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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 13:30

brown-rat.jpgVoila, je cherchais des plaques de portes, oui genre chambre, salle de bain et patatras je tombe là dessusalors il paraît qu'on s'habitue à tout, moi pas et vous ?

ALORS VOUS POUVEZ ALLER COMMENTER CHEZ CES BRAVES GENS LA VENTE DE CES ARTICLES PRÉSENTÉS COMME ALLEMANDS COMME SI CES DERNIERS N'EN AVAIENT PAS AUSSI BAVE.

 

ALLEZ HOP SAUTEZ LEUR A LA GORGE AVANT QU'ILS NE LE FASSENT !

 

 

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 12:08

toddc.jpgNé en 1951, en marge de l’université française après avoir notamment étudié à Cambridge en Angleterre, Emmanuel Todd apparaît souvent terriblement journaliste à ses pairs et furieusement académique aux yeux de bien des gazetiers…

Emmanuel Todd annonça, à 25 ans, la fin de l’Urss au nez et à la barbe des kremlinologues, en se fondant sur l’étude des structures familiales et autres fantaisies – selon les canons alors encore dominants d’un marxisme sourcilleux: La Chute finale (Robert Laffont, 1976). Emmanuel Todd écrivit son fait au sujet des États-Unis d’Amérique, colosse dont il examina scrupuleusement les pieds d’argile, qui en font désormais un facteur de désordre mondial: Après l’Empire (Gallimard, 2002).

 

Il examina les troubles alors encore à venir dans des sociétés arabo-musulmanes confrontées à leur transition démographique: Le Rendez-Vous des civilisations (avec Youssef Courbage, Le Seuil, 2007).

Le chercheur inventoria par ailleurs les processus ayant favorisé l’émergence de Ségolène Royal et surtout l’arrivée au pouvoir d’un Nicolas Sarkozy en 2007: Après la démocratie (Gallimard, 2008).

Il s’amuse des interviewers qui viennent parfois le voir comme la Pythie sur son trépied. Ses intuitions, servies par un verbe haut, font mouche. Il nous confia ainsi comment François Hollande pourrait connaître un destin politique aux antipodes d’un François Mitterrand, arrivé à l’Élysée «à gauche toute», pour baisser pavillon dès 1983 avec «le tournant de la rigueur». L’actuel candidat socialiste, quasiment centriste en début de course, finira-t-il, crise systémique oblige, en héraut d’une gauche revivifiée?

Pour comprendre le paysage européen et ses enjeux monétaires ou sociaux, voici donc l’homme dont les recherches avaient été détournées au profit de la campagne de Jacques Chirac, en 1995, sur «la fracture sociale»…

Craignez-vous que la droite n’acclimate vos idées sur le protectionnisme, du fait de ce «besoin de protection» sur lequel entend jouer Nicolas Sarkozy?

Je ne me suis pas posé la question en ces termes. Je vois plutôt venir une campagne très dure, qui pourrait permettre à la gauche de redevenir la gauche. On voit en effet disparaître une certaine fantaisie (la gauche de la gauche, le trotskisme…), au profit d’une reconfiguration favorisée par une discipline inhabituelle.

En face, la droite existe – par-delà l’insignifiance de Nicolas Sarkozy – à travers deux composantes de son corps électoral, qui se sont énormément rapprochées: l’UMP et le FN. La porosité est désormais patente.

Je m’attends donc à un choc frontal sur le plan idéologique, avec une gauche obligée de s’assumer du fait de la crise, de l’effondrement de la légitimité libre-échangiste «européiste», ou de la faillite des classes dirigeantes. Cette gauche, contrainte d’être plus offensive, devra désigner le véritable ennemi: la nouvelle oligarchie, le nouveau système de pouvoir, les nouveaux rapports de classe.

 

Cette gauche française, par la force des choses, sera tenue de sortir du béni-oui-oui social-libéral, face à une droite n’ayant rien à proposer et qui ressortira donc les thèmes de l’identité nationale, de l’islam, des Arabes. Cette droite, très liée à ce qu’on appelait jadis «le grand capital financier», cette droite Fouquet’s pour dire vite, fera du populisme, jouera sur les peurs et le vieillissement d’un corps électoral, qui n’a jamais été aussi âgé en France.

Alors certes, dans la confusion générale, il est possible que Nicolas Sarkozy demande à son baratineur en chef, Henri Guaino, d’écrire son pipotage habituel de dernière minute, sur le protectionnisme. Il l’avait instrumenté en 2007, comme naguère au profit de Jacques Chirac. Il suffira de rappeler ces précédents pour contrer une telle tromperie sur la marchandise. Mais peut-être avez-vous raison: quelqu’un se trouve sans doute déjà dans les starting-blocks, prêt à raconter n’importe quoi!

Vous ne craignez pas que Sarkozy parvienne à se poser en digue?

Mais il est là depuis cinq ans, il a déjà tout dit sans jamais rien faire! Or le corps électoral comprend, malgré les grands médias tenus par l’argent. Nous sommes encore dans la phase où l’establishment journalistico-communicant s’enivre de son propre isolement: nous n’entendons, sous couvert de politique, que des spécialistes parler entre eux.

Nous verrons bientôt apparaître, dans les sondages, le vote populaire, qui représente encore 50% de la population électorale. Ces gens comprennent ce qui ne va pas, à droite comme à gauche. Ils savent déjà que le propos du président sur leur «protection» relèvera du tour de passe-passe. Pour eux, Sarkozy, c’est le type qui s’est baladé dans les usines en déclarant qu’il allait les sauver mais qui n’en a rien fait!

Cet électorat – j’espère ne pas me comporter ici comme l’establishment en parlant à la place du peuple! – a profondément intériorisé l’impuissance de Sarkozy. Celui-ci n’a pas pu démettre Fillon, ce que n’importe quel président de la Ve République n’aurait jamais supporté. Il a été obligé de reprendre Juppé, ce qui le prive de l’intégralité de la politique étrangère, ce prétendu «domaine réservé».

Voilà quelqu’un toujours présenté comme un personnage fort. Mais il est vacillant, telle est sa réalité psychologique! Il se situe dans un modèle hiérarchique: il se montre fort avec les faibles et faible avec les forts. Il se soumet aux puissants (les États-Unis, la Chine, l’Allemagne) et tape sur les gamins de banlieue ou sur les Roms! Je suis persuadé que les gens le savent.

De plus, une rupture idéologique vient d’intervenir. J’ai été tricard plus d’une décennie sur la question du protectionnisme européen, qui ne pouvait, clamait-on, que faire le jeu du FN. Enfin la primaire socialiste vint! Arnaud Montebourg, qui avait compris avant moi – puisqu’il appelait à une taxation européenne de certains produits dès 1997 alors que je n’ai pigé qu’en 1999 –, a obtenu un succès parmi les classes moyennes (le corps électoral de cette primaire). Nous ne savons pas encore quel sera l’écho de son discours dans les milieux populaires.

Il est donc trop tard pour Nicolas Sarkozy: cette thématique de la protection économique ne peut plus être maniée par la droite. La voilà ancrée à gauche. Pas suffisamment, certes, mais elle ne peut qu’y trouver un écho de plus en plus large du fait de la crise. Le timide concept de «juste échange» débattu dans le PS est dépassé. Sur la question des banques et de la dette publique – sans oublier l’euro –, il faudra une prise de contrôle par l’État pour éviter la panique. Or c’est précisément là que gît le subconscient de la gauche…

Et le FN en embuscade ?

Le FN est certes haut dans les sondages et il peut encore passer à une hauteur supérieure. Mais il existe enfin une possibilité de le voir avalé par une gauche ragaillardie. Tout dépend de la campagne que mènera le PS: nous sommes dans une hésitation historique.

Il y a donc de l’espérance, même si nous nous avançons vers quelque chose de très dur et de très angoissant. Auparavant, nous ne pouvions qu’espérer un élu de droite à peu près civilisé ou un(e) socialiste continuant de faire la même chose. Nous ne sommes plus dans une telle continuité: nous aurons vraiment pire, ou franchement mieux!

Croyez-vous à une rupture ?

Il y aura forcément rupture. Si Nicolas Sarkozy était réélu, après ce qu’il a déjà fait, la France ne serait plus la France. Elle ne se relèverait pas d’un deuxième mandat d’un tel président, qui pourchasse les boucs émissaires en pleine déroute économique. Étant donné son image dans le monde, les Français paieraient une note salée: s’ils votaient mal, ils seraient punis par l’Histoire.

En revanche, la France peut à nouveau émerger comme le pays de l’égalité, capable d’utiliser l’État de façon originale pour mettre à bas les puissances financières. Souvenons-nous des suites de la crise de 1929, quand l’Allemagne produisait Hitler, la Grande-Bretagne des conservateurs asthéniques et l’Amérique Roosevelt: la France a élu le Front populaire…

Voyez-vous une tension entre le capitalisme qui tend à son autodestruction et l’Europe qui s’achemine, malgré tout, vers son autoconstruction?

Je vois tout à fait autre chose! Le champ de force est difficile à analyser, nous percevons uniquement ce qu’il y a de commun au monde développé: la montée de l’inégalité, ainsi que des phénomènes de domination. Chez les Anglo-Saxons, les libertés individuelles sont chevillées au corps. Mais en Europe continentale, existent des manifestations d’autorité politique et de bureaucratisation. Dans la zone euro, ou plutôt dans ses parties faibles (c’est-à-dire toute la zone sauf l’Allemagne!), nous sommes confrontés à une forme d’hybridation: des responsables sont nommés sur pression de Berlin pour relever les finances publiques, après avoir travaillé pour Goldman Sachs. Ils se retrouvent à l’intersection des deux domaines de domination.

Or la France navigue à vue, précisément à cette intersection, avec des élites de droite, dans la tradition catholico-vichyste, très séduites par l’Allemagne et les systèmes autoritaires de l’Europe continentale, tandis que le tempérament de sa population rend la France plus proche des valeurs de liberté anglo-saxonnes. D’où des tensions intéressantes sur le plan historique et anthropologique…

En ce qui concerne la construction européenne, les forces de l’inégalité et de la domination sont dans une forme d’ivresse terminale: exigence d’un service frénétique de la dette publique, appétit de privatisations, soif d’austérité! Bref, encore plus de tout ce qui a été fait! Comme si les élites, qui tiennent un tel discours, étaient aveuglées par les dieux attachés à leur perte: nous pataugeons dans le tragique de l’Histoire…

Cependant, un tel retour au tragique se fait chez nous sur un mode sénile, en raison de notre pyramide des âges: voilà pourquoi vous ne voyez pas une jeunesse européenne envahissant massivement l’espace public, comme dans les pays arabes.

Qu’en est-il de la démocratie en Europe?

Nous découvrons la supercherie suivante: les valeurs européennes étaient censées s’incarner dans un espace de démocratie libérale ayant renoncé aux rapports de force entre les nations, traitées sur un pied d’égalité, quelle que fût leur puissance. C’était une fiction. On savait que le Luxembourg n’avait pas forcément son mot à dire, certes. Mais la Belgique, par exemple, avait réellement voix au chapitre.

Or l’Europe est aujourd’hui devenue le contraire d’un tel mythe fondateur. L’égalité? Nous nous retrouvons avec un système hiérarchique dément: des faibles et des forts (avec un fort absolu: l’Allemagne). Les faibles sont mis au pas et privés de leur système démocratique, tandis que surgit un nouveau personnel venu de Bruxelles, Francfort et Berlin – les trois pôles du système de domination –, sous les applaudissements de Paris, convertie en succursale chargée de faire la claque!

L’Allemagne, revoilà l’ennemi ?

