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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:22

trop.jpgJamais dans l’histoire européenne, en dehors de périodes d’occupations étrangères, un pays n’a subi un tel diktat provenant de l’extérieur. Les plans drastiques d’austérité imposés à la Grèce par ce qu’on appelle la « troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds Monétaire international) sont ratifiés quasi dans l’immédiat par une majorité de parlementaires qui y sont contraints.

Ce phénomène inquiétant ébranle des principes de base de la vie commune. Le premier étant la souveraineté, le second le processus démocratique de décision, le troisième est la solidarité.

Aucun traité ne donnait jusqu’à présent de pouvoirs à la troïka... C’est une sorte de gouvernement supranational né de la crise de la dette souveraine, qui sert en fait d’exécuteur de basses œuvres au remboursement aux créanciers – c’est-à-dire les banques privées – des Etats endettés, aujourd’hui la Grèce. Il impose des plans de remboursements accompagnés de « cures » d’austérité, sans aucun pouvoir de contrôle de l’Etat débiteur, il pratique un chantage à l’aide financière vitale pour ce pays virtuellement en faillite. Il ne tolère aucune discussion. En réalité, ce gouvernement n’a pas d’armée, mais il possède une arme de destruction massive : l’argent.

Ainsi, la souveraineté est tuée et le processus démocratique de décision paralysé. Face au chantage à l’aide financière, les instances démocratiques sont contraintes de s’incliner.

La grande gueule de Daniel Cohn Bendit qui, s’il est très médiatisé, ne représente qu’un groupe minoritaire au Parlement européen, a dénoncé « les talibans néolibéraux qui règnent en Europe ». Très bien ! Il a mis du temps à s’en apercevoir : il oublie qu’il a milité pour le modèle libéral européen figurant dans tous les traités depuis Maastricht. Et puis, il sait bien qu’aucune formation politique importante représentée à cette Assemblée ne le prendra au sérieux. C’est ce genre de contradiction qui affaiblit toute opposition à la doctrine dominante. Le temps n’est plus à la démagogie ! D’autant plus que notre Dany fort dérougi justifiera quelques jours plus tard le fameux MES (Mécanisme Européen de Stabilité, autrement dit, le deuxième volet du traité « Merkozy » )…

Le 12 février, le Parlement grec a adopté le nouveau plan de rigueur préparé par le ministre des Finances Evangélos Vénizelos à la demande de la troïka afin de débloquer un nouveau prêt de 130 milliards d’euros à Athènes. Le plan sera présenté le 15 février à l’Eurogroupe, dont le feu vert est nécessaire pour que la Grèce puisse lancer une offre publique de restructuration de sa dette auprès de ses créanciers privés, le 17. Le plan prévoit une réduction de 22 % du salaire minimum (ramené à 586 euros brut sur 14 mois), la suppression de 15 000 emplois publics en 2012, de nouvelles coupes dans les retraites complémentaires et dans les salaires des fonctionnaires, ainsi que la réduction du budget de la sécurité sociale et de l’armée et la privatisation de quatre entreprises d’Etat.

N’est-ce pas volontaire ? Réduction des salaires, suppression d’emplois publics, privatisation. Ces plans sont appliqués partout où passent les « talibans néolibéraux ». En effet, ce n’est pas nouveau. À chaque fois que des plans de restructuration sont imposés de l’extérieur, ils vont dans le même sens. Cela a commencé en 1973, après le coup d’Etat au Chili. Les « talibans » étaient à l’époque les « golden boys » de l’école de Chicago.

L’austérité imposée par la force à la Grèce, mais aussi, pour bientôt, à tous les Etats de la zone Euro est absurde. L’économiste Jean-Paul Fitoussi dans le « Monde » du 16 février explique : « Ce tête à queue des stratégies européennes - lutter contre une insuffisance de la demande par une politique d’austérité aux fins d’augmenter l’offre – est pour le moins énigmatique. » Pas tellement, M. Fitoussi ! Cette politique absurde, violente, destructrice ne fait-elle partie d’une stratégie bien élaborée ? Difficile de répondre, mais il est clair que tout va dans la même direction et qu’aucune force politique importante n’essaye d’y changer quoi que ce soit.

En tout cas, tous s’accordent pour admettre que le dernier plan infligé à la Grèce est le plus violent d’entre tous. Certains, comme l’Italien Monti, pensent même qu’on est allé trop loin. Logique : nul n’a envie de voir éclater une révolution dans son pays !

