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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 06:59

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Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

 

 

Chers camarades,

 

le Comité central du Parti communiste du Luxembourg (KPL) est fier de vous informer que notre parti a remporté un succès important lors des élections municipales qui se sont tenues au Luxembourg le dimanche 9 octobre. Le KPL, qui a eu plusieurs députés au niveau national et municipal entre 1945 et 1999, effectue son retour dans les conseils municipaux de trois cités ouvrières traditionnelles du sud du pays.

 

Notre parti a monté des listes communistes dans quatre villes ouvrières et dans la capitale. Il s'agissait de listes ouvertes menées par des camarades expérimentés du KPL. Par ailleurs, nous avons présenté des candidats qui n'étaient pas membres de notre parti, venant de toutes les couches de la société et qui se sont déclarés prêts à représenter les idées de notre programme électoral.

 

Notre campagne électorale s'est concentrée sur les villes du sud. Dans la pratique, tous les membres du parti et tous les candidats du KPL se sont mobilisés pour distribuer du matériel d'information et discuter avec les gens sur nos stands d'information. Notre campagne a été soutenue par les camarades du Parti communiste allemand (KPL) et du Parti du travail de Belgique (PTB), ainsi que par des militants du Parti communiste portugais (PCP) au Luxembourg.

 

Finalement, nous avons obtenu de très bons résultats dans trois villes et toutes nos listes ont progressé en voix. Dans la deuxième plus grande ville du Luxembourg – Esch-sur-Alzette – nous avons obtenu 5,25%, soit 1,29 points de plus qu'en 2005. Notre camarade Zénon Bernard, membre du Comité exécutif, a été élu directement au conseil municipal.

 

A Differdange – la troisième plus grande ville du Luxembourg, où notre parti a été fondé en Janvier 1921 – le KPL a obtenu 4,84% (+0,83), et le président du KPL, le camarade Ali Ruckert a été élu au conseil municipal.

 

Dans la ville de Rumelange, ancien cœur de l'industrie minière, notre liste a obtenu un résultat de 9,29% (+ 3,04), et le camarade Edes Peiffer, membre de la Commission centrale du comité central du KPL, a été élu.

 

Dans la capitale, Luxembourg, le KPL est passé de 0,31% à 1,45%, et à Sanem, nous avons obtenu 2,9%, soit une augmentation de 0,21 points.

 

Cela vaut particulièrement la peine de souligner que cette évolution positive s'est produite sur la base d'un programme électoral communiste clairement élaboré comme tel, qui contient une analyse Marxiste-léniniste de la situation actuelle. En outre, nous avons été le seul parti politique qui a clairement déclaré qu'il fallait replacer la politique menée au niveau municipal et au niveau du parlement national dans le contexte la politique des partis bourgeois dominants au niveau de l'Union européenne. Nous avons clairement affirmé que la crise de l'Euro, de l'UE et du système capitaliste ne peuvent être résolus par de petites ou grosses réformes, mais seulement par l'abolition du capitalisme. Le KPL s'est présenté comme une alternative aux conservateurs et aux sociaux-démocrates au pouvoir, ainsi qu'aux verts, aux libéraux et à la prétendue « gauche ».

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 18:36

arton14838-210bd.jpgL’écrivain Urugayen Eduardio Galeano a affirmé hier que le mouvement du 15 Mai est "Une pure vitamine d’espérance" parce que c’est la preuve que "tout peut changer", que "nous ne sommes pas condamnés à vivre sous la dictature mondiale la plus dangereuse, celle des patrons de la finance."



 

 

 

11 Octobre 2011


L’écrivain Urugayen Eduardio Galeano a affirmé hier que le mouvement du 15 Mai est "une pure vitamine d’espérance" parce que c’est la preuve que "tout peut changer", que "nous ne sommes pas condamnés à vivre sous la dictature mondiale la plus dangereuse, celle des patrons de la finance."

Galeano (né à Montevideo en1940) a fait ce soir cette réflexion au Musée de Cadix dans "Les Cercles de la Pepa", un cycle organisé par le Consortium pour la Commémoration du Bicentenaire de la Constitution de 1812, première constitution démocratique espagnole.

Lors d’une intervention qu’il a intitulée "L’arc-en-ciel de la Terre", l’auteur de Les veines ouvertes de l’Amérique Latine a expliqué que la promulgation de la Pepa, nom sous lequel est connue cette constitution qui a inspiré il y a deux cents ans certains mouvements séparatistes ibéro-américains, a été une preuve que "la belle énergie de la Liberté est comme une rivière souterraine qui apparaît et disparaît selon les moments de l’histoire".

"Et aujourd’hui cette rivière souterraine" ressurgit avec le mouvement du 15-M, ce qui est "une très bonne nouvelle pour le monde" parce que "l’indignation alimente la liberté", a dit Galeano.

L’écrivain Urugayen, qui a vécu la naissance du 15-M à la Puerta del Sol à Madrid, a souligné que ce mouvement s’est répandu dans le monde entier parce que "l’indignation a une très bonne santé".

"Pourvu qu’elle reste vaillante", a souhaité l’écrivain pour pointer que dans le monde "il y a beaucoup de voies à ouvrir" et que le 15-M démontre que "l’arc en ciel de la terre a d’autres couleurs cachées qui veulent éclairer le chemin".

Dans son intervention, Eduardo Galeano a donné les germes de son nouveau livre, Los hijos de los dias [Les enfants des jours], qui sera publié au début de l’an prochain et comprendra 366 histoires brèves, une pour chaque jour d’une année bissextile.

Chacune d’elles lui est occasion de mettre l’accent sur les incohérences d’un monde qui, dans la crise actuelle, est venu au secours des banquiers "avec une fortune grâce à laquelle on pourrait donner à manger, dessert compris, à tous les affamés du monde pour l’éternité".

Un monde qui n’a mis en prison "ni un seul banquier", ni "les mages de Wall Street qui ont volé des millions de maisons et d’emplois", pendant que ,rien qu’aux Etats-Unis en 2010, "450 000 immigrants ont été emprisonnés".

Galeano a expliqué que le monde investit "chaque minute 3 000 000 de dollars en dépenses militaires, pendant que, chaque minute, 15 enfants meurent de faim ou de maladie curable", et il a critiqué les traditions et les peurs qui "ont mutilé notre capacité à nous regarder en face".


Source : http://www.cubadebate.cu/noticias/2011/10/11/eduardo-galeano...

Traduction : Alma

URL de cet article 14838
http://www.legrandsoir.info/eduardo-galeano-le-mouvement-du-15-mai-est-une-pure-vitamine-d-esperance.html
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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 18:34

