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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:23

e.pnghttp://www.liberation.fr/societe/01012367077-l-ecole-condamnee-a-produire-du-capital-humain

Interview

la botte de l’économie, le système scolaire se serait lancé dans une course à la compétitivité. Une mutation que déplore le sociologue Christian Laval, dénonçant le déclin de la pédagogie et un surcroît d’inégalités.



Recueilli par véronique soulé 

Suppressions de postes, résultats des élèves en baisse, enseignants désorientés… L’éducation sera l’un des sujets de la campagne présidentielle et la Nouvelle Ecole capitaliste -le livre de Christian Laval (1), Francis Vergne, Pierre Clément et Guy Dreux - tombe à point pour le nourrir. Les auteurs, enseignants et chercheurs, analysent les transformations en profondeur entraînées par le néolibéralisme dans le système éducatif. Christian Laval, professeur de sociologie à l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, revient sur les mécanismes ayant conduit à une redéfinition des missions de l’école au service de l’entreprise et plaide pour un renouvellement de la pensée sociologique.

Vous décrivez une «nouvelle école capitaliste» soumise à la concurrence, gérée comme le privé et au service de l’économie : est-elle née sous Sarkozy ?

Non, ce serait une grande erreur de le croire. Le sarkozysme a accéléré et rendu plus visibles les transformations néolibérales ou, pour appeler un chat un chat, la mutation capitaliste de l’école. Mais elles étaient amorcées depuis longtemps en France et à l’étranger. Le programme de transformation de l’université française a ainsi été ébauché à la fin des années 90, puis a commencé à s’appliquer au début des années 2000, avant d’être parachevé avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy et la loi sur l’autonomie des universités [la LRU, votée en août 2007, qui avait suscité un vaste mouvement de protestations, ndlr]. Bien au-delà de la finance et des marchés de biens et services, le néolibéralisme a progressivement touché toutes les institutions, y compris l’école, notamment avec l’apparition du nouveau management public, c’est-à-dire avec l’importation des techniques managériales du privé dans les services publics

Vous dénoncez la concurrence qui a gagné l’école, les compétences qui ont remplacé les connaissances et l’obsession de l’employabilité : ce sont les caractéristiques de l’«école capitaliste» ?

Oui, c’en sont des aspects majeurs. D’abord, les missions de l’école et de l’université ont été progressivement redéfinies. Les systèmes éducatifs ont été sommés de justifier les dépenses qu’on leur consacre par un «retour sur investissement» de nature économique. Cela devient la préoccupation exclusive de cette nouvelle école : elle est au service de l’économie et doit s’intégrer à la course à la compétitivité et à la productivité. Logiquement, elle doit donc s’organiser selon le principe de la concurrence et faire sien l’impératif de «performance». Ces nouvelles dimensions sont progressivement devenues une norme évidente, une sorte de rationalité incontestable qui a conquis les esprits. Experts, administrateurs, responsables politiques, certains syndicats minoritaires ont même vu dans cette adaptation au monde moderne la solution à tous les maux de l’école. Ces transformations ont touché au cœur du métier enseignant. Elles ont entamé profondément un système de valeurs partagées, l’idée ancrée chez les enseignants que leurs missions dépassent le cadre d’un métier ordinaire, leur sens de l’intérêt général… Ils ont eu l’impression d’être dépossédés de leur métier par un flot torrentiel des réformes.

Le concept d’employabilité est au cœur de vos critiques : pourquoi ?

Dans le discours des institutions internationales et de plus en plus dans celui des responsables nationaux, l’école a pour fonction de produire des ressources humaines ou du «capital humain». L’employabilité est devenue la norme qui organise les mutations de l’école. L’idéologie de la professionnalisation a pénétré l’université et l’ensemble du système, jusqu’aux premiers niveaux de l’enseignement. Prenons le «socle commun de compétences» [introduit au collège puis en primaire, il liste les aptitudes que l’élève doit acquérir, à côté des connaissances].Ces compétences ont été fixées par l’OCDE et par la Commission européenne à partir de critères d’employabilité, en fonction de considérations économiques et non pas pédagogiques. On va jusqu’à redéfinir les programmes, l’évaluation, la pédagogie.

Mais est-ce critiquable que les jeunes veuillent des débouchés à la fin de leurs études ?

Certes non, et ce n’est pas nouveau. L’école républicaine avait idéalement trois missions - former l’homme, le citoyen et le travailleur. Il est normal que dans une économie où près de 95% de la population ne dispose pas de ses propres outils de travail, le souci de l’insertion professionnelle soit constant, surtout en période de chômage important des jeunes. Mais nous tombons dans un écueil : celui de réduire la mission de l’école et de l’université aux débouchés professionnels, à partir d’une définition utilitariste des contenus d’enseignement. Or, une solide formation intellectuelle ne nuit pas à l’emploi, bien au contraire. Mais avec la logique des compétences, on définit ce qu’il faut acquérir aux différents âges en vue de l’employabilité à 16 ans. Comme si les usages de la force de travail par les employeurs devaient imposer à l’école ce qu’elle devait transmettre. Ce sont les économistes, notamment ceux des institutions internationales, qui définissent les fonctions et les missions de l’école. Il s’agit là d’une rupture majeure.

Comment ces changements conduisent-ils au creusement des inégalités constaté aujourd’hui ?

Avec le consensus ambiant, il paraît normal à beaucoup que les établissements doivent être en concurrence, attirer les meilleurs élèves et étudiants, faire de la publicité pour leurs formations, trouver le plus d’argent possible. Or, tout cela a des effets inégalitaires et conduit à une polarisation sociale des établissements, de plus en plus assumée dans le supérieur et de plus en plus évidente dans le primaire et le secondaire.

Ces changements - la concurrence généralisée et la transformation entrepreneuriale du système - ont accentué et renouvelé les mécanismes de la reproduction sociale en donnant à l’argent et aux réseaux familiaux un poids grandissant. Les classes favorisées assurent leur reproduction plus efficacement qu’avant. Ce ne sont plus les voies nobles de l’élitisme républicain - comme l’Ecole normale supérieure - qu’elles privilégient. Ce sont désormais HEC et les écoles commerciales qui attirent les meilleurs élèves, y compris dans les filières littéraires. Nous vivons la grande revanche de l’argent sur la culture.

Depuis vingt ans, les politiques éducatives d’inspiration néolibérale ont ainsi aggravé les inégalités comme le montre le recul de la part des enfants des classes populaires à l’université. La concurrence entre établissements et la libéralisation de la carte scolaire ont encouragé l’apartheid scolaire. Rappelons que les deux finalistes, de droite et de gauche, à la présidentielle de 2007 [Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal]étaient favorables à la suppression ou, au moins, à un très grand assouplissement de la carte scolaire.

La gauche ne se distinguerait pas de la droite ?

Ces vingt ou trente dernières années, le néolibéralisme s’est imposé comme une norme aux gouvernements de droite comme de gauche. La droite a été la plus agressive dans la réforme néolibérale, jusqu’à affaiblir aujourd’hui gravement le système éducatif. La gauche au pouvoir n’a jamais remis en question le nouveau modèle managérial et concurrentiel, bien au contraire. Elle n’a pas voulu comprendre que la transformation des systèmes publics par les principes du management était l’une des formes de déploiement du capitalisme contemporain. Celui-ci ne se contente pas de déréguler les marchés de biens, du travail et des capitaux. Il transforme aussi l’action publique. Il la «met en marché», c’est-à-dire y impose la logique de la concurrence et le modèle de l’entreprise. Cette «marketization»,comme disent les anglo-saxons, est aujourd’hui le cœur de la transformation de l’école et de l’université.

Il n’y a donc pas de vision alternative de l’école à gauche…

La pensée de la gauche dite de gouvernement s’est effondrée en matière d’éducation. Il suffit de regarder ce que propose le PS pour s’en apercevoir. La question d’un projet alternatif se pose avec urgence aux partis, aux syndicats et aux associations. Depuis les années 80, on assiste à un morcellement des réflexions et à une profonde dépolitisation de la question scolaire. Les considérations se sont technicisées. Elles portent sur l’organisation scolaire et la pédagogie sans plus aucune référence à un projet d’émancipation. Dans ses plus grands moments - il suffit de penser à Jaurès -, la pensée progressiste sur l’éducation avait construit un projet de transformation en articulant une vision de la société, une mission pour l’école, une définition du métier enseignant et une orientation de la pédagogie.

Comment voyez-vous «l’école post-capitaliste» que vous appelez de vos vœux ?

Vaste chantier. Qu’est-ce qu’une école démocratique ? Premièrement, c’est une école qui réduit les inégalités entre les enfants des différentes classes sociales. Mais elle ne peut le faire qu’en étant partie prenante d’un grand mouvement de réduction des inégalités dans toute la société. Jaurès disait en substance : «Nous ne ferons pas l’école socialiste au milieu de l’océan du capitalisme.» C’est encore vrai. Une école démocratique ne pourra vraiment se développer que dans une société où l’égalité sera promue comme valeur essentielle.

Mais comment faire plus d’égalité?

Tout est revoir sous cet angle : les méthodes d’enseignement, les contenus, l’articulation des niveaux d’enseignement, la mixité scolaire des établissements. Deuxièmement : dans la perspective d’une telle société démocratique, l’école doit former des individus ayant des outils communs de compréhension du monde, en particulier sur le plan social et économique. Elle doit leur fournir des instruments de jugement moral et politique qui leur permettent d’être les citoyens de «la démocratie réelle»,selon l’expression des Indignés. La lutte contre les inégalités sociales et économiques est inséparable de la lutte pour la démocratie politique effective. Cela suppose une société où le capitalisme ne régnerait pas en maître absolu comme aujourd’hui.

Vous ne seriez pas un peu nostalgique de l’ancienne école ?

En aucune façon. On taxe toujours un peu vite de passéistes les gens qui critiquent les réformes, ou plutôt les contre-réformes actuelles pour mieux justifier son propre aveuglement ou sa soumission à l’ordre néolibéral. Il s’agit pour nous d’échapper au débat stéréotypé entre les «pédagogues» supposés modernes et les «républicains» que l’on dit nostalgiques d’un âge d’or de l’école. La réinvention de l’école démocratique mérite mieux qu’un retour à de vieux conflits.



(1) Il a aussi signé la préface de «l’Ecole en Europe, politiques néolibérales et résistances collectives», sous la direction de Ken Jones, La Dispute, 2011



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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:20

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Magistrat, vice-président du tribunal de grande instance de Bobigny et président du tribunal pour enfants, Jean-Pierre  Rosencveig a consacré sa vie aux droits des mineurs. Il livre son analyse sur l'évolution du droit pénal des mineurs depuis un siècle et alerte sur les dérives de lois qui criminalisent les jeunes délinquants au lieu de les prendre en charge. Grand entretien avec un magistrat d'exception.

 



Promulguée cet été, la loi sur la justice des mineurs va-t-elle dans le bon sens ?

Jean-Pierre Rosencveig. C’est une loi qui organise la défiance vis-à-vis des juges pour enfants. Les 16-18 ans, qui sont réitérants sinon récidivistes, en sont le cœur de cible. On fait appel à un tribunal dans lequel il n’y aura plus qu’un seul juge pour enfants spécialisé. C’est une régression. Actuellement, ces jeunes-là, en matière correctionnelle, sont jugés par un juge pour enfants et deux assesseurs. Avec la loi, il y aura deux juges pour encadrer le juge des enfants, qui pourront être des juges civils. Il va falloir aussi trouver un juge des affaires familiales et un juge civil pour venir compléter la juridiction du tribunal correctionnel pour mineurs. C’est une façon d’empêcher les juges des enfants et les assesseurs de continuer à se préoccuper du cœur de cible en pleine délinquance. Que restera-t-il au juge pour enfant ? On sait que les faits des plus de 18 ans ne relèvent plus du tribunal pour enfant, aussi bien au pénal qu’au civil. On veut confier les moins de 13 ans et les 16-18 ans au tribunal correctionnel. Le juge pour enfants va s’occuper des 13-16 ans à condition qu’ils ne soient pas récidivistes. En somme, c’est le démantèlement institutionnel du tribunal pour enfants. Rajoutez à cela la décision du tribunal constitutionnel prise en juin, demandant au juge qui instruit de ne plus être celui qui juge.

