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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 19:41

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/08/SEPULVEDA/48037

 

 

Tout récit a pour point de départ un lieu et un moment déterminés. La crise m’affecte directement : nombre de mes amis espagnols sont en train d’en subir toute la furie dévastatrice. Ils sentent que l’avenir est jalonné d’incertitudes et voient, stupéfaits, la normalité d’un pays européen se disloquer jour après jour, emportée dans la course folle d’un pouvoir à deux têtes, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), incapables l’un comme l’autre de fournir la moindre explication à ce qui a mal tourné hier, à ce qui tourne mal aujourd’hui, et surtout à ce qui pourrait tourner plus mal encore demain.

On suppose que le rôle d’un gouvernement est de façonner le récit de la société, de ses contradictions et de ses problèmes ; or un tel récit n’existe pas et n’a jamais existé en Espagne. Et ce pour la bonne raison que, depuis la mort de Franco et le début de la transition vers la démocratie (1), les responsables politiques ont érigé la paresse intellectuelle en marque de fabrique. Jamais n’a été pensé un modèle de fonctionnement viable pour le pays. Lorsqu’on relit, comme je l’ai fait, les déclarations au Parlement ou les discours électoraux, on y cherche en vain la moindre expression d’une idée pour la société espagnole.

Le seul homme d’Etat qui ait jamais entrepris un tel récit fut Manuel Azaña, le dernier président de la République avant le coup d’Etat franquiste. Il n’y en eut pas d’autre, parce que la grande carence de l’Espagne tient à l’inexistence d’une bourgeoisie éclairée, qui découle elle-même de l’absence d’hommes d’Etat.

La seule déclaration marquante, c’est la devise du dirigeant chinois Deng Xiaoping, citée en son temps par Felipe González (2) : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, du moment qu’il attrape les souris. » A partir de cette métaphore, dont la signification a fini par s’imposer à toutes les situations sociales, économiques, culturelles et politiques du pays, je vais tenter de construire un récit qui permette de comprendre ce qui s’est passé, ce qui se passe et pourquoi. En tant que citoyen européen, j’ai besoin d’un récit qui rende intelligible notre présent de cauchemar et qui m’aide à trouver la sortie, avant qu’il ne s’empare de moi, tel le portrait maudit de Dorian Gray.

par Luis Sepúlveda, août 2012

Il faisait froid à Madrid en cette matinée du 4 février 1988 ; mais la rudesse de l’hiver se ressentait dans la rue, et non dans la salle confortablement chauffée du Palais des congrès. A l’invitation de l’Association pour le progrès de la direction (APD), un bon millier de chefs d’entreprise buvaient les paroles de Carlos Solchaga, le ministre de l’économie et des finances du gouvernement socialiste de Felipe González : « L’Espagne est le pays d’Europe et peut-être du monde où l’on peut gagner le plus d’argent à court terme. Il n’y a pas que moi qui le dis : c’est aussi ce qu’affirment les consultants et les analystes boursiers. »

L’ovation recueillie par le ministre fit grimper la température à un niveau tropical. Le PSOE parlait clair et sans chichis : l’Espagne était un pays où seuls les idiots ne devenaient pas riches — ou négligeaient de se convaincre qu’ils l’étaient. Le fonctionnement de l’économie, le principe de solidarité, la conception sociale-démocrate du bien-être, une analyse de gauche des origines de la richesse : tout cela et tout le reste avait été balayé sur la voie glorieuse qui devait conduire la société à ne plus se reconnaître que dans la fortune et, de surcroît, dans une fortune « à court terme ».

Comment un pays cède-t-il aux sirènes de l’argent facile ? Les arguments avancés par les économistes pour expliquer la crise mondiale éludent un fait essentiel : non seulement le système capitaliste a échoué dans son ensemble, mais, dans le cas particulier de l’Espagne, cet échec a été amplifié par la transition ratée d’une dictature nationale-catholique à un Etat démocratique ayant pour seule obsession de tourner la page.

L’incorporation à la communauté des nations européennes a rendu impossible ou inaudible toute discussion sur la nature du chantier démocratique. L’expérience républicaine fut ignorée, sans que l’on s’inquiétât du prix à payer pour l’absence de référents historiques, ni pour le désir d’Occident qui nous jeta dans les bras de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à la fin de la guerre froide, ni, surtout, pour cette malédiction culturelle appelée le « picaresque » (3). Le chat, quelle que fût sa couleur, devait attraper les souris.

On peut rire au spectacle de la canaille se régalant du raisin volé au pauvre aveugle, mais quand cette veine picaresque devient un principe de vie, ou pire, de gouvernement, les conséquences sont là pour durer. Car nos ratés d’aujourd’hui n’existent que pour nous rappeler ceux d’hier. Parmi ces ratés, l’usage d’un vocabulaire perverti pour éloigner la réalité. Ce n’est pas un hasard si le terrorisme d’Etat pratiqué contre ETA (4) dans les années 1980 reçut l’appellation de « politique antiterroriste », ni si le mot « crise » fut remplacé par « baisse de la croissance », ni si le sauvetage d’une banque privée par des fonds publics fut présenté comme un « prêt dans les meilleures conditions ». Depuis le premier jour de la transition démocratique, l’euphémisme s’était imposé comme un élément structurant du discours politique.

Trois ans avant la chute du mur de Berlin, l’effondrement du socialisme prétendument réel dans les pays de l’Est et la proclamation du « nouvel ordre mondial », l’Espagne adhérait à l’Union européenne, et le mot « mondialisation » résonna dans un vacarme assourdissant, faisant taire toute réflexion sur l’opportunité réelle ou sur la manière la plus sage d’intégrer le pays dans la nouvelle économie mondialisée. Vautrés dans la certitude d’appartenir par osmose à la minorité fortunée de l‘humanité, la classe politique en général et les économistes dans leur immense majorité ne réfléchirent pas une seconde aux conséquences d’une décision qui se trouve pourtant à la racine de la crise actuelle.

Quand les économies les plus puissantes du monde décidèrent que les nations moins développées devaient se transformer en marché géant, à condition qu’elles s’ouvrent à la concurrence du premier monde, aucun prophète du style de Carlos Solchaga ne cessa de croire et de marteler que les conditions imposées aux pays du tiers-monde, pour injustes et ingrates qu’elles fussent, impulseraient une dynamique irrésistible : les pauvres vendraient davantage de marchandises aux riches et deviendraient plus compétitifs face à leurs industries.

Ces pays connurent une croissance spectaculaire et furent baptisés « économies émergentes ». Leur prospérité, qu’on aurait pu saluer comme une juste réparation pour des siècles de pillage, eut pour effet de concentrer dans les mains des élites la majeure partie des richesses créées, incitant les Etats à faire prévaloir les « nécessités » économiques sur les considérations politiques. Tout à leur souci de profit, les pays occidentaux n’hésitèrent pas à sacrifier leurs propres industries nationales. Les délocalisations d’usines et les chantages du type « Pas d’impôts ou je m’en vais » les incitèrent à restreindre leur train de vie et à creuser les premières brèches dans l’Etat-providence, en attendant son démantèlement complet.

Fallait-il s’étonner du comportement des nouveaux seigneurs ? Non. Le visage qu’arborait le capitalisme n’avait rien de neuf. Longtemps avant que le mot « mondialisation » n’entre dans le vocabulaire de l’économie et de la politique, son contenu avait été parfaitement esquissé par le président d’une lointaine nation sud-américaine, Salvador Allende (5), lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 4 décembre 1972 : « Nous assistons à un conflit frontal entre les grandes transnationales et les Etats. Ces derniers se trouvent parasités dans leurs décisions essentielles, politiques, militaires, économiques, par des organisations mondiales qui ne dépendent d’aucun Etat et ne répondent de leurs actes devant aucun Parlement ni devant aucune institution garante de l’intérêt collectif. En un mot, c’est toute la structure politique du monde qui est en train d’être sapée. »

A cette époque déjà, le marché se comportait comme une dictature, et la politique, ce vieil art du possible, prenait l’allure d’un test de compétences servant à évaluer les meilleurs gestionnaires du marché. Tout cela, les politiques espagnols l’ont sciemment ignoré. L’adage « Je méprise ce que j’ignore », si caractéristique du pícaro, les a figés dans un immobilisme absolu devant les premiers symptômes de la crise.

Pas un qui ne se délecte d’affirmer que le tourisme est la première (ou deuxième, pour les plus placides) industrie du pays, pas un pour rappeler que la manne touristique est sujette à des contingences extérieures à la volonté de ceux qui la convoitent et qu’elle génère, outre la fortune du patronat hôtelier, un complexe d’infériorité qui abîme la société tout entière. Ce n’est pas la même chose d’habiter un pays en pointe dans l’innovation technologique ou un pays de domestiques, de cuisiniers et de réceptionnistes.

L’adhésion de l’Espagne à l’Union européenne, aux côtés de la Grèce et du Portugal, marqua non seulement la fin de l’autarcie ibérique, mais aussi le commencement d’un arrosage intensif — les fameux fonds de cohésion et d’aide au développement — qui draina plus d’argent que le plan Marshall n’en avait réuni pour l’Europe de l’après-guerre. Pour la seule période 2007-2013, l’Espagne a obtenu 3,25 milliards d’euros. Malgré le dogme « L’Espagne va bien », prêché durant les huit années de règne de José María Aznar, et malgré le décret de son successeur, José Luis Rodríguez Zapatero (6), selon lequel le pays jouissait d’une économie plus prospère que l’Italie et d’une finance plus performante que le reste du monde, l’Espagne n’a pas versé un seul centime pour les dix pays de l’Est qui ont rejoint l’Union en 2004. Cette pingrerie aurait dû suffire à mettre la puce à l’oreille de ses voisins européens. Si tel n’a pas été le cas, c’est parce que les marchés avaient repéré en Espagne — comme ils l’avaient fait précédemment aux Etats-Unis — une poule aux œufs d’or bien plus prometteuse que l’incertaine modernisation du système productif : la spéculation immobilière et l’octroi illimité de prêts hypothécaires.

Rares sont les hommes politiques, les économistes espagnols ayant pris la mesure du fait que, durant les cinq années qui ont précédé la chute de la banque Lehman Brothers, les économies émergentes comme la Chine, le Brésil et l’Inde ont enregistré des pics de croissance phénoménaux. Rares parce que la course à la compétitivité engagée par les quelques entreprises espagnoles encore capables de tirer leur épingle du jeu mondial importait peu au regard des gains à court terme promis par la bulle immobilière.