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 18:25

slavoj-zizek-by-pablo-secca.jpgCe jour, en France, pas de devenir annoncé faute de loi assez forte pour maintenir la liberté d’expression d’informer en permanence sur la voie publique, contre l’illégitime engagement des accords franco-allemands sur le sauvetage monétaire et financier de l’Europe sans règlementation des banques, qui anticipent le renouvellement de la prochaine présidence pour la rendre impuissante aux dépens des ressources vitales des citoyens : les "indignés" sont radicalement réprimés sur la voie publique, qu’il s’agisse d’information à l’entrée des magasins ou sur les trottoirs ; seules les organisations peuvent obtenir le droit de manifester, pas les individus. C’est le moment où aux États-Unis la détermination du mouvement libre d’organisations bureaucratiques joue sur la fondation constitutionnelle des premier et quatrième amendements [1] pour installer le terrain révolutionnaire qui radicalisera les conditions exécutives du plan Volcker (promulgué en juillet 2010 l’échéance de sa réalisation est en 2012), et le retour local de l’emploi, l’éducation et la santé enfin pour tous, aux USA, et peut-être davantage, la création des biens communs fondamentaux échappant au marché.
 Malgré les manipulations médiatiques et la répression réactifs outre-atlantique on suit les événements dans un délire du temps hyperarborescent bourré d’énergie positive.  
Pour introduire une confusion entre les ultra-réactionnaires et les révolutionnaires on peut ainsi lire, dans un blog du Washington Post qu’il est un journaliste pour inventer que Zizek lors de son speech à Zuccotti Plark à New York, le 5 octobre, aurait appelé les manifestants à rejoindre le Tea Party. On lit ailleurs dans certains tabloïds adressés aux intégristes chrétiens parmi la population pauvre, pour distraire des raisons de l’occupation et pour salir les activistes, mais encore pour justifier la répression, que le sexe et la drogue seraient le véritable objet de ces rassemblements. Cependant dans quatre grande villes américaines une répression radicale a eu lieu cette nuit, et surtout à Boston (MA) où grâce au livestream vidéo on a pu voir la police anti-émeute attaquer massivement le camp d’occupation pacifique de Greenway Park, bastonnant plus violemment que les autres activistes les vétérans ralliés au mouvement de la paix, et malgré leur âge déchirant leurs drapeaux. Le maire Thomas M. Menino a déclaré le lendemain qu’il n’y aurait pas de tolérance de la désobéissance civile dans cette ville. [2] Pourtant, certains activistes héroïques reviennent s’y montrer.
 Passons sur les inconnus ou connus dont nous n’avons pas ou pas encore traduit les interventions, soit que nous ne les ayons pas trouvées décryptées en anglais, soit que nous soyons incertains du droit de les reproduire, telle l’intervention de Naomi Klein, publiée dans The Nation (nous attendons la réponse à notre demande d’autorisation).
 Un certain nombre de célébrités, comme dit McKenzie Wark, sont passées dire leur mot parmi les occupants de Zuccotti Park anciennement baptisé Liberty Park, et rebaptisé Liberty Place pour célébrer l’occupation, non pour clamer un leadership mais pour déclarer leur solidarité et apporter leur médiatisation afin qu’elle contribue à celle du mouvement.
 Voici l’intervention publique sulfureuse de Slavoj Žižek pas vraiment Tea-Party invité à s’exprimer au forum de la "place de la liberté" à 18h, le 9 octobre 2011. 23è jour d’occupation continue de l’espace public par le mouvement Occupy Wall Street, occupation maintenant répandue dans la plupart des grandes villes américaines, sous les variations adaptées de son intitulé selon sa ville, après avoir rallié plusieurs syndicats de travailleurs et des organisations caritatives multiples... Et même une personnalité politique leader du parti démocrate comme Nancy Pelosi, ancienne présidente du sénat majoritairement démocrate qui avait inauguré la présidence d’Obama... Contraste.

 

Première partie

 

[ Début raccord selon Impose Magazine — * lien source des logos en Post Scriptum : Ils disent que tous nous sommes des perdants, mais les véritables perdants sont là-bas à Wall Street. Ils ont été renfloués par milliards avec notre argent. Nous sommes appelés socialistes, quand en fait le socialisme c’est toujours entre les riches. Ils disent que nous ne respectons pas la propriété privée, mais la propriété privée qui a été détruite par le krach financier de 2008 a été plus affectée que si chacun d’entre nous ici l’avait détruite nuit et jour pendant des semaines. ] (...) La propriété privée qui a été détruite par le krach financier de 2008 a été plus affectée que si chacun d’entre nous ici l’avait détruite nuit et jour pendant des semaines. Ils vous disent que nous sommes des rêveurs. Les véritables rêveurs sont ceux qui pensent que les choses peuvent se poursuivre indéfiniment de la façon dont elles sont. Nous ne sommes pas des rêveurs. Nous sommes le réveil d’un rêve qui préparait un cauchemar [ qui virait au cauchemar [3] ]. Nous ne sommes pas en train de détruire quoi que ce soit. Nous sommes seulement en train de témoigner comment le système se détruit lui-même. Tous nous connaissons des scènes classiques de dessins animés telle : la voiture [ le chat [4] ] atteint un précipice, mais elle [ il ] continue à marcher, ignorant le fait qu’il n’y ait rien dessous. Seulement quand elle [ il ] regarde vers le bas et le remarque, elle [ il ] tombe. C’est ce que nous faisons ici, nous disons aux gars là-bas à Wall Street : « Hé, regarde vers le bas ! » (Acclamation)

En avril 2011, le gouvernement chinois a interdit à la télévision, au cinéma, et dans les romans, toute histoire contenant une réalité alternative ou un voyage dans le temps. C’est un bon signe pour la Chine. Cela signifie que les gens rêvent toujours à des alternatives, aussi faut-il interdire ce rêve. Ici nous ne pensons pas à l’interdiction, parce que le système du pouvoir a supprimé jusqu’à notre aptitude à rêver. À regarder les films que nous voyons tout le temps, il est aisé d’imaginer la fin du monde, un astéroïde qui détruit toute vie sur terre, etc. Mais vous ne pouvez pas imaginer la fin du capitalisme. Donc que faisons-nous ici ? Laissez-moi vous raconter une vieille blague des temps communistes.

Un gars d’Allemagne de l’Est avait été envoyé pour travailler en Sibérie. Il savait que son courrier serait lu par les censeurs. Alors il avait dit à ses amis : établissons un code ; si la lettre que vous recevez de moi est écrite à l’encre bleue, ce que je dis est vrai ; si elle est écrite à l’encre rouge, c’est faux. Après un mois ses amis ont une première lettre. Tout est en bleu. Cette lettre dit : tout est merveilleux ici ; les magasins sont pleins de bonne nourriture ; les cinémas montrent de bons films occidentaux ; les appartements sont grands et luxueux ; la seule chose que vous ne pouvez pas acheter c’est l’encre rouge.

Voilà comment nous vivons. Nous avons toutes les libertés que nous voulons. Mais ce qui nous manque, c’est l’encre rouge, la langue pour articuler notre non-liberté. La façon dont on nous apprend à parler de liberté et de la guerre contre le terrorisme et ainsi de suite falsifie la liberté. Et c’est ce que vous faites ici : vous nous donnez à tous de l’encre rouge.

Il y a un danger. Ne tombez pas amoureux de vous-mêmes. Nous passons un bon moment ici, mais n’oubliez pas : les carnavals surviennent à bon marché, ce qui importe c’est le jour d’après ; lorsque nous devrons revenir à une vie normale. Y aura-t-il des changements alors ? Je ne veux pas vous mettre en mémoire ces jours, vous savez, du genre : « Oh, nous étions jeunes, c’était magnifique. » Rappelez-vous que notre message de base est : nous sommes autorisés à réfléchir à des alternatives. La règle n’est pas respectée et nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes possibles, seulement il y aura un long chemin à parcourir. Il y a des questions vraiment difficiles qui nous attendent. Nous savons ce que nous ne voulons pas. Mais que voulons-nous ? Quelle organisation sociale peut remplacer le capitalisme ? Quel type de nouveaux dirigeants désirons-nous ?

Rappelez-vous : le problème ce n’est pas la corruption ni la cupidité. Le problème c’est le système qui vous pousse à renoncer. Ne vous méfiez pas seulement des ennemis, mais aussi des faux amis qui travaillent déjà pour diluer ce processus. De la même manière que vous obtenez du café sans caféine, de la bière sans alcool, de la crème glacée sans matière grasse, ils vont essayer d’obtenir une protestation morale inoffensive. Ils pensent ... [ L’insert raccord selon la retranscription de Impose Magazine : (...) une protestation morale inoffensive. Un processus décaféiné. Mais la raison pour laquelle nous sommes ici est que nous en avons assez d’un monde où recycler les cannettes de coke, où faire la charité à deux dollars, ou encore acheter un cappuccino chez Starbucks dont le 1% qui va aux enfants dénutris du tiers monde suffit à nous faire ressentir bons. Après l’externalisation du travail et de la torture, après que les agences de mariage sous-traitent maintenant notre vie amoureuse, nous pouvons voir que pendant un bon moment nous avons également autorisé l’externalisation de notre engagement politique. Nous voulons revenir. ] Mais la raison pour laquelle nous sommes ici est que nous en avons assez du monde où recycler les cannettes de coke [ ... ]

Seconde partie

 

[ ... ] Starbucks cappuccino [5]. Où le 1% va chez les enfants dénutris du monde. C’est assez pour nous ressentir bons, après l’externalisation du travail et de la torture. Après que les agences matrimoniales maintenant sous-traitent jusqu’à notre vie amoureuse, quotidienne.

