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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 10:56

volodia-c0e2d.gifA l’occasion du 25ème anniversaire du coup d’État au Chili il y a 5 ans, la revue Punto Final avait rencontré l’écrivain chilien Volodia Teiltelboim Volosky, ancien sénateur de la République et dirigeant du Parti communiste.


L’équipe de Punto Final a discuté avec Volodia Teiltelboim d’un homme de soixante dix ans (ni athlète ni grand ni particulièrement adepte des aventures belliqueuses d’aucune sorte) qui a fait sa vie et a accompli avec usure sa mission d’être humain sur cette terre. Cet homme parle avec une particulière facilité de parole, de conviction ; sa voix est une voix sûre qui a su être au profit, depuis sa jeunesse, d’idées et de valeurs qui suivent l’intérêt et le besoin de la majorité de ses compatriotes, des plus humbles. Soudain, bien qu’ annoncé, il s’affronte à un instant de l’histoire où il se voit dans l’alternative : soit l’exemple est cohérent et l’acte dans la vie même est en accord avec ce qui a été dit en parole, soit la non moins possibilité de réclamer un « je vous l’avais bien dit » ou encore « j’ai fait de mon mieux ». Mais le dilemme semble ne pas l’habiter, et d’autres le lamenteront, ceux qui devront passer le reste de leur existence à se comparer, horribles, dans se miroir atemporel, châtieur. Alors, cet homme ni athlète ni belliqueux se met le casque de fer et ouvre le feu.

Mais avec cela il ne tue pas ce qu’il est : celui qui parle, éduque, désigne, négocie, accorde, gouverne.

Aujourd’hui, son image gravée sur des affiches et des étendards, soit avec l’équipe présidentielle portée en bandoulière, soit avec un fusil, soit face aux micro d’une autre époque, soit avec un poncho en campagnes électorales dont on dit que certaines eurent lieu à cheval et dans les chemins terreux, soit en embrassant des enfants qui aujourd’hui sont quelque part par là avec ses propres enfants (ou ils sont morts), offre toujours le regard furibond et concentré sur un point distant toujours au-delà de l’horizon ; le regard inquiétant de ceux qui, marqués par le fatalisme ou l’honneur et la gloire, semblent nous regarder sans nous voir.

Ils ont parlé de Salvador Allende avec Volodia Teiltelboim qui a su comprendre et expliquer les vies d’autres hommes.

Terre existante, terre rasée

« La mission d’Allende n’aura pas été de conduire son peuple vers une terre promise, mais à une terre bien réelle, en lui faisant abandonner les faux prétextes de la rhétorique et des intérêts occultés. » Mots écrits par Alain Touraine dans son journal, précisément le 11 septembre 1973, peu après le bombardement de La Moneda (le palais présidentiel, n.d.tr.).

Ces pensées étaient-elles celles d’Allende pendant qu’il résistait dans le palais gouvernemental ? Se peut-il que sa volonté de ne pas se rendre aux forces putschistes ait répondu à ce constat ?

« Mais, avant tout, quelle est le terre promise, dans ce cas ? Y a-t-il réellement une contradiction ? », se demande Volodia Teiltelboim, comme s’il parlait seul . « Conformément à la pensée d’Allende, cette terre promise n’était autre qu’un pays juste, démocratique, libertaire ; un pays où il n’existerait pas de personnes de deuxième catégorie, où se garantirait pour tous l’accomplissement et le respect des droits de l’Homme ; ces droits qui de nos jours, par impositions de l’histoire, semblent ne signifier que la possibilité de survivre aux horreurs de la dictature, mais qui sont plus absolus, au-delà du simple droit à la vie... C’est aussi le droit à vivre sa vie pleinement, au niveau des possibilités de chacun. »

Des droits qui ont été reconnus dans le programme du gouvernement de l’Union populaire (Unidad Popular) mais qui se sont confrontés à la résistance d’importants secteurs du pays. D’après le témoignage aujourd’hui de certains des anciens collaborateurs d’Allende, « le pays n’était pas préparé pour ces transformations. » « La conception d’une terre promise (ou d’une utopie, comme on le dit aujourd’hui en termes ambigus, parfois péjoratifs, parfois pleins d’espoir) est toujours précédée de construction et de conquête d’une terre réelle. L’utopie est l’idée supérieur, et il me semble que d’essayer de mépriser la terre promise est une astuce de ceux qui ne croient pas que les peuples peuvent se réaliser eux-mêmes. Je crois qu’il faut fondamentalement revendiquer l’utopie pour le XXIème siècle, utopie qui se poursuit dans le socialisme. Une terre promise qui nécessite, qui peut et doit avoir une nouvelle option, une nouvelle opportunité, qui considère dans ce nouvel essai les réussites et les erreurs des tentatives antérieures. »

« Ces idées représentent ce qui me semble avoir été la pensée d’Allende, un homme qui a emprunté de nombreux principes et valeurs au XVIIIème siècle, au Siècle des Lumières. Salvador Allende, dans un sens, était plus influencé par la Révolution française que par la Révolution russe (bien qu’il reconnût que la deuxième considérait un aspect de plus, celui qui obligeait à comprendre la nécessité d’un contrôle de l’économie, du capital), et c’est pour cela qu’il a fait des devises liberté , égalité, fraternité, ses principaux arguments et ses principales obligations politiques. »

Nous ne devons pas oublier les antécédents familiaux d’Allende, qui ont un fort enracinement dans la tradition révolutionnaire et transformatrice. Son arrière grand-père par exemple, avait lutté avec Manuel Rodriguez (un des leaders de l’indépendance chilienne, n.d.tr.)pendant l’Indépendance et il avait combattu dans les troupes de l’Armée de libération. Cela pesa beaucoup sur lui, c’était sa ligne de conduite, sa référence directe, plus que la ligne marxiste proprement dite. Mais c’était un homme qui comprenait que les révolutions du XXe siècle étaient déterminées par les idées du socialisme. »

Pour beaucoup, l’utopie allendiste devenue gouvernement entraîna le pays vers une terre réelle qui fut terre rasée, terre de violence, d’occupation militaire. C’est comme si soudain, par le biais de l’ordre militaire, s’était décrété l’illégalité et l’inexistence de la terre promise à laquelle vous faites référence. Ne croyez-vous pas que l’analyse du pays que ferait le président Allende n’a pas pris en compte certains éléments qui se sont avérés fondamentaux au moment de mettre en place le programme de la coalition ?

« Mais cet erreur n’est pas seulement celle de Allende , c’est toute l’Union populaire, nous-mêmes en tant que Parti Communiste, nous avons tous une responsabilité. Nous n’avons pas su maintenir, malgré nos différences, malgré nos emphases et nos priorités diverses et variées, la fidélité à une seule voix, la fidélité à une idée commune, représentée sans aucun doute à cette époque par la figure, l’exemple et la conduite de Salvador Allende. Un des grands déficits de l’Union populaire, et aussi de Salvador Allende, c’est de ne pas avoir compris depuis le début le caractère réel de l’adversaire. Nous n’avons pas su évaluer clairement le monde dans lequel nous étions, avec ses classes sociales, avec ses institutions... Nous n’avons pas compris que pour eux, pour nos ennemis, s’il avait fallu lancer la bombe atomique sur le peuple pour maintenir leur pouvoir, ils l’auraient fait sans remords. »

Allende a-t-il pu se rendre compte de cela le 11, quand il s’est vu obligé à prendre les armes ?

« Ce qui s’est passé ce matin-là n’est pas totalement clair. Qui peut le savoir ? Néanmoins, on sait que l’attaque de La Moneda était déjà très avancée, Allende continuait à être préoccupé pour le sort d’Augusto Pinochet. La vérité c’est que cette dernière était, considérée 30 ans après, une préoccupation pathétique. »

Éducateur endurci

S’imaginer ce dernier moment, le président seul à présent au deuxième étage, les couloirs enfumés, les murs démolis, c’est s’imaginer la solitude.

Allende avait-il senti alors que sa vision des militaires chiliens était erronée ?

« Il posait souvent la question des relations avec les Forces armées comme une relation qu’il devait entretenir de manière personnelle, sans aucune intervention des partis. Il essayait d’éduquer tout le monde, même les officiers. Il avait pour habitude de raconter ses différentes rencontres avec eux à la garnison de Santiago, quand il leur expliquait la politique de l’Union populaire, les concepts, les plans, les raisons de la nationalisation du cuivre, les fondements qui expliquaient les raisons pour lesquelles le Chili devait se convertir enfin en pays totalement souverain... En définitive, il leur expliquait l’idéal de O’Higgins, celui de la patrie indépendante. Allende comprenait que ces derniers devaient être des arguments irrésistibles pour ceux qui faisaient parade de l’argument du patriotisme comme raison d’être. Il racontait, avec émotion, qu’il avait parlé trois heures devant les officiers, et qu’on entendait pas une mouche voler pendant qu’il expliquait les raisons et les fondements des politiques d’Etat. »

Tragique et funeste naïveté ?

« Naïveté, certainement de la naïveté... mais aussi un manque d’approfondissement dans l’analyse de tous les partis, des dirigeants. Ce n’était pas qu’Allende, aujourd’hui cela serait trop facile de lui imputer la faute. » Volodia passe sa main sur son visage. « On avait clairement conscience, d’un point de vue académique, de l’impérialisme, de la réaction dont il était capable, mais au fond, c’était comme si nous ne le croyions pas certain dans la pratique... Mais c’est qu’il éveillait aussi un degré stupéfiant d’arrogance. Le Chili avait, d’après tous les dirigeants, un prestige démocratique indiscutable, c’était un pays avec peu de coup d’État, tous supposaient que nous ne pouvions pas être comme la Bolivie, comme l’Argentine, comme le Pérou... c’était un pays différent ».

En plus de l’analyse incomplète, n’y a-t-il pas eu une surestimation de la force d’appui national des transformations proposées par l’Union populaire ? Une surdimension de la capacité réelle ?

