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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:31

arton15141-9c2a0.jpgAlors qu’une frénésie aveugle atteignait son paroxysme dans les médias occidentaux, frénésie qui frisait - littéralement - l’hystérie nucléaire, les inspecteurs des Nations-Unies de l’Agence internationale de l’Énergie atomique (AIEA) publiaient un rapport accusant surtout Téhéran d’avoir tenté de concevoir une arme nucléaire pour l’adapter sur une ogive de missile pas plus tard que la fin de l’an dernier.



Selon le rapport, l’Iran a travaillé « sur le développement d’une conception propre d’une arme nucléaire, notamment en testant ses composants. »

En plus de travailler à repenser et miniaturiser l’arme nucléaire pakistanaise, Téhéran est accusé également de mener une opération en secret pour enrichir de l’uranium - le Green Salt Project - qui pourrait être utilisé « dans un programme d’enrichissement non divulgué ».Tout ceci conduit l’AIEA à exprimer « de sérieuses préoccupations » concernant une recherche et un développement « spécifiques à l’arme nucléaire ».

Le rapport veut faire passer l’idée qu’alors que l’AIEA a tout essayé depuis des années pour surveiller les stocks iraniens déclarés de minerai d’uranium et d’uranium traité - actuellement 73,7 kilos d’uranium enrichi à 20 % à Natanz, plus 4 922 kilos d’uranium enrichi à moins de 5 % -, Téhéran, en secret, essaierait de construire l’arme nucléaire.

Renseignements douteux.

L’AIEA répète qu’elle s’appuie sur des renseignements « crédibles » - plus de 1000 pages de documentation - venant de plus de 10 pays, et sur huit années de « preuves ».Pourtant, l’AIEA n’a aucun moyen indépendant pour confirmer l’énorme masse des informations - et désinformations - qu’elle reçoit de la plupart des puissances occidentales. Mohammed El Baradei - qui fut le prédécesseur du Japonais Yukya Amano à la direction de l’AIEA - l’a déclaré également, explicitement, et à plusieurs reprises. Et il a toujours mis en doute ce qui passe pour être les « Renseignements iraniens », sachant qu’ils sont politisés à l’extrême et infiltrés par des vagues de rumeurs et de spéculations.

Pas étonnant que le quotidien iranien [...] Kayhan a saisi l’occasion pour se demander si c’était un rapport de l’AIEA ou un diktat américain sur un Amano docile et facilement impressionnable. Il n’y a rien de particulièrement nouveau, même de loin, dans le rapport - les images satellite et les spéculations des « diplomates » étant vendues comme des « renseignements » irréfutables. Si cela ressemble à la façon dont on a fait monter la pression pour la guerre en Iraq, c’est simplement parce que c’est le cas. Essentiellement, il s’agit de la régurgitation d’une farce vieille de quatre ans, dite du « portable de mort ».

Le scénario le plus proche de la vérité - même en prenant en considération l’existence d’un programme secret, lequel n’est pas avéré - montre clairement qu’une fabrication d’ogive nucléaire est, pour Téhéran, contre-productive.

Pourtant, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) - en charge des programmes militaires de haut niveau - pourrait certainement conserver l’option de construire une ogive nucléaire, rapides comme l’éclair, comme moyen de dissuasion au cas où ils seraient absolument sûrs que les USA vont les envahir, ou même s’engager dans une stratégie d’envergure de « choc et d’effroi ». La vraie conséquence, incontestable, d’une éventuelle possession de l’arme nucléaire par l’Iran est qu’il faut en finir une fois pour toutes avec les éternelles menaces d’une agression américaine. En cas de doute, veuillez consulter le dossier de la Corée du Nord.

Le régime de Téhéran peut être impitoyable, mais ce ne sont pas des amateurs, pour construire une arme nucléaire – que ce soit en secret ou à la vue de l’AIEA - et d’aller s’en servir, ne les mènerait nulle part. Le régime - qui est déjà impliqué dans un cercle vicieux, la bataille interne complexe entre le Guide Suprême Ali Khamenei et la faction du président Mahmoud Ahmadinejad - serait totalement isolé géopolitiquement. La population iranienne est beaucoup plus préoccupée par l’inflation, le chômage, la corruption et le désir de plus de participation politique que d’être plongée dans une controverse mondiale nucléaire. Il y a un grand consensus favorable en Iran à propos d’un programme nucléaire civil. Mais il n’y a aucune garantie, même qu’une minorité soutienne une « bombe islamique ».

Appel de bluff israélien.

Ce qui porte sur les nerfs non seulement d’Israël mais de l’ensemble des intérêts US qui, après 32 ans, n’ont toujours pas digéré la perte de leur gendarme précieux pour le Golfe (le shah d’Iran), c’est que Téhéran les maintient éternellement dans le doute.

Bien entendu, le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahou en Israël va continuer de glapir à un niveau assourdissant, tout en essayant avec toutes les ruses indispensables de faire bouger le chien (américain). Le même Netanyahu, que ni le Président US Barak Obama ni le Président français Nicolas Sarkozy ne peuvent plus tenir, s’en tient à une stratégie implacable : attirer Washington et quelques sous-fifres, des Britanniques à la Maison des Saoud - et cela n’a rien à voir avec la « communauté internationale - pour exercer le maximum de pressions sur Téhéran. Sinon, Israël attaque.

C’est absurde, parce qu’Israël n’est pas en mesure d’attaquer ne serait-ce qu’un caniche errant. Tout son matériel militaire vital est américain. Il lui faut une autorisation spéciale pour traverser l’espace aérien saoudien ou irakien. Il a besoin d’un feu vert de Washington de A à Z. On peut accuser l’Administration Obama de tout ce que l’on veut, mais pas d’être suicidaire. Seules ces non-entités du Congrès US - méprisées par l’énorme majorité des Américains d’après un certain nombre de sondages - peuvent apporter du crédit aux ordres de marche martiaux qu’ils reçoivent de Netanyahu, via le puissant lobby pro-israélien de l’American Israel Public Affairs Commitee (AIPAC).

Donc, ce qui reste possible, ce sont de nouvelles sanctions. Quatre séries de sanctions sévères du Conseil de sécurité des Nations-Unies ont déjà pris pour cible les importations, la banque et les finances de l’Iran. Mais ils sont au bout.

La Russie n’est pas convaincue par le rapport de l’AIEA, et déjà elle s’en explique clairement. La Chine n’est pas impressionnée ; l’AIEA ne possède simplement pas de preuves suffisantes pour accuser catégoriquement l’Iran de conduire un programme actif d’armement nucléaire. Alors ne croyez pas que la Russie et la Chine puissent accepter une nouvelle série de sanctions imposées par les USA aux Nations-Unies - qui serait littéralement nucléaire ; un boycott de facto des ventes du pétrole et du gaz de l’Iran.

Seule une bande de clowns peut supposer que la Chine vote contre ses intérêts sécuritaires nationaux au Conseil de sécurité des Nations-Unies. L’Iran est le troisième fournisseur de pétrole de la Chine, après l’Arabie saoudite et l’Angola. La Chine importe environ 650 000 barils de pétrole chaque jour d’Iran - 50 % de plus que l’année dernière. C’est plus de 25 % du total des exportations de pétrole de l’Iran.

Même l’Administration Obama a dû admettre, publiquement, qu’un boycott était inimaginable ; il priverait l’économie mondiale en crise d’au moins 2,4 millions de barils de pétrole quotidiennement, avec un baril montant probablement à 218€ ou même 290€ Téhéran a trouvé - et continuera de trouver - les moyens de contourner les sanctions financières. L’Inde a payé ses importations de pétrole iranien via une banque turque. Téhéran commence actuellement à passer par une banque russe.

Ceci prouve aussi que le mantra d’Israël d’isoler l’Iran de la « communauté internationale » est un bluff monumental. Les acteurs clés, tels les membres du BRICS comme la Russie, la Chine et l’Inde [le BRICS comprend aussi le Brésil et l’Afrique du Sud], entretiennent des relations commerciales étroites.

Par-dessus tout, au milieu de cette hystérie iranophobe, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), avec la Chine, la Russie et 4 « républiques » du Centre Asie (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan) est engagée dans son dernier sommet à Saint-Pétersbourg [le 7 novembre 2011]. L’Iran - qui y jouit d’un statut d’observateur - était présent avec son ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi. Tôt ou tard, l’Iran y sera admis comme membre à part entière.

Si, même avant que l’Iran ne rentre à l’Organisation de coopération de Shanghai(OCS), la Chine et la Russie considéraient qu’une agression contre l’Iran est une agression contre elles-mêmes - ou contre l’idée d’intégration énergétique en Asie -, il serait très instructif d’observer Israël essayant de convaincre les États-Unis de mener une attaque contre l’Asie.

 

Pepe Escobar

 

 

Traduction IRIB http://french.irib.ir/analyses/articles/item/153226-l%3Firan... avec quelques corrections, compléments et intertitres rajoutés par un lecteur assidu du Grand Soir

ORIGINAL http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MK10Ak02.html

URL de cet article 15141
http://www.legrandsoir.info/un-mauvais-proces-d-iranophobie-nucleaire-asia-times.html
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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:23

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:18

gerard-longuet-2011-3-24-8-31-36.jpg« Je ne suis pas sûr d’être bon … ». Gérard Longuet, le ministre français de la défense, fait le modeste devant l’Association des journalistes de défense (AJD), ce mercredi 16 novembre. Il exerce « un métier passionnant », au carrefour de multiples disciplines, centres de décision, etc., avec un président qui « assume entièrement » sa fonction de chef des armées, et qui a une captivante « philosophie du résultat ». Petit florilège :

Demande d’aide militaire du CNT libyen – « A ma connaissance, il n’y en a pas. On répondra favorablement, compte tenu des liens actuels. Mais il n’y a pas d’Etat, pas de ministère de la Défense : ça ne facilite pas… ».

Dissémination des armes en Libye – Le ministre français rassure : « Il y a des équipements en vadrouille, mais ni gaz moutarde, ni produits nucléaires ». Et il se rassure, à propos des milliers de missiles Sam qui seraient dans la nature : « On ne peut nier. Mais leur usage demande un minimum de logistique (par exemple, des piles), d’entretien et de savoir-faire ». Et Longuet de conclure : « En fait, tout reste à contrôler et à organiser ».

Unified protector, en Libye – « Les guerres se gagnent au sol, et non dans l’aérien : sans les combattants libyens, Kadhafi serait toujours là. Mais, sans l’opération aéronavale de l’OTAN, il n’y aurait plus d’opposants libyens… ».

La coalition – « Partis à deux, arrivés à quarante … Avec trois états-majors, dans un dispositif américain, puis OTAN. Les huit nations qui procédaient aux frappes ont donné la tonalité…. ». Conclusion : « On peut faire à côté des Américains, sans être contre. Leur soutien était indispensable, mais cela n’a pas été un leadership ».

Budget 2012 – « Les coups de rabot sur la défense sont limités à moins d’un pour cent des 31,7 milliards d’euros (hors pensions) ». Il va manquer de crédits par exemple pour financer les prochaines campagnes de recrutement.

Retrait d’Afghanistan – Un départ plus tôt (que les Américains) est « incompatible avec notre statut de membre du Conseil de sécurité : nous sommes nécessairement solidaires ». Pour le ministre, un retrait prématuré « annulerait dix ans d’effort ».

L’avenir de Karzai et des talibans – « Le choc frontal n’est pas à leur portée, mais la guérilla, si. Il ne faudra pas de retrait “sec”, sans coopération, ni perspective ». On devra au contraire contribuer au fonctionnement de l’armée et de la police afghanes, « mais au coût d’une guerre afghane, pas au prix américain ! ».

Frappes sur l’Iran – « Elle ne sont pas à l’ordre du jour, pour nous, Français. Pas de frappes préventives. Mais la France défendrait Israël s’il était attaqué. Et elle prend très au sérieux le rapport de l’AIEA ».

Intervention en Syrie – « Je suis excessivement prudent. Ce n’est pas le cas libyen : il n’y a pas de mandat de l’ONU, il y a imbrication dans chaque camp, c’est un terrain très rude ». Le ministre renvoie à un écrit du colonel de Gaulle, en 1929, L’Histoire des troupes du Levant (réédité avec La France et son armée, chez Perrin, en septembre 2011).

