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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:13

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Voici la déclaration publiée par le Parti communiste Égyptien le 20 novembre, après la violente répression des manifestations place Tahrir. Les communistes ont dénoncé depuis la la déclaration du maréchal Tantaoui, ce 22 novembre, promettant des élections présidentielles pour juin 2012 comme une manœuvre politicienne visant à désamorcer la colère populaire et gagner du temps.



Traduction LL pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le Parti communiste Égyptien condamne la répression brutale orchestrée par les forces de sécurité dans les affrontements les opposant aux manifestants et aux manifestants de la place Tahrir, qui ont commencé samedi 19 novembre, et qui ont coûté la vie à des dizaines de manifestants qui rejoignent la famille des martyrs de la Révolution.



La répression brutale continue contre les milliers de manifestants venus en solidarité avec ceux de la place Tahrir, au Caire et dans plusieurs villes de province, exprimer leur colère face à ces méthodes répressives criminelles, et exiger que le pouvoir soit rapidement remis entre les mains des civils, estimant que la révolution leur a été confisquée et que rien n'a changé depuis.



Les forces de sécurité ont eu recours à diverses formes de pratiques et de méthodes de répression particulièrement brutales pour que des jeunes tombent en martyrs au Caire et à Alexandrie, et pour que des centaines d'autres en ressortent sérieusement blessés. Un grand nombre d'entre eux étant soignés dans des hôpitaux de fortune sur le terrain, de peur de la répression et de l'incarcération.



Cela confirme une continuité dans les mêmes méthodes criminelles, les agissements brutaux des forces de l'ordre déjà à l’œuvre sous le régime de Moubarak avant la révolution, avec les mêmes armes et les mêmes méthodes, notamment l'utilisation de casseurs pour briser le sit-in et tabasser les manifestants.



Le Parti communiste exige que cessent immédiatement de telles pratiques, demande la démission du ministre de l'Intérieur et la mise en place sur le champ d'une enquête indépendante sur ces crimes afin de poursuivre les responsables. Il tient le pouvoir de fait (la junte militaire et le gouvernement) responsable de la situation tragique du pays causée par la mise en place de politiques allant dans le mauvais sens, et ne répondant pas aux exigences posées par la Révolution.



Le parti souligne que le seul moyen de sortir de cette situation gravissime, qui menace de plonger le pays dans le chaos, avec une nouvelle spirale de violences, est de former un gouvernement révolutionnaire provisoire de salut national, répondant tout de suite aux exigences posées par la révolution, et préparant le pays à une démocratie dirigée par des civils, avec élaboration d'une constitution démocratique durant cette période de transition, et élection d'un président de la République et d'un parlement sur cette base.



Cette situation gravissime impose à toutes les forces de la révolution, les partis politiques révolutionnaires et les groupes de jeunes manifestants, une unité d'action et de direction. En fixant clairement leurs priorités, elles peuvent sauver le pays des périls qui le menacent et mener les masses dans la bonne direction. Elles peuvent faire échec aux ennemis de la révolution, ceux qui s'efforcent de faire avancer leurs propres objectifs étroits, en tentant d'entraîner le pays dans des conflits artificiels, détournés des objectifs de satisfaction des revendications des masses populaires.

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:07

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« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil à toi ? » Évangile de Luc, 6, 41


 Cette parabole du Christ va nous servir pour articuler notre plaidoyer quant au comportement répréhensible, amoral d'une famille qui a pris en otage un peuple, en l'occurrence celui du Qatar. Le monde a assurément le tournis et les valeurs que l'on croyait gravées dans le marbre telles que le travail bien fait, l'abnégation, la sueur, sont battues en brèche par les richesses indûment acquises non pas du fruit de leur sueur mais soit du loyer de l'argent et du scandale de la spéculation financière bâtie sur du vent et sur la façon de tromper l'autre de le dévorer s'il perd pied, ce que le langage néolibéral appelle l'OPA. Soit par une rente imméritée, c'est le cas des pays arabes pétroliers installés dans les temps morts et qui prennent en otage leurs peuples les condamnant à regarder filer à toute vitesse le train du progrès tandis qu'ils ruminent sur le quai de la gare leur frustration. On peut comprendre le mépris dans lequel sont tenus ces potentats gros, gras et bien nourris pendant que la misère s'avère être la calamité la mieux partagée pour des centaines de millions, voire des milliards de besogneux, quelles que soient leurs latitudes. Non les Arabes ne sont pas que cela ! Il fut une époque où ils représentaient l'espérance de l'humanité.

Le Qatar : un épiphénomène ou une nuisance durable ?

Je m'en vais vous parler d'une énigme, un petit pays par la surface mais immense par son actuelle capacité de nuisance, et qui a jailli du néant en même temps que le pétrole et le gaz ont jailli d'un sous-sol lui procurant une rente imméritée au service du mal. Le Qatar est un émirat du Moyen-Orient d'une superficie de 11 427 km². pour trois cent mille autochtones et un million d'étrangers qui ont un statut peu enviable surtout s'ils ne sont pas des Occidentaux. Petit producteur de pétrole, il est aussi le troisième producteur de gaz naturel du monde après l'Iran et la Russie. Après avoir été dominé par les Perses pendant des milliers d'années puis par le Bahreïn, les Ottomans ou encore les Britanniques, le Qatar devient un État indépendant le 3 septembre 1971. Il est dirigé d'une main de fer par la famille Al Thani depuis quarante ans, comme le règne de Kadhafi. L'émir actuel a renversé - faut il s'étonner de ces moeurs pour l'appât du pouvoir ? - son père en 1995. Le gouvernement qatari garde des restrictions sur la liberté d'expression et les mouvements pour l'égalité. La famille souveraine Al Thani continue de détenir seule le pouvoir La nouvelle Constitution n'autorise pas pour autant la formation de partis politiques et ceci depuis quarante ans. Où est la liberté d'expression et l'alternance au pouvoir ? La station de télévision Al Jazeera a acquis une triste réputation en tant que source non censurée de l'information concernant les autres pays arabes provoquant l'ire de ces derniers.

 Des journalistes, tout à fait ordinaires venant d'autres pays arabes attirés par l'appât du gain et non par la liberté d'expression, se sont érigés en censeurs agressifs dans des émissions où ils diabolisent à qui mieux mieux les autres régimes arabes. A notre sens deux tabous, la famille émiratie et les pays occidentaux vénérés dans la plus pure tradition vassale, voire... D'ailleurs, lors de la guerre contre l'Irak le pays a servi de base à l'état-major américain. Le 11 décembre 2002, est signé, avec les États-Unis, un accord relatif à l'utilisation de la base aérienne d'Al-Eideïd. On comprend que le Qatar soit intouchable. On estime les réserves de pétrole du pays à 26,8 milliards de barils fin 2009. Le Qatar détient actuellement les troisièmes réserves de gaz (25,37 milliards de mètres cubes en 2009) après la Russie et l'Iran. Le Qatar est par ailleurs le premier émetteur mondial de CO2 par habitant, avec une émission par habitant trois fois supérieure à celle des Etats-Unis, soit 60 tonnes de CO2/habitant/an. Il est heureux pour la planète que les Qataris ne soient pas nombreux. Pendant ce temps, un Arabe somalien « frère », une demi-tonne/an. En clair, ce dernier consomme en une année ce que gaspille un Qatari en trois jours ! Voilà le développement durable prôné par cet émirat. Le PIB du Qatar atteint le chiffre de 52,7 milliards de dollars en 2006. Le PIB par habitant atteint 78.260$ en 2009 dépassant celui des Européens et Américains. Ce dernier est le fruit d'une longue tradition scientifique, technologique et culturelle et non d'un gaspillage multidimensionnelle d'une rente imméritée suscitant par là même des frustrations légitimes, voire un mépris de ceux qui galèrent.

 Pour Hassan Moali : « Le Qatar n'est évidemment pas fréquentable pour sa « démocratie » contenue dans les limites des studios d'Al Jazeera. Cet émirat détient le plus grand fonds souverain de la planète, Qatar Investment Authority, dont les avoirs sont estimés à environ 700 milliards de dollars ! C'est bien à ce niveau que se situe la force incroyable de ce petit... géant. Surtout que les Qataris se tiennent à la disposition des maîtres du monde pour financer et approvisionner des expéditions guerrières, comme ce fut le cas en Libye. Il eut été plus glorifiant de voir l'émirat sur le toit du monde s'il était un modèle de démocratie. (...) Ils sont presque d'accord avec les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni s'agissant des conflits qui agitent la planète, y compris quand il s'est agi de « casser » de l'Arabe. Ils soutiennent la cause palestinienne en ne se privant pas de recevoir les dirigeants israéliens. (...) Pour ce pays, le souci existentiel autorise toutes les alliances, y compris celles contre nature. Les GI's de la base militaire américaine veillent au grain. Jusqu'à quand encore ? » (1)

Des yeux plus gros que le ventre

Olivier da Lage qualifie la diplomatie du Qatar par l'expression « Des yeux plus gros que le ventre ». « Dire, écrit il, que le Qatar agace ses voisins de la péninsule arabique relève de l'euphémisme. Jusqu'au début des années quatre-vingt-dix, le Qatar adoptait un profil bas en politique étrangère. (...) La contestation par le Qatar de la souveraineté de Bahreïn sur les îlots de Fasht al-Dibel semblait bien être sa seule priorité extérieure.(...) Lorsqu'il dépose son père, Cheikh Hamad est décidé à affirmer l'originalité du Qatar dans tous les domaines, quitte à choquer les autres monarques. Ces derniers, comme on peut l'imaginer, n'ont guère apprécié le fâcheux précédent que pourrait représenter un prince héritier qui renverse son père. D'où vient donc cette assurance qui permet au Qatar, un petit pays de quelque 400.000 habitants dont environ 150.000 nationaux, de tenir tête à ses voisins et de se brouiller tour à tour avec la plupart des pays arabes ? On ne saurait trop souligner que les Etats-Unis sont le premier pays à avoir reconnu le pouvoir de Cheikh Hamad.(...) De même, l'accord de défense mutuel qui lie Washington et Doha depuis juin 1992 est une réalité ».(2)

« Aujourd'hui poursuit Da Lage, le Qatar abrite le plus grand dépôt d'armes américaines du monde hors du territoire des états-Unis. (...) Et pourtant, ce qui était parfois perçu comme une excentricité de la politique étrangère de l'émirat, a continué de bénéficier de l'indulgence américaine. S'agissant de l'Iran, le rapprochement entre Doha et Téhéran n'a pas que des motivations politiques. La poche de gaz du North Dome, dont l'exploitation représente toute la richesse future du Qatar, s'étend sous le Golfe au-delà de la frontière avec l'Iran. (...) Cheikh Hamad ben Jassem a rencontré à New York Shimon Peres, puis au sommet économique d'Amman en octobre 1995, il y a eu la signature d'un mémorandum prévoyant la livraison à Israël de gaz naturel du Qatar. Un bureau commercial israélien s'est ouvert à Doha en septembre 1996. Le soutien sans faille des Etats-Unis explique largement l'assurance dont le petit émirat fait preuve face aux critiques de ses voisins. (...) Al Jazira apparaît comme le bras non officiel de la diplomatie de Doha et que la verve de sa rédaction s'exerce rarement à l'encontre de la politique officielle du Qatar » Georges Malbrunot explique l'ambiance au Qatar et pourquoi il n'y a pas de révolte. « Le Qatar, écrit-il, ne se singularise plus seulement par l'activisme de sa diplomatie conciliatrice ou par cette richesse quasi insolente. Il est aussi le seul État de la région à avoir été épargné, jusqu'à maintenant, par la vague de contestation qui secoue le reste du Monde arabe. « Ici la manne est bien répartie entre seulement 200.000 Qatariens qui n'ont pas vraiment de raison de se plaindre », observe un diplomate occidental. « Franchement, nous n'avions pas besoin d'organiser la Coupe du Monde », critique à demi-mot Hassan al-Ansari, le rédacteur en chef de Qatar Tribune. « Pourquoi dépenser 55 milliards de dollars pour des installations qui seront démontées au bout d'un mois ? », renchérit un autre officiel. Abreuvés d'informations sur les révoltes arabes par Al Jazeera, ses habitants, en revanche, n'ont rien à se mettre sous la dent quand ils regardent la chaîne qatarienne, muette sur l'actualité locale. Pourtant, « nous avons aussi des demandes politiques, affirme le professeur al-Misser. Pour l'instant, seul un Majlis al-Shoura existe, mais les membres de cette assemblée sont désignés par le pouvoir et ils n'ont qu'un rôle consultatif ».(3)

Un rôle diabolique

Si des personnes ont pu être dupes de la pseudo-révolution libyenne soutenue par les « révolutionnaires » bien connus que sont Nicolas Sarkozy, Bernard-Botul-Henri Lévy ou David Cameron, voilà qui pourrait leur ouvrir les yeux... Pour la première fois, le Qatar admet avoir participé aux opérations sur le terrain aux côtés des rebelles libyens. (...) Trois jours après la proclamation par le CNT de la « libération » totale de la Libye, les chefs d'état-major des pays engagés militairement en Libye se retrouvent pour une réunion à Doha, au Qatar. A cette occasion, le chef d'état-major qatari, le général Hamad ben Ali al-Attiya, a révélé que des centaines de soldats du Qatar ont participé aux opérations militaires aux côtés des rebelles en Libye. On apprend même que le président Omar el-Béchir du Soudan a fourni quantité d'armes aux prétendus « rebelles ».(4)

Il apparaît aussi, écrit Ian Black, que c'est le Qatar qui dirigera les efforts internationaux pour former l'armée libyenne, récupérer les armes et intégrer les unités rebelles souvent autonomes dans de nouvelles institutions militaires et de sécurité (...) Et lors de l'assaut final contre le QG de Kadhafi à Tripoli fin août, les forces spéciales qatariennes étaient en première ligne. Le Qatar a aussi accordé 400 millions de dollars aux rebelles, les a aidés à exporter le pétrole depuis Benghazi et a monté une station de télévision à Doha. (...)Pour certains, la stratégie de l'émir est de soutenir les forces démocratiques de manière sélective dans le Monde arabe, en partie pour améliorer la réputation internationale du pays tout en détournant l'attention du Golfe où les protestations anti-régime ont été écrasées à Bahreïn et achetées en Arabie Saoudite ».