« Cela fut peut-être, aussi, une de nos principales tares. Certains, très influencés par la Révolution cubaine, ne parvenaient pas à comprendre comment dans ce pays l’armée rebelle s’était affrontée et avait vaincu l’armée du système, l’armée de Batista. Néanmoins, l’armée de Cuba était l’armée de la Révolution, pas simplement « l’institution de défense ». Alors, est-il réellement possible de réaliser des changements sociaux profonds par la voix constitutionnelle ? Cela est-il possible de nos jours ? »

Et bien, Allende soutenait que oui...

« Bien sûr, absolument. C’était beau de croire qu’on pouvait atteindre l’objectif, conquérir une société meilleure, plus juste, sans devoir faire couler le sang du peuple. Et nous, nous avons cru que cela était possible aussi. Nous avons participé à mener à bien un processus qui, même s’il propulsait des changements transcendants, ne pouvait pas être accusé d’anticonstitutionnel ; nous étions arrivés au gouvernement par la voix d’élections démocratiques, par un processus irréprochable du point de vue de la légalité bourgeoise. Le problème d’Allende , notre problème, le problème de tous, c’était que le processus n’obtiendrait pas le pardon des ennemis de la classe des travailleurs. »

Face à cette situation, le président Allende ne s’est-il pas senti tenté de modifier le programme du gouvernement ?

« Allende n’a jamais voulu accepter le moindre soupçon d’une trahison. Il ne pouvait pas changer, au dos du peuple, le programme du gouvernement grâce auquel il était arrivé à la présidence. Salvador Allende était, avant tout, un homme d’une morale inébranlable. »

Même si on pouvait soutenir ou soupçonner que ses valeurs morales étaient en contradiction avec la réalité politique de son époque ?

« Si cela avait été le cas, la faute n’imputerait pas seulement au président. Il y en a eu d’autres qui ont confondu les voies et les moments. On ne pouvait pas conduire l’expérience politique sociale des transformations chiliennes vers des expériences comme la cubaine... Le programme de l’Unité populaire, parce qu’il est très juste, fut le programme le plus grand. Pour suivre ce chemin, on devait compter avec une majorité électorale et parlementaire réelles. »

Vous affirmez alors qu’il était impossible de mener à bien le programme de l’Unité populaire par la voie électorale ?

« Ce chemin ne permettait pas la révolution socialiste, il ne pouvait pas prétendre à l’anéantissement du capitalisme ; il ne permettait que des réformes. Je crois que cette voie ne peut se poser qu’en terme d’alternative réelle et effective si on considère l’union politique de la Gauche et du Centre... Le problème du Chili c’est qu’ici le Centre semble toujours s’unir à la droite, une alliance qui aujourd’hui a attiré et absorbé une Gauche qui, comme dernier wagon, accepte et soutient des concepts politiques, sociaux et économiques qui ne lui appartiennent pas ni lui incombent. »

Ils justifient n’importe quoi...On parle d’alliances stratégiques.

« C’est par ce qu’ils ont succombé à l’enchantement et à la séduction du pouvoir, à la convoitise pour des postes publics. Allende n’avait rien à voir avec cela, lui, c’était tout le contraire, un homme d’un immense courage qui conservait un énorme orgueil pour ses convictions politiques. »

Qui, bien sûr, l’ont conduit à la mort...

« Allende a pensé la mort bien avant sa fin. Dans la mesure où il s’est aperçu que la possibilité d’une solution politique à la crise s’éloignait, quand il a senti que l’alternative d’un accord avec la Démocratie chrétienne, qui aurait évité l’affrontement bestial, se perdait, quand il a vu qu’il se heurtait à une infinité d’obstacles et de difficultés, avec le maximalisme qui se créait à l’intérieur de certains secteurs de l’Unité populaire même, il comprit clairement quel serait son comportement au moment crucial. Il y eut une confusion de plans, une confusion de projets, ce qui, à mon avis, fut fatal. Il y avait une irrationalité délirante et une incontinence verbale. C’est un pays où beaucoup de choses sont laissées au hasard, où il est difficile d’exercer un contrôle rigoureux de ce qui se dit ou de ce qui se fait. Je crois qu’Allende aurait dû être plus actif dans ce contrôle, en commençant par son parti. »

Vous faites allusion, par exemple, à Carlos Altamirano (secrétaire du Parti socialiste chilien, parti du président Allende) ?

« Allende aimait beaucoup Altamirano, mais voici un homme qui, tout en étant certainement très honnête alors, était aussi extrêmement extravagant, dépourvu de logique, suicidaire. Comment est-il possible d’avancer sans jamais trancher, alors que la force pour freiner les réactions n’existait pas ? Il y a là une différence importante entre ce discours et le discours, entre le discours et la pratique inflexible, par exemple, d’un Fidel Castro : Fidel avance et il avance parce que c’est possible, parce qu’il sait, parce qu’il connaît très bien l’adversaire, parce qu’il a une réponse à ce que va faire l’ennemi. »

« Mais, pour ne pas générer de confusions, il ne faut jamais oublier qu’une des plus grandes responsabilités de ce qui s’est passé incombe à la Démocratie chrétienne. Il y avait un secteur de ce parti qui souhaitait légitimement un accord avec le gouvernement. Pour cela il fallait créer une plate-forme commune qui aurait permis des changements dans le pays, même si ceux-là n’étaient pas les changements révolutionnaires que nous souhaitions. Cependant, un autre secteur de ce parti a opté pour une autre voie, la voie du coup d’état. »

La fausse terre existante

Trente ans après, sans terre promise conquise, nous vivons en démocratie.

« Ce monde réel, celui de la liberté formelle, parle de démocratie représentative, mais c’est une supercherie. Notre société et son système « démocratique » sont contrôlés par des pouvoirs occultés qui n’ont rien à voir avoir avec la volonté du peuple. Il existe, comme jamais auparavant, un contrôle absolu et croissant des moyens de communication, ce qui articule et génère une mentalité qui émane uniquement de ceux qui peuvent émettre leurs messages à partir du pouvoir, les messages du patron. »

Voilà des conclusions plutôt amères.

« Terriblement amères, évidemment. Et dire que les plus « extrémistes » à l’intérieur des partis de l’Unité populaire ont été ceux qui collaborèrent le mieux avec le système néo-libéral ! Il y en a un, Fernando Flores, qui incitait à l’insurrection socialiste de la marine et qui s’est ensuite converti en président de multinationales, aujourd’hui il prêche, lors de conférences, les bienfaits de l’entreprise et fait l’éloge du néolibéralisme, panacée universelle. Il faut douter sans cesse de ceux qui incitent à faire un pas en avant alors qu’ils sont immobiles au bord de l’abyme. »

« Le futur demeurera marqué par la mort d’Allende et son passé se lira d’une manière différente. », soutenait Alain Touraine dans ses écrits. Quel est le rôle de Salvador Allende dans l’histoire du Chili ?

« Quand on évalue un phénomène historique ou une personnalité historique après les événements, les lectures ne peuvent pas échapper au signe du moment où se réalise l’analyse. Pour moi, dans ce sens, Allende est une grande figure romantique de la révolution chilienne, et c’est aussi un grand artisan diligent de beaucoup de choses. C’est, sans doute, le plus grand symbole moral que peut avoir ce peuple. »

« Les cas de présidents renversés par des coups militaires en Amérique Latine, qui sont ensuite évacués en avion ou bateau vers des pays voisins, en Europe ou aux Etats-Unis, sont nombreux. Allende l’avait dit : « cela ne sera pas mon cas, on ne me sortira de La Moneda qu’une fois mort ». Et ce fut ainsi parce qu’il voulut montrer l’exemple, être différent face à autant de lâcheté, face à autant de distance abyssale entre le discours et la pratique. Il a fait preuve d’une grandeur difficile à trouver chez d’autres hommes tout au long de l’histoire. Le fait qu’Allende apparaisse sur cette photo, une mitraillette à la main, représentait aussi la fin des illusions. Face à la barbarie et à la trahison, il n’y avait pas d’attitude plus entière. Néanmoins, dans son dernier discours, il a appelé le peuple à ne pas se laisser provoquer, à ne pas se sacrifier en vain, et il l’a aussi appelé à la lutte, à la persévérance. »

Il y a un certain nombre d’éléments bibliques dans cette image, l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde et paie de sa vie l’absolution des hommes.

« Manifestement. Allende était un homme qui allait au temple maçonnique, pas au catholique, mais son geste d’offrande, cet arrachement illuminé, c’est un geste chrétien parce que c’est un geste éminemment humain. L’homme qui donne sa vie pour les autres, en fonction de ces idéaux. Mais Allende ne se donne pas en pardonnant aux traîtres. « 

« Là non plus il n’y a pas de contradiction avec cette image, même si les textes du début de notre ère ont transformé l’homme-Christ pour conduire le peuple à la paix forcée et à la compassion, et même à l’acceptation du pouvoir impérial. Ce que nous avons qualifié de geste chrétien se réfère au don, à la non faiblesse. Rappelons-nous que cette attitude de dignité, cette volonté inflexible, n’a pas surgi dans l’histoire de l’Homme avec le christianisme, comme s’il ne s’était rien passé avant. Il s’agit d’une attitude « chrétienne » parce que c’est celle qu’a eu le Christ, mais c’est avant tout un geste primitif, c’est le geste humain de celui qui s’offre pour une cause supérieure. Allende meurt pendant la lutte, comme beaucoup d’autres au cours de l’histoire, comme le Che. »

« Dans un Chili assez frustré, comme celui d’aujourd’hui, dans un Chili ouvrier où règne la consommation, l’argent, les valeurs triviales dépourvues de toute spiritualité, le geste d’Allende est un geste extraordinaire. Alors, évidemment, pour les traîtres ce doit être un exemple mis sous silence, il doit être même discrédité. »

Est-ce que vous vous doutiez que cette option allait être celle d’Allende, lorsqu’il dut affronter une trahison de l’envergure de celle que connut le pays le 11 septembre 1973 ?