Relevé de Mic

 

Nous pouvons constater que pendant longtemps nous avons également laissé notre engagement politique externalisé. Nous voulons revenir. Nous ne sommes pas communistes. Si le communisme signifie le système qui s’est effondré en 1990, rappelons-nous qu’aujourd’hui ces communistes sont les plus efficaces des capitalistes impitoyables. En Chine, aujourd’hui, il y a un capitalisme encore plus dynamique que le capitalisme américain, sauf qu’il n’a pas besoin de démocratie. Ce qui signifie, quand vous critiquez le capitalisme : ne cédez pas de vous-mêmes au chantage d’être contre la démocratie. Le mariage entre la démocratie et le capitalisme est terminé.

Le changement est possible. Alors, que considérons-nous possible aujourd’hui ? Il suffit de suivre les médias. D’une part en matière de technologie et de sexualité tout semble possible. Vous pouvez aller sur la lune. Vous pouvez devenir immortel en biogénétique. Vous pouvez avoir des rapports sexuels avec des animaux ou n’importe quoi. Mais regardez les domaines de la société et l’économie : presque tout est considéré comme impossible. Vous voulez augmenter les impôts un peu pour les riches, ils vous disent que c’est impossible, nous perdrions la compétitivité. Vous voulez plus d’argent pour les soins de santé, ils vous disent : impossible, cela signifierait un État totalitaire. Il y a quelque chose qui ne va pas dans un monde où vous êtes promis immortel mais ne pouvez pas dépenser un peu plus pour les soins de santé. Peut-être est-ce cela ? Définir nos priorités directement ici : nous ne voulons pas du niveau de vie, nous voulons de meilleures conditions de vie. Le seul sens dans lequel nous sommes communistes, c’est que nous avons de l’attention pour ce qui nous est communal. Les communes de la nature. Les communes de ce qui est privatisé par la propriété intellectuelle. Les communes de la biogénétique. Pour cela, et seulement pour cela, il faut se battre.

Le communisme a totalement échoué. Mais maintenant les problèmes communaux arrivent. Ils vous disent là que nous ne sommes pas des Américains ; seulement les fondamentalistes conservateurs qui prétendent être vraiment américains doivent se rappeler quelque chose. Qu’est-ce que le christianisme ? C’est l’Esprit Saint. Qu’est-ce que le Saint-Esprit ? C’est la communauté égalitaire des croyants qui sont liés par l’amour pour l’autre, et qui ne possèdent que leur propre liberté et responsabilité de le réaliser. En ce sens, le Saint-Esprit est ici maintenant. Et là-bas à Wall Street il y a des païens qui adorent des idoles blasphématoires. Ainsi, tout ce dont nous avons besoin est de la patience. La seule chose que je crains, c’est qu’un jour nous soyons tout simplement de retour à la maison et qu’ensuite nous allions nous rencontrer une fois par an, boire de la bière, en nous souvenant avec nostalgie du bon temps que nous avions eu ici. Promettons-nous que ce ne sera pas le cas.

Nous savons que souvent les gens désirent quelque chose, mais qu’ils ne le veulent pas vraiment. N’ayez pas peur de ce que vous désirez vraiment. Merci beaucoup ! [6]

 

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2140

Part 1

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 18:17

 

demondialisation.jpgOn l’a maintes fois écrit dans ces colonnes : la crise actuelle n’est pas seulement financière. Elle est systémique, dans la mesure où elle pousse au paroxysme, à l’échelle planétaire, les contradictions de ce qu’on a appelé la mondialisation libérale entre, d’un côté, le facteur humain et le facteur écologique et, d’un autre côté, la logique prédatrice et suicidaire du capitalisme dans sa phase néolibérale.

Cette phase, inaugurée il y a une trentaine d’années, ne s’est pas seulement imposée par la dynamique propre du capital et des entreprises multinationales, et de leur recherche frénétique du profit. Elle a bénéficié de l’appui complaisant (et parfois enthousiaste) des pouvoirs politiques. Ce sont eux, et eux seuls, qui avaient les moyens institutionnels de délivrer la finance de toutes les contraintes pesant encore sur elle. C’est ainsi que, aux Etats-Unis et sous la présidence de Bill Clinton, fut abolie en 1999 la loi Glass-Steagall de 1933 qui interdisait à un établissement financier d’exercer simultanément les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement. Cet exemple a ensuite été suivi dans la plupart des autres pays.

Les banquiers ont ainsi pu se mettre à spéculer impunément avec l’argent des déposants, quitte à les ruiner en cas de faillite. Ces dernières années, les Etats sont venus une fois de plus à leur secours en garantissant sur les fonds publics, donc avec les impôts des contribuables, un seuil minimum de remboursement des dépôts (100 000 euros en France).

La construction européenne est aussi un cas d’école de l’institutionnalisation des normes de la mondialisation libérale par les gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates. Dans ses traités successifs, elle a en effet érigé au statut de « libertés fondamentales » les deux principaux piliers du système néolibéral : la liberté de circulation du capital et la liberté de circulation des biens et des services, c’est-à-dire le libre échange.

Curieusement, si l’imposition de limites à la liberté de circulation du capital n’est plus une question taboue, il n’en va pas de même pour le libre-échange. Toute forme de protection tarifaire contre le dumping social, fiscal et écologique est repoussée non seulement par les libéraux – ce qui est naturel -, mais aussi par la grande majorité des sociaux-démocrates et par une partie de l’extrême-gauche qui y voit naïvement une forme d’ « internationalisme » !

Les lignes commencent cependant à bouger. Des formes de « protectionnisme altruiste » [1]. - c’est-à-dire de mesures visant à tirer vers le haut les salaires des pays « pauvres », et non pas à tirer vers le bas les salaires des pays « riches » - commencent à être discutées [2]. Des sondages d’opinion montrent qu’une forte majorité des Français, mais aussi des Allemands, des Espagnols et des Italiens sont favorables à des formes de protection douanière au niveau européen ou, à défaut, national [3]. Et même le projet du Parti socialiste français propose la mise en place d’« écluses » tarifaires entre l’Union européenne et les autres blocs économiques.

Il reste cependant beaucoup à faire pour que le refus du libre-échange occupe une place centrale dans toutes les stratégies de sortie de crise qui passent par le démantèlement des structures de la mondialisation libérale, en d’autres termes par la « démondialisation » [4].

   

Notes

[1] Lire Bernard Cassen, « Pour un protectionnisme altruiste »

[2] Lire Christophe Ventura « En finir avec le libre-échange : un projet politique pour la gauche. Chiche ?  »

[3] http://www.protectionnisme.eu/

[4] Lire Bernard Cassen : « L’heure de la démondialisation est venue »

 

 

http://www.medelu.org/Contre-le-libre-echange-la

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:58

arton4860.jpgIl y a cinquante ans, 300 Algériens étaient tués dans la « Bataille de Paris », menée par le préfet Papon. Le Président s'apprête à ignorer l'anniversaire de ce massacre.

Le 17 octobre, le gouvernement gaulliste de Nicolas Sarkozy ignorera le cinquantième anniversaire d'un événement meurtrier qui, enveloppé dans le silence et la confusion jusqu'aujourd'hui, éclaire de manière cruciale la relation complexe entre le passé et le présent, entre les Français et les Algériens dans la France contemporaine.

C'était dans la fin d'après-midi d'un dimanche froid, il y a cinquante ans, qu'entre 20 000 et 30 000 Algériens, hommes, femmes et enfants, se mirent à converger vers le centre de Paris.

Portant leurs plus beaux costumes et robes, prenant le métro ou le bus depuis leurs quartiers de la périphérie parisienne, les Algériens répondaient à un appel à la protestation contre plusieurs cas de violence policière ayant eu lieu contre leur communauté.

Les organisateurs avaient vivement conseillé aux manifestants de rester calmes et dignes en cas de provocation de la police. Sans succès...

Matraques, crosses et Rangers

Lorsque la nuit tomba sur Paris, les forces de police se déplacèrent rapidement vers une série de grèves organisées. Armés de mitraillettes et de « bidules » (matraques), ils se jetèrent sur les manifestants, les rassemblant en grands groupes sous les coups violents de leurs matraques (un groupe de policiers a brisé trente des cinquante matraques utilisées), de la crosse de leurs mitraillettes et de leurs Rangers.