 Expliquant la « manipulation de la Ligue arabe », Robert Kisk nous explique comment le Qatar tente de reproduire le scénario libyen : « La Ligue arabe - l'une des organisations les plus stupides, les plus impuissantes et absurdes dans l'histoire du Monde arabe - s'est soudainement transformée de souris en lion, rugissant que la Syrie sera suspendue ce mercredi à moins qu'elle ne mette fin à la violence contre les manifestants, ne retire l'armée des villes, ne libère les prisonniers politiques et ne commence à discuter avec l'opposition. Damas a rugi en retour que la Syrie avait déjà mis en oeuvre le plan de paix de la Ligue - on peut en douter - que la décision était « illégale et une violation de la Charte de la Ligue » (peut-être exact) et que la suspension possible de la Syrie était une tentative de « provoquer une intervention étrangère en Syrie, comme cela a été fait pour la Libye ». Le Qatar - qui est, avec sa chaîne Al Jazeera, l'ennemi actuel de la Syrie - était à l'origine du vote, cajolant et plaidant, et dit-on, payant largement ceux qui pouvaient avoir des doutes. La puissance du Qatar dans le Monde arabe commence à prendre une tournure nettement impériale. Avec son argent et ses propres raids aériens, elle a contribué à faire tomber le régime de Kadhafi. Maintenant, le Qatar est l'avant-garde de la Ligue arabe contre la Syrie. (...) Et pas un seul Arabe ne veut qu'une guerre civile du type de celle de la Libye, mette le feu à la Syrie. De plus, Leon Panetta, le chef de la CIA, a déjà exclu une implication militaire américaine.(6)

L'à-plat-ventrisme

La diplomatie du dollar touche aussi la culture. L'argent n'ayant pas d'odeur, on peut en fonction du chèque dire tout et son contraire. Le Qatar restera dan l'histoire comme une machine à perversion, un générateur de corruption à laquelle il est apparemment difficile de résister. Lena Lutaud nous en donne un échantillon : « Son Excellence Mohamed al-Kuwari a décoré le dessinateur Jean Plantu et Amirouche Laïdi, président du club Averroes, du prix « Doha capitale culturelle arabe ». Ce soir, l'ambassadeur décorera les poètes André Miquel, Bernard Noël et Adonis. De Jack Lang à Jean Daniel, en passant par Dominique Baudis, Edmonde Charles-Roux, Renaud Donnedieu de Vabres et Anne Roumanoff, un total de 66 personnalités françaises de la culture auront été décorées par le Qatar en 2010. Toutes sont reparties avec un chèque de 10.000 ». (7)

On le voit que du beau monde. Cela va plus loin, des institutions prestigieuses se décentralisent et l'aura scientifique s'exporte. C'est le cas de la Sorbonne. Robert de Sorbon se retournerait dans sa tombe ! Il existe aussi un Louvre délocalisé au Moyen-Orient. Les Qataris pourront contempler entre deux bouffées de narguilé et à demeure, les belles pièces, fruit de la rapine qui décrivent en creux les expéditions coloniales pour amener la civilisation dans les contrées barbares. Nul doute que l'Occident mise, pour le moment, sur le Qatar assis paresseusement sur un gisement de gaz, dont il a besoin.

Il arrivera un moment, où il sifflera la fin de la récréation pour tous ces non-Etats, il accaparera, sans état d'âme, l'énergie qui lui est nécessaire. Pour n'avoir pas misé sur le savoir, ne pas avoir mis en pratique l'alternance, la démocratie, les Arabes deviendront une scorie de l'histoire. Dans mille ans, on se souviendra, malgré tout de Kadhafi qui avait, avec son credo « zenga, zenga », une certaine idée de la « cha'ama », la dignité qui manque aux potentats casse-croûteurs installés dans les temps morts. La parabole du Christ devrait être expliquée à l'Emir du Qatar...


1. Hassan Moali La puissance surfaite du Qatar El Watan 15.11.11

2. Olivier Da Lage http://mapage.noos.fr/ odalage/autres/qat.html

3. Georges Malbrunot : Le Qatar, le contrepied du printemps arabe Le Figaro 04 2011

4. http://www.mathaba.net/news/?x= 629178

5. Ian Black http://www.guardian.co.uk/ world/2011/oct/26/qatar-troops-lib...

6. Robert Fisk : Ligue arabe : comment le Qatar tire les ficelles The Independent 17 11 2011

7. Lena Lutaud : L'offensive culturelle du Qatar, Le Figaro. 20 12 2010

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-enigme-du-qatar-un-colosse-104990

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:03

arton15228-9b57b.jpgChers amis,


Je reviens (samedi 19 novembre 2011) d’un voyage de 6 jours en Syrie, à l’invitation des Eglises d’Orient [1], autorisé par le gouvernement syrien, et, pour ma part, à la demande de Mère Agnes-Mariam de la Croix, dont j’ai fait la connaissance à la fin du mois d’avril 2011 après qu’elle a lu, sur le site du Réseau Voltaire, ma traduction du texte de D. Losurdo ‘Que se passe-t-il en Syrie ?’ [2].

La logistique a été assurée en coordination avec Thierry Meyssan et le Réseau Voltaire.

Prévu pour une 50aine de personnes au départ, et destiné prioritairement à des journalistes de la presse catholique, ce voyage n’a en définitive regroupé que 15 personnes arrivant de l’étranger : aucun français parmi les journalistes professionnels de la presse écrite ou radio-télévisée, mais : 5 belges, une journaliste venant de Madrid et un journaliste étasunien. Aucun membre de la presse française contactée n’a donc répondu favorablement et saisi l’occasion d’aller voir sur le terrain ce qui s’y passe. Paradoxe surprenant, alors que nos media ne manquent aucune occasion d’accuser la décision du « dictateur » Assad et de « son » régime d’empêcher les journalistes indépendants d’aller en Syrie. Nous pouvons donc témoigner aujourd’hui non seulement que des journalistes et contributeurs divers peuvent entrer officiellement dans ce pays, mais que certains de ceux qui se plaignent de la censure de ce régime sont aussi ceux qui refusent cette occasion extraordinaire quand elle leur est offerte : sous prétexte d’indépendance de la presse, ne pouvant pas entrer s’ils sont invités ?( !) La liberté ne serait-elle garantie que par la clandestinité dans un pays qu’on se hâte maintenant de déclarer en « guerre civile » ?

Les autres membres du groupe étions des représentants d’associations catholiques (Italie) ou des militants actifs sur Internet, pas (très) catholiques pour la plupart et avec - le moins qu’on puisse dire- des positions politiques hétérogènes.

Ce que je vous adresse aujourd’hui, taraudée par une urgence à rendre compte de ce séjour, n’est pas un reportage de journaliste, puisque je ne suis pas journaliste mais psychologue et traductrice, mais une lettre à des amis et camarades. Un témoignage, pour le moment partiel et non chronologique, de ce qui m’a frappée dès les premières heures passées dans ce très beau pays : l’ampleur incroyable, révoltante du mensonge que les media nous assènent ici sur la situation en Syrie. Mensonge en action et en omission, comme on dit. Ces notes seront suivies, ultérieurement, de récits détaillés de plusieurs séquences du voyage, représentatives de la situation actuelle, démontant et démentant l’intoxication époustouflante en cours depuis 8 mois sur les événements qui tentent de déstabiliser ce pays.

Avant tout, j’indique que les organisateurs nous avaient certes préparé un agenda chargé (et annoncé) mais pas obligatoire, bien sûr : chacun des membres de ce groupe a eu la possibilité d’assister ou pas - à visage découvert !- à tout ce qui était prévu, ou/et de quitter le groupe pour aller où il espérait aller, sans forcément avoir à dire où. Je dirai aussi que je ne connaissais pas la composition du groupe avant d’être sur place. Je n’ai constaté aucune entrave (à part des embouteillages monstres, même en Syrie, oui, même ces jours-ci) à une liberté de déplacement, ni aucune surveillance : je dirai même qu’à certains moments, je l’aurais presque appréciée, cette surveillance tant décrite et décriée ici.

Ne parlant pas arabe je me suis contentée (sans être jamais déçue) de rester dans le programme annoncé (et sans cesse bouleversé sous la pression des événements), y compris deux demi-journées pour faire un peu de tourisme. J’ai profité de ces moments d’inoccupation dans un programme dense et éprouvant, intellectuellement, moralement et physiquement, pour promener dans la ville de Damas, qui est superbe. Nous n’avons pas eu le temps de faire davantage d’escapades. A Saint Jacques le Mutilé (Qâra), nous n’avons eu que quelques heures (diurnes) pour promener dans et autour du monastère : j’y ai modestement participé à la fin de la récolte des olives (2 tonnes 4).

Je dirai donc en introduction : liberté, oui, de se déplacer et, en dehors de mon expérience du poste de frontière sur la route Beyrouth-Damas (que je relaterai plus tard sur le thème « que fait la police ? »), personne ne nous a jamais interrogés, ce qui s’appelle interroger, pas bavarder, sur notre présence et nos intentions. Les esprits supérieurs se gausseront : bien sûr, nous étions embedded… Je précise aussi à ce sujet que j’ai payé mon voyage [3], mais que je n’ai quasiment rien dépensé là-bas [4] : une amie syrienne, ici, m’avait dit qu’il était de toutes façons impensable de payer quoi que ce soit dans l’hospitalité syrienne. Chrétienne ou autre.

La liberté de déplacement, pour la plupart d’entre nous y compris les journalistes professionnels, pouvait par contre se trouver limitée plutôt par un élément central et banal dans toute région du monde : parler ou pas la langue du pays, en l’occurrence l’arabe. Je pratique un anglais précaire, et les Syriens parlent parfois le français. Pour tous les déplacements et rencontres, spontanés ou organisés, je n’ai donc, de façon très intéressée, quasiment pas quitté une documentariste algérienne (résidant en France) qui a eu la générosité de (se) faire notre interprète, en plus de son travail (filmer et enregistrer). L’autre interprète inlassable était Agnes-Mariam de la Croix. Le lecteur inlassablement critique pourra dire qu’elles traduisaient ce qu’elles voulaient : évidemment. Les enregistrements (par les journalistes et documentaristes du groupe) faits en arabe avec traduction simultanée permettront de vérifier la fiabilité des traductions. Je dirai ici ma surprise que les rédactions qui ont envoyé leurs journalistes ne leur aient pas aussi adjoint les services d’un interprète, élément essentiel d’un travail annoncé comme indépendant (étant, nous, aliénés dans nos idéologies) dès l’arrivée sur le terrain.

Au monastère et dans certains déplacements, les Sœurs Carmel et Claire-Marie, et deux frères de la communauté, tous quatre francophones, ont rendu notre séjour beaucoup plus confortable y compris matériellement, logistiquement, et moralement. Merci à vous tous de votre présence chaleureuse, constante et courageuse qui a transformé notre séjour. Et à notre patient chauffeur, depuis Qâra, dans la province de Homs et à Banyas.

La vie, quotidienne, banale, qu’on perçoit dans la rue c’est la vie d’une population qui supporte un embargo et des sanctions : rien moins quand même qu’un « génocide lent » pour reprendre l’expression de Webster Tarpley. Sanctions qui, par des mécanismes bancaires dont je n’expliquerai pas ici la complexité des rouages, entraînent, entre autres choses, l’augmentation des prix des carburants nécessaires au confort domestique : pour se chauffer, notamment, et il fait très déjà froid, et humide, en Syrie ces jours-ci. Sans parler du reste des effets des sanctions, sur quoi nos interlocuteurs ne se sont pas attardés. Les gens continuent à vaquer à leurs occupations avec suffisamment de tranquillité (je parle de la rue, des souks, des marchés etc. à Damas mais aussi sur les routes, dans les campagnes) pour qu’on se sente à l’aise aussi bien dans des ruelles désertes à la nuit tombée, qu’aux souks, ou dans les fabuleux monuments désertés par les touristes, ou au restaurant. Restaurants sans aucun doute beaucoup moins fréquentés qu’en période touristique ou dans le train-train damascène traditionnel (mondain ou non). Il n’y a pas de visiteurs étrangers actuellement en Syrie et le commerce doit s’en ressentir considérablement. En dehors d’un déplacement dans Damas, en cortège de 5 limousines noires qui se voulait sans doute une courtoisie de la part du gouvernement (seule intervention logistique des services du régime), nous n’avons jamais été escortés, sécurisés, surveillés etc. Je l’affirme ici malgré les allusions que j’ai déjà lues dans d’autres commentaires, sans que leurs auteurs ne donnent de détails.

Je reviendrai plus tard sur ce convoi protocolaire pittoresque et cocasse dans le paragraphe « Que fait la police ? ».

On s’est même perdu plusieurs fois… Comme surveillance (et protection), j’imaginais (et aurais -bêtement ?!- espéré à quelques reprises) autre chose.

L’atmosphère de guerre civile que nous décrivent lourdement nos media, stipendiés par les nôtres de régimes, je ne l’ai pas trouvée (tant mieux) ; et je peux dire que certains membres de notre groupe l’ont vraiment cherchée, librement. Librement pouvant inclure le service recommandé par leurs directions éditoriales. Dire et écrire autre chose que cette simple phrase : « il n’y a pas de guerre civile en Syrie », relève du mensonge. Dire qu’il s’agit d’un début de guerre civile impliquerait que nous eussions assisté (de près ou de loin, ou par des témoignages) à des affrontements armés et significativement massifs entre des factions de la population, entre elles ou/et avec les forces de sécurité (armée, police etc.) ; la guerre civile n’oppose pas des groupes armés venus de l’extérieur à des soldats de l’intérieur. Dans ce cas cela s’appelle une agression militaire.

Nous aurons l’occasion de revenir sur l’équipement des « insurgés ». Les collègues journalistes qui ont déjà documenté ce voyage ont eux-mêmes reconnus la réalité, terrorisante, atroce dans ses méthodes, de ces incursions depuis l’étranger de bandes de tueurs. Et c’est après chaque témoignage sur cette terreur que j’aurais, pour ma part, bien aimée être parfois plus escortée et surveillée. Et protégée. Le fait que j’écrive aujourd’hui alors que notre voyage était évidemment connu et surveillé par les donneurs d’ordre, étrangers, des escadrons de la mort, est la preuve que, justement, pour le moment au moins, nous pouvions encore circuler en sécurité et sans escorte.

Les Syriens que j’ai rencontrés sont d’une extrême hospitalité : et c’est un pays où il est agréable de se promener même en ce moment, du moins dans Damas. Ailleurs, l’atmosphère que nous avons vécue n’était pas celle d’une tension palpable, mais c’est nous, de là où nous venions, qui étions parfois très tendus (à Homs, à Banyas) : sous l’effet soit de ce que nous venions d’entendre de la part de certains interlocuteurs, victimes des escadrons de la mort, soit sous l’effet de la propagande à laquelle il est difficile d’échapper en France, Italie, Espagne, USA, Belgique ; même quand on est critique par rapport à ces media. Et dans les villes de Homs et Banyas, où nous avons vu et entendu ces victimes et/ou leurs proches, civils ou militaires tués, il est évident qu’il valait mieux être prudent. Le groupe de quelques uns des envoyés spéciaux qui est retourné une deuxième fois à Homs, avec Agnes-Mariam, est même tombé en panne à la sortie (« 10 Kms ») de la ville, à la nuit tombée, et nous a raconté ça le soir, sans drame. Ils sortaient pourtant d’une visite à la famille d’un homme qui avait été enlevé et massacré par les terroristes.

Dans nos déplacements, il était facile de se faire repérer comme étrangers, que les passants soient ou non de ces agents des services de sécurité dont on nous parle tant ici, et qui doivent être très discrets et parfaitement formés car, s’il y en avait, on ne les a jamais vus, ni entendus. Ou bien sommes-nous, nous, de gros benêts endoctrinés (au sabre et au goupillon, n’est-ce pas) et aveugles.

Nous n’avons vu aucun touriste étranger de tout notre séjour. Donc, ma foi, nous avons eu quelque succès … D’autant plus qu’on se baladait avec appareils photos, caméras, carnets de notes etc. Les gosses demandaient (plus ou moins discrètement !) qu’on les prenne en photo ; et ceux qui n’étaient plus des gosses assumaient qu’on les enregistre, à l’improviste, et à visage découvert (eux et nous), donnant (et nous aussi) les noms, adresses etc. A l’opposé exactement de ce que nous a par exemple montré le reportage, diffusé par Arte, de Madame Sofia Amara (dont je vous recommande, pour avoir une idée de sa fiabilité, d’aller voir sur Internet quelles frasques elle a faites avant de se reconvertir avec un grand sens de l’opportunisme dans le prétendu reportage de vraie guerre humanitaire) [5].

