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 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 07:48

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/06/LAPAVITSAS/47794

 

La crise grecque approche du point de non-retour. Les décisions qu’Athènes s’apprête à prendre influeront sur l’évolution du projet européen au cours des prochaines années. Les commentateurs estimant que la Grèce est un « petit pays » — ne représentant que 2 % du produit intérieur brut (PIB) européen — et que l’impact d’une déflagration hellène sera aisément contenu n’ont peut-être pas pris toute la mesure de la débâcle actuelle.

par Costas Lapavitsas, juin 2012

La tempête qui balaie la Grèce résulte en premier lieu de sa décision de rejoindre la zone euro le 1er janvier 2001, un choix qui allait conduire à la dislocation de son économie. Le pays fait en effet les frais du mythe selon lequel l’adoption d’une « monnaie forte » placerait les économies faibles sur un pied d’égalité avec les plus robustes. On s’aperçoit désormais que de telles politiques finissent par affaiblir les acteurs les plus vulnérables — une logique dont le Portugal, l’Irlande et l’Espagne pourraient bientôt offrir une nouvelle démonstration.

Dans ces conditions, Athènes se dirige désormais vers une sortie de l’euro, et l’ensemble des pays de la périphérie européenne pourraient lui emboîter le pas — une procession dont les conséquences sur l’union monétaire ne seront pas anodines puisqu’elle conduira à la réintroduction de mécanismes de pilotage économique que le néolibéralisme avait conduit les Etats à abandonner.

Ses thuriféraires présentent volontiers l’union économique et monétaire (UEM) comme un pas décisif vers l’intégration européenne, incarnation institutionnelle de la solidarité qui unirait les populations de la région. Est-ce vraiment le cas ? L’euro est une monnaie de réserve internationale, capable de concurrencer le dollar. A ce titre, il sert, avant tout, les intérêts des banques et des grandes entreprises. Il s’agit également d’une construction toute particulière, apparue ex nihilo sur les bases d’une alliance hiérarchique entre Etats indépendants. Un tel agencement ne manque pas de soulever quelques problèmes qui, dès la genèse du projet, en annonçaient l’échec.

Première difficulté, la contradiction qui oppose politiques monétaires et budgétaires. L’espace monétaire de l’UEM a été construit comme homogène, permettant à la Banque centrale européenne (BCE) d’offrir le même taux d’intérêt à toutes les banques. L’espace budgétaire, en revanche, se caractérise par une grande hétérogénéité, puisque chaque Etat continue à exercer sa souveraineté en termes de recettes (impôts) et de dépenses. La discipline budgétaire — imposée par le Pacte de croissance et de stabilité (1), renforcée par le Pacte budgétaire (2) et supposée régler ce problème —, n’est pas parvenue (pour l’heure) à abolir la souveraineté budgétaire des Etats.

La seconde difficulté est passée plus inaperçue ; ses conséquences pourraient néanmoins faire grand bruit. Contrairement à l’espace monétaire de l’UEM, son environnement bancaire est également hétéroclite : il n’existe pas de « banques européennes », mais des banques françaises, allemandes, espagnoles... Même si, en régime de croisière, tous les établissements s’abreuvent de liquidités auprès de la BCE, elles se tournent vers leurs Etats respectifs dès que leur solvabilité est en doute. Les banques brassent donc une devise transnationale, mais demeurent adossées à des nations.

Au cœur de ces deux problèmes, l’absence d’un Etat fédéral européen — laquelle renvoie à l’inexistence d’un peuple constitué à cette échelle. La construction européenne a imbriqué des nations différentes en les enduisant du vernis uniforme de structures économiques communes. L’opération suffisait-elle à dépasser les spécificités nationales ? Peut-être pas. Cette réalité est d’ailleurs l’une des causes fondamentales de la crise de la zone euro, et l’un des principaux obstacles à sa résolution.

Contrairement à l’antienne selon laquelle des Etats indisciplinés auraient toléré la boursouflure de leurs dépenses publiques, la crise actuelle découle avant tout d’une perte de compétitivité des pays de la périphérie.

Les pays de la zone euro se sont eux-mêmes assujettis à un sévère carcan : taux de change fixés, politique monétaire unique et discipline budgétaire imposée depuis l’extérieur. Dans ces conditions, les gains de compétitivité ne pouvaient plus provenir que du marché du travail — d’où l’actuelle « course au moins-disant salarial » (3). Avec un grand vainqueur, l’Allemagne, dotée d’un Etat suffisamment fort et d’un mouvement social suffisamment faible pour imposer une telle rigueur.

Pour les autres, les pertes de compétitivité se soldent par des déficits de leur balance des comptes courants (4) — symétriques aux excédents affichés par l’Allemagne. Pour financer ces déséquilibres, les pays de la périphérie ont dû emprunter à l’étranger, un mécanisme huilé par la BCE qui mettait des liquidités peu coûteuses à la disposition des marchés. En conséquence, la dette — interne comme externe, publique comme privée — a gonflé démesurément.

Pour le dire autrement, la dette des pays de la périphérie européenne découle directement du gel des salaires en Allemagne... Mais la voie qui conduirait à amputer ceux versés aux Grecs, Espagnols, Irlandais, de façon à rattraper les « prouesses » de Berlin impliquerait une violence sociale telle qu’elle provoquerait des soulèvements et, probablement, l’implosion de la zone euro.

La question politique brûlante est la suivante : qui supportera les coûts d’un défaut sur la dette d’un des pays de la périphérie ? Et, en particulier, qui protégera les banques européennes contre cette déflagration ? Sans surprise — étant donné le poids des structures nationales au sein de l’union monétaire —, les pays du centre ont refusé de prendre en charge la dette de la périphérie. Il va sans dire que les Etats sont peu disposés à porter secours à des établissements bancaires étrangers.

L’Union européenne a donc opté pour le versement de prêts d’Etat à Etat, conditionnés à l’application de mesures d’austérité et d’ajustement structurel visant à comprimer le « coût du travail ». D’autres pistes — telles que l’émission d’euro-obligations, l’émission par la BCE de liquidités correspondant au montant de la dette ou l’établissement de transferts budgétaires (5) au sein de la zone — faisaient reposer une partie importante du sauvetage sur les épaules des pays du centre. Elles ont été écartées : introduites sans résolution du problème fondamental — l’absence d’Etat fédéral, ou la primauté des préoccupations nationales —, de telles mesures provoqueraient d’importantes crises politiques.

Au départ, la stratégie de l’Union européenne se heurte à la question des écarts de compétitivité. Puis l’accroissement de la dette des pays de la périphérie contribue à les affaiblir, et met en péril leur capacité à rembourser. De façon assez paradoxale, cette stratégie achoppe sur le caractère fondamentalement national des banques de la zone. Plus la crise dure, plus celles-ci se tournent vers les Etats-nations pour obtenir des fonds, bénéficier du mécanisme de soutien exceptionnel à la liquidité bancaire (permettant à une banque centrale nationale d’émettre elle-même des euros) et continuer à prêter. A mesure que les banques recherchent le refuge d’institutions non-européennes, l’union monétaire se fissure de l’intérieur.

Cette désintégration ne peut être enrayée qu’à la condition de changements majeurs au sein de l’UEM. Il faudrait, au minimum, un Plan Marshall visant à accroître de façon systématique la productivité de la périphérie, et donc sa compétitivité. Un tel projet implique de mettre en œuvre une politique redistributive en Allemagne, par le biais d’une hausse des salaires ; d’annuler (une partie) de la dette des pays de la périphérie ; et de mettre en place un système de transferts budgétaires au sein de la région. Enfin, on ne s’épargnera pas la mise à plat du système financier et la création d’une autorité capable d’en assurer la solvabilité. Rien d’évident, donc, puisque chacune de ces mesures requiert des changements sociaux et politiques majeurs.

Ceux que les dieux souhaitent détruire,
ils commencent par les rendre fous

Pour la périphérie, il est probablement déjà trop tard. La désintégration de l’UEM a provoqué une flambée de mouvements sociaux, attisée par une austérité dont aucune perspective de croissance ne tempère la brutalité. A commencer par la Grèce où les mesures de « sauvetage » ont provoqué une dépression sans précédent en temps de paix. La chute cumulée du PIB sur la période 2010-2012 atteindra probablement 20 %, cependant que le chômage avoisine les 25 %. L’impact sur les salaires et les retraites s’avère dévastateur. Les centres-villes sont en proie à de véritables désastres humanitaires.

Les composantes de la demande agrégée (6) demeurent déprimées. L’investissement a connu une baisse continue au cours des cinq dernières années et la consommation plonge elle aussi. Les exportations ont connu un rebond en 2010-2011, avant d’atteindre un plateau en 2012. La restructuration de sa dette, en mars 2012, a offert à la Grèce un répit de courte durée, et l’endettement public demeure insoutenable sur le long terme. Mais au cœur de la tourmente, la « troïka » — l’Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et la BCE — exige de nouvelles coupes budgétaires : entre 11 et 12 milliards d’euros pour la période 2013-2014, dans l’espoir d’amener Athènes à afficher un excédent primaire (7) conséquent. Ceux que les dieux souhaitent détruire, ils commencent par les rendre fous.

Mais les ravages de la monnaie « forte » ne sont pas uniformément partagés par la population grecque. L’élite souffre peu ; la baisse des salaires assomme les plus pauvres. Les agriculteurs ont également versé un lourd tribut à l’orthodoxie monétaire, bien que protégés par la hausse des cours des produits agricoles. La principale menace politique et sociale dans le pays demeure néanmoins l’effondrement de la classe moyenne : petits et moyens entrepreneurs, professions libérales et fonctionnaires. Sans surprise, la protestation s’intensifie et la lutte contre l’austérité a déclenché des grèves très suivies, des manifestations et des appels à la désobéissance civile.

Les élections du 6 mai ont démontré qu’une majorité s’oppose aux modalités du « sauvetage » de la Grèce, tout en souhaitant rester au sein de la zone euro. Le pays se trouve divisé en deux camps politiques : l’un se cristallise autour du parti de droite Nouvelle démocratie ; l’autre autour de Syriza, à gauche. Le premier attire ceux qui, pour l’heure, s’en tirent le mieux — notamment les classes dirigeantes. Le second s’est rapidement transformé en un parti de masse rassemblant ouvriers, employés et classes moyennes paupérisées.

Bien que les deux camps insistent sur le fait qu’ils souhaitent le maintien d’Athènes au sein de l’UEM, l’instabilité politique pousse inéluctablement le pays vers la sortie. Malheureusement, celle-ci pourrait se faire de façon chaotique, déclenchée, par exemple, par une panique bancaire (bank run) qui verrait des épargnants inquiets tenter de récupérer leurs dépôts. Même dans le cadre d’un scénario « chaotique », les étapes d’une telle sortie sont désormais connues de tous — au moins dans les débats internationaux.

Dans un premier temps, la Grèce rejette les termes de son sauvetage et suspend ses remboursements : elle fait défaut. Le pays reprend en main les leviers décisionnels lui permettant de s’attaquer à la crise et de transformer son économie. Il s’engage dans un processus d’audit de sa dette (8), sur la base des travaux d’une commission ayant examiné la nature — odieuse ou légitime — ainsi que la viabilité sociale de l’endettement hellène. Au défaut succède la réintroduction de la drachme, peut-être au cours d’un week-end. Athènes impose un contrôle des flux de capitaux. Le changement de monnaie déclenche (probablement) une triple tempête — monétaire, bancaire et commerciale —, dont il convient de traiter séparément les différents vents.

Sur le plan monétaire, les événements conduisent à la circulation parallèle de la drachme, de l’euro et peut-être d’autres formes de monnaie fiduciaire émise par l’Etat, ce qui modifie les pratiques bancaires et entraîne une vague de litiges.

Sur le plan bancaire, la crise résulte de l’incapacité des établissements à respecter leurs engagements dans un contexte où certains actifs et passifs émis sous loi étrangère demeurent libellés en euros. Les banques n’ont plus accès aux liquidités émises par la BCE et se voient fragilisées par le défaut hellène sur sa dette publique. Elles sont donc nationalisées, alors que le gouvernement annonce une garantie pour les dépôts en drachme. Des dispositions similaires protègent les entreprises exposées à des dettes étrangères. Enfin, la banque de Grèce retrouve sa capacité à frapper sa propre monnaie.

L’effondrement du taux de change de la nouvelle drachme annonce le volet commercial de la crise. A court et moyen terme, ce phénomène galvanise la compétitivité grecque, autorisant l’industrie à accroître sa part de marché intérieur ainsi que ses exportations. Il s’agit là d’une étape décisive pour relancer l’économie, et l’emploi. A très court terme, cependant, certains biens viennent à manquer (pétrole, médicaments, certaines denrées). Il est donc nécessaire de manipuler le taux de change et de faire usage de mesures administratives pour régler ces difficultés jusqu’au rééquilibrage de la balance des comptes courants.

Le choc à court terme d’une sortie est le prix à payer pour échapper au piège de l’UEM. La Grèce doit, par la suite, poursuivre le travail en mettant en place un vaste programme de redistribution des revenus et de la richesse, ainsi qu’une politique industrielle capable de dynamiser la croissance. Sans parler de la restructuration de l’Etat et de l’éradication de la corruption, deux mesures-clés.

Une sortie de la Grèce pourrait précipiter des décisions similaires de la part d’autres pays de la zone euro — une réaction en chaîne qui mettrait à mal les institutions et l’idéologie sur lesquelles repose la monnaie unique. Il est impossible de dire si les institutions monétaires seraient en mesure de résister à un tel choc, mais l’Europe entrerait dans une phase de bouleversements considérables. L’effondrement de l’expérimentation grandeur nature d’une « monnaie forte » pourrait être porteur de changements politiques et sociaux à travers tout le continent.

 

Costas Lapavitsas

Professeur d’économie à la School of oriental and african studies (SOAS) de l’Université de Londres. A dirigé l’ouvrage Crisis in the Euro zone, Verso, Londres, 2012.

 

 

(1) Adopté au Conseil européen d’Amsterdam, le 17 juin 1997.

(2) Ou Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), signé le 2 mars 2012. Lire Raoul-Marc Jennar, «  Deux traités pour un coup d’Etat européen  », Le Monde diplomatique, juin 2012.