Je sais tout ce que l’Allemagne apporta à l’Europe avant le nazisme – à commencer par la réforme protestante et l’alphabétisation de masse. Ce pays repose sur une culture particulière, centrée sur la famille souche; système à héritier unique un peu autoritaire. D’où son efficacité industrielle, sa position dominante en Europe, mais aussi sa rigidité mentale.
L’Allemagne s’est toujours affolée quand elle s’est retrouvée en position dominante. Notamment sous Guillaume II, avant le premier conflit mondial, quand, échappant à la raison bismarkienne, elle se retrouva hégémonique. La situation actuelle se rapproche davantage de cette période wilhelmienne que de la séquence nazie.

Or une telle ivresse de puissance serait facile à contrôler, si les décideurs français étaient normaux: l’Allemagne est vieille, avec 80 millions d’habitants qui peinent à se renouveler; elle n’est plus dans une culture totale; son industrie, somme toute moyenne, hyper exportatrice, certes, est loin du niveau japonais, par exemple, techniquement parlant. Bref, il serait facile de la ramener à la raison. Mais la névrose des classes dirigeantes françaises les pousse à s’agenouiller.
Une telle inaptitude à remettre Berlin à sa place, de la part d’un président de la République atteint de nanisme politique et qui se montre donc incapable d’affronter Angela Merkel, entretient l’Allemagne dans son délire. Délire auquel répond une hostilité incroyable à l’encontre de Berlin, sur tout le continent.

Nous venons d’assister, en Grèce et en Italie, à une interdiction de référendum, à des dépositions de chefs de gouvernement…

Les pays qui viennent d’être mis au pas, la Grèce, l’Italie, bientôt l’Espagne et le Portugal, ce sont des nations dont les traditions démocratiques s’avèrent récentes et fragiles. L’Europe, qui était censée être le continent de la démocratie libérale, est devenue une machine qui l’a cassée dans des régions où elle venait de naître!
Apparemment, l’Allemagne, qui donne le la, possède une démocratie plus saine que la France: les syndicats ouvriers s’y avèrent encore représentatifs, l’extrémisme politique y est moins apparent qu’ailleurs: ça tourne mieux. Angela Merkel ne s’offre pas aux yeux du monde et de son peuple comme un problème inquiétant pour la démocratie, contrairement à l’actuel président de la République française.

Pourtant, si vous examinez la surpuissance économique allemande dans l’espace européen, vous découvrez qu’elle se fit par le biais d’une politique économique égoïste, avec des délocalisations des produits intermédiaires en Europe de l’Est, hors zone euro. Il y a eu outre-Rhin, des années durant, un blocage et une baisse des salaires en s’appuyant sur les mécanismes autoritaires de la culture allemande, au profit d’une politique d’exportation dans la zone euro, où Berlin réalise ses plus gros excédents commerciaux.

Une telle politique effectuée contre ses partenaires fut menée de bout en bout par des coalitions, comprenant souvent le SPD; ce qui remet finalement en cause le principe d’une véritable alternance.

Alors se pose une question en forme de retour cruel de l’Histoire: le facteur central de la dégénérescence de la démocratie dans le système européen, ne serait-ce pas l’Allemagne?…

Des foules, d’Athènes à Madrid, crient déjà au IVe Reich!

Le ras-le-bol s’exprime par des expressions exagérées. Mais si personne ne dit véritablement ce qui se passe, les opprimés ont l’impression d’être niés. Les choses ne sont pas dites au bon niveau, puisque Nicolas Sarkozy lâche sur tout. Il n’y a donc plus de rapports égalitaires en Europe.

Les Allemands ne sont pas foncièrement arrogants. Ils ont lâché beaucoup sur la gestion par la Banque centrale. Certes, pour ce pays à la vision fort peu égalitaire, la communautarisation de la dette semble un obstacle infranchissable. Mais il aurait été possible de le faire plier pendant qu’il était encore temps.

Le jour où l’euro tombera, il sera acté qu’une classe dirigeante entière a été déligitimée. Pour un prix inférieur à celui de 1940! Sans frais militaires! Finalement, je pourrais vous proposer une histoire riante de la France, non pas immédiatement mais un an après la chute de l’euro, alors que les Allemands ne pourront pas y faire face si facilement…

Croyez-vous à une Europe sans euro ?

Je suis passionné, culturellement, par l’Europe. Or la monnaie unique, dont on voit qu’elle produit actuellement une exaspération sur le continent, était, dès le départ, la négation de l’Europe. J’étais donc contre au départ. J’avais fini par l’accepter, persuadé qu’elle ne pouvait être sauvée que si l’Europe passait au protectionnisme.

Le libre-échange, présenté comme un doux commerce entre les peuples, est en réalité une déclaration de guerre économique de tous à tous. Il crée cet état de jungle, de rapport de force en train de détruire l’Europe. Il aboutit à une hiérarchisation des nations en fonction de leur situation économique.

Du coup, au stade actuel, ma préférence irait vers un sauvetage de l’euro par le protectionnisme européen. Il faudrait donc que la France ait le courage de négocier cette solution avec l’Allemagne. Il faut créer les conditions d’une remontée de la demande sur l’ensemble d’un continent, où l’on cesserait de se jeter les uns sur les autres. L’Europe redeviendrait alors ce qu’elle a cessé d’être: un atout. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une faiblesse déstructurante, la diversité anthropologique, referait alors sa force dans un contexte global protégé.

Toutefois, au rythme où va cette crise financière, monétaire, économique, avec une récession programmée par les plans d’austérité, je vois se dessiner une sortie préventive de l’euro. Je donne raison sur ce point à l’économiste Jacques Sapir. Les Allemands se verraient alors contraints d’accepter une restructuration globale, ainsi que le protectionnisme européen.

Mais nous assistons à une absence de débats économiques. On claironne qu’il n’y a pas d’alternative. Cette attitude de déni quant aux solutions possibles trahit la fossilisation mentale du Vieux Continent. Les experts s’époumonent, tel un chœur de vieillards: «Ce n’est pas possible!»

C’est effrayant comme un discours totalitaire imposant la négation de la vie, de la réalité, de l’Histoire, de la capacité à peser sur les choses. Nous avons eu la soumission à la race avec le nazisme, la soumission à une doxa dite socialiste avec les démocraties populaires; il y a désormais une soumission à des plans d’austérité, qui conduisent mécaniquement à la régression.

Voilà bien une pathologie mentale digne de celles qui menèrent au totalitarisme. Le totalitarisme était fondé sur des sociétés dont la jeunesse était encore le ressort. Nous le reproduisons donc dans sa version décrépite: l’euro (dans le sens monétaire) totalitarisme!

Ferons-nous l’économie d’une guerre sur le sol européen, alors que l’équilibre de la terreur semble être passé du domaine nucléaire au domaine financier?

Les menaces de guerre font partie de la panoplie agitée par le système. S’il y a bien quelque chose qui ne menace pas sur ce continent fourbu: c’est la guerre. Personne ne va nous envahir. Le danger vient de la baisse du niveau de vie, de l’implosion des systèmes éducatifs, ou de la destruction des services publics.

Cela dit, des régimes autoritaires sont possibles. En France notamment, où la combinaison de valeurs libérales et égalitaires en tension peut déboucher sur le bonapartisme. Si la baisse du niveau de vie s’accélère et si la gauche n’est pas capable de proposer une alternative avec reprise de contrôle du système financier et restructuration de l’Europe, si la droite reste donc au pouvoir, nous irons à l’évidence vers un régime autoritaire.

Toutes les décisions du président de la République actuel s’inscrivent dans l’établissement d’un tel régime. Cela va de la mainmise sur l’information, à la volonté de fusionner la police et la gendarmerie, alors que ces deux corps séparés de maintien de l’ordre – grande tradition républicaine – s’avèrent l’une des garanties de la démocratie.
Alors, nous connaîtrions la dictature sans la guerre. C’est déjà ça, non?…

Les indignés, c’est ce qui reste quand on a tout perdu?

Les indignés sont peu nombreux dans nos sociétés européennes, où l’âge médian dépasse la quarantaine (40 ans en France, 44 ans en Allemagne), où l’état d’atomisation de la structure sociale freine l’action collective. Je ne crois pas à la puissance des forces de contestation. Nous avons besoin de prises de conscience fortes et non d’un basculement général et révolutionnaire. Je milite pour un retour des élites à la raison, pas pour leur renversement.

Je n’ai rien contre les élites, mais je ne supporte pas qu’elles trahissent leur tâche. La lutte des classes existe et m’apparaît en partie soluble par la négociation. Il y aura toujours des classes supérieures. Celles-ci me sont intolérables lorsqu’elles deviennent folles et irresponsables. Les grandes démocraties reposent sur un système où une partie des élites accepta un tel contrat, au point de passer du côté du peuple. Or nous avons dorénavant des oligarques furieux, qui répondent à la définition d’un marxisme caricatural.

J’ai une conscience égalitaire de petit-bourgeois de gauche et je suis attaché à une forme de moralité sociale: cela ne fait pas de moi un révolutionnaire.

Votre rhétorique enflammée donne pourtant le change…

Oui, j’exprime très violemment des idées très modérées.

 


Mediapart

http://mediabenews.wordpress.com/2011/12/03/emmanuel-todd-le-jour-ou-leuro-tombera/

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 11:05

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Les efforts du Parti communiste japonais dans la critique du lobby nucléaire et la solidarité avec les sinistrés récompensés par une progression significative aux élections locales de Fukushima

 

 

 

 

Article d'Akahata, quotidien du Parti communiste japonais

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.overPM-blog.net/

 

Lors des élections locales à Fukushima, qui se sont tenues le 20 novembre dernier, le Parti communiste japonais a gagné deux sièges, passant de 3 à 5, et devenant le troisième parti dans l'assemblée, derrière les Partis libéral-démocrate et démocrate.

 

L'élection qui devait se tenir en avril avait été reportée à cause du séisme du 11 mars et de l'accident nucléaire qui s'en est suivi. Les six candidats du PCJ ont été élus lors des élections locales qui se sont tenues le même jour dans les villes de Fukushima Soma, Okuma, Hirono, Kawamata, et Shinchi.

 

Lors de la campagne, les 7 candidats présentés par le PCJ, dont un indépendant soutenu par le parti, ont proposé la décontamination radioactive, et des compensations pour les dégâts nucléaires causés, à la charge de la Tokyo Electric Power Co. (TEPCO), le groupe responsable de la centrale nucléaire hors service de Fukushima, ainsi que des autres entreprises privées qui tirent d'énormes profits de l'industrie nucléaire.

 

Ils ont également exprimé une opposition ferme à l'entrée du Japon dans le Partenariat trans-pacifique (TPP), un traité de commerce entre multi-nationales qui a de grandes chances de faire plus de mal que bien dans les efforts de reconstruction après la catastrophe. La plate-forme du PCJ a séduit un grand nombre de personnes, y compris d'anciens abstentionnistes ou électeurs de droite, nombre d'entre eux ayant même participé activement à la campagne électorale du parti.

 

Depuis la catastrophe du 11 mars, le PCJ a mesuré les niveaux de radiation à de nombreux endroits de la région de Fukushima, créé des cartes sur la base de ces résultats et les a distribué aux riverains. Il a aussi mené des délégations auprès des autorités municipales, locales et nationales, les appelant à assumer la responsabilité des mesures de radiation et de l'élimination de la contamination radioactive.

 

Sur les 2 millions d'habitants que compte Fukushima, près de 150 000 sont toujours sans domicile et survivent dans des logements précaires.

 

Les résultats électoraux des autres partis sont les suivants : le Parti libéral-démocrate a obtenu 27 sièges (+ 1), le Parti démocrate 16 (- 1), le Parti Komei 3 (=), le Parti social-démocrate 1 (- 1), « Votre parti » 1 (+ 1).

 

 

 

* * *

 

Lors d'une conférence de presse tenue le 21 novembre, le secrétaire du PCJ Ichida Tadayoshi a déclaré que de nombreux habitants de Fukushima ont apprécié les efforts du PCJ dans la critique du « mythe de la sécurité » de la production d'énergie nucléaire et dans la revendication de mesures préventives à prendre afin d'éviter un accident grave touchant les installations nucléaires, et ce bien avant que cet accident inévitable ne se produise.

