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Découvrez la playlist valentonrouge avec Francesca Solleville

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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 12:01

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http://www.rougemidi.fr/spip.php?article6202

 

 

 

La lutte des Fralib qui refusent la fermeture de leur usine en clamant haut et fort qu’elle est à eux, celle des Lyondell Basell qui disent avec la fédération CGT de la chimie que ce qui est en jeu c’est l’avenir du raffinage en France, celles de tant d’autres salarié-e-s, en particulier de l’industrie qui ne veulent pas voir leur entreprise fermer, au-delà des particularités de chacun des sites concernés, posent toutes la même question : hormis le soutien à ces combats, ce qui est déjà important, que peuvent faire les politiques à court moyen et long terme pour empêcher cette destruction massive des emplois ?

Pour le court terme et concernant les Fralib, sans attendre les élections, les politiques peuvent d’ores et déjà promouvoir des moyens de pression et des éléments de solution de nature à aider la lutte.

 Ainsi les mairies, départements et régions, consommateurs de toutes sortes de produits, tant par le biais des cantines que pour l’entretien des bureaux, ont des moyens de pression non négligeables sur un groupe comme UNILEVER dont on a coutume de dire que sa production représente 50% d’un chariot de supermarché.

 Les Fralib produisant du thé et des infusions aromatisées les communes environnantes pourraient voir là un débouché pour la relance et même la création d’une activité agricole porteuse d’emplois et bénéfique à l’environnement.

Reste le long terme et les solutions à mettre en œuvre pour empêcher les délocalisations et les fermetures d’entreprises. Hormis la lutte contre l’arnaque à la fiscalité qui nécessiterait une loi interdisant le tour de passe-passe que fait UNILEVER pour faire une évasion fiscale en Suisse, quelles solutions porte la gauche ?

Pour certains il est question d’encourager la reprise d’activité par des salariés en particulier en aidant à la création de SCIC [1]. Cela pourrait s’appliquer aux Fralib mais ne règlerait qu’en partie le problème.

Dans sa course aux profits et aux économies d’échelle, UNILEVER, supprime année après année les unités de production les unes après les autres. et veut pour l’instant, [2] délocaliser en Pologne.

A terme, l’idéal pour le groupe serait d’avoir une seule usine dans le monde avec une production unique. Aujourd’hui le montant des salaires est tellement bas que, [3], même la question de la différence de salaires avec la Pologne, si elle existe, n’est pas la question la plus importante pour les capitalistes. [4]. Tout concentrer pour une productivité maximum, voilà le but et qu’importe les ravages sociaux qu’entraine une telle politique.

Qu’importe aussi si ces délocalisations s’accompagnent d’une disparition des marques locales (comme le Thé l’Eléphant) au profit d’une marque unique et d’une standardisation mondiale du produit. Ainsi au début des années 2000 UNILEVER a rendu public un plan visant à réduire le portefeuille de marques de 1600 marques à 400.

Alors comment empêcher cela ? Comment faire en sorte que nous ne nous trouvions pas demain devant une concurrence sauvage et faussée quoiqu’en disent les traités européens ?

A supposer que demain une coopérative soit créée elle devra affronter une concurrence qui s’appuiera sur une production massive et une exploitation plus grande des salarié-e-s.

Comment empêcher que demain le Thé de l’Eléphant soit confronté à cette concurrence déloyale, concurrence renforcée par le fait que les ouvriers de Fralib ont toujours dit qu’ils voulaient payer aux producteurs le thé et autres plantes à un prix juste, ce qui est loin d’être le cas avec UNILEVER ?

Pour ce faire, pour défendre l’emploi et les acquis sociaux de France, mais aussi pour créer les conditions que d’autres pays nous rattrapent dans ce domaine le pouvoir politique possède plusieurs leviers d’intervention dont curieusement PS, PC, PG, NPA, ne parlent pas.

On peut mettre des barrières douanières qui rétabliraient l’équilibre. Par exemple une taxe au kilomètre pour le transport des produits finis. En plus cette taxe aurait une fonction écologique puisqu’elle tendrait à rapprocher les lieux de production de ceux de consommation.

Dans le cas de Fralib dont l’essentiel de la production est vendue en France cela constituerait une protection de premier choix. De plus ce serait pour les paysans du Sri Lanka ou du Kenya, la garantie d’échanges réellement équitables puisque l’acheteur Fralib serait protégé de la concurrence déloyale pour peu que le dispositif intègre la notion de juste prix d’achat. Alors pourquoi ne le propose-t-on pas ? [5]

Si personne ne propose ce type de solution c’est parce qu’elle est en dehors des règles des échanges au sein de l’UE, qu’elle serait sanctionnée par Bruxelles et obligerait la France à y renoncer…ou à sortir de l’UE…Nous y voilà donc ! Sortir ou ne pas sortir du cadre telle est la question !

De même le programme partagé du Front de Gauche propose un changement de statut pour la BCE afin de la mettre sous la tutelle des états et un SMIC européen pour mettre fin au dumping social. D’accord mais on fait comment ? Sur le SMIC européen il n’y a même pas eu d’accord au dernier congrès de la CES [6] quant au changement de statut de la BCE il faut l’accord unanime des 27 pays de l’UE : et en attendant on fait quoi ? Il y aura eu bien d’autres Fralib avant que ces deux dispositions ne voient le jour…

Sans parler de la création monétaire qui échappe totalement à la nation française ou de la nationalisation des banques mesure sur lequel le programme partagé est au milieu du gué en parlant d’un pôle public bancaire qui ne concernerait qu’une partie de ce secteur.

Si on prend la question des échanges mondiaux la problématique est la même.

Quand TOTAL veut ouvrir une raffinerie dans le sud de l’Algérie, ce n’est évidemment pas le développement du pays qu’il vise mais la pression sur les salaires au détriment de l’emploi et des questions écologiques. C’est cette logique qui a abouti à la carence d’investissement dans le secteur pétrolier en France et à l’obligation d’importer d’un gasoil que nous serions en capacité de produire…

Dans le cadre de l’OMC ou du FMI, sauf à croire qu’un autre FMI est possible on ne pourra pas avoir des échanges et un partage équitables.

Des pays dans le monde l’ont compris.

Si on regarde vers l’Amérique du Sud, A la suite du Venezuela et de Cuba, un nombre grandissant de pays ne se sont pas faits d’illusion sur l’ALCA (l’équivalent de notre UE) et à l’opposé, l’ALBA a été mise en place pour promouvoir la logique coopérative dans les échanges plutôt qu’une zone de libre-échange avec les États-Unis.

Pour nous la terre appartient à tous, ses richesses mises en valeur par le travail des hommes nous sont communes et c’est pour cela que nous sommes communistes.

Etre communiste aujourd’hui, donc vouloir que les richesses soient gérées et partagées en commun revient à agir pour l’annulation des accords de partenariat économiques initiés par l’Union européenne ou l’OMC pour généraliser le libre-échange, et les remplacer par des accords bilatéraux entre la France et chacun de des pays qui le souhaitent sur la base par exemple d’une charte type Charte de La Havane [7].

C’est tout le contraire de « la loi de la jungle » entre les peuples, vrai terme qui caractérise le « libre » échange, mais au contraire la mise en place d’une coopération au sens où l’entendait Karl Marx : une « association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement pour tous » .

 

[1] Société Coopérative d’Intérêt Collectif

[2] le pour l’instant n’est pas anecdotique quand on voit ce qui se passe dans le textile en particulier où les lieux de fabrication changent au gré de l’évolution sociale des pays

[3] ramené à l’unité de production, le salaire des ouvriers de Fralib ne représente que 8% soit 16cts du prix de vente moyen - 2€ - d’une boite de thé

[4] montant du salaire minimum 2011 en brut : 352€ en Pologne pour 1365€ en France

[5] Les rares propositions de Procédure anti-dumping ne concernent pas l’UE et ont donc une efficacité quasi nulle

[6] Confédération Européenne des Syndicats

[7] La charte de la Havane, publiée en 1948 ne fut jamais appliquée suite à l’opposition des USA qui œuvrèrent à la remplacer par l’OMC. Voir à ce propos : http://www.m-pep.org/spip.php?artic...


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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 11:32

photo_verybig_129825.jpgActualité de la lutte de classes en Chine, des résistances anti-capitalistes et communistes, dans une société entre héritage socialiste et restauration capitaliste

 

 

Article KM, militant communiste chinois, pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Cet article devrait être le début d'une série d'articles, d'analyses, de traductions sur l'état de la société chinoise, du Parti communiste chinois, des luttes anti-capitalistes dans une phase historique difficile à cerner dans un pays entre héritage socialiste et restauration capitaliste

 

 

I)Histoire du Parti communiste chinois

 

 

a) Quelques points essentiels de l'histoire du PCC de 1921 à 1976, un parti révolutionnaire

 

 

 

La période allant de 1921 à 1976 marque une période révolutionnaire qui se clôt donc par la fin de la révolution culturelle. Le PCC naît en 1921, comme un parti faible à l'origine. Sa création est impulsée par le Komintern, et il suit donc logiquement dans les premières années le modèle soviétique, celui de la révolution ouvrière à partir des grandes villes. Mais la Chine n'est pas la Russie, la paysannerie y occupe une place beaucoup plus importante tandis que les révoltes ouvrières sont souvent réprimées dans le sang. 1927 marque une rupture, le moment où les communistes d'origine paysanne essayent de trouver une autre voie, celle ouverte par les révoltes paysannes. Certes, la paysannerie n'est pas la classe révolutionnaire dans le marxisme classique. Toutefois, les communistes chinois décident alors de rompre avec la lutte centrée sur les villes, et choisissent d'axer leur lutte autour de la petite paysannerie. Ces communistes puisent beaucoup dans l'histoire de la Chine émaillée de l'équivalent de nos jacqueries, et choisissent d'implanter leurs bases militaires dans le monde rural. En tout cas, pour revenir à l'insurrection de 1927, on peut dire que son échec est avant tout l'échec de l'importation du modèle soviétique en Chine.

 

 

C'est alors le début de la Grande marche qui dure plus d'un an et fixe plusieurs centaines de milliers de combattants révolutionnaires dans le Nord-ouest du pays, où s'établit la nouvelle base de l'Armée rouge. Le petit feu de la révolution ne s'éteint pas, la lutte continue contre le gouvernement de Tchang-Kai-Tchek. En 1936, alors que le militarisme nippon menace directement la Chine depuis la Corée, le PCC change de stratégie. Jusque-là, la ligne était celle de l'affrontement frontal avec le parti nationaliste, à partir de cette date le PCC adopte la conception d'un "front national", soit une alliance conjoncturelle avec la (petite) bourgeoisie chinoise contre l'impérialisme japonais. C'est la stratégie de la guerre populaire qui en Chine a plutôt bien marché. Mao disait que « c'est grâce à l'armée japonaise que le Parti communiste a survécu et s'est développé ». Mais il faut savoir aussi que la lutte entre les communistes et le gouvernement de Tchang-Kai-Tchek n'a jamais cessé. En tout cas, avec la victoire militaire contre les Japonais, était prouvée l'efficacité de la stratégie politique et militaire de Mao, et son pouvoir était conforté dans le pays. D'autre part, le PCC a alors quasiment gagné son indépendance par rapport à Moscou durant la deuxième guerre mondiale, période pendant laquelle les relations entre PCC et PCUS sont restées difficiles.

