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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 19:41

RDC-Congo-election-2011.jpgAnatomie d’un scrutin contesté

Samedi, le chef de l’Etat congolais Joseph Kabila, réélu à l’issue d’un scrutin contesté, a appelé  à la «cohésion nationale» pour faire de la République démocratique du Congo (RDC) un pays émergent, alors que son principal rival Etienne Tshisekedi se considère toujours «président élu».   Alors que le résultat  des élections législatives n’est toujours pas connu, désaccords et tensions persistent. Quelques questions…


1.La saga des élections congolaises s’est elle terminée avec la victoire de Joseph Kabila (48,95% des voix contre 32,23 % pour Etienne Tshisekedi) ?
Certainement pas : contestant les trois millions de suffrages qui le séparent du vainqueur, Etienne Tshisekedi   a prêté serment à son domicile. Mais surtout, le dépouillement   des élections législatives (500 places à l’Assemblée, 18.000 candidats) se poursuit. La Commission nationale indépendante a repris le décompte et attend l’arrivée d’experts britanniques et américains, dont la présence a été souhaitée afin de réduire de prévisibles contestations.  
2. ]L’adoption d’un scrutin à un tour a-t-il faussé le jeu ?

Ce changement de la constitution, voté par une majorité au Parlement, a favorisé le candidat Kabila face à ses adversaires. Mais les chiffres démontrent que si l’opposition avait réussi à s’unir sur une candidature commune, elle aurait pu l’emporter.
3. Quels ont été les points positifs de la campagne ?

La communauté internationale n’ayant pas tenu ses promesses en matière de financement, les Congolais se sont “ approprié “ ce deuxième scrutin. Refusant  tout délai, (avec négociation à la clé) ils ont géré son organisation ; 32 millions d’électeurs ont été enrôlés sur 64.000 bureaux de vote, 63.400 ont fonctionné, les dates ont été respectées, les électeurs ont fait preuve de sérieux, 500.000 personnes ont été mobilisées comme témoins.
4.Quelles ont été les points critiques

Il n’y a pas eu de consensus sur le fichier électoral et les listes électorales ont été publiées tardivement. Les «absents» des listes ont été autorisés à voter  sur le lieu de leur enrôlement ce qui a gonflé certains  bureaux qui ont du être réapprovisionnés en bulletins vierges (une circulation qui a ravivé les soupçons) et beaucoup d’omis se sont découragés.

La disproportion des moyens en présence a favorisé le candidat Kabila qui s’était préparé depuis longtemps: : accès aux médias, financement de la campagne, soutien des gouverneurs et des administrations locales.
La  campagne et le déroulement du scrutin ont été marqués par la tension et la suspicion:   diffusion de fausses informations (ne pas utiliser les stylos mis à disposition des électeurs car l’encre pourrait s’effacer…), attaque de bureaux de vote et incendie des urnes, intimidations et passage à tabac de personnalités, piratage du site de la Ceni et proclamation  de la victoire de Tshisekedi 24 heures après le vote, bien avant la fin du comptage, multiplication des provocations afin de pousser les forces de l’ordre à la répression,  répliques meurtrières  et excessives des forces de sécurité.
5 Comment s’est passé le dépouillement des votes ?

Contresignés par les témoins des partis politiques et de la société civile, affichés immédiatement dans les bureaux de vote, les procès verbaux  peuvent être considérés comme corrects reflétant les résultats réels  et ils ont servi à la compilation..  Dans les centres de compilation où ont été acheminées les urnes, les bulletins, nécessaires à un  recomptage éventuel, ont été stockés dans le plus grand désordre qui a alimenté la mauvaise impression générale.  Dans certains centres, les résultats définitifs ont été envoyés à Kinshasa avant d’être publiés; les observateurs internationaux n’ont pas eu accès au centre de compilation de la capitale. des  discordances ont été relevées entre les résultats découlant de la compilation et les PV initiaux.
6 Quels furent les verdicts ?

La Cour Suprème de Justice (renforcée par des magistrats nommés par le président à la veille des élections) a validé le vote et débouté le candidat Vital Kamerhe qui avait déposé un recours, mais les arrêts de la Cour n’ont pas été communiqués aux observateurs internationaux.
Promues au rang d’arbitres, les missions internationales d’observation (Centre Carter, Union européenne) qui, faute d’effectifs avaient du se limiter aux villes et agglomérations, ont conclu au manque de transparence  et relevé de nombreuses irrégularités, alors que les Africains validaient le scrutin. Malgré leurs  critiques, les  observateurs n’ont  cependant jamais remis en cause l’ordre de classement  des candidats et s’ils ont dénoncé les “irrégularités” ils ont  rarement  utilisé le mot fraude, dans  leurs premiers rapports en tous cas…. .   Seul l’archevèque de Kinshasa, Mgr Monsengwo a déclaré à titre personnel  que le résultat final “ qu’il n’était conforme ni à la vérité ni à la justice “ mais par la suite, les calculs sur lesquels il se fondait, entre autres à Kinshasa , ont été démentis et il est apparu que, même s’ils avaient été vrais ils n’auraient pas pu modifier  l’écart entre les deux premiers candidats.
Etienne  Tshisekedi, qui s’était proclamé “ président du peuple “ avant même le dépouillement, n’a pas reconnu sa défaite et  n’a pas désavoué les “ combattants “ de la diaspora qui ont multiplié manifestations violentes et agressions. Une nouvelle forme de lutte politique a été inaugurée par une diaspora frustrée de ne pouvoir voter au pays:  vandaliser les  pays d’accueil et agresser des personnalités congolaises de passage, comme le président du Sénat Kengo wa Dondo.
7. Quelles sont les leçons du scrutin?

Sur le plan international, les critiques des observateurs  et les manifestations de la diaspora   ont entamé la légitimité de Joseph Kabila, altéré son image, augmenté les risques de déstabilisation, malgré le soutien des voisins africains.Sur le plan national, en dépit des chiffres favorables au  président sortant, le vote apparaît comme une sanction; il exprime l’aspiration au changement, le désaveu de la corruption au sommet de l’Etat, l’exigence de voir les cinq chantiers de la reconstruction déboucher sur  une réelle amélioration  du niveau de vie

.8 Quel uel sera le message des législatives?

Au  vu des premiers résultats, il apparaît déjà que de nombreux “ caciques “ du pouvoir sortant ne seront pas réélus ; que le parti de Tshisekedi représentera une masse significative de députés, qui pourraient modérer le radicalisme de leur leader ; que de nombreux candidats, présentés par de petites listes indépendantes, ont séduit les électeurs. La  future Assemblée sera sans doute plus difficile à manœuvrer…
9. Peut on parler de «printemps congolais?

Probablement pas : la contestation croissante risque d’ accentuer les tentations répressives, le verrouillage de la presse, l’intimidation des opposants, de radicaliser plus encore une diaspora  infiltrée par des groupes violents. Seule l’ouverture d’un “ sixième chantier “, celui de la moralisation du régime et de l’amélioration des conditions sociales, pourrait inverser le courant. A l’entame de son deuxième et dernier mandat, le  président Kabila,  aura-t-il les moyens, humains, politiques, économiques,  d’un véritable changement?

 

http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2012/01/02/anatomie-dun-scrutin-conteste/

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Published by valenton rouge - dans Monde
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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 19:29

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En coulisse, ils façonnent la pensée des partis politiques. En dix ans, les “think tanks” – laboratoires d'idées, cabinets d'experts - sont devenus incontournables. Mais cette intelligentsia parisienne n'est-elle pas un simple relais de la pensée dominante ?

 
         


 

La primaire socialiste ? L'idée a germé chez Terra Nova. La « règle d'or » ? Elle est née à la Fondapol. La charte de la diversité ? A l'Institut Montaigne. Leurs noms vous sont peut-être inconnus, mais plus pour très longtemps : les « think tanks » envahissent le marché des idées. Ils ont éclos à l'aube des années 2000, sans qu'on sache toujours ce que le mot recouvre, sinon qu'un think tank sonne chic et intello. « Laboratoire à idées ou groupe d'experts chargé d'influencer les politiques publiques », disait-on jusqu'ici. Le terme américain l'a emporté, avec ses sonorités qui claquent et sa connotation militaire.

Outre-Atlantique et en Allemagne, ce sont des mastodontes du débat public, dont les budgets dépassent souvent la centaine de millions d'euros. En France, le mieux pourvu, l'Institut Montaigne, atteint 3 millions d'euros, quand le petit nouveau de gauche, Terra Nova, annonce « entre » 300 000 et 400 000 euros. Des modèles réduits donc, mais qui champignonnent. Ils seraient aujour­d'hui près de deux cents en France et, en ces temps de crise et de campagne présidentielle, pas un jour ou presque sans qu'on en voie jaillir un nouveau, tel l'Esprit neuf de Nora Berra, secrétaire d'Etat à la Santé, ou le Club du 6 mai, de l'historien et politologue Patrick Weil et du créateur de soaps télé Pascal Breton.

On a voulu explorer ce maquis via une poignée de think tanks dits « généralistes », à dominante politico-économique, et qui veulent faire entendre leur voix dans la campagne 2012. Direction les beaux quartiers de la capitale. Sonder les think tanks, c'est plonger dans le petit monde courtois et feutré de l'establishment parisien, où se croisent experts, banquiers, avocats, hauts fonctionnaires et politiques, et où l'on tutoie la crise et le chômage sans les connaître personnellement. C'est découvrir que la vie des idées se déroule, parfois, dans des bureaux de banque. « Tout le pouvoir à ceux qui l'ont déjà », disait Alexandre Adler au sujet de la Fondation Saint-Simon, souvent décrite comme l'ancêtre des think tanks, et qui milita pour que la « société civile » pèse sur les débats de société.

Une partie du comité éditorial de Terra Nova. De gauche à droite : Romain Prudent,
Agnès Martinel, Alexandre Aïdara, Olivier Ferrand, Nelly Fesseau, Jean-Philippe Thiellay. Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama.

Terra Nova, think tank proche du PS, a pignon sur les Champs-Elysées. A ceux qui y voient un symbole de l'embourgeoisement de la gauche, Olivier Ferrand, son patron, HEC, énarque et proche de DSK, rétorque, tout sourire : « Henry Hermand [proche de Michel Rocard, patron de HH Développement, fortune de l'immobilier, NDLR] nous prête ses locaux. »

Une belle vue sur les toits de Paris pour une réussite fulgurante, construite sur les cendres de la défaite de Ségolène Royal. 2007 avait laissé les intellectuels de gauche sonnés, frustrés de ne pas avoir été écoutés par des politiques repliés sur eux-mêmes et technocratisés, au moment même où l'UMP scénarisait sa victoire comme le résultat d'une bataille culturelle et intellectuelle, avec un Sarkozy ayant fait sienne l'analyse de Gramsci : « Le pouvoir se gagne par les idées. »

Début 2008, Ferrand répond en créant Terra Nova, qu'il veut voir comme un cousin du PPI, le Progressive Policy Institute, lancé par Bill Clinton et artisan de « la troisième voie et des nouveaux démocrates ». « Toute l'intelligentsia de gauche s'y pressait », se souvient un universitaire qui connut les débuts de Terra Nova. Trois ans plus tard, les rangs intellos se sont un peu dégarnis au profit d'experts, de hauts fonctionnaires, de techniciens divers et variés.

Les nostalgiques de l'époque des « intellectuels organiques », issus du monde ouvrier et formés sur le tas, passeront leur chemin. L'ère des think tanks serait plutôt celle des managers de la pensée, à l'image de l'hyper médiatique Ferrand. Impeccablement mis, chemise bleu Oxford, un smartphone qui n'arrête pas de sonner, il s'enthousiasme : « Avant, le monde des think tanks était un espace amateur, structuré autour de clubs informels. Il s'est professionnalisé. »

“C'est carré, professionnel, avec une ingénierie
très efficace : un rapport, une note synthétique,
un plan média. Une méthode qui accompagne
le changement générationnel des politiques.”
Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit

Dans le monde des idées de ce jeune quadra monté sur piles, il y a des « fournisseurs de contenu – les intellectuels, les experts », au service d'un « métier de production des idées et de diffusion ». Le succès de sa note sur les primaires ? « On a fait le benchmark [technique de marketing pour observer et analyser les pratiques utilisées par la concurrence, NDLR] de ce qui existait, on a proposé, on s'est arrimés à Arnaud Montebourg, et on s'est battus pour défendre cette idée des primaires. Jusqu'au bout. » Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit, qui travaille à ses côtés, est séduit : « C'est carré, professionnel, avec une ingénierie très efficace : un rapport, une note synthétique, un plan média. Une nouvelle méthode qui accompagne le changement générationnel des politiques. » Bref, une révolution.

A quelques centaines de mètres de là, l'Institut Montaigne raconte aussi, à sa façon, la flambée de ce nouveau type de lobbying intello et la même ambition d'une « refondation intellectuelle ». Créé en 2000 par le « parrain du patronat français », Claude Bébéar, alors pdg d'Axa, Montaigne, d'orientation libérale, est le reflet d'une époque où tout bascule. Les valeurs libérales qui imprègnent le monde intellectuel, l'économie qui prend le pas sur le politique, l'essor des ultra-riches...

Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne.
Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama.

Parmi ceux-ci, quelques grands patrons veulent peser sur le débat public et se mettent à financer des think tanks ou à en créer. « Claude Bébéar avait envie d'apporter son expertise, explique Laurent Bigorgne, directeur de Montaigne, pas encore 40 ans, agrégé d'histoire, ancien bras droit de Richard Descoings à Sciences-Po. Dans un pays où l'Etat domine, même dans le domaine de l'expertise, où la prospective de Bercy est faite par Bercy, celle du Quai d'Orsay par le Quai d'Orsay, il était temps de voir émerger des outils indépendants. »

En phase avec le retour de la droite au pouvoir, l'« outil » a prospéré, avec des débats remarqués (sur l'égalité des chances, en 2004) et 25 % de ses propositions reprises par les parlementaires, dit-on. D'autant qu'« on assiste à un affaissement des partis comme structures de réflexion », résume Laurent Bigorgne.

“Le parti ne parvient pas à réfléchir.
Ses cadres sont des élus dont l'emploi du temps
est consacré à être en représenta­tion.”
Henri Weber, PS

Car la montée en force des think tanks révèle, en creux, l'incapacité à penser des partis, l'assèchement de politiques piégés dans le court-termisme. En novembre 2011, lors du deuxième forum des think tanks, Henri Weber, ex-leader de 68, cofondateur de la LCR, membre du PS, expliquait ainsi qu'il y glanait des idées, « par exemple sur la dette », et des experts à inviter devant les commissions du PS. « Le parti ne parvient pas à réfléchir. Ses cadres sont des élus dont l'emploi du temps est consacré à être en représenta­tion. Il arrive qu'on fasse remonter une bonne idée de la base, mais ne rêvons pas, il faut être en lien avec ceux dont c'est le métier. »

La délocalisation du cerveau des politiques est à l'œuvre, mouchent les journalistes Roger Lenglet et Olivier Vilain, auteurs d'une enquête engagée sur l'impact des think tanks. « C'est pratique pour les ministres et les élus : ils peuvent faire leur “media training” pour préparer les passages télé, animer les meetings, prononcer des discours, dîner avec les têtes de réseau, évoquer les derniers concepts à la mode... Ils savent que leurs boîtes de sous-traitance sont au boulot. »

Une masse de main-d'œuvre que les think tankers vont chercher dans leurs réseaux parisiens. Quelques universitaires et beaucoup d'experts (1), chargés d'alimenter la machine à idées. « On produit plus que le site Slate.fr en volume, quatre cents notes au total ! On a accéléré la production intellectuelle à destination du politique, c'est un grand changement », se réjouit Olivier Ferrand. Certains rapports, commandés par les politiques, restent confidentiels. La plupart sont consultables gratuitement sur les sites Internet des think tanks, envoyés aux élus et souvent suivis de rendez-vous personnalisés pour les convaincre. Et d'un systématique service après-vente dans les médias.

Car les think tanks ne sont pas seulement là pour penser mais – surtout ? – pour mettre leurs thèmes à l'agenda et communiquer. En une décennie, ils ont envahi notre espace médiatique. Dans la presse écrite, ils nourrissent les pages « débat » des quotidiens sur la dette ou la réforme des retraites. Ils se voient même, en cette campagne 2012, « agences de notation » des programmes des partis politiques : Montaigne chiffre pour Les Echos les mesures des candidats à l'Elysée, idem pour la Fondation iFrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) dans Le Figaro...

