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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 18:41

FrancAfrique.jpgLa France de Nicolas Sarkozy est enlisée dans les scandales et plusieurs proches du chef de l’Etat sont éclaboussés,  Thierry Gaubert son témoin de mariage, Brice Hortefeux, Nicolas Bazire… Pour couronner le tout, ou pour créer un contre feu, Robert Bourgi, longtemps  considéré par l ’Elysée comme un spécialiste de l’Afrique, a révélé avoir à plusieurs reprises ramené en France des  valises» remplies d’argent qui lui avaient  été confiées  offertes par des chefs d’Etat d’Afrique francophone  dans le but de financer les campagnes présidentielles françaises.
Ces révélations ont ramené l’attention sur la «Françafrique»,  cette étrange relation que Paris entretient depuis un demi siècle avec ses anciennes  colonies.
C’’était, à la veille des années 60, le pari du général de Gaulle : quitter l’Afrique pour mieux y rester. Fragmenter l’ancienne Afrique Occidentale française (AOF) et l’Afrique Equatoriale française (AEF) en une quinzaine d’Etats, indépendants en théorie mais en réalité étroitement liés à l’ancienne métropole. Soucieux de les préserver d’une éventuelle influence communiste ou d’une réelle émancipation, ces pays dits du «pré-carré» devaient garder avec la France des liens visibles et invisibles.
Côté visible : dès l’accession à l’indépendance, Paris fait signer aux jeunes régimes des accords de défense, de coopération et d’assistance technique. Des conseillers militaires français aident les nouveaux régimes à se défendre contre tout ennemi, intérieur ou extérieur. Et veillent aussi à préserver les intérêts de la métropole. L’agence d’Aide française au développement (AFD) met en œuvre une politique de coopération, mais surtout, via les projets dits «hors budget>» organise de nombreux «retours>» : l’argent distribué en Afrique est ristourné en France, à des partis ou des hommes politiques. En outre, les quinze pays “ du champ “ sont dotés d’une monnaie commune, le franc CFA, lié au Trésor français. Stabilité d’un côté, dépendance de l’autre : en septembre dernier, c’est encore, le ministre français des finances qui a présidé la réunion des gouverneurs des Etats de la zone franc car  toute décision prise par les autorités monétaires régionales (Banque des Etats d’Afrique de l’Ouest ou Banque des Etats d’Afrique centrale) doit être contresignée par le Trésor français. Est-il besoin de préciser que, durant un demi siècle, la convertibilité du franc CFA en francs français puis en euros a été un instrument privilégié d’évasion de capitaux ?
En 1960, “ le secrétariat général pour les affaires africaines et malgache “ fut créé pour gérer cet empire fragmenté, avec à sa tête un homme de l’ombre qui, depuis les années de guerre, avait tissé d’innombrables réseaux : Jacques Foccart. A l’époque, un seul pays refusa la main tendue de la France<TH>:  la Guinée de Sekou Touré, qui fut victime d’un boycottt sans pitié avant de devenir une dictature paranoïaque puis de rentrer dans le rang après la mort du tyran.
L’histoire de la Françafrique est jalonnée de cadavres : dans tous les pays “ du champ “, les dirigeants nationalistes furent systématiquement écartés, assassinés et remplacés par des hommes lige de Paris, souvent des militaires qui avaient participé, sous l’uniforme de l’armée française, aux guerres d’Indochine et l’Algérie.
La liste est longue et loin d’être close : au Togo, Sylvanus Olympio est assassiné et remplacé par Gnassingbe Eyadéma (son fils Faure a repris la succession), au Cameroun, au terme d’une guerre qui fera des dizaines sinon des centaines de milliers de morts, Ruben Um Nyobe et Felix Moumié, fondateurs de l’Union des populations camerounaises, sont éliminés, remplacés par Amadou Adhidjo (dont le Premier ministre Paul Byia est toujours au pouvoir), en Centrafrique, l’avion de Barthelemy Boganda s’écrase mystérieusement et le sergent Jean Bedel Bokassa, le futur empereur, prend le pouvoir, au Burkina Faso, ex Haute Volta, Thomas Sankara est assassiné et son adjoint Blaise Compaoré qui prend le pouvoir est resté un fidèle allié de Paris, au Gabon Omar Bongo, dont le fils Ali a repris la succession, a remplacé Léon M’ Ba, en Côte d’Ivoire Houphouet Boigny, contré par un opposant appelé Laurent Gbagbo sera longtemps le plus fidèle et le plus riche (avec Mobutu) des alliés de la France. Cette année encore, les forces françaises ont chassé Gbagbo qui, à l’issue d’une élection contestée, refusait de quitter le pouvoir. Gbagbo est aujourd’hui en résidence surveillée et c’est l’ancien Premier Ministre de Houphouet, Alassane Ouattara qui a été installé par Nicolas Sarkozy à la présidence. L’un de ses premiers gestes a été de placer des conseillers français dans tous les ministères et d’accueillir une bonne centaine de grands patrons venus de l’Hexagone…
Des pays francophones ou lusophones qui n’ont pas été colonisés par la France font également l’objet de beaucoup de sollicitude : en 1960 la sécession katangaise est soutenue par le colonel Trinquier et des anciens de la guerre d’Algérie et le maréchal Mobutu trouvera toujours à paris des interlocuteurs bienveillants, la France appuie la sécession du Biafra, riche en pétrole et Bernard Kouchner, alors jeune médecin, invente pour l’occasion le concept d’ingérence humanitaire : les appareils français apportent aux rebelles de la nourriture et des médicaments, mais aussi des armes…Quant au Rwanda, le président Mitterrand décide, en 1990, de défendre ce petit pays “ francophone “ contre des rebelles “ anglophones “ venus d’Ouganda et jusqu’à la victoire du Front patriotique rwandais en juillet 1994, l’armée française se trouvera aux côtés du régime génocidaire.
Malgré les déclarations de plusieurs présidents, dont Sarkozy “ la Françafrique, c’est fini “ la “ cellule Afrique “ de l’Elysée n’a jamais chômé : Charles Pasqua, fort de ses réseaux corses, a succédé à Jacques Foccart, ,Mitterrand avait nommé son ami Guy Penne, Chirac sur Fernand Wibaux, et Sarkozy sur Robert Bourgi….
Pourquoi la France a-t-elle besoin de ses partenaires africains ? Pour pouvoir compter sur leurs voix à l’ONU et garder son siège au Conseil de sécurité ? Pour préserver son rayonnement culturel grâce à la francophonie ? Pour assurer des débouchés, voire des marchés captifs à ses entreprises?: Elf Aquitaine, qui a fusionné avec Total et Fina, est toute puissante au Cameroun et surtout au Gabon, Bouygues, Bolloré se sont déployés sur le continent noir et en particulier dans les pays côtiers,  Areva devenue numero un mondial du nucléaire grâce à l’uranium du Niger…Pour garder un accès privilégié aux ressources naturelles africaines? Lucide, le président Omar Bongo avait trouvé la formule : “ l’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant. “
L’existence du pré carré africain, dont la monnaie commune est le franc CFA permet ce que l’on appelle à Kinshasa les «<TH> opérations retour“. Les porteurs de mallettes voyagent dans les deux sens : il suffit de passer un accord avec ceux que l’on corrompt, afin qu’ils s’engagent à rétrocéder une partie des sommes qui leur ont été versées. S’ils amènent aux présidents de pays amis des projets et des budgets, les “ porteurs de mallettes “ décrits par Pierre Péan ramènent aussi des contributions financières pour les campagnes électorales ou des enveloppes plus personnelles, parfois dissimulées… dans des djembés (sortes de gros tam…)
Ces dernières années,  les contrats d’armement passés avec des pays qui n’étaient pas  «du champ» comme les Etats du Golfe ou le Pakistan ont permis les rétrocommissions, fonctionnant suivant un principe bien rodé en Afrique:  pour vendre des armes,  les industriels vendeurs ont longtemps versé  des commissions aux acheteurs.  Une partie des sommes provenant du Trésor public des acheteurs et destinée à payer les armes est  rétrocédée par l’industriel  vendeur aux dirigeants du pays concerné. Ces derniers, bon princes, ristournent alors une partie de cet argent aux dirigeants du pays vendeur.
En décrivant cette pratique et en dénonçant certains de ses bénéficiaires supposés,- Jacques Chirac, Dominique de Villepin-, Robert Bourgi, le dernier en date des Messieurs Afrique de l’Elysée, a dévoilé un secret de Polichinelle. Il a aussi, fort opportunément, détourné les projecteurs  au moment où Pierre Péan sortait son ouvrage consacré à Alexandre Djhoury l’un des porteurs de valises du président actuel. La Françafrique c’est cela aussi : des coups tordus entre amis, qui s’échangent d’une génération à l’autre…

 

http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2011/10/04/la-francafrique-vit-et-sevit-toujours/

 

Quelques lectures utiles:
Pierre Péan,La République des mallettes, enquête sur la principauté française de non droit, Fayard, 486 pages
Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsiba, Kamerun, une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971, éditions La Découverte, 717 pages
Grégory Jarry et Otto T. Petite Histoire des colonies françaises, tome 4, la Françafrique, éditions FLBLB (livre illustré)
François-Xavier Verschave, la Françafrique, le plus long scandale de la République, éditions Stock, 1998

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 18:32

1734463966NAUSEE…

 


Nausée. J’ai la nausée. C’est tout ce que je peux ressentir, juste maintenant. A l’heure où j’écris ces lignes Troy Davis n’est plus…

La nausée de l’impuissance. La nausée de la culpabilité. Nausée de sentir Rosa Parks et Martin Luther King mourir une seconde fois. Nausée de me sentir envahie par la fureur de Malcom X, le poing hérissé de rage impuissante !

Et cet autre mot : Pardon ! Pardon de n’avoir pas crié assez fort. De n’avoir pas prié avec suffisamment de foi. Pardon de n’avoir pas signé assez de pétitions, ni écrit suffisamment de lettres. Pardon de n’avoir pas, de n’avoir pas assez, de n’avoir pas été, pas assez... Pardon de m’être obstinée à croire naïvement que cette fois, ils n’oseraient pas !

Marie, après avoir essuyé mes larmes, se lève, prend le djenmbé et cogne dessus en chantant « Bwa brilé ». Incroyable Marie ! Mon enfant de onze ans offre une ressource à mon désarroi, elle m’offre Eugène Mona et en ce jour anniversaire de son départ, sa parole est ce qu’il me faut. Oui, Mona, Davis té bwa brilé, Davis sé bwa brilé ! Yo té bay an non blan, i té ni an non blan ! Davis té bwa brilé !

Marie… Une sagesse en toute inconscience… Merci, maître !

Claire… Une révolte que rien ne semble pouvoir contenir. Elle ne m’épargne pas : « Maman on croit en Dieu non ? Alors toi qui crois en Dieu, dis-moi ce qu’il faisait, Dieu, pendant qu’on le tuait ! Il veut nous faire comprendre quoi là, à travers ça ? Et toutes ces guerres, toutes ces personnes qu’on aime et qu’on a perdu (trois, rien que pendant les vacances !), il veut nous dire quoi à travers ça hein, dis-moi ? »

Pardon ma chérie mais ce soir je n’ai pas les mots. Je pourrais te dire que les guerres, ce sont les hommes qui les déclenchent. Troy, ce sont des hommes qui l’ont tué. Tout ce qui arrive sur cette planète c’est nous les humains qui en sommes responsables et… »

Elle m’interrompt. Ce soir mon discours sur notre co-responsabilité d’humains ne passe pas.

Aucun discours ne peut passer, ne peut justifier ni même expliquer. L’insupportable. L’intolérable… Jusqu’à la nausée.

Anne… Un silence aux dimensions de l’univers… Ce soir, elle ne partage pas son hébétude, elle la garde pour elle. Je crois aussi qu’elle veut laisser toute la place à la mienne. Je devais la masser. Elle va se coucher sans oser me le rappeler. Merci ma douce d’avoir compris que mes mains ce soir voudraient bercer un corps désormais sans vie pour en adoucir la traversée.

Pardon mes chéries, cette nuit, je me sens la mère de ce garçon dont j’ai mis la photo en profil de ma page facebook. (Je ne fais jamais ça, mettre la photo de quelqu’un d’autre en profil, pas même celle des en-allés que j’admire et respecte.) Je me sens la mère d’un homme qui, l’instant d’une horreur, s’est senti un tout petit enfant.

Je me sens la mère de Mumia Abu-Jamal. Mumia qui se sentira sans doute bien seul à l’aube de ce jour où la Terre aura perdu l’un de ses enfants. Au frémissement de cette aube où des hommes, au nom de Dieu et de la loi ont ASSASSINE en toute légalité un des fils de la Terre…

Mumia, j’ai si peur pour toi !

La nausée refuse de desserrer son étau. Je me coucherai avec elle, elle vampirisera ma nuit.

Dès demain, il m’appartiendra de lui donner forme et contenu pour qu’elle se transforme en réponse et en ACTION. Je n’ai qu’une nuit… Cette ultime nuit qui aura fait défaut à Troy…

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 18:25

ade1dab637e8fe588c765b8ac1ad82cd.pngL’aube, ce jour-là, était froide et grise, très grise et très froide, lorsque l’homme quittant le large tracé que dessinait le Yukon[1] gelé, gravit le haut coteau qui s’élevait sur une des rives du fleuve et où se dessinait confusément une piste étroite, qui s’en allait vers l’est, à travers l’épaisseur des sapins.

Le coteau était à pic. Une fois arrivé au sommet, l’homme fit une pause, pour reprendre haleine ; puis, machinalement, il regarda sa montre. Elle marquait neuf heures.

Il n’y avait pas de soleil, pas un soupçon de soleil, quoique aucun nuage ne fût au ciel. Le firmament était pur. Et cependant un impénétrable voile semblait s’étendre sur toutes choses. De ténues et fines ténèbres, qui n’étaient pas la nuit, mais l’absence du soleil, tamisaient le plein jour et l’obscurcissaient.

De cela, l’homme n’était pas inquiet. Depuis bien des semaines il n’avait point aperçu le soleil. Il savait que beaucoup d’autres devraient s’écouler encore avant que le globe joyeux, rompant la longue nuit polaire, commençât, pendant quelques secondes tout d’abord, à émerger vers le sud, au-dessus de la ligne d’horizon.

Mais, se retournant, l’homme jeta un regard en arrière, vers la longue piste qu’il venait de parcourir. En dessous de lui s’étendait le Yukon, large d’un mille et prisonnier sous trois pieds de glace. Et cette glace elle-même était ensevelie sous trois pieds de neige. La neige immaculée, ondoyait en molles ondulations, là où elle recouvrait les blocs chaotiques qui s’étaient formés lors du gel du fleuve. Vers le nord et vers le sud, aussi loin que l’œil pouvait porter, s’étendait cette blancheur infinie, sur laquelle une ligne grisâtre, mince comme un cheveu, serpentait, en contournant les îles, recouvertes de noirs sapins, qui égrenaient sur le fleuve leur chapelet.

Cet imperceptible trait était celui que venait de suivre l’homme, la piste connue qui, longue de cinq cents milles vers le sud, s’en allait, dans cette direction, vers les passes du Chilcoot, vers Dyea et le Pacifique. Vers le nord, la piste du fleuve conduisait à Dawson, distant de soixante-dix milles, puis, mille après mille, vers le Détroit de Behring et le Fort Saint-Michel sur la Mer Polaire[2].

Mais ni la ligne mystérieuse de l’horizon lointain, ni l’absence du soleil, ni ; le froid terrible qui sévissait, ni toute cette ambiance de fantastique désolation, ne troublaient l’homme au-delà de ce qu’il était nécessaire.

Ce n’était point qu’il fût autrement blasé de ce spectacle. Il était un nouveau venu, un Cheechaquo [3], et c’était son premier hiver sur la Terre du Nord. Mais nulle imagination superflue ne venait jeter la peur dans son cerveau. D’esprit énergique et net devant les réalités, il ne s’attardait point à philosopher sur elles.

En face de la formidable nature qui l’étreignait, il ne méditait point sur la fragilité de l’être humain, sur la place qui lui a été assignée dans l’univers, sur les limites extrêmes du chaud et du froid, qui lui permettent d’y vivre ou l’y condamnent à mourir et s’il succombe, sur l’immortalité de son âme. Cinquante degrés sous zéro ne l’impressionnaient pas plus, en eux-mêmes, que quatre-vingts degrés[4]. Tout ce qui l’intéressait dans un pareil froid, c’est qu’il en était incommodé. La morsure du gel faisait mal, et il importait de s’en préserver en fourrant ses mains dans d’épaisses mitaines, en rabattant sur ses oreilles les pattes de sa casquette, en protégeant ses jambes et ses pieds dans des bas et dans des mocassins épais. Cinquante degrés sous zéro, c’était un fait, et rien de plus.