 

 

La guerre civile de 1945 à 1949 a été un affrontement colossal, impliquant plusieurs millions de belligérants, un épisode meurtrier avec plusieurs milliers de morts. En fin de compte, la mobilisation populaire et militaire impulsée par Mao a écrasé les armées gouvernementales soutenues par les États-Unis. Il faut savoir que l'URSS n'a rien subventionné de ce combat. Contrairement au modèle soviétique, la paysannerie a été à la base de la révolution, la proportion ouvrière est restée faible, proche à la part que représentait la classe ouvrière dans la population. De même, après l'établissement de la République populaire de Chine (RPC), la réforme agraire alors mise en place n'avait que peu de choses à voir avec la politique agraire soviétique. De 1949 à 1956, la RPC entre dans la période de construction du socialisme alors que la guerre de Corée joue un rôle essentiel pour raffermir le processus révolutionnaire. Ce processus a été plutôt moins rapide en Chine qu'en URSS car la Chine choisit dans un premier temps d'être plus conciliatrice que l'URSS, de faire avec un capital national ou étranger sous contrôle, d'acheter les propriétés plutôt que d'exproprier par la force.

 

Il faut rappeler cette phrase de Mao qui disait en 1949 : « Quand on prend le pouvoir, il faut être conscient qu'on risque de devenir exploiteur ou oppresseur ». Avec la montée en puissance de Khroutchev à partir de 1956 en URSS, Mao est inquiet d'une restauration possible du capitalisme dans les pays où le Parti communiste est au pouvoir et lance donc une mobilisation de masse dirigée contre les cadres bureaucratisés du parti.

 

En 1964, ce sont les « quatre purifications », un mouvement d'auto-éducation pour les cadres du parti lancé par le numéro 2 du parti, Liu Shaoqi, classé pourtant plutôt à droite dans le PCC et opposé à la collectivisation des terres. En 1966, c'est le lancement de la « révolution culturelle » sur laquelle il est encore difficile d'avoir du recul. L'objectif de Mao était la lutte préventive contre la restauration du capitalisme en Chine, dans la lignée de ce qu'avait tenté de faire Khroutchev en URSS. C'est globalement un échec, la lutte devient obscure et très complexe, certains usent d'une phraséologie gauchiste pour faire avancer leurs ambitions personnelles, c'est le cas du Maréchal Lin Bao, numéro deux du parti alors, qui tente un coup d’État pour déposer Mao et établir son pouvoir personnel. Un échec qui le contraint à envisager la fuite en URSS, son avion s'écrasant en Mongolie entre-temps. D'autres, plutôt à la droite du parti, en sortent indemnes et parviennent à capitaliser sur l'échec de la révolution culturelle pour prendre le dessus, c'est le cas de Deng Xiaoping.

 

 

b) La montée en puissance du clan révisionniste de Deng Xiaoping, Zhao Ziyang et Hu Yaobang (1978-1991)

 

A la fin de la révolution culturelle, Deng Xiaoping avait quasiment pris le pouvoir, la place de premier ministre. C'était quelqu'un à poigne, compétent mais aussi quelqu'un de droite. Certains militants du PCC, beaucoup même, pensent que c'est un révisionniste. Je dirais que c'est plutôt quelqu'un de droite dans le PCC, mais pas nécessairement un révisionniste. Ses successeurs ont été bien plus de droite que lui, si il a participé au mouvement de restauration du capitalisme, ce n'est pas le seul. En 1976, donc Mao meurt tout comme Zhu Enlai. Deng Xiaoping n'a depuis jamais été chef de l'Etat ni même secrétaire du PCC mais depuis la fin des années 1970 jusqu'à la fin des années 1990, c'est lui qui tire les ficelles. En 2011, la politique du PCC s'inscrit encore dans la continuité, dans le durcissement même de la politique de privatisation déclenchée par Deng Xiaoping.

 

Deux personnes occupent le poste de secrétaire dans les années 1980, Zhao Ziyang et Hu Yaobang mais il se font tous deux déposés par Deng Xiaoping qui sont jugés par lui comme étant trop à droite étant allés beaucoup trop vite. Deng Xiaoping choisit alors de ralentir le rythme des privatisations, inquiet du problème causé par le creusement des inégalités, à la source de nombreuses contestations dont celle de la place Tien-An-Men en 1989 est une illustration. Les années 1990 voient par contre un net durcissement des privatisations et notamment des plans de licenciement massifs touchant les ouvriers des entreprises d'Etat. La classe ouvrière travaillant dans l'ancien secteur public se sent alors menacée.

 

 

  1. Continuation et durcissement de la politique de privatisation sous Jiang Zemin et Hu Jintao (1991-2011)

 

De 2000 à 2010, on entre dans la période d'ouverture maximale de la Chine au monde extérieur, sur le plan interne, la conséquence ce sont notamment les migrations massives des travailleurs d'origine paysanne, touchant en particulier les jeunes travailleurs qui se dirigent vers les villes où ils subissent une exploitation caractéristique d'un capitalisme restauré dans les conditions du capitalisme européen du XIXème siècle.

 

 

II) Analyse des classes et des couches sociales en Chine, sous le capitalisme restauré


 

Tout d'abord, quand je parle de restauration du capitalisme à la Chinoise, je parle de trois aspects: 1) le capitalisme monopoliste d'Etat; 2) le capital national privé; 3) le capital privé impérialiste. Je peux parler de capitalisme monopoliste d'Etat car aujourd'hui les entreprises d'Etat ne reposent plus sur un mode de gestion démocratique, il n'existe pas de démocratie dans les entreprises, les ouvriers n'ont aucun pouvoir d'expression, avant ce n'était pas le cas.

 

  1. Bourgeoisie émergente

 

Elle se compose elle-même d'un certain nombre de sous-catégories:

 

  • Les entrepreneurs de la privatisation de l'économie publique; qui ont profité de la privatisation de l'économie publique dans les années 1980/90;

 

  • Les bureaucrates enrichis grâce à leurs ressources politiques et administratives; prônant la ligne de l'ouverture, ils se sont servis de leurs ressources politiques et administratives pour créer des entreprises familiales et nourrir des relations commerciales avec des partenaires étrangers;

 

  • Les anciens politiciens de droite réhabilitées, grassement rétribuées; attaqués dans les années 1950/60/70, ils ont été réhabilités ensuite et y ont trouvé même une source d'enrichissement, usant aussi de tout leur capital culturel, de toute leur éducation pour accumuler des fortunes;

 

  • Les contre-bandiers;

 

  • Certaines élites sociales particulières; je pense aux professeurs d'universités ou aux "stars" qui s'enrichissent sur la base de leur nom ou de leur titre;

 

  • Les mafias;

 

  • Les patrons du capital privé; autrement dit la bourgeoisie nationale émergente au sens strict.

 

 

  1. La classe ouvrière, le salariat d'exécution que nous divisons traditionnellement en ouvrirers 'col bleu' et ouvriers 'col blanc'. La nouveauté, ce sont ces travailleurs migrants d'origine paysanne de plus en plus nombreux.

 

  1. La classe paysanne, si on peut l'appeler ainsi car elle manque d'homogénéité. Une bonne partie de la paysannerie a pris conscience de ce qu'ils ont perdu depuis la restauration et du fait qu'ils étaient réellement les maîtres à l'époque socialiste. Ce sont eux qui nourrissent la nostalgie la plus forte pour la période maoiste.

 

  1. Les étudiants, déconnectés des souffrances de la population, souvent sous influence de leurs professeurs libéraux. Mais quand ils ont leurs diplômes, ils entrent dans un monde du travail fait d'une concurrence sauvage, ils rentrent très vite dans le prolétariat.

 

  1. Les travailleurs libéraux, des petits commerçants et artisans surtout, mais aussi des médecins et des techniciens. Ce sont des gens qui gagnent leur vie par leur travail mais qui ne sont pas motivés par l'action collective. C'est un groupe avec lequel une politique d'alliance reste possible.

 

  1. L'armée, numériquement c'est la plus grande du monde. Elle reste un pilier de la révolution, un obstacle majeur pour les capitalistes dans leurs projets. Voilà pourquoi les libéraux lancent la thèse de la "nationalisation de l'armée" pour désarmer le parti communiste. Cependant, les militants communistes chinois restent profondément attachés à leur souveraineté nationale et demeurent inquiets vis-à-vis de toute dérive vers une forme de libéralisme américain.

 

  1. Les fonctionnaires, on a les petits fonctionnaires, qui gagnent leur vie par leur force de travail, et sont dans le camp des exploités, pas des exploiteurs et les hauts fonctionnaires qui obtiennent leurs promotions par toute une pratique du copinage, du zèle et des manoeuvres de couloir.

 

  1. Les intellectuels, je pense en particulier à la couche très particulière des professeurs, chez qui domine actuellement plutôt des tendances de droite. La force de l'idéologie dominante réactionnaire est actuellement trop forte, les professeurs ne peuvent y résister. Si les professeurs du supérieur sont très largement des libéraux, les professeurs du primaire et du secondaire sont eux peu sensibilisés à la politique.

 

Le bloc révolutionnaire actuel serait composé de:

 

  • la classe ouvrière grossie des travailleurs migrants;

 

  • les paysans qui restent sur leurs terres malgré la pratique spéculative des promoteurs immobiliers de mèche avec des collectivités locales souvent brutales dans leurs méthodes;

 

  • les intellectuels de gauche marxistes;

 

Le bloc réactionnaire actuel serait lui composé de:

 

  • la bourgeoisie bureaucratique, prête à restaurer le capitalisme sans enlever le masque du PCC;

 

  • la bourgeoisie libérale et compradore, qui collabore totalement avec la bourgeoisie impérialiste et soutient directement les impérialismes internationaux, en particulier celui des Etats-unis. On peut penser par exemple à la gravissime affaire des OGM où la bourgeoisie chinoise choisit de collaborer avec des multi-nationales comme Monsanto qui menacent l'existence physique même des populations;

 

III) Les résistances anti-capitalistes, potentiellement communistes, dans la Chine actuelle

 

 

a) L'héritage de l'ère socialiste

 

 

La base économique d'une société socialiste, c'est la propriété publique et collective des moyens de production et de la terre, aujourd'hui complètement remise en cause par les réformes de Deng Xiaoping. Théoriquement, la terre est toujours la propriété de l'Etat et du peuple. De fait, la propriété est souvent morcelée et divisé en de nombreuses exploitations familiales. Toutefois, certaines collectivités locales s'appuient encore sur la propriété collective, je prends l'exemple du village de Xiao-Giangcun. Par rapport aux territoires soumis aux privatisations, ces collectivités résistent et fonctionnent plutôt bien, notamment sur la base de la terre collectivisée mais aussi avec des entreprises collectives.