Vous sentez-vous démuni en tant que juge ?

Jean-Pierre  Rosencveig. Nous sommes accusés d’être plein de commisération à l’égard des enfants. Les juges penseraient plus à l’irresponsabilité de l’enfance et négligeraient la victime et l’acte. Sarkozy l’a très bien dit : ce qui est important c’est la victime et de quoi elle a été victime, peu importe qu’elle ait été agressée par un mineur ou un majeur. C’est une justice à l’acte. Du coup, qu’il soit jugé par Dupont ou par Durand et qu’ils soient spécialisés ou non, ce qui compte c’est qu’à l’acte corresponde une réponse. Lorsqu’un gamin commet un, dix, quinze ou vingt délits, il n’a pas de limites. Il est dans une phase boulimique de satisfaction de ses désirs. Autrement dit, ce n’est pas une délinquance réfléchie, ni organisée. Ce n’est pas une délinquance cartésienne. C’est une délinquance de situation. Donc, parler des jeunes délinquants récidivistes est une totologie. Par définition, un jeune délinquant est réitérant. Ce sont là les poutres maîtresses du raisonnement qui est en route depuis 2002. Le résultat aboutit à rejeter une prise en charge spécifique des jeunes délinquants. Pour le gouvernement, il faut cadrer mineurs et majeurs sans distinction.

C’est donc une remise en cause en profondeur du système du droit pénal des mineurs ?

Jean-Pierre  Rosencveig.Le droit pénal du XXème siècle s’est construit sur le fait que les enfants ne sont pas des adultes. Tout a commencé à partir de 1912 : l’école obligatoire, les lois sur la protection de l’enfance… On commence à comprendre qu’un enfant n’est pas un adulte et qu’il faut le traiter différemment. On expérimente de nouvelles structures. La justice organise deux modes d’intervention complémentaires : elle sanctionne l’acte et donne les conditions pour ne plus recommencer. En d’autres termes, la justice des mineurs est fondamentalement préventive de la récidive. C’est tellement vrai d’ailleurs que cela fonctionne. Dans 87 % des cas, les moins de 18 ans ne sont pas des délinquants une fois majeurs si on les a pris en charge. En prenant la personne en charge par les travailleurs sociaux, en multipliant les dispositifs, on s’aperçoit que les gens qui auraient pu s’inscrire dans la délinquance ne s’y inscrivent plus. Et nombre des démarches expérimentées pour les mineurs vont être étendues aux majeurs. Comme par exemple, la liberté surveillée, le contrôle judiciaire ou la mise à l’épreuve… Le droit des mineurs va influencer le droit des majeurs durant tout le XXèmesiècle. A la fin du XXème, on a fait monter en épingle la délinquance des mineurs, qui d’ailleurs augmente en quantité mais diminue en proportion : dans les années 70, elle constituait 14% de la délinquance globale ; en 1999 elle est passée à 20 % et depuis 2000, la proportion de la délinquance des mineurs baisse par rapport à la délinquance des majeurs. Aujourd’hui on est à 17%. En proportion, la délinquance des majeurs a bien plus augmenté. Au début du 21ème, on enclenche un processus inverse où la justice des mineurs doit emboiter le pas à la justice des majeurs. En 2002, le conseil constitutionnel a réaffirmé la spécificité de la justice des mineurs.

Dès lors, quel est le réel objectif visé par ces réformes ?

Jean-Pierre  Rosencveig.L’objectif est d’assurer plus de sécurité. Pourquoi pas ? C’est un objectif en soi plutôt positif. Le but étant de faire en sorte que ceux qui violent la loi ne le fassent plus. C’est la lutte contre la récidive. Deuxième objectif : faire que ceux qui ne sont pas délinquants ne le deviennent jamais. C’est la prévention. A cela, j’oppose deux constats : tout le débat politique depuis 2002 est axé sur la prévention de la récidive mais pas sur la prévention de la primo-délinquance. C’est comme si on mettait des lunettes qui ne corrigent qu’un seul œil. Deuxième constat : face à la prévention de la récidive, faut-il jouer la stratégie de la peur ou s’attaquer aux causes pour pouvoir éradiquer le délit ? C’est une suspicion très forte à l’encontre du travail social. Est-ce que les travailleurs sociaux sont capables d’amener un délinquant à ne plus l’être ? Pour beaucoup de gens de droite et d’extrême droite, les travailleurs sociaux sont des baba-cools qui sont incapables de mater des jeunes. On assiste donc à un démantèlement de la justice des mineurs fondée sur la prise en charge de la personne. C’est une erreur. Bien sûr, il ne faut pas être manichéen et il n’existe pas de réponse simpliste à tous les problèmes. Il n’empêche que la justice pénale des mineurs fonctionne relativement bien en France.

Eric Ciotti brandit l’encadrement militaire comme la solution aux problèmes d’autorité des jeunes. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Pierre  Rosencveig. On est sur une stratégie d’extrême droite. Ciotti joue les fers de lance par rapport à Sarkozy. C’est le repoussoir sur la responsabilité pénale des enfants. Il laisse penser qu’il veut faire appel à l’armée mais ne précise pas qu’il s’agit d’anciens militaires. C’est plus l’esprit de l’armée que l’armée elle-même. Il agite un drapeau rouge pour créer le clivage à gauche. Et à gauche, certains tombent dans le piège. Pourtant les propositions de Ciotti sont creuses. Dans ce qu’il propose, il n’y a que des classiques. Pour certains, l’encadrement militaire peut être structurant. En 1982, quand j’ai inventé les opérations d’été pour les jeunes en difficulté, j’ai fait appel à l’armée. Mon idée était très simple : faire monter jeunes sur le Mont Blanc encadrés par des militaires de l’école d’alpinisme. Ce que j’attendais de l’armée, c’était aider des gamins à retrouver des fondamentaux. On commence par tenir compte de l’expérience des adultes. Il ne s’agit pas d’obéir pour obéir mais montrer aux gamins que les adultes savent quels sont les risques et les limites à ne pas franchir. Il ne s’agit pas de mater les jeunes mais de leur redonner confiance en les adultes.

En somme, l’erreur consiste à déplacer le curseur sur ce que symbolisent les militaires et non pas sur les activités qu’ils peuvent faire avec les jeunes…

Jean-Pierre  Rosencveig.La droite regrette qu’on ne respecte plus le chef. Or, un chef, on lui obéit. Ils sont convaincus que ce qui fait problème dans la société, c’est l’autorité. Et cette absence d’autorité serait la source de tous les maux. Ils pensent qu’en la rétablissant, on va rétablir la paix et le sentiment de bonheur des gens.

Comment analysez-vous ce problème dit « d’autorité » ?

Jean-Pierre  Rosencveig. Si les gamins ne respectent pas l’autorité, ce n’est pas parce qu’ils sont libertaires ou anarchistes mais parce qu’ils ne ressentent pas les bienfaits de l’autorité. Pourquoi la plupart des gens sont légitimistes, pourquoi ils respectent les règles, les feux rouges et les stops ? Parce qu’on sait bien qu’en respectant les règles, on pourra utiliser la route et circuler plus facilement. On respecte la loi parce qu’elle nous paraît juste et d’ailleurs quand elle ne nous paraît injuste, on défile dans la rue. La plupart des gamins des quartiers ne respectent pas l’autorité des parents, des profs, des juges, des flics parce que de leur point de vue cette autorité est injuste et ne leur rapporte rien. Ils ne font pas partie de la circulation. Cette autorité ne les sort pas des difficultés et ne leur donne pas de perspectives. C’est ce que j’essaie de leur montrer : me respecter moi, c’est en tirer un bénéfice pour eux-mêmes ! J’ai croisé des jeunes que j’ai incarcérés et qui, en sortant de mon bureau, m’ont dit « merci ». Ils savent qu’ils ont fait une connerie et qu’ils méritent la punition mais voient aussi qu’on leur a consacré une heure et demie en essayant de construire un projet. Le fait de tracer des perspectives et de l’espoir fait qu’ils respectent l’autorité. Ce que leur offre le gouvernement, c’est la menace de la sanction. Les gamins n’y croient plus. Cette menace n’est pas opérationnelle. On leur propose la stratégie de la peur. On pense qu’on a va ainsi éviter la récidive sans s’attaquer à la primo-délinquance. On ne s’occupe pas de 50 % des problèmes et au lieu de créer les conditions d’une insertion, on crée les conditions de l’exclusion.

Comment réagissez-vous à la promulgation de la loi concernant les jurys populaires ?

Jean-Pierre  Rosencveig. On est dans la démagogie. Cette loi sera très difficile à mettre en œuvre techniquement et financièrement. Même si le parlement et le conseil constitutionnel essaient de limiter la nature et le champ des affaires qu’auront à gérer ces jurys populaires, comme les infractions trop techniques. Une culture juridique parfois très poussée est demandée. Il y a des affaires dans lesquelles, moi-même je ne pourrais pas être juge malgré toute l’expérience que j’ai. C’est devenu d’une complexité effroyable. Les jurys populaires seront sous la dépendance de magistrats professionnels. Aux assises du tribunal pour enfants, les jurés sont recrutés sur un processus solide, avec une formation et un accompagnement qui leur est donnée. Il leur faut ensuite deux ans pour être opérationnels. Avec la nouvelle loi, on recrute les gens le matin et à 14 heures, ils vont siéger. Pour moi, cela traduit une défiance à l’égard des juges professionnels. On les met sous le contrôle du peuple au nom duquel les missions sont rendues. La gestion au quotidien des juridictions n’est pas facile avec l’ensemble des nouvelles lois qui tombent sur des tribunaux sans moyens. Le temps de délibéré avec des jurés sera multiplié par quatre. Le rendement judiciaire va baisser. Je ne suis pas convaincu que les parlementaires aient pris en compte toutes ces considérations. A la fois on veut plus de contrôle des juges par des non-professionnels et d’un autre côté on ne permet pas à ces non-professionnels de pouvoir exercer leur esprit critique. Ce n’était ni une nécessité, ni une priorité. Le parlement lui-même s’interroge sur le mode de fonctionnement puisqu’il expérimente dans deux cours d’appel jusqu’en 2014.

Depuis quelques semaines, le conseil général de Seine-Saint-Denis a engagé un bras de fer avec l'Etat sur la prise en charge des mineurs isolés. Une solution a-t-elle été trouvée ?

Jean-Pierre  Rosencveig.Oui, l'Etat a enfin pris ses responsabilités ! Dpeuis une quinzaine d'années, les départements de Seine-Saint-Denis et l'Etat sont dans un bras de fer sur les responsabilités de chacun concernant les mineurs isolés qui arrivent sur le territoire national. Les conseils généraux demandent à l'Etat d'assumer sa fonction de régulation et de péréquation pour que le problème ne soit pas seulemen traité par les quelques départements dans lesquels il  y a des points de fixation, soit parce qu'il y a un aéroport, soit parce qu'il y a des filières. Il y a un mois, la Seine-Saint-Denis a prévenu l'Etat que s'il ne réagissait pas, elle refuserait d'accueillir le moindre jeune. Menace qu'elle a mise à exécution. Le tribunal s'est donc retrouvé submergé par des cas de jeunes. Nous avons demandé à l'aide sociale et à la protection judiciaire de la jeunesse de les prendre en charge. Les deux ont refusé. Cela a duré trois semaines avec des mineurs à qui on donnait un ticket de métro et un ticket restaurant pour éventuellement être accueillis par la maraude à Paris. C'était pitoyable. Le conseil général et l'Etat violaient la loi et on était à deux doigts de porter plainte pour mise en danger des mineurs. La peur de ces recours et l'impact de l'incendie de Pantin ont conduit le ministre de la Justice à nous recevoir. un dispositif a finalement été mis en place : d'autres parquets seront mobilisés pour que les jeunes soient confiés à des foyers de ces départements. L'essentiel étant que les gamins trouvent des réponses adaptées à leurs problèmes. 


Entretien réalisé par Ixchel Delaporte 

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:18

a.pngLa France vient de réaffirmer son soutien à Paul Biya, réélu président du Cameroun, au pouvoir depuis trente ans. Qu’importent la corruption, la répression, les irrégularités du scrutin. Seuls comptent les intérêts politiques et économiques de la France. Un processus que décrypte l’ouvrage Kamerun, une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971). Ou comment asseoir une dictature et développer les intérêts de la France en Afrique, hier comme aujourd’hui. Entretien avec l’un des auteurs, Thomas Deltombe.

