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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 12:11

parti-socialiste-rose-logo2.jpgNous y voilà, nous y sommes presque. A quelque trois semaines de l’échéance, je crois que j’ai bien tout compris, et si tel n’était pas le cas, m’éclaireraient dans toutes sortes de médias de larges encarts publicitaires affichant un mode d¹emploi somme toute assez simple. Pas sexy sexy, certes, mais pédagogique; le peuple n’en demande pas plus. Mon inscription sur les listes électorales, OK; mon bureau de vote à découvrir sur un site dédié, OK (même si, pour ma vieille mère numériquement fracturée, ce sera plus difficile); un euro de contribution pour l’organisation (soit bien moins que le prix d’une adhésion même bradée au Parti socialiste), OK; pour celle afférente aux «valeurs de la gauche et de la République», fût-ce dans le flou de cette formulation, la mienne va sans dire. Pourtant, je ne participerai pas, les 9 et 16 octobre, au processus de désignation du candidat socialiste (ou radical de gauche - pardon, c’est une blague) à l’élection présidentielle du printemps prochain.

Non que je sois soucieux de voir mon bulletin de vote perverti par d’autres, moins «de gauche» ou moins «républicains» et susceptibles de «faire imploser la primaire socialiste», comme y aspire semble-t-il le professeur de sciences politiques (où ça ?) Patrick Dombrowski (Libération du 13 septembre) ; je ne suis pas complotiste. Non plus que je sois mordicus attaché au principe d’une désignation interne, au terme de mille tripatouillages bureaucratiques et manœuvres d’appareil ; j’aurais préféré, par respect pour les militants socialistes, mais le congrès de Reims et les bourrages d’urnes qui présidèrent à l’élection de Martine Aubry à la tête du parti m’ont un peu échaudé et beaucoup refroidi. Non enfin que je sois par nature un antisocialiste primaire ; notez cependant que je pourrais le devenir, lorsqu’après tant de lustres à avoir tant fait pour le PS, je regarde ce qu’il a fait pour moi : hormis son ralliement chafouin à la barbarie libérale systémique, et, partant, le délitement de toutes les valeurs censées nous faire cheminer ponctuellement de conserve, je ne vois pas grand-chose.

Depuis plus de deux années qu’il fut imaginé, négocié et enfin formalisé, je ne trouve pas mon compte dans ce processus de primaire. Je n’y trouve que le programme à peu près commun de six candidats, parmi lesquel(le)s, au jeu de «cherchez l’erreur», le figurant radical de gauche Jean-Michel Baylet ne ferait pas la plus probante. Celui qui détonne, ces jours-ci, s’appelle Arnaud Montebourg, promoteur d’une VIe République et contempteur courageux de la corruption bureaucratique d’un parti dont force est alors de se demander ce que lui, Montebourg, y fait encore. Et dans cette galère, donc… L’adhésion unanime et forcenée de ses cinq concurrent(e)s au dogme de la présidentielle comme mère de tous les scrutins fait qu’on ne les distingue entre eux que dans des marges mal perceptibles ; le venin de la personnalisation, sinon de la débilitante pipolisation formatée Petit Journal de Canal +, et des «enquêtes d’opinion», toutes pertinentes et toutes absurdes, font le reste. La crise de la primaire socialiste, la crise du Parti socialiste, est une crise de l’offre.

A la une de septembre du mensuel Démocratie & socialisme (de la gauche du PS) s’affiche ce respectable slogan : «Unité de toute la gauche pour battre Sarkozy». Considérant la vigueur de «la crise» et la férocité de «la rigueur», il semblait que le temps fût venu de lire dans cette proposition autre chose qu’un incantatoire vœu pieux. Encore raté ! La crise n’est pas assez vigoureuse ni la rigueur assez féroce, sans doute, pour ébranler un tant soit peu les certitudes du parti majoritaire dans l’opposition. La première de celles-ci, on l’a compris, est de rester majoritaire - cela, selon lui, va de soi et ne se discute pas. La gauche a beau n’être pas réductible au PS, le PS n’a rien fait, dans l’action, ni dans ses avancées programmatiques, ni dans ses attitudes à l’égard de ses alliés historiquement naturels, pour donner corps à l’unité qu’il revendique. Aurait-il déjà oublié, ou occulté, ce que lui coûta cette arrogance, lors du scrutin de 2002 ?

Mais l’absence de candidats de la «gauche de la gauche», de la gauche écologiste ou du Front de gauche ne constitue pas la cause rédhibitoire de mon abstention aux «primaires citoyennes». Ce qui fonde celle-ci, c’est l’absolue vanité de propositions chuchotées par les divers aspirants à l’investiture, dans un dérisoire marquage à la culotte de la concurrence. Comme lorsque François Hollande, se découvrant un peu déporté à droite dans le miroir des sondages, promet pour demain le recrutement de 60 000 personnels éducatifs… Il ne pouvait pas en parler avec les forces militantes ou syndicales, à la veille d’une autre «journée d’action» dans l’éducation, désespérante autant que celles qui annoncèrent notre défaite lors de la réforme des retraites ? Et des alliances en vue des législatives, en parler, on pourrait ?

Nous avons avec le PS un problème de méthode qui me fait me dire que de sa primaire, ce n’est pas moi qui me suis exclu. C’est lui qui m’exclut. Je regarderai cependant ses candidats débattre, ce jeudi soir que ce papier sera bouclé. A considérer les conditions de préparation du machin (Libération d’hier), je n’en attends guère. Cela fait combien de temps qu’ils ont renoncé, dedans le PS et à destination du dehors, à l’usage du mot «camarades» ?

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 12:06

 

poa-2010-086b.jpgAlain Bertho est professeur d’anthropologie à l’Institut d’Etudes Européennes et directeur de l’école doctorale de Sciences sociales de l’Université de Paris 8-Saint-Denis. Il est l’auteur de « Le temps des émeutes » aux éditions Bayard. Il analyse la portée politique des émeutes, l’invisibilité populaire qu’elles traduisent, et les relie aux soulèvements récents des Indignés d’Espagne, de Grèce, du Sénégal et aujourd’hui d’Israël… Grand entretien.

 

« Hooligans », « guérilla urbaine » ou encore « gang de jeunes », les termes utilisés pour parler des émeutes sont nombreux. Que disent-ils sur l’interprétation de ces événements surgis en Angleterre ?

Alain Bertho. Les mots sont devenus des champs de bataille. Leur choix et leur utilisation visant à désigner des phénomènes contemporains, des situations humaines reflètent une question extrêmement sensible. Avant la mort de Zyed et Bouna, à Clichy-sous-Bois, il y a eu la prononciation par Sarkozy du mot « racaille » et  « kärcher ». Ils ont contribué à faire exploser les quartiers. Et quand la presse reprend les termes de l’Etat, c’est vécu comme une agression. On utilise un langage policier et militaire. Cette logique terrible conduit, toute proportion gardée, à faire la guerre aux gens. Se réapproprier la langue est une manière de restaurer un espace de dialogue possible. Alors, la violence n’est plus nécessaire. Cette disjonction entre les mots officiels (Etat, médias, universitaires) et les mots du peuple symbolise le symptôme le plus flagrant de l’effondrement des dispositifs de représentation dans le monde entier, dans lesquels se sont développées les activités politiques depuis deux siècles. On transforme ainsi de la conflictualité en débat de programme et de valeurs. Les « casseurs » en France, « hooligan » en Grande-Bretagne et « encapuchados » en espagnol… C’est un vocabulaire qui s’inscrit dans une conception sécuritaire. D’ailleurs l’ensemble des questions sociales sont pensées en ces termes. Le système d’évaluation des situations se joue dans ou hors du cadre de la légalité. Le discours de Sarkozy, le 30 juillet dernier à Grenoble, est une vision de la société, où la police est le symbole ultime de l’Etat et de sa légitimité. Pourquoi s’étonner ensuite que les jeunes s’en prennent à la police.

Selon vous, les émeutes ont-elles une fonction sociale ?

Alain Bertho. Les émeutes ont pour fonction de remettre en lumière ce qui est volontairement étouffé : l’invisibilité de la pensée populaire. C’est une façon de regarder un réel qu’on ne veut pas voir. C’est très gênant pour les pouvoirs. L’exaspération est telle du côté de ceux qui se révoltent qu’ils n’ont pas même pas envie de s’expliquer sur leurs actes. Pourquoi s’expliquer auprès de politiques déconnectés de la vie, sur lesquels ils ne peuvent plus compter ?

Des émeutes éclatent dans le monde entier. Sont-elles de plus en plus nombreuses ?

Alain Bertho. Oui et elles vont croissantes. En 2008, on comptait 300 émeutes, 550 en 2009 et 1250 en 2011. Les causes structurelles sont toujours là. L’étincelle qui fait que tout d’un coup des milliers de personnes passent à l’acte, est tout à fait imprévisible. La mort d’un jeune est un classique statistiquement, heureusement, pas trop important. En Chine, en Colombie, en Tunisie, au Sénégal, cette jeunesse urbaine populaire a entraîné tout le monde autour d’elle. Elle n’est pas isolée. En revanche, la jonction entre la jeunesse étudiante qui trouve des moyens d’actions violents et la jeunesse de quartiers populaires n’est pas toujours évidente. En Grèce, cette jonction s’est opérée depuis longtemps.

Y a-t-il un lien direct entre la crise économique et sociale et les émeutes ?

Alain Bertho. Oui, et ce lien n’est pas seulement social, il est aussi politique. Depuis trois ans, ce sont les agences de notation et les logiques financières qui décident des politiques budgétaires mondiales, quel que soit le régime ou le parti au pouvoir. Les Etats ne sont plus libres de leurs choix et ne peuvent plus s’opposer. Les Etats ne prennent plus en charge les intérêts communs de leur peuple. Leur légitimité est en cause. Et justement pour regagner cette légitimité perdue, ils convoquent le tout sécuritaire. La délinquance, les étrangers, les enfants d’étrangers, les musulmans : à toutes ces figures de peur, on propose deux réponses liées, la réponse policière et la réponse du choix entre le bon grain et l’ivraie. L’Etat fait le tri et choisit son peuple. Comme lorsque Sarkozy veut enlever la nationalité française aux coupables d’actes de délinquance. 

En Angleterre, il y a eu plusieurs émeutes dans les années 80. Mais rien depuis, comment expliquez-vous ce temps de latence ?

Alain Bertho. Les situations génératrices d’émeutes sont beaucoup plus dispersées qu’en France. Il y a eu les émeutes ethniques au début et au milieu des années 80 causées par des affrontements entre communauté ou par des réactions à des bavures policières racistes. L’Angleterre est entrée de plain pied dans une politique déterminée par les logiques financières. Ce pays vit une situation nouvelle qu’il faut relier à la mobilisation étudiante qui a provoqué la mise à sac du siège du parti conservateur. Les étudiants  s’en sont même pris à la voiture du prince de Galles ! Puis, au mois de mars, les gigantesques manifestations contre la rigueur.

Cette crise de la représentation peut-elle provoquer une prise de conscience collective ?

Alain Bertho. Je suis pessimiste sur l’avenir de la démocratie telle qu’on la connaît. Pour les gens au pouvoir, reconnaître l’existence de cette colère sociale pourrait provoquer une très grande déstabilisation de leur propre système. Mais quand le peuple parvient à s’exprimer avec des revendications, il ne se situe pas dans une logique de prise de pouvoir. C’est le cas des indignés en Espagne, en Grèce ou au Sénégal. Ou même en Tunisie ou en Egypte. Les indignés ne se sont pas mobilisés pour gagner des élections. Ils posent à l’extérieur de l’Etat un certains nombre d’exigences qu’ils essaient de faire admettre. En Espagne, il semble que les partis commencent à prendre en compte ce que disent les indignés. Il y a quelque chose de nouveau entre le printemps arabe et les indignés, comme une contagion consciente et volontaire. Les peuples reprennent des modes de revendications similaires en prenant conscience qu’ils subissent les mêmes problèmes.

 

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte

 

http://quartierspop.over-blog.fr/article-les-emeutes-mettent-en-lumiere-la-pensee-populaire-84037822.html

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 12:04

salud_30junio.jpgCuba au 8ème rang pour le système de soins médicaux accordés aux enfants devant l'Allemagne, la France ou les États-Unis

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

L'ONG « Save the Children », organisation internationale basée aux États-Unis qui lutte pour les droits des enfants, a publié cette semaine une nouvelle étude mesurant le niveau de la qualité des soins médicaux pour les enfants dans divers pays.



Selon le classement produit par l'organisation, parmi les 161 pays évalués, le Tchad et la Somalie occupent les deux dernières positions et la Suisse et la Finlande, les deux premières. Cuba est la première nation latino-américaine, en 8ème position, devant l'Allemagne (10ème), la France (12ème), le Royaume-Uni (14ème) et les États-Unis (15ème).



Parmi les pays latino-américains, l'Uruguay occupe la deuxième place, à la 31ème position mondiale, suivi par le Brésil, 35ème. Le Mexique n'atteint que la 65ème place dans le classement, et l'Argentine, la 77ème.



La liste de « Save the Children » mesure le nombre de professionnels dans le domaine de la santé disponibles dans un pays, l'état de développement du système de vaccination publique et des soins aux femmes enceintes et aux jeunes mamans. Selon les calculs de l'organisation, la Suisse, au premier rang, atteint l'indice de 0,983, alors que le Tchad, à la dernière place, ne dépasse pas les 0,130.



Les pays les plus mal cotés ne comptent pas plus de sept médecins et infirmiers pour dix mille habitants, alors que le minimum approprié conseillé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est de 23 professionnels.



« La crise des professionnels de la santé dans le monde coûte la vie à des enfants chaque jour. Les programmes de vaccination, de médicaments et de soins préventifs ne sont rien si il n'y a pas de professionnels formés pour les offrir à ceux qui en ont besoin », a déclaré Mary Beth Powers, une des coordinatrices de « Save the Children », dans un communiqué publié par l'organisation mardi dernier.



L'étude a été commandée par l'Assemblée générale des nations unies. L'objectif est de faire pression sur les leaders mondiaux pour qu'ils prennent de nouveaux engagements dans le cadre de la campagne « Chaque femme, chaque enfant » lancée par l'ONU même en 2010. L'objectif de l'action est de réduire la mort d'enfants et de mères dans le monde, qui atteignent annuellement le chiffre de 8,1 millions et 358 000 chaque année, respectivement.

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 12:00

arton14658-58814.jpgExposé fait par Amilcar Cabral à la première Conférence de la solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine (3-12 janvier 1966. La Havane, Cuba) au nom des peuples et des organisations nationalistes des colonies portugaises, au cours de la séance plénière du 6 janvier.



Les peuples et les organisations nationalistes d’Angola, du Cap-Vert, de Guinée, du Mozambique, de Sâo Tome et Principe, ont, pour deux raisons principales, mandaté leurs délégations à cette conférence :

Premièrement : nous voulons être présents et prendre activement part à cet événement transcendant de l’histoire de l’humanité.

Deuxièmement : il était de notre devoir politique et moral d’apporter au peuple cubain, en ce moment doublement historique du septième anniversaire de la Révolution et de la première conférence tricontinentale, une preuve concrète de notre solidarité fraternelle et combative.