 

 

b) La "nouvelle politique" à Chongqing

 

Chongqin est une ville de 32 millions d'habitants au sud-ouest du pays dans lequel se manifeste toute une tendance progressiste autour du maire et du secrétaire du PCC, Bo Xilai, partie d'une plus grande préoccupation pour les conditions de travail et de vie des travailleurs. La mairie a lancé une politique de construction de logements sociaux, a axé sa lutte sur le combat contre les mafias, la corruption. Un mouvement populaire s'est même constitué, tentant de recréer une base révolutionnaire autour du mouvement des "chansons rouges", ces chants révolutionnaires de l'ère maoiste.

 

Surtout, le Parti à partir de la mairie a lancé à Chongqin un mouvement de dé-bureaucratisation des cadres et des fonctionnaires du parti, visant à rapprocher ces cadres de la population, des travailleurs. Pu Echila mène ainsi une politique développant l'activité publique sans s'attaquer à l'économie privée, au capital étranger. Néanmoins, le maire de Chongqin a l'an dernier imposé 21 amendes à la multi-nationale de la grande distribution Wal-Mart pour non-respect des normes sociales en vigueur. Du jamais vu.

 

Un mouvement de dé-bureaucratisation donc, soit une politique visant à rapprocher les cadres du parti de la population, y compris paysanne, poussant ces permanents à vivre comme les paysans. Il faut comprendre que nous sommes dans une ville au niveau de vie encore très en retard par rapport à des villes comme Shanghai ou Canton. Dernièrement, le gouvernement a proposé des offres de stages rémunérées dans les usines ou les champs pour les étudiants de la ville. Dans l'ensemble, les communistes chinois estiment qu'il s'agit d'une tendance progressiste.

 

 

  1. La lutte des militants communistes Chinois

 

 

Elle s'articule autour de quelques pôles d'activité encore mal coordonnés entre eux:

 

 

 

  • Des retraités, qui étaient travailleurs à l'époque du socialisme et qui constatent la dégradation de leurs conditions de vie, comme dans la ville de Wuhan, lieu de production de Citroen. Dans les champs, ce sont aussi ceux qui subissent de plein flouet la politique d'expropriation sauvage des terres par les promoteurs immobiliers en connivence avec les collectivités locales. Ils animent les spectacles populaires, les chansons rouges pour exprimer leur mécontentement;

 

 

  • Les intellectuels de gauche, communistes comme Kong Qingdong, Zhang Hongliang, Han Deqiang, quelques économistes marxistes qui le restent encore aujourd'hui;

 

 

  • Les artistes progressistes, comme Zhang Guangtian qui défendent les droits des travailleurs. Sur le plan culturel et artistique, des spectacles sont organisés en pleine campagne, sur les lieux de travail des ouvriers, dans les banlieues composées encore aujourd'hui de bidonvilles. Parmi les derniers projets à signaler, la création d'un musée consacré aux travailleurs migrants;

 

 

  • Les jeunes étudiants, chez qui se manifeste une prise de conscience progressive, qui se structure de plus en plus en associations. Ils sont conscients de leurs propres conditions de vie, mènent notamment la lutte contre la commercialisation des OGM. On essaie de s'informer sur certains sites de l'état du mouvement communiste dans le reste du monde même si les sites des libéraux bénéficient de tout autres moyens techniques et financiers;

 

 

L'an prochain, pour octobre 2012, un grand changement s'annonce à la tête du PCC, et les camarades communistes chinois tentent de pousser un cadre comme le maire de Chongqin, Bo Xilai, pour briguer le poste de secrétaire-général. La lutte est encore incertaine.

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 11:23

arton15034-eb51a.jpgD’abord, tout observateur moyen, même sans avoir suivi pas à pas le Périple de la prétendue « révolution » syrienne dans les coulisses des puissances impérialistes, devait se douter que la révolution allait à une déconfiture inouïe. Il suffisait d’entendre les glapissements de triomphe dénués de toute modestie, avec lesquels ces messieurs du Conseil national syrien (CNS), présidé par Burham Ghalioun, un universitaire basé à Paris, se félicitaient l’un-l’autre des effets miraculeux du 11-Vendémiaire, soit du deuxième jour d’octobre 2011, qui fut honoré par la naissance d’un pacte de principes constitutionnels, dessinant les contours de la Syrie de demain.



Des composants contradictoires du CNS

Ce pacte « de la dignité et de la liberté » [1] , comme il plut à ces messieurs de l’appeler, fut proposé à l’ensemble des forces des oppositions de l’extérieur, les Frères musulmans, les coordinations locales de l’intérieur, les partis kurdes et assyriens, et la masse d’une foule de formations politiques et tribales. Ainsi, fut la « montée en puissance » du Conseil national syrien (CNS), qui réunit en un seul « Front » des intégristes islamistes diabolisant, par leur discours idéologique, l’Occident et ses structures culturelles, rejetant le peuple comme source de pouvoir légitime, car pour eux Dieu, le tout puissant, est la seule source de tout pouvoir ; des libéraux bourgeois et petit-bourgeois fascinés par l’achèvement des démocraties bourgeoises occidentales, par leurs institutions politiques et sociales, croyant au peuple comme « source ultime » de tout pouvoir (certainement, selon une perspective bourgeoise), ce qui les met, éventuellement, en contradiction avec le composant précédent, les Frères musulmans ; parmi cette foule d’opposants, nous trouvons aussi des gauchistes « révolutionnaires », désespérés et dispersés aux quatre coins du monde, résidus de la Guerre froide, qui démarquent, idéologiquement, face aux islamistes et aux libéraux ; effectivement, nous ne pouvons pas, oublier les nationalistes chauvinistes, arabes, kurdes et assyriens ; parmi ceux-ci nous entendons les cris des chauvinistes arabes nassériens, semi-socialistes semi-islamistes, appelant à la Grande-Nation panarabe qui ne s’établira pas sans écraser tout autre sentiment nationaliste minoritaire, tel que kurde ou assyrien ; parmi les chauvinistes, nous voyons aussi danser des nationalistes kurdes célébrant la Naurouze et hurlant Hourra le Grand Kurdistan, dont l’établissement menace l’unité de la Grande-Nation panarabe ; pour en finir avec cet amalgame alchimique, nous ne pouvons pas passer sans mentionner la Sainte-Assyrie et sa divinité tutélaire, Assur, véritable maître du royaume assyrien, dont les racines mythiques remontent loin dans l’Histoire au IIe millénaire, avant cette ère commune où nous vivons. Enfin, c’est un mélange extraordinaire de contradictions dont l’impossibilité de se rencontrer sur un seul point idéologique commun ne demeure pas inaperçue, même pour un simple débutant en sciences politiques.

Certainement, ces messieurs gentilshommes de la CNS partagent deux points communs mais bien fragiles : 1) l’hébergement en Occident, 2) l’absence d’un programme de réforme précis ; par contre, ils se rencontrent sur un seul objectif : renverser le président Bachar al-Assad à tout prix, et après lui qu’il soit le déluge, peu importe le chaos, peu importe la destruction du pays !

En effet, cette « montée en puissance », bénie par l’Empire étatsunien, l’OTAN et l’Union européenne (EU), cet héroïsme vaniteux, découleraient d’un accord entre Américains, Turcs et Frères musulmans, permettant de fédérer les trois principales tendances de la soi-disant « opposition syrienne ». Pour rappel, la présidence du CNS a été confiée à Ghalioun et compte parmi sa direction Bassma Kodmani comme porte-parole, Mohammed Riyad al-Chaqfa, guide des Frères musulmans et des représentants de la Déclaration de Damas. Selon nous, cette nouvelle créature à la Frankenstein ne sera utile que dans le contexte de l’accroissement de pression contre le président syrien Bachar al-Assad. Pourtant, c’est précisément cet amalgame alchimique, expérimenté dans les coulisses des centres de puissances impérialistes, qui va exhausser les adversaires du régime syrien à un niveau plus élevé, à un stade suprême de l’évolution des idées et pratiques révolutionnaires, celui de la Sainte-Révolution syrienne.

Du pacte « de la liberté » du CNS

C’est précisément à ce moment critique du développement de la guerre impérialiste contre la Syrie que ces « révolutionnaires » décidèrent de déclarer un « pacte de la liberté et de la dignité » en évoquant craintivement les esprits des grandes révolutions des XIXe et XXe siècles, qu’ils leur empruntèrent leurs noms, leurs mots d’ordre, leurs discours humanitaire, leurs slogans politiques et sociaux, même leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l’histoire sous ce déguisement respectable, digne à tout « révolutionnaire » qui croit à l’Esprit des lois de Montesquieu, au Contrat social de Rousseau et à La justice sociale en Islam de Sayyid Qutb, avec ce langage emprunté à la première Révolution française (1789) et à la révolution d’Octobre (1917).

Burham Ghalioun, Bassma Kodmani, Riyad al-Chafqa, tous les 140 héros du CNS, de même que des partis nationalistes kurdes, la masse des tribus et des clans bédouins du Désert syrien ainsi que les Quarante-quatre d’Ali Baba accomplirent dans le costume de la première Révolution française, et en se servant d’une phraséologie empruntée aux philosophes de l’Aufklärung [2] , la tâche de l’achèvement des idées révolutionnaires, à savoir le pacte du deuxième jour du mois d’octobre. Ainsi, Riyad al-Chafqa s’identitfia à Robespierre, Bassma Kodmani s’habilla en Danton et Burham Ghalioun joua le rôle de Camille Desmoulins.

En avançant à travers les lignes de cette déclaration, il devient difficile de nous débarrasser de l’idée insistante que les auteurs de ce pacte « historique », comme l’appela monsieur Ghalioun, avaient l’intention de commencer la rédaction avec une ouverture grandiose, aussi glorieuse que l’événement lui-même dont le pacte est issu, la Sainte-Révolution syrienne.

Effectivement, en annonçant leur unification au sein du Conseil national syrien, les oppositions syriennes franchisèrent une étape décisive vers la subordination complète aux puissances impérialistes. Il suffit que le CNS reçut l’appui, le 10 octobre, de son confrère libyen le Conseil national de transition (CNT) pour que nous construisions une idée première de l’avenir prévu de la Syrie ; le soir même, le CNS reçut aussi la bénédiction de l’Union européenne (EU) qui se précipita à saluer « les efforts de la population syrienne pour établir une plateforme unie et appelle la communauté internationale à faire de même » [3] .

De la bipolarité idéologique du pacte du CNS

D’abord, dans ce pacte grandiose, l’inévitable déclaration des libertés publiques (liberté personnelle, liberté de la presse, de la parole, de l’expression, d’association, de réunion, d’enseignement, des cultes, etc.), reçut un uniforme constitutionnel qui le rendait invulnérable. Ce pacte, si subtilement rendu inviolable, issu de l’évolution historique des idées révolutionnaires, était cependant, comme Achille, vulnérable en un point, non pas au talon, mais à la tête, ou plutôt aux deux têtes dans lesquelles il se perdait : le libéralisme bourgeois occidentalisé de monsieur Burham Ghalioun, d’un côté, l’idéologie islamiste des Frères musulmans, de l’autre. Ensuite, comme résultat de cette bipolarité idéologique, chacune de ces libertés fut proclamée comme un droit absolu du citoyen syrien, mais avec cette réserve constante qu’elles ne contredisent pas la révélation divine, telle que manifestée dans le credo islamique, à l’époque de Sahifa [4] .