Mais, dans une belle unanimité, le mécanisme est adopté par l’Eurogroupe le 21 février.

Ces traités, ces plans, ces nouvelles mesures, de quoi s’agit-il exactement ?

Le plan « Merkozy » était inscrit dans l’évolution européenne depuis longtemps. Il se trouvait déjà dans le pacte dit « de stabilité et de croissance » (PSC) dont le texte a été adopté au Conseil européen d’Amsterdam en 1997, cinq ans après le traité de Maastricht qui fonde l’Euro.

Ce pacte est un instrument de contrainte et de coordination des politiques budgétaires des pays de la zone Euro afin d’éviter des déficits budgétaires excessifs. Il impose aux États de la zone euro d’avoir à terme des budgets proches de l’équilibre ou excédentaires. Le PSC comporte deux types de dispositions :

La surveillance multilatérale, disposition préventive : les États de la zone euro présentent leurs objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année. Un système d’alerte rapide permet au Conseil Ecofin, réunissant les ministres de l’Économie et des Finances de l’Union, d’adresser une recommandation à un État en cas de dérapage budgétaire.

La procédure des déficits excessifs, disposition contraignante, voire répressive. Elle est enclenchée dès qu’un État dépasse le critère de déficit public, c’est-à-dire les soldes budgétaires cumulés des administrations centrales, locales et de sécurité sociale. fixé à 3 % du PIB, sauf circonstances exceptionnelles. Le Conseil Ecofin adresse alors des recommandations pour que l’État mette fin à cette situation. Si tel n’est pas le cas, le Conseil peut prendre des sanctions : dépôt auprès de la BCE qui peut devenir une amende à payer au Trésor Public une somme d’argent fixée par la loi. (de 0,2 à 0,5 % PIB de l’État en question) si le déficit excessif n’est pas comblé.

Une déclaration annexée à l’Acte final du traité de Lisbonne laisse prévoir une réforme du Pacte de stabilité et de croissance, sans préjuger néanmoins du débat futur sur l’avenir de ce Pacte. Ce Pacte de stabilité n’a pas été appliqué jusqu’à la crise grecque à la demande de l’Allemagne et de la France… les deux pays qui l’avaient inspiré ! Cependant, le PSC reste toujours en vigueur selon sa mouture initiale.

La crise de la dette souveraine l’a réveillé. Le 28 septembre 2011, le Parlement européen approuvait six textes – le fameux « six packs » - qui ont été officiellement adoptés le 16 novembre par le Conseil et qui renforcent le pacte de stabilité. On a parlé à ce moment-là de la fondation d’une « gouvernance économique européenne ». Ce « six packs » est composé de six textes qui comportent trois dispositions principales.

1/ renforcement du pacte de stabilité et de croissance ainsi que pour le volet sanctions

Les trois premiers textes cherchent à améliorer le pacte de stabilité et de croissance et de renforcer les sanctions inhérentes à ce pacte.

2/ création de la procédure de déséquilibre macro-économique

Ensuite, deux textes ajoutent de nouveaux instruments car les règles de vie commune dans la zone euro ne couvraient pas les réalités macro-économiques. Par exemple, en ce qui concerne l’Espagne et de l’Irlande qui respectaient très bien la discipline budgétaire imposée par l’Europe et qui ont été mis en difficulté suite à l’endettement privé après l’éclatement d’une bulle immobilière en Espagne et de l’endettement d’une banque en Irlande. Il s’agit du contrôle des déséquilibres macro-économiques.

3/ renforcement des cadres budgétaires nationaux

Le sixième texte est une directive que les Etats membres devront transposer dans leur droit interne. Il les invite à améliorer leur cadre budgétaire national. Par exemple : avoir des instituts statistiques indépendants, des organes de contrôle des finances publiques indépendants pour vérifier que les hypothèses de croissance émises par le gouvernement sont réalistes, etc.

Outre le renforcement des sanctions en matière budgétaire, ces dispositions visent à socialiser les dettes privées. C’est ce qu’il s’était passé avec les dettes des banques en 2008 et qui a eu pour conséquence un accroissement considérable de la dette publique et par conséquent, le service de la dette augmente le déficit de l’Etat.