Nous avons été le premier groupe de presse entré officiellement en Syrie depuis le début de l’ « insurrection » : je dis officiellement pour signifier que les autres journalistes, ou prétendus tels, sont entrés (si on les croit, car on n’a quand même pas trop de preuves avérées de leur séjour dans le pays) clandestinement [6] : on est en droit, donc, de se demander quelle indépendance ils ont par rapport aux escadrons de la mort qui sévissent dans certaines villes et régions proches des frontières - c’est plus facile pour le moment - où sont établies leurs bases arrières.

Les véritables opposants au régime se déclarent, afin de faire connaître leurs revendications : parmi lesquelles l’ouverture, officielle, assumée, à la presse étrangère.

Depuis qu’a commencé la tentative de déstabilisation du pays, il me semble évident que le « régime » a intérêt à contrôler ceux qui entrent : il y a assez de bandes de tueurs qui s’infiltrent sans, en plus, avoir la stupidité de laisser venir n’importe qui, sous prétexte de prouver - à des gens qui ne veulent de toutes façons rien en savoir - qu’on ne serait pas un régime dictatorial.

Le mot qui revient toujours quand les gens vous abordent c’est « Welcome » ; il paraît que c’est une tradition en Syrie. Mais cette tradition a en ce moment une tonalité particulière pour le visiteur, avec tout ce que les Syriens entendent venant de nos pays : car, eux, ils ne regardent pas que les chaînes de nos media dominant la désinformation. Ils regardent et savent ce que nous on entend mais ils regardent aussi d’autres chaînes, indépendantes : celles n’appartenant pas aux monarchies (libres…) du Golfe. Et ils ont des moyens d’information pour se faire leur propre idée ; d’autant plus, évidemment, que eux sont sur place, à la différence des journalistes ici qui répètent, sans se déranger sur le terrain, ce que leurs rédactions leur commandent.

Dans la rue donc, après vous avoir dit Welcome les passants vous disent souvent We love Assad et, si vous vous présentez comme français, Sarkozy (et parfois Joupé) bad, bad en faisant le geste (sans équivoque), de celui qui écrase quelque chose sous son talon : et ils appuient bien fort, bien franchement. Propagande ? Alors ils sont une majorité, chez les jeunes surtout, à être complètement intoxiqués et aveuglés par le régime : à ce degré de masse, ça deviendrait une dictature populaire… Question à propos du niveau d’information des passants dans les rues de la « dictature » syrienne et chez nous où règne la liberté de la presse et d’opinion etc. : qui, ici, pas dans la rue mais même chez les gens informés, connaît le nom du ministre syrien des affaires étrangères ?

Pour le lecteur perplexe, je précise que je parle ici non pas seulement des gens rencontrés dans les rendez-vous organisés (embedded, n’est-ce pas) mais dans la limite de 6 journées : dans les rues de Damas, avec des passants qui faisaient leurs courses ; sur les routes, lors des haltes imprévues ; dans les rues de Homs, où nous avons débarqué après avoir été reçus par le gouverneur avec des représentants des hiérarchies chrétiennes et deux membres de l’opposition présente dans le pays. Tous donnant leurs noms et téléphones et acceptant d’être filmés et enregistrés : pour eux, tous, aussi, mise en scène du régime ? C’est possible mais alors la comédie était déjà assez critique contre le régime : digne de passer chez nous dans certaines émissions un peu plus indépendantes que la majorité des autres.

Et dans tous les cas, et même pour les deux personnes de l’opposition rencontrées à Homs, il y avait une distinction entre la critique du régime, dont ils pensent qu’il doit être largement et profondément réformé - avec leur participation - et celle du président Bachar al Assad : tous les gens que nous avons rencontrés, spontanément, pseudo-spontanément si la Syrie est totalement contrôlée par les services de sécurité, ou de façon partisane (par exemple certains membres du Parti Baas, dont il était inutile qu’ils nous disent qu’ils étaient membres du parti : c’était évident), tous ont fait cette distinction : apparemment, dans tous les avis que j’ai entendus (y compris avec ma voisine syrienne dans l’avion, installée à Paris depuis plusieurs années, à qui j’envoie ce texte), le président Bachar Al Assad est à l’écart, personnellement, de la masse des critiques. Exceptionnalité d’un régime dictatorial qui serait assez soudé et généreux pour laisser le chef à l’abri et prendrait sur lui toutes les critiques ? Ceci est une des composantes les plus surprenantes pour moi du mensonge époustouflant et grossier des media ici, qui désignent Bachar Al Assad comme un dictateur haï par la population.

Dans ce que j’ai entendu - toujours dans les deux sortes de rencontres : programmées et imprévues - de la critique contre le régime, ce qui revient le plus souvent et avec force est : la bureaucratie, la corruption, l’absence de liberté de parole : critiques, toutes, que nos interlocuteurs attribuent au régime instauré par le père de Bachar mais qu’ils sont prêts à ajourner face à la seule urgence : défendre leur pays, la nation, contre l’agression étrangère. Défendre leur société, leur civilisation, dont ils ne cessent de dire avec fierté qu’elle est plurielle depuis longtemps et que c’est ce qui fait sa solidité. Nous avons rencontré (de façon organisée, oui, annoncée et assumée comme telle) pas mal de chrétiens, mais pas seulement : tout le monde est d’accord sur ce point : ils parlent avant tout en tant que citoyens syriens, pas comme membres de telle ou telle religion, ou association ou parti : même s’ils ont l’honnêteté d’annoncer la couleur -et dans le clergé des églises orientales, souvent éclatante, la couleur !

Ce qui revient toujours aussi c’est la désignation précise de leurs agresseurs véritables, hors du pays : monarchies du Golfe, Qatar, fondamentalistes et capitalistes au service des USA et Israël. Désignés nommément et dans une analyse politique sans faille. Tous témoignages et déclarations (à quelques rares exceptions près) à visage découvert. Nous y reviendrons.

Le dimanche matin (13 novembre 2011) nous avons assisté à la fin d’une manifestation gigantesque : déclenchée par la décision, samedi 12 novembre [7], de la Ligue Arabe (disons plus clairement : Ligue des Arabes du Golfe [8]) de suspendre la Syrie de sa qualité de membre : les citoyens syriens que nous avons rencontrés étaient partagés entre la consternation et la révolte.

Nous arrivons dans une des grandes artères de la ville quand la manifestation est terminée ou presque : nous allons rester sur le terre-plein séparant les deux voies environ deux heures durant, pendant qu’une partie des manifestants quitte le cortège (par une des trois voies d’évacuation possible) : pendant ces deux heures de retour de manif, nous voyons passer des gens souvent souriants, en famille majoritairement, ou par groupes de jeunes qui viennent parler avec nous : toujours les mêmes mots (voir plus haut) et slogans scandés ici gaiement (voire en dansant). Les filles qui se donnent le bras en léchant leurs chupa chups : allures de kermesse, parfois.

Même sans comprendre l’arabe, on identifie assez rapidement un phonème : repérable car il revient sans cesse marteler les interventions des passants ou des orateurs encore au micro, dans ou hors des restes de cortège : Syria (prononcer : Souria). Et je suis frappée aussi par la gravité des jeunes quand ils s’immobilisent pour chanter l’hymne national. Pas parce qu’ils ont gagné un match de foot ; pour défendre leur nation. Embrigadés ? Mais alors, quelle est la proportion dans la population globale, de ces gens qui descendent dans la rue, pas pour écouter en rangs un discours de propagande bien formaté, mais vivants : dansant, chantant, riant, posant pour la photo ? Sous la contrainte ?

Ce dimanche-là, à Damas, alors que la Syrie venait d’être mise au ban de la Ligue Arabe, j’ai reçu une leçon sur les termes : patrie, patriotes. Qu’ils revendiquent (très majoritairement apparemment) ou pas leur admiration pour Bachar Al Assad, tous ceux qui sont là, dans les rues de Damas (et ce sera constant dans toutes nos rencontres spontanées ou organisées) sont avant tout des patriotes, c’est leur nation qu’ils défendent.

Ces salves de slogans (dont ceux « pro Assad »), quelle que soit la réalité de ce pouvoir que je ne connais pas (encore), ont été un des moments impressionnants de ce voyage. Elles avaient une force et une beauté qu’on n’entend pas (plus ?) dans nos pays gavés de libertés d’expression, de droits de parole etc. : celles de l’unité d’un peuple qui est debout, conscient de ce qu’il risque de perdre.

Ces premières impressions seront complétées par des comptes-rendus plus circonstanciés et précis, sur ce que j’ai vu et entendu : impressions, observations non impartiales ? Qui prétend l’être ? Le ministre français des Affaires étrangères qui veut « sauver par des couloirs humanitaires des populations civiles », ingérences qui le conduiront peut-être un jour devant la CPI, avec ses chefs de bande de l’Elysée et Matignon, pour complicité de crime de guerre (assassinat de prisonniers de guerre : Kadhafi, entre autres) et crime contre l’humanité (embargo génocidaire) ? Bernard-Henri Lévy ? Je me limite dans cette lettre à la dénonciation du mensonge, pas à celle de l’obscénité.

« Nous [Syriens, de tous bords] sommes dans un ghetto médiatique, blocus médiatique et nous supplions ceux qui ont la justice, l’équité [au cœur] et qui oeuvrent dans les media de montrer la vérité. Nous ne voulons rien d’autre que montrer la vérité », nous a dit un des représentants de l’opposition à Homs [9].

J’ai lu, vu et entendu depuis mon retour, quelques reportages de nos collègues envoyés spéciaux, présents avec nous en Syrie. « Une part de vérité » [10] annonce l’un d’eux, ménageant l’éventualité de ne pas avoir « tout » vu dans ce « voyage bien balisé par le régime en place mais malgré tout utile ». Ne peut-on entendre aussi dans ces quatre mots un effet du retour d’autres parts de vérité, perçues mais refoulées ? Les auteurs auront leurs raisons, multiples. Mais, fut-ce dans l’équivoque d’un titre, cette autre part peut resurgir, et, à l’insu de l’auteur, produire des effets. On a des précédents fameux dans la région : tel ce fonctionnaire de police zélé au service des occupants impérialistes de l’époque, terrassé (par quoi ?) sur le chemin de Damas. Avec vingt siècles d’effets, en tous genres.

Pendant qu’il en est encore temps, nos directeurs de rédaction occidentaux - européens, étasuniens, israéliens, impérialistes, détenteurs d’armes de distraction de masse [11] - ne perdraient rien à faire un peu d’histoire : la Syrie est un livre rare, à cet égard, et je crois que ses habitants défendent davantage cette richesse là que leurs puits de pétrole.

m-a patrizio
Damas 19 novembre - Marseille, 24 novembre 2011
marie-ange.patrizio@wanadoo.fr

 

 

Post scriptum : site du monastère de Saint Jacques l’Intercis : http://www.maryakub.org/medias.html

et deirmaryakub@gmail.com

Voir aussi la revue de presse transmise le 22 novembre par le Réseau Voltaire :

Cette revue de presse ne comprend pas les émissions sur les télé libanaises (OTV, Al-Manar, NBN) et syriennes.

LA LIBRE BELGIQUE (Christophe Lamfalussy )

« Nous apportons une part de vérité »
http://www.lalibre.be/actu/international/article/701436/envoye-special-en-syrie-nous-apportons-une-part-de-verite.html

« Des corps mutilés à Homs »
http://www.lalibre.be/actu/international/article/700974/reportage-des-corps-mutiles-a-homs.html
21 novembre

« Même les éboueurs sont liquidés »
http://www.lalibre.be/actu/international/article/701555/syrie-meme-les-eboueurs-sont-liquides.html
22 novembre

RTBF
http://www.rtbf.be/info/media/video_jt-19h30?id=1412873&mediaset=rtbfinfo--les-derniers-jts&type=video

Journal de 20h de la RTBF, 21 novembre

FRANCE INTER
http://www.franceinter.fr/emission-journal-de-8h-journal-08h00-221111

Journal de 8h France Inter 22 novembre

Reportage de la correspondante RTBF à partir 7mn55s.

IRIB (service français)

Entretiens TM

http://french.irib.ir/analyses/interview/item/154346-thierry-meyssan-journaliste-fran%C3%A7ais

http://french.irib.ir/analyses/interview/item/154416-thierry-meyssan-journaliste-fran%C3%A7ais

Table ronde : « Syrie vers la guerre civile ? »

http://french.irib.ir/programmes/table-ronde/item/154577-table-ronde-syrie-vers-la-guerre-civile ?


RUSSIA TODAY

« Mossad vs Assad ? ’CIA death squads behind Syria bloodbath’ » with Webster Tarpley
http://www.youtube.com/watch?v=5L49L6iZSSg&feature=channel_video_title

[1] Lettre d’invitation fournie sur demande.

[2] Pour ceux qui ne les auraient pas encore lus voir : http://www.voltairenet.org/Que-se-passe-t-il-en-Syrie et

http://www.voltairenet.org/Au-crible-des-informations

[3] 389 euros avec Syrian airlines, plus 150 dollars de taxi privé et non collectif, de la banlieue éloignée de Beyrouth à la porte de l’aéroport de Damas, minuit-5 h du matin. Pas une vraie ballade.

[4] En dehors des achats de souvenirs et quelques taxis pris à l’improviste, et de mes visas : arrivée en Syrie puis retour du Liban = 23 euros puis 12 dollars, cash : avec l’embargo les cartes de crédit ne fonctionnent plus.

[5] http://www.20minutes.fr/medias/803532-sofia-amara-ils-tirent-tout-filme et

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27111

[6] Je ne parle pas ici du voyage de Pierre Piccinin http://www.pierrepiccinin.eu/article-syrie-mensonges-et-manipulations-80384964.html

[7] Voir http://www.20minutes.fr/monde/iran/826190-suspension-ligue-arabe-syrie-erreur-historique-selon-officiel-iranien et http://www.babnet.net/rttdetail-41213.asp , par exemple

[8] Tous grands démocrates et champions de la liberté pour tout ce que vous voulez : la presse, la pluralité des partis, les femmes bien sûr -au volant et ailleurs-, contre la corruption etc.

[9] Ecrivain et poète, aaalnaem@gmail.com

[10] http://www.lalibre.be/actu/international/article/701436/envoye-special-en-syrie-nous-apportons-une-part-de-verite.html

[11] http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27233

 

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http://www.legrandsoir.info/chemins-de-damas.html
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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:59
arton15189-e53e4.jpgillustration : William H. Johnson, "Chain Gang"


Faire travailler les chômeurs et /ou celles et ceux qui, sans emplois, bénéficient d’aides est devenu la véritable obsession des gouvernants.

La mesure – qui vient d’être prise par le « Président des Riches » en imposant un travail aux allocataires du RSA – apparaît à la fois comme logique et scandaleuse et, de la même manière, les défenseurs d’une telle mesure hésitaient à l’appliquer par crainte de désapprobation, les adversaires peinant à en démonter le mécanisme.

Pour y voir clair dans cette affaire, revenons à quelques fondamentaux du système marchand.

 

 

 

 

 

 

 

TRAVAIL ET SALARIAT

Deux concepts sont fondamentaux :

 le travail ;

 la force de travail.

Le travail est l’acte par lequel il y a création de la valeur, de la richesse.

Son statut, eu égard à l’individu qui l’accomplit, est déterminé par les relations sociales qui constituent le système de production à un moment donné. Par exemple, le statut social du travail dans le système esclavagiste est différent du statut social du travail dans le système du salariat (capitalisme).

L’évolution de ces différents statuts constitue l’essentiel de ce que l’on appelle, l’Histoire ;

Dans le cas du salariat, le travail est l’acte par lequel il y a la création de la richesse dans des conditions sociales qui sont spécifiquement les siennes. La mise au travail de l’activité humaine crée de la richesse, mais l’on sait que cette richesse créée n’appartient pas à celui, le salarié, qui la crée. D’où l’origine du profit qui est en gros la différence entre la valeur réellement produite et la part (salaire) accordée au salarié.