A la télévision, Olivier Ferrand co­anime le magazine hebdomadaire Think tank, sur LCI, Agnès Verdier-Molinié, à la tête de l'iFrap, comptabilise « cent quatre-vingts passages médias depuis le début de l'année », quand Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, professeur à Sciences-Po et invité récurrent de C dans l'air, est incollable sur la Chine le 27 octobre, sur la dette le 31 octobre ou sur Berlusconi le 4 novembre. Pour gérer sa com et celle de la Fondapol, ce dernier a fait appel à Image 7, l'agence d'Anne Méaux, qui coache une bonne partie du CAC 40...

“Globalement, les think tanks, c'est
peu d'audace et beaucoup d'eau tiède.
Le bilan de la crise ? Ils font tous le même !”
Un ancien de la Fondapol

« Fast thinkers », nos think tankers ? « Il faut exister sur un marché des idées ultra concurrentiel, au risque d'une qualité moyenne des productions », reconnaît l'un d'entre eux. Alors chacun affûte sa stratégie et précise ses niches. A Montaigne, Laurent Bigorgne refuse l'hyper-productivité et l'hyper-personnalisation, veut créer « une vraie valeur ajoutée » et investit 150 000 euros, du jamais-vu, pour financer une vaste étude de dix-huit mois menée par Gilles Kepel sur les « banlieues de la République ». Olivier Ferrand – en orbite pour une carrière politique ? – conçoit Terra Nova comme un outil pour faire bouger le PS et dire tout haut ce qu'une partie du PS pense tout bas, avec des notes polémiques, sur l'électorat socialiste (« la classe ouvrière n'est plus le cœur du vote de gauche ») ou pour l'augmentation des droits d'inscription à l'université.

A gauche toujours, la Fondation Jean-Jaurès, dirigée par Gilles Finchelstein, par ailleurs directeur des études d'Euro RSCG et proche de ­Dominique Strauss-Kahn, reflète les différents courants du PS, et y anime le débat intellectuel, tandis qu'En temps réel, conduit par le banquier Stéphane Boujnah, ancien conseiller de DSK à Bercy et cofondateur de SOS Racisme, sonde les questions de régulation et de mondialisation via des analyses pointues. Quant à la Fondapol, Dominique Reynié y creuse son sillon « progressiste, libéral et européen, mais pas de droite ! » (2).

Une marée de rapports et de sondages divers, tendance Sciences-Po, ausculte « la jeunesse », « les valeurs » ou « les vertus de la concurrence »... Des travaux académiques dont on a peine à dire qu'ils « influencent » le pouvoir politique, à l'exception notable du travail de l'économiste Jacques Delpla, défendant une règle d'or inscrite dans la Constitution en matière de déficits publics et qui « a été reprise par le chef de l'Etat ».

« A quoi sert la Fondapol ? s'interroge un ancien. Tout ça manque de souffle et d'innovation. Globalement, les think tanks, c'est peu d'audace et beaucoup d'eau tiède. Le bilan de la crise ? Ils font tous le même ! » Idem chez plusieurs ex-Terra Nova, « la pensée critique est absente, on réfléchit dans le cadre du système. Vous pouvez multiplier les think tanks, si le monde que vous décrivez n'est pas juste, vous n'aurez jamais de meilleures politiques publiques ! »

“Ils contribuent à fabriquer cette pensée
standardisée que l'on retrouve dans les partis,
avec des retouches adaptées au profil de chacun.”
Olivier Vilain, journaliste

On a eu beau chercher, on a trouvé peu de grands débats d'idées, de vraies absences – presque rien sur le nucléaire ! – et de larges consensus : sur les solutions à la dette ou la réforme des retraites, pour la « compétitivité qualitative », contre le principe de précaution... Les think tankers font prospérer la pensée dominante et préfèrent mettre en avant des « valeurs » abstraites, souvent les mêmes à gauche et à droite – le progressisme, la solidarité sociale... A quelques exceptions près comme l'iFrap, dont le libéralisme affirmé porté par la jeune Agnès Verdier-Molinié décoiffe. Ou la Fondation Copernic, ancrée à gauche et issue du mouvement social, qui a joué un rôle de contrepoids lors du débat sur la réforme des retraites.

Pour le reste, « entre le libéralisme à prétention sociale de Montaigne et le progressisme légèrement socialisé de Terra Nova, il devient difficile de distinguer leur ADN politique, observe le journaliste Olivier Vilain. Ils contribuent à fabriquer cette pensée standardisée que l'on retrouve dans les partis, avec des retouches adaptées au profil de chacun. Leurs idées ressemblent à des vêtements de prêt-à-porter. »

« Ce qui fait mal, ce sont les organigrammes de tous ces lieux », note l'universitaire Emmanuel Todd. Ces think tanks, qui se dépeignent volontiers comme l'expression de la société civile, n'en reflètent absolument pas la diversité, témoin leur composition socioprofessionnelle ultra homogène, qui cultive l'entre-soi : grands patrons, hauts fonctionnaires, banquiers et avocats d'affaires, économistes...

Et une armée d'hommes ! Ces derniers mois, les activistes féministes de La Barbe, qui envahissent, postiche au menton, les lieux de domination masculine, ont d'ailleurs surgi au premier colloque de la Fondation Ecologie d'avenir de Claude Allègre – quarante-deux hommes sur quarante-cinq membres ; à l'Institut Montaigne, qui planchait sur « Quinze ans de réforme des universités » – quatorze hommes pour quinze intervenants ; à la Fondapol, qui phosphorait sur une « Politique de l'eau » – vingt-quatre hommes sur vingt-huit membres.

Lire aussi l'article sur la non-parité parmi les experts médiatiques.

“Qui êtes-vous pour me questionner sur notre
budget ? Tous ces intellectuels que vous interviewez,
vous leur demandez pour qui ils votent ? Et vous,
pour qui vous votez ? Je vous demande de sortir !”
Dominique Reynié, directeur de la Fondapol

Et puis il y a leur mode de financement, qui repose de plus en plus sur de grands groupes privés. Preuve que la question dérange, l'interview que nous a donnée Dominique Reynié, de la Fondapol. Ce soir-là, on pensait trouver un éditorialiste rodé aux médias. Surprise, après quinze minutes de ronronnement sur la vocation du think tank, son directeur donne des signes de nervosité. Et refuse de répondre à nos questions sur son financement, qui provient de fonds publics pour les deux tiers, privés pour le reste (3). « Qui êtes-vous pour me questionner sur notre budget ? Tous ces intellectuels que vous interviewez dans vos pages, vous leur demandez pour qui ils votent ? Et vous, pour qui vous votez ? Je vous demande de sortir ! »

A quelques exceptions près – l'Institut Montaigne, ou la Fondation Copernic, totalement à part, qui vit grâce aux cotisations de son millier d'adhérents, gage de son indépendance –, les think tankers que nous avons rencontrés ne veulent pas parler de leurs financeurs privés (ou restent approximatifs)... au risque d'alimenter la suspicion. Souvent par volonté de masquer leurs difficultés à rassembler des fonds, telle la Fondapol, à qui les ennuis judiciaires de son président, Nicolas Bazire, « ne facilitent pas la tâche », nous a-t-on dit. Mais aussi parce que le mécénat – et son modèle américain – pose la question de leur indépendance face aux grands groupes. Le think tank de Dominique Reynié, Nicolas Bazire et Charles Beigbeder est cofinancé par des multinationales comme Veolia, Suez ou EDF. Ces dernières subventionnent également la Fondation Jean-Jaurès, proche du PS. Quant à l'Institut Montaigne, il compte parmi ses quatre-vingts mécènes EADS, Capgemini, Total, Areva, Acticall... qui financent aussi, à gauche, Terra Nova.

Pour Laurent Bigorgne, « dès lors qu'on touche de l'argent public, qu'on bénéficie d'abattements fiscaux, on doit être transparent. La société française ne peut plus vivre avec cette culture du soupçon ! Quant à l'indépendance de Montaigne, qui travaille au service de l'intérêt général, elle est assurée par la diversité des entreprises, dont aucune ne pèse plus de 2 % du budget total ».

“Ce sont d'excellentes caisses de résonance,
qui permettent de s'offrir des assurances en cas
d'alternance, moyennant un investissement limité.”

Un cadre de multinationale

Reste que si l'argent n'explique pas tout, rien ne s'explique sans lui. Les groupes d'intérêt ont compris l'utilité de ces think tanks, qui interviennent en amont des décisions publiques. « Ce sont d'excellentes caisses de résonance, qui permettent de mettre en avant des thèmes, de repérer les grands relais d'opinion porteurs, précise ce cadre de multinationale. Et aussi de s'offrir des assurances en cas d'alternance, moyennant un investissement limité, souvent autour de 50 000 euros, dans des structures de gauche et de droite. »

Certes, les think tanks à la française sont encore très loin de leurs cousins amé­ricains, passés maîtres dans l'art du lobbying au service de puissances ­financières et économiques. Mais, comme s'interroge Agnès Verdier-Molinié, « si je commence à accepter le financement des grandes entreprises, est-ce que je pourrai garder la même liberté de parole ? Quand l'iFrap sort une étude sur les parachutes dorés et les retraites chapeaux, ça n'arrange pas les entreprises du CAC 40... »

Les « angles morts » de la réflexion des think tankers – toutes les thématiques qu'ils se gardent bien d'aborder – disent aussi, à leur façon, le poids des financeurs. Comment, par exemple, envisager un vrai débat sur le secteur des assurances à Montaigne quand on a à sa tête l'ex-assureur Claude Bébéar ? « C'est une vraie frontière idéologique : les analyses “indépendantes” des think tanks libéraux ne peuvent mettre en cause les intérêts des milieux d'affaires », soulignent Olivier Vilain et Roger Lenglet.

“Les hyper-riches ont tant d'argent qu'ils
ne savent plus qu'en faire. Il leur reste un terrain
à conquérir : le monde des idées !”

Emmanuel Todd

Sans oublier le contexte de leur montée en puissance, celui de l'explosion des très hauts revenus. « Nous sommes dans un moment d'“ivresse du capital”, dit Emmanuel Todd. Les hyper-riches ont tant d'argent qu'ils ne savent plus qu'en faire. Il leur reste un terrain à conquérir : le monde des idées ! »

Un petit groupe d'« experts », aussi éclairés soient-ils, peut-il déterminer ce qu'est une « bonne » société ? Qui est légitime pour produire des analyses économiques et sociales ? Excepté de rares cas, comme la Fondation Copernic, qui mêle en son sein hommes et femmes, chercheurs, politiques et représentants du monde social, et bataille, comme le dit Willy Pelletier, pour « produire une autre forme d'expertise à partir de l'expérience réelle des gens et rompre avec l'entre-soi », dans le petit monde feutré et courtois des grands think tanks parisiens, tout le pouvoir va à ceux qui l'ont déjà.

 

Les cerveaux, hémisphère droit


Institut Montaigne
Création : 2000, par Claude Bébéar
Dirigeants : Laurent Bigorgne, Claude Bébéar
Membres : Henri Lachmann (Schneider Electric), Nicolas Baverez (avocat), Philippe Wahl (Banque postale), Guy Carcassonne (juriste, consultant), Michel Godet (économiste, consultant), Jean-Paul Tran Thiet (avocat), Jean-Paul Fitoussi (économiste, Sciences-Po, OFCE), Guillaume Pepy (SNCF)...
Budget : 3 millions d'euros.
Financeurs : quatre-vingts entreprises, dont Areva, LVMH, Capgemini, Carrefour, SFR, Vinci, Total...
Site Web : www.institutmontaigne.org


Fondapol
Création : 2004, par Jérôme Monod
Dirigeants : Dominique Reynié, professeur à Sciences-Po
Membres : Charles Beigbeder (Poweo), Nicolas Bazire (LVMH, Carrefour...), Jérôme Monod (président d'honneur de Suez), Francis Mer (groupe Safran), Laurent Cohen-Tanugi (avocat), Pierre Giacometti (conseil en stratégie et en communication)...
Budget : 2,2 millions d'euros.
Financeurs : fondation d'utilité publique, dotée de subventions publiques, de mécénat venant de grands donateurs privés et quelques multinationales comme EDF, Suez, Veolia...
Site Web : www.fondapol.org


Ifrap
Création : 1985, par Bernard Zimmern (X-ENA, entrepreneur, inventeur)
Dirigeants : Bernard Zimmern, Agnès Verdier-Molinié
Membres : Olivier Mitterrand (pdg des Nouveaux Constructeurs), Emmanuel Combe (économiste), Jacques de Trentinian (ingénieur), Jean-Claude Rouzaud (Champagne Roederer), Jean-Michel Fourgous (député)...
Budget : 1 million d'euros.
Financeurs : fondation d'utilité publique, dont le budget repose sur les dons de ses adhérents (beaucoup de PME)
Site Web : www.ifrap.org

 

Les cerveaux, hémisphère gauche

Terra Nova
Création : 2008, par Olivier Ferrand
Dirigeants : Olivier Ferrand et Marc-Olivier Padis (rédacteur en chef d’Esprit)
Membres : Guillaume Hannezo (Rothschild et Cie), Paul Hermelin (Capgemini), Michel Rocard, Louis Dreyfus (groupe Le Monde), Jean-Paul Fitoussi (économiste, Sciences-Po, OFCE), Guy Carcassonne (juriste, consultant), Daniel Cohen (économiste, banque Lazard), Philippe Askenazy (économiste)...
Budget : entre 300 000 et 400 000 euros.
Financeurs : une quinzaine d’entreprises, dont Areva, Capgemini, EADS, Fondation Total...
Site Web : www.tnova.fr

Jean-Jaurès
Création : 1992, par Pierre Mauroy
Dirigeants : Gilles Finchelstein (directeur des études à Euro RSCG), Pierre Mauroy (directeur)Membres : Daniel Cohen, président du conseil scientifique (économiste, banque Lazard), Philippe Askenazy (économiste)…
Budget : 2,1 millions d’euros.
Financeurs : fondation d’utilité publique, dotée de subventions publiques et qui complète son budget avec quelques financeurs privés dont EDF, Veolia, Suez... et des partenariats européens.
Site Web : www.jean-jaures.org

Copernic
Création : 1998
Dirigeants : Caroline Mécary (avocate), Willy Pelletier (sociologue), Pierre Khalfa (syndicaliste, altermondialiste)
Membres : Safia Lebdi (fondatrice de Ni putes ni soumises, présidente de l’Office régional du film d’Ile-de France), Jacques Rigaudiat (ex-conseiller social à Matignon sous Jospin et auparavant sous Rocard), Francis Parny (numéro 2 du PCF), Alain Lipietz (économiste, député européen Europe Ecologie Les Verts), Sandra Demarcq (dirigeante du NPA), Gérard Filoche (inspecteur du travail, PS)…
Budget : 80 000 euros.
Financeurs : cotisations de ses adhérents
Site Web : www.fondation-copernic.org 

 

Attention à l'effet « arbre de Noël » des comités éditoriaux ou scientifiques des think tanks, nous ont dit en aparté plusieurs intellectuels, dont les noms figurent sur ces listes mais qui n'en font plus partie depuis longtemps... Comme il fait chic de figurer dans un think tank, beaucoup apparaissent aussi dans de nombreux comités mais n'y mettent jamais les pieds.

Weronika Zarachowicz

http://www.telerama.fr/idees/l-influence-des-think-tanks-cerveaux-des-politiques,76047.php 

Télérama n° 3231
Le 16 décembre 2011    -    Mis à jour le 20 décembre 2011 à 10h19

(1) A la Fondapol, les notes sont rémunérées (de 3 000 à 7 000 euros), à Terra Nova, elles ne le sont pas.
(2) Malgré son ralliement au conseil des clubs et des think tanks de Jean-François Copé. Et une proximité avec l'Elysée pour ce qui fut LE think tank chiraquien avant que Nicolas Sarkozy ne le relance en 2008, en le confiant à Nicolas Bazire, numéro 2 de LVMH et témoin de son mariage avec Carla Bruni. 
(3) A la différence de leurs homologues américains (financés par le privé) et allemands (financés par le public), les think tanks français ont une diversité de modes de financement. Certains sont des fondations d'utilité publique et reçoivent des subventions publiques, qu'elles complètent par de l'argent privé. D'autres sont entièrement financées par les entreprises. Particuliers et entreprises bénéficient de réductions d'impôt et d'abattements pour leurs donations aux fondations.

 

A voir
Think tank,
émission sur LCI, vendredi 10h10 et 17h10, dimanche 12h10.