La corruption apparut dans la vie politique espagnole comme l’essence même du picaresque : je te finance ta campagne électorale et tu m’accordes des permis de construire sur les terrains de ta commune. Des épouvantails urbains se mirent à pousser un peu partout, comme Seseña, la ville fantôme du désert de Tolède : treize mille cinq cents appartements sans eau, ni gaz, ni infrastructures, sans habitants non plus, à l’exception de quelques naufragés et des tourbillons de sable. Les banques avaient fait grimper artificiellement le prix de cette verrue immobilière avant de la céder à l’un des entrepreneurs les plus riches d’Espagne, Francisco Hernando Contreras, dit « l’Egoutier » — un personnage très picaresque, analphabète devenu milliardaire grâce à l’évacuation des excréments.

Des cités mortes comme Seseña, il s’en est construit aux quatre coins du pays. Il est vrai que la construction crée des emplois. Dans une de ces déclarations extravagantes dont il avait le secret, l’ancien chef du gouvernement Zapatero assura qu’entre 2006 et 2008, l’Espagne avait créé plus d’emplois que la France, l’Italie et l’Allemagne réunies — en omettant de préciser que les nouveaux salariés espagnols étaient trois fois moins rémunérés que leurs homologues français, italiens ou allemands. Le pays se portait merveilleusement. La « marque Espagne » faisait la fierté de ses propriétaires.

Le modèle productiviste appliqué au secteur immobilier a corrompu non seulement la vie politique, mais aussi la vie culturelle et sociale. Des centaines de milliers de jeunes renoncèrent de bon cœur à leur droit à l’éducation, car la grue et la brique leur ouvraient les bras. Pourquoi se fatiguer à faire six, sept ou huit années d’études pour devenir ingénieur ou médecin, alors qu’il suffit de trois mois de salaire pour obtenir un prêt hypothécaire remboursable sur trente ou quarante ans qui vous garantira appartement, voiture, téléviseur haute définition et téléphone portable dernier cri ? Jamais un pays ne connut une désertion aussi massive et aussi rapide de ses universités. Jamais avec autant d’allégresse un pays ne sacrifia son avenir à la promesse du « mettez-m’en deux ».

La fièvre immobilière et la corruption afférente se concrétisèrent par des aéroports grandioses où jamais un avion n’a atterri, par des lignes de train à grande vitesse qu’aucun passager n’a empruntées, par des circuits de course automobile où forniquent les lapins, par des maisons de la culture pharaoniques qui servent de volières aux pigeons. Au milieu de tout cela, les banques affichaient les bilans comptables les plus triomphaux de l’histoire. Le chat attrapait les souris.

La prophétie du mage Solchaga avait pris forme, l’Espagne était bel et bien le meilleur pays au monde pour gagner des millions du jour au lendemain, grâce à une ressource naturelle intarissable dont la valeur ne cessait de croître : le sol. Il paraît que la culture entrepreneuriale d’un pays se mesure à la diversité de sa production. L’immobilier a fait mentir cet axiome, les petites et moyennes entreprises se consacrant presque entièrement à faire tourner les bétonnières.

Peut-être la meilleure preuve de l’infirmité intellectuelle des dirigeants espagnols réside-t-elle dans leur incapacité à comprendre que le récit d’une société doit suivre les règles dramaturgiques aristotéliciennes, c’est-à-dire une progression en trois temps : d’abord l’exposé, puis le climax, et enfin le dénouement. Entendre par là que le futur n’est pas la répétition du présent. Ou, en termes économiques, que les cycles ont nécessairement une fin. Dès le commencement du boom immobilier, les dirigeants économiques et syndicaux se savaient assis sur un baril de poudre. Mais, en dépit des mises en garde timides de la Gauche unie (7), personne n’a voulu faire le premier pas. Le chat devait continuer à attraper les souris, même si ces dernières n’étaient qu’un mirage.

Si le peuple doit changer de dirigeants quand ils ne valent rien, parfois les dirigeants souhaitent changer de peuple quand celui-ci ne leur convient pas. Cette remarque de Bertolt Brecht cerne assez bien l’état d’esprit du PSOE après sa cuisante défaite électorale de l’année dernière. Durant leurs derniers mois au pouvoir, les socialistes avaient fait face à la crise — dont ils avaient d’abord nié l’existence, l’idéologie de marché certifiant le caractère invulnérable de l’économie espagnole — en enterrant pour de bon toute velléité de gouverner à gauche. On jugea superflu d’expliquer aux citoyens pourquoi les banques ne prêtaient plus, pourquoi les petites et moyennes entreprises faisaient faillite les unes après les autres, pourquoi le chômage gonflait jour après jour. Les rares efforts consentis par le gouvernement Zapatero pour sauver ce qui pouvait l’être se heurtaient aux tirs de barrage de la droite, enferrée dans l’une des oppositions les plus irresponsables qui se soient jamais vues dans un pays démocratique. De part et d’autre, on était néanmoins d’accord sur un point : l’anxiété qui submergeait le peuple ne valait rien face à la nécessité impérieuse de « rassurer les marchés », autrement dit, de gratifier les banques d’une indigestion de fonds publics.

Une tragicomédie, voilà à quoi se résument les derniers mois de la mandature socialiste. Tandis que le gouvernement réduisait les salaires et abreuvait les banques, des opposants comme Cristóbal Montoro, l’actuel ministre des finances et des administrations publiques, plastronnaient en public : laissons le pays couler, c’est nous qui le relèverons. Au rang des sauveurs, Luis de Guindos : président exécutif de Lehman Brothers pour l’Espagne et le Portugal de 2006 à 2008, il dissimula aux autorités ibériques les informations de première main qu’il détenait sur les comptes truqués de la banque et sur les signes annonciateurs de son effondrement. Il en fut récompensé trois ans plus tard par le poste de ministre de l’économie et de la compétitivité dans le gouvernement de Mariano Rajoy.

Ainsi, pendant que le gouvernement socialiste étranglait les dépenses sociales au prétexte des « ajustements nécessaires » et des « obligations imposées par Bruxelles », le nombre de chômeurs passait de deux millions à trois, puis à quatre, puis à cinq aujourd’hui. Discrètement, traîtreusement, on changea la Constitution pour imposer une règle d’or budgétaire qui achèverait de transformer la crise économique en crise sociale : une propagation accélérée de la pauvreté, sur un sol qui n’inspire plus guère les promoteurs immobiliers.

Aux élections, l’absence d’un récit susceptible d’éclairer la tournure des événements ne laissa qu’une question en suspens : souhaitons-nous être des citoyens ou des consommateurs ? Une part importante de la société opta pour le second terme de l’alternative, accordant une majorité écrasante à la droite.

Le chat pouvait continuer à attraper les souris. D’autant plus qu’un nouveau festin s’offrait à sa voracité : la braderie de la dette publique. Les fonds déversés sur les banques ne servirent pas, en effet, à irriguer les entreprises pour les sauver de la faillite, ni à assouplir les crédits hypothécaires en vue d’éviter l’expulsion des petits propriétaires incapables de les rembourser, mais à acheter de la dette publique à un taux d’intérêt de 3 à 5 % : une spéculation subventionnée par l’Etat. En somme, la crise financière a laissé la finance indemne. Elle s’empiffre peut-être moins qu’auparavant, mais elle ne meurt pas de faim, loin s’en faut.

En vertu des règles de l’Union européenne, il incombe aux Etats de garantir le sérieux, la robustesse et la pérennité de leurs systèmes financiers. Cette perversion permet aux spéculateurs de gagner à tous les coups : soit les affaires marchent et ils monopolisent les profits, soit les affaires ne marchent plus et c’est le contribuable qui leur tire les marrons du feu.

Les recettes fiscales s’épuisèrent quelques mois avant le départ du gouvernement Zapatero. Comme le chat avait faim, la Banque centrale européenne (BCE) débloqua des prêts à seulement 1 %, sans se soucier de la santé des banques auxquelles ces crédits étaient destinés. Le chat pouvait s’engraisser de plus belle : avec l’argent bon marché de la BCE, les banques raflèrent de la dette publique à un taux d’intérêt fastueux de 5, puis 6, puis 7 %. Solchaga n’avait pas menti : l’Espagne restait bel et bien le meilleur endroit au monde pour gagner un maximum d’argent en un minimum de temps.

Au paradis des euphémismes, le dégoût face à la corruption s’appelle « désaffection à l’égard de la politique ». Pendant que le pays sombrait dans le marécage du chômage, les dirigeants des banques et des caisses d’épargne préparaient leur retraite en s’octroyant des bonus mirobolants, sous l’œil placide de la mal nommée « classe politique ». Une classe sociale se reconnaît au soin qu’elle met à défendre ses propres intérêts ; or la classe politique espagnole sert avant tout les intérêts des marchés. Il est vrai que les frontières entre les deux mondes sont parfois poreuses. L’ancien chef de gouvernement José María Aznar, devenu consultant de luxe, se partage désormais entre News Corp., l’empire de Rupert Murdoch, et Endesa, la multinationale espagnole de l’électricité. Son prédécesseur, Felipe González, s’est reconverti en conseiller du groupe Gas Natural Fenosa. Mention spéciale à l’ancienne ministre socialiste Elena Salgado, promue conseillère de Chilectra, la filiale chilienne d’Endesa, celle-là même qui saccage l’environnement en Patagonie. Le chat ne se lasse pas d’attraper les souris.

En Espagne, nous redoutons tous le lever du soleil, car chaque jour charrie son lot de mauvaises nouvelles. A commencer par celle-ci, qui revient toujours : le gouvernement gère le pays comme un syndic de copropriété. Avec ses manchettes de velours noir qui rehaussent la blancheur immaculée de ses chemises, Mariano Rajoy paraît s’être échappé d’une étude de notaires du XIXe siècle. Mais c’est en homme de son temps que l’émissaire des marchés s’applique à accroître la précarité des citoyens, vus comme des consommateurs en disgrâce. Chaque matin, nous sommes réveillés par un nouveau coup de griffe : toujours le chat qui attrape les souris, même lorsqu’elles ont forme humaine. Coupes dans l’éducation, réductions des dépenses de santé, licenciements baptisés « ajustements », silence de plomb devant les scandales de corruption, vols et escroqueries en série…

Symptomatique de la cleptomanie régnante, l’affaire Bankia, ou comment l’établissement bancaire réputé le plus solide du pays menace à présent de faire dégringoler tout le système financier. Née en 2010 de la fusion de sept caisses d’épargne régionales, Bankia avait lancé un message clair : l’ardente obligation d’être « compétitif » imposait d’éliminer les derniers vestiges de la fonction sociale attribuée autrefois aux caisses d’épargne. Les premiers résultats s’annoncent prometteurs, surtout pour les détenteurs d’actions. Mais, brusquement, le ballon se dégonfle. Bien qu’un épais mystère entoure jusqu’à ce jour les causes de la crevaison, l’Etat s’empresse d’injecter 23,5 milliards d’euros dans les caisses percées de Bankia. C’est plus que le budget national affecté aux infrastructures.