 

A propos de la progression du parti lors de ces élections locales, dans les trois préfectures sinistrées (de 1 à 2 sièges à Iwate, de 2 à 4 à Miyagi et de 3 à 5 à Fukushima), Ichida a dit que les trois rôles importants qu'y joue le PCJ en s'attaquant de front à la question de l'après-catastrophe ont été très largement reconnus par les électeurs :

 

  • Le premier est que les militants du PCJ aux quatre coins du pays se sont dévoués pour venir en aide aux sinistrés et ont œuvré à la reconstruction des régions sinistrées ;

 

  • Le second, c'est la pression mise sur les autorités locales et nationales afin qu'elles se chargent du retour à la vie normale pour les victimes, afin de résoudre des problèmes tels que ceux des « double prêts » [NdT : ce dit pour les sinistrés déjà endettés contraint de contracter un nouveau prêt pour les travaux de réparation et reconstruction], et d'étendre l'aide financière afin de retrouver des conditions de vie décentes. Le PCJ s'est opposé à la mise en place d'une « zone spéciale de pêche » et d'autres projets concevant la reconstruction dans les intérêts des grands groupes ;

 

  • Troisièmement, le PCJ a exhorté le gouvernement central et la TEPCO à assumer la responsabilité financière du lancement d'un processus de grande envergure de décontamination et à accorder des compensations intégrales pour les dégâts nucléaires causés. Le parti a également proposé que le Japon envisage une société sans centre nucléaire et développant rapidement des sources d'énergie alternative ;

 

Aux élections locales à la préfecture de Miyagi, le 13 novembre, les deux candidats du PCJ ont gagné des sièges lors de l'élection locale dans la ville d'Onagawa Town qui compte sur son territoire une centrale nucléaire. Le parti a également gagné un siège à l'assemblée préfectorale, dans une circonscription électorale recoupant la ville d'Onagawa, une première. A propos des résultats, Ichida a déclaré : « Les actions et politiques du PCJ sur les questions d'énergie nucléaire ont trouvé un écho chez de nombreux électeurs ».

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:55

dpXgzl485088-02.jpgDu nouveau sur le Bloc de Gauche – Faits et expériences

Par Margarida Botelho, de la commission politique du PCP, ancienne députée de Lisbonne, pour O Militante, revue théorique du parti



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Cf aussi : Analyse (critique) du Bloc de Gauche au Portugal par le Parti Communiste

 

A propos du cycle électoral de 2009 et des résultats du PCP/CDU et du Bloc de gauche, des flots d'encre ont été écrits sur l' « événement historique » qu'aurait constitué le fait que le Bloc de Gauche (BE) dépasse le PCP, en particulier aux élections législatives.

 

La position du PCP alors, jugeant positive la forte croissance de la CDU et non sa position relative, avait été considérée comme une excuse de mauvais perdant. La vérité, c'est que l'histoire du PCP et du mouvement communiste international nous enseigne à ne pas avoir peur de l'influence réelle d'une force politique dans la société sur la base de ses résultats électoraux, qui est en général d'autant plus conjoncturelle et volatile que son enracinement social est faible. Elle nous enseigne également combien il est dangereux de subordonner des principes et un programme politique (qui dans le cas du PCP sont de nature révolutionnaire, visent à la transformation de la société) à des considérations électoralistes et médiatiques. Le front de la lutte électorale est important et il n'existe pas de parti politique, y compris le PCP, qui n'ait pas fixé comme objectif d'obtenir les meilleurs résultats électoraux possibles. Mais miser sur le succès immédiat et céder aux pressions conjoncturelles ont conduit au désastre et même à la disparition de grands et prestigieux partis communistes. Le PCP préfère perdre des voix en disant la vérité et ce qu'il pense réellement, qu'en gagner en mentant ou en éludant des questions.

 

Aux législatives du 5 juin 2011, moins de deux ans après et avec une inversion des positions, l'analyse des commentateurs de service ne choisissait pas le même angle d'attaque, mettant même sur pied, comme le Comité central du parti l'a dénoncé, une « mystification éhontée (…) tentant de profiter de la chute significative du Bloc et de la perte de la moitié de ses députés, pour affirmer une perte d'influence des partis 'à la gauche du PS', cherchant ainsi à dévaloriser l'important résultat de la CDU qui sort renforcée de ces élections ».

 

Les dirigeants et adhérents du Bloc ont contribué à cette mystification, évoquant une prétendue stagnation des résultats du Parti (« du PCP, il n'y a également pas grand-chose à dire. Il se maintient (…) Pour le meilleur et pour le pire, c'est une forteresse. De là, personne ne sort et personne ne rentre » (Daniel Oliveira), ou le sens d'un déclin inexorable (« le PCP a beaucoup perdu depuis 25 ans, et comme il a beaucoup perdu, il n'y a plus grand-chose à perdre », Miguel Portas), ou attribuant cette meilleure « résistance » au déclin électoral à l'influence syndicale, locale ou même, comme le dit Francisco Louça, à une « très longue tradition familiale » du PCP.

 

Le résultat électoral du Bloc a engendré des divergences publiques et a conduit son Bureau national à lancer un débat interne et à annoncer la réalisation pour début Septembre d'un « forum subordonné au débat sur les voies qui s'ouvrent à la convergence des gauches politiques et sociales dans le cycle politique du mémorandum et de l'intensification de la crise au sein de l'Union européenne », ainsi que d'une « conférence, au plan international et national, sur les impacts de la crise de la dette, pour promouvoir le débat sur les grandes options et alternatives dans le contexte de la crise européenne ».

 

La direction du Bloc reconnaît que les « orientations récentes ont été, naturellement, objet de polémique », énumérant le soutien à Manuel Alegre aux élections présidentielles, la présentation de la motion de censure contre le gouvernement PS et l'absence à la réunion avec la troïka comme des attitudes qui « aux yeux de nombreux électeurs (…) sont apparues comme contradictoires ».

 

C'est sur ces éléments contradictoires que, brièvement, cherche à se pencher ce texte. Il ne s'agit ni d'une ingérence dans les affaires internes du Bloc de gauche, ni d'une quelconque prétention stupide à tirer profit des problèmes d'une force qui se situe à gauche du spectre politico-partisan portugais et avec laquelle des prises de position analogues et convergentes ont été possibles à l'Assemblée de la République, ce qui doit être jugé comme positif, en dépit des profondes différences qui séparent une force de classe révolutionnaire d'une force contradictoire, inconséquente, et avec de fréquentes poussées d'anti-communisme. Nous cherchons à tirer des leçons d'idées et de comportements qui pourraient, s'ils en avaient l'occasion, mener à la constitution d'une « gauche (éventuellement) élargie », mais idéologiquement et politiquement désarmée face à la violente offensive du capital et de l'impérialisme. Ici nous avons également en perspective le « Parti de la gauche européenne » qui, comme le PCP avait fort à propos mis en garde, agit pour donner une nouvelle virginité à la nouvelle social-démocratie et pousse les partis communistes à perdre leur identité.

 



Le soutien à Manuel Alegre



Le soutien à Manuel Alegre aux élections présidentielles a été justifié par le Bloc de gauche pour une raison principale – « rassembler des forces » contre le candidat Cavaco Silva. Il l'a fait pratiquement un an avant les élections, début 2010, dans le cadre d'un processus émaillé de critiques et de divergences internes, mais aussi d'attaques lancées envers le PCP, accusé de sectarisme et d'opportunisme. Les raisons pour lesquelles il était nécessaire que le PCP présente sa propre candidature ont été exposées de façon claire pendant la campagne électorale, et nous nous dispenserons de les répéter ici. Le soutien du Bloc de gauche au candidat Manuel Alegre, pendant des décennies dirigeant et député du PS, défenseur actif et responsable des politiques de droite pratiquées dans notre pays, pendant une période de plusieurs mois où le PS était au gouvernement, et était le protagoniste des PEC (Plan de stabilité et de croissance) et des mesures d'austérité, a constitué une des « contradictions » que le Bureau national a lui-même identifié.



Plus que de « contradictions », nombreux sont ceux qui, comme nous, ont vu dans une telle démarche non seulement la conséquence logique d'initiatives pensant possible d'isoler le PCP ou le dissoudre dans un fourre-tout politique sans principes ni orientations clairs mais aussi une façon de contribuer, au beau milieu de plans d'austérité spoliateurs qui se succédaient alors, à apporter une caution de gauche à la brutale offensive droitière du PS.



La motion de censure



Miguel Portas a expliqué dans une interview de façon exemplaire les raisons qui ont motivé la motion de censure : « il y eut dans la décision du Bloc de gauche une tentative de contre-balancer le soutien accordé à Alegre par une position très claire contre le gouvernement ».



La vérité, c'est que, 18 jours après des élections présidentielles où il s'est joint a PS dans le soutien à la candidature de Manuel Alegre, le Bloc de gauche a annoncé qu'il présentait une motion de censure en plein débat avec le premier ministre, alors que quelques jours auparavant Francisco Louça avait affirmé, quand on lui opposait une prétendue intention similaire de la part du PCP, que cela n'aurait aucune « utilité pratique ». Il le fit en l'annonçant à un mois de distance de sa discussion et de son vote à l'Assemblée de la République, comptant naturellement polariser ainsi le débat politique. Le calcul tacticien avec ses contradictions n'est pas passé inaperçu.



La réunion avec la troïka



La résolution du Bureau national du Bloc de gauche conclut à cet égard : « la direction du Bloc a sur-estimé les capacités de l'indignation immédiate contre la récession et a sous-estimé la peur parmi les secteurs les plus touchés par la crise. L'orientation du Bloc dans la période pré-électorale, concentrée sur l'appel à une votation de type référendaire contre le programme de sauvetage, a découlé de cette sur-estimation, et la même chose peut être dite de l'incompréhension qui a entouré la décision de ne pas assister à la réunion avec le FMI. Aussi fondé qu'ait pu être ce choix, il n'a satisfait ni les secteurs qui voulaient que nous y allions dire 'ce qu'il fallait leur dire', ni ceux qui avaient l'illusion que nous puissions contribuer à atténuer la violence des mesures qui allaient être annoncées quelques jours plus tard, et cela eut donc des conséquences électorales négatives. »



Il est assez légitime de conclure que ce que le Bloc admet est que, si sa position de principe lui est préjudiciable électoralement, il aurait été mieux de la dissimuler ou de l'abandonner. Quelques jours après les élections, Francisco Louça reconnaissait lui-même : « si elle se déroulait aujourd'hui, je verrai cette réunion d'un autre œil (…) notre attitude ne fut pas comprise et cela nous a été préjudiciable du point de vue électoral. Nous aurions pu adopter une attitude différente, certainement. »



Bien que le Bureau national ne la mentionne pas comme un des éléments contradictoires qui auraient contribué à l'effondrement électoral, la position que le Bloc a adopté quant à l'intervention de la troïka en Grèce s'intègre clairement dans ce processus et suscite des doutes encore plus importants.



Si tout n'est pas clair pour nous, rappelons que le 7 mai 2010, l'Assemblée de la République a débattu, sur proposition du gouvernement PS, d'un « prêt » de 2 milliards d'euros à la Grèce. Le Bloc a voté pour, avec le PS, le PSD et le CDS. Seuls le PCP et les « Verts », solidaires avec le peuple grec, ont refusé l'ingérence brutale que cela a signifié. A l'époque, la députée Cecilia Honorio a défendu le vote favorable du Bloc de gauche, disant qu'ils le faisaient « pour une seule raison : refuser ce prêt serait, dans les circonstances actuelles, imposer la faillite à la Grèce. Et cela serait la pire des options. Ce serait la politique de la terre brûlée, ce serait répondre à la crise par une catastrophe économique ». C'est une attitude dans laquelle se révèle clairement sa conception fédéraliste de l'Union européenne et son penchant social-démocratisant. Une attitude compatible par ailleurs avec la proposition présentée quelques mois auparavant par le Bloc de gauche pour la création d'une agence de notation européenne – une idée chère en ce moment même parmi les analystes les plus néo-libéraux – ou avec la proposition présentée au Parlement européen, défendant l'intervention européenne en Libye, mais qui correspond si peu avec la décision de ne pas participer à la réunion avec la troika. Une contradiction de plus.



