de politique étrangère. Après tout, l’élection de l’un d’entre eux le 6 novembre prochain demeure une possibilité sérieuse…

S’il peut leur arriver de tenir des propos couramment entendus ailleurs – M. Romney suggère de s’appuyer sur l’Arabie Saoudite et sur la Turquie pour faire pression sur le président syrien Bachar Al-Assad, M. Gingrich dénonce la dépendance des services secrets américains à l’égard du Pakistan, M. Paul s’oppose à une éventuelle intervention en Iran –, les candidats rivalisent le plus souvent de paroles outrancières et d’erreurs grossières ; à l’image de M. Santorum, qui croit que M. Pervez Musharraf est encore président du Pakistan ­– poste qu’il a quitté en 2008 – ou de Mme Bachmann qui redoute la présence de missiles du Hezbollah à Cuba et accuse la Chine d’aveugler les satellites américains avec des lasers.

Soutien frénétique à Israël, invocation de la « menace islamiste », prises de position belliqueuses : hormis M. Paul, fervent isolationniste, les concurrents républicains sont d’accord sur tout, ou presque. Quand M. Romney promet d’attaquer Pékin devant l’Organisation mondiale du commerce pour « manipulation de sa monnaie », M. Santorum dit vouloir « entrer en guerre contre la Chine afin de faire de l’Amérique l’endroit le plus attractif du monde pour faire des affaires (2 ». Engagé dans cette surenchère, M. Perry se montre particulièrement ambitieux, appelant à « combattre tous les ennemis [des Etats-Unis], où qu’ils soient, avant qu’ils n’attaquent notre territoire » (3), notamment par l’envoi de l’armée américaine au Mexique pour lutter contre le trafic de drogue.

Pour M. Gingrich, la menace vient surtout du monde musulman. Il faut « exfiltrer les scientifiques » d’Iran, explique-t-il, et défendre les dictateurs soumis aux Etats-Unis : « Il me semble étrange que Moubarak [ancien président égyptien renversé par sa population], qui a été notre allié pendant des années, qui a fait tout ce qu’il pouvait pour aider les Etats-Unis, qui nous a assistés lors de nos campagnes en Irak, qui a fait littéralement tout ce que nous lui avons demandé, soit lâché du jour au lendemain par l’administration Obama, signalant au monde entier : ‘‘Ne vous fiez pas aux Etats-Unis, parce qu’ils vous abandonneront en un clin d’œil, dès qu’ils en auront envie’’. (4 »

Ces préconisations agressives paraissent peu accordées au sentiment populaire, plus soucieux de repli que de nouvelles guerres. Elles sont également incompatibles avec les promesses de réduction des déficits. Pour faire des économies, MM. Gingrich et Romney ont pourtant une solution : supprimer l’aide aux pays étrangers. Laquelle ne représente que 1 % du budget américain.

 

 

(1) « The right Republican », The Economist, 31 décembre 2011.

(2) Bloomberg TV, 10 octobre 2011.

(3) « Republican and Foreign Policy », The New York Times, 17 octobre 2011.

(4) CBS News, 12 novembre 2011.

 

 

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-01-05-republicains

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:09

428194240.jpgLes petits amuseurs du jury Nobel doivent être fiers d’avoir attribué le Nobel de la Paix à Barack Obama, ce prédateur insouciant qui vient d’annoncer – par une conférence de presse depuis le Pentagone ! – le nouveau cours des dépenses militaires US : « Le budget de la Défense restera plus important que ce qu'il était à la fin de l'administration Bush ».

Lisons le prix Nobel :

« Le monde doit savoir que les États-Unis maintiendront leur supériorité militaire avec des forces armées agiles, flexibles et prêtes pour toutes les éventualités et les menaces. »

« Les choix fiscaux auxquels nous sommes confrontés sont difficiles, mais il ne doit pas y avoir de doute : nos forces armées demeureront les mieux entraînées, les mieux dirigées et les mieux équipées de l'histoire. » 

« Nous continuerons d'investir dans des capacités cruciales pour nos futurs succès, à savoir le renseignement, la surveillance, la reconnaissance, le contre-terrorisme, la lutte contre les armes de destruction massive ».

Le budget militaire US dépassera la somme des budgets militaires des 10 pays qui dépensent le plus derrière les Etats-Unis.

Une armée, c’est pour défendre le pays, nous sommes bien d’accord. Les autres, ce sont les autres, et les Etats sont souverains.

C’est toute la philosophie du droit international, telle que rappelée par l’article 1 de la Charte des Nations Unies, qui donne à l’institution les buts suivants :

-          Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix; 

 

-          Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde;

Egalité de droit des peuples et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes... Parfait !

La France a adopté le même principe, que l’on retrouve dans le préambule de 1946 : « La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n'entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. »

Alors, je me suis penché sur la carte, pour chercher les menaces qui pèsent sur les Etats-Unis, et franchement, ce n’est pas flagrant : le Canada ou le Mexique auraient-ils un plan caché pour envahir les US ?

Ce budget, c’est la démonstration chiffrée de l’impérialisme US, car tout concerne l’action des US en dehors de leurs frontières. C’est-à-dire que le Prix Nobel de la Paix est un homme de guerre, et son choix est la domination du monde par la force armée. Cette politique d’impérialisme militaire est totalement contraire au droit international, et c’est que qui explique que les US refusent de signer les traités qui pourraient être contraignants, car ils l’obligeraient à respecter ce qui fait la légalité internationale.

Les US connaissent la Cour Pénale Internationale (CPI), vu qu’ils ont tout fait, via le Conseil de Sécurité qu’ils contrôlent, pour saisir cette cour des affaires du Soudan et de la Lybie. Alors, cette question simple à Barack Obama, Prix Nobel de la Guerre : « Pourquoi les US, qui ont de si nobles objectifs et valeurs, refusent-ils d’adhérer à la CPI ? » Le Prix Nobel de la Guerre redouterait-il une enquête ? un mandat d’arrêt ?

 

Yes we can

 

http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2012/01/05/us-une-armee-pour-dominer-le-monde.html

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:06

2.pngQuatre ans après Vélib’, Paris a inauguré en décembre 2011 le plus grand système de voitures électriques en libre-service du monde. Au-delà des polémiques sur la viabilité économique et technique d’Autolib’, la généralisation des services de mobilité en libre-service consacre l’entrée des grands groupes privés dans la fabrique des politiques urbaines, contribuant à privatiser les espaces publicset à redéfinir la notion de service public.

 

 

Avec l’inauguration d’Autolib’ le 5 décembre 2011, Paris est devenue la capitale de la mobilité en libre-service. Depuis l’implantation de Vélib’ en 2007, la ville possédait déjà le système de vélos en libre-service le plus ambitieux du monde avec ses 20 600 vélos répartis sur 1 451 stations. Comme Vélib’, Autolib’ et ses 3 000 véhicules électriques répartis sur 1 200 stations [1], auxquels s’ajouteront environ 6 000 bornes de recharge, entend « révolutionner » [2] la mobilité des Parisiens grâce à l’utilisation collective de modes de déplacement longtemps pensés comme individuels. Derrière l’innovation de ces deux services se cache une transformation moins médiatisée : l’émergence de nouveaux acteurs privés dans la fabrique de la ville. La gestion de la mobilité est dorénavant organisée par des grands groupes de service urbain cotés en bourse, tels que JCDecaux et Bolloré, en partenariat avec les pouvoirs publics municipaux. Ce faisant, la mobilité en libre-service participe d’une nouvelle forme de privatisation de la ville, s’ajoutant à des modalités plus anciennes de gestion des services urbains par de grands groupes privés (Baraud-Serfaty 2011) : à travers la création de nouveaux marchés urbains, les acteurs de la mobilité en libre-service s’approprient à la fois des savoirs et des espaces publics (Huré 2010). Dans quelle mesure la participation de ces nouveaux acteurs dans la conduite des politiques publiques transforme-t-elle le rôle des institutions dans la gestion urbaine ? Quels sont les gagnants et les perdants de ces recompositions ?

Le libre-service : mode de transport ou modèle d’action publique ?

La mobilité en libre-service rassemble. Elle rassemble non seulement des usagers autour de nouvelles pratiques, mais aussi des modes de transport – la bicyclette, l’automobile – dont les représentations se sont construites en opposition depuis plus de quarante ans, notamment à Paris (Flonneau 2005). Cette opposition s’est traduite par une « bataille de la route » pour le partage de l’espace public dans la ville (Passalacqua 2010). Comment ces deux modes de transport ont-ils pu suivre une évolution identique vers le libre-service ? Le concept de libre-service en ville a en réalité connu trois grandes phases d’innovation : il est d’abord apparu dans le monde associatif, avant d’être approprié et mis en œuvre par les pouvoirs publics municipaux, puis de connaître des formes de privatisation.

Dans sa première phase associative, le concept de mobilité en libre-service est le résultat du mariage entre « la carpe et le lapin », entre mouvements libertaires et société de consommation. En effet, les vélos en libre-service apparaissent à Amsterdam en 1965 dans le monde associatif proche des milieux libertaires. Un collectif, Provo, propose alors à la municipalité de financer un parc de 20 000 vélos collectifs ; le refus des autorités publiques conduit les membres de l’association à réparer les bicyclettes abandonnées dans les rues de la ville, puis à les peindre en blanc et à les mettre à la libre disposition des habitants sous l’appellation witte fietsen (« vélos blancs »). De la même manière, le concept de voiture en libre-service se développe à la fin des années 1990 dans le monde associatif, notamment en Suisse et aux Pays-Bas, mais aussi à Rome, sous l’impulsion de l’association environnementaliste Legambiente Lazio. Ces acteurs associatifs de l’innovation ont construit une véritable expertise en matière de mobilité, qui leur permet de légitimer progressivement leur place dans la production de la cité.