« Moi, je savais qu’il finirait ainsi, et je n’avais aucun mérite de le savoir parce que c’est lui qui s’est chargé de tout laisser en ordre ; c’était une certitude douloureuse. Quand Allende nous disait qu’il ne sortirait pas vivant de La Moneda, nous n’étions pas à l’aise avec lui, nous ne voulions pas qu’il meurt, parce que nous croyions que sa vie était nécessaire. Nous aurions voulu qu’il continue, qu’il parvienne à nous sortir de ce piège de l’histoire sans humiliation mais vivant... »

« Vu sous cet angle, le suicide ressemblerait à une mort inutile, peu efficace, mais Allende avait conscience de son rôle dans l’histoire, et il voulait être pour le peuple, le prototype de celui qui ne trahit pas, qui n’échoue pas. Dans un monde de politiciens qui n’ont pas sa grandeur, cette stature humaine, son don est une offrande, un trésor inestimable. Allende voulut être l’anti-traître, l’homme fidèle à son peuple et à sa parole engagée jusqu’à la mort, rompre cette espèce de trahison meurtrière de la classe politique chilienne dont fait partie Gonzalez Videla, un de ses majeurs représentants. »

« L’homme nouveau ? »

« L’homme nouveau au sein des hommes anciens. L’homme nouveau, celui qui est prêt à donner sa vie pour une cause supérieure et collective. C’est Allende. »

Allende fut-il effectivement un révolutionnaire ou plutôt un réformateur ultra-progressiste ?

« Les deux. Le problème de beaucoup c’est de ne pas avoir encore compris la dialectique de cette relation. Un réformateur qui va très loin dans les transformations est un révolutionnaire. »

Son dernier sacrifice n’est- ce pas ce qui le consacra révolutionnaire ?

« Allende était, avant tout, un éducateur. Ses quatre campagnes présidentielles sont une exemple de ce que j’avance. Son obstination n’était pas un entêtement personnel pour obtenir la place de président d’une manière ou d’une autre, et il l’a prouvé avec sa mort. Un homme qui aspire à la présidence pour satisfaire ses ambitions personnelles de pouvoir ne fait pas ce que lui a fait. L’Allende éducateur, médiateur, orateur, l’homme d’Etat, est tout à fait cohérent avec l’Allende armé et casqué. La Moneda était bombardé et le président Allende continuait à éduquer, même si la bataille était largement inégale. Son dernier geste, son exemple, correspond au comportement d’un révolutionnaire intègre. »

Le monde politique actuel (dont bon nombre de protagonistes sont ceux du temps d’Allende) semble se comporter comme s’il s’agissait d’un autre pays, un pays dans lequel n’aurait jamais existé un gouvernement populaire ni une dictature de 17 ans. Allende ne semble pas présent, son exemple apparaît absent des responsabilités politiques actuelles. Comment s’explique cette absence ? « Le sacrifice d’Allende leur fit peur... Pour eux, pour les politiciens d’aujourd’hui qui sont ceux d’hier d’ailleurs, en grande partie, le pouvoir ne peut pas signifier la mort, il ne peut pas signifier le sacrifice suprême. Le pouvoir se comprend aujourd’hui comme un plaisir, une adhésion, un bénéfice d’un petit nombre qui ne peut pas recevoir des prix aussi élevés. C’est pour cette raison qu’ils ont converti Allende en figure ornementale, inoffensive ; on le transforme en icône, en image sainte pour les prieurs. On ne parle pas de la pensée d’Allende, de son programme, on ne se souvient pas de sa position extrêmement critique envers le système d’exclusion des travailleurs, des jeunes, des femmes, du milieu populaire. »

« Dans son dernier discours, il s’adresse directement aux travailleurs, aux femmes, aux jeunes, il les nomme. Il ne s’adresse pas à ceux qui fléchissent, il les omet, ils ne le méritent pas. L’autre, le seul mentionné par son nom c’est celui qui, à ce moment-là, pour Allende, personnifiait le pire, la trahison : le général vil, dit-il en mentionnant Mendoza. »

Cette image de sanctuaire, aseptique, nous offre aussi un Salvador Allende perdu, seul, un romantique mystifié.

« Il faut détruire la mystification, récupérer la véritable identité de Salvador Allende. Nous devons combattre, avec la vérité et la mémoire, les attitudes pusillanimes de ceux qui hier étaient avec lui et aujourd’hui, sans renoncement explicite, escamotent et altèrent la figure et l’héritage d’Allende, tout comme ils falsifient et transforment la politique en une immense tromperie.

« Allende c’est Allende dans ses faits et gestes ; Allende c’est à la fois toute sa vie et sa mort. Si on veut savoir ce que pensait Allende, il faut avoir recours à ses paroles, aux faits. C’est ce qui explique le silence : ils ne peuvent pas parler de lui sans perdre la face, en permettant le couronnement de gloire et de majesté du dictateur, tout en sachant que cela laisse la porte ouverte aux répétitions de l’horreur dans l’histoire de notre peuple. »

 

Source : Punto Final 2003.

Traduction : Isabelle Lopez Garcia.

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 10:54

1477983_3_228a_alfredo-castro-dans-le-film-chilien-de-pablo.jpgUne forte tradition sociale, militante et politique marque le cinéma d'Amérique latine. Ce qu'il y a de nouveau, et de particulièrement séduisant, avec la jeune génération, c'est sa capacité à transfigurer ce rude matériau en fiction. Après l'excellent Carancho, de l'Argentin Pablo Trapero, sorti en France voici deux semaines, on découvre aujourd'hui, non sans stupeur, le nouveau film de l'étoile montante du cinéma chilien, Pablo Larrain. A 35 ans, il signe avec Santiago 73, post mortem son troisième long-métrage, après avoir été révélé en 2008 par Tony Manero, portrait halluciné d'un fan de John Travolta qui devient tueur en série sous le régime de Pinochet.

Santiago 73 est donc le deuxième volet d'une trilogie consacrée aux années noires de la dictature chilienne, sujet encore largement tabou dans un pays où les divisions et les haines sont toujours vivaces. Le film se déroule dans un laps de temps assez court, entourant le coup d'Etat mené, le 11 septembre 1973, par le général Augusto Pinochet contre le gouvernement démocratiquement élu du socialiste Salvador Allende, qui se suicide dans le palais assiégé de la Moneda. Mais ces événements tragiques, qui constituent pourtant le coeur du film, ne sont quasiment pas montrés dans Santiago 73.

L'Histoire est délibérément vue par le petit bout de la lorgnette, à travers l'étrange relation sentimentale que vivent deux personnages ordinaires. Mario est un quadragénaire solitaire et morose, petit fonctionnaire à l'institut médico-légal de Santiago du Chili, où il retranscrit les rapports d'autopsie. Nancy, la voisine de la maison d'en face, est une effeuilleuse de cabaret à moitié hystérique, vivant chez ses parents et refusant d'admettre qu'elle a atteint la limite d'âge. Mario est fou de Nancy. Il l'observe chaque jour par la fenêtre, assiste à tous ses spectacles, se revendique comme son protecteur alors qu'elle ne soupçonne même pas son existence.

Une brève aventure les réunit, à laquelle le coup d'Etat coupe court brutalement. Un matin, au réveil, Mario trouve la maison de Nancy, où avaient l'habitude de se réunir des militants communistes, saccagée et désertée. Tandis qu'à la morgue, investie par les putschistes, les cadavres affluent, Mario recherche éperdument sa dulcinée. Il la trouvera finalement cachée chez elle, en compagnie d'un bel amant communiste. La suite, qu'on taira, est ignoble et donne lieu à l'une des séquences finales les plus violentes, sans l'ombre d'une brutalité effective, de l'histoire du cinéma.

Ce paradoxe est une bonne indication de l'enjeu du film, qui est celui de la conscience morale. Comment sombre-t-on dans l'abjection fasciste : telle est la seule question que se pose et que nous pose Santiago 73 à travers le personnage grisâtre de Mario, être fondamentalement immobile dans une réalité en mouvement, d'autant plus docile à la monstruosité de l'Histoire.

La vertu du film est de suggérer cette réponse non par la dissertation philosophique et le débat d'idées, mais par la mise en scène d'un climat et la trajectoire lacunaire, dérisoire, accablante, d'un anonyme. Pablo Larrain prend à cet égard tous les risques : couleurs désaturées (impression fantasmagorique), cadres fixes et fragmentés (inscription problématique des personnages dans l'espace et l'Histoire), acteurs hiératiques (Alfredo Castro et Antonia Zegers, bizarres et magnifiques oiseaux de l'Apocalypse), morceaux de bravoure (l'insoutenable dissection de Salvador Allende), paradoxes temporels (le cadavre de Nancy, montré dès le début du film).

L'ensemble, sur lequel planent les ombres de Kafka et de Franju, évoque l'univers des limbes, hanté par les spectres, où tout est en quelque sorte déjà joué, a déjà eu lieu. Manière élégante de signifier que le film ne prétend pas reconstituer une réalité historique, ne fait même pas semblant d'y être, mais se situe bel et bien après le désastre, du côté et du point de vue des morts, en quête comme eux d'une hypothétique rédemption.

Ce parti pris esthétique, à bien y réfléchir le seul honnête et le plus pertinent, fait penser au récent Vincere, de Marco Bellocchio, l'enfant terrible du cinéma italien, qui prenait pareillement le fascisme en oblique, par la tangente du couple et de l'aliénation passionnelle. Moins opératique que son glorieux aîné, Santiago 73, post mortem, de Pablo Larrain, est lui aussi le film d'un fils qui demande des comptes à ses pères.

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 10:47

bush-and-the-blackboard-300x197.jpgPeu après l’invasion de l’Irak en 2003, j’ai interviewé Ray McGOvern, un des officiers du groupe d’élite de la CIA qui préparait le rapport quotidien des services de renseignement pour le Président. McGovern se trouvait au coeur du monolithe de la « sécurité nationale » que constitue le pouvoir américain et a pris sa retraite avec les félicitations du président. La veille de l’invasion, lui et 45 autres officiers supérieurs de la CIA et d’autres services de renseignement ont écrit au Président George W. Bush pour dire que les « tambours de la guerre » étaient basés sur des mensonges et non des renseignements.

« C’était du bidon à 95%, » m’a dit McGovern.

« Comment ont-ils fait pour s’en tirer ? » lui ai-je demandé.