D’où une 1er remarque essentielle : le salaire n’est pas l’intégralité de la valeur produite par l’activité du salarié. Le salaire n’est que la part de valeur créée, accordée par l’employeur afin que le salarié puisse reproduire sa capacité de travail afin de demeurer producteur de richesses, autrement dit sa capacité de travail.

Ce que reçoit le salarié, n’est donc pas la valeur qu’il a produit mais l’équivalent valeur de ce dont il a besoin pour, économiquement et socialement, exister.

Il faut noter que cette réalité a été remplacée, dans le discours officiel, par une explication totalement mystificatrice, qui consiste à dire que le salaire est la valeur équivalente au travail fourni… Or ceci est complètement faux. S’il en était ainsi on se demande bien où serait le profit que le propriétaire du Capital met dans sa poche.

La force de travail – mis à la disposition, moyennant salaire, de l’employeur, n’est donc qu’un moyen entre les mains de celui-ci pour créer et accumuler de la richesse. Elle n’a pas d’autre fonction… ce qui explique que, ayant un statut de marchandise, elle fait l’objet, sur le marché dit « du travail » – en fait de « la force de travail » – d’une transaction commerciale, l’acheteur (le chef d’entreprise) ne l’achète que s’il en a besoin.

D’où une 2e remarque tout aussi essentielle que la première : l’emploi de la force de travail n’est pas liée au fait quelle procure un emploi au salarié, mais uniquement à l’utilité économique que lui reconnaît l’employeur.

Autrement dit, le fameux « Droit au Travail » n’est qu’une mystification.

FORCE DE TRAVAIL ET CHOMAGE

La situation de chômage, de sous emploi n’est donc pas un dysfonctionnement du système salarial, mais bien une conséquence inéluctable de son principe de fonctionnement.

Ce n’est pas le chômeur, le sans emploi, qui est responsable de sa situation, mais l’état du marché de la force de travail.

On peut être formé, disponible, avoir de l’expérience et… chômeur. C’est le cas de millions de salariés.

Cette situation de chômage présente pour le système, à la fois, un avantage et un inconvénient :

 l’avantage, il est double : avoir à disposition, et en fonction des besoins, de la production marchande, un potentiel de travail, mais aussi de pouvoir agir, à la baisse, sur les salaires … les offreurs de force de travail se faisant concurrence ;

 l’inconvénient : cette situation révèle, si elle est comprise, toute la perfidie sociale du système marchand qui instrumentalise la force de travail à son seul profit. Le système arrive à faire croire, avec un certain succès, idéologiquement, que cette situation est « naturelle », « indépassable »,… et que seuls les chômeurs, et autres sans emploi sont responsables de leur situation. (« Tous des fainéants ! » ou des « fraudeurs » !

C’est entre ces deux positions contradictoires que naviguent les gestionnaires du système. Il reste cependant à trouver un cadre acceptable pour gérer le sous emploi qui devient massif et donc socialement et politiquement à terme déstabilisant.

CHOMAGE ET TRAVAIL GRATUIT

Une fois admise la fable fondée sur :

 compétitivité et rentabilité sont indispensables ;

 les chômeurs sont des fainéants ;

il est facile au système de faire admettre qu’il est immoral d’accepter une situation dans laquelle les sans emploi recevraient une aide.

On pourrait certes imaginer une suppression de ces aides,… c’est une tentation permanente. Mais là se pose un problème à la fois politique et social : ces aides assurent une relative paix sociale et leur suppression serait vécue comme une nouvelle atteinte à des « acquis sociaux ». Il faut noter que les associations caritatives qui, en dehors de l’Etat, fournissent une aide, permettent à ce même Etat de se désengager…. Transformant une solidarité nationale en charité privée.

Il faut donc agir à un autre niveau.

« Puisque celles et ceux qui travaillent reçoivent un revenu,… celles et ceux qui reçoivent un revenu (les aides) doivent fournir un travail ».

Dis comme cela, le raisonnement parait imparable. Mais un problème demeure.

En effet, celles et ceux qui sont privés de travail ne le sont pas de leur propre volonté, mais, nous l’avons vu, du fait des conséquences du fonctionnement du système marchand.

Si l’on oblige ces personnes à travailler, si on leur impose un type de travail, on entre dans une logique de relation sociale, autre que le salariat. Le choix du travail n’est alors plus libre, or le système salarial fait de la liberté du salarié un principe intangible.

Et quel emploi ?

Qui va décider de la nature de l’emploi ? Quel choix ? Quel lien entre le travail proposé et la formation, les compétences de la personne ?

Devant l’amplitude du sous emploi actuel, on risque, à terme, d’avoir une catégorie de citoyens, contraints, pour survivre, d’accepter un emploi – évidemment déqualifié – soumis à des conditions de travail/rémunération parfaitement dérogatoire par rapport au droit du travail,… entraînant à terme son abolition… Ce que souhaite explicitement le MEDEF.

Accepter un telle situation, c’est accepter une dégradation gravissime des conditions de travail et donc de vie. Au rapport salarial, source déjà d’exploitation et d’inégalités, va se substituer un rapport encore plus défavorable, ouvrant la voie à des rapports sociaux d’une autre nature.

Si cette logique se met en place, on peut faire raisonnablement l’hypothèse qu’elle va faire dans les rapports capital/travail, une forme de jurisprudence, et que la volonté du patronat de liquider une bonne fois pour toute le code du travail et toute législation sociale, trouvera là une perspective prometteuse pour accomplir ce dont il a toujours rêvé.

En l’absence de rapport de forces favorable à la force de travail, absence due essentiellement à une mondialisation marchande qui a relativisé l’importance de la force de travail locale (trop chère au regard du marché mondial), aux délocalisations qui ont entraîné une liquidation d’innombrables secteurs de production, une déliquescence totale des syndicats de salariés,… la porte est grande ouverte à une mutation du rapport capital/travail.

Le combat idéologique, entre autres, est à mener pour éviter une véritable capitulation face à la pression du capital qui ne reculera devant rien pour assurer sa pérennité.

 

Patrick MIGNARD

 

 

Novembre 2011

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:56

travaux2-copie-1.jpgVENEZUELA • Elle vient de sortir de terre et devrait compter jusqu’à cent mille habitants d’ici à 2018.


La nouvelle ville de Ciudad Caribia se veut la vitrine de la révolution bolivarienne. Reportage.

SÉBASTIEN RISSO


Rodrigo Rivera, les pieds dans les gravas des restes d’une maison qui s’est effondrée, regarde avec envie une ville en construction sur une colline au loin: Ciudad Caribia. Cette cité en construction devrait, selon les prévisions gouvernementales, compter environ cent mille habitants en 2018. Six cent deux premières familles s’y sont installées fin août.

Rodrigo Rivera, 22 ans à peine, est porte-parole d’un camp de réfugiés comptant encore plus de deux mille personnes. Fin novembre 2010, une cinquantaine de maisons de son quartier ont été emportées par des coulées de boue dues à de fortes pluies. Comme cent trente mille de ses compatriotes, il s’est retrouvé du jour au lendemain sans toit1. Beaucoup d’entre eux demeurent encore dans des centres d’hébergements improvisés.

Rodrigo a suivi jour après jour l’avancée de la construction de la ville, menée par des ingénieurs vénézueliens, cubains et iraniens: «Ils ont tout là-bas: il y a même des parcs pour enfants.» Certains de ses amis du camp ont pu s’y installer: «Le gouvernement, avec notre aide, a privilégié les femmes seules, les personnes sans emploi», raconte-t-il. Lui ne compte pas y vivre: «J’ai lutté ici, je reste ici», dit-il. Casquette soigneusement vissée sur le crâne, il part rendre visite à ses anciens voisins de dortoir.

A trois stations de métro du centre de Caracas, des camionnettes 4x4 roulant au gaz attendent patiemment des passagers. Pour 2 bolivars (environ 40 centimes de franc suisse), elles amènent leurs clients à Ciudad Caribia en empruntant l’autoroute en direction de la côte caribéenne et de l’aéroport. Une vingtaine de minutes plus tard, le véhicule serpente dans les montagnes: au sommet, les cimes ont été rasées, des camions s’agitent, une dizaine d’immeubles de quatre et cinq étages apparaissent. Voici Ciudad Caribia, la vitrine de la «mission logement» lancée en avril. En vue des présidentielles d’octobre 2012, Hugo Chávez compte remédier à la faible quantité de logements construits et porte les projecteurs vers cette ville dont les premiers travaux ont débuté en 2007.

«Un peu de vie privée»
Greily Arana, 29 ans et mère célibataire de deux filles dont l’aînée est âgée de 15 ans, est fière de montrer son nouvel appartement de 72 m2: une cuisine équipée d’un four et de plaques, un frigo et une machine à laver de marque chinoise donnent sur un salon modestement meublé de canapés et d’une petite table. L’appartement compte deux chambres et deux salles de bain. «Dans le camp, les femmes dormaient toutes dans la même pièce. Cela fait du bien de retrouver un peu de vie privée», explique-t-elle.

Les anciens sinistrés ne savent pas s’ils devront payer pour ces logements. A la mission logement, on indique que «le budget a été dépassé. Les sinistrés devront participer modestement», sans spécifier le montant exact. La participation des autres habitants, pour la plupart issus des barrios – les quartiers pauvres souvent construits dans des zones à risques –, sera plus importante. Ils rembourseront 290 000 bolivars (environ 49 000 euros) sur les 570 000 bolivars (environ 97 000 euros) de la valeur des appartements estimée par le gouvernement.

Au sommet de sa colline avec la mer pour horizon, Ciudad Caribia n’est pas seulement une vitrine de la mission logement, elle est aussi celle du pouvoir. Les habitants ont déjà des porte-parole par bâtiment, en attendant la mise sur pied des conseils communaux, ces instances de pouvoir locales menées par des assemblées d’habitants.

Education et soins
Des affiches collées aux vitres annoncent ici la très prochaine présence de la mission Ribas (une formation pour décrocher le bac), là ce sera la mission Robinson – un programme de lutte contre l’analphabétisme. Greily Arana vient d’amener sa fille se faire ausculter gratuitement par un médecin cubain dans un dispensaire de la mission Barrio Adentro, mission qui délivre des soins élémentaires.

Ana Caravallo, 33 ans, mère célibataire, est elle soulagée par la présence d’un Mercal, une supérette qui vend des produits subventionnés. Sur les étals fraîchement remplis, on y trouve de la farine, du sucre, de l’huile... «Deux fois moins cher qu’ailleurs!» s’exclame Ana.

Spectre d’une ville dortoir
Le directeur de l’école d’architecture de l’université centrale du Venezuela, Gustavo Izaguirre, doute, lui, de la pérennité du projet. Il pointe du doigt «l’éloignement» de la capitale. Greily Arana assure de son côté qu’elle met trente minutes pour rejoindre son poste de secrétaire au Ministère de l’éducation dans le centre de Caracas. Pour le gouvernement, l’objectif de Ciudad Caribia est de ne pas dépendre de la capitale, mais de créer ses propres sources d’emplois. Dans le bâtiment principal de la ville, tout proche du Mercal qui sera géré par les habitants, tout comme la cafétéria, une vingtaine de machines à coudre attendent d’être utilisées. Une entreprise de textile dépendant de l’Etat devrait bientôt fonctionner.

Pour Gustavo Izaguirre, cela ne suffira pas. La petite route partant de l’autoroute peut refroidir la venue des entreprises, la ville risque de se convertir «en ville dortoir malgré toutes les bonnes volontés». Surtout, il souligne les coûts élevés de la construction d’une ville de cette importance. Il aurait préféré que les villes moyennes soient agrandies.

L’urbaniste César Garmendia, lui, ne décolère pas. Avec d’autres spécialistes, il était chargé de trouver un lieu adéquat pour la future cité. «Nous avions bien localisé cet axe entre l’aéroport et la capitale, mais l’endroit choisi ne correspond pas à ceux que nous avions désignés» dit-il. Selon lui, les «risques sismiques sont importants dans cette zone» et la nature du sol faciliterait les glissements de terrain.

Greily Arana et Ana Caravallo croient, elles, en l’avenir de leur ville, une ville socialiste «où c’est à nous de fabriquer du rêve», dit Greily, «où il n’y aura pas de centres commerciaux» mais des magasins mis en place par et pour les habitants. Pour Ana, Ciudad Caribia c’est «savoir vivre ensemble», «la sécurité», «la propreté». Ciudad Caribia porte un espoir. Il faudra attendre quelques années pour savoir si le rêve a été concrétisé.

 

1) Le Courrier du 16 juillet, «La révolution des quartiers populaires»

 

http://www.lecourrier.ch/ciudad_caribia_la_socialiste

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:50

egypte_manif-37d71.jpgDix mois après le départ de Hosni Moubarak, des dizaines de milliers de manifestants descendent à nouveau dans les rues du Caire, d’Alexandrie, de Suez, d’El Arich, d’Ismalïa… Pour réclamer le départ des militaires. Entre temps, loin des manifestations de masses spectaculaires, c’est parmi les salariés que la révolution s’est poursuivie avec des grèves, des blocages et des occupations. Les mouvements de salariés, largement ignorés des médias internationaux oDnt été et restent au centre du processus révolutionnaire engagé en Egypte.


Masses humaines multicolores, femmes et hommes toutes générations et classes sociales – le plus souvent moyenne - confondues, usages intensifs des outils de la modernité – portables, facebook, twitter, youtube -, non-violence, indifférence vis-à-vis des fanatismes religieux, revendication démocratique : l’image de la révolution égyptienne aura été présentée comme répondant aux idéaux officiels des pays dits développés, selon lesquels la lutte entre producteurs et exploiteurs serait en voie d’extinction. Pourtant, « la révolution n’est pas terminée  » entendait-on dans les rues du Caire fin octobre, alors que les tribunaux militaires tournaient à plein régime et que la torture (notamment contre les révolutionnaires poursuivant souterrainement la lutte) continuait. « Pas terminée », la révolution egyptienne ? L’actuel mouvement de protestation contre le Conseil suprême des forces armées (CSAF) qui, depuis dix mois, exerce un pouvoir fondé sur la violence, prouve que non. Au cœur de ce mouvement, figurent des egyptiens qui n’ont pas attendu janvier 2011 pour s’opposer au régime.

