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 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 08:48

arton5193-54212.jpgA lire sur le site de Médiapart


Lire aussi le premier volet de l’enquête


Dans les petits arrangements entre amis du groupe Vinci, qui construisent les quatre nouveaux bâtiments de Paris-7 (voir le premier volet de notre enquête), l’université, pourtant première concernée, brille par son absence. Pourquoi le prestigieux établissement accepte-t-il qu’un bâtiment n’ait pas la flexibilité requise dans le contrat de départ ? Que les organismes de contrôle du chantier soient court-circuités ? Que les sociétés constructrices s’entendent officieusement pour construire à leur guise ?

« L’université n’a pas à s’immiscer dans le conflit entre le groupement et l’architecte », se défend Vincent Berger, le président de Paris-7 lors d’un conseil d’administration de septembre 2010, interrogé sur le conflit qui oppose l’agence In/On à son maître d’ouvrage, le groupement Udicité. «  Elle demande seulement que les spécifications du cahier des charges soient respectées et elles le seront », poursuit-il.

Au sein de la faculté, c’est François Montarras, vice-président chargé des projets et aménagements immobiliers, qui suit le chantier. Contacté par Mediapart, il n’a pas répondu à notre demande. Mais l’année dernière, il expliquait que «  les gens » qui s’inquiètent de la solidité des immeubles en construction « n’y connaissent rien en bâtiment ». Il ajoutait : « Je suis aussi architecte, je m’y connais en bâtiment, il n’y a aucun problème. »

Membre de l’administration de l’université depuis plus de vingt ans, François Montarras y a peu à peu gravi les échelons, devenant chargé de mission pour les problèmes d’aménagement de Paris-7 en 1996, puis vice-président. Il a obtenu son diplôme d’architecte il y a trois ans. En 2009, il a reçu le prix de « l’Homme déterminé » du club PPP du Fideppp, le fonds d’investissement et du développement des partenariats publics-privés (PPP) du groupe Caisse d’épargne (actionnaire à 40% du groupement qui construit les nouveaux édifices de Paris-7).

Vincent Berger quant à lui, physicien de formation, ancien de Thalès, s’est fait connaître pendant le mouvement de 2009 d’opposition à la loi LRU par les critiques qu’il avait formulées sur la loi Pécresse. Il a par ailleurs fait partie de l’éphémère équipe de campagne présidentielle de Martine Aubry.

Malgré la position de retrait affichée par Vincent Berger, sa faculté n’est en réalité pas restée complètement passive face aux complications de son chantier. Quand des recours contentieux ont été formés contre les permis de construire de deux bâtiments – pour notamment défaut d’engagement de solidité et non-respect des règles de sécurité incendie (voir ici) –, elle en a même accepté les risques financiers.

Le carnet de chèques de l’université pour pallier le défaut des banques

Le 21 septembre 2010, le conseil d’administration a voté un incroyable avenant au contrat de partenariat public-privé : l’université s’engage à prendre en charge à partir de 500.000 euros les frais de construction et de démolition en cas d’annulation des permis. Officiellement, explique l’introduction de l’avenant, il s’agit d’«  anticiper les éventuels recours et d’en limiter les conséquences financières » en « améliorant la position de l’université vis-à-vis du partenaire Udicité ».

Mais en réalité, le contrat stipule que Paris-7 « supporte les surcoûts d’adaptation au-delà d’un plafond de 500.000 euros » ainsi que toute une série de dépenses supplémentaires : surcoûts de gestion, frais financiers intercalaires, coûts de recalage des instruments de couverture... Aucun plafond de dépenses n’est précisé.

Si bien qu’en cas de dérapages de coûts, juridiquement, aucun garde-fou ne pourrait protéger la faculté ! Et sans doute pour éviter que le groupement n’ait à quémander son dû, une clause temporelle s’ajoute, par laquelle l’établissement s’engage à s’acquitter des sommes dues « dans quinze jours maximum ». Sollicité à plusieurs reprises par Mediapart, Vincent Berger n’a pas répondu à nos demandes.

Mais pourquoi prendre un tel risque financier en période d’économie budgétaire ? Et alors que si les permis sont annulés, la responsabilité en reviendrait normalement à leurs concepteurs, les architectes et le promoteur, la filiale de Vinci, Sogam. Lors du conseil d’administration, Olivier Wickers, président de l’agence nationale des services à la personne, et membre de l’instance en tant que «  personnalité extérieure », « s’inquiète des risques financiers que l’avenant fait peser sur l’université en cas de victoire du recours » (voir ici le PV du CA).

Mais l’avocat de l’université, Jérôme Pentecoste, explique au conseil d’administration que « les banques, qui ne prêtent jamais sans sûreté, ont ici financé le projet avec la seule garantie des loyers futurs pour la durée du contrat ». Or, poursuit-il, « ce type de garantie leur apparaît plus incertain qu’un droit de propriété sur les immeubles ». Dans un partenariat public-privé, la propriété des lieux revient à la puissance publique contractante et donc, en ce cas, à l’université. « Cette frilosité des banques peut les conduire, dans l’hypothèse d’un recours, à interrompre le financement, d’où l’arrêt des travaux le temps que l’affaire soit jugée », ajoute-t-il.

L’argument est clair : pour pallier l’éventuel défaut des banques – Baclays Private Equity et Fideppp, le fonds des Caisses d’épargne spécialisé dans les PPP, actionnaires majoritaires d’Udicité –, c’est à l’université de préparer son carnet de chèques.

«  Je suis la seule élue d’opposition  »

Un membre du conseil d’administration, joint par Mediapart, explique faire confiance au service juridique de l’université qui a assuré à l’assemblée qu’il n’y avait pas de risque. Et il considère finalement qu’en cas de problème, l’établissement pourra toujours compter sur l’Etat (car « on n’est pas une entreprise »). Au bout du compte, le conseil d’administration a donc autorisé l’avenant par 21 voix contre un refus. Celui de Josiane Pinto, seule élue « d’opposition » pour les enseignants-chercheurs – tous les autres proviennent de la liste présidentielle.

« Vincent Berger nous a demandé de voter l’avenant alors qu’il n’était pas à l’ordre du jour : il l’a posé devant nous et, dans la minute, il fallait le voter », se justifie l’élue syndicale (Snesup, SNCS, CGT, Sud). De son côté, l’association Diderot transparence, présidée par le mathématicien Michel Parigot, déjà auteur des recours sur les permis de construire, attaque l’avenant devant le tribunal administratif, « les conditions préalables à la légalité de la délibération n’ayant pas été respectées ».

Si le conseil d’administration de Paris-7 se montre aussi docile vis-à-vis de sa présidence, c’est que la plupart de ses membres doivent leur présence à Vincent Berger. C’est l’un des effets de la loi LRU, dite d’autonomie des universités, votée en 2007 : désormais, en vertu d’une prime majoritaire, la moitié des sièges du CA à pourvoir est attribuée à la liste majoritaire, c’est-à-dire celle du président. De plus, la communauté universitaire y est moins représentée, au profit de personnalités extérieures choisies par le président (comme Cécile Etrillard, directrice régionale ajointe d’EDF en Ile-de-France, et Henri de la Rosière, président du tribunal de grande instance d’Evreux).

« Je suis la seule élue d’opposition du collège enseignants-chercheurs », résume Josiane Pinto, qui se retrouve ainsi à devoir porter la voix de plusieurs organisations syndicales. Pas idéal pour peser en cas de désaccord. Or litige il y a eu à Paris-7 au sujet du PPP, et non des moindres. Il concerne l’accès au contrat signé entre la faculté et Udicité. Vincent Berger n’a pas voulu laisser les membres du Conseil consulter le texte. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le CA de Diderot a voté le partenariat sans avoir le droit de lire le contrat !

La confidentialité du contrat de PPP se justifie au nom de la protection du « secret industriel » de Vinci, a expliqué Vincent Berger à une délégation de personnels et d’étudiants qu’il recevait en mars 2011. « Pas sur la composition du béton mais sur les "astuces financières" qu’ils emploient », précise le compte-rendu de la rencontre, diffusé dans les UFR de mathématiques et d’informatique.

Puisque c’est l’université qui a signé le contrat, et non l’Etat, une région ou une ville, il n’est en effet pas obligatoire de le rendre public, explique un juriste contacté par Mediapart.

«  Tu pourras le lire des yeux  »

Après avoir demandé un exemplaire du contrat à plusieurs reprises, Josiane Pinto, la représentante syndicale a finalement eu cette réponse de son président : « Je ne peux pas le rendre public : si tu veux voir ce contrat, tu viendras dans mon bureau où tu pourras le parcourir des yeux mais sans rien copier." Mais, explique-t-elle, « je n’y suis pas allée. Ce sont des enjeux juridiques complexes que je ne connais pas et qui auraient nécessité un examen collectif ».

L’histoire du PPP de Vinci à l’université Paris-Diderot ne raconte pas seulement les couacs et dérives d’un chantier de BTP qui cherche à aller plus vite que la musique. C’est aussi une photographie de l’université après la loi LRU. Qu’y découvre-t-on ? Un président tout-puissant face à une représentation syndicale réduite à la portion congrue. Des universitaires désormais dotés de compétences budgétaires et financières sans avoir ni le temps, ni l’envie, ni toujours les compétences pour les exercer.

Signés par des facultés déboussolées, les partenariats publics-privés ouvrent un boulevard aux professionnels de la construction et de la banque. Eux savent et peuvent faire valoir leurs intérêts. Dans ce contexte, le rapport de force semble structurellement tourner en leur faveur.

Et qu’en dit l’ancienne ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, aujourd’hui chargée du budget de l’Etat ? Sera-t-elle prête à dépenser des centaines de milliers d’euros, voire des millions, si les permis de construire du chantier de Paris-7 sont annulés ? Au fil des mois, plusieurs alertes ont été transmises au cabinet de Valérie Pécresse. Implicitement formulées par certains, tout à fait officiellement par d’autres, dont Yann Gasnier, l’avocat de l’agence In/On, qui a écrit en janvier 2011 à celle qui était encore ministre des universités. A part un échange sur un point de détail, sur le fond, il n’a reçu... aucune réponse.