La mobilité en libre-service devient ensuite un service pris en charge par les autorités publiques. Elle s’institutionnalise dès 1976 à La Rochelle avec les 300 « vélos municipaux » de Michel Crépeau [3]. Le concept est alors définitivement stabilisé : il s’agit d’organiser un système de location de bicyclettes à partir de stations fixes couvrant un territoire défini. Si le partage et la libre appropriation s’affichent comme de nouvelles valeurs, les moyens de contrôle de l’utilisation ne sont pas absents et s’appuient notamment sur des comités d’usagers (surveillance citoyenne) et sur des contrôles d’identité (surveillance municipale). La prise en charge publique – en régie – de la mobilité en libre-service marque également une seconde phase de développement du concept pour l’automobile. Une expérience est menée par la municipalité de Rome dès 2005 avec l’opération Roma Carsharing. À Lyon, les réflexions de l’association La voiture autrement conduisent les pouvoirs publics à élaborer un premier système baptisé Autolib’ en 2007 ; l’appellation fera l’objet d’un accord avec la ville de Paris pour son utilisation. Cette seconde phase d’innovation publique est marquée par des processus de coproduction de l’action urbaine avec les associations à travers une participation de ces dernières et un recyclage de leurs savoirs.

Dans un troisième temps, les grands groupes privés de service urbain s’approprient le concept de libre-service et introduisent à leur tour des innovations. À Lyon, la société JCDecaux implante en 2005 un système de vélos en libre-service à une vaste échelle. Le lieu n’est pas choisi au hasard puisque Lyon représente la ville où l’entreprise, numéro un mondial du marché de mobilier urbain, a implanté ses premiers abribus en 1965. Dans un autre contexte, Bolloré effectue une entrée spectaculaire dans la gestion des services urbains avec Autolib’. Ces deux entreprises ont développé une stratégie commune : faire de Paris une « vitrine mondiale » pour exporter leur produit et leur image à l’international. L’innovation privée repose non seulement sur les capacités industrielles et d’investissement des groupes (30 millions d’euros pour la batterie électrique de la Bluecar proposée par Bolloré), mais aussi sur l’incorporation de nouvelles technologies de l’information et d’un système entièrement automatisé. L’émergence des acteurs privés contribue à rompre le système de coproduction de la ville – associative-publique – à l’origine de la mobilité en libre-service, avec la mise en place de partenariats entre le public et le privé. Ce changement écarte les associations traditionnelles du jeu de la décision, mais transforme aussi en profondeur l’économie des services urbains.

De la privatisation de l’espace public…

Cette recomposition dans le jeu des acteurs n’est pas sans conséquence sur l’organisation spatiale de la ville. La mobilité en libre-service se caractérise, en effet, par une occupation croissante de l’espace public par les grandes firmes.

À Paris, les stations pour les vélos et les voitures, mais aussi les bornes pour recharger les batteries des Bluecars, sont autant de lieux où se déploie la promotion des entreprises. Cette présence des grands groupes dans l’espace public est particulièrement visible dans le cas de JCDecaux ; elle fait même partie du modèle économique de l’entreprise. En effet, les Vélib’, ainsi que d’autres services, sont financés par les recettes de la publicité affichée sur les mobiliers JCDecaux. Depuis les années 1970, l’espace parisien s’est ainsi transformé en une jungle touffue de mobiliers (Carmona 1985) : abribus, panneaux d’affichage, signalisation, bancs, cabines téléphoniques, plaques de rue, éclairage, corbeilles, sanitaires, journal d’information municipale, auxquels s’ajoute aujourd’hui le système Vélib’. Ce foisonnement témoigne de l’emprise de JCDecaux sur l’espace public. De la même manière, la municipalité parisienne a concédé à Bolloré de très nombreuses places de stationnement. Et ne pourrait-on pas voir apparaître prochainement des annonces publicitaires sur les Bluecars ?

Dans ce modèle, l’occupation de l’espace public entraîne une forte dépendance des pouvoirs publics envers les entreprises. En effet, le changement de prestataire sur ce type de service constitue un risque politique majeur, celui de « mettre la ville en chantier » à travers le démontage de l’ensemble des mobiliers implantés. L’exemple de Rennes en 1998 a montré combien il était difficile de changer de prestataire de mobilier urbain [4]. Aussi les liens entre l’institution publique et le prestataire choisi à l’origine conduisent-ils à inscrire la mobilité en libre-service dans la durée.

à la redéfinition de la notion de service public ?

La mobilité en libre-service contribue également à la remise en cause de certains acteurs traditionnels de la gestion des services urbains. Ainsi, les actions en justice des professionnels de la location se multiplient, notamment pour « concurrence déloyale » : à Lyon en 2005 contre Vélo’v, à Paris en 2011 contre Autolib’, où l’Union des loueurs professionnels (Ulpro) a engagé une action pour dénoncer « les aides financières et les 24 kilomètres de voirie qui ont été privatisés pour Autolib’, qui bénéficie d’un tarif préférentiel pour le stationnement de 750 euros par an et par voiture, un prix deux fois inférieur au marché » [5].

Mais l’entrée en scène des acteurs privés dans la mobilité en libre-service conduit surtout à s’interroger sur la notion de service public. Historiquement, les débats concernant l’activité de JCDecaux se sont soldés en 1978 par la non-qualification de ses prestations en qualité de « service public » [6]. Le débat a resurgi avec l’implantation des vélos en libre-service. La dénomination de « transport public individuel » employée par les élus témoigne des hésitations de terminologie liées au partenariat public-privé. En attendant d’éventuels jugements, la situation d’Autolib’ est plus claire, puisque Bolloré exerce son activité dans le cadre d’une délégation de service public. Ainsi, en proposant une disponibilité des services 24 heures sur 24, la mobilité en libre-service peut offrir une complémentarité avec les transports collectifs.

Dans ce contexte, le rôle des pouvoirs publics s’est transformé. Leur action est désormais moins centrée sur le pilotage des services que sur le contrôle juridique de l’accord contractuel et sur l’évaluation des prestations des entreprises : les institutions publiques agissent comme des régulateurs d’un espace urbain de plus en plus envisagé comme un vaste marché. Toutefois, on observe symétriquement un renforcement du contrôle public des activités des grands groupes privés, notamment à travers des processus de négociation permanente, le développement de la juridicisation de l’action publique (Duran 2009) et la production d’une (contre-)expertise. Pour mettre en œuvre cette dernière, les institutions publiques peuvent s’allier avec des communautés d’usagers de mieux en mieux organisées : à Bruxelles le comité d’usagers Where’s My Villo ? établit des évaluations de l’état du parc de vélos en libre-service géré par JCDecaux.

Finalement, l’action des pouvoirs publics se recentre dorénavant autour de deux catégories d’acteurs : les consommateurs de services publics individualisés et les grands groupes privés. À ce titre, Paris est devenue un modèle d’action publique, qui se diffuse rapidement dans les grandes métropoles européennes. L’investissement des grands groupes dans la capitale française tient en grande partie à son statut de « vitrine mondiale » ; aussi cette mobilité en libre-service n’est-elle pas accessible à toutes les villes, comme en témoigne l’échec puis l’interruption du dispositif V’hello à Aix-en-Provence en 2011. L’enjeu porte aujourd’hui sur la capacité des autres villes à adapter les systèmes de mobilité à leurs besoins sociaux et à leurs réalités territoriales. Faute de quoi, le triomphe de la ville en libre-service pourrait se confondre avec le triomphe du marché et le développement des inégalités dans la qualité des prestations de service entre les villes.

Bibliographie

  • Baraud-Serfaty, Isabelle. 2011. « La nouvelle privatisation des villes », Esprit, n° 3-4, p. 49-167.

  • Carmona, Michel. 1985. Le mobilier urbain, Paris : Presses universitaires de France.

  • Duran, Patrice. 2009. « Légitimité, droit et action publique », L’Année sociologique, vol. 59, n° 2, p. 303-344.

  • Flonneau, Mathieu. 2005. Paris et l’automobile. Un siècle de passions, Paris : Hachette Littératures.

  • Huré, Maxime. 2010. « Une privatisation des savoirs urbains ? Les grands groupes privés dans la production d’études des projets de vélos en libre-service à Lyon et Bruxelles », Géocarrefour, vol. 85, n° 4, p. 265-273.

  • Lorrain, Dominique. 2002. « Capitalismes urbains : des modèles européens en compétition », L’Année de la régulation, n° 6, p. 197-241.

  • Passalacqua, Arnaud. 2010. La bataille de la route, Paris : Descartes & Cie.

  • Notes

[1] Chiffres devant être atteints en juin 2012. Le système a été lancé avec 250 voitures réparties dans 75 stations.

[2] Terme employé par le site officiel Autolib’.

[3] Avocat et homme politique français, maire MRG (Mouvements des radicaux de gauche) de La Rochelle entre 1971 et 1999.

[4] En 1998, la ville de Rennes choisit de ne pas renouveler l’entreprise JCDecaux au profit de la société More Group France, rachetée par la suite par Clear Channel. Le retrait des mobiliers JCDecaux a conduit les deux sociétés à se livrer à une longue bataille juridique. Voir Arrêt de la cour d’appel de Paris (1ère chambre, section H) en date du 22 février 2005 relatif au recours formé par la société JCDecaux contre la décision n° 04-D-32 du Conseil de la concurrence en date du 8 juillet 2004 relative à la saisine de la société More Group France contre les pratiques du groupe Decaux.

[5] « Autolib’ fâche les loueurs de voiture et les taxis parisiens », Le Figaro, le 7 décembre 2011.

[6] Circulaire du ministère de l’Intérieur n° 78-207 du 18 mai 1978.

http://www.metropolitiques.eu/De-Velib-a-Autolib-Les-grands.html

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:01

1.jpgEn 2011 tout comme en 2010, l'Amérique vivait techniquement une période de relance, mais a continué à souffrir du désastre d'un chômage terriblement élevé. Et au cours de la majeure partie de 2011, comme en 2010, pratiquement toutes les conversations à Washington ont porté sur quelque chose d'autre : le problème censément urgent de la réduction des déficits budgétaires.

Cette préoccupation mal placée en dit long sur notre culture politique, particulièrement sur le fait que le Congrès est coupé des souffrances des américains lambdas. Mais elle a également révélé autre chose : lorsque les gens de Washington parlent de déficits et de la dette, en gros ils n'ont aucune idée de ce dont ils parlent - et ce sont ceux qui en parlent le plus qui la comprennent le moins.

Force est de constater que les "experts" économiques sur lesquels le Congrès s'appuie ont eu complètement tort, sans cesse, à propos des effets à court terme des déficits budgétaires. Ceux qui basent leur analyse économique sur celles de la Heritage Foundation attendent depuis le premier jour de la prise de fonction de Barack Obama que les déficits budgétaires ne fassent grimper en flèche les taux d'intérêt. On attend toujours !