Grèves en cascade

« Le 7 décembre 2006, nous nous sommes mis en grève pour protester contre l’augmentation des prix et réclamer le paiement des primes » explique Tamer, un des 22 000 ouvriers dépendant du secteur public de l’usine de Filature et Tissage à Mahalla-el-Koubra, ville située à 120 kilomètres au nord du Caire. Le syndicat unique inféodé au gouvernement leur avait promis le paiement d’une prime, pour rapidement se dédire en ne la destinant qu’aux seuls personnels administratifs. Au bout de plusieurs jours d’occupation et de grève de la faim, le gouvernement cède face aux revendications. Mais cet engagement ne sera, à son tour, pas honoré. À l’annonce de cette victoire éphémère, la grève se répand alors dans les teintureries de cette ville où 75 000 personnes travaillent dans l’industrie du coton. Douze jours plus tard, elle gagne les entreprises récemment privatisées de ciment de Hélouan et de Tora, dans la banlieue du Caire. Début janvier 2007, ce sont les cheminots qui prennent le relais. « Nous étions organisés entre nous, en dehors du syndicat, dit Tamer. Cette première grève nous a permis de voir, ici, qui parmi nous étaient les plus décidés. Nous étions alors une quarantaine à se rencontrer secrètement, par groupe de dix, dans des cafés où nous discutions et rédigions des textes que nous distribuions ensuite. »

« C’est ici que tout a commencé  » affirme l’ouvrier-mécanicien : propos confirmé par le nombre de mouvements de protestations ouvrières qui, à partir de cette date, vont au cours de l’année 2007 augmenter de plus de 250%. Le 17 février 2008, les protestataires de Mahalla repartent en lutte et demandent l’augmentation du salaire minimum gelé depuis 1984. Sortis en masse de leur usine, ils crient « À bas Moubarak ! ton régime, c’est de la merde ! » et sont rejoints par plus de 10 000 habitants. Les forces anti-émeutes appelées par les autorités sont attaquées par les manifestants qui parviennent à les mettre en fuite. Alors que l’agitation se poursuit pendant plusieurs mois dans les usines de la région, un appel à une grève nationale fixée au 6 avril 2008 commence à circuler dans le pays. Des bloggeurs, sous la signature « Groupe du 6 avril » vont diffuser sur leurs réseaux ce message : « N’allez pas au travail, n’allez pas à l’université, n’ouvrez pas vos commerces, n’ouvrez pas vos pharmacies… Nous voulons des salaires dignes, nous voulons du travail, de l’éducation pour nos enfants, des transports humains, des hôpitaux… » La police anti-émeute occupe les rues du Caire et des grandes villes du pays. La grève ne se développe pas, mais à Mahalla dans l’après-midi, une manifestation spontanée est attaquée par les forces de l’ordre sur la place centrale. La répression va provoquer la mort de trois personnes, dont un adolescent de quinze ans, des dizaines de blessés et sept cents arrestations.

« C’est à ce moment-là que nous avons pensé créer un syndicat indépendant et tenté de diffuser cette idée dans les autres entreprises » reprend Tamer. En louvoyant entre les lois avec l’aide d’avocats et de juristes, des salariés de l’administration fiscale avaient alors réussi à monter leur propre organisation, avant qu’elle ne soit arbitrairement interdite par l’Etat à l’instigation du syndicat unique. «  Dès 2007, un groupe de ces fonctionnaires des impôts a lancé une grève à laquelle 50 000 travailleurs ont répondu. Vingt-neuf comités de grève ont été créés dans chaque gouvernorat et un comité de coordination s’est installé, ici, au Caire. Après une manifestation en direction du Parlement, ils ont obtenu des augmentations de salaires et des possibilités d’avancement » raconte Houssam, un des activistes du centre d’études socialistes au Caire où des ouvriers de Mahalla et d’ailleurs vont se retrouver pour échanger leurs expériences et leurs projets. La détermination de ces mouvements de salariés va rencontrer celle des opposants à Moubarak qui se rassemblent à partir du 25 janvier sur la place Tahrir. Des travailleurs du textile, du pétrole, du gaz, de la métallurgie, du canal de Suez, des chemins de fer, des arsenaux se lancent dans la grève à travers tout le pays, autant pour leurs revendications que, pour un grand nombre d’entre eux, soutenir les manifestants du Caire.

Des salariés place Tahrir

Entre les mains du CSAF - dirigé par Hussein Tantaoui, ex-ministre pendant vingt ans de Moubarak -, le pouvoir égyptien n’a eu de cesse depuis le 11 février dernier de se dresser contre ceux qui exigent un changement radical de régime. Arrestations, condamnations par les tribunaux militaires, pratiques de la torture, les acteurs – salariés, mouvements de jeunes, etc. - de la révolution sont soumis à la violence de la junte. Le 24 mars, le gouvernement vote sous l’instigation du CSAF une loi criminalisant les manifestants et les grévistes « entravant la production », alors que la majeure partie de l’appareil dirigeant du Parti National Démocratique ne subit aucune poursuite devant les tribunaux. Si des mouvements de jeunes ont lancé des appels à dresser, à travers tous le pays, la liste des « corrompus » afin de les exclure de tout pouvoir dans la société, et notamment celui du droit d’éligibilité lors des élections à venir, ce sont les salariés qui depuis maintenant dix mois font directement pression, souvent avec succès, pour faire « dégager » les hommes de Moubarak. «  Ça fait un mois et demi que nous bloquons notre usine. Nous voulons que notre directeur s’en aille. Beaucoup d’autres y sont arrivés. Nous ne partirons pas d’ici tant qu’il restera. » explique, fin octobre, Nasr, qui avec plusieurs centaines d’ouvriers de l’usine textile Miratex de Suez, occupe le trottoir devant le bâtiment du Conseil des Ministres. Mohammad précise : «  Ceux qui sont ici ont été choisis par leurs camarades : il y a ceux qui sont décidés à se battre, ceux qui parlent bien, ceux qui ont les idées claires… Lui, continue-t-il en désignant un homme assis au milieu de ses camarades, on sait qu’il est solide. Il a tenté de s’immoler pour faire aboutir nos revendications. » Dans une rue adjacente, des salariés de Telecom Egypt manifestent devant leur ministère : « On n’a pas fait la révolution pour continuer à recevoir un salaire misérable. On veut que tous les précaires soient titularisés » dit un des salariés alors que le cortège rejoint les ouvriers de Suez.

Raviver la flamme

Face à la multiplication des revendications, il n’est pas rare que les autorités négocient, dans un climat d’arbitraire n’excluant ni les coups, ni les emprisonnements. La question des salaires est très souvent au cœur de ces mouvements, comme pour les salariés du métro du Caire ou encore pour ceux de la télévision nationale, des hôpitaux – qui à Ain Chams réclament leurs dus non payés depuis 2007 -, les aides archéologues – dont plusieurs se sont engagés dans des grèves de la faim - ainsi que l’ensemble des travailleurs du textile à Ismaïlia et Alexandrie. Mais c’est aussi contre les privatisations et pour exiger des renationalisations d’entreprises que manifestent, notamment, les employées de l’usine Tanta Huiles et Lin au nord du Caire et ceux de l’usine de tissage Shebeen Al Kom à Menoufiya. À Mahalla, cette revendication se confond avec le projet de prendre en main la distribution de la production qui pour l’heure est séquestrée par la direction dans l’attente d’une hypothétique privatisation…

« Rien n’a changé ! » entend-t-on dans les rues du Caire. Pendant que d’autres affirment «  C’est pire qu’avant ! », tout en pouvant dorénavant le dire ouvertement et maintenir en vie l’élan de la révolution. Depuis le 18 novembre, des dizaines de milliers de personnes convergent à nouveau vers la place Tahrir pour exiger le départ du CSAF. Les islamistes, après avoir disparu de la rue depuis le 11 février, pour tenter de retrouver une crédibilité avant les élections, sont de retour. Mais c’est surtout une gigantesque foule toujours en lutte qui se rassemble à nouveau afin de pouvoir vivre humainement, ravivant les flammes que les mouvements de salariés ont initiées depuis plusieurs années et entretiennent depuis plus de dix mois.

 

http://www.regards.fr/monde/les-ouvriers-au-coeur-de-la

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:48

arton1941-ec70b.jpgLes industries et multinationales semencières veulent rendre les paysans captifs… grâce à la loi. Les députés doivent examiner le 28 novembre un texte instaurant une « contribution volontaire obligatoire » : une véritable dîme sur les semences. Ressemer librement sa propre récolte ou échanger des variétés de plantes deviendra illégal. Soucieux de préserver l’autonomie alimentaire, des paysans et des citoyens entrent en résistance.


Demain, graines et semences ne seront peut-être plus libres. Des agriculteurs s’inquiètent d’une proposition de loi votée par les sénateurs le 8 juillet dernier, et déjà appliquée par décret aux productions de blé tendre. S’ils veulent conserver une partie de leur récolte pour la ressemer l’année suivante (quoi de plus naturel ?), les producteurs de blé tendre doivent payer une redevance appelée « Contribution volontaire obligatoire » (sic). « L’enjeu de cette nouvelle proposition de loi est d’étendre ce mécanisme à tous les paysans, alerte Guy Kastler, du Réseau semences paysannes. Chaque fois qu’on cultivera un hectare, ils prendront un peu d’argent de nos poches pour payer les détenteurs de propriété intellectuelle. » La loi prévoit de considérer la reproduction de semences à la ferme, sans payer cette dîme moderne à leurs « propriétaires », comme une contrefaçon [1]. La récolte pourra alors être saisie.

Qui sont ces propriétaires de semences à qui la « contribution volontaire » sera reversée ? Depuis 1949, toute variété de semence mise sur le marché doit obligatoirement être inscrite sur le catalogue géré par l’Office communautaire des variétés végétales (OCVV), dont le siège est à Angers  [2]. Cet office accorde un droit de propriété intellectuelle, d’une durée de 25 à 30 ans, à « l’obtenteur », celui qui a sélectionné cette variété. Les principaux détenteurs de ces « certificats d’obtention végétale » [3] ne sont autres que les grandes multinationales semencières : Bayer, Limagrain, Monsanto, Pioneer, Vilmorin ou Syngenta. Tous réunis au sein de l’Union française des semenciers, qui aurait fortement appuyé le projet de loi.

Rendre les paysans captifs

« Le fait que l’obtenteur soit rétribué pour son travail de recherche ne nous pose pas de problème, explique Jean-Pierre Lebrun, un maraîcher biologique à la retraite. En revanche, nous sommes opposés à ce que ces obtenteurs récupèrent des taxes sur le travail de sélection que nous menons dans nos fermes. » Avec d’autres paysans et des consommateurs soucieux de préserver l’autonomie alimentaire, Jean-Pierre a fait le déplacement à Angers ce 19 novembre pour « débaptiser » l’OCVV, renommé « Office communautaire de la confiscation des semences ». Un geste symbolique qui en dit long sur les menaces pesant sur l’avenir de notre alimentation.

Yves Manguy, agriculteur à la retraite, connaît bien les semences de ferme, ces graines récoltées à partir de variétés sélectionnées par l’industrie semencière, mais multipliées par l’agriculteur lui-même par souci d’économie et d’indépendance. Pour cet ancien porte-parole de la Coordination nationale pour la défense des semences fermières (CNDSF), l’objectif des firmes semencières est clair : « Elles veulent instaurer un marché captif, que les agriculteurs achètent leurs semences et qu’ils n’en fassent plus chez eux. La loi en préparation consiste non pas à interdire complètement mais à restreindre un maximum le droit des semences à la ferme. » Le texte propose ainsi d’autoriser la semence de ferme pour seulement 21 espèces – en échange du paiement de la Contribution volontaire obligatoire – et d’interdire cette pratique pour toutes les autres espèces.

 

« Ce n’est pas la recherche qu’ils veulent rémunérer mais les actionnaires »

Pourquoi cette redevance ? Officiellement, pour financer la recherche. Actuellement, 85 % des sommes récoltées par la Contribution volontaire obligatoire sont reversées directement aux obtenteurs, et 15 % servent à alimenter le Fonds de soutien à l’obtention végétale en blé tendre. « Les objectifs de sécurité et de qualité alimentaire doivent être définis par le public, et non par les seules recherches de profits des entreprises semencières privées », argue la Confédération paysanne. D’après le syndicat, l’application de la proposition de loi entraînerait un prélèvement supplémentaire sur le revenu des agriculteurs français estimé à 35 millions d’euros. « La recherche doit être financée aussi par le public et non par les seuls agriculteurs. Il convient de mettre en place un mécanisme de financement public de la recherche », estime la Confédération paysanne. Le syndicat suspecte l’Union française des semenciers de vouloir d’ailleurs tripler la redevance (environ 3,50 euros par hectare aujourd’hui).

Des carottes illégales et des choux clandestins

Non loin de l’Office communautaire des variétés végétales, sur la place du Pilori, dans une rue piétonne d’Angers, se déroulent les rencontres des semences paysannes et fermières d’Anjou. Ici, des artisans semenciers partagent une même passion, celle de la sélection, de la conservation, de la multiplication et de l’échange des semences. François Delmond est membre de l’association Les Croqueurs de carottes, qui sauvegarde les variétés potagères traditionnelles menacées de disparition. Sur le stand, plusieurs variétés de carottes et de choux rouges sont proposées à la dégustation. Les réactions varient du « surprenante, celle-là » au « celle-ci a un goût de noisette très fort, vous ne trouvez pas ? ». Pour François, ces dégustations sont l’occasion de montrer l’impact des choix variétaux sur la qualité gustative.

« Ce que vous mangez est une variété de carotte illégale car elle a été radiée du catalogue, elle ne respectait pas les critères », explique François à une passante. Entre 1954 (date d’existence du premier catalogue des variétés de plantes potagères) et 2002, 80 % des variétés ont été radiées du catalogue, à cause d’une réglementation de plus en plus contraignante. « Ce que nous voulons, c’est la liberté de faire notre travail en âme et conscience, la liberté du jardinier de semer la variété qu’il veut et la liberté du consommateur d’accéder à des aliments différents. » Une liberté qui contribue à l’augmentation et à la conservation de la biodiversité cultivée, à la réduction de l’utilisation des pesticides ainsi qu’à l’essor de variétés adaptées à leurs terroirs et aux variations climatiques.

Rébellion contre la dîme des multinationales

Une campagne pour une loi de reconnaissance positive des droits des agriculteurs et des jardiniers sur les semences vient d’être lancée par plusieurs organisations. « Les droits des agriculteurs de conserver, ressemer, échanger et vendre leurs semences, les protéger de la biopiraterie et des contaminations par les OGM brevetés, et de participer aux décisions nationales concernant la biodiversité cultivée sont reconnus par le Traité international sur les semences approuvé en 2005 par le Parlement français », rappelle Anne-Charlotte Moÿ, en charge des questions juridiques au Réseau semences paysannes. Or, une succession de règlements européens et de lois nationales conduisent progressivement à leur interdiction totale.

La proposition de loi relative aux certificats d’obtention végétale doit être débattue le 28 novembre à l’Assemblée nationale. Il est encore possible de participer à la cyberaction, qui a déjà recueilli plus de 14 000 signatures, et un rassemblement est prévu devant l’Assemblée. « Il nous faut rester mobilisés, avertit Guy Kastler, afin de ne pas abandonner l’alimentation à quelques firmes multinationales. » Il y a trois siècles, les paysans versaient la dîme ou étaient contraints à des corvées au profit du seigneur local, propriétaire des terres... Aujourd’hui, cette domination s’est déplacée vers les semences.

Sophie Chapelle

Notes

[1] Lire à ce sujet Comment les semenciers tentent d’asservir l’agriculture paysanne.

[2] Pour être inscrites, les variétés doivent répondre à trois critères : la distinction (la variété doit être nettement distincte de toute autre variété notoirement connue) ; l’homogénéité (la variété est suffisamment uniforme dans ses caractères pertinents) ; la stabilité (la variété reste conforme à la définition de ses caractères essentiels après avoir été reproduite ou multipliée).

[3] En Europe, on utilise le terme de « certificat d’obtention végétale », qui protège une variété. Son équivalent outre-Atlantique est le brevet, qui protège l’information génétique contenue dans une même variété. Du coup, il arrive qu’une plante fasse l’objet d’un double droit de propriété intellectuelle...

 

 

http://www.bastamag.net/article1941.html

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:43

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Le sociologue Mathieu Hély revient sur les évolutions récentes d’un monde associatif aujourd’hui ouvertement conflictuel : montée de la salarisation, de valeurs entrepreneuriales, négociations avec l’État – et nous explique comment les associations sont devenues indispensables aux politiques publiques.