Un projet clair et fiable que celui du PCP



La rencontre avec le PCP fut un autre motif de polémique au sein du Bloc de gauche et de spéculation dans les médias, en dépit du fait que, au moment de la réunion, les deux partis avaient déjà décidé du cadre dans lequel ils participeraient aux élections législatives anticipées – le Bloc seul, le PCP intégré dans la CDU. Il s'agissait d'une rencontre qui, comme nous l'affirmions à l'époque, « rendait possible un échange d'opinions et de points de vue quant à l'analyse que fait chacun des partis sur la situation économique et sociale du pays (…) Une analyse qui a permis d'identifier des éléments sur lesquels existent des appréciations convergentes. Convergences de points de vues qui ne nous laissent pas dupes en même temps sur les différences d'opinion et même sur des positions divergentes sur plusieurs questions, ce qui est en soi un fait naturel pour des partis aux trajectoires et aux projets différents (…) fait qui n'empêche pas des convergences, comme cela s'est produit en particulier sur le plan parlementaire ».



Les incohérences, à côté des attitudes qui correspondent à sa matrice social-démocratisante et, tout particulièrement, le fait de faire d'une question secondaire la question centrale de la souveraineté et de l'indépendance nationales, tout comme le mépris récurrent pour la dynamique unitaire des organisations syndicales et des manifestations de masses, et en particulier du mouvement syndical unitaire, sont des facteurs qui ne peuvent être ignorés quand on examine les possibilités souhaitables de convergence.



D'autant plus que les médias ont souvent mis en avant le Bloc de gauche, pas tant pour ses mérites propres, mais plutôt avec l'intention claire d'occulter et de minimiser les initiatives du PCP. Prenons le cas de la proposition de la renégociation de la dette que le PCP défend seul depuis des semaines, mais qui a été méthodiquement mise en avant comme s'il s'agissait d'une mesure innovante de la part du Bloc de gauche.



Naturellement que le PCP est, comme il l'a toujours été, disponible pour rechercher des convergences et les coopérations avec toutes les forces sociales anti-monopolistes, avec tous les patriotes et les démocrates, avec toutes les personnalités indépendantes, dans la perspective de la rupture avec ce cap et cette politique, pour quoi est indispensable le développement d'une puissante lutte de masses. Le PCP a un projet clair pour le pays, d'affirmation d'une politique patriotique et de gauche, pour un Portugal de progrès, tout en ayant toujours à l'horizon la perspective du socialisme. Un programme que le PCP propose au peuple portugais et qui correspond « à l'intérêt fondamental de l'immense majorité de la population portugaise ».

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:52

arton15217-58a45.jpgOr, qu’en est-il dans notre Algérie qui a connu toutes les adversités ? N’est-il pas temps de cesser les hésitations et de rompre avec les vieilles recettes bureaucratiques et avec les tactiques éculées pour gagner du temps ?... En entamant de vraies réformes, à travers une instance nationale crédible, représentant toutes les forces qui comptent dans le pays, en vue d’élaborer une feuille de route devant conduire notre peuple à une transition concrète et pacifique, avec des étapes clairement définies et se déroulant selon un calendrier bien précis, pour aboutir à l’instauration d’un système politique civil, démocratique, républicain et juste, entièrement consacré à la résolution des vrais problèmes, par la mobilisation des ressources du pays au service d’un développement national, à la hauteur des sacrifices du peuple.



Nous sommes les enfants du peuple qui a connu l’épreuve de l’occupation et les brûlures des feux de son racisme barbare… Nous sommes les enfants de la génération qui a ouvert les yeux sur les dernières années de la colonisation et qui ont compris la signification du concept de conscience nationale avec l’aube naissante de l’Indépendance…. Nous sommes ceux qui avons constaté de visu, l’étendue des prédations historiques perpétrées par l’occupant ; tant il est vrai que le malheur a accompagné chacune des étapes de sa présence dans notre pays ; l’invasion de notre pays, tout comme sa libération, ont été synonymes de tueries, de destructions, de terreur et de dévastations.

L’occupant n’a eu de cesse, avant de partir, de laisser la moindre parcelle de notre sol, sans l’avoir jonchée de cadavres, de crânes, de membres, après en avoir irrigué la surface, du sang des martyrs et des moudjahidine… Nous sommes les témoins vivants du malheur de notre pays, avec le reste de ce qui reste de moudjahidine qui ont porté le pacte de la libération de la patrie et lui sont restés fidèles…

Personne parmi eux, ni parmi nous, n’avait alors imaginé qu’au bout de 50 ans, nous allions nous retrouver – tout comme la génération des jeunes d’ailleurs – face à une alternative dont les deux termes sont aussi terrifiants l’un que l’autre : l’occupation étrangère ou la tyrannie nationale ? Comme s’il s’agissait-là d’un destin inéluctablement scellé pour nos générations confondues, sommées de choisir entre deux sorts tout aussi effrayants, tout aussi insupportables, tout aussi intolérables ! Qui est donc responsable de ce dilemme tragique où le peuple n’a pas d’autre choix, en dehors de la tyrannie du pouvoir national ou du spectre d’une occupation étrangère, toujours à l’affût, avec son cortège classique d’hostilité, de crimes et de complots ?

Dès l’avènement de l’Indépendance, nous avons connu l’intrusion quasi forcée dans la vie intellectuelle et culturelle de notre société encore balbutiante, d’une dualité de standards et de thèses alternatives étranges, dont nous n’avons pas encore fini de payer les lourdes conséquences sur la santé de notre société et la solidité du tissu social, à la base de l’unité de la nation.

On a pris l’habitude de considérer cette schizophrénie de notre société, comme étant une simple querelle interne entre les différentes composantes d’une élite nationale plurielle, au plan de ses référents, comme au plan de ses horizons. Encore que beaucoup considèrent une partie de cette élite comme étant le prolongement de desseins étrangers visant à pérenniser et à étendre une certaine domination linguistique et culturelle et partant, économique et politique sur l’ensemble du pays et de son peuple.

Nous aurons l’occasion de développer plus largement ce sujet ; aujourd’hui, nous voulons limiter notre propos de la semaine à l’effroyable alternative dont nous avons titré ces quelques lignes :

Ou bien, subir ad vitam æternam une tyrannie qui se maintient par la violence et se perpétue par son autoreproduction parfois quasi dynastique, ou bien le retour de l’occupant étranger sous un nouveau visage…

Comment en est-on arrivé là ? Et qui est responsable de cette évolution catastrophique d’un printemps arabe dont les florilèges et les horizons étaient pleins d’un avenir en rose ?

Nous ne pensons pas qu’il se trouvera un seul arabe, ou même un non arabe, qui ne puisse pas comprendre aisément – sans qu’il soit besoin de longues explications ni d’analyses savantes - l’importance cruciale à tous points de vue, de l’aire géographique à laquelle nous appartenons, en particulier aux plans économique, politique et stratégique ; importance qui fait de notre région arabe, l’objet d’un intérêt permanent des puissances dominantes, en temps de paix comme en temps de guerre ; ce qui nous vaut d’être soumis à une observation tout aussi permanente par tous les moyens humains et technologiques dont ils disposent, afin que rien ne puisse arriver dans notre région en dehors de leur volonté, ou qui puisse menacer leurs intérêts et les intérêts de leurs alliés, dont Israël en tout premier lieu, ainsi que leurs vassaux, les régimes autoritaires arabes dont le maintien au pouvoir constitue le plus sûr garant du maintien de leurs intérêts. A telle enseigne que certains de nos potentats ont fini par se transformer en gardiens vigilants et fidèles des intérêts de leurs maîtres, n’hésitant jamais, pour leur complaire, à nuire à leurs propres frères et pairs, voire à perpétrer de véritables infamies contre leurs propres peuples.

Et c’est dans ce contexte qu’est intervenue la surprise dans un pays arabe voisin dont nul ne pouvait imaginer qu’il ouvrirait un jour, la marche des révolutions arabes, tellement était solide, la réputation des organismes sécuritaires sévissant dans ce pays, en fait de répression et de terreur qui s’abattaient sans quartier, sur tout ce qui pouvait ressembler à la moindre velléité de desserrer les entraves qui enserraient les gorges et étouffaient les poitrines.

Et le régime dictatorial et corrompu est néanmoins tombé à Tunis.

A peine une poignée de jours plus tard,… l’Egypte à son tour se lança dans une révolution populaire qui allait balayer en quelques semaines un régime corrompu et traître, qui ne le cède en rien à son clone tunisien, en fait de services de répression et de terreur. Ce fut le temps de la joie et des réjouissances partout en Egypte et dans tous les autres pays arabes….

Mais au milieu de cette accélération des évènements dans notre région arabe, un fait étrange a tôt fait d’attirer l’attention des observateurs : l’absence remarquable de la moindre réaction en provenance des puissances dominantes de l’Occident, réaction susceptible, de par sa force et sa rapidité, de rétablir le brusque déséquilibre, pour l’heure, rompu en faveur des populations des deux pays en révolution, la Tunisie et l’Egypte. Car, si la surprise était totale, au regard de la Tunisie, au point que les puissances dominantes n’avaient d’autres choix que de faciliter la fuite du fuyard et d’acquiescer à la prise en mains de la situation par l’armée, afin de sauvegarder leurs intérêts d’un effondrement total et de circonscrire à un minimum de dégâts, les conséquences prévisibles de la colère du peuple,… pour l’Egypte en revanche, et dans une espèce de scénario pour le moins bâclé, ces mêmes puissances dominantes se sont vues acculées, de par l’ampleur du soulèvement du peuple, à montrer leur solidarité (!) avec les revendications de celui-ci en réitérant à plusieurs reprises leurs exhortations à la démission immédiate du Chef de l’Etat, tout en organisant derrière les coulisses, la continuité du régime à travers son successeur désigné, de longue main préparé pour cette mission. Sauf que le peuple égyptien a étouffé dans l’œuf cette tentative ; d’où le recours une nouvelle fois à l’armée pour jouer son double rôle comme ce fut le cas en Tunisie, dans la perspective qu’une telle pause puisse permettre à ces puissances dominantes de redéployer leur jeu, pour sortir d’une telle situation avec le minimum de pertes pour leurs intérêts.

Or, voilà qu’explose le volcan libyen dans la "Jamahirya du colonel". Et là aussi, tout comme en Tunisie ou en Egypte, les revendications initiales du peuple, n’excédaient pas le seuil de quelques desideratas tendant à alléger le poids d’un autoritarisme absolu et ouvrir quelque peu le champ des libertés publiques en cessant de considérer le pays comme une exploitation familiale…. Mais la réaction du "Guide-doyen" et de sa progéniture vint sous forme de représailles violentes, de bombardements intenses, de punitions cruelles et d’insultes vulgaires à l’endroit du peuple. D’où les craintes des sympathisants – arabes et non arabes – avec les révolutionnaires, sur le sort qui attendait ces derniers et leurs familles, y compris leurs femmes et leurs enfants ; en particulier lorsque le "guide" mit en branle tout son potentiel de guerre et son armement lourd en direction de la ville de Benghazi, devenue le lieu de rassemblement de la majorité des opposants qui ont osé défier l’autorité du colonel tyran.

Cette fois-ci, l’Occident ne fut pas pris au dépourvu par les évènements, pas plus qu’il ne fut contraint d’improviser, car, ses Services de Renseignements avaient élaboré entre-temps, des rapports analytiques détaillés, dressant la liste des pays en passe de connaître des explosions révolutionnaires populaires imminentes. Et de fait, il était indiqué dans ces rapports, que les pays arabes étaient pratiquement tous au bord de l’explosion, avec la Libye en tête de liste.