Permettez-moi donc, au nom de nos peuples en lutte et au nom des militants de chacune de nos organisations nationales, d’adresser nos vœux les plus chaleureux et nos saluts fraternels au peuple de cette île à l’occasion du septième anniversaire du triomphe de sa révolution, pour la réalisation de cette conférence dans sa belle et hospitalière capitale, et pour les succès qu’il a su remporter dans la construction d’une vie nouvelle ayant pour objectif essentiel la pleine réalisation des aspirations à la liberté, à la paix, au progrès et à la justice sociale de tous les Cubains.

Je salue en particulier le comité central du parti communiste de Cuba, le Gouvernement révolutionnaire, son dirigeant exemplaire, le commandant Fidel Castro, à qui j’exprime nos vœux de succès continus et de longue vie au service de la Patrie cubaine, du progrès et du bonheur de son peuple, au service de l’humanité.

Si, arrivant à Cuba, quelques-uns d’entre nous avaient à l’esprit un doute quelconque quant à l’enracinement, la force, la maturité et la vitalité de la Révolution cubaine, ce doute s’est trouvé effacé par ce qu’il nous est donné de voir.

Une certitude inébranlable réchauffe nos cœurs, et nous encourage dans cette lutte difficile mais glorieuse contre l’ennemi commun : nulle force au monde ne pourra détruire cette Révolution cubaine en train de créer, à la campagne et dans les villes, non seulement une nouvelle vie mais aussi - ce qui est plus important - un Homme nouveau, pleinement conscient de ses droits et de ses devoirs nationaux, continentaux, internationaux.

Dans tous les domaines de son activité, le peuple cubain a réalisé des progrès importants au cours des sept dernières années, particulièrement en 1965, Année de l’agriculture.

Ces progrès sont évidents tant dans la réalité matérielle et quotidienne que chez la femme et l’homme cubains, dans leur confiance tranquille à faire face à un monde en effervescence, où les contradictions et les menaces, mais aussi les espoirs et les certitudes, ont atteint un niveau sans précédent.

De ce que nous avons déjà vu et sommes en train d’apprendre à Cuba, nous voulons rapporter ici une leçon singulière dans laquelle se trouve, à notre avis, un des secrets, pour ne pas dire le véritable secret, de ce que beaucoup n’hésiteraient pas à appeler " le miracle cubain " : la communion, l’identification, la synchronisation, la confiance mutuelle et la fidélité entre les masses et leurs dirigeants.

Qui a assisté aux rassemblements extraordinaires de ces derniers jours, et en particulier au discours du commandant Fidel Castro à l’occasion de la célébration du septième anniversaire de la révolution, aura, tout comme nous, mesuré dans toute sa grandeur le caractère spécifique - peut-être décisif - de ce facteur primordial du succès de la Révolution cubaine.

En mobilisant, en organisant et en formant politiquement le peuple cubain, en lui donnant une connaissance élevée des problèmes nationaux et internationaux intéressant sa vie et en l’amenant à participer à la solution de ces problèmes, l’avant-garde de la Révolution cubaine, comprenant vite le caractère indispensable de l’existence dynamique d’un parti fort et uni, a su non seulement interpréter justement les conditions objectives et les exigences du milieu, mais aussi forger la plus puissante des armes pour la défense, la sécurité et la garantie de la continuité de la Révolution : la conscience révolutionnaire des masses populaires, qui, comme on le sait, n’est pas et n’a jamais été spontanée nulle part dans le monde.

Nous croyons que cela constitue une leçon supplémentaire et particulièrement pour les mouvements de libération nationale, spécialement pour ceux qui veulent que leur révolution nationale soit une vraie révolution.

D’aucuns ne manqueront pas de noter que, bien que constituant une minorité insignifiante, certains Cubains n’ont pas partagé les joies et les espoirs des fêtes du septième anniversaire, parce qu’ils sont contre la Révolution.

Il est possible que d’autres encore ne soient pas présents à la célébration du prochain anniversaire, mais nous voulons affirmer que nous considérons la politique de " la porte ouverte pour la sortie des ennemis de la Révolution " comme une leçon de courage, de détermination, d’humanisme et de confiance envers le peuple, comme une victoire de plus, politique et morale, sur l’ennemi, et nous garantissons à ceux-là qui, d’un point de vue amical, s’inquiètent des dangers que cette sortie peut présenter, que nous, les peuples des pays africains, encore partiellement ou totalement dominés par le colonialisme portugais, sommes prêts à envoyer à Cuba autant d’hommes et de femmes qu’il serait nécessaire, pour compenser la sortie de ceux qui, pour des raisons de classe ou d’inadaptation, ont des intérêts et des attitudes incompatibles avec les intérêts du peuple cubain.

En reprenant le chemin, autrefois douloureux et tragique, de nos ancêtres (notamment de Guinée et d’Angola), qui ont été transplantés à Cuba comme esclaves, nous viendrions aujourd’hui en hommes libres, en travailleurs conscients et en patriotes cubains, pour exercer une activité productive dans cette société nouvelle, juste et multiraciale, pour aider et défendre avec notre sang les conquêtes du peuple de Cuba.

Mais nous viendrions renforcer, également, tant les liens historiques, de sang et de culture qui unissent nos peuples au peuble cubain, que cette décontraction magique, cette joie profonde et ce rythme contagieux, qui font de la construction du socialisme à Cuba un phénomène nouveau à la face du monde, un événement unique et, pour beaucoup, insolite.

Nous n’allons pas utiliser cette tribune pour nous en prendre à l’impérialisme.

Un dicton africain très répandu dans nos pays, où le feu est encore un instrument important et un ami perfide - ce qui prouve l’état de sous-développement que nous lègue le colonialisme - ce dicton avertit : " Quand ta case brûle, rien ne sert de battre le tam-tam. "

Sur le plan tricontinental, cela veut dire que ce n’est pas en criant ni en proférant des injures contre l’impérialisme que nous allons parvenir à sa liquidation.

Pour nous, la façon la plus efficace de critiquer l’impérialisme, quelle que soit sa forme, c’est de prendre les armes et de combattre.

C’est ce que nous sommes en train de faire, et c’est ce que nous ferons jusqu’à la liquidation totale de la domination étrangère sur nos patries africaines.

Nous sommes venus ici, décidés à informer cette conférence, avec le plus de détails possible, sur la situation concrète de la lutte de libération nationale dans chacun de nos pays, et en particulier dans ceux-là où se déroule la lutte armée.

C’est ce que nous ferons devant la commission constituée à cet effet, et aussi au moyen de documents, de films, de photographies, de contacts bilatéraux et à travers les organes d’information cubains, au cours de cette conférence.

Permettez-nous d’utiliser cette occasion de la manière que nous jugeons la plus utile.

En vérité, nous sommes venus à cette conférence convaincus que c’est là une occasion unique pour un plus ample échange d’expériences entre les combattants d’une même cause, pour l’étude et la solution des problèmes vitaux de notre lutte commune, tendant non seulement au renforcement de notre unité et de notre solidarité, mais aussi au perfectionnement de la pensée et de l’action de chacun et de tous dans la pratique quotidienne de la lutte.

Nous désirons donc éviter toute perte de temps, et sommes fermement déterminés à ne pas permettre que certains facteurs extérieurs ou qui ne sont pas directement liés aux problèmes qui nous préoccupent viennent ici affecter les possibilités de succès de cette conférence.

Nous avons des raisons suffisantes pour affirmer que cette position est également celle de tous les autres mouvements de libération nationale ici présents.

Notre ordre du jour comprend des thèmes dont l’importance et le relief sont indiscutables et à travers lesquels se détache une préoccupation dominante : la lutte.

Nous observons, cependant, qu’un type de lutte fondamental à nos yeux n’est pas mentionné d’une façon expresse dans ce programme de travail, bien que nous soyons certains qu’il est présent à l’esprit de ceux qui l’ont élaboré.

Nous nous référons ici à la lutte contre nos propres -faiblesses.

D’autres cas diffèrent des nôtres ; cependant notre expérience nous enseigne que dans le cadre général de la lutte quotidienne, quelles que soient les difficultés créées par l’ennemi, cette lutte contre nous-mêmes est la plus difficile, aussi bien au moment présent que dans l’avenir de nos peuples.

Cette lutte est l’expression des contradictions internes de la réalité économique, sociale et culturelle (et donc historique) de chacun de nos pays.

Nous sommes convaincus que toute révolution nationale ou sociale qui ne possède pas comme base fondamentale la connaissance de cette réalité, risque fort d’être condamnée à l’insuccès, sinon à l’échec.

L’ABSENCE D’IDEOLOGIE

Quand le peuple africain affirme dans son langage simple que " pour chaude que soit l’eau de la source, elle ne cuira pas ton riz ", il énonce, avec une singulière simplicité, un principe fondamental non seulement de physique, mais aussi de science politique.

Nous savons en effet que le déroulement d’un phénomène en mouvement, quel que soit son conditionnement extérieur, dépend principalement de ses caractéristiques intérieures. Nous savons aussi que, sur le plan politique - même si la réalité des autres est plus belle et attrayante - notre propre réalité ne peut être transformée que par sa connaissance concrète, par nos efforts et par nos propres sacrifices.

Il est bon de se rappeler, dans cette ambiance tricontinentale, où les expériences et les exemples abondent, que, si grande que soit la similitude des cas en présence et l’identité de nos ennemis, la libération nationale et la révolution sociale ne sont pas des marchandises d’exportation ; elles sont - et chaque jour davantage - le produit d’une élaboration locale, nationale, plus ou moins influencées par des facteurs extérieurs (favorables et défavorables), mais essentiellement déterminés et conditionnés par la réalité historique de chaque peuple, et consolidés par la victoire ou la solution correcte des contradictions internes entre les diverses catégories qui caractérisent cette réalité.

Le succès de la révolution cubaine, qui se déroule à quelques centaines de kilomètres de la plus grande force impérialiste et antisocialiste de tous les temps, nous semble être, dans son contenu et dans sa forme d’évolution, une illustration pratique et concluante de la validité du principe déjà mentionné.

Nous devons reconnaître, toutefois, que nous-mêmes et les autres mouvements de libération en général (nous nous référons surtout à l’expérience africaine) n’avons pas su apporter toute l’attention nécessaire à ce problème important de notre lutte commune.

Le défaut idéologique, pour ne pas dire le manque total d’idéologie, au sein des mouvements de libération nationale - ce qui se justifie à la base par l’ignorance de la réalité historique que ces mouvements prétendent transformer - constitue une des plus grandes, sinon la plus grande faiblesse de notre lutte contre l’impérialisme.

Nous croyons néanmoins qu’un nombre suffisant d’expériences variées a déjà été accumulé pour permettre de définir une ligne générale de pensée et d’action afin d’éliminer cette déficience.

Une ample discussion sur ce sujet pourrait être utile, permettant à cette conférence d’apporter une précieuse contribution au renforcement de l’action actuelle et future des mouvements de libération nationale.

Ce serait là une forme concrète d’aide à ces mouvements, et, à notre avis, d’importance non moindre que les soutiens politique et financier ou en armes.

C’est dans l’intention de contribuer, bien que modestement, à ce débat, que nous présentons ici notre opinion sur les fondements et les objectifs de la libération nationale en rapport avec la structure sociale.

Cette opinion nous est dictée par notre expérience dans la lutte et l’appréciation critique d’autres expériences. A ceux qui lui voient un caractère théorique, il nous faut rappeler que toute pratique engendre une théorie.

Et que, s’il est vrai qu’une révolution peut échouer, même alimentée par des théories parfaitement conçues, personne n’a encore réalisé une révolution victorieuse sans théorie révolutionnaire.

LA LUTTE DE CLASSES

Ceux qui affirment - et, à notre point de vue, avec raison - que la force motrice de l’histoire est la lutte de classes seraient certainement d’accord pour réviser cette assertion, afin de la préciser et de lui donner un champ d’application encore plus vaste, s’ils connaissaient plus profondément les caractéristiques essentielles de certains peuples colonisés, c’est-à-dire dominés par l’impérialisme.

En effet, dans l’évolution générale de l’humanité et de chacun des peuples qui la composent, les classes n’apparaissent ni comme phénomène généralisé et simultané dans la totalité de ces groupes ni comme un tout achevé, parfait, uniforme et spontané.

La définition de classes au sein d’un groupe ou de plusieurs groupes humains est une conséquence fondamentale du développement progressif des forces productives et des caractéristiques de la distribution des richesses, produites par ce groupe ou dérobées à d’autres groupes.

C’est-à-dire que le phénomène socio-économique " classe " surgit et se développe en fonction d’au moins deux variables essentielles et interdépendantes : le niveau des forces productives et le régime de propriété des moyens de production.

Ce développement s’opère lentement, graduellement et d’une manière inégale, par des variations quantitatives et généralement peu perceptibles des composantes fondamentales, processus qui, à partir d’un certain degré d’accumulation, aboutit à un saut qualitatif, se traduisant par l’apparition de classes et du conflit entre les classes.

Des facteurs extérieurs à un ensemble socio-économique en mouvement donné peuvent influencer, d’une manière plus ou moins significative, le processus de développement des classes, l’accélérant, le freinant, voire provoquant des régressions.

Quand, pour une raison quelconque, cesse l’influence de ces facteurs, le processus reprend son indépendance et son rythme se détermine alors, non seulement par les caractéristiques internes spécifiques de l’ensemble, mais aussi par la résultante de l’effet produit sur lui par l’action temporaire des facteurs extérieurs.

Sur le plan strictement intérieur, le rythme du processus peut varier, mais reste continu et progressif.

Les progrès brusques sont possibles, seulement en fonction d’altérations violentes - mutations - du niveau des forces productives ou du régime de la propriété.

Ces transformations violentes opérées à l’intérieur du processus de développement des classes, comme résultat de mutations survenues au niveau des forces productives ou dans le régime de propriété, il a été convenu de les appeler en langage économique et politique : révolutions.

On constate, d’autre part, que les possibilités de ce processus sont influencées, d’une façon appréciable, par des facteurs extérieurs, en particulier par l’interaction des ensembles humains, considérablement accrue par le progrès des moyens de transport et de communication qu’ont créés le monde et l’humanité, éliminant l’isolement entre les groupes humains d’une même région, entre les régions d’un même continent et entre les continents.

Ce progrès caractéristique d’une longue phase historique qui débuta par l’invention du premier moyen de transport était déjà plus évident au temps des voyages puniques et dans la colonisation grecque et s’est accentué avec les découvertes maritimes, l’invention de la machine à vapeur et la découverte de l’électricité.

Et de nos jours, avec la domestication progressive de l’énergie atomique, il est possible de promettre, sinon de semer l’homme dans les étoiles, du moins d’humaniser l’univers.

Ce qui vient d’être dit permet de poser la question suivante : est-ce que l’histoire commence seulement à partir du moment où se développe le phénomène " classe " et par conséquent la lutte de classes ?

Répondre affirmativement serait situer hors de l’histoire toute la période de vie des groupes humains qui va de la découverte de la chasse, et postérieurement de l’agriculture nomade et sédentaire, à la création des troupeaux et à l’appropriation privée de la terre.

Ce serait aussi alors - et nous nous refusons à l’accepter - considérer que plusieurs groupes humains d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, vivaient sans histoire, ou en dehors de l’histoire, au moment où ils furent soumis au joug de l’impérialisme.

Ce serait considérer que des populations de nos pays, telles que les Balantes de Guinée, les Kouaniama d’Angola et les Maconde du Mozambique vivent encore aujour-d’hui - si nous faisons abstraction des légères influences du colonialisme auxquelles elles furent soumises - en dehors de l’histoire, ou n’ont pas d’histoire.