Tout le monde a en mémoire l’image du banquier ruiné se jetant dans le vide lors du krach de 1929. Dans l’Espagne d’aujourd’hui, les responsables de catastrophes financières connaissent un sort plus clément. Le patron de Bankia, Rodrigo Rato, ancien ministre de l’économie dans le gouvernement Aznar et ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI), n’a pas sauté par la fenêtre. Quelle idée, quand on touche plus de 2 millions d’euros de salaire annuel !

Ainsi donc, le récit de la crise espagnole commence et s’achève par une apologie de la corruption, une plaidoirie socialiste pour l’appât du gain et un chat de couleur indéfinie, gros mangeur de souris.

Karl Marx disait que le capitalisme contenait les germes de sa propre destruction. Le philosophe à barbe blanche pensait à l’Angleterre, mais, s’il prenait le soleil aujourd’hui sur une plage de Marbella, avec le chat de Felipe González lui mordillant les orteils, il se dirait peut-être que le capitalisme, en tant que système d’exploitation créant de la plus-value, loin de s’autodétruire, s’est régénéré en empruntant au marché son visage invisible, son corps insaisissable, sa voracité prodigieuse. Et peut-être Marx prendrait-il son iPhone pour appeler Friedrich Engels et lui dire : « Un spectre hante le monde. C’est le spectre du monde dans lequel nous voulons vivre, le spectre d’une société possible à laquelle nous voulons participer. »

Mais en attendant que le spectre se mette en marche, le chat maudit n’a pas fini d’attraper les souris.


Luis Sepúlveda

Ecrivain chilien vivant en Espagne. Dernier ouvrage paru en français (avec Daniel Mordzinski) : Dernières Nouvelles du Sud, Métailié, Paris, 2012.

(1) A la mort du général Francisco Franco, le 20 novembre 1975, la monarchie est restaurée. Juan Carlos Ier engage alors un processus de transition démocratique. (Toutes les notes sont de la rédaction.)

(2) Président du gouvernement espagnol de 1982 à 1996.

(3) Le roman picaresque apparaît en Espagne au cours du XVIe siècle. Son protagoniste central est le pícaro, un antihéros d’extraction populaire généralement sans scrupules.

(4) Euskadi ta Askatasuna («  Pays basque et liberté  »), organisation armée indépendantiste créée en 1959.

(5) Président socialiste du Chili (1908-1973), élu en 1970 et renversé par un coup d’Etat du général Augusto Pinochet le 11 septembre 1973.

(6) M. Aznar est l’ancien dirigeant du Parti populaire (PP, droite), au pouvoir de 1996 à 2004, et M. Zapatero, du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, gauche), au gouvernement de 2004 à 2011.

(7) Parti politique fondé en 1986 autour, notamment, du Parti communiste d’Espagne.

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Published by valenton rouge - dans Europe
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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 19:09

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http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/barroso-non-hollande-ne-l-a-pas-137481

 

Hollande ne veut pas croire une telle chose nous dit-on !


Barroso, un homme si courtois, si policé, se serait mouché dans les rideaux !….


C’est un peu la même sidération qu’au lendemain de l’affaire Strauss-Kahn, ou celle de Cahuzac.


Sauf qu’il est à craindre que cette fois l’homme assume, et ne baisse pas le regard, se sentant protégé par plus fort…A moins qu’il ne se perde encore une fois dans ses circonvolutions habituelles levantines, propres à vous endormir. C’est ainsi qu’il a fait son petit bonhomme de chemin, sur le chemin de Bruxelles qui n’est pas celui de Compostelle. Rien d’un Saint-Just ou d’un Robespierre, mais plutôt un de ces exemples carriéristes que l’on vit fleurir sous la restauration.


Une déclaration en tout cas, intéressante, pour ce qu’elle nous révèle, et qui nous fait nous demander qui sont les véritables intérêts, et maîtres de cet homme !

De quoi s’agit-il ?…De quelle crime notre pays s’est-il rendu coupable pour que ce fonctionnaire sorte enfin de ses gonds, et en arrive presque à imiter Kroutchev, martelant de sa godasse, sur la table de L’ONU, le droit indescriptible de son pays à s’inscrire dans l’histoire.

Dans un entretien publié lundi par l’International Herald Tribune, José Manuel Barroso a en effet violemment critiqué la volonté française d’exclure le secteur audiovisuel du mandat de négociations commerciales de la Commission avec les États-Unis, qualifiant cette attitude de« réactionnaire ».

On accuse souvent la commission européenne d’être tiède, ou timorée, mais voilà bien l’exemple du contraire. Cet homme, tant vanté souvent pour son esprit consensuel vient de nous montrer que cette assemblée savait trouver de nouveaux éléments de langage… Le mot réactionnaire, cette pince multiprise venant de surgir de la main du plombier de toutes les europes libérales est en effet fort de café, et nous réveille sérieux, nous faisant loucher du coté du passé !

Diable, cette chose existerait-elle encore à Bruxelles, ce palais du neuf sans aspérités, où les drapeaux nationaux ressemblent à des pots de géraniums de toutes les couleurs ?

Une réaction désigne la politique prônant et mettant en œuvre un retour à une situation passée, réelle ou fictive. Le terme est opposé à révolutionnaire, celui qui est ouvert aux idées, à la modernité, et va de l’avant…..

Barroso deviendrait-il révolutionnaire ?

S’est il rallié à la pensée de Marx, ce grand décodeur ? Dans le manifeste du parti communiste, Karl Marx nous dit que les classes moyennes combattent la bourgeoisie, qui est une menace pour leur existence en tant que classe moyenne. « Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : Elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. ».

Mais dans quel sens ? La roue de l’histoire ressemble de plus en plus à celle d’une cage d’écureuil, baptisé « le marché « ! On nous dit qu’on a intérêt à en mettre un coup, si l’on ne veut pas se faire doubler par les écureuils américains ou asiatiques, beaucoup plus gros, hardis et voraces, pas des feignants peureux comme nous se cachant dans les arbres au moindre bruit !

Du coup, le matériel logistique propre à opérer, s'est bigrement rétréci sur le terrain des opérations, au fur et à mesure que le monde curieusement se complexait. En plus de la pince mutiprise, ajoutez dans la fameuse boite à outils un bon vieux marteau, comme au temps de l'union soviétique. Ca suffira pour la feuille de route, autre régal sémantique qui nous révèle l'improvisation de ces élites, quand elles doivent agir au niveau politique. La feuille de route est à la politique, ce que la liste des commissions est au commerce....

Pas besoin de lire Tocqueville et Keynes, pour appréhender cet univers.

Plutôt qu'à Marx, intéressez-vous plutôt aux Marx Brothers, et à la limite à Milton Friedman, celui dont la pensée éclairante comme le phare de Rhodes à permis aux généraux Chilien de sabler ce nouveau genre de démocratie qui a fait florès, et qui nous ramène, par un curieux retournement des valeurs, l'accusation de "réactionnaire" !. 

Beaucoup de bruit pour rien, aurait dit Shakespeare, dans ce palais du silence où l'on fait plus souvent les comptes d'apothicaire, que de tenter de mettre les idées à plat. 

Tout cela sera-t-il une tempête dans un verre d’eau, un lapin sorti du chapeau européen et repeint vite fait aux couleur de l’union américaine ?

Mais qu’est donc l’objet du délit ?

 La France refuserait de se soumettre au marché, qui soi-disant sauve de tout, et avant tout de la faillite. On voudrait bien le croire et l’essayer à la limite, pour le mettre à l’épreuve du réel, quand les faits vous indiquent la nécessité d’un changement de paragdime.


Mais pour le coup on s’interroge ! Cette exception culturelle que la France a mise en place lui a permis justement de défendre vaillamment son cinéma sur le marché de l’export, de permettre à des producteurs et des artistes de vivre, tout en défendant des valeurs, une philosophie culturelle et une place dans le monde…Du moins, pour ce qu’il en reste. 

Ce régime, que tant de pays nous envie, nous a permis d’être sur le podium de tête de la production cinématographique.

On aurait donc pu s’attendre à ce que notre homme justement encourage un système qui marche si bien, et promotionne des initiatives allant dans le même sens, dans d’autres domaines, afin que les gens puissent retrouver travail, dignité, richesse.... Et sens.... Un mot qui manque dans la fameuse boite à outils..... Pourtant le pied à coulisse indispensable que tout artisan chérit.

Je vois très bien la scène : La France, via Hollande, "voulant bien le croire", recevant des palmes à Bruxelles, au nom de la commission européenne reconnaissante.

Les chiffres de retour sur intérêts de cette exception que l'on a su défendre, sont à mettre dans la même poche que celle de nos spiritueux, dans la balance du commerce.

Mais a priori les chiffres et les statistiques n’intéressent les libéraux que quand ils peuvent les exploiter pour illustrer une doctrine totalitaire.

Cette exemple surréaliste c’est un peu, comme s’ils voulaient imposer à un champion de course à pied de se mettre des chaînes aux pieds pour courir plus libre. Entendez plus libéral, le mot détourné de son sens commun d’émancipation, pour sa vulgarisation la plus ville, celle d’une porte ouverte à tous les courants d’air et à tous les prédateurs.

S’il y avait justement un exemple pour illustrer que le protectionnisme était une source de richesse et de profit, c’est bien cette exemple de l’exception culturelle française dont il faudrait se servir.

Faudrait-il soumettre le cinéma et la culture en général à la même moulinette libérale qui a permis à Mittal d’éteindre les hauts fourneaux de Florange pour son plus grand profit ?

On le savait, mais on le voit comme jamais : En dehors de cette affaire ahurissante, et ce qu’elle révèle, il y a tout le sort du monde, dans ses différences qui est représenté.

Vous pouvez dire ce que vous voulez, vous égosiller, et prouver que votre affaire est judicieuse et rentable, le totalitarisme en place n’a que faire de vos belles paroles, contre lesquelles il répond à un dogme, une caricature de sens.