En plus du saccage fermement contrôlé, on entendait aussi de temps à autres des coups de feu. Tout comme un policier s'en rappela plus tard, « on tirait sur tout ce qui bougeait ».

Des cadavres jetés dans la Seine

Plus tard dans la soirée, cependant, peu de choses bougèrent. Plusieurs témoins ont vu un grand tas de corps sans vie, ramassés par la police devant le fameux Grand Rex (IIe arrondissement), tandis que d'autres ont aperçu de longs morceaux de tissu étendus sur des piles bosselées, le long des trottoirs ensanglantés près de la place de l'Opéra (IXe arrondissement).

En fait, les seuls objets en mouvement étaient ces cadavres qui, jetés du haut des ponts de la ville, flottaient sur la Seine, ainsi que les bus de police qui arrêtaient avec lourdeur les manifestants pour les envoyer en centres de détention provisoire.

Trois cents morts

Loin d'offrir du répit aux manifestants, les centres (des stades pour la plupart) représentaient les arènes de la violence policière. Les Algériens devaient se frayer un passage à travers les matraques et les bâtons des policiers, de la sortie des vans jusqu'à l'entrée.


« Le Jardin des délices » de Jérôme Bosch (1503-1504) (Mus&eacute ; e du Prado/Wikimedia Commons/CC)


Une fois à l'intérieur, ils étaient confrontés à une scène digne de Jérôme Bosch (« Le Jardin des délices ») : des centaines d'hommes et de femmes, ensanglantés et mutilés. Avant que Maurice Papon, préfet de police, ne déclare victoire quelques jours après dans ce qu'il appelait la « Bataille de Paris », pas moins de 300 civils algériens étaient morts, tandis que plusieurs centaines d'autres étaient blessés, traumatisés ou toujours déportés.


http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/guerre-d-algerie/video/CAB96052688/anniversaire-17-octobre-1961.fr.html


Sujet d'Antenne 2 en 1996 sur le 35e anniversaire du 17 Octobre.

Ce qui est remarquable dans la « Bataille de Paris », c'est que personne ne l'ait remarquée, pendant si longtemps en France. Après un premier ballet des compte-rendus de la presse, l'histoire a connu le même sort que les victimes algériennes : elle a été enterrée et oubliée. Les raisons de cet oubli général résonnent encore aujourd'hui.

Papon, cerveau de la répression

Premièrement, le gouvernement de Charles de Gaulle s'était engagé dans un effort futile et désespéré pour vaincre le FLN, le mouvement nationaliste qui se battait pour l'indépendance de l'Algérie. La prétendue « guerre sale » était en fait, positivement épouvantable : les deux camps étaient coupables d'employer une violence hasardeuse qui réclamait la vie de milliers de civils français et algériens. Des actes de terrorisme et de contre-terrorisme ont, de plus, provoqué des vagues sur la Méditerranée qui venaient se briser sur le sol français.

Effrayés par cette marée teintée de sang, beaucoup de Français et de Françaises se sont trop vite hâtés de classer cette tentative de manifestation comme une couverture pour une action militante.

Le cerveau de cette répression policière, Maurice Papon, a exploité cette peur. Il a insisté sur le fait que la République avait vaincu l'initiative du FLN (qui avait en fait appelé à la manifestation) voulant se servir d'enfants comme boucliers et otages dans une manifestation destinée à provoquer la violence des policiers.

« La construction sociale de l'indifférence »

Comme les historiens Jim House et Neil MacMaster le notent, Papon s'est présenté avec succès à la nation comme étant le « héros qui a satisfait la mission personnelle de De Gaulle : vouloir “ garder Paris ” » (beaucoup des techniques employées par Papon contre les Algériens avaient d'abord été testées lorsqu'il était bureaucrate à Vichy, au moment où il avait déporté 1600 juifs à Auschwitz – un autre fait passé inaperçu jusqu'au procès de Papon pour crimes contre l'humanité en 1997).

Finalement, le public français avait été préparé à oublier cet évènement atroce grâce à ce que les sociologues appellent « la construction sociale de l'indifférence » et que le reste d'entre nous appellerait un processus d'abrutissement.

La spirale de violence en Algérie, ainsi que l'Etat français et la propension des médias publics à représenter les Algériens comme étant profondément « différents », ont conditionné la réponse du public français au massacre. Plutôt que comme massacre, en réalité, l'action de la police fut comprise comme un acte nécessaire d'auto-défense contre des barbares. Il leur était beaucoup plus simple de sympathiser avec les manifestants français tués par la police quelques mois plus tard lors du tristement célèbre « Massacre de Charonne », qu'avec leurs pairs Nord-Africains.


Le Pont Saint-Michel à Paris (Fran&ccedil ; ois Trazzi/Wikimedia Commons/CC)

Depuis les années 80, les historiens et les scientifiques politiques ont méticuleusement recréé les évènements du 17 octobre 1961. Ce qui s'est passé cette nuit-là ne fait désormais plus de doutes. De nombreuses organisations civiques, y compris 17 Octobre : contre l'oubli, ont longtemps marqué cet anniversaire, en choisissant le Pont Saint-Michel, duquel les manifestants algériens avaient été jetés, comme site de commémoration.

Un silence douloureusement bruyant

Et pourtant la République française, qu'elle soit dirigée par la gauche, la droite ou le centre, a toujours maintenu un silence assourdissant.

Ce silence est particulièrement et douloureusement bruyant sous le gouvernement actuel. En 2005, lorsque Sarkozy était ministre de l'Intérieur, son parti l'UMP a voté une loi qui demandait aux enseignants de discuter des avantages de la « mission civilisatrice » de la France.

Peu après être devenu Président, Sarkozy est allé à Dakar (Sénégal) et dans un discours controversé, les opinions de la loi votée plus tôt (et rapidement abrogée) ont vite trouvé écho. Son effort, créer le ministère de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale, qui a finalement avorté, a largement été vu comme une action pour isoler les musulmans français, tout comme l'est la loi qui interdit le port du voile islamique en public.

Imaginez Sarkozy, sur le Pont Saint-Michel

Mais Sarkozy a le don pour les changements de bord soudains : en témoigne le rôle joué par la France en Libye. De même qu'avec la récente image de Sarkozy effectuant un salut de héros dans la ville libérée de Tripoli, imaginez l'impact du Président, se tenant devant le Pont Saint-Michel, reconnaissant les crimes commis par la France contre d'autres Nord-Africains il y a un demi-siècle.

Dans un pays où la rhétorique xénophobe est de nouveau en hausse, le geste de Sarkozy servirait de rappel décisif : ceux qui ont perdu la vie il y a cinquante ans n'étaient pas « différents » mais des hommes et des femmes, tout comme nous. Les fantômes du passé de la France pourraient bien faire écho au chant que l'on vient d'entendre à Tripoli :

« Un, deux, trois : Sarkozy, merci ! »

Traduction : Agathe Raymond Carlo

http://www.rue89.com/2011/09/27/17-octobre-1961-lalgerie-la-revolution-arabe-qui-ne-passe-pas-pour-sarkozy-223999

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:55

arton1808-43ff9.jpgLe géant pétrolier Shell est accusé dans un rapport de l’ONG britannique Platform d’alimenter au Nigeria une « guerre des gangs ». Les milliers de contrats « de sécurité », conclus pour la surveillance des infrastructures de la multinationale, auraient attisé une compétition acharnée entre bandes rivales. Et cela dans un contexte de marées noires dévastatrices permanentes, qui nécessiteront la plus vaste opération de nettoyage jamais réalisée au monde, selon les Nations unies.