Tournant donc de nouveau le dos au Yukon, il s’apprêta à continuer sa route. Afin de se renseigner approximativement sur le froid qu’il pouvait faire, il cracha. Il entendit un bruit aigu, pareil à une petite explosion. Ce qui le fit un peu tressaillir. Il cracha derechef et, pour la seconde fois, avant de choir sur la neige, la salive claqua dans l’air. L’homme n’ignorait pas qu’à cinquante degrés sous zéro la salive claquait au moment où elle touchait le sol. Mais, pour avoir ainsi explosé dans l’air, c’est que le froid, sans aucun doute, dépassait cinquante degrés. De combien ? Il ne le savait pas. Et que lui importait, en somme ? Tout ce qui l’intéressait, c’était de rejoindre sans encombre d’autres hommes qui l’attendaient sur la fourche gauche de l’Henderson Creek, petit affluent du Yukon, où se trouvait leur claim[5].

Les camarades avaient gagné directement le but, par une piste de traverse, tandis que lui-même s’était détourné de son chemin, afin d’explorer la vallée du Yukon et de vérifier si les forêts de sapins de ses îles et de ses rives fourniraient, au printemps prochain, des rondins de taille voulue, pour l’exploitation de la mine. D’après ses prévisions, il rejoindrait ses compagnons au campement, vers six heures du soir. La nuit serait déjà tombée. Mais il se retrouverait en société, un feu joyeux crépiterait, et un bon souper bien chaud l’attendrait. Pour ce qui était du déjeuner, il portait sur lui le nécessaire. Il posa la main, en y songeant, sur une grosse bosse qui faisait saillie sous son vêtement. Là, sous la chemise, à même sa peau nue, était un paquet de biscuits, enveloppé dans un mouchoir. C’était le seul moyen d’empêcher les biscuits de geler. Il se sourit à lui-même, satisfait en songeant que chacun de ces biscuits, après avoir été fendu en deux, avait été trempé dans du lard fumé, préalablement fondu, et renfermait, comme un sandwich, entre ses deux morceaux rapportés, une tranche grillée de ce même excellent lard.

L’homme s’engouffra sous les grands sapins. La piste qu’il suivait était à peine tracée. Une couche de neige était tombée, depuis le passage du dernier traîneau. Et il se réjouissait d’aller à pied, légèrement, sans autre charge que son déjeuner dans sa chemise. Ce froid, pourtant, le surprenait. De sa main, sans la sortir de la mitaine, il se frotta le nez, qui était gourd, puis la saillie de ses pommettes. Une barbe rousse abondante lui encadrait tout le visage. Mais les poils drus ne protégeaient point les pommettes qui saillaient, ni le nez qui, comme un cap, se projetait en avant, agressif, dans l’air glacé. Sur les talons de l’homme trottait un chien, un énorme husky du pays, le type de vrai chien-loup, à la robe grise, et dont ni la nature ni l’aspect ne semblaient guère différer de ceux de son frère, le loup sauvage.

L’animal était déprimé par le froid prodigieux. Il savait que ce n’était pas là un temps pour voyager. Son instinct l’en avertissait plus sûrement que le raisonnement n’avait su le faire pour l’homme. Celui-ci eût-il eu un thermomètre, ce n’était pas, en effet, cinquante degrés, ni soixante, ni soixante-dix, mais soixante-quinze au-dessous du point de congélation que l’appareil eût marqués.

Le chien ignorait tout des thermomètres. Sa notion du froid n’avait point la précision des calculs humains. Mais, en son cerveau rudimentaire, une crainte vague naissait, qui l’écrasait sous sa menace. La bête, angoissée, se glissait derrière l’homme, silencieuse, interrogeant ardemment tous ses gestes, comme si elle s’attendait, à tout moment, à le voir s’en revenir vers le dernier campement ou, s’arrêtant, chercher quelque part un abri, pour y construire un feu. Le husky connaissait la nécessité du feu, par un tel froid. En l’absence de la flamme bienfaisante, il eût du moins souhaité se creuser un trou dans la neige, pour s’y tapir à l’abri de l’air. Son haleine congelée avait poudré d’un givre blanc et cristallin ses bajoues, ses sourcils et son museau.

La barbe rousse de l’homme et ses moustaches étaient congelées, elles aussi, mais plus solidement. Le dépôt de givre s’y transformait en un dépôt de glace, dont l’épaisseur augmentait à chaque bouffée de l’humide et tiède respiration qu’il exhalait. L’homme, de plus, chiquait et la muselière de glace qui lui encastrait les lèvres les rendait à ce point rigides qu’il lui était impossible de les faire jouer pour expectorer le jus de tabac. En sorte que celui-ci, mêlé à sa salive, ruisselait sur sa barbe, en stalactites, qui avaient la couleur brunâtre et la dureté de l’ambre, et dont la longueur augmentait sans cesse au-dessous de son menton.

Si l’homme était tombé, sa barbe se fût brisée en morceaux. Mais il se souciait peu de cet appendice. Tous les chiqueurs payaient au froid le même tribut, dans le Northland. Deux fois déjà, il s’était trouvé dehors, avec des sautes de froid de cinquante et de soixante degrés du thermomètre à alcool, et le même phénomène s’était produit. Plusieurs milles durant, l’homme poursuivit son chemin à travers de vastes forêts plates. Il traversa ensuite un grand marécage gelé, semé de bouquets d’arbustes noirs et, arrivé dans une vallée, il descendit jusqu’à la berge d’un petit cours d’eau glacé. C’était l’Henderson Creek. Il consulta sa montre. Dix heures. Il savait qu’il marchait à une allure de quatre milles à l’heure, et il en conclut qu’il serait arrivé, pour midi et demi, à la première fourche de la rivière, distante encore de dix milles. Il décida que, pour célébrer cet heureux événement, il mangerait son déjeuner, une fois arrivé à ce point.

Le chien, découragé, la queue pendant entre les jambes, reprit sa place derrière les talons de son maître qui, de sa marche légèrement balancée, se mit à suivre le lit de la rivière. Plus profonde, la piste laissée par les derniers traîneaux qui avaient passé là était encore visible. Mais la neige avait recouvert toute trace de pas humains. Il y avait un mois que personne n’avait remonté ni descendu le silencieux vallon.

L’homme allait toujours, d’un pas régulier. Son cerveau ne remuait pas de réflexions inutiles ; il ne pensait à rien, sinon au déjeuner dont l’instant approchait, et qu’à six heures du soir il aurait retrouvé ses camarades. Il ne disait rien non plus, pour la raison majeure qu’il n’y avait personne avec qui engager la conversation. Et d’ailleurs, eût-il voulu parler qu’il ne l’aurait pu, par l’effet de cette muselière de glace qui lui fermait la bouche. Il se contentait de mâcher uniformément son tabac et d’allonger ainsi sa barbe d’ambre.

La seule pensée qui lui revenait parfois, c’est qu’il faisait réellement froid, que jamais encore il n’avait connu une pareille froidure. Tout en cheminant, il frottait automatiquement de ses mitaines, tantôt d’une main, tantôt de l’autre, ses pommettes et son nez. Mais il avait beau frotter, la circulation ne semblait pas se rétablir. Dès qu’il cessait la friction, nez et pommettes redevenaient inertes.

Il était certain maintenant, et il s’en rendait compte, qu’il avait une partie du visage gelée. Et il regrettait de ne s’être point fabriqué, avec du cuir, un masque spécial, retenu par des courroies, tel que celui que portait Bud, son camarade, lorsque la température baissait brusquement. Mais bah ! le malheur n’était point considérable. Avoir le nez et les joues gelées était fâcheux assurément, et fort douloureux par la suite. Mais on n’en mourait pas, et c’était le principal. L’homme allait, et la seule préoccupation de son cerveau indifférent était d’observer sans trêve et très attentivement la piste qu’il suivait, les crochets et les courbes de la rivière gelée, les amas de bûches entraînées par les inondations printanières, et qui formaient aujourd’hui de petits monticules neigeux qu’il convenait d’éviter. Il scrutait le sol, presque chaque fois avant d’y poser le pied. Il y eut un moment où il fit soudain un écart, comme un cheval qui prend peur, et où, se reculant de plusieurs pas, il contourna à distance la piste tracée.

La rivière était entièrement gelée, jusqu’à son lit. Il ne l’ignorait pas, et savait qu’aucun cours d’eau ne saurait conserver une goutte liquide durant l’hiver arctique.

Mais il savait aussi que des sources souterraines jaillissaient, en bouillonnant, des flancs des collines et se frayaient leur course sous la neige, pour rejoindre sous la glace le lit de la rivière et y continuer leur chemin. Même durant les plus grands froids, ces sources, que la neige et la glace protégeaient du contact de l’air, ne se prenaient jamais. Un grave danger en résultait et elles constituaient de vraies chausse-trappes.

La couche neigeuse, qui les recouvrait et dissimulait, était épaisse parfois de trois pouces seulement. Parfois aussi de trois pieds. Il arrivait encore qu’une série de nappes d’eau et de couches de glace se superposaient sous la neige. En sorte que si la carapace supérieure venait à s’effondrer, celles qui suivaient en faisaient autant, et quiconque tombait dans l’un de ces traquenards était exposé à se trouver dans l’eau jusqu’à mi-corps. Telle était la cause de l’effroi qui, tout à l’heure, s’était emparé de l’homme. Il avait senti la glace se dérober sous, ses pas et entendu sous lui un craquement sinistre. Or, par cette température, avoir seulement les pieds mouillés pouvait être cause de graves et dangereux désagréments. Le moins, pour lui, qu’il en pût résulter, était de retarder son voyage, en l’obligeant à construire un feu, qui lui permît de se déchausser et de sécher à la flamme ses bas et ses mocassins.

L’homme s’arrêta de marcher, pendant un instant, et observa la configuration de la vallée. Il conclut que les sources devaient venir de la droite. Tout en continuant à se frotter de temps à autre le nez et les pommettes, pour tâcher d’y ramener le sang, il reprit sa route en appuyant vers la rive gauche du fleuve. Il allait avec précaution, éprouvant du pied à chaque pas la solidité de la glace. Puis le sol parut redevenir plus ferme et le danger disparaître. Il prit dans une de ses poches une nouvelle chique, la glissa entre ses lèvres et, accélérant son allure, reprit sa marche à quatre milles à l’heure.

Pendant les deux heures qui suivirent, il rencontra encore plusieurs de ces trappes. La neige, légèrement affaissée à ces endroits, y prenait une apparence cristalline particulière, qui l’avertissait du péril.

Mais, comme un passage lui paraissait plus spécialement suspect, il contraignit le chien à marcher devant lui. L’animal, de plus en plus collé à ses talons, s’y refusa tout d’abord. Il fallut que l’homme le menaçât et le poussât en avant. Et, de fait, le chien, qui se hâtait, n’avait point parcouru la longueur d’une vingtaine de pas, qu’il enfonçait soudain et culbutait dans un trou d’eau. Il se remit vivement sur ses pattes et s’éloigna vers un sol plus solide. Les pattes du chien avaient été mouillées et l’eau s’y était instantanément transformée en glace.

L’animal, se laissant tomber sur la neige, commença aussitôt à se lécher, puis, cette opération étant insuffisante, à enlever à coups de dents les lamelles de glace qui pendaient de tous ses poils. Un mystérieux instinct lui commandait d’agir ainsi. L’homme, qui savait qu’autrement la bête ne pourrait plus continuer son chemin, vint à son secours. Il sortit de la mitaine sa main droite et arracha aussi les glaçons. Il n’exposa pas ses doigts, plus d’une minute, à la morsure de l’air et fut stupéfait de l’engourdissement rapide dont ils étaient saisis. Oui, certes, il faisait grand froid. Il remit en hâte sa mitaine et se frappa violemment la main contre la poitrine. À midi, la clarté atteignit son apogée. Le soleil, cependant, dans sa course hivernale, était trop loin vers le sud pour pouvoir surgir à l’horizon arctique. Le ciel était toujours pur et sans nuages, et pourtant le corps de l’homme ne projetait aucune ombre sur l’Henderson Creek. À midi et demi précis, l’homme arrivait à la première fourche de la rivière. Il était satisfait de la vitesse à laquelle il avait marché. S’il la maintenait, il aurait certainement à six heures, rejoint les camarades.

Il déboutonna sa veste et sa chemise pour sortir son déjeuner. Cet acte indispensable ne lui prit pas plus d’un quart de minute. Mais ce court laps de temps avait été suffisant pour que de nouveau l’engourdissement s’emparât de ses doigts exposés à l’air. Il tint bon cependant et, sans remettre sa mitaine, par douze fois, avec énergie, il frappa ses doigts contre sa jambe. Puis il s’assit sur une souche d’arbre recouverte de neige, afin de manger.

Une vive piqûre s’était, tout d’abord, fait sentir dans ses doigts, tandis qu’il les battait contre sa jambe. Puis, cette piqûre avait cessé si brusquement qu’il s’en étonna. Les doigts étaient comme insensibles, et il n’avait pas encore réussi à porter le biscuit à ses lèvres et à y mordre. Il frappa encore ses doigts sur son mollet, à plusieurs reprises et, les renfonçant dans sa mitaine, découvrit son autre main. De celle-ci, hâtivement, il leva le biscuit vers sa bouche. Mais sa bouche était close par la muselière de glace qui réunissait sa barbe à sa moustache, et vainement il tenta de croquer tant soit peu de nourriture. Il avait oublié de construire un feu, pour se dégeler. Et, à cette pensée qui lui revint soudain, il se mit à ricaner en songeant combien il était sot. Mais, tout en ricanant, il remarqua que les doigts de sa main gauche, qui demeuraient exposés à l’air, étaient en train de s’engourdir comme l’avaient fait ceux de sa main droite. Il remarqua encore que la piqûre qu’il avait, en s’asseyant, ressentie à ses deux orteils, avait disparu. La chaleur était-elle revenue ou, au contraire, était-ce l’effet accru du froid ? Il se le demanda. Il remua ses pieds dans ses mocassins ; les deux orteils étaient gourds. Il remit précipitamment sa main gauche dans la mitaine et se leva, tout de même un peu effrayé. Il battit la semelle, jusqu’à ce qu’il sentît de nouveau une sensation de piqûre à ses doigts de pied.

Il faisait froid, évidemment très froid.

Le vieux bonhomme qui avait sa cabane sur le Sulphur Creek[6], et avec qui il avait causé avant de se mettre en route, n’avait pas menti en lui disant combien il faisait froid parfois, dans le pays. Il s’était alors moqué de lui ! Cela prouvait qu’on ne doit jamais inconsidérément juger de ce qu’on ignore. Il n’y avait pas d’erreur possible : Il faisait froid. Et l’homme continuait à marcher de long en large, à frapper des pieds, à battre des bras, jusqu’à ce qu’enfin, la circulation s’étant rétablie, il se rassura.

Alors il entreprit de construire son feu.

Sous les broussailles qui bordaient la rivière et où la crue du printemps dernier avait apporté, par paquets, des brindilles aujourd’hui desséchées, il trouva le bois qui lui était nécessaire. Il établit avec soin un petit foyer, puis tira de sa poche une allumette, en même temps qu’un morceau d’écorce de bouleau, sur lequel il la frotta. Le bouleau s’enflamma plus rapidement encore que ne l’eût fait un bout de papier, et le feu jaillit, en sifflant. L’homme, se courbant sur la flamme, fit fondre la glace qui lui recouvrait la figure. Puis, devant la bienfaisante chaleur, il sortit ses mains de ses mitaines, et se risqua à manger ses biscuits. Il avait dominé le froid. Le chien, satisfait lui aussi, s’allongea tout près du feu, le plus près qu’il lui fût possible, sans se roussir les poils.

Son déjeuner terminé, l’homme bourra sa pipe et la fuma tranquillement. Puis il renfila ses mitaines, rabattit sa casquette sur ses oreilles et reprit la piste sur la fourche gauche de l’Henderson Creek.