(3) Lire Anne Dufresne, «  Le consensus de Berlin  », Le Monde diplomatique, février 2012.

(4) Somme des balances commerciales, des services, des transferts courants (dons, aides, etc.) et des revenus (salaires, dividendes, intérêts).

(5) Comment  ? Diverses pistes peuvent être envisagées. L’économiste John Maynard Keynes, par exemple, estimait qu’un fonds devait être créé permettant des transferts (qu’il assimilait à des prêts) des pays en situation d’excédent vers ceux en situation de déficit. L’Europe pourrait également procéder à des transferts sans prévoir de remboursement — il s’agirait dans ce cas d’une forme de «  philanthropie  » intéressée. On pourrait enfin imaginer que cet effort se fasse par le biais d’investissements de long terme, lesquels impliqueraient une intervention structurée, à l’image du Plan Marshall.

(6) La demande agrégée est la somme de la demande pour tous les biens et services finaux dans l’économie : consommation des ménages, investissements, dépenses des administrations publiques et solde commercial (exportations moins importations).

(7) Situation budgétaire positive d’un Etat, avant le paiement du service de la dette.

(8) Lire Jean Gadrey, «  La dette, quelle dette  ?  », Le Monde diplomatique, juin 2012

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:50

euro-ko-tee-shirts_design.pngLe 1er janvier 2002, la monnaie unique (créée en 1999) entrait en circulation. L’atmosphère de jubilation qui caractérisa la célébration de l’événement dans la presse tranche avec les doutes que suscite désormais une devise rêvée à Paris, conçue à Bruxelles et frappée à Francfort. Au point qu’investisseurs et entreprises s’interrogent : l’euro soufflera-t-il sa onzième bougie ?

par Antoine Schwartz, janvier 2012

France 2, 4 janvier 1999, journal de 20 heures. Depuis trois jours, l’euro est officiellement devenu la monnaie unique de onze pays de l’Union européenne. Un reportage livre le « récit d’une journée quasi festive sur les marchés financiers ». « L’euro est une révolution, une révolution bénéfique », analyse un responsable de la Bourse de Paris, avant que le gouverneur de la Banque de France, M. Jean-Claude Trichet, n’évoque « une joie sans mélange en voyant ce qui se passe actuellement ». Puis le présentateur, Claude Sérillon, interroge M. Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne : « Les financiers sont contents, les hommes politiques proeuropéens aussi. Mais est-ce que vous, homme de gauche, ça ne vous gêne pas que ça soit d’abord l’Europe de l’argent que l’on fête aujourd’hui ? » Son invité ne paraît guère troublé : « La monnaie unique, c’est plus de liberté pour la France, plus de marge de manœuvre en matière monétaire. A condition que l’Union économique et monétaire réussisse. »

« L’utopie sort de l’enfance... »

A-t-elle réussi ? Douze ans plus tard, M. Delors se montre désabusé : « L’Europe est au bord du gouffre », constate celui qui fut pourtant l’un des architectes de l’euro (Le Soir, Bruxelles, 18 août 2011). Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times, en doute lui aussi : « Si les dirigeants politiques avaient imaginé, il y a deux décennies, ce qu’ils savent maintenant, ils n’auraient jamais lancé la monnaie unique » (9 novembre 2011).

A la fin des années 1980, le projet était principalement défendu par les responsables français. François Mitterrand, à la fois soucieux de relancer l’intégration européenne et inquiet de l’hégémonie du mark allemand, envisage, pour contourner celle-ci, la création d’une nouvelle monnaie commune. Outre-Rhin, les dirigeants sont réticents. Pour les convaincre, le président français concède la libéralisation complète des mouvements de capitaux, sans harmonisation préalable. Un comité de banquiers centraux et d’experts, piloté par M. Delors, trouve une solution fort simple pour désarmer l’hostilité des « sages » de la Bundesbank (la « Buba », la banque centrale allemande) : l’Union économique et monétaire se fera aux conditions fixées par Bonn, la capitale de l’époque. La future Banque centrale européenne (BCE), indépendante du pouvoir politique, aura pour seule mission de veiller à la stabilité des prix. Cette conception, gravée dans le marbre du traité de Maastricht (signé en 1992), porte la marque très nette d’une doctrine particulière, celle de l’ordolibéralisme — le nom donné au néolibéralisme allemand.

Depuis l’avènement de la monnaie unique, le discours dominant s’est néanmoins évertué à en taire les fondements idéologiques. Pour la presse, l’euro était tout autre chose, et bien plus que cela. Une sorte de progrès de l’histoire — peut-être le plus grand accompli depuis l’invention de l’écriture. Pour Jean-Marie Colombani, alors directeur du Monde, il signe « une victoire de la volonté sur les marchés, de la détermination de quelques-uns sur les forces économiques » (Le Monde, 31 décembre 1998). Bernard Guetta estime pour sa part que l’Union européenne représente plutôt le « triomphe de la raison ». « Avec l’euro, le mouvement d’unification s’accélère » et doit conduire les peuples à l’Europe rêvée ; « l’utopie sort de l’enfance. L’âge d’homme l’attend », prophétise le journaliste (Le Nouvel Observateur, 31 décembre 1998).

Aux sceptiques, le directeur du quotidien Libération, Laurent Joffrin, rappelle que « la construction européenne incarne une politique de la raison avant d’être un émoi du cœur. (…) C’est d’ailleurs pour cela qu’elle représente un immense progrès et — si les peuples lui prêtent vie — un pas vers un stade supérieur de la démocratie ». Instituer une autorité qui échappe au contrôle des gouvernements pourrait pourtant sembler un progrès démocratique relatif… « On saute dans l’inconnu, rétorque l’éditorialiste ; cela s’appelle une aventure » (Libération, 1er janvier 1999).

Les médias s’efforcent de faire partager leur joie : « Le jour de gloire est arrivé », titre France- Soir (5 janvier 1999) ; « Naissance d’un continent », proclame en couverture Le Nouvel Observateur (31 décembre 1998). Las, un an plus tard, Le Monde admet que la nouvelle monnaie a d’abord représenté un cadeau fait aux investisseurs. « L’euro avait été conçu pour créer une Europe plus intégrée, plus solidaire, plus puissante. Il devait être le “meilleur instrument possible de maîtrise de la mondialisation”, comme disait Dominique Strauss-Kahn en mars 1999. Dans les faits, la monnaie unique a plutôt renforcé la concurrence entre les pays européens pour attirer les investisseurs extérieurs » (5 janvier 2000).

Ce constat n’empêche pas la presse de ressortir serpentins et confettis pour fêter la mise en circulation des pièces et des billets en euro. « Vive l’euro ! », exulte L’Express (27 décembre 2001). Alliés des autorités politiques et monétaires, bien des journalistes ne doutent pas que la population partage leur engouement pour cette « nouvelle solidarité en marche » (Le Journal du dimanche, 2 septembre 2001). Les Américains avaient jadis marché sur la Lune ? Les Européens pourront désormais voyager sur le continent sans s’embarrasser de calculs de change trop compliqués. Le journaliste Jean Boissonnat s’enflamme : « Le monde entier s’étonne : par quel miracle ces peuples d’Europe, perclus de rhumatismes, sont-ils capables d’inventer quelque chose d’aussi incroyable qu’une monnaie unique (1)  ? »

Dans les médias, nul n’en doute : la nouvelle monnaie « nous » permettra de « peser » sur la scène internationale, de concurrencer le dollar. Même les nouvelles pièces et les nouveaux billets, à l’esthétique incertaine, suscitent l’émoi des éditorialistes : ils « mettent un peu de chair sur cette entité lointaine, et un peu plus de partage entre les Européens », estime Libération (3 janvier 2002). Au Jour de l’an, les télévisions filment la poignée de consommateurs venus les premiers retirer la précieuse devise aux distributeurs automatiques. L’éditorialiste Eric Le Boucher lui aussi se pâme : « Une vraie révolution, concrète, quotidienne et acceptée non sans joie, si l’on en croit les millions d’Européens qui se sont précipités pour acheter les kits et qui ont, comme à Noël, joué avec ces belles pièces étincelantes » (Le Monde, 30-31 décembre 2001).

Dans la population, les explosions de joie sont plus modérées. Déjà, de mauvais esprits craignent que le passage à l’euro n’entraîne une hausse des prix. « Comme c’est commode !, s’emporte un chroniqueur. Les prix flambent, aussitôt on crie haro sur l’euro. Le danger, comme partout, c’est l’amalgame. (…) Quand le poujadisme sort du bois, il faut rappeler des choses simples. L’euro est désormais un fait, une chance pour la France et l’Europe » (Le Journal du dimanche, 2 septembre 2001). La ligne de défense est fixée : toute opinion rétive, toute pensée critique sera disqualifiée et taxée de « démagogie » ou de « populisme ». Autant d’anathèmes promis à un brillant avenir, en particulier lors de la campagne référendaire de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen (2). De son côté, M. Trichet accorde son satisfecit aux Français : « Il y a un consensus entre les grandes sensibilités politiques du pays qui ont voulu cette monnaie unique. Nous sommes très émus et assez fiers d’être arrivés à ce résultat » (France 2, 30 août 2001).

Des verrous idéologiques ont sauté

Quand survient la crise des subprime, les commentateurs reprennent l’antienne de M. Delors : « L’euro nous a protégés. » Le 9 avril 2007, l’Espagnol Rodrigo de Rato, directeur général du Fonds monétaire international (FMI) et ancien ministre des finances de M. José María Aznar, affirme avec ravissement qu’« aujourd’hui, l’Europe est un continent dont la prospérité et la diversité suscitent l’admiration du monde entier. (…) Sous l’impulsion de dirigeants visionnaires, des institutions ont été créées qui incarnent l’intégration économique croissante du continent ». En observateur avisé, il ajoute : « L’Europe continue de jouer un rôle important dans la stabilité mondiale et sa contribution au développement reste inestimable. Les économies européennes sont solides » (Le Figaro, 9 avril 2007). On ne saurait se montrer plus clairvoyant…

Depuis, le ton a changé. Des verrous idéologiques ont sauté. L’opportunité même d’un abandon de l’euro est discutée. Et pour cause : la crise fait apparaître au grand jour les contradictions essentielles qui minent l’union monétaire. Avant tout, l’interdiction faite à la BCE de prêter directement aux Etats, ce qui permettrait de tenir en respect les marchés financiers. Le gouvernement français, adoptant une position qu’il aurait jadis qualifiée de… « populiste », souhaite une intervention plus massive de la BCE dans le rachat des dettes publiques. L’autorité de Francfort estime, au contraire, avoir déjà outrepassé ses missions et ses statuts en rachetant une partie de la dette de pays en difficulté ; elle se refuse toujours, malgré la crise, à sortir de l’ornière ordolibérale.

Alors, euro ?


Antoine Schwartz

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/SCHWARTZ/47206


Coauteur, avec François Denord, de L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’agir, Paris, 2009.

(1) Jean Boissonnat, Europ€, année zéro, Bayard, Paris, 2001.

(2) Lire Serge Halimi, «  Médias en tenue de campagne européenne  », Le Monde diplomatique, mai 2005.

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:45

arton16167-2cc7a.jpgAvec ses dizaines de millions de chômeurs, de précaires, de pauvres, de sans abris etc., l’ Europe s’enfonce profondément dans la misère. Les peuples d’Europe, comme des « esclaves », sont réduits à vivre au jour le jour sous la dictature brutale du capital. Leur vie et leur destin sont entre les mains des multinationales, des marchés financiers, des agences de notation, des experts de l’Union Européenne, de la BCE, du FMI qui décident à leur place. Les gouvernements leur répètent à longueur de journée et de nuit que leur prospérité, leur salut et leur bonheur résident dans les plans de rigueur et d’austérité. Et lorsqu’on leur organise des élections, les instituts de sondages et les médias se chargent de les « aider » en leur dictant leur choix. Cette « farce démocratique » se produit régulièrement et porte à la tête de l’État des partis dont la mission est d’ exécuter les ordres des monopoles qui détiennent, eux, le véritable pouvoir. Parfois, la classe dominante ne juge même pas utile de procéder aux élections. Elle choisit directement ses gouvernements sans se soucier le moins du monde de l’avis des populations. Quelques jours seulement ont suffit pour remplacer Georges Papandreou et Silvio Berlusconi. A leur place, la bourgeoisie a mis des hommes qui vont servir ses intérêts d’une manière plus brutale et plus violente en appliquant sa politique de destruction de ce qui reste encore du tissu économique et social. La Grèce et l’Italie sont désormais sous tutelle de l’Union européenne. La souveraineté nationale et la démocratie sont ainsi vidées de leur contenu et transformées en mascarade grossière et ridicule.

En Espagne, J.L. Zapatero a ruiné son pays à coups de plans d’austérité avant de céder sa place à Mariano Rajoy. Quelques mois seulement après les élections législatives de novembre 2011, les espagnols se sont rendus compte que M. Rajoy pour lequel ils ont voté massivement applique les mêmes recettes économiques que J.L Zapatero. Plus de 100 000 chômeurs supplémentaires rien que pour le mois de février 2012, portant le nombre total d’hommes et de femmes privés d’emploi à 4,7 millions, record absolu pour l’Espagne de Zapatero et de Rajoy ! (1). Déçu, désemparé et révolté, le peuple d’Espagne est sorti massivement le 19 février 2012 et se mettra en grève générale le 29 mars pour protester contre cette politique de misère imposée par le capital par gouvernements interposés. Les régions autonomes de Valence (2) et de Galice (3) connaissent de fortes mobilisations populaires contre cette même politique misérable menée par le gouvernement régional et central. En Andalousie, durement frappée par le chômage, les ouvriers agricoles renouent avec l’occupation des terres. Depuis le 4 mars 2012, 500 journaliers agricoles occupent la Finca Somonte près de Cordoba (4). Cette occupation des terres rappelle les glorieuses luttes menées par les habitants de Marinaleda dans les années 80 (5).

Les Pays-Bas, présentés avec l’Allemagne comme un modèle à suivre et à qui les agences de notation ont accordé le « triple A » connaissent à leur tour une nette augmentation du chômage et une récession persistante (6). Comme les autres pays de l’Union Européenne, ils subissent de plein fouet la crise du capitalisme. La bourgeoisie hollandaise va profiter de cette situation pour tailler dans les dépenses publiques de l’Éducation et de de la Santé notamment. Elle profitera également pour « flexibiliser » un peu plus le marché du travail au grand bonheur des patrons néerlandais.

