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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:54

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:32

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- Une croix gammée tracée dans un champ en Allemagne, en août 2010. REUTERS/Michael Dalder. -

http://www.slate.fr/story/59077/extreme-droite-ecologie-bio

Pour faire passer son rejet du métissage et de l'immigration musulmane, une frange de l'extrême droite défend les Amap, le bio et les coopératives agricoles. Un retour très tendance au bon vieux temps qui recycle les vieilles rengaines réactionnaires.

 


L'extrême droite veut que tout le monde sème. C'est son côté fleur bleue. Sous couvert d'agriculture biologique et de protection de la nature, des militants identitaires en France, franchement néonazis en Allemagne, s’immergent dans la société pour mieux diffuser leurs idées.

Commençons notre balade champêtre dans le sud de l'Allemagne. Bienvenue chez Hans-Gunter Laimer, pantalon vert et chemise à carreaux, implanté en Basse-Bavière. «Quand Laimer organise une journée portes ouvertes dans sa ferme, il y a un groupe de joueurs de flûte, une conteuse et un marché aux puces pour enfants. Un véritable petit paradis bio», raconte la Suddeutsche Zeitung.

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C'est chou. Sauf que l'agriculteur a présenté sa candidature aux élections locales sous la bannière du NPD, le parti néonazi présent dans certains Parlements régionaux. «Qu'est ce que mes cornichons ont de différents par rapport à ceux d'un Vert?», demande benoîtement l'exploitant. 

Des «hippies à la Mad Max»

Il est également membre du conseil d'administration de l'association Midgard, qui publie le magazine Umwelt&Aktiv, petite revue consacrée à l'agriculture bio. En apparence, pas de quoi fouetter un chat: nombre d'articles traitent des biocarburants, des OGM ou donnent des conseils avisés pour un potager aux petits oignons.

Puis, au détour d'une page, on tombe sur un fatras ésotérique de mythes germaniques et rites païens. Dans la rubrique «sécurité intérieure», les lecteurs du numéro de mars 2011 pouvaient aussi apprendre que le peuple allemand périra, biologiquement et spirituellement, s'il se risque à procréer avec des personnes d'une autre origine ethnique. Et se voit appelé à la résistance face au déferlement des mutilations génitales ou de la lapidation— pratiques forcément juives ou musulmanes– sur le sol germanique. La revue est d'ailleurs considérée comme «une publication de propagande cachée du NPD» par la Direction de la sécurité du territoire.

Jean-Yves Camus, spécialiste des extrêmes droites en Europe et chercheur associé à l'Iris, inscrit Umwelt&Aktiv dans la mouvance völkisch. Les penseurs de ce courant intellectuel, né à la fin du 19ème siècle, défendent la nécessité de pureté de la «race», sous peine de disparition. Fatalement, le paysan allemand, préservé de la modernité, devient l'exemple à suivre.

Leurs héritiers sont des «hippies à la Mad Max», selon l'expression de l'historien Stéphane François, persuadés d'être engagés dans une «guerre ethnique» et que seul le retour à la terre, aux racines peut préserver leur identité germanique. Leur credo, que l'on retrouve aujourd'hui sur des affiches du NPD: «Défendre l'environnement = Défendre la mère-patrie».

«Ils diffusent une manière de vivre […] qui est à la fois nationaliste et autoritaire, et dans laquelle il n'y a pas de place pour le pluralisme et la démocratie», précise au Guardian Gudrun Heinrich, politologue à l'université de Rostock et auteur d'un livre intitulé Braune Oekologie («L'écologie brune»).

Des dizaines d'exploitations tenues par des néo-nazis

Hans-Gunter Laimer est loin d'être un cas isolé. Un article des Dernières nouvelles d'Alsace recense pas moins d'une soixantaine d’exploitations agricoles biologiques tenues par des membres du NPD, rien que le long de la Baltique, au nord du pays.

En fait, depuis les années 1990, de nombreux paysans, qui vendent localement leur récolte, s'évertuent à revigorer les traditions de la ligue d’Artaman, un club de joyeux drilles nationalistes bien décidés à revigorer la nation et la «race aryenne» en moissonnant dans des fermes collectives. Heinrich Himmler en fut membre et Richard Darré, général SS et ministre de l'Agriculture du troisième Reich entre 1933 et 1941, l'un des principaux théoriciens.

En réponse à l'ampleur du phénomène, le département de mise en valeur du milieu rural du Land de Rhénanie-Palatinat a même produit une brochure intitulée «Protection de la Nature contre l'extrémisme de droite» qui vise à aider les agriculteurs biologiques résister à l'infiltration de fascistes dans leurs rangs.

Mettre la main au panier (bio)

En France aussi des militants, certes bien moins nombreux, ont pris la clef des champs. Leur marotte, encore et toujours: chacun chez soi et les vaches seront bien gardées.

A l'été 2011, les habitants de Thorey-en-Plaine, en Côte-d'Or, découvrent le «Cercle grevelon» qui, rapporte le quotidien d'informations en ligne Dijonscope, proposait des paniers bio tout ce qu'il y a de plus anodins, garnis de produits locaux: «une Amap comme une autre». Sauf que Mathieu Bouchard, trésorier du Cercle —dissout à l'hiver 2011— est membre du Bloc identitaire, de même que d'autres créateurs de l'association: «Je ne vois pas ce qu'il y a de politique à vendre des fruits et légumes en faisant travailler les petits producteurs locaux», précisait-il déjà à l'époque en dénonçant «un amalgame».

 Admettons, une hirondelle ne fait pas le printemps.

Des pétitions de Greenpeace sur des sites racistes

Pas besoin de s'appeler Hercule Poirot pour dénicher dans la nébuleuse des sites de la droite radicale d'autres traces de ce noyautage. Visite express. Le Mouvement d'action sociale, d'inspiration fasciste, entend «préserver notre environnement, la richesse des pays et des terroirs, promouvoir une écologie organique qui rende à notre terre sa fonction sacrée et développer le micro-crédit social, les sociétés d’entraides mutuelles, les Amap, les systèmes d’échanges locaux».

«À Réfléchir et Agir [revue identitaire, païenne et racialiste, qui promeut l'idée d'un grand ensemble européen "blanc", de Brest à Vladivostok], on débat même sur les mérites respectifs de la vie citadine et du retour au rural», notait Jean-Yves Camus dans un article publié en mars 2011 par Charlie Hebdo:

«Plusieurs initiatives, qui mêlent projet de vie collective enracinée, refus de la société de consommation et écologie, voient le jour. Des réseaux d'achat direct de produits souvent bio sont créés: Coopérative parisienne; Terroirs et productions de France; ferme de Saumane; Terres arvernes, tous proches du Bloc identitaire!»

L'association Terre et Peuple, ouvertement racialiste, diffuse sans sourciller une pétition de Greenpeace contre les OGM. Ti-Breizh, la Maison de l'identité bretonne, ouverte officiellement depuis 2009 sur la commune de Guerlesquin (Finistère), entend défendre des «projets à caractère identitaire, écologique, caritatif». Son site renvoie vers la liste des Amap du département ou encore vers la Ferme du bout du monde, en Haute-Loire, pourtant sans aucun lien avec cette mouvance (l'exploitant est élu sur une liste de gauche). Un braconnage en règle sur un terrain généralement labellisé à gauche.

«Des tentatives d'enracinement existent depuis les années 1980. Ça reste marginal, d'autant que ces idées ne sont absolument pas suivies au sein du Front national. Son électorat n'y est guère sensible, précise Jean-Yves Camus. Mais ça gagne en cohérence avec le mouvement identitaire, au discours très structuré. Surtout que le thème du localisme est désormais passé dans les médias. Ces idées sont issues d'une longue tradition, qui remonte aux années 1920, mais il y a aussi une part de tactique dans la mesure où elles sont désormais audibles, en particulier par les jeunes.»

Le retour au local contre l'immigration musulmane

Ces identitaires —qui défendent à la fois une soi-disant «civilisation européenne» et une forme de régionalisme— ont fait de l'«enracinement» et la défense des terroirs, rebaptisés «patries charnelles» ou «communautés naturelles», des thèmes majeurs de leur programme. Ainsi, le Bloc Identitaire (BI) a consacré un débat entier à l'écologie à l'occasion de sa Convention de 2008.

Arnaud Gouillon, candidat du BI à l'élection présidentielle de 2012, défend également le localisme et, pour couper court à toute accusation de racisme, affiche son respect des identités, de toutes les identités. A une condition: que chacun s'occupe de ses oignons. Chez soi.

Le discours est calibré au quart de poil pour coller aux aspirations environnementales tout en respectant à la lettre la ligne dure du mouvement. Derrière la promotion des particularismes locaux, la peur d'être «submergé» par l'immigration musulmane. Le rejet de l'agriculture intensive masque une vision fantasmée de la nature et un refus radical de la modernité. Les vieilles rengaines d'extrême droite ripolinées en vert.

Pour autant, s'agit-il, en France comme en Allemagne, d'une simple OPA sur des thèmes en vogue et porteurs? Les identitaires marchent-ils sur les plates-bandes des écolos de gauche ou des altermondialistes pour s'offrir une caisse de résonance? Ce serait trop simple.

«Globalement, les écologistes se disent de gauche, bien que leurs valeurs soient clairement conservatrices, donc de droite. Ces références conservatrices ont donné naissance à un courant de l’écologie politique que certains ont pu qualifier de "réactionnaire", couvrant un spectre politique allant de la droite à l’extrême droite, et dont l’influence se fait de plus en plus grande dans les milieux altermondialistes», précise Stéphane François, spécialiste des droites radicales et chercheur associé au CNRS.

Une sacrée patate chaude que voilà, développée dans son dernier ouvrage consacré à la question, L’Écologie politique. Une vision du monde réactionnaire?. Le chercheur y rappelle que les Verts allemands ont été influencés dès l'origine par les idées conservatrices de la Nouvelle droite [1]. Et met en lumière les compagnonnages, le mélange des genres au sein de revues comme The Ecologist d'Edward Goldsmith [2] —adoubé prix Nobel alternatif en 1991— Éléments, le magazine de la Nouvelle Droite, ou encore Le Recours aux Forêts de Laurent Ozon [3]. De quoi brouiller les pistes.

La technique du coucou

Si, depuis une centaine d'années déjà, des groupes de droite réactionnaire labourent donc le champs du terroir, du localisme et de l'écologie –thèmes aujourd'hui estampillés à gauche–, l'idée de diffuser en douce des idées d'extrême droite est plus récente. Et la technique de dédiabolisation rudement efficace.

Les spécialistes allemands notent l'implication des militants radicaux, revenus à la terre, dans la vie associative et communale. Selon un expert du «Groupe de travail sur les colons racistes», qui refuse d'être cité nommément, «la plupart d'entre eux prennent un rôle actif dans la vie du village, s'impliquant dans les écoles et les garderies». «Leur objectif est que les gens n'associent plus le NPD à un mouvement politique mais à un groupe établissant de simples passerelles vers la vie des citoyens», explique un autre.

En septembre 2010, le gouvernement du Land de Mecklembourg-Poméranie avait déjà adopté une loi obligeant toute personne ouvrant une garderie ou une crèche à s’engager à respecter la constitution démocratique du pays. Objectif de l’opération: empêcher des néo-nazis de créer des Kindergarten, d’influencer l’enseignement ou de se faire recruter comme professeurs dans les crèches et autres écoles maternelles, phénomène qui s’est développé au cours des dernières années.

«S’emparer d'un système moribond est un mauvais choix tactique. Mieux vaut à mon sens créer des alternatives constructives à côté pour préparer l'avenir avec les personnes conscientes de la situation», nous explique Roark, de son vrai nom Olivier Bonnet, porte-parole de Des Racines et des Elfes –comprendre «Européens, libres, fiers, enracinés et solidaires» – qui chapeaute le projet de la Desouchière, né en 2008, projet que Jean-Yves Camus décrit comme une tentative «d'habitat communautaire pour les 100% Gaulois».

«Pour prendre un exemple, poursuit notre elfe qui se sent pousser des ailes, plutôt créer une école hors-contrat efficace que tenter d'influencer laborieusement l'école publique du coin.» Un objectif terre à terre pour couper l'herbe sous le pied de leurs détracteurs. Et faire germer des graines dans les esprits.