Le chien, désappointé, quitta le feu en rechignant. Cet homme, songeait-il, ne savait réellement pas ce qu’était le froid. Effectivement, aucun atavisme ancestral n’avait sans doute inculqué à l’homme la notion du froid, du vrai froid, du froid à cent sept degrés sous zéro. Il n’en était point de même du chien. Ses ancêtres, à lui, lui avaient transmis leur expérience. Il n’ignorait pas qu’il est mauvais de s’aventurer au loin par une pareille température. C’est le moment, bien au contraire, de se coucher douillettement au fond d’un trou, dans la neige, et d’attendre, pour en sortir, qu’un rideau de nuages, s’étendant entre la terre et le ciel, vienne intercepter le rayonnement atmosphérique d’où provient ce grand froid. Il n’existait, entre le chien et son compagnon humain, aucune intimité d’ordre affectif. L’un était l’esclave de l’autre. La seule caresse qu’il en recevait était celle de la mèche du fouet, et toutes les bonnes paroles qu’il connaissait étaient ces bruits de gorge, rauques et menaçants, qui annonçaient les coups.

Aussi le chien, en aurait-il eu les moyens, n’eût fait aucun effort pour communiquer à son compagnon ses appréhensions. Le bien-être de l’homme ne l’intéressait aucunement et c’était pour lui-même qu’il souhaitait demeurer auprès du feu. Mais l’homme siffla et parla au chien, d’un claquement de fouet. Le chien reprit sa place aux talons de son maître et continua à le suivre.

Le marcheur renouvela sa chique. La barbe d’ambre recommença à se former, tandis que, non moins rapidement, son haleine saupoudrait de givre ses moustaches, ses sourcils et ses cils. Sur la fourche gauche de l’Henderson Creek, les sources semblaient moins nombreuses et, pendant une demi-heure, l’homme n’en aperçut aucun indice. Puis l’événement arriva. À un certain endroit qui ne décelait aucun signe suspect, où la neige, régulière et lisse, paraissait indiquer en dessous un terrain solide, l’homme enfonça. Le trou n’était pas profond et il s’en tira en se mouillant seulement jusqu’à la moitié des mollets. Il n’en fut pas moins furieux et, quand il se retrouva sur le sol ferme, il se mit à pester contre son mauvais sort. Il avait espéré atteindre le campement et rejoindre ses camarades à six heures. Cet accident le retarderait d’une heure. Car il lui fallait reconstruire un nouveau feu, pour y sécher ses chaussures. C’était là une nécessité impérieuse, par cette basse température, il ne le savait que trop.

Il se dirigea donc vers la berge du cours d’eau, qu’il gravit. Le bois, par bonheur, était abondant. Là encore, les grandes eaux du printemps avaient, sous les sapins, amassé un dépôt de bois mort. Il y avait de fines herbes sèches et de menues brindilles, et aussi des tas de branches et de bûches de toutes dimensions. Il commença donc par étaler et ranger sur la neige un certain nombre de grosses bûches, pour servir de foyer à son feu et empêcher la jeune flamme de se noyer dans la neige fondue. Puis il opéra comme précédemment, en grattant une allumette sur un petit morceau d’écorce de bouleau, et en alimentant la flamme, tout d’abord avec des touffes d’herbes desséchées et des brindilles.

Accroupi sur la neige, l’homme procédait méthodiquement et sans hâte, avec la pleine conscience du danger qu’il courait. Graduellement, à mesure qu’elle grandissait, il jetait à la flamme des bouts de bois de plus en plus gros. Il était certain de réussir ainsi. Et réussir était indispensable. Lorsque le thermomètre est à cent sept sous zéro, il importe de ne point commettre d’impair en construisant son feu, surtout si l’on a les pieds mouillés. Avec les pieds secs, si l’on échoue, il suffit, pour les réchauffer, de courir sur sa piste pendant un demi-mille. Mais, à cette température, lorsque les pieds sont mouillés et en train de geler, le procédé est contre-indiqué. Car plus rapide est la course, et plus fort les pieds gèleront. Tout cela, l’homme le savait. Le vieux père, dans sa cabane, sur le Sulphur Creek, l’en avait averti, et il appréciait maintenant ses avis. Déjà il ne sentait plus ses orteils et, comme il avait dû, de nouveau, pour construire son feu, sortir ses mains des mitaines, ses doigts, eux aussi, commençaient à geler.

Tant qu’il avait marché à l’allure de quatre milles à l’heure, la circulation du sang, du cœur aux extrémités, s’était accomplie normalement. Mais, à l’instant précis où il s’était arrêté, le sang avait fait de même. Comme le chien, le sang redoutait le froid et s’en cachait, fuyant les extrémités, plus exposées, du corps de l’homme, pour se retirer au tréfonds de son être. L’homme sentait, sur toute la surface du corps, sa peau se refroidir. Mais la vie n’était pas entamée en lui. Le feu commençait à flamber superbement. Le moment approchait où il allait pouvoir l’alimenter avec de grosses bûches. Alors il enlèverait ses chaussures et, pendant qu’elles sécheraient, il réchaufferait ses pieds au brasier, non sans les avoir au préalable selon le rite coutumier, frictionnés avec de la neige. Non, sa vie n’était pas entamée. Il songea au vieux père, sur le Sulphur Creek, et sourit.

L’ancien lui avait très sérieusement, exposé que nul homme, au Klondike, ne devait s’aventurer à voyager seul, au-delà de cinquante degrés sous zéro. C’était une loi absolue. Et cependant, lui, il était ici. Un accident était survenu et, tout seul qu’il fût, il s’était tiré d’affaire. Ces vieux — pas tous, mais certains d’entre eux — ont des âmes de femmes. L’essentiel est de garder ses idées nettes. Alors tout va bien. Un homme, digne de ce nom, doit pouvoir voyager seul.

Tout de même, il était surprenant que ses doigts eussent si vite recommencé à s’engourdir. C’est à peine s’il pouvait saisir une brindille. Ils semblaient ne plus faire partie de son corps. Lorsqu’ils prenaient quelque chose, ses yeux devaient contrôler s’ils la tenaient ou non. Mais, qu’importait, au fond ! Le feu aussi était là, claquant et craquant, et chacune de ses flammes, qui dansaient dans l’air gelé, était de la vie.

L’homme se mit en position de délacer ses mocassins. Ils étaient recouverts d’une croûte de glace. Les bas épais, de fabrication allemande, qui lui enserraient les mollets, étaient roides comme des fourreaux d’acier. Les lacets des mocassins ressemblaient, eux aussi, à des fils d’acier, tout noirs et tordus, comme s’ils avaient passé par quelque incendie. Il tira dessus, pendant un instant, avec ses doigts gourds. Puis, se rendant compte qu’ainsi il cherchait l’impossible, il tira son couteau de sa gaine. Mais avant qu’il pût couper les lacets, le second événement arriva.

Ce fut de la faute de l’homme. Il avait commis une grave erreur en établissant son feu sous un sapin. Un feu doit être construit à découvert. Mais la place lui avait paru plus confortable. Or le sapin était chargé, jusqu’à son faîte, d’une épaisse carapace de neige. Le vent, depuis plusieurs semaines, n’avait pas soufflé, la neige s’était accumulée, et chaque branche portait tout ce qu’elle pouvait soutenir. L’homme avait, pour les jeter sur son brasier, brisé quelques branches basses et, ce faisant communiqué à l’arbre une imperceptible agitation. Elle avait été suffisante cependant pour rompre l’équilibre de la couche neigeuse et provoquer le désastre. Ce fut d’abord, au faîte de l’arbre, une branche qui renversa sa charge de neige. La neige tomba sur la branche qui était au-dessous et, à son tour, celle-ci culbuta son faix. La chute continua, silencieuse et rapide, d’échelon en échelon. Puis, comme un bloc, la blanche avalanche s’abattit sur l’homme et sur son feu. La seconde d’après, rien ne restait du brasier rougeoyant. Plus rien, qu’un lit informe de neige fraîche, étalée. L’homme en fut terrifié. Terrifié comme s’il venait d’entendre prononcer sa condamnation à mort.

Pendant un moment, il resta les yeux fixés sur la place du foyer disparu. Puis il redevint maître de lui et très calme.

Peut-être le vieux père lui avait-il dit vrai. S’il avait eu avec lui un compagnon de piste, le danger aurait assurément été moindre. Ce compagnon l’aurait aidé à reconstruire le feu, et son intervention n’eût pas été superflue. Mais, puisqu’il était seul, seul aussi il reprendrait la besogne. Et, mieux averti, il éviterait semblable catastrophe. Sans doute, il y laisserait quelques doigts de pied, qui achèveraient de geler, le temps que le second feu fût prêt. Mais qu’y pouvait-il ?

Voilà ce qu’il pensait. Cependant, il ne s’attarda point à d’inutiles réflexions. Tout en roulant ces pensées, il s’était remis au travail.

Il établit de nouvelles fondations pour son feu, à découvert cette fois, là où aucun arbre traître ne déverserait sa neige sur lui, pour l’éteindre. Il redescendit ensuite sur la berge du fleuve, afin d’y recueillir herbe sèche et brindilles. Ses doigts étaient devenus si gourds qu’il ne pouvait pas s’en servir pour trier sa récolte et qu’il dut prendre pêle-mêle, à grosses poignées, tout ce qui lui tomba sous la main. Il recueillit de la sorte beaucoup de brindilles pourries, ainsi que des touffes de mousse verte, qui s’y entremêlaient, et qu’il eût fallu enlever. Mais il ne pouvait faire davantage. Il procédait aussi méthodiquement que tout à l’heure, mettant de côté les plus gros morceaux de bois, afin de les employer seulement quand le feu aurait pris. Le chien, pendant ce temps, assis sur son derrière, ne le quittait pas du regard, une ardente convoitise brillant dans ses prunelles, car l’homme était pour lui le pourvoyeur du feu, du feu qui recommencerait bientôt à flamber.

Ces préparatifs une fois terminés, l’homme chercha dans sa poche une autre lamelle d’écorce de bouleau. Il savait que cette lamelle s’y trouvait et, en effet, tandis qu’il farfouillait dans l’étoffe, il entendait le froissement de l’écorce. Mais ses doigts ne sentaient rien et, en dépit de ses efforts, ne parvenaient pas à la saisir. Il avait également conscience que, pendant ce temps, ses pieds continuaient à geler. À cette idée, il se sentit étreint d’une véritable angoisse. Mais il raidit sa volonté et conserva son calme.

À l’aide de ses dents, il renfila ses mitaines, battit des mains contre ses côtes, fit aller ses bras, en avant et en arrière. Puis il s’asseyait et se relevait. Le chien le regardait faire, toujours assis dans la neige, le panache de sa queue touffue enroulé sur ses pattes de devant, comme un manchon, les oreilles pointées en avant, intéressé et curieux. L’homme de son côté, tout en continuant à se battre les flancs et à taper ses mains, regardait le chien et il enviait la chaude couverture de poils que la nature avait donnée à la bête.

À force de se démener, l’homme perçut à la fin que ses doigts redevenaient sensibles. C’était comme un picotement bienfaisant, qui ne tarda pas à se muer en une cuisson atrocement douloureuse, mais qu’il accueillit avec joie. Il arracha la mitaine de sa main droite et se remit à fouiller dans sa poche, pour y prendre l’écorce de bouleau.

Il y réussit, non sans peine, et se saisit également de son paquet d’allumettes. Mais le formidable froid avait déjà chassé la vie de ses doigts.

Cependant qu’il s’efforçait de séparer des autres une allumette, tout le paquet chut dans la neige. Il tenta de ramasser les petits bouts de bois soufrés. En vain. Ses doigts inertes ne réussissaient pas à les saisir.

Il chassa de son esprit la pensée que ses pieds, son nez et ses pommettes achevaient de geler définitivement et, de toute son âme, banda sa volonté vers la conquête des allumettes. Avec d’infinies précautions il se pencha et, suppléant par la vue au sens du toucher, qui faiblissait, il amena sa main ouverte au-dessus du petit tas. Alors il la referma. Ou plutôt il tenta de la refermer. Car les doigts refusèrent d’obéir. Entre eux et la volonté la communication était coupée.

Il remit sa mitaine. Puis, de ses deux mains ainsi protégées, il ramena les uns sur les autres les petits bouts de bois et, par un travail infini, les enleva dans ses deux paumes, comme on fait d’une eau que l’on veut boire. Cela, non sans emporter en même temps beaucoup de neige. Il leva le tout vers sa bouche et, faisant craquer, d’un violent effort, la muselière de glace, desserra ses lèvres. Rentrant alors la mâchoire inférieure, il tenta, avec la supérieure, de séparer les allumettes. Il parvint à en isoler une, qui tomba par terre. Il n’en était pas beaucoup avancé.

Il eut une excellente idée. Se courbant sur l’allumette, il la prit dans ses dents, puis la frotta le long de sa cuisse. Après vingt essais infructueux, le soufre se décida à s’allumer. Tandis qu’elle s’enflammait, il l’approcha, la tenant toujours dans ses dents, de l’écorce de bouleau. Mais le soufre qui brûlait lui monta aux narines et, gagnant les poumons, le fit tousser spasmodiquement. Il desserra les dents. L’allumette tomba dans la neige et s’y éteignit. Le vieux type du Sulphur Creek avait décidément raison, songea l’homme, cependant qu’il se sentait envahi par un désespoir qu’il maîtrisait encore. Au-delà de cinquante degrés sous zéro, on ne doit point voyager seul.

Il réitéra pourtant, avec les mêmes gestes, ses battements de mains et de bras. Mais, cette fois, aucune sensation de vie ne reparut.

Brusquement, enlevant ses mitaines avec ses dents, l’homme découvrit ses deux mains. Entre elles deux il saisit le paquet d’allumettes. Les muscles de ses bras, qui n’étaient pas encore gelés, lui permirent ce double mouvement. Puis, serrant fortement les deux mains, il frotta sur sa cuisse tout le paquet. Une flamme unique en jaillit. Les soixante-dix allumettes s’allumaient d’un seul coup ! Il n’y avait point de vent pour les éteindre et, tenant sa tête de côté afin d’éviter la suffocation du soufre enflammé, l’homme approcha ce feu ardent de l’écorce de bouleau. Il lui sembla, à ce moment, percevoir aux paumes une étrange sensation. C’était sa chair qui brûlait.

Elle brûlait assez profondément sous l’épiderme pour qu’il en sentît la douleur. La douleur s’intensifia. Et l’homme, cependant, l’endurait, tenant le petit faisceau de flammes au-dessus de l’écorce de bouleau posée sur la neige. Mais il faisait cela maladroitement et le bouleau continuait à refuser de s’allumer, tandis que les mains de l’homme continuaient à brûler. Enfin, n’y pouvant plus tenir, il lâcha tout. Les allumettes tombèrent, en grésillant, dans la neige. Quelques-unes pourtant atteignirent l’écorce de bouleau qui flamba. Sur cette flamme, l’homme se mit à étendre ses herbes sèches et ses menues brindilles. Il les ramassait, tant bien que mal, entre les deux paumes de ses mains. S’il rencontrait du bois pourri, ou de la mousse verte, adhérant aux brindilles, il les éliminait avec ses dents. Tout cela fort gauchement, mais avec une inlassable ténacité.

Que cette flamme vécût ou s’éteignît, cela signifiait pour lui ou la vie ou la mort. Il sentait le sang se retirer de plus en plus de la partie extérieure de son corps et il en éprouvait un tremblement qui ne faisait qu’aggraver sa maladresse.

Une grosse touffe de mousse verte tomba soudain en plein sur le petit feu de l’homme. Du bout de ses doigts il tenta de l’enlever. Mais le tremblement qui l’agitait tout entier provoqua un mouvement trop brusque, qui déplaça le centre du feu. En sorte qu’herbes sèches et brindilles, éparpillées, cessèrent de flamber.

Il s’efforça de les rassembler de nouveau. Son tremblement l’emporta sur sa volonté. Des petites brindilles dispersées, monta une dernière fumée et tout s’éteignit. L’allumeur de feu avait échoué.

Comme l’homme jetait autour de lui un regard apathique et vague, ses yeux rencontrèrent le chien, qui se tenait en face de lui, toujours assis dans la neige, de l’autre côté du petit foyer ruiné. La bête sentait, elle aussi, le froid l’envahir. Elle arrondissait le dos et l’abaissait, en hérissant son poil, et, pour les réchauffer, levait successivement, en se dandinant, ses pattes de devant. Cette gymnastique n’arrêtait point.

La vue du chien fit naître dans la tête de l’homme une idée sauvage. Il se remémora l’histoire de ce voyageur qui, pris dans une tourmente de neige, tua un jeune taureau qu’il rencontra, et qui, s’abritant dans les entrailles chaudes, fut ainsi sauvé du gel et de la mort. Il ferait comme lui. Il tuerait le chien, puis enfouirait ses mains dans le cadavre encore chaud, jusqu’à ce que leur engourdissement disparût. Alors il tâcherait de retrouver quelque allumette dans une de ses poches et reconstruirait, une troisième fois, son feu.