Ces ultra libéraux ressemblent comme deux gouttes d’eau à vendre aux inquisiteurs du moyen âge, qui répondaient à l’esprit des lumières naissant par leurs vérités toutes faites, elles mêmes issues d’un livre qui leur disait que la terre était plate, comme une pièce de monnaie justement.

L’argent, toujours lui. Incapable de répondre aux grands défis.

Ces gens sont habiles en tous sophismes, et vous diraient d’abandonner vos vêtements sur la banquise, afin de relancer le marché et la concurrence.

« Un renard libre pour un poulailler libre, avec des poules libres ! » Disait Orwell, pour se moquer….Il semble bien que son fameux livre « La ferme des animaux » soit toujours d’une actualité urgente. Cette novlangue n'admet que les flux d'argent, toujours plus intenses, survolant les frontières, s'en moquant, pour un but qui n'appartient qu'à cette aristrocratie autoproclamée, et dont la suffisance nous étouffe. 

Il y a deux ou trois ans, Regis Debray, dans un autre livre plein d’esprit et de sens intitulé « Eloge des frontières » livrait une réflexion toujours plus actuelle sur cette soi-disant « ouverture » qui en est bien justement le contraire.

« Les éminents sociologues qui ont pris la distinction pour de la morgue ont ouvert les vannes de l’argent, que toute barrière en colère et que l’exception culturelle insupporte. La frontière a mauvaise presse ; elle défend les contre pouvoirs. N’attendons pas des pouvoirs établis, et en position de force, qu’ils fassent sa promo. Ni que ces passe-murailles, que sont évadés fiscaux, membres de la jet-set, stars du ballon rond, trafiquants de main d’œuvre, conférenciers à 500 000 dollars, multinationales adeptes des prix de transfert déclarent leur amour à ce qui leur fait barrage. »

Barroso finalement tombe à pic. On pourrait presque le féliciter d’avoir réouvert le débat. Bien des révolutions ont commencé par des paroles plus ou moins heureuses :

« S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! »

Et bien sûr Barroso, tapi derrière Marie-Antoinette, aurait ajouté :

« Et en plus ils sont libres de l’acheter où ils veulent !

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 17:39

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http://www.bastamag.net/article3135.html

 

Où sont passés les 207 milliards d’euros débloqués par l’Union européenne et le FMI depuis 2010, dans le cadre des « plans de sauvetage » de la Grèce ? Ont-ils vraiment servi au peuple grec ? L’association Attac Autriche s’est penchée sur le détail des versements des deux programmes, validés le 2 mai 2010 et le 21 février 2012 [1]. Résultat : les principaux destinataires sont les banques grecques (à hauteur de 58 milliards d’euros) et les créanciers de l’État grec (pour 101 milliards), principalement des banques et fonds d’investissement.

Au moins 77% de l’aide européenne a donc bénéficié, directement ou indirectement, au secteur financier ! Seuls 46 milliards, parmi les prêts accordés par les créanciers internationaux et européens, ont servi à renflouer les comptes publics de la Grèce. Pendant la même période, l’État grec a payé 34 milliards d’euros, rien que pour les intérêts de sa dette.

Le gouvernement allemand a rejeté les conclusions de cette étude, expliquant que tous les Grecs ont profité du fait que les créanciers du pays n’aient pas fait faillite. Grâce aux plans européens, la Grèce a eu plus de temps pour mettre en œuvre des réformes, ce qui a profité à l’ensemble de sa population, selon Berlin. Les Grecs, asphyxiés par les mesures d’austérité liées à ces crédits internationaux, apprécieront.

Ces données sont-elles accessibles aux citoyens grecs et européens ? Attac a réalisé un travail de fourmi pour récolter ces informations. Et quelques angles morts subsistent. « Il n’y a pas de documentation officielle sur l’utilisation de cette tranche », peut-on lire sur le récapitulatif réalisé par l’association, à propos d’un versement de 3 milliards d’euros, en mars 2012, par le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Ou « l’utilisation de cette tranche n’a pas pu être reconstituée », à propos de 8 milliards d’euros accordés par l’Eurozone et le FMI, en mars 2011. Question transparence aussi, la Troïka (FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne) a visiblement de sérieux progrès à faire.

 

 Lire l’étude d’Attac Autriche

 Lire le bilan du second « programme d’ajustement économique » pour la Grèce, réalisé par la Commission européenne (décembre 2012, en anglais).

 Notre reportage : Stratégie du choc : comment le FMI et l’Union européenne bradent la Grèce aux plus offrants

Notes

[1] Le FMI devait contribuer à hauteur de 48 milliards d’euros, les pays de l’Eurozone à hauteur de 80 milliards et le Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour 144,6 milliards. A l’heure actuelle, 206 milliards ont été effectivement distribués.

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 17:36

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http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article198

 

C’était il y a déjà plus de trois ans. La Grèce se voyait accorder un premier « sauvetage » qui allait l’entraîner avec une vitesse fulgurante dans une crise sociale, économique et politique d’une violence considérable. A la récession et au chômage sans précédents s’ajoutent désormais les velléités autoritaires du Premier ministre Antonis Samaras, illustrées par sa décision brutale de fermer l’audiovisuel public grec.

Une décision qui s’inscrit dans un contexte déjà lourd : menaces de mobilisation forcée voire d’arrestation de grévistes, suspension des conventions collectives, ratonnades organisées par le parti néo-nazi Aube dorée dans une impunité presque totale… Aucun de ces signes avant-coureurs du pire ne semble toutefois ébranler la volonté des gouvernements européens et de la Troïka (Commission, Banque centrale européenne et FMI) de conduire la Grèce plus avant dans l’abîme. Et pourtant, les remises en cause se multiplient, y compris au sein même de la Troïka...

18 juin

Les potions magiques des « cures de rigueur » ? Plutôt des remèdes empoisonnés, reconnaissait en janvier le chef économiste du FMI Olivier Blanchard. Les grecs, quant à eux, n’avaient pas attendu son mea culpa pour constater les effets destructeurs de l’austérité...

Les « plans de sauvetage » et la « solidarité européenne » ? Vaste plaisanterie, démontre un rapport du FMI publié le 5 juin, qui dénonce des plans qui ont « sacrifié » les pays surendettés en faisant porter par eux tout le poids de l’ajustement au profit des économies du « cœur » de la zone euro.

Drôle de conception de la solidarité, qui a moins consisté à renflouer les comptes publics grecs qu’à sauver l’industrie financière : un rapport publié par Attac Autriche permet de mesurer l’utilisation des sommes débloquées pour les « plans de sauvetage » en Grèce, sur la base de données publiques, consultables notamment sur le site de la commission européenne : sur les 206,9 milliards versés depuis mars 2010, au moins 77% de cet argent a bénéficié directement ou indirectement au secteur financier.

Le tout dans une certaine opacité quant à l’attribution finale de ces montants et sans qu’aucune contrepartie n’ait été demandée aux banques en échange du versement de ces sommes.

 

Voilà que les masques tombent. A commencer par celui des économistes orthodoxes et autres idéologues à gages de la finance, dont la rhétorique n’est plus capable de justifier la catastrophe économique et sociale dans laquelle leurs bonnes potions ont plongé la Grèce. Celui des gouvernements européens et des institutions de l’Union européenne, qui ont donné au terme de « solidarité européenne » une nouvelle définition, celle d’une mise à sac brutale d’un pays.

Que penser, en effet, lorsque François Hollande, un mois à peine après avoir déclaré que « l’austérité ne pouvait plus être une fatalité », vient en Grèce pour inciter les électeurs, dans une menace à peine voilée, à « tenir leurs engagements », c’est-à-dire à voter en faveur du conservateur pro-austérité Antonis Samaras, ou alors à se préparer à sortir à leurs frais de la zone euro [1] ?

Et que penser lorsque l’entourage de Georges Papandreou, premier chef d’Etat grec à avoir négocié les conditions du « sauvetage » de la Grèce avec la Troïka, est mis en cause pour évasion fiscale en Suisse (suite à la publication de la fameuse « liste Lagarde » qui a valu au journaliste Kostas Vaxevanis une arrestation expresse) ?

Lorsqu’en Grèce comme en France, les plus fervents défenseurs de la rigueur s’avèrent être les plus corrompus (ce qui fait dire à Emmanuel Todd, en pleine affaire Cahuzac, que « la notion même d’austérité est véhiculée par des pourris ») ?

Les masques tombent… mais cela ne semble pas embarrasser davantage les gouvernements et institutions de l’Union européenne. Les créanciers européens de la Grèce – dont la brutalité et le cynisme sont à même de tirer des remords au FMI – continuent en effet d’imposer des conditions drastiques au gouvernement grec : réduction à la hussarde des effectifs de la fonction publique, taille dans les budgets, réformes antisociales…

Il faut imaginer le degré de stupéfaction dans lequel se trouve plongé le peuple grec, depuis trois ans pris dans le piège de « cette catastrophe nommée sauvetage [2] » ; confronté à un rouleau compresseur que rien ne semble être en mesure d’arrêter, ni la preuve des conséquences désastreuses de l’austérité, ni des mobilisations sociales sans précédents.

C’est que le rapport de force avec les institutions et gouvernements européens semble disproportionné. Dans un contexte où la résignation et la survie semblent les seules options possibles, l’extrême droite progresse de manière spectaculaire en désignant les immigrés comme bouc-émissaires [3]. Un récent sondage montre une progression spectaculaire du parti néo-nazi Aube dorée, donné comme troisième force politique du pays.

Dans le même temps, la mise en œuvre de l’austérité en l’absence de toute légitimité démocratique, nécessite de recourir à des méthodes autoritaires. En janvier 2013, le gouvernement grec a décrété la loi martiale et mobilisé la police anti-émeute pour briser la grève de neuf jours des employés du métro d’Athènes.

Mesure impensable il y a quelques années, les conventions collectives ont été suspendues fin mars 2013, dans l’indifférence presque totale des grandes confédérations syndicales européennes, tandis que les attaques sur les droits du travail se multiplient [4].

La récente fermeture de l’audiovisuel public grec (qui a provoqué l’émotion des médias, mais aussi une importante mobilisation populaire en Grèce) est symptomatique de la manière discrétionnaire dont le gouvernement Samaras impose l’austérité : par décret. Epiphénomène de la rigueur sauvage imposée à la Grèce, elle pourrait néanmoins constituer un symbole, et provoquer une prise de conscience de l’alternative qui se présente en Grèce et en Europe : le lent glissement vers le pire, ou la rupture avec les diktats de l’austérité.