L’axe Paris-Londres – Un an après la signature du traité franco-britannique de Lancaster House (le 2 novembre 2010), on fait le compte de ce qui marche (la coopération sur la dissuasion) et ce qui est engagé (la réflexion sur un drone pour 2020).

Les Allemands (qui n’ont pas souhaité s’engager en Libye) – « On les préfère pantouflards plutôt que casques à pointe ; mais on les aimerait plus responsables ». Le ministre comprend qu’avec leur densité de population, ils ne voient pas le nucléaire et la dissuasion de la même manière qu’en France. Ils ont « le souci de la Russie ».

Les Russes – Ils ont des problèmes : effondrement démographique, agitation dans les républiques musulmanes, concurrence face à la Chine. Conclusion du ministre : « Une défense antimissile qui recréerait une frontière (plus étanche) avec la Russie ne serait pas forcément une bonne chose ».

L’invendable Rafale – « C’est en phase finale qu’on a le plus de tension. Plus les négociations sont tendues, plus ça marque l’intérêt. Si un vendeur est pressé, il vend mal. Même chose pour l’acheteur … ». Mais le choix de cet appareil était pertinent, selon le ministre : multi-missions, un équipage pour trois, pas plus cher que l’Eurofighter, et moins que les appareils américains (qui ne sont pas d’usage libre).

Armement – Les exportations françaises ont été sans grands contrats en 2010, mais représentent quand même 7 % du commerce mondial. Les BPC russes et le retrofit des Mirage indiens devraient booster le bilan de 2011.

Bases en Afrique – Le ministre défend l’actuel processus de resserrement sur deux implantations principales : « On aurait choisi Port-Boët, en Côte d’Ivoire, [1] si Ouattara avait été en place plus tôt ». Mais il est inutile de se disperser (sur de nombreux points d’appui) : « Les unités ont une formidable capacité à être projetées, et on peut travailler depuis la métropole ». [2]

Pirates de Somalie – « Les gardes civils armés à bord des bateaux  [3], j’en pense le plus grand bien ».

Manifestations patriotiques – « Une grande journée qui rassemble tout le monde, en hommage aux “morts pour la France”, c’est bien. Mais attention à ne pas se mettre en situation d’avoir à mesurer le degré de patriotisme à l’aune de la fréquentations des cérémonies ». [4]

L’ordre et la morale – « Je n’irai pas voir le film de Kassowitz, pour ne pas avoir à le commenter en tant que ministre de la défense ».

Notes

[1] Plutôt que Libreville (Gabon).

[2] La bonne vieille « métropole » est toujours dans certaines têtes !

[3] Mis en place notamment par les Américains, les Espagnols, les Britanniques, mais pas par les Français.

[4] On fera plus tard un sort aux cendres du général Marcel Bigeard, qui seront transférées finalement aux Invalides – à l’initiative justement de Gérard Longuet, qui en a fait une cause nationale (en mettant en exergue sa bravoure à Dien Ben Phu, et en oubliant ses turpitudes lors de la bataille d’Alger) et régionale (tous deux sont lorrains).

 

 

http://blog.mondediplo.net/2011-11-18-Gerard-Longuet-dans-le-texte

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:02

il-1-partageo 0 0Au train où l’on va, d’économie en économie, l’avancée de l’espérance de vie va passer à la trappe. Désespérant … Heureusement vient la chasse à la fraude !

Soyez un bon citoyen : ne tombez pas malade. Ou, si vous êtes vieux, abîmé, souffreteux, ayez la décence de mourir avant d’avoir creusé le trou de la Sécu. Faites un effort de solidarité nationale, crénom, regardez nos amnésiques, la Bettencourt, elle se soigne avec des simples, Servier, le mec du Médiator, il vit sur son stock, et aux dernières nouvelles Chirac s’est fait prescrire de la Corona, non remboursée, pour déchirer ses ultimes neurones. Voilà des Français, des vrais. Pas comme ces pégreleux qui accouchent à tout vent, sortent mal vêtus dans les courants d’air pour pécho le cancer, ou se piquent au Canard-WC avec la seringue du voisin de palier pour se couler dans l’HIV.

LES ENFANTS TRINQUENT

La santé, c’est comme tout : les parents jettent le pognon par les fenêtres, et les générations à venir vont devoir compter sur Lourdes pour dépasser cinquante ans. La génération des ces empaffés de soixante-huitards a poussé papy et mamy dans une maison de retraite médicalisée où, tous les jours, c’est piquouse de trompe-varice, deux comprimés de laxatifs, un cocktail de sels de lithium (pas de marques !) pour voir la vie en rosâtre et un somnifère massif pour que ça ne pleure pas le soir tard. Ajoutez un col du fémur tous les deux ans, la location du fauteuil roulant et du déambulateur, cent vingt séances d’un kiné qui vient une fois sur deux, et hop !, vous avez un vieillard qui vous dévore 500 piastres de sécu par mois.

Pendant ce temps, les réchappés des barricades se gobergent peinards, un pontage pour papa, douze scanners de la thyroïde pour maman, sans compter le filon ménopause et le pactole cholestérol, ces deux mamelles de l’escroquerie pharmaceutique, et re-hop ! on fait la culbute, 500 piastres derechef, en tout cas chez les bourges, les pauvres, c’est même pas constipé, faute de bouffe, un aspégic pour la migraine et le dos cassé, trois abbé Souris pour les bouffées de chaleur, dommage qu’à force de se caler avec du pain et du jambon bas de gamme ou du cassoulet sucré de récupération ils nous font des obésités paradoxales, ne parlons pas de leurs gosses, des baudruches à six ans, des gras-du-bide gavés de pizza surgelée et de pâtes aux noisettes caramélisées. Et comment on va les soigner, ces gnards, avec le trou dans la Sécu qu’on a ?

SECURITE SOCIALE, S.S. !

C’est d’autant plus regrettable, ce putain de trou, que la Santé, c’est payant. Je veux dire, ça rapporte gros. C’est pas comme la zonzon du même nom, qui ne nous rapporte pas un rond. La santé, c’est des millions d’emplois, mon gars, suppose que demain tout le monde cesse d’être malade, évite des se péter les membres en ski ou en scooter, mette bas dans un fossé, à l’ancienne, façon baba-cool, considère que le cancer est mortel et que la grippe ça se soigne au grog, c’est plus un trou de la sécu, qu’on aura, mais des queues de huit cents mètres à la porte du Pôle-Emploi les jours où il sont pas en grève. Je signale au passage qu’en ce cas, les médecins et les pharmaciens seraient les plus touchés, parce qu’ils sont les mieux payés. Plus de maladie, plus de sécu ; plus de sécu, plus de toubibs, parce qu’à 90%, qui est-ce qui les paie, les toubibs ? La sécu, ou plutôt les cotisations des citoyens, tiens donc.

Le festival de Scan
© Nardo

IRM, anagramme de RMI

Comme vous le savez, le milieu est plutôt libéral, à croire qu’ils gèrent une petite entreprise dans leur cabinet, à remplir des papiers hygiéniques. Regardez tous ces spécialistes qui ne supportent pas de voir leurs tarifs plafonnés, alors, ils enjambent, ça s’appelle le «  dépassement d’honoraires », tout ce qui est au dessus, c’est pour la mutuelle ou le patient – mais si la sécu ne payait plus les 40 premiers euros, ils feraient quoi, les mecs ? Ils vendraient le second 4x4 et le studio aux Ménuires, tiens. Que de misère ! Dix-huit mois d’attente pour un ophtalmo. Pauvres gars surmenés, les pupilles de la nation, si j’ose dire, si fermement attachés au numerus clausus des spécialités d’internat ! Trois mois pour une IRM, c’est l’anagramme de RMI, mais c’est un pur hasard, les radiologues ne claquent pas du bec à ce point, c’est la seconde profession la plus payée en France après Trésorier-payeur général. Et les pharmaciens, si libéraux qu’ils ont des quotas d’installation pour bousiller la concurrence, une profession plus protégée que ça par l’Etat, faut déjà chercher, y en a, mais au moins ils la ferment. Question de pudeur.

EN BOITE, LE CRABE !

Oui, la maladie, ça coûte cher, mais ça peut rapporter gros. Par exemple, il y a encore de la marge, pour rentabiliser. Regardez les Anglais. Chez eux, il y a une sorte de commission qui décide si ça vaut le coup de soigner les cancéreux. Sale journée, pour le bonhomme qui est recalé. Il apprend à la fois qu’il a un cancer, que c’est incurable et qu’à partir de demain, il raque tous ses soins. On reconnaît bien là le pragmatisme dont se prévalent les Anglo-Saxons, face aux Latins qui, comme nous, sommes de grands sentimentaux travaillés par des idées gazeuses comme l’humanisme, l’égalité, la fraternité. Du coup, ils font des économies monstrueuses, les roastbeefs saignants, on va quasi direct de la biopsie au crématoire, même Hitler n’avait pas imaginé ce circuit court qui permettait d’économiser le Zyklon B. Et aux States, grand pays de la liberté, on a, de même, la liberté de vendre sa maison pour payer une banale appendicectomie.

Aux Etats-Unis, t’as le droit d’être assuré pas d’être malade

Et de raquer à fond perdu des assurances qui refusent le contrat dès que tu as eu un vrai pépin, tu payes pour être assuré, pas pour être malade. Ou alors, faut être riche, donc, t’as qu’à être riche, c’est une leçon de vie, mon gars ! Mais ne vous inquiétez pas, on y vient, chez nous, par petites touches, mais on y vient. Sous Sarko, payer sa mutuelle se sera révélé comme une autre façon de payer ses impôts : en augmentant les taxes sur ta mutu, on prend ton pognon et on l’injecte dans le remboursement de la dette pour amortir la niche Copé, t’as rien vu, le pognon, ça va, ça vient et une main lave l’autre. On dérembourse à tour de bras, sauf les virées en taxi pour aller de chez toi à l’hosto chaque lundi, si t’es un « chronique », histoire de te décourager d’y aller avec ton auto si tu peux conduire, parce que tu paierais l’essence et le parcmètre, faut soutenir les taxis, t’as vu comment ils votent ? Et l’on subventionne encore des cures thermales qui ne soignent que les revenus des bourgades qui les abritent, sinon, c’est de la thalasso sans la mer, mais l’hôtel est payé, il y a forcément un casino, et on peut même cumuler, ici ou là, avec un pèlerinage. Et surtout, on oublie la campagne contre la grippe H1N1, menée avec brio par la mère Bachelot, qui a coûté plus de 2 milliards d’euros dont les deux tiers étaient totalement inutiles – sauf pour les fabricants de masques (150 millions d’euros, + 11 en pédiatrie) et de vaccins (807 millions d’euros, source : rapport Autain, Sénat).

DEUX BOULETS SOUS LES OBUS

Le fond de l’affaire, c’est que pour les gouvernements libéraux capitalistes, il y a deux trucs qui sont comme un boulet, la santé et l’éducation. Obsédés qu’ils sont par tout le pognon qu’on se ferait en coupant les vivres à ces goinfres. Mais c’est duraille, faut une bonne crise pour entamer ces bastilles. Dans de vieilles républiques comme la nôtre, pas moyen de les bazarder comme on a fait des banques nationalisées par Mitterrand, voire par De Gaulle soi-même. Alors, pour rentabiliser le truc, il y a deux techniques. La première, c’est le deux-vitesses : d’abord, on économise à fond sur le service public, c’est toujours ça de gagné ; alors, les clients (c’est comme ça qu’on appelle les citoyens, en libéralisme avancé) vont se faire soigner ailleurs et à leurs frais, pour être convenablement traités. Ne restent à l’école publique et aux urgences que les cas sociaux, les loques humaines et les « défavorisés », ainsi appelés parce qu’ils ne portent pas de favoris. On y vient, on y vient : voyez la prolifération des assurances privées, des cliniques de proximité qui émargent à des fonds de pension qataris, des académies pour cours particuliers, des écoles d’anglais de Wall Street ou de sa proche banlieue, et l’encombrement chez les Bons Pères qui font l’éducation sexuelle à l’œil.