Il parla au chien et l’appela. Mais si pleine d’émotion était sa voix, tellement elle tremblait, que la bête, qui jamais ne s’était entendu parler de la sorte, s’effraya. Cette voix cachait un danger. Lequel ? Elle l’ignorait. Mais le danger était certain et l’instinct lui disait de se défier de l’homme. Les oreilles aplaties et sans cesser d’arrondir le dos et de battre le sol de ses pattes, le chien refusait de se rendre à l’appel.

L’homme se mit alors à quatre pattes et, sur les mains et les genoux rampa vers l’animal. La défiance du chien, devant cette posture inaccoutumée, s’accrut encore et, l’air hargneux, il se défila sournoisement.

L’homme se releva. Il ne voulait pas perdre son calme. Il regarda le sol, afin de s’assurer s’il était vraiment debout, car il ne sentait plus ses pieds et n’eût pu dire s’ils touchaient la terre. Le chien, cependant, s’était rassuré en voyant que son maître avait repris sa position verticale. Et, quand une voix impérieuse, qui claquait comme une mèche de fouet, lui parla de nouveau, il retrouva sa soumission coutumière et s’avança.

Dès que le chien fut à sa portée, l’homme, à demi-fou d’espoir, ouvrit les bras, et, se baissant, les lança vivement autour de la bête. Mais il avait oublié ses doigts, qui gelaient de plus en plus. En vain tenta-t-il de les agripper au poil, ils ne lui obéissaient plus. La scène s’était déroulée très rapidement et, avant que le chien eût pu s’échapper, l’homme ie tenait solidement dans ses bras, comme dans un étau. L’animal grognait, geignait et se débattait. L’homme, qui s’était assis dans la neige avec son prisonnier, le maintenait étroitement serré contre son corps. Mais c’était tout ce qu’il pouvait faire. Il comprit qu’il ne pourrait pas tuer le chien. Il ne disposait pour cela d’aucun moyen. Ses mains impuissantes ne lui permettaient ni de dégainer et de tenir son couteau, ni d’étrangler la bête. Il la relâcha. D’un bond affolé, le chien se sauva, la queue entre les jambes, et grondant toujours. À une quarantaine de pas, il s’arrêta, les oreilles pointées en avant, observant ce qui allait se passer. L’homme regarda ses mains inertes. Elles pendaient au bout de ses bras, complètement mortes. Elles n’existaient plus pour lui que par la vue. Il avait simplement, par moments, l’impression vague de deux poids très lourds, suspendus à ses poignets.

Alors une appréhension de la mort, obscure, opprimante, commença à s’emparer de lui. À mesure qu’il se rendait compte qu’il ne s’agissait plus de perdre son nez, ses mains ou ses pieds, mais que sa vie même était en jeu, sa peur grandissait. Il regagna le lit de la rivière et, toujours courant, se remit à suivre la piste abandonnée. Sur ses talons, réglant son trot sur l’allure du maître, le chien reprit son escorte.

L’homme courait aveuglément, sans but conscient, envahi d’un effroi qu’il n’avait encore jamais connu. Il allait sans rien voir. Puis, peu à peu, tout en labourant la neige de ses mocassins, il recommença à discerner les objets autour de lui : les berges du Creek, la piste mal tracée, les peupliers dénudés et les sapins noirs, et le ciel au-dessus de sa tête. Il lui sembla qu’il se sentait mieux. L’effort de la course avait ramené en son corps quelque chaleur. S’il pouvait la continuer assez longtemps, il atteindrait le campement et rejoindrait ceux qui l’attendaient. Là, il serait bien soigné et les camarades sauveraient de lui ce qui n’était pas encore entièrement gelé.

Mais une autre pensée surgissait. Non, non, il n’arriverait jamais au campement... Trop de milles l’en séparaient. Trop profondément le gel l’avait mordu. Bientôt, il tomberait raide mort. Cette pensée, il s’évertuait à la chasser. Il refusait de s’y arrêter, de la considérer en face. Mais, toujours plus poignante, elle s’imposait, se vrillait en lui. De toutes ses forces il la repoussait, s’efforçant de songer à d’autres choses.

Il lui semblait extrêmement bizarre de pouvoir courir, comme il le faisait sur des pieds totalement gelés. Si gelés qu’il ne les sentait même pas toucher le sol. Son corps ne paraissait point peser sur eux. Il effleurait la neige, sans ressentir le contact. L’homme avait vu naguère, quelque part dans une ville, une statue de Mercure Ailé. Il se demandait si ce Mercure n’éprouvait pas la même sensation que lui donnait cet effleurement du tapis de neige. Il était fou, à la vérité, de prétendre atteindre le campement en courant ainsi. Comment s’imaginer que ses forces affaiblies ne le trahiraient pas ? Plusieurs fois déjà il avait trébuché. Finalement il chancela, contracta ses muscles pour rétablir son équilibre, puis tomba.

En vain, l’homme essaya de se relever. Il était à bout. Il s’assit donc sur la neige et décida de se reposer quelque temps, avant de continuer son voyage ; mais, cette fois, sans courir. Tout en reprenant haleine, il constata que si son nez, ses joues, ses pieds, ses mains demeuraient insensibles, une bonne et confortable chaleur ardait dans sa poitrine. Pour agréable que fût cette sensation, elle était surprenante. Ayant réfléchi, il conclut que le gel de son corps devait s’étendre. Des extrémités des membres et des membres eux-mêmes, le sang refluait vers la poitrine et vers le cœur.

Pensée terrible qu’il tenta de refouler et d’oublier. Car il sentait bien qu’elle arriverait à faire renaître en lui l’affolement. Et, plus que tout, il redoutait cela. Mais la pensée s’affirmait, obsédante, et persistait si bien qu’il eut tout à coup la vision de son corps totalement gelé. C’en était trop. Comme mû par un ressort, il se remit debout et reprit sur la piste sa course éperdue. Un moment, le temps d’un éclair, il redevint maître de lui. Il ralentit son allure et se remit à marcher, pour mieux ménager ses forces. Mais la vision de tout son corps gelé s’imposa presque aussitôt à son cerveau et le fit courir de nouveau.

Derrière lui, à même allure, le chien suivait. Lorsque, pour la seconde fois, l’homme tomba, l’animal s’assit, comme il l’avait déjà fait, sa queue repliée sur ses pattes, les yeux ardents et attentifs. Le calme de la bête irrita l’homme qui se mit à l’injurier. Le chien se contenta de coucher légèrement les oreilles.

L’homme grelottait de tous ses membres. Visiblement, il était en train de perdre la bataille ; le froid gagnait partout sur son corps. Il eut un dernier sursaut d’énergie et se remit à courir. Mais il n’alla pas bien loin. Deux minutes après, il chancela et, tombant la tête en avant, s’étendit tout de son long sur la neige.

Ce fut d’abord une stupeur. Puis, dès qu’il eut repris le contrôle de lui-même, il s’assit, et la conception lui vint qu’il devait mourir avec dignité. Il se dit qu’il avait agi en insensé. Il se compara à un poulet qui, la tête coupée, continue à remuer les pattes. Oui, il fit cette comparaison !

Puisqu’il était condamné à geler, et que c’était irrévocable, il pouvait aussi bien accepter décemment l’épreuve. Une grande paix résulta pour lui de cette résolution, cependant qu’il sentait une somnolence le gagner et sa tête vaciller.

C’est, après tout, songea-t-il, une sensation délicieuse de s’endormir dans la mort. C’est comme si l’on avait absorbé un anesthésique. La mort par congélation n’est pas aussi affreuse qu’on le disait. Il y avait d’autres façons bien pires, de mourir.

Une hallucination s’empara de lui. Il voyait les camarades chercher, le lendemain, son cadavre. Il explorait la piste en leur compagnie, et se cherchait lui-même. Avec eux il suivait le lit glacé de la rivière et, soudain, à un coude de la vallée, il trouvait son corps étendu sur la neige. Il songeait alors qu’il avait dû faire grand froid. Quand il serait de retour aux États-Unis, il pourrait raconter aux gens ce qu’était un vrai froid.

Puis cette vision s’effaça, remplacée par une autre. Cette fois, il se trouvait avec le vieux bonhomme qui avait sa cabane sur le Sulphur Creek. Il le voyait nettement, au chaud, et confortablement installé, en train de fumer une pipe.

— Tu avais raison, lui murmurait-il... Tu avais raison, vieux père...

L’homme s’assoupit alors, en un sommeil qui lui parut être le meilleur qu’il eût jamais connu. Assis en face de lui, le chien attendait. Le jour bref se mourait en un long et grisâtre crépuscule. Aucun indice ne marquait que le maître s’apprêtât à construire un feu. Il s’en étonnait dans son cerveau de chien. Dans sa fruste mémoire, rien n’évoquait le souvenir d’un homme assis, sans feu, dans la neige, par semblable température.

Avec la fin du crépuscule et la nuit qui montait au ciel, la froidure augmenta encore. Le chien se mit à gémir doucement et recommença à faire aller sur place ses pattes de dëvant, tout en couchant les oreilles, car il craignait une réprimande de l’homme ou un coup de fouet. Mais l’homme ne bougeait pas, ni ne parlait. Le chien gémit plus fort. Puis il rampa vers le maître et flaira l’odeur de la mort. Les poils hérissés, il recula.

Quelques moments encore, il resta à cette même place, hurlant aux étoiles, qui vacillaient dans l’air glacé. Puis il fit volte-face et, remontant au trot la piste qu’il avait, en venant, suivie avec l’homme, il s’en retourna vers quelque autre maître, qui pourvoirait à sa nourriture et lui allumerait un feu.

 

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2118

 

 

ps:

Notes du traducteur

↑ Le Yukon, ou Yakou, est le fleuve long d’environ deux mille kilomètres, qui traverse le Klondike et le Territoire d’Alaska, pour aller se jeter dans la mer de Behring. ↑ Dawson était la capitale du Klondike et du Pays de l’Or. Fort Saint-Michel est situé dans l’Alaska, sur le golfe de Norton, qui s’ouvre entre la mer et le détroit de Behring. Rappelons que le mille anglais vaut un peu plus d’un kilomètre et demi, soit 1 609 mètres. ↑ Dans White-Fang, ou Croc-Blanc (Ch. XVI, Le Dieu Fou), Jack London nous apprend que : « ... les quelques hommes blancs qui se trouvaient à Fort-Yukon se dénommaient eux-mêmes, avec orgueil, les Sour-Doughs, ou les Pâtes-Aigres, parce qu’ils préparaient, sans levure, un pain légèrement acidulé. Ils ne professaient que du dédain pour les autres hommes blancs qu’amenaient les vapeurs et qu’ils désignaient sous le nom de Cheechaquos. parce que ceux-ci faisaient, au contraire, lever leur pain pour le cuire. » ↑ Rappelons qu’il s’agit ici de degrés Fahrenheit. ↑ Le claim est le lot à exploiter, dévolu à une équipe de chercheurs d’or. ↑ La Rivière-du-Soufre.

To Build a Fire, 1908 (repris dans le recueil Lost Face, 1910) ; en français dans Construire un feu, traduit avec Paul Gruyer (première publication en français dans Le Progrès Civique, n° 195 à 197, 1923).

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 18:08

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 11:46

Caroluswimmer.jpgEntretien avec Carolus Wimmer, député et responsable international du PC Vénézulien sur le rôle des communistes dans le processus de révolution Bolivarienne

 

 

 

Interview réalisée par Annalisa Melandri traduite par AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Du 4 au 7 août s'est tenu le XIV ème congrès du Parti communiste du Vénézuela, qui a confirmé son soutien au gouvernement d'Hugo Chavez et à sa candidature pour les élections de 2012, la considérant comme une « nécessité politique (…) pour donner une suite à son action politique sur la base du renforcement du caractère démocratique, participatif et progressiste du processus enclenché dans la société vénézuélienne à partir de la victoire populaire aux élections présidentielles de 1998 ». Par ailleurs, le Comité central a élu le nouveau bureau politique, confirmant comme président et secrétaire général du Parti, respectivement les camarades Jeronimo Carrera et Oscar Figuera.

 

Le président Chavez, lors d'une communication téléphonique en plein Congrès, a déclaré que « l'alliance (avec les communistes) est décisive »et a exhorté les camarades présents à participer à la formation du grand Pôle patriotique qui rassemblera toutes les forces révolutionnaires du pays pour continuer à renforcer la Révolution bolivarienne.

 

Dans cette interview inédite et exclusive, réalisée en mars dernier à l'Hôtel Alba de Caracas, avec Carolus Wimmer, secrétaire des relations internationales du Parti communiste du Vénézuela et député du Parlement latino-américain, Wimmer nous explique en quoi consiste le « Pôle patriotique » et fait le bilan des progrès de la Révolution bolivarienne et des défis qu'il est encore nécessaire de relever pour parler de socialisme au Vénézuela.

 

 

Le Parti communiste du Vénézuela célèbre cette année ses 80 ans de lutte depuis sa fondation en 1931. Quel bilan peut-on faire à l'heure d'aujourd'hui?

 

Notre existence aujourd'hui, après 80 ans de lutte (et rappelons-nous que dans le passé le PCV a utilisé tous les types de lutte possibles et qu'il n'en écarte aucun à l'avenir, naturellement en en discutant et en les adaptant au contexte historique) a en soi une grande valeur, à tel point que l'on peut dire, en dépit des erreurs, des divisions, des trahisons, des difficultés... que le Parti communiste du Vénézuéla bénéficie d'un grand prestige dans la société vénézuélienne. Tout cela pour défendre, clairement et avec tous les sacrifices que cela suppose, des intérêts et des aspirations du peuple vénézuélien, des travailleurs et travailleuses de la classe ouvrière, des paysans et des autres couches sociales.

 

 

José Vicente Arangel, ancien vice-président, intervenant lors de la cérémonie du 2 mars, à l'occasion du 80 ème anniversaire du Parti, a déclaré que le PCV était le parti des prisonniers, des martyrs, des exécutés, des torturés, des disparus – pour qui beaucoup de camarades ne savent encore pas ce qu'ils ont enduré – mais qu'il est aussi un parti composé de vivants et le parti du présent. Cette synthèse de José Vicente est emblématique de ce qu'ont signifié ces 80 ans de lutte et d'engagement toujours aux côtés de la classe ouvrière.

 

 

Quelle est la contribution du PCV au processus bolivarien au Vénézuela ?

 

Aujourd'hui nous sommes en première ligne, tout en reconnaissant le moment historique unique que nous vivons ainsi que le leadership du président Commandant Hugo Chavez. Naturellement, nous sommes au gouvernement en tant que force indépendante. Concrètement, nous levons bien haut le drapeau de la Loi organique du travail, la proposition du Parti communiste conçue avec la classe ouvrière.

 

Cette loi, depuis 5 ans, n'a toujours pas été adoptée par l'Assemblée nationale, peut-être en raison de son contenu ou alors parce qu'elle a été proposée par le Parti communiste. La lutte continue. Nous ne devons pas nous mettre sur la voie révolutionnaire allant vers le socialisme sans prendre en compte les nouveaux droits de la classe ouvrière, des travailleurs, sans la Loi organique du travail, et sans la création de Conseils socialistes ouvriers, qui sont un point d'appui fondamental.

 

 

Quelle est aujourd'hui, la situation de la classe ouvrière au Vénézuela ? Peut-on parler de progrès par rapport au passé et de batailles encore nécessaires pour ce qui est de l'organisation du mouvement ouvrier ?