Ce refus, basé d’ailleurs sur la connaissance concrète de la réalité socio-économique de nos pays et sur l’analyse du processus de développement du phénomène " classe ", tel que nous l’avons vu antérieurement, nous porte à admettre que, si la lutte des classes est la force motrice de l’histoire, elle l’est à une certaine période historique.

Cela veut dire qu’avant la lutte des classes - et nécessairement après la lutte des classes, car dans ce monde il n’y a pas d’avant sans après - un facteur, ou des facteurs, fut et sera le moteur de l’histoire.

Nous admettons sans peine que ce facteur de l’histoire de chaque groupe humain est le mode de production - le niveau des forces productives et le régime de propriété - qui caractérise ce groupement.

Comme on l’a vu, la définition de classe et la lutte des classes sont elles-mêmes l’effet du développement des forces productives, conjugué avec le régime de propriété des moyens de production.

Il nous semble donc correct de conclure que le niveau des forces productives, élément déterminant essentiel du contenu et de la forme de la lutte des classes, est la force motrice véritable et permanente de l’histoire.

Si nous acceptons cette conclusion, alors s’estompent les doutes qui troublaient notre esprit.

Parce que si, d’un côté, nous constatons que l’existence de l’histoire avant la lutte des classes est garantie, et évitons par là, à quelques groupements humains de nos pays - et peut-être de notre continent - la triste condition de peuples sans histoire, nous dégageons, d’un autre côté, la continuité de l’histoire, même après la disparition de la lutte de classes pu des classes elles-mêmes.

Et comme ce n’est pas nous qui avons postulé - sur des bases scientifiques - le fait de la disparition des classes comme une fatalité historique, nous sommes satisfaits de cette conclusion qui, dans une certaine mesure, rétablit une cohérence et donne en même temps aux peuples qui, comme celui de Cuba, sont en train de construire le socialisme, l’agréable certitude qu’ils ne déboucheront pas sur la fin de leur histoire lorsque se terminera le processus de liquidation du phénomène " classe " et de la lutte des classes au sein de l’ensemble socio-économique.

L’éternité n’est pas de ce monde, mais l’homme survivra aux classes et continuera à produire et à faire l’histoire, car il ne peut se libérer du fardeau de ses besoins, de ses mains et de son cerveau, qui sont à la base du développement des forces productives.

SUR LE MODE DE PRODUCTION

Ce qui a été dit et la réalité actuelle de notre temps nous permettent d’admettre que l’histoire d’un groupe humain ou de l’humanité se développe au moins en trois phases :

-  A la première correspond un bas niveau des forces productives - de la domination de l’homme sur la nature - ; le mode de production a un caractère élémentaire, il n’existe pas encore d’appropriation privée des moyens de production, il n’y a pas de classes, ni, par conséquent, de lutte de classes.

-  Dans la seconde, l’élévation du niveau des forces pro ductives conduit à l’appropriation privée des moyens de pro duction, complique progressivement le mode de production, provoque des conflits d’intérêt au sein de l’ensemble socio- économique en mouvement, rend possible l’apparition du phénomène " classe " et donc, de la lutte de classes, expres sion sociale de la contradiction dans le domaine économique entre le mode de production et l’appropriation privée des moyens de production.

-  La troisième, à partir d’un niveau donné des forces productives, rend possible et réalise la liquidation de l’appro priation privée des moyens de production, l’élimination du phénomène " classe " et donc, de la lutte des classes. Des forces nouvelles et ignorées dans le processus historique de l’ensemble socio-économique se déchaînent alors.

La première phase correspondrait, en langage politico-économique, à la société communautaire agricole et d’élevage, dans laquelle la structure sociale est horizontale, sans Etat ; la seconde aux sociétés agraires féodales ou assimilées et agro-industrielles bourgeoises ; ici la structure sociale se développe verticalement, avec Etat ; la troisième phase correspondrait aux sociétés socialistes et communistes, dans lesquelles l’économie est surtout, si ce n’est exclusivement, industrielle (car l’agriculture elle-même devient une forme d’industrie) et dans lesquelles l’Etat tend progressivement à sa disparition, ou disparaît, et où la structure sociale retourne à l’horizontalité, à un niveau supérieur des forces productives, des relations sociales et d’appréciation des valeurs humaines.

Au niveau de l’humanité ou d’une partie de l’humanité (groupes humains d’une même région, d’un ou plusieurs continents), ces trois phases (ou deux d’entre elles) peuvent être simultanées comme le prouve la réalité actuelle aussi bien que le passé.

Ceci résulte du développement inégal des sociétés humaines, soit pour des raisons internes, soit par l’influence accélératrice ou retardatrice sur leur évolution d’un ou plusieurs facteurs extérieurs.

D’autre part, dans le processus historique d’un ensemble socio-économique donné, chacune des phases dont nous avons parlé contient, à partir d’un certain niveau de transformation, les germes de la phase suivante.

Nous devons faire remarquer aussi que, dans la phase actuelle de la vie de l’humanité et pour un ensemble socio-économique donné, la succession dans le temps des trois phases caractéristiques n’est pas indispensable.

Quel que soit le niveau actuel de ses formes productives et de la structure sociale qui la caractérise, une société peut franchir rapidement les étapes définies et appropriées aux réalités concrètes locales (historiques et humaines) pour atteindre une Ehase supérieure d’existence.

Ce progrès dépend des possibilités concrètes du développement de ses forces productives, lui-même conditionné principalement par la nature du pouvoir politique qui dirige la société, c’est-à-dire par le genre d’Etat ou, si l’on veut, par le caractère de la classe ou des classes qui dominent au sein de cette société.

Une analyse plus détaillée nous montrerait que la possibilité d’un tel bond dans le processus historique résulte fondamentalement, dans le domaine économique, de la force des moyens dont l’homme peut disposer dans le moment pour dominer la nature, et, sur le plan politique, de cet événement nouveau, qui a transformé radicalement l’aspect du monde et la marche de l’histoire : la création des Etats socialistes.

Nous voyons donc que nos peuples, quels que soient les stades de leur développement économique, ont leur propre histoire. Quand ils ont été soumis à la domination impérialiste, le processus historique de chacun de nos peuples (ou des groupes humains qui constituent chacun d’eux) a été soumis à l’action violente d’un facteur extérieur.

Cette action - l’impact de l’impérialisme sur nos sociétés - ne pouvait qu’influencer le processus de développement des forces productives de nos pays et la structure sociale de nos peuples, de même que le contenu et la forme de nos luttes de libération nationales.

Mais nous voyons aussi que, dans le contexte historique où ces luttes se développent, il existe pour nos peuples la possibilité concrète de passer de la situation d’exploitation et de sous-développement où ils se trouvent à un stade nouveau du processus historique, lequel peut les conduire à une forme supérieure d’existence économique, sociale et culturelle.

L’IMPERIALISME

Le rapport politique élaboré par le Comité international préparatoire de cette conférence, auquel nous réaffirmons notre appui entier, a situé d’une manière claire et dans une analyse succincte l’impérialisme dans son contexte économique et dans ses coordonnées historiques.

Nous ne répéterons pas ici ce qui a déjà été dit dans cette assemblée.

Nous dirons simplement que l’impérialisme peut être défini comme l’expression mondiale de la recherche de bénéfices et l’obtention de plus-values toujours plus grandes de la part du capital monopoliste et financier, accumulé dans deux régions du monde : en Europe d’abord, et par la suite en Amérique du Nord.

Et si nous voulons situer le fait impérialiste dans la trajectoire générale de l’évolution de ce facteur transcendant qui a modifié la face du monde, le capital et le processus de son accumulation, nous pourrions dire que l’impérialisme est la piraterie transplantée des océans à la terre ferme, piraterie réorganisée, consolidée et adaptée à l’objectif de l’exploitation des ressources matérielles et humaines de nos peuples.

Mais si nous parvenons à analyser avec sérénité le phénomène impérialiste, nous ne scandaliserons personne en reconnaissant que l’impérialisme - tout prouve qu’il est, en réalité, la dernière phase de l’évolution du capitalisme - a été une nécessité historique, une conséquence de l’essor des forces productives et des transformations des moyens de production dans le contexte général de l’humanité, considérée comme un tout en mouvement.

Une nécessité, comme le sont, actuellement, la libération nationale des peuples, la destruction du capitalisme et l’avènement du socialisme.

Ce qui importe à nos peuples, c’est de savoir si l’impérialisme, comme capital en action, a rempli ou non dans nos pays la mission historique qui lui était réservée : accélération du processus de développement des forces productives, et transformation dans le sens de la complexité des caractéristiques des moyens de production ; approfondissement de la différenciation des classes avec le développement de la bourgeoisie, et intensification de la lutte de classes ; augmentation appréciable du niveau de vie économique, social et culturel des populations.

On a également intérêt à examiner quelles sont les influences ou les effets de l’action impérialiste sur les structures sociales et le processus historique de nos peuples.

Nous ne ferons ici ni le procès ni une élégie sur l’impérialisme, mais nous dirons seulement que, tant sur le plan économique que sur les plans social et culturel, le capital impérialiste n’a pas, et de loin, rempli dans nos pays la mission historique réalisée par le capital dans les pays d’accumulation.

Cela signifie que si d’un côté le capital impérialiste a eu, dans la plupart des pays dominés, la simple fonction de multiplier les plus-values, on voit d’autre part que la capacité historique du capital (comme accélérateur indestructible du processus de développement des forces productives) dépend strictement de sa liberté, c’est-à-dire du degré d’indépendance avec lequel on l’utilise.

Cependant, nous devons reconnaître que, dans certains cas, le capital impérialiste ou le capitalisme moribond a suffisamment eu d’intérêts, de force et de temps pour, outre construire des villes, augmenter le niveau des forces productives et permettre à une minorité de la population autochtone d’atteindre un niveau de vie meilleur ou même privilégié, contribuant ainsi à un processus que certains appelleraient dialectique, pour l’approfondissement des contradictions au sein des sociétés en question.

En d’autres cas, encore plus rares, a existé la possibilité d’accumulation du capital, créant les conditions de développement d’une bourgeoisie locale.

Pour ce qui se rapporte aux effets de la domination impérialiste sur la structure sociale et le processus historique de nos peuples, il est utile d’examiner, tout d’abord, quelles sont les formes générales de domination de l’impérialisme.

Elles sont au moins deux :

1 ) Domination directe - au moyen d’un pouvoir politique composé d’agents étrangers au peuple dominé (forces armées, police, agents de l’administration et colons) - qu’on est convenu d’appeler colonialisme classique ou colonialisme ;

2) Domination indirecte - au moyen d’un pouvoir politique composé, dans sa majorité ou sa totalité, d’agents autochtones - qu’on est convenu d’appeler néo-colonialisme.
Dans le premier cas, la structure sociale du peuple dominé, quelle que soit l’étape dans laquelle il se trouve, peut subir les conséquences suivantes :

a) Destruction complète, accompagnée, en général, de la liquidation immédiate ou progressive de la population au tochtone et, en conséquence, remplacement de celle-ci par une population allogène ;

b) Destruction partielle, en général accompagnée de la fixation, plus ou moins importante, d’une population allogène ;

c) Conservation apparente, conditionnée par le confinement de la société autochtone dans des zones ou réserves et généralement dépourvues de possibilités de vie, accompagnée de l’implantation massive d’une population allogène.

Les deux derniers cas sont ceux qu’il nous importe de considérer dans le cadre de la problématique de la libération nationale et sont largement représentés en Afrique.

On peut dire que dans n’importe lequel d’entre eux, l’impact de l’impérialisme dans le processus historique du peuple dominé se traduit par la paralysie, la stagnation (même dans quelques cas la régression) de ce processus. Cette paralysie n’est tout de même pas complète.

Dans l’un ou l’autre secteur de l’ensemble socio-économique en question, on peut s’attendre à des transformations sensibles motivées par l’action permanente de quelques facteurs intérieurs (locaux) ou résultant de l’action de nouveaux facteurs introduits par la domination coloniale, tels le cycle de la monnaie et le développement des concentrations urbaines.

Parmi ces transformations, il convient de relever, en certains cas, la perte progressive du prestige des classes ou secteurs dirigeants autochtones, l’exode forcé ou volontaire d’une partie de la population paysanne vers les centres urbains, avec le développement consécutif de nouvelles couches sociales : travailleurs salariés, fonctionnaires, employés de commerce et des professions libérales, et une couche instable de sans-emploi.

A la campagne, surgit avec une intensité très variable et toujours liée au milieu urbain, une couche constituée par de petits propriétaires agricoles.

Dans le cas du néo-colonialisme, que la majorité de la population colonisée soit autochtone ou allogène, l’action impérialiste s’oriente dans le sens de la création d’une bourgeoisie ou pseudo-bourgeoisie locale, inféodée à la classe dirigeante du pays dominateur.

Les transformations dans la structure sociale ne sont pas si marquées dans les couches inférieures, surtout à la campagne, qui conserve principalement les caractéristiques de la phase coloniale ; mais la création d’une pseudo-bourgeoisie autochtone qui, en général, se développe à partir d’une petite bourgeoisie bureaucratique et des intermédiaires du cycle commercial (compradores), accentue la différenciation des couches sociales, ouvre, par le renforcement de l’activité économique d’éléments locaux, de nouvelles perspectives à la dynamique sociale, notamment avec le développement progressif d’une classe ouvrière urbaine, l’installation de propriétés agricoles privées et l’apparition progressive d’un prolétariat agricole.

Ces transformations plus ou moins sensibles de la structure sociale, déterminées par une augmentation appréciable du niveau des forces productives, ont une influence directe sur le processus historique de l’ensemble socio-économique en question.

Tandis que dans le colonialisme classique ce processus est gelé, la domination néocolonialiste, en permettant le réveil de la dynamique sociale (des conflits d’intérêts dans les couches sociales autochtones ou de la lutte des classes) crée l’illusion que le processus historique retourne à une évolution normale.

Cette illusion se renforcera par l’existence d’un pouvoir politique (Etat national) composé par des éléments autochtones.

Ce n’est là en fait qu’illusion car, en réalité, l’inféodation de la classe " dirigeante " locale à la classe dirigeante du pays dominateur limite ou empêche le développement des forces productives nationales.

Mais dans les conditions concrètes de l’économie mondiale de notre temps, cette dépendance est une fatalité, et par conséquent la pseudo-bourgeoisie locale, quel que soit le degré de son nationalisme, ne peut exercer efficacement sa fonction historique ; elle ne peut orienter librement le développement des forces productives : en un mot, elle ne peut être bourgeoisie nationale.

Or, comme on l’a vu, les forces productives sont le moteur de l’histoire, et la liberté totale du processus de leur développement est la condition indispensable à leur plein fonctionnement.

On voit, par conséquent, que, tant dans le colonialisme que dans le néo-colonialisme, la caractéristique essentielle de la domination impérialiste demeure : négation du processus historique du peuple dominé, au moyen de l’usurpation violente de la liberté du processus de développement des forces productives nationales.

Cette constatation qui identifie dans leur essence les deux formes apparentes de domination impérialiste nous paraît être d’une importance primordiale pour la pensée et l’action des mouvements de libération, tant au cours de la lutte qu’après la conquête de l’indépendance.

Nous appuyant sur ce qui a été dit, il est possible d’affirmer que la libération nationale est le phénomène consistant, dans un ensemble socio-économique déterminé, à nier la négation de son processus historique.