La France est alors entrée en lice, sous les apparences trompeuses d’un humanisme qui se voulait plein de compassion et de miséricorde pour le peuple libyen ; ceci pendant que d’intenses contacts se multipliaient avec la Grande Bretagne autour d’un plan qui prit nom de "protection des civils" et reçut le feu vert nécessaire du grand frère américain qui est, comme chacun sait, le parrain incontournable de toutes les "missions humanitaires" de ce genre…. De plus, seuls les américains pouvaient garantir un succès diplomatique au Conseil de "Sécurité" (!) où l’intransigeance occidentale réussit tout de même à impliquer la Russie en l’entraînant à approuver une Résolution d’une rare mauvaise foi, montrant ses initiateurs sous les dehors de l’agneau innocent qui ne demande rien d’autre que d’interdire de vol, l’aviation du bouillant colonel pour l’empêcher de perpétrer un génocide contre une grande partie de son peuple.

Et il arriva ce qui devait arriver et dont tout le monde connait l’issue, à défaut d’en connaître, jusqu’à présent du moins, les dessous cachés. Mais le pire cette fois-ci, et contrairement à ses positions d’antan, ambigües, négatives voire empreintes de félonie, de ceux que le défunt Président Boumédiène qualifiait d"Arabes de l’Amérique" auxquelles nous avait accoutumés, cette vieille institution momifiée et d’une indolence légendaire qu’est la Ligue Arabe, a fonctionné à visage découvert, en s’intégrant clairement dans les plans de l’O.t.a.n.

La Syrie constitue à présent un nouveau chantier ouvert pour cet activisme débordant [de la Ligue arabe]. Et il s’agit ici tout à la fois, d’un malheur qui s’abat sur l’ensemble de la Oumma et d’une tragédie qui frappe le peuple syrien, du fait de la stupidité d’un régime incapable de faire droit aux revendications de son peuple et sourd aux appels d’une avant-garde de patriotes sincères qui n’ont pas cessé depuis longtemps déjà, d’exhorter le régime à entreprendre de véritables réformes permettant d’associer les citoyens à la gestion des affaires du pays en y instaurant la démocratisation, la transparence et l’alternance au pouvoir… C’était autant s’adresser à un mur.

Aujourd’hui en Syrie, la conscience des arabes est doublement crucifiée : la première planche de cette croix, c’est celle de la stupidité du régime syrien – une stupidité largement partagée du reste, par les autres régimes arabes qui sont comme on sait, à la source de tous les malheurs de notre Oumma – un régime syrien disions-nous, qui a opposé un refus obstiné et criminel à toutes les voix de la raison qui lui conseillant d’agir avant qu’il ne soit trop tard, alors qu’à l’évidence, il voyait bien que les pièges d’une destruction programmée se refermaient un à un autour de la Syrie ; un pays qui jouit d’une place particulière dans les cœurs des arabes. Quant à la seconde planche de cette croix, elle provient du tronc d’un palmier enraciné dans une oasis arabe et portée par des gens à keffieh, alliés d’une puissance ayant derrière elle une longue expertise historique dans l’art sanglant d’enfoncer les clous, de pendre les hommes libres, de crucifier les peuples et de détruire les nations… une puissance qui se présente à nos benêts de dirigeants – y compris parmi certaines "élites"– sous les oripeaux du Sauveur salutaire…

Quel patriote libre, quel nationaliste authentique, quel homme raisonnable serait-il capable, l’esprit apaisé et la conscience tranquille, de trancher librement son choix entre la direction politique syrienne actuelle et le peuple syrien ? D’un coté, une direction politique chaque jour davantage déstabilisée et ne cessant de crier au complot, à son corps défendant, même si ses relais médiatiques officiels sont totalement discrédités depuis bien avant le déclenchement de la révolution ; car il s’agit bien d’un complot des américano-sionistes et européens, flanqués de leurs supplétifs des monarchies du Golfe qui fournissent au moins la couverture de la Ligue Arabe…. Et même de la majorité des autres pays, qui par crainte, qui par cupidité, qui tout simplement par apathie, voire les trois à la fois… Nous nous interrogions donc, qui pourrait trancher entre cette réalité-là et l’autre réalité ? Celle d’une partie considérable du peuple syrien dont les citoyens et les citoyennes présentent leurs poitrines nues aux violences et aux tirs des hordes sécuritaires barbares en criant "A bas le régime !" ; un régime qui n’a même pas su comprendre, qui n’a même pas su distinguer entre de simples manifestations populaires conjoncturelles, passagères, que l’on peut réduire en un jour ou en une poignée de jours, avec de simples forces de police et une révolution véritable qu’il n’a pas su discerner ; celle d’un peuple décidé à ne plus revenir jamais, à la case départ, c’est-à-dire à la case de l’obéissance et de l’humiliation, quels que pourraient être les sacrifices consentis et quels que pourraient être les degrés des tortures et les souffrances à endurer.

La Syrie ne sera pas la dernière, pas plus qu’elle n’aura été la première… La liste de ce qu’on appelle "Les Républiques arabes" reste ouverte et elles y passeront toutes, l’une après l’autre… Alors que [ironie de l’Histoire !] les royaumes et les émirats viennent quant à eux, de consolider leurs rangs au sein d’un seul et même front unifié, après que le Conseil de Coordination des pays du Golfe se soit élargi aux deux royaumes qui n’en faisaient pas encore partie, la Jordanie et le Maroc. D’ailleurs, les dernières positions politiques au sein de la Ligue arabe, se passent de tout commentaire. Et félicitations donc, aux arabes pour l’avènement imminent de leurs "démocraties" et autres "révolutions" programmées ; ainsi qu’aux Majestés et aux Altesses qui se sont chargées de les diffuser…

D’où faudra-t-il puiser – ô mon Dieu ! – l’énergie qu’il faudra mettre pour convaincre les inconscients – ou pire, ceux qui feignent l’inconscience – parmi ceux qui restent de dirigeants, que leur tour est en train d’arriver, et celui de leurs pays avec, s’ils ne se réveillent pas de leur torpeur et s’ils n’en reviennent pas de leurs folles illusions que leur pays "est différent" et que ce qui est arrivé aux autres n’arrivera pas chez eux, à cause de ceci ou de cela…en se lançant dans de piètres et stupides explications qui pourraient prêter à sourire, n’eût été la gravité d’une situation qui pourrait à tout moment basculer dans une vraie tragédie faite de larmes, de sang et de remords amers opprimant les poitrines, quand les remords n’y pourront plus rien.

Or, qu’en est-il dans notre Algérie qui a connu toutes les adversités ? N’est-il pas temps de cesser les hésitations et de rompre avec les vieilles recettes bureaucratiques et avec les tactiques éculées pour gagner du temps ?... En entamant de vraies réformes, à travers une instance nationale crédible, représentant toutes les forces qui comptent dans le pays, en vue d’élaborer une feuille de route devant conduire notre peuple à une transition concrète et pacifique, avec des étapes clairement définies et se déroulant selon un calendrier bien précis, pour aboutir à l’instauration d’un système politique civil, démocratique, républicain et juste, entièrement consacré à la résolution des vrais problèmes, par la mobilisation des ressources du pays au service d’un développement national, à la hauteur des sacrifices du peuple.

 

Dr. Ali Benmohamed
Ancien Ministre de l’Education Nationale de l’Algérie

 

 

Traduit de l’arabe par Abdelkader Dehbi. - http://abdelkader.blogs.nouvelobs.com/

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:48

ramallah-naplouse-495067.jpg

 

Ramallah semble dans l’attente, dans l’attente de Godot, note, ironique, un commentateur. La vie quotidienne reste la préoccupation de la grande majorité de la population, avec les difficultés liées à l’occupation et à la suspension régulière par les autorités israéliennes des sommes dues à l’Autorité et la faiblesse des contributions promises par les pays arabes.


Pourtant, chez les intellectuels et les politiques, cette petite classe qui tourne autour du gouvernement et de l’Autorité, les deux sujets qui n’en finissent pas de bruisser dans les cafés et les restaurants où la fumée des cigarettes n’est toujours pas bannie, ce sont l’offensive palestinienne aux Nations unies et la réunification des pouvoirs de Ramallah et de Gaza.


Et la reprise des négociations israélo-palestiniennes ? « Le Quartet a demandé, le 23 septembre dernier, aux Palestiniens et aux Israéliens de remettre, avant le 26 janvier, des propositions par écrit sur les frontières et la sécurité, explique un diplomate palestinien. Nous l’avons fait et nous demandons que la partie israélienne fasse de même, mais pour l’instant elle s’y refuse, affirmant qu’elle le ferait en cas de reprise des négociations. Nous, et le Quartet, rejettent cette tentative dilatoire. »


Les propositions palestiniennes peuvent se résumer ainsi : frontières de 1967, avec échange de 1,9 % du territoire ; acceptation d’une présence militaire internationale sur les frontières avec Israël et sur le Jourdain ; pas d’alliance militaire avec des pays hostiles à Israël ; démilitarisation du futur Etat, mais, comme à l’heure actuelle, maintien d’un certain niveau d’armement des forces palestiniennes. Malgré ces propositions, malgré la réaffirmation de l’Autorité qu’elle est prête à négocier sur la base d’un arrêt total de la colonisation et de la reconnaissance que les frontières de 1967 sont le point de départ des négociations, personne ne croit ici une entente possible avec le gouvernement de Benyamin Nétanyahou. Même si tout le monde reconnaît qu’il est bien difficile de savoir ce que pense le président Mahmoud Abbas, entouré de conseillers aux avis totalement divergents. Ce flou pèse aussi sur les deux autres dossiers.


Le discours de M. Abbas devant l’Assemblée générale de l’ONU le 23 septembre 2011 lui a permis de regagner une popularité en déclin. Le vote à l’Unesco a aussi galvanisé la population, même s’il est plus le fruit du hasard que d’une vraie stratégie, comme le confirme M. Riyad Al-Maliki, ministre des affaires étrangères : « La question de la Palestine se pose à chaque conférence générale de l’Unesco, tous les deux ans. Elle est venue cette année et les médias ont commencé à en parler. Il nous a semblé alors difficile de faire marche arrière. » Ce que le ministre ne dit pas, c’est que Mahmoud Abbas, marqué par sa volte-face sur le rapport Goldstone sur l’invasion israélienne de Gaza (sur cet épisode, lire sur ce blog « Du rapport Goldstone à la campagne contre Agrexco », 6 octobre 2009), a craint une réaction de l’opinion palestinienne en cas de renonciation au vote à l’Unesco. « L’opinion publique palestinienne, pour laquelle le président, comme la plupart des dirigeants de l’Autorité, n’avait pas un grand respect, est devenue un facteur politique important », note un intellectuel palestinien.


Mais le résultat du vote à l’Unesco ne suscite pas ici une grande euphorie : certes la Palestine a obtenu 108 voix, mais c’est proportionnellement moins que l’appui à la candidature de l’OLP comme membre observateur à l’ONU en 1974, et loin des quelque 130 Etats qui reconnaissent la Palestine. On explique au ministère que beaucoup de pays n’ont pas pu être présents pour des raisons techniques, mais on reconnaît en même temps la force des pressions occidentales.

Celles-ci sont venues de nombreuses sources, des Etats-Unis, du Canada et de Mme Catherine Ashton (agissant au nom de qui ?) : Washington a menacé le Monténégro de ne pas accepter sa candidature à l’OTAN ; Ottawa a envoyé une lettre à tous les membres de l’Unesco, les appelant à refuser la demande palestinienne ; Mme Ashton a menacé les pays candidats à l’Union européenne comme la Croatie. L’Allemagne a aussi fait courir le bruit que Mahmoud Abbas était opposé à la démarche à l’Unesco.