Si les tenants du néolibéralisme affirmaient en 1975 qu’il y avait « des limites désirables à l’extension de la démocratie politique [5] », il est désormais certain que la politique imposée à la Grèce et la démocratie ne sont plus compatibles.

Frédéric Lemaire
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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 12:56

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http://www.lequotidien.lu/interview-du-lundi/45988.html

 

André Hoffmann est professeur de philosophie en retraite. Il défend la nécessité d'un cours de «philosophie pratique» se substituant à l'enseignement de la doctrine religieuse dans l'enseignement public.


 

 
Entretien avec notre journaliste
Jean Rhein


Une remarquable table ronde s'est déroulée récemment (le 7 juin) au Centre culturel de rencontre abbaye de Neumünster, à l'invitation du Grand Orient de Luxembourg, réunissant André Hoffmann et le vicaire général de l'archevêché, Erny Gillen.
 
Peut-il y avoir une éthique, une morale, sans religion?
 
André Hoffmann :
Il y a, en effet, une longue tradition d'éthiques qui ne sont pas d'ordre religieux et qui se construisent essentiellement sur la raison. La philosophie "occidentale" les connaît depuis Aristote, jusqu'à Jürgen Habermas, en passant par Kant, et même par Marx, dans la mesure où on voulait lui attribuer aussi des réflexions d'éthique.

 
Je pense, au contraire, que l'argumentation religieuse constitue plutôt le cas particulier. Il faut bien des détours pour justifier la compatibilité du religieux (de l'élément surnaturel) avec la raison. Lorsqu'on constate que les morales religieuses cherchent elles aussi des justifications rationnelles, on peut se poser la question du bien-fondé tout simplement de l'approche religieuse.
 
Vous avez participé récemment à une table ronde avec Erny Gillen, sur invitation du Grand Orient de Luxembourg. Admettez-vous qu'une association philosophique puisse se considérer comme le porte-parole de la laïcité et le défenseur de la liberté de conscience?
 
Certainement pas comme porte-parole. D'ailleurs je ne suis membre d'aucune association de ce genre et je n'éprouve aucun besoin de m'en justifier.
 
Le Grand Orient, ou une quelconque autre association, ne peut être le représentant de la laïcité. Il conviendrait de définir le terme de "laïcité". Celle à laquelle je me rallierais consiste en une approche négative (entièrement neutre) de l'État dans ses relations par rapport aux mouvements philosophiques et aux communautés religieuses. Tout au plus, une association peut s'inscrire comme objectif de défendre la laïcité.
 
Est surprenant l'intitulé du rapport d'experts publiée en octobre 2012 ("... Relations entre les pouvoirs publics et les communautés religieuses ou philosophiques"), mais cela tient à la mission qu'a définie le ministre des Cultes. Les communautés religieuses sont mises à la même enseigne que les communautés philosophiques. Je me refuse d' adhérer à une pareille communauté philosophique, car je considère que les convictions philosophiques ne devraient pas s'ériger au rang d'une Église.
 
Erny Gillen a suggéré lors de cette conférence qu'un vide pourrait naître si les hommes renonçaient aux valeurs religieusement établies. On se rend compte, même après Vatican II, dans les déclarations officielles, des papes en particulier, que les citoyens qui ne partageraient pas le point de vue de l'Église (sous-entendu catholique, évidemment) ne peuvent disposer et défendre quelconques valeurs.
 
Fâcheusement, l'intolérance religieuse par rapport aux convictions d'autrui s'est manifestée dans le débat sur le droit de mourir dans la dignité et dans celui sur la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse.
 
Pourtant, l'Église catholique affirme que pour les moyens contraceptifs, elle admettait la libre conscience des croyants.
 
La plupart des fidèles ne le savent pas, puisqu'on ne leur inculque pas la position officielle, théologique, fondée sur la contraception de cette façon-là. Il s'agit d'un autre bel exemple de casuistique jésuite, discipline dans laquelle la direction actuelle de l'Église catholique du Luxembourg est devenue une championne (NDLR : la casuistique est une méthode de l'enseignement religieux en vue d'inculquer un code moral; les jésuites l'ont perfectionnée dans leur considération et étude des "cas de conscience" qui donnent l'impression d'une prépondérance de la liberté individuelle), alors qu'elle continue malgré tout à affirmer que la fonction de l'acte sexuel n'est pas la sensualité ou l'amour, mais la seule procréation, tant au Grand-Duché qu'en Afrique noire.
 
Pensez-vous qu'au Luxembourg les communautés religieuses soient traitées inéquitablement, car inégalement, comme le soutient le rapport du groupe d'experts institué par le ministre des Cultes.
 
En premier lieu, l'Église catholique du Luxembourg fait sienne cette interprétation, pour justifier hypocritement l'aumône au culte islamique espérant garder la part du lion pour elle-même, vu son implication dans les œuvres sociales, et faisant état de l'écrasante majorité de ses fidèles.
 
D'ailleurs, le Concordat (conclu en 1801 entre deux régimes, l'Empire et la Papauté, le premier, pas moins dictatorial et autoritaire que le second; tout était réuni pour que les deux institutions s'entendent à merveille!) est factuellement toujours en vigueur (sauf en France, où il a été dépassé par la loi de 1905), il est toujours à la base de l'esprit de nos lois (sur le financement public des cultes), jusqu'à l'élever au rang constitutionnel. "L'ordre public reposait sur le gendarme et le curé du village", selon la formule de Jean-Étienne-Marie Portalis (décédé en 1807), ministre des Cultes de Napoléon Ier. (d'ailleurs expressément citée dans le rapport du groupe d'experts).
 
L'idée d'établir ou d'assurer l'égalité de traitement entre les cultes est une piste dangereuse, sur laquelle s'est avancée le rapport du groupe d'experts. De cette façon, l'on arrive à esquiver – et je dirais : malheureusement – la question encore plus fondamentale des relations entre les Églises (confessions et communautés religieuses) et l'État.
 
Aussi, le type de traitement égalitaire préconisé est illusoire : toutes les communautés n'y accéderont pas de toute façon; d'autant plus que certaines communautés se refusent à tout financement public, mettant leur indépendance au-dessus de tout.
 

Le problème ne devrait pas être celui de la distribution des ressources financières par l'État à telle ou telle communauté religieuse, mais celle de la neutralité de l'État en toutes questions philosophiques et religieuses. Il serait souhaitable que l'État s'abstienne de toute discrimination positive ou négative. Est une discrimination positive à l'égard de l'une des communautés, le fait que l'État prenne à sa charge les salaires des ministres du culte. La discrimination ne serait pas atténuée si les autres communautés recevaient davantage, mais au contraire, elle s'en trouverait encore cimentée. Voilà pourquoi l'Église catholique préconise la conclusion de conventions bilatérales avec les autres cultes et communautés religieuses.
 
En ce qui concerne la laïcité, l'archevêché de Luxembourg parle souvent de "l'exception française". Est-ce justifié?
 
Les relations entre l'État et les Églises se présentent de façon très diversifiée en Europe. Cela va, en effet, du modèle français de la séparation des Églises et de l'État (alors que la loi de 1905 ouvre de nombreux cas particuliers) au modèle grec, dans lequel le culte orthodoxe est mentionné dans la Constitution, l'érigeant en Église officielle et allant jusqu'à interdire tout prosélytisme pour les autre cultes.
 
Le modèle français n'a pas pris son envol avec la loi de 1905, mais remonte au siècle des Lumières, et plus concrètement, à la Révolution française.

 
À l'instar de la situation en France, le rapport d'experts mentionne que le fondement de la religion est sans égard à la véracité de ses contenus.
 
Parlant de l'exception française, il me vient à l'esprit la formule de Thomas Jefferson : "A wall of separation between Church and State" (NDLR: un mur de séparation entre l'Église et l'État; Jefferson – 1743-1826 – fut le troisième président des États-Unis, de 1801 à 1809, à l'époque du concordat napoléonien).
 
Il est choquant de voir comment en France des responsables de l'Église catholique se lient à l'extrême droite et comment une extrême droite catholique réapparaît dans une question qui ne menace en rien l'ordre public. Aucun catholique n'est menacé dans ses libertés individuelles si un couple de personnes du même sexe se marie et souhaite adopter un enfant. Cette polarisation face à l'homophobie montante est inquiétante, et aussi le fait que les officiels de l'Église ont échoué dans le développement d'une société plus tolérante.
 
Le privilège de l'Église catholiqueportant sur l'enseignemnt religieux dans l'école publique n'est pas justifié.
 
Je ne me rallie pas à l'intitulé de "l'enseignement aux valeurs" qui se rapproche trop d'une pédagogie de l'entonnoir. Une meilleure notion est développée dans un cours de "philosophe pratique", pour lequel même certaines communautés religieuses comme les Baha'is, la Shoura et l'Église néoapostolique ont marqué un intérêt certain.
 
Le nouveau chef du département des Cultes a manifestement d'autres chats à fouetter en ce moment.

 
Toutes les avancées risquent de se perdre en cours de route, alors que même l'Église catholique s'apprêtait à faire quelques pas en avant et je pensais pouvoir interpréter les propos d'Erny Gillen dans ce sens.
 
La liberté de conscience doit ou peut-elle être absolue? N'est-ce pas là le problème fondamental?

 
L'expression est née dans les combats contre la prédominance de l'Église catholique, en Europe. Elle remonte aussi aux guerres de religion, qui n'avaient pas uniquement des raisons religieuses et qui à leur terme ont forgé un consensus sur une liberté de l'exercice d'un culte. Je constate que le terme de liberté de conscience a un manque majeur. Il s'agit d'une notion intérieure qui n'a de sens que si elle est tournée vers la communication. Vers la liberté d'expression. Sans doute la liberté d'expression est-elle soumise à des limites. Selon Kant, la sphère de la liberté de l'individu est restreinte par la liberté de l'autre. Ainsi, il ne sera pas permis de dire que tel ou tel individu est pédophile...
 
La liberté d'expression ne devra jamais être restreinte par une référence à des idées. Il s'agira, dans ce contexte, de faire toute la différence avec la diffamation. À cet égard, même la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg n'a pas réussi à établir une jurisprudence univoque. Cette Cour a cependant admis que la liberté d'expression porterait également sur des contenus qui "heurtent ou choquent". C'était le cas du soi-disant blasphème qui était visé. Serait seule répressible l'incitation à la violence à l'encontre d'individus. Autrement dit, en démocratie, la liberté d'expression importe au même titre que le principe de majorité. Ce principe n'a guère de sens si un vote éventuel n'a pas été précédé par un débat controversé.