Alors qu'ils attendent toujours, ces taux d'intérêt ont chuté à un niveau historiquement bas. On pourrait se dire que cela devrait conduire les hommes politiques à se poser des questions quant aux experts choisis - en fait c'est ce que l'on pourrait penser si l'on ne connaissait rien à la politique post-moderne qui ne se soucie pas des faits.

Cependant, à Washington, on ne s'est pas simplement trompé à propos du court terme, on s'est également trompé sur le long terme. Car bien que la dette puisse être un problème, la façon qu'ont nos hommes politiques et nos experts de penser la dette est fausse sur toute la ligne et exagère la taille du problème.

Ceux qui s'inquiètent des déficits peignent le tableau d'un futur dans lequel nous sommes appauvris à cause des sommes que nous devons rembourser après nos emprunts. Ils voient l'Amérique comme une famille qui aurait contracté un crédit trop important et qui aurait donc des difficultés à payer ses échéances tous les mois.

Ceci est une analogie vraiment mauvaise, sur au moins deux plans.

Tout d'abord, les familles se doivent de rembourser leurs dettes. Pas l'état - tout ce qu'il doit faire est de faire en sorte que sa dette augmente moins vite que son assiette fiscale. La dette de la seconde guerre mondiale n'a jamais été remboursée ; elle s'est seulement retrouvée de moins en moins pertinente à mesure que l'économie américaine croissait et avec elle le revenu soumis à l'imposition.

Ensuite, et c'est le point que presque personne ne semble comprendre, une famille surendettée doit de l'argent à quelqu'un d'autre ; la dette américaine est dans une grande mesure de l'argent que nous nous devons à nous-mêmes.

Cela était particulièrement vrai de la dette engagée pour gagner la seconde guerre mondiale. Les contribuables étaient tenus d'assumer une dette qui était plus importante, de façon significative que la dette d'aujourd'hui, en pourcentage du PIB ; mais cette dette appartenait également aux contribuables, tout comme tous ceux qui achetaient des obligations d'épargne. Ainsi la dette n'a pas rendu l'Amérique de l'après-guerre plus pauvre. La dette n'a notamment pas empêché la génération de l'après-guerre de connaître les plus grosses augmentations de revenus et de niveaux de vie de l'histoire du pays.

Notre époque ne serait-elle cependant pas différente ? Pas autant que ce que l'on pourrait croire.

Il est vrai que les étrangers détiennent aujourd'hui des créances sur les Etats-Unis, incluant un montant important de la dette de l'état. Mais chaque créance étrangère sur l'Amérique d'une valeur d'un dollar correspond à une créance américaine sur les créances étrangères d'une valeur de 89 cents. Et parce que les étrangers ont tendance à mettre leurs investissements américains dans des actifs sûrs et à faible rendement, l'Amérique gagne en fait plus d'argent de ses actifs à l'étranger que ce qu'elle ne paie à ses investisseurs étrangers. Si vous avez l'image d'un pays en grande partie à la solde de la Chine, vous avez tout faux. Et nous sommes loin de prendre cette direction.

Le fait que la dette fédérale ne soit pas du tout une hypothèque sur le futur des Etats-Unis ne veut pas dire que la dette est inoffensive. Les impôts doivent être prélevés pour payer les intérêts et il n'est nul besoin d'être un idéologue de droite pour concéder que les impôts imposent des coûts à l'économie, notamment en causant une diversion des ressources qui sont loin d'activités productives, notamment dans l'évasion fiscale. Mais ces coûts sont bien moins dramatiques que ce que le parallèle avec une famille surendettée pourrait suggérer.

Et voici pourquoi les pays qui possèdent des gouvernements stables et responsables - c'est-à-dire des gouvernements qui sont prêts à imposer des impôts légèrement plus élevés lorsque la situation l'exige - sont capables de manière historique de vivre avec des taux d'endettement bien supérieurs à ceux que la sagesse populaire d'aujourd'hui voudrait vous faire croire. La Grande-Bretagne en particulier a vu sa dette excéder de plus de 100 pourcent son PIB pendant 81 des 170 dernières années. Lorsque Keynes écrivait qu'il fallait dépenser pour se sortir d'une dépression, la Grande-Bretagne était plus endettée que n'importe quel pays avancé aujourd'hui, à l'exception du Japon.

Bien entendu, avec le mouvement conservateur férocement opposé à l'imposition, l'Amérique pourrait ne pas avoir un gouvernement responsable dans ce sens-là. Mais dans ce cas, la faute se situe non du côté de la dette mais de notre côté à nous.

La dette est donc importante, c'est vrai. Mais aujourd'hui, d'autres aspects comptent encore plus. Nous avons besoin de davantage - et non de moins - de dépenses d'Etat pour nous sortir de ce piège du chômage. Et cette obsession malavisée nourrie d'inexactitudes au sujet de la dette nous barre la route.

Paul Krugman

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 18:55

0.jpgEn coulisse, ils façonnent la pensée des partis politiques. En dix ans, les “think tanks” – laboratoires d'idées, cabinets d'experts - sont devenus incontournables. Mais cette intelligentsia parisienne n'est-elle pas un simple relais de la pensée dominante ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La primaire socialiste ? L'idée a germé chez Terra Nova. La « règle d'or » ? Elle est née à la Fondapol. La charte de la diversité ? A l'Institut Montaigne. Leurs noms vous sont peut-être inconnus, mais plus pour très longtemps : les « think tanks » envahissent le marché des idées. Ils ont éclos à l'aube des années 2000, sans qu'on sache toujours ce que le mot recouvre, sinon qu'un think tank sonne chic et intello. « Laboratoire à idées ou groupe d'experts chargé d'influencer les politiques publiques », disait-on jusqu'ici. Le terme américain l'a emporté, avec ses sonorités qui claquent et sa connotation militaire.

Outre-Atlantique et en Allemagne, ce sont des mastodontes du débat public, dont les budgets dépassent souvent la centaine de millions d'euros. En France, le mieux pourvu, l'Institut Montaigne, atteint 3 millions d'euros, quand le petit nouveau de gauche, Terra Nova, annonce « entre » 300 000 et 400 000 euros. Des modèles réduits donc, mais qui champignonnent. Ils seraient aujour­d'hui près de deux cents en France et, en ces temps de crise et de campagne présidentielle, pas un jour ou presque sans qu'on en voie jaillir un nouveau, tel l'Esprit neuf de Nora Berra, secrétaire d'Etat à la Santé, ou le Club du 6 mai, de l'historien et politologue Patrick Weil et du créateur de soaps télé Pascal Breton.

On a voulu explorer ce maquis via une poignée de think tanks dits « généralistes », à dominante politico-économique, et qui veulent faire entendre leur voix dans la campagne 2012. Direction les beaux quartiers de la capitale. Sonder les think tanks, c'est plonger dans le petit monde courtois et feutré de l'establishment parisien, où se croisent experts, banquiers, avocats, hauts fonctionnaires et politiques, et où l'on tutoie la crise et le chômage sans les connaître personnellement. C'est découvrir que la vie des idées se déroule, parfois, dans des bureaux de banque. « Tout le pouvoir à ceux qui l'ont déjà »,disait Alexandre Adler au sujet de la Fondation Saint-Simon, souvent décrite comme l'ancêtre des think tanks, et qui milita pour que la « société civile » pèse sur les débats de société.

Une partie du comité éditorial de Terra Nova. De gauche à droite : Romain Prudent,
Agnès Martinel, Alexandre Aïdara, Olivier Ferrand, Nelly Fesseau, Jean-Philippe Thiellay. Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama.

Terra Nova, think tank proche du PS, a pignon sur les Champs-Elysées. A ceux qui y voient un symbole de l'embourgeoisement de la gauche, Olivier Ferrand, son patron, HEC, énarque et proche de DSK, rétorque, tout sourire : « Henry Hermand[proche de Michel Rocard, patron de HH Développement, fortune de l'immobilier, NDLR] nous prête ses locaux. »

Une belle vue sur les toits de Paris pour une réussite fulgurante, construite sur les cendres de la défaite de Ségolène Royal. 2007 avait laissé les intellectuels de gauche sonnés, frustrés de ne pas avoir été écoutés par des politiques repliés sur eux-mêmes et technocratisés, au moment même où l'UMP scénarisait sa victoire comme le résultat d'une bataille culturelle et intellectuelle, avec un Sarkozy ayant fait sienne l'analyse de Gramsci : « Le pouvoir se gagne par les idées. »

Début 2008, Ferrand répond en créant Terra Nova, qu'il veut voir comme un cousin du PPI, le Progressive Policy Institute, lancé par Bill Clinton et artisan de « la troisième voie et des nouveaux démocrates ». « Toute l'intelligentsia de gauche s'y pressait »,se souvient un universitaire qui connut les débuts de Terra Nova. Trois ans plus tard, les rangs intellos se sont un peu dégarnis au profit d'experts, de hauts fonctionnaires, de techniciens divers et variés.

Les nostalgiques de l'époque des « intellectuels organiques », issus du monde ouvrier et formés sur le tas, passeront leur chemin. L'ère des think tanks serait plutôt celle des managers de la pensée, à l'image de l'hyper médiatique Ferrand. Impeccablement mis, chemise bleu Oxford, un smartphone qui n'arrête pas de sonner, il s'enthousiasme : « Avant, le monde des think tanks était un espace amateur, structuré autour de clubs informels. Il s'est professionnalisé. »

C'est carré, professionnel, avec une ingénierie
très efficace : un rapport, une note synthétique,
un plan média. Une méthode qui accompagne
le changement générationnel des politiques.”
Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit

Dans le monde des idées de ce jeune quadra monté sur piles, il y a des « fournisseurs de contenu – les intellectuels, les experts »,au service d'un « métier de production des idées et de diffusion ».Le succès de sa note sur les primaires ? « On a fait le benchmark[technique de marketing pour observer et analyser les pratiques utilisées par la concurrence, NDLR] de ce qui existait, on a proposé, on s'est arrimés à Arnaud Montebourg, et on s'est battus pour défendre cette idée des primaires. Jusqu'au bout. »Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit,qui travaille à ses côtés, est séduit : « C'est carré, professionnel, avec une ingénierie très efficace : un rapport, une note synthétique, un plan média. Une nouvelle méthode qui accompagne le changement générationnel des politiques. »Bref, une révolution.