Tout est d’ailleurs orienté sur la problématique de la dette, donc de l’intérêt du secteur bancaire. Ainsi, il est introduit une notion de « seuil d’alerte » sur certains indicateurs économiques. Ce seuil d’alerte vise à prévenir et à corriger des déséquilibres macroéconomiques susceptibles de nuire à la sacro-sainte stabilité de l’UE.

Ainsi, en matière d’échanges commerciaux, le seuil est fixé à 4% du PIB pour une balance déficitaire, et à 6% du PIB dans le cas contraire, où l’Etat aurait un excédent courant. Donc, il y a une clémence envers les pays exportateurs. Cela concerne évidemment l’Allemagne.

Des seuils sont fixés pour les flux de crédits au secteur privé (15 %), la hausse annuelle du prix de l’immobilier (6 %), le taux de chômage, etc.

Le dernier volet concerne les outils de surveillance économique, comme les instituts de statistique, par exemple, qui doivent être « indépendants », donc privés.

Ce fameux dispositif « six packs » ne fonde pas une politique européenne commune. Il encadre la politique économique de chaque Etat-membre dans des limites qui constituent des garanties dans l’intérêt des seules banques. Il ne constitue en rien un instrument européen de redressement économique. Le PSC renforcé par le « six packs » comporte le mot « croissance ». Ce terme n’apparaît nulle part dans ce nouveau fourre-tout règlementaire. Ce n’est pas un hasard ! D’autre part, les outils de surveillance sont privatisés et seront donc ainsi au service du seul secteur bancaire.

Avec de pareilles dispositions, il est inutile de pousser des cris d’orfraie à l’égard des fameuses agences de notation…

On peut d’ailleurs s’apercevoir ce qu’est cette mentalité bancaire. C’est proprement ahurissant dans cet exemple.

Ahurissant !

Voici la réponse purement technocratique du Français Benoît Cœuré, nouveau membre du directoire de la BCE, à l’interview de Jean Quatremer, correspondant de « Libération » à Bruxelles à la question sur l’injustice de la différence du taux des prêts de la BCE aux Etats et aux banques privées dénoncée il y a quelques semaines par Michel Rocard et l’économiste Pierre Larrouturou : « Les prêts de la BCE aux banques ne sont pas de même nature que ceux que les banques commerciales consentent à l’économie ou aux Etats. Les premiers sont, pour l’essentiel, des prêts à très court terme (…). Surtout, ce sont des prêts parfaitement sécurisés (…). En revanche, les prêts aux Etats sont souvent à beaucoup plus long terme, parfois jusqu’à trente ou cinquante ans. Et ils présentent de plus grands risques… » Quand on voit l’état de certaines banques en Europe, notamment Dexia, il est assez audacieux de parler de « sécurité » ! Il ressort de ces propos une haine viscérale de l’Etat étant considéré comme un facteur à risques. Plus grave, l’intérêt général est absent de cette analyse d’un financier qui ne voit que le court terme.

Le sauvetage ne peut venir de ces gens-là. L’indépendance de la BCE accordée par le traité de Maastricht est une erreur majeure. Ce M. Cœuré parle en banquier du secteur privé, comme si l’Institution qu’il codirige était un organisme financier ordinaire.

En fait, tout cela n’a rien à voir avec la construction européenne. C’est la mise en place d’un pouvoir supranational associé au tout puissant secteur bancaire. Son embryon existe déjà : on l’appelle la « troïka ».

Un traité inutile et dangereux

En plus, cela ne marche pas. Ces nouvelles réglementations n’apportent aucune solution à la crise de la dette souveraine. Elles ne sont là que pour garantir la survie du secteur bancaire et les intérêts de quelques Etats-membres de l’Union. Le refus obstiné de Merkel de mettre en œuvre les euro-obligations, les difficultés de mise en place du Fonds européen de Solidarité financière ont amené le tandem « Merkozy » à imposer l’adoption d’un nouveau traité intitulé Traité sur la stabilité la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (TSCG) et le « Mécanisme Européen de Solidarité » (MES) qui étaient discutés depuis juillet 2011 et adopté par le Conseil le 2 février 2012.

Ce nouveau traité est inutile et dangereux. Il est inutile car le « six packs » a déjà largement renforcé le pouvoir coercitif de la Commission en matière de « discipline » budgétaire.