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 08:43

virus.jpgLe 6 décembre, la radio annonçait les résultats d’une expérience menée par des chercheurs hollandais, qu’ils espèrent bien publier dans la très courue revue scientifique Science. L’équipe du professeur Ron Fouchier, dont la qualité est attestée par une impressionnante liste de publications, a créé, à partir du déjà très célèbre H5N1, un virus plus mortel que tous ceux qui existent dans la nature. Car, si la mortalité chez les personnes infectées par la grippe aviaire est d’environ 50 %, le virus à l’état naturel n’est pas transmissible entre êtres humains, ce qui limite les risques d’épidémie. Les scientifiques de l’équipe de Ron Fouchier ont manipulé le génome de ce virus afin de le rendre transmissible entre êtres humains, faisant ainsi tomber la dernière protection de la population humaine. Un article de ScienceInsider, un des blogs de la revue Science, nous apprend qu’une autre équipe – celle du virologiste Yoshihiro Kawaoka, à l’université du Wisconsin – a mené des travaux similaires, menant à des résultats comparables, et dont l’article a également été soumis à Science [1]. Ces scientifiques prétendent poursuivre leurs recherches afin de mettre au point un vaccin, destiné à se défendre contre un virus similaire qui apparaîtrait de manière naturelle. Est-ce que le danger de voir ce virus s’échapper, par malchance, par négligence ou par malveillance, n’est pas bien plus grand que la justification évoquée ? Est-ce que personne ne se rappelle le virus H1N1, vraisemblablement échappé d’un laboratoire en 1977 [2], ou du bacille du charbon envoyé par la poste depuis le laboratoire militaire de Fort Detrick, en octobre 2001 [3] ?

La presse et la communauté scientifique américaines ont commencé à s’émouvoir [4]. Etant donné la dangerosité potentielle de ces recherches, le National Science Advisory Board for Biosecurity (NASBB) a été sollicité pour donner son avis sur l’opportunité de publier ces travaux. Cependant, cet avis n’est pas contraignant, et, même si la revue Science s’y plie, les auteurs trouveront certainement un journal prêt à les publier, attiré par le taux de citation prévisible d’un tel article.

Y a-t-il vraiment de quoi être fier ? Comment peut-on comprendre que des chercheurs, dont la motivation première devrait être d’œuvrer au bien de l’humanité, inventent une telle menace alors qu’il y en a déjà tant ? Les motivations sont probablement à chercher du côté du besoin désespéré de notoriété. À une époque où les scientifiques sont mal rémunérés et travaillent dans des conditions matérielles déplorables, la perspective d’une publication dans Science peut faire oublier ses objectifs de départ. De plus, cela permet de décrocher des contrats, en particulier avec l’industrie pharmaceutique, les industries de l’armement ou même l’armée, et ainsi de ne plus passer la moitié de son temps à chercher l’argent nécessaire pour faire de la science l’autre moitié. Ce contexte de déconsidération et de misère de la recherche, dont l’ensemble de la communauté scientifique souffre quotidiennement, peut expliquer mais ne justifie pas.

La conservation de ce virus, même dans un laboratoire « sécurisé » (les militants de Greenpeace, qui ont réussi à pénétrer lundi 5 décembre dans le périmètre de deux centrales nucléaires, ont montré toute la portée de ce terme), et les protocoles expérimentaux permettant de le recréer font courir un risque inadmissible à l’humanité. Constatant la dangerosité du virus qui a émergé de leurs recherches, les auteurs n’avaient-ils pas le devoir de le détruire, ainsi que toutes les notes qui pourraient permettre de le recréer ? Richard Ebright, biologiste moléculaire à l’Université Rutgers et à l’Institut Médical Howard Hughes déclare ainsi que « ce travail n’aurait jamais du être fait ». Loin d’enterrer leurs recherches, les scientifiques veulent les publier, offrant ainsi au monde entier l’arme de destruction massive pour le moment enfermée dans leur laboratoire. A l’instar de nombreux chercheurs, notamment américains, Ebright n’est pas favorable à l’interdiction de la publication de ces travaux car « on ne peut pas supprimer a posteriori un travail qui a été effectué dans des conditions non classifiées ». Pour autant, deux arguments méritent d’être entendus. Le premier est que, comme le déclare Michael Osterholm, membre du NSABB, « nous ne voulons pas donner aux méchants le mode d’emploi pour transformer les méchantes bestioles en très méchantes bestioles », et si les recherches ne sont pas classifiées au sens militaire du terme, la concurrence impitoyable entre les équipes de recherche amène un niveau de sécurité des données relativement satisfaisant. Le second est que cela revient à cautionner a posteriori ces travaux, et même à les récompenser.

« Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes », disait Prévert ; la question qui reste en suspens est : comment ? Il existe dans chaque pays des dispositifs, des organismes, des législations, floues, peu appliquées, peu contraignantes, et assez largement ignorées par les principaux concernés : les scientifiques. Mark Wheelis, professeur retraité en contrôle des armements à l’Université de Californie déclare à propos des travaux de Ron Fouchier que « c’est un excellent exemple de la nécessité d’un système robuste et indépendant de revue et d’approbation en amont des expériences dangereuses ».

A l’heure où l’on empile les lois et décrets sur l’utilisation à des fins de recherche des cellules souches, en mélangeant questions éthiques et émotionnelles, ne serait-il pas plus important de se préoccuper de ces recherches potentiellement dangereuses ? Des scientifiques ont bien sûr déjà émis l’idée que certaines recherches devraient être tout bonnement interdites [5]. Dans le mécanisme de contrôle proposé par quatre chercheurs du Centre pour les études internationales et de sécurité du Maryland [6], les recherches menées par les professeurs Fouchier et Kawaoka auraient été classées comme « activités extrêmement préoccupantes » et auraient nécessité une approbation préalable par un organisme de contrôle international. En 2007, la NSABB avait pris position contre cette idée, et le débat n’est pas allé plus loin. L’expérience de Ron Fouchier le remet à l’ordre du jour.


Anne Poupon est directrice de recherche au CNRS.

http://blog.mondediplo.net/2011-12-09-De-tres-mechantes-bestioles-en-laboratoire

Notes

[1] Martin Enserink, « Scientists Brace for Media Storm Around Controversial Flu Studies », ScienceInsider, novembre 2011.

[2] Joel O. Wertheim, « The Re-Emergence of H1N1 Influenza Virus in 1977 : A Cautionary Tale for Estimating Divergence Times Using Biologically Unrealistic Sampling Dates », PLoS One, 17 juin 2010.

[3] Lire Noah Shachtman, « Anthrax Redux : Did the Feds Nab the Wrong Guy ? », Wired, avril 2011.

[4] Michael Mechanic, « How to Make a Deadly Pandemic Virus », Mother Jones, 3 décembre 2011.

[5] Martin Enserink, « Tiptoeing Around Pandora’s Box », Science, 30 juillet 2004.

[6] John Steinbruner, Elisa D. Harris, Nancy Gallagher, Stacy M. Okutani, « Controlling dangerous pathogens. A Prototype Protective Oversight System », Center for International and Security Studies at Maryland, mars 2007 (PDF).

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 08:39
eq.pr.jpgLe monde associatif est devenu le terreau d’une nouvelle précarité. Incités à prendre en charge les politiques publiques d’action sociale autrefois dévolues à l’Etat, les travailleurs associatifs voient leurs conditions de travail se dégrader. Tableau par Simon Cottin-Marx.

Fragilité de l’idéal

Dans l’imaginaire collectif, travailler dans le monde associatif est le lieu idéal pour se réaliser, avoir un travail qui fait sens et s’épanouir. Pourtant, loin de l’idéal, les conditions de travail y sont plus dégradées qu’ailleurs et le monde associatif est devenu le terreau d’une nouvelle précarité. De petites structures, partiellement professionnelles, se voient confier par l’Etat la charge de ses politiques publiques d’action sociale sans pour autant bénéficier des financements pérennes dont disposait auparavant le service public. Cet article vise à produire une vision désenchantée du monde du travail associatif transformé malgré lui en lieu d’expérimentation de la flexibilisation du travail.

Le monde associatif a bénéficié d’une extraordinaire croissance salariale ces trente dernières années et en a fait le principal employeur de l’économie sociale et solidaire. Selon le fichier SIRENE de l’INSEE, le nombre d’emplois salariés dans les associations relevant de la loi de 1901 est passé de 660 000 salariés en 1980, à 1,9 millions en 2009.

Malgré ses 14 millions de bénévoles, le constat s’impose : ces dernières années, le monde associatif, par le biais de ses 172 000 associations ayant recours à des salariés, est devenu un véritable marché du travail. Les jeunes, profitant de la manne d’emploi proposée par les associations-employeuses, se tournent vers un ensemble de formations spécifiques se développant aussi bien dans les universités que dans les écoles de commerce, comme l’ESSEC. Une nouvelle génération de travailleurs associatifs se bouscule dans les réseaux associatifs et sur les sites spécialisés de recrutement. À l’image du service public autrefois, désormais fermé aux jeunes avec la règle de non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux, le marché du travail associatif semble un lieu où il est encore possible de travailler avec du sens, une dimension éthique et un souci des autres.

Dans cet article, c’est le point de vue de l’intérieur, celui d’un travailleur associatif, membre du syndicat Asso [1], que j’aimerais porter sur un univers devenu un véritable marché du travail trop encensé, qui n’arrive pas encore à se mobiliser contre ses « mauvaises pratiques » et les raisons structurelles qui les suscitent.

La précarité dans le monde du travail associatif

Les associations, gouvernées sur un mode démocratique, ont pour objectif premier de satisfaire l’objet social défini par leurs adhérents. Contrairement aux entreprises capitalistes, leur objectif n’est pas la recherche du profit, ou la rétribution des actionnaires : elles défendent l’intérêt général. Encensées par la gauche qui fait des associations les hérauts d’un monde meilleur, on ne devrait que se réjouir du formidable dynamisme du monde associatif du point de vue de la création d’emplois. Pourtant, loin de l’idéal, la réalité fait défaut à l’utopie. Depuis quelques années, des sociologues pointent du doigt une particularité du monde associatif : dans ce marché du travail c’est le salariat « atypique » qui est typique [2]. Les salariés du monde associatif sont fortement marqués par la précarité, c’est-à-dire par la discontinuité associée à la carence du revenu, ou à la carence des protections.

Comparé au secteur privé et public, ce que certains présentent comme le tiers secteur de l’économie [3] est d’avantage marqué par de fortes disparités en termes de conditions de travail –par exemple en ce qui concerne l’application des conventions collectives– et d’emploi. La présence de près de 45% de formes d’emplois atypiques au sens du Code du travail souligne une dérive marquée du monde associatif vers la précarité de l’emploi.