 

La classe ouvrière est encore dans une phase de grande désorganisation, qui est naturellement le fruit de la fracture syndicale et politique des années 1980 et 90, car le Vénézuela a été en Amérique latine l'avant-garde du néo-libéralisme. De façon auto-critique, nous soulignons que la classe ouvrière en tant que elle n'est pas intégrée aujourd'hui au processus révolutionnaire. Le Parti communiste lutte en ce sens et apporte sa contribution à l'organisation syndicale, où on constate des résultats positifs mais aussi de nombreux obstacles qui rendent le travail unitaire difficile. A côté de ce travail de renforcement du mouvement syndical, nous œuvrons aussi à la création et au renforcement du pouvoir ouvrier. Ce sont deux aspects qui vont dialectiquement ensemble mais qui ne sont pas la même chose : une chose est la lutte syndicale, une autre la lutte politique pour le pouvoir, que nous considérons être une lutte pour le pouvoir ouvrier. Tout cela en parallèle aux Communes et aux Conseils populaires qui constituent le mouvement social. Bien entendu, notre parti s'appuie sur le vieux concept de la classe ouvrière avant-garde d'un processus révolutionnaire allant vers le socialisme. Voilà où réside une bonne partie des difficultés rencontrées, car en ce moment c'est la petite bourgeoisie qui se trouve à l'avant-garde de ce processus. Voilà pourquoi nous travaillons depuis longtemps à l'organisation et au renforcement de la classe ouvrière, notamment sur le plan syndical. Quelque chose qui fonctionne bien, c'est la construction des Conseils socialistes ouvriers. Dans l'Hôtel où nous nous trouvons, l'Hôtel Alba, se trouve un Conseil socialiste ouvriers incluant 575 travailleurs, avec une majorité de femmes qui s'organisent, c'est quelque chose de très intéressant, avec toutes ses contradictions et les difficultés de la question car il n'existe aucune loi à cet égard. De fait, ils font quelque chose d' « illégal » pour renverser la vieille société. Sans le moindre doute, nous devons faire certaines choses que le système bourgeois dominant considère comme « illégales ». Nous ne pouvons pas faire de révolution en suivant toujours les règles du système bourgeois. Comme on dit, on ne peut pas demander l'autorisation pour faire la révolution...

 

Dans le Plan 2011 du Parti communiste du Vénézuela, on trouve des éléments que vous allez porter à l'Assemblée nationale. Quels sont selon vous les progrès nécessaires à faire pour renforcer le processus de Révolution bolivarienne, ou pour aller vers le socialisme ?

 

Pour l'instant, nous n'avons qu'un seul député et cela, logiquement, pose des limites à notre travail. Avec le secrétaire-général Oscar Figuera, un des seuls, si ce n'est le seul, qui vienne réellement de la classe ouvrière, nous nous concentrons sur le Pouvoir populaire et comme nous l'expliquions auparavant, sur la Loi organique du travail. Nous ne parlons pas encore de Socialisme, nous parlons d'une étape qui est celle du Front anti-impérialiste, d'une phase préparatoire pour atteindre des objectifs plus élevés. Mais déjà à ce stade anti-impérialiste, naturellement en regardant vers le socialisme, nous devons nous attaquer à de vieux défauts, aux vieilles limites et injustices du système bourgeois et cela suppose, avant tout, de changer la législation du travail. Nous avons une législation qui représente les rapports de force des années 1980/90 et avec une classe ouvrière divisée, une organisation détruite et avec des syndicats qui sont de véritables mafias. J'explique toujours que le syndicalisme vénézuélien réformiste, social-démocrate, a été créé, financé et soutenu par l'Europe depuis les années 1950 jusqu'aux années 1980. De là viennent l'essentiel des cadres du vieux syndicalisme qui est en train finalement de s'épuiser. Tous les dirigeants de la CTV (Centrale des travailleurs du Vénézuéla) ont été formés en Italie et en Allemagne, selon des critères tirés d'une école social-démocrate et d'un système syndical nettement nord-américain. Ici, il n'existe pas de véritables confédérations syndicales, mais chaque entreprise a aujourd'hui son syndicat. Ce sont des mafias syndicales, comme aux États-Unis. En ce moment, des travailleurs sont continuellement assassinés. Une des luttes les plus importantes de l'année écoulée a été celle de Mitsubishi, où tous les dirigeants ont été assassinés après avoir remporté une lutte syndicale. Ce ne sont pas des méthodes européennes, ce sont des méthodes introduites par le système nord-américain qui est dominant ici. Pour le syndicalisme vénézuélien nous avons cette image, d'un système bras dessus bras dessous avec l'Europe et les États-Unis. Nous luttons donc pour une loi, nous mobilisons de façon positive le parti des travailleurs pour un parlement révolutionnaire socialiste. Finalement, nous convenons de cela : nous n'avons pas encore un Code du travail socialiste. Il faut voir la réalité en face, on ne pas vivre d'illusions.

 

L'autre partie du travail, c'est l'organisation du Pouvoir populaire, des travailleurs dans les entreprises. Le Parti communiste estime que c'est la tâche principale. Actuellement tout le Parti, tous ses militants sont engagés dans ce travail, dans le travail avec la classe ouvrière. J'ai suivi et accompagné de mon côté la formation de trois Conseils socialistes ouvriers, dont un ici même à l'Hôtel Alba, un autre à la VTV (Télévision vénézuélienne) et un autre à la Radio nationale du Vénézuela. C'est un travail fondamental.

 

Selon nous, l'avenir de la Révolution bolivarienne en dépend. Si l'on ne réussit pas à mobiliser et à donner le pouvoir aux travailleurs, qui contrôlera la processus de transition au socialisme ?

 

En quoi consiste la proposition présentée par le PSUV pour la construction d'un Pôle patriotique ?

 

Après plusieurs réunions du Comité central et avoir porté le document devant la base du parti, nous avons publié notre proposition de « Pôle patriotique ». Nous mettons tout simplement à l'ordre du jour un débat et une discussion où nous considérons pas qu'il n'y ait de vérité absolue. Toutefois, le PSUV n'est pas encore arrivé au bout de son débat interne ; en ce moment ils discutent des fameuses 5 lignes stratégiques dont une traite du Pôle patriotique et les quatre autres concernent leurs questions internes. Pour nous, le « Pôle patriotique » est un front anti-impérialiste qui doit intégrer tous les secteurs, qui d'une façon ou d'une autre, sont menacés par l'impérialisme.

 

Cela s'inscrit dans une perspective électorale ?

 

Bonne question. Non, nous soulignons bien qu'il ne doit pas s'agir d'une alliance électorale comme nous en avons déjà connu et dont nous ne voulons plus. Elle s'inscrit dans une lutte de classe et dépend de la vision de classe que tu portes sur cette alliance qui en elle-même peut offrir diverses perspectives. La notre est stratégique, elle voit loin ; d'autres ont comme perspective de remporter les élections, mais nous pouvons dire avec certitude – au vu des événements des dernières années – qu'il y a une prise de conscience dans tous les secteurs qui veulent vraiment avancer dans le processus bolivarien, qui ne peut être réduit aux élections. Le président Chavez lui-même dit que sur le plan strictement électoral, sans révolution, sans transformations profondes, l'ennemi de classe a naturellement l'avantage, même s'il encaisse des coups. Si nous ne parvenons pas à le battre, il relèvera de nouveau la tête.

 

Sur la crise économique mondiale qui frappe durement tous les pays du monde, comment le PCV voit la situation et quelles sont les propositions du Parti pour sortir de la crise au niveau national et international ?

 

Avant tout, nous devons constater, et ce nous le disons clairement, que la crise mondiale a touché le Vénézuela. Tout le monde ne le dit pas, mais l'économie du pays a été rudement affectée par la crise. Nous avons une économie basée sur une part importante d'importations. Nous sommes encore un pays qui importe de tout et c'est encore un autre élément que nous devons dépasser. Être dépendants signifie ne pas être libres. Être aussi dépendants implique évidemment de faire certains compromis au niveau international, ce qui n'est pas un mal en soi, mais cela doit s'inscrire dans une perspective de changement. Cela a toujours été le cas dans le secteur industriel, technologique et scientifique, mais on le constate également dans le secteur agraire ; on parle de 70 à 80% d'aliments importés et sur ce point, nous devons apporter un autre éclairage que celui de la droite. Il y a des faits qui doivent être analysés d'un point de vue de classe. Supposons qu'il y ait 80% d'aliments importés, la droite dit que le modèle socialiste est un échec total, nous disons que ce n'est pas le cas, car les gens aujourd'hui vivent et mangent mieux qu'avant. Aujourd'hui, les aliments sont accessibles, avec encore des difficultés, on peut critiquer beaucoup de choses, mais c'est un fait de dire que la famine n'existe plus. C'est une réalité de dire que le gouvernement aujourd'hui s'occupe de ce problème, avant ce n'était pas le cas. Dans les années 1990, il y avait la famine. Mais cette forte dépendance est un problème qui doit être résolu, en particulier dans un moment de crise. Nous devons souligner qu'aujourd'hui nous en avons les capacités.

 

En Amérique latine, la situation par rapport à la crise en général est différente qu'en Europe ou qu'aux États-Unis, car ici on n'a pas licencié les travailleurs par milliers. Il y a des chômeurs mais ce n'est pas une conséquence directe de la crise. Ici la classe bourgeoise, les multi-nationales ont perdu bonne partie de leur pouvoir, il y a un meilleur contrôle qu'auparavant exercé sur elles, et en particulier un contrôle légal et un contrôle également des décisions gouvernementales, il y a certaines choses qui ne peuvent pas se faire.

 

Nous voyons une solution possible à la crise dans une plus grande intégration latino-américaine et caribéenne afin de ne pas être complètement pris dans l'avalanche de la crise. Un pays tout seul peut chercher des solutions limitées et immédiates, en revanche nous avons besoin de solutions stratégiques, et une d'entre elles est justement l'intégration de l'Amérique latine qui progresse et connaît des succès.

 

 

Quelles sont les difficultés de ce processus?

 

C'est un processus très difficile, un processus unique. Simon Bolivar a échoué dans ce projet et en 200 ans on est parvenu à rien, en particulier en raison de l'ingérence étrangère, européenne d'abord et états-unienne ensuite. On a beaucoup avancé en juste 10 ans, ce qui dans l'histoire n'est rien du tout, et avec des résultats importants, par exemple l'UNASUR a évité deux guerres en Amérique latine, et ce n'est pas rien. En Europe, on ne connaît plus de guerres de nouvelle génération, la dernière a été celle en Yougoslavie. Ici il y eut une tentative d'en monter une entre la Colombie et l’Équateur en 2008, tout était prêt, les États-Unis exerçaient une pression maximale en ce sens. Mais avec une décision rapide prise par Michelle Bachelet, alors présidente chilienne de l'UNASUR, qui a invité les présidents membres de cet organisme à se réunir, on est parvenu à empêcher Alvaro Uribe de lancer une offensive militaire. Nous savons bien que là où se trouvent des guérilleros, ils se sentent le droit de passer à l'offensive, comme cela s'est produit l'an dernier au Vénézuéla. L'intention, cela a été démontré preuve à l'appui, était d'attaquer des prétendus camps de guérilleros au Vénézuéla, mais ce plan a été également mis en échec par l'UNASUR.

 

Puis il y a l'ALBA, qui pour nous signifie un bond qualitatif, où est nécessaire un niveau de conscience supérieur et c'est pourquoi tous les partis n'y participent pas. Mais il s'agit de quelque chose de plus que de simples relations internationales, on parle de solidarité et de coopération, l'argent devient un facteur secondaire, et cela est déjà quelque peu utopique, mais c'est utopie et réalité en même temps. On échange le pétrole contre de la santé ou des céréales, mais non au prix de la bourse de Londres, car il serait impossible, par exemple, pour la République dominicaine d'avoir des échanges avec le Vénézuéla.

 

Aujourd'hui, c'est possible car le pétrole de façon très utopique vaut tant de tonnes de céréales et non 120 dollars le baril. Il s'agit de quelque chose de très intéressant et cette année, le 6 juillet, naîtra la Communauté des États américains et caribéens (CELAC) à laquelle participent tous les gouvernements. La décision a été prise l'an passé à Cancun ; y participeront tous les 22 pays d'Amérique latine et centrale, tous sauf les États-Unis et le Canada.

 

Évidemment, tout cela risque de poser des problèmes, mais le fait que la proposition ait été élaborée et adoptée au Mexique, et non à Caracas et à la Havane, et ensuite exprimée par Calderon, qui nous le savons n'est pas un révolutionnaire, cela nous prouve que ces gouvernements pro-impérialistes ou pro-yankee, comme nous les appelons, ont de grandes contradictions, en particulier dans la société.

 

Ce qui se passe actuellement dans le Maghreb, en Afrique du nord, c'est le résultat de contradictions explosives dans la société et même des gouvernements de droite, comme celui de Santos en Colombie, se doivent de faire des concessions pour se sauver et sauver le système.

 

Tu connais l'Amérique latine et tu sais que les contradictions sont tout aussi explosives ici, et tu peux t'imaginer que la CELAC ne va pas connaître une vie tranquille. Cela nous renvoie aux efforts de Simon Bolivar au congrès de Panama. J'insiste toujours sur les déclarations très intéressantes de la ministre des affaires Étrangères mexicaine, de droite, Patricia Espinosa. Ses déclarations sont anti-impérialistes et j'imagine qu'elle sait très bien ce qu'elle dit – ce sont les contradictions même du système – avec ses dénonciations de l'ingérence états-unienne et elle répète plus que Calderon (qui n'ose même pas le dire) que, sans les États-Unis, le problème de la drogue ne serait pas aussi grave et que sans les armes qui viennent des États-Unis, il n'y aurait pas tant de morts qui s'élèvent à ce jour à 35 000.

 

Nous voyons ainsi que la politique révolutionnaire, c'est pas blanc ou noir, la politique révolutionnaire, c'est analyser dans quelle phase nous nous trouvons, quels alliés nous avons pour la lutte, en sachant que seuls nous ne pouvons vaincre ce monstre qu'est l'impérialisme, non seulement nord-américain mais aussi européen. Il nous faut donc rechercher des alliances, et c'est ici que la politique devient science. Le fameux « rejet de la politique » nécessite l'ouverture d'un débat collectif, celui que propose le Parti communiste. Toutefois, nous n'avons pas le monopole de la raison, de la vérité, la vérité doit se construire collectivement. Un autre point, c'est la direction collective de la révolution, car il ne s'agit pas seulement de constituer un appareil, la question est qui dirige cet appareil. Cet appareil doit être une direction collective et cela n'a pas été le cas pendant les douze dernières années, nous n'avons pas avancé en ce sens, nous n'y sommes pas. Il y a sans nul doute une prise de conscience au niveau populaire, ce qui est un progrès important, et le mérite en revient pour partie à Chavez, mais cette conscience aujourd'hui est si élevée qu'elle n'accepte plus quelque chose qui ne soit pas collectif, et les derniers scrutins électoraux en sont la preuve, avec d'excellents résultats, les gens veulent participer et prendre des décisions collectivement.

 

Comment analysez-vous la situation qui prend forme en Afrique du nord, avec ces soulèvements populaires ? Peut-on dire que la situation en Libye en revanche est quelque chose de différent ?

 

 

Pour nous, en tant que marxistes-léninistes, dogmatiques, dinosaures... en tant que révolutionnaires, il est logique que le monde continue de bouger, que les peuples continuent leur marche en avant, dans la lutte. Ce qui n'est pas toujours clair, c'est le moment et le lieu de la lutte. Toujours, où que ce soit, même en l'absence d'une poussée révolutionnaire, il faut un petit groupe de résistance, afin d'être prêt à passer à l'action avec ce noyau quand l'histoire et les peuples décident de passer de la passivité à l'action. C'est ce qui se produit actuellement en Afrique, les contradictions ont toujours été là, elles ne sont pas apparues cette année. Il y avait un système économique, politique et social, quasi médiéval, un produit – faut-il le rappeler – du colonialisme. Si tu jettes un coup d’œil à la carte et tu regardes cette ligne droite qui sépare Égypte et Libye, tu vois qu'il ne s'agit pas d'une frontière naturelle entre les deux pays. C'est un pur produit du capitalisme, du pillage orchestré par les puissances coloniales au XIXème et XXème siècle, il faut le rappeler au lieu de rejeter la faute sur les peuples ou sur un seul homme.