Les quelques différences de degré et non d’essence qui existent entre l’UMP et le PS, deux partis qui alternent au pouvoir en France depuis des décennies au mépris de ce qu’ils appellent les « petits partis », ne suffiront évidemment pas pour renverser cette tendance de fond. Bien au contraire, cette alternance, profondément ancrée dans l’Union Européenne, ne fait qu’empirer la situation économique et sociale des travailleurs. La bourgeoisie française, comme toutes les autres bourgeoisies européennes, est déterminée à venir à bout de l’ensemble des acquis sociaux arrachés de haute lutte par des générations successives. Tout au long de la campagne électorale, la classe dirigeante française a distillé, comme un venin mortel, son discours haineux et fascisant et a créé un climat étouffant et détestable. Jamais la France n’a connu une campagne électorale aussi médiocre que dangereuse. Globalement elle a réussi relativement facilement à occulter durant toute la campagne électorale, grâce à ses médias, les malheurs qui rongent la vie des citoyens au quotidien (chômage, précarité, Santé, Éducation, logement etc.). Et quel que soit le parti qui sortira vainqueur des élections présidentielles et législatives de 2012, il aura comme tâche essentielle de poursuivre la politique d’austérité avec toutes ses conséquences dramatiques sur les couches populaires.

Dans toute l’Europe, avec ou sans élections, à l’Est comme à l’Ouest, c’est toujours la même politique servant les mêmes intérêts qui est poursuivie : maximisation des profits quel que soit le prix à payer par les populations.

Corruption, scandales financiers, affaires en tout genre se multiplient au moment même où la bourgeoisie exige des classes populaires des sacrifices de plus en plus insupportables (7). Parachutes dorés, retraites chapeau, actions gratuites, primes, bonus et autres stock-options sont allègrement octroyés aux dirigeants des grandes entreprises même lorsqu’ils procèdent aux licenciements de ceux qui ont produit ces richesses, les salariés.

Pour masquer sa responsabilité dans la destruction massive des économies européennes et détourner la colère et le combat des travailleurs et des salariés en général des véritables problèmes économiques sociaux et politiques, la bourgeoisie européenne fabrique des boucs émissaires. L’Étranger, le Noir, le Musulman, le Rom, le Sans Papiers etc, dont la bourgeoisie n’a plus besoin de leur force de travail, sont présentés à une population traumatisée et paupérisée par les différents plans d’austérité comme les véritables responsables des malheurs de l’Europe. La classe dirigeante tente, par cette stigmatisation généralisée, d’occulter sa faillite économique et morale. Elle mobilise alors les gouvernements, les médias, la justice etc., pour traquer ces ennemis qui « volent » l’emploi des « vrais » européens et rabaissent « la civilisation européenne ». Rappelons pour mémoire que c’est au nom de cette même « civilisation » que la bourgeoisie européenne, poussée par la recherche effrénée du profit, a envahi et colonisé le monde entier au prix des pires massacres de l’histoire. Les crimes de la bourgeoisie en Europe et dans le monde, souvent au nom de cette prétendue « civilisation », sont innombrables et dépassent le cadre de cet article.

Mais malgré tous ces malheurs, le capital et la classe qui le porte, la bourgeoisie produisent et préparent en même temps les conditions matérielles de transformation sociale et du dépassement du capitalisme. Les travailleurs et les salariés en général n’ont absolument rien à attendre de ce système qui les opprime. Par contre, ils ont tout un monde à gagner en travaillant unis à leur propre émancipation. Rappelons que dans ce système la vie des hommes en elle-même, n’a aucune valeur !

L’abolition du capitalisme et la construction du socialisme restent les seules perspectives. Le socialisme, toutefois, n’est pas un dogme, un modèle, un idéal, mais un mouvement qui puise sa force dans la réalité économique, sociale et politique engendrée par le capitalisme lui-même. La société bourgeoise actuelle a de plus en plus de mal à masquer l’opposition entre le développement prodigieux des sciences et techniques qui donne une puissance scientifique à la production jamais égalée dans l’histoire et le partage des richesses qui restent concentrées entre les mains d’une minorité : richesses fabuleuses pour une petite partie de la population d’un côté et misère sordide pour la majorité de l’autre !

L’exemple de la situation matérielle des couches populaires, par rapport à la minorité dominante en Grèce, en Espagne, au Portugal, et bientôt en Italie, au Royaume-Uni, en France, sans parler des pays de l’Europe de l’Est, est éloquent à cet égard. Le développement des associations caritatives comme les Restos du Coeur en France ou la distribution de la soupe populaire par les mairies et l’église en Grèce, le travail des enfants qui quittent l’école pour aider leurs parents au chômage, ne sont que quelques signes visibles de cette misère qui s’étend en Europe. Le paupérisme en Europe est une réalité que la propagande de la classe dominante a du mal à cacher.

Mais le capitalisme ne disparaîtra pas de lui-même. Plus il s’enfonce dans la crise et plus il devient dangereux. On le voit en Europe avec les agissements du capital financier qui est une composante essentielle du système pris dans sa globalité. On le constate également dans le monde arabe où l’impérialisme tente de briser, directement ou indirectement, l’élan et la vitalité révolutionnaires des peuples. En Amérique latine, il utilise tous les moyens en sa disposition pour anéantir ou bloquer les expériences originales d’un certain nombre de pays qui tentent de sortir du capitalisme pour aller vers le socialisme : contrôle des ressources naturelles, nationalisation de vastes secteurs de l’économie, répartition plus équitable des richesses, accès universel à l’Éducation et à la Santé, protection de l’environnement, résistance à l’impérialisme américain etc. etc.

Le crépuscule du capitalisme ne signifie donc pas l’aube du socialisme.

Si certains pays d’Amérique latine déploient des efforts réels pour progresser vers le socialisme du 21ème siècle, l’Europe, elle, s’enfonce dans la nuit obscure du capitalisme : privatisations de tous les secteurs de l’activité économique, asservissement total au capital, montée du néo-fascisme, guerres intérieures et extérieures, mépris absolu de la vie des hommes, etc. etc. Malheureusement, le projet du passage à la société socialiste n’est qu’un horizon lointain pour les forces du progrès en Europe. Laminée par le chômage de masse et « la guerre de tous contre tous » sur un marché du travail désormais mondialisé, la classe ouvrière en Europe peine à produire des directions syndicales et politiques capables de résister efficacement aux assauts du capitalisme. La bourgeoisie tire sa force de la faiblesse de ses ennemis de classe.

Pourtant, ici ou là des révoltes éclatent. Elles sont encore timides, émiettées, isolées les unes des autres, éphémères et sans projet réellement socialiste. Mais la fuite en avant de la bourgeoisie dans les politiques d’austérité va aggraver encore la situation matérielle de vastes couches de la population. Les travailleurs et l’ensemble des victimes du capitalisme en Europe doivent se préparer à de nouveaux combats s’ils ne veulent pas voir leurs conditions d’existence empirer. Les forces du progrès, dans chaque pays d’abord, doivent amplifier les mobilisations qui existent déjà avant de les étendre à toute l’Europe ensuite. La lutte contre le capitalisme vieillissant ne doit pas se limiter à une guerre d’escarmouches contre ses effets. Il faut oeuvrer en même temps à sa disparition et à la construction du socialisme.

Mohamed Belaali

http://belaali.over-blog.com/

(1) http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne...

(2) Voir le journal Le Monde du 1er mars 2012, page 2,

(3) http://www.elmundo.es/elmundo/2012/03/11/galicia/1331473505....

(4) http://www.medelu.org/Tierra-y-libertad

(5) http://belaali.over-blog.com/article-un-village-andalou-5581...

(6) Le Monde du 4/5 mars 2012 page 5.

(7) http://belaali.over-blog.com/article-qu-elle-est-jolie-la-re...

Voir également l’enquête Eurobaromètre de la Commission Européenne : http://ec.europa.eu/luxembourg/news/frontpage_news/12_2012_f...

 

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http://www.legrandsoir.info/europe-crepuscule-du-capitalisme-et-horizon-du-socialisme.html
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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:56

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Comment caractérisez vous le moment que traversent plusieurs pays de l’Union Européenne (UE) qui comme la Grèce ont des dettes publiques énormes ?

On peut comparer leur situation avec celle de l’Amérique latine au cours de la seconde moitié des années 1980.

Pour quelles raisons ?

L’explosion de la crise de la dette en Amérique latine a eu lieu en 1982. La crise bancaire privée a éclaté aux Etats-Unis et en Europe en 2007-2008 et s’est transformée à partir de 2010 en une crise de la dette souveraine causée notamment par la socialisation des pertes des banques privées |1| et par la réduction des recettes fiscales provoquée par la crise. Dans le cas européen comme latino-américain plusieurs années après l’éclatement de la crise, on se trouve dans une situation dans laquelle les créanciers privés et leurs représentants réussissent à dicter des conditionnalités à tous les gouvernements. Ils font pression sur ceux-ci pour qu’ils mettent en place des politiques brutales d’ajustement qui se traduisent par une réduction des dépenses publiques et une réduction du pouvoir d’achat de la population. Cela conduit les économies à une situation de récession permanente.

Pourtant, même aux pires moments, l’Amérique latine n’a jamais eu le niveau qu’a aujourd’hui la majorité des pays de la zone euro qui dépassent 100% du PIB.
Le niveau de la dette européenne est impressionnant. Dans le cas de la Grèce, il s’agit de 160% du PIB et plusieurs pays de l’Union Européenne ont une dette qui atteint ou dépasse 100% de leur production. Il est clair qu’il y a des différences au niveau de ces deux crises mais dans la comparaison que je fais le niveau d’endettement n’est pas l’aspect fondamental.

Vous voulez dire que votre comparaison se centre sur les conséquences politiques de ces deux crises.

C’est bien cela. Lorsque je compare l’Europe aujourd’hui avec l’Amérique latine de la seconde moitié des années 1980, je veux dire que les créanciers dans le cas de l’Europe, c’est-à-dire les banques européennes et la Troïka (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne) exigent de la Grèce, par exemple, des mesures très similaires à celles du Plan Brady qui a concerné l’Amérique latine à la fin des années 1980.

Pourriez-vous l’expliquer de manière plus détaillée ?

A la fin des années 1980, les créanciers de l’Amérique latine : la Banque mondiale, le FMI et le Club de Paris ainsi que le Trésor étatsunien et le Club de Londres pour les banquiers ont réussi à imposer leur agenda et leurs conditions. Les créanciers privés ont transféré une partie de leurs créances aux institutions multilatérales et aux Etats via la titrisation, c’est à dire en transformant des crédits bancaires en titres. Une autres partie des créances des banques ont subi une décote et ont été transformés en de nouveaux titres à taux fixe. Le Plan Brady a ainsi joué un rôle important à la fois dans la défense des intérêts des banquiers et dans l’imposition de l’austérité permanente. Le plan de sauvetage de la Grèce est très semblable : on réduit la valeur du stock de dettes, il va y avoir un échange de titres avec les banques européennes en les remplaçant comme dans le cas du Plan Brady par de nouveaux titres. Les banques privées réduisent ainsi leurs créances sur la Grèce (le Portugal, l’Irlande,…) comme elles l’avaient fait sur l’Amérique latine. Progressivement et massivement, les créanciers publics prennent leur place en exerçant une pression énorme pour que les remboursements des nouveaux titres détenus par les banques soient réalisés intégralement. L’intégralité des fonds prêtés à la Grèce ira au remboursement des dettes. Dans le même temps ces créanciers publics (la Troïka) exigent une austérité permanente en matière de dépenses sociales de l’Etat, des privatisations massives, une régression en matière de droits économiques et sociaux jamais vue depuis 65 ans (càd depuis la fin de la seconde guerre mondiale) et un abandon substantiel de souveraineté de la part des pays qui ont le malheur d’avoir recours à leurs prêts. En Amérique latine, cette période a été baptisée : la longue nuit néolibérale.

Les créanciers ont également obligé les pays d’Amérique latine à réduire les salaires, les retraites, les dépenses sociales et à se plier religieusement au paiement de la dette.

C’est pour cette raison que je dis qu’on est dans la même situation. En Europe, celle-ci ne concerne pas encore tous les pays mais les maillons les plus fragiles comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Italie, l’Espagne, la Hongrie, la Roumanie, les Républiques baltes et la Bulgarie. Cependant, ces pays pris ensemble représentent environ 170 millions d’habitants sur une population totale de l’Union Européenne de 500 millions. La plupart des autres pays européens appliquent à un degré certes moins brutal des politiques sociales extrêmement conservatrices : Grande Bretagne (62 millions d’habitants), Allemagne (82 millions hab.), Belgique (10 millions hab.), France (65 millions hab.),…

La conséquence politique de la crise de la dette en Amérique latine a été la création de l’Etat néolibéral. Est-on en chemin vers cela en Europe ?

Ce n’est pas nouveau. Cela fait déjà trois décennies que les politiques néolibérales sont appliquées en Europe. Il est évident que la réponse à la crise du FMI, des gouvernements représentant les classes dominantes, des grandes banques et des et des grandes entreprises industrielles consiste à appliquer une thérapie de choc telle que décrite par Noémie Klein. Leur objectif est de finaliser le projet néolibéral entrepris par Margaret Thatcher en 1979-1980 en Grande Bretagne et qui s’est progressivement étendu à l’Europe au cours des années 1980. Pour les pays d’Europe centrale et de l’Est ex-membres du bloc soviétique, il s’agit de la deuxième thérapie de choc en 25 ans.

Mais en Europe l’Etat Providence demeure.

Comme je viens de le mentionner, les gouvernements ont commencé un travail de destruction du Pacte social et des acquis populaires de la période 1945-1970. C’est ce que Thatcher a commencé. Après la seconde guerre mondiale, durant trente ans à trente-cinq ans, les peuples avaient accumulé des conquêtes et avaient obtenu un Etat Providence avec un système de protection sociale assez solide : des conventions collectives, un droit du travail, etc. qui protégeait les travailleurs et réduisait significativement le travail précaire. Thatcher a voulu détruire cela mais au bout de trente ans de politiques néolibérales en Europe, ils n’ont pas encore terminé le travail en Europe ce qui fait qu’il en reste quelque chose.