Damien Dubuc

[1] En France, cette école de pensée, qui se situe entre droite et extrême droite, entendait lier combat politique et combat culturel. Elle est opposée à la mondialisation libérale sans être pour autant attachée à la Nation. Revenir à l'article

[2] Dès 1968, Edward Goldsmith participe à la fondation de ce qui allait devenir Survival International,     l'organisation de défense des peuples premiers. Un an plus tard, il lance au Royaume-Uni The Ecologist, une revue austère, mais qui allait s'imposer comme une référence dans la réflexion sur l'actualité environnementale (une déclinaison française existe depuis 2000). La revue critique violemment la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais Teddy est aussi un penseur conservateur, voire franchement réactionnaire, «hostile à l'idée de progrès et à la modernité issue des Lumières», décrypte Stéphane François. Revenir à l'article

[3] Cet ancien militaire de 44 ans aime à mettre en avant son passage chez les Verts, de 1993 à 1995 et se targue d'avoir participé à la constitution d'Europe Écologie. Sa défunte revue Le recours aux Forêts a publié les contributions d'Edward Goldsmith mais aussi de Serge Latouche et d'Alain Caillé, les animateurs du Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales (MAUSS), dont l'engagement à gauche ne souffre pas de contestation. Après un tour de piste chez les Identitaires, Ozon est entré en janvier 2011 au bureau politique du Front national, avant d'en démissionner en août de la même année, après un tweet dans lequel il expliquait les crimes d'Anders Breivik par «une explosion de l'immigration» en Norvège. Revenir à l'article

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:30
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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:57

180112_20080841e-bc459.jpgQuel pays réduit le plus les ressources de l'économie européenne : la Grèce ou l'Allemagne ? En dépit d'une différence au niveau de leur superficie, ces deux économies sont « renflouées » avec un niveau presque identique de liquidités.

 
Bloomberg, une agence de presse pas tout à fait bolchévique, a récemment mis en évidence les raisons pour lesquelles il ne nous faudrait éprouver aucune sympathie pour les banquiers de Francfort et de Berlin. Les éditeurs de cette agence ont évalué à 284 milliards d'euros le montant que l'Allemagne a emprunté aux autres pays de la zone euro de 2009 à la fin de l'année dernière. Quant à la Grèce, elle s'est vue emprunter 340 milliards d'euros suite à la crise ; de cette somme, seuls 15 milliards ont été prêtés par l'Allemagne.
Il y a bien évidemment une différence fondamentale dans la manière dont ces transferts se déroulent. À l'exception d'une décote occasionnelle, les banques allemandes ne se sont pas vues pénaliser pour les prêts abusifs qu'elles ont octroyés ; au contraire, on leur rembourse leurs prêts en y incluant les intérêts. Quant à la Grèce, on exige d'elle qu'elle mette en péril et détruise sa société afin de satisfaire aux conditions fixées par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.
Un fonctionnaire allemand s'est vu confier la responsabilité de mener et de gérer l'intervention en Grèce, comme s'il s'agissait là de mettre en évidence la nature impériale de cette intervention.
Le nom de Horst Reichenbach, directeur de la « Task force » pour la Grèce, a été mentionné dans la presse récemment au sujet d'une voiture qu'utilisait son épouse, très ancienne membre du Parlement européen, et qui a été incendiée devant leur domicile à Potsdam. Je condamne cet acte de violence sans aucune hésitation et suis soulagé de voir que cet incendie n'a causé aucun blessé.
Néanmoins, cette attaque ne devrait pas distraire notre attention du mal qu'inflige Reichenbach à la population grecque. Les patients souffrant de maladies rares doivent à présent payer le prix plein pour leur traitement alors que celui-ci était, auparavant, subsidié par l'Etat. Pourquoi ? Parce que c'est Reichenbach et ses marionnettistes qui ont exigé une réduction de 10% dans les dépenses publiques de santé. Cette mesure va causer bien plus de souffrance humaine que l'incendie d'une BMW vide.
La nationalité de Reichenbach n'est pas le seul facteur qui remette en question sa neutralité. Son curriculum vitae en dit long.
Il a été fonctionnaire à la Commission européenne pendant une trentaine d'années et y a gravi les échelons de la hiérarchie pour devenir le Directeur-Général entreprises et industrie. En occupant ce poste, il a présidé un département qui est secret à de nombreux égards. Toutefois, il y a une chose que ce fief ne dissimule pas : les intérêts des grandes entreprises sont pris en considération avant toute autre chose.
Encore plus problématique, concernant le curriculum de Reichenbach, est son arrivée à la Banque européenne de reconstruction et de développement en tant que vice-président.
Afin de garantir une certaine transparence, la BERD devrait publier les détails relatifs à toutes les interactions ayant eu lieu entre Reichenbach, les banques allemandes, le gouvernement de Berlin, et l'institution basée à Londres (BERD) durant les six dernières années. Le site internet de la BERD répertorie une liste de 57 institutions financières – ou de filiales d'institutions financières – en Allemagne qui sont décrites comme des « banques de confirmation » pour son « programme d'appui à la facilitation du commerce ». Reichenbach est-il venu en aide à ces banques d'une quelconque manière ? Si oui, il pourrait y avoir un conflit d'intérêts dû au poste qu'il occupe actuellement, et pour lequel l'agenda qu'il suit dépend des banques allemandes.
La BERD attire rarement l'attention des journalistes. La plupart d'entre nous n'ont qu'une idée floue consistant à penser qu'elle a contribué à la transition suite à l'effondrement du communisme en Europe centrale et en Europe de l'est. Ce que nous ignorons, c'est ses objectifs idéologiques assez obscurs.
L'organisme Bankwatch a montré comme la BERD s'est entichée du concept de partenariats entre les secteurs privé et public élaborés pas le gouvernement conservateur de Grande-Bretagne dans les années 1990. Le but poursuivi par ces plans consiste à conférer aux entreprises dont la principale motivation est le profit, un rôle plus important dans la procuration de services qui étaient jusque là assurés par le secteur public.
Les défenseurs des « partenariats » ont tendance à avancer que ces plans-là garantissent une plus grande efficacité. L'expérience, en revanche, nous montre que leur objectif véritable consiste à permettre aux capitalistes rapaces de prendre le contrôle de l'argent du contribuable. Tel a été le cas d’un grand nombre de « partenariats » financés par la BERD. Un plan concernant la mise en place d'une centrale d'épuration des eaux usées pour Zagreb (capitale de la Croatie), pour lequel la BERD avait accordé un prêt de 55 millions d'euros en 2001, n'a fait l'objet que d'ajournements et de reports. Alors que la population croate a tout perdu, les entrepreneurs impliqués (appartenant en partie au distributeur d'énergie allemand RWE) n'ont cessé d'être rémunérés, et ce avec un montant bien plus supérieur à celui prévu initialement. (La valeur du projet est passée de 176 millions d'euros à presque 327 millions d'euros entre 2001 et 2007).
Récemment, la BERD s'enthousiasmait à l'idée de s'étendre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. À l'issue d'une évaluation menée en Egypte par la Banque, les projets garantissant une « croissance durable qui serait assurée par le secteur privé » constituent le seul critère pour les activités que la Banque pourrait financer. Ceci indique que la BERD partage bien mieux les idées du dictateur méprisé Hosni Moubarak que celles des courageux manifestants qui ont causé la chute de ce même dictateur l'année dernière. Moubarak poursuivait également les mêmes buts afin de calmer ses potes occidentaux. L'application du « programme d'ajustement structurel » qui avait été requis en Egypte par le FMI en 1991 a doublé la proportion de la population qui survit avec moins de 2 dollars par jour.
En ce moment, la Grèce subit également un « ajustement structurel ». Christine Lagarde, qui est actuellement à la tête du FMI, dit s'inquiéter plus du sort des enfants pauvres en Afrique qu'en Grèce. Son attitude est méprisable. Ce sont bel et bien les prescriptions économiques qu'elle approuve qui aggravent la pauvreté dans le monde. C'est bien grâce à elle et à Reichenbach que des expériences s'étant déjà révélées désastreuses sont en train d'être renouvelées.
Source Originale : New Europe
Traduit de l'anglais par Shafkat Chaudhry pour Investig’Action
Source : Investig’Action
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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:45

Geert-Wilders.jpgpar Jérôme Jamin

Les Pays-Bas ont longtemps eu l’image de l’un des pays les plus tolérants d’Europe : au pays de Spinoza, tous les libres-penseurs pouvaient trouver refuge. C’est peut-être pour cela qu’ils ont été l’espace privilégié d’un renouvellement apparent des discours extrémistes, mais apparent seulement, car sous couvert du droit à la critique et à la libre parole, la stratégie de condamnation de la religion musulmane comme idéologie liberticide s’accompagne des mécanismes traditionnels du discours raciste.

Dans plusieurs pays scandinaves, aux Pays-Bas mais aussi en France, en Suisse, en Italie, en Autriche, entre autres pays, des discours qui ont fait le succès de l’extrême droite au début des années 1980 semblent remis au goût du jour avec cependant un certain nombre de variantes nationales et régionales, mais aussi quelques adaptations significatives. Les visages ont souvent changé, les leaders sont parfois plus jeunes, les partis sont nouveaux ou repartent sur de nouvelles bases — nouveau programme, nouveau nom, etc. — et naturellement, les réactions à ces différents succès électoraux sont également différentes : on ne parle plus du « retour de la bête immonde », ni même de « menace pour la démocratie », et en dehors des rangs de l’extrême gauche, plus personne ne parle de fascisme ou de néo-fascisme. Le comportement des médias a également évolué, hormis la Belgique francophone qui s’accroche tant bien que mal à un « cordon sanitaire médiatique » excluant les partis dits xénophobes de la presse et des plateaux de télévision, les médias en France et ailleurs sont aujourd’hui largement ouverts aux leaders d’extrême droite. Ce qui précède incite à se demander si ce à quoi nous assistons aujourd’hui a véritablement un lien avec ce que nous avons connu il y a déjà près de trente ans au moment où le Front national français (et accessoirement son homologue belge) prenait son envol et allait devenir progressivement, et pour une longue période, le plus puissant, le mieux structuré et le plus connu des partis d’extrême droite en Europe.

le changement dans la continuité

Les partis politiques et les quelques figures charismatiques en vogue en 2011 semblent bien différentes et éloignées de ce qui a fait l’actualité de l’extrême droite à la fin du siècle dernier. Aux propos machistes, sexistes, racistes, antisémites voire négationnistes d’un Jean-Marie Le Pen, d’un Filip Dewinter (leader de l’ancien Vlaams Blok en Belgique) ou d’un Umberto Bossi (Lega Nord en Italie) se substituent aujourd’hui des discours beaucoup plus consensuels, en phase avec ce qui peut être dit pour obtenir une certaine légitimité, notamment au niveau européen. Des discours où l’hostilité à l’immigration et la critique de l’islam sont justifiées par une rhétorique prétendument progressiste faisant référence à la lutte contre le fascisme, à la défense de l’égalité entre les hommes et les femmes, ou encore aux droits des homosexuels. Ce faisant, les propos polémiques des années 1980 qui semblaient vouloir implicitement réhabiliter une forme de nationalisme extrême (banni depuis la chute du nazisme) laissent la place à une critique radicale des politiques d’immigration, au constat d’un échec de l’intégration voire à une mise en garde vis-à-vis de l’islam jugé comme une menace pour nos valeurs démocratiques. Certains allant même jusqu’à faire référence au génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale pour nous mettre en garde contre le nouveau fascisme totalitaire que représentent les tenants d’un islam radical, comme le fait Geert Wilders du Partij voor de Vrijheid (PVV, Parti pour la liberté) aux Pays-Bas.

Si le nouveau registre intègre efficacement un vocabulaire propre au discours politiquement correct de tous ceux qui souhaitent faire une vraie carrière politique dans le cadre policé des pays de l’Union européenne, si ce type de discours semble marquer une rupture avec les vieux discours sur les « chambres à gaz qui sont un point de détail de l’histoire » ou sur l’existence de « races supérieures et inférieures » et d’une hiérarchie entre ces dernières, il faut analyser la trame profonde de ce type de rhétorique (hier et aujourd’hui) pour comprendre qu’à bien des égards, rien n’a fondamentalement changé !

« être, c’est être contre ! »

Au-delà des variantes régionales et nationales de ces différents discours depuis trente ans, c’est une logique « d’identité négative » qui domine sans discontinuité la formulation et l’élaboration des discours jugés extrémistes et xénophobes.

L’identité négative est une structuration polémique de l’identité, cela signifie que celle-ci s’alimente essentiellement « grâce » mais surtout « contre » les autres identités dans une relation qui marque la différence, la frontière et partant l’exclusion, le rejet voire la haine et la négation des autres identités. Le parti qui porte une identité négative ne séduit ses partisans que grâce à l’identification, la localisation, le dénigrement, la peur et finalement le rejet des identités prétendument différentes ou inférieures, et des gens supposés incarner cette dernière. Historiquement, le nationalisme de l’extrême droite active une identité négative en opposant un peuple « biologiquement en bonne santé » contre des « parasites » intérieurs et extérieurs qu’il faut « neutraliser et éliminer ». L’ennemi intérieur traditionnel dans le discours de l’extrême droite est incarné par le Juif, le communiste, la féministe ou encore le Franc-maçon, l’ennemi extérieur est incarné par l’étranger, l’immigré ou le « faux » réfugié qui tentent de rentrer sur le territoire national. Depuis la fin des années 1980, il faut aussi ajouter l’ennemi qui est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la nation, à savoir « les bureaucrates apatrides et vagabonds » qui contrôlent Bruxelles et Washington et qui cherchent à transformer le monde en un vaste marché sans peuple, sans âme, sans nation et sans culture. On retrouve ce nouvel ennemi dans de nombreux discours d’extrême droite, notamment dans les anciens pays du bloc de l’Est lorsqu’il s’agit de faire porter par l’Union européenne toutes les conséquences de la mondialisation économique.