Au besoin, l’Etat met la main à la poche : du coup, ce sont les impôts des parents des enfants de l’école publique qui paient l’école privée, c’est pas finaud, ça ?

Deuxième technique : on dézingue carrément, en montrant des gouffres partout, pleins à ras bord, mais gouffres tout de même, quelle horreur avec les marchés qui s’affolent ! Alors, on les configure comme des niches à profiteurs, voyez tous ces instituteurs qui roulent en Porsche, ces infirmières en blouse Dior, ces « fonctionnaires » ah, putain, le gros mot est lâché, regardez les chacals qui nous dévorent, avec tous leurs privilèges et leurs années d’études insolentes à flemmasser dans les facs en tétant des joints, pour s’engraisser grâce à nos spermatozoïdes aboutis et nos maladies qu’on a la bonté d’avoir !

LA SANTE, OU L’EVASION ?

Le trou, on y est, et pas que pour la Sécu. Jamais on n’est tombé aussi bas : le même jour ou presque, on taxe les mutuelles de santé et on détaxe les chambres d’hôtel de luxe, parce que pour les chambres à plus de 200 euros, 4 euros de solidarité nationale, c’était monstrueux. On lance une attaque d’ampleur nationale sur la fraude à l’assurance maladie (156 millions en 2010, dont la moitié sont imputables à des facturations indues d’hôpitaux et de cliniques privées, et à peine 10 % à des prescriptions injustifiées…)  : mais que fait-on contre la fraude fiscale massive ? Au cas où vous seriez troublés par les vœux candides de Sarko, apprenez qu’en août 2011 la France a refusé un accord de régularisation des avoirs détenus en Suisse (l’accord « Rubik », signé avec les Helvètes par l’Allemagne et la Grande-Bretagne)  qui lui aurait rapporté environ 4,5 milliards d’euros dès 2012 – au risque toutefois de devoir taxer des copains, si utiles pour graisser une campagne électorale…

Mieux : il y a un député que la réduction fiscale sur les dons aux associations humanitaires scandalise comme si c’était la pire des évasions, il veut la saquer. Pour quelques millions d’euros. Une broutille, en comparaison de ce que bouffent les banquiers et de ce qu’étouffent tous ces fraudeurs dont Bercy a la liste, paraît-il, ça sert à caler un bureau. Pauvre type. A quel degré de bêtise et d’égoïsme le sarkozisme peut-il mener…Tiens, je lui souhaiterais presque un cancer à l’anglaise, si je n’étais pas, bêtement, encore soucieux de décence.

 

http://www.bakchich.info/Sante,13165.html

 


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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 20:07

arton1675-44305.jpgQuelles sommes sont cachées dans les paradis fiscaux ? Par qui ? Et comment ? A l’aide d’une méthodologie originale et de données jusqu’alors sous-exploitées, Gabriel Zucman apporte une lumière nouvelle et crue sur ces problèmes, en espérant que cela puisse aider à améliorer la lutte contre les paradis fiscaux.

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Gabriel Zucman termine sa thèse à l’Ecole d’économie de Paris. Il s’intéresse aux inégalités de fortune, notamment à l’échelle mondiale. Avec une vingtaine de jeunes chercheurs, il anime la revue Regards croisés sur l’économie.

La Vie des Idées  : Vous avez effectué un important travail sur ce que vous appelez la « richesse manquante des nations », c’est-à-dire le patrimoine des ménages qui n’apparait pas dans les statistiques nationales et mondiales, parce que caché dans les paradis fiscaux. Est-ce que vous pourriez d’abord nous donner quelques ordres de grandeur : quel serait le montant de cette richesse ? Sa structure ? Quels en sont les principaux détenteurs ? Quels sont les principaux paradis fiscaux ?

Gabriel Zucman  : L’étude que j’ai réalisée suggère qu’environ 8 % du patrimoine financier des ménages est détenu dans des paradis fiscaux à l’échelle mondiale. Fin 2008, le patrimoine financier des ménages – c’est-à-dire les dépôts bancaires, les portefeuilles d’action, les placements dans des fonds d’investissement et les contrats d’assurance-vie détenus par les ménages du monde entier – s’élevait à 75 000 milliards de dollars. Les ménages détenaient donc environ 6 000 milliards de dollars dans les paradis fiscaux.

On imagine souvent qu’avoir un compte en Suisse, c’est avoir de l’argent dormant, dans un coffre-fort ou sur un compte courant. En réalité, les ménages fortunés ne vont pas en Suisse pour mettre des millions sur des comptes rapportant 1 % l’an. Depuis leurs comptes suisses, ils font des investissements relativement sophistiqués. La grande majorité des fortunes offshore sont investies dans des titres financiers : actions, parts de fonds d’investissement, obligations. Parmi ces titres financiers, les parts de fonds d’investissement jouent un rôle prépondérant. Cela n’a rien d’étonnant : investir dans un fonds, qui lui même investit ensuite dans des obligations américaines, des actions brésiliennes, etc., rapporte bien plus qu’accumuler des liquidités sur un compte courant.

Il est bien plus dur de savoir à qui appartiennent les fortunes dans les paradis fiscaux que de connaître le montant total des fortunes offshore et leur composition. En fait, on ne dispose de bonnes données que pour la Suisse. Les banques suisses gèrent environ un tiers des fortunes offshore, donc environ 2 000 milliards de dollars fin 2008. Cela fait de la Suisse le plus important paradis fiscal pour la gestion de fortune transfrontalière.

Sur ces 2 000 milliards, plus de 60 % appartiennent à des Européens, notamment à des Italiens, des Allemands, des Français, des Espagnols, des Portugais et des Grecs… En deuxième position viennent les pays du Golfe – les riches familles du Golfe ont été depuis les années 1970 des clients importants des banques Suisses et londoniennes, ce qui n’est guère étonnant au regard du faible développement du système financier des pays du Golfe.

Contrairement à une vision largement répandue, les fortunes des dictateurs africains ou des oligarques russes ne constituent qu’une petite fraction des fortunes gérées par les banques suisses. L’essentiel de l’argent en Suisse appartient encore à des Européens, et plus généralement à des résidents des pays riches – à l’exception du Japon. Il semble cependant que la part des émergents croisse, et que celle des Européens et des Américains décline.

On ne sait pas ce qu’il en est dans les autres paradis fiscaux. Certains rapports réalisés sur la base d’interviews avec des gestionnaires de fortune suggèrent que l’essentiel des fortunes gérées dans les paradis fiscaux européens (Suisse, Luxembourg, Jersey, Guernesey, Liechtenstein, etc.) appartiennent à des Européens, l’essentiel de celles gérées dans les Caraïbes (îles Caïman, Bahamas, Bermudes, etc.) à des Américains (du Nord et du Sud), et l’essentiel de celles gérées dans les paradis fiscaux asiatiques (Singapour et Hong-Kong) à des asiatiques. Mais il n’existe de données solides que pour la Suisse.

Ce qui est clair, c’est qu’une partie substantielle des fortunes offshore appartient nécessairement à des Européens, puisqu’ils possèdent la majorité des fortunes gérées par le plus gros paradis fiscal, la Suisse.

La Vie des Idées  : Pourquoi le Japon se distingue-t-il des autres pays riches, c’est-à-dire pourquoi, contrairement aux européens et aux américains, les ménages aisés japonais ne réfugient-ils pas leur patrimoine dans les paradis fiscaux ?

Gabriel Zucman  : Il faut se montrer prudent, car on ne dispose de données que pour la Suisse. Mais il est vrai que les Japonais ne semblent pas être de gros clients des banques suisses. Les études qui cherchent à savoir ce qui pousse les gens à mettre leur argent dans des paradis fiscaux n’ont pas de conclusion univoque. Il semble fort plausible, néanmoins, que les taux de taxation domestiques jouent un rôle important : au Japon, les dividendes touchés par les ménages ne sont taxés qu’à hauteur de 10 %, contre 21 % aux États-Unis, 24 % en Allemagne, et plus de 30 % en France [1].

Comment patrimoine et revenus sont masqués

La Vie des Idées  : Pourriez-vous également donner une idée d’un montage ou d’un arrangement habituel, par exemple d’un ménage européen, pour masquer son patrimoine et ses revenus aux autorités fiscales ? Comment cela fonctionne-t-il ?

Gabriel Zucman  : Il faut distinguer deux étapes : l’envoi de l’argent en Suisse (par exemple), et la gestion de l’argent qui a été envoyé en Suisse. Commençons par la deuxième étape. Si vous disposez d’un million d’euros sur un compte suisse, le fisc Français n’a aucun moyen de le savoir, car les banques suisses n’échangent quasiment pas d’information avec le fisc français (c’est le principe du secret bancaire). Ce million génère des revenus (intérêts, dividendes) dont le fisc français n’a pas connaissance ; donc avoir un compte en Suisse permet d’éviter à la fois l’impôt sur le revenu, l’impôt de solidarité sur la fortune et l’impôt sur les successions.

En général, les personnes qui mettent de l’argent en Suisse prennent des précautions supplémentaires. Par exemple, très peu de comptes sont détenus directement par des ménages ; la plupart des fortunes offshore sont détenues par l’intermédiaire de sociétés-écrans, de trusts ou de fondations, de façon à rendre plus opaque le lien entre un compte et son bénéficiaire effectif.

Dans le schéma-type, un ménage français possède un compte en Suisse via une société-écran domiciliée à Panama (tout ceci est purement formel, il ne se passe rien au Panama : la société-écran est créée directement en Suisse). L’argent est investi, assez largement, dans des fonds d’investissement qui opèrent au Luxembourg (qui sont en fait, pour beaucoup, des filiales des banques suisses). Le Luxembourg ne taxe pas les versements transfrontaliers : notre ménage reçoit sur son compte suisse 100 % des dividendes versés par le fonds. Le fisc français n’a aucun moyen d’avoir connaissance des revenus touchés offshore par les ménages, donc si notre ménage ne déclare pas lui-même ses revenus sur sa feuille d’impôt, il ne paye pas d’impôt en France. Enfin, si jamais le fisc français a un soupçon, il butte assez vite sur le fait qu’en apparence le compte appartient à une société panaméenne, et non pas à un ménage Français avec une adresse à Paris. Quand on sait les interpréter – c’est-à-dire quand on comprend comment elles sont construites –, les données officielles de la Banque centrale Suisse, accessibles à tous, font apparaître très clairement ce schéma-type France-(Panama)-Suisse-Luxembourg. Ce n’est pas un mauvais roman policier.

Venons-en à la première étape : comment l’argent arrive-t-il en Suisse ? Dans l’imaginaire collectif tout passe par des valises de billet ; mais il est difficile de faire voyager beaucoup d’argent comme cela (et c’est très risqué). En réalité, l’essentiel des transferts sont des virements électroniques tout à fait banals. Par exemple, une société contrôlée par un ménage Français va créditer un compte Suisse pour acheter un service fictif. Autre mécanisme : beaucoup d’employés du secteur financier londonien reçoivent aujourd’hui leur salaire directement sur un compte à Jersey. Il est fréquent, également, que des employés de multinationales reçoivent leur salaire sur un compte à Chypre, par exemple. Une fois l’argent dans un paradis fiscal, il peut facilement circuler vers un autre paradis fiscal.

Pourquoi certaines sociétés payent-elles leurs employés sur des comptes offshore ? Parce qu’elles réalisent une grande partie de leur bénéfice dans des paradis fiscaux. Les bénéfices réalisés par une société américaine dans un paradis fiscal ne sont pas taxés aux États-Unis tant qu’ils ne sont pas rapatriés aux États-Unis. Plutôt que de rapatrier leurs profits aux États-Unis, les multinationales ont tout intérêt à payer directement leurs employés à partir des recettes qu’elles accumulent dans les paradis fiscaux.

Comment mesurer l’argent dans les paradis fiscaux ?

La Vie des Idées  : Vu la complexité et l’anonymat de ces dispositifs, choisis justement pour échapper à la surveillance des États, comment faites-vous pour la mesurer et l’étudier, et quelle confiance accordez-vous à vos résultats ?