 

Voilà la multinationale Shell assise au banc des accusés. Selon un rapport de l’ONG britannique Platform, la multinationale pétrolière anglo-néerlandaise alimenterait le conflit armé au Nigeria. Une accusation fondée sur plusieurs contrats impliquant Shell dans la rémunération régulière de groupes armés. L’ONG pointe notamment un transfert d’un montant de 159 000 dollars en 2010 à l’un de ces groupes. En échange de ces financements, les bandes armées garantissent la protection des pipelines et le contrôle de l’accès aux infrastructures pétrolières. Une façon pour le géant pétrolier de « neutraliser » ces groupes, potentiellement acteurs d’actes de vandalisme contre les oléoducs. Shell aurait engagé 1 300 gardes armés et plus de 9 000 jeunes sous « contrats de sécurité », souligne l’ONG. Depuis ses premières opérations au Nigeria en 1958, Shell est désormais très visible dans le delta avec près de 6 000 km de pipelines, 1 000 puits de pétrole et 90 sites pétroliers à surveiller.

Des contrats « de sécurité » qui attisent les combats

L’enquête met en lumière les conséquences de ces « arrangements », qui ont conduit à une compétition acharnée entre bandes rivales pour obtenir les contrats. « Shell accordait les contrats à ceux ayant le plus de pouvoir coercitif », relève Ben Amunwa, l’auteur du rapport. Des « contrats de sécurité » rendent les gangs « riches du jour au lendemain ». Shell aurait ainsi attisé les tensions dans plusieurs localités comme à Rumuekpe. C’est là qu’en 2006 une milice dynamite des pipelines de Shell, tenus à l’époque par un groupe armé concurrent. Cet acte vaut à cette milice la signature de juteux contrats de surveillance. Car « celui qui prend le dessus gagne l’attention de la compagnie », commente Chukwu Azikwe, un ex-membre de gang. Commence alors une concurrence féroce entre les factions armées pour l’accès aux ressources de l’entreprise. Entre 2005 et 2008, une soixantaine de personnes sont tuées, et des milliers d’habitants sont contraints de fuir les combats.

Une complicité démentie par Shell

Selon Platform, « Shell était certainement conscient qu’il alimentait les conflits, puisque ses émissaires rendaient régulièrement visite aux membres de la communauté de Rumuekpe ». D’autant que « les membres de la communauté [ont] écrit à Shell pour informer l’entreprise et lui demander d’arrêter l’attribution des marchés aux chefs de gang ». Une complicité dans le cycle de la violence que Shell conteste en bloc. « Si le gouvernement du Nigeria veut faire des affaires avec Shell, c’est leur travail de créer un environnement stable et sécurisé, ce n’est pas celui de la compagnie de pétrole », rétorque Mark Courtnell, directeur de la sécurité de l’entreprise. Un autre porte-parole de Shell se veut plus nuancé : la compagnie « reconnaît que le paiement légitime des contractants, ainsi que les investissements sociaux effectués dans la région du delta de Niger peuvent causer des frictions au sein et entre les communautés ». Mais le groupe pétrolier « travaille dur pour assurer une distribution juste et équitable des bénéfices de sa présence ».

Photo : source

Le rapport révèle également l’implication du géant pétrolier dans des actes de violation des droits humains. Les communautés du delta du Niger vivant à proximité des installations pétrolières ne comptent plus les humiliations, attaques et tortures menées par les soldats armés et gardes en charge de la protection des infrastructures. La lutte menée par le Mosop – Mouvement pour la survie du peuple Ogoni – est emblématique de la résistance citoyenne face aux agissements de Shell. En janvier 1993, ce mouvement parvient à réunir 300 000 personnes en vue de bloquer les activités des compagnies pétrolières. Ils réclament 10 milliards de dollars pour les dommages accumulés, un arrêt immédiat des dégradations environnementales et des négociations sur d’éventuelles futures extractions.

La sécurité des installations avant celle des populations

Le ralentissement de l’extraction de pétrole est suivi par une forte répression militaire, qui s’accélère à partir de mai 1994. Après l’exécution du leader du Mosop, Ken Saro-Wiwa, la multinationale retourne sécuriser ses 112 puits de pétrole, escortée par une unité de soldats armés. « Shell ne s’est jamais préoccupée des gens qui mouraient. Elle n’a jamais rien fait pour appeler à un rétablissement de l’ordre. Au contraire, elle a fait appel aux forces militaires pour intimider la communauté », témoigne un représentant de la jeunesse locale, Matthew Chizi.

Aux check-points militaires disposés autour des installations vient s’ajouter la pollution des rivières et des terres cultivées, dont les communautés dépendaient. L’ampleur de la pollution pétrolière dans le sud du Nigeria pourrait nécessiter « la plus vaste opération de nettoyage jamais réalisée au monde » estime le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) dans un rapport rendu public le 4 août dernier. Trente ans seraient nécessaires pour une « restauration environnementale complète ».

Des marées noires permanentes

Shell n’est pourtant pas encore prêt à faire son mea culpa. Pour la multinationale, le fléau de la pollution en pays Ogoni est dû, pour 70 %, aux sabotages des oléoducs qu’elle possède dans la zone. Or les victimes de marées noires ne sont pas indemnisées lorsque la marée noire est causée par un sabotage, rappelle Platform. En réalité, c’est davantage le mauvais entretien des conduites qui serait la cause des marées noires quotidiennes dans le delta du Niger. Et l’augmentation du budget de Shell pour le « développement communautaire » – 200 millions de dollars investis par an – n’a rien changé aux conditions de vie des habitants, qui continuent de vivre pour la plupart sans fourniture d’eau ni d’électricité adéquate. « L’argent ne va pas dans les bonnes mains », reconnaît un officiel de Shell.

Des solutions politiques et non militaires

« L’étendue, la nature systématique des violations des droits humains par Shell appelle une réponse forte et concertée d’un large éventail de parties prenantes », conclut le rapport. Un appel a été adressé aux gouvernements des Pays-Bas et du Royaume-Uni, où se trouve le siège de la société, pour qu’ils s’assurent que des recours judiciaires soient accessibles aux victimes. Platform condamne également le gouvernement nigérian pour avoir échoué à protéger les droits de ses citoyens, et invite le Président, Jonathan Goodluck, à trouver des solutions politiques à la crise du Delta, au lieu de réponses militaires.

Pour Nnimmo Bassey, responsable de l’ONG Les Amis de la Terre, il est temps que Shell nettoie « après des décennies de marées noires dévastatrices, mette fin à la pratique illégale du torchage du gaz [1] et indemnise les victimes de violations des droits humains au Nigeria ». Autant d’exigences qui s’appliquent également aux autres compagnies pétrolières opérant dans la région. Avis aux multinationales comme Halliburton ou Daewoo, au Nigéria et ailleurs.

Sophie Chapelle

Le rapport Counting the Cost est à télécharger ici

 

 

http://www.bastamag.net/article1808.html

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:53

fivearc.jpgCuba : « La libération des Cinq cubains serait un geste d'humanité et de justice »

René Gonzalez, l'un des cinq Cubains condamnés en 2001, a été libéré après 13 années d'enfermement dans un presque total isolement. Il devra rester en résidence surveillée pendant trois années supplémentaires sans pouvoir rencontrer ni son épouse ni sa mère qui restent interdites de territoire par la justice des États-Unis.

René Gonzalez est l'un des cinq Cubains accusés d'espionnage par l'administration des États-Unis et condamnés en 2001 lors d'un procès réalisé dans des conditions peu favorables pour l'exercice d'une véritable justice, sous la pression de l'extrême droite exilée à Miami et des médias locaux liés à l'opposition cubaine. L'énormité injustifiable et consternante des peines prononcées à l'encontre de ces cinq Cubains, qui n'ont à aucun moment mené des actions mettant en danger la sécurité des États-Unis, montre le caractère politique et inique de ce procès. L'attitude des autorités de Washington contraste d'ailleurs avec l'impunité et la protection accordées à Orlando Bosch et à Luis Posada Carriles, auteurs de plusieurs actes terroristes dont l'attentat contre un avion de ligne cubain qui a couté la vie à 73 personnes en 1976, et des attentats à la bombe contre certains hôtels à La Havane.

Le PCF se joint aux appels lancés depuis des années par un grand nombre de progressistes et démocrates dans le monde, notamment les 10 prix Nobel, en faveur d'une libération immédiate de ces cinq citoyens cubains.