Le principe de l’identité négative joue également un rôle fondamental dans l’argumentaire islamophobe de Geert Wilders aux Pays-Bas, la figure centrale du Partij voor de Vrijheid.

Geert Wilders aux Pays-Bas

Les Pays-Bas ont bénéficié pendant longtemps de l’image positive d’un peuple tolérant et « ouvert », en avance sur son temps sur de nombreuses questions de société, et en définitive fondamentalement progressiste au regard de ses voisins européens jugés plus conservateurs. En matière d’avortement et d’euthanasie, d’environnement, mais aussi d’accueil et d’intégration des étrangers, ce pays a semblé longtemps avoir une longueur d’avance sur le reste de l’Europe, mais depuis le 11 septembre et les événements survenus en 2002 et en 2004, avec l’assassinat du leader populiste Pim Fortuyn et ensuite celui du cinéaste Theo Van Gogh, beaucoup de choses ont changé.

La présence d’une population étrangère non-occidentale majoritairement de confession musulmane anime depuis longtemps le débat public sur l’intégration et en filigrane sur les limites qu’il faut donner à la tolérance vis-à-vis de certaines pratiques et revendications. Mais lorsque la population découvre que l’assassinat de Van Gogh (Mohammed Bouyeri) était non seulement le forfait d’un islamiste radical, mais qu’il était surtout l’œuvre d’un « enfant » des Pays-Bas, c’est-à-dire d’un individu certes d’origine marocaine mais né sur le territoire national, élevé et diplômé aux Pays-Bas, le constat de « l’échec de l’intégration » atteint son paroxysme. À l’instar du Royaume-Uni un peu plus tard (2005) et des Etats-Unis un peu plus tôt (2001), les Pays-Bas découvrent qu’il ne suffit pas pour un migrant de vivre longtemps dans un pays d’accueil et d’avoir suivi des études pour développer un sentiment d’appartenance nationale. Mais surtout, d’aucuns pensent que « Pim Fortuyn avait vu juste sur les dangers de l’islam », et partant, son destin tragique va préparer l’arrivée de Geert Wilders et de sa nouvelle formation politique fondée en 2006.

Le discours de Geert Wilders est intéressant parce qu’il est articulé dans un registre qui tente de respecter un certain nombre de valeurs importantes aux Pays-Bas. Mais sa force réside surtout dans deux manipulations intellectuelles habilement déguisées en bon sens populaire [1]. La première consiste à argumenter dans un registre à la tonalité progressiste, voire féministe contre le Coran et par extension contre tout ce qui relève de près ou de loin du monde arabo-musulman. La deuxième vise aussi à emprunter un discours raciste sous couvert du droit bien légitime à la critique des religions.Geert Wilders pourrait être considéré comme un homme de droite, adepte du libéralisme et hostile à l’Union européenne (dans sa composante élitiste et bureaucratique) s’il n’intégrait dans son discours une critique radicale de l’islam dont la férocité suscite encore aujourd’hui l’indignation, mais aussi la curiosité, voire l’admiration. Pourquoi ? Parce que le leader hollandais rejette l’islam sur un registre tout à fait différent de celui que nous sommes habitués à entendre depuis le début des années 1980 lorsque l’Europe a été confrontée aux premiers discours critiques voire hostiles à l’immigration et plus particulièrement à certaines catégories d’immigrés issus des pays du Maghreb. Le registre narratif de Wilders relève en apparence plus du féminisme, de la défense des homosexuels, du droit à la liberté d’expression, du droit à la critique des religions et de la quête de l’égalité entre les sexes que du populisme et de l’islamophobie. Il réduit l’islam et ses multiples manifestations aux seuls textes sacrés et à ses aspects les plus violents contre les femmes et les homosexuels et partant, son rejet du Coran apparaît comme un combat pour défendre ces derniers, au point qu’on finirait par oublier que toutes les religions (et plus particulièrement les grands monothéismes) sont truffées de textes scandaleux au regard des droits fondamentaux. La stratégie est efficace, le Coran et l’islam ne sont pas associés à une religion mais à une idéologie, et toute personne qui ose se revendiquer de ces derniers est vue comme un ennemi à abattre. La deuxième stratégie vise à utiliser les mécanismes traditionnels du discours raciste sous couvert du droit légitime à la critique des idées politiques, des religions et des idéologies. Geert Wilders utilise le principe de « reductio ad Ben ladum » qui procède par simplification et qui transforme n’importe quel individu originaire du Maghreb en « dangereux terroriste adepte de la lapidation, de la burqa et de Ben Laden ». La simplification permet d’ignorer les différents courants au sein de l’islam, la multiplicité de l’héritage, l’historicité des textes et la diversité des interprétations au profit d’une lecture littérale de quelques extraits du Coran qui naturellement fait peur, comme la lecture littérale de nombreux textes religieux anciens fait peur.

La laïcité repose notamment sur le droit de critiquer une religion à condition de ne pas porter atteinte à l’intégrité physique des individus. La force du discours de Wilders repose sur sa prétention à ne viser qu’une religion, dans une « perspective laïque », alors que sa virulence ne peut qu’inciter à la haine vis-à-vis des gens qui se prétendraient sympathisants d’une religion désormais « horrible et sanguinaire ». Celui qui adhère à l’islam tel qu’il est présenté par Wilders est au mieux un fou au pire un monstre ! Au final, des individus font l’objet d’une diabolisation féroce par le biais d’un discours critique vis-à-vis d’une religion, ce qui peut relever du racisme ou du libre examen selon l’interprétation que l’on fera de ce discours. La simplification permet d’ignorer ce qui précède au profit d’une image unique du musulman pratiquant, intraitable sur la véracité des textes sacrés, et intransigeant sur l’obligation de s’en inspirer dans la vie de tous les jours. Vue de cette manière, la religion devient chez le maghrébin une sorte de seconde nature, elle lui colle à la peau et elle l’empêche d’exercer son libre arbitre. La coexistence de l’islam et de la démocratie devient dès lors très vite impossible, et Wilders d’identifier le Coran à Mein Kampf pour la défense de nos droits fondamentaux.

Les Pays-Bas ne sont peut-être pas plus progressistes que les autres nations, mais si certaines valeurs faisaient vraiment partie de l’identité collective (tolérance, égalité, liberté d’expression, etc.), on comprend pourquoi c’est dans ce pays qu’elles ont été le plus habilement récupérées.

La frontière entre la critique légitime et nécessaire des religions et la stigmatisation d’individus associés à l’une d’entre elles n’est pas facilement perceptible, et nombreux sont ceux qui voient dans ce discours une véritable rupture avec le vieux discours machiste, sexiste, raciste, antisémite voire négationniste. Mais au-delà d’une prétendue rupture, la récupération des idées progressistes et de l’argumentaire laïque pour justifier la haine de l’islam et des musulmans s’inscrit à nouveau dans une logique d’identité négative. Si les visages et les mots ont changé, le besoin d’identifier des ennemis et de s’en démarquer n’a pas changé. Si les individus et les discours ont évolué, le besoin d’exister contre les autres, contre d’autres groupes, d’autres cultures ou d’autres religions est toujours présent, et structurant pour les partis et les militants. La trame reste fondamentalement la même et le discours de Wilders — mais aussi celui de Marine Le Pen — donne simplement une certaine idée de ce que sera l’extrême droite ou le « populisme xénophobe », demain en Europe.


Jérôme Jamin est philosophe et politologue à l’université de Liège.


[1] Voir notre éditorial après le succès électoral de Wilders en juin 2010 dans La Revue Aide-mémoire, n°52, Avril-Mai-Juin 2010, p.1.

 

http://www.vacarme.org/article2018.html

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:27

arton17115-8039d.jpgIl y a 25 ans, le 26 juin 1967 mourrait Don Milani, curé de Barbiana où fut rédigée, quelques mois avant sa mort, la « Lettre à une maîtresse d’école » [1]

L’école « pour tous », mais aussi la maison et l’eau. Et non à la guerre, excepté celle des partisans. Un prêtre jugé inopportun et jamais réhabilité par l’Eglise. Comme ses expériences pastorales. Peu de temps avant d’être transféré de sa paroisse de San Donato à Calenzano –un centre ouvrier textile aux portes de Florence- dans le village perdu de Barbiana –groupe de maisons éparses sur les pentes du Monte Giovi, dans le Mugello (région montagneuse au nord de Florence, NdT)- don Lorenzo Milani écrivait à sa mère une lettre passionnée : « J’ai la superbe conviction que les charges d’explosif que j’ai amassées pendant ces cinq années n’arrêteront pas de pétarader pendant au moins 50 ans sous le derrière de mes vainqueurs ».

C’était en 1954, l’affrontement Dc-Pci (Démocratie Chrétienne–Parti Communiste Italien) était âpre, le décret avec lequel le Saint Office avait en 1949 excommunié les communistes restait pleinement en vigueur, et ce jeune prêtre –qui n’était pas communiste, mais avait plusieurs fois confessé que le vote pour la DC du 18 avril 1948 avait été une erreur (« c’est le 18 avril qui a tout gâché, c’est la victoire qui a été ma grande défaite » écrit-il à Pipetta, un jeune communiste de Calenzano)- non aligné sur les ordres de la Curie, de Piazza del Gesù (siège de la Compagnie de Jésus à Rome, NdT) et de la Confindustria (le patronat italien, NdT), devait être neutralisé et rendu inoffensif : exilé dans les montagnes, curé d’une église dont la fermeture avait été décidée, « curé de 40 âmes » comme il disait lui-même.

Et pourtant, malgré le confinement imposé par l’archevêque de Florence Ermenegildo Florit, la « superbe conviction » de Milani semble s’être réalisée : les « charges d’explosif » placées sous le derrière » des vainqueurs, 45 ans après sa mort le 26 juin 1967, continuent à « pétarader ». Elles n’ont pas eu la force de subvertir le système, mais certaines intuitions, pour la plupart non réalisées, et de nombreuses dénonciations, non écoutées, conservent intactes leur caractère explosif. Et s’il est vrai que la valeur d’une aventure se mesure aussi à la capacité d’anticiper les époques de l’histoire, alors celle de Lorenzo Milani reste une expérience « prophétique » qui a encore quelque chose à dire à la société, à la politique et à l’Eglise d’aujourd’hui.

L’école demeure le lieu central de cette expérience mais pas le seul. Avec ses « jeunes » de Barbiana, il en dénonça le caractère de classe dans Lettre à une maîtresse d’école et il l’expérimenta comme praxis libératrice, autant dans l’école du soir pour les ouvriers de Calenzano, 20 ans avant les « 150 heures » conquises par le Statut des travailleurs en 1970, qu’à l’école primaire de Barbiana pour les petits montagnards du Monte Giovi. Les ministres, politiciens autant que techniciens, qui au fil des années se sont succédés à Viale Trastevere (ministère de l’Instruction, de l’université et de la recherche, NdT), à part quelque exception, se sont tous montrés très dévots de l’idée milanienne d’ « une école pour tous » -le 26 juin est au programme un énième congrès du ministère : Monter à Barbiana 45 ans plus tard- et tous sont en même temps très habiles à l’ignorer comme praxis. Eventuellement en imaginant un enseignement multimédia dans des instituts avec des classes de 30-35 élèves ou bien en inventant des prix spéciaux pour quelques étudiants apparemment méritants –la dernière idée de Profumo (actuel ministre de l’Instruction etc., NdT)- pendant qu’on supprime à tout le monde ressources, enseignants, professeurs, enseignants de soutien, et heures de cours, de façon à transformer l’école en « un hôpital qui soigne les bien portants et rejette les malades », « instrument de différentiation » plus qu’ascenseur social, comme on le lit dans Lettre à une maîtresse d’école (écrite par un groupe d’écoliers de Barbiana, en 1967, publiée quelques mois avant la mort de L. Milani, NdT). Et « si ça ne marche pas, ce sera parce que l’enfant n’est pas fait pour les études », même au CP. La langue est oubliée, « la langue qui fait l’égalité », et les langues qui, dans une visée « internationaliste », permettent aux opprimés du monde entier de s’unir : à Barbiana nous étudions « le plus de langues possibles, parce que nous ne sommes pas seuls au monde. Nous voudrions que tous les pauvres du monde étudient les langues pour pouvoir se comprendre et s’organiser entre eux. Ainsi il n’y aurait plus d’oppresseurs, ni de patries, ni de guerres ». Milani envoyait à l’étranger les très jeunes étudiants du Mugello, filles comprises, en réussissant à vaincre les peurs et les résistances des familles ; Francesco Gesualdi en est le témoignage vivant : ex élève de Barbiana, expédié en Afrique du nord à 15 ans pour apprendre l’arabe, et aujourd’hui animateur infatigable du Centro nuovo modello di sviluppo per i diritti dei popoli del Sud del mondo (Centre pour un nouveau modèle de développement pour les droits des peuples du sud du monde).