Et la crise de la dette en Europe est l’opportunité de consolider ce qui avait commencé par Thatcher.

La crise permet une thérapie de choc comme celle menée par les créanciers et les classes dominantes en Amérique latine au cours des années 1980 et 1990.

Au Pérou, elle a été appliquée en août 1990.

Nous sommes au cours d’une phase qui comprend une nouvelle vague de privatisations des entreprises publiques. En Europe, ils vont privatiser les entreprises publiques significatives qui restent encore.

Est-ce que l’Europe sera également confrontée à la doctrine de sécurité qui a été appliquée en Amérique latine où les syndicats étaient qualifiés de terroristes ?

L’autoritarisme dans la manière d’exercer le pouvoir politique augmente en Europe, c’est évident. Ils dont déjà mis en place au cours des dernières années des lois pour criminaliser les mouvements sociaux, des lois anti-terroristes. La répression augmente mais ne prend pas la forme de l’élimination physique des activistes comme l’Amérique latine les a connus lors des pires moments de la fin des années 1970 et du début des années 1980. La situation européenne ressemble d’ailleurs là aussi à celle des pays d’Amérique latine. Après les dictatures sanglantes (Argentine, Chili, Uruguay, Brésil des années 1970 début des années 1980), ont été mises en place des régimes de transition (Chili, Brésil) ou des démocraties qui ont appliqué une politique néolibérale très dure. En Europe, nous vivons une période de marginalisation du pouvoir législatif, la mise en place de gouvernements d’affaires (comme en Italie), d’abandon du dialogue social combinée à des tentatives de restriction du droit de grève, à la limitation des piquets formés par les grévistes afin de bloquer l’entrée des entreprises, de répression des manifestations de rue.

Comment réagissent les parlements nationaux européens face à ce paquet de mesures ?

Les parlements en Europe sont marginalisés car la Troïka dit aux gouvernements : "Si vous voulez des crédits, il faut que vous mettiez en place des mesures d’ajustement et il n’y a pas de temps disponible pour des délibérations au Parlement". Certains plans doivent être adopté en quelques jours, voire en 24 heures.

Comme on l’a vu en Grèce.

Oui c’est ce qui vient de se passer en Grèce. La Troïka a exigé un plan. Il a fini par obtenir l’accord du Parlement grec le dimanche 12 février au cours de la nuit. Mais le lendemain, le Commissaire européen aux Affaires économiques a dit qu’il manquait 325 millions d’euros de coupes supplémentaires et a donné un délai de 48 heures au gouvernement grec. Cela montre que le parlement grec n’a aucun pouvoir de délibérer et que le gouvernement est sous la tutelle de la Troïka.

Cela a donné lieu à une gigantesque manifestation. Ce n’est pas seulement en Grèce qu’il y a de grandes manifestations mais également au Portugal, en Espagne, en France, en Italie avec une intensité moindre pour l’instant mais qui vont se renforcer. On a des mobilisations dans de nombreux pays d’Europe y compris en Grande Bretagne. En Belgique, nous avons eu en janvier 2012 la première grève générale depuis 18 ans. La grève a paralysé l’économie belge et les transports pendant 24h.

Que doit faire la Grèce pour sortir de ce problème ?

La Grèce doit arrêter de se soumettre aux dictats de la Troïka en suspendant unilatéralement le paiement de sa dette pour obliger les créanciers à négocier à des conditions qui leur soient défavorables. Si la Grèce suspend le paiement comme l’Equateur l’a fait en novembre 2008, tous les détenteurs de bons vont les vendre à 30% (ou moins) de leur valeur faciale. Cela mettra en difficulté les détenteurs de titres et donnera davantage de force au gouvernement grec même dans cette situation si difficile.

L’Equateur a suspendu le paiement des titres en novembre 2008 après un processus d’audit mais sans se trouver dans le même cas que la Grèce. L’Argentine a suspendu le paiement en 2001 dans une situation semblable à la grecque.
La comparaison convient en effet mieux à l’Argentine qui n’avait pas les liquidités pour payer. Elle a suspendu le paiement et ne l’a pas repris pendant trois ans (de décembre 2001 à mars 2005) pour ce qui concernait les marchés financiers et jusqu’aujourd’hui par rapport au Club de Paris (c’est-à-dire plus de 10 ans). Ce faisant, elle a renoué avec la croissance économique et a imposé aux créanciers une renégociation de dette avec une décote de 60%.

Cela a eu pour conséquence que l’Argentine est restée exclue des marchés financiers jusqu’aujourd’hui.

C’est vrai mais l’Argentine même exclue des marchés financiers depuis 10 ans et ne payant rien au Club de Paris pendant cette même période a une croissance annuelle moyenne de 8%. Cela démontre qu’un pays peut avoir des sources alternatives de financement face aux marchés financiers. L’Equateur non plus n’émet pas de nouveaux titres sur les marchés et il a connu une croissance de 6% en 2011 tandis que la Grèce a subi une chute de 7% de son produit intérieur brut.

Mais l’Equateur s’endette auprès de la Chine à des taux assez élevés.

C’est vrai. Il faut trouver le moyen de maintenir sa souveraineté par rapport à ces nouvelles sources de financement. C’est pour cela qu’il faut accélérer la mise en place de la Banque du Sud.

Revenons à la Grèce, une grande partie des analystes y compris vous-mêmes soutenez qu’une grande partie de la dette grecque est illégitime.

Bien sûr.

Mais cela, seul un audit peut le démontrer.

Une partie du mouvement social européen a tiré les leçons de l’expérience latino-américaine. Nous avons fait la proposition d’un audit citoyen de la dette qui a eu un écho énorme. Il y a des audits citoyens en cours ou en train de démarrer dans 7 pays européens (Grèce, France, Portugal, Espagne, Irlande, Italie et Belgique) et cela sans l’appui du gouvernement.

Croyez-vous que cela se terminera tout particulièrement dans le cas grec par un audit officiel.

On verra. Cela impliquerait un changement de gouvernement, c’est-à-dire qu’il faudrait que le mouvement social soit suffisamment fort pour en terminer avec les solutions gouvernementales favorables aux créanciers et qu’on ait un gouvernement alternatif. Dans le cas de l’Amérique latine, ça a pris 20 ans pour y parvenir.

Il en faut donc beaucoup pour changer l’orientation des gouvernements européens comme celui de la Grèce.

En effet on est dans une crise qui risque de durer 10 ou 15 ans. Nous sommes seulement à la première phase de la résistance. Ca va être très dur. Il faut de manière urgente que les mouvements sociaux d’Europe réussissent à exprimer dans les faits une solidarité agissante avec le peuple grec et constituent une plate-forme commune européenne de résistance à l’austérité afin d’obtenir l’annulation des dettes illégitimes.

SOURCE : http://www.cadtm.org/Eric-Toussaint-Europe-soumise-a

Notes

|1| Le coût du sauvetage des banques a été pris en charge par les pouvoirs publics européens. Les pays où l’impact sur la dette a été le plus élevé sont : l’Irlande, la Grande Bretagne, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas. Le processus est toujours en cours car d’autres sauvetages bancaires sont à prévoir.

Interview par Carlos Alonso Bedoya publiée le 19 février 2012 dans le quotidien péruvien, La Primera. La présente version a été entièrement revue par Eric Toussaint.

Traduction de Virginie de Romanet revue par Eric Toussaint

Eric Toussaint, docteur en sciences politiques et président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) est membre de la Commission d’audit intégral sur le crédit public en Equateur (CAIC) dont l’action a abouti à la suspension de paiement d’une partie de la dette équatorienne. Pour lui, la Grèce doit arrêter de payer la dette et doit se rebeller face à la Troïka composée de la Banque centrale européenne, du FMI et de la Commission européenne sans quoi elle s’enlisera dans une récession permanente.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:16

europe-debt-crisis-greece-ultimatum.jpgLa Grèce a donc officiellement manqué à son engagement de payer ses échéances aux prêteurs privés. Ce fut une faillite "ordonnée", plus négociée que simplement annoncée, ce qui est à mon sens une bonne chose. Cependant, l'histoire est loin d'être terminée.

Même avec cet allègement de la dette, la Grèce - tout comme d'autres pays européens obligés d'imposer des mesures d'austérité dans une économie déprimée - semble condamnée à de nombreuses années de souffrance.

Et c'est une histoire qu'il nous faut raconter. Lors des deux dernières années, l'histoire grecque a été, ainsi que l'a démontré un récent article sur les politiques économiques, "interprétée comme une parabole des risques de prodigalité fiscale". Il ne se passe pas un jour sans qu'un homme politique ou un expert ne proclame, avec l'air de celui qui partage sa grande sagesse, que nous devons réduire drastiquement les dépenses du gouvernement maintenant ou nous allons nous transformer en Grèce, en Grèce je vous dis.

Pour prendre un exemple récent, lorsque Mitch Daniels, le gouverneur de l'Indiana, a prononcé le discours républicain en réponse au discours sur l'Etat de l'Union, il a insisté sur le fait que "nous sommes tout près de la Grèce, l'Espagne et d'autres pays européens qui font face à une catastrophe économique". Au fait, il semble que personne ne lui ait dit que l'Espagne avait une faible dette d'état et faisait des bénéfices à la veille de la crise ; elle est aujourd'hui en crise grâce aux excès du secteur privé, pas du secteur public.

Cependant, ce que l'expérience grecque nous montre réellement, c'est que si avoir des déficits lors d'une période clémente peut vous mettre en difficulté - ce qui est en effet l'histoire de la Grèce, mais, par contre, pas de l'Espagne - essayer d'éliminer les déficits une fois que vous avez déjà des problèmes, ça c'est la recette pour vous retrouver dans une dépression.

Ces temps-ci, les dépressions causées par l'austérité sont visibles partout dans les pays secondaires européens. La Grèce est le pire cas de figure, avec un taux de chômage qui atteint les 20 pourcent alors même que les services publics, y compris le système de couverture santé, s'effondrent.

L'Irlande, cependant, qui a fait tout ce que les partisans de l'austérité désiraient, est dans une situation épouvantable, avec un taux de chômage qui atteint les 15 pourcent et son PIB réel a subi des chutes à deux chiffres.

Le Portugal et l'Espagne sont eux aussi dans une situation très critique. De plus, l'austérité lors d'une crise ne fait pas que répandre la souffrance. De plus en plus de preuves attestent qu'elle est intrinsèquement vouée à l'échec même en termes fiscaux purs, à cause du mélange de la chute des recettes due à une économie déprimée et des perspectives d'avenir à long terme inquiétantes qui réduisent la confiance du marché et rendent le poids de la dette future encore plus difficile à supporter.

Il faut se demander comment des pays qui dénient systématiquement à leur jeune génération toute perspective - le chômage des jeunes en Irlande, qui était autrefois plus bas que celui des Etats-Unis, atteint aujourd'hui presque les 30 pourcent, alors qu'il avoisine les 50 pourcent en Grèce - sont censés avoir une croissance suffisante pour éponger leur dette.

Ce n'est pas du tout ce qui aurait dû se passer. Il y a deux ans, alors que de nombreux hommes politiques et experts se sont mis à appeler de leurs vœux l'austérité plutôt que la relance, ils ont promis des bénéfices importants en réponse aux efforts fournis. "Cette idée selon laquelle des mesures d'austérité pourraient déclencher une stagnation est incorrecte", déclarait Jean-Claude Trichet, alors président de la Banque Centrale Européenne, en juin 2010. Il insistait, au contraire, sur le fait qu'une discipline fiscale inspirerait confiance et que ceci conduirait à une croissance de l'économie.

Et le moindre soubresaut dans une économie d'austérité est utilisé comme la preuve que ces mesures fonctionnent. L'austérité irlandaise a été vantée comme étant un franc succès pas une, mais deux fois, la première était à l'été 2010, puis à nouveau à l'automne dernier ; à chaque fois, la soi-disant bonne nouvelle s'est rapidement évaporée.

L'on pourrait se demander quelles alternatives des pays comme la Grèce et l'Irlande possédaient et la réponse est qu'ils n'avaient et n'ont toujours pas d'alternative satisfaisante, si ce n'est sortir de l'euro, une mesure extrême, que leurs dirigeants ne peuvent prendre, de façon réaliste, à moins d'avoir épuisé toutes les autres options - cet état de fait est selon moi de plus en plus proche pour la Grèce.

L'Allemagne et la Banque Centrale Européenne pourraient décider de rendre cette mesure extrême moins nécessaire, à la fois en exigeant moins d'austérité et en faisant davantage pour redonner de l'énergie à l'économie européenne dans son ensemble.

Mais l'élément essentiel est que les Etats-Unis, eux, ont une alternative :  nous avons notre propre monnaie et nous sommes en mesure d'emprunter à long terme à des taux historiquement bas, nous n'avons donc pas à entrer dans cette spirale infernale d'austérité et de contraction économique.

Il est donc temps de cesser d'utiliser la Grèce comme une mise en garde contre les dangers des déficits ; d'un point de vue américain, la Grèce devrait plutôt être envisagée comme une mise en garde contre les dangers que comportent une réduction trop rapide des déficits, alors que l'économie est encore fortement déprimée. (Et oui, malgré quelques nouvelles plus souriantes dernièrement, notre économie est encore dans une profonde dépression).

La vérité, c'est que si l'on souhaite savoir qui essaie réellement de transformer les Etats-Unis en Grèce, ce ne sont pas ceux qui espèrent une relance pour notre économie toujours déprimée ; ce sont ceux qui exigent que l'on copie l'austérité de la Grèce, même si nous n'avons pas à faire face aux contraintes d'emprunt grec, et qui ainsi nous plongeraient dans une dépression à la Grecque.

Paul Krugman
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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:10

a semaine dernière, la Commission européenne a retiré de la Toile une vidéo dans laquelle l’Europe, incarnée par une femme blanche, est menacée par trois hommes, un asiatique, un "oriental" et un Noir. Racisme grossier ? Le porte-parole de l’institution plaide la bourde naïve et parle de méprise.