En d’autres termes, la libération nationale d’un peuple est la reconquête de la personnalité historique de ce peuple, elle est son retour à l’histoire au moyen de la destruction de la domination impérialiste à laquelle il était soumis.

Nous avons vu que l’usurpation par la violence de la liberté du processus de développement des forces productives de l’ensemble socio-économique dominé constitue la caractéristique principale et permanente de la domination impérialiste, quelle que soit sa forme.

Nous avons vu également que seule cette liberté, et elle seule, peut garantir la normalisation du processus historique d’un peuple. Par conséquent, nous pouvons conclure qu’il y a libération nationale quand, et seulement quand, les forces productives nationales sont complètement libérées de toute espèce de domination étrangère.

Il est banal de dire que la libération nationale se fonde sur le droit de tous les peuples à disposer librement de leur destin et que l’objectif de cette libération est l’obtention de l’indépendance nationale.

Quoique nous ne soyons pas en désaccord avec cette manière vague et subjective d’exprimer une réalité complexe, nous préférons être objectifs, car, pour nous, le fondement de la libération nationale, quelles que soient les formules adoptées au niveau du droit international, réside dans le droit inaliénable de chaque peuple à avoir sa propre histoire, et l’objectif de la libération nationale est la reconquête de ce droit usurpé par l’impérialisme, à savoir la libération du processus de développement des forces productives nationales.

Pour cette raison, à notre avis, tout mouvement de libération nationale qui ne tient pas compte de ce fondement et de cet objectif peut certes lutter contre l’impérialisme, mais il ne luttera pas de cette façon pour la libération nationale.

Cela implique que, compte tenu des caractéristiques essentielles de l’économie mondiale de notre temps ainsi que des expériences déjà vécues dans le domaine de la lutte anti-impérialiste, l’aspect principal de la lutte de libération nationale est la lutte contre le néo-colonialisme.

D’autre part, si nous considérons que la libération nationale exige que survienne une mutation profonde dans le processus de développement des forces productives, nous voyons que ce phénomène de la libération nationale correspond nécessairement à une révolution.

Ce qui importe c’est d’être conscient des conditions objectives et subjectives dans lesquelles cette révolution se fait, et de connaître les formes ou la forme de lutte la plus appropriée à sa réalisation.

Nous n’allons pas répéter ici que ces conditions sont fran chement favorables au stade actuel de l’histoire de l’humanité ; il suffit de rappeler qu’il existe aussi des facteurs défavorables, aussi bien sur le plan international que sur le plan intérieur de chaque nation dans sa lutte pour la libération.

Sur le plan international, il nous paraît que les facteurs suivants sont pour le moins défavorables au mouvement de libération nationale : la situation néo-coloniale d’un grand nombre d’Etats ayant accédé à l’indépendance politique, s’ajoutant à d’autres ayant déjà accède à cette situation ;

les progrès réalisés par le néo-capitalisme, en particulier en Europe, où l’impérialisme a recours à des investissements préférentiels, encourageant le développement d’un prolétariat privilégié avec, comme conséquence, la diminution du niveau révolutionnaire des classes laborieuses ;

la situation néocoloniale ouverte ou déguisée de quelques Etats européens qui, comme le Portugal, possèdent encore des colonies ; la politique dite " aide aux pays sous-développés " pratiquée par l’impérialisme dans le but de créer ou de renforcer les pseudo-bourgeoisies autochtones, nécessairement inféodées à la bourgeoisie internationale, et de barrer ainsi la route à la révolution ;

la claustrophobie et la timidité révolutionnaire, qui amènent quelques Etats nouvellement indépendants et disposant de conditions économiques et politiques intérieures favorables à la révolution à accepter des compromis avec l’ennemi ou avec ses agents ; les contradictions croissantes entre Etats anti-impérialistes et, finalement, les menaces, du côté de l’impérialisme, contre la paix mondiale dans la perspective d’une guerre atomique.

Ces facteurs contribuent à renforcer l’action de l’impérialisme contre le mouvement de libération nationale.

Si l’intervention répétée et l’agressivité croissante de l’impérialisme contre les peuples peuvent être interprétés comme un signe de désespoir face à l’ampleur du mouvement de libération nationale, elles s’expliquent, dans une certaine mesure, par les faiblesses suscitées par ces facteurs défavorables au sein du front général de la lutte anti-impérialiste.

Sur le plan intérieur, nous croyons que la faiblesse ou les facteurs défavorables les plus importants résident dans la structure socio-économique et dans les tendances de son évolution sous la pression impérialiste, ou, pour mieux préciser, dans le peu ou le manque d’attention accordée aux caractéristiques de cette structure et de ces tendances, pai les mouvements de libération nationale, dans l’élaboration de leur stratégie de lutte.

Ce point de vue ne prétend pas diminuer l’importance d’autres facteurs internes défavorables à la libération nationale, tels que le sous-développement économique, le retard social des niasses populaires qui en découle, le tribalisme et autres contradictions de moindre importance.

Il convient pourtant de signaler que l’existence des tribus ne se manifeste comme une contradiction importante qu’en fonction d’attitudes opportunistes, provenant généralement d’individus ou de groupes détribalisés, au sein du mouvement de libération nationale.

Les contradictions entre classes, mêmes quand celles-ci sont embryonnaires, sont beaucoup plus importantes que les contradictions entre tribus.

Quoique la situation coloniale et la situation néo-coloniale soient identiques, en essence, et que l’aspect principal de la lutte contre l’impérialisme soit l’aspect néo-colonialiste, nous croyons indispensable de distinguer dans la pratique ces deux situations.

En effet, la structure horizontale de la société autochtone, bien que plus ou moins différenciée, et l’absence d’un pouvoir politique composé d’éléments nationaux, facilitent, dans la situation coloniale, la création d’un ample front d’unité et de lutte, indispensable au succès du mouvement de libération nationale.

Mais cette possibilité ne nous dispense pas de l’analyse rigoureuse de la structure sociale indigène, des tendances de son évolution et de l’adop tion dans la pratique de mesures appropriées pour garantir une vraie libération nationale.

Parmi ces mesures, tout en admettant que chacun sait mieux que quiconque ce qu’il doit faire chez lui, il nous semble indispensable de voir se créer une avant-garde solidement unie et consciente de la vraie signification et de l’objectif de la lutte de libération nationale qu’elle doit diriger.

Cette nécessité est d’autant plus pressante qu’on sait que, à de rares exceptions près, la situation coloniale ne permet ni ne réclame l’existence significative de classes d’avant-garde (classe ouvrière consciente d’elle-même et prolétariat rural) qui pourraient assurer la vigilance des masses populaires sur l’évolution du mouvement de libération.

Inversement, le caractère généralement embryonnaire des classes laborieuses et la situation économique, sociale et culturelle de la force physique la plus importante de la lutte de libération nationale - les paysans - ne permettent pas aux deux forces principales de cette lutte de distinguer, par elles-mêmes, la vraie indépendance nationale de l’indépendance politique factice.

Seule une avant-garde révolutionnaire, généralement une minorité active, peut donner conscience dès le début de cette différence, et la porter, à travers la lutte, à la connaissance des masses populaires.

Cela explique le caractère fondamentalement politique de la lutte de libération nationale et donne, dans une certaine mesure, l’importance de la forme de lutte dans le résultat final du phénomène de libération nationale.

Dans la situation néo-coloniale, la structuration plus ou moins accentuée de la société indigène dans la verticale, et l’existence d’un pouvoir politique composé d’éléments autochtones - Etat national - aggravent, déjà, les contradictions au sein de cette société, et rendent difficile, sinon impossible, la création d’un front uni aussi vaste que dans le cas colonial.

D’un côté, les effets matériels (principalement la nationalisation des cadres et l’augmentation de l’initiative économique de l’élément indigène, en particulier sur le plan commercial) et psychologiques (orgueil de se croire dirigé par ses propres compatriotes, exploitation de la solidarité d’ordre religieux ou tribal entre quelques dirigeants et une fraction des masses populaires) contribuent à mobiliser une partie considérable des forces nationalistes.

Mais, d’autre part, le caractère nécessairement répressif de l’Etat néocolonial contre les forces de libération nationale, l’aggravation des contradictions de classes, la permanence objective d’agents et de signes de la domination étrangère (colons qui conservent leurs privilèges, forces armées, discrimination raciale), la paupérisation croissante du paysannat, et l’influence plus ou moins notoire de facteurs extérieurs, contribuent à maintenir la flamme du nationalisme, et à élever progressivement la conscience de vastes secteurs populaires, et à réunir, en s’appuyant précisément sur la conscience de la frustration néo-colonialiste, la majorité de la population autour de l’idéal de libération nationale.

En outre, tandis que la classe dirigeante autochtone s’embourgeoise progressivement, le développement d’une classe laborieuse composée d’ouvriers de la ville et de prolétaires agricoles, tous exploités par la domination indirecte de l’impérialisme, ouvre des perspectives nouvelles à l’évolution de la libération nationale.

Cette classe laborieuse, quel que soit son degré de conscience politique (au-delà d’une limite minimum, qui est la conscience de ses besoins) paraît, dans le cas néo-colonial, constituer la vraie avant-garde populaire de la lutte de libération nationale.

Mais elle ne pourra réaliser complètement sa mission dans le cadre de cette lutte (qui ne finit pas avec la conquête de l’indépendance) si elle ne s’unit pas solidement avec les autres couches exploitées, les paysans en général (employés, fermiers, métayers, petits propriétaires agricoles) et la petite bourgeoisie nationaliste.

La réalisation de cette alliance exige la mobilisation et l’organisation des forces nationalistes dans le cadre (ou par l’action) d’une organisation politique forte et bien structurée.
Une autre distinction importante entre la situation coloniale et la néo-coloniale réside dans les perspectives de la lutte.

Dans le cas colonial (où la nation-classe combat contre les forces de répression de la bourgeoisie du pays colonisateur), la lutte peut conduire, du moins en apparence, à une solution nationaliste : la nation conquiert son indépendance et adopte, en hypothèse, la structure économique qui lui convient le mieux.

Le cas néo-colonial (où les classes laborieuses et leurs alliés luttent simultanément contre la bourgeoisie impérialiste et la classe dirigeante autochtone) ne se résout pas par une solution nationaliste ; elle exige la destruction de la structure capitaliste implantée par l’impérialisme dans le territoire national, et postule justement une solution socialiste.

Cette distinction résulte principalement de la différence de niveau des forces productives dans les deux cas et de l’aggravation consécutive de la lutte des classes.
Il ne serait pas difficile de démontrer que, dans le temps, cette distinction est à peine apparente.

Il suffit de se rappeler que nos conditions historiques actuelles - liquidation de l’impérialisme qui par tous les moyens perpétue sa domination sur nos peuples, et consolidation du socialisme dans une partie considérable du monde - font qu’il n’y a que deux voies possibles pour une nation indépendante : retourner à la domination impérialiste (néo-colonialisme, capitalisme, capitalisme d’Etat), ou adoption de la voie socialiste.

Cette option dont dépend la compensation des efforts et des sacrifices des masses populaires au cours de la lutte est fortement influencée par la forme de combat et par le degré de conscience révolutionnaire de ceux qui la dirigent.

LE ROLE DE LA VIOLENCE

Les faits nous dispensent de prouver que l’instrument essentiel de la domination impérialiste est la violence.

Si nous acceptons le principe selon lequel la lutte de libération est une révolution, et qui ne finit pas au moment où l’on hisse le drapeau et se joue l’hymne national, nous verrons qu’il n’y a, ni ne peut y avoir, libération nationale, sans l’usage de la violence libératrice de la part des forces nationalistes, pour répondre à la violence criminelle des agents de l’impérialisme.

Personne ne doute que, quelles que soient les caractéristiques locales, la domination impérialiste implique un état de violence permanente contre les forces nationalistes.

Il n’y a pas de peuple sur terre qui, ayant été soumis au joug impérialiste (colonialiste ou néocolonialiste), ait conquis son indépendance (nominale ou effective) sans victimes. Ce qui importe c’est de déterminer quelles sont les formes de violence qui doivent être utilisées par les forces de libération nationale, pour répondre non seulement à la violence de l’impérialisme, mais aussi pour garantir par la lutte la victoire finale de sa cause : la véritable indépendance nationale.

Les expériences du passé et du présent, vécues par certains peuples, la situation actuelle de la lutte de libération nationale dans le monde (spécialement au Vietnam, au Congo et au Zimbabwe), ainsi que la situation de violence permanente, ou tout au moins de contradictions et de sursauts, dans laquelle se trouvent certains pays ayant conquis leur indépendance par la voie dite pacifique, nous démontrent que non seulement les compromis avec l’impérialisme sont inopérants, mais aussi que la voie normale de libération nationale, imposée aux peuples par la répression impérialiste, est la lutte année.

Nous ne croyons pas scandaliser cette Assemblée en affirmant que la voie unique et efficace pour la réalisation définitve des aspirations des peuples, c’est-à-dire pour l’obtention de la libération nationale, est la lutte armée.

C’est là la grande leçon que l’histoire contemporaine de la lutte de libération enseigne à tous ceux qui sont véritablement engagés dans l’effort de libération de leurs peuples.

SUR LA PETITE BOURGEOISIE

Il est évident qu’aussi bien l’efficacité de cette voie que la stabilité de la situation à laquelle elle conduit, après la libération, dépendent non seulement des caractéristiques de l’organisation de la lutte, mais aussi de la conscience politique et morale de ceux qui, pour des raisons historiques, sont à même d’être les héritiers immédiats de l’Etat colonial ou néo-colonial.

Car les faits ont démontré que le seul secteur social capable d’avoir conscience de la réalité de la domination impérialiste et de diriger l’appareil d’Etat hérité de cette domination, est la petite bourgeoisie autochtone.

Si nous tenions compte des caractéristiques aléatoires, de la complexité des tendances naturelles inhérentes à la situation économique de cette couche sociale ou classe, nous verrions que cette fatalité spécifique de notre situation constitue l’une des faiblesses du mouvement de libération nationale.

La situation coloniale qui n’admet pas le développement d’une pseudo-bourgeoisie autochtone et dans laquelle les masses populaires n’atteignent pas en général le degré nécessaire de conscience politique avant le déchaînement du phénomène de libération nationale, offre à la petite bourgeoisie l’opportunité historique de diriger la lutte contre la domination étrangère, pour être, de par sa situation objective et subjective (niveau de vie supérieur à celui des masses, contacts plus fréquents avec les agents du colonialisme, et donc plus d’occasions d’être humiliés, degré d’instruction et de culture politique plus élevé, etc.) la couche qui prend le plus rapidement conscience du besoin de se libérer de la domination étrangère.

Cette responsabilité historique est assumée par le secteur de la petite bourgeoisie que l’on peut, dans le contexte colonial, appeler révolutionnaire, tandis que les autres secteurs se maintiennent dans le doute caractéristique de ces classes où s’allient au colonialisme, pour défendre - quoique illusoirement - leur situation sociale.

La situation néo-coloniale, qui exige la liquidation de la pseudo-bourgeoisie autochtone pour que se réalise la libération nationale, donne aussi à la petite bourgeoisie l’opportunité de remplir un rôle de premier plan - et même décisif - dans la lutte pour la liquidation de la domination étrangère.

Mais, en ce cas, en vertu des progrès réalisés dans la structure sociale, la fonction de direction de la lutte est partagée (à un degré plus ou moins grand) avec les secteurs les plus instruits des classes travailleuses et même avec des éléments de la pseudo-bourgeoisie nationale, imbus de sentiments patriotiques.