Malgré une forte présence, la précarité dans ce marché du travail a encore peu de visibilité ; les raisons de cette occultation partielle sont peut-être à chercher du côté de l’absence de syndicat spécifique au monde associatif jusqu’en 2010 avec la création du syndicat ASSO, ou peut-être du côté du peu d’intérêt porté par les sciences sociales à ce secteur. En effet, comme l’écrit Philippe Frémeaux, « Jamais aucun congrès ou réunion d’acteurs de l’économie sociale et solidaire ne se déroule sans qu’un intervenant se désole de sa faible visibilité dans le champ social » [4]. Le statisticien-économiste Philippe Kaminski, président du comité scientifique de l’Association pour le développement de la documentation sur l’économie sociale, estime quant à lui, que seulement une centaine de chercheurs travaillent sur le sujet. Ce n’est que récemment, que certains d’entre eux, ont abordé le monde associatif sous l’angle de la « question sociale » qui s’y joue pleinement selon nous, c’est-à-dire sous l’angle des métamorphoses néolibérales du salariat.

I. Les formes des contrats atypiques dans le monde associatif

1. Dénormalisation du CDI

Dans le monde associatif, « c’est le salariat « atypique » qui est typique » [5]. Ce bon mot résume la situation, notamment en ce qui concerne le CDI contrat sésame pour louer ou acheter un appartement, décrocher un emprunt, bénéficier pleinement de ses droits sociaux et ainsi échapper à la précarité.

Le contrat de type CDI est moins répandu dans les associations que dans le reste de l’économie : plus du quart des emplois sont des emplois de type CDD et seulement 53 % sont en CDI, contre 88 % dans le reste du marché du travail, et 83% dans la fonction publique [6].

Si le dynamisme de l’emploi associatif ne se dément pas sur la période 2000-2009 et que les embauches de plus d’un mois ont progressé de 139 % contre 31 % pour le secteur privé, cependant l’essentiel de l’augmentation des déclarations d’embauche du secteur associatif provient de la croissance des déclarations d’embauche en CDD court. Les contrats à durée déterminée ont progressé de 197 % sur la période.

De plus le secteur associatif compte une proportion élevée d’emplois de statuts divers qu’il est encore difficile à quantifier : emplois aidés, stagiaires, volontaires, auto-entrepreneurs, vacataires, etc.

2. Les emplois aidés

Contrats aidés

Derrière la notion d’emploi aidé, il existe différents statuts : « Contrat d’aide à l’emploi » (CAE), « Contrat Unique d’Insertion », etc. Uniquement en ce qui concerne les CAE, le projet de loi de finances 2010 prévoyait un objectif annuel de 360 000 signatures dans le secteur non-marchand, dont les associations sont d’importantes bénéficiaires. Ce type d’emploi n’est pas généralisé, mais sa présence est significative et marque le secteur associatif. Ces contrats à durée déterminée, souvent à temps partiel (4/5e temps) et payés au SMIC sont dévoyés de leurs objectifs originaux. Imaginés pour venir en aide aux personnes « loin de l’emploi », avec un accompagnement des salariés et une part importante de formation prévue, ils sont plus souvent utilisés comme une aubaine permettant aux associations de prendre des salariés à moindre coût. Contrats atypiques, ils participent à la « dénormalisation » des CDI. De plus, pour le sociologue des associations Matthieu Hély, si l’emploi associatif ne repose pas uniquement sur des dispositifs de contrats aidés, force est de constater que leur développement massif entraîne une incertitude chez des travailleurs en quête de reconnaissance, parfois même disqualifiés, qui restent « avant tout définis comme des « bénéficiaires » avant d’être considérés comme des « travailleurs » » [7].

Volontariat

D’autres statuts ne permettent pas une reconnaissance explicite de « travailleur ». Depuis 2010, une nouvelle forme de « volontariat », créée par Martin Hirsch alors Haut Commissaire à la Jeunesse, est venue remplacer l’ancien « service civil volontaire », dorénavant appelé « service civique volontaire » par la loi du 10 mars 2010. Ce nouveau statut mérite notre attention du fait de la volonté politique de généralisation de ce statut. En effet, l’objectif annoncé par le gouvernement est de recruter, à terme, 10 % d’une classe d’âge en volontariat, soit 80 000 jeunes en 2012. Le développement de ce nouveau statut et le financement de l’indemnisation de 450 euros soutenu à 90 % par l’État représente une véritable manne « salariale » pour le monde associatif, partenaire avec les collectivités locales de l’encadrement des volontaires. Car si les associations doivent compléter de 100 euros l’indemnité des volontaires, la main-d’œuvre travaillant entre 26 et 35 heures par semaine reste très peu chère : une véritable aubaine pour les associations soucieuses de maintenir ou développer leurs activités.

Le syndicat ASSO, jeune syndicat des salariés du secteur associatif, a manifesté son inquiétude à l’égard du déploiement du volontariat, car bien que présentant des caractéristiques similaires à celles d’un contrat de travail, le statut de Volontaire Civique ne relève pas du Code du travail. Théoriquement non soumis à la subordination, les volontaires ne dépendent pas du droit du travail et ne profitent pas de ses protections. Or, alerté par le peu de débouchés professionnels de la jeunesse, le volontariat risque selon le syndicat ASSO d’être « un palliatif au chômage et l’indemnité deviendra un « salaire ». »

Si dans l’idéal, cette loi vise à permettre un engagement citoyen tout en renforçant la cohésion sociale, en pratique, ces belles paroles justifient une forme nouvelle de sous-emploi qui a surtout pour but d’occuper la jeunesse. Le Volontariat avait d’ailleurs été remis au goût du jour après les émeutes de 2005, faute d’emplois, il s’agissait de mettre les jeunes en activité.

Stage

Un autre statut de travailleurs est utilisé de manière significative, il s’agit du statut de stagiaire. Malgré l’absence de chiffres sur la question, les associations sont d’importantes pourvoyeuses des 1 200 000 stages signés chaque année en France [8].

Pour Maud Simonet, les statuts de stagiaire et de volontaire sont à rapprocher. « La situation des volontaires est assimilable à celle de certains stagiaires : un niveau de rémunération qui exacerbe les inégalités sociales, des tâches non couvertes par le droit du travail parce que non reconnues comme telles, et des formes de sujétion du travailleur qui reposent, en partie au moins, sur le consentement et l’engagement volontaire de celui-ci » [9].

Bien que ces évolutions restent à étudier, nous assistons aujourd’hui à un phénomène de remplacement du statut de stagiaire par celui de volontaire. Le nouveau statut est devenu plus avantageux du point de vue de la rémunération pour le stagiaire-volontaire, et également plus avantageux pour les associations. Au lieu de payer au stagiaire la gratification de 417 euros obligatoire [10], le statut de volontaire permet aux associations de payer moins de la moitié de ce qu’elles devraient débourser pour un stagiaire.

Stagiaires et volontaires sont utilisés comme de véritables variables d’ajustement par les associations, incapables de les embaucher, pour remplir leurs missions. Pour reprendre les mots de Robert Castel, les jeunes sont victimes d’« une pénurie de places disponibles », d’un véritable « chantage moral », une injonction « à travailler à n’importe quelles conditions », sous n’importe quel statut, afin d’être « socialement respectables » [11]. Les jeunes préfèrent travailler en stage ou en volontariat et profiter de l’intégration sociale du travail que de se retrouver dans la position peu enviable de « surnuméraire » et subir la « stigmatisation du non-travail assimilé à l’oisiveté coupable » [12].

3. Emploi féminin et temps partiel

L’économie sociale, en général, est un secteur très féminisé : 70 % des emplois sont occupés par des femmes dans les mutuelles, les associations et les fondations, contre 45 % dans le reste de l’économie. Alors que ce secteur concentre 9,1% des emplois en « équivalent temps plein », il concerne 9,8 % de l’emploi salarié : l’emploi à temps partiel y est plus développé qu’ailleurs.

Concernant plus spécifiquement les associations, l’équivalent temps plein du travail salarié dans les associations serait ainsi de l’ordre de 1 045 800 salariés. Ce chiffre rapporté au nombre moyen de salariés dans les associations – 1 902 000 – donne une indication de l’importance du travail à temps partiel dans le secteur associatif. Temps partiel choisi ou imposé, l’exemple du service à la personne tend vers la piste d’un temps partiel contraint. En effet, ces emplois tenus essentiellement par des femmes peu diplômées, travaillent en moyenne seulement 10 à 12 heures par semaine, pour 3,9 employeurs, selon l’économiste Florence Jany-Catrice [13]. L’emploi associatif, morcelé, entraîne une plus grande précarité que dans le secteur public et du privé.

4. Horaires atypiques

Travailler dans le monde associatif, c’est également sacrifier plus souvent ses soirées et ses week-ends. Comme l’explique Matthieu Hély, « travailler de façon habituelle ou ponctuelle le week-end (samedi et dimanche), ou en soirée, sont des attributs qui caractérisent plus particulièrement des rythmes de travail « hors normes » » [14].

Plus que dans l’administration, mais aussi davantage que sur le marché de l’emploi privé, les salariés associatifs sont à l’avant-garde de la flexibilité.

Mythe : « travailler plus pour gagner plus »

Alors que la législation du travail impose une majoration de salaire dans le cas où un salarié se voit privé du repos du dimanche [15] ou obligé de travailler en soirée, on observe que c’est effectivement le cas dans la fonction publique où le travail le week-end est très fréquent ou encore dans le privé : travailler le dimanche entraîne une augmentation significative de la rémunération.

Pourtant, si le travail en soirée (entre 20h et minuit) et le week-end fait l’objet d’une compensation salariale importante et très significative pour l’ensemble des salariés, les travailleurs associatifs font exception. Dans l’entreprise associative, les horaires hors normes sont « normaux ». C’est-à-dire qu’ils ne font pas l’objet d’une compensation salariale alors même que celle-ci serait tout à fait légitime sur le marché du travail traditionnel.

L’observation des pratiques de rémunération dans le monde associatif conforte également sa singularité et révèle même l’une des particularités les plus frappantes de ce secteur : à emploi égal, si le statut peut être différent, le salaire perçu diffère sensiblement de ce qu’il pourrait être dans le cadre d’une entreprise privée à but lucratif [16]. Matthieu Hély, reprenant l’enquête INSEE menée en 2000 et 2001 par deux économistes, Diégo Legros et Mathieu Narcy, souligne « qu’à catégorie professionnelle équivalente, travailler pour une association entraîne une baisse de la rémunération perçue d’environ 18% » pour des personnes travaillant à temps plein.

II. Explications de la présence de la précarité

La différence de qualité du travail est évidente entre monde associatif et le reste du marché du travail. Plusieurs hypothèses essayent d’apporter une réponse à l’existence de ces désajustements.