Politique. André Hoffmann devient en 1964 membre de l'Assoss (Association générale des étudiants du Luxembourg), il en sera le président en 1968.

En 1970, il rejoint le Parti communiste luxembourgeois et se présente une première fois aux élections communales de 1975 à Esch-sur-Alzette.

André Hoffmannnaît en 1941 à Clausen. Après des études secondaires à l'Athénée de Luxembourg, il fréquente pendant une année le Cours supérieur à Luxembourg.

Enseignement.André Hoffmann commence son stage de professeur au Lycée de Garçons de Luxembourg, il le continue au Lycée classique de Diekirch, avant d'être nommé professeur au Lycée de Garçons d'Esch-sur-Alzette, en 1970.

Mandats politiques.André Hoffmann entre au conseil communal d'Esch en 1978. Il y sera successivement dans la majorité, puis dans l'opposition. Il sera deux fois échevin de la Métropole du fer (1984-1990 et 2000-2005).

De 1990 à 1994, il représente le KPL à la Chambre des députés et le groupement (parti) déi Lénk (dont il est un des cofondateurs) de 1999 à 2000 et de 2009 jusqu'à 2011.

Philosophie et lettres allemandes.André Hoffmann poursuit ses études en philosophie et lettres allemandes aux universités de Caen, Heidelberg et Paris. En 1964, il passe son service militaire, encore obligatoire à cette époque.

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 12:35

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Par 
Doctorant en géopolitique

 


LE PLUS. Cinq Français opposés au mariage pour tous ont été reçus, le 13 juin dernier, par la Douma à Moscou. Proches des milieux catholiques traditionalistes, ils font de la société russe, fondée sur une base chrétienne, un modèle à suivre. Une vision de la Russie fantasmée, selon Ronan Evain, doctorant à l’Institut français de géopolitique et spécialiste de l’espace post-soviétique.

Édité par Sébastien Billard 

 

Protestations autour de la question des droits des homosexuels à Moscou, le 27 mai 2007 (S.PONOMAREV/SIPA).

 

L’audition de cinq activistes et intellectuels français opposés au mariage homosexuel par la Douma d’État, le 13 juin, a permis de mettre en avant les représentations et fantasmes que soulèvent la politique familiale et sociétale russe en France.

 

Proches de l’extrême-droite et des milieux catholiques traditionalistes, Aymeric Chauprade, Odile Tequi, François Legrier, Hugues Revel et Fabrice Sorlin étaient invités à s’exprimer sur les conséquences de l’ouverture du mariage aux couples du même sexe sur la société française, alors que la Douma tente de légiférer sur l’interdiction de l’adoption d’enfants russes par des couples homosexuels.

 

Une vision parcellaire et partisane de la société russe

 

"L’appel de Moscou" d’Aymeric Chauprade, repris sur le site d’Égalité & Réconciliation, est caractéristique de cet attachement à un prétendu modèle russe, basé sur des principes religieux et identitaires stricts.

 

Au-delà de la question du droit des minorités sexuelles, mis à mal ces derniers mois par une série de lois limitant la liberté d’action des organisations LGBT, la Russie constituerait donc pour ces activistes un rempart chrétien contre la diffusion d’un modèle familial alternatif, par essence exogène et nord-américain, dans les sociétés européennes.

 

Et c’est sur la base d’une fraternité chrétienne de fait entre orthodoxie russe et extrémisme catholique que "les forces saines de la communauté européenne" décrite par le député du Parti communiste russe Sergueï Gavrilov, devrait désormais s’unir autour de la Fédération de Russie pour défendre un modèle familial traditionnel.

 

Ainsi, pour Aymeric Chauprade, "le temps est venu de former, autour de la Russie, et avec les patriotes de tous les pays, l’Internationale de ceux qui aiment leur identité, leur famille, et qui refusent que la personne soit réduit à une marchandise !" Si la sémantique choisie est savoureuse, cet appel démontre la vision parcellaire et partisane de la société russe qui s’est diffusée au sein de l’extrême-droite française.

 

Une pratique religieuse assez faible

 

La "marchandisation du corps humain", brandie comme un épouvantail par les opposants à l’instauration en France du mariage pour les couples du même sexe, est d’ores et déjà une réalité russe. Et le modèle familial russe vanté par ces français lors de leur passage à la Douma est bien plus libéral que ce que les représentations circulant dans les milieux conservateurs veulent bien laisser croire.

 

Malgré la montée en puissance de l’Église orthodoxe russe depuis la chute de l’URSS, et son influence notable sur la vie politique, la pratique religieuse dans le pays reste relativement faible.

 

Un récent sondage de l’Institut Sreda révèle que seuls 41% de la population russe se considère comme orthodoxe, contre 6,9% de musulmans (tous courants confondus). Et parmi ces orthodoxes, seuls 15% déclarent pratiquer régulièrement une activité religieuse.

 

Dans ce contexte, l’Église orthodoxe n’est pas à même d’insuffler seule des réformes sociétales majeures et, si les récentes lois pénalisant la "propagande" homosexuelle ont recueilli le soutien d’une immense majorité de la population, c’est avant tout en raison d’un rejet de l’homosexualité profondément ancré dans la société russe plutôt que pour de simples considérations religieuses.

 

La GPA y est déjà pratiquée

 

La gestation pour autrui est ainsi pratiquée dans le pays depuis 1995. Inscrite dans le Code de la famille, elle peut faire l’objet d’une rémunération tout à fait légale, se situant entre 12.000 et 25.000 euros selon la région où elle est pratiquée, les prestations fournies par les différents intermédiaires et l’état général de la mère porteuse.

 

Gérée par une poignée de sociétés ayant pignon sur rue, cette pratique est globalement bien acceptée par la population russe, plusieurs personnalités et femmes d’affaires ayant d’ailleurs rendu public leur recours à une mère porteuse pour raison de santé ou plus prosaïquement pour ne pas mettre leur carrière entre parenthèse le temps d’une grossesse.

 

L’Église orthodoxe n’a de son côté exprimé qu’une opposition de principe, peu à même de changer la donne face aux défis démographiques auxquels doit faire face la Fédération de Russie, dont la population continue de chuter malgré les politiques natalistes mises en place dans les années 2000.

 

Reconnue par le ministère de la Santé comme un traitement contre l’infertilité, la gestation pour autrui a même vu son champ d’action s’élargir ces dernières années avec la possibilité offerte depuis 2010 aux célibataires des deux sexes de recourir à cette pratique.

 

Rien ne s’oppose donc aujourd’hui à ce que des couples homosexuels russes ou étrangers deviennent parents en ayant recours aux services d’une mère porteuse russe et de donneurs, bien que le droit russe n’autorise la mention que d’un seul nom sur le certificat de naissance dans pareil cas.

 

L'avortement et le divorce sont acceptés

 

La politique familiale traditionaliste défendue par les associations Dies Irae et le Mouvement Catholique des Familles, respectivement représentées à la Douma par Fabrice Sorlin et François Legrier, se situe aux antipodes des pratiques de la société russe.

 

En vantant les mérites d’un État à même de s’opposer à "l’attaque contre la famille" décrite par Aymeric Chauprade et en faisant de la Russie un modèle moral et sociétal, ces organisations feignent d’ignorer le schéma familial libéral instauré en Union soviétique et toujours en vigueur aujourd’hui.

 

L’avortement, autorisé en 1920, a ainsi longtemps fait office de moyen de contraception pour les femmes russes. Et si les chiffres annuels de l’avortement sont en baisse constante depuis la fin des années 1990 et la généralisation du recours à de véritables moyens de contraception, ils sont restés supérieurs aux naissances jusqu’en 2007.

 

De la même manière, le divorce ne fait pas l’objet de condamnations sociales ou politiques spécifiques. Libéralisé dès 1917, il n’a été que brièvement limité par le puritanisme stalinien, tout comme l’avortement. Aujourd’hui encore, le taux de divorce en Russie est 2,5 fois supérieur à la France.

 

L’annonce récente du divorce de Vladimir Poutine a d’ailleurs été accueillie de manière bienveillante et l’Église s’est gardée de tout commentaire officiel. Sa position relativement souple vis-à-vis du divorce et du remariage, autorisés dans certains cas de figures tels que l’adultère, a notamment incité le directeur de l’Association russe des experts en christianisme orthodoxe, Kirill Frolov, à affirmer que le Patriarche Kyrill "compatissait à la décision du couple", persuadé que "son jugement sera plein de justesse, de compassion et comprendra une évaluation morale de ce divorce."

 

Des considérations identitaires ou religieuses secondaires

 

Les récentes initiatives du Conseil de coordination auprès du président russe pour la mise en œuvre de la Stratégie nationale d'actions dans l'intérêt des enfants, et notamment le Concept de politique familiale en Russie d'ici 2025, visant à encourager la constitution de familles nombreuses et ainsi ralentir le déclin démographique de la Russie, semblent rejoindre les positions des conservateurs français en matière de politique familiale.

 

Mais les pistes de réflexion engagées par la Douma, et notamment la limitation de l’avortement ou la taxation des divorces, ne reposent pas uniquement sur des considérations identitaires ou religieuses comme l’affirme Aymeric Chauprade en saluant le "redressement spirituel" du pays, mais principalement sur la nécessité absolue pour la Russie de sortir de la crise démographique dans laquelle elle est plongée depuis plus de 20 ans.

 

Ces mesures extrêmes, qui sont seulement à l’état de projet, semblent dérisoires face à la réalité de la société russe moderne. Elles font suite au relatif échec des diverses politiques incitatives en matière de démographie, qui n’ont en réalité fait qu’avancer les naissances sans augmenter significativement le nombre d’enfants par femme.

 

Au-delà du "regain d'autorité de la famille traditionnelle, avec un père et une mère officiellement mariés" vanté par Elena Mizoulina, présidente du comité pour la famille à la Douma, seules les nouvelles approches contenues dans ce Concept de politique familiale semblent à même de relancer la croissance démographique russe.

 

Inspirées de politiques en vigueur au sein de l’Union européenne, elles ambitionnent notamment de faciliter l’accès des mères de famille aux études supérieures ou au monde du travail, la création de plus d’un million de nouvelles places dans les établissements périscolaires, le renforcement de l’offre de logements sociaux et l’augmentation des allocations familiales. Et battent en brèche les représentations d’un modèle familial russe conservateur et chrétien véhiculé par l’extrême-droite et les milieux catholiques traditionalistes français.