« C’est la presse qui a permis aux cinglés de s’en tirer  ».

« Qui sont les cinglés ? »

« Les gens de l’administration Bush ont des croyances assez proches de celles exprimées dans « Mein Kampf » », a dit McGovern. « Ce sont ces personnes qui, dans les milieux du sommet que je fréquentais, étaient qualifiés de « cinglés » ».

J’ai dit : «  Norman Mailer a écrit qu’il pensait que l’Amérique était entrée dans un état pré-fasciste. Qu’en pensez-vous ? »

« Eh bien... J’espère qu’il a raison, parce qu’il y en a d’autres qui disent que nous y sommes déjà. »

Le 22 janvier 2011, McGovern m’a envoyé un courrier électronique pour me faire part de son dégoût soulevé par le traitement barbare infligé par l’administration Obama au lanceur d’alerte Bradley Manning et les poursuites contre le fondateur de Wikileaks, Julian Assange.

« A l’époque, lorsque George et Tony [Blair] ont décidé que ça pouvait être amusant d’attaquer l’Irak, » a-t-il écrit, « j’ai dit quelque chose comme le fascisme avait déjà commencé ici. J’avoue que je ne pensais pas que les choses allaient empirer à ce point et aussi rapidement.  »

Le 16 février, le Secrétaire d’Etat Hillary Clinton a prononcé un discours à l’Université George Washington où elle condamnait les gouvernements qui arrêtaient les manifestants et réprimaient la liberté d’expression. Elle a loué le pouvoir libérateur de l’Internet, tout en évitant de dire que son gouvernement prévoyait de fermer les parties d’Internet qui encourageaient la dissidence et la diffusion de la vérité. Ce fut un discours d’une hypocrisie spectaculaire, et McGovern se trouvait parmi le public. Scandalisé, il s’est levé de sa chaise et, en silence, a tourné le dos à Clinton. Il fut immédiatement saisi par la police et l’agent de sécurité et battu au sol, traîné dehors et jeté, ensanglanté, en prison. Il m’a envoyé des photos de ses blessures. Il a 71 ans. L’agression s’est déroulée sous les yeux de Clinton qui n’a pas interrompu son discours.

Le Fascisme est un mot difficile à prononcer, parce qu’il colporte toute l’imagerie autour du Nazisme et il est souvent employé à tort contre les ennemis officiels de l’Amérique et pour promouvoir les aventures militaires occidentales avec le recours d’un vocabulaire issu de la lutte contre Hitler. Et pourtant, le fascisme et l’impérialisme sont jumeaux. Au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, ceux qui dans les états impérialistes avaient donné leurs lettres de noblesse à la supériorité raciale et culturelle de la « civilisation occidentale » ont découvert que Hitler et le fascisme avaient employé des méthodes nauséabondes étonnement similaires aux leurs. Du coup, la notion même d’impérialisme américain fut rayée des livres d’histoire, et la culture populaire d’une nation impériale forgée dans la conquête génocidaire des peuples indigènes et une guerre contre la justice sociale et la démocratie fut rebaptisée « la politique étrangère des Etats-Unis ».

Comme l’historien William Blum l’a écrit, depuis 1945, les Etats-Unis ont détruit ou subverti plus de 50 gouvernements, dont bon nombre de démocraties, et ont fait appel à des meurtriers en masse tels que Suharto, Mobutu et Pinochet pour jouer les sous-traitants. Au Moyen orient, chaque dictature et pseudo-monarchie a été soutenue par les Etats-Unis. Dans « Opération Cyclone », la CIA et MI6 ont secrètement fomenté et financé l’extrémisme islamique. L’objectif était d’écraser le nationalisme et la démocratie. La majorité des victimes du terrorisme d’état occidental ont été des musulmans. Les gens courageux qui ont été abattus la semaine dernière à Bahrein et en Libye (cette dernière étant « un marché britannique prioritaire » selon les « fournisseurs » d’armes officiels britanniques) ont rejoint les enfants de Gaza explosés en morceaux grâce au dernier modèle d’avion de chasse américain F-16.

La révolte dans le monde arabe n’est pas dirigée uniquement contre un dictateur local, mais aussi contre la tyrannie économique mondiale concoctée par le Département du Trésor US et imposée par l’Agence pour le développement international US (USAID), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, qui ont pris soin de réduire des pays comme l’Egypte en de vastes « usines à sueur » où la moitié de la population gagne moins de 2 dollars par jour. Le triomphe du peuple égyptien fut le premier coup porté contre ce que Benito Mussolini appelait le Corporatisme, un mot qui apparaît dans sa définition du fascisme.

Comment l’Occident libéral est-t-il tombé dans un tel extrémisme ? « Il est nécessaire de détruire l’espoir, l’idéalisme, la solidarité, la préoccupation pour les pauvres et les opprimés, » observa Noam Chomsky il y a vingt ans, et « remplacer ces sentiments dangereux par l’égoisme, un cynisme omniprésent qui prétend que... l’ordre capitaliste d’état avec ses inégalités et oppression inhérents est le mieux que l’on puisse faire. En fait, une campagne de propagande internationale massive se déroule pour convaincre les gens – particulièrement les jeunes – que ceci est non seulement ce ils doivent penser mais que c’est en fait exactement ce qu’ils pensent. »

Comme les révolutions européennes de 1848 et le soulèvement contre le Stalinisme en 1989, la révolte arabe s’est débarrassée de la peur. Aux Etats-Unis, où 45 pour cent des jeunes Afro-américains sont sans emploi et les gestionnaires de « hedge funds » les mieux payés touchent en moyenne un milliard de dollars par an, les manifestations massives contre les coupes budgétaires et les suppressions d’emploi se sont répandues dans les états du centre tels le Wisconsin. En Grande-Bretagne, le mouvement de protestation en plein essor, UK Uncut, se prépare à engager des actions directes contre ceux coupables d’évasions fiscales et les banques voraces.

Quelque chose a changé, définitivement. Désormais, l’ennemi a un nom.

 

John Pilger

 

http://www.truth-out.org/behind-arab-revolt-a-word-we-dare-n...

Traduction "on pourrait commencer par faire des listes" par VD avec probablement les fautes et coquilles habituelles

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http://www.legrandsoir.info/Derriere-la-revolte-arabe-un-mot-que-nous-n-osons-pas-prononcer-Truth-Out.html
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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 10:42

five_presidents_oval_office.jpg11-Septembre, qu’est-ce qui a changé ?

Les attaques contre les tours de New York et le Pentagone ont-elles marqué la naissance d’une ère nouvelle ? Le monde a-t-il changé de bases parce qu’une poignée de terroristes a commis un des raids les plus audacieux de l’histoire contemporaine ? A voir le nombre de publications consacrées à l’événement, on serait tenté de le croire. Et pourtant…

Ces attentats ont d’abord ébranlé l’Amérique, et certains ont pu affirmer que, après la chute du mur de Berlin, on allait assister à un retour d’autant plus remarqué des Etats-Unis que leur puissance militaire est alors à nulle autre pareille : à eux seuls, ils représentent un peu moins de la moitié des dépenses d’armement dans le monde. Les rapides succès en Afghanistan et en Irak ont corroboré ces analyses. Dix ans après, « la guerre contre le terrorisme », qui visait à éradiquer toute menace, y compris celle des Etats dénoncés comme « voyous », est un échec, et la rhétorique belliciste de Washington s’est atténuée. Les Etats-Unis devraient se retirer d’Irak d’ici à la fin de l’année, laissant derrière eux un pays détruit, avec un gouvernement divisé et corrompu, qui sera plus proche de Téhéran que de Washington. En Afghanistan, malgré les déclarations lénifiantes, la montée en puissance des talibans apparaît irrésistible, tandis que le Pakistan s’enfonce dans la crise. Quant à Al-Qaida, si son chef Oussama Ben Laden et nombre de ses hauts dirigeants ont été tués, elle a essaimé au Maghreb, au Yémen, au Nigeria, etc.

Le prix de ces guerres, avant tout payé par les peuples qui en ont été les victimes, pèse aussi sur les Etats-Unis et plus largement sur l’Occident, de deux manières. Elles ont permis une remise en cause des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme, légalisé la torture, les enlèvements, les écoutes illégales, les assassinats ciblés, etc., pratiques qui se sont étendues malgré l’élection du président Barack Obama, comme le montre le maintien du bagne de Guantanamo ou l’utilisation sans restriction de drones.

Le terrorisme est devenu un concept attrape-tout permettant aux Etats de justifier leur politique de répression. Que Paris soit le siège, dans quelques jours, d’une conférence dite « des victimes du terrorisme » reflète cette intense campagne (lire « Au nom des victimes », par Sébastien Fontenelle, dans notre numéro de septembre, en kiosques, et « Un “congrès imposture” sur le terrorisme »).

Malgré les révoltes arabes et la marginalisation des groupes islamistes radicaux et violents, malgré l’affaiblissement d’Al-Qaida, les discours sur « la menace islamiste » ont profondément infiltré les sociétés et les mentalités en Occident et déstabilisé les minorités d’origine musulmane, entraînant un repli communautaire et la montée d’un climat islamophobe qui fait le lit d’une nouvelle droite radicale.

D’autre part, ces guerres déclenchées par Washington ont coûté des sommes folles, entre 3 000 et 5 000 milliards de dollars pour les seuls Etats-Unis, selon le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Elles ont accéléré l’éclatement de la crise financière (favorisée aussi par les cadeaux aux banques) et réduit les marges de manœuvre de l’Etat. Malgré une situation sans précédent, les Américains semblent disposer de peu de moyens financiers pour relancer leur économie et lutter contre le chômage.

Dix ans après les attaques contre le World Trade Center, c’est le relatif déclin des Etats-Unis, désormais confrontés à la montée en puissance de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, etc., qui caractérise la situation mondiale. Le 11-Septembre n’aura été, finalement, qu’une étape dans ce basculement du monde.

 

Alain Gresh
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-09-09-11-Septembre
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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 10:37

agent orange1Le 18 juin dernier, une cérémonie a marqué le coup d’envoi de la décontamination de l’aéroport de Da Nang, proche du grand port en eau profonde du Vietnam. Selon le programme publié un an auparavant, 300 millions de dollars seront nécessaires pour remédier en dix ans dans l’ensemble du pays  [1] aux épandages de défoliants.