Mieux encore, l’ouverture grandiose de ce pacte commence par une insistance sur l’importance historique de la « révolution » syrienne qui va, selon les auteurs du pacte, mettre la Syrie au même niveau que les nations civilisées. Puis, on continue avec une escroquerie à l’égard de l’aspect universelle cosmopolite de la Sainte-Révolution syrienne, fidèle aux âmes immortelles des ses martyrs. Nous prenons ici, comme exemple, le premier paragraphe du pacte :

« Le soulèvement-révolution en Syrie constitue un tournant radical dans l’histoire de la société et de l’État syriens. Elle porte en elle, comme toutes les révolutions du “printemps arabe”, un saut qualitatif, un message humain et un ensemble de valeurs universelles, représentant le dénominateur commun des aspirations du peuple syrien et la reconnaissance au sacrifice de ses martyrs » . [5]

À notre sens, les auteurs de ce paragraphe prêtent beaucoup d’importance à montrer leur « réalité » comme résultat logique et normal de l’évolution des luttes révolutionnaires en Syrie, tout en empruntant son langage au déterminisme historique et au matérialisme historique. Ceci se révèle dans l’emprunt de l’expression « un saut qualitatif » dû, évidemment, à un long processus d’accumulation de petits sauts quantitatifs.

Cependant, ce paragraphe s’habillant en costume de matérialisme historique et de cosmopolitisme des Lumières, est suivi directement par un autre paragraphe tout à fait contradictoire, qui nous fait précipiter de l’époque de l’Aufklärung à l’époque hégire du Prophète. Soudain, nous nous trouvons dans un environnement disharmonieux avec le précédent, à La Mecque du septième siècle (AÈC), à l’aube de l’islam. Lisons dans le paragraphe suivant :

« Depuis le pacte de la Sahifa établi par le Prophète à son arrivée à Médine aux déclarations des droits de l’Homme des temps modernes, les pactes, accords et contrats ont constitué les règles de la vie commune entre les citoyens d’un même pays. Leur contenu représente le jalon nécessaire et indispensable, notamment dans les périodes de changement, de transition et de construction. Leurs règles constituent les repères auxquels se réfère la société dans ses différentes composantes, et les bases d’un État défendant les libertés fondamentale et assurant la souveraineté. Ces règles sont immuables, quel que soit la majorité électorale, politique ou sociale. Aucune ne peut être omise ou fractionné » . [6] Sans nul doute possible, en prenant la Sahifa comme point de départ historique, le pacte du CNS ne porte pas seulement en lui-même les éléments de son propre malheur, mais il annonce aussi son râle avéré.

Avant toute chose, qu’est-ce que le pacte de Sahifa ? C’est un traité de paix entre les musulmans, les arabes non-musulmans et les juifs de Médine. Le traité fut mis par écrit et ratifié par toutes les parties, vers l’an 622 (ÈC). Cependant avec la présence de plus en plus envahissante des musulmans, les tribus juives commencèrent à s’irriter. C’était le début d’un conflit violent et sanglant entre les deux communautés.

À l’évidence, la référence à la Sahifa laisse l’allégeance de la « deuxième République », telle que promise par le CNS, ambiguë ; et des questions se révèlent ici : d’où recevra la République sa légitimité, du peuple ou de la loi divine ? Ici, l’amalgame ne peut pas être accompli ? car l’un nie l’autre, au moins que les auteurs du pacte aient voulu mettre en application les principes de la Dialectique de la Nature [7].

De l’ambigüité du pacte du CNS

D’ailleurs, si la « deuxième République » reçoit sa légitimité du peuple, cela devrait entraîner, sous entendu, un État laïque n’adhérant à aucune religion précise, qu’elle soit majoritaire ou minoritaire. Dans ce cas, les Frères musulmans, fidèles au credo islamique se trouveraient en démarcation face à la société et à l’État, ce qui entrainerait, évidemment, à un nouveau conflit, cette fois-ci plus violent et plus sanglant, entre les Frères musulman et la « deuxième République ». Par contre, si la « République » reçoit sa légitimité de la loi divine, tel que voulu par l’inclusion de la Sahifa dans le pacte, ici tout le discours sur les droits de l’Homme, les libertés publiques, l’égalité parmi les différents composants de la société syrienne ne serait qu’un bavardage futile ; car dans ce cas, tout groupe ayant un credo différent de celui issu de la loi divine perdra l’une ou l’autre des libertés et des dignités promises dans le pacte « de la liberté et de la dignité » du CNS. En plus, les droits de la personne et des groupes minoritaires (qu’il s’agit des minorités religieuses, ethniques, linguistiques, sexuelles ou affectives) ne peuvent pas demeurer à l’abri de l’oppression de la loi divine. Le sort des minorités chrétiennes en Irak à la veille de l’occupation américaine, éliminées massivement et systématiquement par des groupes fanatiques, ainsi que les attaques quotidiennes contre les chrétiens coptes en Égypte, constituent un bon exemple à ce que pourrait être l’avenir des minorités ethniques et religieuses de la Syrie, une fois le CNS, avec sa bipolarité idéologique, serait au pouvoir.

Ainsi, Damoclès leva la tête et s’aperçut qu’une épée était suspendue au-dessus de lui, et n’était retenue que par un crin du cheval de Denys .  [8]

De l’échec de la campagne impérialiste contre la Syrie

En définitive, ce pacte grandiose joue un rôle différent à celui déclaré sur la scène, devant les spectateurs. Il n’est pas secret, ici, que la déclaration du 11-Vendémiaire vise à accélérer la pression sur le régime syrien et à prendre la campagne contre la Syrie à un niveau plus avancé. Ici, nous nous trouvons face à deux possibilités se tenant derrière la déclaration. La première se présente par l’intention des triumviri (l’Empire étatsunien, la France, la Turquie) à en sortir de l’impasse où se trouve la prétendue « révolution » syrienne, déjà échouée à s’enraciner dans le paysage syrien. Pour en faire, les triumviri accéléreraient l’offensive, en reconnaissant, le cas échéant, le CNS comme le seul représentant légitime du peuple syrien, et en retirant, effectivement, toute légitimité du régime syrien sur la scène internationale. Deuxièmement, au cas où la campagne impérialiste contre la Syrie échoue, ce qui nous parait plus évident, les triumviri utiliseraient le CNS comme vitrine politique derrière laquelle se cachent les vrais joueurs (l’Empire étatsunien, la France et la Turquie) et cela dans le but d’entamer des négociations directes et d’autre « sous la table » avec le régime Syrien.

En guise de conclusion, après neuf mois de violences et de manifestations réelles et virtuelles (sur Facebook), et après la mise du véto sino-russe au Conseil de sécurité opposant à toute intervention prévue dans les affaires internes de la Syrie, la deuxième possibilité devient, jour après jour, plus avérée, sans éliminer, certainement, la première possibilité, une fois le rapport de force sera de nouveau changé.

 

Fida Dakroub, Ph.D


[1] Le jour de Vendémiaire est le premier jour du calendrier républicain français. Il correspondait à quelques jours près (selon l’année) à la période allant du 22 septembre au 21 octobre du calendrier grégorien. Ainsi, le 11 vendémiaire correspondrait au 2 octobre.

[2] L’Aufklärung est un courant de pensée, qui s’étend approximativement des années 1720 - 1730 aux années 1775 - 1785, durant lesquelles se développera le Sturm un Drang. Ce courant intellectuel est souvent identifié aux Lumières.

[3] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/10/1...

[4] Le pacte de Sahifa déclaré par le Prophète à son arrivée à Médine.

[5] http://blog.mondediplo.net/2011-10-07-Syrie-l-opposition-a-D...

[6] http://blog.mondediplo.net/2011-10-07-Syrie-l-opposition-a-D...

[7] Friedrich Engels projetait d’écrire un grand travail sur la dialectique dans la nature. La première idée d’Engels était de montrer, sous la forme d’une critique du matérialisme vulgaire et sur la base de la science la plus moderne, la contradiction entre le mode de pensée métaphysique et le mode de pensée dialectique.

[8] Damoclès est le personnage-clé d’un épisode de l’histoire grecque antique auquel l’on peut se référer comme la légende de L’Épée de Damoclès. De cette légende, est née l’expression « Avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête », utilisée pour signifier qu’« un danger constant peut nous "tomber dessus", telle l’épée de l’histoire, à tout moment ; que la situation est périlleuse ».

 

URL de cet article 15034
http://www.legrandsoir.info/le-11-vendemiaire-de-la-sainte-revolution-syrienne-ou-l-echec-du-conseil-national-syrien.html
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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 11:19

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Message à Charb: la prochaine fois, utilise un barbecue électrique!  Alors, l'incendie de Charlie-Hebdo?

 

 Ce qui est sûr, c'est que nous sommes tous pour la liberté d'expression, pour le droit de moquer et insulter tous les bigots de toutes les religions. Mais ce qui est sûr aussi, c'est que la rédac de CH a voulu remonter sa trésorerie en rééditant le coup d'il y a six ans : le numéro sur les caricatures de Mahomet s'était vendu à 500 000 exemplaires. Rappelons qu'à la suite de ce scandale clé en main, dans un grand élan, les électeurs du Front national, les intransigeants disciples de Voltaire et les degôche indignés s'étaient mêlés pour assurer d'exceptionnelles rentrées, et Val et sa garde rapprochée s'étaient extrêmement remplis les fouilles à cette occasion, créant un trésor de guerre qui a permis au collègue de Font de partir diriger Radio France avec un joli parachute doré. Le coktail molotov jeté sur Charlie Hebdo tombe à point pour stimuler ce qui était une opération publicitaire assez nauséabonde. L'incendie redonne à Charb et à sa clique une auréole de martyrs, l'assurance paiera, les ventes seront stimulées puisque acheter Charlie Hebdo devient un acte militant en faveur de la liberté d'expression, que du bénef!
  Et cette menace islamiste, alors? Ne parlons pas de la Libye, qui est ce que l'intervention occidentale en a fait. En Tunisie, même si les défenseurs de la liberté savent qu'ils doivent être vigilants, les barbus sont encore loin d'avoir le pouvoir d'islamiser la société: il y a trop de points de résistances pour ça, et en particulier les jeunes et les femmes: ça fait du monde. Mes amis de là-bas ne sont pas du tout désespérés, ils sont prêts à la lutte, mais ils n'ont pas besoin que des crétins laïcards excitent les crétins barbus, histoire de rendre tout encore plus confus. Ce genre d'opération publicitaire n'aboutira qu'à exciter les paranoïas et, grâce au relai obligeant des intégristes, à vexer  les campagnes profondes, du côté de Sidi Bouzid et de Kasserine, là où la révolution a commencé, en humiliant des jeunes qui se sont, faute de mieux, bricolé une identité musulmanes et des braves gens qui ont la foi du charbonnier mais ne sont pas partisans d'imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Vous me direz, les gens de Charlie ne sont sûrement pas poussés uniquement par l'envie de se faire un max de flouze, ils croient vraiment être à l'avant-garde de la défense de la liberté contre l'intolérance.
Eh oui, il me faudrait le crayon de Charb ou celui de Luz, pour les dessiner tels qu'ils sont: toutes petites têtes et gros estomacs.