Gabriel Zucman  : Quand un ménage Français possède sur un compte en Suisse une part de fonds d’investissement luxembourgeois, la France n’enregistre aucun actif (les comptables français n’ont aucun moyen de mesurer cet actif). La Suisse n’enregistre aucun actif ni aucun passif (car tout ceci, du point de vue la comptabilité internationale, ne concerne pas la Suisse : il s’agit d’un investissement réalisé par un Français au Luxembourg). Mais le Luxembourg enregistre bien un passif : plus précisément, les comptables luxembourgeois observent que des étrangers possèdent des parts de fonds d’investissement luxembourgois, ce qui constitue un passif du Luxembourg vis-à-vis du reste du monde. Fatalement, plus de passifs sont enregistrés que d’actifs à l’échelle mondiale ; en particulier, les passifs enregistrés par le Luxembourg sont beaucoup plus importants que le total des actifs enregistrés par tous les pays du monde sur le Luxembourg (en l’occurrence, la différence était de 1 000 milliards de dollars en 2008).

Pour mettre en évidence ces anomalies, j’utilise une enquête harmonisée conduite sous la direction du FMI depuis 2001, le Coordinated Portfolio Investment Survey (CPIS). Cette enquête, d’une qualité exceptionnelle, a été lancée pour résoudre les anomalies observées depuis des décennies par les statisticiens du FMI dans la balance des paiements mondiale – et notamment le déséquilibre aberrant entre actifs et passifs. Cette enquête a permis d’harmoniser les données entre pays, de diffuser les meilleures pratiques de par le monde, etc. Elle a permis de résoudre quasiment tous les problèmes dans les comptes internationaux… sauf un : les comptables Français, malgré toute leur bonne volonté, ne peuvent pas enregistrer, comme ils le devraient, les avoirs détenus par les Français en Suisse. Donc les anomalies qui restent dans le CPIS, après le travail considérable d’harmonisation du FMI et des experts du monde entier, reflètent largement l’usage que font les ménages des paradis fiscaux.

Bien sûr, la méthode que j’utilise est indirecte. Il est impossible de chiffrer au milliard près l’argent dans les paradis fiscaux. Il est impossible de savoir exactement qui sont les détenteurs de comptes offshore. Mon étude ne donne que des ordres de grandeur. Je pense que l’ordre de grandeur de 8 % du patrimoine financier mondial est raisonnable. Toutes les études existantes, qu’elles aient été réalisées par des cabinets de conseil à partir d’interviews ou par des ONG spécialisées dans les paradis fiscaux donnent des chiffres plus importants, parfois beaucoup plus importants. Je ne pense pas exagérer le problème. En outre, je ne m’intéresse qu’à une facette de l’activité des paradis fiscaux – la gestion de fortunes transfrontalière pour le compte de particuliers. Il se passe beaucoup d’autres choses dans les paradis fiscaux, sur lesquelles nous avons encore beaucoup à apprendre.

L’étude que j’ai réalisée repose sur des données qui n’existent que depuis peu, mais qui sont totalement publiques et facilement accessibles. Tous ceux qui le souhaitent peuvent donc refaire les calculs que j’ai réalisés, notamment à partir de l’annexe de mon travail qui décrit étape par étape la façon dont j’ai procédé, les sources utilisées, etc. J’espère que cela permettra d’améliorer mes estimations. Il est certain que l’apparition de nouvelles données permettra d’améliorer le chiffrage.

La Vie des Idées  : Les ordres de grandeur que vous trouvez pour cette richesse cachée apparaissent assez considérables. En quoi peuvent-ils changer l’appréhension que l’on a habituellement des grands équilibres économiques et financiers mondiaux ?

Gabriel Zucman  : La prise en compte des fortunes offshore des ménages affecte de façon notable ce que l’on sait des déséquilibres financiers internationaux. Dans les chiffres officiels, la zone euro a une position négative vis-à-vis du reste du monde : apparemment, le reste du monde possède plus d’actifs sur la zone euro que la zone euro ne possède d’actif sur le reste du monde. C’est assez étonnant au regard de la théorie économique, car l’Europe, comme le Japon, est dans l’ensemble une région à faible croissance, vieillissante, avec un taux d’épargne élevé ; la théorie économique suggère qu’elle devrait donc être créditrice nette vis-à-vis du reste du monde.

La prise en compte du patrimoine non-enregistré des pays européens permet de résoudre ce paradoxe : il est probable qu’une fois incluses les fortunes offshore des Européens, la position extérieure de la zone euro passe dans le vert.

De même, le monde riche dans son ensemble est, d’après les statistiques officielles, endetté vis-à-vis du monde en développement. La théorie économique nous suggère que le monde riche devrait plutôt être créditeur, ou a minima à l’équilibre. Prendre en compte les fortunes non-enregistrées dans les paradis fiscaux permet de réconcilier en partie la théorie et les faits.

Lutter contre les paradis fiscaux

La Vie des Idées  : Ces résultats signifient-ils aussi que les ménages riches sont encore bien plus riches que ce qui apparait dans les statistiques nationales, donc les inégalités, du moins en termes de patrimoine plus élevées ? Cela veut-il aussi dire que ces ménages parviennent effectivement à dissimuler leur patrimoine, et que donc toute tentative d’imposition de la fortune est au mieux inutile, au pire contre-productive ?

Gabriel Zucman  : Les fortunes offshore, pour l’essentiel, échappent à toutes les sources de données disponibles, que ce soit la comptabilité nationale, les données fiscales, les enquêtes… Comme les fortunes des paradis fiscaux appartiennent sans doute à des gens très riches, il est probable que les inégalités de patrimoine soient encore plus fortes que ce que nos instruments de mesure habituels montrent. Mais les paradis fiscaux ne remettent pas fondamentalement en cause notre connaissance de la répartition des richesses à l’intérieur des pays. Les sources disponibles montrent que les patrimoines sont extrêmement concentrés : d’après ce que l’on sait, en France, les 10 % les plus riches possèdent plus de 60 % du patrimoine national. Peut être possèdent-ils en réalité 65 % ou 70 % du patrimoine national – dans tous les cas, les richesses sont très concentrées.

Quant aux conséquences qu’ont les paradis fiscaux sur l’imposition des patrimoines, il faut être clair. Il est parfaitement légal (en France du moins) d’avoir un compte en Suisse ou aux Bahamas. Mais il est parfaitement illégal de ne pas déclarer les revenus qu’on reçoit sur un compte offshore. Les paradis fiscaux permettent aux personnes qui le souhaitent d’enfreindre la loi. Les États-Unis et l’Europe doivent se saisir du problème de façon coordonnée. S’ils en ont la volonté, les grands pays peuvent mettre facilement un terme à la fraude fiscale des particuliers dans les paradis fiscaux. Il leur suffit de contraindre les paradis fiscaux à échanger automatiquement les informations qu’ils détiennent. À chaque fois qu’un ménage Français touche un dividende sur le compte en Suisse qu’il possède via une société-écran panaméenne, la Suisse devrait envoyer cette information à la France. L’Union européenne, si elle parlait d’une seule voix, aurait largement la capacité de contraindre tous les paradis fiscaux à se plier à cet échange automatique d’informations. C’est d’ailleurs le but ultime de la directive épargne qu’applique l’Union européenne depuis 2005. Il est donc tout à fait envisageable que la fraude fiscale dans les paradis fiscaux soit éradiquée d’ici quelques années. Tout dépendra de l’unité des pays européens et de la volonté des États-Unis.

La Vie des Idées  : Si cela n’est pas si difficile, pourquoi les États européens ou les États-Unis ont-ils tant tardé à lutter contre les paradis fiscaux ? Et d’où viennent les capacités de résistance de ceux-ci aux demandes de la communauté internationale ?

Gabriel Zucman  : Malgré des efforts louables de plusieurs ONG et de quelques chercheurs qui se sont saisis très tôt du sujet, il y a un déficit d’informations considérable sur les paradis fiscaux. Ce manque d’informations laisse le champ libre aux groupes de pression qui veulent que rien ne change concrètement. Et il est difficile de mettre en œuvre de bonnes politiques quand on ne comprend pas exactement ce qui se passe ni l’ampleur du problème. Or c’est un sujet très technique, pour lequel les détails comptent énormément. Par exemple, dans sa mouture actuelle, la directive épargne de l’Union européenne ne frappe pas les comptes offshore qui appartiennent à des Européens via des sociétés-écran non européennes. Jusqu’à récemment, personne n’avait conscience à Bruxelles que l’essentiel des comptes offshore étaient détenus à travers de telles structures, du coup la directive épargne fonctionne mal. Les économistes portent leur part de responsabilité : ils se sont très peu intéressés aux paradis fiscaux. Mais les choses sont en train de bouger, et cela va normalement aider les décideurs à mettre en place des outils plus adaptés.

 

http://www.laviedesidees.fr/Les-paradis-fiscaux-visite-guidee.html

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:57

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Alors que le nouveau Premier ministre grec vient de former un « gouvernement d’union nationale », la vie quotidienne des Grecs continue d’être marquée par des augmentations des taxes sur les biens de première nécessité, la baisse des salaires et la hausse du chômage. Dans un contexte où le nombre de suicides augmente, où l’exode des jeunes Grecs s’intensifie, l’économiste Marica Frangakis, membre d’Attac Grèce, analyse pour Basta ! la situation politique interne et appelle à la solidarité des peuples d’Europe.

Photo : source

Basta ! : Les études montrent que la crise financière pourrait mener à une crise sanitaire. Dans quel état d’esprit est la population grecque face au plan d’austérité ?

Marica Frangakis : L’austérité en Grèce a un visage. Ce sont des rangées de boutiques fermées et qui affichent « à vendre » ou « à louer ». Des signes que l’on retrouve aussi sur les façades des appartements, alors que le marché immobilier est en chute libre. Ce sont les boutiques d’achat et de vente d’or qui, subitement, prolifèrent. Ce sont des lignes de taxis jaunes attendant les clients. Ce sont les conversations étouffées dans les autobus, les gens se racontant leurs problèmes. Beaucoup sont gênés de dire qu’ils n’ont pas assez d’argent pour leurs besoins quotidiens. Ce sont des enfants qui s’évanouissent à l’école et admettent n’avoir pas eu de repas solide depuis plusieurs jours. Ce sont les manifestations et les marches à travers le centre d’Athènes. Ce sont des grèves qui rendent la vie quotidienne difficile, mais auxquelles les gens font face sans se plaindre. C’est le nombre croissant de suicides de pères au chômage qui ne peuvent pas nourrir leur famille, d’hommes d’affaires qui ne peuvent pas payer leurs dettes. Athènes est devenu un endroit déprimant pour vivre en ce moment. La situation n’est pas si mauvaise dans d’autres endroits, notamment dans les villes plus petites, où les réseaux sociaux sont plus resserrés. Cependant, à mesure que la crise s’aggrave, la Grèce entière est entraînée dans une spirale infernale.

Concrètement, en quoi consistent ces mesures d’austérité ?

Les mesures d’austérité ont changé la vie quotidienne des Grecs à bien des égards. Depuis 2009, le salaire nominal dans le secteur public a été réduit, tout comme les retraites, de 15 à 20 %. Dans le même temps, la taxe sur la valeur ajoutée a été augmentée à 19 % au début 2010, puis à 21 % et à 23 % à la mi-2010. Par ailleurs, les taxes sur les biens de première nécessité ont été revues à la hausse. Le taux d’inflation est donc dû à l’augmentation de la fiscalité. Comme l’OCDE l’a noté, si l’effet de l’augmentation de la fiscalité est retiré, la Grèce entre réellement en déflation, c’est-à-dire dans une chute persistante des salaires et des prix.

Et côté chômage ?

En raison de la contraction de la demande, le chômage est passé de 10 % à plus de 18 %, selon les statistiques officielles. Cela pourrait même être plus de 20 %. Le chômage touche particulièrement les jeunes (15-35 ans), les femmes et les immigrants, alors que le nombre de chômeurs longue durée (plus de 12 mois) ne cesse d’augmenter. La réduction prévue du nombre de fonctionnaires va venir gonfler encore le chômage. On n’avait pas vu de tels chiffres depuis la première moitié du XXe siècle ! À l’instar des années 1950 et 1960, la Grèce connaît un exode des jeunes, qui migrent vers d’autres pays. L’augmentation du chômage signifie aussi que les salaires et les conditions de travail dans le secteur privé se détériorent. Cela est particulièrement vrai pour les nombreuses petites entreprises, qui sont la norme dans l’économie grecque.