Le rôle du secteur de la petite bourgeoisie qui prend part à la direction de la lutte est encore plus importante, tant il est vrai que, dans la situation néo-coloniale elle-même, elle est plus apte à assumer ces fonctions, soit parce que les masses travailleuses connaissent des limitations économiques et culturelles, soit à cause des complexes et limitations de nature idéologique qui caractérisent le secteur de la pseudo-bourgeoisie nationale qui adhère à la lutte.

Dans ce cas, il est important de faire remarquer que la mission qui lui a été confiée exige de ce secteur de la petite bourgeoisie une plus grande conscience révolutionnaire, la capacité d’interpréter fidèlement les aspirations des masses à chaque phase de la lutte et de s’identifier de plus en plus avec elles.

Mais, si grand que soit le degré de conscience révolutionnaire du secteur de la petite bourgeoisie appelé à remplir cette fonction historique, elle ne peut se libérer de cette réalité objective : la petite bourgeoisie, comme classe des services (c’est-à-dire qui n’est pas directement incluse dans le processus de production), ne dispose pas de bases économiques lui garantissant la prise du pouvoir.

En effet, l’histoire nous démontre que, quel que soit le rôle - parfois important - joué par des individus issus de la petite bourgeoisie dans le processus d’une révolution, cette classe n’a jamais été en possession du pouvoir politique.

Et elle ne pouvait l’être, car le pouvoir politique (Etat) se fonde sur la capacité économique de la classe dirigeante et, dans les conditions de la société coloniale et néo-coloniale, cette capacité est détenue par ces deux entités : le capital impérialiste et les classes laborieuses nationales.

Pour maintenir le pouvoir que la libération nationale met entre ses mains, la petite bourgeoisie n’a qu’un seul chemin : laisser agir librement ses tendances naturelles d’embourgeoisement, permettre le développement d’une bourgeoisie bureaucratique - et d’intermédiaires - du cycle des marchandises, pour se transformer en une pseudo-bourgeoisie nationale, c’est-à-dire nier la révolution et se rallier nécessairement au capital impérialiste.

Or tout cela correspond à la situation néo-coloniale, c’est-à-dire à la trahison des objectifs de libération nationale. Pour ne pas trahir ces objectifs, la petite bourgeoisie n’a qu’un seul chemin : renforcer sa conscience révolutionnaire, répudier les tentatives d’embourgeoisement et les sollicitations naturelles de sa mentalité de classe, s’identifier aux classes laborieuses, ne pas s’opposer au développement normal du processus de la révolution.

Cela signifie que, pour remplir parfaitement le rôle qui lui revient dans la lutte de libération nationale, la petite bourgeoisie révolutionnaire doit être capable de se suicider comme classe, pour ressusciter comme travailleur révolutionnaire, entièrement identifiée avec les aspirations les plus profondes du peuple auquel elle appartient.

Cette alternative - trahir la Révolution ou se suicider comme classe - constitue le choix de la petite bourgeoisie dans le cadre général de la lutte de libération nationale.

Sa solution positive, en faveur de la révolution, dépend de ce que récemment Fidel Castro a appelé correctement développement de la conscience révolutionnaire.

Cette dépendance attire nécessairement notre attention sur la capacité du dirigeant de la lutte de libération nationale à rester fidèle aux principes et à la cause fondamentale de la lutte.

Cela nous montre, dans une certaine mesure, que si la libération nationale est essentiellement un problème politique, les conditions du développement lui prêtent certaines caractéristiques qui appartiennent au domaine moral.

Voilà la modeste contribution qu’au nom des organisations nationalistes des pays africains encore complètement ou en partie dominés par le colonialisme portugais, nous considérons comme un devoir d’apporter au débat général de cette Assemblée.

Solidement unis au sein de notre organisation multinationale, la C.O.N.C.P., nous sommes décidés à demeurer fidèles aux intérêts et aux justes aspirations de notre peuple, quelles que soient nos origines, dans les sociétés auxquelles nous appartenons.

La vigilance en relation avec cette fidélité constitue l’un des objectifs principaux de notre organisation, dans l’intérêt de nos peuples.

Pour cela, nous luttons déjà les armes à la main contre les forces colonialistes portugaises en Angola, en Guinée et au Mozambique, et nous nous préparons à faire de même au Cap-Vert, à Sâo Tome et à Principe.

Voilà pourquoi nous consacrons la plus grande attention au travail politique au sein de nos peuples, améliorant et renforçant chaque jour nos organisations nationales, à la direction desquelles sont représentés tous les secteurs de notre société.

Pour cela, nous sommes en garde contre nous-mêmes et tâchons, en nous basant sur la complète connaissance de nos forces et de nos faiblesses, en renforçant les premières et en transformant les secondes, de développer constamment notre conscience révolutionnaire.

C’est pour cela que nous sommes à Cuba, et que nous assistons à cette Conférence.

Nous ne lancerons pas de vivats, ni ne proclamerons ici notre solidarité avec tel ou tel peuple en lutte. Notre présence est un cri de condamnation de l’impérialisme et une preuve de solidarité avec tous les peuples qui veulent bannir de leur patrie le joug impérialiste, en particulier avec l’héroïque peuple du Vietnam.

Mais nous croyons fermement que la meilleure preuve que nous puissions donner de^ notre position anti-impérialiste et de notre active solidarité avec nos camarades dans cette lutte commune consiste à retourner dans nos pays, à développer encore davantage la lutte et à demeurer fidèles aux principes et aux objectifs de libération nationale,

Nous souhaitons que chaque mouvement de libération nationale ici présent puisse, les armes à la main, répéter dans son pays, en union avec son peuple, le cri déjà légendaire de Cuba :


PATRIA 0 MUERTE, VENCEREMOS !

MORT AUX FORCES IMPÉRIALISTES !

PATRIE LIBRE, PROSPÈRE ET HEUREUSE POUR CHACUN DE NOS PEUPLES !

NOUS VAINCRONS !

 


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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 18:30

arton1678-97fcc.jpgPhoto : CC by-nc-nd Pierre Alonso

http://www.bastamag.net/article1678.html

 

 

Alors que les mallettes de la Françafrique défraient la chronique, une autre affaire revient dans l’actualité : les « Biens mal acquis », un système d’évasion fiscale installé par les dictateurs africains et mis en lumière par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Le résultat du procès, suite à la plainte en diffamation de l’un des dictateurs mis en cause, sera connu ce 16 septembre. Entretien avec Guy Aurenche, président du CCFD, qui revient également sur les bouleversements de la solidarité Nord-Sud à l’heure des crises de la dette.



39 propriétés luxueuses pour l’ex-président Gabonais Omar Bongo, 24 propriétés et 112 comptes bancaires pour Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville, 2 logements luxueux pour le président de la Guinée équatoriale. C’est le patrimoine acquis en France, d’après les estimations policières, par ces chefs d’État. Des biens qu’ils auraient achetés avec de l’argent public, selon cet inventaire des « biens mal acquis » mené dans le cadre d’une l’instruction judiciaire, à la suite de la plainte de Transparency International France. Un des éléments déclencheurs de cette enquête : le rapport Biens mal acquis, à qui profite le crime ?, publié par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) en 2007 puis 2009.

Dans ce rapport, l’ONG pointe les « agissements » d’une trentaine de chefs d’État. Parmi eux, le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, dont la famille posséderait entre 500 et 700 millions de dollars, provenant du « détournement de la rente pétrolière ». Le clan Obiang aurait notamment « blanchi, entre 2000 et 2003, environ 26,5 millions de dollars en achats immobiliers » [1].

Seul le président de la Guinée équatoriale a décidé de poursuivre le CCFD en diffamation. L’audience a eu lieu en juin, le délibéré sera rendu le 16 septembre. En ce qui concerne la bataille judiciaire initiée par Transparency International pour « recel de détournements de fonds publics », rien n’est joué : le parquet de Paris – qui dépend hiérarchiquement du ministère de la Justice – vient de refuser d’élargir l’enquête aux acquisitions postérieures à 2008.

Le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, attaque le CCFD pour diffamation, à la suite de la publication du rapport sur les Biens mal acquis. Que répondez-vous à cette accusation ?

Guy Aurenche : Lorsque nous écrivons dans un rapport que le président de la Guinée équatoriale est un dictateur, un voleur et un blanchisseur d’argent, celui–ci estime que c’est méchant, diffamatoire, et que ce n’est pas juste. Notre intention était de pointer ce qui ne va pas. Donc je suis plutôt content qu’il réagisse. Il aurait pu nous ouvrir ses comptes en banque pour que l’on puisse observer ce qui se passe effectivement. Il a choisi la voie judiciaire. Résultat, pendant dix heures, au mois de juin, j’étais sur le banc des accusés au tribunal correctionnel de Paris… Mais cela va obliger la justice française à se positionner sur les limites de la liberté d’expression : qu’est-ce qu’une association militante comme le CCFD peut dire aujourd’hui à l’encontre d’un chef d’État et de sa famille, en ce qui concerne sa gestion politique ? Je souhaite que la justice française dise aux associations militantes, si elles travaillent avec sérieux et s’expriment sans hargne : « Vous avez raison de vous exprimer sur le sujet, c’est votre liberté, même si c’est parfois avec des exagérations, ou même peut-être avec des erreurs. » Donc je vis péniblement cette plainte pour diffamation, parce qu’on a autre chose à faire que d’aller au tribunal. J’ai aussi le sentiment que c’est la rançon du succès. Que des chefs d’État ou des dictateurs se sentent mal lorsqu’ils sont accusés, c’est une bonne chose.

Les avocats du Président Nguema vous reprochent un « mépris colonial ». Une ONG française comme le CCFD a-t-elle la légitimité d’intervenir sur ce dossier des Biens mal acquis ?

N’importe qui est légitime à intervenir, s’il le fait honnêtement. Et le CCFD-Terre solidaire n’est pas n’importe qui. Ce sont 450 organisations partenaires dans 70 pays, dont 250 en Afrique, qui parlent à travers notre ONG. Ce n’est donc pas un regard « occidental ». Et c’est sans doute cela qui a inquiété les chefs d’État concernés : si c’était un groupe d’Américains ou de Français qui les critiquaient, ça ne serait pas si grave. Mais là, c’est une alliance interculturelle, interreligieuse et intergéographique. Cette parole devient beaucoup plus ennuyeuse pour eux. Et cette accusation de néocolonialisme, ce n’est pas sérieux ! Dire – comme cela a été dit – que le CCFD « crachait sur le visage des Africains » est une sottise. Dire que c’est une parole d’Occidentaux, une parole anti-africaine ou néo-impéraliste est un mensonge objectif !

« À qui profite le crime ? » titre votre rapport. Faut-il mener le même combat contre les multinationales qui profitent de certaines situation parfois davantage que des chefs d’État ?

Le point de départ du rapport Bien mal acquis du CCFD, ce ne sont pas les chefs d’État africains. Ce rapport rappelle d’abord la nécessité de la transparence dans les mécanismes financiers. Le développement ou le mal-développement sont liés à cette absence de transparence. Donc aux paradis fiscaux. Qu’est-ce qui nourrit les paradis fiscaux, dont nous, Occidentaux, profitons très largement ? L’argent des biens mal acquis. Cette question est d’abord une accusation de nos propres systèmes financiers occidentaux, avec leur corruption et leurs détournements de fonds. L’essentiel n’est pas de prouver que M. Teodoro Obiang Nguema est un dictateur, mais de montrer qu’il peut mettre son argent dans les paradis fiscaux à cause de ce système financier. Et si on fermait les paradis fiscaux ? Et si on obligeait les paradis fiscaux à publier l’origine de l’argent stocké ? Et si on faisait la même chose avec les multinationales ? Il ne s’agit pas d’interdire le travail des multinationales, mais de leur dire : « Publiez ce que vous gagnez. » Vous gagnez de l’argent avec l’extraction de pétrole, ou de diamant ou de bois, dans telle région du monde ? Publiez les milliards de bénéfices que vous faites, publiez les impôts que vous payez localement ! Les paradis fiscaux permettent l’évasion de sommes considérables. Ils permettent à une multinationale qui travaille dans un pays, souvent sous couvert de sociétés locales, de ne rien déclarer. Nous ne voulons plus de cette situation. Oui à l’activité industrielle et au développement des ressources, mais dans la transparence. Sinon, cela se fait sur le dos des peuples les plus pauvres.

Certaines sommes détournées sont notamment utilisées par ces chefs d’État pour l’achat de biens immobiliers en France. L’État français doit-il intervenir et saisir ces biens immobiliers ?

Dans le cas de la plainte déposée par des associations françaises [pour « recel de détournements de fonds publics », ndlr] contre trois chefs d’État, du Gabon, du Congo-Brazzaville et de la Guinée équatoriale, il ne s’agit pas d’abord de demander la restitution de tel bien immobilier. Nous voulons déjà qu’ils nous disent à qui appartiennent ces biens. Sont-ils à eux, chefs d’État, à travers une société civile immobilière ? Combien les ont-ils achetés ? D’où vient l’argent ? S’ils ne peuvent pas le justifier, si leurs salaires de chefs d’État ne permettent pas d’acheter un hôtel particulier avenue Foch à Paris ou un château en Sologne, si la justice française conclut qu’il y a eu détournement, l’argent doit être restitué.

Restituer des sommes détournées par les puissants, n’est-ce pas utopique ?

Aujourd’hui, nous arrivons à faire restituer 10 % des sommes détournées. C’est important, déjà, pour le symbole. Mais il faut que les mécanismes de restitution fonctionnent mieux. Il y a des lois à faire respecter. Pour cela, il faut que les chefs d’État soient obligés de dire combien ils gagnent. Il faut que les banques ouvrent leurs comptes, et que les paradis fiscaux jouent le jeu de la transparence. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), avec 50 milliards de dollars, on réglerait une partie du problème de la malnutrition dans le monde. Les sommes détournées par les dictateurs du Sud dans les paradis fiscaux sont de l’ordre de 200 milliards de dollars. C’est une question de justice mais aussi d’efficacité, au regard du développement des peuples.

Depuis cinquante ans, le CCFD agit dans le champ de la solidarité internationale. Certains pays du « Sud » sont plus solides économiquement aujourd’hui que des pays du Nord, qui subissent maintenant les plans d’austérité du FMI. Cela change-t-il la manière d’aborder la question des solidarités Nord-Sud ?

Parler des relations Nord-Sud en termes de développement et de mal-développement est aujourd’hui totalement faux. La question du mal-développement traverse le Nord et le Sud. Il y a partout des ultrariches et des ultrapauvres, même si ce n’est pas dans les mêmes proportions. Deuxième constat : nous pensions que les pays « émergents », qui ont connu la souffrance, les conséquences du colonialisme, allaient se comporter de manière plus éthique sur la scène internationale, en particulier dans le domaine financier et concernant l’impunité de ceux qui trichent. Qu’ils seraient à la pointe du combat pour la restitution des sommes détournées, pour la poursuite des chefs d’État qui trafiquent ou tuent leur peuple. Dans ce combat, il y a des ONG brésiliennes, quelques nouvelles ONG chinoises. Mais les autorités politiques, au Brésil ou en Inde, ne sont pas spécialement à la pointe de ce combat. Ce manque de combativité des pays émergents est une vraie déception. Troisième constat : on assiste à des alliances Sud-Sud. Le CCFD est très fier d’y contribuer, en travaillant par exemple dans la région des Grands Lacs africains, au Rwanda, au Burundi, au Congo Kinshasa. C’est la grande nouveauté : l’argent ne vas pas forcément du Nord vers le Sud. Cela a vraiment changé en vingt-cinq ans.