A lire
Un pouvoir sous influence,
de Roger Lenglet et Olivier Vilain, éd. Armand Colin, 236 p., 19,90 €.
La République du copinage, de Vincent Nouzille, éd. Fayard, 382 p., 22 €.
Et aussi le formidable Eloge du carburateur, de Matthew B. Crawford, trad. de l'anglais (Etats-Unis) par Marc Saint-Upéry, éd. La Découverte, 2010, 250 p., 19 €. Récit de vie et « essai sur le sens et la valeur du travail » d'un philosophe américain, ancien salarié de think tank à Washington et devenu réparateur de motos.

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:56

1182956393.JPGEn 1936, le gouvernement espagnol de Front populaire est confronté à une rébellion militaire conduite par le général Franco.

En plus du soutien politique de toutes les forces réactionnaires du pays, Franco bénéficie, à l’extérieur, de l’appui matériel, financier, diplomatique et militaire d’Hitler et de Mussolini.

Pour faire contrepoids à cette immixtion du fascisme et défendre la République espagnole, 35.000 volontaires, venus de 54 pays, se sont engagés dans les Brigades internationales et ont combattu aux côtés des Républicains durant plus de deux années.


Presque un tiers d’entre eux reposent aujourd’hui dans la terre d’Espagne dans des tombes sans nom. Beaucoup sont morts plus tard dans les camps de concentration français et allemands.


Aujourd’hui, les survivants de cette épopée sont peu nombreux. Parmi eux, une seule femme, la dernière brigadiste : Lise London.


De parents espagnols, Lise Ricol est née dans un village du sud de la France en 1916. Son père était un ancien mineur et un syndicaliste. Il souffrait de la silicose.


MOSCOU

A 15 ans, Lise adhère aux Jeunesses communistes et devient, peu à peu, une militante avertie. En 1934 - elle a 18 ans - elle est envoyée à Moscou suivre une école politique. Elle connaît Staline, Tito, Ho Chi Minh...

C’est à Moscou qu’elle devient la compagne d’Arthur London, un jeune communiste tchèque de 19 ans.


3803978754.JPGL'ESPAGNE

Le 28 octobre 1936, Lise London est à Paris. Elle s’engage dans les Brigades internationale et part pour l’Espagne, par le dernier train autorisé à traverser la frontière. A Albacete, entre Madrid et Valence, elle devient traductrice au service d’André Marty, commissaire politique des Brigades internationales.

Elle est aussi de la bataille de Madrid.

 


Santiago Carillo, alors jeune communiste de 21 ans, se souvient du rôle des Brigades internationales lors cette bataille :

« Madrid était le centre de gravité de la lutte. Si nous résistions, nous pouvions gagner la guerre ; si nous perdions, la résistance succombait.

Quand tout paraissait perdu, le 8 novembre, arrivent les brigadistes. Ils étaient environ mille, mais - pour le peuple de Madrid - ils étaient des millions. Ils ont défilé dans les rues en chantant L’Internationale dans toutes les langues, le poing levé ; et avec ce geste ils ont élevé le moral des Madrilènes. Nous n’étions pas seuls ».

Les Brigadistes ont combattu sur tous les fronts jusqu’à leur dissolution à la fin de 1938.

En 1937, Lise rejoint Arthur London à Valence.

Après la défaite des Républicains espagnols, Lise et Arthur London se retrouvent en France, bientôt occupée par les nazis.

LA RESISTANCE

Engagée dans la Résistance, début 1942, Lise London reçoit l’ordre de participer à un rassemblement dans un quartier populaire de Paris, rue Daguerre, où elle devait prendre la parole pour appeler à la lutte armée. L’action est un succès. Mais onze jours après, Lise et Arthur sont arrêtés et détenus par la Gestapo.

Accusée pour « assassinat, association de malfaiteurs, activités communistes », Lise ne doit la vie qu’au fait qu’elle est enceinte. Elle est condamnée à la prison perpétuelle. Lise et Arthur sont déportés en camps de concentration, elle à Ravensbrück (Allemagne), lui à Mauthausen (Autriche). Ils survivront et seront libérés en mai 1945.

Arthur London est mort en 1986.

Aujourd’hui, Lise a 95 ans. Quand on lui demande si toutes ces luttes valaient la peine, elle répond : « Bien sûr ! Nous combattions pour la liberté ! ».

 

Source : O Estado de São Paulo, 18 décembre 2011 - Une traduction d'un article de Jésus Rodriguez dans El Pais.

Jean-Pierre Dubois - blanqui.29@orange.fr

http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/archive/2011/12/19/lise-london-la-derniere-brigadiste.html

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:52

arton15497-8bd8d.jpg« On dit que le calife Haroun Errachid envoya comme cadeau à Charlemagne empereur d’Occident, à Aachen, une clepsydre, une horloge à eau, la première au monde à pouvoir mesurer le temps. Charlemagne envoya ce qu’il avait de mieux comme cadeau, des lévriers. »

Voilà résumé en une phrase le niveau de Bagdad il y a de cela 1200 ans comparé à l’Occident d’alors. Mieux encore, les Irakiens héritiers de la Mésopotamie avec Hammourabi qui fut le premier roi à édicter un corpus juridique, le fameux Code d’Hammourabi il y a de cela 34 siècles.



Pour rappel, l’Irak avait un système éducatif et de recherche performant. Le niveau de développement était de loin le plus important du Monde arabe. Les infrastructures étaient développées et un célèbre dicton permet de situer le niveau intellectuel héritier de « Dar El Hikma » « La Maison de la Sagesse », le taux d’analphabétisme le plus bas du Monde arabe, il constituait un danger pour le « monde libre et civilisé ».

Une brève histoire de l’Irak

Du point de vue de l’histoire, le déclin de Bagdad est dû, dit-on, à l’invasion des Mongols d’Hulagu qui détruisirent la capitale vers 1250 mettant un coup d’arrêt à la civilisation musulmane. L’Irak fut par la suite rattaché à l’Empire ottoman, jusqu’au jour où il intéressa les Allemands avec le kaiser Guillaume qui promit au sultan Abdelhamid la construction du Bagdad Bahn, le train Berlin-Bagdad. La découverte d’indices de pétrole fut le début du malheur des Irakiens qui furent une variable de confrontation entre l’Empire, britannique, et le gouvernement français qui, après avoir démoli l’Empire ottoman - accords de Sykes-Picot - firent main basse sur le pétrole. L’Anglo Irakian Oil Company remplaça la Turkish Petroleum Company. Par la suite encore, les Etats-Unis demandèrent leur part du gâteau. De coups d’Etat en coups d’Etat fomentés par les puissances occidentales, l’Irak connut l’avènement de Saddam Hussein qui, au départ, fut « utilisé » pour contrer la Révolution iranienne de 1979.

La première guerre du Golfe fut sponsorisée par l’Occident en armements à Saddam, notamment français et américains, et financièrement ce sont les roitelets du Golfe qui furent mis à contribution. Huit ans plus tard, fin des combats pour rien. L’empire soviétique s’effondrait, grâce aux coups de boutoir des moudjahidine commandés par le meilleur allié de l’Occident, Oussama Ben Laden.

Lors de la deuxième guerre du Golfe de 1991, qui, rappelons-le, s’est faite sur un malentendu, Saddam Hussein avait reçu l’ambassadrice Glapsie et l’avait informée des problèmes qu’il avait avec le Koweït -19e province de l’Irak avant la Première Guerre mondiale. Celle-ci lui aurait dit que les Etats-Unis ne se sentent pas concernés par ce problème. L’erreur de Saddam Hussein - en envahissant le Koweït le 2 août 1990 - est d’avoir cru que les Américains n’interviendraient pas. Il le paya cher, mais curieusement, George Bush s’arrêta aux portes de Bagdad. Ce fut la fin de l’Histoire, d’après l’idéologue du Pentagone Francis Fukuyama. Plus rien ne s’opposait à l’hyper puissance américaine. Cependant, deux faits importants sont à signaler d’abord, le déclin des réserves pétrolières aux Etats-Unis et la montée en puissance aux Etats-Unis des néoconservateurs avec un « born again », George Bush, inféodé au lobby sioniste pro-israélien. De plus, l’Irak de Saddam apparaissait comme un danger pour Israël. pour un autre motif concocté par les néo-conservateurs, l’Irak fut accusé d’avoir des liens avec Oussama Ben Laden, et de détenir des armes de destruction massive. Douze ans après son père, George Walker Bush envahit l’Irak en mars 2003, sans qu’il y ait une résolution des Nations unies.

Que reste-t-il de l’Irak ?

En octobre 2006, la revue médicale The Lancet estimait le nombre de décès irakiens imputables à la guerre à 655.000. L’institut Opinion Research Business a estimé à plus de 1000.000 le nombre de victimes irakiennes entre mars 2003 et août 2007. La guerre a provoqué l’exode d’au moins deux millions d’Irakiens. Ceci sans parler des dégâts occasionnés par le Programme « pétrole contre nourriture » : plus de 500.000 enfants seraient morts de maladie et de malnutrition. Les dommages aux infrastructures civiles sont immenses : les services de santé sont pillés. Il y a eu une détérioration des canalisations d’eau et la dégradation des bassins hydrographiques du Tigre, de l’Euphrate. Il y a de plus, augmentation de l’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otage), suite à la désorganisation totale des différents services publics tels que les forces de l’ordre. De nombreux centres historiques ont été détruits par les bombardements américains, les combats et les pillages. Le Musée national d’Irak a été pillé.

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Le bilan est connu, des centaines de milliers de morts, des millions de personnes déplacées, les infrastructures détruites et réduites à l’âge de pierre selon la promesse de George Bush père. Le 15 septembre 2004, l’armée américaine relâche 275 détenus de la prison d’Abou Ghraib avec toute l’horreur attachée à la perversion d’un côté et aux souffrances de l’autre. En janvier 2007, en pleine fête de l’Aïd el Adha, Saddam Hussein a fait preuve d’un rare courage lors de sa pendaison. Comme l’écrit Manlio Danucci faisant le bilan de cette chevauchée fantastique : « Nos troupes sont sorties d’Irak ’’la tête haute’’, a annoncé le commandant en chef Barack Obama. Les USA ont de quoi être fiers.. Mis à feu et à sang par plus d’un million et demi de soldats, que le Pentagone a déployés par rotations, avec aussi des centaines de milliers de contractor militaires (mercenaires), en employant n’importe quel moyen pour écraser la résistance : des bombes au phosphore contre la population de Fallujah aux tortures d’Abu Ghraïb. Provoquant environ un million de victimes civiles, qui s’ajoutent à celles de la première guerre contre l’Irak et de l’embargo. Laissant un pays sinistré, avec un chômage à plus de 50%, la moitié des médecins qu’il avait avant l’invasion, un tiers des enfants affectés de malnutrition, à qui s’ajoutent ceux qui ont des malformations génétiques dues aux armes du Pentagone. Une guerre que les USA ont payée de 4500 morts et plus de 30.000 blessés chez les militaires, dont 30% sont rentrés chez eux avec de graves problèmes psychiques. Guerre qui a coûté 1000 milliards de dollars, à quoi s’ajoutent environ 4000 milliards de dépenses indirectes, comme celles de l’assistance aux anciens combattants. » (1)

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Dans sa course à la Maison-Blanche, Barack Obama avait promis le désengagement de l’Irak, mais pas à n’importe quel prix. En novembre 2008, les gouvernements irakien et américain ont signé un pacte bilatéral incluant le Status of Forces Agreement (Sofa) qui fixe à la fin 2011 le terme de la présence militaire des États-Unis. Les Américains avec la satisfaction du devoir bien fait, notamment par une mainmise sur les ressources pétrolières et agricoles par multinationales américaines interposées, rentrent au pays.

Depuis 2005, le gouvernement irakien a acheté des armements étasuniens pour une valeur de 5 milliards de dollars et, selon le programme, il en achètera d’autres pour 26 milliards. Les Etats-Unis ayant réussi à mettre en place une partition de fait de l’Irak en trois régions quasi autonomes avec le Nord kurde, la région de Bagdad à majorité sunnite et le sud de l’Irak à majorité chiite. En même temps, poursuit Manlio Dinucci, Washington s’attache le gouvernement régional kurde de Masoud Barzani avec lequel Exxon Mobil a conclu un gros contrat d’exploitation pétrolière, en doublant le gouvernement de Bagdad. Au Kurdistan irakien opèrent depuis 2003 des forces spéciales étasuniennes, sous les ordres du général Charles Cleveland. Celui-là même qui - révèle le journal égyptien al-Arabi - entraîne et dirige aujourd’hui en Turquie les commandos de l’« armée syrienne libre » pour la « guerre subrogée » contre la Syrie. (1)

Mieux encore, on apprend que même l’agriculture plusieurs fois millénaire de l’Irak est menacée. L’ordonnance 81 signée il y a cinq ans, le 26 avril 2004, par l’administrateur provisoire de l’Irak, Paul Bremer, a placé le pays sous le joug économique total de l’Occupant en obligeant le pays à réformer drastiquement son économie sur le modèle économique néolibéral américain. Ceci en violation de la Constitution irakienne et des conventions de La Haye et de Genève qui stipulent que l’occupant doit respecter la juridiction du pays occupé. Il s’agit d’une véritable déclaration de guerre contre les fermiers des pays occupés. Elle a livré le pays en pâture aux nécro-entreprises géantes qui contrôlent le commerce mondial des graines, comme Monsanto, Syngenta et Dow Chemicals. Comble de l’ironie, c’est au coeur de la Mésopotamie (l’actuel Irak) qu’a été inventée l’agriculture voici plus de dix mille ans ! L’ordonnance 81 a donné aux sociétés étrangères un droit de propriété intellectuelle (semblable à ceux que Washington a introduits dans les règles de l’OMC) qui leur concède pendant vingt ans le monopole sur la production, la reproduction, la vente, l’exportation, l’importation et le stockage de toutes les semences génétiquement modifiées et les variétés de plantes « similaires ». L’article 14 de cette loi interdit aux agriculteurs de réutiliser les semences de ces variétés transgéniques protégées ! Les agriculteurs « coupables » d’avoir semé des graines non achetées, ou dont le champ aurait été contaminé accidentellement, encourent de fortes amendes, voire des peines d’emprisonnement, la destruction de leurs récoltes, de leurs outils et de leurs installations ! Monsanto a fait un hold-up sur les semences millénaires des pays qu’elle envahit pour les modifier génétiquement, les breveter et les revendre aux agriculteurs désormais contraints de payer pour pouvoir les cultiver !

L’Irak actuel

Face au refus de l’Irak d’accorder l’immunité à des milliers de soldats américains chargés de poursuivre la formation, le président Obama avait décidé, le 21 octobre, le retrait total des troupes.

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La paix n’a jamais été à l’ordre du jour même du temps de la présence américaine. La boite de Pandore du régionalisme et surtout de l’extrémisme religieux à fait le reste malgré un décor exogène comme l’organisation d’élections, le chaos est là parce que les problèmes de fond qui existaient du temps de Saddam Hussein qui les traitaient à sa manière au nom d’un intérêt supérieur, celui de l’Etat Nation laïc, ressurgissent maintenant qu’il n’y a plus de garde fous. Les partis en présence, n’ont pas connaissance du logiciel de la paix. Je pense même que chacun à sa manière instrumente la religion pour s’emparer du pouvoir. Apparemment le clan chiite de Nouri el Maliki celui qui ordonna la mise à mort de Saddam Hussein le sunnite, l’a emporté su l’autre clan d’Ilyad Alaoui le sunnite, à telle enseigne qu’il a fallu plus d’une année pour former le nouveau gouvernement .