Quel est l’impact de la crise sur le paysage politique ?

Depuis le milieu des années 1970 et la chute de la dictature, la politique grecque a été dominée par deux grands partis – la Nouvelle Démocratie (conservateur) et le Pasok (socialiste) – dirigeant en alternance et disposant de plus de 80 % des voix, dans un pays où le vote est obligatoire. La gauche grecque, de son côté, est fragmentée. Le Synaspismós actuel (Syn) est l’héritier de la coalition entre le Parti communiste grec et sa branche dissidente dite « de l’intérieur ». Le Syn est un des partis fondateurs de la Syriza, une large alliance de mouvements politiques de gauche. Au mieux, ces deux partis de l’aile gauche ont obtenu 12 à 14 % des voix. Enfin, un parti de l’extrême droite – Laos (Alarme populaire orthodoxe) – est apparu au début des années 2000, et recueille environ 5 % des voix. Depuis 2009, la crise a agi comme un catalyseur pour le paysage politique. Selon les sondages, les deux grands partis sont soutenus par moins de 50 % de l’électorat, les deux partis de l’aile gauche par plus de 20 %, l’extrême droite par environ 8 %, tandis qu’un peu moins de 10 % des votes vont à un certain nombre de nouveaux partis qui se sont établis à la fois au centre-gauche (Verts, Gauche démocratique) et à droite (Alliance démocratique). Ces changements marquent un processus rapide de radicalisation politique de la société grecque et la recherche de nouveaux acteurs dans la politique grecque.

Comment est perçu l’accord pour un gouvernement d’union nationale ?

C’est dans ce contexte de mécontentement à l’encontre de l’élite politique traditionnelle et de recherche de nouvelles forces politiques que le gouvernement d’« union nationale » doit être considéré. Il est à noter que tous les partis de l’aile gauche ont refusé de participer à ce nouveau gouvernement. En ce sens, ce n’est pas vraiment un gouvernement d’« union nationale », car il ne se compose que de membres des deux grands partis et du Laos. Le fait que la grande majorité des ministres soient les mêmes que dans le précédent gouvernement Pasok est une indication supplémentaire que ce n’est que la continuation du passé. Enfin, il est clair pour tout le monde que le nouveau Premier ministre, Lucas Papadémos, a été choisi en raison de ses liens avec les marchés financiers et les forces conservatrices de l’Union européenne, en tant qu’ancien vice-président de la Banque centrale européenne (BCE) et président de la Banque centrale de la Grèce.

Le gouvernement d’union nationale va-t-il apaiser le mécontentement social ?

La crédibilité des deux grands partis est très faible. Les « Indignés » grecs sont des gens ordinaires de tous âges et ils expriment leur frustration à chaque occasion, de manière pas toujours pacifique – en lançant par exemple yaourts et œufs sur des ministres du gouvernement ! Cette tension a augmenté depuis fin 2009, alors que la crise de la dette publique s’étalait et que les banques grecques ont été généreusement soutenues par l’État du fait de la crise financière mondiale. Comme les mesures d’austérité introduites depuis 2009 sont très dures et socialement injustes, la tension sociale grandit. En juin 2011, le ministre des Finances a été remplacé, pour calmer le conflit entre le gouvernement et la grande majorité de la société. En octobre 2011, comme ce conflit devenait de plus en plus vif, le gouvernement a démissionné et un nouveau a été nommé afin de signer le nouveau contrat de prêt et de tenir des élections début 2012. Il est peu probable que cette nouvelle manœuvre politique calme l’agitation sociale. En ce sens, les tensions politiques internes vont non seulement se poursuivre, mais aussi augmenter.

Quel est le niveau de mobilisation en Grèce ? Et qu’attendez-vous des peuples européens ?

La crise a été un catalyseur de mobilisations. Elle a fait sortir les gens dans les rues. Ces protestations sont croissantes et prennent des formes diverses au fil du temps. C’est une expression de mécontentement social qui évolue et qui n’est pas conforme aux idées préconçues traditionnelles. Il y a eu beaucoup de grèves générales en 2010 et 2011. À ces occasions, les rassemblements organisés par les syndicats ont attiré beaucoup de monde, même si les syndicats en Grèce sont très proches des deux grands partis politiques et, par conséquent, manquent de crédibilité. La gauche est fragmentée, ce qui est une grave faiblesse pour offrir une alternative. Le peuple grec est traditionnellement pro-européen. Les Grecs espèrent trouver la solidarité des peuples d’Europe, alors qu’ils sont profondément déçus par les dirigeants européens.


Propos recueillis par Sophie Chapelle

http://www.bastamag.net/article1919.html

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:51

arton167-bae51.jpg« Il y a des limites désirables à l’extension de la démocratie politique » expliquait en 1975 un rapport d’experts de la Commission trilatérale [1]. Il semble que cette leçon de bon sens soit désormais bien ancrée dans les têtes des dirigeants de l’Union européenne.

L’adoption laborieuse du Traité de Lisbonne (et ce malgré son rejet par referendum en France, aux Pays-Bas, puis Irlande) n’était donc qu’un avant-goût. Comme dans un mauvais film, la crise de la dette, loin de conduire à une remise en question de l’absence de régulation financière – qui en est pourtant la cause première – a permis aux marchés d’accroître leur emprise sur les pays de l’Union européenne.

Ce tour de passe-passe mérite bien la mise en œuvre de quelques « limites désirables » à la démocratie… Les Dessous de Bruxelles reviennent sur les dernières tendances en la matière.

15 novembre

Il y eut tout d’abord ce joli coup d’éclat. L’appel d’un Premier-Ministre en perdition, à l’insu des dirigeants de l’UE et même de certains de ses ministres, à tenir un référendum sur la mise en œuvre du dernier « plan de sauvetage » européen, négocié en cercle fermé lors du dernier sommet.

Une initiative qui vaudra à Jo Papandréou de se faire traiter de tous les noms : « opportuniste », « irresponsable », voire « fou », les dirigeants et la presse européenne ne trouvent pas de mots assez durs pour qualifier celui qui menace de conditionner l’adoption de l’accord des dirigeants européens à un vote favorable du peuple grec.

Cette initiative avait bien sûr tout d’un coup politique, au point même que même les partis à la gauche du PASOK s’y sont opposés en réclamant, plutôt qu’un référendum, la tenue de nouvelles élections.

L’initiative de « Jo » Papandréou avait pourtant le mérite de poser la question suivante : Les peuples concernés ont-ils eu l’occasion, ne serait-ce qu’une fois, de se prononcer sur les saignées prescrites par les bons médecins de la Troïka – Union européenne, FMI et Banque Centrale Européenne ? Question dont la réponse est simple : Jamais.

Ceux qui ont œuvré pour que les peuples trinquent à la santé des marchés financiers et des banques - qui s’en tirent à chaque fois sans douleur - peuvent souffler. Décidément, « il y a des limites désirables à l’extension de la démocratie politique ».

Car la réponse n’aurait pas été difficile à prédire si, en Irlande ou au Portugal, alors que les gouvernements en place étaient soufflés par une crise de la dette privée (devenue par magie publique), le choix avait été possible entre un parti prônant la rigueur de Bruxelles, contre un parti prônant la désobéissance façon Reykjavik.

Mais ce ne fut jamais le cas : les partis socialistes, ou l’internationale de la gauche molle, jouant la partition truquée de la rigueur de gauche contre la rigueur de droite… Comme on dit, la copie ou bien l’original ?

Non décidément, « il y a des limites désirables à l’extension de la démocratie politique », et d’ailleurs, en parlant d’Islande, il ne faudrait pas qu’une poignée de vikings ne donnent de mauvaises idées aux peuples européens, avec ces histoires de référendums, de faillites bancaires payées… par les banques (non mais, on marche sur la tête !).

Bref, et cette fois c’est carrément David Rockefeller qui l’expliquait pas plus tard qu’en 1999, dans un magazine à grand tirage : « Quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire » [2]. En attendant, le « pouvoir privé » peut toujours s’arranger pour que les gouvernements soient gérés par ses hommes de main.

Après l’Irlande et le Portugal, c’est au tour de l’Italie et de la Grèce de voir son gouvernement tomber. Mais cette fois, il ne sera même pas question d’élections (ni a fortiori, of course, que le peuple aie quoi que ce soit à dire). Quoi de mieux alors, pour remplacer le vieux « Jo », un peu usé et sans doute rendu « dépressif » (comme le suggère Nicolas Sarkozy), et Berlusconi, qui ne vaut plus guère davantage sur le marché des hommes d’état, que de choisir, en catimini, et pour « rassurer les marchés et Bruxelles », deux hommes de main des marchés financiers ?

Le premier, Lukas Papadimos, pas de souci : il est pas né de la dernière pluie. Lorsqu’il était banquier central de la Grèce, il a négocié avec Goldman Sachs (en la personne de… Mario Draghi, actuel Président de la BCE, ancien responsable Europe de la banque américaine) les maquillages nécessaires pour dissimuler la dette grecque. Une dette accumulée à longueur de sous-marins nucléaires, de chantiers interminables négociés à prix d’or avec les entreprises européennes, notamment allemandes et françaises…

L’autre, c’est Mario Monti, ancien conseiller de Goldman Sachs et disciple à la commission européenne du thatchérien Peter Sutherland. A Bruxelles, il est considéré comme l’un des pères de la nouvelle « gouvernance économique », cette machine antidémocratique à compresser les salaires, augmenter l’âge de départ à la retraite, flexibiliser le marché du travail, et diminuer le nombre de fonctionnaires…

Au sujet de quoi Barroso triomphait : « ce qui est en train de se passer est une révolution silencieuse – une révolution silencieuse vers une gouvernance économique plus forte. Les États membres ont accepté – et j’espère que c’est ainsi qu’ils l’ont entendu – que les institutions disposent désormais d’importantes prérogatives concernant la surveillance et le contrôle strict des finances publiques. [3] »

Deux experts, donc, dont nul ne doute qu’ils sauront faire leur travail. Ou presque. Alors bien sûr, Clement Attlee, premier-ministre britannique, s’effarouchait déjà en 1950 : « la démocratie ne peut abdiquer entre les mains de quelques personnes censées compétentes, et dont les décisions peuvent comporter des conséquences sortant du cadre de leurs attribution et débordant largement sur le plan politique ».

Ce à quoi Sylvie Pierre-Brossolette pourrait répondre, avec la pédagogie et le bon sens coutumier du PPA : « Est-ce qu’il ne faut pas violer des fois les peuples un tout petit peu pour leur bien ? » [4]


Frédéric Lemaire

[1] The Crisis of Democracy, Task Force Report #8. Trilateral Commission, 1975

[2] David Rockefeller, 1999, fondateur du groupe Bilderberg et de la Commission trilatérale (Newsweek international, 1er février 1999)

[3] José Manuel Barroso, à l’European University Institute, Juin 2010

[4] Sylvie Pierre-Brossolette, 2008, journaliste sur France Info (France Info, 16.1.08, au sujet de l’adoption du traité de Lisbonne)

 

http://ellynn.fr/dessousdebruxelles/spip.php?article167

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:43

a-copie-7.pngAlors que le mot « révolution » a fait sa réapparition en Amérique latine, Managua célèbre le trentième anniversaire du renversement de la dictature d’Anastasio Somoza. Victorieux par les armes en 1979, victime de l’agression américaine, condamné à une longue cure d’opposition, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a repris le pouvoir en 2006. S’il incarne toujours la gauche, le « pragmatisme » dont il fait parfois preuve brouille quelque peu son image.

par Hernando Calvo Ospina, juillet 2009

 


« Je ne me rendrai pas. Je vous attends ici. Je veux une patrie libre ou la mort. » La réponse de César Augusto Sandino (1895-1934) à la lettre d’un chef militaire américain qui menaçait de le traquer sans relâche s’il ne déposait pas les armes ne manque pas de panache. A ce moment, le Nicaragua a déjà subi plusieurs invasions de la part des Etats-Unis. La première, entre 1854 et 1856. Le Royaume-Uni tente également de prendre le contrôle de sa côte atlantique. Les deux puissances considèrent ce territoire d’Amérique centrale comme essentiel pour la construction d’un futur canal interocéanique — qui verra finalement le jour au Panamá en 1914.