Le gouvernement cubain vient de renouveler ses appels à une relation de respect et de dialogue avec les États-Unis. La libération des cinq serait un geste d'humanité, de justice et un acte politique permettant une évolution positive. La mise en cause d'une relation anti-cubaine anachronique et stupide n'existe que par le refus de Washington de reconnaître au peuple cubain son droit à l'autodétermination et à l'indépendance.

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 20:35

20110705-183939.jpgA peu près dans le même temps où Dimitri Medvedev envoyait un avertissement (modéré) à Bachar al-Assad, une délégation de l’opposition syrienne était accueillie à Moscou. Lors d’un entretien accordé à la télévision russe RIA Novosti, le chef de la délégation, Qadri Jamil, a approuvé le récent véto russe et chinois contre le projet de résolution euro-américain condamnant Damas devant le Conseil de sécurité de l’ONU. « Nous sommes arrivés à Moscou pour saluer le veto opposé par la Russie et la Chine au projet de résolution » a déclaré Qadri Jamil. Qui a encore précisé : « Nous apprécions l’amitié de la Russie (…) Ne faites pas confiance aux médias qui disent que l’opposition syrienne condamne ce véto« .

On aura compris que M. Jamil et ses amis ne prennent pas leur consigne à Istambul ni à Washington, bases arrières du Conseil national syrien (CNS), qui fédère – pour le quart d’heure – Frères musulmans, militants « démocrates » à l’occidentale et extrémistes kurdes. Qadri Jamil se trouvait à Moscou à la tête d’une délégation du Parti communiste syrien, formation autorisée et associée au Parti Baas dans le cadre du Front National Progressiste (FNP), coalition de partis autour du Baas dominant. Le PCS, fondé en 1943, a connu de longues périodes d’interdiction et de répression, y compris dans les premières années du régime bassiste. En 1970, Hafez al-Assad le réintroduit dans le jeu politique syrien, en en faisant une composante du Front national progressiste. Mais à la fin des années 70, l’hostilité du PCS à la politique libanaise d’Hafez al-Assad le contraint à renouer avec la clandestinité. Dix ans plus tard, le réformisme de Gorbatchev a entraîné une scission chez les communistes syriens entre partisans de la Perestroika et partisans du statu-quo soviétique. Deux factions du PCS, revendiquant toutes deux et le sigle et la légitimité historique, se retrouvent à siéger au grand jour et au parlement syrien au sein du FNP.

La relative libéralisation amorcée dans les toutes dernières années de la présidence de Hafez al-Assad a permis au PCS, toutes tendances réunies, de s’ »oxygéner » un peu, et notamment de reprendre la parution de ses deux journaux, jusque-là interdits. Avec l’avènement de Bachar en 2000, les deux partis communistes, tout en soutenant mordicus la ligne internationale du régime, ont milité pour des réformes politiques, dénoncé la corruption, mais aussi la politique économique libérale impulsée par les »Bachar boys ».

Un soutien critique à Bachar, face aux Occidentaux

Manifestation du PCS (de soutien au régime face à l'ingérence) à Tartous, début juillet

Depuis le début de la crise actuelle le ou plutôt les PCS ont apporté leur appui à Bachar al-Assad, organisant ça et là des défilés de rue. Qadri Jamil est le secrétaire général du « Comité national pour l’unité des communistes syriens« , qui se revendique de l’opposition. L’autre tendance, le « PCS (unifié)« , serait lui la faction associée au pouvoir. Mais nous avouons que notre connaissance de la situation actuelle du mouvement communiste syrien est quelque peu embryonnaire.

Quoi qu’il en soit, dans un récent communiqué (28 septembre), le Premier secrétaire du PCS (unifié), Husein Nemer, a fustigé la désinformation véhiculée par les médias occidentaux et « certaines chaînes du monde arabe« , ainsi que les menaces proférées et les sanctions décidées contre Damas par l’Amérique et l’Europe, se félicitant au passage de l’attitude ferme de la Russie, de la Chine et des pays du BRICS au sein de l’ONU.

Mais, dans le même texte, Husein Nemer déplorait le « recours à des méthodes sécuritaires dans le traitement des manifestations » et dressait une liste des « insuffisances du régime« , notamment en matière sociale et démocratique. Pour être clair, le PCS critique plus que jamais les orientations économiques libérales du régime, et aussi le monopole, ou l’hégémonie du Baas. Nemer affirme que son parti a soutenu dès le début les revendications en ce sens des manifestants, tout en condamnant leur rapide « manipulation par des religieux fondamentalistes et des groupes radicaux à l’idéologie obscurantiste« .

Pour le reste, les communistes syriens reprennent tout l’argumentaire du gouvernement sur les bandes armées équipées, armées et subventionnées depuis l’étranger.

Sur les réformes initiées par Bachar, le PCS salue l’annulation des lois d’urgence et l’autorisation de principe de manifester, ainsi que la nouvelle loi électorale et celle sur la création de nouveaux partis, sans oublier les travaux de réforme constitutionnelle en cours. Le PCS rappelle qu’il a demandé dès 2005 que l’Etat soit séparé du Parti Baas, et que soient mises en routes les réformes décidées voici trois mois.

Des analyses assez justes du régime et de l’opposition

Dans le cours de son très long (un legs du soviétisme ?) communiqué, Husein Nemer se livre à une analyse assez pointue et lucide, nous semble-t-il, des forces de l’opposition, pointant comme les plus actifs sur le terrain les « coordinations locales qui comprennent des groupes de jeunes n’ayant pas d’orientations ou de plans idéologiques communs clairs si ce n’est le slogan « A bas le régime !« . Mais Nemer n’oublie pas les Frères musulmans qui peuvent être, dit-il, « considérés comme le parti le plus actif et le mieux organisé dans le pays et à l’étranger« . L’opposition en exil est (bien) vue comme un « large spectre de partis très divers« , dont certains sont « patriotiques » car s’opposant à l’ingérence étrangère, tandis que d’autres ont « travaillé dur pour obtenir le soutien des forces étrangères colonialistes« .

En ce qui concerne le régime bassiste, Nemer estime qu’il est « cohérent et offre de grandes potentialités ». Le Premier secrétaire du PCS constate que « cinq mois après le début des événements, aucune des institutions de base (parti, armée, sécurité, institutions d’Etat, ambassades, organisations populaires, syndicats, le FNP) n’a connu de divisions« . Certes, comme dit Nemer, « le tableau n’est pas statique » et plusieurs scénarii possibles sont envisagés pour l’avenir : Nemer assure que la poursuite du « traitement sécuritaire » de la crise n’est pas la bonne réponse, et il espère une « avancée vers une solution politique à la crise« .

Un peu plus concrètement, le PCS (unifié) met son espoir dans un « dialogue constructif et loyal entre toutes les forces patriotiques et honnêtes (…) dans l’objectif à un accord ou à un plan de réformes radicales répondant aux besoins des masses populaires et des garanties sur la réaction d’un Etat civil laïc et démocratique s’opposant aux plans impérialistes et israéliens dans la région ».

Au-delà de la phraséologie marxiste-progressiste, on peut donc résumer la position des communistes syriens, de l’une et l’autre tendance, par un soutien résolu au gouvernement pour tout ce qui a trait à la politique internationale. En revanche, la crise en cours leur permet de faire entendre leur différence et de réactualiser des revendications déjà anciennes. De là à dire que les (lointains) héritiers de feue l’URSS les considèrent comme une solution de rechange au gouvernement actuel….

 

http://www.infosyrie.fr/decryptage/les-communistes-syriens-approuvent-le-veto-sino-russe/

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 19:08

dexia-banque-cout.jpgEn ce début du mois d’octobre 2011, la faillite virtuelle de la banque franco-belge Dexia est un signe supplémentaire de l’ampleur de la crise qui amène les pouvoirs publics à se mettre entièrement au service des intérêts privés en abusant des finances publiques. Cette faillite de Dexia montre que le maillon faible de la chaîne de la crise de la dette est constitué par les banques privées alors que les gouvernants et les médias dominants mettent l’accent sur la crise de la dette publique [1].