 

Photo : CC Truthout

Avec la crise économique, les gens sont-ils encore réceptifs à l’idée de solidarité Nord - Sud ?

Les crises que vivent les sociétés du Nord – financière, économique, sociale et de sens – provoquent forcément un repli sur soi : « Tu me parleras du Congo ou de la Birmanie le jour où j’aurai réglé le problème de chômage de mes enfants. » C’est pourquoi nous parlons de la solidarité internationale de manière différente qu’il y a trente ans. On disait alors que c’était de notre « devoir », nous qui étions en situation de prospérité relative, d’accompagner, de suivre, d’aider le « Sud ». Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Notre « devoir », c’est aussi de permettre à notre voisin de s’en sortir, de permettre à nos enfants de trouver leur place dans la société… Que devient la solidarité internationale ? Elle reste essentielle sur le plan de l’éthique, car si on vit complètement renfermé sur soi-même, on risque de rater sa vie. Et sur le plan intellectuel, c’est une sottise, car pour régler le problème de mon voisin, les problèmes rencontrées par ma famille, dans ma communauté, dans mon parti, dans mon usine, je suis obligé de réfléchir mondialement. Un ensemble de décisions prises à Brasilia, à Bombay, à Pékin ou à New York vont avoir une influence sur les solutions possibles pour le travail ou pour la protection de l’écologie en France. Si on se replie, on est mort. C’est difficile à faire comprendre : plus on s’intéresse à la solidarité internationale, plus on a de chances de régler les problèmes en France. C’est une grande nouveauté. On est moins sur le terrain d’une éthique généreuse, on est sur le terrain d’une responsabilité concernant ce qui se passe chez nous et dans le monde, qui ne peut se régler qu’avec une attention et une pratique de la solidarité internationales.

Vous vous battez pour un audit de la dette de certains pays du Sud. Le CCFD pourrait-il être amené à demander un audit ou l’annulation de la dette de la Grèce, qui subit la spéculation bancaire et les plans de rigueur du FMI ?

Nous ne sommes pas encore sur les mêmes logiques, même s’il y a en Grèce de vraies souffrances, liées à la crise économique. Je ne suis pas sûr que le CCFD entreprendrait pour l’instant ce type d’action par rapport à la dette grecque. Et je ne sais pas ce qu’il fera dans dix ou quinze ans. Mais il est intéressant de démonter les mécanismes qui ont abouti au drame grec : des mécanismes banquiers, de sur-emprunt, que nous connaissons très bien avec les pays du Sud. La réponse va sans doute obéir à des logiques différentes, parce que la Grèce fait partie de l’Europe, qui va devoir réagir aussi pour elle-même, mais les analyses, le positionnement politique, la remise en cause du système financier mondial sont les mêmes.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

Les rapports du CCFD : « Biens mal acquis, à qui profite le crime ? »

Notes

[1] Et en 2009, le fils de Teodoro Obiang Nguema aurait acheté 26 voitures de luxe et 6 motos, pour un montant de 12 millions de dollars. En 2011, selon la cellule antiblanchiment française Tracfin, il aurait acquis des œuvres d’art pour plus de 18 millions d’euros, payées par une société d’exploitation forestière sous son contrôle, alors qu’il est ministre de l’Agriculture et des Forêts

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 18:24

2372533.jpgDepuis six mois les taux des crédits immobiliers ont régulièrement monté alors que celui des obligations d'Etat qui servent de référence a baissé. A la clé, une belle augmentation de marges sur les emprunts accordés aux particuliers.

Depuis 6 mois, les emprunteurs laissent à leur banque une marge bien plus conséquente sur leur crédit immobilier. (Sipa)

Vous avez vu les derniers taux de crédits immobiliers proposés par les banques ? En consultant les offres de la plupart des courtiers, un emprunteur ayant un profil de bonne qualité peut espérer décrocher un taux de 3,8 à 3,9% sur quinze ans. Certes, c’est un taux bien inférieur à celui qui avait cours fin 2008 : à l’époque, avec un profil identique, il n’aurait pu décrocher qu’un taux d’environ 4,8 à 5%, mais le niveau bas actuel (compte tenu d’une inflation d’environ 2%) cache en fait une énorme augmentation des profits des banques sur le crédit immobilier.

Un taux de référence en baisse

Depuis six mois, en effet, les taux des crédits immobiliers ont régulièrement monté. Ce qui est curieux, c’est que dans le même temps, le taux de l’obligation d’Etat, lui a baissé, puisqu’il est passé de 3,8, à 2,93%. Or, c’est justement ce taux que les banques s’entêtent à nous présenter comme LA référence pour l’évolution des taux de crédit. Même si les professionnels savent que le baromètre est faux, les banques empruntant en grande partie à court terme (l’Euribor 3 mois est à 1,54%) pour prêter à long terme…

Or, le taux de l’OAT a baissé de 0,8 point en six mois, sans que les taux des crédits immobiliers, sur lesquels ils sont censés être indexés, baissent d’autant. Ce qui aurait permis à notre profil de référence d’emprunter à moins de 3%.

Les banques en profitent depuis 6 mois

Cela fait donc six mois que les banques se goinfrent sur le dos des emprunteurs. Et n’espérez pas faire jouer la concurrence. Les courtiers, qui observent ce marché avec beaucoup d’étonnement, constatent qu’il y a beaucoup moins de concurrence entre établissements : "les taux présentés sont de plus en plus proches… " reconnait, amer, un de ces professionnels.

3m² carré en moins avec des mensualités de 1.000 euros

Sur la production annuelle, ce petit supplément de profits fini par peser très lourd : cela représente une quinzaine de milliards d’euros sur les 175 milliards d’euros souscrits ces derniers mois par les emprunteurs immobiliers. Et ce sont ces particuliers qui sont les premiers lesés.

Un manque à gagner qu’ils peuvent mesurer en mètres carrés. En fin d’année dernière, avec 1.000 euros de mensualité sur quinze ans, un emprunteur pouvait se payer 27 mètres carrés sur Paris. En ce mois de septembre, il ne peut plus s’en payer que 24. Or, si les taux des crédits avaient suivi la pente des taux de l’OAT, ce même emprunteur parisien aurait réussi à maintenir son pouvoir d’achat de 27 mètres carrés.

 

http://www.challenges.fr/actualite/economie/20110901.CHA3629/comment-les-banques-ont-gagne-15-milliards-d-euros-sur-le-dos-des-emprunteurs.html

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 11:41

_1035122_money300.jpghttp://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/GARCIA/18904

 

La France va-t-elle réaliser le grand chelem dans le Tournoi des six nations de rugby ? La question est sur toutes les lèvres… Du moins sur celles des publicitaires et des sponsors qui ont massivement investi un sport jadis réservé aux amateurs et dont ils ont radicalement changé la pratique et la philosophie.

Par David Garcia

Toute de rose vêtue, Sabrina monte sur un podium posé sur la pelouse du Stade de France. Sûre d’elle, elle éteint en chanson les sifflets des quelque soixante-dix mille spectateurs venus assister au match de rugby Stade français - Bayonne, ce 5 décembre 2009, à Saint-Denis. Une animation parmi d’autres — pom-pom girls, poteaux roses assortis à la couleur du maillot, refrains des années 1970 et 1980 crachés par la « sono » du stade, feu d’artifice final — dont la paternité revient à M. Max Guazzini, président depuis 1993 du prestigieux club parisien.

Ex-attaché de presse de la chanteuse Dalida, inventeur du calendrier à succès des « Dieux du stade », qui immortalise les joueurs dans le plus simple appareil, M. Guazzini est devenu le gourou du marchandisage sportif. « On ne peut plus réduire le rugby à cette simple image folklorique rugby-cassoulet... On ne fera pas rêver les jeunes d’aujourd’hui avec le cassoulet ! », sermonnait-il dans Midi olympique, la bible du ballon ovale, en janvier 2004. Au risque d’en faire trop ?

Limogé en début de saison 2009-2010, l’entraîneur australien du Stade français Ewen McKenzie dit tout haut ce que l’Ovalie susurre tout bas, craignant d’écorner la statue du Commandeur, cinq fois champion de France en moins de dix ans : « Il ne voit que deux choses : son calendrier et le Stade de France. Il a une vision marketing qui n’est pas toujours au service du sportif. Ainsi, Max peut recruter un joueur plutôt qu’un autre juste parce qu’il a un meilleur look pour le calendrier. (...) D’autres ont été priés de quitter le club car ils ne voulaient plus poser (1). »

Si ses relations avec M. McKenzie ont viré du rose au sombre, le président du Stade français peut dire merci à un autre Australien : M. Rupert Murdoch. En achetant en 1995 l’exclusivité des droits télévisés des compétitions disputées dans les trois meilleures nations de l’hémisphère Sud (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande) pour la somme faramineuse de 550 millions d’euros, l’empereur des médias ouvrait les vannes de l’argent-roi et scellait la fin de l’« amateurisme ». Jamais une telle pluie de dollars ne s’était déversée sur le rugby.

Le 26 août de la même année, les membres de l’International Rugby Board (IRB) se résignèrent à accepter le professionnalisme jadis honni. Ils n’avaient guère le choix. Avec le soutien des joueurs excités par les mirifiques perspectives de gain, M. Murdoch menaçait de créer une ligue privée. Entre la perte de toute influence, assortie d’espèces sonnantes et trébuchantes, et le renoncement à ses principes sacrés, l’IRB a choisi la voie du « pragmatisme » chère aux Anglo-Saxons. Lesquels contrôlent les instances mondiales du rugby depuis les origines de ce jeu, dont l’acte fondateur remonte à 1823.

Primes occultes
et transferts frauduleux

A cette époque, les défenseurs de l’ordre ovale ne transigeaient pas avec un certain élitisme aristocratique qui constitua longtemps le marqueur identitaire de ce sport. Témoin, cette pittoresque définition proposée par un Amateur Athletic Club typiquement britannique : « Est amateur tout gentleman qui n’a jamais pris part à un concours public ouvert au tout-venant, ou pour de l’argent provenant des admissions sur le terrain ou autrement, ou qui n’a jamais été à aucune période de sa vie professeur ou moniteur d’exercices de ce genre comme moyen d’existence, qui n’est ni ouvrier, ni artisan, ni journalier (2). »

A partir des années 1890, le « tout-venant », en particulier ouvrier, revendique le droit de percevoir une indemnité pour le temps passé à s’entraîner et à jouer. Le refus catégorique des tenants du « noble game » entraîne la naissance d’une branche dissidente du rugby, le jeu à XIII. Le 29 août 1895, vingt-deux clubs fondent la Northern Football Union, centrée sur le principe du « manque à gagner » compensé par une rétribution. Un siècle avant la décision de l’IRB, la création du rugby à XIII ouvre une première brèche dans le temple de l’amateurisme. Dès lors, les gentlemen dirigeants de l’Ovalie n’auront de cesse que de rappeler à l’ordre les clubs et joueurs tentés par les sirènes de l’amateurisme « marron », synonyme de professionnalisme clandestin. Pourtant, relèvent les journalistes sportifs Jean-Pierre Dorian et Thierry Magnol, « d’amateur, le rugby n’a jamais eu que le nom. Dès les années 1920, il [était] perverti par l’argent (3) ».

Primes de match occultes, transferts de joueurs frauduleux... La France, qui lance un championnat de clubs en 1892, est montrée du doigt par les instances internationales. Au point de se retrouver exclue du Tournoi des cinq nations en 1931  (4). Réintégrée, la fédération française subit à nouveau les réprimandes des Britanniques : en 1952, l’IRB exige le sabordage d’un championnat qu’elle juge corrompu par un professionnalisme larvé. Les Français font mine d’obtempérer. Elèves quasi irréprochables de l’amateurisme, les Anglais ne créeront leur propre championnat qu’en 1987. Quant au mythique Tournoi des cinq nations, « il faudra attendre 1993 pour que le vainqueur (...) soit désigné comme tel et pour qu’il reçoive un trophée (sponsorisé cela va de soi) (5) ».

Quinze ans après, le rugby a fait mieux que rattraper son « retard » sur les autres grands sports. « Depuis le passage au professionnalisme, l’argent est au cœur du rugby. Remplir les stades, vendre des maillots, courtiser les sponsors et céder à la surenchère pour enrôler des vedettes, tel est le quotidien (6). »

En dix ans, le budget moyen d’un club du Top 14 Orange, la première division française, est passé de 1,14 million à 15 millions d’euros. Les émoluments des joueurs ont plus que doublé depuis 2003. Fin 2009, un rugbyman touchait un salaire moyen de 120 500 euros net par an. Attirés par le championnat le plus riche du monde avec son homologue anglais, les étrangers représentent 40 %des effectifs, soit huit fois plus en proportion qu’il y a dix ans. Avec une rémunération moyenne de 320 348 euros brut annuels (+ 80,4 %en cinq ans), les vedettes étrangères et les internationaux français sont les heureux élus du nouveau système (7).

Emargeant à 400 000 euros annuels, Sébastien Chabal se hisse à la première place des joueurs français du Top 14. Une situation financière sans rapport direct avec son niveau de jeu. Titulaire occasionnel du XV de France, « Attila », un de ses nombreux surnoms avec « l’Animal », « l’Anesthésiste » ou encore « l’Homme des cavernes », conquiert ses galons de bête médiatique à l’été 2007, lors des test-matches contre les All Blacks — les redoutables Néo-Zélandais. Un plaquage mémorable sur Chris Masoe et un effroyable « tampon » sur le pauvre Ali Williams, dont la mâchoire vole en éclats, propulsent instantanément le chevelu et barbu Chabal au rang d’étoile mondiale de la « rugbysphère ».

Les internautes se repassent en boucle le glorieux fait d’armes. Toujours à l’affût d’un « bon coup », journalistes et sponsors se précipitent et érigent ce garçon plutôt discret en icône du rugby viril mais présentable. Depuis, le profil rupestre de Chabal s’étale sur les murs du métro, au dos des Abribus et, bien sûr, dans les magazines et à la télévision. Consécration suprême, L’Equipe Magazine daté du 2 janvier 2010 lui décerne le titre honorifique de « sportif favori des Français ».

« Chabal, c’est une sorte de bestialité à moitié domestiquée », analyse doctement M. Gilles Dumas, directeur général de Sportlab Group, une agence de marketing et de communication du sport. Chez les amateurs éclairés, le phénomène « Attila » suscite des réactions mitigées. Tout comme parmi ses ex-coéquipiers du XV de France. « En vingt minutes, on le savait capable de tout exploser, mais il y avait un décalage entre sa médiatisation et sa légitimité aux yeux du milieu sportif, donc aux nôtres aussi, relate Fabien Pelous, ancien capitaine des Bleus. Cette médiatisation n’était pas justifiée. Démesurée, exactement comme pour [Thomas] Castaignède en 1999, [Frédéric] Michalak en 2003 ou [Bernard] Laporte durant ses deux mandats (8). »

Ephémère vedette tricolore de la Coupe du monde 2003, Michalak, plastique irréprochable et faux airs de voyou, a été la coqueluche des publicitaires pendant quelques mois. Le joueur de Toulouse participe même à un défilé parisien du couturier Christian Lacroix, quelques semaines après être passé sous les fourches vaguement Caudines d’un animateur de télévision faussement impertinent. Le titre de l’émission ? « On ne peut pas plaire à tout le monde ». De fait... Démodée, la « Michalakmania » n’inspire plus les agences de publicité.