Sous prétexte d’aider à éliminer les tensions politiques et militaires entre libéraux et conservateurs, le secrétaire d’Etat Philander C. Knox renvoie des troupes au Nicaragua en septembre 1909 — lesquelles ne repartent qu’en 1925. L’année suivante, plus de cinq mille marines débarquent à nouveau. Ils resteront jusqu’en 1933. Raison invoquée, cette fois : la présence d’« agents bolcheviques mexicains » voulant s’emparer de la nation.

Sandino est l’un des ces « agents ». Même s’il se dit libéral, il a pris les armes depuis 1927 pour combattre non seulement l’occupant étranger, qualifié d’« impérialiste »ou encore de « bande de cocaïnomanes »,mais aussi l’élite libérale-conservatrice, qu’il définit comme oppressive, exploiteuse, raciste et prête à vendre sa patrie. « Sandino,raconte le sociologue Orlando Nuñez, a repris les idées ainsi que le drapeau rouge et noir des anarcho-syndicalistes mexicains, l’analyse de classes du Salvadorien Farabundo Martí  (1). Dans ses écrits, il exprimait la nécessité de l’intégration latino-américaine, comme l’avait rêvée Simón Bolívar, mais aussi l’intégration des Indiens dans les luttes politiques, sans exclure l’alliance avec des entreprises nationalistes afin d’affronter l’impérialisme américain. »

Harcelées par les guérillas pourtant modestes que mène Sandino, le « général des hommes libres », et alors que les Etats-Unis s’enfoncent dans la Grande Dépression, les troupes d’invasion, considérées comme trop coûteuses, se retirent en 1933. Elles laissent derrière elles une garde nationale que dirige un militaire formé dans les académies américaines, Anastasio Somoza. Le 21 février 1934, Sandino, qui a accepté une négociation avec le gouvernement national, est assassiné à la sortie d’une réception offerte par le président Juan Bautista. Quelques années plus tard, Somoza reconnaîtra que l’ordre de l’abattre a été donné par l’ambassadeur américain Arthur Bliss Lane.

Sous la tutelle de Washington, la dictature dynastique des Somoza s’installe et va durer plus de quatre décennies — Anastasio (1936-1956), Luis (1956-1963), Anastasio Jr (1967-1979). Toutefois, les luttes antérieures n’ont pas été vaines. En 1960, inspirés par le triomphe de la révolution cubaine et guidés par les idées de Sandino, Carlos Fonseca Amador, Tomás Borge et d’autres intellectuels donnent naissance au Front sandiniste de libération nationale (FSLN). Pendant de nombreuses années, les succès de cette guérilla demeurent limités, en raison de son manque d’expérience dans les relations avec la population rurale. Toutefois, les abus de la famille Somoza, totalement soumise aux intérêts américains, et la concentration du pouvoir entre ses mains changent la donne et provoquent le mécontentement d’une fraction de la bourgeoisie.

Celle-ci pense qu’une alliance avec le FSLN lui permettra de se débarrasser du dictateur et de récupérer l’espace politique qui lui est refusé. Le Front, de son côté, voit dans ce rapprochement la possibilité d’atteindre plus rapidement ses objectifs. La jonction avec les chrétiens adeptes de la théologie de la libération — l’Eglise des pauvres — sera décisive. Tandis que la répression s’accroît, les spectaculaires actions militaires du FSLN, en 1978, provoquent à travers le monde une vague de sympathie. Même le gouvernement américain du président James Carter (1977-1981) ne peut continuer à soutenir Somoza. L’insurrection armée triomphe le 19 juillet 1979.

En 1979, la révolution
suscite l’enthousiasme dans le monde
et devient la hantise de Ronald Reagan

b-copie-1.pngLa révolution sandiniste suscite un engouement international et ne laisse pas les gouvernements indifférents, en particulier les sociaux-démocrates européens. La présence de jeunes gens issus de la grande bourgeoisie dans les plus hautes instances de l’Etat les rassure quant au type de système politique qui devrait s’imposer. En revanche, au Nicaragua, ce sont les révolutionnaires, issus des milieux populaires et anticapitalistes, qui sont les mieux acceptés par la population. Porteur du même prénom que son père, fondateur du FSLN, M. Carlos Fonseca Jr se souvient : « Parce qu’elle a créé une grande effervescence et de la motivation, la révolution a marqué la vie de presque tous les Nicaraguayens qui entraient tout juste dans l’adolescence. On pouvait être optimistes et rêver. »

En moins de dix ans, la croisade nationale d’alphabétisation du gouvernement que préside le jeune Daniel Ortega fait chuter l’analphabétisme de 54 % à 12 %. La population modeste peut enfin accéder aux études supérieures. Les soins médicaux cessent d’être le privilège d’une minorité. Les paysans bénéficient d’une réforme agraire. Nationalisation des ressources stratégiques, incitation à la syndicalisation et à l’organisation en coopératives des petits et moyens producteurs... ce fut, d’après Nuñez, « un processus de justice sociale et d’organisation directe du peuple, sans précédent dans l’histoire du Nicaragua et de l’Amérique latine, à l’exception de Cuba ».

Mais, pour mettre en œuvre ces mesures, le système politique et économique devait être restructuré... Des discordes fondamentales apparaissent rapidement au sein de l’alliance au pouvoir. Le secteur de la bourgeoisie rallié au FSLN voulait renverser la dictature, mais en aucun cas changer les structures de l’Etat : il en serait sorti perdant. De leur côté, les révolutionnaires voyaient dans leurs alliés un moyen de légitimer leur gouvernement à l’étranger, pensant qu’ils éviteraient ainsi ostracisme ou agression. « La révolution devait démontrer, continue Nuñez, qu’elle était démocratique et catholique, c’est-à-dire sans risque pour les intérêts des Etats-Unis et de l’Europe. »

Mauvaise appréciation. Si, à l’époque du président Carter, les Etats-Unis aidaient déjà d’anciens gardes somozistes à former des groupes contre-révolutionnaires, la situation s’aggrave : devenu président en janvier 1981, Ronald Reagan va même jusqu’à déclarer que le Nicaragua est son « premier problème »de sécurité nationale... Quelques mois plus tôt, en avril 1980, la quasi-totalité des membres de l’oligarchie s’était retirée du Front. Unie avec l’élite somoziste, elle appuie les plans de déstabilisation de Washington. Au Honduras, au Salvador et au Costa Rica, militaires et mercenaires américains et cubano-américains (2) entraînent les forces contre-révolutionnaires : la Contra. Depuis les frontières de ces pays limitrophes, celle-ci mène des incursions meutrières. « On a obligé ma génération à faire la guerre,témoigne M. Fonseca Jr. J’avais 15 ans à peine quand j’ai dû partir au combat, comme des milliers d’autres Nicaraguayens. Et ce par la faute des Etats-Unis et de l’oligarchie nationale. »

« Athées », « va-t-en-guerre », « communistes », « régime totalitaire exportateur de révolution », « trafiquants de drogue »... Il n’y a pas que les balles pour faire mal. Avec comme source le quotidien La Prensa et les médias du Nicaragua se développe une campagne internationale de diffamation.

L’économie de guerre entraîne des pénuries alimentaires, un ralentissement des programmes de développement social et, par-là même, le mal-être d’une partie de la population. Les sandinistes, de leur côté, portent aussi une part de responsabilité dans le renforcement de la Contra. Car une fraction de la paysannerie a pris son parti. Elle supporte mal la priorité donnée à la formation de fermes d’Etat ; l’appui aux coopératives perçues comme une concurrence déloyale ; les entraves au marché et au commerce ; les prix administrés. S’y ajoutera, à partir de septembre 1983 — persistance de la menace oblige —, le service militaire obligatoire. Actuellement député du FSLN au Parlement centre-américain, l’ancien combattant Jacínto Suárez l’admet : « Nous n’avons pas su gérer la relation avec la campagne, par exemple, et quand, aujourd’hui, nous parlons avec les ex-dirigeants de la Contra, nous nous apercevons que nous avons commis de grandes erreurs. On a attaqué des secteurs paysans et indiens  (3)  ; certains d’entre nous ont pensé que les armes leur donnaient le droit d’imposer leur volonté. »

Malgré les ravages qu’elle provoque — on dénombrera vingt-neuf mille morts à la fin du conflit —, la contre-révolution échoue militairement, contenue dans un périmètre rural limité, le « corridor de la Contra ». Les sandinistes remportent largement les élections présidentielle et législatives de 1984 et Washington, qui la maintient sous perfusion, s’enfonce dans les scandales : révélation en 1986 des ventes d’armes à l’Iran (Irangate) ou du trafic de cocaïne institutionnalisé par la Central Intelligence Agency (CIA) depuis la Colombie pour financer la Contra ; condamnation des Etats-Unis en juin 1986 par la Cour internationale de justice, pour le minage des ports du Nicaragua. Mais Managua est à ce moment économiquement et humainement épuisé. Vient alors le temps des négociations sandinistes-Contra, puis celui de nouvelles élections.

Candidate de Washington et des forces antisandinistes regroupées pour l’occasion au sein d’une coalition, l’Union nationale d’opposition (UNO), Mme Violeta Chamorro triomphe le 25 février 1990. Au cours de la campagne électorale, les sandinistes avaient encore, d’après les sondages, le soutien de 53 % de la population. Mais un événement inattendu et mal géré va renverser la situation. « L’intensité de la guerre avait baissé grâce aux négociations avec la Contra et, par conséquent, le nombre de morts avait diminué,raconte M. Suárez. On voyait enfin le bout du tunnel. Mais, quand le Panamá a été envahi (4), l’ambassade américaine, à Managua, a été encerclée par les tanks. Les sandinistes armés sont sortis dans les rues, en signe de solidarité avec ce pays. Deux jours plus tard, on a sondé l’opinion. Nous avions chuté à 34 %. Et là, impossible de renverser la tendance : l’idée d’un retour de la guerre avait fait peur aux gens. »

« Aucun d’entre nous n’a gagné,
ni vous, ni nous, les “contras”.
C’est l’oligarchie qui a triomphé »

Encore au pouvoir pour quelques semaines, les sandinistes signent un protocole de transition avec Mme Chamorro. Bien que les Etats-Unis s’y opposent, le nouveau gouvernement accepte qu’ils conservent le commandement des forces armées, de la police et des services de sécurité. Lesquels vont être démantelés petit à petit. Selon M. Lenín Cerna, inspecteur de l’armée à cette époque, ce sont les Européens qui s’acquitteront de cette tâche, par missions militaires interposées, dans le cadre du « processus de paix ». Alors président du gouvernement espagnol, M. Felipe González « a joué le rôle que les gringos ne pouvaient assumer directement, assure M. Cerna. C’est ainsi que, finalement, nos services de renseignement se sont retrouvés presque totalement aux mains des Etats-Unis ». Néanmoins, en gardant le contrôle de l’armée et de la police, les sandinistes ont empêché que ces dernières deviennent des instruments de répression. Ainsi, le dernier haut gradé ayant un parcours de guérillero sandiniste partira à la retraite en 2010.