L’asiatique, bien entendu, fait des kata, il a probablement un nunchaku planqué dans la chaussette ; l’indien, genre sikh aux yeux de charbons, est barbu, enturbanné et manie le sabre tel un coupeur de tête ; quant au Noir, doté d’une musculature qui ne va pas sans rappeler celle des fauves de la savane, il est agile et grimpe partout. Un peu comme un léopard.

L’Europe, elle, est une femme, belle, douce et multiple (tant qu’à faire). Si douce et multiple qu’à la fin, elle entoure ces barbares agressifs et les fait asseoir. En fait, ils ont bien compris, que s’ils ne s’exécutent pas, elle va les niquer, cette jolie blanche qu’ils s’apprêtaient probablement à violer tous les trois parce qu’ils ont ça dans le sang, la violence contre les femmes, alors que nous, non, la preuve l’Europe est une femme.

Bon voilà, la moralité, c’est qu’ensemble on est plus fort. Contre qui, contre quoi ? Y’a qu’à voir la vidéo pour s’en faire une idée.

 

 

 


 


Un clip raciste édité par l’Union Européenne par Super_Resistence

Ce stupéfiant petit film, bourré de stéréotypes racistes et essentialistes a été pensé, réalisé puis mis en ligne le vendredi 2 mars par les communicants de la délégation générale de l’élargissement de l’Union européenne de la Commission de Bruxelles. Face au tollé soulevé, il en a été retiré le mardi suivant, 6 mars. Le temps de faire un petit buzz sur Internet mais sans que la presse, en tout cas française, n’en fasse vraiment ses choux gras.

Que s’est-il passé ? La commission européenne a-t-elle refilé les clefs de sa cellule com. à un eurodéputé d’extrême-droite ? A un publicitaire crypto-fasciste ? Joint hier au téléphone par Regards.fr, Peter Stano - porte-parole de Stefan Fulle, le membre de la Commission chargé des politiques d’élargissement et de voisinage de l’Union européenne - nie en bloc. « Le malentendu vient du fait que ce clip était destiné à une tranche de population très spécifique, les 17-24 ans, argumente-t-il. Nous avons voulu utiliser le langage et les codes de cette génération. Les trois hommes pratiquent des arts martiaux et se situent dans l’univers des jeunes, le cyberespace, les jeux vidéos. D’ailleurs, durant les 5 jours où ce film est resté en ligne, il a été vu environ 500.000 fois et les réactions du public visé ont été plutôt très favorables ». D’où, alors, sont venues les pressions qui ont conduit les gens de la Commission européenne à retirer cette vidéo ? « De médias traditionnels et de personnes à qui elle n’était pas destinée, assure Peter Stano. Quand leurs accusations de racisme nous sont tombées dessus, nous avons décidé de l’annuler car nous ne souhaitons pas entrer dans une polémique ».

Ce serait donc pour lui une méprise. « L’objet de la campagne que nous menons actuellement, et dont ce film n’est qu’un élément, est de promouvoir l’élargissement de l’Union européenne. Nous avons fait le pari de jouer avec les clichés afin de lutter contre les préjugés... Le message qu’on veut faire passer, c’est celui du respect et que l’on peut s’entendre en discutant », explique le porte-parole en faisant référence à la chute du clip.

Un message, c’est peu de le dire, plutôt brouillé. Les représentations de l’étranger et de l’européenne sont au contraire si caricaturales et désignent si clairement des étrangers non-occidentaux que l’on a peine à croire que les communicants n’ont pas anticipé les protestations. C’est pourtant ce qu’affirme Peter Stano : « C’était une expérience. Après toutes ces réactions négatives, nous serons désormais bien plus attentifs car on a compris que certains sujets sont très glissants. La prochaine fois, on utilisera des extra-terrestres pour ne pas risquer la polémique ! »

Une pirouette qui confirme étrangement que l’Europe semble avoir besoin d’un "autre" hostile pour vendre son élargissement. Mais qui surtout en dit long sur l’absence de réflexion sur le fond qu’a suscité cette affaire à la Commission. L’erreur, selon eux, c’est d’avoir choisi les mauvais morphotypes à la mauvaise époque... Un bourde stratégique en somme. Un peu court comme enseignement. Une institution telle que l’Europe aurait pu en profiter pour se demander si elle est fondée à se comporter comme le vulgaire service commercial d’une entreprise en raisonnant en terme de "public ciblé" à qui on propose ce qu’il est censé attendre en faisant fi des dimensions politique et éthique du message ; Elle pourrait aussi faire un peu d’introspection : quels que soient les arguments avancés, ce film témoigne bien de l’enracinement profond dans certains esprits (en l’occurrence européens) de la conviction d’appartenir à une civilisation supérieure. Mais visiblement, du côté de Bruxelles, l’affaire de la "vidéo raciste" n’a pas suffit à mettre ces questions sur la table.

 

http://www.regards.fr/societe/la-commission-europeenne-est-elle

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:20

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http://www.bastamag.net/article2185.html

 

 

Explosion du chômage, saignée dans l’éducation, salaires impayés, privatisations généralisées, élections reportées : les Grecs s’installent dans l’austérité imposée par la technocratie européenne au profit du secteur bancaire. Si la contestation ne faiblit pas, une alternative politique peine à émerger du fait de la division de la gauche. Basta ! est allé à la rencontre d’acteurs de la résistance.

« On ne se bat pas seulement contre les mesures d’austérité imposées par l’Union européenne. C’est devenu une bataille pour la liberté et la démocratie », affirme Alexandros Frantzis. Ce biologiste fait partie des Indignés athéniens. Comme beaucoup de Grecs, il est révolté par les mesures imposées par la « troïka » (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI) pour l’octroi de son nouveau plan de sauvetage, validé le 21 février. Parmi les multiples exigences : la création d’un compte budgétaire bloqué consacré au remboursement de la dette et au paiement des intérêts, et l’inscription dans la Constitution grecque, dans les deux mois à venir, de la priorité donnée au service de la dette. Un engagement de la Grèce à payer les créanciers étrangers avant toute dépense nationale.

Pour Alexandros, ce plan constitue un inadmissible abandon de souveraineté : « La Grèce ne contrôle définitivement plus son budget. » Et les élections, sans cesse repoussées ? « Les élections, on a arrêté ! C’est mauvais pour l’économie », ironise sa camarade Sissi. La troïka a déjà exigé la signature des deux partis au pouvoir – Pasok (socialistes) et Nouvelle Démocratie (conservateurs) – invités faire appliquer sans condition les mesures validées par le nouveau plan en cas de victoire aux prochaines élections. Des élections très démocratiques, donc, puisque le programme – soufflé, voire imposé par des institutions européennes et internationales – ne peut varier d’une ligne. Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, avait d’ailleurs proposé de reporter les élections grecques (prévues en avril) pour mettre en place un gouvernement de techniciens. Jusqu’à l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, qui se demande comment maintenir des élections dans un tel contexte : « Personne ne le dit, mais il ne peut y avoir d’issue en Grèce qu’avec un pouvoir militaire »

Le fisc allemand s’installe en Grèce

Autant de déclarations qui attisent la colère des Grecs, déjà échaudés par les déclarations suggérant une « mise sous tutelle ». Des manifestants athéniens ont brulé un drapeau allemand, et des journaux ont publié des caricatures d’Angela Merkel en uniforme nazi. Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, a déclaré le 29 février qu’il souhaitait la création d’un commissaire européen délégué à la « reconstruction de la Grèce », pour superviser la gestion du pays. La proposition de la Commission européenne d’envoyer des dizaines d’inspecteurs permanents à Athènes ne devrait pas apaiser les tensions. Le ministre des Finances allemand a annoncé la semaine dernière que plus de 160 contrôleurs des impôts se sont déjà portés candidats pour un séjour en Grèce, afin d’aider à rendre plus efficace la collecte des impôts.

Sans compter que ce deuxième plan de « sauvetage » marque une étape supplémentaire dans la perte de souveraineté de la Grèce : les nouvelles obligations grecques émises sur le marché sont régies par le droit britannique et non grec, comme c’était le cas du premier plan de 2010. Conséquence : l’arbitrage des conflits entre l’État grec et ses créanciers privés se fera au Luxembourg. Les créanciers pourront saisir les biens grecs et sont protégés en cas de future restructuration de la dette grecque.

Écoles fermées, bibliothèques abandonnées...

La nouvelle aide européenne est accordée en échange de mesures d’austérité renforcée. Objectif : 3,2 milliards d’euros d’économies en 2012. Un plan quasiment inapplicable avec des moyens de plus en plus réduits, comme la réforme fiscale à mettre en œuvre d’ici à juin. Ministres et Parlement enchaînent ces dernières semaines les réunions pour valider point par point les éléments du mémorandum négocié entre la Grèce et la troïka. Le 12 février, le Parlement a entériné la baisse de 22% du salaire minimum, qui passe de 740 à 590 euros (470 euros net /mois), et de 32 % pour les jeunes de moins de 25 ans (moins de 400 euros net/mois). Les retraites de plus de 1 000 euros ont été réduites de 20 %. À cela s’ajoute un milliard en moins pour les dépenses de santé, la suppression de 150 000 postes de fonctionnaires en 3 ans (sur environ 750 000), le non-remplacement de 4 fonctionnaires sur 5 [1]. Le mémorandum prévoit aussi de nombreuses privatisations, à hauteur de 15 milliards d’euros d’ici à 2015, avec la vente des participations publiques dans les compagnies gazière (Depa) et pétrolière (Helpe), la compagnie des eaux (Eydap-Eyath) et des Jeux (Opap). Un nouvel eldorado s’ouvre à l’oligarchie financière !

Dans l’éducation, c’est la saignée : de 2009 à 2015, les dépenses publiques vont diminuer de près de 1,5 milliards d’euros selon les syndicats. Entre 2010 et 2011, les effectifs d’enseignants ont déjà diminué de 10 % [2], selon le syndicat des enseignants du secondaire (OLME). Plus de 1 000 écoles primaires et secondaires sont fermées définitivement, soit une sur 13. Le ministère de l’Éducation prévoit la fermeture de 800 bibliothèques scolaires. Leur mise en place a pourtant été cofinancée par les programmes européens, soulignent les syndicats enseignants… Les arts ou l’éducation civique, jugées non prioritaires, ne seront plus enseignées au lycée. « Comme le gouvernement a doublé le prix du fioul, il est certain que les établissements ne pourront pas se permettre de se chauffer tout l’hiver », ajoute Themis Kotsifakis, secrétaire général du syndicat Olme. Les écoles ont commencé l’année sans livres scolaires après que le gouvernement a fermé l’institut qui les publie. « Les restrictions financières ont créé un chaos sans précédent, les photocopies sont le principal matériel pédagogique », dénonce le syndicat.

Une hausse de 50 % du chômage

La longue liste des mesures demandées par la troïka (350 pages) ne semble plus répondre à aucune logique. Le Parlement a voté la semaine dernière la suppression de l’Organisme du logement ouvrier (OEK, qui finance des logements sociaux) et d’un organisme de prestations sociales (OEE), qui emploient 1 400 salariés. Des structures indépendantes qui ne pèsent pourtant pas dans les comptes de l’État. Objectif affiché : diminuer de 1 % les cotisations patronales, prélevées pour financer ces protections sociales. Mais, surtout, effacer l’ardoise de 3 milliards d’euros de dette de la Sécurité sociale vis-à-vis de ces organismes. Un hold-up sur des cotisations payées par les salariés, estiment les responsables. « Et qui va administrer tous les bâtiments que possède notre organisme en Grèce ? », s’interroge Evi Kalia, responsable d’OEK, lors d’une rencontre avec une délégation européenne composée de représentants d’Attac, de la FSU, d’Aitec et de l’Union syndicale Solidaires. « Le gouvernement veut mettre la main sur les terrains, les magasins, les logements libres que nous possédons. »

Conséquences de la crise et des mesures d’austérité : le chômage a atteint 20,9 % en novembre en Grèce. Soit plus d’un million de chômeurs pour 11 millions d’habitants. Un jeune sur deux est actuellement au chômage. Celui-ci a augmenté de près de 50 % en un an. Et ceux qui travaillent ne sont pas certains de percevoir leur salaire. « Sur les 7 000 travailleurs du secteur des médias, 1 500 à 1 800 n’ont pas été payés depuis environ six mois », décrit Moisis Litsis, journaliste au quotidien Eleftherotypia. Les salariés y sont en grève depuis décembre, le propriétaire du journal ayant cessé de payer les salaires à partir du mois d’août.

Une opposition divisée

Grèves et manifestations se multiplient. Certains ministères sont occupés par leurs salariés, comme celui de la Santé, dont la nouvelle appellation – « ministère de la Santé et de la solidarité sociale » – résonne de manière ironique tant ce mot semble aujourd’hui vain. À part la coalition au pouvoir, plus personne ne semble croire aux effets bénéfiques du mémorandum. Une quarantaine de députés de ces deux partis ont d’ailleurs voté mi-février contre le texte. Ce qui leur a valu d’être exclus de leurs partis. Mais la recomposition du paysage politique est surtout marquée par une hausse des partis à gauche du Pasok, qui ont refusé de cautionner la politique de la troïka : Parti communiste KKE (12 à 14 % d’intentions de vote), gauche radicale Syriza (11-12 %) et Parti de la gauche démocratique (16-18 %). Mais l’union, nécessaire pour remporter des élections, semble bien difficile.

Quant aux syndicats, ils semblent en partie décrédibilisés. « La grève générale [au-delà de journées ponctuelles comme c’est déjà le cas] n’est pas réaliste, les syndicats ne s’y lanceront jamais, estime Alexandros, l’indigné. La participation serait faible car, dans le secteur privé, si vous faites grève, le lendemain vous n’avez plus de travail. Dans le secteur public, ce serait plus facile, mais les gens ne voient pas ce que ça peut changer, et ils pensent surtout qu’ils vont perdre une journée de salaire. » Reste la révolte de la rue. Dans le quartier Exarchia, un des foyers de la contestation, la police « préventive » anti-émeute est à tous les coins de rue. « Il y a quelques jours, les autorités ont dit avoir trouvé une bombe dans le métro. Nous craignons que le gouvernement ne rentre dans un nouveau jeu pour créer de nouvelles contraintes sécuritaires », souligne Sissi.

À qui profite le « plan de sauvetage » ?