L’élection présidentielle camerounaise du 9 octobre dernier n’aura pas fait exception. En qualifiant les conditions de scrutin d’« acceptables » [1], Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, affiche la continuité de la politique menée par la France au Cameroun, depuis les années 1950. Peu importe les irrégularitésqui ont entaché le scrutin. Peu importe qu’un syndicaliste et 17 militants d’un parti d’opposition aient été arrêtés, quelques jours avant le scrutin. La France apporte ainsi une nouvelle fois son soutien au président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.

Le gouvernement français n’aimerait certainement pas perdre son « premier partenaire dans le monde en matière de coopération militaire ». Un partenariat chiffré à près de 4 millions d’euros, d’après le député UMP Michel Terrot, et qui comporte un enseignementaux techniques de « maintien de l’ordre ». Ni perturber ses intérêts économiques au Cameroun. Comme ceux de Vincent Bolloré, « acteur incontournable » de l’économie camerounaise [2] Sa marque Corporate Bolloré Africa Logistics a obtenu la concession du terminal à conteneurs du port de Douala et celle du chemin de fer. Le groupe contrôle aussi, directement ou indirectement, d’immenses plantations de palmiers à huile et d’hévéas. Et mise désormais sur les agrocarburants.

L’histoire que la France ne veut pas reconnaître

Comment expliquer cette collaboration entre la France et le Cameroun ? De 1955 à 1961, les militaires français ont mené une guerre terrible au Cameroun. Torture, bombardements, guerre psychologique ont été employés pour venir à bout des nationalistes de l’Union des populations du Cameroun (UPC). « De la pure invention ! », a déclaré François Fillon, en visite officielle à Yaoundé, en mai 2009. Un épisode de l’histoire franco-camerounaise longtemps resté secret, qu’éclaire le livre Kamerun, Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971). Pendant plus de quatre ans, les journalistes Thomas Deltombe et Manuel Domergue, avec l’historien camerounais Jacob Tatsitsa, ont exhumé cette mémoire. Ils dévoilent la mise en place d’un système qui permet à la France de maintenir son influence sur son pré carré africain.

Basta ! : Pourquoi la France a-t-elle lancé cette guerre contre les nationalistes camerounais ?

Thomas Deltombe : Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Cameroun a un statut particulier. Ce n’était pas une colonie mais un territoire sous tutelle de l’ONU, confié en administration à la France et à la Grande-Bretagne. C’était donc le maillon faible de l’empire français en Afrique centrale : n’ayant pas réussi à faire accepter à l’ONU l’intégration pure et simple du Cameroun dans l’Union française, les autorités coloniales craignaient que le vent de la décolonisation s’engouffre dans cette brèche et, par effet boule de neige, emporte les pays alentour (Tchad, Gabon, Congo, etc.). Cela aurait privé la France de ressources et de positions stratégiques, au moment même où l’Empire s’effilochait en Asie et en Afrique du Nord. Confrontées à un mouvement national très populaire au Cameroun, l’UPC, les autorités françaises ont vite compris qu’il leur faudrait jouer de la carotte et du bâton. La carotte avec une élite docile à laquelle elles ont offert quelques bribes de souveraineté, et le bâton contre le peuple ou tous ceux qui, comme l’UPC, tentaient de défendre ses intérêts. La brutalité est d’autant plus forte que les regards sont alors tournés vers l’Algérie  : au Cameroun, les militaires sont incités à se montrer aussi discrets qu’efficaces.

Hormis l’attention des Français pour la guerre d’Algérie, pourquoi ce conflit va-t-il demeurer secret ?

La première raison vient du statut particulier du Cameroun. Parce qu’elles doivent rendre compte de leur gestion du Cameroun devant l’ONU, les autorités françaises camouflent leur action répressive tout au long des années 1950, pour ne pas être réprimandées par la « communauté internationale ». Mais le silence de la guerre n’est pas levé après la proclamation officielle de l’indépendance, le 1er janvier 1960. Il faut bien comprendre que cette « indépendance » est elle-même une technique de propagande  : on confie une indépendance de façade – la carotte – à une élite servile, baptisée « nationaliste modérée », pour couper l’herbe sous le pied aux nationalistes véritables et continuer à jouer du bâton, en toute discrétion, contre les mouvements populaires. À partir de 1960, la discrétion est d’autant plus nécessaire que la France est simultanément en train d’offrir, sur le modèle camerounais, de fausses indépendances à toutes les colonies françaises d’Afrique, emportées à leur tour par le mouvement de décolonisation… Une troisième explication de l’aspect secret de la guerre du Cameroun vient du régime camerounais lui-même. Imposée de force par la France et contre la volonté populaire, la dictature camerounaise va tout faire pour effacer la lutte des nationalistes de la mémoire des Camerounais.

Le mot «  communiste  » sert à justifier les actions des militaires français…

Bien entendu. En cette période de guerre froide, les militaires et officiels français ne cessent d’agiter la menace communiste. C’est une méthode de propagande classique  : non seulement on peut ainsi prétendre « défendre les gentils Africains » contre le marxisme, mais on peut également utiliser les méthodes totalitaires que l’on prête à l’ennemi sous prétexte que les moyens démocratiques sont inefficaces. Telle est exactement la logique qui s’installe au Cameroun en 1954-55, lorsque les autorités françaises prennent la décision d’éradiquer l’UPC. Sous prétexte de lutter contre l’ennemi communiste – en fait un mouvement national réclamant l’indépendance du pays –, l’administration française jette les bases d’un système dictatorial de gouvernement. Si l’on veut faire un parallèle avec l’actualité, on notera une grande similarité entre ce que l’on désignait jadis comme le « communisme » et ce qu’on range aujourd’hui sous l’« islamisme », un prétendu danger qui a longtemps servi à justifier l’appui aux dictatures d’Afrique du Nord…

Face à cet « ennemi », les militaires français mènent au Cameroun une guerre dite « révolutionnaire ». Sur quoi repose-t-elle ?

Théorisée au milieu des années 1950 au sein de l’armée française, la « guerre révolutionnaire » repose sur un triptyque : elle est populaire, psychologique et préventive. Populaire, parce qu’il s’agit non pas de combattre frontalement l’adversaire, mais de l’extirper de la population civile. Psychologique, car c’est dans le cerveau des gens que les autorités cherchent prioritairement à annihiler les idées ennemies. Préventive enfin, puisqu’elle considère que toute personne est susceptible de tomber dans le camp adverse. Les militaires élargissent leur cible, qui n’est plus simplement l’ennemi déclaré (les « coupables »), mais tous les ennemis potentiels (les « suspects »). Au début des années 1960, par exemple, on justifie ainsi l’enfermement dans des camps fortifiés de 500 000 personnes, étiquetées comme «  Bamilékés  », c’est-à-dire originaires de la région de l’Ouest-Cameroun. Progressivement, c’est toute la population camerounaise qui est devenue « suspecte ». Au tournant de l’indépendance, la guerre ponctuelle contre l’UPC s’est transformée en guerre permanente contre le peuple camerounais. Avec l’aide de la coopération française, la dictature d’Ahmadou Ahidjo a instauré un parti unique, mis en place une législation dite « contre-subversive », implanté des « camps de rééducation civique », lancé de grandes campagnes d’action psychologique pour soumettre l’ensemble de la population à l’ordre néo-colonial. À la grande satisfaction de la France, qui « protège » ainsi les Africains contre un communisme international qui a bon dos.

Pour extirper cet ennemi intérieur, les militaires français et camerounais distillent l’effroi ?

Oui, durant cette période, le choc, l’effroi, la sidération sont parmi les instruments psychologiques favoris du pouvoir franco-camerounais. Par les bombardements, les incendies, les disparitions, l’exhibition publique de cadavres. Autant de techniques utilisées quotidiennement à l’Ouest-Cameroun dans les années 1960 : il s’agissait littéralement de tétaniser le peuple. Une des techniques les plus barbares était l’exhibition sur les places publiques des têtes tranchées des combattants nationalistes capturés. Cette « technique » avait pour fonction d’extraire du renseignement : on faisait défiler les villageois devant ces têtes pour essayer de distinguer, dans les émotions exprimées par les spectateurs, d’éventuelles complicités. Mais il s’agissait aussi de profaner la culture locale, celle des Bamilékés, qui ont la particularité de vénérer les crânes de leurs ancêtres. La profanation des crânes des combattants nationalistes par l’armée franco-camerounaise avait donc pour fonction de frapper les gens jusqu’aux tréfonds de leurs croyances et de leur intimité familiale.

La torture est aussi une méthode largement utilisée…

La torture est au centre de la « guerre révolutionnaire ». Avec, comme pour les têtes coupées, une double fonction de renseignement et de propagande. Renseignement parce qu’il s’agit là encore d’extorquer des informations par la force ; et propagande, puisque son effet psychologique est très fort : soit on « réinjecte » les suppliciés dans la population, ce qui les transforme malgré eux en agents de propagande ; soit, au contraire, on fait disparaître leurs corps, ce qui place les familles dans une insupportable incertitude et une très grande fragilité émotionnelle. Ce qui nous a frappés au cours de l’enquête, c’est la décontraction avec laquelle certains témoins, formés à ces techniques par des officiers français puis camerounais, évoquent ce sujet. Certains racontent la gégène ou la balançoire avec le sourire, comme s’ils nous détaillaient une bonne recette de cuisine : « Voilà comment il faut faire », « Telle technique marche vraiment très bien », etc. Une sauvagerie que certains esprits racistes aimeraient imputer aux mœurs locales. Pourtant, cette décontraction révèle autre chose : tandis que la guerre accouchait de la dictature, la torture se normalisait et, si j’ose dire, se démocratisait. Les gens qui nous racontaient la torture avec ces grands sourires sont de petits bonshommes, occupant des positions subalternes dans la société bamilékée et ne sachant souvent ni lire ni écrire. Mais ils étaient les bons élèves de « l’école française » de contre-insurrection  [3]…

Les effets de ce conflit sont-ils toujours perceptibles  ?

Oui, et il y aurait une grande enquête à faire, à la fois sur les traumatismes provoqués par cette guerre et sur la persistance des schémas répressifs. Ce qui est sûr, c’est que le système militaro-policier instauré au moment de l’indépendance a laissé des traces profondes. La suspicion, par exemple, est omniprésente dans la société camerounaise contemporaine. Tout le monde se méfie de tout le monde, ce qui rend l’action collective très difficile et permet à la caste dirigeante de dormir en paix. Elle dort d’ailleurs d’autant mieux que les techniques contre-subversives sont toujours en vigueur aujourd’hui. En février 2008, lors des émeutes dites « de la faim », au cours desquelles une partie de la jeunesse urbaine s’est soulevée, les policiers ont tiré à vue faisant une centaine de morts. Des gens, en uniforme ou non, sont allés rafler des milliers de personnes dans les quartiers. Le 23 février 2011, alors que l’opposition voulait honorer les martyrs de 2008, un vaste dispositif civilo-militaire avait été déployé dans tout le pays : barrages routiers, activation des agents, contrôles des médias, etc.

Votre livre est subversif car il met en lumière ce passé colonial, l’installation d’une dictature, pour la défense des intérêts économiques français en Afrique…

Les autorités franco-camerounaises d’aujourd’hui n’aiment pas trop qu’on leur rappelle leurs crimes d’hier. Quant aux intérêts économiques, on retrouve là encore des continuités historiques étonnantes. Le groupe Bolloré en est une illustration stupéfiante. Il possède ou contrôle financièrement plusieurs plantations au Cameroun : plantations d’hévéas et de palmiers à huile  [4], dont la plupart étaient déjà, il y a cinquante ou quatre-vingts ans, des symboles de l’exploitation économique du territoire. De même avec le réseau ferré camerounais, construit dans la première moitié du XXe siècle grâce au travail forcé [5]. Plus incroyable encore, nous avons retrouvé dans les archives un document datant de 1950 dans lequel les autorités françaises envisageaient de confier le port de Douala à des intérêts privés français, au cas où le Cameroun deviendrait politiquement indépendant. Or, qui contrôle ce port soixante ans plus tard ? Bolloré, à nouveau… Autant vous dire que Vincent Bolloré aime beaucoup le Cameroun !