La Contra dissoute, ses membres réintègrent avec plus ou moins de difficultés le tissu social nicaraguayen. Les nouveaux gouvernants et l’oligarchie commencent à attaquer les accords et à dépouiller les Nicaraguayens des acquis de la révolution. Ceux qui n’appartiennent pas au petit groupe exclusif qui tient le haut du pavé se rendent vite compte de la réalité. M. Israel Galeano, l’un des anciens chefs de la Contra, constatera : « L’oligarchie a chassé Somoza avec votre aide, vous, les sandinistes. Elle vous a chassés avec notre aide. Aucun d’entre nous n’a gagné, ni vous, ni nous, les “contras”. C’est l’oligarchie qui a triomphé  (5).  »

Mme Elena Aguiler, une ancienne combattante sandiniste qui collabore avec l’Ecole ouvrière-paysanne Francisco-Morazán, dans les environs de Managua, explique comment on a volé l’Etat et trompé les paysans qui avaient bénéficié du million d’hectares distribués dans les années 1980. « On leur a d’abord dit que les propriétaires allaient réclamer leurs terres, mais que le gouvernement les indemniserait. Ce qu’il a fait, et à bon prix. Malgré cela, ces propriétaires ont adressé des requêtes pour le “vol” de leurs propriétés. Les procès se sont éternisés. Ni les paysans ni les coopératives n’avaient d’argent pour se défendre. Alors, des “conseillers” sont arrivés et leur ont recommandé de vendre leurs terres aux plaignants, c’est-à-dire à ceux que le gouvernement avait déjà indemnisés. Comme par hasard, ceux-ci avaient d’étroites relations familiales ou amicales avec des gens haut placés dans le gouvernement... »

« Un jour avec l’un,
le lendemain avec l’autre.
On les divisait, on les affaiblissait »

c.pngMadame Chamorro met le Nicaragua à l’heure néolibérale. En profitent les entreprises transnationales, américaines en particulier, mais aussi européennes et asiatiques. L’oligarchie financière se consacre à la dilapidation des biens de l’Etat et à la spéculation économique. « En très peu d’années, raconte Nuñez, ils ont presque liquidé la bourgeoisie nationale, déjà faible, non consolidée, et bouché l’horizon des petits et moyens producteurs de la campagne et de la ville. Ils ont plongé le Nicaragua dans la pire crise économique, sociale et financière de son histoire. » A partir de 1990, trois présidents — Mme Chamorro, MM. Arnoldo Alemán et Enrique Bolaños — anéantissent pratiquement ce que la révolution avait bâti. Les salaires perdent jusqu’à un tiers de leur valeur, le sous-emploi approche 45 %, et la misère touche nombre de Nicaraguayens.

Ce douloureux retour en arrière ne rencontre guère de freins. « La révolution n’a pas duré assez longtemps pour créer un nouveau système, analyse M. Fonseca Jr. Cela est dû à des réalités politiques, économiques et à la guerre qui lui a été imposée. L’institutionnalisation de la participation populaire dans l’exercice du pouvoir ne s’est pas fait. Si cela avait été le cas, le néolibéralisme n’aurait pas pu aussi facilement déboulonner les conquêtes sociales. »

Le mouvement est d’autant plus dévastateur que la résistance est affaiblie par les violentes luttes intestines déchirant les sandinistes.

En 1994, lors du congrès du FSLN, deux tendances s’affrontent. Selon M. Fonseca Jr, « les uns prêchaient la renonciation à l’anti-impérialisme, au socialisme, au caractère avant-gardiste du parti. L’autre courant, mené par Daniel Ortega, exposait la nécessité de réaménager le programme, sans s’éloigner des principes idéologiques du sandinisme ».Ce dernier obtient douze des quinze postes de direction. Dénonçant son « autoritarisme », la plupart des dirigeants nationaux, l’immense majorité de ceux qui ont été ministres et la plus grande part des députés quittent le Front, pour fonder le Mouvement de rénovation sandiniste (MRS)  (6).

C’est pourtant ce même FSLN qui revient au pouvoir avec la victoire à la présidence, le 5 novembre 2006, de M. Ortega (avec 38 % des voix). Pour y parvenir, il a noué une série d’accords politiques, provoquant interrogations, critiques et vives réactions, dans le pays et chez beaucoup de ses sympathisants et amis, à l’étranger (lire « Un président controversé »).

Par le passé, les sandinistes s’étaient alliés avec les conservateurs afin de faire juger et incarcérer l’ex-président Alemán pour corruption. Cette fois, ils offrent à ce dernier, condamné à vingt ans de détention, de le faire sortir de prison — remplacée par une mise en « résidence surveillée » à son domicile —, en échange de la « neutralité » du Parti libéral constitutionnaliste (PLC). Ils provoquent également la stupeur en signant des pactes de « non-agression » avec celui qui a été l’un de leurs plus féroces ennemis dans les années 1980 : le cardinal Miguel Obando y Bravo. Confrontée à la progression des religions évangéliques, l’Eglise catholique y trouve son compte et joue le jeu (7).

« On a mis en œuvre une politique audacieuse et avantageuse d’alliances avec les partis de l’oligarchie,justifie M. Eden Pastora, le mythique « commandant zéro » (8). Un jour avec l’un, le lendemain avec l’autre. Et, pendant qu’on avançait, sans se vendre, on les divisait, on les affaiblissait. Au début, j’avais du mal à l’accepter mais je comprenais. S’ils nous mènent au pouvoir, s’ils nous permettent de relancer des programmes sociaux, bénis soient ces pactes. »De son côté, M. Cerna ajoute : « Les alliances que nous avons passées quand nous n’étions pas au gouvernement ont été des manœuvres. Nous nous y connaissons en matière de tactiques et de stratégies. Nous avons été guérilleros, militaires, politiques ! »Il n’empêche... Pour beaucoup, ce pragmatisme est dur à avaler.

Installé officiellement à la présidence le 10 janvier 2007, le FSLN l’emporte dans cent cinq des cent quarante-six communes existantes lors des élections municipales du 9 novembre 2008. C’est que, au-delà de ces avatars et avanies, la santé et l‘éducation sont redevenues gratuites. Des milliers d’enfants ont repris le chemin de l’école. Un plan « Faim zéro » a été mis en place : un million de repas quotidiens sont distribués dans les centres éducatifs.

Le nouvel ambassadeur de Washington
appuie ouvertement l’opposition

d-copie-1.pngPour assurer la souveraineté et la sécurité alimentaires du pays, terres et prêts à très bas taux d’intérêt sont attribués aux petits et moyens producteurs. Quelque cent mille familles paysannes bénéficient de ce projet administré par des femmes, organisées en coopératives. « Elles sont les plus stables et presque toujours chargées de la survie de la famille,observe Mme Aguilar. Encore davantage maintenant que les hommes doivent partir en vadrouille[souvent à l’étranger] pour chercher du travail (9). »Ces femmes reçoivent une formation, et on leur donne des vaches, des porcs, des graines. Elles rembourseront 20 % du prêt, le reste devant leur permettre de devenir indépendantes et productrices d’aliments.

Le programme « Usure zéro » finance (à un taux d’intérêt de 5 %, alors qu’il est généralement de 25 %) une partie des 45 % de Nicaraguayens qui travaillent à leur compte. Si les banques l’ont perçu comme une déclaration de guerre, les commerces de chaussures, de meubles et de vêtements qui en bénéficient peuvent offrir des produits plus avantageux au consommateur. « Si l’ambassade américaine et l’oligarchie sont furieuses de la perte d’influence politique, constate Nuñez, elles le sont aussi du rapprochement de nombreux entrepreneurs nationaux avec le Front.  »

La dynamique régionale fait le reste... Au sein de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA) (10), le Nicaragua échange des haricots, de la viande ou des vachettes contre du pétrole vénézuélien (11). L’ALBA finance également une bonne partie des programmes sociaux. Des médecins cubains opèrent gratuitement les yeux de milliers de personnes, avec des équipements modernes envoyés par le Venezuela ; une campagne d’alphabétisation a été lancée à l’aide d’un programme, lui aussi cubain, « Yo si puedo »(« Oui, je le peux »).

« Nous avançons à bon rythme, avec le peu que nous avons et l’aide de pays amis d’Amérique latine et des Caraïbes, analyse Mme Aguilar. Mais on nous a déclaré une guerre médiatique. On ne nous annonce que des problèmes ! Sans doute veut-on empêcher que le Front gagne à nouveau en 2012. » En mai 2008, le nouvel ambassadeur de Washington, M. Robert Callahan, est arrivé à Managua. Sa présence a rouvert les blessures. Dans les années 1980, cet homme était attaché de presse à l’ambassade américaine du Honduras, avec pour chef M. John Negroponte. A l’époque, la CIA dirigeait depuis ce pays la frange la plus sanguinaire de la Contra. Aujourd’hui, préoccupé par les avancées des sandinistes, il appuie ouvertement l’opposition nicaraguayenne. Une ingérence qui a conduit le président Ortega à le menacer d’expulsion, en février 2009. Les représentants de l’élite et les antisandinistes ont alors répliqué que le chef de l’Etat « mordait la main de celui qui lui donne à manger ». De quoi faire se retourner dans sa tombe le général Sandino.

Hernando Calvo Ospina

Journaliste. Auteur de Sur un air de Cuba, Le Temps des cerises, Pantin, 2005, de Rhum Bacardi. CIA, Cuba et mondialisation, EPO, Bruxelles, 2000, et de Colombie. Derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat, Le Temps des cerises, Pantin, 2008.

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:38

b.pngLa victoire écrasante de Daniel Ortega et du FSLN

Réflexion du compañero Fidel


Des élections générales se sont déroulées au Nicaragua voilà soixante-douze heures, le dimanche 6 novembre, et Daniel et le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) y ont remporté une victoire écrasante.

Le hasard a voulu que le quatre-vingt-quatorzième anniversaire de la glorieuse Révolution socialiste soviétique soit tombé le lendemain. Des ouvriers, des paysans et des soldats russes écrivirent des pages indélébiles de l’Histoire, et le nom de Lénine brillera à jamais parmi les hommes et les femmes qui rêvent d’une meilleure destinée pour l’humanité.

Ces questions sont toujours plus complexes, et l’on ne fera jamais assez d’efforts pour éduquer les nouvelles générations. Voilà pourquoi j’ouvre ici un espace pour commenter ce fait, parmi tant d’autres qui surviennent chaque jour sur la planète et dont nous prenons connaissance par des voies toujours plus nombreuses et que nul n’aurait imaginées voilà quelques décennies à peine.

Je dois dire que les élections nicaraguayennes se sont déroulées à la manière bourgeoise traditionnelle qui n’a rien de juste ou d’équitable, puisque les secteurs oligarchiques de nature antinationale et alignées sur l’impérialisme monopolisent en règle générale les ressources économiques et publicitaires qui sont en règle générale, surtout sur notre sous-continent, au service des intérêts politiques et militaires de l’Empire, tout ceci ne faisant que mettre en lumière l’ampleur de la victoire sandiniste.

C’est là une vérité que l’on connaît parfaitement dans notre patrie depuis que José Martí tomba à Dos Ríos, le 19 mai 1895, pour « empêcher à temps, par l’indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s’étendent dans les Antilles et ne s’abattent, avec cette force de plus, sur nos terres d’Amérique ». Je ne me lasserai jamais de le répéter, d’autant que notre peuple a été capable de supporter pendant un demi-siècle le blocus économique rigoureux et les agressions les plus brutales de cet Empire.

Ce n’est pourtant pas la haine qui inspire notre peuple, mais les idées. C’est d’elles qu’est née notre solidarité avec le peuple de Sandino, le Général des hommes libres, dont je lisais les hauts faits avec admiration voilà plus de soixante ans quand j’étais étudiant, sans disposer bien entendu des merveilleuses perspectives culturelles dont bénéficieront dans quelques jours les étudiants d’aujourd’hui qui, aux côtés des lycéens, participeront à ce qui est d’ores et déjà une belle tradition : le Festival universitaire du livre et de la lecture.

La mort héroïque du héros nicaraguayen qui lutta contre les occupants yankees fut toujours une source d’inspiration pour les révolutionnaires cubains. Notre solidarité avec le peuple nicaraguayen, qui s’est exprimée dès les premiers jours de la Révolution du 1erjanvier 1959, n’a donc rien d’étonnant.