A quelques centaines de mètres de là, l'Institut Montaigne raconte aussi, à sa façon, la flambée de ce nouveau type de lobbying intello et la même ambition d'une « refondation intellectuelle ».Créé en 2000 par le « parrain du patronat français », Claude Bébéar, alors pdg d'Axa, Montaigne, d'orientation libérale, est le reflet d'une époque où tout bascule. Les valeurs libérales qui imprègnent le monde intellectuel, l'économie qui prend le pas sur le politique, l'essor des ultra-riches...

Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne.
Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama.

Parmi ceux-ci, quelques grands patrons veulent peser sur le débat public et se mettent à financer des think tanks ou à en créer. « Claude Bébéar avait envie d'apporter son expertise,explique Laurent Bigorgne, directeur de Montaigne, pas encore 40 ans, agrégé d'histoire, ancien bras droit de Richard Descoings à Sciences-Po. Dans un pays où l'Etat domine, même dans le domaine de l'expertise, où la prospective de Bercy est faite par Bercy, celle du Quai d'Orsay par le Quai d'Orsay, il était temps de voir émerger des outils indépendants. »

En phase avec le retour de la droite au pouvoir, l'« outil » a prospéré, avec des débats remarqués (sur l'égalité des chances, en 2004) et 25 % de ses propositions reprises par les parlementaires, dit-on. D'autant qu'« on assiste à un affaissement des partis comme structures de réflexion »,résume Laurent Bigorgne.

Le parti ne parvient pas à réfléchir.
Ses cadres sont des élus dont l'emploi du temps
est consacré à être en représenta­tion.”
Henri Weber, PS

Car la montée en force des think tanks révèle, en creux, l'incapacité à penser des partis, l'assèchement de politiques piégés dans le court-termisme. En novembre 2011, lors du deuxième forum des think tanks, Henri Weber, ex-leader de 68, cofondateur de la LCR, membre du PS, expliquait ainsi qu'il y glanait des idées, « par exemple sur la dette »,et des experts à inviter devant les commissions du PS. « Le parti ne parvient pas à réfléchir. Ses cadres sont des élus dont l'emploi du temps est consacré à être en représenta­tion. Il arrive qu'on fasse remonter une bonne idée de la base, mais ne rêvons pas, il faut être en lien avec ceux dont c'est le métier. »

La délocalisation du cerveau des politiques est à l'œuvre, mouchent les journalistes Roger Lenglet et Olivier Vilain, auteurs d'une enquête engagée sur l'impact des think tanks. « C'est pratique pour les ministres et les élus : ils peuvent faire leur “media training” pour préparer les passages télé, animer les meetings, prononcer des discours, dîner avec les têtes de réseau, évoquer les derniers concepts à la mode... Ils savent que leurs boîtes de sous-traitance sont au boulot. »

Une masse de main-d'œuvre que les think tankers vont chercher dans leurs réseaux parisiens. Quelques universitaires et beaucoup d'experts (1), chargés d'alimenter la machine à idées. « On produit plus que le site Slate.fr en volume, quatre cents notes au total ! On a accéléré la production intellectuelle à destination du politique, c'est un grand changement »,se réjouit Olivier Ferrand. Certains rapports, commandés par les politiques, restent confidentiels. La plupart sont consultables gratuitement sur les sites Internet des think tanks, envoyés aux élus et souvent suivis de rendez-vous personnalisés pour les convaincre. Et d'un systématique service après-vente dans les médias.

Car les think tanks ne sont pas seulement là pour penser mais – surtout ? – pour mettre leurs thèmes à l'agenda et communiquer. En une décennie, ils ont envahi notre espace médiatique. Dans la presse écrite, ils nourrissent les pages « débat » des quotidiens sur la dette ou la réforme des retraites. Ils se voient même, en cette campagne 2012, « agences de notation » des programmes des partis politiques : Montaigne chiffre pour Les Echosles mesures des candidats à l'Elysée, idem pour la Fondation iFrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) dans Le Figaro...

A la télévision, Olivier Ferrand co­anime le magazine hebdomadaire Think tank,sur LCI, Agnès Verdier-Molinié, à la tête de l'iFrap, comptabilise « cent quatre-vingts passages médias depuis le début de l'année »,quand Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, professeur à Sciences-Po et invité récurrent de C dans l'air,est incollable sur la Chine le 27 octobre, sur la dette le 31 octobre ou sur Berlusconi le 4 novembre. Pour gérer sa com et celle de la Fondapol, ce dernier a fait appel à Image 7, l'agence d'Anne Méaux, qui coache une bonne partie du CAC 40...

Globalement, les think tanks, c'est
peu d'audace et beaucoup d'eau tiède.
Le bilan de la crise ? Ils font tous le même !”
Un ancien de la Fondapol

« Fast thinkers », nos think tankers ? « Il faut exister sur un marché des idées ultra concurrentiel, au risque d'une qualité moyenne des productions »,reconnaît l'un d'entre eux. Alors chacun affûte sa stratégie et précise ses niches. A Montaigne, Laurent Bigorgne refuse l'hyper-productivité et l'hyper-personnalisation, veut créer « une vraie valeur ajoutée »et investit 150 000 euros, du jamais-vu, pour financer une vaste étude de dix-huit mois menée par Gilles Kepel sur les « banlieues de la République ». Olivier Ferrand – en orbite pour une carrière politique ? – conçoit Terra Nova comme un outil pour faire bouger le PS et dire tout haut ce qu'une partie du PS pense tout bas, avec des notes polémiques, sur l'électorat socialiste (« la classe ouvrière n'est plus le cœur du vote de gauche »)ou pour l'augmentation des droits d'inscription à l'université.

A gauche toujours, la Fondation Jean-Jaurès, dirigée par Gilles Finchelstein, par ailleurs directeur des études d'Euro RSCG et proche de ­Dominique Strauss-Kahn, reflète les différents courants du PS, et y anime le débat intellectuel, tandis qu'En temps réel, conduit par le banquier Stéphane Boujnah, ancien conseiller de DSK à Bercy et cofondateur de SOS Racisme, sonde les questions de régulation et de mondialisation via des analyses pointues. Quant à la Fondapol, Dominique Reynié y creuse son sillon « progressiste, libéral et européen, mais pas de droite !» (2).

Une marée de rapports et de sondages divers, tendance Sciences-Po, ausculte « la jeunesse », « les valeurs » ou « les vertus de la concurrence »... Des travaux académiques dont on a peine à dire qu'ils « influencent » le pouvoir politique, à l'exception notable du travail de l'économiste Jacques Delpla, défendant une règle d'or inscrite dans la Constitution en matière de déficits publics et qui « a été reprise par le chef de l'Etat ».

« A quoi sert la Fondapol ?s'interroge un ancien. Tout ça manque de souffle et d'innovation. Globalement, les think tanks, c'est peu d'audace et beaucoup d'eau tiède. Le bilan de la crise ? Ils font tous le même ! »Idem chez plusieurs ex-Terra Nova, « la pensée critique est absente, on réfléchit dans le cadre du système. Vous pouvez multiplier les think tanks, si le monde que vous décrivez n'est pas juste, vous n'aurez jamais de meilleures politiques publiques ! »

Ils contribuent à fabriquer cette pensée
standardisée que l'on retrouve dans les partis,
avec des retouches adaptées au profil de chacun.”
Olivier Vilain, journaliste

On a eu beau chercher, on a trouvé peu de grands débats d'idées, de vraies absences – presque rien sur le nucléaire ! – et de larges consensus : sur les solutions à la dette ou la réforme des retraites, pour la « compétitivité qualitative », contre le principe de précaution... Les think tankers font prospérer la pensée dominante et préfèrent mettre en avant des « valeurs » abstraites, souvent les mêmes à gauche et à droite – le progressisme, la solidarité sociale... A quelques exceptions près comme l'iFrap, dont le libéralisme affirmé porté par la jeune Agnès Verdier-Molinié décoiffe. Ou la Fondation Copernic, ancrée à gauche et issue du mouvement social, qui a joué un rôle de contrepoids lors du débat sur la réforme des retraites.

Pour le reste, « entre le libéralisme à prétention sociale de Montaigne et le progressisme légèrement socialisé de Terra Nova, il devient difficile de distinguer leur ADN politique,observe le journaliste Olivier Vilain. Ils contribuent à fabriquer cette pensée standardisée que l'on retrouve dans les partis, avec des retouches adaptées au profil de chacun. Leurs idées ressemblent à des vêtements de prêt-à-porter. »

« Ce qui fait mal, ce sont les organigrammes de tous ces lieux »,note l'universitaire Emmanuel Todd. Ces think tanks, qui se dépeignent volontiers comme l'expression de la société civile, n'en reflètent absolument pas la diversité, témoin leur composition socioprofessionnelle ultra homogène, qui cultive l'entre-soi : grands patrons, hauts fonctionnaires, banquiers et avocats d'affaires, économistes...

Et une armée d'hommes ! Ces derniers mois, les activistes féministes de La Barbe, qui envahissent, postiche au menton, les lieux de domination masculine, ont d'ailleurs surgi au premier colloque de la Fondation Ecologie d'avenir de Claude Allègre – quarante-deux hommes sur quarante-cinq membres ; à l'Institut Montaigne, qui planchait sur « Quinze ans de réforme des universités » – quatorze hommes pour quinze intervenants ; à la Fondapol, qui phosphorait sur une « Politique de l'eau » – vingt-quatre hommes sur vingt-huit membres.

Lire aussi l'article sur la non-parité parmi les experts médiatiques.