Quels sont les intérêts actuels de la France au Cameroun, et plus généralement, sur le continent africain ?

Les intérêts de la France au Cameroun, et en Afrique en général, sont multiples. Quelques exemples d’entreprises françaises présentes au Cameroun ? Vilgrain, Castel, Total, Perenco, Schneider, Cegelec, Bull, Lafarge, CFAO, Compagnie fruitière, Air France, Orange, Société générale, Crédit lyonnais, Banques populaires, Axa, AGF, Gras Savoye, Vinci, Bouygues, Razel, etc. Je cite ces entreprises parce que ce sont surtout les intérêts privés de la France qui sont mis en avant, ces derniers temps, par le pouvoir politique (pour justifier au passage un soutien à « nos champions industriels »). Mais cela ne doit pas faire oublier que les intérêts économiques, publics ou privés, de « la France » restent inextricablement liés aux intérêts politiques, et parfois personnels et électoraux, des dirigeants français. Pourquoi le discours officiel de la France continue-t-il de féliciter les « autocrates amis », comme Paul Biya (président du Cameroun), Blaise Compaoré (président du Burkina Faso) ou Denis Sassou Nguesso (président du Congo), chaque fois qu’ils remportent une élection truquée ? Pourquoi continue-t-elle d’offrir à ces mêmes autocrates son expertise en matière, par exemple, de maintien de l’ordre, d’organisation électorale ou de communication politique ? Parce qu’une bonne partie de notre classe dirigeante continue de regarder, consciemment ou inconsciemment, cette partie de l’Afrique comme « une dépendance de la France ». Et, plus prosaïquement, comme une vache à lait.


Simon Gouin


Cette interview a été initialement publiée par la revue Z, revue itinérante d’enquête et de critique sociale. Le numéro 5 est depuis début octobre dans les librairies.

À lire : Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, Kamerun !, Une guerre cachée aux origines de la Françafrique - 1948-1971,éd. La Découverte, 2011.

Notes

[1] Pour ensuite déplorer « de nombreuses irrégularités »... Voir le communiqué de presse de l’association Survie

[2] « Port, rail, plantations : le triste bilan de Bolloré au Cameroun », Le Monde diplomatique, Thomas Deltombe, avril 2009.

[3] Voir Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l’école française, La Découverte  ; et Mathieu Rigouste, L’Ennemi intérieur, La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, La Découverte.

[4] Dans les plantations de la Société camerounaise des palmeraies, privatisée en 2000 et détenue à 38,75 % par Bolloré, des milliers d’ouvriers sont exploités, les plus privilégiés pouvant gagner 53 euros par mois. Misant sur les agrocarburants, le groupe Bolloré ne cesse d’étendre ses palmeraies, « provoquant l’expulsion des populations, manu militari et sans dédommagement, et la destruction progressive des forêts et des cultures traditionnelles locales »(Thomas Deltombe). À lire : « Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré », Libération, 11 mars 2008.

[5] Le réseau ferré était devenu l’un des symboles de la souveraineté économique et de l’intégration nationale du pays. Sa mise en concession a été suivie d’une augmentation des tarifs « voyageurs » et d’une fermeture des lignes « non rentables », le groupe Bolloré préférant miser sur le transport de marchandises. Un tiers des 3 600 salariés de Camrail ont été licenciés. Les leaders syndicaux ont par ailleurs subi « des infiltrations patronales, des mutations forcées, des licenciements punitifs et même, pour certains, des mois d’emprisonnement ». A lire : « Les heures sup’ africaines de Bolloré », Le Plan B, juin-juillet 2007.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:15

m.pngLe néolibéralisme repose sur cinq piliers, l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI), l’Union européenne (UE) et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Les néolibéraux savent que les peuples les rejettent au fond d’eux-mêmes, ils ont besoin d’une alliance militaire pour le cas où leur opposition s’affirmerait ouvertement.

 

Une brève histoire de l’OTAN

Rappelons qu’en 1949, à sa création, cette alliance militaire avait pour but de protéger les pays occidentaux signataires (Amérique du Nord et Europe occidentale non communiste) de la menace militaire soviétique, réelle ou supposée. Pourtant à cette époque, l’Union soviétique et ses alliés étaient bien incapables d’attaquer les pays occidentaux. L’OTAN, dès l’origine, se révélait ainsi comme une alliance offensive et non défensive (en 1955, le bloc de l’Est s’est protégé par la création du pacte de Varsovie).

L’OTAN entraîna les pays occidentaux dans une vassalisation militaire et économique assumée par rapport aux États-Unis.

Le général de Gaulle n’admettait pas la perte évidente de souveraineté et d’indépendance en politique étrangère qu’impliquait ce traité militaire, et la contrainte que des troupes françaises soient commandées par des généraux étrangers lui était odieuse. En 1966, au terme de huit ans de tensions avec l’OTAN, il décidait la sortie de la France du commandement intégré, et les troupes américaines furent obligées de quitter leurs bases en France.

En poussant à la course aux armements, les États-Unis ont obligé l’URSS à dépenser des sommes considérables, hors de ses possibilités matérielles et ont contribué à la faire éclater en 1991. On aurait pu croire alors que l’OTAN allait se dissoudre puisqu’elle n’avait plus de raison d’être. Mais il n’en a rien été, elle s’est trouvé un nouvel objectif : assurer sur le continent européen la stabilité de l’ordre mondial néolibéral. Elle attisa les nationalismes en Yougoslavie, ennemie déclarée, dans laquelle elle mena une guerre dite « humanitaire ». Ce fut le laboratoire d’un nouveau concept stratégique et de la nouvelle idée que les États-Unis avaient de l’OTAN. Les pays européens ne devaient pas se sentir plus libres que par le passé, de concevoir une diplomatie, une politique extérieure et un commandement militaire indépendants des États-Unis.

En 1999, le deuxième « nouveau concept stratégique de l’OTAN »

Il fixe comme objectif de « sauvegarder - par des moyens politiques et militaires - la liberté et la sécurité » de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Son rôle n’est plus dès lors limité à son cadre historique euro-atlantique.

L’attentat du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles de New York, si horrible soit-il, fut une divine surprise pour cette organisation. L’OTAN s’était enfin trouvé un véritable nouvel ennemi authentique : le terrorisme non étatique dont l’avantage était de ne pas être limité à un pays. Il était multiforme et il devenait possible pour l’OTAN d’intervenir partout.

C’est ainsi que le 7 octobre 2001, les forces états-uniennes envahissaient l’Afghanistan et y détruisaient le régime des talibans. Le 20 décembre de la même année, l’ONU créait la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité) et le 11 août 2003, l’OTAN en prenait le commandement.

La FIAS comptait 5 000 hommes en 2003, elle en compte actuellement plus de 100.000, et pourtant l’OTAN s’enlise face à une rébellion menée par les talibans et soutenue par la grande majorité de Afghans. L’Afghanistan où l’opium était interdit sous le gouvernement des talibans en est devenu le premier producteur mondial, les femmes sont soumises à la charia, la population souffre de malnutrition. L’OTAN tente de faire croire à sa mission humanitaire mais l’aide civile représente seulement un dixième des dépenses militaires.

En 2003, les États-Unis devaient subir un échec, lorsque George W. Bush, inventant l’existence d’armes de destruction massive en Irak, décida d’envahir ce pays. Il ne put le faire au nom de l’OTAN, la France et l’Allemagne ne l’ayant pas suivi.

L’été 2008 les États-Unis ont subi un deuxième échec, lorsqu’ils incitèrent la Géorgie à attaquer certaines de ses républiques autonomes qui s’étaient trop émancipées. La Russie intervint et mit un coup d’arrêt à la progression de l’OTAN dans les anciennes républiques soviétiques, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan.

Déploiement de l’OTAN

L’OTAN a signé des partenariats avec la plupart des pays méditerranéens, la toile de l’OTAN s’étend à des « partenaires d’opérations » puisque 18 pays non membres de l’OTAN participent aux opérations en Afghanistan : l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, le Japon, l’Inde, l’Indonésie, etc. La Chine participe à des patrouilles communes de lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden.

Les 3 et 4 avril 2009, les chefs d’État des pays membres de l’OTAN en fêtaient le 60e anniversaire à Strasbourg dans une ville barricadée. Les contre-manifestants, bien qu’autorisés à défiler à 4 km du centre furent dispersés violemment. C’est à l’occasion de ce sommet que Nicolas Sarkozy annonçait le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Il acceptait de plus de renforcer la présence française en Afghanistan.
Le troisième concept stratégique prévoit toujours la menace terroriste, la piraterie et la prolifération nucléaire, mais d’autres priorités sont fixées : la défense contre les cyber-attaques qui peuvent provoquer la paralysie d’un pays, le bouclier antimissiles et la sécurité des approvisionnements énergétiques. La Russie est accusée de vouloir créer avec des pays arabes une OPEP du gaz qui maintiendrait les prix à un niveau élevé [1]. Un rapport indique que « l’OTAN à tout intérêt à protéger les axes vitaux qui alimentent les sociétés modernes [2] ».

L’OTAN est un instrument militaire dirigé par les États-Unis qui dispose de bases militaires sur tous les continents, outrepasse les Nations Unies et les règles du droit international, encourage la militarisation et l’escalade des dépenses militaires – les pays membres de l’OTAN cumulent 75% des dépenses militaires mondiales. Elle assoit la domination économique, politique et diplomatique des pays capitalistes et pour commencer le plus puissant d’entre eux, les États-Unis, très conscients de l’importance stratégique de la perpétuation de leur puissance militaire.

L’OTAN, tuteur armé de l’Union européenne

Le traité de Lisbonne stipule que « la politique de l’Union » doit être « compatible avec la politique » arrêtée dans le cadre de l’OTAN (TUE 27/42-2), et que « au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies. […] Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’OTAN » (TUE 27/42-7).

Le 19 février 2009, dans une résolution sur « le rôle de l’OTAN dans l’architecture de sécurité de l’UE », les eurodéputés affirmaient « qu’un consensus réel, global et démocratique entre l’Union européenne et l’OTAN est un aspect essentiel de la mise en œuvre de cette stratégie, fondée sur un consensus sécuritaire entre l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique ». Le texte, qui revendique un « partenariat encore plus étroit » entre l’UE et l’OTAN dans « des domaines tels que le terrorisme international [...], la criminalité organisée, les cybermenaces, la dégradation de l’environnement, les catastrophes naturelles et autres » a été adopté de justesse, notamment grâce aux voix du PSE.

Même si certains pays de l’UE comme l’Autriche et l’Irlande se disent neutres, ils doivent suivre les recommandations de l’OTAN et augmenter leurs dépenses d’armement puisque « les États membres s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires » (Art. 28-A-3). En Europe, l’OTAN aggrave les tensions, alimente la course aux armements avec le prétendu « bouclier » antimissile, un arsenal nucléaire gigantesque et la doctrine de « première frappe nucléaire ».

La politique de surarmement et de division du travail entre les pays membres a des répercutions sur leur politique économique. C’est ainsi que la France avait en 2010 une balance commerciale déficitaire de 51 milliards d’euros. L’examen des chiffres montre que le poste le plus déficitaire (13,6 milliards d’euros) est le secteur de l’armement. Le fort niveau des importations d’armes (114,3 milliards d’euros) est dû à la volonté de l’OTAN que ses membres se spécialisent dans des secteurs étroits. Les exportations (100,7 milliards d’euros) concernent en particulier les missiles, les importations concernent le reste [3].
Rappelons que les pays membres de l’OTAN sont contraints par le processus de « planification des forces » à l’achat de matériel américain et à la mise en place des normes de l’armée américaine, afin d’assurer l’interopérabilité des forces de l’alliance sous direction américaine. Ces questions ne sont évidemment pas que techniques ou économiques, elles sont bien stratégiques puisque au terme de cette intégration, il devient impossible à un pays d’exercer la moindre souveraineté militaire nationale, ce qui est bien sûr le but principal.