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 11:16

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 11:10

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Le collectif signataire de ce texte est composé de : Saïd Bouamama, Youssef Boussoumah, Houria Bouteldja, Henri Braun, Abdelaziz Chaambi, Ismahane Chouder, Olivier Cyran, Christine Delphy, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle, Nawel Gafsia, Laurent Lévy, Hassina Mechaï, Ndella Paye, Faysal Riad, Arielle Saint Lazare, Karim Tbaili, Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, et Najate Zouggari

 

Parce que la liberté d’expression est pour nous un principe précieux, nous refusons catégoriquement l’instrumentalisation bouffonne et intéressée qui en est actuellement faite par le couple Guéant-Charb, par la classe politique et par les grands médias.

Nous affirmons :

 qu’un cocktail molotov lancé la nuit dans des locaux vides et n’occasionnant que des dégats matériels ne mérite pas une mobilisation médiatique et politique supérieure à celle, pour le moins discrète, qu’occasionne l’incendie ou la mise à sac d’une mosquée ou d’un cimetiere musulman.

 que la disproportion entre les unes alarmistes sur l’incendie de Charlie Hebdo et les brèves de dix lignes sur les saccages de lieux de culte musulmans entretient une vision du monde raciste : si un saccage est plus grave qu’un autre, c’est que les biens des uns sont plus précieux que les biens des autres, et c’est en définitive que les uns valent plus que les autres.

 que le climat d’état d’urgence et d’union sacrée qui s’instaure aujourd’hui autour de Charlie Hebdo est d’autant plus odieux qu’il tombe au même moment qu’un silence et une indifférence quasi générale face à un autre incendie, lui aussi parisien, lui aussi d’origine criminelle, à ceci près qu’il visait un bâtiment occupé par des Roms et qu’il a entraîné une mort d’homme : Ion Salagean.

 que Charlie Hebdo, en acceptant la visite intéressée de Claude Guéant, qui incrimine avec empressement des "extrémistes musulmans", en l’absence du moindre élément de preuve, participe, comme il l’a déjà fait dans le passé en publiant des articles ou des dessins antimusulmans, à la confusion générale, à la sarkozisation et à la lepénisation des esprits.

 qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégats matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première "affaire des caricatures" - bref : que ce fameux cocktail molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières.

 que, contrairement à ce qui dit et se répète jusqu’à la nausée à la faveur de ce nouveau buzz antimusulman, la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée, et que toute personne dotée d’un minimum de bon sens peut même constater, en inspectant semaine après semaine la devanture de son kiosque ou les programmes de télévision, que concernant l’islam, non seulement la critique mais aussi la caricature et l’injure prospèrent en toute tranquillité et en toute bonhomie depuis au moins une décennie.

 qu’en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bon leur semble, sans qu’un Etat national-laïque leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ; celle des sans-papiers qui aimeraient avoir la parole et informer le public sur la réalité de leurs conditions de vie ; celle des SDF, des chômeurs, des précaires, qui sont les perpétuels recalés de l’espace public officiel - cet espace de "libre expression" qu’il s’agirait aujourd’hui de défendre, main dans la main avec Charb, Luz, Riss et leurs supporteurs Claude Guéant, Ivan Rioufol et Marine Le Pen.

 que les leçons de tolérance adressées par l’élite blanche aux musulmans, présumés coupables de l’incendie, sont pour le moins malvenues puisque, contrairement à ce qui se dit et se répète, le délit de blasphème existe en France : depuis les lois Sarkozy de 2003, de très lourdes amendes et peines de prison sont prévues contre toute "offense au drapeau ou à l’hymne national".

 que la liberté d’expression consiste à donner la parole aussi à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo, y compris "dans ce moment difficile", à toutes celles et ceux qui n’ont, depuis des années, aucun espace dans les grands médias pour dire leur écoeurement face à la nouvelle marque de fabrique de cet hebdomadaire : un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe.

 que, pour commencer, la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’Etat.

P.-S.

Saïd Bouamama est sociologue et militant antiraciste ; Youssef Boussoumah et Houria Bouteldja sont membres du Parti des Indigènes de la République ; Abdelaziz Chaambi est porte parole du Collectif contre le racisme et l’islamophobie ; Ismahane Chouder et Ndella Paye sont membres du Collectif des Féministes Pour l’Egalité, de Mamans Toutes égales et de Participation et Spiritualité musulmanes ; Christine Delphy et Sylvie Tissot sont sociologues et militantes féministes ; Olivier Cyran, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle et Hassina Mechaï sont journalistes ; Henri Braun et Nawel Gafsia sont avocats ; Arielle Saint Lazare est militante féministe ; Laurent Lévy, Faysal Riad, Karim Tbaili, Pierre Tevanian et Najate Zouggari sont militants antiracistes.

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 11:06

demographie.jpgAprès quelques millénaires d’une très lente évolution, la population mondiale est passée de 1 milliard à désormais 7 milliards en deux petits siècles. Cet emballement démographique a fait craindre une apocalypse, si la planète ne pouvait nourrir les 15 ou 20 milliards envisagés par les pires scénarios élaborés dans les années 1950 et 1960 – et désormais complètement obsolètes.

Toujours spectaculaire, la croissance de la population mondiale n’est plus exponentielle. Les tendances récentes indiquent même un net ralentissement. Selon les prévisions de l’ONU, le pic démographique sera atteint vers 2050, avec un peu plus de 9 milliards d’habitants, et devrait se stabiliser autour de 10 milliards vers 2100 (8 milliards si l’on retient l’hypothèse basse).

Le « sursaut » démographique se manifeste au tout début du XIXe siècle. Il accompagne l’industrialisation de l’Europe et du nouveau monde. L’accélération se poursuit tout au long du XXe siècle, avec l’intensification de l’urbanisation et les progrès de la médecine. Mais l’essentiel de cette croissance pèse sur les pays les moins développés : au début du XIXe siècle, la population des pays riches équivalait à celle des pays pauvres. D’un pour cinq dans les années 2000, le rapport sera d’environ un pour huit vers 2050. Le sociologue Jack A. Goldstone qualifie cette dissymétrie de « bombe démographique » : ce n’est pas la surpopulation que l’humanité doit craindre, mais plutôt les risques liés à l’accroissement des déséquilibres dans les niveaux de développement, avec le gonflement spectaculaire de la population des pays pauvres et le vieillissement de celle des pays industrialisés.

Quel que soit l’environnement socioculturel ou religieux, le degré de richesse ou de pauvreté, l’instauration ou non d’une politique de contrôle des naissances, la fécondité baisse inexorablement partout dans le monde, de manière plus ou moins marquée selon les pays, mais d’une manière qui semble irréversible.

Le taux de fécondité mondial a été divisé par deux, passant de 5 à 2,5 entre 1960 et 2010 : de 7 à 4,5 en Afrique, continent qui, en dépit des guerres et des épidémies, a dépassé le cap du milliard d’habitant en 2009, et de 3 à 1,5 pour l’Europe, désormais largement en dessous du seuil de renouvellement. En 2010, la moitié au moins des pays du monde avaient un taux de fécondité inférieur ou égal au seuil de remplacement à long terme (environ 2,1 enfants par femmes). C’est le cas – outre la « vieille Europe » – du Brésil, de la Tunisie, de la Chine ou de la Thaïlande (1,8 enfant par femme), du Vietnam (2,1), du Bangladesh (2,2), de l’Inde (2,6) ou enfin du Maroc qui passe de 7,5 à 2,4 enfants par femme entre 1960 et 2010 ! Principaux facteurs de cette baisse sensible : l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi, le recul de l’âge du mariage, la diffusion de la contraception ou les progrès dans le domaine de la santé.

« Hiver démographique »

Pour le démographe Gérard-François Dumont, la baisse de la fécondité et le vieillissement consécutif de la population mondiale annoncent un « hiver démographique ». Les prévisions montrent que les plus de 60 ans seront 20 % en 2050 contre 11 % en 2010 (ils étaient 8 % en 1954…). Les futures populations actives « auront à faire face à un vieillissement sans équivalent dans l’histoire de l’humanité, et seront chargées d’entretenir un nombre croissant de retraités », écrit l’Organisation des Nations unies (ONU) dans un rapport de janvier 2010. Avec à la clé un impact sur la croissance, les investissements et la consommation. Les plus de 60 ans représentaient déjà, en 2010, environ 20 % de la population au Japon, en Italie et en Allemagne…

Nul ne sait exactement quand, mais la population mondiale s’oriente vers la stabilisation. La prédiction est un enjeu crucial, car une toute petite différence de taux de fécondité, en dessus ou en dessous du seuil de renouvellement, signifie plusieurs centaines de millions de personnes en plus ou en moins à nourrir et à loger, au sein d’une population qui aura à faire face aux changements climatiques et qui continuera de migrer et d’exploiter les ressources naturelles. Et encore faut-il être certain de bien compter tout le monde : des dizaines de millions de personnes échappent encore aux statistiques…

 

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-10-31-explosion-demographique

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 11:02

occupy-wall-street-people-before-profits1.jpgEn réinjectant un discours fermement anticapitaliste dans le débat politique, le mouvement « Occupy Wall Street » (OWS) sème la discorde entre les divers courants de la gauche américaine, en particulier chez les intellectuels. Par le passé, les partisans de ce grand courant de centre gauche américain qu’est le « liberalism » se sont souvent montrés critiques à l’égard de l’idéologie du marché libre, favorisant plutôt un capitalisme soumis aux régulations de l’État. Mais ils ne sont pas enclins à récuser pas autant les grands principes du capitalisme lui-même. Face à ces libéraux (au sens américain), on trouve, depuis au moins un siècle, des courants plus contestataires – anarchiste, communiste, socialiste, voire simplement social-démocrate. Souvent sont-ils surreprésentés dans les milieux intellectuels et universitaires. « Occupy Wall Street » est en train d’attiser les tensions latentes entre ces tendances. Surtout, il contraint les libéraux à préciser leur position face au capitalisme dans sa forme actuelle.

Depuis le début du mouvement, de nombreux intellectuels de gauche ont manifesté leur soutien à l’égard des occupants de Zuccotti Park (ainsi que les mouvements parallèles qui ont depuis vu le jour un peu partout). Certains sont Américains, d’autres des non-Américains qui enseignent ou travaillent aux États-Unis. S’il y a un dénominateur commun à leurs discours de soutien, c’est l’idée que le mouvement effectue une véritable rupture dans le discours politique américain, peu ouvert à des réquisitoires sans ambages contre le capitalisme. D’autre part, ces intellectuels saluent le mouvement comme le noyau potentiel d’une nouvelle conception de la démocratie, se démarquant d’un système représentatif trop impliqué dans les désordres économiques actuels.