 

Ce qui se passe actuellement en Libye est pour nous, Vénézuéliens, très important et dangereux, car il y a de nombreux points communs, c'est mon avis, avec le coup d’État au Honduras. Tout comme cela fut un putsch contre l'ALBA, désormais le coup d’État contre la Libye est un putsch contre l'OPEC. Nous pouvons dire que, en général, l'ennemi est en train de planifier si d'un point de vue stratégique il doit garder Kaddafi ou non. Les États-Unis vont mettre en œuvre leur politique internationale dans cette région qui s'est déjà embrasée. Mais on trouve les mêmes morts et la même absence de démocratie en Mauritaine, où on tue des manifestants chaque jour, ou encore au Maroc (qui occupe en outre illégalement la République saharaouie avec plus d'un million de personnes expulsées), c'est juste que le Maroc et la Mauritanie sont protégés par l'Espagne, voilà pourquoi rien n'est fait. Puis il y a l'Algérie et la Tunisie, protégées par la France et l'Allemagne, où il s'est passé quelque chose mais qui n'est aujourd'hui plus d'actualité. Si nous passons sur la Libye, nous avons l’Égypte, où nous trouvons une situation extrêmement grave, où le gouvernement, le Conseil suprême des forces armées, est une dictature militaire protégée par Mubarak qui n'est ni à la Cour de la Haye ni à la Cour des droits de l'Homme mais se la coule douce dans une station balnéaire. Mubarak, la semaine passée, a menacé de fermer le Canal de Suez si l'ingérence extérieure s'intensifiait. Qu'est-ce alors que ce Conseil ? C'est l'extrême droite égyptienne qui ne veut pas de la démocratie, qui n'est pas disposée à faire ce que le peuple demande au prix de nombreuses victimes. Zéro, silence radio. Regarde le Yémen, où quelques rares nouvelles émergent, voit l'Oman, c'est pareil, et puis au Bahrein, où il y a trois semaines, on a tué tous ceux qui campaient sur une place. De ce protectorat Saoudien, aucune nouvelle, on ne dénonce pas les crimes commis. On ne parle pas non plus de la Jordanie.

 

Vois donc comment cette grande région est pour les États-Unis, première puissance mondiale, au cœur d'une situation bien difficile à résoudre même pour eux. Toutes leurs guerres ont été lancées contre des pays bien précis : le Vietnam, la Corée, l'Irak, l'Afghanistan, certaines escarmouches en Amérique latine et aujourd'hui cette région qui a des ressources naturelles très importantes. Alors : pourquoi la Libye ? Quelle est notre position ? En premier lieu, tous les peuples ont le droit de décider d'eux-mêmes de leur sort. La Libye est un cas compliqué, il ne s'agit pas d'un État occidental, mais d'un ensemble composé de trois grandes tribus. Kaddafi est parti d'une position révolutionnaire, anti-coloniale, en faisant tomber une monarchie et pour nous cela a été un point positif. Mais du point de vue tribal – que l'on ne doit pas critiquer en soi car il existe dans le monde des différences culturelles qui ne doivent pas nécessairement coïncider avec la démocratie occidentale ou européenne – une tribu en a exclu deux autres. Aujourd'hui, nous avons la rébellion d'une tribu de l'Est, de Benghazi contre Kaddafi, mais cette rébellion est clairement dirigée vers la conquête du pouvoir politique. Pourquoi la Libye ? Car c'est un pays pétrolifère. Car son gouvernement a toujours eu, excepté dans les toutes dernières années, des positions qui ont ennuyé les grandes puissances, il ne s'est pas soumis. En Libye, nous voyons comment l'impérialisme cherche à diviser nos pays, nos peuples, les diviser pour les dominer, quelque chose que nous devons toujours rejeter, comme cette conception hypocrite des droits de l'Homme. On ferme un œil sur un pays et on ouvre les deux sur un autre. Hier, c'était pour dénoncer la Libye comme étant en possession d'armes chimiques, d'armes de destruction massive... on se souvient de Saddam Huseein... et si elle les avait, qui les lui a vendues ? Ou les États-Unis ou la Grande-Bretagne, ou alors la France, l'Allemagne, un de ces pays les lui aurait vendues. Nous insistons sur l'auto-détermination des peuples, des tribus, car il n'y pas un peuple libyen, qui luttent pour leurs droits, nous sommes opposés à l'ingérence des grandes puissances, car nous savons que là où elles s’ingèrent il n'y aura pas de démocratie ensuite, il n'y aura pas de droits de l'Homme, il n'y aura pas d'auto-détermination des peuples, et la seule chose qui se passera, comme c'est le cas désormais en Égypte, c'est tout simplement qu'ils élimineront le clan Kaddafi pour en mettre un autre à sa place, afin de piller le pays et ses ressources.

 

Au niveau mondial, on observe un bouillonnement des luttes, reposant surtout sur la revendication de meilleures conditions de travail. Croyez-vous que l'on peut commencer à penser à une force communiste internationale. La proposition du président Chavez de 5ème internationale a-t-elle eu une suite ?

 

Au Vénézuéla, on n'en parle plus, tu n'en es rendue compte ? J'étais présent à Avila lorsque le président l'a proposé aux délégués internationaux lors du congrès du PSUV. Nous partagions alors avec lui la préoccupation de l'unité de la gauche. Aujourd'hui, le monde est différent et beaucoup plus complexe qu'il y a quelques années, quelques décennies. Dans le capitalisme naissant, il y avait l'affrontement de deux classes principales, qui pour nous continuent d'être les principales, mais aujourd'hui il existe des couches qui revendiquent des droits syndicaux mais aussi des droits spécifiques à prendre en considération. On ne peut pas toujours penser de façon générale, voilà notre vision de communistes. Par exemple, pour les femmes, toutes les grandes revendications de genre ne portent pas sur des droits strictement relatifs au monde du travail, mais elles doivent aujourd'hui être intégrées. On trouve des secteurs qui n'existaient pas auparavant, les plus faibles, les enfants, les personnes du 3ème âge, les droits spécifiques des techniciens, ingénieurs ou des travailleurs de la culture, et il faut intégrer tout cela. Cela va au-delà des partis politiques spécifiques mais en ce moment il manque encore une force organique qui puisse diriger toute cette diversité. Il faut tout simplement une force, où personne n'ait le monopole de l'identité révolutionnaire ou progressiste, il faut des organisations qui puissent articuler participation et représentation. Je suis très critique de cette théorie de l'organisation horizontale, de celle-ci ressort souvent une personne qui parle plus ou qui se met plus en avant. Nous, nous faisons le pari du collectif. Il y a une théorie de Negri, qui a été reprise par Chavez, qui disait que nous ne sommes pas un parti de cadres. Nous sommes un parti de multitudes ! Voyons tout d'abord : Qu'est-ce qu'une multitude ? Pour moi, c'est quelque chose de désorganisé. Il y a des désaccords sur cette question, mais l'important pour nous, au Vénézuéla, c'est qu'un débat existe même sur ces questions-là.

 

Le mouvement communiste international n'existe pas actuellement, il y a des efforts importants réalisés en ce sens et pour moi il est positif de réaliser certaines actions ensemble, pour le moment il y a beaucoup de réunions, d'événements et de séminaires, mais on se demande, et après ?

 

L'impérialisme est toujours à l’œuvre mais nous sommes aujourd'hui un peu moins vulnérables en ce monde, avant on traversait la rue et on risquait sa vie, aujourd'hui on recueille des signatures sur Internet. L'ennemi de classe est toujours là et nous n'avons pas de solution concrète. Ce qui est intéressant, c'est que Chavez emmène le débat sur ces questions que les gens n'osent pas affronter, comme lorsqu'à l'ONU il a parlé de souffre et qu'il a reçu une salve d'applaudissements car tout le monde le pensait mais personne n'osait critiquer publiquement le président des États-Unis. Il s'agit donc d'une tâche collective, ou plus que du mouvement communiste, nous parlons de Front anti-impérialiste, où doivent participer les partis communistes, les ouvriers. La lutte continue donc, comme dans la conception du Manifeste du parti communiste, nous sommes unis, tous les hommes et les femmes progressistes, qui veulent faire changer les choses en ce monde. C'est pour cela qu'aujourd'hui la solidarité internationale est plus importante que jamais, voilà pourquoi nous sommes également solidaires avec la situation de la Libye, nous ne justifions pas mécaniquement un homme sans voir ce qui se trouve derrière, nous ne croyons pas automatiquement les images de supposés massacres. Désormais, on parle d'une guerre civile. Dans cette guerre civile, seul un camp subit des pertes, et l'autre non ? Il faut plutôt éviter que des civils se positionnent en faveur des intérêts de l'impérialisme et jamais en faveur des intérêts des peuples. Voilà pourquoi est nécessaire ce mouvement progressiste, anti-impérialiste international, comme nous l'appelons : il faut faire le maximum, et ce n'est pas chose facile, car il faut intégrer tous les secteurs, et les respecter peu importe leur importance quantitative. Il faut le faire au beau milieu d'une lutte de classe où l'ennemi a l'avantage médiatique, du pouvoir économique et militaire, l'avantage de nos divisions, qui ne naissent pas par hasard et cependant, pour conclure sur une note positive, nous disons que l'Amérique latine dans la dernière décennie a démontré réellement que la lutte des peuples est chose possible. Nous attendons toujours que ce soit le cas ailleurs, comme aujourd'hui en Afrique et dans les pays arabes où peuvent émerger ces luttes anti-impérialistes.

 

L'Amérique latine a commencé à tisser des relations étroites avec l'Afrique, il existe l'alliance Afrique-Amérique du sud (ASA) qui en est encore à ses débuts, et qui est peut-être un peu trop bureaucratique, mais cette relation existe déjà. Avant elles n'existaient que vers le nord, vers les États-Unis et vers l'Europe. Nous voyons cette difficile lutte de classe où se joue non le seul destin d'un pays mais celui de l'humanité comme quelque chose de positif.

 

La folie qui peut se déchaîner avec les armes de destruction massive qui sont entre les mains des puissances impérialistes mais non entre les nôtres, comme nous le dénonçons toujours, est quelque chose de grave. Comme il est grave que dans les gouvernements des États-Unis, dans l'ancien comme le nouveau, apparaissent de nombreuses sectes, où il ne s'agit pas de simples positions politiques, contre lesquelles tu peux t'opposer mais que tu peux reconnaître. Tu peux définir une position conservatrice, une position social-démocrate, tu ne la partages pas mais tu peux la reconnaître, mais ces sectes qui émergent aux sommets du pouvoir, le fait que derrière un président se trouve un révérend que tu ne connais pas, cela mène à un fanatisme qui peut se constater d'une part en Afghanistan ou en Iran, d'autre part en Israël.

 

Cela mène aujourd'hui la politique sur un terrain inconnu, car tu n'as pas de point de référence politique mais une sorte de folie, un fanatisme et es fanatiques ont un arsenal nucléaire à leur disposition.

 

Voilà le grand danger qui nous pousse à nous unir et à gagner. Ce n'est pas une option ou une possibilité, c'est un devoir pour nous.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 11:34
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Il n’y a plus d’excuses. Soit vous rejoignez les protestations qui se déroulent à Wall Street et dans les quartiers financiers d’autres villes du pays, soit vous vous retrouverez du mauvais côté de l’histoire. Soit vous vous élevez, de la seule manière qui nous est laissée, c’est à dire la désobéissance civile, contre le pillage opéré par la classe criminelle de Wall Street et contre la destruction de l’écosystème qui permet l’existence de la race humaine soit vous devenez un complice passif d’un crime inouï. Soit vous goûtez à la liberté et à la révolte et vous vous laissez séduire par leurs parfums, soit vous sombrez dans le désespoir et l’apathie. Soit vous êtes un rebelle, soit vous êtes un esclave.

Etre considéré comme innocent dans un pays où le droit ne signifie plus rien, où les entreprises privées ont pris le pouvoir par un coup d’état, où les pauvres et les travailleurs des deux sexes sont réduits au chômage et n’ont pas assez à manger, où la guerre, la spéculation financière et la surveillance intérieure sont les seules occupations de l’état, où il n’y a plus d’habeas corpus, où vous, en tant que citoyen, n’êtes rien de plus qu’un outil aux mains des puissances du privé, un outil qu’on utilise puis jette, c’est se montrer complice de ce méfait épouvantable. Rester sur la touche en disant : "Je suis innocent" c’est porter la marque de Caïn ; c’est ne rien faire pour aider les faibles, les opprimés et ceux qui souffrent, c’est renoncer à sauver la planète. Etre considéré comme innocent dans une époque comme la nôtre, c’est être un criminel. Demandez à Tim DeChristopher.

Choisissez mais décidez-vous vite. L’état et les puissances privées sont déterminés à écraser la révolte. Ils n’attendront pas après vous. Ils ont trop peur qu’elle ne s’étende. Ils ont de longues phalanges de policiers à moto, des files de paniers à salade, des fantassins pour vous pourchasser dans les rues avec des gaz lacrymogènes et des filets de plastique orange. Ils ont érigé des barricades de métal dans toutes les artères qui mènent au district financier de New York où les mandarins vêtus de costumes de chez Brooks Brothers se servent de l’argent qu’ils vous ont volé pour jouer et spéculer et se gaver pendant qu’un enfant sur quatre à l’extérieur de ces barricades dépend des bons alimentaires pour se nourrir. La spéculation était interdite au 17ième siècle. Les spéculateurs étaient pendus. Aujourd’hui ce sont eux qui dirigent l’état et les marchés financiers. Ils répandent des mensonges qui polluent les ondes. Ils savent, bien mieux que vous, que la corruption et l’escroquerie ont tout imprégné, que le système est entièrement contre vous et que le secteur privé a mis en place une petite oligarchie encadrée de politiciens, juges et journalistes complaisants qui habitent derrière les grilles de leur petit Versailles pendant que 6 millions d’Américains sont jetés à la rue, et il y en aura bientôt 10 millions, qu’un million de personnes par an sont incapables de payer leur notes de soins, que 45 000 personnes meurent par manque de soins, que le chômage tourne autour de 20%, que les citoyens, y compris les étudiants se débattent pour rembourser leurs emprunts avec des petits boulots sans avenir, quand ils ont du travail, dans un monde sans espoir, un monde de maîtres et de cerfs.

Le seul mot que le secteur privé connaisse est "plus". Il est en train de détruire tous les derniers programmes sociaux financés par les contribuables, de l’éducation à la sécurité sociale pour se les approprier et en tirer profit. Qu’importe si les malades meurent ; si les pauvres n’ont pas assez à manger ; si des familles entières sont jetées à la rue ; si les chômeurs pourrissent ; si les enfants des terrains vagues des villes et des campagnes n’apprennent rien à l’école et vivent dans la misère et la peur ; si les étudiants ne trouvent pas, et ne trouveront jamais, de travail à la fin de leurs études ; si le système carcéral, le plus important du monde industriel, s’agrandit pour contenir tous les dissidents potentiels ; si la torture continue ; si les enseignants, les policiers, les pompiers, les postiers, et les travailleurs sociaux rejoignent les rangs des chômeurs ; si les routes, les ponts, les barrages, les digues, le train, le métro, les autobus, les écoles et les bibliothèques s’écroulent ou ferment ; si le réchauffement climatique de la planète, les phénomènes climatiques anormaux, les ouragans, les orages, les inondations, les tornades, la fonte des glaciers polaires, l’empoisonnement des nappes phréatiques, la pollution de l’air augmentent et mettent toutes les espèces en danger.

Qui s’inquiète de tout cela ? Si les actions de ExxonMobil, de l’industrie du charbon ou de Goldman Sachs montent, la vie est belle. Le profit, le profit, le profit. Voilà ce qu’ils chantent derrière leurs barricades de métal. Leurs crocs sont profondément plantés dans votre cou. Si vous ne les faîtes pas lâcher prise très très vite, ils vous tueront. Et ils tueront l’écosystème, condamnant ainsi vos enfants et les enfants de vos enfants. Ils sont trop stupides et trop aveugles pour se rendre compte qu’ils mourront en même temps. Ainsi donc, soit vous vous soulevez contre eux et les mettez hors d’état de nuire, soit vous démantelez l’état privé pour récréer un monde sain, un monde où on ne s’incline plus devant l’idée ridicule que les exigences des marchés financiers doivent gouverner le comportement humain, ou c’est l’autodestruction qui nous attend.

Chris Hedges

Pour être informé de tous les évènements de solidarité avec Occupy Wall St. dans le pays consultez le site : http://www.occupytogether.org/

Chris Hedges écrit régulièrement pour Truthdig.com. Il est diplômé de Harvard Divinity School et a été pendant près de 20 ans correspondant étranger du New York Times. Il est l’auteur de nombreux livres dont : War Is A Force That Gives Us Meaning, What Every Person Should Know About War, et American Fascists : The Christian Right and the War on America. Son dernier livre est : Empire of Illusion : The End of Literacy and the Triumph of Spectacle.

Pour consulter l’original : http://countercurrents.org/hedges021011.htm

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 11:32

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Co-auteur de la Nouvelle École capitaliste (La Découverte, 2011), ce sociologue, membre de l’Institut de recherches de la FSU, décrypte les conséquences de la logique d’entreprise appliquée, chaque année un peu plus, à l’éducation.

Vous expliquez dans votre dernier ouvrage La nouvelle école capitaliste que notre système scolaire est aujourd’hui à un « tournant historique ». Lequel ?