1. Externalité positive…

Pour Preston, le différentiel de qualité du travail observé résulte de la disposition des travailleurs à accepter un salaire certes réduit, mais compensé par le fait que leur activité est source « d’externalités positives » [17]. Autrement dit, le fait de servir un projet à but non lucratif apporte une satisfaction morale au travailleur qui justifierait une rémunération plus faible que ce à quoi il pourrait prétendre dans une organisation à but lucratif.

La contribution des individus au bien commun serait une compensation en profits symboliques qui rendrait acceptable une rémunération plus faible. Cette idée soulignerait que le salaire ne constituerait pas le critère principal de la reconnaissance professionnelle et que d’autres éléments, comme la satisfaction morale d’accomplir un projet d’utilité sociale, viendraient compenser une rémunération plus faible.

Si cette explication apporte une part non négligeable à la compréhension du phénomène, elle n’est pas satisfaisante, du moins pas suffisante. Comme nous l’avons vu précédemment, notamment avec Robert Castel, le statut et les conditions d’emploi et de rémunération sont parfois –souvent– le résultat d’une nécessité ou de l’inexistence d’autres choix.

…et faux choix professionnel

Tout se passe effectivement comme si l’invocation des valeurs « solidaires » qui imprègnent systématiquement le discours des travailleurs associatifs, venait en fait justifier un désajustement entre aspirations initiales et réelles possibilités.

Il convient de minimiser l’importance du libre choix solidaire. C’est le cas en particulier du cadre quinquagénaire pris en exemple par l’auteur de L’économie sociale et solidaire n’existe pas [18]. À la suite d’un licenciement, il décide de fonder une épicerie sociale, en utilisant pour les besoins de la cause le carnet d’adresses constitué pendant sa carrière dans le privé, pour être « utile à la société » mais aussi pour trouver une forme honorable de reconversion professionnelle.

Pour Matthieu Hély, le développement du monde associatif est le « fruit du double processus de la « privatisation » du public et de la « publicisation » du privé : la « privatisation » du public, au sens que lui donnent les juristes en termes d’affaiblissement du droit administratif, s’observe depuis une vingtaine d’années en particulier dans la transformation du statut des agents de la fonction publique et dans les attentes des citoyens à l’égard de l’action publique » [19].

En 2012, c’est une première, la masse salariale de l’État devrait diminuer de 0,25 %. Ce choc démographique va exclure les postulants à la fonction publique. Comme le souligne Louis Chauvel, l’État a préféré réguler le flux d’entrées plutôt que d’agir sur les titulaires en place : « malgré un sacrifice constant de la jeunesse qui a vu depuis vingt ans se réduire de plus de la moitié les places dans la fonction publique, le nombre de fonctionnaires demeure rigoureusement le même depuis 1984. Ici comme ailleurs, on a préféré traiter le flux des nouveaux entrants, qui ont été sacrifiés, faute de pouvoir prendre position sur le stock, inexpugnable » Louis Chauvel, Les classes moyennes à la dérive, Le Seuil, « La république des idées », 2006, p.69.]].

Les jeunes individus à l’habitus plus solidaire se voient fermer les portes du service public, aux valeurs plus altruistes que celles proposées par le marché privé d’avantage à la recherche de plus-values que de l’intérêt général. Le développement de l’économie sociale et solidaire profite ainsi de la présence de « surnuméraires », « d’inutiles au monde ».

2. Relation bénévole-employeur, et bénévolisation du travail

Une deuxième explication non pas exclusive mais complémentaire mérite d’être développée.

Être employé dans le cadre d’une entreprise associative implique souvent de collaborer avec des bénévoles. La frontière est parfois floue entre employeurs travaillant gratuitement, bénévoles et salariés du monde associatif. Cette spécificité entraîne une banalisation des heures supplémentaires et une injonction à s’engager sans compter son temps.

Au nom de « l’esprit associatif », une part de travail bénévole « va de soi », est irrémédiablement et implicitement prescrite. Cette non-valorisation du travail par une rémunération pourtant due, fait penser à ce que Maud Simonet appelle une « bénévolisation du travail » [20] : « Au nom de la citoyenneté, on crée des statuts qui dérogent au droit du travail, comme avec les volontariats civils et associatifs ou récemment le service civique entré en vigueur l’an dernier » [21].

Ce phénomène, s’explique en partie par le processus amenant à l’embauche du salarié. Généralement, les travailleurs d’une association sont d’abord les bénévoles, ce n’est que dans un second temps que vient l’embauche, quand les bénévoles ne peuvent plus répondre à la charge de travail. Les postes salariés sont destinés à remplacer ou seconder les bénévoles, ce qui peut facilement entraîner une confusion par la suite entre statut de salarié et bénévole.

De plus, la proximité entre bénévoles et salariés et la substituabilité du travail salarié au travail bénévole constituent souvent un risque de dénégation de la qualification : si les bénévoles mettent en œuvre gratuitement les mêmes compétences que les salariés, une rémunération élevée de ces derniers semble inutile, voire injuste. En effet, cela semble signifier que « n’importe qui », avec « un peu de bonne volonté », peut effectuer le travail.

Les salariés associatifs, travaillant avec des bénévoles non-rémunérés, ont ainsi des difficultés à obtenir une reconnaissance et même une légitimité professionnelles.

3. Logique de libéralisation et de mise en concurrence

La précarité dans le monde associatif est également directement le résultat des politiques publiques d’action sociale. L’engouement et le développement du monde associatif n’est pas simplement le résultat d’une volonté, mais davantage d’un besoin structurel de la société.

La décentralisation a eu pour effet de diminuer les financements de l’Etat, tandis que les Départements et Régions étaient investis de compétences sociales qu’elles ont confiées en partie aux associations. La restructuration des finances publiques a entrainé une modification des missions des associations ainsi que l’augmentation du nombre d’organisations.

Si les financements publics ont augmenté en volume, les associations se trouvent en concurrence entre elles pour l’accès aux ressources publiques comme pour l’accès aux autres ressources ou au bénévolat. Les restrictions budgétaires qui ont affecté le budget de l’État en 2005 et 2006 ont amplifié les difficultés des associations touchées par cette restructuration.

La réduction des transferts d’argent en direction des associations remplissant des missions de service public – reconnue ou non – et de lien social, s’est poursuivie. En novembre 2009, à la question « La crise a-t-elle entraîné pour votre association une réduction des financements ? », 32 % des grandes associations déplorent une diminution des financements publics [22].

Mais au-delà d’un désengagement de l’État, plus ou moins bien pallié par l’investissement des collectivités locales, un nouveau mode de financement s’est développé et fragilise la possibilité de perspectives longue-termistes pour les associations.

Le rapport « Pour un partenariat renouvelé entre l’État et les associations » paru en 2008 [23] est révélateur du passage de la culture de subvention à celle de la commande publique. Abandonnant progressivement les subventions de fonctionnement, pour la commande publique, les institutions publiques mettent en Contrat à Durée Déterminée les bénéficiaires de l’argent public, ce qui fragilise l’emploi associatif condamné à ne pouvoir embaucher que sur les durées déterminées des appels d’offre.

S’ajoute à la moindre qualité des financements de l’État, la circulaire du 18 janvier 2010 signée par le premier ministre français François Fillon qui fragilise davantage encore des milliers d’associations. En effet, en affirmant que « la majorité des activités exercées par [celles-ci] peuvent être considérées comme des activités économiques », la décision gouvernementale étend la réglementation européenne des aides aux entreprises à l’ensemble des subventions attribuées, quel que soit l’objet [24]. Les associations marchandes non-lucratives sont abandonnées par l’Etat dans leurs efforts d’insertion sociale, et se retrouvent mises en concurrence avec les entreprises du secteur privé lucratif.

Le monde associatif terreau de la précarité de l’emploi

Fragilisées par la mise en concurrence entre elles, et avec les entreprises privées, par le reflux et l’instabilité des subventions, les associations doivent prendre conscience du processus dans lequel elles sont inscrites. Victimes de la dégradation des politiques publiques de la jeunesse, de l’insertion, de l’emploi, elles investissent les nouveaux statuts précaires. Contraint à l’effet d’aubaine pour poursuivre leurs missions, elles risquent d’institutionnaliser le développement du sous-emploi.

L’économie sociale et solidaire, engagée, militant contre la précarité, pour un monde plus juste, se retrouve par « pragmatisme » le terreau des tenants de la flexibilisation du travail et des promoteurs du travail gratuit : en somme d’une nouvelle précarité.

Nous devons rester vigilants face à la banalisation de la bénévolisation du travail, car cette offensive politique dépasse largement le seul monde associatif. En mai 2011, le ministre Laurent Wauquiez, chef de file de la Droite sociale, propose à l’instar de Hartz 4 en Allemagne, que « les bénéficiaires du RSA consacrent, en contrepartie de leurs allocations, 5 heures de service social par semaine au sein d’une collectivité ou d’une association ». 70 % des personnes interrogées répondent positivement à cette proposition. L’opinion française, spontanément, trouve justifiable que les richissimes bénéficiaires des 460 euros du RSA travaillent gratuitement pour y avoir droit. La proposition de Laurent Wauquiez s’inscrit dans un tout idéologique plus général de valorisation politique et idéologique du travail bénévole et volontaire.

Après une période d’engouement pour l’économie sociale et solidaire nous devons questionner cette économie « au service d’un autre développement »… qui pourrait se retrouver être celui de l’économie néo-libérale En se développant sur la privatisation de l’action publique, le monde associatif y gagne son dynamisme, mais participe également à la dégradation de l’emploi. L’Etat néo-libéral confronté à une fonction publique organisée et politisée a confié ses missions historiques de service public à un monde associatif dont les acteurs précarisés ont perdu le statut naguère garanti par la fonction publique.

À s’engager « ici et maintenant », l’économie sociale et solidaire ne doit pas hypothéquer le « changer le monde », partout et pour toujours. Le monde associatif, bien que morcelé en une myriade d’organisations, doit apprendre à s’organiser et se politiser afin de ne pas se retrouver à la merci du moindre coup de frein idéologique, et ne pas devenir une variable d’ajustement consentante de l’économie néolibérale.

Publié par Mouvements, le 9 décembre 2011. http://www.mouvements.info/Precarite-et-monde-du-travail.html
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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 08:35

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Révélation plumedepresse et, attention, c’est du très lourd !