L’OTAN demande que les pays membres consacrent 2% de leur PIB aux dépenses d’armement, mais la crise aidant, seuls 6 membres sur 28 remplissent cet objectif. L’OTAN constate avec tristesse que c’est son point faible [4].

Le gendarme du monde

La stratégie de l’OTAN est basée sur la force et la menace, le but étant de défendre les intérêts du camp occidental, avec son système politique et économique.

Elle vise une « approche globale » avec « la mise à disposition de forces parfaitement préparées et entièrement déployables, capables de mener toute la gamme d’opérations et de missions militaires sur le territoire de l’Alliance et, au-delà, à sa périphérie et à distance stratégique ». Un Centre de coordination des opérations spéciales de l’OTAN (NSCC), a été créé sous le commandement d’un vice-amiral étatsunien « prélude à un quartier général multinational ». L’objectif est une capacité d’intervention tous azimuts, un des buts étant d’assurer la sécurité énergétique de l’Occident.

La répression sauvage de Kadhafi contre son peuple a été une aubaine pour l’OTAN. L’opération militaire aérienne décidée par le Conseil de sécurité de l’ONU a été menée au début par la France et la Grande-Bretagne, puis rapidement l’OTAN a pris les choses en mains, comme il se doit sous la direction d’un général américain. Alors que l’Occident n’a pas apporté son soutien à la répression des autres révolutions arabes, elle s’en est fait le chantre en Libye, espérant bien entendu étendre son influence sur ce pays, toujours au nom de l’intervention humanitaire.

Une politique de gauche ne peut se concevoir tant que notre pays sera dans l’OTAN. Grâce à la domination des États-Unis sur le plan économique, politique et militaire, l’OTAN peut employer la force contre tout pays ayant une politique tout simplement indépendante. Les droits de l’Homme sont alors cyniquement instrumentalisés pour une intervention dont les buts sont tout sauf humanitaires, n’en déplaise à tous les Bernard Kouchner. Pour rester crédible, la menace militaire doit régulièrement être mise en œuvre, le but étant la réaction de l’Alliance quand les intérêts stratégiques sont menacés. Elle permet d’exercer sur le reste du monde la pression commerciale, stratégique et économique des pays occidentaux, surtout à l’avantage de leur chef de file, les États-Unis.

La contre-révolution néolibérale qui sévit depuis 30 ans constitue un ensemble unifié et structuré : contre-révolution idéologique, médiatique, institutionnelle, commerciale, financière, politique, sociale et militaire. Asseoir cet ensemble sur la force militaire est indispensable pour elle. Bien que certains pays ressentent les inconvénients d’être vassalisés, ils apprécient de pouvoir compter sur la force des États-Unis grâce à laquelle ils imposent au reste du monde leurs intérêts et leur puissance.

Dans le contexte de lutte exacerbée que se livrent les entreprises mondialisées, l’OTAN peut être une pièce importante dont disposent les pays occidentaux en relative décadence économique pour faire pression sur les pays émergents.

Perspectives

Un pays qui voudrait recouvrer sa souveraineté populaire et nationale pour réaliser une politique progressiste sociale et écologique, en opposition avec les logiques libérales, devrait récupérer son indépendance militaire, et donc sortir immédiatement de l’OTAN. Cela serait même le gage de son sérieux, de même qu’une sortie de l’euro et des institutions de l’Union européenne et de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale.

Il faut rappeler à ce propos que la souveraineté populaire et nationale n’a aucun rapport avec le nationalisme ou le souverainisme. Une politique d’émancipation des peuples passe par la reprise en main de leurs destins par les populations là où elles peuvent le faire, à l’échelle nationale, et des manettes institutionnelles indispensables pour ce faire.

Le M’PEP est pour une coopération pacifique avec tous les pays du monde. Cependant, dans la mesure où la France disposerait d’un gouvernement indépendant et progressiste prenant des mesures sociales et se détachant de l’ordre néolibéral mondial, elle deviendrait la cible des pays les plus réactionnaires et donc de l’OTAN. Elle devrait par conséquent rétablir la conscription, la défense du territoire national doit être l’affaire de toutes et de tous et reposer sur une armée populaire et républicaine. Il faudra former un encadrement militaire dévoué et garant de l’indépendance nationale. Les armées (terre, air, mer) devront être restructurées pour assurer immédiatement la défense du territoire. Si le M’PEP est favorable à la disparition totale et la plus rapide possible des armes nucléaires, il considère que la dénucléarisation doit être générale et parallèle : toutes les puissances nucléaires doivent réduire leurs armes ensemble selon un traité spécifique. En attendant, la France devra maintenir une force nucléaire défensive. Au total, l’armée française n’interviendrait pas sur les théâtres extérieurs et servirait seulement à la défense du territoire national.


Le 25 octobre 2011.

http://www.m-pep.org/spip.php?article2427

Notes

[1] http://www.imi-online.de/2009.php?id=1938

[2] http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1367

[3] http://lekiosque.finances.gouv.fr/Appchiffre/Etudes/Thematiq...

[4] http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1367

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:12

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« UK Uncut, c’est une vraie bouffée d’air frais. »Vera Weghmann est une activiste londonienne impliquée dans les mouvements « no cuts ! » (non aux coupes budgétaires), et en particulier dans le collectif UK Uncut. Adepte des occupations festives de banques ou de magasins de luxe qui pratiquent l’évasion fiscale, UK Uncut mène des actions diverses et souvent très créatives. Le 8 octobre dernier, avec le soutien de syndicats, le collectif a bloqué le pont de Westminster en plein Londres pour protester contre le démantèlement par le gouvernement du système de santé public.

« UK Uncut rassemble de nombreux jeunes qui ne se retrouvent pas forcément dans les formes "traditionnelles" de mobilisations », témoigne Vera. Le contexte social, particulièrement tendu, semble favoriser le succès du collectif. Car depuis la déroute financière des subprimes, la Grande-Bretagne vacille.

Contre « l’austérité juste » du gouvernement

L’État a renfloué les banques, dopées aux produits financiers toxiques, à hauteur de plus de 1 000 milliards d’euros. Et ce sont principalement les salariés et les précaires qui passent à la caisse. Le plan d’austérité du gouvernement prévoit des coupes considérables dans les dépenses publiques, à hauteur de 90 milliards d’euros d’ici à 2014. Soit une diminution d’environ 12 % du budget de l’État ! Au programme : des coupes dans la protection sociale (18 milliards), dans les services publics (36 milliards) et une hausse de la TVA. « Les mesures de rigueur les plus drastiquesdepuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », selon Rowena Crawford, de l’Institut d’études fiscales. Et surtout, les 3 % de la population les plus vulnérables(personnes handicapés, personnes âgées, précaires…) se trouveront affectés par un quart des coupes budgétaires.

Face à cette situation, l’année 2011 a marqué au Royaume-Uni un regain considérable de mobilisation dans les mouvements sociaux. Un exemple marquant : la manifestation du 26 mars dernier, qui a rassemblé plus de 500 000 manifestants à Londres – la plus importante mobilisation sociale depuis les années Thatcher. Le programme d’hyper-austérité – ou d’« austérité juste » selon les termes employés par le Premier ministre, David Cameron, en 2010 – ravive la combativité de syndicats. La politique du gouvernement (qui compte à ce jour 18 millionnaires sur 25 de ses membres) n’est en effet sans doute jamais apparue aussi clairement inégalitaire aux yeux des Britanniques.

Le mouvement étudiant a fait l’effet d’un « électrochoc »

Dès décembre 2010, le mouvement étudiant contre l’augmentation des frais d’inscription à l’université a surpris par son ampleur et sa radicalité. Les étudiants ont manifesté en nombre, occupé les universités – et même le siège du Parti conservateur –, du jamais vu depuis les années 1960. Par cette première mobilisation d’ampleur contre les politiques d’austérité, le mouvement étudiant apparaît comme un précurseur de la mobilisation unitaire de mars. Il a agi « comme un électrochoc au mouvement syndical », analyseun responsable d’Unite, le principal syndicat britannique.

De nombreux jeunes mobilisés contre l’augmentation des frais d’inscription ont continué à militer dans les mouvements « no cuts », et notamment à UK Uncut. « Suite aux mobilisations étudiantes, nous avons constaté une importante augmentation de nos militants », témoigneAnna Walker, membre du collectif.

Source

La mobilisation des étudiants a aussi contribué à donner un nouveau souffle à l’action militante, au travers de nouvelles méthodes de communication utilisant Internet et les réseaux sociaux. Le site web de UK Uncut fonctionne en partie comme un « facilitateur » de mobilisations : le site et les réseaux sociaux facilitent la coordination et l’émergence d’initiatives locales ou nationales. Organiser la transformation d’une banque en bibliothèque municipale ? Rien de plus simple. « Via le site, on peut contacter les activistes proches de chez soi, trouver des idées, des infos pratiques et des argumentaires pour faciliter l’organisation d’actions décentralisées », explique Vera. Les initiateurs peuvent diffuser l’information en inscrivant leur initiative sur le calendrier en ligne. Et une fois l’action réalisée, ils peuvent en rendre compte en publiant leurs vidéos.

Des mouvements « anticoupes » décentralisés

Avec la décentralisation budgétaire, le gouvernement a trouvé un moyen pratique de diffuser et diluer les effets de son plan d’austérité. En effet, les coupes budgétaires sont souvent mises en œuvre par les collectivités locales. En retour, les initiatives et collectifs « anticoupes », rassemblant citoyens, syndicalistes et activistes, présentent un fort ancrage local – à l’image de « Save our services » à Lambeth, « Leeds against cuts », ou encore de la « Coalition against austerity » à Southport. Mais cet ancrage local qui fait la force du mouvement peut aussi se révéler être une faiblesse, avec l’éparpillement des initiatives.

Outre UK Uncut (qui demeure une plateforme informelle), le mouvement est néanmoins relayé à l’échelle nationale par la Coalition of Resistance, qui s’est constituée sur la base d’un appelsigné par des responsables politiques, des syndicalistes et des personnalités de la gauche britannique. L’enjeu pour cette coalition ? Rassembler le mouvement « no cuts » et élaborer un calendrier commun à l’échelle nationale.

Uncut débarque en France

Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans une perspective plus large que le seul horizon britannique : le mouvement Uncut a dépassé les frontières de la Grande-Bretagne, avec le développement de groupes aux États-Unis, au Portugal ou en France, et entre en résonance avec le mouvement global des Indignés. Quant à la Coalition of Resistance, elle a été à l’initiative d’une « conférence européenne contre l’austérité » le 1er octobre à Londres, rassemblant partis politiques, syndicats et mouvements européens. Dans sa déclaration finale, les participants en appellent à une grève européenne commune contre l’austérité.

Dans l’immédiat, la prochaine étape sera la grande journée de manifestation du 30 novembre, à l’appel de l’intersyndicale, contre la réforme des retraites. Les organisateurs espèrent réitérer le succès du 26 mars, qui devait déjà beaucoup à la participation des mouvements « de base », étudiants et « anticoupes ».


Frédéric Lemaire

http://www.bastamag.net/article1848.html

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:10

obabush.pngOn ne peut nier qu’Obama a l’art de la parole et qu’il sait servir ses divers plats avec des mots et des principes qu’il ajuste aux diverses situations sans se préoccuper de leurs contradictions avec les politiques et pratiques de son administration.

Cette situation est d’autant plus frappante qu’il a été élu avec la promesse d’un avenir différent pour l’Amérique et pour le monde, fondé non plus sur les guerres de conquête et de domination, mais sur le respect des droits fondamentaux des personnes et des peuples.

« Ces idéaux éclairent toujours le monde et nous ne les abandonnerons pas par opportunisme. Donc, à tous les autres peuples et les gouvernements qui nous regardent, aujourd’hui, du plus petit village où mon père est né, sachez que l’Amérique (les États-Unis) est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme, enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à diriger, une fois de plus. »

Par ces mots, le nouveau Président indique sa volonté de tourner cette page sombre de l’histoire des États-Unis où la « politique de la sécurité nationale » a servi, trop souvent, à justifier un interventionnisme opportuniste et, plus que tout, à défier, dans nombre de cas, les droits les plus fondamentaux des peuples et des personnes. Il s’agit là d’un changement radical dans l’approche des relations des États-Unis avec le monde : ce ne sera plus par les armes, le chantage, la manipulation et le mensonge que les États-Unis s’imposeront au monde, mais par la flamme vivante des idéaux, inscrits dans sa Constitution et dans le droit international, qu’il en deviendra un leader et un guide.