« Des élections ont eu lieu et un gouvernement à majorité chiite a mis plus d’une année à émerger. (...) Outre les dizaines de milliers de membres de sociétés de sécurité privées, peu connues pour leurs compétences en termes de réconciliation et de maintien de la paix. Les Américains laisseront 50.000 au Koweït, prêts à débarquer en cas de besoin. Le chaos qui règne à Bagdad ne leur laissera peut-être même pas le temps de défaire leur paquetage. La transformation de Bagdad en une ville à majorité chiite et le soutien des pays frontaliers devaient jouer un rôle majeur dans la stabilisation du pays. Au moins 12 explosions ont retenti dans 9 quartiers de la ville, faisant 63 morts et plus de 200 blessés. Des attaques coordonnées qui ciblaient essentiellement les quartiers chiites et qui font craindre un retour des violences confessionnelles sur fond de luttes politiques. Comme dans toute guerre, il y a ceux qui ont collaboré avec l’ennemi. Ils - ou elles - écrit Gilles Munier, étaient pour la plupart employés à tout faire, mais aussi secrétaires, interprètes ou espions. Certains, cagoulés, participaient aux interrogatoires et aux séances de torture. Considérés comme des traîtres par la population. Tous rêvaient de partir avec les occupants, d’émigrer aux Etats-Unis. Les Américains ont abandonné leurs collaborateurs à leur triste sort. Le bruit court même à Bagdad que des GI’s auraient vendu des listings d’employés à des « insurgés ». Une loi américaine, votée en 2008, a créé le Special Immigrant Visas (SIV) qui facilite l’entrée aux Etats-Unis des Irakiens qui travaillaient dans leurs bases et qui sont menacés de mort ou d’enlèvement. Mais, en quatre ans, seules 25.000 demandes ont été acceptées, 7000 visas délivrés. (2)

C’est une force étrangère, lit-on dans un éditorial du Monde, qui envahit le pays et ce sont des proconsuls américains bunkérisés qui vont le gouverner ensuite. L’Irak a été privé d’une partie de son histoire. Tout est faux depuis le début dans cette tragédie. Les motifs invoqués par George W. Bush pour se lancer dans l’aventure : l’Irak n’avait rien à voir ni avec Al Qaeda ni avec les attentats du 11 septembre 2001 ; le régime, exsangue après des années d’embargo, n’entretenait aucun arsenal d’armes de destruction massive (…). (3)

« L’Irak s’est un peu démocratisé, il est plus libre. Mais il est plus divisé que jamais entre ses trois composantes ethnico-religieuses. Il est gouverné par un parti pro-iranien issu de la majorité arabe chiite, qui marginalise la minorité sunnite, cependant que les Kurdes du pays vivent en quasi-indépendance. La violence est endémique. Un Irakien sur quatre vit dans la misère. La classe moyenne a fui à l’étranger. Le statut des femmes a régressé. La production pétrolière n’a pas retrouvé son niveau d’avant-guerre. (...) » (3)

« Chercheur au CNRS et spécialiste de l’Irak, Pierre Jean-Luizard anticipait les difficultés à venir : « Les Américains laissent derrière eux un système politique qui est voué à l’échec. C’est un système qui a été, par défaut d’autres solutions, conçu sur des bases confessionnelles et ethniques, dont la Constitution de 2005 condamne les Irakiens à jouer un jeu politique duquel ils ne peuvent pas sortir et qui les met en confrontation sur des bases d’abord communautaires et régionales. La meilleure illustration de tout cela est le mandat d’arrêt que le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki vient de lancer contre le vice-président arabe sunnite Tareq al-Hachemi. Accusé de terrorisme et d’avoir financé des escadrons de la mort, Tarek El Hachémi nie toutes les accusations et accuse le Premier ministre de complot, qualifié de « Saddam chiite » par ses opposants. Le groupe parlementaire sunnite Iraqiya a décidé de boycotter l’Assemblée et le gouvernement. Une provocation pour le chef du gouvernement, lequel a menacé de remplacer les neuf ministres appartenant à Iraqiya s’ils maintenaient cette décision.. « Cette guerre menée pendant plus de huit ans par Bush et Obama est un échec patent. Leur armée abandonne un pays aux mains d’un gouvernement chiite corrompu, allié à l’Iran, et en butte à l’hostilité d’une minorité sunnite », confie un officier du renseignement. Un nouveau Vietnam suivi d’une guerre civile pour les plus optimistes, « un arc chiite allant de la Syrie à l’Iran, en passant par l’Irak et le Hezbollah libanais ». Autrement dit, la hantise d’une troisième intifada chiite pour les plus alarmistes. (4)

Y aura t-il d’autres Irak ?

On peut s’interroger si après le désastre irakien, les 4500 morts les dizaines de milliers de traumatisé et une guerre qui aura couté près de 1000 milliards de dollars, les Américains seront tentés par une autre aventure que celle de formater le monde. Pour le Christian Science Monitor qui rapporte le nouveau format des guerres américaines, on parle de nouvelles guerres : « On les appelle les interventions militaires « transhorizon » ou à distance : l’usage de drones ou de missiles lancés à partir de bâtiments de combat en vue d’éliminer des cibles humaines dans un pays étranger sans avoir à envoyer de soldats sur le terrain. Alors que les Etats-Unis quittent l’Irak après plus de huit ans de guerre et d’occupation, le recours accru à ces tactiques à distance et aux unités d’élite des forces spéciales, extrêmement mobiles, n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’impact durable que cette guerre, lancée en mars 2003, a eu sur la politique étrangère américaine ». (5)

>

« “Pendant un certain temps, le syndrome postirakien produira une réelle réticence à mener des opérations militaires ressemblant de près ou de loin à la guerre en Irak”, prédit Stephen Walt, professeur à l’université Harvard. “Nous n’allons plus nous lancer dans des occupations prolongées ni tenter de remodeler la politique intérieure d’un pays.”Autrement dit, au lieu de guerres comme celle d’Irak, nous assisterons à des interventions ciblées, comme au Pakistan et au Yémen. “Nous allons nous employer à éliminer les méchants au lieu de chercher à réformer des sociétés entières”, résume l’universitaire ». (5)

On le voit la tentation d’empire étasunienne est intacte, sauf que l’expérience américaine est mise à profit pour ouvrir d’autres théâtres. De fait poursuit le journal : « La guerre d’Irak ainsi que celle d’Afghanistan ont conduit les Etats-Unis à se préoccuper d’une région qui ne devrait pas jouer un rôle important dans leur future prospérité. Comme Jon Huntsman Jr., candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2012, se plaît à le répéter : « Notre avenir n’est pas dans les montagnes afghanes de l’Hindu Kuch ». Après s’être focalisés sur l’Irak pendant la majeure partie de la dernière décennie, les Etats-Unis doivent, selon M. Lindsay, rattraper leur retard dans une région qui pèsera beaucoup sur leur futur : l’Asie orientale ». (5)

« “A présent, nous allons être beaucoup plus prudents pour décider des endroits et des moments opportuns pour faire appel à l’armée.” Selon Henry Barkey, un ancien analyste du département d’Etat, cette “nouvelle réticence” transparaît déjà dans le rôle de soutien que les Etats-Unis ont choisi de jouer dans l’intervention de l’Otan en Libye. Mais, selon d’autres experts, la Libye ne pré­sentait qu’un intérêt secondaire pour Washington. D’après eux, le véritable test de l’impact de la guerre d’Irak sur la politique extérieure américaine se fera avec l’Iran, et peut-être plus tôt qu’on ne le pense ». (5)

Nous y voilà. Le scénario est mis en place avec la complicité du directeur Général de l’AIEA qui n’a pas la même réticence qu’El Baradei ou encore moins qu’un Hans Blix qui s’est opposé frontalement à Georges Bush, en persistant sur le fait qu’il n’y avait pas d’ADM en Irak. L’actuel directeur de l’AIEA fait parti du scénario visant à créer le motif qui amènera le monde à un futur chaos. La guerre irakienne terminée, les GI’s ne sont pas loin, jute à côté au Koweït, ils peuvent reprendre du service. Il est possible même que le détroit d’Ormuz soit l’étincelle qui déclenchera l’apocalypse.

Nous ne souhaitons que l’Iran finisse comme l’Irak encore que cela ne sera pas facile pour l’empire ! L’Irak une des plus brillantes civilisations que l’humanité ait connues sombre dans un chaos qui, à moins d’un miracle, semble être parti pour longtemps. Tout ceci pour une mainmise sur des matières premières et imposer Israël comme « rempart contre la barbarie ».

 

Chems Eddine Chitour


1. http://www.legrandsoir.info/en-irak-la-guerre-est-subrogee-il-manifesto.html

2. Gilles Munier : 23 - 12- 2011 150 000 collaborateurs irakiens abandonnés par les troupes américaines
. Mauvaise fin pour une mauvaise guerre Editorial Le Monde 21.12.11

4. http://www.mleray.info/article-irak-le-chaos-94973865.html

5. http://www.courrierinternational.com/article/2011/12/22/dures-lecons-de-l-aventure-irakienne

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http://www.legrandsoir.info/retrait-des-americains-d-irak-le-chaos-en-cadeau-d-adieu.html
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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:44

LIGUORI_DELGA.jpgNous reproduisons ci-dessous la préface d’Emmanuel Dang Tran au livre de Guido Liguori, « Qui à tué le Parti communiste italien » (éditions Delga – 2011). Liguori analyse les conditions historiques, les idées, les actes, qui ont servi à la direction du PCI pour saborder le plus grand parti communiste d’Europe occidentale. Dang Tran montre les mêmes discours, les mêmes motivations alimentent le processus, toujours poursuivi, jamais complètement réalisé, aujourd’hui encore, de « mutation-transformation » du PCF par sa direction depuis le début des années 90.

 

 

 

 

 

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« Le nom et la chose ». Ce titre de chapitre de Guido Liguori cerne le dilemme qui a concerné et concerne tous les appareils dirigeants des partis communistes qui ont fait ou font le choix du réformisme.

 

Les mots « communiste », « partis communistes » sont des signifiants politiques et historiques extrêmement forts. Ils sont indissociablement liés à la théorie marxiste et léniniste, aux expériences issues de la Révolution d’Octobre qui a fécondé les mouvements ouvriers nationaux. Après la chute du Mur de Berlin et la victoire de la contre-révolution à l’Est, ces références fondamentales deviennent définitivement disqualifiantes pour les dirigeants communistes qui ne voient plus d’autres perspectives que de s’intégrer encore davantage dans la démocratie bourgeoise.

Mais leur problème est que ces « noms », « communisme », « partis communistes », sont aussi des identifiants politiques extrêmement forts des « choses » que cette théorie et cette histoire ont permis de développer. A la fin des années 80, le Parti communiste italien ou le Parti communiste français (le PCF encore de façon atténuée aujourd’hui) sont des réalités très fortes. Leur notoriété est générale. Ils constituent un repère dans la vie politique nationale, dans l’inconscient collectif du pays. Leurs organisations sont encore nombreuses et structurées. Ils disposent d’un acquis électoral, institutionnel, patrimonial considérable.

Comment garder l’héritage de la « chose » pour la transformer, la liquider, en la coupant du sens du « nom » : voilà la préoccupation des « communistes » réformistes. Comment donner tout son sens au « nom » pour défendre l’existence de la « chose », la renforcer : telle est la préoccupation des communistes qui considèrent que les partis communistes marxistes et léninistes conservent toute leur raison d’être et qui entendent assumer l’histoire du mouvement communiste international sans jeter le bébé avec l’eau du bain.

La bataille pour ce que représentent le nom et la chose « PCF » est encore tout à fait d’actualité en 2011. Pour les communistes français, l’histoire de la liquidation du PCI présente un grand intérêt.

 

« Comment s’appeler Parti communiste quand on n’est plus un Parti communiste » ? Guido Liguori retrace le déroulement du coup de force qui a amené en 1989 et 1990 à l’abandon du nom « Parti communiste italien » et la transformation en « Parti démocrate de gauche » (PDS). Ce dernier est maintenant devenu Parti démocrate tout court après son regroupement avec des pans de feu la démocratie chrétienne. Liguori en reprend les étapes dans le détail, les ultimes congrès, les dernières réunions du comité central, les discussions entre intellectuels sur l’identité du Parti, sur l’identité communiste.

 

Le lecteur communiste français est évidemment frappé par les similitudes avec les stratégies des directions du PCF et les débats en France, sinon en 1989, du moins à partir de 1994 et la « Mutation » lancée par Robert Hue. Les termes du débat italien d’alors sont étonnement restés les mêmes qu’aujourd’hui dans un PCF dont les dirigeants cherchent, avec la même obstination, les voies de la « transformation », de l’intégration dans une autre « gauche ».

Ils restent aussi terriblement d’actualité en Italie même, parmi les organisations, issues du PCI, qui n’ont pas renoncé au nom « communiste » mais qui n’ont toujours pas tranché la question de l’identité communiste, au point de ne cesser de s’émietter et de quasiment disparaître de la scène politique nationale.

 

La majorité de la direction du PCI est parvenue à trancher la chose vite, à clore l’histoire glorieuse d’un parti de 69 ans en 18 mois. Le résultat de cette expérience donne une idée du point de chute, vertigineux, des développements sur l’évolution de « l’identité communiste » soutenus par les partisans du changement de nom. L’organisation de masse s’est désagrégée. C’était le prix à payer. Le PDS n’a récupéré que moins du quart des adhérents et la moitié de ses électeurs. Mais le PDS, puis ce qu’il est devenu, héritier du grand PCI, est bien devenu un parti de gouvernement dans l’Italie capitaliste.  

Massimo D’Alema, que l’on revoit « centriste » au sein de la haute direction du PCI en 1990, se proclamant attaché à cette décidément flexible « identité communiste » est devenu un bon président du conseil de « centre-gauche » (1998-2000) avant de seconder le libéral Prodi (2006-2008). Ambition réussie aussi pour le communiste droitier Giorgio Napolitano : il est aujourd’hui président de la République alors qu’au Parlement ne siège plus aucun communiste. La rupture avec l’histoire communiste a été vite consommée. Le terrain était préparé.

 

Le 9 novembre 1989, la chute du Mur trouve Napolitano à Bonn avec Willy Brandt et Achille Occhetto, secrétaire général du PCI depuis 1988, à Bruxelles avec le travailliste anglais Neil Kinnock en pleine négociation pour l’entrée du PCI dans l’Internationale socialiste. Le symbole est parlant. Pour un PCI « qui n’est déjà plus un parti communiste », la défaite du camp socialiste est une aubaine. Le changement de nom avait déjà été sérieusement envisagé, mais toujours reporté. Là le coup devient possible. Occhetto hésite puis se lance dans l’achèvement de sa mission liquidatrice.

Ironie de l’histoire ? Le PCI a été, de tous les partis communistes, celui qui s’est démarqué le plus systématiquement de l’URSS et des pays de l’Est. On le retrouve dans les débats de 1989/90 : c’est même une part essentielle de son identité. Elle est mise en avant aussi bien par les dirigeants et intellectuels qui prônent ou acceptent le changement du nom que par certains de ceux qui le refusent.

Pourtant, des grands partis communistes occidentaux, le PCI sera le seul à ployer et à rompre sous le mauvais vent de l’histoire. Il se retrouvera précisément dans la situation des directions des partis « frères » de l’Est, qu’il avait si violemment critiqués et qui se sont sabordés au même moment (à l’exception notable du Parti communiste de Bohème-Moravie en République tchèque).

La contradiction n’est peut-être qu’apparente. Elle montre comment, même pour le PCI, l’existence du « camp socialiste » restait une donnée identitaire fondamentale. Mais n’y avait-il pas aussi une similitude avec les appareils des partis de l’Est qui sont passés, avec plus ou moins de succès selon les pays, d’une administration d’un socialisme sans conviction à la gestion de la restauration capitaliste ? Le niveau d’insertion de l’appareil du PCI dans les institutions de la démocratie bourgeoise italienne les en rapprochait, plus qu’aucun autre parti communiste d’un autre pays capitaliste. Liguori constate : «  les années passées dans le cadre du pouvoir local avaient formé un “parti d’administrateurs” trop enclins au compromis ». Cette évolution n’avait pas atteint le même stade dans le PCF.

 

La comparaison de la situation du PCI et de celle du PCF en 1989/90 montre, au-delà de réelles contradictions, plutôt un décalage qui annonce déjà un processus allant dans le même sens en France mais pas aussi loin. La direction du PCF, derrière Georges Marchais, rejette l’hypothèse du changement de nom après la chute du Mur. Le bureau politique condamne les éléments « reconstructeurs » ou « refondateurs » qui essaient de transposer l’exemple italien. Le 27e congrès de 1991 confirme ce choix. Il demeure décisif aujourd’hui. Malgré toutes les tentatives depuis 20 ans, la différence fondamentale persiste. En 2011, le PCF, même très affaibli sur tous les plans, continue à exister et à être le dépositaire de l’histoire du mouvement communiste en France.

Les raisons de ce choix différent en 1989 sont multiples. Elles sont en lien les unes avec les autres. Il serait essentiel d’analyser le maintien plus solide de l’organisation de classe, de la cellule, de la cellule d’entreprise dans le PCF et la dérive institutionnelle dans le « compromis » plus avancée du PCI. La composition des directions du PCI est déjà marquée par la sous-représentation criante des militants issus de la classe ouvrière, ce qui allait devenir le cas au PCF dix ans plus tard.

Les positions du PCF et du PCI avaient aussi depuis longtemps divergé. Le PCF n’a pas suivi le PCI dans la condamnation répétée de l’URSS (jusqu’à accepter la légitimité de l’OTAN !). Le PCF n’a pas suivi jusqu’au bout l’expérience « eurocommuniste » initiée par le PCI. La conversion à la défense de l’intégration européenne est aussi très précoce dans le PCI.

Les différences, loin d’être entièrement contradictoires, se posent aussi en termes de perspective politique nationale.