 


Pour se faire réélire, Nicolas Sarkozy est vraiment prêt à tout – mais qui en doutait ? Il était aujourd’hui en visite à Marseille et La Provence consacre plusieurs dépêches à l’événement. « Le président de la République vient tout juste d’arriver à l’Hôtel de police de Marseille, peut-on lire à 10h34. Nicolas Sarkozy a salué le patron de la Police judiciaire, Roland Gauze et le préfet de police, Alain Gardère. Pour rappel, ce crochet du chef de l’Etat (il est dans la ville pour participer au congrès du Parti populaire européen) est lié aux derniers événements dans la cité phocéenne. Notamment l’agression d’un policier, toujours entre la vie et la mort, qui a reçu plusieurs balles de kalachnikov lors d’une course-poursuite.«  Deuxième dépêche à 10h59, qui titre Fusillade : Nicolas Sarkozy s’est rendu au chevet du policier gravement blessé : « Avant de se rendre à l’Hôtel de police de Marseille, ce matin Nicolas Sarkozy est allé à l’hôpital Nord, au chevet du policier gravement blessé et qui lutte toujours entre la vie et la mort. Pour rappel, le sous-brigadier Éric Lales, 37 ans, du commissariat d’Aix, a été victime d’une rafale de kalachnikov après une course-poursuite, à hauteur de Vitrolles sur l’A7. » La troisième dépêche annonce 36 minutes plus tard en titre Fusillade de l’A7 : le policier Éric Lales est mort : « Au terme de sa visite à l’Hôtel de police de Marseille, le président de la République a annoncé ce matin, à l’issue de sa rencontre avec les forces de l’ordre, le décès du policier Éric Lales, 37 ans, du commissariat d’Aix, qui a été victime d’une rafale de kalachnikov après une course-poursuite, à hauteur de Vitrolles sur l’A7 dans la nuit de dimanche à lundi 28 novembre. Le président de la République s’était rendu au chevet du sous-brigadier quelques heures auparavant. » La Provence consacre enfin une dernière dépêche à la visite du président-candidat, titrée Sarkozy annonce l’attribution de 150 fusils à pompe pour les Bac : « Au cours de sa rencontre avec les policiers marseillais (à l’Hôtel de ville de Marseille), Nicolas Sarkozy a annoncé l’attribution, pour les Brigades anti-criminalité (Bac) des Bouches-du-Rhône, de 150 fusils à pompe d’ici la fin de cette année. Le président de la République a , par ailleurs, affirmé qu’une réflexion va être menée – avec les constructeurs automobiles – sur le renforcement des pare-brise des véhicules de police afin qu’ils soient plus résistants aux balles. » Plus question du policier décédé, mais un rapport tout de même : le sous-brigadier appartenait justement à la Bac. Et entre parenthèses, la Bac est déjà équipée de fusils à pompe.

Pour en savoir davantage, voyons l’article publié par Le Point à 11h58 : « Le président Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi matin à la presse, lors d’une visite à l’hôtel de police de Marseille, le décès d’un policier grièvement blessé dans une fusillade fin novembre, après s’être rendu à son chevet à l’hôpital Nord. « Je vous annonce le décès du policier Eric Lales, abattu froidement », a déclaré le chef de l’Etat, expliquant qu’il venait d’« assister aux derniers instants de sa vie ». « Il laisse une jeune femme veuve et deux petites filles », a-t-il ajouté. » 

Le problème, ce sont les réseaux sociaux. Et que lit-on sur Twitter sous la plume du journaliste de La Marseillaise, Philippe Pujol : « Un flic m’avait glissé que le #policier, déjà en mort cérébrale, serait « débranché » après la venue de #Sarkozy. Je ne l’ai pas cru. A tort. » Confirmation via Facebook, sur le mur de l’écrivain et ancien policier, Marc Louboutin, qui publie avant l’annonce de la funeste nouvelle un mystérieux message : « il semblerait, une fois encore, que le passage du Styx soit engagé pour l’un de nous. Charon ne sera pas payé encore de paroles, de discours, mais de notre tristesse à tous. Et peut-être un jour, de notre colère. » Dans la mythologie, le Styx est le fleuve qui sépare le monde des vivants du royaume de la mort, et Charon l’homme qui fait traverser les défunts… Puis il précise : « Je ne peux évidemment pas en dire plus, sans recoupement ni annonce confirmée, par simple respect de la famille, des proches et des amis et collègues du policier gravement blessé à Vitrolles puisqu’il ne vivent chaque minute, aujourd’hui, qu’accrochés à l’espoir. » Et puis tombe l’annonce : « L’État peut-il décider de l’heure officielle de décès d’un policier de terrain mort en service ? Question pas si anodine qu’il peut sembler… », réagit Louboutin. Et sa consoeur Bénédicte Desforges, elle aussi ex-flic et auteure, de commenter : « Depuis hier, un même homme est mort deux fois, et il ne s’est rien passé (j’espère que les gentils fonctionnaires en deuil ont fait leur petit chi-chiffre du jour pour fêter ça). » Louboutin parle ailleurs, au détour d’un commentaire, du « décès du Sous brigadier Eric Lalès que je connaissais depuis l’aube ».

Il se trouve que nous connaissons Marc Louboutin, par blogosphère, mails et téléphone. Un coup de fil pour avoir le fin mot de l’histoire. L’accueil est direct : « Ce que je te dis, c’est en mon nom, tu peux me citer, je me suis toujours battu à visage découvert. Vas-y, ouvre les guillemets. » Voilà donc les révélations annoncées : « Tu veux savoir si, pour des raisons de communication politique, Sarkozy a décidé de l’heure de la mort d’un homme ? Eric Lalès était dans un état désespéré depuis hier après-midi. Après une discussion avec les médecins, sa femme a demandé à ce qu’on le débranche. Il était en état de mort clinique, de mort cérébrale. L’annonce de sa mort est tombée en même temps que celle de la visite de Sarkozy : tu imagines que ça tombait mal… Les réseaux sociaux de policiers ont pleuré sa mort hier soir à partir de 23h. Comment se fait-il que le président de la République puisse « partager les derniers instants » de ce policier 20 heures plus tard ? Les politiques ont demandé à ce que la nouvelle ne soit pas annoncée. Sarkozy n’a pas vu Eric Lalès vivant. » A l’hôpital, un membre du personnel, qui craint pour sa place, confirme anonymement. Voilà donc un président-candidat en mal de voix sécuritaires qui vient danser sur un cadavre en s’appropriant littéralement son agonie, qu’il prétend avoir partagée. Jusqu’où l’indécence peut-elle donc être repoussée ?
PS : question subsidiaire, croyez-vous que l’histoire sortira dans les médias ? Nous l’espérons, mais sommes loin d’en être sûr. Comme Marc Louboutin, sceptique lui aussi à ce sujet. Il y en a pourtant, du monde au courant, de ces policiers qui ont appris la nouvelle avant l’ignoble mascarade funèbre. Et s’il ne s’agit pas là d’un énorme scandale… A voir si notre humble publication peut faire avancer les choses, mais surtout à nos confrères rémunérés par les grands médias d’enquêter, d’interroger l’épouse d’Eric Lalès…

 

http://www.plumedepresse.net/mort-du-policier-blesse-a-vitrolles-une-ignoble-manipulation-sarkozyste/


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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 13:29

arton15355-6f7ce.jpgDerrière la médiatisation de cette affaire centrée sur la question de la peine de mort se cache le combat révolutionnaire de toute une vie. Mais aujourd’hui, l’abandon de la condamnation à mort signe avant la mort de sa médiatisation, dérangeante bien que sélective.



Hier, tous les journaux du pentagone…euh excusez-moi du lapsus, mon clavier a fourché… tous les journaux de l’hexagone donc, ont gentiment fait suivre à nos concitoyens l’annonce reçue par l’AFP de l’annulation définitive de la condamnation à mort de « l’ex (sic) militant noir américain Mumia Abu Jamal ». Tout d’abord son militantisme révolutionnaire est bien vivant, je peux l’attester pour avoir lu ses livres et articles divers qui continuent à nourrir la pensée révolutionnaire afro-américaine depuis qu’il est en prison. Il n’y a qu’à voir sa tête sur la photo publiée avec l’article du Monde à ce sujet : s’il n’était plus militant il ne se serait pas battu pour garder ses dreadlocks en prison, mais ce genre de détail passe bien loin au-dessus de la tête atrophiée de son sens de l’analyse du journaliste lambda. Ces journalistes feraient leur travail s’ils évoquaient un peu plus les productions audio et écrites de Mumia depuis qu’il est en taule au lieu s’épancher de leur misérabiliste droit-de-l’hommisme à deux balles sur la question de la peine de mort qui n’est finalement pas centrale dans cette affaire. Mais vous me direz, sans question de peine de mort, on n’aurait même pas parlé de cette affaire dans les médias français. En effet depuis qu’on l’a abolie en France, c’est la seule chose qu’on se permet de critiquer de manière consensuelle dans la justice américaine, avec une complaisance implicite pour tout le reste.

Si la question de la peine de mort n’est pas centrale, et que finalement la perpétuité ne vaut pas mieux en tant qu’assassinat en bonne partie de l’être social, l’acharnement à vouloir l’exécuter, puis maintenant l’abandon de ce désir morbide, est par contre intéressant à analyser, justement dans sa dimension médiatique. Voyant que même emprisonné dans les pires conditions imaginables (je vous conseille vivement de lire ses bouquins), il parvenait toujours à ce que ses idées et critiques soient diffusées, les autorités ont cherché à faire appliquer au plus vite sa condamnation. Plusieurs dates ont d’ailleurs été fixées, mais à chaque fois abandonnées en raisons des appels que Mumia pouvait faire à différents niveaux du système judiciaire. Finalement, il ne faut pas croire que la cour suprême ait été plus intelligente ou humaniste que les autres.

Simplement, elle a fini par comprendre que le rayonnement international de cette affaire qui offre une tribune à Mumia pour faire connaître son nom, et diffuser ainsi ses écrits et ses idées, est étroitement lié à l’existence et à la médiatisation en Europe d’un combat contre la peine de mort aux USA. A présent, dans les limites posées par l’étroitesse du champ d’analyse mass-médiatique, Mumia est un prisonnier comme un autre, ce qui provoque d’ailleurs des réactions haineuses chez les commentateurs du site du Monde et d’autres journaux pour qui le sujet s’arrête à celui de la peine de mort. Finalement aujourd’hui, Mumia est bel et bien mort pour les grands médias d’occident, puisqu’il n’y a plus de raison consensuelle valable de parler de lui !