« … notre sécurité émane de la justesse de notre cause, notre force de notre exemple, des qualités tempérantes de l’humilité et de la retenue. »

Cet esprit a dominé dans ses premières rencontres avec la communauté internationale et les communautés régionales. On se souviendra de l’accueil fait par les Présidents des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes, enchantés qu’ils étaient d’une approche et d’un discours qui tranchaient avec ceux de ses prédécesseurs, particulièrement ceux de G.W. Bush.

« Nous ne pouvons pas rester prisonniers des désaccords du passé... Je prends devant vous l’engagement d’un partenariat d’égal à égal ».

Dans son discours au Caire, il n’en va pas autrement. Une approche fondée sur une compréhension mutuelle de l’histoire et de la volonté de surmonter les différents pour construire ensemble un monde plus juste et plus prospère.

«  Je suis venu chercher un nouveau commencement entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, qui se fonde sur un intérêt et un respect mutuels ; qui se fonde sur le fait que l’Amérique et l’islam ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et ne sont pas voués à se faire concurrence. Au lieu de cela, ils se chevauchent et partagent des principes communs : justice et progrès ; tolérance et dignité de tous les êtres humains. »

Des propos de nature à redonner confiance et espoir aux peuples. Une aire nouvelle s’ouvre pour les pays du monde dans leurs les relations avec le pays le plus puissant. Toutefois la fraicheur de tels propos sera vite dissipée par la dure réalité de politiques qui ne feront que renforcer les orientations déjà prises par G.W. Bush.
En Amérique Latine la politique impériale de domination et de conquête continue à s’imposer.

Le blocus économique imposé à Cuba depuis plus de 50 ans et dénoncé par une très grande majorité des membres de l’Assemblée générale des Nations Unies est maintenu et, dans certains cas, les mécanismes de contrôle de son application ont été renforcis. Il en va de même pour les 5 prisonniers antiterroristes cubains, condamnés injustement et détenus depuis plus de 13 ans. En dépit du fait que leur libération est réclamée par la communauté internationale, le président Obama ne bouge pas.

Le terroriste Luis Posada Cariles, auteur, en 1976, du sabotage en plein vol d’un avion de Cubana aviation entrainant la mort de 73 personnes, est toujours protégé par l’administration étasunienne qui se refuse de l’extrader au Venezuela qui le réclame pour le juger.

En juin 2009 se réalise le coup d’État militaire au Honduras, chassant du pouvoir le président légitimement élus, Manuel Zelaya. Cette intervention militaire n’a été possible qu’avec l’appui officieux de l’Administration Obama qui a soutenu les auteurs de ce renversement de gouvernement.

Peu de temps après ce sera l’annonce de l’implantation de 9 bases militaires étasuniennes en territoire colombien, menaçant ainsi la sécurité du Venezuela et de l’ensemble de l’Amérique latine. Pour un prix Nobel de la paix c’est là une initiative qui répond à une logique qu’il est seul à connaître et qui n’est pas sans inquiéter les voisins.

À tout cela s’ajoute les actions menées par diverses agences étasuniennes visant à déstabiliser les gouvernements des pays émergents de l’Amérique latine tels l’Équateur, victime d’une tentative de coup d’État, en 2010, le Venezuela dont le Président est sans cesse menacé d’assassinat, la Bolivie où les actions de division sont nombreuse. Vraiment rien pour rassurer les partenaires latinos américains sur les intentions de Washington.

Au Moyen Orient la situation n’est guère mieux. Les guerres se poursuivent en Afghanistan, en Irak, en Libye. Des interventions de sabotages sont en opération en Syrie, en Iran et la Palestine doit faire son deuil du vote d’Obama au Conseil de sécurité pour être reconnu comme État souverain avec siège aux Nations Unies.
En dépit de toutes ces contradictions le président Obama s’est présenté avec assurance devant l’Assemblée générale des Nations Unies, en ce 21 septembre 2011, avec un discours tissés de principes et de contradictions. Je me permets quelques illustrations qui démontrent sa logique à l’intérieur de chacun des thèmes traités, mais pas toujours la cohérence entre ces derniers.

En tant que prix Nobel de la paix 2009, il se devait de parler de cette paix comme objectif fondamental des Nations Unies. Une paix, dit-il, qui n’est pas pure absence de guerre, mais qui permet de rejoindre les grandes aspirations du monde d’aujourd’hui.

Si la guerre est parfois nécessaire, ce ne peut être que pour permettre à des peuples, privés de liberté et de démocratie, de chasser les tyrans et de prendre en main leur propre destin de nations libres et indépendantes.

Lorsqu’il passe aux exemples concrets permettant d’illustrer cette approche, les thèmes choisis et les analyses proposées ont chacune leur logique interne fondée sur des postulats et des lectures de la réalité qui sont loin de faire l’unanimité.

Il y a, entre autres, le cas de la Tunisie où le peuple, sans arme, s’est levé pour réclamer le départ du Président qui occupait son poste depuis plus de 30 ans. Dans ce cas, la foule représentait bien la volonté populaire et le Président se devait de partir. En aucun moment, dans son discours, il n’a été question de dictateur corrompu et sanguinaire, mais bel et bien d’un Président qui avait fait son temps et dont le départ était demandé par le peuple. Il s’est bien gardé, toutefois, de relever le changement de régime réclamé par le peuple et la mise en place d’une nouvelle constitution.

Il y a également le cas de l’Égypte où là encore un peuple s’est mobilisé pacifiquement pour réclamer le départ d’un Président qui avait fait son temps. Pas de commentaires spécifiques sur l’attaque violente et sanguinaire dont cette foule, réunie sur la place principale, a été victime lors de ces manifestations. Pas un mot sur la corruption et le régime répressif.

Dans le cas de la Libye, le ton change et les mots et les arguments deviennent différents. Il n’est plus question d’un Président, mais d’un dictateur sanguinaire qui opprime son peuple depuis plus de 40 ans. Il ne s’agit plus d’un peuple manifestant sur la place verte de Tripoli ou ailleurs à travers le pays comme ce fut le cas en Tunisie et en Égypte, mais d’opposants armés au régime Kadhafi, victimes de l’atrocité sanguinaire du tyran. Dans ce dernier cas, Il n’est pas question de démontrer les faits des crimes commis pas plus que de connaître la volonté du peuple libyen en appui aux opposants. Pour Obama, les opposants sont le peuple.

La nouvelle, non confirmée, de l’assassinat de 6000 personnes par les forces de Kadhafi donne le signal de l’offensive de l’OTAN. Il n’est pas question de suivre les conseils de divers pays de l’Amérique latine et de l’Afrique qui demandent qu’une commission spéciale soit envoyée sur les lieux pour vérifier l’authenticité des faits rapportés et chercher par des voies politiques une solution au problème interne à la Libye.

Aujourd’hui nous savons que cette accusation des six mille exécutions étaient sans fondementet que tout ce qui a suivi n’a été tissé que de demi-vérités ou de mensonges.

Les trois derniers cas, donnés en exemple, se rapportent au Yémen, à Bahreïn et à la Syrie. Dans les deux premiers cas, l’approche est différente. Tout en reconnaissant un certain soulèvement de la population, Obama ne mentionne pas comme telle la répression dont il a été victimes. Le cas de Bahreïn retient d’autant plus l’attention que le gouvernement a fait appel à l’armée de l’Arabie Saoudite pour faire taire le peuple. Ce fait n’a soulevé aucune urgence d’une intervention des Nations Unies pour défendre le peuple, comme ce fut le cas pour la Libye et que ce le sera probablement pour la Syrie. Dans ce dernier cas, il s’agit de groupes armés qui se proclament représentants du peuple et qui réclament le changement de régime. Rien à voir avec ces foules comme celles en Égypte, en Tunisie ou encore au Yémen et à Bahreïn. Le cas de la Syrie se rapproche beaucoup de celui de la Libye.

La logique de M. Obama est que dans tous les cas, y incluant la Libye et la Syrie, il s’agit du soulèvement de peuples. Par contre, qu’il y ait eu un million et demie de libyens et libyennes, soit 25% de la population totale de Libye, réunis sur la Place verte de Tripoli, pour s’opposer à l’intervention de l’Otan et soutenir Kadhafi, cela ne compte pas. Le groupe de mercenaires dont nous connaissons la composition est, pour M. Obama, le peuple Libyen alors que ceux qui résistent sont des Kadhafistes.

Dans son discours, il parle de l’importance des Nations Unies et de son rôle pour assurer la paix dans le monde. Il demande que tous les pays s’unissent dans un effort commun pour construire cette paix. Tout en disant cela, il nie à la communauté internationale son pouvoir d’assumer cette responsabilité, en maintenant le système du droit de véto de cinq pays. Les Etats-Unis, par ce droit de véto peut renverser toutes les décisions prises par l’Assemblée générale. Ce sera le cas pour bloquer la reconnaissance de la Palestine comme pays souverain ayant son siège aux Nations Unies.

« Ces idéaux (le respect des droits des personnes et des peuples) éclairent toujours le monde et nous ne les abandonnerons pas par opportunisme. Donc, à tous les autres peuples et les gouvernements qui nous regardent, aujourd’hui, du plus petit village où mon père est né, sachez que l’Amérique (les États-Unis) est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme, enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à diriger, une fois de plus. »

Je laisse à d’autres de poursuivre dans l’identification des incohérences souvent noyées dans l’usage de mots dont les contenus varient selon les territoires, les populations, mais surtout selon les intérêts en cause.


Oscar Fortin

Québec, le 16 octobre 2011

http://humanisme.blogspot.com



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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:07

chile.pngLa dirigeante de la FECH a déclaré que les revendications des étudiants n’ont pas émergés spontanément, mais obéissent à « un long processus basé sur une analyse approfondie de ce qui se passe au Chili, de l’injustice » et que désormais « il faut regarder au-delà et construire une alternative au pays ». Elle a également exprimé son désir de "projeter le mouvement politiquement, car pour la première fois, une demande sectorielle est devenue un mouvement social qui comprend de nombreux secteurs.

Après environs six mois de protestations, le mouvement étudiant, qui exige une éducation publique gratuite, continue de définir l’agenda politique du pays. Ce mardi commence une nouvelle grève de 48 heures. Les étudiants, les enseignants, les écologistes et la Centrale Unitaire du Travail, principal syndicat chilien, soutiennent la manifestation dont l’événement majeur se tiendra mercredi après-midi.

A la veille de ces jours de mobilisation, BBC World a parlé avec Camila Vallejo à Paris, présidente de la Fédération étudiante de l’Université du Chili et l’une des faces visibles du mouvement. Vallejo, 22 ans, étudiante de géographie, est en Europe avec trois autres représentants étudiants chiliens, pour exprimer leurs revendications et tenter d’« internationaliser » le mouvement.

- Vous avez voyagé en Europe pour rencontrer les institutions internationales et des intellectuels. Quels sont les conseils qui vous ont été donné par les intellectuels, qui vous plaisent le plus ?

Le philosophe Edgar Morin nous a donné confiance. Il nous a dit que l’enseignement supérieur ne peut être légué au marché, il doit être garanti à travers un enseignement public car les pays en ont besoin pour leur développement.

Et Stéphane Hessel (l’auteur de "Indignez-vous !") Nous a poussé à renforcer les communications et l’installation de nos idées dans le monde entier pour diffuser nos propositions par tous les moyens.

- En parlant de Stéphane Hessel, pensez-vous que le mouvement étudiant chilien en quelque sorte se connecte avec les mouvements sociaux comme Occupy Wall Street ?

Le mouvement étudiant chilien ne fait pas partie des indignés. Ce n’est pas un mouvement spontané, mais plutôt un long processus basé sur une analyse approfondie de ce qui se passe au Chili, au niveau de l’injustice.

Nous comprenons la lutte des indignés, mais au Chili nous avons dépassé le stade du mécontentement. Maintenant, nous devons regarder en face et construire une alternative pour le pays.

- Prenant en compte des protestations étudiantes existantes dans d’autres pays comment pensez-vous que vous pouvez internationaliser le mouvement ?