En septembre 2011, devant l’ampleur des menaces qui pèsent sur l’ensemble du secteur financier privé confronté aux effets de sa politique aventuriste, les banques centrales d’Europe occidentale (la Banque centrale européenne - BCE, la Banque d’Angleterre et la Banque de Suisse) et la Réserve fédérale des Etats-Unis ont pris une mesure d’une exceptionnelle importance : elles mettent à disposition des banques privées toutes les liquidités nécessaires en dollars et en euros pour une période supérieure à trois mois afin de permettre aux organismes financiers de passer le cap de l’année 2011. C’est dire à quel point les gouvernants et les grands argentiers publics ont peur de ce qui peut arriver au dernier trimestre 2011. Les banques européennes qui empruntaient à court terme en dollars auprès des money market funds états-uniens ont vu se fermer le robinet. Il a fallu que les banques centrales prennent la relève sous peine d’assister à un possible krach bancaire d’organismes comme BNP Paribas, Dexia, la Société générale, le Crédit Agricole, Natixis pour ne parler que de quelques banques françaises et belges. Ce nouveau krach de Dexia [2] montre que cette mesure ne suffit pas à résoudre le problème perçu à tort comme un problème simple de liquidités. Dexia n’est peut-être que le premier domino à tomber en ce quatrième trimestre 2011.

Les pouvoirs publics comme le prêteur principal en premier et en dernier ressort

On assiste une fois de plus à une belle démonstration : dans l’UE, les banques centrales des pays membres et la BCE ne peuvent pas prêter d’argent aux pouvoirs publics qui doivent donc se financer auprès des banques et autres investisseurs institutionnels. Le secteur privé est donc supposé capable de financer seul et sans soutien étatique les besoins des pouvoirs publics, des entreprises et des ménages. Or voici que les banquiers centraux, c’est-à-dire les pouvoirs publics, apparaissent de plus en plus clairement comme le prêteur principal en premier et en dernier ressort. Les banques privées européennes se financent de quatre manières : 1. elles empruntent aux autres banques sur le marché interbancaire ; 2. elles empruntent aux ménages qui déposent en banque leurs liquidités –leur salaire en début de mois et leur épargne ; 3. elles empruntent aux entre prises non financières ; 4. elles empruntent en dollars aux money market funds des Etats-Unis (qui empruntent eux-mêmes auprès de la Réserve fédérale) ; 5. elles empruntent aux banques centrales. Or, le marché interbancaire s’est rétréci comme peau de chagrin car les banques doutent les unes des autres tant elles ont d’actifs toxiques dans leur bilan ; les dépôts des ménages, en période de crise, ne sont pas extensibles et, plus grave, si les ménages perdent confiance dans une ou plusieurs banques, ils risquent de se ruer vers les guichets pour retirer leur argent et tenter de le mettre en sécurité (ce qui fait paniquer les banquiers, les banques centrales et les gouvernements dont certains, comme en France, ont limité les retraits de fonds par les particuliers) ; des entreprises non financières retirent leurs liquidités des banques (en septembre le Financial Times a révélé que la transnationale allemande Siemens avait retiré 500 millions d’€ de la banque française Société Générale pour les déposer à la BCE) [3] ; les money market funds ont largement fermé le robinet de leur crédit à partir de juin 2011. Du coup, les banques privées se financent essentiellement auprès des banques centrales.

Rachat massif sur le marché secondaire de la dette par la BCE

Ce n’est pas tout. La BCE a poursuivi sa politique de rachat massif, sur le marché secondaire de la dette, de titres italiens, espagnols, grecs, portugais et irlandais. Entre le 8 août 2011 et le 12 septembre 2011, elle en a acheté pour 77 milliards d’euros, dont 40 milliards de titres italiens [4]. L’objectif est double : 1. délester les banques privées d’Europe occidentale qui jusqu’en 2010 ont acheté à tour de bras des titres de la dette de ces pays considérés aujourd’hui à plus ou moins haut risque ; 2. essayer d’éviter que l’Italie et l’Espagne ne se retrouvent dans la situation de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal qui, à cause des taux d’intérêt qui ont explosé, ne peuvent plus emprunter sur les marchés au-delà d’un an. Les besoins d’emprunts de l’Italie d’ici juillet 2012 s’élèvent à 300 milliards d’euros et ceux de l’Espagne à 80 milliards. Si l’Italie et l’Espagne devaient renoncer à emprunter sur les marchés financiers à cause de taux d’intérêt trop élevés, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne disposerait pas des moyens suffisants pour répondre aux besoins de financement de ces deux pays, d’autant qu’il devra aussi acheter des titres grecs, portugais, irlandais, et peut-être d’autres pays membres de la zone euro… [5] De plus, le FESF est un instrument très peu pratique créé par les pays de la zone euro en mai 2010 pour répondre à la tourmente dans laquelle la Grèce se trouvait. Preuve du peu de maniabilité du FESF : la décision d’augmenter son volume d’intervention et de lui permettre de racheter des titres sur le marché secondaire ou d’injecter du capital dans des banques défaillantes prise par les gouvernements européens, la Commission européenne et la BCE le 21 juillet 2011 doit être ratifiée par chacun des 17 parlements de la zone euro. Dix semaines plus tard, le processus de ratification par les parlements n’est pas terminé.

Depuis le 21 juillet, la crise s’est encore accentuée : les Bourses ont continué à être très instables avec une très forte tendance à la baisse en particulier pour la capitalisation des banques ; la croissance économique a fléchi partout, même en Allemagne qui jusqu’en juin 2011 affichait des résultats supérieurs à la moyenne européenne ; la chute de la production et de la consommation en Grèce s’est aggravée ; le chômage augmente presque partout ; les recettes fiscales baissent partout, ce qui réduit les ressources des Etats pour rembourser la dette ; la possibilité de nouvelles faillites d’institutions financières privées est dans tous les esprits.

Les gouvernements européens sont pris à leur propre piège

Les gouvernements européens sont pris à leur propre piège : lors de la création de l’UE et de la BCE, ils ont décidé que la Banque centrale européenne et les banques centrales des Etats membres de l’UE n’avaient pas le droit de prêter directement aux Etats. Ceux-ci doivent s’en remettre aux institutions financières privées (banques, assurances, fonds de pensions…) pour se financer. Si la BCE et les banques centrales des Etats membres pouvaient prêter aux pouvoirs publics comme le fait la Réserve fédérale des Etats-Unis, la crise de l’UE serait atténuée. Sans prendre les Etats-Unis pour modèle, loin de là, il faut signaler que la Fed a acheté au Trésor des titres de la dette publique (Treasury bonds) pour un peu plus de 1700 milliards de dollars, dont 900 milliards depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 [6].

D’autres caractéristiques de l’UE renforcent la crise. Le budget de l’Union est minuscule et les transferts fiscaux en faveur des économies les plus faibles sont très limités. A titre de comparaison, si les Etats-Unis étaient régis par les mêmes contraintes et que les transferts du budget fédéral états-unien vers les Etats membres étaient aussi faibles que dans l’UE, une dizaine d’Etats seraient dans la même situation que la Grèce ou le Portugal : la Virginie, le Maryland, le Nouveau Mexique, la Floride…

Les économies faibles de la zone euro qui accusent un déficit commercial par rapport aux pays les plus forts (Allemagne, France, Pays-Bas, Belgique, Autriche…) n’ont pas la possibilité de jouer sur leur taux de change afin d’augmenter leurs exportations. L’appartenance à la zone euro s’est transformée en une camisole de force. C’est pourquoi l’éventualité d’une sortie de la zone euro fait partie du débat sur la sortie de la crise tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique.