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Au cours des dernières années, un certain nombre de conflits menés par des salariés d’associations ont émergé dans l’espace public médiatique et attiré l’attention sur les conditions de travail et d’emploi au sein de ces organisations. Ainsi en mars et avril 2010, deux conflits sociaux éclataient au Samu social de Paris et chez Emmaüs, des salariés se mettant en grève pour des revendications similaires : revalorisation des salaires, pérennisation des emplois, amélioration des conditions de travail. Si ces conflits se sont résolus par des négociations entre direction et syndicats (CGT, FO, SUD), la création en février 2010 du syndicat ASSO (affilié à l’Union syndicale Solidaires) voulant défendre spécifiquement les intérêts des travailleurs du secteur associatif jette également une lumière crue sur cet espace social plus communément rattaché à l’idée de solidarité, au bénévolat et au militantisme. Les fondateurs de ce nouveau syndicat expliquent leur initiative de la façon suivante : 

La culture du secteur associatif, souvent fondée sur un engagement personnel et militant, conduit à des questionnements autour du statut du salarié, de ses limites face à des employeurs qui n’assument pas toujours leurs responsabilités, n’acceptent parfois pas leur rôle et confondent souvent l’engagement de leurs employés et leur statut de salariés. Cette situation aboutit à des dérives dans le droit du travail, en contradiction avec les valeurs et les missions de l’association, occasionnant des relations salarié-employeur difficiles voire conflictuelles [1]

Ces phénomènes interpellent l’opinion publique, tant ils vont à l’encontre des idées et des valeurs que véhiculent les associations. On voudrait ici s’interroger sur leur caractère révélateur de tensions induites par la croisée du monde du travail et du monde associatif. Le processus de professionnalisation [2] en œuvre depuis les années 1980, corrélé à la réduction du périmètre d’intervention de l’État social et à la libéralisation de la société civile, a modifié le paysage associatif. Si l’immense majorité des associations en France reposent encore sur le bénévolat et réalisent des activités sportives, culturelles ou de sociabilité, une part croissante de celles-ci concentre les principales ressources financières et réunit près de deux millions de salariés. [3]

La prise en charge d’activités destinées à des publics dits vulnérables ou en difficulté, les transformations du mode de financement public et la pression exercée sur les projets associatifs, l’exigence d’une rationalité gestionnaire et l’attrait nouveau pour le management, la coexistence de travailleurs bénévoles et salariés, l’incursion du droit du travail via l’emploi salarié constituent autant de défis auxquels sont confrontées les associations et soulèvent un certain nombre de questions. La Vie des Idées les a posées à Matthieu Hély, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris X-Nanterre et chercheur à titre principal à l’IDHE-Paris X-Nanterre, dont une précédente contribution, « L’économie sociale et solidaire n’existe pas » [4]], avait suscité en 2008 une controverse permettant une première approche de ces problèmes.

La salarisation des « entreprises associatives »

La Vie des Idées : Quelles sont les spécificités du monde associatif pris en tant que monde du travail, et quelles significations peut-on leur donner ? Comment interprétez-vous l’émergence et la consolidation d’un secteur associatif fortement professionnalisé ?

Mathieu Hély : Accepter de « prendre le monde associatif en tant que monde du travail » procède, d’abord et avant tout, de la prise de conscience, récente dans la société française, que ce dernier ne peut être réduit aux seules questions de bénévolat, d’engagement citoyen et d’idéal démocratique (qu’il permettrait de restaurer en incarnant une alternative à la « crise » de la représentation politique). En France, l’héritage de la loi 1901, véritable pilier de l’idéologie républicaine dans la société française, puisque conçue dans un contexte historique de lutte anti-cléricale et de contestation de la liberté d’enseignement au sein des congrégations religieuses, a longtemps jeté un voile sur les « métamorphoses du monde associatif » (Hély, 2009) observées depuis une trentaine d’années et a ainsi conduit à ce que les chercheurs en sciences sociales appréhendent cet univers presque quasi-unilatéralement sous cet angle.

Il faut rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, le sociologue Alain Caillé proposait l’expression « d’économie du don » (Caillé, 1998) pour analyser le fait associatif. Or, il convient également d’insister sur le fait que le monde associatif représente aujourd’hui, en termes d’effectifs salariés, l’équivalent des agents de la fonction publique territoriale et il ne viendrait à l’esprit de personne de qualifier cette dernière institution « d’économie du don ». Considérer le monde associatif comme un monde du travail, c’est donc accepter de rompre avec le mythe d’un espace social qui serait « hors du monde », c’est-à-dire une sphère éthérée où s’exprimeraient librement et spontanément des aspirations démocratiques désintéressées à la discussion rationnelle et intersubjective.

C’est aussi accepter l’idée que cet espace est interpénétré par les politiques publiques et les intérêts au désintéressement des entreprises du secteur marchand. Ces dernières étant, en outre, de plus en plus friandes de partenariats en tout genre pour valoriser leur « responsabilité sociale » et tenter de faire oublier les effets et les méfaits de la récente crise financière. En dépit de sa relative unité, car le monde associatif dispose d’institutions chargées de le promouvoir et de le représenter, son autonomie politique demeure malgré tout très fragile et largement subordonnée aux « parties prenantes » des projets mis en œuvre.

Comme je l’ai souligné précédemment, la « professionnalisation » du monde associatif est d’abord une « salarisation » : le nombre de salariés a été multiplié par trois depuis le début des années 1980. Depuis le milieu des années 1990, il se crée chaque année deux fois plus d’emplois dans le secteur associatif que dans la fonction publique. Bien évidemment, ces évolutions sont à replacer dans le contexte de la décentralisation des politiques publiques et des multiples transferts de compétences de l’État aux collectivités et en particulier aux départements qui deviennent les « chefs de file » en matière d’action sociale. Il faut ajouter à cela la transformation des modes de financement public du monde associatif, où l’on passe, pour le dire vite, d’une logique de la « subvention » (où la puissance publique apporte son soutien à une initiative privée sans exigence de contrepartie) à une logique de la « commande publique » (où l’association est considérée comme un opérateur de politiques publiques).

Un monde associatif à deux vitesses

Toutes ces transformations confortent l’idée que le monde associatif est en voie de dualisation entre des groupements « traditionnels » régis par la loi de 1901 et administrés exclusivement par des bénévoles et un pôle constitué de véritables « entreprises associatives » chargées de mettre en œuvre des politiques publiques (insertion par l’activité économique, handicap, services aux personnes, protection de l’environnement, petite enfance, etc.). Dans cette nouvelle configuration du monde associatif, tout se passe comme si les salariés des associations réalisaient les missions du public dans les conditions du privé. En effet, l’exploitation des déclarations annuelles de données sociales pour l’année 2008 révèle que près du tiers des salariés, employés par une association régie par la loi de 1901, ne relèvent d’aucune convention collective applicable (contre 8% seulement des salariés du secteur marchand) alors que les groupes professionnels auxquels ils appartiennent sont parfaitement caractéristiques de la « main gauche » de l’État : éducateurs spécialisés, médiateurs juridiques, animateurs socioculturels, aides à domicile, éducateurs sportifs, formateurs, accompagnateurs d’insertion, professionnels de santé, etc.

Structure conventionnelle du monde associatif en % de salariés couverts
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Pour autant, la « professionnalisation » du monde associatif renvoie également aux transformations de la pratique du bénévolat : il est en effet frappant de constater combien le bénévolat associatif est socialement [5] et économiquement [6] valorisé et combien le travail salarié associatif, par contraste, est dévalorisé du point de vue de sa valeur monétaire (les salaires y sont plus faibles « toutes choses égales par ailleurs ») et de son statut (forte présence de « bénéficiaires » de mesures d’insertion dont le travail est institutionnellement dénié [7]). Enfin, l’institutionnalisation du « troisième pilier des ressources humaines associatives », comme l’avait opportunément qualifié Jean-François Lamour au moment de la présentation de la loi de 2006 sur le volontariat associatif [8] brouille ces frontières entre le salariat et le bénévolat. Ce nouveau statut, relancé récemment par Martin Hirsch dans le cadre du programme public du service civique, se situe à l’interface du bénévolat, puisque les droits du volontaire en service civique ne relèvent pas du Code du travail, et du salariat, puisque le volontaire signe un contrat, qu’il est payé pour son « engagement » sous la forme d’une indemnité et qu’il bénéfice d’un protection sociale partielle (couverture santé, cotisation à l’assurance retraite mais pas d’indemnisation du chômage une fois le contrat échu). La polarisation entre les différentes catégories de « travailleur » (bénévoles, volontaires et salariés) qui structurent l’espace associatif est donc de plus en plus forte.

Pour répondre à la question de l’émergence d’un « secteur associatif fortement professionnalisé » et en déchiffrer la signification, il convient de s’affranchir d’un poncif qui a la peau dure et selon lequel, en se rationalisant, les associations « perdraient leur âme ». Le mythe de « l’esprit associatif » résulte de la force symbolique de la loi de 1901 et de l’État Républicain qui l’a instituée. Comme de nombreuses enquêtes l’ont fait apparaître, le monde associatif n’est pas démocratique par nature et l’idée qu’il serait « perverti » par des logiques hétéronomes, que ce soit celle du capitalisme ou de l’État, doit impérativement être questionnée. Je m’efforce, avec d’autres, de produire ce que l’on pourrait appeler une sociologie de l’utopie qui ne soit pas une propagande militante tout en s’écartant résolument de la dénonciation critique à partir d’une thèse univoque. Je suis convaincu que l’on ne peut pas comprendre le monde associatif sans penser simultanément ses interactions et ses relations d’interdépendance avec les formes d’intervention de l’État et les modes de légitimation du capitalisme.

Un secteur très structuré

La Vie des Idées : Quelles sont, selon vous, les tensions majeures que la professionnalisation a générées au sein des associations et quelles formes de régulation peut-on observer ? Comment les associations parviennent-elles (ou non) à conserver leur autonomie face à la logique administrative de l’État et à la logique marchande des entreprises lucratives ?

Mathieu Hély : On peut répondre à cette question des formes de régulation et de l’autonomie du monde associatif en reprenant un découpage historique hérité de la IIIe République entre les enjeux qui relèvent du dialogue « civil » et ceux qui s’inscrivent dans le cadre du dialogue « social ». En effet, la loi de 1901, qui fait écho au statut de syndicat adopté en 1884, consacre la naissance d’un espace légitime de l’engagement citoyen animé par l’intérêt pour la chose publique. Cet espace s’est ainsi doté de véritables « institutions politiques du monde associatif ». Même si on peut en souligner les faiblesses, il faut insister sur leur indéniable structuration durant les trente dernières années.

Au niveau inter-associatif, les années 1980 ont en effet été décisives : l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 a constitué un temps fort pour l’unification du « mouvement associatif » incarné par le Conseil national de la vie associative (CNVA), créé par le décret du 25 février 1983, et placé sous l’autorité du Premier ministre. Elle constitue la première instance de représentation politique du monde associatif et a pour mission d’éditer des bilans réguliers sur les évolutions la vie associative et de formuler des propositions. Le décret n° 2001-865 du 21 septembre 2001 est venu compléter ce dispositif en créant, en dehors du CNVA, un groupe permanent de la vie associative auprès du Premier ministre, dont la vocation est d’assurer la concertation entre les pouvoirs publics et les associations sur toutes les mesures concernant la vie associative.

À partir de 1992, le CNVA n’est plus la seule instance de représentation. En effet, la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA) regroupant 16 coordinations associatives nationales investies dans des domaines variés : du sport à la culture, en passant par le tourisme et la famille (le CPCA revendique environ 500 000 associations adhérentes), est créée. Comme l’a justement observé Maud Simonet, l’organisation des premières assises de la vie associative en 1999 constitue une étape décisive dans l’institutionnalisation des rapports entre l’État et le monde associatif [9]. Elle marque en effet la reconnaissance politique, par M. Jospin, Premier ministre de l’époque, du statut de la CPCA comme « instance représentative du mouvement associatif » et la fin du monopole du CNVA, qui demeure un service consultatif auprès des pouvoirs publics.

La concertation avec la puissance publique, organisée au sein des premières « Assises nationales de la vie associative » en février 1999, débouche sur la signature par l’État et la CPCA en 2001 de la Charte des engagements réciproques entre État et associations. Le CNVA est alors désigné comme l’instance chargée d’évaluer la mise en œuvre de cet acte officiel. Suite à l’organisation de ces assises, le monde associatif bénéficie pour la première fois d’une tutelle ministérielle explicite puisqu’en avril 2004, Jean-François Lamour devient ministre de la « Jeunesse, des Sports et de la Vie associative ». Par ailleurs, la volonté tenace de la CPCA de poursuivre la concertation avec l’État aboutit à la première conférence nationale qui s’est déroulé le 23 janvier 2006 sous l’égide du Premier ministre Dominique de Villepin. Trois axes de développement sont privilégiés : affirmer la place des associations dans le dialogue civil, consolider les relations contractuelles avec les pouvoirs publics et mieux accompagner et reconnaître l’activité bénévole. La seconde édition de cette conférence en 2009, de nouveau organisée par le CNVA, avec la collaboration de la CPCA était organisée autour de thèmes très proches de la précédente : la place des associations dans le dialogue civil, les relations entre les associations et les pouvoirs publics, État et collectivités et la reconnaissance et la valorisation de l’engagement bénévole et volontaire.

Par ailleurs et en dépit d’une mise en œuvre très lente des décisions, force est de constater que la représentation du monde associatif dans les institutions politiques s’est, malgré tout, significativement renforcée en particulier dans le cadre de la réforme du Conseil économique et social, désormais rebaptisé en Conseil économique, social et environnemental. Cette réforme a en effet modifié le nombre de représentants du monde associatif qui sont désormais 36 (soit 18% des membres) contre 15 auparavant (soit 8% des membres du précédent conseil). Dans son rapport remis au Premier ministre en 2010 sur « la représentation du monde associatif dans le dialogue civil », Luc Ferry évoque la réforme du CNVA, appelé à se transformer en « Haut Conseil à la vie associative » et doté de moyens supplémentaires. Cette instance resterait rattachée auprès du Premier ministre et conserverait ses fonctions d’expertise. La bicéphalie du monde associatif, officialisée à partir de 1999, serait ainsi consacrée par une séparation claire des rôles entre une CPCA, chargée d’incarner la diversité sectorielle du monde associatif et le « Haut conseil à la vie associative », servant d’instance de consultation et d’expertise pour l’élaboration des politiques publiques.

Des valeurs entrepreneuriales

L’autre instance de régulation du monde associatif, appelée à jouer un rôle stratégique pour l’affirmation de son autonomie, c’est celle qui relève du dialogue social et des relations professionnelles entre les organisations patronales et les syndicats de salariés dans de nombreuses branches professionnelles couvertes par les associations (et plus largement par les entreprises de l’économie sociale) : aide à domicile, animation, centres sociaux, régies de quartier, tourisme social et familial, logement social, radios libres etc. Dans ce domaine, les employeurs de l’économie sociale (coopératives, mutuelles, associations) ont une longueur d’avance puisque les regroupements patronaux se sont opérés au milieu des années 1990 : L’USGERES [10], créée en 1994, couvrant douze branches professionnelles et l’UNIFED [11], créée en 1996, en couvrant quatre.