Et c’est pourtant bien dommage que la presse française ne cherche pas un peu plus à documenter le fond de cette sale histoire et se contente d’exprimer son opposition à la peine de mort. C’est bien dommage, mais tout à fait logique finalement. Ça permet notamment de ne pas trop questionner la raison politique de cet acharnement juridique dont Mumia a fait l’objet, et d’exclure de s’intéresser au combat politique de l’homme qu’on a voulu faire taire, en vain.

Depuis le début, de nombreux éléments prouvent que Mumia ne peut pas être le meurtrier (analyses balistiques, témoignages que les jurés ont refusé d’entendre etc...), et depuis juin 1999, le dénommé Arnold Beverly a déclaré sous serment avoir tué le policier Faulkner, innocentant par conséquent Mumia Abu Jamal, mais voilà, cela pose problème !

Problème n°1 : ça met au jour un complot impliquant la police de Philadelphie qui voulait se débarrasser du policier Faulkner pour de sombres affaires dans lesquelles il était mouillé. Ensuite on ne sait pas si c’était voulu dès le départ de faire porter la culpabilité à Mumia, probablement pas en fait. Mais il se trouve qu’il était à cet endroit à cet instant, et avec une arme, qu’il avait toujours sur lui depuis des agressions qu’il avait subi lors de son travail du soir, chauffeur de taxi, qu’il exerçait au moment du meurtre. Et puisque sa voix d’animateur radio qui n’avait pas sa langue dans sa poche dérangeait, on a trouvé une double bonne occasion, de faire taire Mumia, et de couvrir les vrais coupables, une aubaine pour le couple justice/police ultra corrompu de Philadelphie.

Une fois l’accusation portée sur lui, ce couple maléfique soutenu par les pressions du syndicat de police (extrêmement raciste à Philadelphie) et la logistique du Cointelpro (Counter Intelligence Program), a tout mis en oeuvre pour un procès odieux et tout sauf équitable qui assurait la peine maximale à Mumia. Je n’ai pas le temps de vous balancer tous les liens, mais vous pouvez vérifier sur le net, tout ce que je dis est avéré et documenté, si bien même que nos journalistes de salon n’ont aucune excuse.

Problème n°2 : La justice Américaine est moderne, comme chacun le sait. La cour suprême, en dernier appel ne pouvait plus ordonner la révision du procès, mais uniquement du jugement capital, même si on a maintenant tous les éléments qui prouvent son innocence. Lex dura sed lex, comme disent ceux à qui elle profite. Le plus incroyable c’est de savoir que le meurtrier est passé aux aveux mais qu’on ne peut pas le juger. Vous imaginez un gars qui vient au commissariat en disant "Eh les gars je suis un meurtrier, arrêtez moi, mettez moi en taule" et le flic qui lui répond "non c’est pas possible, il y a déjà quelqu’un à cette place là dans mon fichier, je ne peux pas mettre quelqu’un d’autre, il va falloir trouver une autre victime si tu veux être emprisonné mon gars !". On pourrait se croire dans un roman un peu délirant, mais non c’est bien réel et la justice US permet ça. On appelle ça le progrès je crois, enfin en tout cas c’est le type de système juridique qu’ils essayent de mettre partout dans le monde quand ils prétendent moderniser un pays…

Je m’arrêterai là, la gorge serrée, mais Mumia n’est pas prêt d’arrêter son combat.

Respect à sa force intérieure, et son combat révolutionnaire !

Ona Move ! All power to the people !

 

 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 13:22

 

Harveyter.jpgIl y a un paradoxe David Harvey, qui nous renseigne à la fois sur l'œuvre de Harvey, et sur la situation de la critique théorique et politique contemporaine[1]. David Harvey est à l'heure actuelle l'un des théoriciens critiques – il est géographe à l'origine – les plus connus. Ses ouvrages sont traduits en de multiples langues, ses théories sont discutées aux quatre coins du monde, outre la géographie, l'influence de ses travaux s'est fait ressentir dans de nombreuses disciplines, comme la sociologie urbaine, l'histoire sociale, ou encore l'économie politique.

Pourtant, Harvey appartient à un courant aujourd'hui minoritaire dans les pensées critiques contemporaines, à savoir le marxisme. Après son premier ouvrage consacré à l'épistémologie de la géographie (Explanation in Geography, 1969), dans lequel il défend une perspective « positiviste », Harvey n'a cessé d'affirmer sa volonté de poursuivre en l'actualisant la « critique de l'économie politique » de Marx. En témoigne de la manière la plus éclatante l'imposant livre intitulé Limits to Capital, paru en 1982 (non traduit en français). On peut d'ailleurs remarquer au passage que Harvey dialogue pour l'essentiel dans son œuvre avec Marx lui-même, avec le Friedrich Engels de La situation de la classe laborieuse en Angleterre, mais non avec la tradition marxiste qui a suivi. Lénine, Gramsci, Boukharine, Trotski... sont relativement peu présents dans son œuvre. À cet égard, la référence à Rosa Luxembourg et à sa conception de l'accumulation du capital dans Le nouvel impérialisme (2003), lorsque Harvey élabore sa théorie de l'« accumulation par dépossession », fait figure d'exception.

Le constat dont on peut partir est donc le suivant : l'un des penseurs critiques les plus discutés et célébrés à l'heure actuelle appartient à un courant minoritaire des pensées critiques contemporaines. Comment comprendre ce fait ?

Pendant près d'un siècle, disons de la fin du XIXe siècle au dernier tiers du XIXe, le marxisme a été le principal langage dans lequel s’est énoncé la contestation politique. Il a été la « colonne vertébrale » des pensées critiques, présent dans tous les secteurs, de l'économie au féminisme, en passant par la théorie de la culture ou les approches critiques de la question raciale. Bien entendu, l'influence du marxisme n'a pas été la même partout, sa profondeur a été variable selon les pays et les mouvements. Le marxisme s'est par ailleurs toujours caractérisé par une grande diversité, si bien que les types de marxisme dominant selon les régions et les époques n'ont pas été les mêmes. Mais pour autant, ce courant a été hégémonique pendant près d'un siècle, et ceci non seulement dans le mouvement communiste (au sens large), mais aussi par exemple dans la social-démocratie, qui n'a cessé d'employer les catégories du marxisme, en les combinant avec celles du keynésianisme.

Aujourd'hui, le marxisme continue naturellement à exister. On peut même défendre l'idée que sur le plan de la sophistication théorique, jamais il n'a été aussi intéressant qu'à l'heure actuelle. Dans le domaine de l’analyse économique, les travaux de penseurs comme Robert Brenner ou Giovanni Arrighi – avec qui Harvey a collaboré étroitement, et avec qui il a publié un passionnant entretien dans la New Left Review en 2009, peu avant le décès de Arrighi[2] – n’ont pas d’équivalents. En matière d’histoire des idées, rares sont les auteurs qui peuvent rivaliser avec l’érudition et le sens des problèmes d’un Perry Anderson. Dans le domaine de l’histoire sociale et de la géographie, des auteurs comme Mike Davis et Harvey lui-même, sont très stimulants. En sciences politiques et en théorie des relations internationales, Benedict Anderson, Robert Cox et Leo Panitch, dans des styles différents, écrivent des choses passionnantes. Il faudrait aussi évoquer, pour être complet, tout le continent des auteurs « post-marxistes » et « para-marxistes » : Étienne Balibar, Alain Badiou, Ernesto Laclau, Jacques Rancière, qui tout en prenant des distances plus ou moins grandes avec le marxisme, continuent à être travaillés par lui.

Seulement, s’il est plus passionnant que jamais, le marxisme a perdu l’hégémonie intellectuelle dont il disposait autrefois sur la gauche. Il n'est plus le langage dominant dans lequel s'énonce la contestation. Pour la première fois de son histoire, il s’inscrit sur un mode minoritaire dans un ensemble plus vaste de théories qu’il faut bien appeler, faute de mieux pour l’instant, les « pensées critiques », une expression vague s'il en est. Ce qui domine au sein de ces dernières (en France comme ailleurs), c’est une forme de syncrétisme « poststructuraliste », composé de concepts provenant des œuvres de Foucault, Deleuze, Lacan, Baudrillard et quelques autres, et qui est depuis les années 1980 la nouvelle lingua franca théorique des pensées critiques à l'échelle mondiale. L'ouvrage de François Cusset French Theory propose de cette lingua franca une pénétrante description. Ce poststructuralisme est par exemple dominant aujourd'hui au sein de courants comme les études postcoloniales ou les études culturelles, deux courants à l’origine marxistes, mais qui ont évolué avec le temps.

Alors, comment expliquer que dans un contexte dominé par ce syncrétisme poststructuraliste, l'œuvre de Harvey compte malgré tout parmi l'une des plus reconnues et débattues ? Comment comprendre qu'une œuvre si éloignée de ce syncrétisme ait autant circulé? On peut formuler deux hypothèses à ce propos. La première est que, tout en ancrant fermement son travail dans le sillage de Marx, Harvey s'est aventuré sur le terrain de problématiques typiquement poststructuralistes ou « postmodernes ». C'est particulièrement le cas dans l'un de ses livres les plus importants, The Condition of Postmodernity (1990, non traduit). À la lecture de ce livre, on est frappé à la fois par la proximité thématique avec d'autres théories de la postmodernité (celle de Jean-François Lyotard par exemple), mais aussi par le fait que Harvey ne laisse pas ces problématiques intactes, il les reconfigure de sorte à les adapter à ses options théoriques marxistes. L'idée de « compressions spatio-temporelles » (« space-time compressions ») qu'il élabore cherche ainsi à saisir certains des traits essentiels de la culture postmoderne. Harvey ne manque cependant pas de mettre ces traits en rapport avec une caractéristique fondamentale du système productif capitaliste, à savoir l'accélération constante de la « vitesse de circulation des marchandises » (l'expression est de Marx) qu'il nécessite.

Une seconde hypothèse est que l'attrait pour les travaux de Harvey préfigure une évolution à venir dans les pensées critiques, qui est le retour au marxisme. Quels que soient les mérites de Foucault, Deleuze, Derrida, et de leurs héritiers poststructuralistes contemporaines, la faiblesse de ces auteurs se trouve dans le fait qu'ils ne disent rien, ou pas grand-chose, sur le capitalisme comme tel. Plus précisément, ils ne disent rien ou pas grand-chose sur une caractéristique du capitalisme qui nous concerne au premier chef, qui est sa propension récurrente à traverser de violentes crises. Depuis la crise des subprimes de 2007-2008, nous sommes entrés dans une crise profonde du système, qui est la manifestation d'une crise larvée de longue durée apparue dans les années 1970, et dont on peut dire que le néolibéralisme a été une tentative infructueuse de la résoudre. La crise financière s'est transmise dans un premier temps à l'économie dite « réelle », et cette crise économique est elle-même en passe aujourd'hui de contaminer le champ politique dans son ensemble, comme on le constate par exemple avec la crise européenne. Nous sommes clairement entrés dans ce que Gramsci aurait appelé une « crise organique », ou « crise de l'État dans son ensemble ».