Qui êtes-vous pour me questionner sur notre
budget ? Tous ces intellectuels que vous interviewez,
vous leur demandez pour qui ils votent ? Et vous,
pour qui vous votez ? Je vous demande de sortir !”
Dominique Reynié, directeur de la Fondapol

Et puis il y a leur mode de financement, qui repose de plus en plus sur de grands groupes privés. Preuve que la question dérange, l'interview que nous a donnée Dominique Reynié, de la Fondapol. Ce soir-là, on pensait trouver un éditorialiste rodé aux médias. Surprise, après quinze minutes de ronronnement sur la vocation du think tank, son directeur donne des signes de nervosité. Et refuse de répondre à nos questions sur son financement, qui provient de fonds publics pour les deux tiers, privés pour le reste (3). « Qui êtes-vous pour me questionner sur notre budget ? Tous ces intellectuels que vous interviewez dans vos pages, vous leur demandez pour qui ils votent ? Et vous, pour qui vous votez ? Je vous demande de sortir ! »

A quelques exceptions près – l'Institut Montaigne, ou la Fondation Copernic, totalement à part, qui vit grâce aux cotisations de son millier d'adhérents, gage de son indépendance –, les think tankers que nous avons rencontrés ne veulent pas parler de leurs financeurs privés (ou restent approximatifs)... au risque d'alimenter la suspicion. Souvent par volonté de masquer leurs difficultés à rassembler des fonds, telle la Fondapol, à qui les ennuis judiciaires de son président, Nicolas Bazire, « ne facilitent pas la tâche »,nous a-t-on dit. Mais aussi parce que le mécénat – et son modèle américain – pose la question de leur indépendance face aux grands groupes. Le think tank de Dominique Reynié, Nicolas Bazire et Charles Beigbeder est cofinancé par des multinationales comme Veolia, Suez ou EDF. Ces dernières subventionnent également la Fondation Jean-Jaurès, proche du PS. Quant à l'Institut Montaigne, il compte parmi ses quatre-vingts mécènes EADS, Capgemini, Total, Areva, Acticall... qui financent aussi, à gauche, Terra Nova.

Pour Laurent Bigorgne, « dès lors qu'on touche de l'argent public, qu'on bénéficie d'abattements fiscaux, on doit être transparent. La société française ne peut plus vivre avec cette culture du soupçon ! Quant à l'indépendance de Montaigne, qui travaille au service de l'intérêt général, elle est assurée par la diversité des entreprises, dont aucune ne pèse plus de 2 % du budget total ».

Ce sont d'excellentes caisses de résonance,
qui permettent de s'offrir des assurances en cas
d'alternance, moyennant un investissement limité.”
Un cadre de multinationale

Reste que si l'argent n'explique pas tout, rien ne s'explique sans lui. Les groupes d'intérêt ont compris l'utilité de ces think tanks, qui interviennent en amont des décisions publiques. « Ce sont d'excellentes caisses de résonance, qui permettent de mettre en avant des thèmes, de repérer les grands relais d'opinion porteurs,précise ce cadre de multinationale. Et aussi de s'offrir des assurances en cas d'alternance, moyennant un investissement limité, souvent autour de 50 000 euros, dans des structures de gauche et de droite. »

Certes, les think tanks à la française sont encore très loin de leurs cousins amé­ricains, passés maîtres dans l'art du lobbying au service de puissances ­financières et économiques. Mais, comme s'interroge Agnès Verdier-Molinié, « si je commence à accepter le financement des grandes entreprises, est-ce que je pourrai garder la même liberté de parole ? Quand l'iFrap sort une étude sur les parachutes dorés et les retraites chapeaux, ça n'arrange pas les entreprises du CAC 40... »

Les « angles morts » de la réflexion des think tankers – toutes les thématiques qu'ils se gardent bien d'aborder – disent aussi, à leur façon, le poids des financeurs. Comment, par exemple, envisager un vrai débat sur le secteur des assurances à Montaigne quand on a à sa tête l'ex-assureur Claude Bébéar ? « C'est une vraie frontière idéologique : les analyses “indépendantes” des think tanks libéraux ne peuvent mettre en cause les intérêts des milieux d'affaires »,soulignent Olivier Vilain et Roger Lenglet.

Les hyper-riches ont tant d'argent qu'ils
ne savent plus qu'en faire. Il leur reste un terrain
à conquérir : le monde des idées !”
Emmanuel Todd

Sans oublier le contexte de leur montée en puissance, celui de l'explosion des très hauts revenus. « Nous sommes dans un moment d'“ivresse du capital”,dit Emmanuel Todd. Les hyper-riches ont tant d'argent qu'ils ne savent plus qu'en faire. Il leur reste un terrain à conquérir : le monde des idées ! »

Un petit groupe d'« experts », aussi éclairés soient-ils, peut-il déterminer ce qu'est une « bonne » société ? Qui est légitime pour produire des analyses économiques et sociales ? Excepté de rares cas, comme la Fondation Copernic, qui mêle en son sein hommes et femmes, chercheurs, politiques et représentants du monde social, et bataille, comme le dit Willy Pelletier, pour « produire une autre forme d'expertise à partir de l'expérience réelle des gens et rompre avec l'entre-soi »,dans le petit monde feutré et courtois des grands think tanks parisiens, tout le pouvoir va à ceux qui l'ont déjà.

 

Les cerveaux, hémisphère droit


Institut Montaigne
Création : 2000, par Claude Bébéar
Dirigeants : Laurent Bigorgne, Claude Bébéar
Membres : Henri Lachmann (Schneider Electric), Nicolas Baverez (avocat), Philippe Wahl (Banque postale), Guy Carcassonne (juriste, consultant), Michel Godet (économiste, consultant), Jean-Paul Tran Thiet (avocat), Jean-Paul Fitoussi (économiste, Sciences-Po, OFCE), Guillaume Pepy (SNCF)...
Budget : 3 millions d'euros.
Financeurs : quatre-vingts entreprises, dont Areva, LVMH, Capgemini, Carrefour, SFR, Vinci, Total...
Site Web : www.institutmontaigne.org


Fondapol
Création : 2004, par Jérôme Monod
Dirigeants : Dominique Reynié, professeur à Sciences-Po
Membres : Charles Beigbeder (Poweo), Nicolas Bazire (LVMH, Carrefour...), Jérôme Monod (président d'honneur de Suez), Francis Mer (groupe Safran), Laurent Cohen-Tanugi (avocat), Pierre Giacometti (conseil en stratégie et en communication)...
Budget : 2,2 millions d'euros.
Financeurs : fondation d'utilité publique, dotée de subventions publiques, de mécénat venant de grands donateurs privés et quelques multinationales comme EDF, Suez, Veolia...
Site Web : www.fondapol.org


Ifrap
Création : 1985, par Bernard Zimmern (X-ENA, entrepreneur, inventeur)
Dirigeants : Bernard Zimmern, Agnès Verdier-Molinié
Membres : Olivier Mitterrand (pdg des Nouveaux Constructeurs), Emmanuel Combe (économiste), Jacques de Trentinian (ingénieur), Jean-Claude Rouzaud (Champagne Roederer), Jean-Michel Fourgous (député)...
Budget : 1 million d'euros.
Financeurs : fondation d'utilité publique, dont le budget repose sur les dons de ses adhérents (beaucoup de PME)
Site Web : www.ifrap.org

 

Les cerveaux, hémisphère gauche


Terra Nova
Création : 2008, par Olivier Ferrand
Dirigeants : Olivier Ferrand et Marc-Olivier Padis (rédacteur en chef d’Esprit)
Membres : Guillaume Hannezo (Rothschild et Cie), Paul Hermelin (Capgemini), Michel Rocard, Louis Dreyfus (groupe Le Monde), Jean-Paul Fitoussi (économiste, Sciences-Po, OFCE), Guy Carcassonne (juriste, consultant), Daniel Cohen (économiste, banque Lazard), Philippe Askenazy (économiste)...
Budget : entre 300 000 et 400 000 euros.
Financeurs : une quinzaine d’entreprises, dont Areva, Capgemini, EADS, Fondation Total...
Site Web : www.tnova.fr


Jean-Jaurès
Création : 1992, par Pierre Mauroy
Dirigeants : Gilles Finchelstein (directeur des études à Euro RSCG), Pierre Mauroy (directeur)Membres : Daniel Cohen, président du conseil scientifique (économiste, banque Lazard), Philippe Askenazy (économiste)…
Budget : 2,1 millions d’euros.
Financeurs : fondation d’utilité publique, dotée de subventions publiques et qui complète son budget avec quelques financeurs privés dont EDF, Veolia, Suez... et des partenariats européens.
Site Web : www.jean-jaures.org


Copernic
Création : 1998
Dirigeants : Caroline Mécary (avocate), Willy Pelletier (sociologue), Pierre Khalfa (syndicaliste, altermondialiste)
Membres : Safia Lebdi (fondatrice de Ni putes ni soumises, présidente de l’Office régional du film d’Ile-de France), Jacques Rigaudiat (ex-conseiller social à Matignon sous Jospin et auparavant sous Rocard), Francis Parny (numéro 2 du PCF), Alain Lipietz (économiste, député européen Europe Ecologie Les Verts), Sandra Demarcq (dirigeante du NPA), Gérard Filoche (inspecteur du travail, PS)…
Budget : 80 000 euros.
Financeurs : cotisations de ses adhérents
Site Web : www.fondation-copernic.org 

 

Attention à l'effet « arbre de Noël » des comités éditoriaux ou scientifiques des think tanks, nous ont dit en aparté plusieurs intellectuels, dont les noms figurent sur ces listes mais qui n'en font plus partie depuis longtemps... Comme il fait chic de figurer dans un think tank, beaucoup apparaissent aussi dans de nombreux comités mais n'y mettent jamais les pieds.

Weronika Zarachowicz

http://www.telerama.fr/idees/l-influence-des-think-tanks-cerveaux-des-politiques,76047.php 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 20:02

arton15495-1d63f.jpgYangos Andreadis est Universitaire, directeur du Centre de Drame et de Spectacle Classique de l’Université Panteion d’Athènes.

Il a bien voulu confier au Grand Soir le texte de son intervention du 3 décembre 2011 à Paris au colloque international « Pour une civilisation de l’émancipation humaine, Trans-Révolutions, Révolutions individuelles et collectives » organisé par le psychiatre Hervé Hubert, animateur du TRIP (Travaux de Recherche sur l’Inconscient et la Pulsion).

LGS



De nouvelles armes destructrices, sont mises à l’essai : celles d’une dictature néofasciste préférant pour le moment aux blindés la terreur des medias et des marchés.

La Guerre - qui cette fois démarre comme guerre économique menaçant de devenir une guerre globale- est déjà en train de se propager en Europe et dans le monde. Les instigateurs de cette guerre n’ont pas de patrie et, comme les personnages agents du destin dans la Tragédie ils aiment les masques, les jeux de mots macabres et les énigmes. Qu’ils s’appellent « forces du Marché », maison d’évaluation, banques centrales, leur objectif reste le même : Subjuguer le monde entier.