Les différents mouvements - au Chili, Colombie, Brésil, France, Espagne - ne surgissent pas par mimétisme, ils ont des particularités.

Mais il peuvent-être vu comme un tout. C’est la lutte de ceux qui se sont éveillés pour construire un modèle différent de la société au niveau national et international. Il y a une cohérence, c’est la résistance à un modèle de privatisation ou d’une étape vers la conquête de ce droit.

En France, nous avons rencontré l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France). Ils nous ont rapporté la prise de conscience qu’ils font pour résister à la privatisation déguisée généré par le gouvernement. Nous sommes dans des processus différents, mais on a les mêmes objectifs, et il y a des liens de solidarité internationale chez les jeunes.

- Quel modèle éducatif pour le Chili ?

Aucun élève n’a jamais voulut copier quoi que ce soit. Le Chili croit en son propre modèle, qui permet l’intégration de tous et gratuitement. Nous voulons une éducation qui puisse transformer la société et que des professionnels surgissent pour construire la démocratie.

- Comment sera l’avenir du mouvement étudiant ?

Le mouvement étudiant se débat dans une conjoncture déterminée, après cinq mois de mobilisation. Il faut maintenant penser comment avancer tactiquement pour qu’il continue.

Aujourd’hui, le dialogue avec le gouvernement est rompu. Ils veulent réformer les bourses des étudiants au parlement et nous excluent de cette discussion. Donc, même si nous ne faisons pas confiance dans le Parlement, nous devrons travailler vers eux. Nous ne voulons pas que la loi budgétaire de la nation légifère tant qu’il n’y aient pas des propositions de lois élaborées en accord avec les étudiants en matière d’éducation.

- Ne pensez pas que votre leadership est au détriment du mouvement étudiant dans son ensemble ?

La personnification du mouvement est due aux politiciens et aux médias. C’est une stratégie qui est utilisé très fréquemment auprès de ceux qui se lèvent et ont des revendications sociales. Au Chili cela s’applique beaucoup, et je pense que dans d’autres pays du monde aussi.

Pour Cuba, on parle de Castrisme, au Venezuela de Chavisme. Tout est personnifié avec les supposés dirigeants, et l’on ne voit pas que c’est un processus qui est partagé par une majorité. Dans le fond il s’agit de les détruire pour ainsi détruire le mouvement.

Aussi, nous semblons être plus vulnérables. J’ai été accusé d’être manipulé par le Parti communiste, de faire payer les entrevues que je donne. On m’a dit que je profite de tout cela.

- Vous êtes sur le point d’être diplômés. Est-ce que le mouvement continue malgré tout ?

Sur le thème étudiant, je vais continuer à participer, cela dépendra aussi des prochaines élections de la Fech. Nous allons construire, avec tous mes camarades qui n’ont pas de face visible. Et nous voulons projeter le mouvement politiquement, car pour la première fois, une demande sectorielle est devenue un mouvement social qui regroupe de nombreux secteurs.

- Pensez-vous à une carrière en politique ?

Je suis une militante, je suis prêt à mettre à la disposition des besoins de la construction de ce mouvement, comme un autre.

Dans le contexte des prochaines élections, je pense qu’il ne s’agit pas de moi en particulier, mais les jeunes doivent s’inscrire dans les registres électoraux comme candidats pour conseillers. Qu’ils aillent disputer les municipalités à la droite, ou à ceux qui ne sont pas d’accord pour répondre à nos propositions qui sont justes.

Maintenant les jeunes commencent à s’intéresser à la politique, et doivent assumer cette responsabilité. Nous devons prendre en charge et conduire un projet participatif. Et pour cela nous devons avoir une vocation pour le pouvoir, mais dans le bon sens du terme.

 


Traduction : http://www.zintv.org/spip.php?article914
http://www.legrandsoir.info/camila-vallejo-nous-comprenons-la-lutte-des-indignes-mais-au-chili-nous-avons-depasse-le-stade-du-mecontentement.html

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 20:58

  che.pngInterview pour le journal brésilien A folha (extraits)

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Elle dit qu'elle est juste une militante de base du Parti communiste cubain, mais elle porte le nom d'un mythe de la gauche. A 50 ans, la pédiatre Aleida Guevara s'occupe de faire vivre la mémoire de son père et propose une défense passionnée du modèle de l'île. Dans cette interview, elle exprime ses craintes personnelles que les réformes en cours sur l'île, qui ont permis la vente de biens immobiliers et de véhicules, n’affectent la conscience sociale de la population, et puisse aboutir à une montée de l'individualisme.







Comment vont les choses à Cuba?



Nous sommes dans une situation où il nous faut trouver des solutions à des problèmes réels qui existent depuis longtemps. Et il y a les problèmes actuels que le pays subit en raison de la crise économique, qui touche tous les pays du monde. Nous sommes en train de discuter de ces problèmes avec l'ensemble du peuple, en les analysant sur les lieux de travail, dans les quartiers. Le congrès du parti a analysé tout ce qui est sorti de ces réunions populaires et est arrivé à un consensus sur le fait que nous devrons opérer quelques changements dans l'économie domestique. Résoudre le problème de familles, de personnes qui sont sans emploi en ce moment car l’État ne peut pas continuer à payer des personnes qui travaillent sans produire. Lorsque nous avons perdu le camp socialiste européen, Cuba a subi une crise brutale et l’État a garanti la sécurité de l'emploi à tout le monde sur toute la période. Aujourd'hui, la situation de notre économie s'est améliorée. Par conséquent, des possibilités réelles s'ouvrent à ces personnes pour qu'elles travaillent de façon indépendante. C'est pourquoi on en arrive à cette possibilité de travail individuel. Pour ce qui est de la Constitution, il nous faudra analyser quels sont les articles de la Constitution actuelle qui entrent en contradiction avec ces changements. Voilà pourquoi il nous faut cette analyse populaire, profonde, et s'il est nécessaire de changer un article de la Constitution, que le peuple sache ce qui se trame et pourquoi. Et le référendum qui devrait être organisé le sera plus rapidement et plus facilement.



Qu'est-ce qu'il faudrait changer dans la Constitution ?



Il a été convenu dans la Constitution que Cuba est une société socialiste. Dans cette société socialiste, il y a des normes, des règles. Quand on dit aujourd'hui qu'il y a des personnes qui vont travailler pour leur propre compte, cela peut supposer louer sa maison, ce qui n'existait pas auparavant. Ces personnes qui travaillent actuellement pour leur propre compte, si elles veulent embaucher d'autres personnes, doivent payer un salaire juste, garanti par la loi. Par exemple, si vous voulez louer une pièce de votre maison et embaucher quelqu'un pour faire le ménage. Avant cette personne n'était protégée par aucune loi. Désormais, avec ces changements, cette personne sera protégée également par les lois de l’État cubain. Ces lois doivent être introduites dans la Constitution.



Le dernier congrès du parti a ouvert la possibilité d'une appropriation privée des bâtiments et des voitures...



Disons que ce n'est pas de la propriété privée. Moi avant, par exemple, si je me payais une voiture, c'était la mienne. Le problème, c'est que je n'avais pas le droit de la vendre. Aujourd'hui, j'ai ce droit. Ce qui a changé, c'est que le citoyen qui est propriétaire de sa voiture puisse la vendre légalement. C'est sa propriété, c'est son droit. C'est la même chose pour les maisons. Si une maison est légalement la tienne, tu peux la vendre.



Mais c'est reconnaître la propriété privée



Dans ce qui existait déjà, dans la propriété individuelle. Que tu peux appeler privée, si tu veux. C'est la tienne. Le problème, c'est de légaliser cette propriété de façon à ce que tu puisse en user comme tu le désires.



Vous ne trouvez pas que cela rentre en conflit avec le principe socialiste ?



Non. Cela ne pose aucun type de problème avec les principes socialistes. Le problème, ce n'est pas de vendre ta maison ou ta voiture ou de l'échanger. Cela me paraît une très bonne chose que nous puissions le faire librement, sans aucune entrave. Le problème, c'est qu'il existe aujourd'hui des travailleurs qui travaillent pour leur propre compte. Ces travailleurs vont rechercher leur bénéfice personnel. Ma crainte personnelle – comme simple citoyenne, je n'ai rien à voir avec la direction du gouvernement cubain, je suis une médecin cubaine – ma crainte est que les personnes qui travaillent pour elles-mêmes perdent un peu de vue la question sociale, perdent leur conscience sociale. En vivant dans une société socialiste, nous travaillons pour tout un peuple. Quand tu commences à travailler pour remplir ton porte-feuille, pour ton bien-être personnel, il y a le risque de perdre ce lien social que nous avons toujours maintenu. C'est ma préoccupation personnelle. L’État socialiste continue d'être socialiste car il n'y a pas privatisation des grands moyens de production. Ce n'a pas eu lieu et cela n'aura pas lieu. Le peuple cubain continue d'être le propriétaire de tout ce qui se produit dans le pays. Tu peux être le propriétaire de ce que tu produis dans ta maison, dans un restaurant, un salon de beauté, des services produits. Mais les grands moyens de production, tout est entre les mains de l’État, donc, du peuple. Dans cette perspective, il n'y a aucun changement.



Les réformes ont été faites pour libérer quelque peu l'Etat du poids de personnes qui...



Exactement. De personnes qui seront laissés sans travail par l’État, car l’État ne peut pas continuer à soutenir cette situation. Nous avons connu des améliorations économiques. Ces personnes restent libres de travailler pour l’État et d'avoir leur propre travail. Et l’État se libère de cette situation difficile où il faudrait garder ceux qui ne produisent pas.



Votre crainte, c'est que cette réforme, qui peut être lue comme plus privatisante, affecte la conscience sociale ?



L'homme pense comme il vit. C'est ma préoccupation, tout simplement. Si tu vis juste en étant intéressé par la rénovation de ta maison, par l'accroissement de la quantité d'argent que tu as dans ton porte-feuille, par l'amélioration de ta garde-robe, tu oublies que l'école du coin, où tes enfants et tes petit-enfants étudient, aura besoin d'un petit coup de peinture. Tu serais capable de donner un peu de ton argent à cette école ? Si tu en es capable, je ferme ma bouche et me voilà satisfaite. C'est ma préoccupation, que l'on perde cette perspective, que l'on ne soit plus concerné par la perspective de la communauté sociale, qui est ce que nous sommes et continue d'être notre raison d'être.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 20:53

11-Novembre-Sarkozy-Merkel-soldat-inconnu_pics_809.jpg

 

Grisés par leur nuit de négociations, les dirigeants européens se réjouissent un peu vite. Le plan annoncé allie une fois encore soutien massif aux banques et saignée sociale. Quand l'expérience prouve que ces recettes nous amènent dans le mur, le Conseil européen appuie sur l'accélérateur.

Ce n'est pas l'envolée de la bourse qui est faite pour nous rassurer. D'ailleurs, elle fête le licenciement de 7000 salariés en Europe avec la montée de 3% du cours en bourse du groupe PSA.

Je rappelle que si les banques sont aujourd'hui obligées de renoncer à une part de leurs créances, c'est la rançon du racket financier auquel elles se sont livrées et qui a mis la Grèce à genoux. Il est inacceptable que les gouvernements soient encore prêts à des recapitalisations sans contrepartie. Plus un sou ne doit être cédé aux banques sans que leurs pratiques de crédit ne soient contrôlées et dirigées vers l'intérêt général.

Avec l'alignement de Nicolas Sarkozy, la Chancelière Merkel a gagné sur toute la ligne : pas question de faire appel au pouvoir de création monétaire de la Banque centrale européenne. Pourtant ce n'est pas l'augmentation de la force de frappe du « fonds européen de stabilité financière », au service de stratégies financières intactes, qui relancera la croissance, seule à même de faire reculer l'endettement.

Au lieu de cela, ils continuent de faire payer les peuples. En France, alors que les patrons des banques ont augmenté leurs revenus de 44,8% en 2010, le chômage est en hausse, une vague de licenciements sans précédent est annoncée dans l'automobile et Fillon nous prépare un nouveau plan d'austérité avec une hausse de la TVA.