Dans un pays comme dans l’autre, dans les années 70, elle est d’abord institutionnelle. Mais la stratégie du PCI (que Liguori appelle « Berlinguer I ») est en 1976 de rechercher un « compromis historique » avec la Démocratie chrétienne. En France, dans les conditions nationales, la stratégie du PCF reste l’Union de la gauche, avec un rôle sinon prépondérant, du moins incontournable, du Parti dans son alliance avec le PS. Elle vise une « démocratie avancée », étape vers le socialisme.

Malgré son échec rapide, la logique du « compromis historique » a marqué. La stratégie « Berlinguer II » n’a pas le temps de corriger selon Liguori. Dans les années 80, l’obsession de larges franges des directions et des élus du PCI est de rechercher des accords avec le PSI pour une coalition gouvernementale. En France, l’échec du Programme commun en 1977 puis de la participation gouvernementale de 81 à 84 amène le Parti à redonner la priorité au mouvement populaire, laissant la perspective d’Union de la gauche en sourdine.

A la fin des années 80, l’écart s’est creusé. La direction du PCI en est à solliciter l’adhésion à l’Internationale socialiste. Le PCF exclut de participer au gouvernement Rocard, ouvert au centre-droit, après 1988.

L’affaiblissement électoral parallèle ne laisse pas non plus les deux partis dans la même situation en 1989. Le PCI reste largement le parti dominant à gauche, deux fois le PSI en voix. Le PCF est à 10%.

Les opportunistes du PCI peuvent rêver au pouvoir dans la démocratie bourgeoise, en allant juste un peu au-delà de la perspective de « compromis historique ».

Les plus opportunistes du PCF ne peuvent envisager n’être qu’une force d’appoint du PS, ce qui allait se passer entre 1997 et 2002 avec la participation au gouvernement Jospin. Le PCF en sortira considérablement affaibli alors qu’il s’était maintenu électoralement (malgré l’Est) à 10% en 1997. En 2002, il tombe à 3%.  Le même sort attendait le parti italien de la Refondation communiste. Le nom « communiste » ne se prête vraiment pas au compromis avec les gestionnaires loyaux du capitalisme.

Pour des raisons tenant à la fois des positions politiques antérieures, de l’état de leur structuration, de la conjoncture politique, les équilibres dans la direction du PCI et du PCF et à la base de ces partis ne sont pas les mêmes. La question du nom du parti, sinon de la rupture avec son essence, ne se pose pas de la même façon, surtout pas au même moment.

En 1990 en France elle est tout simplement inconcevable. Mais en quelques années, les éléments, l’idéologie et la perspective réformistes l’emportent dans la direction du PCF. En 1994, Georges Marchais part et Robert Hue engage le processus dit de « mutation ». Mais dans les conditions de la France, le changement forcé de la « chose » n’a toujours pas aujourd’hui réussi à avoir raison du « nom » et continue, encore aujourd’hui, de s’y heurter.

 

Le militant du PCF qui aura résisté aux multiples campagnes de « mutation », « transformation », « recomposition » de son parti jusqu’à aujourd’hui se reconnaîtra sans mal dans les méthodes et dans les termes du débat italien de 1989/1990. L’offensive de l’idéologie dominante s’effectue par les mêmes voies, avec une grande cohérence. « Théorie des droits plutôt que lutte des classes, horizon démocratique plutôt que finalité socialiste, Révolution française plutôt que Révolution russe », voilà comment un journaliste résume brutalement la pensée d’Occhetto.

Hue, tout comme Occhetto, veut marquer une rupture avec la tradition communiste. Comme lui, il recourt à une « communication » tapageuse, qui se veut moderne. Avec la même insistance, Hue et ses successeurs se lancent dans l’auto-flagellation, le dénigrement et même la criminalisation de l’histoire du mouvement communiste.

On retrouve les mêmes réflexions sur le « dépassement » de la « forme parti », au regard de nouvelles exigences « démocratiques ». Elles justifient la déstructuration du Parti de classe et de masse dans les années 90 en France comme en Italie. L’abandon du centralisme démocratique (PCF – 1994) a fait sauter un verrou, comme au PCI, aux transformations. Les directions enchaînent les coups de force, jouant à la fois du légitimisme des adhérents, de leur mainmise sur l’appareil et de la dégradation du débat démocratique dans le parti, notamment dans la préparation des congrès. La suppression des cellules au congrès de Martigues en 2000, doublée de la participation au gouvernement social-libéral, entraîne une hémorragie des effectifs et accélère la déstructuration à la base. Le recul démocratique réel est aussi à placer sur ce plan. 

On retrouve presque mot à mot les développements sur la fin de la centralité de la lutte des classes - avec le développement des technologies et des communications - mise au même niveau que les questions de société. La protection de l’environnement, le féminisme sont instrumentalisées, de façon également pesante, pour accompagner la fin du PCI comme ensuite les transformations du PCF. Dans le même temps, les cadres ouvriers disparaissent des organigrammes du PCF. Au congrès de Martigues, la priorité est ouvertement donnée à la présence dans les institutions sur l’action dans les luttes. La participation à un gouvernement de gestion loyale des affaires du capitalisme est ainsi validée théoriquement ainsi que l’institutionnalisation du Parti, qui devient un « parti comme les autres ».

Parallélisme total aussi des discours sur « l’ouverture » du Parti. Occhetto s’adresse à la « gauche des clubs », à la « société civile », aux non-communistes pour constituer son nouveau parti, de la même façon qu’en France sont justifiées la constitution de la liste « Bouge l’Europe » aux élections européennes de 1999 (50% de non-communistes), puis les Collectifs antilibéraux (2006) ou maintenant le Front de gauche. En fait d’ouverture, c’est le renoncement à l’engagement politique des classes laborieuses et la porte ouverte à la « petite gauche » où prédominent petite bourgeoisie et réformisme.

 

Ces similitudes sont d’autant plus importantes à souligner en France aujourd’hui que l’on voit maintenant le point d’arrivée des héritiers de la majorité du PCI.

Les directions du PCF ont « réussi » à profondément changer la « chose », à la dénaturer mais ils ne cessent de buter sur le « nom ». Leur stratégie, constante depuis 1994, est une suite ininterrompue d’échecs dont un recul électoral sans précédent. L’inadéquation entre le « nom » et la « chose » en est une explication. Même au bout de 20 ans, on n’attend pas du PCF qu’il s’aligne sur la social-démocratie ou sur l’UE du capital. Un parti qui a tant de mal à défendre (à réécrire) son histoire se tire des balles dans le pied alors que l’anticommunisme sévit plus que jamais. La persistance du fait PCF vaut parmi ses adhérents mais aussi ses partenaires et ses adversaires. Un parti communiste qui n’est plus communiste est condamné.

 

Les directions du PCF ont essayé de changer le nom du parti à deux reprises. Avant le congrès de rupture de Martigues, l’idée de lancer le « nouveau parti communiste » a été lancée mais n’a pas pris et a été rapidement abandonnée. En 2007, après la débâcle de l’élection présidentielle (1,9%), Marie-George Buffet remet en cause l’existence même du PCF dans son rapport au conseil national lançant les hypothèses suivantes : « celle de décider la création d’un nouveau parti, de le dépasser pour en fonder un avec d’autres à l’exemple de Die Linke, d’affirmer l’existence du PCF comme préalable à tout débat sur cette question, ou bien de réfléchir à partir du potentiel du Parti communiste, à ce que pourrait être une force communiste aujourd’hui… ».  Les dirigeants enchaînent pendant quelques mois les déclarations sur l’épuisement de la raison d’être du PCF. Mais une vague de fond dans ce qui restent des effectifs du parti (levée notamment par l’appel « Pas d’avenir sans PCF » dont nous étions à l’origine) a mis en échec cette opération. La direction a dû s’y résoudre en s’efforçant de réduire la réaction des communistes à un « attachement » sentimental au parti.

 

Puisqu’on n’arrive toujours pas à changer le « nom », restent deux solutions : l’effacer peu à peu et en changer le sens.

Dans la suite de « Bouge l’Europe », les initiatives de la direction du PCF d’intégrer le parti dans des « Collectifs antilibéraux », en 2006, avec cette « petite gauche » et la « société civile », maintenant dans un « Front de gauche » vont dans le sens de la dilution du Parti. Il pourrait être peu à peu supplanté par cette nouvelle organisation « chapeau », comme, au niveau européen, dans le Parti de la gauche européenne. Les prochains mois avant l’élection présidentielle de 2012, où le PCF s’aligne derrière le social-démocrate Jean-Luc Mélenchon seront décisifs pour le succès ou l’échec de cette nouvelle tentative. Les correspondances avec les débats italiens de 1989 sont à nouveau nombreuses, mais autant avec les réflexions de partisans que d’adversaires du tournant historique. Voilà qui fait sans doute comprendre pourquoi les autres organisations issues du PCI, celles qui ont conservé le nom communiste, en premier lieu le Parti de la Refondation Communiste (PRC), ont suivi depuis lors un parcours très parallèle à celui du PCF.

 

Il est frappant que la plupart des dirigeants et intellectuels qui se sont opposés au changement de nom se placent quand même dans une forme de consensus pour une révision de « l’identité communiste », pour une « refondation » du PCI. La motion d’opposition au congrès final s’intitule : « Pour une vraie rénovation du PCI et de la gauche ». Le PRC, « refondateur », est constitué d’emblée, en rupture avec la continuation du PCI, avec des éléments anciennement socialistes ou trotskystes. Au contraire, c’est le PDS qui prend garde de se placer dans la continuation du PCI en conservant, momentanément, le vieux sigle avec la faucille et le marteau sous le nouveau, un chêne… Comme au sein du PCF, les débats de 1989/90 se reproduisent en boucle sur les mêmes questions jusqu’à aujourd’hui dans le PRC ou dans le Parti des communistes italiens (PdCI - issu d’une scission du PRC). Une sorte de processus infini de scissions, divisions, auto-liquidation semble engagée.  

 

Dans ces processus, la question de l’identité communiste n’est jamais tranchée. La tentation est forte de tordre le sens du « nom », de le dévaluer, en Italie comme en France. De façon récurrente depuis les années 80, on retrouve, aussi à la fin du PCI, cette citation de Marx de L’Idéologie allemande, mise en avant et décontextualisée par Lucien Séve, qui permet de valider toutes les révisions : « nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses ». La « visée communiste » propagée dans le PCF au tournant des années 2000 fait écho à « l’horizon communiste » discuté dix ans plus tôt en Italie. Certains en sont au « post-capitalisme » quand ce n’est pas à « l’altercapitalisme » (le dirigeant du PCF Parny en octobre 2009). Elle permet d’éliminer la notion d’étapes, de ruptures, le socialisme et tout bonnement la perspective révolutionnaire. En juin 2008, Marie-George Buffet affirmait à propos du Congrès de Tours : « Nous sommes au 21ème siècle, le monde a changé, les modèles se sont écroulés. Aussi, dans cette belle ville de Tours, si nous ne retenions de son célèbre congrès qu’une seule chose : le formidable espoir, cette énorme volonté politique de la part de nos camarades de construire une société meilleure. » À quoi fait écho l’actuel secrétaire national du PCF, président du PGE, Pierre Laurent. Sur France Inter, en juin 2011, il ne se formalise pas d’être taxé par un journaliste de « social-démocrate de gauche » et affirme que ce qui « distingue » le PCF, c’est : «  une détermination, quand même farouche, qui reste notre identité, ou ce pourquoi nous existons, à penser qu’il va falloir passer à autre chose que le système capitaliste. [Autre chose de quel genre ?] Il faut que la solidarité devienne le système d’organisation de la société, à la place de la concurrence… ». La « solidarité comme projet de société » : C’est court comme identité communiste !  

 

L’enseignement de l’expérience italienne de 1990 est peut-être qu’il faut aux communistes qui veulent le rester défendre à la fois et « nom » et la « chose », toute la « chose », assumer l’histoire du mouvement communiste international, se ressourcer dans les fondamentaux marxistes et léninistes, faire vivre et renforcer les organisations de nos partis suivant leur raison d’être dans la lutte des classes. Des partis communistes, en Grèce, au Portugal, en Afrique du Sud… ont fait ce choix. En Italie, des communistes développent une base dans ce sens pour « reconstruire le Parti communiste ». En France, nous sommes des dizaines de milliers à défendre le PCF. Il y a 20 ans, l’actualité dominante était la « chute du communisme ». Aujourd’hui, c’est la « crise du capitalisme ».

 

Emmanuel Dang Tran, membre du Conseil national du PCF

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:41

arton15470-a6a1b.jpgLa perspective économique, politique et sociale de 2012 est profondément négative. Quasiment tous les économistes orthodoxes de le pensée dominante sont pessimistes en ce qui concerne l’économie mondiale. Bien que, là aussi, leurs prédictions sous-estiment l’étendue et la profondeur de la crise, il y a de grandes raisons de croire que 2012 sera le début d’un déclin plus important que celui engendré par la Grande Récession de 2008-2009. Avec moins de ressources, plus de dette et une résistance populaire croissante, les gouvernements ne pourront pas sauver le système.



Beaucoup des principales institutions et relations économiques qui ont été la cause et la conséquence de l’expansion capitaliste régionale et mondiale des 30 dernières années sont en train de se désintégrer et de sombrer dans le chaos. Les anciens moteurs économiques de l’expansion globale, les Etats-Unis et l’Union Européenne, ont épuisé leurs ressources et sont clairement en déclin. Les nouveaux centres de croissance, la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, qui pendant une "courte décennie" ont donné un nouvel élan à la croissance mondiale arrivent en fin de course, leur décélération est rapide et continuera pendant toute l’année prochaine.

L’explosion de l’Union Européenne

En particulier l’Union Européenne gangrenée par la crise se désintègrera et au lieu des relations croisées actuelles on aura des accords de commerce ou d’investissement bilatéraux ou multilatéraux. L’Allemagne, la France, les Pays-Bas et les pays nordiques essayeront de négocier le virage. L’Angleterre —c’est à dire la Cité de Londres— dans son splendide isolement, basculera en croissance négative, ses organismes financiers s’évertuant à trouver de nouvelles opportunités de spéculation dans les états pétroliers du Golfe et autres "niches". L’Europe centrale et l’Europe de l’est, en particulier la Pologne et la République Tchèque, se rapprocheront de l’Allemagne mais souffriront des conséquences du déclin général des marchés mondiaux. L’Europe du sud (la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie) entreront dans une profonde récession et le règlement de l’énorme dette par des assauts sauvages sur les salaires et les avantages sociaux réduira drastiquement la demande des consommateurs.

Le chômage et le sous-emploi dus à la récessions atteindront un tiers des personnes en âge de travailler et cela provoquera des conflits sociaux de longue durée qui s’élargiront en soulèvements populaires. L’explosion de l’Europe est presque inévitable. L’Euro, en tant que monnaie de référence, sera abandonné au profit de monnaies nationales nouvelles ou anciennes accompagnées de dévaluations et de mesures protectionnistes. Le nationalisme sera à l’ordre du jour. Les Banques allemandes, françaises et suisses subiront d’énormes pertes sur les prêts consentis au Sud. Leur sauvetage engloutira des sommes énormes, clivant les sociétés allemandes et françaises en opposant les contribuables majoritaires aux banquiers. Le militantisme syndical et le pseudo "populisme" de droite (néo-fascisme) intensifieront les luttes nationalistes et les luttes de classe.

Une Europe fragmentée et socialement déchirée sera moins susceptible de se joindre à une opération militaire israélo-étasunienne d’inspiration israélienne contre l’Iran (ou même la Syrie). L’Europe en crise s’opposera à une attitude agressive des Etats-Unis à l’égard de la Russie et de la Chine.

Etats-Unis : La récession revient pour de bon

Les Etats-Unis subiront les conséquences de leur énorme déficit fiscal et ne seront pas capables de contrecarrer financièrement la récession mondiale de 2012. Ils ne pourront pas non plus "externaliser" leur solution de la crise en se tournant vers l’Asie auparavant dynamique car la Chine, l’Inde et le reste de l’Asie sont en perte de vitesse économique. La Chine aura une croissance bien inférieure à ses 9% habituels. L’Inde passera de 8% à 5% ou moins encore. De plus, la politique militaire "d’encerclement" pratiquée par le régime d’Obama et sa politique économique d’exclusion et de protectionnisme écarteront la possibilité que la Chine contribue à la relance.