Peut-on encore faire de l’art, théâtral ou autre, au milieu de la crise actuelle ? Et quel genre, dans quel contexte et quel but ? La réponse oui. Peut être plus que jamais. Exemple. Les ouvriers de la « Zone du métal », prés d’Athènes, chômage à 95%, suicides pour motifs économiques, demandent du travail. Du pain, mais aussi la présence d’artistes qui produisent des créations. Seulement voila, la compétition est énorme. Qu’on veuille faire de la tragédie, de la comédie, du drame, du gothique ou de la farce, du grotesque et du happening, la présence, le discours et les actes des politiciens, des banquiers dépassent l’imagination la plus féconde ou la plus perverse. Vous savez bien que les blagues ont toujours servi d’armes contre les régimes totalitaires. Le problème c’est que la production de situations surréelles, je ne dis pas le surréalistes est en quelque sorte devenue le style dominant du néolibéralisme.

On appelle » aide économique » le moyen pour subjuguer politiquement et surexploiter économiquement des nations entières ou des continents.

Pourquoi je dis cela ? C’est plutôt parce que les mots invoqués semblent signifier le contraire du contexte de ce qu’ils annoncent et les actes produisent un effet inverse à celui qu’ils promettent. Le capitalisme, qui se vante d’avoir vaincu ses adversaires, est maintenant prêt à succomber à sa “réussite”, qui menace d’entraîner la Terre entière dans le gouffre. La crise Européenne en est témoin. Certes, le monde ne se limite pas à l’Occident, mais ce qui se passe en ce moment en Europe et en Méditerranée acquiert une signification globale. Vivons-nous ce qu’on appelle un moment tragique ? Objectivement oui, car une catastrophe, au sens banal (et non aristotélicien) du mot est en réalité déjà survenue. Pourtant, si on prend note des discours officiels, depuis des décennies déjà, le refus du tragique, en tant que refus de l’esthétique lié au politique est devenu la façon dominante de penser et sentir de ceux qui réclament le monopole de la décision sur la politique, l’économie ou la culture. On appelle négociateur celui qui prépare la nouvelle guerre. On appelle aide économique le moyen pour subjuguer politiquement et surexploiter économiquement des nations entières ou des continents. C’est embellir ce qui est ignoble ou mortel, refuser de penser tragique, ouvre la voie royale pour causer des tragédies dans la vie…

L’irrésistible ascension est aujourd’hui celle d’une minorité qui aspire à la domination du Globe.

Pouvons-nous repenser le tragique ? Pour le moment, la situation se prête plutôt à la tragicomédie grotesque à un genre hautement ironique ou tout veut dire le contraire. Pensons un moment aux guerres et à la crise : La rhétorique anti-tragique des forces dominantes nous explique que guerre et crise constituent quelque chose comme des erreurs ou des accidents de parcours auxquels le système doit et peut apporter remède. Un regard, même superficiel, aux événements en cours nous assure au contraire qu’il s’agit de phénomènes structurels indispensables à ce qui était naguère le développement et aujourd’hui la survie pure et simple du système. Je vais insister sur le Moyen-Orient et surtout la Grèce, parce que je crois qu’ils peuvent servir de paradigmes en ce qui concerne cette thématique de la destruction globale ou particulière évoquée dans la lettre d’ invitation de ce colloque ainsi que celle de la ségrégation qui, comme nous enseigne l’expérience horrible de la deuxième guerre mondiale, mais aussi le comportement actuel des forces économiques et politiques dominantes et de pas mal de médias Européens envers la Grèce, peut concerner pas uniquement des individus, mais des nations ou ce que certains appellent des races. Le moment semble d’ailleurs propice aux associations d’idées cauchemardesques qui, peu de temps avant, sembleraient exagérées. L’ascension irrésistible n’est plus celle de Hitler/Arturo Ui mais plutôt celle d’une ultra minorité économique et politique qui aspire à la domination du Globe. Minorité en quelque sorte sophistique car elle est caractérisée par son souci permanent de masquer et de travestir son visage ses buts et ses moyens.

Dans une tragédie, Antigone ou Hamlet, Créon ou Claudius énoncent le contraire de ce qui ils pensent ou font. En Grèce d’aujourd’hui, l’occupation quasi totale du pays par les puissances du marche et la perte manifeste de l’indépendance économique et politique nationale ont été imposées par ce qui était appelé des plans de sauvetage. Plans qui malgré les catastrophes qu’ils ont produites, vont en avant bien que leurs auteurs Grecs et autres ont gentiment admis qu’ils étaient erronés. Aujourd’hui des ministres ouvertement néo-fascistes et racistes se trouvent côte à côte avec des sociaux-démocrates et des centristes au sein d’un gouvernement soi disant de salut national qui, en réalité, exerce une dictature économique et concrétise la dépendance totale. Rien de grave pourtant si on fait confiance à la grande majorité des médias, naguère se distinguant pour leurs tirades patriotiques et antifascistes, et aujourd’hui, soulignant le caractère technocratique du gouvernement.

Ce double discours n’est pas du tout un privilège Grec. La prochaine guerre chaude qui peut éclater d’un moment à l’autre en Moyen-Orient va de pair avec les interminables initiatives de paix refusant d’affronter la réalité. Faire face à ce péril mortel serait un objectif prioritaire pour l’Europe, mais l’Europe prétendument Unie a manqué de politique internationale ainsi que de politique concernant la défense, l’économie et la culture, ou plutôt elle a fait depuis longtemps sienne la politique de ceux qui de plus en plus la détruisent.

En réalité une autre guerre est déjà en cours en Europe. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une guerre “chaude”, il y a déjà des dizaines de millions de victimes sur le plan moral, économique et culturel et encore des morts au sens propre. La Grèce a eu depuis 2009 la chance d’être le premier champ de bataille, ou les nouvelles armes destructrices, sont mises à l’essai.

Elles sont celles d’une dictature néofasciste préférant pour le moment aux blindés la terreur des médias et des marchés. Mais la Grèce n’est qu’un ballon d’essais. La Guerre - qui cette fois démarre comme guerre économique menaçant de devenir une guerre globale- est déjà en train de se propager en Europe et dans le monde. Les instigateurs de cette guerre n’ont pas de patrie et, comme les personnages agents du destin dans la Tragédie ils aiment les masques, les jeux de mots macabres et les énigmes. Qu’ils s’appellent forces du Marché, agences d’évaluation, banques centrales, leur objectif reste le même : Subjuguer le monde entier.

Je viens de dire que cette guerre a fait déjà des morts. En Grèce, en quatre ans le nombre de suicides pour raisons économiques a déjà quadruplé. Le nombre des cas enregistres par les institutions d’hygiène psychique suit la même courbe. Mais la situation ne peut pas être comprise uniquement à travers ces chiffres concernant des cas extrêmes. Pour tuer des individus ou des sociétés mieux vaut tuer avant l’espoir, la perspective qui est œuvre du culturel. Dans le champ de la culture, en Grèce comme ailleurs, l’attaque contre la création autonome, sa soumission aux règles des marches et du consumérisme est advenue avant l’éclatement de la crise économique et se développe de plus en plus. La production de biens culturels visant a la critique politique et sociale, ce qui fut l’œuvre de tout art et de toute littérature depuis l’Iliade et le Mahabharata est bloquée de multiples façons. Du côté de l’éducation la nouvelle loi du Juillet 2011, assure la soumission systématique et complète de la recherche et de l’enseignement aux volontés du pouvoir économique international. La langue promue par le contexte de cette loi n’est plus le grec mais le franglais, tant chéri par le gouvernement social-démocrate déchu, emblème linguistique de la perte d’indépendance dans les champs de l’expression et de la pensée. Ce qui semble être en Grèce comme ailleurs l’objectif réel de ces mesures prises au nom du développement et de la modernisation est un changement radical anthropologique, qui transformerait le citoyen, interlocuteur te agent du drame Grec, Elisabéthain ou autre, en outil et en esclave.

Comment penser culture, faire de l’art théâtral ou autre dans une situation pareille ? En réalité revenir au politique dans les conditions présentes est une priorité pour toute création culturelle. Peut-on faire appel à la production tragique pour pouvoir s’inspirer ? Il est bien probable bien que le rire amer de la tragi-comédie, le rire d’Aristophane et celui de Brecht, narrant naguère l’ascension irrésistible d’Arturo Ui semblent plus convenable. C’est dans cette perspective que, le printemps passé, nous avons, au sein du Centre de Drame et de Spectacle Classique produit la pièce musicale politique J’adore mémorandum présenté (entre autres locaux) à la place Syntagma. 1) Entrée. Sauvetage de la famille- société =mort. 2) Le streap-teese du connard. Comment on paie la dette. Gilda/ Heigworth. La troïka enlève tout à la famille/ état. Mais on enlève aussi le sexe. Celui qui fait le streap-tease c’est un père de famille traditionnel / macho. Crète, l’homme Crétois ne pouvant plus nourrir la famille qu’il protège et domine (Sicile, Corse) Etre incapable de gagner d’argent égal ne plus être homme. 3) Une présentatrice de la télévision danse le zeibekiko avant d’être violée par la Troïka. 4) Les Caryatides de l’Acropole d’Athènes voyagent à Londres pour payer les intérêts de la dette en devenant des travailleurs sexuels à Soho. Cauchemar de Seféris/ Junte 1972, colonnes en tubes de pâte dentifrice. Vendre la mémoire/ Acropole. Se prostituer. Nous essayons de promouvoir une collaboration bipartite ou pluripartite sur le Théâtre et la crise. Dans quel idiome ou code artistique ? Notre problème actuel c’est que ce qui, il y a quelques mois, paraissait grotesque et digne d’être satirisé est devenu aujourd’hui tellement banal, par le spectacle même offert par les représentants du pouvoir qu’il ne semble plus capable de inspirer la scène. On songe à faire un texte concernant les suicides, bien que les événements nus me semblent plus éloquents que toute réélaboration artistique. Ce qui nous semble aussi digne de réflexion c’est une série d’autres éléments comme la Ségrégation :

Calomnier avant d’exterminer fut naguère une recette hitlérienne et stalinienne.