Pendant la guerre du Vietnam, d’août 1961 jusqu’en 1971, l’aviation américaine a arrosé le Sud afin de chasser de la jungle les combattants qui s’y abritaient et de stériliser les rizières, forçant les villageois à se regrouper dans les « hameaux stratégiques » et privant ainsi les maquisards de nourriture et d’aide [2]. Plus de 77 millions de litres de défoliants ont été déversés par avion (95 %), par hélicoptère, par bateau, par camion-citerne et par des pulvérisateurs portés à dos d’homme. Plus de 2,5 millions d’hectares ont été contaminés par ces défoliants, dont le plus connu est l’« agent orange ». Il contient de la dioxine, le poison le plus violent et le plus indestructible que l’on connaisse. C’est un désastre environnemental immense et une catastrophe humaine multiforme qui atteint aujourd’hui la quatrième génération de Vietnamiens, sur les plans sanitaire, économique et socioculturel. Le gouvernement américain et les firmes impliquées éludent leurs responsabilités. Une conspiration du silence a caché pendant des années la toxicité des défoliants employés.

Le Dialogue Group a été fondé en 2007 sous l’égide de l’Institut Aspen, grâce à un financement de la Fondation Ford. Il réunit des citoyens, des hommes politiques et des scientifiques des deux pays pour se pencher sur les conséquences des épandages d’« agent orange ». Son objectif explicite – démontrer qu’au-delà des clivages politiques une action humanitaire peut trouver place – indique la voie suivie et en marque les bornes.

En fait, les trois premiers rapports portant respectivement sur l’existence des « points chauds [3] », sur les dégâts causés à l’environnement et sur les atteintes sanitaires n’apportaient guère d’éléments nouveaux par rapport aux études antérieures. Il n’en va pas de même du rapport rendu public le 16 juin 2010, qui comprend une déclaration et un plan d’action [4]. Le ton de la première rompt avec les précautions de langage habituelles. Les chiffres avancés par la Croix-Rouge vietnamienne pour le nombre des victimes sont repris comme étant « la meilleure estimation disponible », et les efforts déployés par le Vietnam depuis 1980 pour faire face par lui-même aux conséquences des épandages sont salués. Le plan d’action mobiliserait 300 millions de dollars, à raison de 30 millions par an. Le Dialogue Group n’a ni argent ni pouvoir de décision ; il s’adresse directement au gouvernement américain pour financer la majeure partie du budget prévu – ce qui est nouveau. D’ailleurs, M. Walter Isaacson, son coprésident (il est également président d’Aspen), précise que l’effort serait modéré : « Le nettoyage de notre gâchis de la guerre du Vietnam sera beaucoup moins coûteux que la fuite de pétrole dans le Golfe que British Petroleum (BP) va devoir nettoyer  [5].  »

Dès mai 2009, le Congrès américain a publié un rapport sur « les victimes vietnamiennes de l’“agent orange” et les relations Etats-Unis-Vietnam [6] ». L’auteur, M. Michael M. Martin, y soulignait la nécessité d’établir de bons rapports avec le Vietnam dans la situation géopolitique actuelle et combien la question de l’« agent orange », dernière survivance de la guerre, y faisait obstacle alors qu’il serait possible de la traiter de manière humanitaire sans reconnaître – le rapport y insiste – aucune responsabilité à cet égard. Des grands journaux américains ont relayé le débat, posant la même question : le Vietnam est-il assez important pour que les Etats-Unis s’attellent sérieusement au problème de l’« agent orange » ? La réponse va de soi, et les récents incidents en mer de Chine méridionale la justifient encore davantage. Dans ses conclusions, le rapport Martin suggérait l’adoption d’un plan pluriannuel d’aide au Vietnam comme l’une des mesures susceptibles de favoriser la « puissance douce » (soft power) des Etats-Unis en Asie. Le Dialogue Group s’est rallié à cette option.

Alors que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dévoilait le 28 juin 2010 un projet de 5 millions de dollars pour le traitement de l’aéroport de Bien Hoa, près de Ho Chi Minh-Ville, sous l’égide d’une organisation indépendante, la Global Environment Facility, les Etats-Unis ont décidé de consacrer 32 millions de dollars à la réhabilitation de la zone de Da Nang. Le 19 novembre, l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid) a fait part de son plan, sur deux ans, à partir de juillet 2011, au comité populaire de la ville, et un accord a été signé avec le ministère vietnamien des ressources naturelles et de l’environnement. Les couches contaminées du sol seraient enlevées et stockées dans une zone confinée étanche en attendant que soit découverte une méthode de destruction de la dioxine, à moins qu’elles ne soient brûlées à plus de 350 °C dans des tubes.

La « realpolitik » de l’administration Obama a donc un effet collatéral positif. L’exigence de justice demeure. Les Etats-Unis s’honoreraient en reconnaissant leur responsabilité à l’égard du Vietnam et des Vietnamiens. Il en va de même des compagnies (Monsanto, Dow Chemical, etc.) qui ont fabriqué les défoliants, en ont caché la toxicité en falsifiant des résultats de recherches, ont accumulé par leur vente des bénéfices gigantesques et financé leur reconversion dans l’agroalimentaire. Il est par ailleurs évident que 300 millions de dollars ne suffiront pas. Le Vietnam a besoin d’une aide massive  [7]. Les victimes ne peuvent pas attendre. Il faut qu’elles reçoivent un soulagement immédiat. La déclaration du Dialogue Group s’adresse à tous les gouvernements. C’est au niveau des Etats que doivent s’organiser le soutien au Vietnam et l’exigence de justes réparations.

Marie-Hélène Lavallard est agrégée de philosophie

Notes

[1] Lire Francis Gendreau, « Au Vietnam l’“agent orange” tue encore », Le Monde diplomatique, janvier 2006.

[2] W. A. Buckingham Jr, « Operation Ranch Hand : The Air Force and Herbicides in Southern Asia 1961-1971 », Office of United States Air Force History, Washington, DC, 1982.

[3] Anciens lieux de stockage où la concentration de dioxine dans le sol atteint jusqu’à trois cents fois le niveau toléré. Outre les bases de Da Nang, Bien Hoa et Phu Cat, on en dénombre vingt-cinq autres.

[4] « Agent orange in Vietnam program », The Aspen Institute, 26 juillet 2011.

[5] Faut-il rappeler la ferme déclaration du président Barack Obama à ce sujet ? « C’est eux qui ont causé le désastre, c’est eux qui doivent en assumer les conséquences. »

[6] Michael M. Martin, « Vietnamese victims of Agent Orange and U.S.-Vietnam relations » (PDF), Congressional Research Service, 28 mai2009.

[7] Cf. Association d’amitié franco-vietnamienne.

 

 

http://blog.mondediplo.net/2011-09-09-Cinquante-ans-apres-l-agent-orange-empoisonne-le

 

 

 


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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 18:49

arton14526-8e6ba.jpg« Nous avons amené la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables assassinats commis au hasard, la misère, la dégradation et la mort au peuple irakien... » - Harold Pinter (Prix Nobel de littérature)

« L’opération humanitaire » en Libye, qui a été menée tambour battant par les Etats-Unis et l’OTAN, a débouché finalement sur un désastre abominable. Le but de cette équipée guerrière, on le sait, était de faire main basse sur le pétrole et les ressources financières du pays (en plus de déstabiliser la région). Non pas que les sociétés multinationales n’aient pas eu déjà accès à l’or noir, mais il s’agissait expressément pour celles-ci de modifier les termes des contrats d’exploitation (particulièrement favorables au pays) afin de ne plus payer que des droits symboliques...

Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous : les puissances occidentales ont constamment mis la main, d’une façon ou d’une autre, depuis très longtemps, sur les ressources d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie. Les guerres sont pratiquement toujours de nature économique, en ce sens qu’elles tendent à servir les intérêts de grandes firmes bien déterminées. Un système basé sur la course au profit maximum impose littéralement aux multinationales de dominer et de piller les pays « périphériques ». Du reste, étouffés par le poids de la dette, ces pays ne peuvent opposer aucune résistance significative au pillage (c’est à cela justement qu’aboutissent les formules concoctées par le FMI et la Banque Mondiale).

Admettons donc : les multinationales sont « objectivement obligées » de s’emparer des ressources d’autrui, parce que sinon leurs rivaux ne tarderont pas à le faire. Soumises à une compétition acharnée à l’échelle du monde, elles ont besoin d’accéder aux matières premières sans restriction, d’exploiter le travail bon marché, de trouver des débouchés pour leurs capitaux et finalement de contrôler les voies stratégiques des flux commerciaux… Hélas, les forfaits commis ne se limitent pas aux richesses extorquées. Les rapines s’accompagnent toujours d’exactions et de crimes organisés. Les uns ne vont pas sans les autres ; ils sont intimement associés.

Il y a plus de deux mois au sujet de la Libye, le CRG (Center for Research on Globalisation) a révélé le recours par l’OTAN à l’uranium appauvri. (1) On ne se contentait donc pas d’envoyer les chasseurs-bombardiers sur les maisons, les hôpitaux et autres infrastructures majeures. Il fallait aussi que des bombes couplées à cette joyeuseté du génie militaire (et de la science) pleuvent par milliers sur la population libyenne. « Dans les empennages des missiles Tomahawk se trouvent des barres d’uranium appauvri de 300 kilos. Si l’on pense qu’un projectile anti-char construit avec du métal d’uranium appauvri en contient environ 30 gr. seulement, on peut imaginer la quantité de poussières d’uranium qui se répand dans l’atmosphère dans les zones d’impact… Là-dessus le silence est total  ». (2)

Oui, motus et bouche cousue. Aucun officiel, aucun journaliste (des médias dominants), aucun de ces « experts » qui hantaient les talk show n’avaient fait allusion à cette pluie d’uranium appauvri, une pluie mortelle et sans pitié qui attendait les civils libyens.