Le remplaçant de Chabal est peut-être déjà en gestation. « Benjamin Fall, graine de star », pouvait-on lire dans Le Figaro du 19 novembre 2009. Visage avenant et musculature impressionnante, le jeune joueur de Bayonne (20 ans) fait saliver les professionnels de l’image, qui pensent déjà à la Coupe du monde 2011. Pierre Salviac, l’ancien commentateur des matches des Bleus sur France 2, n’a pas de mots assez durs pour fustiger les évolutions de son sport. « Cette surexploitation médiatique est une insulte au monde du rugby, qui a toujours valorisé le collectif, s’énerve-t-il. Chabal, c’est le triomphe de l’individualisme sur le groupe. Tout le contraire des valeurs du rugby. »

Directeur général délégué du groupe Garantie mutuelle des fonctionnaires (GMF) (9), M. Patrice Forget pontifie : « Il y avait au début de notre partenariat le sentiment que les valeurs du rugby correspondaient bien à celles de la GMF. J’entends par là des valeurs de respect, d’engagement, de solidarité (10). » Curieux sport qui ne cesse de se prévaloir de « valeurs » démenties par une réalité plus prosaïque. Mais qu’importe le flacon... Après tout, le rugby n’est-il pas un « sport CSP + » (catégories socio-professionnelles supérieures), selon l’heureuse formule de M. Frédéric Bolotny, économiste associé au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges ?

Dans le confort ouaté
d’une loge de standing

Les entreprises s’arrachent les loges VIP [very important person] pour assister aux matches de l’élite et du XV de France. « Il y a même plus de demandes que pour le football », exulte M. Dumas. Comme le fait remarquer la revue Quel sport ?, les matches et les fameuses troisièmes mi-temps sont « autant d’occasions de cultiver les réseaux et de parler business sans en avoir l’air (11) ».

L’éviction de M. Jean-Marie Messier de la présidence de Vivendi aurait ainsi été ourdie dans le confort ouaté d’une loge de standing, lors de matches du Tournoi des six nations. Victime supposée de cet odieux complot, « JMM » croit dur comme fer à cette version des faits et désigne nommément ses bourreaux : M. Serge Kampf, président-directeur général du groupe de services informatiques Capgemini, et M. Claude Bébéar, président d’honneur de l’assureur Axa (12). Par un étrange concours de circonstances, M. Kampf se trouve être une sorte d’éminence grise de l’Ovalie.

« L’énigmatique monsieur K », comme l’a malicieusement qualifié L’Equipe Magazine (13), est entré dans la vie du XV de France un soir de triomphe. Invité à la table des Bleus après leur victoire contre l’Australie, lors de la première Coupe du monde disputée en 1987, « Gentleman Serge » paie l’addition et offre une montre Patek Philippe (12 000 euros pièce) à tous les joueurs de l’équipe, remplaçants inclus. Sans oublier les membres influents du monde du rugby, à commencer par le président de la fédération, M. Albert Ferrasse, et son plus proche collaborateur, M. Bernard Lapasset, qui allait lui succéder. M. Kampf devient rapidement l’homme fort du rugby français. « Il m’arrive d’aller le voir pour lui demander conseil, a admis M. Lapasset, devenu président. Il amène beaucoup de chefs d’entreprise. C’est énorme en termes d’impact (14). »

Au fait, que pense l’intéressé de sa chère Ovalie ? « Le rugby commence à m’écœurer, soupire-t-il. Il tombe dans les travers du football. La mentalité s’est dégradée à mesure que l’argent a augmenté. L’individualisme et le vedettariat ont progressé. On ne parle plus de sport, mais de produit (15). » Parole d’expert.

David Garcia

Journaliste.

(1) L’Equipe, Paris, 26 octobre 2009.

(2) Xavier Lacarce, Vers l’hyperrugby. Triomphe du sport unidimensionnel, Le Bord de l’eau, Lormont, 2009.

(3) Jean-Pierre Dorian et Thierry Magnol, L’Argent secret du rugby, Plon, Paris, 2003.

(4) Tournoi des cinq nations : Angleterre, Ecosse, France, Pays de Galles, Irlande — qui sont désormais six, avec l’Italie, admise en 2000.

(5) Vers l’hyperrugby, op. cit.

(6) Xavier Audebert, Les Odieux du stade. Enquête sur les enfants terribles du rugby, Flammarion, Paris, 2007.

(7) Ces chiffres sont extraits d’un article paru dans L’Equipe du 3 novembre 2009.

(8) Fabien Pelous, 118 Vies, Prolongations, Issy-les-Moulineaux, 2009.

(9) Assureur de la Fédération française de rugby (FFR) depuis vingt ans, partenaire officiel du XV de France, de la Ligue nationale de rugby (LNR) et du Centre national de rugby (CNR).

(10) Midi olympique, Toulouse, 9 novembre 2009.

(11) « Rugby : la Coupe du monde des brutes et des abrutis », Quel sport ?, n° 2/3, Dompierre, janvier 2008.

(12) Jean-Marie Messier, avec Yves Messarovitch, Mon vrai journal, Balland, Paris, 2002.

(13) L’Equipe Magazine, Paris, 20 septembre 2003.

(14) Ibid.

(15) Ibid.

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 11:29

Couv_Pinc_on-Charlot-499d2.jpgAprès avoir écrit des livres sur les grandes fortunes, les châtelains, la chasse à courre, la grande bourgeoisie parisienne ou les millionnaires, les Pinçon-Charlot récidivent. Le couple de sociologues publie une nouvelle version du Président des riches, leur best-seller. Et s’invite à sa manière dans la campagne présidentielle. Entretien.

 

Pourquoi un second épisode du Président des riches ?


Monique Pinçon-Charlot : Notre première version du Président des riches s’est terminée le 30 juin 2010. Depuis, il y a eu l’affaire Bettencourt, l’affaire Servier avec le Mediator, l’affaire Wildenstein [2], qui ne demande qu’à s’enflammer, et l’affaire Tapie, qui s’est transformée en affaire Lagarde. Nous avons également assisté à la quasi-suppression de l’impôt sur la fortune (ISF). Nicolas Sarkozy est un peu fondé de pouvoir de tous ceux qui participent à la concentration des richesses dans la France d’aujourd’hui. Souvenez-vous : pour fêter sa victoire électorale le 7 mai 2007, il invite une grande partie des patrons du CAC 40 au Fouquet’s. C’était le signe que le monde politique allait être aux ordres de la finance.


Ce qui s’est confirmé...


Monique Pinçon-Charlot : Quand nous décortiquons le quinquennat de Nicolas Sarkozy avec nos lunettes de sociologues, on s’aperçoit que ce qu’il a réalisé de plus important depuis qu’il a été élu, ce sont des cadeaux aux plus riches sous diverses formes. Des cadeaux fiscaux : les riches paient de moins en moins d’impôts, voire pas du tout. Des cadeaux symboliques, comme des distributions généreuses de légions d’honneur. Des cadeaux indirects avec, par exemple, la suppression de la publicité sur les chaînes de France-Télévisions, dans l’espoir que cette mesure profite à Martin Bouygues, patron du groupe TF1. Et n’oublions pas les nominations de proches de Nicolas Sarkozy à la tête des entreprises publiques : Henri Proglio à EDF, Stéphane Richard à France Télécom, François Pérol à la Banque populaire-Caisse d’épargne…


Le magazine Challenges de juillet 2011 constate qu’en un an le palmarès des 500 plus grandes fortunes françaises accueille 11 milliardaires en euros de plus. Pour entrer dans ce classement, il fallait peser 14 millions d’euros en 1996, 60 millions aujourd’hui. Cet enrichissement démesuré et rapide crée-t-il de l’instabilité ?


Michel Pinçon : L’enrichissement des plus riches, qui est extrêmement rapide, va de pair avec un appauvrissement des moins fortunés et des plus démunis. La fracture entre les plus riches et les plus pauvres s’élargit et pose un problème social très intense. Pour comprendre cette évolution, il faut tenir compte de l’importance des marchés financiers. Le capital est beaucoup mieux rétribué que le travail tout en étant moins imposé. La richesse va systématiquement à la richesse.

Monique Pinçon-Charlot : Deux indicateurs montrent que le peuple français ne continuera pas à accepter une situation aussi intenable. Le premier est l’appel de Maurice Lévy, le patron de Publicis, qui demande une contribution exceptionnelle, c’est-à-dire provisoire, aux plus riches. Le gouvernement propose une contribution de 300 millions d’euros. Cette somme correspond aux seuls dividendes perçus par Liliane Bettencourt en 2009 pour ses participations dans L’Oréal. Cet appel montre que les riches savent que la situation sociale est explosive. Le deuxième indicateur nous est plus personnel. Après la publication du Président des riches en septembre 2010, nous sommes partis pendant huit mois en tournée à travers toute la France. Où que nous soyons allés, dans le Gers, en Lozère ou dans les Ardennes, nous avons chaque fois rencontré des centaines de personnes qui n’étaient pas forcément des militants. Il y avait beaucoup de couples, et de femmes qui cherchaient des éléments d’analyse pour comprendre leurs difficultés. Ils voulaient mettre des mots sur une souffrance qu’ils n’arrivaient pas à nommer. Il y a aussi un militantisme associatif dans toute la France que nous avons trouvé impressionnant. Il ne manque plus que l’étincelle qui mettra le feu aux poudres.


Les classes aisées semblent pourtant beaucoup plus actives et mieux organisées que les classes moyennes et populaires, qui subissent la crise de plein fouet…


Michel Pinçon : Nous sommes en présence d’une classe dominante organisée et efficace quand elle défend ses intérêts. En face : les classes moyennes et populaires sont divisées ou hésitantes. Quand on observe le champ politique, on y voit une droite qui, malgré quelques dissensions, reste très soudée. Et une gauche où il y a beaucoup de divergences. Les riches sont moins nombreux et sont plus à même de maîtriser la mouvance qu’ils représentent. C’est une vieille tradition dans les classes dominantes que de cultiver des réseaux dans toutes les sphères de l’activité sociale : économiques, politiques, culturels et médiatiques. Prenez l’exemple de Jean d’Ormesson : c’est un héritier mais aussi un écrivain et un dirigeant de presse, et un relais parmi d’autres de ce milieu. Il existe des liens familiaux très serrés. Tout cela forme un réseau de relations qui réagit très vite dès lors qu’il se sent menacé. Cette classe dominante est également très concentrée dans l’espace. À Paris, elle n’habite que dans trois ou quatre arrondissements. Elle est installée aussi à Neuilly-sur-Seine et dans quelques communes de banlieue. Il existe une forme de mobilisation permanente de ce groupe parce qu’il y a cette inter-connaissance extrêmement forte entre ceux qui la composent.


Pensez-vous que la crise de l’euro est un épisode de la guerre qui se déroule entre des débiteurs-contribuables et des créanciers actionnaires ?


Michel Pinçon : La lutte des classes qui se déroulait pays par pays de façon fragmentée prend une dimension internationale. La mondialisation de la finance a pour effet de mettre les peuples, y compris aux États-Unis, dans des situations difficiles. Le comportement de la finance, qui a débouché sur la crise des subprimes, a mis à la rue des ménages américains qui se sont retrouvés dans des villages de toile. Comme des réfugiés dans leur propre pays. Nous retrouvons cette situation en Grèce, en Espagne et en Irlande.


Que vous inspire le débat autour de la « règle d’or » budgétaire ?


Monique Pinçon-Charlot : Il existe déjà un arsenal législatif et réglementaire en France et en Europe qui interdit les déficits budgétaires au-dessus de 3 %. La dette a doublé depuis 2002, donc uniquement pendant les gouvernements UMP, et surtout depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy [3]. Même quand il était ministre du Budget, de 1993 à 1995, le déficit public a augmenté de 50 %. Chaque fois que Nicolas Sarkozy passe quelque part, le déficit s’aggrave ! Il a mis la France en péril et maintenant il veut imposer la règle d’or tout en qualifiant d’irresponsables ceux qui sont contre.


Christine Ockrent a affirmé, lors d’une émission de télé en juin dernier, que le protectionnisme était une « insanité ». Qu’en pensez-vous ?


Michel Pinçon : Le protectionnisme est une « insanité » aux yeux de Mme Ockrent car elle défend le libéralisme économique et l’absence de réglementation. On voit ce que cela donne sur les marchés financiers. L’absence de protectionnisme permet de gagner beaucoup d’argent en important des vêtements confectionnés en Asie ou en Afrique par des personnes, voire des enfants, payés une misère. L’absence de protectionnisme est d’une certaine façon responsable de la misère des pays où vont s’approvisionner de nombreux hommes d’affaires français. Ce qui est une insanité, c’est le libre-échangisme.

Monique Pinçon-Charlot : La mondialisation qui se déroule sous nos yeux n’est pas la nôtre. Elle met sous pression les classes moyennes et les classes populaires. Ces pressions balaient tout ce qui s’apparente aux acquis sociaux, aux services publics et à la solidarité. Tout ce qui relève de la solidarité doit être défendu. C’est pourquoi nous sommes révoltés par la réforme des retraites conduite par le gouvernement et les députés UMP. Nous sommes révoltés par tout ce qui vient affaiblir notre État-Nation, les syndicats ou les collectifs. Nous pensons que l’État-Nation est un collectif que nous devons protéger. Le défendre n’empêche pas des phénomènes coopératifs et fédératifs. Les petits collectifs peuvent s’enchâsser dans des plus grands. Nous voulons défendre systématiquement ce qui est à la base de la solidarité.


Pour vous, la gauche est-elle capable de protéger ces solidarités et de proposer des alternatives au néolibéralisme ?


Michel Pinçon : Elle en a été capable, mais il y a aujourd’hui une timidité sur la question qui est assez étonnante. Pendant les septennats de François Mitterrand, l’un des artisans les plus efficaces de la libéralisation des marchés financiers a été Pierre Bérégovoy. Un banquier avec qui nous discutions confiait que Pierre Bérégovoy était le ministre de l’Économie qu’il préférait. Le Parti socialiste, dans sa majorité, est acquis au libéralisme. Cette formation politique est quantitativement la plus importante et la plus organisée grâce à ses nombreux élus locaux. Cela pose un problème à l’ensemble de la gauche de faire l’union entre ceux qui veulent gérer le capitalisme libéral et ceux qui souhaitent une rupture réelle avec ce système économique.


Quelles mesures prônez-vous pour lutter contre l’aggravation des inégalités que vous décrivez ?