La Grèce comme auparavant d’autres états ou cultures est considérée come un “ rogue state”, un pays, pour se rappeler de Huntington, anormal, ni Occidental ni oriental, ni démocratique ni totalitaire, ayant besoin d’être corrigé dans tous les sens du mot. La recette est connue : Dénigrer ceux qui doivent être corrigés. Pour ce faire il faut employer en virtuoses la calomnie dans les meilleures traditions racistes : Les Grecs sont paresseux, menteurs, voleurs, leur mets et leurs vins sont immangeables et dégoûtants.

Calomnier avant d’exterminer fut naguère la bonne vieille recette hitlérienne et stalinienne. Elle le reste aujourd’hui. L’humour noir serait éventuellement une voie possible. Humour noir vieux d’au moins quelques millénaires. Pour rénover des codes il faut avant tout se rappeler. Pourtant la difficulté est la. Le discours dominant dans les medias et la culture institutionnelle est dominé par cette stratégie de choc qui vise à l’effacement de la mémoire.

Cette Démarche partielle s’inscrit dans une perspective bien plus ample qui ne concerne pas exclusivement les artistes, les intellectuels, mais aussi les sans abris, chômeurs, grévistes, etc. Elle ne concerne pas qu’un seul peuple.

Comment faire trou, comment devenir capable de respirer, de réagir ? Espérons que nous, Grecs, nous Européens et citoyens du monde serons capables de former les réseaux humains indispensables pour créer, jouir, agir. Mettre en relief et mobiliser les gens autour de la question suicides peut est un de nos objectifs à présent : La difficulté de la tache consiste au passage des statistiques aux témoignages humains des proches et aux formes de communication et d’action qui feront comprendre que ces suicides économiques sont des meurtres perpétrés par le néolibéralisme. Mais comme je l’ai déjà dit, le problème n’étant pas uniquement Grec, nous aspirons à ce que les réseaux en question deviennent européens et mondiaux.

 

Yangos Andreadis


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http://www.legrandsoir.info/contre-la-segregation-et-l-exploitation-la-tragicomedie-arme-politique.html
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arton3146.jpg« Si les mouvements islamistes parviennent au pouvoir dans toute la région, ils devraient exprimer leur gratitude à leur « bête noire », Israël », écrit Uri Avnery qui retrace avec ironie le rôle joué par l’Etat hébreu dans la naissance du Hezbollah et du Hamas, et décrit les circonstances dans lesquelles les Frères Musulmans et le régime de Téhéran ont pu prospérer. Le monde arabe n’a cependant pas l’exclusivité du fondamentalisme, rappelle-t-il, en se désolant de la vague d’obscurantisme ultra orthodoxe qui se renforce en Israël.

 


Par Uri Avnery, Gush Shalom, 31 décembre 2011


Si les mouvements islamistes parviennent au pouvoir dans toute la région, ils devraient exprimer leur gratitude à leur « bête noire », Israël.

Sans l’aide - active ou passive - des gouvernements israéliens successifs, ils n’auraient pas été en mesure de réaliser leurs rêves.

Cela se vérifie dans la bande de Gaza, à Beyrouth, au Caire - et même à Téhéran.

Prenons l’exemple du Hamas.

Dans tous les pays arabes, les dictateurs étaient confrontés à un dilemme. Ils pouvaient aisément interdire toutes les activités politiques ou citoyennes, mais ne pouvaient pas fermer les mosquées. Là, les gens pouvaient se rassemblent pour prier, créer des organisations charitables et - secrètement - mettre en place des organisations politiques. Avant l’apparition de Twitter et Facebook, c’était le seul moyen de s’adresser au plus grand nombre.

Le gouverneur militaire israélien dans les territoires palestiniens occupés était l’un des dictateurs confrontés à ce dilemme. Dès le début, il avait interdit toute activité politique. Même les militants de la paix étaient mis en prison. Les partisans de la non-violence étaient expulsés. Les maisons d’associations étaient fermées. Seules les mosquées sont restées ouvertes. Et les gens pouvaient s’y rencontrer.

Mais cela allait également au-delà de la simple tolérance. Les agents du Service de Sécurité (connu sous le nom de Shin Bet ou Shabak) considéraient avec intérêt l’épanouissement des mosquées. Des gens qui prient cinq fois par jour, pensaient-ils, n’ont pas le temps de préparer des bombes.

L’ennemi principal, selon le Shin Bet, était l’abominable OLP, dirigée par ce monstre : Yasser Arafat. L’OLP était une organisation laïque, dont de nombreux dirigeants étaient chrétiens, et qui voulait un Etat palestinien « non confessionnel ». Ils étaient les ennemis des islamistes, qui évoquaient un califat pan-islamique.

On pensait qu’un retour des Palestiniens vers l’Islam affaiblirait l’OLP et sa principale composante, le Fatah. Tout a été fait pour aider discrètement le mouvement islamique.

Ce fut une politique couronnée de succès, et les membres des services de sécurité se félicitaient de leur perspicacité, lorsque quelque chose de fâcheux se produisit. En Décembre 1987, la première Intifada éclatait. Les islamistes traditionnels ont alors dû rivaliser avec des groupes plus radicaux. En quelques jours, ils se sont transformés en Mouvement de la Résistance Islamique (dont le sigle est Hamas) et sont devenus les plus dangereux ennemis d’Israël. Pourtant, il a fallu au Shin Bet plus d’un an avant qu’il n’arrête le Cheikh Yassine, qui dirigeait le Hamas. Afin de combattre cette nouvelle menace, Israël a accepté un accord avec l’OLP à Oslo.

Ironie du sort, aujourd’hui le Hamas est sur le point de rejoindre l’OLP et de participer à un gouvernement palestinien d’union nationale. Ils devraient vraiment nous adresser un message de remerciement : Choukran ("merci").

Notre rôle dans l’ascension du Hezbollah est moins direct, mais non moins efficace.

Quand Ariel Sharon a envahi le Liban en 1982, ses troupes ont traversé le Sud du pays, majoritairement chiite. Les soldats israéliens ont été reçus comme des libérateurs. Libérateurs de l’OLP, qui avait transformé cette zone en un Etat dans l’Etat. Suivant les troupes dans ma voiture personnelle, en essayant d’atteindre la ligne de front, j’ai dû traverser environ une douzaine de villages chiites. Dans chacun d’eux j’ai été retenu par les villageois qui insistaient pour que je prenne le café chez eux.

Ni Sharon, ni quiconque n’a accordé beaucoup d’attention aux chiites. Dans la fédération des communautés ethnico-religieuses autonomes que l’on appelle le Liban, les chiites étaient les plus opprimés, privés de tout pouvoir.

Quoi qu’il en soit, les Israéliens ont abusé de leur hospitalité. Il n’a fallu aux chiites que quelques semaines pour réaliser qu’ils n’avaient aucune intention de s’en aller. Ainsi, pour la première fois de leur histoire, ils se révoltèrent. Le principal groupe politique, Amal ("Espoir"), a commencé à lancer de petites actions armées. Les Israéliens ne comprenant pas le message, les opérations se sont multipliées et se sont transformées en une guerre de guérilla à part entière.

Pour déstabiliser Amal, Israël a encouragé une organisation rivale, plus petite et plus radicale : le Parti de Dieu, le Hezbollah.

Si Israël avait alors quitté le Liban le mal aurait minime. Mais il y est resté pendant 18 ans, suffisamment de temps pour que le Hezbollah se transforme en une machine de combat efficace, gagne partout l’admiration des masses arabes, prenne le leadership de la communauté chiite, et devienne la force politique libanaise la plus puissante.

Eux aussi, nous doivent un grand Choukran.

Le cas des Frères musulmans est encore plus complexe. L’organisation a été fondée en 1928, vingt ans avant l’Etat d’Israël. Ses membres se sont portés volontaires pour nous combattre en 1948. Ils sont passionnément pan-islamiques, et le sort des Palestiniens leur tient à cœur.

Alors que le conflit israélo-palestinien s’aggravait, la popularité des Frères augmentait. Depuis la guerre de 1967, durant laquelle l’Egypte a perdu le Sinaï, et plus encore après l’accord de paix séparée avec Israël, ils ont capté le ressentiment profond des masses en Egypte et partout dans le monde arabe. L’assassinat d’Anouar al-Sadate n’était pas de leur fait, mais ils s’en réjouirent.

Leur opposition à l’accord de paix avec Israël ne fut pas seulement motivée par l’islamisme, mais était aussi une réaction authentiquement égyptienne. La plupart des Égyptiens se sont sentis floués et trahis par Israël. L’accord de Camp David comprenait un important volet palestinien, sans lequel l’accord aurait été impossible pour l’Egypte. Sadate, qui était un visionnaire observant les tendances de fond, pensait que l’accord conduirait rapidement à un Etat palestinien. Menahem Begin, avocat de formation, s’intéressait aux codicilles. Des générations de Juifs ont grandi en étudiant le Talmud, qui est essentiellement une compilation des précédents juridiques, et leur esprit a été aiguisé par des querelles légalistes. Ce n’est pas sans raison que les juifs sont des avocats demandés dans le monde entier.

En fait, l’accord ne fait aucune mention d’un Etat palestinien, seulement d’une autonomie, formulée d’une manière qui a permis à Israël de continuer l’occupation. Ce n’était pas ce que les Egyptiens avaient été amenés à croire, et leur ressentiment était palpable. Les Egyptiens sont convaincus que leur pays est le leader du monde arabe, et porte une responsabilité particulière dans le sort de chaque nation. Ils ne peuvent pas supporter d’être considérés comme des traîtres de leurs pauvres cousins palestiniens dans le désarroi.

Bien avant son renversement, Hosni Moubarak était considéré avec mépris, comme un valet d’Israël payé par les Etats-Unis. Pour les Égyptiens, son rôle peu reluisant dans le blocus israélien du million et demi de Palestiniens vivant dans la bande de Gaza était particulièrement honteux.

Depuis leurs débuts dans les années 1920, les dirigeants et les militants des Frères Musulmans ont été pendus, emprisonnés, torturés et persécutés. En tant qu’opposant au régime, leurs références sont incontestables. Leur position sur la question palestinienne a beaucoup contribué à cette image.

Si Israël avait conclu la paix avec le peuple palestinien, d’une façon ou d’une autre, les Frères auraient perdu beaucoup de leur attrait. Dans la situation actuelle, ils ont émergé après les élections comme la comme la force centrale de la vie politique égyptienne.