Désormais, la stratégie de l’Autorité, c’est de ne pas soumettre la candidature de la Palestine dans les autres organisations membres de l’ONU (à l’exception, peut-être, de l’Organisation mondiale de la santé, où cette adhésion est soumise de manière routinière). Pourquoi ? – D’un côté, les Etats-Unis ont annoncé que cela aboutirait à une rupture des relations entre l’Autorité et l’administration américaine ; de l’autre, explique le ministre, « le secrétaire général de l’ONU nous a vivement priés de ne pas le faire, car les conséquences financières sur l’organisation seraient lourdes et parfois, comme pour l’Unesco, sanctionneraient des pays pauvres ».


Pour M. Al-Maliki, l’offensive doit se poursuivre au Conseil de sécurité où, à partir de janvier, siègeront de nouveaux Etats membres. La situation apparaît toujours incertaine et l’Autorité n’est pas sûre d’obtenir les neuf voix nécessaires. Le Togo, le Guatemala, l’Azerbaïdjan, le Maroc et le Pakistan remplaceront, au 1er janvier 2012, le Gabon, le Nigeria, la Bosnie, le Liban et le Brésil.


« Nous allons concentrer nos efforts sur certains de ces pays, notamment le Guatemala, explique le ministre, qui prépare une tournée en Amérique latine où l’OLP dispose d’un soutien très important. Nous finirons par obtenir les neuf voix nécessaires pour aller au vote. » Mais si Washington utilise son veto ? «  Nous sommes prêts à aller devant la Cour internationale de justice pour lui demander si un membre permanent du Conseil de sécurité a le droit d’utiliser son veto pour s’opposer à une adhésion, ce n’est pas conforme aux statuts. »


« On a atteint le plafond de l’offensive, explique un intellectuel. Nous ne pouvons pas aller plus loin, car Mahmoud Abbas refuse un bras-de-fer avec les Etats-Unis. »


Résumons la contradiction dans laquelle Abou Mazen est enfermé : il est l’architecte des accords d’Oslo de 1993 et il n’arrive pas à y renoncer ; il ne veut pas finir, alors qu’il a 78 ans, dans les « poubelles de l’histoire », comme le traître. « Je ne serai pas le Antoine Lahad de la Palestine », aurait-il rétorqué aux Américains qui voulaient qu’il accepte qu’Israël ne verse les fonds bloqués que pour financer l’appareil de sécurité. Il faisait référence à ce militaire libanais qui a dirigé l’Armée du Liban-Sud dans les années 1980 et collaboré avec les occupants israéliens.


Mais, en même temps, certains dans l’Autorité veulent encore croire à un changement des Etats-Unis avant la présidentielle de novembre 2012. Ils mettent en avant la déclaration du secrétaire d’Etat américain à la défense Leon Panetta demandant aux Israéliens s’il est suffisant d’être assuré de la supériorité militaire, « si vous êtes en train de vous isoler dans l’arène diplomatique ». (LeMonde.fr, 3 octobre.)


(Je reviendrai dans un prochain envoi sur les négociations entre le Fatah et le Hamas.)

Le Bazar Renaissance

Le Bazar Renaissance est un livre important sur la manière dont l’islam et l’Orient ont influencé l’Europe et l’Occident au sortir du Moyen Age. Il n’a fait pratiquement l’objet d’aucune recension et c’est dommage. Faites-le connaître dans vos réseaux et autour de vous.

Débat, université de Paris13-Villetaneuse,
mardi 6 décembre

Printemps Arabe/ Automne occidental, avec Youssef Boussoumah et moi, à 17 heures.

A propos de Twitter

J’utilise désormais régulièrement Twitter. Je trouve cet outil utile pour trois raisons :

- pouvoir faire partager la lecture d’articles ou de textes qui méritent d’être diffusés (pour l’essentiel je me limite au français et à l’anglais) ;

- mettre en lumière des informations peu répercutées dans la presse et qui peuvent intéresser parfois le « grand public », parfois seulement les spécialistes ;

- informer sur les débats auxquels je participe et qui concernent les thèmes abordés sur Nouvelles d’Orient.

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:43

karatzaferis.jpgcliquez sur le facho

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:40
A0-264.jpgPar une étrange ironie, les Iraniens connaissent bien mieux l’histoire des relations anglo-persanes que les Britanniques.
La récente occupation de l’ambassade britannique à Téhéran n’est que la dernière expression du ressentiment iranien vis à vis de l’ex-puissance coloniale qui n’a jamais réellement accepté son éviction...

Lorsque le ministère nouvellement installé de l’orientation islamique a demandé à Harvey Morris, l’homme de l’agence Reuters dans l’Iran post-révolutionnaire, de lui fournir une histoire de son agence d’informations, celui-ci demanda à son bureau de Londres de lui envoyer une biographie du baron von Reuter - et il a été consterné de découvrir que le fondateur de la plus grande agence de presse au monde avait construit des chemins de fer en Iran à son immense profit. « Comment puis-je montrer cela au ministère ? » s’est-il écrié. « En réalité le baron était pire que ce putain de Shah ! » Ce dont, bien sûr, le ministère [de l’orientation islamique] a forcément conscience.

La Grande-Bretagne a monté une invasion conjointe de l’Iran avec les forces soviétiques lorsque le prédécesseur du Shah s’était par trop rapproché des nazis durant la Seconde Guerre mondiale, et elle a ensuite aidé les Américains à renverser le gouvernement démocratiquement élu de Mohammed Mossadegh en 1953, après que le nouveau gouvernement ait nationalisé les possessions pétrolières de la Grande-Bretagne dans le pays.

Cela n’a rien d’un mythe, et il s’agit d’une véritable conspiration sur le terrain. La CIA avait appelé cela l’Ajax Operation et les Britanniques ont sagement mis leurs ambitions en retrait en l’appelant Boot Operation. L’agent du MI6 à Téhéran était le colonel Monty Woodhouse, préalablement notre homme des opérations spéciales dans la Grèce occupée par les Allemands. Je connaissais bien « Monty » - nous avons coopéré ensemble quand j’ai enquêté sur la sinistre carrière militaire de l’ex-secrétaire général des Nations unies Kurt Waldheim - et c’était un homme impitoyable. Woodhouse a amené des armes en Iran pour une encore inexistante « résistance » et il supporta avec empressement le projet de la CIA de financer des mises en scènes de manifestations de « bazaris » à Téhéran (dans lesquelles, bien sûr, des centaines, voire des milliers de gens sont morts) pour renverser Mossadegh.

Et ils ont réussi. Mossadegh a été arrêté - par un agent ensuite mis à mort durant la révolution de 1979 - et le Shah encore jeune fit son retour triomphal pour imposer son règne, aidé en cela par sa police secrète - la SAVAK - dont les séances de torture infligées aux femmes opposées au régime ont été dûment filmées et - selon le grand journaliste égyptien Mohamed Hassanein Heykal - distribuées par les agents de la CIA à leurs alliés en l’Amérique du Sud et dans le monde entier comme un manuel « de formation ». Comment les Iraniens se permettent-ils de se rappeler tout ça ?

Les Iraniens ont découvert dans la masse de documents secrets américains trouvés dans l’ambassade américaine - après son occupation durant la révolution iranienne - non seulement les tentatives de Washington de renverser le nouveau pouvoir de l’ayatollah Khomeiny, mais aussi la poursuite du partenariat des services de renseignement américains et britanniques.

L’ambassadeur britannique, est resté presque jusqu’à la fin convaincu que le Shah, bien que profondément affaibli, allait survivre. Et les gouvernements britanniques successifs ont continué à enrager sur la nature prétendument terroriste du gouvernement iranien. Tony Blair - même lors de l’enquête officielle sur la guerre en Irak - s’est encore mis à délirer sur une soit-disant nécessité de tenir tête à l’agression iranienne.

Quoi qu’il en soit, les Iraniens ont saccagé [notre ambassade] et se sont ensuite enfuis, nous dit-on, avec un tas de documents de l’ambassade britannique. Je suis impatient de lire leur contenu. Nous pouvons être certains qu’il sera bientôt révélé.

 

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11501

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:31


fanon.jpgÀ propos de :
Pierre Bouvier
, Aimé Césaire, Frantz Fanon, Portraits de décolonisés, Paris, Les Belles Lettres, 2010, 280 p., 27 €.


L'auteur du livre :
Pierre Bouvier
est professeur émérite à l’université Paris X-Nanterre et chercheur au Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (CNRS/SEHESS). Il a notamment publié De la socioanthropologie (Galilée, 2011) et Le Lien social (Gallimard, 2005).


L'auteur de l'article :
Matthieu Renault
est doctorant en philosophie politique à l’université Paris VII Diderot et à l’Università degli Studi di Bologna. Sa thèse, qu’il soutiendra en septembre 2011, est intitulée « Frantz Fanon et les langages décoloniaux. Contribution à une généalogie de la critique postcoloniale ». Il est l’auteur de Frantz Fanon, de l’anticolonialisme à la critique postcoloniale, à paraître aux Éditions Amsterdam (octobre 2011).


Ouvrir une perspective postcoloniale sur ces deux grandes figures de l’anticolonialisme que sont Aimé Césaire et Frantz Fanon, tel est l’objectif salutaire que se fixe Pierre Bouvier. Or « accomplir » cette tâche supposerait à la fois de rompre avec une certaine approche biographique « anti-théorique » et d’ouvrir un dialogue critique avec les postcolonial studies afin d’en déceler les commencements « anticoloniaux », d’en retracer la généalogie. Est-ce sur cette voie que Bouvier s’engage ?

En 1971, Pierre Bouvier publiait un ouvrage sur Frantz Fanon, psychiatre martiniquais et théoricien des décolonisations, dix ans après la mort de ce dernier. C’était le second moment des « études fanoniennes », celui des biographies, succédant à une période au cours de laquelle s’étaient confrontées critiques théoriques et lectures révolutionnaires « en situation » (Hannah Arendt, les Black Panthers, etc.). Suivra un temps d’interrogation de la potentielle valeur des thèses fanoniennes pour la théorie politique, avant que ne se produise dans les années 1980 l’émergence des cultural et postcolonial studies, qui feront de Fanon l’un de leurs hérauts et préféreront (du moins pour un temps, avec les contributions séminales d’Homi K. Bhabha) les interprétations « psychanalytiques » de son oeuvre de jeunesse, Peau noire, masques blancs, à un certain « tiers-mondisme » caractéristique des Damnés de la terre. Cette chronologie, retracée dans l’introduction à un « critical reader » consacré à Fanon et publié aux États-Unis en 1996, est proprement anglophone. Ailleurs, le destin de Fanon fut tout autre. En France en particulier, sa figure s’est quasiment effacée dès le début des années 1970, de telle manière qu’en lieu et place des deux derniers stades se substitue une longue page blanche. Ainsi peut-on répéter presque à l’identique ces paroles émises par Sartre en 1963 : « Sur Fanon, tout est encore à dire. »

D’où l’intérêt que ne pouvait manquer de susciter, presque quarante ans après son premier Fanon, la publication en 2010 du Portraits de décolonisés que Bouvier dédie à Aimé Césaire et Frantz Fanon. Cette réactivation s’inscrit dans un contexte spécifique : celui de la mort de Césaire en 2008, celui du prochain anniversaire des cinquante ans de la mort de Fanon en décembre 2011 – que l’on célèbre d’ores et déjà, comme en témoigne notamment le dossier que la revue ContreTemps vient de lui consacrer  – celui surtout d’une pénétration croissante, accompagnée d’une vigoureuse résistance, des « études postcoloniales » dans le champ académique français, et de l’apparition de revendications postcoloniales sur la scène politique et militante (Indigènes de la République, Conseil Représentatif des Associations Noires). Cette « situation postcoloniale » ne peut manquer de soulever la question des modalités du retour de Fanon (et dans une moindre mesure de Césaire, dont à la fois l’occultation « francophone » et l’influence « anglophone » furent moins marquées). Quelle stratégie interprétative adopter ? Quelle position prendre face à ce qu’aux États-Unis l’on n’hésite pas à nommer Fanon studies ? Reconnaître et combler un retard pour se mettre à l’école de la critique postcoloniale anglophone et indienne ? Amorcer un nouveau départ en marquant sa singularité ?