Et il n’y a pas que l’école. Mais aussi les biens communs : l’eau et la maison. Elle est peu connue, mais d’une grande signification, cette lutte menée avec les montagnards de Barbiana pour la construction d’un aqueduc qui aurait dû amener l’eau à neuf familles. Bataille perdue, parce qu’un propriétaire terrien refusa de concéder l’usage d’une source inutilisée qui se trouvait dans son champ, détruisant ainsi, écrit Milani dans une lettre publiée en 1955 par le Giornale del Mattino de Florence (dirigé à l’époque par Ettore Bernabei) « les efforts des 556 constituants », « la souveraineté de leurs 28 millions d’électeurs et de tous les morts de la Résistance », mère de la Constitution républicaine (entrée en vigueur le 1er janvier 1948, NdT). A qui la faute ? A l’ « idolâtrie du droit de propriété ». Quelle solution ? Une loi simple « dans laquelle il soit dit que l’eau est à tout le monde ».

Et la maison, avec le plan Ina-Casa de Fanfani qui aurait dû assurer un toit à tous les travailleurs, mais qui ne fut réalisé qu’a minima, tandis que continuaient les expulsions de ceux qui occupaient les villas des riches bourgeois qui avaient deux ou trois habitations, tenues fermées « pendant 11 mois de l’année ». « La propriété a deux fonctions : une sociale et une individuelle » et « la sociale doit passer avant l’individuelle à chaque fois que sont violés les droits humains », écrit Milani en 1950 sur Adesso, le journal de don Mazzolari. Ces mots « dimanche je les crierai très fort. Vous verrez, tous les chrétiens seront avec vous. Ce sera un plébiscite. Nous ferons un barrage autour de la villa. Personne ne vous jettera dehors ». Mais rien de tout cela n’arrivera, écrira Milani, qui répètera : « J’ai honte du 18 avril ».

La guerre et l’histoire, traversées par la responsabilité individuelle –« sur un mur de notre école il y a écrit en grand : I care », c’est-à-dire « ça m’importe, ça me tient à cœur. C’est l’exact contraire du mot fasciste ’ je m’en fiche’ »- sont les autres thèmes forts de l’expérience de Milani : la défense de l’article 11 de la Constitution, l’objection de conscience aux ordres injustes surtout s’ils sont militaires (« l’obéissance n’est plus une vertu, mais la plus lâche des tentations »), l’opposition à la guerre et à la guerre préventive, 40 ans avant Bush, parce que « dans la langue italienne tirer le premier s’appelle agression et non défense ».

C’est une relecture de l’histoire qui prend ses distances avec toute « utilisation publique » nationaliste et patriotarde, passant en revue les guerres italiques, toutes d’ « agression » : depuis les guerres coloniales de Crispi et Giolitti, au premier conflit mondial, jusqu’à celles fascistes de Mussolini ; en passant par le général Bava Beccaris, décoré par le roi Umberto, qui en 1898 tira au canon sur les mendiants « juste parce que les riches (alors comme aujourd’hui) exigeaient le privilège de ne pas payer d’impôts ».

Mais « il y a eu aussi une guerre juste (si une guerre juste existe). La seule qui ne fût pas une offense à d’autres Patries, mais défense de la notre : la guerre des partisans ». Ainsi écrit-il aux aumôniers militaires qui avaient appelé « vils » les objecteurs de conscience, si vous avez le droit « de diviser le monde en Italiens et étrangers alors je vous dirai que, dans votre logique, moi je n’ai pas de Patrie et je réclame le droit de diviser le monde en déshérités et opprimés d’un côté, privilégiés et oppresseurs de l’autre. Les uns sont ma Patrie, les autres mes étrangers. Et si vous avez le droit, sans être rappelés par la Curie, d’enseigner qu’Italiens et étrangers peuvent licitement voire héroïquement se massacrer mutuellement, alors moi je réclame le droit de dire que les pauvres aussi peuvent et doivent combattre les riches. Et au moins dans le choix des moyens je suis meilleur que vous : les armes que vous approuvez, vous, sont d’horribles machines à tuer, à mutiler, à détruire, à faire des orphelins et des veuves. Les seules armes que j’approuve, moi, sont nobles et sans effusion de sang : la grève et le vote ».

Milani n’a pas été un « catholique dissident » -68 était encore loin- mais un « rebelle obéissant », et peut-être justement à cause de ça regardé avec encore plus d’hostilité par l’institution ecclésiastique à qui le prêtre reprochait d’avoir perdu de vue l’Evangile afin de suivre le pouvoir : « Nous n’avons pas haï les pauvres comme l’histoire dira de nous. Nous avons seulement dormi. Et c’est dans ce demi-sommeil que nous avons forniqué avec le libéralisme de De Gasperi, avec les Congrès eucharistiques de Franco. Il nous semblait que leur prudence pouvait nous sauver » lit-on dans la visionnaire Lettre d’outre-tombe d’un « pauvre prêtre blanc de la fin du 2ème millénaire » aux « missionnaires chinois » qui à l’avenir viendront dans une Europe qui n’aura plus de prêtres, tués par les pauvres : page de conclusion de Expériences pastorales, le volume de Milani jugé « inopportun » par le Saint Office en 1958, et toujours pas réhabilité. « En enseignant aux petits catéchumènes blancs l’histoire du lointain An 2000 ne leur parlez donc pas de notre martyre. Dites-leur seulement que nous sommes morts et qu’ils en remercient Dieu. Nous avons mélangé trop de causes étrangères à celle du Christ ».

Luca Kocci

Edition de samedi 23 juin de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120623/manip2pg/07/manip2pz/324765/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

 

La Lettera a una professoressa a été traduite en français et nombreuses autres langues. Ne disposant que du texte italien, édition 1971, je joins à cet article quelques extraits de l’ouvrage comme invitation à lire ces belles pages écrites collectivement.

« Ce livre n’est pas écrit pour les enseignants, mais pour les parents. C’est une invitation à s’organiser.

A première vue il semble écrit par un seul garçon. Au contraire, nous sommes huit auteurs, huit garçons et filles de l’école de Barbiana.

D’autres camarades, qui travaillent, nous ont aidés le dimanche.

Nous devons remercier avant tout notre Prieur qui nous a éduqués, enseigné les règles de l’art et dirigé nos travaux.

Ensuite de très nombreux amis qui ont collaboré d’une autre manière :

Pour la simplification du texte, divers parents.

Pour le recueil des données statistiques, des secrétaires, enseignants, directeurs, fonctionnaires du ministère et de l’Istat, des prêtres.

Pour d’autres informations, des syndicalistes, journalistes, administrateurs communaux, historiens, statisticiens et juristes.

Première partie

L’école obligatoire ne peut pas recaler les élèves

Chère madame,

Vous ne vous souviendrez pas de mon nom. Vous en avez tellement recalés.

Moi par contre j’ai souvent pensé à vous, à vos collègues, à l’institution que vous appelez école, aux jeunes que vous « rejetez ».

Vous nous rejetez dans les champs et dans les usines et vous nous oubliez.

[…]

Barbiana quand j’y arrivai, ne me parût pas être une école […] De chaque livre, une seul exemplaire. Les enfants se serraient autour. On avait du mal à s’apercevoir qu’un d’entre eux était un peu plus grand et enseignait. Le plus vieux de ces maîtres d’école avait seize ans. Le plus jeune douze et me remplissait d’admiration. Dès le premier jour, je décidai que j’enseignerais moi aussi.

La vie est dure là-haut aussi. Discipline et histoires à faire perdre l’envie d’y retourner. Mais celui qui n’avait pas de bases, qui était lent ou sans envie de travailler se sentait le préféré. Il était accueilli comme vous accueillez, vous, le premier de la classe. On aurait dit que toute l’école n’était que pour lui. Tant qu’il n’avait pas compris, les autres ne continuaient pas.

Il n’y avait pas de récréation. Pas de vacances, même pas le dimanche.

Personne ne s’en souciait parce que le travail est pire. Mais chaque bourgeois qui venait nous voir nous faisait des histoires là-dessus. Un jour un grand professeur déclara : « Cher Révérend, vous n’avez pas appris la pédagogie. Polianski dit que le sport est une nécessité physiopsicho… »

Il parlait sans nous regarder. Ceux qui enseignent la pédagogie à l’Université n’ont pas besoin de regarder les enfants, ils les connaissent tous par cœur comme nous les tables de multiplication.

Finalement il partit et Lucio qui avait 36 vaches dans l’étable dit : « L’école sera toujours mieux que la merde ».

Cette phrase doit être gravée sur la porte de vos écoles. Des millions d’enfants paysans sont prêts à y souscrire.

C’est vous qui dites que les enfants haïssent l’école et aiment jouer. Nous paysans vous ne nous avez pas interrogés. Mais nous sommes un milliard et neuf cent millions. Six enfants sur dix pensent exactement comme Lucio. Les quatre autres on ne sait pas.

Toute votre culture est construite comme ça. Comme si le monde c’était vous. »

Extraits de Lettera a una professoressa, Scuola di Barbiana, Libreria editrice fiorentina, 1971 pour cette édition), p.9-13.

Traduction m-a p.

[1] http://www.fga.it/uploads/media/Rileggere_Lettera_Professoressa-VB_Severi.pdf

 

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http://www.legrandsoir.info/la-prophetie-explosive-du-biencommunisme-il-manifesto.html
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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:04

17718210.jpgDu début de la guerre civile espagnole aux années 1990 (après le retour à la démocratie), des milliers d’enfants de familles républicaines ont été soustraits à leurs parents dans les hôpitaux et maternités espagnols. La motivation était idéologique : il fallait les soustraire à la « perversion des rouges », les « rééduquer » dans l’esprit de la dictature. Au total, plusieurs dizaines de milliers d’enfants auraient ainsi été « volés ». Le 16 juin 2012 avait lieu à Madrid et Alicante les premières rencontres nationales des associations et collectifs de victimes de vol d’enfants pour tenter d’établir des analyses, des outils et des propositions communes à tous sur ce dossier.

Dans la banlieue d’Alicante, chacun avait un dossier sous le bras, une douleur à exorciser. Certains cherchent depuis des années, en silence — un silence qui, aujourd’hui, fait de plus en plus de bruit. « Nous sommes victimes, nous expliqueront-ils, et pourtant coupables aux yeux de la justice, des hôpitaux, des Etats civils, des institutions... » Des victimes coupables de lèse-oubli, d’avoir douté des vérités officielles, d’être convaincues que « leur bébé » n’est pas mort, comme on le leur a toujours dit, mais qu’Eglise et franquisme leur ont arraché leur progéniture. La plupart du temps, on leur oppose encore porte close en expliquant qu’aucun document n’atteste ni de l’accouchement, ni de la naissance, ni de la mort du bébé.

Nous sommes là pourtant face à un crime contre l’humanité : le vol et la traite de nourrissons. Les chiffres : de 30 000, pour les estimations les plus basses, à 300 000 (ce qui nous paraît pour l’heure exagéré). Les familles qui nous entourent sont toutes composées de petites gens, humbles et modestes, qui veulent retrouver un fils, une fille, un frère... Ils n’ont aucune haine mais font montre d’une dignité à toute épreuve. On a du mal à imaginer les dimensions réelles de ce drame. « Ils disent que nous sommes folles », explique Eva, d’Alicante. Ceux qui ont assassiné les « rouges » sont ceux-là même qui ont volé leurs enfants pour les confier à des familles bien-pensantes, afin de les « purifier ». Nous nous sommes rendus à l’hôpital général d’Alicante, anciennement « Résidence 20 novembre », où les documents ont été, selon l’administration, emportés par différentes crues. Qui l’eût cru ?

Substitut du procureur ayant en charge les questions relatives aux mineurs, ainsi que ce dossier, don Carlos Ferreiros accepte de nous recevoir. Il nous invite à distinguer les cas d’enfants volés du franquisme et ceux, ultérieurs, qui relèvent de méthodes pour le moins particulières dans un pays qui, jusque dans les années 1980, n’avait aucun cadre légal sur l’adoption. Les enfants volés aux familles étaient déclarés morts, et enterrés par les bons soins des hôpitaux et autres cliniques, avant d’être vendus. C’est la version officielle dans l’Espagne du très conservateur Mariano Rajoy, mais chacun devine que les magistrats obéissent à des autorités gouvernementales qui les enjoignent de ne plus se consacrer à ces dossiers-là, « par manque de temps et de moyens ».