Ces deux grands syndicats employeurs ont présenté à deux reprises des listes communes, portées par « l’Association des employeurs de l’économie sociale », dans les collèges employeurs des conseils de prud’hommes en 2002 et 2008. En 2002, l’Association des employeurs de l’économie sociale avait présenté une liste de 940 candidats dont 280 ont été élus comme conseillers prud’homaux (soit un score de 11% environ des voix du collège employeur où siègent également les représentants du Mouvement des entrepreneurs de France (MEDEF)). En 2008, ces mêmes listes ont rassemblé 1850 candidats et ont obtenu 470 conseillers élus soit 19 % des voix du collège employeur. À ces succès électoraux, il faut également ajouter le recours victorieux de l’USGERES face au refus du Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité d’agréer l’accord national interprofessionnel (ANI) sur la formation tout au long de la vie dans l’économie sociale signé en 2006 entre notamment l’UNIFED, et l’USGERES, côté employeur, et CFDT, la CFTC et la CGT, pour les salariés. Le 12 janvier 2009, le Conseil d’État a en effet annulé ce refus et ainsi renforcé les prétentions de l’USGERES à participer au titre de « partenaire social » à la négociation collective.

Adoptant des pratiques caractéristiques de toute organisation patronale « ordinaire », l’USGERES n’abandonne pas pour autant la volonté d’incarner des valeurs entrepreneuriales spécifiques comme en témoignent ses efforts pour la promotion d’une éthique d’employeur « socialement responsable ». En 2007, l’USGERES s’est ainsi engagée, via une déclaration solennelle, à soutenir le développement de « l’emploi durable », la « non-discrimination » dans la gestion du personnel, la « démocratie sociale avec les organisations syndicales et les salariés » et enfin la « responsabilité sociale des entreprises » [12].

En dépit de cette dynamique de structuration indéniable, l’autonomie du monde associatif est évidemment à relativiser. Je n’évoquerai que deux exemples récents pour l’illustrer : le premier fait référence au décret n° 2008-817 du 22 août 2008 préparé par le ministère Besson de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale et du développement solidaire, qui a radicalement transformé la mission d’informer les étrangers et de les aider à exercer leurs droits, historiquement dévolue à la Cimade [13], en prestation formalisée dans le cadre d’un marché public. Marché dont le cahier des charges comporte une clause assignant le titulaire à la « neutralité et à la confidentialité ». Dans le communiqué officiel énonçant les critères mis en œuvre pour l’attribution des « lots » (regroupements de centres de rétention administrative), il est stipulé que les associations ont été recrutées en fonction de quatre critères, « classés par ordre d’importance : les compétences juridiques de l’équipe (40%), la compréhension des enjeux et les engagements de service (25%), les autres compétences de l’équipe, appréciées au regard du mémoire technique de l’offre (20%), enfin le prix de la prestation (15%) ». Selon le ministre Besson, les trois-quarts des critères justifiant l’octroi du marché reposent sur des fondements purement bureaucratiques, et donc assez éloignés des qualités d’indépendance, d’engagement citoyen et de générosité, généralement associées à l’idéal associatif.

Les associations, variable d’ajustement des politiques publiques

L’autre événement est que le monde associatif, et plus largement l’économie sociale et solidaire (ESS), est devenu un enjeu politique qui n’est plus seulement caractéristique des idées de gauche et notamment du Parti Socialiste. En effet, la création par le Conseil général des Hauts-de-Seine d’un Conseil départemental de l’ESS présidé par Jean Sarkozy, Conseiller général du canton de Neuilly-sur-Seine Sud, en charge de l’ESS et de l’insertion par l’économie [14]. ] le 17 janvier 2011 : « « (....) Même si l’économie sociale existe depuis le 19ème siècle, elle incarne aujourd’hui les aspirations de beaucoup de nos concitoyens : un meilleur équilibre entre capital et travail. Ce que le général de Gaulle avait imaginé en défendant le principe de ’participation’ (dont l’économie traditionnelle s’est timidement emparée) (...) » Avant de conclure par : « (...) Il est grand temps que les Hauts-de-Seine renouent avec ce qui a fait sa renommée : une politique économique à visage humain. » (sic).]]Au delà de l’anecdote, cette création témoigne d’une tentative habile de réappropriation des valeurs de l’ESS par la droite et intervient à la suite de la refondation du Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire par le gouvernement le 20 octobre 2010 [15]. Thème historiquement porté par la gauche, le monde associatif et les organisations de l’économie sociale et solidaire se révèlent finalement parfaitement compatibles avec les nouvelles formes d’intervention de l’État néolibéral légitimées par la référence au New Public Management. Envisagées comme opératrices de politiques publiques, ces dernières participent, tout en s’y opposant parfois en fonction de leurs marges de manœuvre, à l’externalisation des missions traditionnellement associées à la « main gauche » de l’État social (hébergement d’urgence des sans domiciles, accompagnement de chômeurs, intégration des personnes handicapées, soins aux malades de longue durée, centres sociaux, régies de quartier, etc.).

Une fraction croissante du monde associatif se compose désormais de véritables « entreprises associatives », puisqu’elles reposent sur le travail de salariés faiblement rémunérés, voire pas du tout quand il s’agit de travailleurs bénévoles. Ces travailleurs constituent en effet une variable d’ajustement nettement plus malléable que les agents de la fonction publique protégés par des droits statutaires. La mise en œuvre par une série de réformes dites de « modernisation de l’État », dont notamment la loi organique relative aux lois de finances (dès 2006), la Révision générale des politiques publiques (dès 2007), et plus récemment la circulaire du Premier Ministre de 2010 sur les relations entre associations et collectivités publiques, contribue ainsi à l’élaboration d’une nouvelle configuration de l’action associative dans laquelle les salariés du « tiers secteur » voient leurs droits remis en cause avec la fin de l’opposabilité des conventions collectives dans le secteur social et médico-social.

Cette question, en apparence purement technique, de l’opposabilité des conventions collectives dans le secteur social et médico-social risque fort de transformer les salariés associatifs en véritable « variable d’ajustement des politiques publiques ». La spécificité des relations de travail dans le social et médico-social repose sur un principe institué par la loi de 1975 sur les institutions sociales et médico-sociales : pour être valide, une convention collective ou un accord collectif doit être agréé par la puissance publique. Une fois l’agrément obtenu, la convention est dite « opposable » c’est-à-dire que « l’autorité compétence en matière de tarification » (en clair le financeur public) doit se conformer aux normes prescrites en matière de rémunération, d’horaires, bref tout ce qui relève des conditions de travail, pour fixer le montant du financement. La mise en œuvre des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM), dont la circulaire Fillon de janvier 2010 propose un modèle uniforme, rompt avec ce principe.

Ce qui signifie concrètement que les salariés, dont les conditions de travail sont régies par ces accords, risquent de pallier une très probable diminution des financements octroyés par la dite « autorité compétence en matière de tarification ». En clair, de supporter directement sur leur fiche de paie la politique de rigueur budgétaire de l’État. Et je ne parle ici que des 20% de salariés associatifs dont les droits sont protégés par des conventions collectives instituées sur le modèle des corps de la fonction publique (CCN de 1951 des établissements privés d’hospitalisation, de soins, de cure et de garde à but non lucratif et CCN de 1966 des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées).

Cet exemple, qui peut sembler éminemment technique, fait clairement apparaître le contresens d’une analyse hâtive qui conclurait au désengagement de l’État et à la marchandisation du monde associatif. Il serait en effet plus juste de parler d’un « réengagement » de l’État dans sa politique de soutien au monde associatif. Rappelons d’une part que le soutien public, par de multiples exonérations fiscales, au mécénat privé est une forme de subventionnement des fondations d’entreprises qui ne dit pas son nom. D’autre part, l’affirmation d’une logique de commande publique par la circulaire du Premier Ministre de janvier 2010 s’inscrit ainsi dans une politique très cohérente de transformation des associations en opérateurs de politiques publiques. En effet, ce texte emblématique a pour objectif de généraliser à tous les domaines de l’action associative (insertion par l’activité économique, logement social, hébergement des sans domiciles, prévention de la délinquance, protection de l’environnement, lutte contre le sida, accompagnement scolaire, etc.), les principes de l’État néolibéral, au sens où Alain Desrosières emploie cette expression [16], c’est-à-dire fondés sur la « culture du résultat » et l’impératif d’évaluation par le recours à des outils de gestion et des indicateurs de performance.

Face à la puissance de cette reconfiguration étatique, se contenter d’en appeler à la sauvegarde de « l’esprit associatif », tout en ignorant la question essentielle du travail associatif, comme le propose actuellement le collectif des associations citoyennes me paraît une stratégie beaucoup trop défensive pour avoir une chance d’être entendue [17].

La crise profonde du statut du travail non marchand

La Vie des Idées : Quelles raisons peuvent, selon vous, expliquer que le monde associatif soit longtemps resté un espace à l’écart des conflits du travail ? Comment analysez-vous les conflits sociaux mentionnés plus haut, ainsi que la création du syndicat ASSO ? Traduisent-ils un (des) changement(s) intervenu(s) dans le monde associatif au cours de la période récente ? Ou reflètent-ils davantage des problèmes touchant la société dans son ensemble ?

Mathieu Hély : Le monde associatif a longtemps été posé comme « en dehors » de la sphère du travail. Cela vient en grande partie de sa proximité avec l’héritage historique de « l’économie sociale » pour laquelle l’idéal du « travail autrement » est au cœur de son projet idéologique. En effet, les entreprises de l’économie sociale ont toujours eu pour ambition de dépasser l’opposition pluriséculaire entre le capital et le travail au nom de valeurs démocratiques dont la célèbre devise « un homme, une voix » est emblématique. Le caractère non lucratif de leur activité est également fréquemment invoqué pour se différencier des organisations principalement mues par la rentabilité du capital et la répartition des dividendes aux actionnaires.

Ce qui va être très intéressant dans la période à venir c’est d’observer comment les entreprises de l’économie sociale, et plus particulièrement le monde associatif qui représente de très loin le principal employeur aux côtés des coopératives et des mutuelles, va mettre sa doctrine « d’employeur autrement » à l’épreuve des institutions du monde du travail. Je pense ici en particulier à la participation des organisations patronales de l’économie sociale aux conseils de prud’hommes dont la structure fondamentale repose sur l’antagonisme entre salariés et employeurs : comment vont-elles se différencier, dans leurs pratiques, de leurs homologues du MEDEF, de la CGPME, de l’artisanat, de la FNSEA et des professions libérales ? Au delà de leur posture symbolique, les élus du collègue au titre de ces organisations jugent-ils « autrement » les conflits du travail ? Cela peut vouloir dire très concrètement : ont-ils, par exemple, davantage recours à la pratique de la conciliation (étape préalable au contentieux) que leurs homologues du secteur marchand ?

De même, du côté des salariés, la catharsis déclenchée par la création du syndicat ASSO et le conflit social au sein de l’association Emmaüs (qui n’est pas terminé) annonce-t-elle la genèse d’une nouvelle forme de militantisme syndical ? En effet, jusqu’à présent l’héritage historique de l’économie sociale, que l’on ne cesse de redécouvrir depuis deux siècles, a surtout été monopolisé par les employeurs de l’économie sociale qui l’invoquent en permanence pour se différencier symboliquement des « patrons » capitalistes, même si parfois leurs pratiques d’organisation du travail et de gestion de l’emploi ne les distinguent pas radicalement de ces derniers [18]. Ces questions sont au cœur d’une recherche en cours que je mène avec Maud Simonet et Romain Pudal au sein de notre laboratoire de recherche l’IDHE [19].

Sur la question plus générale de la signification sociologique de ces conflits sociaux récents, je pense qu’elle révèle une crise profonde du statut du travail non marchand dans la société française. Penser le salariat dans le monde associatif implique de penser le statut et la valeur historiquement attribués au « travail public ». D’autant plus que les individus qui se destinent au travail associatif partagent de nombreuses homologies avec les agents publics : Comme nous l’avons écrit avec Fanny Darbus : l’hypothèse d’un destin professionnel contrarié pour de jeunes actifs, ayant investi dans les études supérieures pour accroître leurs chances d’entrée dans la fonction publique, est plutôt confortée par l’enquête que nous avons mené auprès d’un échantillon d’adhérents à un site internet de recherche d’emploi dans l’économie sociale et solidaire [20]. En effet, la majorité des individus ayant répondu au questionnaire (n=184) ont au moins un parent fonctionnaire et la fréquence atteint 60% chez les moins de 30 ans. Autrement dit, les prédispositions pour l’emploi public, acquises par la socialisation familiale mais aussi l’institution scolaire (les diplômés de l’enseignement supérieur représentent 95% des enquêtés), doivent en effet s’accommoder d’une évolution très profonde des chances d’accès aux postes de titulaires dans les trois fonctions publiques.

On n’insistera en effet jamais assez sur la situation exceptionnelle qui caractérise notre époque : l’emploi public qui n’avait jamais cessé sa progression dans la population active depuis deux siècles [21], connaît, pour la première fois, une inversion orientée vers une diminution durable. Or, cette situation intervient alors que le nombre d’enfants de fonctionnaires n’a jamais été aussi élevé. On sait que le souhait d’être fonctionnaire a toujours été très élevé notamment en période de crise du marché du travail où la fonction publique représente des valeurs de sécurité et de stabilité fortement prisées. Mais, on sait également, depuis les analyses d’Alain Darbel et Dominique Schnapper menées dans les années 1960, que la fonction publique se caractérise par un taux d’hérédité professionnelle parmi les plus élevés de la population active occupée : un fils de fonctionnaire a deux fois plus de chances qu’un autre de devenir lui-même fonctionnaire. Le nombre de fils et de filles de fonctionnaires n’ayant jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui, nombre d’aspirations à servir la collectivité devront s’épanouir au delà de la fonction publique. Dans ce contexte, le travail associatif, à défaut d’incarner les promesses de l’idéal du « travail autrement », contribue assurément à inventer de l’emploi public autrement.

Une réforme de la loi de 1901 ?

La Vie des Idées : Les associations employeuses peuvent-elles s’accommoder de la Loi de 1901 et du Code du travail, ou vous semblent-elles mériter un cadre juridique spécifique ? Si oui, quelles en seraient les grandes lignes ?

Mathieu Hély : Je ne crois pas trop à une réforme de la loi de 1901, dont on parle périodiquement depuis plusieurs années. Comme je l’ai dit, c’est une loi « sacrée », fortement liée à l’héritage républicain et laïque de la IIIe République et structurante de l’espace public par la dissociation entre « dialogue social » et « dialogue civil ». La réformer impliquerait de rompre avec cette tradition, ce qui serait politiquement périlleux. Par contre, il est certain que le fossé entre les associations « classiques », administrées exclusivement par des bénévoles et dont l’activité économique demeure marginale, et les « entreprises associatives », dont les effectifs salariés sont significatifs et dont les pratiques de gestion s’inspirent fortement du secteur marchand (fundraising, gestion des ressources humaines, communication, marketing auprès des donateurs, etc.) est appelé à devenir béant. Et quand bien même une réforme du statut associatif serait envisagée, elle me semble indissociable d’une réflexion sur le statut des travailleurs employés par une association dont l’activité est reconnue « d’utilité sociale » par les partenaires publics et privées qui la soutiennent. Ni fonctionnaires, ni salariés du privé, ces travailleurs servent les missions du public mais font l’expérience de conditions de travail caractéristiques du secteur marchand.

La question du statut à attribuer à ces « travailleurs associatifs » est en outre posée en creux par les pratiques gestionnaires de mesure de l’utilité sociale. En effet, reconnaître l’utilité sociale d’une action associative, comme c’est le cas par exemple dans le domaine de l’insertion par l’activité économique où le taux de sorties dites « positives » (qui comprennent en particulier le nombre d’ex-salariés en insertion en emploi plus de 6 mois après la sortie du chantier d’insertion) est considéré par les pouvoirs publics comme un indicateur de performance, est une forme implicite de reconnaissance de la performance productive réalisée par les travailleurs associatifs.