Ceux qui consentent aux crimes, fournissent des raisons pour les blanchir ou prennent le parti de se taire sont sans doute plus abjects que les criminels eux-mêmes. Martin Niemöller, un pasteur protestant, disait (années trente) : « Car il est des silences coupables, plus assassins qu’aucune parole, qu’aucune arme peut-être. Car il est des silences complices dont le nombre fait la force, et la force la loi. Celle des majorités silencieuses qui sert de caution et d’alibi aux crimes contre l’humanité ». (3)

Une « opération humanitaire pour protéger la population civile  » a-t-on dit et répété. Les maitres du monde sont habitués aux subterfuges les plus éhontés. Et les dégâts et pertes en vies humaines sont incommensurables. « Contrairement à ce que la sémantique pourrait laisser entendre, elles [les bombes à uranium appauvri] constituent des armes terrifiantes de destruction massive. Les bombes à uranium appauvri ont été utilisées pour la première fois par Israël dans la guerre du Kippour (octobre 1973) contre l’Egypte. Elles furent ensuite utilisées au Liban, par Israël, et en ex-Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan et en Libye par les USA et diverses “coalitions” occidentales. Elles furent également utilisées par Israël à Gaza (enquête de l’association ACDN). Les bombes à uranium appauvri génèrent cancers, mutations et stérilités dans ces pays-mêmes ou chez les militaires participant aux opérations. [... Elles] libèrent des isotopes dont la durée de vie est de plusieurs milliards d’années ». (4)

Les néo-colonisateurs avides et astucieux sont conduits à détruire méthodiquement les infrastructures et tout ce qui tient debout. La moindre des choses, disent-ils, serait d’avoir l’opportunité plus tard de tout reconstruire (contre espèces sonnantes et trébuchantes). Soit… mais pourquoi contaminer les terres et l’atmosphère par l’uranium appauvri ? Pourquoi utiliser des armes dont l’impact est destiné à durer dans le temps ? Pourquoi générer les cancers, les stérilités et les malformations génétiques à la naissance ? Ce n’est donc pas une simple question de rivalités commerciales, de course au profit, de pétrole, de priorité de contrats mirifiques accordée par les nouveaux satrapes ?

L’administration étasunienne (celle de Bush et celle d’Obama), qui a soutenu et couvert politiquement le recours aux formes de torture les plus cruelles (dont la privation sensorielle), utilise volontiers et vend un peu partout les bombes au phosphore blanc et les grenades antipersonnel. De la même manière qu’elle s’est opposée à la création de la Cour Criminelle Internationale, elle a refusé de signer le traité interdisant les bombes à fragmentation parrainé par l’ONU et adopté par 111 pays en mai 2008.

L’Irak, l’Afghanistan et tous les pays que l’Empire et ses vassaux ont voulu « libérer » à coups de missiles, de F-16, d’uranium appauvri et de bombes à fragmentation, sont livrés aux hécatombes, à la détresse et au chaos. Des crimes commis en toute impunité (une résolution contre l’Otan est-elle envisageable ?). En Irak, comme le relève W. Blum, « plus de la moitié de la population est soit morte, mutilée, en prison ou en exil à l’étranger... leur air, leur sol, leur eau, leur sang et leurs gênes sont imprégnés d’uranium appauvri... les enfants naissent avec d’abominables déformations... des bombes à fragmentation n’attendent qu’un enfant pour exploser... une rivière de sang coule aux côtés de l’Euphrate et du Tigre... dans un pays qui ne sera peut-être jamais reconstruit  ». (5)

Dans le même sens, P. Sacré écrit : « L’uranium appauvri permet d’augmenter la puissance de perforation des obus contre des cibles blindées ou des bâtiments. Soyons certains que l’Iran aura sa ration d’uranium appauvri, si la “diplomatie” échoue. Depuis le déferlement “libérateur” des hélicoptères et des tanks anglo-saxons […], les habitants de Fallujah [en Irak] ont 4,22 fois plus de risques de développer un cancer que les Egyptiens ou les Jordaniens. Cette probabilité est 12,6 fois plus grande chez les enfants de moins de 14 ans. Le risque de leucémie chez les personnes de 0 à 34 ans est 38,5 fois plus élevé. La mortalité infantile atteint des taux record : 80/1000, soit 4 fois les taux égyptien et jordanien. À partir de 2009, ce taux passe même à 136/1000 !! […] Les radiations provoquent des changements au niveau de l’ADN dont les effets se font en général sentir sur les descendants ». (6)

A cela, il faut ajouter les cinq millions d’orphelins irakiens recensés en 2008… Cinq millions ! Il faudrait combien de centres d’accueil, d’associations caritatives pour prendre en charge une telle masse d’enfants désemparés ? Une question, parmi tant d’autres, qu’il faudrait à l’occasion poser aux scélérats de la Maison Blanche et du Pentagone. Décidément, en dehors des sinistrés eux-mêmes, nul ne peut avoir idée de l’ampleur de la catastrophe. Le Mal infligé dépasse les limites du mesurable et paraît irréversible. L’observateur, s’il s’attache à mettre des visages humains derrière les chiffres funestes, en vient à être bouleversé ad nauseam. Il est inconsolable à jamais.

A Gaza, la campagne militaire criminelle, appuyée au grand jour par l’armée étasunienne, contre la population en décembre 2008 est encore dans les mémoires (voir le film poignant « Gaza-strophe »). Les hordes sionistes ne se contentent pas de déporter les Palestiniens, de détruire leurs maisons et leurs oliviers, de les enfermer dans d’énormes enclos à ciel ouvert, de voler leur eau, d’emprisonner leurs enfants de douze ans, de bombarder leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs ambulances, de leur concocter des bains de sang à répétitions… Un étudiant et blogueur palestinien de 21 ans, vivant à Gaza, en dit ceci : « Ils [les israéliens] ont dû se dire : ils ne seront pas capables de tolérer la vie d’enfer que nous allons leur faire mener, nous allons les étouffer de tous les côtés, nous leur causerons tant de douleurs qu’ils ne tarderont pas à imploser ». (7)

 

Les leaders sionistes s’en lèchent les babines. Et ce Peres, connu notoirement pour sa fourberie répugnante et jouissant du ramollissement cérébral des dirigeants occidentaux... On raconte que lors de sa rencontre avec Angela Merkel, il s’est plaint (je cite de mémoire) que « les élections [législatives palestiniennes de 2006] ont conduit à un mouvement radical et dangereux et les pauvres habitants de Gaza n’ont jamais eu droit à un seul jour de démocratie  »… Pour la peine, on largue les bombes, on répand le feu tous azimuts. A défaut de « démocratie », allons-y pour le nettoyage ethnique et le génocide. Résultat : 1.400 morts, en plus des infrastructures dévastées.

L’agression meurtrière appelée « Plomb durci » est qualifiée d’action « défensive ». L’idée n’est pas compliquée : éradiquer le Hamas – une organisation terroriste, cela va sans dire – c’est lutter contre l’Iran. Comme l’Europe est censée avoir peur de ce pays, elle applaudit avec ardeur et sans se faire prier. Lorsqu’on n’a rien compris au sionisme, pourquoi se garderait-on de le faire ? Pour reprendre le mot de N. Chomsky, « il n’y a que dans un pays très endoctriné que vous pouvez entendre ces choses ridicules et ne pas rire ».

Pappé considère que l’invasion israélo-américaine de 2008 constitue déjà un génocide, que cette « catastrophe humanitaire d’envergure inimaginable », exigerait qu’Israël soit « relégué au statut d’Etat paria ». Comme le rapport Goldstone, Chomsky considère qu’une telle agression est une manifestation indiscutable du terrorisme d’état. C’est la preuve de « l’indifférence pervertie » du tandem Israël–USA pour la vie humaine. (8)

Le massacre, en effet, est orchestré à coup de bombes à uranium appauvri et au phosphore blanc (interdites par les conventions internationales). Les médias aux ordres se sont fait un devoir de préciser qu’« Israël avait mis les Palestiniens en garde avant les bombardements ». Un malfrat prévient un quidam qu’il sera bientôt agressé ou assassiné ; une fois la nouvelle annoncée, la voie est libre. Aucun reproche n’est ainsi possible. Et pour que chacun comprenne bien la chose, les plumitifs se sont empressés d’ajouter que « c’est le Hamas qui a rompu unilatéralement la trêve ».

C’est ici que la leçon des Nazis vient à l’esprit, comme le rapporte Alan Hart, (auteur de “Zionism, the Real Enemy of the Jews”) : « plus le mensonge est grand, plus on le répète, plus il aura de chances d’être cru dans un monde majoritairement composé de Gentils, de judéo-chrétiens ou d’occidentaux ; et cela d’autant plus si les grands médias sont terrifiés par l’idée d’offenser tant soit peu le sionisme  ». (9) Vittorio Arrigoni, notons-le au passage, était le témoin objectif et éloquent des répressions et des tueries avant, pendant et après l’invasion de Gaza. On a fini par l’assassiner.

La soldatesque sioniste se venge de quoi ? La haine a divers mobiles plus ou moins conscients : la victoire du Hamas aux élections législatives en 2006 (les Palestiniens n’avaient pas voté comme il le fallait), la défaite subie la même année au Liban (par une armée pourtant « invincible »), les roquettes artisanales rares et quasi inoffensives (lancées approximativement par des civils démunis), la capture par le Hamas de ce brave soldat israélien (réclamé à cor et à cri par tous les humanistes de la planète), le courage et la ténacité héroïques des Palestiniens (le blocus n’a pas réussi à briser leur volonté de résistance) et surtout leur primauté incontestable sur la terre de Palestine.

N’avez-vous pas remarqué ? Lorsque les médias évoquent les atrocités commises contre les civils palestiniens sans défense, c’est toujours d’une façon expéditive et impassible (sans parler des mensonges). Comment expliquer ce manque flagrant de sensibilité morale et de compassion ? L’accusation d’antisémitisme brandie à tout bout de champ par les porte-paroles du sionisme est-elle à ce point paralysante ?