La journaliste et militante Naomi Klein, connue pour son essai La stratégie du choc, s’est adressée aux occupants de la « place de la liberté » à Manhattan le 6 octobre. Selon elle, la différence entre 1999 – année qui a marqué la naissance du mouvement altermondialiste – et 2011, c’est qu’aujourd’hui plus personne ne doute que l’ordre économique contemporain est en crise. D’autre part, même à l’intérieur des pays « développés », les inégalités engendrées par le néolibéralisme crèvent les yeux : « Dix ans plus tard, remarque-t-elle, il semblerait qu’il n’y a plus de pays riches, mais simplement beaucoup de gens riches. Des gens qui s’enrichissent en pillant la richesse publique et en épuisant les ressources naturelles partout dans le monde ». L’originalité de « Occupy Wall Street », c’est que plutôt que d’énoncer un projet, le mouvement témoigne par se propre existence d’une autre façon de vivre. Selon Klein, il nous faut « changer les valeurs sous-jacentes qui gouvernent nos sociétés (…) C’est ce que je vois arriver dans ce square, dans la manière dont vous vous nourrissez les uns les autres, dont vous vous tenez au chaud, dont vous partagez gratuitement l’information, et dont vous offrez des soins médicaux, des cours de méditation, et de l’entrainement en ‘empowerment.’ Ma pancarte préférée ici déclare : ‘Je me soucie de toi.’ Dans une culture qui nous entraîne à éviter les regards, à dire ‘qu’ils crèvent,’ c’est une déclaration profondément radicale ».

Le 9 octobre, c’est au tour du philosophe Slavoj Žižek de parler aux manifestants. D’origine slovène, ce penseur postmarxiste d’inspiration lacanienne a souvent enseigné aux États-Unis. Il est très apprécié par certains milieux universitaires américains.  Pour Žižek, comme pour Klein, l’importance de « Occupy  Wall Street» est liée à l’invention d’un nouveau langage politique, qui semblait jusqu’à présent exclu de la « pensée unique » qui prévaut actuellement dans le domaine économique. Pour illustrer son propos, il raconte une plaisanterie de l’ère soviétique. Un habitant de l’Allemagne de l’Est est exilé en Sibérie. Avant de partir, sachant que son courrier sera lu par les censeurs, il propose à ses amis un code : toute lettre qu’ils obtiendraient de lui écrite en encre bleu serait entièrement vraie, alors que toute lettre rédigée en encre rouge ne contiendrait que des mensonges. Après un mois, ses amis reçoivent une lettre écrite en encre bleu. L’exilé raconte : « Tout est merveilleux ici. Les magasins sont pleins d’excellents produits.  Les cinémas montrent de bons films occidentaux. Les appartements sont grands et luxueux. La seule chose qui manque, c’est de l’encre rouge ». Žižek en conclut : « C’est ainsi que nous vivons. Nous avons toutes les libertés que nous voulons. Mais ce qui nous manque, c’est l’encre rouge : un langage pour exprimer notre non-liberté. La manière dont on nous apprend à parler de la liberté – la guerre contre la terreur, etc. – ne fait que falsifier la liberté. Ce que vous faites, c’est nous offrir de l’encre rouge ».

Les remarques de Klein et de Žižek sur le caractère essentiellement politique du mouvement rejoignent celles de Michael Hardt et Antonio Negri. Le premier enseigne la théorie littéraire à Duke University (Caroline du Nord), le dernier est philosophe ainsi qu’une figure historique du marxisme « opéraïste » italien. Ensemble, ils ont coécrits des essais qui sont devenus les véritables bibles du mouvement altermondialiste : Empire et Multitude. Pour Hardt et Negri, « Occupy Wall Street » doit être assimilé aux « indignados » de Madrid, à l’occupation de la place Tahrir au Caire, au mouvement pro-syndicale de Wisconsin, à l’occupation de la place Syntagma à Athènes, et aux campements de tentes dressés au nom de la justice sociale dans plusieurs villes israéliennes. Si les revendications de ces mouvements ont souvent un caractère économique, elles résultent toutes, du moins de façon implicite, d’un souci d’ordre politique : « la démocratie n’est-elle pas supposée être le règne du peuple sur le polis – c’est-à-dire, sur la vie sociale et économique dans son ensemble ? » Or, il semblerait plutôt que « la politique est devenue l’esclave des intérêts économiques et financières ». Par leur organisation même, ces mouvements proposent une alternative au système de représentation politique actuel. Ils « sont tous développés en fonction de ce que nous appelons la ‘forme multitude’ et sont caractérisés par des assemblés fréquentes et des procédures de prise de décision participatives ». Il ne faut donc pas s’attendre à l’apparition d’un leader fédérateur, à la Martin Luther King. Ces mouvements annoncent plutôt la mort prochaine de la démocratie représentative.

Cette appréciation globalement positive du mouvement « Occupy Wall Street » n’est pas pourtant pas partagée par ceux qui se réclament de la tradition libérale américaine. Comme le soulignent les responsables de la revue The New Republic: « Une des différences essentielles entre les libéraux et les radicaux, c’est que les libéraux sont des capitalistes. Ils soutiennent un capitalisme régulé de manière démocratique (…). Mais ce ne sont pas là les principes que nous entendons de la part des manifestants. Plutôt, nous entendons des appels à renverser le capitalisme dans son ensemble ».

Dans les colonnes du magazine The Atlantic, Daniel Indiviglio partage cette perspective : « Le genre de radicaux anarcho-socialistes que l’on retrouve aux manifestations OWS menacent l’opinion progressiste qu’il y a des moments où il est raisonnable et juste pour l’État d’intervenir pour secourir l’économie, l’industrie, voire même des entreprises spécifiques, si telle action est estimée bénéficier à l’économie dans son ensemble. La différence dans ce cas, c’est que les radicaux pensent que la nécessité d’un renflouement occasionnel est la preuve que le capitalisme court à sa perte et doit fermer boutique, alors que les progressistes trouvent que les renflouements peuvent contribuer au fonctionnement du capitalisme ».

Pour certains libéraux, le mouvement « Occupy Wall Street » risque de reproduire les mêmes erreurs qui ont entrainé la faiblesse actuelle de la gauche américaine et ont contribué à la montée de la droite « néolibérale ». Selon Fred Siegel, ces manifestants n’ont pas conscience du fait que l’extension des acquis sociaux et la protection de nouveaux droits individuels au cours des années soixante s’est traduit par le déploiement d’une vaste bureaucratie aux effets souvent pervers. Les manifestants de Manhattan sont « littéralement en train de recréer les folies des années 1960 en miniature ». D’autre part, les « manifestants, inconscients de notre dette nationale, se montrent indifférents au dédain compréhensible dans lequel la plupart des Américains tiennent le gouvernement fédéral ».

S’il est trop tôt pour prédire l’influence qu’aura le mouvement « Occupy Wall Street » sur le débat politique aux États-Unis – et s’il ne faut pas surestimer la capacité de la « gauche de la gauche » à recueillir un large soutien populaire – toujours est-il qu’à l’heure actuelle, c’est la gauche anticapitaliste qui a le vent en poupe. Si les libéraux auront sont doute du mal à se rallier à une critique de cette envergure, le mouvement pourrait leur rappeler que, par le passé (pensez à Franklin Roosevelt), ils avaient osé une politique plus exigeante et méfiante à l’égard des pouvoirs financiers et économiques. Une réorientation du libéralisme américain dans cette direction pourrait être une des conséquences les plus importantes de ce mouvement insolite.

 

http://alternatives-economiques.fr/blogs/behrent/2011/11/03/%C2%AB-occupy-wall-street-%C2%BB-la-gauche-contre-les-liberaux/

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 10:53

wolinski2.jpgAlors que le capitalisme connaît sa crise la plus sérieuse depuis celle des années 1930, les principaux partis de gauche semblent muets, embarrassés. Au mieux, ils promettent de ravauder le système. Plus souvent, ils cherchent à prouver leur sens des responsabilités en recommandant eux aussi une purge libérale. Combien de temps ce jeu politique verrouillé peut-il durer alors qu’enflent les colères sociales ?


par Serge Halimi, novembre 2011

Les Américains qui manifestent contre Wall Street protestent aussi contre ses relais au sein du Parti démocrate et à la Maison Blanche. Ils ignorent sans doute que les socialistes français continuent d’invoquer l’exemple de M. Barack Obama. Contrairement à M. Nicolas Sarkozy, le président des Etats-Unis aurait su selon eux agir contre les banques. S’agit-il seulement d’une méprise ? Qui ne veut pas (ou ne peut pas) s’attaquer aux piliers de l’ordre libéral (financiarisation, mondialisation des flux de capitaux et de marchandises) est tenté de personnaliser la catastrophe, d’imputer la crise du capitalisme aux erreurs de conception ou de gestion de son adversaire intérieur. En France, la faute incombera à « Sarkozy », en Italie, à « Berlusconi », en Allemagne, à « Merkel ». Fort bien, mais ailleurs ?

Ailleurs et pas seulement aux Etats-Unis, des dirigeants politiques longtemps présentés comme des références par la gauche modérée affrontent eux aussi des cortèges indignés. En Grèce, M. Georges Papandréou, président de l’Internationale socialiste, met en œuvre une politique d’austérité draconienne qui combine privatisations massives, suppressions d’emplois dans la fonction publique et abandon de la souveraineté de son pays en matière économique et sociale à une « troïka » ultralibérale (1). Les gouvernements d’Espagne, du Portugal ou de Slovénie rappellent également que le terme de gauche s’est à ce point déprécié qu’on ne l’associe plus à un contenu politique particulier.

Un des meilleurs procureurs de l’impasse de la social-démocratie européenne se trouve être le porte-parole... du Parti socialiste (PS) français. « Au sein de l’Union européenne, relève M. Benoît Hamon dans son dernier livre, le Parti socialiste européen (PSE) est historiquement associé, par le compromis qui le lie à la démocratie chrétienne, à la stratégie de libéralisation du marché intérieur et à ses conséquences sur les droits sociaux et les services publics. Ce sont des gouvernements socialistes qui ont négocié les plans d’austérité voulus par l’Union européenne et le Fonds monétaire international [FMI]. En Espagne, au Portugal et en Grèce bien sûr, la contestation des plans d’austérité prend pour cible le FMI et la Commission européenne, mais aussi les gouvernements socialistes nationaux. (…) Une partie de la gauche européenne ne conteste plus qu’il faille, à l’instar de la droite européenne, sacrifier l’Etat-providence pour rétablir l’équilibre budgétaire et flatter les marchés. (…) Nous avons été en plusieurs lieux du globe un obstacle à la marche du progrès. Je ne m’y résigne pas (2). »

D’autres jugent en revanche cette transformation irréversible car elle aurait pour origines l’embourgeoisement des socialistes européens et leur éloignement du monde ouvrier.