Modifier les critères du crédit des banques et les missions de la BCE, les rendre utiles à l'emploi, aux services publics, au développement durable sont les seuls outils pertinents pour sortir de la crise. Ceux qui y renoncent aujourd'hui se rendent coupable de la crise de demain. 

J'appelle à un grand rassemblement de la colère ce soir, à 18h30 devant les locaux de l'agence Moody's - 96, boulevard Haussmann à Paris - pour dire : « Stop au chantage de la finance. Oui à la liberté de choix de notre peuple ».

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 20:46

arton14960-7101d.jpgBien sûr, il est toujours dangereux, voire contreproductif de « crier au loup ». Pourtant, en certaines circonstances cet appel est nécessaire parce que le loup est effectivement là.

La sonnette d’alarme a été activée depuis longtemps au point que le cordon nous est resté entre les mains et que, petit à petit, nous nous laissons, par notre impuissance à analyser les situations, à accepter les solutions « prédigérées », et à notre incapacité à concevoir des stratégies nouvelles,… glisser vers le chaos.



UN POURRISSEMENT GENERAL

Les « affaires » et scandales d’Etat qui se multiplient, n’en finissent plus et occupent l’essentiel de l’actualité pourraient paraître anecdotiques si elles ne touchaient que la classe politique, traditionnellement corrompue. En fait le mal est nettement plus profond et plus grave. C’est l’ensemble du corps social, de la société civile, qui entre en décomposition,… les « affaires d’Etat » n’étant qu’un révélateur du mal qui ronge notre société.

L’Histoire est pleine de ce genre d’épisodes où, lentement, subrepticement, sans que l’on s’en rende vraiment compte, les esprits se corrompent, les consciences s’obscurcissent, voire s’éteignent, le sens critique s’émousse et la fatalité gagne au point de laisser, à une bande de parvenus et de démagogues sans scrupules, les affaires publiques.

Le mensonge, la félonie, le népotisme, l’injustice, l’arrivisme, la démagogie… sont érigés en pseudo « valeurs » morales sous le sobriquet ridicule de « droite décomplexée »… ou de « gauche réaliste ».

Le dialogue, aussi vain qu’il puisse paraître, entre les dirigeants et le corps social est quasi totalement rompu. Seuls, des médias complaisants à l’égard de ceux-ci entretiennent la fiction d’un fonctionnement qui se veut transparent et démocratique de l’ensemble social. La pression, le chantage, le mensonge, l’espionnage,la désinformation et la violence sont devenus des méthodes quotidiennes de gouvernement…

La pseudo adhésion à la classe politique n’est en fait que l’expression d’un désarroi qui fait dire à beaucoup : « Qui pouvons nous ?... Faut bien qu’il y ai quelqu’un ! Celui là ou un autre !... »

Tout ce que le mouvement social avait conquis, d’amélioration des conditions de vie, depuis un demi-siècle est en voie de liquidation pour satisfaire les puissances économiques et financières assoiffées de profits… sans que, en dehors de quelques protestations symboliques (grèves de 24 heures et manifestations folkloriques à répétition) la moindre réaction sérieuse et conséquente n’ai lieu.

Ce pourrissement général entraîne, comme l’Histoire du 20e siècle nous l’a montré, l’émergence sur le plan politique, de forces qui, sachant habilement exploiter la misère, l’écoeurement général et la perfidie des tenants du pouvoir, essaye d’instaurer un état fort au profit d’une nouvelle maffia sans changer évidemment les fondamentaux du système. L’expérience du 20e siècle montre que ce processus n’avait rien d’hypothétique et qu’il pourrait une fois encore et sous la pression des évènements se reproduire.

UN TISSU SOCIAL EN DECOMPOSITION

Prenons trois exemples très significatifs de cette décomposition.

Le monde du travail

Il est aujourd’hui à la dérive, aussi bien dans ce qui le structurait que dans ses perspectives.

Le lien social salarial, nécessitant, pour l’appareil de production capitaliste, d’une force de travail et son utilisation dans le cadre national a assuré pendant des décennies une relative stabilité de l’ensemble – les conflits internes au système ne l’ont jamais remis en question. Ceci a donné naissance à une société ; certes conflictuelle (revendications diverses…), mais somme toute stable, voire offrant une relative sécurité aux salariés (emploi, santé, retraites, services publics,…).

L’ouverture massive au monde, du capital, la décolonisation, le développement des moyens de transports et de communication, ont brisé, pour les anciens pays industrialisé, cette relative stabilité.

L’internationalisation du capital a rendu obsolètes les politiques économiques nationales. Les marchés, y compris celui de la force de travail, sont devenus mondiaux.

Ce qui faisait la spécificité nationale du lien social a été anéanti : on peut trouver ailleurs une force de travail moins chère, voire en faire venir en la payant moins.

Le consensus économico-social, quoique conflictuel, a été rompu, la lente perte des acquis sociaux a commencé.

Le syndicalisme, qui constituait le fer de lance de la défense des salariés et de leurs désirs de conquêtes sociales, est exsangue, non seulement incapable de conquérir de nouveaux acquis sociaux, mais même de conserver les anciens. Souvent, devant le chantage patronal à la liquidation d’entreprise, ils – les syndicats - sont désavoués par les salariés qui préfèrent assurer leur emploi. Les syndicats sont de fait devenus obsolètes.

La pensée ultra libérale, fondée sur une rationalité à courte vue et confortée par une légitimité acquise à coup de démagogie, détruit ce qui reste de lien social. La société devient une véritable jungle où c’est désormais « chacun pour soi ».

Travailleurs pauvres, statuts précaires, chômeurs, assistés, sont en passe d’être la norme d’un système fondé essentiellement sur la réduction des coûts et les gains à tout prix,… sans égard pour les dégâts sociaux provoqués.

Un exemple significatif de ces dégâts sont les banlieues aujourd’hui.

Les banlieues

Pour quiconque veut être lucide et s’informer, elles sont au bord de l’explosion.

Les anciennes cités ouvrières ou régnaient des activités culturelles, syndicales, associatives sont devenues en quelques décennies des ghettos de pauvres, d’exclus où se crée un « nouveau lien social », celui des bandes et des dealers, celui des trafics et la recherche d’une nouvelle identité au travers de la religion.

Ce « nouveau lien social », qui s’étend, exclu à son tour celles et ceux qui le refusent,… qui partent,… surdéterminant le processus de ghettoïsation de la cité.

Le « système d’intégration républicain » a complètement fait faillite.

Le recours à la répression apparaît alors n’être que la seule réponse des politiciens à une situation qu’ils acceptent, qu’ils gèrent pour donner le change à une opinion publique qui s’interroge sur les raisons d’une telle décadence sociale. Avec l’appui complaisant de la plupart des médias, ils donnent le spectacle de la fermeté dite « républicaine »,… le temps d’un évènement monté en épingles devant les caméras,… et de préférence la veille d’élections. L’essentiel des aides sociales – sensées compenser les inégalités et l’exclusion – est abandonné aux associations caritatives, de charité,… ce qui permet de réduire – conformément à la pensée libérale – les budgets sociaux.

La situation actuelle des banlieues, conséquence logique du fonctionnement du capitalisme, donne une idée de la tâche à accomplir : une refonte complète du système de relations sociales… ce qu’aucune force politique n’envisage sérieusement, et n’est d’ailleurs capable.

L’écologie

La découverte officielle des ravages causés sur l’environnement par les conditions de la production marchande, ne s’est fait que sur le tard,… et encore parée de bien des hésitations.

Les gestionnaires politiques du système, de droite comme de gauche, se sont alors trouvé devant un dilemme :

 soit reconnaître le bien fondé des accusations de destruction de l’environnement par le fonctionnement du système dont ils sont les garants ;

 soit nier en bloc.

La sensibilisation de l’opinion publique – et donc l’impact probable sur les résultats électoraux (seule chose qui les intéresse ! ), a obligé les politiciens à tenir compte de ces nouveaux paramètres.

Ne reniant en rien les fondements d’un système fondé sur l’exploitation illimité des ressources naturelles et la maximisation des profits, ils ont usé et usent toujours du double discours… repeignant subtilement en vert, un appareil économique toujours aussi nocif à la planète.

L’écologie,… ou plutôt les écologistes, se sont parfaitement intégré au folklore politicien, et même pour certains, elle est devenu un instrument de promotion politique et un véritable looby politique et idéologique. (Des noms ?)

UNE OPPOSITION ETEINTE

Le système dit « démocratique » a aboutit à une seule chose : déresponsabiliser le citoyen… ce qui, peu à peu a donné naissance à une classe politique parasite qui se reproduit au sein de véritables « syndicats d’intérêt », les partis politiques, et dont le seul objectif est la survie du système en place et par la même le sien.

Ainsi, Droite et Gauche, et apparentés se relaient pour assurer sa pérennité.

L’opposition radicale, celle qui voulait un changement radical du système a vite cédé la place à un « opposition de consensus implicite » : sa seule radicalité, du moins à celle qui en a, c’est son discours,… pour le reste elle se coule dans les vieilles pratiques obsolètes : élections, participation, manifestations, pétitions..

Une telle attitude a pu faire illusion tant que, dans le cadre national, le « Capital pouvait payer »… Le Capital ne cédait rien, il ne faisait que s’ « acheter la paix sociale »…. Ce qui correspondait aux intérêts immédiats de celles et ceux (les salariés) qui voulaient améliorer leurs conditions de vie (avantages sociaux / acquis sociaux).

On croyait ces acquis sociaux comme définitifs… Erreur !

La mondialisation du Capital, nous l’avons vu, a rompu ce bel équilibre. Ainsi les marges de manœuvre d’une éventuelle opposition – du moins officiellement reconnue et acceptable par le système – se sont considérablement réduites.

Aucune opposition n’est en réalité capable aujourd’hui de garantir , si elle parvenait au pouvoir, la récupération des acquis sociaux détruits ces dernières années (retraite à 60 ans, services publics, système de santé,…), la sauvegarde de ceux qui existent encore et à fortiori, la conquête de nouveaux.

L’expérience des « gauches » au pouvoir en Europe, ces dernières années, en est la triste confirmation.

Il n’y a donc pas/plus de véritable opposition pouvant offrir une réelle alternative. Le discours oppositionnel est un discours convenu, qui se coule dans le moule de « démocratie formelle », qui garanti d’abord les intérêts fondamentaux du système, mais qui permet aussi, par le mécanisme de la représentation et des promesses électorales, de donner l’illusion au peuple d’une maîtrise, par lui, de son propre destin.

L’expérience a toujours montré qu’il n’en était en réalité rien,… et qu’une fois l’enthousiasme et les illusions passés, … tout redevenait comme avant. Rien n’avait changé sur le fond.

Il n’existe pas d’instrument ou de méthode capables de mesurer le degré de patience, de possibilité d’accumulation de frustrations, de glissement progressif vers le désespoir d’une population. Mais l’Histoire montre que tout fini par exploser.

L’explosion n’est d’ailleurs pas synonyme de changement. Les systèmes résistent, en général, facilement aux forces centrifuges de la révolte. Seule, la lente transformation des relations sociales, des pratiques alternatives, se substituent efficacement au pourrissement du système en place. Elles seules peuvent assurer concrètement un changement durable, en instaurant des modes de vie, de production, de distribution des richesses, mais aussi ce qui est indispensable en façonnant des comportements, un état d’esprit, de nouvelles valeurs.

L’abîme, c’est lorsqu’on laisser jouer les contradictions du système sans perspective d’alternative.

Or, c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. L’action politique se résume à des déclarations plus ou moins velléitaires, sans lendemain,… ou à des coups de gueule sporadiques. (Des noms ?… Des exemples ?).

L’abîme c’est quand un système s’écroule miné par ses contradictions et qu’aucun relais n’est pris. C’est le cas de l’Empire Romain qui à sa chute a vu l’installation d’un chaos politique et social avant qu’un nouveau ordre social s’impose par la force : la féodalité.

L’abîme ça peut être aussi la réaction du système en place qui, craignant pour sa survie, impose un pouvoir autoritaire dont on connaît tous les dangers potentiels – voir l’exemple du 20e siècle.

C’est aujourd’hui dans ce cadre incertain que nous évoluons.

L’avenir n’est pas assuré,… pas plus qu’il n’est rassurant.


Patrick MIGNARD

 

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