Un « trou noir » de plus en plus clair

Dans l’immédiate après-guerre d’Espagne, le vol des bébés aux mères prisonnières politiques relevait de la vengeance et de la répression idéologique. Il était théorisé par le psychiatre officiel du régime, Vallejo Nájera, qui considérait le marxisme comme une « maladie mentale » à éradiquer, et les « Républicains » comme émanant d’une race inférieure... Après les années 1940, la répression change de profil : de « politique », elle se fait plus morale et sociale, et son instrumentalisation vise surtout les mères célibataires (considérées comme d’horribles pécheresses), ou les familles nombreuses (qui ne peuvent offrir de bonnes conditions de vie à autant d’enfants). Cette répression fait toujours partie d’un projet de l’Etat franquiste et des classes dominantes pour réduire et/ou rééduquer les « déviances » politiques des exploités, telles que le communisme ou l’anarchisme, et créer une société idéale enfin débarrassée des idéologies subversives.

La réunion d’Alicante fait émerger de nouvelles histoires personnelles qui égrènent le même enchaînement : un enfant né en bonne santé, qui subitement devient violet et décède. Les autorités de l’hôpital ou de la clinique refusent cependant aux parents un droit humain élémentaire, celui de voir le corps de l’enfant, et d’en disposer afin de l’enterrer dans le caveau familial. Ces mêmes autorités disent se charger de tout, et les familles, en état de choc, parfois menacées, sont bien obligées d’accepter cette « vérité » officielle.

Les témoignages se succèdent. Comme celui de María Bonillo Navarro, dont le fils, né en 1963, dans un hôpital madrilène, a « disparu », jusqu’au cas de Juan Vicente, d’Alicante, a qui on a enlevé des jumeaux, en octobre 1991, nés en pleine santé à l’hôpital général d’Alicante, où il travaillait et travaille toujours. On l’avait menacé à l’époque de le renvoyer s’il cherchait à savoir ce qui s’était exactement passé. Celui de Victoria Utiel Arroyo, qui recherche un fils, né à la clinique La Almendra de Valence le 2 juillet 1971 ; elle s’étonne que tous les registres des années 1963 à 1973 de la « Casa cuna Santa Isabel » (centre de charité ouvert aux filles mères tenu par des religieuses) de Valence aient disparu. Elle est mariée avec Francisco Rocafull, né le 8 février 1961, qui recherche une sœur jumelle, disparue, non pas à la naissance, mais vers l’âge de 6 ou 7 mois, après un passage à l’hôpital pour une maladie bénigne. Les contradictions dans les documents sollicités auprès de l’hôpital en question sont légion : date de naissance avancée d’un an, attribution d’un emplacement dans un cimetière ne correspondant pas au lieu de naissance, documents signés par un médecin qui ne fera partie du personnel que quinze ans plus tard. Plus surprenant, l’un le porte, lui, décédé, et sa sœur vivante. De plus, des renseignements sur ces enfants ont été demandés en 1972 et contiennent déjà des incohérences. D’après Francisco Rocafull, il s’agirait d’un cas d’adoption (illégale), alimenté au moyen d’une filière hospitalière (de nombreux documents, délivrés à des années d’intervalle et manifestement falsifiés, sont signés par le même médecin, un certain Docteur Boix), par une famille riche qui aurait d’abord souhaité un garçon, puis aurait préféré la fille, et aurait eu besoin des documents pour l’adopter légalement quelque dix ans après.

Des parents déterminés

Face à l’absence de documents, les familles victimes de vol d’enfants tentent de retrouver leur trace par tous les moyens : certaines sont allées jusqu’à consulter les registres de l’Eglise, concernant ce qu’on dénommait « les eaux du bon secours », équivalent de l’extrême-onction pour les mourants baptisés. Mais là non plus, elles ne trouvent rien. C’est d’ailleurs l’un des paradoxes de ce scandaleux dossier : ne rien trouver est la preuve qu’elles ont raison, que l’Etat, et les relais institutionnels leur ont menti, que marchent dans les rues espagnoles des milliers de personnes auxquelles on a volé leur véritable identité.

Les familles de victimes ont obtenu quelques exhumations de fosses, qui tendent à démontrer que les restes retrouvés sont numériquement bien inférieurs à ceux annoncés par les documents : ce sont bien elles qui ont raison de se battre pour qu’éclate la vérité au grand jour, et que justice leur soit rendue. Difficulté ajoutée, ces inhumations massives, prises en charge par hôpitaux et cliniques, se faisaient dans des fosses communes (on ne pouvait tout de même pousser la farce trop avant, et proposer à chacun une tombe individuelle et vide). C’est même souvent un argument pour ne pas réaliser l’exhumation ; on dit aux familles que les restes de l’enfant qu’elles recherchent seraient au fond de la fosse, recouvert par quelque soixante-dix autres fœtus décomposés. Pour l’heure, en Espagne, seulement une quinzaine de bébés ont été exhumés, au coup par coup. Et l’une des dernières exhumations, réalisées à Alcoy, dans une tombe individuelle, n’a mis à jour qu’un amas de linges. « Ils ferment les dossiers, et refusent de faire les exhumations parce qu’ils savent qu’ils ne vont trouver aucun reste d’enfants, s’insurge Eva, d’Alicante. Ils les ont volés et vendus. »

Le plus grand espoir des familles tient à l’implication d’enfants « adoptés », comme José Andrés, de Santa Pola, ou Margarita, d’Alicante, qui cherchent leur vraie famille, et s’interrogent sur les conditions de leur adoption. Puisqu’on a fermé la porte aux mères et aux membres de la fratrie, toutes et tous comptent sur les enfants pour que s’ouvrent les registres et que l’on puisse, enfin, savoir ce qu’il est advenu.

 

 

http://blog.mondediplo.net/2012-06-29-En-Espagne-les-enfants-voles-veulent-sortir-du

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:00

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http://www.contretemps.eu/fr/interviews/syriza-est-mouvement-embl%C3%A9matique-toute-leurope-entretien-david-harvey-3

 

 

 

David Harvey s’est trouvé en Grèce du 20 au 27 juin dans le cadre de la semaine qui lui était consacrée par les départements de géographie et d’urbanisme de l’université Harokopeion du Pirée. Il a accordé cet entretien, publié le 24 juin 2012, au quotidien grec de Syriza Avghi.

 

Aux élections du 17 juin, Syriza est arrivé en deuxième position à l’échelle nationale mais il était en tête dans le grand Athènes, le principal centre urbain, où vit un peu moins de la moitié des habitants du pays. Comment expliquez-vous ce résultat compte tenu du fait que la droite était largement en tête dans les quartiers aisés, tandis que les partis centristes, tout comme les couches intermédiaires, se sont affaissés ? Faut-il recourir davantage à la géographie marxiste ?

Oui, il nous faut certainement davantage de géographie marxiste. Je n’ai pas une vision d’ensemble des données démographiques mais, compte tenu de la dynamique de la situation, le plus probable est que les centres urbains soient davantage touchés par la crise que la province, où sans doute une forme d’autosuffisance alimentaire semble possible.

 

Dans la périphérie de la Grèce le chômage est cependant très élevé.

Oui, mais les structures sociales de ces régions, où les gens travaillent souvent à leur compte, où le coût de la vie est moindre, font que la population est moins dépendante des services sociaux qui ferment actuellement. Peut-être même que ces électeurs ont craint, comme on me l’a rapporté, que Syriza ne leur confisque leur maison… Je n’ai pas les données en main pour faire une estimation de la situation, je raisonne donc sur la base de ce qui s’est passé en Argentine au début des années 2000, où le chômage énorme affectait essentiellement les grandes villes. La province était moins touchée. Les conséquences de la crise ont d’une façon générale surtout affecté les habitants des zones urbaines. Quand on regarde la carte des résultats électoraux en Grèce, on remarque que Syriza a obtenu ses meilleurs résultats dans les grandes villes, à Thessalonique , au Pirée, dans les quartiers ouvriers d’Athènes. Cette inégale répartition spatiale des effets de la crise n’a rien d’inhabituel, mais il nous faut davantage de données pour donner des réponses plus précises.

 

La gauche radicale considère que la crise est systémique. Est-ce également votre avis ? Y a-t-il, et si oui dans quelle mesure, des spécificités de la crise grecque ? Pour les néolibéraux tout est dû à la taille et à la structure du secteur public.

Il y a certainement des caractéristiques qui sont propres à la Grèce, telles que le système fiscal, le niveau des inégalités et la dissimulation de la dette pratiquée pendant plusieurs années. Tous ces facteurs ont aggravé la crise mais en aucun cas je ne dirai qu’ils l’ont provoquée. La crise est bien systémique, il n’y a aucun doute là dessus. Une multiplicité de raisons, toutes liées au fonctionnement du système capitaliste, explique pourquoi le choc a été si violent et aussi pourquoi il s’est manifesté de façon si inégale selon les pays.

Certaines régions du monde n’ont pas été sérieusement affectées par la crise. Ce cycle, car il s’agit d’un cycle parmi d’autres de la crise, n’a pas touché l’Amérique latine de la même façon que l’Europe. Eux ont été frappés par la crise des années 2001-2002 et ce qui s’est passé c’est que, une fois la crise passée, ils ont pris conscience du problème. L’Argentine par exemple a réglé la question de sa dette, qui atteint actuellement à peine 7% de son PIB, alors que la dette allemande atteint 80%… A l’époque, plusieurs pays qui ne disposaient pas de réserves de devises ont été davantage touchés, par exemple dans le sud-est asiatique.

A un niveau plus général, ce qui a débuté comme crise de l’immobilier, liée aux subprimes, est devenu crise bancaire. Comme il a fallu sauver les banques,  la crise est devenue une crise de la dette publique et les pays qui ne disposaient pas d’excédents, et qui étaient par ailleurs confrontés à d’autres problèmes, se sont retrouvés d’emblée dans une posture difficile. Mais, une fois de plus, chaque cas est particulier.

Celui de l’Espagne par exemple découle d’une crise de l’immobilier et non d’une crise de financement de la dette publique comme en Grèce. Relevons toutefois qu’en Grèce, les dépenses publiques étaient également liées à l’immobilier, aux travaux publics et à la spéculation foncière. La dette a gonflé de façon significative lors de la préparation des Jeux Olympiques de 2004. Il y a une longue histoire désormais de villes, et parfois même de pays, qui se retrouvent ruinés suite à l’organisation de JO. Nous pouvons donc en conclure que la crise est systémique, mais que d’autres facteurs entrent en ligne de compte, qui façonnent et accentuent la forme que prend la crise sans en être la cause.

 

Le thème de l’une des conférences que vous avez donnée à Athènes est celui des « villes en tant que lieux de résistance et d’espoir ». L’un des principaux mots d’ordre de la droite grecque lors des dernières élections était de « reconquérir nos villes », d’en chasser les immigrés, les manifestants, etc. A qui appartiennent les villes en fin de compte ?

Le droit de chacun, individu ou groupe, à la ville est un enjeu du rapport de forces. Divers groupes réclament leur droit : des spéculateurs immobiliers, des traders de la bourse, des entrepreneurs… Et, bien entendu, lorsqu’il s’agit de sécurité, diverses tentatives populistes essaient de tirer profit de la situation, en promettant le rétablissement de l’ordre et la « reconquête des villes ». Il y a diverses versions de ces tentatives. Il y a les versions de droite mais il y a aussi celle des mouvements sociaux à l’échelle mondiale, par exemple le mouvement féministe ou celui qui réclame le droit de circuler la nuit (reclaiming the night). Eux aussi mettent en avant la sécurité, mais d’une autre façon. Ce droit est donc toujours un enjeu de négociations, de rapports de force.

La question est le droit de qui on décide de soutenir. En ce qui me concerne, je suis en faveur du droit de la population à faible revenu qui fait marcher la ville. Cette population a le droit de décider à quoi doit ressembler la ville qu’elle fait fonctionner et qu’elle rend vivable au prix de durs efforts.

L’éboueur, le commerçant, le serveur qui va livrer au riche sa tasse de café, la femme qui garde les enfants de la bourgeoisie, tous ces groupes n’ont aucun droit de participer aux décisions et pourtant ils subissent tous les inconvénients liés à la vie dans une ville dotée de moyens de transports et de possibilités de logement insuffisants. Je désire fortement voir apparaître un mouvement qui revendique la ville et qui représentera ceux qui sont marginalisés face à ceux qui disposent de tout le pouvoir économique, mais non le droit, de décider.

 

Pensez-vous que l’Europe pourra un jour se dégager de l’emprise des politiques néolibérales ? Les peuples européens sont ils prêts à exiger un autre système, qui s’écartera de la voie des privatisations, de la financiarisation et de la gestion de la crise que met actuellement en œuvre l’establishment européen ? La zone euro et l’Union Européenne sont-elles viables ?

Voilà de nombreuses et importantes questions ! En ce qui concerne le néolibéralisme, la réponse dépend de la manière dont il est défini. Pour moi le néolibéralisme est un projet de classe visant à concentrer la richesse entre les mains d’une couche très mince grâce à la financiarisation et aux autres moyens que vous avez mentionnés. Telle est en gros la définition du néolibéralisme depuis la fin des années 1970 et il constitue une constante des programmes d’ajustement structurel mis en œuvre par le Fond Monétaire International, qui visent toujours à sauver les institutions financières au détriment des populations.