Bien que lui-même plutôt modéré, le Parti des travailleurs (PT) brésilien estime que la gauche latino-américaine doit prendre la relève de celle du Vieux Continent, trop capitaliste, trop atlantiste, et donc de moins en moins légitime quand elle prétend défendre les intérêts populaires : « Il y a aujourd’hui un déplacement géographique de la direction idéologique de la gauche dans le monde, indiquait en septembre dernier un document préparatoire au congrès du PT. Dans ce contexte, l’Amérique du Sud se distingue. (...) La gauche des pays européens, qui a tant influencé la gauche dans le monde depuis le XIXe siècle, n’a pas réussi à apporter les réponses adéquates à la crise et semble capituler face à la domination du néolibéralisme (3). » Le déclin de l’Europe, c’est peut-être aussi le crépuscule de l’influence idéologique du continent qui avait vu naître syndicalisme, socialisme et communisme — et qui paraît plus volontiers que d’autres se résigner à leur effacement.

La partie est-elle perdue pour autant ? Les électeurs et militants de gauche qui s’attachent à des contenus plutôt qu’à des labels factices peuvent-ils espérer, y compris dans les pays occidentaux, combattre la droite avec des camarades conquis par le libéralisme mais toujours électoralement hégémoniques ? Le ballet est en effet devenu rituel : la gauche réformiste se distingue des conservateurs le temps d’une campagne par un effet d’optique. Puis, lorsque l’occasion lui est donnée, elle s’emploie à gouverner comme ses adversaires, à ne pas déranger l’ordre économique, à protéger l’argenterie des gens du château.

La transformation sociale dont la plupart des candidats de gauche à l’exercice des responsabilités gouvernementales proclament la nécessité, voire l’urgence, requiert bien évidemment qu’ils y voient davantage qu’une rhétorique électorale. Mais aussi... qu’ils accèdent au pouvoir. Et c’est sur ce point précis que la gauche modérée fait la leçon aux « radicaux » et aux autres « indignés ». Elle n’attend pas, elle, le « grand soir » (lire « Il y a un siècle aux Etats-Unis, un débat fondateur ») ; elle ne rêve pas non plus de se blottir dans une contre-société isolée des impuretés du monde et peuplée d’êtres exceptionnels (lire « Des gens formidables... »). Pour reprendre des termes employés il y a cinq ans par M. François Hollande, elle ne veut pas « bloquer, plutôt que faire. Freiner, plutôt qu’agir. Résister, plutôt que conquérir ». Et elle estime que « ne pas battre la droite, c’est la garder, donc la choisir (4) ». La gauche radicale, en revanche, préfère selon lui « enfourcher n’importe quelle colère » plutôt que faire « le choix du réalisme (5) ».

Or la gauche de gouvernement, c’est son atout maître, dispose « ici et maintenant » de troupes électorales et de cadres impatients qui lui permettraient d’assurer la relève. « Battre la droite » ne tient cependant pas lieu de programme ou de perspective. Une fois les élections remportées, les structures en place — nationales, européennes, internationales — risquent de faire barrage à la volonté de changement exprimée pendant la campagne. Aux Etats-Unis, M. Obama a pu ainsi prétendre que des lobbies industriels et l’obstruction parlementaire des républicains avaient sapé un volontarisme et un optimisme (« Yes, we can ») pourtant entérinés par une large majorité populaire.

Ailleurs, des gouvernants de gauche se sont excusés de leur prudence ou de leur pusillanimité en invoquant des « contraintes », un « héritage » (l’absence de compétitivité internationale du secteur productif, le niveau de la dette, etc.) qui avaient entamé leur marge de manœuvre. « Notre vie publique est dominée par une étrange dichotomie, analysait déjà M. Lionel Jospin en 1992. D’un côté, on reproche au pouvoir [socialiste] le chômage, le mal des banlieues, les frustrations sociales, l’extrémisme de droite, la désespérance de la gauche. De l’autre, on le somme de ne pas se départir d’une politique économique financière qui rend très difficile le traitement de ce que l’on dénonce (6). » Vingt ans plus tard, la formulation de cette contradiction n’a pas pris une ride.

Les socialistes avancent qu’une défaite électorale de la gauche déclenche en général la mise en œuvre par la droite d’un arsenal de « réformes » libérales — privatisations, réduction des droits des syndicats, amputation des recettes publiques — qui détruiront les outils éventuels d’une autre politique. D’où le « vote utile » en leur faveur. Mais leur défaite peut aussi comporter des vertus pédagogiques. M. Hamon concède par exemple qu’en Allemagne « le résultat des élections législatives [de septembre 2009], qui a valu au SPD son plus mauvais score [23 % des suffrages] depuis un siècle, a convaincu sa direction du changement nécessaire d’orientation (7) ».

Les socialistes grecs se félicitent
d’avoir agi plus vite
que Mme Margaret Thatcher...

Un « rétablissement doctrinal » d’une ampleur tout aussi modeste est intervenu en France après la déroute législative des socialistes en 1993, au Royaume-Uni après la victoire de 2010 du Parti conservateur. Et sans doute constatera-t-on bientôt un cas de figure identique en Espagne et en Grèce, tant il paraît improbable que les gouvernants socialistes de ces pays imputent leur prochaine défaite à une politique exagérément révolutionnaire... Pour plaider la cause de M. Papandréou, la députée socialiste grecque Elena Panaritis a même osé recourir à une référence renversante : « Il a fallu onze ans à Margaret Thatcher pour mener à bien ses réformes dans un pays qui avait des problèmes structurels moins importants. Notre programme a été mis en place il y a seulement quatorze mois (8)  ! » En résumé, « Papandréou, mieux que Thatcher ! »

Sortir de cette nasse requiert de dresser la liste des conditions préalables à la mise au pas de la mondialisation financière. Cependant, un problème surgit aussitôt : compte tenu de l’abondance et de la sophistication des dispositifs qui ont enchâssé depuis trente ans le développement économique des Etats dans la spéculation capitaliste, même un programme relativement bonasse de réformes (moindre injustice fiscale, progression modérée du pouvoir d’achat des salaires, maintien du budget de l’éducation, etc.) impose dorénavant un nombre significatif de ruptures. Ruptures avec l’actuel ordre européen, mais aussi avec les politiques auxquelles les socialistes se sont ralliés (9).

Faute, par exemple, d’une remise en cause de l’« indépendance » de la BCE (les traités européens ont garanti que sa politique monétariste échapperait à tout contrôle démocratique), faute d’un assouplissement du pacte de stabilité et de croissance (qui, en période de crise, asphyxie une stratégie volontariste de lutte contre le chômage), faute de la dénonciation de l’alliance entre libéraux et sociaux-démocrates au Parlement européen (qui a conduit ces derniers à soutenir la candidature de M. Mario Draghi, ancien banquier de Goldman Sachs, à la tête de la BCE), sans même parler du libre-échange (la doctrine de la Commission européenne), d’un audit de la dette publique (afin de ne pas rembourser les spéculateurs qui ont parié contre les pays les plus faibles de la zone euro) ; faute de tout cela, la partie serait d’emblée mal engagée.

Et même perdue d’avance. Rien ne permet en effet de croire que MM. Hollande en France, Sigmar Gabriel en Allemagne ou Edward Miliband au Royaume-Uni réussiraient là où MM. Obama, José Luis Zapatero et Papandréou ont déjà échoué. Imaginer qu’« une alliance qui fasse de l’union politique de l’Europe le cœur de son projet » assure, comme l’espère M. Massimo D’Alema en Italie, « la renaissance du progressisme (10) » s’apparente (au mieux) à un rêve éveillé. En l’état des forces politiques et sociales, une Europe fédérale ne pourrait que verrouiller davantage des dispositifs libéraux déjà asphyxiants et déposséder un peu plus les peuples de leur souveraineté en confiant le pouvoir à des instances technocratiques opaques. La monnaie et le commerce ne sont-ils pas d’ailleurs des domaines déjà « fédéralisés » ?

Toutefois, tant que les partis de gauche modérés continueront de représenter la majorité de l’électorat progressiste — que ce soit par adhésion à leur projet ou par sentiment que celui-ci constitue la seule perspective pour une alternance rapprochée —, les formations politiques plus radicales (ou les écologistes) se retrouveront condamnées au rôle de figurants, de force d’appoint, de mouches du coche. Même avec 15 % des suffrages, quarante-quatre députés, quatre ministres et une organisation rassemblant des centaines de milliers d’adhérents, le Parti communiste français (PCF) n’a jamais pesé entre 1981 et 1984 dans la définition des politiques économiques et financières de François Mitterrand. Le naufrage de Refondation communiste en Italie, prisonnier de son alliance avec des partis de centre gauche, ne constitue pas un précédent plus exaltant. Il s’agissait alors, on s’en souvient, de prévenir à tout prix le retour au pouvoir de M. Silvio Berlusconi. Lequel est intervenu quand même, mais plus tard.

Le Front de gauche (auquel appartient le PCF) veut contredire de tels augures. En faisant pression sur le PS, il espère le voir échapper à « ses atavismes ». A priori, le pari paraît illusoire, voire désespéré. Toutefois, s’il intègre d’autres données que le rapport de forces électoral et les contraintes institutionnelles, il peut se prévaloir de précédents historiques. Ainsi, aucune des grandes conquêtes sociales du Front populaire (congés payés, semaine de quarante heures, etc.) n’était inscrite dans le programme (très modéré) de la coalition victorieuse en avril-mai 1936 ; le mouvement de grèves de juin les a imposées au patronat français.

L’histoire de cette période ne se résume pas pour autant à la pression irrésistible d’un mouvement social sur des partis de gauche timides ou effarouchés. C’est bien la victoire électorale du Front populaire qui a libéré un mouvement de révolte sociale en donnant aux ouvriers le sentiment qu’ils ne se heurteraient plus au mur de la répression policière et patronale. Enhardis, ils savaient aussi que rien ne leur serait donné par les partis pour lesquels ils venaient de voter sans qu’ils leur tordent la main. D’où cette dialectique victorieuse — mais tellement rare — entre élection et mobilisation, urnes et usines. Un gouvernement de gauche qui n’affronterait pas une pression équivalente s’enfermerait aussitôt dans un huis clos avec une technocratie qui depuis longtemps a perdu l’habitude de faire autre chose que du libéralisme. Il n’aurait pour seule hantise que de séduire des agences de notation dont nul n’ignore cependant qu’elles « dégraderont » sur-le-champ tout pays engageant une véritable politique de gauche.