Le journal Granmanous rappelait hier, 8 novembre, la mort héroïque, en 1976, deux ans et demi avant la victoire, du fondateur du FSLN, Carlos Fonseca Amador, « tayacánvainqueur de la mort », selon les paroles d’une belle chanson écrite à sa mémoire : « Ô fiancé de la patrie rouge et noire, Tout Nicaragua te crie "Présent !" »

Je connais bien Daniel. Il n’a jamais adopté de positions extrémistes et il est resté invariablement fidèle à des principes de base. Chargé de la présidence à partir d’une direction politique collégiale, il s’est caractérisé par son respect des vues des compagnons des autres tendances surgies au sein du sandinisme à un moment donné de la lutte révolutionnaire, devenant ainsi un facteur d’unité entre eux. Il était constamment en contact avec le peuple, ce qui explique la grande ascendance qu’il a prise dans les secteurs les plus modestes du Nicaragua.

La profondeur de la Révolution sandiniste lui gagna la haine de l’oligarchie nationale et de l’impérialisme yankee.

 La sale guerre que Reagan et Bush imposèrent au pays et au peuple depuis la Maison-Blanche et l’Agence centrale de renseignement se caractérisa par les crimes les plus atroces.

Ils organisèrent, entraînèrent et équipèrent de nombreuses bandes contre-révolutionnaires ; ils firent du trafic de drogues un instrument permettant de financer la contre-révolution ; ils introduisirent des dizaines de milliers d’armes qui causèrent la mort ou la mutilation de milliers de Nicaraguayens.

Les sandinistes maintinrent les élections au milieu de la bataille injuste qu’ils livraient dans une position désavantageuse. C’était l’époque de l’effondrement du camp socialiste, de la désintégration imminente de l’URSS et du début de la Période spéciale dans notre patrie. Et il leur fut impossible de gagner les élections dans des circonstances si difficiles, bien qu’ils bénéficiassent, selon tous les sondages d’opinion, de l’appui de la majorité du peuple nicaraguayen.

Et celui-ci fut contraint de supporter à nouveau, pendant presque dix-sept ans, des gouvernements corrompus et vendus à l’impérialisme. Les taux de santé, d’alphabétisation et de justice sociale obtenus par les sandinistes commencèrent à chuter douloureusement. Mais les révolutionnaires, sous la conduite de Daniel, continuèrent de lutter durant ces années amères, et le peuple put retourner au pouvoir, bien que dans des conditions extrêmement difficiles qui exigeaient le maximum d’expérience et de sagesse politique.

Cuba était toujours en butte au brutal blocus yankee, à quoi s’ajoutaient les dures conséquences de la Période spéciale et l’hostilité d’un des pires assassins qui aient gouverné les États-Unis, George W. Bush, le fils de celui qui avait déclenché la sale guerre contre le Nicaragua, fait libérer le terroriste Posada Carriles pour le placer à la tête de la distribution d’armes aux contre-révolutionnaires nicaraguayens et gracié Orlando Bosch, l’autre auteur du crime de La Barbade.

Une nouvelle étape démarrait néanmoins dans Notre Amérique grâce à la Révolution bolivarienne au Venezuela et à  la montée au pouvoir en Équateur, en Bolivie, au Brésil, en Uruguay, en Argentine et au Paraguay de gouvernements attachés à l’indépendance et à l’intégration des peuples latino-américains.

Je peux dire aussi avec satisfaction que la solidarité politique et sociale de Cuba avec la patrie de Sandino n’a jamais cessé. Et je dois affirmer en toute justice que le Nicaragua a été l’un des pays qui a utilisé le mieux la coopération de Cuba en santé et en éducation.

Les milliers de médecins qui ont prêté service dans ce pays frère héroïque se sentent vraiment stimulés par l’excellente utilisation que les sandinistes ont faite de leurs efforts. On peut en dire autant des milliers de professeurs qui furent envoyés, dans la première phase de cette révolution, dans les montagnes les plus reculées pour apprendre à lire et à écrire aux paysans. De nos jours, les expériences éducationnelles en général et, en particulier, les pratiques de l’expérience médicale découlant de l’École latino-américaine de médecine où se forment des milliers d’excellents médecins, ont été transférées au Nicaragua. Ces réalités constituent un grand stimulant pour notre peuple.

Ces détails que je mentionne ne constituent qu’un exemple des efforts féconds que les révolutionnaires sandinistes consentent pour développer leur patrie.

Le rôle fondamental de Daniel, qui  ne s’est jamais écarté du peuple et qui a lutté inlassablement pour son bien-être, explique à mon avis sa victoire écrasante.

C’est aujourd’hui un leader vraiment expérimenté qui a été capable de gérer des situations complexes et difficiles à partir des années où son pays s’est retrouvé à nouveau sous la férule du capitalisme rapace. Il sait gérer intelligemment des problèmes compliqués, sait ce qu’on peut faire ou non, ce qu’on doit faire ou non pour garantir la paix et le développement économique et social soutenu de son pays. Il sait très bien qu’il doit sa victoire écrasante à son peuple héroïque et courageux, qui a largement participé aux élections et dont les deux tiers ont voté pour lui. Il a été capable de se lier étroitement aux ouvriers, aux paysans, aux étudiants, aux jeunes, aux femmes, aux techniciens, aux professions libérales, aux artistes et à l’ensemble des secteurs et des forces progressistes qui soutiennent le pays et le font avancer. Son appel à toutes les forces politiques démocratiques qui sont prêtes à œuvrer pour l’indépendance et pour le développement économique et social du pays est, à mon avis, absolument correct.

Dans notre monde, les problèmes sont extrêmement complexes et difficiles. Mais, tant qu’il durera, nous, les petits pays, nous pouvons et nous devons exercer nos droits à l’indépendance, à la coopération, au développement et à la paix.

 

Fidel Castro Ruz

Le 9 novembre 2011

20 h 12



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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:36

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Pour peu que, dans les jours précédant le scrutin, on ait pris la peine de parcourir les quartiers populaires — à commencer par ceux de la capitale, Managua —, de parler avec leurs habitants et d’y respirer l’atmosphère, il eût fallu être aveugle et sourd pour ne pas prévoir la victoire du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) et la réélection à la présidence du chef de l’Etat sortant, M. Daniel Ortega. D’autant que même les instituts de sondages, quel que soit leur bord, le donnaient largement gagnant.

M. Ortega, l’un des principaux dirigeants de la guérilla christiano-marxiste qui, en 1979, a renversé la dictature d’Anastasio Somoza, a été élu une première fois en 1984. Devenu à son corps défendant l’un des enjeux de la guerre froide, le Nicaragua fut alors soumis à une féroce agression américaine par contre-révolutionnaires interposés — la contra. Le viol du droit international fut tel que, en 1986, la Cour internationale de justice de La Haye condamna Washington à payer 17 milliards de dollars d’indemnisation à Managua pour avoir soutenu les mouvements « terroristes » agissant en territoire nicaraguayen depuis le Honduras — décision que les gouvernements américains successifs ont ignorée et continuent à ignorer avec mépris. C’est donc épuisés et ayant laissé 30 000 morts dans ce combat inégal que les Nicaraguayens, dans une nation ruinée, « mirent les pouces » en 1990, permettant à la droite de revenir au pouvoir en la personne de Mme Violeta Chamorro. S’ensuivirent seize années de politiques néolibérales qui, ravageant à leur tour le pays, ramenèrent M. Ortega à la présidence le 5 novembre 2006.

Cinq ans plus tard, le 6 novembre 2011, avec 62 % des suffrages (1), il devance très largement son plus proche adversaire, l’entrepreneur Fabio Gadea, du Parti libéral indépendant (PLI ; 30 %), et expulse littéralement de la vie politique le candidat du Parti libéral constitutionnaliste (PLC), l’ex-président Arnoldo Alemán (1997-2002), condamné en 2003 pour corruption et crédité de 6 % des voix. Qui plus est, le FSLN s’empare, au Parlement, d’une majorité qualifiée qui lui manquait jusque-là.

Dans la grande tradition droitière de ces dernières années en Amérique latine, l’opposition annonce ne pas reconnaître le triomphe sandiniste. D’après elle — et nombre d’observateurs —, M. Ortega n’avait pas le droit de se représenter à la présidence, l’article 147 de la Constitution interdisant deux mandats successifs. C’est oublier que, en octobre 2009, la Salle constitutionnelle de la Cour suprême de justice (CSJ) a déclaré cet article inapplicable (2) — tout comme les instances similaires l’avaient fait en Colombie, permettant la réélection du « très contesté » Alvaro Uribe (3), et au Costa Rica, sans que nul n’y trouve à redire, en faveur du « très consensuel » Oscar Arias.

Reste donc l’argument battu et rebattu, tel qu’exprimé en première page par le quotidien La Prensa : « Pire qu’une fraude ». On rappellera que, lors des élections municipales de novembre 2008, le candidat libéral à la mairie de Managua, le banquier Eduardo Montealegre, avait, pour le même motif, exigé un recomptage des bulletins. N’ayant pas prévu que le Conseil suprême électoral (CSE) accéderait à cette demande, les libéraux, mis au pied du mur, optèrent pour ne pas assister au recomptage et se gardèrent bien de venir y présenter les « preuves » qu’ils prétendaient détenir.

Il n’en demeure pas moins que, dans ce pays marqué par les années de guerre et politiquement très polarisé, où la culture civique et démocratique n’a eu que très peu de temps pour s’imposer — bien que le sandinisme, lui, ait toujours accepté sa défaite lorsqu’il y a été confronté —, un certain nombre d’irrégularités ont été constatées pendant le scrutin. Tout en les pointant du doigt, le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), M. Miguel Insulza, a salué « le peuple et le gouvernement », insistant sur « la maturité démontrée par les Nicaraguayens pendant le processus ». Très agressif à l’égard des autorités dès son arrivée dans le pays, le chef des observateurs de l’Union européenne, M. Luis Yanez, a dénoncé nombre d’anomalies et une absence de transparence. Toutefois, confronté à l’insistance d’un journaliste, il a dû admettre, le 8 novembre : « Que définit le mot fraude ? Pour les politiques, frauder est donner gagnant celui qui a perdu et nommer perdant celui qui a gagné. Dans ce cas, il n’y a aucun doute : le Front et M. Ortega ont gagné les élections. »

Gagné, et même spectaculairement gagné. En 2006, M. Ortega n’avait remporté le scrutin qu’avec 37,99 % des suffrages — la victoire étant permise au candidat arrivant en tête avec 40 % des voix ou 35 % dans le cas où cinq points le sépareraient de son plus proche rival. En portant son score à 62 %, le FSLN fait un bond phénoménal — ce qui peut permettre, en toute bonne foi, de se poser des questions. Mais celles-ci ont une réponse. Et on la trouve en allant à la rencontre de ceux que le néolibéralisme a jetés dans la misère pendant plus d’une décennie.

Tout en ménageant les intérêts du secteur privé et en gérant le pays d’une façon assez classique, sans se mettre à dos les investisseurs étrangers ou les organismes financiers internationaux (Fonds monétaire international, Banque mondiale, etc.), M. Ortega n’en a pas moins opéré un virage spectaculaire en engageant de fortes dépenses à caractère social en faveur des secteurs les plus pauvres, qui constituent l’immense majorité. C’est cette majorité qui, reconnaissante et rejetant une droite revancharde, sans projet, a explicitement demandé au « comandante Daniel » de continuer dans cette direction ; car beaucoup reste à faire, inutile de le préciser.

Certains objecteront que cette avalanche de projets sociaux — santé, éducation, alimentation, habitat, etc. — n’aurait pu être mise en œuvre, ou en tout cas pas à cette échelle, si M. Ortega n’avait fait entrer le Nicaragua au sein de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), bénéficiant ainsi de l’aide financière du Venezuela et de celle de Cuba en matière de santé. C’est précisément la force de cette gauche latino-américaine qui joue l’intégration à travers la coopération, la solidarité et la complémentarité. Et c’est ce qui la fait gagner.

Maurice Lemoine

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-11-10-Nicaragua

(1) Les résultats officiels définitifs ne sont pas encore connus à l’heure de la rédaction de ces lignes.

(2) Dans un de ses prochains numéros, Le Monde diplomatique reviendra plus en détail sur cette question.

(3) En 2005, la Cour constitutionnelle autorisait le président Alvaro Uribe à effectuer un deuxième mandat. En 2010, elle invalidait toutefois une loi organisant un référendum destiné à lui permettre de se présenter à nouveau.
http://www.legrandsoir.info/le-nicaragua-sandiniste-persiste-et-signe.html







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