Or Harvey n'a justement cessé, depuis les années 1970, avec d'autres marxistes contemporains, de s'interroger sur les crises du capitalisme. Son concept de « spatial fix », développé notamment dans Spaces of Capital (2001) n'est autre qu'une façon d'essayer de comprendre comment le capitalisme dépasse provisoirement ses crises. Le capitalisme, dit Harvey, ne peut jamais véritablement résoudre ses crises. Il peut seulement les déplacer dans l'espace, en relançant l'accumulation du capital dans des régions où les rapports capitalistes sont encore à l'état embryonnaire – jusqu'à l'arrivée de la prochaine crise. On serait d'ailleurs tenté de demander à Harvey ce qu'il pense de la crise de ce « spatial fix » très particulier – parce qu'il s'accompagne d'une construction politique historiquement inédite – qu'est la crise de l'Union Européenne. Quoi qu'il en soit, que l'œuvre de Harvey renferme une théorie des crises sophistiquée est ce qui la rend plus actuelle que jamais, et on peut faire l'hypothèse que les débats qui l'entourent iront en s'approfondissant dans les années qui viennent, à mesure que s'approfondira la crise du capitalisme.

 

Dans ce qui suit, je voudrais signaler trois caractéristiques (parmi d'autres) du marxisme de Harvey, afin de pointer sa spécificité par rapport à d'autres formes – passées et actuelles – de marxisme. D'abord, l'importance de Harvey dans la cartographie du marxisme contemporain témoigne du basculement du centre de gravité des pensées critiques dans le monde anglo-saxon. À partir des années 1980 environ, les pensées critiques deviennent une affaire principalement anglo-saxonne, et particulièrement étasunienne, pour des raisons qui tiennent à la fois à la puissance financière et culturelle des universités américaines, aux défaites successives du mouvement ouvrier en Europe, et à des évolutions internes au marxisme. Ceci ne signifie bien entendu pas que le marxisme disparaît d'Europe, et pas non plus que tous les marxistes en poste aux États-Unis sont d'origine étasunienne. L'une des caractéristiques des universités américaines est d'avoir absorbé, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, des penseurs – notamment critiques – issus des quatre coins du monde. C'est particulièrement le cas dans le domaine des études postcoloniales, mais pas seulement. Le fait que la carrière universitaire de Harvey, qui est d'origine britannique, se soit essentiellement déroulée sur la côte est des États-Unis témoigne de ce fait.

Un deuxième trait distinctif des travaux de Harvey est leur forte teneur empirique. L'une des caractéristiques du marxisme « occidental » de la seconde moitié du XXe siècle (1924-1968) est son caractère relativement abstrait. Cette abstraction est la conséquence des rapports de plus en plus distendus que les marxistes de cette époque entretiennent avec les organisations ouvrières de leur temps. Les principaux représentants du marxisme occidental que sont notamment Adorno, Sartre, Colletti, Marcuse, ou encore Althusser sont tous des philosophes, et souvent des spécialistes d'épistémologie ou d'esthétique. Les théories poststructuralistes évoquées à l'instant, qui sont la plupart du temps le fait de philosophes ou même de penseurs qui revendiquent l'appellation de « théoriciens », viennent redoubler ce « théoricisme » ambiant dans les pensées critiques contemporaines.

Harvey n'est certes pas hostile à la théorie. Ses raisonnements se caractérisent parfois par des montées en généralité vertigineuses. Pour autant, ses analyses sont toujours fermement ancrées dans l'empirique, qu'il soit historique comme dans Paris, capitale de la modernité (2003, traduction française à paraître aux Prairies ordinaires), économique, géographique ou sociologique. Cet attachement à l'empirique est sans doute en partie un héritage de son appartenance originelle au champ des sciences sociales, et particulièrement à la géographie. En tout cas, ce point rapproche Harvey de la génération des fondateurs du marxisme, de Marx à Gramsci, en passant par Engels, Lénine, Rosa Luxembourg ou Trotski, qui étaient pour la plupart, contrairement aux marxistes « occidentaux », des praticiens de sciences empiriques. C'est un élément supplémentaire qui rend singulière sa position dans le champ des théories critiques contemporaines.

Une troisième spécificité de l'œuvre de Harvey est la critique de la spécialisation ou de la division du travail intellectuel qui la sous-tend. Ce qui est frappant dans cette œuvre, et qui la rapproche là encore des classiques du marxisme, c'est qu'aucun secteur de la vie sociale ne lui échappe. L'œuvre de Harvey inclut, entre autres choses, une théorie du capitalisme et de ses crises, une théorie de la culture postmoderne, une théorie des classes sociales dans leur rapport avec les communautés territoriales, une théorie de l'impérialisme, des discussions plus « normatives » sur la justice et le droit à la ville – j'en passe. À mon sens, le seul autre marxiste contemporain qui fasse coexister les registres et les domaines de cette façon, mais sur un mode très différent de Harvey, est Perry Anderson, on s'en apercevra par exemple en lisant son dernier ouvrage traduit par Agone consacré à l'Union Européenne. Il y a donc chez Harvey un refus très net de la spécialisation sur un unique objet.

Ce refus de la spécialisation n’est pas une coquetterie d’intellectuels qui aspireraient à formuler un avis sur tout. Du point de vue marxiste, il a un fondement précis. Le capitalisme est une totalité (contradictoire), dont la logique s’impose à tous les secteurs de la vie sociale. Afin de le comprendre et de le combattre, il est indispensable de situer la critique au niveau même où opère le capital, c’est-à-dire justement celui de la totalité. La lutte contre la fragmentation des savoirs est de ce fait un enjeu politique de première importance, qui est toutefois d’autant plus difficile à mener à bien que la division du travail intellectuel s’accentue avec le temps, comme le montre l'histoire de toutes les disciplines scientifiques modernes, sciences sociales incluses. L'un des apports décisifs de Harvey est ainsi de nous montrer une façon de subvertir cette spécialisation. La géographie, comme le répète souvent l'auteur du Capitalisme contre le droit à la ville (traduit en 2011 par les éditions Amsterdam), est quelque chose de bien trop important pour être laissé aux seuls géographes. La même chose pourrait être dite de toutes les formes de connaissance.

 


[1] Ce texte est la version écrite de l'introduction à une conférence de David Harvey à l'université de Nanterre organisée le 21 novembre 2011 par la revue Justice sociale/Social Justice et le pôle interdisciplinaire sur la ville de cette université.

[2] Voir Giovanni Arrighi, « The Winding Paths of Capital. Interview by David Harvey », New Left Review, n° 56, mars-avril 2009.

 

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date: 
06/12/2011 - 15:04
Razmig Keucheyan
 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 13:19

 

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http://histoireetsociete.wordpress.com/

 

Il est évident que tous les appels à sauver l’euro, toutes les unanimités de la classe politique autour de la nécessaire rigueur et la manière plus ou moins juste à travers laquelle il faudrait plumer la volaille le cioyen de base, sont simples artifices pour nous faire avaler l’injustifiable. Il suffit de réfléchir aux problèmes que posent tous les petits arrangements entre la France et l’Allemagne depuis des mois, leur caractère ubuesque.  Le tout sans aborder le fond à savoir la nature systémique d’une crise qui n’est pas que financière mais qui est lié à l’accumulation du capital devenu mortifère et sénile. Pourtant les mécanismes financiers par lequel on tente de mettre le grand comateux sous oxygène sont intéressants parce qu’ils démontrent à chaque coup leur incapacité à sortir de l’agonie.

1) Comment augmenter les profits bancaires en recommençant les petits arrangement autour de “l’endettement sans douleur”.

Premier point, dès août 2007, il était aisé de comprendre en quoi les manipulations financières non seulement engendraient une véritable thrombose du crédit mais comment celle-ci allait être déplacée vers les Etats. Jusqu’à ce jour la crise avait été déplacée du centre vers la périphérie mais là c’était le coeur du système qui craquait. Si les Etats-Unis bien mal en point tenaient encore le dollar et donc la possibilité d’un certain jeu d’investissement, l’Europe qui n’avait que la ressource des remèdes néo-libéraux constitutionnellement avec l’Allemagne gardien du temple de l’orthodoxie néo-libérale n’avait même plus cette capacité d’action.  C’est dans ce contexte là qu’il faut apprécier tous les “sommets” de sauvetage de l’Euro et les exploits de notre zorro national.Pour cela prenons deux points étroitement liés, le premier est celui de ce qu’est le Fonds de stabilité censé assurer le crédit de l’euro auprès des investisseurs privés, “le marché”, le second étant le rôle de la BCE.

a) le fonds de stabilité devenu MES

Le fonds de stabilité devenu mécanisme Européen de stabilité MES reste au centre. L’intituler Mécanisme est particulièrement approprié si l’on considère qu’il ne s’agit pas d’un fond réel mais d’un mécanisme de démultiplication du crédit. Un mécanisme qui a pour base : plus d’endettement contre du profit financier. Tous les sommets pour le mettre en place ont toujours abouti à un arragement  gagnant- gagnant entre banques et Etats. En fait il ne  fait que reproduire tous les vices de la “titrisation” et des usines à gaz par lesquelles a été obtenu un endettement “sans douleur” et un profit financier pourri mais sans contrôle qui nous a mené à cette crise financière.

 Premier fait la capacité du fonds est démultiplié comme dans le cas des subprimes, pour une capacité d’intervention réelle disponible de 250 milliards d’euros est reconnu officiellement le chiffre de 440 milliards et on garantit 1000 milliards sur lesquel on recommence à emprunter. Les dettes des pays en difficulté sont alors comme jadis celles des ménages emprunteurs incapables de rembourser titritisées dans l’endettement de ceux que l’on considère comme solvables. Là on entre dans les mécanismes de levage, on va jusqu’à perdre la traçabilité des dettes, avecdes SVP intervenant comme rehausseur de crédit, les mécanisme de levage qui financeraient auprès du privé qui revendraient les dette à la BCE.

b) manipulations et pyramides

Ce n’est pas loin de la pyramide chère à Madoff et c’est le grand vecteur de la spéculation, avec de plus en plus souvent la menace de l’arrêt de la chaîne et un nouvel appel aux Etats.Mais c’est là que le système est particulièrement tordu. La gestion de ce machin est soumise à l’épée de Damoclés des agences de notation  qui jugent des pays qui garantissent la dotation. Plus les dits pays (dont la france) étendent leur champ d’investissement  (prêts, recapitalisation, rachats de titre) plus leur notation est mise en danger et avec eux la garantie des obligations que le fonds est censé émettre.