Reste une question, pour tous les Grecs. Pourquoi accepter de telles mesures ? Le plan de sauvetage, promis contre toutes ces restrictions, va-t-il servir à quelque chose ? Son objectif est d’assurer que le pays ne fasse pas faillite le 20 mars, à l’échéance d’une obligation de 14,5 milliards. Le plan d’aide prévoit de nouveaux prêts publics par les partenaires de la zone Euro et le FMI, à hauteur de 130 milliards d’euros, jusque fin 2014. Et une restructuration de la dette détenue par les banques, les assurances et les fonds de pension. Ces créanciers privés détiennent 206 milliards d’euros d’obligations grecques. Ils vont s’engager sur une décote de 50 %, permettant une réduction de dette de 107 milliards d’euros [3]. À moyen terme, ces mesures doivent permettre de ramener la dette grecque à 120,5 % du PIB d’ici à 2020. Celle-ci équivaut actuellement à plus de 160 % du PIB, pour un montant de 350 milliards d’euros. Soit autant que ce qu’aura coûté toute l’assistance à la Grèce (remise de dettes, aides), à l’Union européenne, aux banques et aux institutions internationales, en moins de deux ans…

Personne ne croit plus au remède miracle. « Le mémorandum prévoit de revenir à la situation d’il y a trois ans (une dette à 120 % PIB), avec un scénario parfait, une économie en développement. Hors la récession est aujourd’hui de 7 %, souligne Natasha Theodorakopoulou, membre de Syriza et responsable du Parti de la gauche européenne. Même avec ce mémorandum, ils se rendent compte que l’objectif n’est pas atteignable. Wolfgang Schäuble (ministre des Finances allemand) n’exclut déjà plus un troisième plan de sauvetage, dans trois ans. » Surtout, les Grecs risquent de ne pas voir la couleur de cette aide, qui servira surtout à recapitaliser les banques et à payer les créanciers privés. Ou comment transformer une dette privée (celle des créanciers grecs, des banques françaises, des fonds de pension…) en dette publique (le prêt de 130 milliards des pays de la zone euro et du FMI).

Les banques avant la démocratie

Le 29 février, le Banque centrale européenne a distribué 530 milliards d’euros de prêts à 1 % sur trois ans à 800 établissements bancaires. De l’argent quasiment gratuit, qui vient s’ajouter aux 489 milliards d’euros accordés par la BCE aux mêmes conditions. Soit 1 000 milliards d’euros, des tonnes de liquidités injectées dans le système financier, en moins de trois mois. Mario Draghi, le président de la BCE et ancien de la banque Goldman Sachs (responsable du maquillage des comptes grecs lors de l’entrée du pays de la zone euro en 2001), a garanti que le nom des emprunteurs resterait confidentiel, pour ne pas ternir leur réputation… Pendant que la Grèce subit les exigences sans cesse accrue des financiers de l’UE et la pression de ses créanciers, les banques empochent de l’argent frais à 1 %. Et le gouvernement du Premier ministre grec, Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne, continue la saignée. Selon le journaliste Marc Roche [4], Lucas Papademos « a joué un rôle non élucidé dans l’opération de maquillage des comptes publics perpétré avec l’aide de Goldman Sachs ».

« Chers concitoyens européens. Nous sommes citoyens de ce pays, citoyens de l’Union européenne. Exactement comme vous. Nous sommes des êtres humains, pas des nombres. Personne ne peut nous sauver en nous détruisant », écrivent les salariés de l’OEE, l’un des organismes de prestations sociales qu’une loi du Parlement grec vient de supprimer. Seront-ils entendus ?

 

Agnès Rousseaux

Photo : CC John Kolesidis

Notes

[1] Selon le principal syndicat enseignant grec (Olme), la fonction publique représente entre 16% et 17% de l’emploi en Grèce. Les comparaisons sont difficiles entre pays car les statuts, entre fonctionnaires d’État, de collectivités locales ou d’entreprises publiques, et les secteurs concernés varient. En France, les trois fonctions publiques (d’État, hospitalière et territoriale) représente 20% de l’emploi.

[2] 3 400 recrutements et 17 500 départs sur un total de 160 000 enseignants. Source : OLME.

[3] Cet échange de dette, appelé PSI – « private sector involvment » – a été compliqué par la présence de hedge funds qui ont tout intérêt à ce que la Grèce fasse défaut pour pouvoir encaisser les « Credit Default Swap » (CDS, des assurances en cas de défaut de paiement) sur les obligations grecques.

[4] Journaliste au Monde, auteur de Capitalisme hors-la-loi.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:03

all.pngTout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le nouveau traité... Traduction maison de l’excellent article du Corporate Europe Observatory, « Automatic austerity », qui revient sur 10 éléments importants concernant le Pacte budgétaire.

8 mars

Le 1er mars 2012, 25 chefs d’État et de gouvernements ont signé un nouveau traité [1], qui devrait entrer en vigueur au début de l’année 2013.

Ce Pacte budgétaire a été conçu dans l’urgence, et sous de très mauvais auspices : ses promoteurs avaient initialement prévu de l’adopter sous forme de modification des traités existants, mais le véto de la Grande-Bretagne, lors du Conseil européen du 9 décembre, les a obligés à créer un nouveau Traité ad hoc. Cette procédure permettait en outre une adoption plus « souple » et « simple », c’est-à-dire qu’elle garantissait moins d’« interférences » liées à tout débat public et démocratique, en adoptant un traité de l’Union européenne qui n’en était pas vraiment un.

Ce Pacte budgétaire a pour vocation à obliger les États signataires à appliquer des politiques budgétaires très strictes via un renforcement des règles et contrôles. Entre autres, les dénommés « déficits structurels » devront rester sous la limite de 0,5% du PIB. Si l’adoption du nouveau traité a été chaudement applaudie par le monde des affaires, et notamment la fédération patronale européenne BusinessEurope, elle a été dénoncée de manière univoque par les syndicats, et pour la première fois de son histoire, la Confédération européenne des syndicats (CES) s’est opposée à un traité européen.

Pourquoi maintenant ?

« Ce Traité rassure peut-être les amis politiques de la Chancelière Merkel, mais sûrement pas les millions de chômeurs, de travailleurs pauvres et précaires en Europe, qui attendent en vain un véritable soutien de la part des institutions européennes. C’est pourquoi nous y sommes opposés » a expliqué Bernadette Ségol, secrétaire générale de la CES [2].

La plupart des commentateurs et analystes s’accordent pour dire que ce traité ne va pas changer le cours de la crise de l’euro, et il n’a pas vocation à le faire. Il vise davantage à orienter les politiques économiques futures de l’Union européenne, ainsi qu’à donner des gages à l’électorat allemand. La Chancelière Angela Merkel a ainsi souhaité exprimer sa fermeté à l’égard des pays surendettés, et montrer que le co-financement du Mécanisme européen de stabilité (MES) sera assorti de strictes conditionnalités – de plans d’austérité drastiques – pour les Etats membres qui souhaiteraient en bénéficier.

Trois nouveautés

Une analyse rapide du nouveau traité peut donner l’impression qu’il s’agit tout au plus d’un ensemble de nouvelles règles et de mécanismes. Ce texte est en effet rempli de dispositifs qui visent à orienter les politiques économiques dans de nombreux domaines. Si l’on met de côté les déclarations d’autocongratulation sur les « réalisations » passées, la répétition des contrôles déjà prévus dans la législation européenne et les suites à donner à ce Pacte, il reste tout au plus trois nouveautés : une formalisation plus poussée des Sommets de la zone euro, des mécanismes d’intervention plus réactifs à l’égard des pays en déficits, ainsi que le fameux « frein à la dette », qui met en place de manière contraignante des règles pour réduire la dette et les déficits.

Dénouer l’enchevêtrement de ces mesures peut s’avérer compliqué. En fait, les principaux éléments de ce traité se résument en 10 points :

 1. Un « traité pour l’austérité »

Voici l’aspect central de ce traité : l’obligation pour les États membres de durcir leurs politiques budgétaires – en réduisant voire évitant les déficits – de manière bien plus drastique que ce qui est prévu dans la législation européenne.

Le resserrement des politiques budgétaires n’est bien évidemment pas un élément nouveau des politiques européennes. Le Pacte de stabilité et de croissance (issu du traité de Maastricht), au cœur de l’Union économique et monétaire impose aux États membres de garder leurs déficits sous les 3% du PIB… Avec amendes à la clé, dans le cas des pays de la Zone euro. Dans un premier temps, les gouvernements en faute se voient attribuer un programme pour atteindre un budget équilibré. L’élément clé de ce « programme d’ajustement » est la réduction du « déficit structurel » (voir ci-après), l’objectif étant généralement d’atteindre un objectif de 0,5% du PIB en plusieurs années [3]. Le nouveau traité rend cet objectif obligatoire.

Qu’est-ce que le déficit structurel ?

Le déficit structurel est censé révéler un problème à moyen-terme dans le budget d’un État qui aurait des recettes insuffisantes et de dépenses trop importantes. Pour obtenir ce déficit, il faut soustraire au déficit annuel de l’État le déficit dû aux variations de l’économie (en temps de crise, les déficits s’accroissent de manière « automatique ») ainsi que les dépenses exceptionnelles des gouvernements, dépenses considérées comme « légitimes » dont la liste est établie. Ce déficit structurel est la base sur laquelle on considère qu’un État doit prendre des mesures pour couper dans les dépenses ou augmenter les taxes. Le « frein à la dette » vise à réduire ce déficit identifié comme cause structurelle d’endettement.

On peut ainsi calculer que si le traité était appliqué, les coupes budgétaires (ou hausses fiscales) se seraient avérées considérables : pour le moment, seuls 4 États membres font état d’un déficit en dessous du seuil « magique » de 3% (Luxembourg, Finlande, Suède, Estonie) [4]. Dans de nombreux pays, des mesures dramatiques devraient être prises. En Belgique, par exemple, où sur un déficit total de 4,6%, 4% sont considérés par la Commission comme « déficit structurel ». La Belgique devrait donc, selon le traité, réduire son déficit sous une barre de 1,1% (0,5% de déficit structurel + 0,6% de déficit non structurel).

A première vue, les États signataires ne sont pas directement contraints à prendre des mesures de réduction des dépenses sociales. Pourtant, « réduire le déficit structurel » présuppose ici des mesures bien particulières. Les recommandations de la Commission aux États membres sous les coups d’une procédure de déficit excessif – actuellement cela concerne 23 des 27 Etats membres – sont très claires : il faut couper dans les dépenses sociales pour diminuer le déficit structurel [5]. Une limite de 0,5% du déficit structurel va par ailleurs sérieusement réduire les options disponibles pour les gouvernements, notamment en situation de crise. Elle les empêchera de faire les investissements publics nécessaires pour répondre à la crise.

Enfin, il faut noter que le traité – ainsi que de nombreuses des règles et procédures européennes actuelles – met particulièrement l’accent sur les dépenses. Cela a été confirmé avec l’adoption du Pacte pour l’euro en mars 2011, qui explique de manière claire que l’« équilibre des finances publiques » présuppose des attaques contre les retraites, les dépenses de santé et allocations sociales [6].

 2. Un pilotage automatique

Lorsque le « frein à la dette » n’est pas respecté par un gouvernement lors de l’adoption du budget national, des mécanismes au sein même de la législation nationale devraient déclencher des sanctions – suffisamment sérieuses pour remettre le gouvernement sur la voie d’une « réduction des déficits ».

Cela pose la question suivante : dans ce cas, qui va se charger de faire rentrer les gouvernements dans le rang, et comment ? Qui va poursuivre les gouvernements et les obliger à changer sa politique économique, et par quel biais ? Le traité nous donne quelques indices. La responsabilité pour définir les « principes communs » des règles budgétaires est dévolue à la Commission européenne, y compris les principes sur « l’indépendance des institutions responsables au niveau européen pour contrôler le respect strict des règles ». En d’autres termes, des instances indépendantes seront mises en place au niveau national, probablement composées d’experts et d’économistes, afin de veiller à l’application de la discipline budgétaire [7].

 3. L’austérité à perpétuité

Aucune limite temporelle n’est prévue au renforcement des politiques budgétaires.

Le texte stipule en effet que les États membres doivent adopter des « dispositions à caractère contraignant, de préférence constitutionnelles, ou bien avec la garantie d’une application et d’une adhésion totale lors du processus d’adoption du budget national ». En d’autres termes, de manière permanente.

La préférence de l’Allemagne va pour la procédure constitutionnelle. L’Allemagne a récemment adopté une modification constitutionnelle qui s’apprête à forcer les gouvernements futurs à rester en dessous d’un déficit structurel de 0,35%. C’est ce type de mesure que la Chancelière Merkel souhaiterait voir appliquer dans les autres États membres. Il y a cependant d’autres possibilités, qui doivent néanmoins s’appliquer de manière permanente. Comme l’indiquait la Chancelière :

« Le frein à la dette va être contraignant et s’appliquer de manière permanente. Les règles ne doivent en aucun cas pouvoir être changées par une nouvelle majorité parlementaire. [8] »

Bien sûr, le texte stipule qu’il faut « respecter totalement les prérogatives des parlements nationaux », mais dans un tel contexte, cela sonne davantage comme un véritable pied-de-nez.

Dans certains pays, une modification de la constitution nécessite un referendum, et il s’agit là d’un scénario à éviter à tout prix pour les promoteurs du Pacte budgétaire. Une manière de faire cela, dans le cadre de ce nouveau traité européen qui n’en est pas un, serait de mettre en place une règle permanente, quasi-constitutionnelle, mais en dehors de la Constitution.

 4. En cas de doute, la Cour européenne de justice aura le dernier mot

Que se passe-t-il si un État membre considère qu’un autre État membre n’a pas adopté de législation suffisamment contraignante pour mettre en œuvre les règles du traité ? Dans ce cas, le plaignant peut porter plainte auprès de la Cour de justice européenne. Cela peut s’avérer quelque peu surprenant : en effet, le rôle de la Cour de justice européenne est de s’assurer du respect de la législation européenne, pas de régler des différends entre États de manière générale ou sur la base de traités hors de l’Union européenne. Pourtant, la Cour de justice européenne pourra à ce titre imposer des amendes à hauteur de 0,1% du PIB.

Ce rôle clé dévolu à la Cour de justice européenne pourrait devenir très important dans le futur. Il permettra a tout État membre de porter plainte sur tout aspect de la mise en œuvre du traité dans un autre État membre.