Le militarisme aggrave le déclin économique

Les Etats-Unis et l’Angleterre seront les plus grands perdants de la reconstruction économique de l’Irak après la guerre. Les entreprises étasuniennes et anglaises obtiendront moins de 5% des 186 milliards de projets d’infrastructures (Financial Times, 12/16/11, p 1 et 3). Ce sera sans doute la même chose en Libye et ailleurs. L’armée impériale étasunienne détruit un adversaire, creuse sa dette pour le faire, et des pays qui n’ont pas pris part au conflit récoltent les juteux contrats de la reconstruction économique d’après guerre.

L’économie des Etats-Unis sombrera dans la récession en 2012 et la "relance sans emplois de 2011" sera suivie d’une hausse importante du chômage en 2012. En fait la force de travail toute entière se contractera au fur et à mesure que ceux qui ne touchent plus d’indemnités de chômage cesseront de s’inscrire.

L’exploitation des travailleurs ("la productivité") s’intensifiera à mesure que les capitalistes forceront les travailleurs à travailler toujours plus pour un salaire toujours moindre, creusant ainsi le fossé entre les salaires et les profits.

La récession économique et la hausse du chômage seront accompagnées de coupes sauvages dans les programmes sociaux pour subventionner les banques et les industries en difficulté. Les débats entre les partis politiques porteront sur l’importance des coupes qu’il faut imposer aux travailleurs et aux retraités pour gagner "la confiance" des actionnaires. Confronté a des choix politiques aussi limités, l’électorat réagira en ne réélisant pas les dirigeants sortants, en s’abstenant de voter et en organisant des mouvements de masse spontanés comme “occupy Wall Street”. L’insatisfaction, l’hostilité et la frustration domineront la culture. Les démagogues du Parti Démocratique se serviront de la Chine comme bouc émissaire ; les démagogues du Parti Républicain blâmeront les immigrants. Et les deux partis fulmineront contre les "fascistes islamistes", en particulier contre l’Iran.

Nouvelles guerres au milieu des crises : les sionistes tirent les ficelles

Les "52 présidents des principales organisations juives étasuniennes" et leurs partisans "Israël avant tout" du Congrès Etasunien, de Département d’Etat, du Trésor et du Pentagone inciteront à la guerre contre l’Iran. S’ils parviennent à leurs fins, il y aura une explosion régionale et une dépression mondiale. Etant donné la capacité du régime extrémiste israélien à obtenir du Congrès Etasunien et de la Maison Blanche une adhésion inconditionnelle à tous ses plans belliqueux, on ne peut écarter l’éventualité d’une aussi terrible catastrophe.

Chine : Les mécanismes compensatoires en 2012

La Chine affrontera la récession mondiale de 2012 avec plusieurs options disponibles pour diminuer son impact. Beijing peut modifier sa production et produire des marchandises et des services pour les 700 millions de consommateurs qui ne sont pas pris dans la tourmente économique. En augmentant les salaires, les services sociaux et la qualité de l’environnement, la Chine peut compenser la perte des marchés étrangers. La croissance économique de la Chine, qui s’origine en grande partie dans la spéculation du marché immobilier, sera affectée par l’éclatement de la bulle. Un recul sévère s’ensuivra provoquant des pertes d’emplois, des faillites municipales et l’augmentation des conflits sociaux et des conflits de classes. Cela pourra entraîner soit une plus grande répression soit une démocratisation graduelle. L’issue affectera profondément les relations commerciales de la Chine. La crise économique renforcera probablement le contrôle de l’état sur le marché.

La Russie affronte la crise

L’élection du Président Poutine diminuera le soutien de la Russie aux soulèvements et aux sanctions fomentés par les Etats-Unis contre les alliés et les partenaires commerciaux de la Russie. Poutine se rapprochera de la Chine et bénéficiera de l’éclatement de l’Europe et de l’affaiblissement de l’OTAN.

L’opposition russe soutenue par les médias occidentaux utilisera son poids financier pour discréditer Poutine et promouvoir le boycott des investissements, ce qui ne les empêchera pas de perdre largement les élections présidentielles. La récession mondiale affaiblira l’économie russe et la forcera à choisir entre les nationalisations ou l’utilisation croissante des fonds de l’état pour tirer d’affaire les oligarques influents.

La transition 2011-2012 : De la récession et la stagnation régionales aux crises mondiales

L’année 2011 a posé les fondations de l’explosion de l’Union Européenne. Les crises ont commencé avec la déconfiture de l’Euro, la stagnation aux Etats-Unis et la déferlante dans le monde des manifestations populaires contre les indécentes inégalités. Les événements de 2011 ont donné un aperçu de ce que nous prépare 2012 : des guerres commerciales débridées entre les principales puissances, l’exaspération des luttes entre impérialistes et la perspective de soulèvements populaires qui tournent en révolutions. De plus, l’escalade de la fièvre belliciste orchestrée par les sionistes contre l’Iran en 2011 laisse présager la plus terrible guerre régionale depuis le conflit étasuno-indo-chinois. Les campagnes électorales et les résultats des élections aux Etats-Unis, en France et en Russie aggraveront les conflits mondiaux et les crises économiques.

En 2011 le régime Obama a initié une politique de confrontation militaire avec la Russie et la Chine et des politiques destinées à gêner et retarder la montée de la Chine en tant que puissance économique mondiale. A cause de l’aggravation de la récession économique et du déclin des marchés étrangers surtout en Europe, une guerre commerciale d’envergure éclatera. Washington poursuivra une politique agressive visant à limiter les exportations et les investissements chinois. La Maison Blanche intensifiera ses efforts pour empêcher le commerce et les investissements de la Chine en Asie, en Afrique et ailleurs. On peut s’attendre à des efforts renouvelés de la part des Etats-Unis pour exploiter les conflits ethniques et populaires intérieurs de la Chine et augmenter sa présence militaire le long des côtes chinoises. Une provocation majeure ou des incidents montés de toutes pièces ne sont pas à exclure. Tout cela pourrait mener en 2012 au nationalisme fanatique et à une nouvelle et coûteuse "Guerre Froide". Obama a fourni le cadre et la justification d’une confrontation à grande échelle et de longue durée avec la Chine. Ce sera un effort désespéré pour maintenir l’influence étasunienne et ses positions stratégiques en Asie. Le "quadrilatère de pouvoir" de l’armée étasunienne —les Etats-Unis, le Japon, l’Australie et la Corée— avec le soutien des satellites philippins, essayera de détruire les liens commerciaux de la Chine au moyen de la puissance militaire de Washington.

Europe : Intensification de l’austérité et de la lutte des classes

Les programmes d’austérité imposés à l’Europe, de l’Angleterre à la Lettonie en passant par l’Europe du Sud, seront la marque de 2012. Des licenciements massifs dans le secteur public et des salaires et des offres d’emploi en réduction dans le privé engendreront une guerre continuelle entre les classes sociales et la remise en question des régimes. Les "politiques d’austérité" du Sud provoqueront une incapacité de payer la dette qui entraînera la faillite de banques françaises et allemandes. La classe financière dominante anglaise, isolée de l’Europe, mais dominante en Angleterre, obligera le gouvernement conservateur à "réprimer" les révoltes populaires et syndicales. Un nouveau style de règle autocratique néo-thatcherienne verra le jour ; l’opposition syndicale formulera des revendications de pure forme tout en serrant la bride à la populace rebelle. En un mot, les politiques sociales économiques régressives développées en 2011 ont préparé le cadre dans lequel de nouveaux régimes policiers pourront réprimer dans le sang les travailleurs et les jeunes chômeurs sans avenir.

Les guerres qui vont sonner le glas de "l’Amérique telle que nous la connaissons"

Aux Etats-Unis, Obama a préparé le terrain pour une guerre plus importante au Moyen-Orient en déplaçant des troupes d’Irak et d’Afghanistan pour les concentrer sur l’Iran. Pour déstabiliser l’Iran, Washington multiplie les opérations militaires et civiles secrètes contre les alliés de l’Iran, en Syrie, au Pakistan, au Venezuela et en Chine. Voilà les ingrédients de la stratégie belliqueuse israélo-étasunienne contre l’Iran : des guerres dans les états voisins, des sanctions économiques internationales, des attaques cybernétiques pour mettre à mal les industries vitales et des assassinats ciblés de savants et d’officiels militaires. Le projet en son entier, de sa planification à son exécution, peut être attribué, sans risque d’erreur, à la configuration du pouvoir sioniste qui tient les positions stratégiques dans l’Administration étasunienne, les médias dominants et la "société civile". Une analyse systématique des politiciens étasuniens du Congrès qui promeuvent et mettent en oeuvre la politique de sanctions montre que les rôles principaux sont tenus par des méga-sionistes (les adeptes du "Israël avant tout") comme Ileana Ros-Lehtinen et Howard Berman, Dennis Ross à la Maison Blanche, Jeffrey Feltman au Département d’Etat et Stuart Levy et son remplaçant David Cohenson au Trésor. La Maison Blanche est entièrement aux mains des collecteurs de fonds sionistes et fait ce que veulent les 52 présidents des principales organisations juives étasuniennes.

La stratégie israélo-sioniste est d’encercler l’Iran, de l’affaiblir économiquement et de l’attaquer militairement. L’invasion de l’Irak a été la première guerre des Etats-Unis au bénéfice d’Israël ; la guerre de Libye, la seconde ; la guerre par personnes interposées contre la Syrie, la troisième. Ces guerres ont détruit les adversaires d’Israël ou sont en passe de les détruire. En 2011, les sanctions économiques destinées à créer de l’agitation intérieure en Iran ont été la principale arme sélectionnée. La campagne pour les sanctions internationales a mobilisé toute l’énergie des lobbys sionistes. Ils n’ont rencontré aucune résistance dans les médias dominants, ni au Congrès, ni dans les bureaux de la Maison Blanche. La Configuration de Pouvoir Sioniste (CPS) n’a pas été l’objet de la moindre critique de la part des groupuscules, mouvements ou journaux de la gauche progressiste, à part quelques notables exceptions.

Le repositionnement des troupes étasuniennes de l’Irak aux frontières de l’Iran, les sanctions et l’influence grandissante de la cinquième colonne israélienne aux Etats-Unis signifie que la guerre va s’étendre aux Moyen-Orient. Cela implique sans doute une attaque aérienne "surprise" de missiles par les forces étasuniennes. Elle sera justifiée par une prétendue "attaque nucléaire imminente" inventée par le Mossad israélien et transmise dans les termes exacts par le CPS à ses laquais du Congrès étasunien et de la Maison Blanche pour être officialisée et diffusée au monde entier. Ce sera une guerre meurtrière, sanglante et longue au profit d’Israël ; les Etats-Unis en paieront le prix militaire direct et le reste du monde paiera un prix économique élevé. La guerre étasunienne fomentée par les sionistes fera évoluer la récession du début de 2012 en une profonde dépression vers la fin de l’année et provoquera sans doute des soulèvements populaires massifs.

Conclusion

Tout indique que 2012 sera une année déterminante dans la crise économique dévastatrice qui s’étend de l’Europe et des Etats-Unis vers l’Asie et leurs états-clients d’Afrique et d’Amérique Latine. La crise sera vraiment mondiale. Les conflits entre les pays impérialistes et les guerres coloniales saperont touts les efforts pour mettre fin à la crise. En réaction, des mouvements de masse verront le jour et on peut espérer que les manifestations et les soulèvements se transforment avec le temps en révolutions sociales et que le pouvoir change de camp.

 

James Petras

 

 

James Petras, ancien professeur de Sociologie à l’université de Binghamton, New York, conseille les personnes qui n’ont ni terre ni travail au Brésil et en Argentine. Il a co-écrit Globalization Unmasked (Zed Books). Son dernier livre est : The Arab Revolt and the Imperialist Counterattack.

Pour consulter l’original : http://petras.lahaine.org/?p=1885

Traduction : Dominique Muselet

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:20

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http://juralib.noblogs.org/2011/12/23/lettre-ouverte-dune-parasite-sociale/

 

Voilà encore une erreur de Pôle Emploi qui va me pénaliser à l’approche de Noël.

Ils ne m’ont jamais aidé à trouver un emploi, un remplacement, un stage, une formation et en bonne citoyenne bienveillante qui ne doit pas manifester trop d’acrimonie, être contente d’être dans un système qui a pensé la question sociale, je souris souvent même quand je réclame un droit, un dû.

Je suis même emplie de bienveillance parce que j’entends leur mal être depuis le remaniement et la fusion Assedic ANPE. Je lis les livres des conseillères qui dénoncent et du coup je ne peux pas leur en vouloir.

Voilà près de quatre ans, un grand employeur qui a signé la charte de la diversité dans le cadre de la promotion de l’égalité des chances m’a fait chuter socialement dans l’irrespect le plus total de mon intégrité morale et du droit du travail à géométrie variable visiblement. De professeur que j’étais, je me suis retrouvée au RMI à l’époque. Depuis ce moment-là, j’ai cherché, cherché, cherché du travail, me suis réorientée et reconvertie sans l’aide de Pôle Emploi.

J’ai fini par décrocher la possibilité de vivre un an d’un travail intelligent et épanouissant. J’accédais même au régime d’intermittence. Fin octobre approchait et je savais que j’arriverais en fin de droit, je n’ai pas su réalimenter l’accès à l’intermittence, je redoutais le retour aux minima sociaux mais me consolais en me disant c’est mieux que rien, au moins survivre, payer le loyer, ne pas tomber plus bas, ne pas se retrouver comme tant de naufragés du capital à la rue. Une femme à la rue comme tant d’autres qui s’abimerait sous les regards d’indifférence.

J’ai l’énergie de la joie et du désespoir. De ces fils et filles d’ouvriers qui savent ce que c’est la crise depuis l’enfance, qui savent qu’avec peu on fait parfois beaucoup, qui n’ont rien contre le travail qui peut rendre digne et enthousiaste. Il existe bien celui-là non ?

Avec cette énergie, j’ai cherché, cherché, cherché du travail, tantôt j’étais trop diplômée, tantôt pas assez dans le domaine ultra pointu requis alors qu’en quelques jours un salarié de la boîte en question aurait su sûrement utiliser mes neurones pour m’apprendre vite et au mieux les savoir-faire requis. C’est comme si on oubliait que l’apprentissage sur le tas, au vif du sujet valait aussi tous les diplômes et n’est souvent pas une perte de temps mais un atout pour une entreprise.

Fin octobre pointait le bout de son nez et je ne voyais rien venir et j’étais déjà fatiguée d’avoir envoyé partout aux quatre coins de la France et même en Allemagne et même jusqu’en Chine des candidatures pour enfin poser mon balluchon de précarité, m’ancrer mieux dans une vie sociale, citoyenne comme ils disent et économique. Rien. Des petits plans peut-être, des contrats aidés ? Non même pas ça, je n’y accédais pas. On est d’ailleurs nombreux à ne pas y accéder : pas assez ceci, pas assez cela.

Alors j’ai anticipé ma demande de dossier d’ASS pour percevoir les 456 euros de minima sociaux qui me permettraient au moins de faire patienter le propriétaire de mon appartement. J’ai écrit une fois, deux fois, trois fois à Pôle emploi pour avoir le dossier. On m’a dit pas maintenant, demandez-le plus tard, c’est trop tôt puis on m’a dit on vous a déjà envoyé un dossier, puis vous ne nous avez pas renvoyé le dossier de demande d’allocation retour à l’emploi qui nous permettrait d’obtenir un rejet qui serait la preuve que vous avez droit peut-être après examen aux 456 euros d’ASS. Mais je n’avais rien reçu de Pôle emploi aucun dossier. Ce matin, je téléphone, on me dit venez chercher le dossier, ce même dossier que je demande depuis fin octobre, ce même dossier qui est censé être parti le 10 novembre et nous sommes le 24 novembre.

Alors doucement je me suis laissée glisser au sol parce que je n’en peux plus, j’ai posé mon front contre le faux parquet froid de mon appartement et j’ai pleuré bruyamment comme une petite fille de bientôt quarante ans pourtant. Pleurer de ne pas avoir en même temps déposé un dossier de RSA, la même somme mais une autre administration la CAF parce que je sens que je vais me faire entourlouper par Pôle Emploi, que la CAF ne paiera que si Pôle Emploi refuse et que le temps que tout ceci se passe décembre sera là, Noël arrivera et à Noël c’est toujours plus terrible et humiliant de ne pas avoir un sou. J’ai pleuré aussi parce qu’avec tous mes jolis diplômes de 3e cycle, mes expériences multiples, mon énergie de vouloir bien faire, je reste dans mon jeu de l’oie de la précarité, celui dans lequel on est toujours le dindon de la farce. Ces oies qui se font traiter de noms d’oiseaux par des secrétaires d’état, des ministres, des Wauquiez, des clubs de pensée qui pensent réellement qu’on abuse le système social français quand on surnage à peine avec 456 euros par mois.