Monique Pinçon-Charlot : Il faudrait arriver à transformer complètement notre classe politique. Ce sont uniquement des personnes favorisées qui siègent à l’Assemblée nationale ou au Sénat. À l’Assemblée nationale, il n’y a même pas 1 % de députés d’origine ouvrière ou employée alors que ces catégories représentent 54 % de la population active. À l’inverse, les cadres, les professions libérales et les patrons, qui constituent 13 % de la population active, sont représentés à plus de 81 % à l’Assemblée. Ce sont des favorisés qui votent des lois pour leur classe sociale. En contrepartie, les classes défavorisées ne participent plus à la vie politique. Pour lutter contre cela, nous faisons des propositions qui sont liées. Déjà, abolir le cumul des mandats. On ne doit plus pouvoir être député et maire, ou ministre et maire comme c’est actuellement le cas avec Alain Juppé, toujours maire de Bordeaux. Ensuite, on ne doit plus pouvoir faire carrière en politique. Donc limiter le nombre de mandats successifs et élaborer un statut de l’élu. Pour qu’il y ait des ouvriers qui s’engagent en politique, ils doivent pouvoir ensuite retrouver leur travail. Il faudra également rendre le vote obligatoire tout en reconnaissant le vote blanc. Si, en 2012, je m’étais retrouvée à choisir entre Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn, j’aurai souhaité que mon vote blanc soit comptabilisé dans les suffrages exprimés. Au-delà de 30 % de vote blanc, l’élection doit être invalidée. Dernière mesure : les résultats électoraux doivent être respectés. Ce qu’il s’est passé à la suite du référendum de 2005 est intolérable. 57 % des électeurs ont dit non au projet de Constitution européenne pourtant soutenu par toutes les élites de droite et de gauche. Mais lorsque Nicolas Sarkozy est arrivé, le traité de Lisbonne a toutefois été signé.

Michel Pinçon : La nationalisation du système bancaire est une mesure à prendre immédiatement. Après le départ de Pierre Mauroy de Matignon, la politique économique menée par le gouvernement socialiste s’est traduite par la privatisation du système bancaire. J’ai connu la BNCI (Banque nationale pour le commerce et l’industrie) nationalisée après-guerre. C’était une banque qui ne faisait pas de spéculation, elle prêtait de l’argent aux entreprises et aux particuliers. Aujourd’hui, les sommes déposées sur les comptes sont mobilisées sur des marchés financiers complètement déréglementés.

Monique Pinçon-Charlot : En matière de fiscalité, nous proposons de prélever à la source les revenus, qu’ils proviennent du travail, du capital ou du patrimoine. Tous au même niveau, et à la source, pour régler le problème des niches et des paradis fiscaux. Il faut aussi mettre en place un impôt progressif, qui part de très bas mais qui monte jusqu’à 95 % pour la dernière tranche afin de soigner l’addiction à l’argent.


Recueilli par Nadia Djabali

http://www.bastamag.net/article1725.html

 

Notes

[1] Le Président des riches, La Découverte Poche/Essais n° 253, 228 p. 9,50 €.

[2] Du nom du collectionneur Daniel Wildenstein, qui implique deux ministres du Budget, Éric Woerth et François Baroin, accusés d’avoir couvert de massives évasions fiscales.

[3] La dette publique française atteint actuellement 85 % de son produit intérieur brut (PIB), soit 1646,1 milliards d’euros, en progression de 110 milliards d’euros depuis un an.

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 11:21

arton14548-5b885.jpgSi le drame de la faim occupe à nouveau l’actualité avec la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique, la famine est une réalité quotidienne qui est largement passée sous silence. D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), plus d’un milliard de personnes dans le monde ont des difficultés d’accès à la nourriture.

La malnutrition a des causes et des responsabilités politiques. L’Afrique est une terre spoliée. Ses ressources naturelles ont été arrachées à ses communautés depuis des siècles de domination et de colonisation. Et il ne s’agit pas seulement du vol de l’or, du pétrole, du coltan, du caoutchouc, des diamants... mais, aussi, de l’eau, des terres, des semences qui permettent à ses habitants de se nourrir. Si, comme l’indique la FAO, 80% de la population de la Corne de l’Afrique dépend de l’agriculture comme principale source de revenus et d’alimentation, que faire quand il n’y a pas de terre à cultiver ?

Ces dernières années, la vague de privatisation croissante de terres en Afrique (leur achat par des gouvernements étrangers, des multinationales agro-alimentaires ou des fonds d’investissements) a encore plus fragilisé son précaire système agricole et alimentaire. Avec des paysan-nne-s expulsé-e-s de leurs terres, où cultiver un peu de nourriture ? En conséquence, après des décennies de politiques de libéralisation commerciale qui ont miné leurs capacités productives, de nombreux pays voient vu leur capacité d’autosuffisance alimentaire s’effondrer.

Comme l’a amplement étayé l’organisation internationale GRAIN, la crise alimentaire et financière de 2008 a ouvert un nouveau cycle d’appropriation des terres à l’échelle planétaire. Des gouvernements dépendant de l’importation d’aliments - dans le but de garantir la production de nourriture pour leur population au-delà de leurs frontières - ; des firmes agro- industrielles ou d’investissement, avides de nouveaux investissements rentables, achètent depuis lors les terres les plus fertiles des pays du Sud. Une dynamique qui menace l’agriculture paysanne et la sécurité alimentaire de ces pays.

Selon les données de la Banque mondiale, on estime que quelques 56 millions d’hectares de terres ont ainsi été achetées dans le monde depuis 2008, dont plus de 30 millions en Afrique, où la terre est bon marché et où sa propriété communale la rend plus vulnérable. D’autres sources, comme le Global Land Project, évoquent entre 51 et 63 millions d’hectares pour l’Afrique seule, soit une étendue similaire à celle de la France. Qu’il s’agisse de fermages, concessions ou d’achat de terres - les formes de transaction sont variées et souvent opaques -, certains auteurs n’hésitent pas à qualifier cette dynamique de “nouveau colonialisme” ou de “colonialisme agraire” car il s’agit d’une re-colonisation indirecte des ressources africaines.

La Banque Mondiale a été l’un des principaux promoteurs de cette dynamique en développant, ensemble avec d’autres institutions internationales comme la FAO, l’Agence pour le Commerce et le Développement des Nations Unies (UNCTAD) et le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), ce qu’ils appellent - sans rire - les “Principes pour un Investissement Agricole Responsable” qui légitiment l’appropriation des terres par des investisseurs étrangers. Au travers de l’International Finance Corporation (IFC), institution dépendant de la Banque Mondiale et qui s’occupe du secteur privé, on a impulsé des programmes destinés à éliminer les barrières administratives et à changer les lois et les régimes fiscaux dans des pays du Sud afin de les rendre plus “attractifs” pour ces investissements agricoles.

L’Ethiopie, l’un des pays les plus touchés par la famine actuelle, a offert trois millions d’hectares de terres cultivables aux investisseurs étrangers d’Inde, de Chine, du Pakistan et d’Arabie Saoudite, entre autres. Pour ces derniers, l’affaire est on ne peut plus juteuse : 2.500 Km2 de terres productives à 700 euros par mois, avec un contrat de concession de 50 ans. Tel est, par exemple, l’accord conclu entre le gouvernement éthiopien et l’entreprise indienne Karuturi Global, l’une des 25 principales firmes agro-industrielles mondiales, qui consacrera ces terres à la culture d’huile de palme, de riz, de sucre de canne, de maïs et de coton pour l’exportation. Résultat : des milliers de paysans locaux expulsés de leurs terres, précisément ceux qui souffrent de la faim, ainsi que de vastes étendues de bois rasés et brûlés.

D’autres pays comme le Mozambique, le Ghana, le Soudan, le Mali, la Tanzanie et le Kenya ont bradé des millions d’hectares de leurs territoires. En Tanzanie, le gouvernement saoudien a acheté 500.000 hectares de terres afin de produire du riz et du blé pour l’exportation. Au Congo, 48% des terres agricoles sont aux mains d’investisseurs étrangers. Au Mozambique, plus de dix millions d’hectares ont été bradés.

La conférence académique “Global Land Grabbing”, qui s’est tenue en Grande-Bretagne au mois d’avril 2011, a souligné l’impact négatif de ces achats de terres. Plus d’une centaine d’études de cas documentés démontrent comment ces “investissements agricoles responsables” n’ont aucun effet positif pour les communautés locales puisqu’ils provoquent au contraire des déplacements forcés et une plus grande pauvreté.

Depuis des années, le mouvement international Via Campesina dénonce l’impact dramatique de cette vague massive d’accaparement de terres agricoles sur les populations du Sud. Si nous voulons en finir avec la faim dans le monde, il est fondamental de garantir un accès universel à la terre, ainsi qu’à l’eau et aux semences, et interdire toute forme de spéculation avec ce qui nous permet de nous nourrir.

 

Esther Vivas

 

Esther Vivas participe au Centre d’études sur les mouvements sociaux (CEMS) de l’Universitat Pompeu Fabra (UPF) en Catalogne.

***Article publié dans la revue ARA, 04/08/2011.

Traduction française par Ataulfo Riera pour le site www.lcr-lagauche.be.

+info : http://esthervivas.wordpress.com/francais

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http://www.legrandsoir.info/moins-de-terre-plus-de-faim.html
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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 11:04

no_pasaran_1244838078.jpgNous reproduisons l'intervention d'Anthony Crézégut dans un débat entre communistes sur la lutte contre l'extrême-droite (août 2011)

 http://vivelepcf.over-blog.fr/article-lutte-contre-l-extreme-droite-et-le-fascisme-a-crezegut-83799198.html

 

J'aimerais intervenir sur la question du fascisme et de l'anti-fascisme.

 

Qu'est-ce que le fascisme ? Tu as rappelé justement la définition de Dimitrov, devenue classique : « la dictature ouverte des franges les plus réactionnaires de la bourgeoisie ». Je serais très prudent sur l'usage du terme fascisme qui demande une analyse minutieuse des mouvements en question, et doit éviter de galvauder le terme. Il ne faut pas appeler au loup continuellement, sous peine de baisser la garde lorsqu'il apparaît réellement. Le fascisme me semble être avant tout un mode de dévoiement d'aspirations populaires justes vers une solution réactionnaire favorable aux intérêts des classes dominantes dans une situation de crise économique et de vide politique. Actuellement, je dirais que nous nous rapprochons clairement de cette situation. Tu as évoqué le cas de Jobbik en Hongrie, avec ses milices para-militaires dans les rues, typique de ces pays d'Europe de l'Est. Il faut analyser aussi le supposé « virage à gauche » du FN, semblable à la façon dont les mouvements proto-fascistes, en Italie et en Allemagne, ont récupéré certains mots d'ordre de gauche pour mieux les dévoyer. Le fond des positions de ces formations, nous les connaissons : ultra-libérales (cf le programme du FN des années 1980-90), pro-européennes (les formations régionalistes ne jurent que par Bruxelles et l'Europe des régions) et de casse de l'unité ouvrière. Leur retour à la « question sociale » ne parvient pas à masquer la persistance de ces options, comme on peut le voir pour le FN en France ou la Ligue du nord en Italie. Si je prend ce dernier cas, la Ligue se fait de plus en plus passer pour une formation qui défend les ouvriers du Nord (au point qu'il a pu être le premier parti voté chez les ouvriers du Nord du syndicat des métallos de la FIOM!), les « petits » mais il reste un parti défendant un capitalisme pur et dur (lutte contre l’État social, fédéralisme fiscal, capitalisme des PME...), défendant l'Europe des régions contre l'unité nationale et enfin proposant une vision inter-classiste de la société, que ce soit sous la forme du « bloc des producteurs » (ouvriers/patrons) ou du « bloc national » (toutes les classes autochtones contre les étrangers y compris du Sud de l'Italie). J'insiste sur cette analyse de classe des mouvements d'extrême-droite, la nécessité d'analyser ces mouvements selon une grille de classe, et de noter le fait qu'eux dressent bien une analyse de classe de la société.

 

            Quel anti-fascisme ? Il faut bien réfléchir sur la ligne à adopter car il y a deux types d'anti-fascisme, qui posent la question du rôle que joue l'extrême-droite dans le système. On parle beaucoup du recours ultime à l'extrême-droite, celui qui consiste à livrer carrément le pouvoir aux fascistes, souvent devant la menace imminente d'une prise de pouvoir des communistes ou d'un large front populaire. Je pense qu'actuellement, nous avons affaire à un autre type de recours à l'extrême-droite : un épouvantail destiné à décrédibiliser des positions justes pour mieux légitimer les forces et l'idéologie dominantes, à mener les classes populaires dans une impasse politique.

C'est en partant de cette analyse que nous devons mettre sur pied une conception d'un large rassemblement anti-fasciste claire sur le fond, divergent de l'anti-fascisme tiède qu'on va essayer de nous servir pour mieux refaire passer l'Union de la gauche derrière le PS libéral et européiste. Nous devons être clairs sur la question de l'immigration, proposer l'unité des travailleurs face à toute manœuvre de division y compris issue de nos rangs ; sur la question de l'Europe, ne pas laisser le terrain de la lutte contre l'UE au FN, comme les tenants de l'idéologie dominante le voudraient, en proposant une analyse claire sur le rôle que joue l'UE au service du capital et contre les peuples et les travailleurs d'Europe.

En somme, c'est sur la question de classe que l'on battra le FN en opposant l'union des travailleurs à la vision interclassiste et de collaboration de classe de l'extrême-droite. C'est sur cette position de principe que l'on peut proposer une politique de rassemblement large, semblable à celle que furent les Fronts populaires, loin de toute politique d'union institutionnelle étriquée. Il faut rappeler que les Fronts populaires ont reposé sur une analyse de classe, sur la reconstitution de l'unité ouvrière (PCF/SFIO) et le ralliement de la petite bourgeoisie (radicaux) pour faire barrage au fascisme. Ils ne furent pas non plus quelque chose de fixe, d'intangible, de définitif mais ont bien reposé sur l'analyse concrète de la situation concrète. Ils ont été mis en place dans la situation particulière de l'après 1933, selon les conditions historiques données, et ont été abandonnés lorsqu'ils ne répondaient manifestement plus à l'évolution de la situation à la veille de la Seconde guerre mondiale. L'anti-fascisme ou le front populaire n'est pas une politique intemporelle, elle est une politique ancrée dans un moment historique bien précis.

 

            Enfin, pour conclure, sur les communistes et le fascisme. Tu as noté quelque chose de très juste : là où existent des Partis communistes forts, comme au Portugal, en Grèce ou en République tchèque, l'extrême-droite est faible. Après, il faut encore faire la distinction entre extrême-droite et le fascisme. Le fascisme pur et dur apparaît dans tout son rôle historique lorsque les forces communistes et le mouvement populaire représentent une menace pour le système, ce n'est peut-être pas le cas aujourd'hui. Petite parenthèse, je me méfie des analyses un peu optimistes sur la progression en pourcentage du FN qui masquerait une non-progression en voix. Des calculs assez dangereux qui masquent la progression réelle des idées de l'extrême-droite dans l'opinion, et leur contamination sur d'autres forces politiques, à droite et ailleurs. Tu parlais aussi du fait qu'une partie de la progression du FN se faisait sur le dos de la droite classique, pas de quoi s'en réjouir non plus. Cela prouve également la porosité de la frontière entre droite et extrême-droite, ce qui n'est pas nouveau et cette radicalisation de la droite classique n'est pas sans rapport avec l'analyse que l'on doit mener du fascisme (cf le parallèle avec la droite allemande classique et son soutien progressif au nazisme).

Je conclus juste sur un rapprochement peut-être un peu provocateur, celui de la montée de l'extrême-droite avec celle du mouvement des indignés. Deux phénomènes bien distincts mais la même preuve d'un manque, le manque d'une organisation de classe et de masse porteuse d'une alternative au système. Un manque qui ouvre la porte à des mouvements, tantôt fascisants tantôt a-politiques, qui ne font que canaliser la colère populaire vers une voie de garage, et redonner au système une certaine légitimité politique.

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Published by valenton rouge - dans Parti Communiste Français
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