Parce qu’on vous raconte que tout cela n’est que jeu quasiment comptable et que l’avantage du système est qu’il ne donne rien rour en sauvant les pays mais le défaut de paiement est toujours bien présent et se traduit en spéculations, rumeurs du marché et augmentation du coût des prêts en fonction des alarmes et des jugements des agences de notation. Est-ce un hasard si SP a recommencé à agiter la menace à laveille du nouveau Conseil ?

c) nécessité de la souveraineté nationale

ce qu’il faut bien comprendre c’est que le transfert des dettes privées sur les Etats s’est désormais accompagné du système de manipulation comptable qui a conduit à l’effondrement de la dette privée en 2007-2008. Il suffit de suivre le jargon financier pour retrouver les mêmes termes ,”crédits default swaps”, “véhicules”, structures ad hoc”, tout ce jargon signifiant que l’on recourt aux mêmes méthodes pourrir les conditions de l’endettement global en masquant les remboursements impossibles dans une accroissement général de l’endettement dont le privé est maître. Et pour cela on construit des pyramides financières sur lesquelles on ajoute des échellons de plus.

Il n’ya que deux solutions si l’on veut en finir avec ce sytème, le premier serait en stricte orthodoxie financière de faire racheter la dette de chaque pays par ses résidents, faire appel à l’épargne nationale. La seconde serait de refuser de continuer à rembourser des dettes conçues dans un tel système. Si la seconde solution à ma préférence, il faut voir que même la première passe par une reconquête de la souveraineté nationale.

2)La logique serait donc de modifier le traité européen dans le sens du respect des souveraineté nationales

C’est exactement le contraire qui est proposé. Depuis des mois une scène de ménage tient lieu de gouvernance, celui qui roule le plus les mécaniques est celui qui cède à tous les coups.

Que veut Sarkozy : l’enjeu pour lui est la possibilité pour la BCE de jouer un plus grand rôle… au Lieu de revenqdiquer la souveraineté nationale il veut que la BCE joue le rôle que la Banque de France jouait jadis avant les modifications de 1973, c’est-à-dire une capacité à battre monnaie et à avoir au moins les mêmes prérogatives que la FED. Il ne peut même pas en faire état réellement en France parce que cela correspond de fait à une nouvelle perte de souveraineté, résultat il s’est fait le herault de l’exigence allemande la règle d’or ou la sanction autimatique si le budget dépasse le déficit de 3% prévu par les accords de Maastricht. Ce qui est pour la France et d’autres pays non seulement une perte de souveraineté mais le plus sûr chemin vers la récession, donc l’impossibilité de faire face à la dette.

Pour ce nouvel abandon de souveraineté Sarkozy a déjà lâché des points importants, la révision du traité sans consultation populaire, l’automatisme des sanctions et même sur la cour européenne de justice sans rien avoir obtenu en échange. Et le conseil européen qui se tiend aujourd’hui et demain à Bruxelles nous dira si d’abandons en abandons nous sommes encore en république ou si nous sommes passés à un autre système. Sarkozy accepte tout pour un rôle accru de la BCE qui selon lui permettrait de rompre avec le caractère délétère du mécanisme que nous venons d’analyser sur le fonds de stabilité en autorisant la BCE à avoir au moins le même pouvoir que la FED des etats-unis. L’Allemagne elle a quelque objectifs sur lesquels elle tient bon, elle veut que l’on poursuive dans l’indépendance de la BCE, elle veut contrôler les déficits des autres pays mais qu’il n’y ait aucun contrôle sur ses excédents, or l’un et l’autre sont liés. Elle veut une zone euro mais sans outil de gouvernance de la dite zone euro autre que le libre renard dans le libre poulailler et elle veut une règle d’or sur les déficits tout en continuant à faire échapper ses excédents à tout contrôle.

Il faut être trés attentif à ce qui va encore être lâché au nom de toujours plus d’intégration européenne, par exemple un droit de veto allemand au sein du Fonds de stabilité (devenu Mécanisme Européen de stabilité MES)comparable à celui des Etats-unis au sein du FMI et contre lequel protestent nombre de pays émergents dont la Chine, et il faut bien voir la perte de souveraineté de tous les pays dont la france pris entre FMI et BCE.

La nulle que je suis est au bord de l’explosion quand elle entends la dramatisation, le ton faux cul de nos élites sur le thème “il faut sauver le soldat euro”et que je sais que tout cela va se terminer par le malheur, le chagrin de millions d’individus à qui on fait avaler n’importe quoi, il me prend l’envie de saisir la fourche de 1793 et d’aller foutre dehors cette bande de faux experts et vrais escrocs…

Danielle Bleitrach

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 19:22

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LETTRE OUVERTE de la SECTION du PCF de VALENTON 94 FRANCE

 

 

A l'attention de

Monsieur le Ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des

collectivités territoriales et de l’immigration

 

 

 

Valenton,

le 08/12/11

 

 

 

Hernando Calvo Ospina ne saurait être un bon français, c'est ce qu'a notifié un obscur fonctionnaire en annonçant le refus de l'Etat français de lui accorder la nationalité française.

 

Qui est donc cet homme qui ne mérite pas d'être français.

 

Hernando est collaborateur depuis 25 ans au journal le Monde diplomatique, il est l'un des membres de l'association France Cuba qui milite pour l'amitié entre nos deux peuples.

 

Hernando a été également interdit de survol du territoire américain comme le furent Nelson Mandela et Danielle Mitterrand, on connaît des terroristes d'une autre trempe... Cependant est-ce à la politique très particulière en matière des droits humains des USA qui doit servir de prétexte à un tel refus, que l'on sache, l'Otan ne dirige pas encore tout à fait notre pays...

 

Hernando est accusé d'être castriste, voici donc autre chose, que faut-il être pour devenir un bon français, Sarkozyste ?

Quel est donc cette utilisation du terme « castriste » qui selon cet obscur fonctionnaire semble caractériser le summum de l'abjection., il est vrai que Danielle Mitterrand, embrassa, en son temps, Fidel Castro sur les deux joues, oui les deux, il est vrai également qu'il y en eut pour la déclarer mauvaise française et aller jusqu'à demander sa déchéance de sa nationalité.

 

Hernando est mis au pilori pour avoir interviewé des guérilleros des Farc colombiennes. Hernando est journaliste, appartient-il à un obscur fonctionnaire de régenter la presse et les journalistes ?

 

Hernando a deux enfants, tous deux français, il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation en France mais certes il a été arrêté en en 1985 en Equateur, torturé puis exilé par le gouvernement d'alors et il fut placé sous la protection du HCR, le Haut Commissariat aux Réfugiés , alors terroriste le HCR ?

 

Si Hernando était né plus tôt, il aurait peut-être eu pour fréquentation Manouchian et ses camarades, il aurait peut-être et sûrement versé son sang pour cette France là.

 

Si Hernando était né plus tôt il aurait, sans doute, été de tous les combats pour cette France qu'il aime et dont il demande à porter la nationalité. Il est des combats d'aujourd'hui.

 

Alors Hernando sera t'il comme Salah Hamouri, une victime collatérale des amis du Président, un rejeté parce qu'homme de paix et de dialogue entre les peuples, pour avoir comme tant de français, la Liberté, l'Egalité, la Fraternité comme seules richesses ?

 

Oui Hernando Calvo Ospina est un homme des « Lumières » un intellectuel intègre, écrivain reconnu comme tel, il ne grimpe pas sur un char étranger sur une terre occupée, il respecte le pays et le peuple qui l'ont accueilli.

 

 

IL est impératif qu'Hernando devienne français, c'est une question d'honneur pour notre conscience de français libres et pour notre pays.

 

 

La section du PCF de Valenton

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 13:06

CEO_to_average_pay_ratio.jpgDes chiffres qui parlent d'eux-mêmes...



En l'espace d'à peine plus de 40 ans, le ratio entre le salaire moyen d'un travailleur aux États-Unis et celui des chefs des plus grandes entreprises, dans ce pays, est passé de de 24 pour un à celui de 243 pour un.  En d'autres termes, un chef d'entreprise, au sein des plus grandes multinationales américaines, gagne maintenant 243 fois plus d'argent, en moyenne, qu'un travailleur.  Et cela, c'est juste au niveau de sa rémunération en tant que chef d'entreprise.  Cela ne tient pas compte de ce qu'il peut faire en surplus, des suites de ce que peut lui rapporter, en "side line", ses propres investissements personnels ...

Le pire écart fut atteint en 1999 alors que ce ratio était de 299 pour 1.  En 2007, juste avant la grande crise de 2008, il était de 277 pour un et selon la tendance nous pourrions bientôt à nouveau revivre de tels écarts.

Voici un graphique très intéressant à ce propos.  Ces chiffres parlent par eux-mêmes et on peut avancer, sans avoir peur de trop se tromper, que la situation ici même, au Québec, ne doit pas être trop différente...

Selon la centrale syndicale AFL-CIO, qui surveille depuis déjà un certain temps l'évolution de la rémunération des chefs des 299 plus grosses entreprises américaines, inscrites à l'indice S&P 500, le ratio entre leur rémunération et celle des travailleurs moyens atteignerait de leur côté le chiffre incroyable de 343 à 1.

Autre chiffre très intéressant: en 2010, le 1% des gens les plus riches aux États-Unis cumulait 24% de tout le Revenu national dans ce pays.  Jamais on avait vu cela, sauf vers la fin des années 20, soit durant la période précédent la Grande dépression de 1929.

De tels chiffres mettent en évidence l'écart grandissant entre d'un côté, les plus riches, parmi les 1% de la population qui dominent dans nos sociétés, et les autres 99%.  Soit nous autres.  Une preuve non équivoque de l'incongruité du système capitaliste, ainsi que de la nécessité de changer de fonds en comble les règles sur lesquels se fondent ce système.  C'est le sens profond de notre programme pour le socialisme.

 

http://www.pcq.qc.ca/Dossiers/Modeles/index.html?id=Autres/Archives/page_article.htm?article_id=945&table_de_l_application=articles&lang=fr

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 13:53

 

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