Il paraît que je suis belle, intelligente et drôle. Ça me fait une belle jambe. Que doivent vivre ceux qu’on trouve laids, bêtes et fades ?

Je n’ai plus l’énergie ce matin. Wauquiez qui nous traitait de parasite cet été, aimerait-il lire la pile de candidatures envoyées. Les espoirs et les projections fatigantes qu’on construit. On se dit : il faudra chercher un appartement à 1000 km de chez moi, je n’aurai plus d’amis, plus de toubib de confiance, plus mes épiciers du quartier mais j’aurai un vrai travail, on postule, on espère, on est parfois convoqué, on fait son grand numéro de charme. Et rien. On recommence à l’est, à l’ouest, au sud, au nord, à chaque fois on s’imagine la vie qui va avec et… rien. Pendant ce temps-là ce garçon que vous venez enfin de rencontrer avec qui vous êtes bien, se pose des questions. Pourquoi tu veux partir si loin si tu m’aimes ? On se sent infidèle alors qu’on voudrait juste un travail pour retrouver l’énergie, le capital suffisant pour l’inviter au restau de temps en temps, revenir vers lui moins abattue par la précarité. Je sais que certains copains la vivent mieux que moi, ils me traitent même d’aliénée, disent que le travail c’est l’aliénation, que mon féminisme c’est de l’aliénation que je souhaiterais troquer un mec, un mari contre un patron quand je leur explique que pour moi le travail c’est aussi un facteur d’émancipation. Je ne sais plus quoi dire, quoi penser, je pleure la tête contre le plancher, rassembler tous les papiers pour ce fichu dossier me paraît être l’ascension de l’Everest pour 456 euros. En fait, j’ai honte, je voudrais pouvoir leur dire : gardez-la votre aumône, expliquez-nous comment on peut vivre avec ça ? Expliquez-nous pourquoi tout l’été je n’ai pas pu être reçue comme il faut par une conseillère Pôle Emploi, que j’ai dû trouver auprès d’amis des conseils pour ma recherche d’emploi, ma stratégie. J’ai mal partout, j’appelle l’amoureux pour lui dire que j’ai besoin de lui, que je n’arriverai pas à aller à Pôle Emploi seule ce matin parce que je suis fatiguée, à bout, humiliée et que c’est injuste d’avoir appris au téléphone qu’ils mettront trois semaines à traiter un dossier qu’ils prétendaient avoir envoyé le 10 novembre et qui n’est jamais parti ou arrivé. On est le 23 novembre, si je dépose le dossier aujourd’hui, dans trois semaines ils me diront si je peux prétendre à la solution de précarité A dite ASS, si c’est rejeté il faudra donner ce refus à la CAF qui examinera la solution B dite RSA. On aura perdu un mois et Noël sera là. J’appelle l’amoureux, il est sur messagerie. J’envoie un SMS : tu pourrais m’accompagner à Pôle Emploi ce matin, je suis tellement fatiguée, j’ai besoin de toi.

On a mis sa fierté de côté mais l’amoureux est au travail, il finira son chantier en début d’après midi. On s’appelle, ça capte mal alors ça crée de la zizanie. On préfère lui renvoyer un texto qui dit : t’inquiète c’est pas grave.

Je me retrouve accroupie la tête contre le canapé, où est passée ma belle énergie qui amuse les copains et les amoureux au début ? celle qui fait bouger des montagnes parfois.

Alors je me relève, je rassemble les papiers. Je relance un employeur par mail que je suis allée voir sans être convoquée pour lui montrer à quel point j’aimerais bien travailler chez lui. J’en rappelle un autre en prenant une voix énergique. Je finis par retrouver les papiers qu’il faudra pour le dossier ASS et je m’aperçois que je n’ai travaillé que 4 ans et demi dans les 10 dernières années parce que j’avais pris deux ans de disponibilité à l’époque. Et il faut avoir travaillé au minimum 5 ans dans les 10 dernières années pour prétendre aux ASS la solution A. Alors je serai recalée de la solution A, ne vaut-il pas mieux que j’anticipe la solution B pour avoir un tampon daté de la CAF qui du coup prendra cette date comme début possible de mon retour à la précarité dans leur tunnel à eux, le tunnel B ? Oui ça mérite réflexion. Mais je suis si fatigué, le rimmel a coulé partout, j’ai le dos qui craque et j’ai la fatigue des jours de règle.

Germaniste, femme de communication, j’ai le goût du contact et du travail bien mené. Capable de prendre des initiatives, j’aime aussi le travail en équipe et mener à bien une pleurnicherie déclenchée par Pôle Emploi et ce manque de tendre.

Ne vous arrêtez pas aux diplômes, il y en a toujours trop ou pas assez, à 39 ans j’ai acquis une maturité et une autorité naturelle qui me permettront de rassembler mes esprits, mais à 39 ans il arrive encore qu’on me demande à la SNCF si j’ai la carte 12-25. Alors vous voyez !

Rassurer l’employeur on n’est ni trop vieille, ni trop jeune, ni trop mieux que lui. Et moi, là, qui me rassurerait un peu ? il faut cocher A et B, se relever, se remaquiller et recommencer le cirque de l’aliénation comme disent mes petits copains d’extrême gauche qui hériteront ou ont déjà hérité de la maison de papa-maman et ne pas parler de mon nom de famille qui ne rassure pas l’employeur. Et ne pas écrire ça ici parce que c’est de la victimisation rien que d’en parler, et rien que d’y penser !

Il s’est immolé là-bas. Ce chômeur de Tunisie. Ici nous nous consumons dans une petite mort lente où tout ce qui fait notre beauté et notre grâce se dissout dans la solution A ou B.

Sommes-nous des parasites ?

 

Nadia Mokaddem


Montpellier, 24 novembre 2011.

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:15

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http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/KRISTIANASEN/46929

 

Après le tremblement de terre qui a frappé Van et sa région en Turquie, le Parti de la paix et de la démocratie (BDP), prokurde, a soutenu l’effort de solidarité nationale. Malgré l’envoi de l’armée en Irak pour riposter aux attentats du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), il cherche, comme Ankara, à préserver les chances d’un dialogue pour être partie prenante d’un changement constitutionnel.

par Wendy Kristianasen, novembre 2011

En septembre et octobre, M. Recep Tayyip Erdogan a surfé sur une vague de rencontres internationales. Le premier ministre turc s’est rendu en Egypte, en Tunisie, en Libye et a été reçu à Washington. Il a continué de fustiger Israël, « l’enfant gâté de l’Occident » ; appuyé les révolutions arabes ; demandé à la Ligue arabe de voter pour la reconnaissance de l’Etat palestinien par les Nations unies (« pas une option, mais une obligation ») ; et embarrassé les islamistes d’Egypte en défendant la laïcité. Le tout avec un activisme d’autant plus énergique que sa politique régionale jouit d’un ferme appui dans l’opinion publique turque.

Toutefois, prudence et pragmatisme restent de rigueur : M. Erdogan a aussi donné aux Etats-Unis des assurances face à l’Iran, en acceptant l’installation sur son territoire d’un bouclier antimissile de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) ; il a rompu avec le président Bachar Al-Assad, qui a refusé de suivre ses conseils sur la réforme de la Syrie. En outre, si Ankara a suspendu ses accords militaires avec Tel-Aviv, le premier ministre n’a pas gelé les relations économiques entre les deux pays. Il a même contribué aux négociations pour la libération par le Hamas du soldat Gilad Shalit, accueillant en Turquie onze prisonniers palestiniens libérés mais interdits de séjour dans les territoires occupés par Israël.

Pourtant, M. Erdogan fait face à des défis internes importants. Au cours des derniers mois, on a assisté à une escalade des attaques menées par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), avec des enlèvements et des attentats. Les autorités ont riposté par une campagne massive d’arrestations. Même si on est, pour l’instant, loin d’un retour à la période sanglante des années 1990, quelque cent quatre-vingts personnes ont été tuées depuis juin 2011.

Réticence populaire

Ces violences en série font suite à une première ouverture en 2005, quand le Parti de la justice et du développement (AKP) — fondé par M. Erdogan — avait décidé d’améliorer la situation des Kurdes (qui représentent 15 à 20 % de la population) et de les faire profiter de la nouvelle prospérité du pays.

Au programme de développement de la région du Sud-Est s’ajouta une levée de l’interdiction de la langue kurde, avec des émissions de télévision en continu et le droit de l’utiliser dans les campagnes électorales. La culture fut également encouragée : plusieurs universités proposent des cycles d’enseignement de langue et de littérature kurdes. L’usage de la torture en prison a été interdit, et le gouvernement a ouvert des négociations secrètes avec le PKK pour tenter de mettre fin au conflit en proclamant une amnistie et en allégeant les conditions d’emprisonnement de M. Abdullah Öcalan, son dirigeant historique ; il était même question de simplement l’assigner à résidence. Une première étape fut franchie en octobre 2009 avec le retour d’Irak de huit combattants du PKK et de vingt-six sympathisants.

Ce qui aurait pu constituer un tournant vers la paix s’est transformé en catastrophe de communication : alors que des dizaines de milliers de Kurdes accueillaient les exilés, l’opinion publique turque, qui n’y avait pas été préparée, regardait avec consternation ces scènes à la télévision.

Craignant les effets de telles réactions, M. Erdogan laissa l’initiative s’enliser, bien que des contacts secrets entre le PKK et le gouvernement aient continué à Oslo en 2009 et 2010. Après avoir été révélés par une radio, ces contacts ont été indirectement confirmés par le président du Parlement, M. Cemil Cicek : la Turquie, a-t-il indiqué à la mi-septembre, agit comme le Royaume-Uni et l’Espagne l’avaient fait avec l’Armée républicaine irlandaise (Irish Republican Army, IRA) et Euskadi ta Askatasuna (ETA) (1). Peu après, M. Serafettin Elci, un député important du Parti de la paix et de la démocratie (BDP), prokurde, affirmait qu’un protocole d’accord acceptant toutes les conditions du BDP avait été paraphé par les deux parties et attendait la signature de M. Erdogan (2). Mais, quelques jours plus tard, une série d’attaques meurtrières du PKK cassait la dynamique.

Quelles en étaient les causes ? Le pouvoir négociait-il de bonne foi ? Une fraction dure du PKK essayait-elle de saboter la négociation ? Ou le régime syrien utilisait-il la carte des Kurdes pour combattre un gouvernement qui lui était désormais hostile ? Quoi qu’il en soit, M. Erdogan a officiellement mis fin aux contacts et, le 19 octobre dernier, lors de l’action la plus importante et la mieux coordonnée depuis les années 1980, vingt-quatre membres de la police et de l’armée ont été tués dans la province de Hakkari, dans le Sud-Est. Alors que des forces turques franchissaient la frontière irakienne à la poursuite du commando, M. Erdogan appelait au calme. « Les droits humains et la démocratie sont le véritable antidote au terrorisme, a-t-il déclaré. Nous ne devons pas perdre patience. »

La population turque ne semble pas prête à accepter l’autonomie kurde. Et l’alliance militaro-mafieuse que les Turcs accusent de tirer les ficelles dans l’ombre — ce qu’ils nomment l’« Etat profond » (3) — n’est pas morte : des intérêts économiques (armes, drogues, etc.) et politiques des deux côtés profitent de ce conflit. Certains au PKK ne veulent pas de la normalisation à laquelle aspirent beaucoup de Kurdes, car elle signifierait une diminution de leur mainmise sur la population et la fin de leur capacité à menacer l’Etat.

Umit Firat, un intellectuel kurde modéré et indépendant, explique l’évolution des Kurdes : « Nous pensions que l’autodétermination était la seule solution. Mais, avec le premier ministre Turgut Özal [1983-1993] et la démocratisation, nous avons commencé à nous interroger : pourquoi ne serions-nous pas partie prenante de cette démocratisation ? Surtout que se dessinait la perspective d’une adhésion à l’Union européenne. L’utopie d’un Kurdistan unifié a perdu de son attrait. Elle devenait aussi d’autant moins réaliste que nos voisins du Kurdistan irakien étaient rassurés par l’évolution démocratique en Turquie. »

Désormais, ajoute-t-il, les Kurdes regardent vers l’ouest, « à la fois pour engranger les bénéfices du développement économique et à cause de la conjoncture régionale. Ils voient leur avenir dans une Turquie démocratique qui reconnaît leurs droits ». Ce qui signifie la fin des discriminations ethniques, une reconnaissance pleine de l’identité kurde — avec le droit d’enseigner la langue dans les écoles — et une décentralisation impliquant un certain degré d’autonomie. Pour cela, il faut une réforme constitutionnelle.

« Nous avons besoin d’une Constitution inclusive, qui parle de citoyens et de démocratie et qui évite toute référence ethnique à l’identité turque, affirme Mme Gulten Kisanak, coprésidente du BDP et ancienne députée de Diyarbakır. On a nié notre identité depuis la première Constitution de 1924, et cela explique ce long conflit. »

Pour elle comme pour de nombreux Kurdes, la réforme constitutionnelle doit être déconnectée du désarmement des combattants du PKK. Une telle réforme requiert un débat libre sur des problèmes sensibles, comme celui de l’autonomie : « Chacun doit pouvoir exprimer son point de vue. Il n’est pas facile de discuter librement en Turquie, et ce n’est pas normal. » La Constitution actuelle, adoptée après le coup d’Etat de 1980 et déjà amendée à plusieurs reprises, nécessite une réécriture, ou du moins des amendements majeurs. L’éclatante victoire de l’AKP aux élections législatives du 12 juin 2011 l’a mis en bonne position pour s’attaquer à ce chantier. Le parti a entamé sa troisième législature en remportant 49,8 % des suffrages et 326 des 550 sièges, avec le taux de participation le plus élevé depuis 1987 (86,7 %). C’est la première fois depuis l’introduction du multipartisme, en 1946, qu’un parti remporte trois victoires successives et une proportion croissante de suffrages.

Toutefois, aussi large qu’ait été son succès, M. Erdogan n’a pas obtenu la majorité des deux tiers qui lui aurait permis de modifier la Constitution sans consulter les autres partis et d’imposer le système présidentiel qu’il souhaitait. Il a promis que son parti se montrerait « modeste » et qu’il rechercherait le consensus. S’il paraît peu probable qu’un accord puisse être trouvé avec le Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrême droite — 13 % des voix et 53 sièges —, l’AKP devra essayer de travailler avec le Parti républicain du peuple (CHP), qui se réclame du kémalisme et a obtenu 26 % des votes et 135 sièges (4). Il pourrait aussi s’entendre avec les Kurdes et le BDP (36 sièges). Pourtant, entre juin et début octobre, celui-ci a boycotté les sessions du Parlement pour protester contre le maintien en détention de six de ses élus, emprisonnés en vertu des lois antiterroristes. Sa décision d’y revenir représente une étape cruciale dans le processus de réforme et de sortie d’un conflit qui a fait trente mille morts depuis 1983.

Fin du bras de fer avec l’armée

Attendue, la transition d’un régime militaire vers un régime civil opérée par la Turquie s’est achevée l’été dernier. Le 29 juillet, le chef d’état-major des armées et les chefs de l’armée de terre, de l’air et de la marine ont soudain démissionné. Il y a quelques années encore, un tel geste aurait ouvert une crise majeure ; cette fois, il a été accueilli avec calme, presque avec indifférence. M. Erdogan a simplement nommé un chef d’état-major plus consensuel, et la Bourse n’a pas bronché.

De telles démissions représentent l’étape ultime de la démilitarisation du régime et de dix ans de bras de fer entre l’AKP et l’armée. Les tentatives de cette dernière pour interdire un parti accusé de vouloir instaurer un régime religieux n’ont abouti qu’à en renforcer la popularité. Le pouvoir des militaires a également été sapé par les procès dits « Ergenekon » et « Sledgehammer » (5), qui ont révélé des projets de coup d’Etat et des complots contre l’AKP. De plus, sous l’impulsion de l’Union européenne, qui en avait fait une condition de l’adhésion de la Turquie, l’armée, qui contrôlait le pouvoir dans les années 1990, a dû rentrer dans les casernes.

Pourquoi les dirigeants militaires ont-ils démissionné ? Le général Isık Kosaner, chef d’état-major, dont le mandat n’expirait qu’en août 2013, a expliqué qu’il lui était « impossible de continuer à servir » en raison de l’« injuste » détention de ses collègues. Ses paroles exprimaient le sentiment répandu selon lequel la légitimité de l’enquête sur Ergenekon était sapée par la fragilité des preuves, par les arrestations arbitraires (y compris de nombreux journalistes) et par la lenteur de la procédure. Presque le tiers des généraux et nombre d’officiers à la retraite étant mis en examen, le général Kosaner souhaitait que deux cent cinquante autres officiers écopent d’une simple suspension dans l’attente de leur jugement ; mais le gouvernement a décidé de les mettre à la retraite.