La crise de la zone euro et, au-delà, de l’UE est patente. C’est bien connu, le poisson pourrit en commençant par la tête. La crise traverse toutes les instances de centralisation de l’UE et de la zone euro, les gouvernements des principaux pays s’opposent sur les politiques à suivre. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne s’entendent pas sur les mesures à prendre. Le gouvernement allemand est favorable a une réduction plus importante de la valeur des titres grecs dans les bilans des banques privées qui les détiennent tandis que le gouvernement français fait pression pour qu’on s’en tienne à la décote de 21% acceptée le 21 juillet sur proposition de l’Institut international de la finance (IIF), le cartel des principales banques créancières de la Grèce. En claire opposition à son gouvernement, Josef Ackermann, président de ce cartel et directeur exécutif de la Deutsche Bank, a affirmé lors de la réunion annuelle de la Banque mondiale et du FMI tenue à Washington fin septembre 2011 qu’il était opposé à toute révision de l’accord sur une décote limitée à 21%. Il a martelé : « Si on commence à rouvrir cette boîte de Pandore, on va perdre beaucoup de temps… » [7]. Il y a donc une mésentente franco-allemande sur le sujet au niveau gouvernemental [8] tandis que le front entre banquiers tient bon pour le moment. La crise de l’UE et de la zone euro se répercute aussi directement dans les institutions : Jürgen Stark, l’administrateur allemand de la BCE, a démissionné avec fracas en septembre 2011 et a exprimé publiquement son désaccord avec la politique suivie par l’institution sous la conduite de Jean-Claude Trichet. Il a dénoncé le rachat par la BCE des titres grecs, italiens…

De son côté, le gouvernement britannique campe sur des positions autonomes. Trop heureux de ne pas être entré dans la zone euro, il peut jouer sur le taux de change de la livre sterling. Alors que la dette publique de la Grande Bretagne est bien plus élevée que celle de l’Espagne, le gouvernement britannique, grâce à la livre sterling, dispose d’une marge de manœuvre beaucoup plus importante que le gouvernement espagnol. Le gouvernement britannique s’oppose par ailleurs à la majorité de ses collègues européens en ce qui concerne la proposition d’une taxe sur les transactions financières. Si elle voit le jour, il est probable qu’elle ne sera appliquée que par les Etats membres de la zone euro [9]. La résistance du gouvernement britannique ne s’arrête pas là : il envisage sérieusement de porter plainte contre la BCE pour entrave à la libre circulation des capitaux ! En effet, la BCE veut que les entreprises financières par lesquelles passent d’importantes transactions en euro (notamment sur les produits dérivés comme les CDS) soient domiciliées dans la zone euro, ce qui va à l’encontre des intérêts du paradis fiscal qu’est la City de Londres [10].

Du côté des gouvernements des pays membres de la zone euro, certains comme les Slovaques et les Finnois ont manifesté leurs doutes concernant les décisions du 21 juillet, ce qui fait planer un climat d’incertitude quant à la ratification de l’accord par leur parlement.

La crise de la dette dans la zone euro a fait en juillet 2011 une nouvelle victime dont la grande presse internationale et les dirigeants de l’UE ont très peu parlé. Il s’agit de Chypre dont les banques sont touchées directement par la crise grecque. Une raison majeure du silence autour de Chypre, c’est que le gouvernement de ce pays échaudé par les politiques d’austérité imposées à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal essaye de se passer de l’aide de la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) et est en négociation avec la Russie pour un prêt de 2 milliards d’euros. Le gouvernement italien cherche d’ailleurs lui aussi à éviter de passer sous les Fourches caudines de la Troïka : les autorités de Rome font la cour à la Chine pour qu’elle augmente ses achats de titres italiens.

L’expérience de 2007-2008 n’a absolument pas amené les gouvernements à imposer des règles prudentielles strictes. Au contraire, il s’agit de prendre des mesures pour empêcher les institutions financières, banques, assurances, fonds de pension et autres hedge funds de continuer à nuire. Il est nécessaire de traduire en justice les autorités publiques et les patrons d’entreprises responsables directs ou complices actifs des débâcles boursières et bancaires. Dans l’intérêt de l’écrasante majorité de la population, il est urgent d’exproprier les banques et de les mettre au service du bien commun en les nationalisant et en les plaçant sous le contrôle des travailleurs et des citoyens. Non seulement il faut se refuser à une quelconque indemnisation des grands actionnaires, mais il convient en outre de récupérer sur leur patrimoine global le coût de l’assainissement du système financier. Il s’agit également de répudier les créances illégitimes que les banques privées réclament aux pouvoirs publics. Il faut bien sûr adopter une série de mesures complémentaires : contrôle des mouvements de capitaux, interdiction de la spéculation, interdiction des transactions avec les paradis fiscaux et judiciaires, mise en place d’une fiscalité qui a pour objectif l’établissement de la justice sociale… Dans le cas de l’Union européenne, il convient d’abroger différents traités dont ceux de Maastricht et de Lisbonne. Il faut aussi modifier radicalement les statuts de la Banque centrale européenne. Alors que la crise n’a pas encore atteint son apogée, il est grand temps de prendre un tournant radical afin de donner une issue anticapitaliste aux convulsions bancaires et boursières.

 

Eric Toussaint

 

 

Cet article complète la série : « Dans l’œil du cyclone : la crise de la dette dans l’Union européenne » publiée en sept parties sur le www.cadtm.org . Une version unifiée de la série est également disponible : http://www.cadtm.org/Dans-l-oeil-du-cyclone-la-crise-de

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, président du CADTM Belgique, membre de la Commission présidentielle d’audit intégral de la dette (CAIC) de l’Équateur et du Conseil scientifique d’ATTAC France. A dirigé avec Damien Millet le livre collectif La Dette ou la Vie, Aden-CADTM, 2011. A participé au livre d’ATTAC : Le piège de la dette publique. Comment s’en sortir, édition Les liens qui libèrent, Paris, 2011.

[1] Bien sûr, la crise de la dette publique est très grave et nécessite des solutions radicales mais il est important d’insister sur la crise des banques privées qui n’est pas le résultat de la crise de la dette publique des Etats. C’est le contraire qui est largement vrai.

[2] Dexia en failllite début octobre 2008 a été renflouée par l’action conjointe des gouvernements français, luxembourgeois et belge. Ce sauvetage coûteux pour les Etats et les collectivités locales a laissé intacte la structure de direction et le fonctionnement de cette banque privatisée au cours des années 1990.

[3] http://www.lepoint.fr/economie/banque-siemens-a-retire-500-m...

[4] Voir le Financial Times « Central banks walk a monetary tightrope », 23 septembre 2011, voir aussi dans la même édition : « Italy : Fight for credibility continues ». Le montant total des rachats effectués par la BCE entre mai 2010, date du début des rachats de titres grecs sur le marché secondaire, et le 12 septembre 2011 s’élève à 143 milliards d’€. En mai 2010 et mars 2011, la BCE avait acheté des titres grecs pour 66 milliards €. Ensuite, elle n’a, selon ses propres dires, plus acheté de titres jusqu’au 8 août 2011. Voir à ce sujet : Eric Toussaint « La BCE, fidèle serviteur des intérêts privés » http://www.cadtm.org/La-BCE-fidele-serviteur-des

[5] En septembre 2011, près de la moitié de la dette publique de l’eurozone (qui totalise 6500 milliards €) est passée dans la catégorie à risque élevé. La nouveauté c’est que la dette publique de la Belgique est dorénavant considérée par les marchés financiers comme à risque élevé. La dette publique belge représente 5% de la dette publique de l’eurozone, la Grèce représente 4%, le Portugal 2%, l’Irlande 1%, l’Espagne 9% et l’Italie… 26% ! (Voir Martin Wolf, « Fear and loathing in the eurozone », Financial Times, 28 septembre 2011).

[6] Financial Times, « Central banks walk a monetary tightrope », 23 septembre 2011. Un des gros défauts de la politique de la Fed est d’avoir acheté aux institutions financières privées des actifs toxiques (liés au marché des subprime) pour un montant de 1250 milliards de dollars et d’avoir prêté des montants astronomiques à ces mêmes institutions afin de les maintenir à flot alors que l’Etat aurait dû les exproprier.

[7] Voir le Financial Times, « IMF/World Bank meetings : Debt talks fail to agree solution », 26 septembre 2011.

[8] Voir le Financial Times, « Splits over Greek bail-out », 28 septembre 2011.

[9] Ce qui représente néanmoins une masse critique suffisante. Le défaut de cette taxe est sa timidité.

[10] Voir le Financial Times, 14 septembre 2011.

 

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http://www.legrandsoir.info/krach-de-dexia-un-effet-domino-en-route-dans-l-ue.html
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Published by valenton rouge
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