Choukran, Israël.

N’oublions pas la République islamique d’Iran.

Ils nous doivent quelque chose, eux-aussi. En fait, beaucoup. En 1951, lors des premières élections démocratiques dans un pays islamique de la région, Mohammed Mossadegh est élu Premier ministre. Le Shah, Mohammad Reza Pahlavi, qui avait été installé par les Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale, fut jeté dehors, et Mossadegh nationalisa l’industrie pétrolière, vitale pour le pays. Auparavant, les Britanniques pillaient le peuple iranien, en ne réglant qu’une somme dérisoire pour l’or noir.

Deux ans plus tard, un coup d’Etat organisé par le MI6 britannique et la CIA américaine ramenait le Shah au pouvoir et redonnait la mainmise sur le pétrole aux Britanniques détestés et à leurs partenaires. Israël n’avait sans doute aucun rôle dans ce coup d’Etat, mais sous le régime du Shah restauré, Israël a prospéré. Les Israéliens ont fait fortune dans la vente d’armes à l’Iran. Les agents israéliens du Shin Bet ont formé la Savak, la très redoutée police secrète du Shah. On a largement pensé qu’ils avaient aussi enseigné les techniques de torture. Le Shah a aidé au financement et à la construction d’un pipeline amenant le pétrole iranien d’Eilat à Ashkelon. Les généraux israéliens ont voyagé à travers l’Iran pour gagner le Kurdistan irakien, où ils ont aidé la rébellion contre Bagdad.

À l’époque, les dirigeants israéliens coopéraient avec le régime d’apartheid en Afrique du Sud au développement d’armes nucléaires. Les deux Etats proposèrent au Shah un partenariat dans ce programme, de sorte que l’Iran devienne lui aussi une puissance nucléaire.

Avant que ce partenariat ne devienne effectif, le souverain détesté fut renversé par la révolution islamique de février 1979. Depuis lors, la haine du Grand Satan (les Etats-Unis) et du Petit Satan (nous) a joué un rôle majeur dans la propagande du régime islamique. Elle a contribué à maintenir la loyauté des masses, et aujourd’hui Mahmoud Ahmadinejad s’en sert pour renforcer son pouvoir.

Il apparait que toutes les factions iraniennes - y compris l’opposition - soutiennent désormais l’effort de se doter d’une bombe nucléaire nationale, affirmée dissuader une attaque nucléaire israélienne. (Cette semaine, le chef du Mossad a déclaré qu’une bombe nucléaire iranienne ne constituerait pas un « danger existentiel » pour Israël.) Où en serait la République islamique sans Israël ? Ils nous doivent un grand « Merci », eux aussi. Gardons nous toutefois de trop de mégalomanie. Israël a certes beaucoup contribué à l’éveil islamiste. Mais ce n’est pas le seul contributeur, ni même le principal.

Aussi étrange que cela puisse paraître, l’intégrisme obscurantiste semble exprimer l’esprit du temps. Karen Armstrong, une nonne britannique devenue historienne, a écrit un livre intéressant sur trois mouvements fondamentalistes : dans le monde musulman, aux Etats-Unis et en Israël. Elle dégage une tendance claire : tous ces mouvements divergents - musulmans, chrétiens et juifs - sont passés par des stades pratiquement identiques et simultanés.

A l’heure actuelle, Israël traverse une tempête à cause de la puissante communauté orthodoxe qui oblige les femmes dans de nombreuses régions du pays à s’asseoir séparément à l’arrière des autobus - comme les Noirs dans le bon vieux temps, en Alabama - et à utiliser des trottoirs séparés de chaque côté de la rue. Des soldats orthodoxes se voient interdire par leurs rabbins d’écouter des femmes soldats chanter. Dans les quartiers orthodoxes, les femmes sont obligées de se couvrir de vêtements qui les dissimulent entièrement à part leurs visages et leurs mains, même avec des températures de 30 degrés Celsius et plus. Une fillette de 8 ans issue d’une famille religieuse a été conspuée dans la rue parce que ses vêtements n’étaient pas suffisamment « prudes ».Lors de manifestations de protestations, des femmes laïques agitaient des affiches proclamant : « Téhéran est ici ! »

Un jour peut-être, un Israël fondamentaliste fera la paix avec un monde musulman fondamentaliste, sous l’égide d’un président américain fondamentaliste.

Sauf si nous faisons quelque chose pour arrêter le processus avant qu’il ne soit trop tard.


Publication originale Gush Shalom, traduction Contre Info

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Published by valenton rouge - dans Palestine libre
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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 19:47

yehoshua_a_b.pngA. B. Yehoshua est incontestablement un grand écrivain israélien. Mais, bien qu’ayant soutenu et la guerre contre le Liban en 2006 et l’invasion de Gaza il y a trois ans, il prétend appartenir au « camp de la paix ». De la paix des cimetières, faudrait-il préciser. Car sa pensée est fondamentalement coloniale, ne concevant l’Autre, le Palestinien, que comme profondément différent.

Dans une libre opinion publiée par le quotidien Haaretz le 2 janvier et intitulée « An unwelcome intro to the binational state », il veut répondre à Avraham Burg, l’ancien président du parlement israélien, et sans doute l’une des plus courageuses personnalités du pays. Celui-ci écrivait, dans « Now it’s your turn » (Haaretz, 23 décembre), qu’il n’existerait demain qu’un seul Etat entre la Méditerranée et le Jourdain et que celui-ci serait aussi peu démocratique qu’Israël aujourd’hui.

« Même si, parmi nous, beaucoup croient qu’il est possible d’empêcher la création d’un tel Etat par des mesures politiques énergiques, il faut pourtant s’y préparer, à la fois intellectuellement et émotionnellement, tout comme nous nous préparons à d’autres situations d’urgence. L’objectif de cette préparation est de garantir qu’un Etat binational ne sapera pas la structure démocratique d’Israël, et ne détruira pas complètement l’identité collective juive-israélienne qui a pris forme au cours des dernières décennies.

L’avènement d’un Etat binational ne serait pas seulement dû aux agissements d’Israël, mais serait également le résultat de la coopération silencieuse des Palestiniens, tant à l’intérieur d’Israël qu’au-delà de ses frontières. Même les membres pragmatiques du Hamas veulent entraîner Israël, comme une première étape, vers une telle éventualité.

(...) « Pour le peuple palestinien, un Etat binational dans l’intégralité du grand Israël est une meilleure option que le morceau de Palestine haché et découpé qui pourrait être arraché des griffes d’Israël après beaucoup de peine et de sang ».

« Grâce à la puissante économie d’Israël et ses liens étroits avec l’Occident, un Etat binational, même à moitié démocratique, pourrait promettre aux Palestiniens une vie meilleure et plus sûre, et (surtout) un territoire plus vaste que celui qui pourrait être obtenu après des dizaines d’années de campagne menée avec l’objectif d’obtenir toute la Palestine.

(…) Cette vision d’un Etat binational explique peut-être l’obstination de l’Organisation de libération de la Palestine, à la fois au sommet de Camp David en 2000 et pendant les négociations entre l’Autorité palestinienne et le gouvernement Olmert. Elle pourrait aussi avoir influencé la position de l’Autorité palestinienne au cours des derniers contacts avec le gouvernement israélien actuel, une position destinée à empêcher l’émergence d’une véritable solution. »

Ah bon ? On sait que selon la propagande israélienne, au sommet de Camp David de 2000 entre Ehud Barak et Yasser Arafat, le premier ministre israélien avait présenté une offre généreuse que les Palestiniens auraient rejeté. Pourtant, les mémoires de la plupart des protagonistes — y compris américains — publiées depuis confirment qu’il n’en a rien été. Que Barak n’a jamais proposé de rendre même 95 % des territoires occupés. Qu’il avait décidé, avant même le sommet, de faire porter la responsabilité d’un échec prévisible sur Yasser Arafat. C’est Barak qui a inventé l’idée qu’il n’y avait pas de partenaire palestinien pour la paix (lire « Le “véritable visage” de M. Ehoud Barak », Le Monde diplomatique, juillet 2002). Yehoshua peut-il ignorer tous ces témoignages ? Peut-il ignorer la responsabilité de Barak, qualifié à juste titre par Uri Avnery de « criminel de paix » ?

Quant aux négociations entre Mahmoud Abbas et Ehud Olmert, on nage aussi en pleine propagande israélienne. Je renvoie Yehoshua au journal, très instructif, d’un des négociateurs palestiniens, Ziyad Clot : Il n’y aura pas d’Etat palestinien, Max Milo, 2010.

A moins que l’intransigeance de la direction palestinienne corresponde, pour Yehoshua, au fait de ne pas accepter que les 22 % de la Palestine historique qu’elle réclame soient encore amputés, que l’Etat palestinien n’ait aucune souveraineté, ni sur son espace aérien ni sur ses frontières, bref, que ce soit un simple bantoustan.

Mais le meilleur est à venir. L’écrivain affirme que cette volonté des Palestiniens d’avoir un Etat binational « explique aussi la passivité sinon incompréhensible des Palestiniens quant à l’organisation de protestations civiles et non violentes contre les colonies. Peut-être cela explique-t-il qu’ils restent dans leur lit quand des voyous brûlent leurs mosquées ».

Mépris ? Impudence ? Ignorance ? L’écrivain ne connaît-il pas l’histoire de la première Intifada (non violente) ou celle de la seconde, souvent armée ? Ont-elles réussi à stopper la colonisation ? Quant à parler de Palestiniens qui dorment pendant que des voyous brûlent leurs mosquées, c’est oublier que les colons bénéficient de la protection de l’armée, qu’ils sont souvent armés et n’hésitent pas à tuer – pendant que Yehoshua écrit ses chroniques dans Haaretz...

Et l’auteur de conclure que, si l’on veut éviter cet Etat binational, il faudra « persuader les Palestiniens de se mobiliser » pour cette solution à deux Etats. Le problème du colonisateur est de toujours rejeter sur le colonisé la faute : celle d’être arriéré, celle de ne pas se mobiliser selon les normes qu’il fixe, celle de dormir dans son lit douillet.

 

http://blog.mondediplo.net/2012-01-04-Les-prejuges-ordinaires-d-un-ecrivain-israelien

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