Dans le monde de Keynes, on parlait de redistribution en faveur des pauvres et non en faveur des riches, comme c’est le cas depuis 30 ans. Et ce processus n’est nullement affecté par la crise. Durant ces cinq dernières années de crise mondiale les riches n’ont cessé de s’enrichir. Ce qui s’est passé en 1982 au Mexique avec le programme d’ajustement structurel se produit actuellement en Grèce. Vous rétribuez les détenteurs de titres de la dette, qui eux n’ont rien à payer, tandis que la charge incombe à la population.

Ce n’est donc pas la fin du néolibéralisme mais sa poursuite avec des moyens barbares. Tant qu’il n’y aura pas de prise de conscience de la nécessité de renverser ce modèle, je ne pense pas que sa dynamique sera altérée. Cette prise de conscience commence seulement à se faire à une échelle plus large. Au Chili, le mouvement étudiant a compris que si Pinochet est parti, le « pinochetisme » est toujours en place et c’est à cela qu’il faut s’attaquer. Les Britanniques se sont débarrassés de Thatcher mais pas du thatchérisme.

Je pense que Syriza est en Grèce une force politique qui comprend qu’il ne s’agit pas de se débarrasser des travers les plus gênants du modèle néolibéral mais du modèle lui-même. C’est la raison pour laquelle Syriza est un mouvement emblématique pour toute l’Europe. Nous avons vu en effet de nombreuses manifestations dans les rues d’Europe, les Indignés en Espagne, le mouvement des places en Grèce, mais c’est la première fois que nous voyons émerger de cela une force politique qui est mesure d’offrir une direction. Il faut étendre cela partout en Europe.

Quelque chose de cet ordre s’est produit, dans une certaine mesure, au Chili avec le mouvement étudiant, un sondage récent a indiqué que 70% de la population soutient la mobilisation. Dans la mesure où un parti s’approche du pouvoir et gagne en expérience politique, il est en mesure de formuler un discours alternatif au modèle néolibéral. Ce qui me semble si encourageant dans la percée de Syriza c’est que c’est la première fois que quelque chose de ce genre se produit en Europe.

Nous avons vu des partis socialistes ou sociaux-démocrates traditionnels, comme le PS en France, bouger mollement, nous voyons les travaillistes britanniques évoluer très timidement dans le sens d’une prise de distance avec le modèle dominant. Tout cela est positif mais personne de ce côté là ne s’est jusqu’à présent opposé avec détermination au néolibéralisme. 

(Traduction de Stathis Kouvélakis)

 

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 16:53

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http://www.bakchich.info/international/2012/06/27/les-banquiers-detestent-lislande-61472

 


A force d'enquêtes judiciaires, l'île aux volcans a fait drastiquement diminuer ses dettes. Etonnant non?

 

 

 

La crise financière mondiale, attisée localement par la cupidité aussi surprenante que hors norme des banquiers islandais, a bien failli rayer l’île  de la carte en 2008. 

 

Aujourd’hui c’est du côté de Reykjavik - que l’agence de notation Fitch a d’ailleurs relevé d’un cran à la mi-février - et qui a renoué avec la croissance en 2011 jusqu’à tabler sur un taux de 2,7% pour 2013 avec une balance commerciale redevenue excédentaire, que se déroule une véritable révolution dans l’indifférence quasi générale des médias européens.

 

Petit rappel d’islandais pour les nuls : C’est en 2008 que le phénomène a pris naissance. A l’époque, la Couronne Islandaise était sur le point de rejoindre l’épave du Titanic. Les Polonais employés en masse dans la pêche et la construction, allaient se résoudre à abandonner leur petit paradis d’immigration et à remettre le cap sur Varsovie. La bourse décidait de se mettre en sommeil après une chute de 76% en quelques jours, et le gouvernement nationalisait les banques Glitnir, Landsbanki et Kaupthing, dont la clientèle était – cherchez l’erreur - principalement anglaise et américaine pour leur éviter la faillite. Les dettes du pays frôlant alors 9 fois son PIB…

 

Entrée en scène fin octobre 2008, du FMI et des pays frères scandinaves auxquels s’est joint la Pologne reconnaissante, qui contribuent respectivement à hauteur de 2,1 et 2,5 milliards de dollars à la réparation des dégâts. 

 

Les pécheurs au harpon islandais qui se méfiaient comme de la peste d’une combine institutionnelle pour leur passer la corde au cou à la grecque, descendent dans la rue et chassent le gouvernement Conservateur de Geir Haarde en exigeant des élections anticipées.

 

En avril 2009 une nouvelle coalition de socialistes et d’écologistes prend les choses en mains sous la conduite de Johanna Siguroardottir, nouvelle Premier Ministre. Johanna, ex-hôtesse de l’air ayant bossé en usine pour fabriquer du carton d’emballage à poisson, a su garder les pieds sur terre. Première chef de gouvernement au monde à s’être mariée civilement avec sa copine Jonina Leosdottir, la dame n’a peur de rien et n’est pas prête à s’en laisser conter par les vautours de la finance. 

 

Des banquiers à l’amende

 

Un échéancier de remboursement de 3,5 milliards d’Euros sur 15 ans à 5,5% d’intérêt est donc négocié avec les principaux créanciers du pays et ceux des banques nationalisées. Las, l’islandais de base a fait ses comptes. Il redescend dans la rue pour demander que le projet de loi soit soumis à référendum. Le président lui donne raison en janvier 2010 et la consultation populaire organisée en avril donne 93% de refus de casquer à ce prix là.

 

Johanna fait donc savoir aux créanciers qu’ils vont devoir revoir leur copie. Afin de les convaincre que les Islandais sont têtus, le Parlement insulaire vote la nomination d’un Procureur Spécial, chargé d’enquêter sur les raisons du naufrage financier et d’en déférer les responsables présumés devant la justice.

 

 

 

 Le job est confié à Olafur Thor Hauksson qui n’a aucune compétence en criminalité financière et a été le patron de la très débonnaire police locale au cours des 10 dernières années. C’est le ministre de la Justice qui l’a encouragé à faire acte de candidature car personne d’autre ne s’est présenté pour ce sale travail. Eva Joly qui traquait la débauche financière avant de prendre une veste à l'élection présidentielle - la nôtre - va d’ailleurs payer de sa personne comme consultante pour mettre Olafur au parfum. 

 

Les leçons d’Eva sont profitables : dès le 11 mai 2010, le procureur lance un mandat d’arrêt international contre Sigurdur Einarsson, l’ancien patron de la banque Kaupthing. 

 

Sans doute bouleversé de découvrir sa tronche dans la rubrique des « wanted » du site d’Interpol, Einarsson rentre « volontairement » au pays dès le mois d’Août. Pour y répondre d’accusations de manipulation de marché, fraudes et escroqueries.

 

En septembre, c’est au tour de l’ancien Premier Ministre Geir Haarde de répondre d’accusations de négligence dans la gestion de la crise financière. 

 

Le 20 janvier 2011, le procureur Spécial qui commence à bien maîtriser son sujet, décide de se faire une petite perquise’ à la Banque Centrale Islandaise pour recouper des infos obtenues sur deux seconds couteaux, les MP Bank et Straumur Bank. En sortant, Olafur le justicier rend visite à Jon Thorsteinn Oddleifsson, l’ancien trésorier de la banque Landsbanki et lui passe…les bracelets.

 

Des enquêtes judiciaires 

font plier les créanciers

 

Etrangement, et sans qu’on puisse y lire une quelconque relation de cause à effet, les créanciers reviennent avec une nouvelle proposition d’apurement de la dette islandaise : on passe de 15 à 37 ans et le taux d'intérêt demandé tombe à 3% ! « Non et non ! » persistent à répondre les natifs consultés en Avril 2011 après que le président local, Olafur Ragnar Grimsson ait refusé de ratifier la loi précédente ayant pris en compte la dernière proposition des créanciers. 

 

Comme en écho à l’entêtement de ses compatriotes, le Procureur Hauksson fait arrêter en décembre 2011, Làrus Welding, l’ancien directeur général de la banque Glitnir. En avril 2012, c’est au Luxembourg qu’on retrouvera Hauksson et se petite équipe, supervisant une perquisition effectuée par la police du Grand Duché à sa demande, à la suite d’écoutes téléphoniques d’une petite centaine d’Islandais « ayant exercé par le passé des responsabilités dans le secteur financier islandais ». 

 

Il n’en faudra pas plus pour convaincre ceux qui n’ont pas encore quitté le pays de le faire brutalement en renonçant aux indemnités dodues qu’ils exigeaient jusque là à la suite de la nationalisation des banques et de leur licenciement un brin brutal il est vrai… 

 

 

La démocratie des volcans

 

Moins connue que sa grande-sœur athénienne, la démocratie à la sauce islandaise fonctionne tout de même depuis l’an 930. Ayant tiré les leçons de la crise, la convocation d’une assemblée constituante en décembre 2010 était donc une formalité.

 

Dès février 2011, les 25 élus (10 femmes et 15 hommes) issus de toutes les couches de la société, se mettent au travail. Un mois plus tard, ils deviennent officiellement le « Conseil Constitutionnel ». Lequel adopte à l’unanimité un projet de nouvelle constitution remis au Parlement le 27 juillet 2011.

 

Le projet devrait être soumis à référendum à la fin du mois- pendant que d’autres s’étriperont sans doute au sommet de Bruxelles - avant son adoption par le parlement ; à sa lecture, on en bave d’envie : le droit effectif de communication au public de toute la documentation détenue par les pouvoirs publics devrait être garantie par la loi ; de même que l’indépendance absolue des tribunaux ; et les sources de revenus des collectivités locales ; tout autant que la possibilité de lancer des commissions d’enquêtes sur les pratiques gouvernementales à la seule demande d’un tiers des membres du parlement ; sans parler des protections constitutionnelles prodiguées au journalisme d’investigation nées de l’Initiative Islandaise pour des Médias Modernes, déjà évoquée par Bakchich, pour lesquelles Wikileaks s’était fortement impliquée.

 

Les médias qui veulent poursuivre la traque mondiale des banksters nous ayant mis dans ce pétrin, savent donc maintenant où s’installer. De même que Jérôme Kerviel, s’il lui venait un jour l’idée de se lancer dans le consulting en organisation de back-offices dignes de ce nom…   

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 07:50

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http://blog.mondediplo.net/2012-06-01-La-fausse-solution-des-eurobonds

 

Au point où le destin de la zone euro, et en fait de l’Union tout entière, se trouve rendu à l’alternative radicale de l’explosion ou du fédéralisme complet, il semble bien que vae victis soit la réponse, malheur aux vaincus, aux demi-habiles et aux faux visionnaires, architectes prétendus d’une grandiose construction politique mais sans la moindre culture politique, ou du moins persuadés que l’ingénierie des pactes fiscaux pouvait leur en tenir lieu. Il est à craindre en effet que les ouvriers paniqués de la onzième heure ne puissent accomplir ce qui aurait dû être entrepris depuis très longtemps, mais à quoi en fait ils se sont toujours refusés, et que le temps compté d’une crise aigüe ne leur laissera pas accomplir : la construction d’une souveraineté démocratique européenne. Par quel miracle d’ailleurs les apprentis néo-démocrates pourraient-ils retrouver, en fait même trouver tout court, les voies d’une réintégration des peuples quand leurs efforts les plus constants n’auront eu de cesse de les tenir écartés depuis l’origine ? Fidèles à leurs réflexes incorporés et dans l’effroi de la destruction imminente, c’est de nouveau par la voie de l’ingénierie financière que les gouvernants européens pensent se sauver et finalement repousser encore un peu le moment politique fatidique.

Les eurobonds (façon Capitaine Haddock)

L’argument des eurobonds commence maintenant à être suffisamment bien connu pour qu’il soit nécessaire de s’y appesantir : la zone euro connaît des tourments hors de proportion avec ses données macroéconomiques consolidées : considérée dans son ensemble, elle affiche un déficit de 4,1 points de PIB et une dette publique de 87,2 points de PIB à la fin 2011 [1], soit une meilleure performance à tous égards que les États-Unis (9,6 % et 102,9 %) [2] ou le Royaume-Uni (8,3 % et 85,7 %) [3] – et quoique ce dernier ne perde rien pour attendre : la politique d’austérité y sera, y est déjà, aussi meurtrière que n’importe où ailleurs, et sans l’Europe pour faire aimablement diversion, on peut parier que les marchés financiers le prendraient rapidement à partie pour son ratio de dette voué à la même dérive que tout le monde. Si les données financières agrégées de la zone euro se comparent plus que favorablement à celles de ses homologues, il ne tiendrait donc qu’à une homogénéisation semblable de ses marchés de dettes publiques de « calmer la défiance », obtenir des taux d’intérêt avantageux, et sortir de la crise avec les honneurs.