Ailleurs sur le web
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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 18:20

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http://www.la-croix.com/Actualite/France/Le-PS-tente-de-masquer-ses-divisions-sur-l-Europe-2013-06-15-973786

 

Le Parti socialiste réunit samedi 15 et dimanche 16 juin un « forum des progressistes européens » et une convention sur l’Europe.

 

Souvent divisés sur la question européenne, les socialistes veulent se montrer unis derrière François Hollande.

Refusant « le cap de l’austérité », le PCF et le Front de gauche organisent de leur côté des « assises citoyennes ».

Avec cet article

Toutes les gauches au chevet de l’Europe… Mais chacune dans son coin. À moins d’un an des élections européennes du 25 mai 2014, le Parti socialiste organise samedi 15 juin, à la Maison de la Mutualité à Paris, un « forum des socialistes européens ». Un rassemblement international suivi d’une convention nationale intitulée « Notre Europe », dimanche 16 juin, dans la même salle parisienne.

Dimanche aussi, à quelques kilomètres de là, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), les dirigeants du Parti communiste et du Parti de gauche tiennent des « assises citoyennes » avec de nombreux responsables associatifs et syndicaux, rejoints par la direction d’Europe Écologie-Les Verts et une partie de l’aile gauche du PS.

Le « premier acte » avant les européennes de 2014

Les dirigeants de dix pays membres de l’Union européenne, dont les patrons des partis socialistes espagnol, portugais et grec, ont répondu présents au forum. De même que l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors et le président du Parlement européen Martin Schulz. Le social-démocrate allemand devrait d’ailleurs être le candidat des socialistes et sociaux-démocrates européens pour la présidence de la Commission européenne, issue du scrutin de 2014.

Le rassemblement « des forces progressistes d’Europe sur un programme commun contre l’austérité et pour la croissance » est le « premier acte de notre future campagne européenne », a expliqué le premier secrétaire du PS Harlem Désir, qui est député européen depuis 1999 et entend mener à nouveau la bataille comme tête de liste en Île-de-France.

Le PS craint d’être derrière le FN

Plus que les élections municipales de mars 2014, le PS craint l’échéance des Européennes du 25 mai suivant. Selon un sondage de l’institut britannique YouGov pour l’édition française du site Huffington Post et iTélé, le Front national effectuerait une percée, avec 18 % des intentions de vote, juste derrière l’UMP (19 %), le PS n’obtenant que 15 %.

Si ce scénario se confirmait, ce serait un échec qui suivrait un autre revers pour le PS : lors du scrutin de 2009, les listes socialistes (16,48 %) avaient été talonnées par celles des Verts (16,28 %), obtenant comme elles 14 députés au Parlement européen.

Traumatisme du référendum de 2005

La crainte d’une contre-performance, sur fond de politiques d’austérité et de montée des populismes en Europe, a conduit le PS à organiser ce forum de mobilisation et une convention pour fixer sa ligne politique. C’était oublier que la question européenne divise de façon récurrente les socialistes. Surtout depuis le traumatisme du référendum sur la constitution européenne en 2005.

La fracture d’alors entre partisans du « oui » et du « non » a laissé des traces durables. Les socialistes ont ainsi renoué avec leurs divisions ces dernières semaines. L’élaboration d’une position commune en vue des élections européennes a alimenté durant deux mois les controverses et désaccords.

« Bataille des chiffres »

En avril, les premières ébauches du texte « Notre Europe », qui plaide pour une « réorientation » de l’Europe, ont embarrassé l’exécutif et pollué les relations franco-allemandes car la chancelière Angela Merkel y était qualifiée de « chancelière de l’austérité ». La phrase a finalement été gommée.

Puis, ce sont les conditions de vote du texte et des amendements par les militants, le 6 juin, qui ont suscité « une bataille des chiffres » entre la direction et l’aile gauche du parti. « Chiffres farfelus », « méthode de calcul scandaleuse », menace de boycott de la convention…

Le courant « Un monde d’avance », proche de Benoît Hamon, et celui de « Maintenant la gauche », de Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel, ont défendu leurs positions contre les politiques d’austérité européennes.

Compromis sur le pacte de stabilité budgétaire

Validé à près de 90 % par les militants, le document « Notre Europe », qui doit être définitivement adopté dimanche 16 juin par la convention, est finalement un texte de « synthèse ». Un accord a été trouvé dans la nuit du mercredi 12 au jeudi 13 juin. L’aile gauche a lâché du lest sur le pacte de stabilité budgétaire, acceptant sa simple « révision » alors qu’elle réclamait sa « suspension ». En contrepartie, le document final insiste sur la « dimension sociale de l’Europe ».

À l’Élysée, on pousse un « ouf » de soulagement, le PS affichant un « soutien fort » à la ligne de « réorientation » du président de la République. Alors que François Hollande participera les 27 et 28 juin à un Conseil européen, un haut dignitaire du PS est convaincu que le parti a su engager un nouveau rapport de force en Europe. La fameuse phrase à l’encontre de la chancelière aurait même « aidé » le chef de l’État.

Des assises citoyennes pour « changer de cap »

Changement de décor. À Montreuil, les organisations de gauche qui avaient mobilisé le 5 mai « contre l’austérité, contre la finance, pour une VIe  République » tenteront de monter encore en puissance. Communistes, Mélenchonistes, mais aussi les écologistes d’EELV (Pascal Durand) et des socialistes de l’aile gauche du PS (Marie-Noëlle Lienemann) se réuniront en assises citoyennes « pour changer de cap en France et en Europe ».

« Les assises s’annoncent comme un événement de très grande portée, un événement majeur qui va marquer la période », assure le secrétaire national du PCF Pierre Laurent. « On visait 1 000 représentants, on sera beaucoup plus que cela, 1 500 ou 2 000 », ajoute-t-il, expliquant que l’objectif est de créer « un arc de forces politiques très large » et d’élaborer « un front de propositions alternatives à l’austérité  ».

 

CORINNE LAURENT

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 17:57
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Adan Chavez Frias, le frère de l'ancien président vénézuélien Hugo Chavez, sera l'invité d'honneur de Manifiesta, le 21 septembre prochain à Bredene, en Flandre occidentale. Il y abordera, au cours d'un débat, l'héritage d'Hugo Chavez pour Cuba et l'Amérique latine.
Manifiesta est une fête organisée pour la quatrième année consécutive en Belgique par l'hebdomadaire Solidaire et le réseau de maisons médicales Médecine pour le peuple.
La militante féministe et communiste américaine Angela Davis, active dans le mouvement des droits civiques aux États-Unis dans les années 1960 et proche des Black Panthers, ainsi que le duo d'écrivains suédois Roslund & Hellström, véritable phénomène de la littérature policière suédoise, seront également de la partie.
Outre les débats internationaux, Manifiesta propose un large éventail d'activités culturelles et musicales, dont les concerts de Zita Swoon, Suarez et Coco Jr + Asham Band. Manifiesta, ou la Fête de la Solidarité, se tiendra du 20 au 21 septembre. L'année dernière, l'événement avait attiré plus de 8.000 visiteurs. (Belga)
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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:47

arton20968-fac34.jpgLe mardi 11 juin, peu après 23 heures, les chaînes de la radio et télévision publiques grecques Ellinikí Radiofonía Tileórasi (ERT), considérées, à tort ou à raison, comme des bastions de la gauche, ont brusquement cessé d’émettre, le gouvernement conservateur d’Antonis Samaras ayant envoyé la police déconnecter de façon expéditive le principal émetteur situé sur une montagne, près d’Athènes. Forte de deux mille sept cents salariés, ERT appartient aux organismes d’Etat qui doivent être « restructurés » en vertu du protocole d’accord signé entre la Grèce et ses bailleurs de fonds de la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) – laquelle exige la suppression de deux mille emplois d’ici à la fin juin.

Confronté lui aussi, dans un contexte différent, mais non moins « néolibéral », à ce que le parti d’opposition de gauche Syriza a légitimement qualifié de « coup d’Etat », le peuple vénézuélien a trouvé en son temps la réponse en remettant lui même en marche ses médias.

Nous sommes le 11 avril 2002. Electoralement minoritaire, la droite vénézuélienne manifeste massivement dans les rues de la capitale. Elle veut un pays à sa mesure et, tout comme Washington, qui hait Hugo Chávez et la soutient sans s’en cacher, rêve de dirigeants qui lui ressemblent et de politiques qui lui conviennent. Toute cette affaire pue le pétrole et la conspiration. Aux ordres du maire du grand Caracas Alfredo Peña, la Police métropolitaine ne s’oppose pas à la marche qui, détournée de son trajet initial et autorisé, se dirige vers le palais présidentiel pour en sortir le président élu – elle lui ouvre même le chemin. En « allumant » de manière indiscriminée tous ceux – « chavistes » et « non chavistes » – qui passent à leur portée, des francs-tireurs provoquent le chaos. A partir de 14 h 30, on évacue les premiers blessés.

Dès 14 heures, livrant une bataille de la communication inégale face aux médias commerciaux inconditionnellement acquis à la sédition, la chaîne de télévision nationale – Venezolana de Televisión (VTV), également connue sous le nom de Canal 8 – a appelé les « bolivariens » à se mobiliser pour défendre la révolution. A 15 h 45, Chávez y lance un appel au calme (1). «  J’appelle le peuple vénézuélien, tous les secteurs, au calme, à la pondération, à la réflexion, à tous, ceux qui m’appuient et mes adversaires, et ceux qui sont indifférents... Ici, il y a une tolérance à l’épreuve de quasiment tout. Mais la tolérance a ses limites. La seule tolérance à l’épreuve de tout, seul un mort peut l’avoir, parce que même un arbre ne tolère pas tout…  » Par la voix du gouverneur de l’Etat de Miranda, l’opposant Enrique Mendoza, la petite tribu violente et antidémocratique réagit : il faut faire taire cette chaîne de service public. Prise d’assaut, VTV sera réduite au silence à 22 heures par la Police métropolitaine qu’accompagnent des journalistes et des cameramen de Globovisión, qui annoncent en direct que la chaîne publique «  a été abandonnée par ses journalistes et ses employés ». Lesquels viennent d’être expulsés de leur lieu de travail et renvoyés chez eux manu militari.

Désormais seuls en lice, les médias privés imputent la responsabilité des dix sept morts et des centaines de blessés provoqués par les francs-tireurs au chef de l’Etat. Des officiers du haut commandement de l’armée et de la Garde nationale utilisent l’accusation comme prétexte pour exiger son départ. Le rapport de forces semble basculer. Dans la nuit, et pour éviter un bain de sang, le président se rend et est emprisonné.