Christian Laval. Au-delà des réformes connues du gouvernement Sarkozy, comme la destruction des postes ou la suppression de la formation des enseignants, l’école et l’université sont l’objet depuis une vingtaine d’années d’un changement plus profond. Au gré d’une succession de mesures, parfois peu perceptibles, se construit, brique après brique, un autre modèle éducatif que nous appelons la nouvelle école capitaliste. Ce modèle n’est, certes, pas encore entièrement  réalisé, on peut encore le contenir et le combattre, mais c’est une tendance bien réelle.

Qu’est-ce qui la caractérise ?

Christian Laval. Selon ce modèle, l’école a désormais une fonction qui se voudrait essentiellement, voire exclusivement, économique. La connaissance, qu’elle soit élaborée par la recherche ou diffusée dans l’école, est envisagée comme une valeur économique et intègre la logique dominante de l’accumulation du capital.

Comme cela se concrétise-t-il ?

Christiant Laval. L’aspect le plus visible est lorsque l’enseignement devient une affaire d’achat et de vente. On le voit, par exemple, avec la montée de l’industrie du soutien scolaire ou le développement actuel de différentes  formes de coaching payant. On le voit également avec l’accroissement de la part du privé dans le financement de l’école et l’université. Tout cela relève d’un phénomène de marchandisation. Mais il ne faut pas s’arrêter-là. Moins visible mais plus fondamental, on s’aperçoit que la norme sociale du capitalisme tend à devenir la règle de fonctionnement des systèmes d’enseignement qui sont régulés de plus en plus par la concurrence. De fait, les politiques néolibérales importent dans le champ éducatif et au sein même du service public les logiques propres au marché. Plus qu’à une marchandisation, on assiste donc à une « mise en marché » des services publics d’enseignement, avec des écoles et des universités qui, même si elles restent publiques, tendent à fonctionner comme des entreprises. L’exemple le plus concret est la loi LRU qui instaure de manière délibérée une concurrence entre les universités. C’est également, dans le premier et le second degré, l’assouplissement, voire la suppression, de la carte scolaire qui conduit aussi à une mise en concurrence des établissements.

Quels sont les effets de cette mise en concurrence ?

Christian Laval. Elle a des effets considérables sur le fonctionnement des systèmes scolaires. Partout où elle a été mise en place, comme en Angleterre, en Nouvelle-Zélande ou encore en Australie, elle aboutit à une polarisation sociale et ethnique des établissements. Les études comparatives internationales sont, sur ce point, sans ambiguïté. C’est donc en toute connaissance des conséquences que ces politiques ont été conduites dans notre pays comme dans d’autres, et qu’elles ont été soutenues aussi bien par la droite que par la gauche socialiste. Une unanimité qui dit bien à quel point la norme néolibérale a été imposée et intériorisée par tous les gouvernements.

Qui ces politiques servent-elles ?

Christian Laval. Cette compétition, bien évidemment, favorise les groupes sociaux qui ont des capitaux culturels, des réseaux, bref, les familles les plus riches, celles qui peuvent payer du soutien scolaire ou des écoles qui réclament des droits d’inscription très élevées. C’est donc un facteur supplémentaire de reproduction sociale et cela explique, très largement, pourquoi les inégalités scolaires en France, non seulement ne se réduisent pas mais s’accroissent. Mais ce n’est pas tout. De manière plus générale, ces systèmes éducatifs, régis selon les orientations néolibérales, doivent rendre des services aux entreprises en étant directement soumis aux impératifs d’employabilité et en calquant leur organisation  sur la hiérarchie professionnelle. Ce qui est recherché n’est pas tant la diffusion d’une culture commune mais l’organisation du système scolaire en fonction des différents seuils d’employabilité requis par l’économie elle-même. La nouvelle école capitaliste se structure  donc non seulement comme un marché mais elle se met également au service des marchés ! Avec pour objectif de produire du capital humain directement utilisable par les entreprises à des niveaux de compétence différenciés selon les besoins en main-d’œuvre.

La logique d’apprentissage par « compétences », développée actuellement dans les écoles, va-t-elle dans ce sens ?

Christian Laval. Tout à fait. La logique des compétences n’a rien à voir avec des considérations pédagogiques relevant d’une philosophie éducative plus progressiste. Ce serait un contre-sens de l’analyser comme un élément de dispute classique entre « pédagos » et enseignants « traditionnels ». Ce sont des experts économistes des organisations internationales ou intergouvernementales, comme l’OCDE ou la Commission européenne, qui ont défini ces niveaux d’employabilité différents, avec un niveau minimal qu’on appelle le « socle commun de compétences clés ». Ce sont donc d’abord des considérations économiques qui déterminent aujourd’hui les contenus d’enseignement.

Cette école soumise au marché est-elle réellement nouvelle ?

Christian Laval. Lorsque Bourdieu et Passeron écrivent La reproduction au début des années 70, l’école sert bien la reproduction sociale mais son fonctionnement interne n’est pas entièrement et directement soumis à une norme sociale capitaliste. Aujourd’hui, cette norme pénètre jusque dans la classe, dans le geste professionnel et le contenu de l’enseignement. Cette transformation de l’école se fait de manière très opaque puisque la justification de cette logique de compétences relève, officiellement, de considérants pédagogiques. Ce que croient d’ailleurs encore certains syndicats ou partis politiques.

N’ont-ils pas un peu raison de la croire ?

Christian Laval. L’histoire même de ce socle de compétences démontre quelle logique est à l’œuvre. Le point essentiel est de bien comprendre que nous avons progressivement abandonné les grandes orientations démocratiques du 20e siècle, en particulier la référence au plan Langevin-Wallon. Ce mouvement de réformes progressistes et démocratiques a été en quelque sorte "retourné" et détourné  par la réforme néolibérale. Dans certains pays, comme l’Angleterre, la rupture a été tranchée à l’époque de Margaret Thatcher. Dans d’autres pays, cette rupture est moins nette et certains pensent encore que par « réforme » on doit et on peut encore entendre le prolongement du grand mouvement de démocratisation des systèmes éducatifs qui s'est produit au XXe siècle. Ils n’arrivent pas à comprendre que derrière les mêmes mots se cachent des réalités opposées. Le mot « réforme » ou celui de « compétence » ont changé de signification depuis vingt ans. Désormais, ces termes appartiennent à des logiques qui n’ont plus rien à voir avec le progressisme scolaire, ils participent  de l'imposition de la norme néolibérale.

Comment analysez-vous les oppositions, y compris au sein de la gauche, autour de cette question du « socle de compétence » ?

Christian Laval. Les oppositions actuelles entre partis de gauche ou entre syndicats sur la question du « socle de compétences » relève d’une grande confusion. Le problème stratégique d’aujourd’hui est de retrouver le grand élan de l’école démocratique qui a été trahi et détourné par la réforme néolibérale telle qu'elle est promue aujourd'hui  par l’OCDE et l’UE. Cette confusion est liée, me semble-t-il, à une méconnaissance du fait qu’à partir des années 80 et 90, la réforme néolibérale devient l’objectif central de l’Union. Il suffit de lire la littérature européenne sur la formation et l’éducation pour se rendre compte que le projet d’harmonisation scolaire et universitaire à l'échelle européenne n’a strictement rien à voir avec ce qu’on entendait avant par réforme démocratique. Elle n’a d’autre but que de mettre l’école en phase avec le nouveau capitalisme. Dès 2000, l’argumentaire de la stratégie de Lisbonne, qui veut faire de l’Europe "l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde", déploie ce programme de transformation des systèmes éducatifs, faisant de la connaissance un facteur exclusivement économique au détriment des dimensions  et motivations morales, culturelles, politiques de la transmission des savoirs… Les « compétences » y sont  considérés comme des habiletés professionnelles négociables sur le marché, des "marketable skills" pour reprendre la traduction anglaise complète qui équivaut à nos "compétences" et non plus des connaissances requises pour comprendre le monde, penser ce que l’on est et ce que l’on fait. Ces nouvelles orientations économicistes  et utiliaristes de l’école attaquent au plus profond les fondements humanistes sur lesquels sont construits les systèmes éducatifs européens. Il s'agit là, et je pèse mes mots, d'une véritable autodestruction de l’héritage européen. Le capitalisme colonise l’école par le biais de politiques publiques qui, au fond, introduisent dans l’école la norme capitaliste.

Les débats actuels sur l’école vous semblent-ils à la hauteur des enjeux ?

Christian Laval. Pour ce qui est de l’UMP, rien ne freine plus la droite dans son projet de construction de l’école la plus purement capitaliste qui soit. Il s’agit de façon très ouverte de mettre en place une école concurrentielle, fonctionnant pour l’élite, et qui vise à faire de chaque établissement une petite entreprise avec à sa tête un "patron" qui aura tout pouvoir sur les enseignants. C’est en somme un programme à la fois néolibéral et néoconservateur des plus radicaux. Pour ce qui est du programme des socialistes, ce qui est frappant, c’est sa pauvreté. Il donne l’impression d’une simple répétition d’orientations très anciennes tirées des rapports des années 70 ou 80. C'est un programme, si on peut l'appeler ainsi, qui ne parvient pas à saisir le contexte nouveau dans lequel nous sommes. Les socialistes se sont interdit de comprendre depuis trente ans que l’école était soumise de plus en plus à une norme néolibérale. Lorsqu’ils promeuvent l’autonomie des établissements, ils ne semblent pas du tout comprendre que cette autonomie peut être prise dans des sens très différents et que, dans le contexte actuel de concurrence entre établissements, elle peut avoir des effets extrêmement négatifs sur l’objectif officiel que se donne le programme de lutte contre les inégalités. Il y a là une méconnaissance, volontaire ou non, du nouveau paradigme mondial de l’éducation.

Quelle résistance peut-on construire dans cet environnement dominé par la norme néolibérale ?

Christian Laval. On est en train d’observer des luttes très intenses dans le champ de l’enseignement. C’est devenu un domaine hautement conflictuel. La mobilisation des élèves, des étudiants, des parents, des enseignants, montre que l’école n’est pas hors des combats sociaux. Au contraire, je dirais même que l’école est au centre des nouvelles luttes de classes. A l’échelle mondiale, les luttes contre le néolibéralisme se focalisent très souvent sur le domaine scolaire et universitaire. Depuis quatre mois, les étudiants chiliens combattent le modèle néolibéral qui s'est mis en place depuis la dictature de Pinochet. Non seulement, ils luttent contre le modèle de l’école privatisée et concurrentielle mais ils entrainent l’ensemble de la société à combattre la totalité du modèle néolibérale. D’une certaine façon, le terrain scolaire et universitaire, extrêmement sensible comme on le voit partout, peut être le lieu de cristallisation d’une opposition plus globale aux orientations néolibérales. Cela se voit au Mexique, en Grèce, au Portugal, dans l'ensemble du mouvement mondial des indignés. On est déjà entré dans une phase de mobilisation et de contestation qui dépasse le cadre de l’école. Dès lors, que reste-il à faire ? On peut constater aujourd’hui l’absence d’un modèle alternatif crédible. Il faut donc réinventer l’école démocratique et comprendre qu’elle ne pourra se déployer dans le cadre d’une société aussi inégalitaire où le capitalisme à imposé sa loi  dans toutes les sphères de l’existence. Nous ne pouvons pas réinventer l’école démocratique si nous ne réinventons pas un projet de société démocratique. Mais les choses viennent. On voit bien aujourd’hui que la démocratie est menacée jusque dans son coeur par la logique financière. On observe également   l’émergence de processus révolutionnaires qui pose la question de la réinvention d’une société où la démocratie serait "réelle". Ce qui supposerait une nouvelle école démocratique.

A quoi devrait ressembler cette nouvelle école démocratique ?

Christian Laval. Elle aurait plusieurs dimensions. Elle devrait s'organiser autour de la lutte contre les inégalités scolaires,  laquelle ne va pas sans une lutte contre les inégalités sociales. Elle devrait également comporter une refonte des enseignements qui devraient avoir pour principe de donner aux élèves les moyens de la participation la plus active à la vie politique. Ceci supposerait le déploiement plus ambitieux d' instruments de compréhension d’un monde devenu  plus complexe, ce qui voudrait dire, par exemple, une place autrement plus importante donnée aux  sciences sociales, à l'histoire, à la philosophie,  pour que tous les élèves et les étudiants puisent mieux comprendre dans quel monde ils vivent, et quelle orientation lui donner. Cela voudrait dire aussi que la vie démocratique à l'intérieur du fonctionnement de l’école elle-même soit mieux organisée, soit plus effective, ce qui implique une rupture avec le mode managérial du règne des petits chefs et des petits patrons  qui a été mis en place dans le cadre du "nouveau management public". Cela supposerait également que la pédagogie s’inspire bien plus de pratiques  coopératives dans l'organisation de la classe et dans les façons d'apprendre. La synthèse de toutes ces dimensions  pourrait constituer une sorte de programme directement opposable au modèle de la nouvelle école capitaliste et s'intégrer au projet plus global de  la « démocratie réelle », comme le disent les indignés du monde entier.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 11:27

arton1749-fbd88.jpgLe gouvernement a lancé mi-juillet son appel d’offres pour la construction des parcs éoliens offshore au large des côtes françaises. Présenté comme une véritable aubaine économique pour le pays, avec des milliers d’emplois à la clef, cette nouvelle filière est de fait réservée aux poids lourds du secteur de l’énergie et du nucléaire : EDF, GDF-Suez ou Areva. Au risque de freiner une nouvelle fois l’émergence de filières industrielles régionales qui pourraient profiter aux PME et à la conversion écologique de l’économie.

  • Faire de la France « une base industrielle forte pour l’éolien offshore ». Telle est la promesse du gouvernement, qui a lancé à la mi-juillet un appel d’offres visant l’installation de 600 éoliennes au large des côtes françaises d’ici à 2015. Réparties sur cinq parcs, principalement situés dans la Manche et au large de la Bretagne, elles devraient représenter une puissance totale de 3 000 MW, de quoi se passer de deux réacteurs nucléaires EPR. Un second appel à projets sera lancé en avril 2012, pour une puissance similaire. L’objectif final est de porter à 20 % la part des énergies renouvelables en France, comme prévu par le Grenelle de l’environnement et promis dans les engagements des États membres de l’Union européenne dans le cadre du protocole de Kyoto. De plus, l’éolien off-shore joue un rôle non négligeable si l’on veut assurer dans de bonnes conditions la transition énergétique de la France à l’horizon 2050. Dans le scénario que vient de publier l’association négaWatt, les éoliennes installées en mer représenteront la moitié de la production éolienne future (soit 20 % de la production d’énergie globale, contre 0,4 % aujourd’hui).

« L’engagement que nous prenons, c’est celui d’un soutien résolu et sans ambiguïté à cette filière porteuse », déclare même Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Environnement, début 2011. Pas question, semble-t-il, de détruire dans l’œuf une filière industrielle d’avenir, comme cela s’est passé avec les éoliennes classiques (sur terre). Le dernier outil législatif de la chasse aux pales terrestres date du 26 août dernier, avec la publication d’un décret obligeant le classement en « Installation classée pour la protection de l’environnement » (ICPE) des parcs éoliens. Ce décret va encore allonger les délais de mise en place, déjà remarquablement longs en France : jusqu’à 8 ans, contre 4 ans dans les autres pays européens. Mais, en mer, tout sera différent. Promis. Juré.

Vers une conversion écologique du tissu industriel ?

Les professionnels du secteur veulent y croire. « Nous avons raté le train de l’éolien terrestre. Voici l’occasion de nous rattraper », estime Philippe Gouverneur, de France énergie éolienne (FEE), la branche éolienne du Syndicat des énergies renouvelables (SER). « Le secteur éolien français compte plusieurs centaines d’entreprises. Certaines sont des leaders mondiaux dans leur domaine. Il y a, en plus, énormément de compétences françaises pouvant servir à l’éolien offshore. Les savoir-faire développés autour des plates-formes pétrolières et des chantiers navals peuvent être réinvestis. L’appel d’offres doit allumer la mèche d’un nouveau dynamisme, les entreprises françaises pourront valoriser leurs connaissances, et elles seront au rendez-vous », positive-t-il.

Quatre pôles régionaux, incluant des centaines d’entreprises, sont en cours de constitution en Bretagne, dans les Pays-de-Loire ou en Haute-Normandie. « Le Port du Havre a, par exemple, mis à disposition cinquante hectares qui pourraient servir à l’assemblage des éoliennes destinées à l’offshore. Idem à Saint-Nazaire, avec qui nous travaillons de concert. Deux sites sont aussi prêts pour assurer la maintenance, détaille Claude Taleb, vice-président Europe Écologie-Les Verts de la Région Haute-Normandie. L’appel d’offres du gouvernement était très attendu. Nous avons en Haute-Normandie, mais aussi ailleurs en France, un besoin urgent de conversion écologique de l’appareil industriel. » Bref, tout le monde est prêt.