Or, le débat sur « l’utilité sociale » ou « l’impact social » du monde associatif, peu importe les termes, ne pose jamais la question taboue du statut du salaire versé aux travailleurs des organisations de la loi 1901. Quel type de production est ici monétarisée ? Une production marchande ? L’objectif non lucratif du statut associatif ne le permet pas. Une production non marchande ? Oui, mais le salarié associatif, à la différence de l’agent public, ne perçoit pas un traitement déterminé en fonction de son grade mais bel et bien un salaire. Le statut ambivalent du travail associatif s’exprime ici dans toute sa splendeur et ses (nombreuses) misères [22].

Autre paradoxe, le bénévolat fait de plus en plus l’objet d’une valorisation monétaire en annexe des comptes de résultats des associations. Mais si la mesure économique des contributions du travail bénévole est admise au nom de l’utilité sociale qui en résulte, pourquoi ne pas comptabiliser l’utilité sociale produite par les travailleurs salariés ? Cette dénégation de la valeur économique produite par les travailleurs associatifs est d’autant plus problématique que les pratiques salariales des organisations associatives les contraignent au final à supporter individuellement la charge de cette plus-value [23]. La réflexion sur les indicateurs de richesse menée par les économistes [24] devrait à mon sens intégrer la question de la mesure de la valeur du travail. La genèse de ce que l’on peut qualifier de « travail d’utilité sociale » [25] appelle en effet un dialogue entre les sciences sociales. Car comme l’écrivait déjà Marx avec l’ironie qui le caractérise : « c’est dans la société seulement que le travail inutile, voire socialement nuisible, peut devenir une branche d’industrie » [26].

 

par Yves Lochard & Nadège Vezinat & Arnaud Trenta

 

http://www.laviedesidees.fr/Quelle-professionnalisation-pour.html

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Published by valenton rouge - dans France
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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:40

Photo_islamophobie_diver-city.be_s.jpg« - Eh Robert t’as vu, à c'qui paraît ils veulent donner le droit de vote aux musulmans !
- Non, t’es sérieux ? Il manquerait plus que ça. Déjà qu'on est envahis par les minarets et les boucheries hallal... On est plus chez nous; j'te l'dis ! »
Ce pourrait être une vulgaire brève de comptoir. Hélas non. C’est la substance du contenu d’une « tribune » d’Arno Klarsfeld publiée par Le Monde du 23 novembre.
Que l’on puisse partager ou pas l’idée d’un droit de vote des étrangers est une chose. Que le débat soit ouvert et que les partisans du statu quo avance des arguments tirés de l’histoire, la réciprocité… fort bien. Mais les propos de l’intéressé tirent bien bas et même interdisent un réel débat. Du reste, l’hommage que lui rendent des sites d’extrême droite en dit long sur le contenu de ce qu'il faut bien appeler un discours de caniveau. Verbatim : « Une vague fondamentaliste traverse le monde musulman comme les violences ont pu traverser la France après la chute de la monarchie. Cette vague touche aussi par endroits le territoire français. Voulons-nous des listes fondamentalistes aux élections dans certaines municipalités ? ». Ainsi donc les étrangers seraient par définition musulmans qui seraient par nature fondamentalistes. Et donc parce que tous les étrangers sont musulmans et donc fondamentalistes il ne faut pas leur donner de droit de vote. On doit pourtant à des Klarsfeld – il est vrai d’un tout autre niveau que Arno - d’avoir passé leur vie à démontrer ce que les raccourcis essentialistes peuvent produire de haine. On sait ce que la rhétorique Juif = étranger a produit hier. Tout aussi détestable et dangereux est le musulman= étranger.
Si tant est d’ailleurs que le péril fondamentaliste pèse sur la France ! Il y a évidemment plus à craindre de celui caché qui nie la démocratie que de celui qui s’inscrirait dans le jeu démocratique. Du reste, aux dernières élections municipales, les listes communautaristes du Parti des musulmans de France ont obtenu des résultats extrêmement faibles y compris sur des villes Strasbourg et Argenteuil, dans des quartiers où les maghrébins sont pourtant nombreux.

Un spécialiste du dérapage xénophobe, niveau café du commerce

Ce n’est malheureusement pas le premier dérapage de l’intéressé. Pour mémoire : « S'il n'y a pas de politique du chiffre, c'est-à-dire s'il n'y a pas d'aiguillon sur les préfets, alors les préfets ne font pas ce travail de renvoyer, non pas vers la mort, non pas vers Auschwitz ou vers une situation »... (voir ici) ou encore « immigration pauvre et délinquance ont toujours eu un lien » (voir ici) et même « la France a plusieurs visages : les noirs, les blancs, les bridés » (voir ici), même si on peut lui préférer l'inégalable « les Roms devraient s'abstenir d'avoir huit enfants » (voir ici). Rappelons encore une fois que ces brèves de comptoir émanent de celui qui est à la tête de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), l’institution chargée de coordonner la politique migratoire française. Cela en dit beaucoup sur l’équilibre de ladite politique et sur l'opinion générale (une sorte de xénophobie banalisée) de ceux qui l'ont nommé à ce poste.

Ce n’est pas non plus la première fois que Arno Klarsfeld étale son incompétence. A propos de son rapport sur les mineurs délinquants, dans Libération, Dominique Simonnot avait très bien dit : « Le problème, c'est que n'est pas spécialiste de la délinquance des mineurs qui veut. La chose est délicate, les rapports, études, chiffres, livres sont légion pour en traiter avec sérieux. Sans cette pénible impression d'assister à une visite de Marie-Chantal découvrant La Courneuve et rédigeant ensuite son devoir en regardant Navarro à la télé ».
Ce fut suivi de sa calamiteuse mission de médiation dans le cadre de la régularisation des familles étrangères dont les enfants sont scolarisés. Qu’a-t-on retenu par la suite de sa mission sur Les enfants de Don Quichotte ? Ou encore de sa mission Écologie et transport ? Après avoir épuisé toutes les missions possibles (la plupart confiées par Nicolas Sarkozy), après avoir échoué aux élections législatives candidat UMP à Paris en 2007), il fut donc nommé au tour extérieur au Conseil d’État. Là où rigueur et compétence sont de mise, quelques dents grincèrent face au fait du prince en œuvre dans sa nomination. C’est donc maintenant à l’OFII où il fut là aussi parachuté brutalement (voir ici) de subir ses saillies verbales. Jusqu’à quand ? Et jusqu’à quand le crédit que seul son nom de famille lui donne va-t-il durer ?

Christophe DAADOUCH & Laurent MUCCHIELLI

 

http://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2011/11/26/Arno-Klarsfeld-n-en-finit-plus-de-toucher-le-fond

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Published by valenton rouge - dans Neuilly et le 9.2
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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:35

a-copie-15.pngAlors qu’une frénésie aveugle atteignait son paroxysme dans les médias occidentaux, frénésie qui frisait - littéralement - l’hystérie nucléaire, les inspecteurs des Nations-Unies de l’Agence internationale de l’Énergie atomique (AIEA) publiaient un rapport accusant surtout Téhéran d’avoir tenté de concevoir une arme nucléaire pour l’adapter sur une ogive de missile pas plus tard que la fin de l’an dernier.



Selon le rapport, l’Iran a travaillé « sur le développement d’une conception propre d’une arme nucléaire, notamment en testant ses composants. »

En plus de travailler à repenser et miniaturiser l’arme nucléaire pakistanaise, Téhéran est accusé également de mener une opération en secret pour enrichir de l’uranium - le Green Salt Project - qui pourrait être utilisé « dans un programme d’enrichissement non divulgué ».Tout ceci conduit l’AIEA à exprimer « de sérieuses préoccupations » concernant une recherche et un développement « spécifiques à l’arme nucléaire ».

Le rapport veut faire passer l’idée qu’alors que l’AIEA a tout essayé depuis des années pour surveiller les stocks iraniens déclarés de minerai d’uranium et d’uranium traité - actuellement 73,7 kilos d’uranium enrichi à 20 % à Natanz, plus 4 922 kilos d’uranium enrichi à moins de 5 % -, Téhéran, en secret, essaierait de construire l’arme nucléaire.

Renseignements douteux.

L’AIEA répète qu’elle s’appuie sur des renseignements « crédibles » - plus de 1000 pages de documentation - venant de plus de 10 pays, et sur huit années de « preuves ».Pourtant, l’AIEA n’a aucun moyen indépendant pour confirmer l’énorme masse des informations - et désinformations - qu’elle reçoit de la plupart des puissances occidentales. Mohammed El Baradei - qui fut le prédécesseur du Japonais Yukya Amano à la direction de l’AIEA - l’a déclaré également, explicitement, et à plusieurs reprises. Et il a toujours mis en doute ce qui passe pour être les « Renseignements iraniens », sachant qu’ils sont politisés à l’extrême et infiltrés par des vagues de rumeurs et de spéculations.

Pas étonnant que le quotidien iranien [...] Kayhan a saisi l’occasion pour se demander si c’était un rapport de l’AIEA ou un diktat américain sur un Amano docile et facilement impressionnable. Il n’y a rien de particulièrement nouveau, même de loin, dans le rapport - les images satellite et les spéculations des « diplomates » étant vendues comme des « renseignements » irréfutables. Si cela ressemble à la façon dont on a fait monter la pression pour la guerre en Iraq, c’est simplement parce que c’est le cas. Essentiellement, il s’agit de la régurgitation d’une farce vieille de quatre ans, dite du « portable de mort ».

Le scénario le plus proche de la vérité - même en prenant en considération l’existence d’un programme secret, lequel n’est pas avéré - montre clairement qu’une fabrication d’ogive nucléaire est, pour Téhéran, contre-productive.

Pourtant, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) - en charge des programmes militaires de haut niveau - pourrait certainement conserver l’option de construire une ogive nucléaire, rapides comme l’éclair, comme moyen de dissuasion au cas où ils seraient absolument sûrs que les USA vont les envahir, ou même s’engager dans une stratégie d’envergure de « choc et d’effroi ». La vraie conséquence, incontestable, d’une éventuelle possession de l’arme nucléaire par l’Iran est qu’il faut en finir une fois pour toutes avec les éternelles menaces d’une agression américaine. En cas de doute, veuillez consulter le dossier de la Corée du Nord.

Le régime de Téhéran peut être impitoyable, mais ce ne sont pas des amateurs, pour construire une arme nucléaire – que ce soit en secret ou à la vue de l’AIEA - et d’aller s’en servir, ne les mènerait nulle part. Le régime - qui est déjà impliqué dans un cercle vicieux, la bataille interne complexe entre le Guide Suprême Ali Khamenei et la faction du président Mahmoud Ahmadinejad - serait totalement isolé géopolitiquement. La population iranienne est beaucoup plus préoccupée par l’inflation, le chômage, la corruption et le désir de plus de participation politique que d’être plongée dans une controverse mondiale nucléaire. Il y a un grand consensus favorable en Iran à propos d’un programme nucléaire civil. Mais il n’y a aucune garantie, même qu’une minorité soutienne une « bombe islamique ».

Appel de bluff israélien.

Ce qui porte sur les nerfs non seulement d’Israël mais de l’ensemble des intérêts US qui, après 32 ans, n’ont toujours pas digéré la perte de leur gendarme précieux pour le Golfe (le shah d’Iran), c’est que Téhéran les maintient éternellement dans le doute.

Bien entendu, le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahou en Israël va continuer de glapir à un niveau assourdissant, tout en essayant avec toutes les ruses indispensables de faire bouger le chien (américain). Le même Netanyahu, que ni le Président US Barak Obama ni le Président français Nicolas Sarkozy ne peuvent plus tenir, s’en tient à une stratégie implacable : attirer Washington et quelques sous-fifres, des Britanniques à la Maison des Saoud - et cela n’a rien à voir avec la « communauté internationale - pour exercer le maximum de pressions sur Téhéran. Sinon, Israël attaque.

C’est absurde, parce qu’Israël n’est pas en mesure d’attaquer ne serait-ce qu’un caniche errant. Tout son matériel militaire vital est américain. Il lui faut une autorisation spéciale pour traverser l’espace aérien saoudien ou irakien. Il a besoin d’un feu vert de Washington de A à Z. On peut accuser l’Administration Obama de tout ce que l’on veut, mais pas d’être suicidaire. Seules ces non-entités du Congrès US - méprisées par l’énorme majorité des Américains d’après un certain nombre de sondages - peuvent apporter du crédit aux ordres de marche martiaux qu’ils reçoivent de Netanyahu, via le puissant lobby pro-israélien de l’American Israel Public Affairs Commitee (AIPAC).

Donc, ce qui reste possible, ce sont de nouvelles sanctions. Quatre séries de sanctions sévères du Conseil de sécurité des Nations-Unies ont déjà pris pour cible les importations, la banque et les finances de l’Iran. Mais ils sont au bout.

La Russie n’est pas convaincue par le rapport de l’AIEA, et déjà elle s’en explique clairement. La Chine n’est pas impressionnée ; l’AIEA ne possède simplement pas de preuves suffisantes pour accuser catégoriquement l’Iran de conduire un programme actif d’armement nucléaire. Alors ne croyez pas que la Russie et la Chine puissent accepter une nouvelle série de sanctions imposées par les USA aux Nations-Unies - qui serait littéralement nucléaire ; un boycott de facto des ventes du pétrole et du gaz de l’Iran.

Seule une bande de clowns peut supposer que la Chine vote contre ses intérêts sécuritaires nationaux au Conseil de sécurité des Nations-Unies. L’Iran est le troisième fournisseur de pétrole de la Chine, après l’Arabie saoudite et l’Angola. La Chine importe environ 650 000 barils de pétrole chaque jour d’Iran - 50 % de plus que l’année dernière. C’est plus de 25 % du total des exportations de pétrole de l’Iran.

Même l’Administration Obama a dû admettre, publiquement, qu’un boycott était inimaginable ; il priverait l’économie mondiale en crise d’au moins 2,4 millions de barils de pétrole quotidiennement, avec un baril montant probablement à 218€ ou même 290€ Téhéran a trouvé - et continuera de trouver - les moyens de contourner les sanctions financières. L’Inde a payé ses importations de pétrole iranien via une banque turque. Téhéran commence actuellement à passer par une banque russe.

Ceci prouve aussi que le mantra d’Israël d’isoler l’Iran de la « communauté internationale » est un bluff monumental. Les acteurs clés, tels les membres du BRICS comme la Russie, la Chine et l’Inde [le BRICS comprend aussi le Brésil et l’Afrique du Sud], entretiennent des relations commerciales étroites.

Par-dessus tout, au milieu de cette hystérie iranophobe, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), avec la Chine, la Russie et 4 « républiques » du Centre Asie (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan) est engagée dans son dernier sommet à Saint-Pétersbourg [le 7 novembre 2011]. L’Iran - qui y jouit d’un statut d’observateur - était présent avec son ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi. Tôt ou tard, l’Iran y sera admis comme membre à part entière.

Si, même avant que l’Iran ne rentre à l’Organisation de coopération de Shanghai(OCS), la Chine et la Russie considéraient qu’une agression contre l’Iran est une agression contre elles-mêmes - ou contre l’idée d’intégration énergétique en Asie -, il serait très instructif d’observer Israël essayant de convaincre les États-Unis de mener une attaque contre l’Asie.

 

Pepe Escobar

 

 Traduction IRIB http://french.irib.ir/analyses/articles/item/153226-l%3Firan...avec quelques corrections, compléments et intertitres rajoutés par un lecteur assidu du Grand Soir

ORIGINAL http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MK10Ak02.html

URL de cet article 15141
http://www.legrandsoir.info/un-mauvais-proces-d-iranophobie-nucleaire-asia-times.html

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