Le conflit des interprétations

Bouvier a, de fait, un prédécesseur en la personne d’Alice Cherki, auteure d’un irréprochable Portrait de Fanon publié en 2000 aux éditions du Seuil, particulièrement riche sur les périodes algérienne et tunisienne du psychiatre martiniquais. Ce livre n’en manquait pas moins d’être le signe avant-coureur d’un malaise qui allait affecter le retour de Fanon sur la scène française, dans la mesure où il reprenait les choses là où elles avaient été laissées quelque trente ans auparavant, au stade biographique – fût-elle biographie intellectuelle. Or s’il ne s’agit aucunement de questionner la nécessité du travail du biographe, il est légitime de s’interroger sur son exclusivité, sur son indépendance à l’égard d’un débat théorique malheureusement presque inexistant. La biographie devient hagiographie, et la célébration du parcours de l’homme Fanon menace, quelles que soient ses intentions, de contribuer à la relégation de sa pensée dans les affres du passé : parce que Fanon, enclos dans sa situation historique, est le « dépassé », il pourra aussi être le « dé-pensé ». Tel Elie Stephenson intervenant à la rencontre internationale d’Alger « Pour Fanon » de décembre 1987, on continue parfois de juger que « lire Fanon en intellectuel, c’est une aberration, une impossibilité tout simplement », car Fanon est « homme d’action » et pour cette raison, « c’est évident », il ne saurait être homme de pensée…

Ce n’est là somme toute que la manifestation d’une tendance, que condamne Lewis R. Gordon, à traiter les intellectuels noirs « seulement en termes biographiques », comme si parler de « penseur noir » était toujours pour une part oxymorique. Si, à un certain moment, il s’était avéré nécessaire de « valoriser » l’« expérience vécue » des personnalités noires afin de combattre l’image du Noir dépourvu de toute vie intérieure, de toute « conscience », la limite de cette approche est qu’elle tend à reproduire une subordination, à créer une nouvelle forme de « dépendance épistémologique » : d’un côté, le monde noir de l’expérience, de l’autre le monde blanc de la théorie qui seul peut donner raison au premier. Que les éditions La Découverte aient prévu de célébrer le cinquantenaire de la mort de Fanon en publiant une traduction de sa biographie intellectuelle signée David Macey est à cet égard plus que révélateur d’un certain climat français actuel. Sans aucun doute, ce travail est l’un des plus convaincants et des plus riches, en particulier sur les périodes martiniquaise et lyonnaise de la vie de Fanon, et il est à cet égard important de le rendre disponible pour le public français. Mais pourquoi opter pour une énième biographie ! Pourquoi faire ce choix alors qu’il existe une multitude d’excellents ouvrages théoriques sur Fanon dans la littérature anglophone ? C’est comme si la tâche de traduction devenait un moyen de retrouver du « déjà connu », du non-étranger, de ne pas traduire ce qui devrait l’être de notre point de vue, à savoir toute une tradition interprétative de l’oeuvre de Fanon. Et la tâche qui nous incombe aujourd’hui ne serait-elle pas au contraire de faire le pari de la non-biographie, le pari qu’il existe une théorie fanonienne qui, sans cesser d’être en situation, c’est-à-dire d’entretenir des relations multiples avec la « vie » du psychiatre martiniquais, ne saurait lui être assujettie ?

Ce qui a donc lieu, c’est une « historicisation » excessive du discours fanonien qui a néanmoins, paradoxalement, le mérite de faire signe vers un autre malaise, inverse en quelque sorte : celui de la critique postcoloniale. Car celle-ci tend, écrit Henry Louis Gates Jr., à ériger Fanon en « théoricien global » in vacuo, au prix d’un effacement de tout le contexte politique (situation coloniale et lutte de décolonisation), mais aussi théorique (existentialisme, hégélianisme français, etc.), de production de ses écrits et ce alors même que le postcolonialisme en appelle « à la reconnaissance du caractère situé de tout discours ». La théorie postcoloniale ne semblait ainsi pouvoir faire de Fanon l’un de ses précurseurs qu’en le dé-situant, en le déshistoricisant. Se fait alors jour un véritable conflit des interprétations (apparu dans le monde anglo-saxon mais s’accusant avec les appropriations/critiques européennes du postcolonialisme) infécond car enfermé dans une logique selon laquelle l’on serait sommé de choisir entre le « Fanon postcolonial » et le « Fanon historique » – aucune réconciliation n’étant possible. Mais cette alternative n’est-elle pas l’une des manifestations de ce que l’on pourrait désigner comme la « conscience malheureuse » du moment postcolonial, empêtré dans les contradictions de l’histoire (coloniale) et de son dépassement ?

Aller au-delà de ce conflit requiert de se livrer à une généalogie qui, récusant les clivages de l’« avant » et de l’« après » des indépendances, de l’histoire et de la post-histoire, de l’anticolonialisme et du post-colonialisme, s’efforce de déceler les commencements singuliers de la critique postcoloniale au sein même des luttes de libération nationale, en restituant/resituant les Césaire, les Fanon, etc., dans leurs coordonnées temporelles et spatiales sans pour autant les y enfermer. Si la théorie postcoloniale se prétend pratique de « provincialisation de l’Europe », de dé-placement (théorique, politique, culturel), elle doit tâcher de thématiser à la fois la « place » (la situation historique) et le mouvement qui consiste à s’en défaire, donc de se porter vers un au-delà (un « post »), simultanément historique-géographique et épistémique.

L’anticolonialisme ou les commencements de la critique postcoloniale

Est-ce dans cette voie que Bouvier s’engage ? Le sous-titre de l’ouvrage, « Portraits de décolonisés », hommage au Portrait du colonisé esquissé par Albert Memmi en 1955, est à la fois le signe d’une filiation et d’une différence, d’une reprise et d’un dépassement du passé dans le présent postcolonial. L’auteur écrit dans son introduction : « Césaire et Fanon sont des devanciers du processus postcolonial. Ils ne sont pas étrangers à la démarche dite postcoloniale » (p. 17). C’est que les décolonisations ont produit, ou du moins annoncé, une « révolution copernicienne » (p. 17) dont témoignait Marcel Manville, avocat martiniquais et ami d’enfance de Fanon, lors du Mémorial international Frantz Fanon qui eut lieu à Fort-de-France en 1982 : « Il s’est produit, ici comme ailleurs, dans la mentalité du colonisé, ce qu’on pourrait appeler une révolution copernicienne » (p. 213). Or dans sa lettre de démission du Parti communiste français du 24 octobre 1956, la Lettre à Maurice Thorez à laquelle Bouvier ne manque pas de faire référence, Césaire en appelait déjà à une telle décolonisation des esprits : tout comme l’on avait découvert que la Terre n’était pas le centre du monde, il était nécessaire de reconnaître que l’Europe n’était pas (ou plus) le centre de la Terre, qu’à présent le « point de vue » des peuples de couleurs n’était pas réductible à la perspective européenne. Mais la quête n’était plus celle d’un autre centre : à l’eurocentrisme devait se substituer un « décentrisme », une pratique de provincialisation posant la multiplicité et l’hétérogénéité des « lieux de la culture », de la politique et de la connaissance. Ce que Bouvier affirme de la critique postcoloniale est déjà pour une part dans le texte de Césaire : « L’Occident met en scène une vision qui lui est propre et qu’il tente d’imposer comme étant une juste appréhension de ces mondes, ce que les études postcoloniales déconstruiront. » (p. 41)

Les dernières lignes de l’introduction tracent le programme d’une généalogie de la critique postcoloniale : « Leurs travaux, écrits pour la plupart entre les années 1940 et 1960, peuvent être mis en rapport avec les démarches postcoloniales déployées à partir des années 1980 » (p. 18). Bouvier commence cette « mise en rapport », en particulier dans son interprétation de la négritude. Dès les années 1930, Césaire et d’autres étudiants et intellectuels antillais « retournent les logiques et les affirmations et, en cela, ils préfigurent les lectures déconstructionnistes » (p. 47). Quant aux « chantres de la négritude », ils reprennent les représentations primitivistes de l’Afrique, « mais ils les retournent » (p. 67). Cette (contre-)logique du retournement (ce que Jacques Rabemananjara qualifie d’effet boomerang) préfigure les stratégies théoriques postcoloniales. La négritude joue la subversion contre la négation/réaction, elle se veut (re)conquête d’une puissance d’agir et entend « retourner les valeurs négatives associées à la couleur noire pour, en l’assumant partiellement, redonner au sujet une part de sa subjectivité, de sa capacité à devenir ce qu’il est et ainsi à ne pas être le jouet des assignations de sens que les autres lui imposent » (p. 102). Quant à « Orphée noir », préface de Sartre à la Nouvelle anthologie de la poésie nègre et malgache (1948), elle fut, souligne Robert J. C. Young en se référant à Derrida dans son excellente Introduction historique au postcolonialisme, la première réflexion sur un discours qui hérite des ressources nécessaires pour la déconstruction de l’héritage, en préservant comme « outil quelque chose dont il critique la valeur de vérité 7 ». Car Sartre y évoquait cette « loi d’airain » selon laquelle l’opprimé n’a pour armes que celles qu’il vole à l’oppresseur, ce qu’Edward Said répétera à sa manière : « C’est en partie la tragédie de la résistance : elle doit, dans une certaine mesure, travailler à récupérer des formes déjà établies, ou du moins influencées ou infiltrées, par la culture de l’empire 8. » La négritude fait sienne la langue française et se livre à son autodestruction. Elle signe la naissance de la « voix des sans-voix », de la parole des subalternes, ainsi qu’en témoignait Gide dans l’avant-propos au premier numéro de Présence africaine : « On commence à percevoir des voix que l’on n’avait pas d’abord écoutées ; à comprendre que n’est pas nécessairement muet ce qui ne s’exprime pas dans notre langue » (p. 184). Bouvier n’en manque pas moins de marquer les limites du « projet postcolonial » de la négritude ; reprenant les critiques qui lui furent adressées (par René Ménil, René Depestre, ou encore Stanislas Adotevi), il souligne que tout un pan de la négritude, (traditionnellement) représenté par la figure de Senghor, prolonge, en l’inversant, « le grand partage entre «nous» et «eux», entre les «civilisés» et les «exotiques » » (p. 28). Or, ajoutons que ce sera tout l’effort de la critique postcoloniale (au-delà de toute inversion et de tout séparatisme) que de subvertir les binarismes coloniaux : Blanc/Noir, supérieur/inférieur, sauvage/civilisé, etc.

La notion de marronnage, que Bouvier mobilise à de nombreuses reprises et qui désigne initialement la fuite d’un esclave hors de la propriété de son maître, pourrait résumer la tentative d’ouverture par Bouvier d’une perspective postcoloniale sur l’anticolonialisme. Elle est étendue à toutes les pratiques de résistance masquée, de dissimulation et de subversion – parfois au sein même d’une soumission apparente – de la domination coloniale : « Certains ont joué le rôle attendu des dominants pour parfois transgresser et ruser avec les interdictions et les stigmatisations » (p. 169). Face au PCF, « Césaire se sait très «nègre-marron » » (p. 123, 127). Quant à Fanon, qui « a su, en Algérie, cerner ces éléments propres aux pratiques autochtones » (p. 169), il s’est avéré impuissant à reconnaître aux Antilles « les marronnages quotidiens mais ponctuels, non dits, non reconnus ni théorisés » (p. 169). L’accent mis par Bouvier sur les « cultures de résistance » s’inscrit ainsi dans la lignée des travaux d’un Edward W. Said dans Culture et impérialisme, et plus généralement dans une optique subalterniste.