 5. Peu ou pas de flexibilité

Les signataires devront-ils ramener leur déficit structurel en dessous de 0,5% du PIB dès l’application du traité ?

Non, mais cela devra se faire rapidement. Le temps dévolu n’est pas encore clairement défini dans les propositions de la Commission. Dans leurs « efforts » pour réduire les déficits, les signataires auront exceptionnellement la possibilité de dévier du chemin étroit de l’austérité, dans le cas où ils feraient face à une récession ou croissance faible, à condition que cela ne mette pas en danger l’atteinte d’un « équilibre budgétaire à moyen terme ». La même exception figure lorsque l’objectif de 0,5% est atteint.

Cette exception reste néanmoins très floue, et pourrait ne jamais entrer en vigueur. La seule véritable disposition permettant une flexibilité concerne les États qui sont peu endettés, pour lesquels un déficit de 1% du PIB est toléré. Mais peu de signataires pourront profiter de cette exception dans les prochaines années [9]. Même en temps de crise, les signataires qui souhaiteraient mettre en place des politiques budgétaires ambitieuses et des investissements publics se verront opposer des obstacles importants. Il s’agit de tuer dans l’œuf toute tentative de réponse keynésienne à la crise, réponse qui a pourtant prouvé son efficacité dans le passé quand bien même elles auraient provoqué d’importants déficits.

« Quand tout va bien, de tels resserrement budgétaires sont inutiles. Quand tout va mal, ils ont des conséquences néfastes. Ce n’est pas un signe de mauvaise gestion que de présenter des déficits en temps de crise » comme l’explique l’économiste Jesper Jeffersen [10].

Ce traité s’apprête donc à graver dans le marbre une réponse à la crise qui s’avère inadaptée, et à faire en sorte que, en temps de crise, ce soient les dépenses publiques qui soient systématiquement désignées comme responsables – même si, comme c’est le cas aujourd’hui, les causes de la crise se trouvent davantage dans le fonctionnement du secteur privé.

Mauvais diagnostic… mauvais remèdes.

 6. La méthode de calcul est biaisée, et stigmatise les dépenses sociales

Les détails du calcul du « déficit structurel » sont trop compliqués pour être compréhensibles et transparents vis-à-vis du grand public. En fait, il n’y a pas de consensus au plan international, ni même à l’échelle européenne, sur la méthode de calcul. Le FMI, l’OCDE, la Banque centrale européenne et la Commission européenne, chacun utilise sa propre approche.

Pourtant, la méthode utilisée joue un rôle crucial. Ce chiffre de 0,5% peut déterminer à maints égards l’avenir de nos droits sociaux. Déterminer si un État se trouve d’un côté ou de l’autre de ce seuil dépend dans une large mesure de la méthode de calcul.

Un exemple : en 2011, la Commission a calculé que le déficit structurel du Danemark était de 3%. Le gouvernement danois, quant à lui, a avancé le chiffre de 1%. Si c’était le chiffre de la Commission qui devait être utilisé, le pays devrait faire en termes d’efforts budgétaires le double des économies qu’il a réalisées en « réformant » son système de retraite (c’est-à-dire en réduisant les pensions).

Pour la Banque nationale danoise, et le Ministre des finances du Danemark, la méthode employée par le gouvernement reflète mieux la réalité de l’économie danoise, tandis que la méthode de la Commission comprend des biais à l’égard des pays qui disposent d’une importante protection sociale [11]. Pourtant, c’est bien la Commission qui sera en charge des principes communs de calculs des déficits structurels, et il y a fort à parier qu’elle propose les mêmes méthodes qu’elle utilise actuellement.

Les méthodes employées par un État pourront par ailleurs être portées devant la Cour de justice européenne si elles sont considérées comme inadaptées. Là encore, tout porte à croire que la Cour soutiendra les méthodes employées par la Commission depuis des années. Ainsi les méthodes nationales de calcul risquent de ne pas faire long-feu : la Commission devrait faire de l’adoption de règles uniformes une priorité ; ces règles pourraient s’avérer un outil politique de premier choix pour imposer la discipline budgétaire.

 7. Il s’agit d’un outil politique – les calculs sont peu fiables, voire dangereux

La Commission aura donc un rôle considérable vis-à-vis de l’établissement de ces règles de calcul. Elle a pourtant, à plusieurs occasions, fait preuve d’une certaine forme de partialité dans ses fameux calculs. Le cas de l’Irlande est particulièrement parlant : fin 2008, la Commission avait ainsi prévu de très bonnes perspectives pour l’économie irlandaise, qui s’est pourtant effondrée en 2009. Plus étonnants, sans doute, sont les calculs que la Commission a réalisés après l’arrivée de la crise. Selon ces calculs, l’Irlande, qui subit actuellement une crise économique majeure, serait pourtant proche d’un optimum de performance [12].

On se doute bien que la Commission ne dispose pas de boule de cristal. Et quand bien même, le calcul du « déficit structurel » comporte tant d’impondérables [13] que cet indicateur n’est pas vraiment pertinent pour juger de l’état d’une économie. Dans le cadre du Pacte budgétaire, il est davantage utilisé comme un outil pour jeter l’opprobre sur les dépenses publiques comme des maux, et pousser les États à réformer leurs économies.

 8. La zone euro est aux manettes

Au-delà du « frein à la dette », le traité comporte deux sections importantes.

La première reprend la décision prise en octobre de tenir deux sommets la zone euro par an. Ces sommets seront présidés par un nouveau président du sommet de la zone euro qui sera « désigné par les chefs d’État et de gouvernements des parties contractantes dont la monnaie est l’euro à la majorité simple, en même temps que le Conseil européen élit son Président, et pour la même durée ».

Cette partie du traité a prêté à controverse, en effet plusieurs pays en dehors de la zone euro, la Pologne en tête, ont exprimé leurs craintes que les décisions importantes soient prises au sein du club de l’euro (à la majorité qualifiée), club duquel ils seraient écartés. Le traité prévoit en l’occurrence que les pays hors de la zone euro puissent assister aux Sommets comme participants, ainsi que la tenue d’un Sommet des signataires du Pacte budgétaire.

 9. Soumission et mise à l’amende des pays en déficit

La seconde section concerne les règles à l’égard des pays en déficits, qui sont elles aussi modifiées. Dans le cadre des traités européens, il existe une « procédure de déficit excessif » qui vise à obliger les États membres à rester sous le seuil de 3% de déficit. Cette procédure comprend plusieurs étapes : tout d’abord, la décision de lancer la procédure doit être prise par Conseil européen sur proposition de la Commission, puis l’État membre concerné doit produire un rapport sur les mesures qu’il considère de prendre pour résorber le déficit, enfin en cas d’absence de résultats, il peut recevoir un avertissement ou une amende s’il appartient à la zone euro.

Cette procédure est considérablement renforcée avec le Pacte budgétaire. En effet, les décisions seront désormais prises à la « majorité inversée », y compris pour le lancement de la procédure. Le traité prévoit en effet qu’il faudra une majorité qualifiée des membres de la zone euro pour s’opposer au lancement des poursuites contre un État membre.

Aujourd’hui, seuls quatre membres de la zone euro ne sont pas sous le coup d’une procédure de déficit excessif [14], mais le mode de vote rendait la procédure lente voire la bloquait. La majorité qualifiée étant difficile à obtenir, ce sera désormais plus simple d’infliger des amendes. En 2011, la France s’était opposée à la majorité inversée… Ce sera désormais la règle avec le nouveau traité.

 10. Le traité va entrer dans la législation européenne

Le traité n’est pas un traité européen. Pourtant, il donne des tâches et responsabilités très importantes à la Commission, et confère à la Cour de justice européenne un pouvoir considérable. Il est néanmoins prévu qu’il intègre, d’ici 5 ans, la législation européenne. Vu l’état des discussions, ce scénario est tout à fait probable. La République Tchèque et le Royaume-Uni ne sont pour le moment pas signataires, mais des arrangements sont en bonne voie d’être trouvés, et le Royaume-Uni pourrait bien bénéficier d’exemptions à certaines clauses dans le cadre d’un traité de l’UE.

Un danger pour la société et la démocratie

D’ici à ce qu’il soit intégré à la législation européenne, cela ne fera pas de différence. Le vrai changement sera sur le court-terme. Déjà l’an dernier, les règles concernant la surveillance des budgets en déficit ont été considérablement renforcées, avec un resserrement des délais, des exigences plus pressantes et plus contraignantes pour la mise en place de mesures d’austérité, des amendes plus élevées… Avec le Pacte pour l’euro et les réformes de la gouvernance économique (« six-pack »), cette tendance s’est accrue. Le « traité d’austérité » resserre un cran de plus les vis d’un édifice institutionnel complexe qui fait de l’austérité l’alpha et l’oméga des politiques économiques européennes… Et qui s’apprête à heurter de plein fouet les droits sociaux et la protection sociale.

Néanmoins, tout n’est pas encore joué. Le fait que 25 chefs d’État et de gouvernement aient paraphé le texte ne signifie pas que tout est terminé. Pour commencer, le traité doit être ratifié, et malgré le fait qu’il ait été tout particulièrement pensé pour éviter de susciter le débat démocratique, le gouvernement irlandais a d’ores et déjà été forcé de tenir à un référendum en fin d’année. Et quand bien même il serait ratifié et mis en œuvre, ce traité sera sans doute la cible d’une résistance sociale massive, lorsque ses conséquences deviendront claires.

 

Corporate Europe Observatory, Mars 2012

Traduction par Frédéric Lemaire

[1] Pacte budgétaire, ou Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Union économique et monétaire » T, http://www.european-council.europa....

[2] Communiqué de presse de la CES, 31 janvier 2012, http://etuc.org/a/9605

[3] Réglement 1466/97, article 5,http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ...

[4] Statistiques Eurostat, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tg...

[5] European Economy, Occassional Papers 65, 2010, http://ec.europa.eu/economy_finance...

[6] Pacte Europlus, page 19 des conclusions du Conseil, 24, 25 mars 2011, http://www.consilium.europa.eu/uedo...

[7] Cela fait longtemps que l’idée de telles instances indépendantes, disposant d’un rôle important est débattue au sein les institutions européennes, et de nouvelles propositions législatives dans ce sens devraient être faites bientôt.

[8] The Guardian, 30 janvier 2012, http://www.guardian.co.uk/business/...

[9] Dépêche Eurostat, 6 février 2012, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca...

[10] Professeur Jesper Jespersen, interview, 24 février 2012.

[11] Commission européenne, European Economy no 3, 2006, http://ec.europa.eu/economy_finance...

[12] Exemples tirés de Pat McArcle ; “The Euro Crisis : The ‘Fiscal Compact’ and Fiscal Policy”, Working Paper 6, Institute of International and European Affairs, 2012, page 13. http://www.iiea.com/publications/th...

[13] A critique argumentée de la méthode de la Commission européenne a été élaborée par la Banque Nationale danoise (département économie) : Ann-Louise Winther ; “Konjunkturudsving og offentlige finanser”, Kvartalsoversigt, 1. Kvartal 2011 del 1, Danmarks Nationalbank, 2011, pp. 71- 91. https://www.nationalbanken.dk/C1256...

[14] Suède, Finlande, Estonie et Luxembourg, lire http://ec.europa.eu/economy_finance...

 

 

http://ellynn.fr/dessousdebruxelles/spip.php?article175

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:28

arton1321.jpgLa crise de 2007-2012 a mis en évidence les dangers de la construction européenne actuelle dominée par le néo-libéralisme. Début 2012, les classes dirigeantes comme la technocratie européenne sont incapables de sortir de la crise; pire, elles utilisent celle-ci pour parvenir à leurs fins de toujours : réduire les dépenses publiques, affaiblir le modèle social européen et le droit du travail, priver les peuples de toute voix au chapitre pour imposer une gouvernance  technocratique de l’Europe.

Le bilan est catastrophique. De l’aveu même de la Commission, la zone euro devrait connaître une baisse de son PIB  en 2012 (de 0,3%). Début 2012, le taux de chômage de la zone atteint 10,4%. La crise s’est traduite par une perte de l’ordre de 9% du PIB, mais la Commission impose des politiques d’austérité, qui enfoncent l’Europe dans une  récession sans fin. Alors que la crise est due à l’aveuglement et à l’avidité des marchés financiers, ce sont les dépenses publiques et les dépenses sociales qui sont frappées.
La Commission, la BCE et les Etats membres laissent les marchés financiers spéculer contre des dettes publiques qu’ils affirment garantir. Ils les laissent imposer des taux d’intérêt exorbitants à l’Italie et à l’Espagne, Trois des pays membres voient leurs politiques économiques décidées directement par la Troïka (Commission, BCE et FMI). 
La Commission et les dirigeants des Etats membres veulent aujourd’hui imposer aux peuples, sans les consulter, deux traités, qui fixeraient dans le marbre ces politiques économiquement suicidaires.
Le « Pacte budgétaire », le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et budgétaire (TSCG), impose à chaque pays d’inclure dans sa Constitution une règle limitant le déficit public structurel à 0,5% du PIB, et de mettre en place un mécanisme de correction automatique, si ce plafond n'est pas respecté. Les pays devront réduire leur déficit, selon un calendrier proposé par la Commission. Les pays soumis à une Procédure de Déficit Excessif (pratiquement tous aujourd’hui) devront soumettre leurs budgets et des programmes de réformes structurelles à la Commission et au Conseil, qui donneront leur avis et surveilleront l’exécution du budget. Une majorité qualifiée des pays de la zone euro sera nécessaire  pour s'opposer à des sanctions décidées par la Commission. 
Ce projet est absurde du point de vue économique. Il impose une norme arbitraire de déficit public; il ne permet pas de faire financer les investissements publics par de l’endettement; il interdit toute politique discrétionnaire pour soutenir l'activité. Les pays membres vont perdre toute autonomie budgétaire et devront soumettre leur politique au visa de la Commission.
Le Mécanisme Européen de Stabilité introduit certes une certaine solidarité entre les pays membres, mais celle-ci est limitée et très chèrement payée :
     - Pour  participer au MES, les pays devront avoir adhéré au Pacte budgétaire et l’avoir respecté.
    - L’aide sera conditionnelle : un pays pour être aidé devra s’engager à respecter un plan d’ajustement drastique imposé par la Commission, la BCE et le FMI. L’exemple grec montre bien que ce type de plan ne permet pas de sortir de la crise.
     - Le MES stipule explicitement que les pays devront se financer sur les marchés financiers et, en même temps, que les créanciers privés pourront être mis à contribution en cas de difficultés. La créance du MES sera prioritaire par rapport aux créances privées. Les émissions d’obligations publiques devraient comporter une Clause d’Action Collective, c’est-à-dire que, en cas d’insolvabilité du pays émetteur, proclamée par la Commission et le FMI, le pays devra négocier avec ses créanciers une modification des conditions de paiement, l’accord s’appliquant à tous si une majorité qualifiée de créanciers l’acceptent. Les dettes publiques des pays de la zone euro vont devenir des actifs risqués, soumis en permanence à l’appréciation et à la spéculation des marchés financiers, comme l’est la dette des pays émergents. Les pays  de la zone seront donc condamnés à des concours de vertu pour apparaître aussi sages que l’Allemagne aux yeux des marchés. Les dettes publiques deviendront un facteur permanent de risque puisque les États seront à la merci des esprits animaux des marchés financiers. Or ceux-ci n’ont aucune compétence macroéconomique. Ils imposent des politiques d’austérité en période de récession, puis se plaignent du manque de croissance… Ils favorisent les réformes libérales comme la réduction de la protection sociale ou celle du nombre de fonctionnaires, ou la libéralisation du marché du travail. Les taux d’intérêt sur les dettes publiques seront plus élevés, plus volatils et moins contrôlables. Fallait-il construire la zone euro pour en arriver là ?