Le 12 avril, à 7 heures du matin, dans son studio de la chaîne Venevisión, le présentateur-vedette Napoleón Bravo se penche vers la caméra : « Vous vous demandez à quoi ressemble la démission de Chávez ? D’abord à une lettre. Je vais vous lire la lettre qu’il a signé  : “En me basant sur l’article 233 de la Constitution de la République, je présente au pays ma démission irrévocable à la charge de Président de la République, charge que j’ai occupée jusqu’à aujourd’hui, 12 avril 2002. Fait à Caracas le 12 avril 2002, 191e année de l’Indépendance et 142e de la Fédération. Hugo Chávez.” » Un mensonge de la taille du soleil ! Jamais le chef d’Etat n’a démissionné. Mais qui pourrait en informer le pays ? Toutes les chaînes privées – Venevisión, Globovisión, Televen, RCTV – reprennent la thèse.

Et les chefs de service y martèlent leur doctrine en matière de liberté d’expression : « Pour ceux qui n’auraient pas compris, je répète : la direction interdit formellement qu’aucune personnalité de l’ancien régime apparaisse à l’écran (2). » La presse écrite – El Nacional, El Universal, Tal Cual, etc. – diffuse la même version des faits.

Ce 12 avril, le patron des patrons Pedro Carmona s’autoproclame président de la République et dissout tous les pouvoirs constitués. Finis réforme agraire, loi de la pêche, loi sur les hydrocarbures, veaux, vaches, cochons, couvées, toutes ces fantaisies imaginées par « le tyran ». La rationalité économique reprend ses droits : son premier décret supprime d’un trait de plume l’augmentation de 20 % du salaire minimum décrétée par Chávez quelques jours plus tôt. Enfin, le peuple va retrouver la condition à laquelle il n’aurait jamais dû échapper : l’austérité. La Troïka (droite vénézuélienne, Etats-Unis de George W. Bush et Espagne de José Maria Aznar, qui reconnaissent immédiatement l’usurpateur) rugit littéralement de joie.

Un calme monstrueux règne maintenant sur le Venezuela ; à Caracas, trente huit dirigeants populaires sont assassinés. Pourtant, passé le premier moment de stupeur, dans toutes les barriadas, on redresse lentement les épaules. Chávez est l’un de ces hommes autour duquel se cimente une classe sociale. Au fil des ans, il a donné à cette multitude une réelle identité. Dès 21 heures, des groupes descendent des quartiers populaires de La Victoria, Colomoncagua, Catia, leur Constitution à la main. La police fasciste tourne, mais ils avancent quand même.

La police fasciste réprime, lâche ses flingues et ses chiens, tire pour empêcher les mobilisations. Dans ce pays où, durant les trois années de gouvernement Chávez pas une manifestation n’a été réprimée, des corps tombent, du sang coule à nouveau.

Au matin du 13 avril, des colonnes de fumée huileuse planent au-dessus des toits. Tout au long des rues, des gens crient : « Vive le comandante Chávez ! » Les téléphones portables se transforment en radio populaire. Les motards en messagers. Des hommes et des femmes, même les vieillards et les éclopés, il en arrive de partout, par colonnes, de l’ouest de la ville, par camions des lointaines périphéries, avec des banderoles, des cris, de la rage, des slogans. « Vive Chávez  ! El pueblo, unido, jamás sera vencido ! » Une clameur monte : « Au Palais ! Au Palais ! » Mais un doute plane encore, puisque… «  Chávez a démissionné ».

D’autant que, depuis le début des troubles, et le service public ayant été mis hors d’état de « nuire », les chaînes télévision ne diffusent que des films, des recettes de cuisine, des matchs de base-ball, des dessins animés. Rien sur ces bolivariens qui avancent d’un pas ferme, en ombre immense, qui remplissent tout l’espace et continuent d’arriver en flots. Rien sur la prestation de serment avortée du putschiste Carmona, prévue à 13 h 30, au Palais de Miraflores, repris par la Garde présidentielle, demeurée fidèle au chef de l’Etat. Rien sur les parachutistes de Maracay qui, aux ordres du général Raúl Isaías Baduel, entendent faire respecter la Constitution.

Le premier des chavistes passés à la clandestinité à réapparaître à Miraflores s’appelle William Lara, président de l’Assemblée nationale. Les ministres Aristóbulo Istúriz, María Urbaneja, Maria Cristina Iglesias et Ana Elisa Osorio arrivent peu après. Puis Cilia Flores et (l’actuel président) Nicolas Maduro. Mais le peuple, et en particulier l’intérieur du pays, ne le sait toujours pas. Les médias locaux continuent à verrouiller l’information et, sur CNN, qui l’interroge par téléphone, Carmona vient encore d’affirmer qu’il se trouve au palais présidentiel et qu’il contrôle la situation.

« Si nous reprenons le contrôle du Canal 8, nous résolvons le problème », estime le ministre de l’éducation Aristóbulo Istúriz, convaincu de ce que la remise en route de la chaîne permettrait d’informer tant la population que la communauté internationale sur le fait que Chavez n’a pas démissionné et qu’il est emprisonné dans un lieu inconnu. Chargé de la sécurité du chef de l’Etat, le colonel Jesús del Valle réagit immédiatement et c’est l’un de ses compagnons d’armes, le colonel Zambrano, qui se charge de l’opération. Dans l’impossibilité de disposer des hommes qui ont repris Miraflores et ne peuvent s’en éloigner, ni d’autres troupes, soit contrôlées par les généraux putschistes, soit encore indécises dans leur analyse de la situation, celui-ci passe une série de coups de fil aux cercles bolivariens de Petare. Il les connaît depuis qu’il a participé au Plan Bolivar (3), dans leur quartier.

« Vous voulez que Chávez revienne ? Je fais partie des militaire loyaux. Allez me chercher du monde pour reprendre VTV. » Il contacte également les gens de Catia TV, une chaîne de télévision communautaire du quartier populaire du même nom, née grâce au projet d’intégration sociale de la révolution bolivarienne et que dirige alors Blanca Eekhout (qui deviendra plus tard ministre de la communication et de l’information, et qui est aujourd’hui vice-présidente de l’Assemblée nationale).

Lorsque le colonel parvient à Los Ruices, au siège de la télévision, trois mille personnes y sont déjà présentes, arrivées en hâte de La Victoria, de Catia, Guarenas, Guatire et surtout Petare. L’officier plonge parmi eux : « Je n’ai pas de soldats. Mes soldats, c’est vous. Je vous garantis que cette chaîne fonctionnera bientôt. Mais vous devez rester là pour me protéger. » Les deux minutes suivantes s’écoulent en discussion intense avec le chef des membres de la Police métropolitaine placés là pour surveiller les installations. « Regarde. Il y a ici cinq mille personnes. Et il en arrive de partout. Je rentre. Je n’ai pas d’arme et ces gens ne sont pas armés non plus. Ce qu’ils veulent c’est que la chaîne fonctionne. Si tu ne nous laisse pas faire, tu es responsable de ce qui va arriver. »

Une débâcle dans les règles étant en définitive moins éprouvante qu’une tentative de résistance dont le résultat est particulièrement loin d’être garanti, les policiers s’inclinent.

Des ombres s’agitent rapidement dans les studios et en régie. Il y a déjà des gens qui travaillent. Sauf que personne ne sait comment remettre ce fourbi en route. Les escualidos (4) ont bousillé quasiment tout l’équipement. Les muchachos des médias communautaires, Catia TV et Ávila TV, font appel à leurs compétences techniques. L’un se penche sur une caméra, l’autre s’agite dans la production. Ils commencent à reconnecter les câbles, à essayer les plugs, les matériels, les caméras. Averti, le président de VTV Jesús Romero Anselmi apparaît, ainsi que le personnel, rameuté par téléphone. A 20 h 05, un cri retentit : « On reprend l’antenne, tout est OK. »

A l’extérieur, compacte, dense, la foule des citoyens protège l’opération.

Personne ne bouge, y compris après que, à 20 h 12, des dirigeants chavistes aient annoncé que le comandante n’a pas démissionné, qu’ils contrôlent Miraflores et que le fil constitutionnel est rétabli. Le silence est rompu, l’incertitude pulvérisée.

Dans tout le pays, l’espoir prend le dessus sur le doute, la population exulte, remplit les espaces, sort en flots débordants. A Caracas, débordée par le nombre, la police métropolitaine se débande. Une main géante se referme sur la nuque des généraux félons et de Carmona : dans la nuit, un commando va libérer le président Chavez, maintenu prisonnier dans l’île de La Orchila.

Ce jeudi 13 juin 2013, dans le cadre d’une journée de grève générale appelée par les deux principaux syndicats grecs, du privé et du public, la principale banderole déployée devant le grand bâtiment de la Radio Télévision Hellénique appelle les citoyens « à ne pas rester sans réaction » car « on brade tout ».

MAURICE LEMOINE

 

 

 

Auteur de Chávez Presidente !, Flammarion, Paris, 2005 et de Sur les eaux
noires du fleuve
, don Quichotte, Paris, 2013.

1 Obligés par la loi à retransmettre également l’allocution, les médias privés coupent leurs écrans

en deux pour diffuser, en même temps, les images de la manifestation.

2 Lire Chávez Presidente !, Flammarion, Paris, 2005.

3 Série de programmes sociaux menés en 1999 et 2000, avec l’aide de l’armée.

4 Les freluquets : sobriquet dont Chávez affublait ses opposants.

 

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 19:07

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Aux élections locales du 2 juin, le triomphe est sans partage pour la coalition du Centre de l’Harmonie, une alliance progressiste menée entre autres par les communistes du Parti socialiste de Lettonie (PSL). Ils remportent la première place dans la deuxième ville du pays, Daugavpils (23,02%) et réalisent de très bons scores, en nette progression, dans les troisième et quatrième villes du pays (16,7% et 20,6%). Mais le coup de tonnerre, c’est la victoire écrasante du Centre de l’Harmonie à Riga, la capitale. La coalition avait déjà remporté la mairie en 2009, avec alors 34,6% et 29 sièges au conseil municipal. Aujourd’hui, avec comme candidat Nils Ušakovs, jeune économiste de 33 ans, le Centre de l’Harmonie a remporté 58,5% des voix, et 39 sièges sur 60. (solidarite-internationale-pcf, 10 juin)

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