A l’avenir, les forces armées devraient être restructurées et réduites à un corps professionnel au service d’une Turquie moderne et insérée dans le monde, dirigée par des civils. Le statut du chef d’état-major, supérieur à celui des ministres — y compris celui de la défense (6) —, qui l’amène à ne répondre qu’au premier ministre, pourrait être modifié : lors de la réunion du Conseil militaire suprême qui a suivi les démissions, M. Erdogan s’est assis en tête de table et non à côté du chef d’état-major comme c’était la tradition. Les tribunaux militaires pourraient être abolis et le budget de la défense soumis au Parlement. Le point crucial reste l’article 35 de la loi de sécurité intérieure, qui a servi de prétexte à tous les coups d’Etat : il stipule que les militaires ont le « devoir » de protéger la République en cas de « danger ». Les partis politiques s’accordent à souhaiter que soit voté un amendement interdisant aux militaires de définir eux-mêmes le danger et leur faisant obligation d’assister le gouvernement s’il le leur demande.

Après une décennie au pouvoir, M. Erdogan et l’AKP ont atteint le sommet de leur puissance. Ils ont mené la Turquie sur la voie de la démocratisation et du pouvoir civil ; ils ont construit un pays prospère qui a l’ambition de devenir une puissance dominante au Proche-Orient. Bien que difficiles, la réforme constitutionnelle et la reconnaissance des droits des Kurdes, désormais liées, représentent pour eux le défi des prochaines années.

 

Wendy Kristianasen


Rédactrice en chef de l’édition anglaise du Monde diplomatique, auteure de Voyages au cœur de la planète islam, Editions du Cygne, Paris, 2011.
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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:12

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http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/74705/date/2012-01-01/article/2011-vu-par-frederic-lordon-les-ingredients-du-desastre/

Il fallait bien un “économiste atterré” pour nous expliquer en quoi l’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui ne pouvait qu’aboutir à la crise de l’euro.

 

Voué à se perdre dans la prolifération des événements de première grandeur, comme seules les crises historiques en réservent, l'exercice de la rétrospective économique a tout d'une gageure. Si vraiment il fallait donner une cohérence à l'année 2011, il est possible que, d'abord entendu en son sens étymologique, et puis peut-être en son sens ordinaire, ce soit le mot d'apocalypse qui, appliqué à la construction européenne, convienne le mieux. L'apocalypse, c'est la révélation, et ce que l'année 2011 aura révélé, visibles sans doute depuis longtemps mais à qui avait au moins le désir de voir, ce sont les irréparables tares de la monnaie européenne, désormais mises en pleine lumière, accablantes, incontestables aux yeux mêmes des plus bornés soutiens de "L'Europe", ce générique qui n'a jamais eu de sens sinon celui de rejeter dans l'enfer "nationaliste" des "anti-Européens" tous ceux qui avaient à redire, non pas à l'Europe, mais à cette Europe.

D'impasses intellectuelles aux conséquences matérielles

Il aura donc fallu l'extrémité de cette crise pour faire apparaître que toute la construction de l'euro a reposé - par négation calculée ou par franche bêtise ? on ne le saura pas - sur l'ignorance crasse de la souveraineté comme principe fondamental de la grammaire politique moderne - où l'on aperçoit que des impasses intellectuelles peuvent emporter de terribles conséquences matérielles. De toutes les atteintes que ce principe aura eu à subir, la pire sans doute aura tenu au choix de remettre délibérément la surveillance et la normalisation des politiques économiques aux marchés de capitaux, agencement expressément voulu par l'Allemagne, soupçonnant, en l'absence de tout mécanisme institutionnel capable de les rendre exécutoires, que les règles des traités (et du pacte de stabilité) ne vaudraient rapidement pas beaucoup plus qu'un "chiffon de papier".

Il suffit d'y ajouter un modèle de Banque centrale européenne (BCE) très exactement décalqué de la Bundesbank et destiné lui aussi à garantir le primat des obsessions allemandes (exclusivité de la mission anti-inflationniste, interdiction des financements monétaires des déficits budgétaires et de toute forme de garantie des dettes publiques) pour avoir, combinés, les principaux ingrédients du désastre. Inexistant en 2007, le "problème des dettes publiques" ne se constitue que par la récession consécutive à la crise des subprimes, mais encore est-il gérable jusqu'au début 2010. C'est la spéculation sur les marchés obligataires qui, faisant monter les taux d'intérêt, donc le service de la dette, le transforme en une insoluble crise dès lors que la BCE refuse obstinément tout crédit direct aux finances publiques, toute garantie des dettes et toute formule de leur restructuration !

Incapables de concevoir l'impasse dans laquelle ils se sont mis, les gouvernements de la zone euro auront passé leur année à explorer des solutions qui ne font que la verrouiller davantage : leur asservissement aux injonctions des marchés les conduit à des politiques d'austérité dont la "coordination" garantit la récession généralisée, donc l'effondrement des recettes fiscales, donc la détérioration des dettes ; chaque tour de vis supplémentaire imposé aux Etats secourus n'a pas d'autre effet que de les plonger dans des difficultés plus profondes et d'intensifier les effets de contagion ; la liste des Etats attaqués par la spéculation n'a donc cessé de s'allonger jusqu'à gagner les pays du coeur de la zone, la France notamment dont la notation ne tient plus qu'à un fil ; et le pauvre Fonds européen de stabilité financière (FESF) est si visiblement débordé qu'aucune des contorsions de l'ingénierie financière ne parvient plus à lui rendre un semblant de pertinence : c'est la BCE, dont les possibilités de création monétaire sont virtuellement infinies, et non un fonds, dont les moyens financiers sont par construction limités, qui devraient faire le back up des dettes souveraines européennes - mais voilà, la BCE ne veut pas...

Ce sont ces inextricables contradictions que, dans leur récurrence presque comique, les sommets de l'eurozone n'ont pas cessé de reparcourir, pour se heurter toujours aux mêmes murs, et se conclure par les mêmes pathétiques communiqués triomphateurs mais dépourvus de toute solution, puisque des solutions, tant que l'on reste dans le cadre actuel, il n'y en a pas !... et qu'il est à craindre que la transformation du cadre, c'est-à-dire la modification des traités, appartienne à un horizon temporel sans rapport avec l'urgence d'une crise au bord de devenir foudroyante.

"Tout ça ne pourra pas durer éternellement"

Pendant ce temps, les corps sociaux, qui ont déjà avalé à leurs frais le sauvetage de la finance, puis assisté, médusés, à son retournement contre les Etats qui l'avaient secourue et, pire encore, la voient exiger de ces derniers des politiques de rigueur n'ayant d'autre finalité que d'éviter au secteur bancaire de nouvelles pertes, les corps sociaux, donc, contemplent l'évanouissement définitif de leur souveraineté et leur dépossession de tout pouvoir politique réel. Car l'Europe n'est plus qu'un gigantesque solécisme politique, où l'on trouve côte à côte : l'empire exclusif des marchés sur la définition des politiques économiques, conduites non plus d'après les intérêts du seul ayant droit légitime de la puissance publique - le peuple -, mais selon les réquisits d'un tiers intrus au contrat social - le groupe informe des créanciers internationaux - ; la neutralisation de toute expression financière de la souveraineté politique par la soumission des budgets nationaux auxdites "règles d'or", ou par leur contrôle a priori par les instances européennes ; la quasi-éviction des gouvernants par des curateurs missionnés par des organisations internationales, à l'image de la Grèce désormais aux mains de ladite "troïka" (FMI, Commission européenne, BCE), ou de l'extravagante feuille de route envoyée telle quelle par la BCE au président du Conseil italien (il s'agissait alors de M. Berlusconi) ; enfin les tentatives désespérées de réobtenir les faveurs des marchés par la nomination de gouvernements d'"experts", tels ceux de MM. Monti et Papademos, gouvernements prétendument apolitiques, évidemment on ne peut plus politiques.

Tout ça ne pourra pas durer éternellement. D'abord parce que la construction économique s'apprête à s'effondrer sous le poids de ses propres malfaçons et que l'on s'approche chaque jour davantage du point critique où la panique financière, en avance même sur les défauts souverains, mettra de nouveau à bas le système bancaire entier, ne laissant plus que les banques centrales comme uniques institutions capables, avec le risque que le refus de la BCE conduise au réarmement forcé des banques centrales nationales, donc à l'éclatement de l'euro. Mais ça ne pourra pas durer non plus parce qu'on ne dépouille pas impunément les corps sociaux de leurs prérogatives souveraines, en tout cas sans s'exposer au risque que vienne un jour où ceux-ci décident de la récupérer violemment - et, un peu à la manière de ce qu'avait montré Karl Polanyi à propos des années 30, la chose peut ne pas être belle à voir...

La laideur cependant n'est pas non plus une fatalité, car c'est aussi une opportunité historique de renverser l'ordre néolibéral qui est en train de se former dans ce bouillonnement de contradictions. Et de se débarrasser par la même occasion de tous ses desservants, ceux-là mêmes qui ont des décennies durant expliqué au bas peuple que l'ordre du monde est idéal, qu'il avait de toute façon la force d'une donnée de nature et que l'on ne saurait se rebeller contre la loi de la gravitation, qu'au demeurant la construction européenne telle qu'elle est (était...), elle aussi intouchable dans sa perfection même, était là pour notre supplément de bonheur, qu'il fallait être au choix archaïque, frileux ou xénophobe pour trouver à y redire. Tous ces gens, hommes politiques de gauche, de droite, experts dévoués, chroniqueurs multicartes, éditorialistes suffisants et insuffisants comme disait non sans cruauté Bourdieu, tous ces répétiteurs, voués à la pédagogie du peuple obtus, se sont trompés sur tout, et les voilà qui contemplent sidérés l'écroulement du monde dont ils ont été si longtemps les oblats. Et l'on se prend à rêver de les voir eux aussi partir par la bonde à l'occasion de la grande lessive.

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 10:51

arton15479-ad9d2.jpgOn va sauver les marchés et non le climat. C’est ainsi que nous pourrions résumer les constats sur la 17e Conférence des Parties (COP17) de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC) qui s’est déroulée à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 10 décembre.



Il y a un contraste saisissant entre la réponse rapide que les gouvernements et les institutions internationales ont donné lors de l’éclatement de la crise économique et financière de 2007-08 en renflouant des banques privées avec de l’argent public et l’immobilisme dont ils font preuve face au changement climatique. Cela ne devrait pourtant pas nous surprendre, car dans un cas comme dans l’autre ce sont les mêmes marchés et leurs gouvernements complices qui sortent gagnants.

Au sommet de Durban, il y avait deux thèmes centraux : d’une part, l’avenir du Protocole de Kyoto qui prend fin en 2012 ainsi que la capacité de mettre en place des mécanismes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et, d’autre part, le lancement du Fonds vert pour le climat approuvé lors du précédent sommet de Cancun (Mexique) avec l’objectif théorique de soutenir les pays les plus pauvres face aux conséquences du changement climatique, cela au moyen de projets dits d’atténuation et d’adaptation.

Après Durban nous pouvons affirmer qu’une deuxième phase du Protocole de Kyoto est restée vide de contenu : on a reporté toute action réelle jusqu’en 2020 et on a refusé tout instrument contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est ainsi que l’ont voulu les représentants des pays les plus polluants, à la tête desquels se trouvent les Etats-Unis, qui plaidaient en faveur d’un accord de réductions volontaires et qui se sont opposés à tout mécanisme contraignant. Le Protocole de Kyoto était déjà insuffisant et son application stricte n’aurait conduit qu’à un ralentissement infime du réchauffement global. Mais maintenant, nous sommes engagés sur une voie qui ne peut que péjorer la situation.

En ce qui concerne le Fonds vert pour le climat, dans un premier temps, les pays riches se sont engagés à contribuer à hauteur de 30 milliards de dollars en 2012 et 100 milliards par année jusqu’en 2020. De toute manière, ces sommes sont considérées comme insuffisantes. Mais la provenance de ces fonds publics n’a pas été déterminée. Dès lors, les portes sont grandes ouvertes aux investissements privés et à une gestion par la Banque mondiale. Comme l’ont déjà fait remarquer les organisations sociales, il s’agit là d’une stratégie pour « transformer le Fonds vert pour le climat en un Fonds patronal vorace ». Une fois de plus on prétend faire des profits avec le climat et avec la pollution environnementale [les banques d’investissement ont déjà mis au point toute une série d’instruments financiers pour intervenir sur ce qui est nommé le marché du carbone, des émissions, etc.].

Un autre exemple de cette marchandisation du climat a été l’aval donné par l’ONU au captage-stockage du CO2 en tant que mécanisme pour un développement dit propre, alors que cette procédure ne vise pas à réduire les émissions et contribuera à approfondir la crise environnementale, surtout dans des pays du Sud qui sont les candidats à devenir des futurs cimetières de CO2.

Les résultats du Sommet entraînent par conséquent un accroissement du capitalisme vert. Comme le dénonçait le militant et intellectuel sud-africain Patrick Bond : « La tendance à la marchandisation de la nature est devenue le point de vue philosophique dominant dans la gouvernance mondiale environnementale. » A Durban, on a répété le scénario des sommets précédents, comme ceux de Cancun en 2010 et de Copenhague en 2009, où les intérêts des grandes transnationales, des institutions financières internationales et des élites du monde financier, aussi bien du Nord que du Sud, ont la priorité sur les nécessités collectives des peuples et sur l’avenir de la planète.

A Durban, notre avenir était en jeu, mais aussi notre présent. Les ravages du changement climatique font déjà sentir leurs effets, dont la libération de millions de tonnes de méthane de l’Arctique, un gaz 20 fois plus puissant que le CO2 du point de vue du réchauffement atmosphérique, et la fonte des glaciers ainsi que des calottes glaciaires qui élève le niveau de la mer. Ces effets augmentent déjà l’ampleur des migrations forcées. Si en 1995 il y avait environ 25 millions de migrants climatiques, ce chiffre a doublé aujourd’hui, avec 50 millions. En 2050, ce nombre pourrait se situer entre 200 millions et 1 milliard de personnes déplacées.

Tous les indicateurs montrent que nous allons vers un réchauffement global incontrôlé supérieur à 2°, et qui pourrait atteindre environ 4° à la fin du siècle, ce qui déclenchera très probablement, selon les scientifiques, des impacts ingérables, comme une montée très importante du niveau de la mer. Nous ne pouvons pas attendre l’année 2020 pour commencer à prendre des mesures concrètes.

Mais face au manque de volonté politique pour juguler le changement climatique, les résistances ne tarissent pourtant pas. Parallèlement au mouvement Occupy Wall Street et à la vague d’indignation qui parcourt l’Europe et le monde, nombre d’activistes et de mouvements sociaux se sont rencontrés quotidiennement dans un forum à quelques mètres du centre où se tenait la conférence officielle. Ils ont placé leur initiative sous le titre « Occupy COP17 ». Ce point de rencontre a rassemblé nombre de participants allant des paysannes qui luttent pour leurs droits jusqu’aux représentants de petits Etats insulaires comme les Seychelles, Grenade ou la République de Nauru (Océanie-Micronésie) qui sont menacés par une montée imminente du niveau de la mer, en passant par des militant·e·s contre la dette extérieure qui réclament la reconnaissance ainsi que la restitution par le Nord d’une dette écologique au Sud.

Le mouvement pour la Justice climatique montre la nécessité de privilégier nos vies et la planète par rapport à la marchandisation de la nature et des biens communs. Le capitalisme et ses élites se montrent incapables de fournir une réponse d’ensemble à la crise socio-climatique à laquelle nous a conduit la logique productiviste et prédatrice du système. Si nous ne voulons pas l’exacerbation de cette crise climatique, avec toutes ses conséquences, il faut changer ce système à la racine. Le militant écologiste reconnu Nnimmo Bassey l’a dit très clairement : « Le sommet a amplifié l’apartheid climatique, où le 1% le plus riche du monde a décidé qu’il était acceptable de sacrifier le 99% restant. »

 

Josep Maria Antentas et Esther Vivas


*Cet article a été publié sur le site de Viento Sur et écrit par Josep Maria Antentas, professeur de sociologie de l’Université Autonome de Barcelona, et Esther Vivas est membre du Centre d’Etudes sur les Mouvements sociaux de l’Université Pompeu Fabra. Traduction A l’Encontre.

+ info : http://esthervivas.wordpress.com/francais

URL de cet article 15479
http://www.legrandsoir.info/sommet-de-durban-plus-de-capitalisme-vert.html
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