On notera cependant que l’idée générale des eurobonds aura donné lieu à des versions fort différentes : pour les uns, c’est la part des dettes publiques nationales inférieure à 60 % qui devrait être mutualisée ; pour les autres au contraire, ce serait la part supérieure à 60 %… Faut-il le préciser, les propriétés respectives des deux formules n’auront pas grand-chose de commun ? Formulé en premier, le projet « en dessous de 60 % » porte l’empreinte de l’époque (2010) à la fois si proche et si lointaine où la crise n’avait pas encore pris le tour cataclysmique d’aujourd’hui, et il est comme marqué par un reliquat de prudence conçu pour ne pas effrayer « nos amis allemands ». Cependant, si le plafonnement à 60 % de la dette mutualisée a bien pour avantage (germano-compatible) de limiter les effets d’aléa moral, les États responsables de la dette excédante se trouvant par là supposément incités à ne pas la laisser diverger, la formule a évidemment pour inconvénient symétrique de ne pas régler fondamentalement le problème d’éventuels surendettements : on sait désormais de connaissance certaine ce que valent les incitations en question, et que les ratios de dette peuvent aller très loin au-delà de 60 % ! Gagner 4 ou 5 points de taux d’intérêt sur les 60 % mutualisés, la chose est sans doute fort bonne à prendre, mais continuer à payer le prix fort sur les 40 (Portugal), 60 (Italie), ou 100 (Grèce) points de PIB de dette excédentaires non couverts par le dispositif n’est pas exactement une assurance tout-risque contre la possibilité d’un défaut souverain.

La formule « au dessus de 60 % » a évidemment les propriétés rigoureusement inverses : la mutualisation de la part de dette « à problème » – précisément celle qui excède et peut diverger – annule le risque d’un défaut individuel… mais libère l’aléa moral, c’est-à-dire la douce négligence qui suit pour un État-membre de se savoir agréablement dilué dans la masse financière européenne où ses débords compteront pour rien – ou bien s’ils comptent, se trouveront amortis par les autres. Comme le capitaine Haddock, au dessus ou au dessous de la couverture, il va falloir choisir. En vérité, la situation européenne a sans doute déjà passé ce point de détérioration qui ne laisse plus qu’une seule solution pertinente – au dessus évidemment, si pas même en totalité.

Mais cette solution en est-elle vraiment une ? Il faudrait commencer par la faire avaler à l’Allemagne… Or on ne voit que trop les raisons accumulées qui la dissuadent de s’y rendre. L’Allemagne qui a réussi cette performance, c’était début janvier, de lever sur les marchés des fonds à six mois à taux négatif (-0,01 % !) [4] est à l’évidence celle des 17 qui a le plus à perdre : le taux moyen qui sortira d’une émission d’eurobonds ne pourra jamais qu’être supérieur à celui qu’elle paye actuellement. Sans doute pourrait-on tenter de l’attendrir en faisant valoir que la constitution d’un marché de dette publique européenne homogénéisé, brassant un encours global de 8,2 trillions d’euros [5], le deuxième du monde juste après les États-Unis, offrirait une prime de liquidité telle que, toutes choses égales par ailleurs, le taux d’une eurobond serait inférieur à la simple moyenne pondérée des taux nationaux actuels. Il est à craindre cependant que l’argument ne soit pas tout à fait suffisant – qui ne propose à l’Allemagne que d’y perdre un peu moins...

Les marchés, le tout et les parties

Il le sera d’autant moins que le surcoût de taux d’intérêt est finalement la moindre des objections que l’Allemagne ait à opposer à des eurobonds. La mutualisation des dettes souveraines européennes, ou de leur partie « à problème », produit en effet inévitablement un effet de centralisation avec la constitution d’une agence européenne de la dette, en fait amorce d’un Trésor européen en charge de collecter les contributions nationales au service de la dette « fongibilisée ». C’est ce Trésor européen, et non plus les Trésors nationaux, que regarderont les marchés financiers. Assurément les Trésors nationaux resteront-ils les contributeurs de dernière instance au service de la dette mutualisée dont le Trésor européen deviendra le répondant formel. Mais outre qu’il s’en trouvera bien quelques-uns pour imaginer un mécanisme rendant automatiques-coercitifs les abondements nationaux, le mécanisme de mutualisation produira tous ses effets sur le jugement des créanciers qui regarderont davantage la zone comme un tout, évalué selon sa capacité globale à servir sa dette globale, plutôt qu’en ses parties examinées individuellement et selon la logique caténaire du « maillon le plus faible ». Sinon une péréquation du service de la dette à proprement parler, les eurobonds produiront en quelque sorte une « péréquation de l’évaluation », une « péréquation cognitive » à défaut d’une péréquation financière. Et c’est précisément le but de la manœuvre !

Or c’est tout aussi précisément l’un de ces buts que l’Allemagne n’a aucun désir d’atteindre. Car les eurobonds modifient profondément l’agencement institutionnel qui détermine les rapports de l’intérieur et de l’extérieur de la zone. Dans sa configuration présente par exemple, la zone euro, qui laisse en apparence les États-membres indépendants et face à leurs propres difficultés, les solidarise en fait a minima du simple fait de la co-appartenance politique à l’Union et d’une clause implicite de « non-désintérêt mutuel » – certes formellement déniée par l’article 125 du Traité, mais d’une force politique suffisante pour avoir néanmoins imposé la création d’un Fonds européen de stabilité financière (FESF) et d’un Mécanisme européen de stabilité (MES). Dans cette configuration, le conflit politique intérieur, qui vient des sauvetages sur le mode de la main forcée, induit alors à l’extérieur la déstabilisation financière de paniques spéculatives à répétition. Comme la plupart des mauvais calculs européens, cette solidarité, consentie parce qu’elle était minimale, et par là imaginée comme la plus économe (notamment en externalités fiscales [6]), s’est au contraire révélée la plus ruineuse de toutes, à l’image de ces milieux de gué qui ajoutent les inconvénients des deux bords. La dissension interne y a eu pour inévitable suite la contagion externe, jusqu’au point d’aujourd’hui où l’ensemble même est menacé de périr.

C’est donc le dispositif institutionnel qui règle les effets de l’intérieur sur l’extérieur, et notamment le degré auquel le conflit « de solidarité » des États s’exprime en panique des marchés. L’invraisemblable clause de no bail out dans une Union se prétendant politique à la face du monde a logiquement conduit d’abord à une période de déni absurde avant d’en venir à des opérations de sauvetage trop visiblement contraintes et conduites dans les plus mauvaises conditions : dans un climat de réticence permanente, et par suite de crise aggravée.

Là contre, les eurobonds ont prima facie d’excellentes propriétés dès lors que l’interposition d’un Trésor européen fait écran et produit un effet de découplage, puisque les regards externes peuvent ignorer les tensions internes – en tout cas jusqu’à un certain point, de toute façon bien plus éloigné que le point de déstabilisation présent. Mais ce « certain point », en soi très bénéfique pour la zone considérée dans son ensemble, est beaucoup trop loin du point de vue de l’Allemagne, et lui fait même perdre ce à quoi elle tenait probablement le plus dans la construction européenne : l’installation des marchés de capitaux internationaux comme instance disciplinaire des politiques économiques nationales. C’est bien là en effet une conséquence qui suit – mais par construction ! – de l’effet de découplage propre aux eurobonds : les marchés ne regardant plus que l’institution en charge du service de la dette européenne mutualisée, ils peuvent se désintéresser relativement du détail des politiques économiques composantes. Qu’il y en ait quelques unes de déviantes, la chose est ma foi toujours possible, mais l’effet de consolidation impose sa logique et, au moins en première lecture, c’est le tout qui importe désormais aux yeux des investisseurs.

Ne pas perdre la normalisation
des « partenaires » par les marchés…

On ne dira jamais assez combien, avec la complicité de la France à moitié passive et à moitié idéologiquement consentante, l’Allemagne a pesé pour faire de l’exposition au jugement des marchés financiers la pierre de touche de l’organisation du système européen de politique économique. Et puisqu’on ne le dira jamais assez, alors on va le répéter encore. Dans le grand compromis qui a convaincu l’Allemagne d’abandonner son sacro-saint Deutschmark, il est d’abord entré l’imposition à tous les États-membres européens de son propre modèle de politique économique, par règles, traités et pactes interposés. Mais dans un moment d’ailleurs remarquable de lucidité politique, les dirigeants allemands de l’époque, et notamment Hans Tietmeyer, président de la Bundesbank, ont très bien réalisé que des règles ne valent que ce que valent les dispositifs en charge d’imposer leur respect – en l’occurrence pas grand-chose dans le cadre d’une Union faiblement intégrée entre États souverains. C’est pourquoi il leur a paru indispensable de parachever la construction économique d’ensemble en l’exposant grande ouverte à l’extérieur cœrcitif des marchés financiers, pas seulement européens mais mondiaux, force de frappe du pouvoir de la finance [7] capable de garantir par tous temps (et jusqu’à l’absurde) la normalisation des politiques économiques nationales mieux que n’importe quel système de règles.

C’est cet effet de normalisation que perd l’Allemagne en entrant dans le dispositif des eurobonds qui reconfigure – en l’occurrence sur le mode du découplage relatif – les rapports de l’intérieur (politique) et de l’extérieur (les marchés) de la zone, convertit le regard des créanciers en leur faisant prendre le point de vue consolidé, diminue par mutualisation-dilution l’impact des déviations individuelles… et, au total, abandonne les États dominants, en fait l’Allemagne, à la négociation politique comme unique solution de réduction des divergences économiques…

Que l’exposition aux marchés soit cela-même qui a porté les problèmes de la zone euro aux points d’irrationalité et d’hystérie qu’on sait, l’Allemagne n’en a cure. Elle ne voit en eux qu’un auxiliaire d’une inégalable puissance pour normaliser ses « partenaires » selon son canon. Aussi l’impossibilité de prendre les marchés à témoin à propos des parties la prive-t-elle du seul moyen fiable de cœrcition, dont elle faisait la condition de sa propre appartenance au tout. De fait, ces trois dernières années de crise ont assez montré la force réelle des règles – nulle. Que les marchés lâchent les politiques économiques nationales, ou plutôt soient conduits à se désintéresser relativement d’elles, c’est la réussite principale du dispositif des eurobonds… et pour cette raison même sa tare la plus rédhibitoire aux yeux de l’Allemagne !

…ou bien en faire des protectorats
de politique économique !

Et pourtant on peut imaginer d’ici rejouée la scène primitive, décidément indépassable, de la construction européenne, scène rendue plus aigüe encore sous le surplomb d’une crise ne laissant que l’alternative de l’effondrement et du dépassement, où l’ultimatum allemand (« à mes conditions sinon rien ! ») est voué à déboucher sur un nouveau compromis réglant bien moins le problème de fond qu’il ne le reconduit en pire. Car la crise, loin d’être une « simple » crise financière, est fondamentalement une crise politique, une crise de ce qu’on pourrait appeler « l’économie générale de la souveraineté », irrésolue tant que l’Allemagne inquiète – on peut d’ailleurs la comprendre – à l’idée de faire monnaie partagée, cherche obstinément les moyens institutionnels de garder sous (son) contrôle la souveraineté économique de ses partenaires – mais c’est cela le pas de trop qui sépare l’inquiétude légitime de l’entreprise insupportable de réduction des autres à la subordination.

Or il ne faut pas douter que c’est bien dans cette direction que persisterait l’Allemagne qui, forcée de négocier un système d’eurobonds, le conditionnerait sine qua non à un approfondissement, mais carabiné, de l’appareil disciplinaire interne, en fait en proportion de l’allègement de l’appareil disciplinaire externe (celui des marchés [8]). Et sans hésiter à aller jusqu’à des clauses de suspension des gouvernements à la moindre dérive, avec prise directe des commandes de leurs politiques économiques nationales par des équivalents-troïkas.

Décidément l’Europe monétaire, sans doute faute de l’avoir posé comme tel, ne se sort pas de son problème originel – problème de la maîtrise des externalités au sein d’une communauté de politiques économiques partie indépendantes, partie solidarisées. Et si le système des eurobonds résout (partiellement) le problème du côté « marchés financiers », par les effets mêmes de la mutualisation-consolidation, il n’y parvient qu’au prix d’un approfondissement de la contradiction du côté « politique », où il reconduit, en la poussant à un point probablement intolérable, la tare congénitale du mépris des souverainetés démocratiques nationales. Les eurobonds en place et le risque d’un défaut souverain (national) quasi annulé, il n’y aura plus à attendre des situations de crise sérieuse pour voir débarquer ces messieurs de la troïka, qui estimeront de leur devoir de s’inviter à la moindre incartade pour remettre à coups de latte dans le droit chemin le déviant à peine sorti des clous. La surveillance constante des politiques économiques nationales, jusqu’à les placer sous un régime de quasi-protectorat, sera ainsi présentée comme la « juste contrepartie » des facilités offertes par les eurobonds, et comme « nécessaire régulation » des effets d’aléa moral qui s’en suivent. Entre TSCG constitutionnalisant des règles d’or et police permanente de la politique économique, des eurobonds sous influence allemande pousseront donc la dépossession des souverainetés à un point où l’on testera à un degré inédit la capacité des peuples à supporter la vassalisation technocratique.