L’évidence surgit : tous les humains sont égaux, mais certains moins que d’autres. « Le 11 septembre 2001, se demande P. Sacré, est-il plus insupportable que le bombardement de Gaza, l’opération Plomb Durci, au moyen d’armes génocidaires, sources de souffrances horribles, interdites par les conventions de l’ONU et utilisées sur des civils (uranium appauvri, phosphore blanc) ? Tous ces morts, ce jour-là, sur le sol étatsunien, valent-ils plus que des civils Palestiniens, des Roms ou des Somaliens ? Le 11 septembre 2001 est-il plus condamnable parce que ce sont les tours dorées du World Trade Center, symboles de l’Occidental Way of Life, qui ont été pulvérisées plutôt qu’un taudis en Cisjordanie, un village indonésien, ou une caverne en Afghanistan ? » (10)

Voilà où l’on en est. L’ivresse de la suprématie technologique et militaire, la violence bestiale, les mensonges et l’injustice auront-elles une limite ? Le monde peut-il être autre chose qu’un espace de rivalités, de rapines et d’agressions immorales ?

Il faut bien se rendre compte : prendre sa plume pour dénoncer l’horreur est un acte pour le moins modeste en regard de personnes exceptionnelles qui font face seules aux menaces et aux agressions (Olivia Zemor), qui sont incarcérées (Bradley Manning, Julian Assange) ou qui ont fini par perdre la vie (Vittorio Arrigoni, Rachel Corrie, Stefano Chiarini). C’est un acte insignifiant sans doute face à l’hégémonie vindicative et cruelle de l’Empire, face aux puissants marchands de canons, face aux ravages occasionnés par les média-mensonges…

Mais les plumes se multiplient, les sites d’information alternative font un travail prodigieux et captent une audience de plus en plus forte. Rien n’est perdu.

 

Thami Bouhmouch

Professeur Univ. (Casablanca)

 

 

http://bouhmouch.over-blog.com/

(1) Cf. http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&amp ;aid=23885 Juin 2011

(2) Pascal Sacré, http://www.michelcollon.info/La-Belgique-part-en-guerre-sans.html Juillet 2011

(3) Cité in http://www.lepost.fr/article/2011/05/13/2494048_cote-d-ivoire-crimes-d-etat-terreur-totale-et-silence-complice-des-medias-francais.html

(4) Dominique GUILLET, http://www.legrandsoir.info/Fukushima-2012-Contamination-radioactive-de-la-chaine-alimentaire-planetaire.html Mai 2011

(5) William BLUM, http://www.legrandsoir.info/N-oublions-pas-a-quoi-ressemble-une-intervention-humanitaire.html Mai 2011. Je souligne.

(6) Pascal Sacré, http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=SAC20100924&articleId=21175 Septembre 2010

(7) Mohammed Rabah Suliman, http://www.legrandsoir.info/Le-siege-israelien-a-libere-la-jeunesse-de-Gaza-Electronic-Intifada.html Juin 2011

(8) Cités par Javier SETHNESS, http://www.legrandsoir.info/La-crise-infligee-par-les-Sionistes-a-Gaza-Dissident-Voice.html Mars 2011

(9) Alan Hart, http://www.alterinfo.net/Le-sionisme-demasque-un-conte-de-fees-qui-est-devenu-un-cauchemar-terrifiant_a42775.html Février 2010

(10) Pascal Sacré, http://www.legrandsoir.info/Reflexions-a-froid-sur-le-11-septembre-2001.html Septembre 2010.

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http://www.legrandsoir.info/phosphore-blanc-bombes-a-fragmentation-uranium-appauvri-et-autres-babioles.html
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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 18:19

indexA gauche (façon de parler) Patrick SEVE  à droite ( à sa place ) Dominique STRAUSS-KAHN

Trois élus PS renvoyés en correctionnelle

 
Christophe Dubois | 06.12.2001
TROIS PILIERS du Parti socialiste du Val-de-Marne, René Rouquet, député-maire d'Alfortville, Patrick Sève, député-maire de L'Haÿ-les-Roses, et Michèle Sabban, conseillère régionale et secrétaire nationale chargée des femmes, ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel pour « emplois fictifs » par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. Tous trois avaient bénéficié d'un non-lieu en juin 2000, dont le parquet de Créteil avait fait appel le jour même. Plus d'un an après, la chambre de l'instruction a ordonné le renvoi des trois élus devant le tribunal ainsi que de l'épouse de René Rouquet. L'enquête avait démarré en juin 1997, lorsque le député-maire de Thiais (Val-de-Marne) avait communiqué au parquet une série de dénonciations anonymes visant des « emplois fictifs ». Mireille Rouquet, épouse du maire d'Alfortville, avait été rémunérée par la mairie de L'Haÿ-les-Roses de mai 1993 à octobre 1995 à hauteur de 450 000 F (68 602 ?). Michèle Sabban était engagée par la même mairie de janvier 1996 à juin 1997 pour un salaire de 17 159 F (2 616 ?) par mois. Toutes deux avaient le titre de « chargées de mission », la première s'occupant des « relations avec les élus du département », la seconde d'une action « de communication ». « Petit arrangement entre amis » Par ailleurs, l'enquête a établi que Patrick Sève était, lui, employé comme « attaché de cabinet » de mai 1993 à septembre 1995 à la mairie d'Alfortville, alors qu'il exerçait les fonctions de maire de L'Haÿ-les-Roses. Un système de contrepartie qui s'apparentait à un « petit arrangement entre amis ». L'enquête démontre, en effet, que Patrick Sève était « rarement à l'hôtel de ville », qu'il ne disposait « d'aucun bureau ni de ligne téléphonique », qu'il « n'apparaît pas sur les annuaires ou organigrammes de la commune » et qu'il n'a « jamais sollicité les structures administratives aux fins de l'élaboration de dossiers ». Même constat pour Mireille Rouquet et Michèle Sabban. Le parquet avait conclu à des « recrutements de complaisance », mais n'avait pas été suivi par le juge d'instruction, qui avait relevé la nature floue des « emplois de cabinet ». « Il n'existe pas de définition claire des tâches, concrètes ou non, devant ou pouvant être accomplies, dans l'exercice de ce type de fonctions », écrivait ainsi le juge Philippe Vandingenen, qui n'excluait pas une « mission de caractère politique difficile à matérialiser de manière visible ». Cette analyse n'a pas été retenue par la chambre de l'instruction. L'arrêt est sans appel. Il dénonce le « caractère croisé des recrutements des conjoints respectifs, auquel s'ajoute le recrutement en qualité d'attaché de cabinet du maire d'une commune par un maire d'une autre commune » qui ne peut que « susciter de forts soupçons d'emplois de complaisance ». M e Régis de Castelnau, avocat de Patrick Sève, insiste, lui, sur l'aspect « discrétionnaire et politique » de ces « emplois de cabinet » : « Le problème n'est pas de savoir si ces élus ont un bureau ou une ligne de téléphone, car ils font du travail politique. Un jour, ils sont à la fédération, un autre au conseil régional... Tout débat sur ce point me paraît stupide. »
Le Parisien

Cet article a été publié dans la rubrique Les Faits Divers

 

 

L’Haÿ-les-Roses : le maire mis en examen

Bérangère Lepetit | Publié le 08.09.2011

Le maire (PS) de l’Haÿ-les-Roses et candidat aux sénatoriales dans le Val-de-Marne Patrick Sève a été mis en examen ce jeudi midi pour octroi d’avantages injustifiés et soustractions de fonds publics dans une enquête sur les marchés publics de sa ville. | (LP/C.MATEUS.)

 

 

Le maire (PS) de l’Haÿ-les-Roses et candidat aux sénatoriales dans le Val-de-Marne Patrick Sève a été mis en examen ce jeudi midi pour octroi d’avantages injustifiés et soustractions de fonds publics dans une enquête sur les marchés publics de sa ville. «Il est passé devant un juge d’instruction ce matin, a été mis en examen en fin de matinée et est sorti vers midi du tribunal de Créteil.

Patrick Sève est placé sous contrôle judiciaire», a t-on appris de source judiciaire. «Il est de retour à L’Haÿ-les-Roses et se repose, sans doute à son domicile», indique-t-on à la mairie de L’Haÿ-les-Roses.

Placé en garde à vue mardi dans les locaux de la police judiciaire du Val-de-Marne, l’ancien député de 59 ans, père de trois fille et maire depuis 18 ans est notamment soupçonné d’avoir favorisé depuis plusieurs années l’obtention des marchés publics de l’Haÿ par une seule et même société.

Jean Gautheron, le directeur général des services de la ville et les deux gérants de l’entreprise Yull, domiciliée à l’Haÿ avaient été mis en examen fin mai dans le cadre de la même enquête suite à un signalement de Tracfin, une cellule du ministère de l’Economie chargée de lutter contre les mouvements d’argent suspects.

 

 

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 18:32

poster_81793.jpgUn ancien militant devenu avocat voit ressurgir les années de traque et la machine à broyer du FBI.

Marée noire, d’ Attica Locke, Série noire, Gallimard, 450 pages, 21 euros.  

Les bandes publicitaires, où un auteur consacré, ici James Ellroy, proclame que le livre est un chef-d’œuvre digne de Connelly, de Lehane, d’… Ellroy, finiront par me dissuader de consacrer une ligne aux ouvrages concernés ! Dans le cas de Marée noire, ça aurait été dommage tant le livre d’Attica Locke, prénommée ainsi en référence aux émeutes de la prison de l’État de New York en 1974, se révèle passionnant. Jay Porter est un modeste avocat noir dont le bureau et les clients ne respirent pas la prospérité. Mais pour un ancien militant des Panthères noires, qui a connu la prison, l’avenir est forcément moins sombre que le passé. Jusqu’au jour où il sauve une femme de la noyade.