Ambivalences : « aller vers un postcolonialisme »

Il ne s’agit pas pour autant de verser dans l’hagiographie, d’ériger Césaire et Fanon en figures héroïques d’un postcolonialisme dégagé de toute ambiguïté. Interrogeant leur volonté de « dépassement de la situation de colonisé » (p. 55), leur désir « d’aller vers un postcolonialisme » (p. 47), Bouvier s’attache à déceler leurs ambivalences : celle de Césaire, théoricien de la négritude et de la singularité des peuples de couleur, défenseur d’une participation renouvelée à la France ; celle de Fanon, « intellectuel libéral » et futur partisan d’une rupture sans reste avec l’Europe. En 1958, alors que les décolonisations sont en cours, Césaire opte pour le fédéralisme afin d’« allier notre double souci de rester liés à la France et d’être de bons Martiniquais », se refusant à tout « séparatisme qui nous serait mortel » (p. 125). Cet entre-deux, Césaire le conçoit encore en 2004, dans un entretien avec Françoise Vergès, d’après le schème du dépassement dialectique : « Il y a une thèse : l’assimilation ; et, en face, une autre thèse : l’indépendance. Thèse, antithèse, synthèse : vous dépassez ces deux notions et vous arrivez à une formule plus vaste, plus humaine et plus conforme à nos intérêts. […] Pour moi, ni indépendance, ni assimilationnisme, mais autonomie, c’est-à-dire, avoir sa spécificité, ses formes institutionnelles, son propre idéal, tout en appartenant à un grand ensemble » (p. 129). Mais cette réconciliation ne serait-elle pas la manifestation continuée d’une ambivalence, d’un balancement incessant entre revendication de particularité et universalité, cette dernière ne pouvant en dernière instance se réaliser que dans la perpétuation d’un attachement à la métropole (p. 176) ? Fanon, lui, désirait dans Peau noire, masques blancs n’être « homme, rien qu’homme »… et être français. Se défaisant des outils de l’« idéologie libérale » (son « masque libéral »), il allait devenir, ainsi que le disait Sartre, contempteur de l’« humanisme libéral » (p. 196), farouche partisan d’une « cassure » avec l’Occident. Mais la rupture totale des décolonisations ne serait-elle pas avant tout chez lui la manifestation d’une idéologie libérale se détruisant elle-même, de telle manière que la « faiblesse idéologique » du Front de Libération Nationale algérien (p. 135, 174, 176 et 183), que Fanon regrette et condamne, ferait écho à la sienne ? Bouvier nous dit que Fanon n’est pas « à même d’alimenter idéologiquement ce travail politique. On retrouve, chez lui, les lacunes qui conduisent le FLN à ne proposer, en 1962, après sept années de lutte, qu’un succédané national-révolutionnaire » (p. 155).

Ce que Bouvier révèle bien, ce sont les réflexions que Césaire et Fanon consacrent à la situation postcoloniale, depuis le lieu même de la colonisation, de telle manière que leur anticolonialisme ne préfigurerait pas seulement un postcolonialisme, mais se définirait aussi, en vertu d’un singulier complexe temporel, en fonction de lui. Il n’est guère étonnant à cet égard qu’Haïti, devenue indépendante en 1804, soit l’un des fils directeurs de Portraits de décolonisés. Césaire y fait un voyage en 1944. Or, le destin postcolonial d’Haïti, ce « référentiel » (p. 35), joue un rôle capital dans son positionnement à l’égard des indépendances : « À Haïti, j’ai surtout vu ce qu’il ne fallait pas faire ! Un pays qui avait prétendument conquis sa liberté, qui avait conquis son indépendance et que je voyais plus misérable que la Martinique, colonie française ! » (p. 115). En 1963, est publiée La Tragédie du roi Christophe (Césaire écrira deux autres pièces sur les décolonisations, Une saison au Congo et Une tempête), qui illustre les affres de l’après-colonialisme chez le peuple haïtien luttant pour son existence et sa reconnaissance. La pièce de Césaire établit un parallèle immédiat avec le processus presque achevé des indépendances en Afrique. Et, ainsi que le souligne très justement Bouvier, elle présente de fortes similarités avec les « mésaventures de la conscience nationale », troisième chapitre des Damnés de la terre (1961) de Fanon, dans lequel celui-ci pointe du doigt la menace, non seulement d’un néocolonialisme « occidental », mais d’une perpétuation des relations coloniales à l’intérieur des frontières des nouveaux États africains : « c’est dans son appréciation, sa crainte et sa critique des bourgeoisies nationales que la vision postcoloniale de Fanon prend son ampleur » (p. 177-178).

Le grand saut ou le « syndrome postcolonial »

Bouvier mène-t-il pour autant pleinement à bien son projet d’une généalogie de la critique postcoloniale ? On peut émettre de très sérieuses réserves dans la mesure où, au-delà des déclarations d’intention, son livre demeure le symptôme d’une défiance et d’une connaissance hésitante du corpus des textes postcoloniaux. S’il signale que les écrits de Fanon « retrouvent vie dans les universités américaines à la fin du [xxe] siècle » (p. 208), il se préoccupe assez peu des analyses qui ont pu y être faites. S’il souligne très justement les liens entre Fanon et Césaire d’un côté et les « tenants des analyses des subcultures » de l’autre (p. 156), c’est étonnamment pour marquer leur commune différence à l’égard de certains « auteurs d’études coloniales et postcoloniales » (p. 156). C’est que l’auteur s’inscrit dans une mouvance (académique et politique), « très française », pour laquelle le postcolonialisme désigne exclusivement une situation historique – l’« après » des indépendances – et en rien une pratique intellectuelle spécifique ni une perspective théorique ou un décentrement du regard ni un déplacement de la « pensée occidentale ». Or c’est précisément sur l’entrelacement complexe d’une condition historique et d’une condition représentationnelle (épistémique) que la critique postcoloniale se fonde. C’est pourquoi s’il y a pour Bouvier un postcolonialisme fanonien, il ne peut résider que dans son appréhension des « mésaventures de la conscience nationale » au lendemain des indépendances, mais en rien, pour ne prendre qu’un exemple, dans sa théorie de la violence.

De fait, la stratégie de Bouvier semble être d’ouvrir une perspective « postcoloniale » sur Césaire et Fanon en sautant littéralement pardessus le stade des postcolonial studies. Ce saut est-il justifié ? On pourrait le croire si l’on se fiait à la position d’Albert-James Arnold, cité par Bouvier, sur les « avatars des diverses relectures contemporaines » de Fanon : « À chacun de ces moments historiques distincts on constate, d’une part, une appropriation essentialiste de la part de ceux qui se sont attachés à une vision exclusive et anhistorique (qu’elle soit basée sur l’ethnie ou le genre) et, d’autre part, une tentative de formuler le sens que sa pensée peut avoir à l’intérieur d’un projet sociopolitique qui tienne compte des origines de classe aussi bien que de l’identité ethnique ou du genre des individus et des groupes. Les premiers se sont condamnés à fausser abusivement sa pensée, les seconds ont oeuvré pour lui donner un sens approprié à la nouvelle situation où ils se trouvent » (p. 218). C’est là une critique non voilée des « réceptions nord-américaines » (p. 217), critique (au demeurant très simplificatrice) dont semble s’emparer Bouvier pour légitimer son silence sur les études postcoloniales. Mais cette volonté de se définir d’emblée en contrepoint de l’« épouvantail » postcolonial est d’autant plus équivoque qu’elle méconnaît très largement ce qu’elle dénonce, la critique s’identifiant purement et simplement au rejet d’un revers de main.

La menace est dès lors que le « bond » que fait Bouvier s’identifie à un simple ré-enracinement dans ce qui était l’interprétation de Fanon au début des années 1970. L’auteur cède à plusieurs reprises à cet écueil. Pour ne prendre qu’un exemple, lorsqu’il présente les critiques qui furent adressées dès sa publication aux Damnés de la terre, il rappelle les accusations entre autres de subjectivisme, de romantisme révolutionnaire et de mysticisme qui furent alors opposées à Fanon (p. 197)… et s’arrête là. Or un demi-siècle plus tard, n’aurait-il pas dû s’efforcer de réinterpréter ces critiques, de produire une critique de la critique ? Car ce qui se dévoile, lorsque nous relisons les essais qu’il présente – en particulier ceux de Nguyen Nghe et Jean-Marie Domenach – c’est précisément une certaine résistance épistémique à l’émergence d’une position postcoloniale qui entend non seulement mettre en question les politiques coloniales de l’Europe, mais aussi et indissociablement décoloniser ses savoirs, en particulier son savoir de l’histoire ; chez Fanon se découvre déjà une critique de l’historicisme.

Par ailleurs, le penchant biographique reprend par moments le dessus chez Bouvier, alors même que l’intention est visiblement autre. Le problème de cette lecture est qu’elle condamne l’auteur à ne pas entrer suffisamment dans la logique des textes fanoniens eux-mêmes. D’où des interprétations souvent contestables : sur le prétendu « libéralisme » de Fanon et son adhésion totale aux critiques scientifiques du racisme formulées sous l’égide de l’UNESCO (p. 89), interprétation aveugle à la stratégie (performative) du retour de la race mise en oeuvre par le psychiatre martiniquais ; sur le corps racialisé pensé comme stigmate (p. 94-97), interprétation qui gomme que Fanon fait aussi du corps la source de toute libération (lui qui écrit, dans Peaux noires, masques blancs, « Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! ») ; sur la soi-disant indistinction de Fanon entre « ce qui dans l’impact européen relève de l’oppression et ce qui se rattache à la critique de celle-ci » (p. 174), interprétation oublieuse de tout l’effort que déploie le psychiatre martiniquais dans ses derniers écrits (et en particulier dans L’An V de la révolution algérienne) pour thématiser un double mouvement de rupture radicale et de reprise des « dons » de l’Occident, qu’il appelle « digestion » ou « quasi-invention ».

Au terme de cette lecture, on se demandera si ce que Bouvier désigne comme les « ambivalences » du stade des décolonisations, décelées par lui chez Césaire et Fanon, ne sont pas parfois la projection de nos propres ambivalences postcoloniales. Après avoir reconnu que nous sommes les héritiers de « questions » irrésolues, il s’agirait de se demander si ces grands théoriciens de l’anticolonialisme ne nous ont pas aussi légué des « réponses » (peutêtre moins évidentes, plus hésitantes, ou demeurées à l’état d’esquisse) que nous n’aurions pas su encore déchiffrer, faute de ne pas avoir fait l’effort d’un réel « engagement vers la théorie » (pour reprendre les mots d’Homi K. Bhabha) oeuvrant de concert avec une critique politique de la postcolonialité. C’est seulement en se livrant à cette tâche que nous ferons de Fanon et Césaire nos contemporains, au-delà de toute célébration, ou inversement de condamnation, du passé.

 

NOTES

■ 1. Pierre Bouvier, Fanon, Paris, Éditions universitaires, 1971. ■ 2. Lewis R. Gordon, T. D. Sharpley-Whiting et Renee T. White, « Introduction: Five Stages of Fanon Studies » in Lewis R. Gordon, Tracy D. Sharpley-Whiting, Renee T. White (dir.), Fanon, a Critical Reader, Oxford-Cambridge (USA), Blackwell Publishers Ltd., 1996. ■ 3. J.-P. Sartre, « Préface » à La Pensée politique de Patrice Lumumba, Paris-Bruxelles, Présence Africaine, 1963, reproduit dans Situations V, Paris, Gallimard, 1964, p. 196. ■ 4. Dossier « Frantz Fanon, 50 ans après… », in ContreTemps, nº10, Juin 2011. ■ 5. Lewis R. Gordon, op. cit. ■ 6. Henry L. Gates, Jr., « Critical Fanonism » in N. C. Gibson (dir.), Rethinking Fanon: the Continuiing Dialogue, New York, Prometheus Books, 1999. ■ 7. Cf. Robert J. C. Young, Postcolonialism, an Historical Introduction, Oxford, Blackwell Publishers Ltd, 2001, p. 420. ■ 8. Edward W. Said, Culture et impérialisme, Paris, Fayard-

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Published by valenton rouge - dans Monde
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