Il est dangereux car il met en place un système intergouvernemental et met en pièces la méthode communautaire et tout ce qui est commun au niveau de l’Union européenne. La Commission européenne dont le rôle est d’être la « gardienne des traités » devient à la fois la police et le tribunal des Etats-membres. Il faut dire que cela ne gêne en rien certains commissaires comme le Finnois Olli Rehn, chargé des affaires économiques.

Ce projet de Traité prévoit :

 d’abaisser le plafond du déficit budgétaire à 0.5% du PIB, laissant toutefois la procédure de sanction pour déficit excessif applicable aux seuls déficits supérieurs à 3% du PIB.

 d’obliger les Etats signataires à mettre en place une règle d’or constitutionnelle obligeant ces derniers au respect du plafond des 0,5%,

 la remise à la Commission d’un programme de partenariat économique par les Etats faisant l’objet d’une procédure pour déficit excessif,

 le renforcement de la nouvelle procédure de décision, dite à la "majorité inversée" ([1]), réduite aux seuls membres de la zone euro,

 une procédure visant à ce que toutes les grandes réformes de politique économique envisagées par les États membres de la zone euro soient débattues et coordonnées au niveau de la zone euro.

Le MES est dit : c’est la troïka.

Le second volet est le Mécanisme Européen de Stabilité, ou MES adopté définitivement le 2 février 2012. Il complète le TSCG et pour en faire partie, les Etats doivent appliquer les mesures d’austérité budgétaire inscrite dans le Traité.

Doté de la personnalité juridique, le MES pourra ester en justice. Le MES, dont le siège est fixé à Luxembourg, est doté du statut d’une institution financière internationale bénéficiant des immunités dont jouissent les institutions internationales. Il n’a donc aucun compte à rendre ni au Parlement européen, ni aux parlements nationaux, ni aux citoyens des Etats membres et ne peut en aucun cas faire l’objet de poursuites. Il est exempté de toute obligation imposée par la législation d’un Etat Membre. Le MES, ses biens, fonds et avoirs jouissent de l’immunité de toute forme de procédure judiciaire.

Le but du MES est de « mobiliser des ressources financières et de fournir, sous une stricte conditionnalité, » un soutien à la stabilité d’un de ses Etats membres qui connaît des graves difficultés financières susceptibles de menacer la stabilité financière de la zone euro. A cette fin, il est autorisé à lever des fonds. Son capital est fixé à 700 Milliards d’euros.

Les Etats Membres, par ce traité, s’engagent « de manière irrévocable et inconditionnelle » à fournir leur contribution au capital du MES. Ils s’engagent à verser les fonds demandés par le MES.

Lorsqu’un Etat Membre sollicite une demande de soutien à la stabilité, c’est la Commission européenne en liaison avec la Banque Centrale Européenne (BCE) qui est chargée d’évaluer le risque pour la stabilité de la zone euro, d’évaluer, en collaboration avec le FMI – autrement dit la troïka – la viabilité de l’endettement public du pays demandeur et d’évaluer les besoins réels de financement de ce dernier. On voit ici que, par le biais du MES, la troïka est institutionnalisée.

Lorsque le MES décide d’octroyer un soutien à la stabilité, c’est la Commission européenne, en liaison avec la BCE et le FMI, qui négocie avec l’Etat demandeur les conditions dont est assorti ce soutien. Cette négociation doit s’inscrire dans le respect du Pacte budgétaire (TSCG). La troïka est chargée du respect des conditions imposées.

Les gouvernements signataires de ce traité ont créé un monstre institutionnel contre lequel les Etats eux–mêmes et à fortiori les peuples seront désormais totalement impuissants. Ainsi se poursuit, sous la pression du monde de la finance et des affaires, le démembrement du siège de la souveraineté populaire, l’Etat, au profit d’institutions échappant à tout contrôle.

Ce projet signifie tout simplement la fin du politique. Limiter les déficits à 0,5 % du PIB par une disposition constitutionnelle – la fameuse « règle d’or » - revient à entraver tout pouvoir politique. C’est fondamentalement contraire aux principes démocratiques de base qui veulent qu’une Assemblée élue au suffrage universel – donc, représentant le peuple – puisse décider de toutes les dispositions qu’elle juge nécessaire à sa politique. La limitation des déficits inscrite au niveau des lois fondamentales, revient à exclure tout investissement public, toute disposition nouvelle en matière de sécurité sociale, par exemple.

Ces deux traités MES et TSCG confirment que la construction européenne s’est définitivement éloignée de l’idéal démocratique. Ils instaurent une totale mise sous tutelle financière et budgétaire des Etats et des peuples, sans qu’il y ait pour autant une souveraineté européenne.