Mêlé malgré lui à une affaire complexe dont les ramifications touchent aux plus hautes sphères du pouvoir, dans une ville, Houston, dont la prospérité économique fondée sur le pétrole est partout donnée en exemple, Jay voit le passé faire irruption dans sa vie. Comment croire que police et FBI, qui ont manqué de peu de le broyer quelques années plus tôt, lui feront le moindre cadeau ? Comment échapper à ses responsabilités devant les attentes de la communauté noire et les pressions des anciens camarades restés attachés à une cause perdue ? Si l’intrigue de Marée noire est très habilement construite, si les rebondissements entretiennent jusqu’au bout un suspense angoissant, ce qui constitue la grande force du roman c’est sa relation avec l’histoire. Une histoire récente, celle des années de la radicalisation noire, des Panthères noires, d’Angela Davis et du programme secret destructeur mis au point par J. Edgar Hoover et le FBI sous le nom de code de CointelPro.

Attica Locke, fille d’anciens militants, sait de quoi elle parle. Et au-delà des faits eux-mêmes, son moindre talent n’est pas de mettre à nu les terribles ravages d’une époque dévastatrice. Ceux qui sont morts assassinés par le pouvoir, ceux qui ont délibérément tourné le dos à leurs idéaux de jeunesse ne se posent plus de questions. Mais chez les autres, comment survivre après l’échec, la prison, la mise à l’index ? Comment échapper au désenchantement et à la dépression dans un État submergé par l’argent du pétrole où les Noirs peuvent avoir l’illusion que les miettes de l’abondance pourraient remplacer la liberté et la dignité? Un grand livre, certes !

Roger Martin

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 18:13

2011-09-04petrucciani-film.jpg

 

Le film de Michael Radford, entre pépites et oripeaux croustillants. Au spectateur d’en extraire la poésie du pianiste de jazz.

« Nous regrettons d’avoir entendu, sur Michel Petrucciani, des détails sur sa vie privée que nous estimons ne pas avoir à connaître », déclare un couple à l’issue de la projection du film, Michel Petrucciani (1 h 40), réalisé par Michael Radford. Affecté de la maladie des os de verre et décédé en 1999 à l’âge de trente-six ans, le pianiste français Michel Petrucciani a marqué l’histoire du jazz, comme le disent tous les invités du documentaire (en salle depuis le 17 août). Ce dernier reflète un fait de société auquel n’est pas étrangère la télé-réalité : l’acceptation croissante, parmi le public et la critique, de l’étalage de l’intimité – la sienne ou celle d’autrui. Pourtant, débarrassé de ses oripeaux croustillants, le portrait de Michael Radford eût constitué un bel hommage.

Michel Petrucciani contient en effet de vraies pépites : des fragments musicaux où l’on voit jouer le natif d’Orange, ainsi que les témoignages des musiciens Joe Lovano, Lionel Belmondo, Aldo Romano, du producteur Francis Dreyfus ou encore du réalisateur Frank Cassenti, tous d’une profonde dignité. Après avoir débarqué en Californie, fin 1980, chez le saxophoniste Charles Lloyd, alors qu’il allait fêter son 18e anniversaire quelques jours plus tard, Michel Petrucciani impressionna aussitôt la sphère du jazz par sa technique extraordinaire autant que par l’infinie sensibilité de son jeu. « Une main droite étonnante, un oiseau chanteur », résume le batteur Eliot Zigmund. « La plus belle main gauche au monde ! » rappelle une intervenante dont on ignore l’identité et la fonction.

Aux antipodes, nombre de déclarations vulgaires, l’appesantissement sur le handicap de Michel et sa taille de 102 centimètres. Il ne s’agit pas de censurer des faits, ni des propos, mais de désapprouver le déséquilibre avec la réalité. Michel Petrucciani irradia son existence par sa créativité, sa combativité, son urgence. Il savait son temps compté. Il y avait aussi, mais peu présents dans le film, les éclairs de poésie ou le questionnement philosophique qui éclairaient soudain sa relation à l’art et à l’autre, avant qu’il ne retournât immanquablement – le documentaire le montre bien – à ce qu’il usait comme d’un bouclier : l’autodérision.

Le nom des intervenants n’est jamais indiqué. Les musiciens, les producteurs et d’autres encore qui ont apporté leur pierre au parcours de Michel, il vous faudra les reconnaître. Défilent les différentes épouses – l’une d’elles précisant qu’il « était très généreusement doté » –, un médecin qui commente une radiographie, un accordeur de pianos qui ose des théories douteuses et parle du « cul monstrueux » de Michel, une femme murmurant que « d’après les rumeurs, c’était une affaire au lit »... Impression de voyeurisme. Et l’on souhaite vivement que Michael Radford dresse un nouveau portrait, en allouant plus de place à la musique et en ne gardant que les pépites qui illuminent le présent film.

 

 

 

 

  • À voir:

 Le superbe DVD, Lettre à Michel Petrucciani (1983), 36’, documentaire de Frank Cassenti

Fara C.


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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 18:09

rape_victime060901.jpgPour Human Rights Watch, « la reconstruction de l’après-séisme en Haïti néglige les femmes et les jeunes filles ». L’ONG a publié le 30 août dernier le rapport « Personne ne se souvient de nous  – Le droit des femmes et des filles à la santé et à la sécurité n’est pas protégé dans l’Haïti de l’après-séisme ».

Le tremblement de terre de janvier 2010 a fait environ 222 000 morts, 300 000 blessés et contraint entre 1,3 et 1,6 million de personnes à abandonner leur habitation. Environ 300 000 logements et la majeure partie de l’infrastructure du pays, dont les établissements hospitaliers, ont été endommagés ou détruits.

300 000 femmes et jeunes filles vivent dans des camps pour personnes déplacées. Human Rights Watch en a interrogé 128, âgées de 14 à 42 ans, résidant dans 15 camps différents, qui étaient enceintes ou avaient eu un bébé depuis le tremblement de terre.

Le constat est cruel : accouchements à même le sol dans une tente, parfois dans la rue, agressions sexuelles, viols, sexe en échange de sécurité et de nourriture sont monnaie courante pour ces Haïtiennes.

Pour elles, les conditions étaient déjà difficiles avant le séisme. Haïti connaissait le taux de mortalité maternelle le plus élevé de l’hémisphère occidental (continent américain) 630 pour 100 000 naissances viables. Il n’y a pas de chiffres depuis le séisme. Le rapport révèle que « les habitants des camps ont confié à Human Rights Watch que les décès dans les camps, quelle qu’en soit la cause, ne sont généralement pas enregistrés. Dès lors, si des femmes et des filles meurent dans des camps pour des raisons liées à une maternité, leurs décès ne seront pas enregistrés ».

« Les problèmes que rencontrent les Haïtiennes dans les camps ne sont pas des problèmes nouveaux. Mais, il y a plus d’aides disponibles. Et, malgré l’aide internationale, elles continuent à lutter pour avoir accès à des soins basiques », nous explique Amanda Klasing, chercheuse à la division droits des femmes de HRW et auteure du rapport.

Paradoxalement, les structures prodiguant des soins gratuits n’ont jamais été aussi importantes en Haïti. Alors pourquoi les femmes n’accouchent-elles pas à l’hôpital ?

D’après HRW, dans les zones touchées par le séisme, 60% des structures hospitalières ont été endommagées ou détruites. Et les femmes n’identifient pas toujours les structures qui pourraient leur prodiguer des soins ou ne connaissent pas le quartier où elles ont été déplacées.

Mais la raison majeure est économique. Elles n’ont pas les ressources pour payer le transport ou les examens nécessaires au suivi de leur grossesse. Certaines pensent que si elles n’ont pas fait l’échographie payante elles ne peuvent pas retourner à l’hôpital pour accoucher. Ce qui n’est pas le cas.

« Il n’y a pas de politique identifiable de genre concernant la reconstruction à Haïti »

Pour Amanda Klasing, « il n’y a pas de politique identifiable de genre concernant la reconstruction à Haïti. L’aide internationale n’est pas suffisante sans une application des principes des droits de l’homme – en particulier la transparence. Par exemple, l’absence de coordination et de partage de données de la part des donateurs et des ONG qui fournissent des services de santé a rendu difficile l’évaluation les progrès de l’aide internationale. De plus, le gouvernement a besoin de connaître quelles ONG travaillent et où. Ensuite, il est important d’avoir une campagne publique d’information. Nous avons déjà parlé avec le gouvernement des différentes possibilités de mener une campagne de ce type ».

Si les violences domestiques et sexuelles constituaient déjà un problème récurrent dans la société haïtienne, les risques de viols s’accentuent avec la promiscuité dans les camps.

« Nous avons constaté que la violence sexuelle et l’absence de prise en charge des victimes de viol ont débouché sur des grossesses non désirées chez des femmes et des filles qui n’avaient pas plus de quatorze ans », dit le rapport.

Des programmes ont été mis en place notamment pour la contraception d’urgence et la protection contre les maladies sexuellement transmissibles, mais de nombreuses femmes et adolescentes ne le savent pas. Et celles qui le savent, préfèrent souvent ne pas se rendre dans ces structures d’accueil, par honte. Ou n’ont pas les moyens de payer le transport pour y aller.

Alors que l’aide alimentaire s’est arrêtée deux mois après le séisme, les femmes se mettent aussi en couple par souci de sécurité économique et certaines ont recours à des rapports sexuels contre de la nourriture. Augmentant ainsi les risques de grossesses non désirées et de maladies sexuellement transmissibles.

Dans le rapport de HRW, le témoignage de Gheslaine, mère de trois enfants, qui a tout perdu dans le tremblement de terre. Elle ne travaille pas, n’a pas de famille pour l’aider et ne peut pas nourrir ses enfants: « Les femmes ont des rapports avec les hommes pour pouvoir nourrir leurs enfants. Cela arrive souvent. Même les jeunes filles sont contraintes d’avoir des relations sexuelles pour survivre. Souvent les femmes tombent enceintes sans le vouloir et elles n’ont personne pour s’occuper d’elles. 60 centimes ou 1,25 dollar – vous avez un rapport sexuel juste pour ça. Malheureusement, les femmes tombent quelquefois enceintes mais si nous avions accès aux contraceptifs, nous nous protégerions… Ce n’est pas bon de se prostituer mais que faire? Il faut manger… »
Une spirale infernale.


Catherine Capdeville – EGALITE

http://www.egalite-infos.fr/2011/09/07/accouchements-a-meme-le-sol-viols-et-sexe-contre-nourriture-dans-les-camps-dhaiti/

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