Misère (et épuisement)
de la médiocrité européenne

On ne voudrait pas tirer de conclusions trop générales à partir de l’hypothèse des tièdes vomis par Dieu ou de la condamnation du centrisme à l’inanité historique, mais il faut bien reconnaître dans le cas présent que les arrangements intermédiaires intensément explorés par les partisans du compromis à tout prix cumulent, comme souvent, l’irrésolution et l’inefficacité : une « union » mais entre composantes demeurant distinctes et indépendantes ; des règles (idiotes) entamant la souveraineté… mais que la souveraineté résiduelle fait violer ; de la solidarité mais pas beaucoup, incertaine, et suffisamment maugréante pour en faire toujours trop peu trop tard… quoique au point de faire d’un « petit » problème (la Grèce, 2 % du PIB européen) la cause possible de la mort de l’Europe entière…

Pour le pas en avant qu’ils se proposent de faire, les eurobonds ne sortent pas du marais des compromis tarés – et tarés notamment par leur entêtement à faire des souverainetés démocratiques la variable d’ajustement de leurs trouvailles financières. Depuis les règles mêmes des Traités jusqu’au futur régime de protectorat des politiques économiques sous eurobonds, en passant par le pacte de stabilité puis le TSCG, le mépris (l’ignorance ?) du principe fondamental de souveraineté est peut-être la seule vraie constance de la construction européenne – et la cause de son destin scellé, comme en témoignent ses dramatiques convulsions chaque fois qu’un de ses peuples reprend la parole pour dire non, les Grecs il y a un mois, peut-être encore bientôt, et puis à quand les Irlandais, les Espagnols, les Italiens, les Portugais… ou les Français ?

Il faut bien reconnaître qu’on pouvait se rendre aux eurobonds par des itinéraires – entendre : des intentions – fort différents, au point d’établir le bidule comme lieu d’un formidable malentendu, mais pas exactement de ceux qui entrent dans la catégorie des « ambiguïtés constructives »… À partir du point commun de la recherche effrénée d’une solution de tranquillisation des marchés (« restaurer la confiance »), s’y rejoignent en effet aussi bien ceux qui les voient comme une étape importante dans la trajectoire d’une construction fédérale… et ceux qui, tout au contraire, n’y voient qu’un astucieux bricolage de plus, imposé par la crise quand le compromis institutionnel actuel s’est montré défaillant, et permettant surtout de ne pas avoir à en aller jusqu’au fédéralisme [9].

Et puis il y a l’Allemagne – qui ne veut rien. Et surtout pas voir la contradiction proprement politique constitutivement installée au cœur d’une communauté de politiques économiques (relativement) indépendantes. Retour donc à la case départ : toute l’inventivité des eurobonds a été déployée pour tenter de détendre l’alternative de l’éclatement et du dépassement (fédéraliste) ; or rien n’a été détendu ! et l’on ne sort toujours de la contradiction princeps de l’actuelle construction européenne, contradiction politique du mépris des souverainetés, que… par l’éclatement ou le dépassement ! La stratégie du médiocre, c’est-à-dire du milieu, du marais, de l’indécision et des contradictions trop longtemps étouffées a vécu. Il va donc falloir trancher.

Alors le fédéralisme ? Mais qui en veut vraiment ? La moindre des choses serait d’avoir préalablement une discussion du concept même de « l’État européen », ou de la « République européenne », une discussion qui, en passant, confirmerait que toute cette histoire relève moins des concours Lépine de l’ingénierie financière que de la philosophie politique en ses questions les plus profondes – qu’est-ce qu’un État ? qu’est-ce qu’une nation ? dans quelles formes institutionnelles (variées) le principe de souveraineté peut-il se couler ? On se contentera, à défaut, de prendre une vue du paysage des volontés politiques sur la question, manière de savoir si les Français (les élites politiques françaises) ont une idée beaucoup plus claire que leurs homologues allemandes de ce qu’elles veulent vraiment.

La droite entre souveraineté nationale
et souveraineté étatique

Il est certain que le projet fédéraliste trouve des conditions d’épanouissement moins favorable à droite qu’à gauche, où le thème du « dépassement national », présenté le plus souvent (avec ce qu’il faut de distorsions intellectuelles) comme « dépassement du nationalisme », ajoute tout son effet propre. À l’évidence la droite est partagée sur la question, elle l’est en fait entre deux compréhensions possibles du terme de souveraineté : comme souveraineté nationale ou comme souveraineté étatique.

Réticente par héritage historique à l’abandon de souveraineté quand elle la comprend comme « souveraineté nationale », la droite s’efforce de freiner la tendance fédéraliste et de maintenir la construction européenne dans le cadre de l’intergouvernementalité. Inversement, quand elle entend « souveraineté étatique », la droite, dans sa fraction la plus libérale ne trouve que des qualités à tout ce qui est susceptible de faire reculer les possibilités de l’État : les règles, à plus forte raison quand elles sont d’or, et toutes les amputations des marges d’action discrétionnaire de la puissance publique sont naturellement la plus jolie chose au monde. Quant à l’idée de la tutelle du capital financier, par marchés interposés, sur les politiques économiques, elle est proprement géniale, formidable trouvaille qui permet à la fois de faire régner la plus inflexible normalisation et de toucher les bénéfices de la déploration contrite – soit le sommet de l’irresponsabilité politique : « qu’y puis-je, les marchés l’exigent… » Bien sûr la dualité des souverainetés, dont l’une est désirée et l’autre rejetée, finit par fracturer le camp de la droite, et dans le camp jusqu’à certaines têtes individuellement (comme celle, typiquement, de Nicolas Sarkozy), clivées sans synthèse possible et pour cause : ces deux souverainetés en fait ne font qu’une, celle de l’État n’étant jamais que l’institutionnalisation et l’opératrice de celle de la nation…

À gauche, le mythe de l’« Europe sociale »

À l’évidence, moins d’embarras à « gauche » avec les pesanteurs symboliques de la nation – signalons tout de même que par « gauche » on sacrifie ici, par commodité de langage, aux étiquettes communément en usage, pour entendre en fait le « socialisme de gouvernement », qu’à bien des égards on devrait requalifier plus justement de droite modérée [10]. Pour autant, du côté de cette gauche-là, les choses ne sont pas beaucoup plus simples, mais bien sûr pour d’autres raisons. On prête à François Mitterrand d’avoir été pleinement conscient, dès les multiples « tournants » du milieu des années 1980 [11], de ce que son engagement européen allait accoucher d’une Europe libérale, une Europe de droite donc, mais qu’il jugeait bon de souffrir pourvu que le cadre institutionnel en fût installé, et quitte à devoir attendre un peu pour que le dit cadre finisse par se remplir de contenus progressistes.

Ah ! la sage patience du long terme, dans lequel toutefois Keynes ne manquait pas de faire observer que « nous serons tous morts », mais nonobstant si caractéristique des dirigeants à prétention historique-prophétique, pour qui les transitions ne sont rien, seule comptant le triomphe terminal de la « vision » et peu importe les coûts qu’il aura fallu consentir entre temps. Il est vrai que ces dirigeants-là peuvent compter sur l’indéfectible soutien de tous les intellectuels organiques de l’universalisme abstrait, demi-savants et quart de philosophes, experts multifonctions et éditorialistes eux aussi désireux de montrer que l’alta vista est leur fort, cortège de suivants à qui leur confort matériel garanti permet d’envisager les idées générales les plus audacieuses, telle celle de « L’Europe », sans le moindre souci pour les négligeables contingences matérielles de leur réalisation – deux générations sacrifiées ? trois ? Qu’importe, les peuples eux aussi doivent apprendre à être à la hauteur de l’Histoire.

Evidemment, l’accumulation des pots cassés « intermédiaires » ne va pas, à « gauche », sans quelques remords de conscience. C’est pourquoi là où la droite peut se contenter d’invoquer les impératifs de la sagesse économique, la « gauche » se croit en devoir d’un supplément d’âme qui prend ordinairement la forme d’une promesse radieuse, en l’occurrence celle de l’« Europe sociale », illusion répétitivement servie aux populations qui commencent à trouver le temps long et à avoir besoin de quelques douceurs pour patienter dans le calme.

Sans surprise, et à mesure que le temps passe, en se faisant d’ailleurs plus dur, les douceurs commencent à être à efficacité marginale décroissante. Et pour cause, là encore : comme l’ont montré François Denord et Antoine Schwartz dans un livre court mais décisif [12], la genèse même de l’Europe, depuis la CECA et le marché commun, s’est faite sur des intentions véritables – et à l’instigation de certains personnages – qui vouaient l’idée même d’une « Europe sociale » à l’éternité des songes.

Pour qui voudrait l’argument sous une forme un peu plus détaillée, voire sous une forme un peu plus théorique, il faudrait invoquer, par image, la propriété de « non-ergodicité » propre aux trajectoires dite à « dépendance de chemin » (path dependency), propriété qui signifie qu’une trajectoire stochastique (l’étape n est un certain tirage aléatoire dépendant de l’étape n-1) ne peut plus, au bout d’un certain temps, espérer visiter tous les états initialement possibles, mais se trouve enfermée (lock-in) dans un sous-ensemble d’états de plus en plus restreint à mesure que le temps passe et que les étapes se succèdent. Cette métaphore mathématique (empruntée aux dynamiques qu’on nomme « processus d’urne ») s’applique plutôt bien à la construction européenne qui, au fil même de son processus de construction, s’est en effet progressivement enfermée dans une configuration institutionnelle durcie autour des principes néolibéraux, au point que la doctrine cristallisée est devenue consubstantielle à la structure elle-même. En d’autres termes, il ne faut pas imaginer que cette Commission pourrait d’un coup de baguette volontariste se mettre à révoquer le droit de la concurrence pour promouvoir un droit social européen, ou à faire soudainement dans la férocité à l’encontre de la finance… L’institution tout entière est à détruire – et à refaire.

In memoriam Pierre Mendès-France
et Parti socialiste

Ou bien en attente d’un équivalent gentil de la bombe à neutrons, qui conserve le bâtiment et les bureaux mais en nous débarrassant d’une armée d’eurocrates imbibés de néolibéralisme jusqu’au trognon. Pour repeupler l’immeuble autrement. Hélas la bombinette aimable est encore introuvable, ou plutôt, elle est toujours au même endroit, dans les mains du peuple, mais qui ne le « sait » pas – et dont la Boétie, il y a cinq siècles, déplorait déjà qu’il méconnût à ce point sa propre puissance. Inutile de compter sur nos amis « socialistes » pour lui en faire retrouver le sens : eux en sont encore à se claquer les doigts avec un pétard à mèche. Le plus drôle étant que, succulente ironie, il fut un temps, pas si lointain, où l’un des leurs, et pas le moindre, avait quelques idées un peu plus détonantes, Pierre Mendès-France, si fait !, qu’il vaut pour le plaisir de l’œil de citer un peu longuement, c’était en 1957, dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale :

« Nos partenaires (européens) veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à résister coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière (…)

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français (…)

Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée. On a vu des cas récents où des gouvernements étrangers ont combattu des projets de lois sociales en insistant sur le fait que leur adoption provoquerait des évasions de capitaux (…)

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ».

Le plaisir de l’œil, disait-on… Mais aussi celui d’imaginer les tronches interloquées des socialistes-de-gouvernement, redécouvrant leurs propres archives, leur propre inspirateur, leur propre devenir, et pour finir leur propre naufrage.

Dans « Le Monde diplomatique »

La dette, quelle dette, Jean Gadrey, juin 2012 (en kiosques)
En Grèce, les nouvelles élections législatives, prévues le 17 juin, se joueront sur la question de la renégociation de la dette. En France, une campagne populaire exige elle aussi un audit citoyen de la dette publique.

Notes

[1] Données Eurostat.

[2] Données FMI, World Economic Outlook 2012.

[3] Données Eurostat.

[4] Et a récidivé récemment par une émission, à deux ans cette fois, à taux quasi-nul.

[5] Pour les 17 de la zone euro. Données Eurostat, fin 2011.

[6] C’est-à-dire en transferts financiers divers du fait des contributions nationales aux divers fonds de sauvetage européens (FESF, MES).

[7] Pour reprendre le titre de l’ouvrage d’André Orléan, Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999.

[8] Non pas bien sûr que ceux-ci disparaissent mais, encore une fois, parce qu’ils s’intéressent désormais davantage au tout qu’aux parties.

[9] Position dont, par exemple, The Economist est un représentant caractéristique.

[10] Voir Frédéric Lordon, « Gauche de gauche, gauche de droite », Télérama, 2 mars 2012.

[11] Multiples car, à celui, le plus connu, de la politique économique de désinflation compétitive (1983), il faut ajouter celui de l’Acte unique, avec sa concurrence libre et non faussée (1984), et celui de la déréglementation financière (1986), quatre petites années où le destin de la société française a basculé pour de bon.

[12] François Denord et Antoine Schwartz, L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’agir, 2009.

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Published by valenton rouge - dans Europe
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