Un fédéralisme de contrainte

On n’arrête pas de dire que cette avalanche de nouvelles réglementations renforce le « fédéralisme ». Il faudrait s’entendre sur ce mot. Le « fédéralisme », ce n’est pas simplement le transfert de la souveraineté nationale vers une entité supranationale.

Cette politique renforce le déficit démocratique, notamment par la règle de la « majorité inversée » qui donne à la Commission des pouvoirs exorbitants (voir note 1) sans aucun contrôle. En plus de mettre sous tutelle des Etats membres aux déficits estimés trop élevés, il divise l’Europe en deux, puisque le processus de décision ne sera pas le même pour les Etats membres de la zone Euro et les autres. Enfin, selon de nombreux juristes, ce nouveau traité ne respecte pas les traités européens existants. Cela peut tout simplement signifier la fin de l’Europe.

En réalité, La crise financière débouche sur la perspective d’une Union Européenne à deux niveaux : l’un fédéral (la Communauté) avec les Etats qui choisissent la monnaie unique au prix de la perte d’une part plus grande que jamais de leur souveraineté ; l’autre confédéral (l’Union) avec tous les autres préférant rester dans une simple zone intergouvernementale de libre-échange. Ce pouvoir « fédéral » limité aux Etats de la zone Euro serait en fait un « fédéralisme de contrainte » donnant tout pouvoir aux marchés aidés par une police « eurocrate », sans aucun contrôle parlementaire, ce qui est contraire à l’idée fédéraliste.

Vers la fin de l’Europe ?

Le projet des traités « Merkozy » annonce déjà une division de l’Union puisque deux pays n’y adhérent pas : la Grande Bretagne et la Tchéquie. Le vrai-faux ballon d’oxygène accordé à la Grèce le 20 février ne changera sans doute rien. Les diktats de la « troïka » amèneront sans doute la Grèce à sortir de la zone Euro, le gouvernement allemand le souhaitant manifestement. Cela signifie l’expulsion d’un Etat membre, puisque les dispositions relatives à la monnaie unique sont la base du traité de Maastricht confirmé par les traités suivants jusqu’à celui de Lisbonne. L’absence de deux Etats membres dans le projet de nouveau traité et l’expulsion d’un autre ne peut que signifier la fin de l’Union européenne. D’autres Etats sont menacés d’expulsion de fait comme l’Italie et le Portugal.

Le nouveau « Big Brother » s’appelle « marchés financiers ». Il est bien pire que ses prédécesseurs.

Pierre Verhas http://uranopole.over-blog.com/

[1] Alors qu’auparavant une recommandation de la Commission devait, pour être adoptée, être explicitement appuyée par le Conseil, c’est la logique inverse qui prévaut désormais.

En effet, alors que la majorité qualifiée sert à adopter une position "en faveur de quelque chose", la règle de "majorité inversée" signifie que les sanctions proposées par la Commission ne peuvent être contestées par le Conseil qu’à une majorité qualifiée. Cette nouvelle forme de décision, non prévue par les Traités a été annoncée par Herman Van Rompuy le 27 septembre 2010 :

"Partout où c’est possible, les règles de prise de décision au sujet des sanctions devraient être automatiques et basées sur la règle de la majorité inversée, qui implique qu’une proposition de la Commission est adoptée sauf si elle est rejetée par le Conseil."

Cette automaticité exclut donc toute délibération parlementaire de quelque ordre que ce soit. C’est une négation pure et simple des principes les plus élémentaires du fédéralisme qui prévoit une chambre de représentation des citoyens avec des pouvoirs essentiels.

Cela signifie en outre qu’un recours contre une sanction de la Commission sera quasi impossible. Si les déficits des finances publiques sont interdits, c’est au prix du déficit démocratique !

 

 

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Published by valenton rouge - dans Europe
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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 18:40

mes.jpgLe 30 janvier dernier, le Conseil européen a adopté deux nouveaux traités européens, sur injonction de M. Sarkozy et de Mme Merkel.

L’un s’appelle Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire (TSCG). L’autre a pour nom Traité instituant un mécanisme européen de stabilité (MES).

Les deux sont liés. L’un édicte la politique d’austérité, l’autre est un instrument qui conditionne toute aide du MES à la mise en œuvre de ces choix de réduction des dépenses publiques et sociales.