Semblable à une étoile morte,
la République du centre
jette ses derniers feux

Alors, audace ou enlisement ? Les risques de l’audace — isolement, inflation, dégradation — nous sont serinés de l’aube au crépuscule. Oui, mais ceux de l’enlisement ? Analysant la situation de l’Europe des années 1930, l’historien Karl Polanyi rappelait que « l’impasse où s’était mis le capitalisme libéral » avait alors débouché dans plusieurs pays sur « une réforme de l’économie de marché réalisée au prix de l’extirpation de toutes les institutions démocratiques (11) ». Mais de quelle souveraineté populaire peuvent encore se prévaloir des décisions européennes prises à la remorque des marchés ? Déjà, un socialiste aussi modéré que M. Michel Rocard s’alarme : tout nouveau durcissement des conditions imposées aux Grecs pourrait provoquer la suspension de la démocratie dans ce pays. « Dans l’état de colère où va se trouver ce peuple, écrivait-il le mois dernier, on peut douter qu’aucun gouvernement grec ne puisse tenir sans appui de l’armée. Cette réflexion triste vaut sans doute pour le Portugal et/ou l’Irlande, et/ou d’autres, plus gros. Jusqu’où ira-t-on (12)  ? »

Bien que soutenue par toute une quincaillerie institutionnelle et médiatique, la République du centre chancelle. Une course de vitesse est engagée entre le durcissement de l’autoritarisme libéral et l’enclenchement d’une rupture avec le capitalisme. Celle-ci paraît encore lointaine. Mais quand les peuples ne croient plus à un jeu politique dont les dés sont pipés, quand ils observent que les gouvernements se sont dépouillés de leur souveraineté, quand ils s’obstinent à réclamer la mise au pas des banques, quand ils se mobilisent sans savoir où les conduira leur colère, cela signifie malgré tout que la gauche est encore vivante.


Serge Halimi


(1) Composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI).

(2) Benoît Hamon, Tourner la page. Reprenons la marche du progrès social, Flammarion, Paris, 2011, p. 14-19.

(3) Agence France-Presse, 4 septembre 2011.

(4) François Hollande, Devoirs de vérité, Stock, Paris, 2006, p. 91 et 206.

(5) Ibid, p. 51 et 43.

(6) Lionel Jospin, « Reconstruire la gauche », Le Monde, 11 avril 1992.

(7) Benoît Hamon, op. cit., p. 180.

(8) Cité par Alain Salles, « L’odyssée de Papandréou », Le Monde, 16 septembre 2011.

(9) Lire « Quand la gauche renonçait au nom de l’Europe », Le Monde diplomatique, juin 2005.

(10) Massimo D’Alema, « Le succès de la gauche au Danemark annonce un renouveau européen », Le Monde, 21 septembre 2011.

(11) Karl Polanyi, La Grande Transformation, Gallimard, Paris, 1983, p. 305.

(12) Michel Rocard, « Un système bancaire à repenser », Le Monde, 4 octobre 2011.

 

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/HALIMI/46895

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 20:25

arton15029-6e8ee.jpgJe suis heureux de participer à ce qui pourrait être une relance voire un nouveau début de la présence communiste dans notre pays. Quand, il y a vingt ans fut créé Rifondazione Comunista, le climat idéologique était bien différent de celui d’aujourd’hui. Il y a vingt ans à Washington les idéologues les plus emphatiques proclamaient que l’histoire était finie : en tous cas le capitalisme avait triomphé et les communistes avaient eu le tort de se tenir du mauvais côté, et même du côté criminel de l’histoire. Nous savons aujourd’hui que ces certitudes et ses mythologies avaient fait brèche même dans le groupe dirigeant de Rifondazione Comunista. On a ainsi assisté au spectacle grotesque dans lequel un leader de tout premier plan (1) a déployé tout son talent oratoire pour démontrer que les communistes avaient toujours eu tort et avaient toujours provoqué des catastrophes en Russie comme en Italie ; et continuaient à avoir tort en Chine comme au Vietnam et, en dernière analyse même à Cuba ; on comprend bien l’enthousiasme de la presse bourgeoise pour ce prophète, pour ce don venu du Ciel. Mais nous connaissons tous le résultat final.

Ça a été un désastre : pour la première fois dans l’histoire de notre république les communistes sont sans représentation au parlement. Pire. Priver les classes laborieuses de leur histoire signifiait les priver aussi de leur capacité à s’orienter dans le présent. Les classes laborieuses peinent aujourd’hui à organiser une résistance efficace à un moment où la République fondée sur le travail (2) se transforme en république fondée sur le licenciement arbitraire, sur le privilège de la richesse, sur la corruption, sur la vénalité des charges publiques. Et, malheureusement, quasiment inexistante a été jusqu’ici la résistance opposée au processus par lequel la République qui répudie la guerre (3) se transforme en république qui participe aux plus infâmes guerres coloniales. C’est avec ce désastre derrière nous que nous nous engageons aujourd’hui dans la relance du projet communiste.

De cela il y a un besoin urgent. Et ce n’est pas un besoin éprouvé seulement par les communistes. Nous voyons ce qu’il arrive aujourd’hui dans le pays qui, il y a à peine plus de vingt ans, avait vu la proclamation de la fin de l’histoire. Les rues sont pleines de manifestants qui crient leur indignation contre Wall Street. Les pancartes ne se bornent pas à dénoncer les conséquences de la crise, c’est-à-dire le chômage, la précarité, la faim, la polarisation croissante de richesse et pauvreté. Ces pancartes vont au-delà : elles dénoncent le poids décisif de la richesse dans la vie politique étasunienne, et démasquent de fait le mythe de la démocratie américaine. Ce qui dicte la loi dans la république nord-américaine est en réalité la grande finance, c’est Wall Street ; voilà ce que crient les manifestants. Et certaines pancartes vont au-delà, et hurlent la rage non seulement contre Wall Street mais aussi contre War Street. C’est-à-dire que le quartier de la haute finance est identifié comme étant en même temps le quartier de la guerre et du déchaînement de la guerre. Emerge ainsi ou commence à émerger la conscience du rapport entre capitalisme et impérialisme.

Oui, le capitalisme porte en même temps des crises économiques dévastatrices et des guerres infâmes. Une fois de plus les masses populaires et les communistes se trouvent en devoir d’affronter la crise du capitalisme et sa politique de guerre. Pour des raisons de temps je ne m’arrêterai que sur ce deuxième point. La fin de l’engagement de l’OTAN en Libye n’est pas la fin de la guerre au Moyen-Orient. Les guerres contre la Syrie et l’Iran sont déjà en préparation. Ces guerres, même, ont de fait déjà commencé. La puissance de feu multimédiatique avec laquelle l’Occident essaie d’isoler, de criminaliser, d’étrangler et de déstabiliser ces deux pays est prête à se transformer en une puissance de feu véritable, à base de missiles et de bombes. Et nous communistes devons dès à présent faire entendre notre voix. Si nous attendions le déclenchement des hostilités nous ne serions à la hauteur ni du mouvement communiste ni du mouvement antimilitariste, et nous ne serions pas les héritiers de Lénine et de Liebknecht. Nous devons dès à présent organiser des manifestations contre la guerre et contre les préparatifs de guerre ; dès à présent nous devons clarifier le fait que la position à l’égard de la guerre est un critère essentiel pour définir la discrimination entre alliés potentiels et adversaires irréductibles.

Pour ce qui concerne la Chine, Washington, oui, transfère en Asie le gros de son dispositif militaire, mais n’agite pour le moment de façon explicite que la menace de la guerre commerciale. Mais, comme il est notoire, on sait comment les guerres commerciales commencent mais on ne sait pas comment elles finissent. Ils feraient bien de réfléchir sur ce point ceux qui, même à gauche, se mettent en rang pour la campagne anti-chinoise : ils tournent ainsi le dos à la lutte pour la paix.

C’est une attitude d’autant plus déconcertante que la Chine a été protagoniste d’une des plus grandes révolutions de l’histoire universelle. Evidemment, il convient de garder à l’esprit les problèmes, les défis, les contradictions même graves qui caractérisent le grand pays asiatique. Mais clarifions d’abord le cadre historique. Au début du 20ème siècle la Chine était une partie intégrante de ce monde colonial qui a pu briser ses chaînes grâce à la gigantesque vague de la révolution anticolonialiste déclenchée en octobre 1917. Voyons comment l’histoire s’est ensuite développée. En Italie, en Allemagne, au Japon, le fascisme et le nazisme ont été la tentative de revitaliser le colonialisme. En particulier, la guerre déchaînée par l’impérialisme hitlérien et par l’impérialisme japonais respectivement contre l’Union soviétique et contre la Chine ont été les plus grandes guerres coloniales de l’histoire. Et donc Stalingrad en Union Soviétique et la Longue Marche et la guerre de résistance anti-japonaise en Chine ont été deux grandioses luttes de classe, celles qui ont empêché l’impérialisme le plus barbare de réaliser une division du travail fondée sur le réduction de grands peuples à une masse d’esclaves ou semi-esclaves au service de la présumée race des seigneurs.

Mais qu’arrive-t-il aujourd’hui ? Comme je l’ai déjà dit, les USA sont en train de transférer le gros de leur dispositif militaire en Asie. Je lis sur des dépêches d’hier (vendredi 28 octobre 2011) de l’agence Reuters qu’une des accusations adressées aux dirigeants de Pékin est celle de promouvoir ou de vouloir imposer le transfert de technologie de l’Occident en Chine. Les USA auraient voulu garder le monopole de la technologie pour continuer à exercer aussi une domination néo-coloniale ; la lutte pour l’indépendance se manifeste aussi sur le plan économique. Et donc : révolutionnaire n’est pas seulement la longue lutte par laquelle le peuple chinois a mis fin au siècle des humiliations et a fondé la république populaire ; ni seulement l’édification économique et sociale par laquelle le Parti communiste chinois a libéré de la faim des centaines de millions d’hommes et de femmes ; même la lutte pour casser le monopole impérialiste de la technologie est une lutte révolutionnaire. Marx nous l’a enseigné. Oui, la lutte pour modifier la division internationale du travail imposée par le capitalisme et par l’impérialisme est elle-même une lutte de classe. Du point de vue de Marx, la lutte pour dépasser dans le cadre de la famille la division patriarcale du travail est déjà une lutte d’émancipation ; il serait bien étrange que ne fut pas une lutte d’émancipation la lutte pour mettre fin au niveau international à la division du travail imposée par le capitalisme et par l’impérialisme, la lutte pour liquider définitivement ce monopole occidental de la technologie qui n’est pas une donnée naturelle mais le résultat de siècles de domination et d’oppression !

Je conclus. Nous voyons de nos jours le pays-guide du capitalisme plongé dans une profonde crise économique et de plus en plus discrédité au niveau international ; en même temps, il continue à s’accrocher à la prétention d’être le peuple élu par Dieu et à accroître fébrilement son appareil de guerre déjà monstrueux, et à étendre son réseau de bases militaires dans tous les coins du monde. Tout cela ne promet rien de bon. C’est la concomitance de perspectives prometteuses et de menaces terribles qui rend urgents la construction et le renforcement des partis communistes. J’espère vivement que le parti que nous construisons aujourd’hui sera à la hauteur de ses devoirs.

Domenico Losurdo

Rimini, 29 octobre 2011

Publié sur le blog de l’auteur :

http://domenicolosurdo.blogspot.com/2011/10/intervento-al-6-...

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

(1) Fausto Bertinotti, longtemps secrétaire général du Partito della Rifondazione Comunista (NdT)

(2) Article 1 de la Constitution italienne : « L’Italie est une république fondée sur le travail »

(3) Article 11 de la Constitution italienne : « L’Italie répudie la guerre comme instrument d’offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales »

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