50 000 emplois créés ?

L’obligation de faire travailler des entreprises locales figure dans l’appel d’offres : « La qualité du projet industriel et social sera, avec le prix d’achat de l’électricité proposé, un critère déterminant pour la sélection des candidats », peut-on lire sur le document. « Chaque candidat devra faire part de ses intentions et engagements en termes de constitution d’une ligne d’approvisionnement et d’assemblage, de mobilisation des infrastructures portuaires, de partenariats industriels sur l’ensemble de la chaîne (composants, génie civil, ingénierie, transport, maintenance…), de mobilisation du tissu de PME, d’emplois générés par le projet, ou encore d’effort de R&D [recherche et développement, ndlr] et d’innovation. » Avec des milliers d’emplois à la clef : 11 000 aujourd’hui, entre 17 000 et 60 000 en 2020. L’éolien en mer, assure le gouvernement « présente l’avantage de créer une forte proportion d’emplois difficilement délocalisables », comme l’exploitation et la maintenance des installations.

 

Certains spécialistes de l’éolien tempèrent cet enthousiasme. « Techniquement, c’est beaucoup plus difficile de développer l’éolien en mer que sur terre. Il serait plus logique de commencer par remplir l’on-shore, et en profiter pour développer de véritables compétences », estime Patrick Saultier, exploitant de parc éolien. C’est le chemin qu’a choisi l’Allemagne, souvent citée en exemple par nos ministres. Outre-Rhin, mais aussi ailleurs en Europe du Nord, cela fait dix ans que le secteur offshore travaille à son organisation. Et d’importantes difficultés demeurent. Les personnes formées ne sont pas assez nombreuses, et les bateaux manquent, entre autres. « À Bremerhaven, haut lieu offshore de l’Allemagne, les campus ont des piscines prévues pour l’entraînement à la maintenance, reprend Patrick Saultier. Ils ont aussi d’énormes hangars avec souffleries géantes pour tester leurs éoliennes. A-t-on cela chez nous ? Il ne faut pas croire que l’on va, en deux ou cinq ans, créer une filière. » Les Allemands ont aussi mis en place un site pilote pour tester différentes technologies. En France, cela ne semble pas au programme.

Le gâteau pour les consortiums, les miettes pour les PME

Les éoliennes marines, une aubaine pour les PME ? « Les PME et TPE risquent fort d’être cantonnées à l’activité de sous-traitance, pour construire de petits équipements comme des mâts, des pales ou des roulements, ou réaliser des installations dans les métiers des génies civil et électrique », prédit Philippe Gattet, économiste et auteur d’une étude sur le marché français de l’éolien à l’horizon 2020. Dans l’éolien, les trois quarts du coût est capté par les turbines, dont la technologie n’est pas présente en France. Le tissu industriel local ne bénéficiera donc pas de cette activité à forte valeur ajoutée. Résultat : « Ce sont surtout les groupes industriels étrangers qui vont profiter de l’appel d’offres », estime Philippe Gattet. On peut y ajouter les géants français de l’énergie : EDF et GDF-Suez, alliés pour l’occasion à d’autres grands noms tels Alstom, Areva ou Vinci. Plus connus, pour le moment, pour leurs compétences dans le domaine nucléaire, même si Areva s’est positionné sur la fabrication de turbines en Allemagne. Le groupe nucléaire vient d’ailleurs d’annoncer l’implantation d’une première usine éolienne au Havre.

Car le cahier des charges arrêté par Éric Besson, ministre de l’Énergie, est, de fait, réservé aux très gros énergéticiens français. Les puissances minimales et maximales des futurs parcs s’échelonnent entrent 420 MW et 750 MW. « Ce sont des gros morceaux, avec un ou deux milliards d’euros d’investissement à chaque fois. Difficile à financer pour des petits, remarque Patrick Saultier. Idem pour l’exploitation puisque, pour chaque zone, il ne peut y avoir qu’un interlocuteur, ayant de grosses capacités techniques pour créer la filière. En Allemagne, les politiques ont au contraire décidé de favoriser les petits développeurs, en créant notamment un fonds d’aide pour apporter des garanties bancaires. » Fidèle à son histoire, l’État français préfère des filières organisées par le haut, structurées autour de grands groupes pyramidaux. Et non un maillage de PME, capables de s’organiser en réseaux horizontaux. La décentralisation de la production d’énergie, notamment renouvelable, est pourtant l’une des clefs de la transition écologique.

Pillage de compétences

La compagnie du vent a fait les frais de cette préférence pour les grands groupes. Créée en 1991 à Montpellier, la Compagnie du vent travaille d’arrache-pied sur la mise en place du parc offshore au large du Tréport et du Hourdel. En 2007, pour avoir accès à des capitaux permettant de finaliser le projet, elle cède 56 % de son capital à GDF-Suez. Au printemps 2011, le directeur historique est démis de ses fonctions. GDF-Suez fait le choix de ne garder que les savoir-faire et compétences. L’avenir des salariés est pour le moment incertain. « J’ai été sidéré par cette quasi-OPA, s’insurge Claude Taleb. Une entreprise dont les énergies renouvelables sont le cœur de métier depuis toujours se fait dégommée par une grosse entreprise qui est sur le mixte industriel. Au-delà des faits, lamentables d’un point de vue éthique, on peut craindre une perte de compétences. La qualité du travail effectué pourrait être diminuée. » Rappelons que l’État est actionnaire à 35 % de GDF.

Autre appréhension des personnes convaincues de l’intérêt de l’offshore : le manque de visibilité et de constance réglementaire, auxquelles le secteur éolien français n’est que trop habitué. « On change de loi sans arrêt. Les règles du jeu ne cessent d’être modifiées », déplore Patrick Saultier. À ces tergiversations législatives, s’ajoute le risque d’ensevelissement des projets sous les recours, domaine dans lequel les anti-éoliens français excellent. Sur l’offshore, ils ont dégainé dès le 5 septembre, demandant carrément le retrait de l’appel d’offres, estimant qu’il « ne satisfait pas aux exigences de la concurrence, et certaines dispositions seraient illégales car fondées sur un décret dont la légalité est contestable ». Si l’on se fie à l’expérience de l’éolien terrien, les recours seront sans doute perdus. Mais les retards induits vont de trois à six ans ! À tel point que beaucoup s’accordent à dire que les 6 GW prévus ne seront jamais atteints en 2020.

 

Nolwenn Weiler

http://www.bastamag.net/article1749.html

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 18:54

13149403341.jpgLes communistes japonais remportent des sièges dans les régions sinistrées



Article d'Akahata, quotidien du Parti communiste japonais

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Dans les capitales des deux préfectures sinistrées, Iwate et Miyagi, tous les candidats du Parti communiste japonais ont gagné des sièges aux élections locales du 28 août, qui avaient été reportées en raison du tremblement de terre massif.



A Sendai, dans la préfecture de Miygai, le PCJ a remporté 7 sièges, un de plus que lors de l’élection précédente, dont un revenant à un jeune candidat de 26 ans.



Lors de la campagne électorale, les élus du PCJ ont demandé que la priorité absolue soit accordée au rétablissement des conditions de vie et du confort des résidents dans la reconstruction suivant la catastrophe et ont appelé à en finir avec la production d'énergie nucléaire.



Depuis la catastrophe du 11 mars, ils ont déposé des requêtes auprès du bureau municipal à 15 reprises, appelant à l'introduction ou à l'amélioration de 161 points qu'ils ont listé sur la base des besoins des victimes de la catastrophe.



Sous l'impulsion du PCJ, le bureau municipal a mesuré les niveaux de radiation à 750 endroits de la ville et a dû améliorer ses programmes de soutien aux maisons nécessitant des réparations après le séisme.



Devant les efforts après la catastrophe réalisés par les membres du PCJ, même certains conservateurs, y compris un ancien conseiller municipal, ont exprimé un soutien aux candidats du parti.



Un homme de 23 ans, dont la maison a été totalement détruite par le tsunami, a déclaré :« Les membres du PCJ se sont portés volontaires pour creuser la boue et remuer les décombres. Je n'ai jamais eu la chance jusqu'ici de connaître leurs activités, mais j'ai finalement réalisé que c'est eux qui sont du côté des faibles ».



Après le Parti libéral-démocrate et le Komei, le PCJ est devenu le troisième parti à l'Assemblée de Sendai. Il est à égalité avec le Parti démocrate du Japon, qui a perdu deux sièges.



A Morioka, dans la préfecture d'Iwate, les cinq sortants du PCJ ont conservé leurs sièges. Le pourcentage de sièges à l'assemblée locale a atteint son maximum historique, 13,15%, soit 1,25 points de plus qu'il y a quatre ans.



Les cinq candidats ont insisté sur la nécessité de prendre tous les mesures possibles à l'échelle municipale pour protéger les résidents de la contamination radio-active ainsi que pour en finir avec la production d'énergie nucléaire.



Le PCJ a été le seul parti à faire campagne sur ces questions pendant l'élection.



Les élus du PCJ ont également proposé que le bureau municipal fasse usage des 7,2 milliards de yen [70 millions d'euros] économisés pour répondre aux besoins des résidents, avec par exemple la rénovation des installations de résistance aux séismes dans les écoles et les collèges, la réduction des frais d'assurance maladie de 20 000 yen [200 euros] par personne et la garantie d'un traitement médical gratuit pour les enfants de moins de 12 ans.

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 18:48

Manif_290109_-_pcf_-_23_.jpgAPPEL : Le PCF doit lancer une campagne

pour la SORTIE DE L’EURO

et la

rupture avec l’UE

au service du capitalisme.

 

Au nom des déficits et des dettes publics qu’ils ont eux-mêmes creusés, les gouvernements européens, de droite comme de « gauche », accélèrent leur politique de coupe des dépenses publiques, de casse des systèmes de protection sociale, de privatisations. Tant qu’il détient le pouvoir, le capitalisme utilise sa propre crise à son profit.

En France, le plan Fillon n’est qu’un avant-goût de ce que ce système réserve au peuple français quel que soit le résultat des élections de 2012.

De concert, l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international aident les gouvernements à saigner leur peuple. Plus que jamais, le Traité de Lisbonne, les directives européennes, l’euro apparaissent pour ce qu’ils sont : des instruments pour coordonner les politiques antisociales.

10 ans après, les peuples ont fait leur expérience. Tout ce que nous, communistes, dénoncions, dans les années 90, en combattant le Traité de Maastricht s’est vérifié. L’euro sert à aggraver la concurrence entre les travailleurs dans et hors la zone euro, exacerbant la xénophobie. L’euro facilite les délocalisations, favorise la domination des trusts les plus puissants contre les activités en développement répondant aux besoins des populations. C’est un instrument redoutable pour tirer les salaires et les acquis sociaux vers le bas, les prix des denrées élémentaires vers le haut. C’est un outil de domination, complice du dollar, conçu pour être hors de portée des peuples et les affamer au service de la finance mondiale.

Les travailleurs ne restent pas sans lutter. Un mouvement profond de contestation se développe partout. Par millions, ils manifestent dans les rues d’Athènes de Rome ou de Paris en 2010 contre la casse des retraites.

Pour l’instant, le système et ses relais réussissent à canaliser le mouvement vers l’alternance électorale entre des forces de droite ou de « gauche », qui sitôt les élections passées, appliquent plus ou moins la même politique : Grèce, Portugal, bientôt Espagne avec les élections anticipées de novembre. La France en 2012 ?

Derrière les promesses électorales démagogiques (PS grec avait promis 5% d’augmentations des salaires avant de les diminuer de 20%), un engagement de fond révèle le consensus qui relie les forces politiques de l’alternance : l’adhésion à l’UE, la défense de l’euro.

Pour l’UE, pour l’euro, c’est l’Union sacrée de la droite, du PS, du Medef. L’idéologie dominante y met toutes ses forces : « il faut sauver l’euro » et tous les sacrifices sont bons pour cela. Les syndicats réformistes, à l’image de la Confédération européenne des syndicats (la CES), fer de lance du Traité de Lisbonne, promeuvent une soi-disant « Europe sociale » pour mieux légitimer les institutions européennes et l’euro. Les organisations du capital s’efforcent de détourner la colère populaire vers une issue qui va enfoncer encore davantage les travailleurs : le renforcement de l’UE du capital, de ses institutions qui écrasent les démocraties nationales, l’établissement d’une « gouvernance européenne ». Le point d’arrivée, c’est le sinistre « Pacte pour l’euro », une politique imposée au moyen de l’euro, synonyme d’austérité à perpétuité et de mise sous tutelle des Etats démocratiques.

En France, comme ailleurs, le système assigne à sa roue de secours d’extrême-droite le soin, comme en 1992 contre Maastricht, ou en 2005 contre le TCE de dévoyer la lutte contre l’UE du capital, en les associant au nationalisme et au racisme. Le capital joue avec le feu : ne laissons pas faire !

Les peuples, quand on leur demande leur avis ne se trompent pas : NON à Maastricht ou au TCE au Danemark, en Irlande, aux Pays-Bas ou en France. Un vote de classe, celui des ouvriers, des paysans, des employés, de ceux qui ont le plus intérêt à combattre le capital, s’exprime à chaque fois contre l’UE. Un rapport de force existe liant luttes et rejet de l’UE du capital.

Voilà pourquoi nous pensons qu’il est primordial que notre parti le PCF reprenne son combat de toujours contre l’intégration européenne capitaliste. Le PCF est la seule force politique conséquente qui a toujours combattu l’intégration européenne depuis la CED (l’armée européenne) en 1953 jusqu’au combat contre Traité d’Amsterdam et la monnaie unique en 1998 en passant par le Traité de Rome.

La sortie de la France de l’euro, c'est-à-dire la fin de l’euro, vu la place centrale de notre pays, n’est pas synonyme d’avènement du socialisme. Bien sûr, mais ce serait une victoire politique majeure, une mise en échec historique de l’UE, l’explosion du consensus droite/PS en France. Evidemment, pour les communistes, elle ne peut que s’accompagner que d’autres mesures fondamentales telles que la remise en cause de la dette publique indue, la nationalisation du secteur financier, une autre politique fiscale et salariale. Elle va dans le sens du refus croissant de l’application du Traité de Lisbonne, des directives et règlements européens. 

En 1992 comme en 2005, avec leur Parti, les communistes ont su aller à contre-courant. Nous nous souvenons que cela n’a pas été facile mais que cela a été finalement fécond pour les luttes. En 2012, le PCF doit refuser de céder à la pression réformiste dominante : aucune illusion ne peut être laissée, avec la CES ou le Parti de la gauche européenne, sur une réorientation contre-nature de l’UE ou de la BCE! Le débat ne saurait être esquivé dans le Parti pour cause de campagne électorale ou d’adhésion au Parti de la « Gauche européenne ».

Les institutions de l’UE n’ont d’objectif que d’éliminer les acquis sociaux et démocratiques nationaux, le droit, souvent chèrement payé, des peuples à disposer d’eux-mêmes. Elles tentent de tout porter au niveau supranational où ils n’ont pas de prise mais où les multinationales sont omnipotentes. Au contraire, la résistance au plan national est décisive dans l’intérêt mutuel, internationaliste, des peuples!

Aussi, responsables, militants, sympathisants du PCF, citoyens, nous demandons publiquement que le PCF, au regard de son rôle historique, lance une campagne nationale pour la sortie de l’euro. Nous nous engageons à forcer le débat sur cette question cruciale.

 

Premiers signataires: Stéphane AURIOL (PCF-RATP, Conseil national du PCF 2005-2008), Corinne BECOURT (PCF 02, CN), Frédéric BERNABE (PCF 70, CN), Emmanuel DANG TRAN (PCF 75, CN), Fabienne DEBEAUVAIS (PCF 80, CN), Claude FAINZANG (PCF 75, CN), Eric JALADE (PCF 81, CN) ; Dominique NEGRI (PCF 38, CN)

Je m’associe à cet appel. Je demande que le PCF, dans la suite de ses combats contre le Traité de Maastricht et la « constitution » européenne lance une campagne nationale pour la sortie de l’euro en vue de rompre avec l’UE du capital.


Renvoyer à PCF Paris 15, 130 rue Castagnary, 75015 Paris. pcf15@wanadoo.fr

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