Pourtant, l’évolution récente montre bien que la zone euro ne peut sortir de la crise par l’accumulation de plans d’austérité visant à rassurer les marchés financiers. Une stratégie résolue consisterait au contraire à :
   - Faire financer les dettes publiques par l’épargne des ménages, hors des marchés financiers.
   - Faire garantir les dettes publiques par la BCE, de sorte que tous les pays puissent se financer à 10 ans  à 2%, le taux sans risque. Si nécessaire, la faire intervenir pour acheter des titres publics pour maintenir un bas taux d’intérêt, comme le font actuellement les banques centrales des Etats-Unis et du Royaume-Uni.
  - Renégocier les taux excessifs auxquels certains pays ont dû s’endetter depuis 2009. Remettre en cause la prise en charge par les Etats des dettes bancaires. Ne pas rembourser les actifs accumulés par l’évasion fiscale.
  - Entreprendre une vaste réforme fiscale pour faire payer le secteur financier, les transactions financières, les revenus exorbitants, les entreprises multinationales, les patrimoines gonflés par les bulles financières ou immobilières, pour interdire aux banques et entreprises européennes d’avoir des filiales dans les paradis fiscaux.
  -  Mettre fin aux politiques d’austérité et, au contraire, relancer l’activité en particulier par des banques publiques de développement durable, qui financeraient la transition écologique, grâce à l’épargne des ménages.
 Aucun de ces points ne figure dans la stratégie actuelle de l’UE. Malgré l’échec total de celle-ci,  le journal Le Monde fait la leçon à la gauche française. Ainsi, l’éditorial du 10 février s’intitule : « Pourquoi toucher au pacte budgétaire ? » et critique François Hollande pour avoir osé demander de rouvrir la négociation. Mais la réponse à la question posée par Le Monde est évidente. « Parce ce que ce Pacte est un contresens complet ». Contrairement à ce que prétend le Monde, le Pacte n’organise pas une « gouvernance économique commune », puisque, au contraire, il insère les politiques budgétaires dans des règles rigides, qui ne tiennent pas compte de la situation économique. Où sont « l’amélioration récente de la situation » et « le fragile climat de confiance retrouvé au sein de la zone » que voit Le Monde quand, tous les trimestres, éclate un nouveau psychodrame sur la Grèce (et bientôt sur le Portugal), que l’Italie et l’Espagne subissent des taux exorbitants, quand le PIB de la zone diminue ? L’éditorial du 17 février nous apprend que « La crise a montré les défauts de fabrication de la monnaie unique. Pour y remédier, les Européens ont mis en place un pacte budgétaire », « la coordination budgétaire est nécessaire au bon fonctionnement de l’euro ». Certes, mais le Pacte de Stabilité était déjà en place, qui, comme le nouveau Pacte Budgétaire, se contentait d’imposer des limites arbitraires aux déficits budgétaires. Ni le Pacte de Stabilité, ni le Pacte Budgétaire ne sont des procédures de coordination budgétaire ou économique, visant à impulser la croissance en Europe. L’éditorial avoue « L’Europe est impopulaire ». Mais il propose de lui donner plus de pouvoir en interdisant de remettre en cause la manière dont elle exerce ses pouvoirs.
Dans le Monde du 25 février, Jean-Paul Besset, Daniel Cohn-Bendit et Alain Lipietz reprochent aux députés de la gauche française de ne pas avoir approuvé le MES. C’est, selon eux, « une bourde historique ». Pour cela, ils doivent masquer le contenu du MES. Ils prétendent qu’il n’y a aucun lien entre le MES et le Pacte budgétaire, bien qu’il soit explicitement écrit dans le MES : « Il est reconnu et convenu que l’octroi d’une assistance financière dans le cadre des nouveaux programmes en vertu du MES sera conditionné par la ratification du TSCG par l’Etat concerné et par le respect, à l’expiration de la période de transition prévue par l’article 3, des exigences de cet article », c’est-à-dire le respect de l’équilibre budgétaire : le MES n’aidera que les pays qui n’ont pas besoin d’être aidés. Ils prétendent que le MES laisse ouvert le type de conditionnalité qui sera imposé au pays aidé. Pourtant, le Traité précise bien que celui-ci sera strict, que le pays aidé devra demander une assistance au FMI, qui apportera « sa participation active  sur le plan technique ». Les Grecs, les Portugais, les Irlandais savent ce que cela signifie. Besset, Cohn-Bendit et Lipietz prétendent que le MES n’est pas un organisme technocratique, mais un organe politique dépendant des Etats. En fait, la conditionnalité sera négociée par la Commission, la BCE et le FMI, et être compatible avec les recommandations de la Commission.  Ce sont ces trois organismes qui vérifieront les respects des obligations du pays aidé, avec, nul n’en doute, la souplesse dont ils ont fait preuve pour la Grèce. Le MES pourra certes intervenir sur le marché primaire ou secondaire de la dette publique d’un pays, mais uniquement si celui-ci s’engage dans un plan d’ajustement contrôlé par la Troïka. Peut-on écrire « Le MES intimidera la spéculation » ? alors que l’annonce de sa création a fait redoubler la spéculation, les marchés constatant que l’Europe renonçait à prendre des mesures fortes pour briser la spéculation : la garantie inconditionnelle par la BCE, les euro-obligations, le financement des déficits en dehors des marchés financiers. Le MES souffre du même défaut que le FESF : le montant de son engagement maximum est précisé (500 milliards d’euros), ce qui encourage la spéculation contre l’Espagne et l’Italie que le MES ne pourrait défendre. Peut-on écrire « le MES évitera à la Grèce l’horreur économique subie par l’Argentine de 2002 à 2005 » ?  L’Argentine a certes subi une perte de PIB de 15% en 2001-2002, mais elle s’est ensuite fortement redressée et a connu une croissance de 8,5% l’an de 2003 à 2007. Le PIB de la Grèce devrait être, en 2012, 18 % en dessous de son niveau de 2007 et aucune amélioration n’est en vue. L’Argentine s’est en mieux sortie que la Grèce.
Non, l’erreur historique n’est pas celle des 44 députés qui ont voté contre le MES. C’est  celle de certains partisans de l’Europe qui veulent tout sacrifier à la construction européenne, sans voir que celle-ci, telle qu’elle est actuellement dirigée, mène à la catastrophe financière, économique, sociale et écologique.    

 

 

http://atterres.org/article/mes-o%C3%B9-est-la-bourde-historique

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:09

arton58.jpgDans un point de vue publié dans Le Monde du 25 février ("Mécanisme européen de stabilité : la bourde historique de la gauche"), des députés européens écologistes et des économistes proches d'eux s'en prennent à ceux qui, à gauche, se sont opposés au Mécanisme européen de stabilité (MES). Passons sur l'outrance rhétorique qui consiste à comparer cette opposition à celle des députés de droite sur la loi Veil instaurant le droit à l'avortement et venons-en au fait. Le MES serait "un premier pas vers une Europe fédérale avec son propre Trésor public et un budget conséquent". Au-delà du fait qu'il faudrait discuter précisément des fondements d'une telle Europe fédérale, s'il s'agissait d'"un fonds solidaire", comme ils l'affirment, s'opposer au MES serait effectivement "une bourde historique". Hélas, comme lors du débat sur le Traité constitutionnel européen (TCE), nos amis prennent leurs désirs pour la réalité.

Un Trésor public européen aurait pour objectif de financer des politiques publiques européennes. Rien de tel dans ce qui nous est présenté. Le MES n'a pas vocation à conduire des politiques publiques d'investissement au niveau européen, ce qui pourtant serait bien utile, ni même d'aider à la convergence des trajectoires économiques et sociales des Etats membres. Et surtout, loin de permettre à l'Union européenne de s'émanciper de la toute puissance des marchés financiers, il en consacre la domination. Il vise simplement à prêter des fonds aux Etats qui auront du mal à emprunter directement sur les marchés financiers. Comment cela se passera-t-il ? D'abord, les Etats emprunteront sur les marchés financiers pour constituer le capital du MES, plusieurs centaines de milliards d'euros. L'Allemagne empruntera à un peu moins de 3 %, la France à un peu plus, et les autres pays à beaucoup plus. Premier résultat donc, la dette publique va s'accroître.

Mais il est fort probable que ces sommes risquent d'être insuffisantes en cas d'aggravation de la crise. Si le MES devait "secourir", outre la Grèce, l'Irlande et le Portugal, mais aussi l'Espagne et l'Italie – des pays aujourd'hui sur la sellette, mais appelés eux aussi à répondre aux appels de fonds du MES –, il serait vite dépassé. D'où le fait que le MES soit autorisé à emprunter sur les marchés financiers avec pour objectif d'arriver par "effet levier" à emprunter trois à quatre fois son capital. Mais pour le faire à un taux faible, il faut qu'il soit bien noté par les agences de notation. Or, tous les pays sont plus ou moins soumis à la défiance des marchés. Le risque est donc grand que le MES subisse aussi cette défiance. Cela a d'ailleurs été le cas du Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui a perdu son triple A suite à la dégradation de la plupart des pays européens. Comment donc "des pays ayant perdu toute crédibilité auprès des marchés internationaux", comme l'affirment nos auteurs, peuvent-ils en se coalisant retrouver cette crédibilité ? De plus, comment le MES remboursera-t-il sa dette si les pays contributeurs, qui seront aussi ses débiteurs, sont en difficulté et si les taux grimpent ?

Loin de sortir les Etats et la zone euro de l'emprise des marchés financiers, le MES la renforce encore. Les banques, qui peuvent emprunter à 1 % auprès de la Banque centrale européenne (BCE), prêteront au MES à un taux nettement supérieur. Le MES prêtera aux Etats à un taux encore supérieur et ces fonds serviront à payer la charge de la dette qui entrera dans les coffres des banques. C'est la solidarité version néolibérale, les banques solidaires avec elles-mêmes.

Mais ce n'est pas tout, car ces "aides" aux Etats se font "sous une stricte conditionnalité" qui sera définie par la Commission européenne, la BCE et le Fonds monétaire international (FMI). C'est cette troïka qui est en train de mettre le peuple grec à genoux à force de réductions de salaires, de privatisations, de remise en cause des droits des salarié-es. Pour avoir accès au MES, il faudra en passer sous les fourches caudines de l'austérité drastique. Nos auteurs sont bien conscients du problème et affirment qu'ils sont "pour une conditionnalité, mais pas celle imposée à la Grèce". Mais ce ne sont pas eux qui définiront cette conditionnalité, mais la troïka dont on sait quelle conception elle en a.

Cerise sur le gâteau, l'octroi d'une aide financière sera, à partir du 1er mars 2013, conditionnée par la ratification du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l'Union (TSCG). Or ce traité, comme le note la Confédération européenne des syndicats – qui avait pourtant soutenu vigoureusement tous les traités antérieurs – "ne fait que stipuler la même chose : l'austérité et la discipline budgétaire". Nos auteurs indiquent que ce couplage entre le MES et le TSCG n'a pas de valeur légale. Mais le problème n'est pas juridique mais politique. En adoptant le MES, les Etats s'engagent politiquement à adopter le TSCG.

Bref, loin d'être un mécanisme de solidarité européen, le MES va être une camisole de force pour soumettre les peuples aux exigences des marchés et le S de MES risque fort d'être celui de servitude. La crise actuelle de l'UE et de la zone euro est la résultante de l'application des traités européens antérieurs marqués du sceau du néolibéralisme. La sortie de crise implique un changement de logique. Les députés écologistes et les économistes qui leur sont proches ont de la constance à défaut de cohérence. Ils avaient soutenu le TCE qui empêchait la BCE d'être un prêteur en dernier ressort pour les Etats et ils soutiennent le MES qui ne pourra pas emprunter à la BCE et qui a été inventé pour éviter d'avoir à modifier le statut de la BCE.

Il existe pourtant une autre solution pour sortir de l'emprise des marchés : que la BCE finance, sous contrôle démocratique européen, les déficits publics des Etats. Cela est d'ailleurs possible dès aujourd'hui car l'alinéa 2 de l'article 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne autorise la BCE et les banques centrales nationales à prêter aux établissements publics de crédit qui pourraient donc par là-même financer les déficits publics. Sortir la dette publique de la mainmise des marchés est la condition de toute politique progressiste.



Claude Debons, syndicaliste, Jacques Généreux, économiste, Janette Habel, universitaire, Jean-Marie Harribey, économiste, Pierre Khalfa, syndicaliste, Marie-Christine Vergiat, députée européenne, et Francis Wurtz, député européen honoraire, soutiennent la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle.

 

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/01/le-mes-n-est-pas-un-mecanisme-de-solidarite-europeen_1649890_3232.html

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