Il n’y a ici aucune place pour quelque aménagement ou réorganisation que ce soit : tout ce texte est inacceptable.

Le traité MES sera soumis au parlement français le 21 février. Toute la gauche doit se rassembler pour les combattre et les mettre en échec lors du vote. Tant qu’à modifier le traité de Lisbonne, l’efficacité commanderait de changer les missions de la Banque centrale européenne et de lui permettre d’initier un nouveau système de crédit. Elle pourrait prendre tout ou partie de la dette des Etats et prêter directement à ceux-ci aux mêmes taux qu’elle le fait pour les banques privées, c’est-à-dire aux alentours de 1%.

Il n’y a aucune fatalité aux choix actuels. Ils ne sont dictés que par le service aux marchés financiers.

Voter ces textes reviendrait par avance à accepter d’être matraqués après les élections présidentielles : diminution des retraites et des pensions, diminution des services publics, nouveaux déremboursements de médicaments, impôts sur les allocations familiales, augmentation de la TVA… C’est une purge qui se prépare. Ne laissons pas faire !

Ci-dessous, vous trouverez quelques éléments d’information sur le MES, ainsi que le texte intégral.

Le texte intégral du Traité instituant le Mécanisme européen de stabilité est à votre disposition ici.

D’où vient le Mécanisme européen de stabilité (MES) ?

En mai 2010, la profondeur de la crise a de manière inédite poussé les dirigeants de l’Union Européenne à se dédire en créant le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) en violation du Traité de Lisbonne entré en vigueur l’année précédente, en particulier de son article 125 (connu sous le nom de “no bail-out clause”, bail out se traduisant par renflouement) qui interdit la solidarité entre États :

Article 125 du Traité de Lisbonne

L’Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d’un projet spécifique. Un État membre ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un autre État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d’un projet spécifique .

La solution la plus efficace aurait été de permettre aux États en difficulté d’emprunter à taux bas à la Banque Centrale Européenne, mais cela est interdit par le Traité de Lisbonne :

Article 123 du Traité de Lisbonne

1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. 

Par ce FESF, créé pour trois ans, l’Union Européenne participe aux “plans de sauvetage” en Irlande et en Grèce, en leur imposant de très lourdes conditions en matière d’austérité.

C’est de cette dérogation aux règles de l’Union Européenne, jusqu’alors réputées inviolables, que va naître un nouveau projet qui, sous l’apparence d’un mécanisme de solidarité, constituera en fait un puissant outil coercitif pour soumettre les États et leurs budgets à l’austérité la plus totale et aux exigences des secteurs privés et financiers. Ce sera le Mécanisme Européen de Stabilité (MES). L’idée est de créer un FMI européen permanent.

C’est le Conseil européen du 17 décembre 2010 qui a décidé de la mise en place d’un mécanisme permanent de stabilité au sein de la zone euro, en remplacement du FESF et du Mécanisme européen de stabilisation financière (MESF).

Pour contourner l’interdiction posée par le Traité de Lisbonne, le Conseil européen a décidé, le 25 mars 2011, de le modifier en ajoutant à son article 136 un paragraphe permettant la création du MES :

136.3. Les États membres dont la monnaie est l’euro sont autorisés à créer un mécanisme de stabilité qui sera activé si cela s’avère indispensable pour garantir la stabilité de la zone euro dans son ensemble. L’accès à toute assistance financière dans le cadre du mécanisme sera soumis à une conditionnalité stricte.

Cette « conditionnalité stricte » servira à imposer l’austérité et fera du MES un outil plus à craindre que rassurant pour les États.

Afin de couper court à tous débats (et a fortiori à tous referendums), le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a fait passer cette modification par une procédure dite “simplifiée” à la faveur de quelques arrangements techniques.

Calendrier

Une première version du Traité établissant le MES a été signée par les chefs d’État et de gouvernement le 11 juillet 2011, la version définitive le 30 janvier 2012. Sans perdre de temps, le Traité est soumis au vote des parlements nationaux pour ratification. En France ce vote aura lieu à l’Assemblée Nationale ce 21 février 2012.

Le MES, initialement prévu pour entrer en action début 2013, sera finalement mis en route en avance, en juillet 2012, afin de combiner ses moyens avec ceux du FESF, ce qui permet à Angela Merkel de ne pas revenir sur sa promesse de ne pas augmenter le plafond des fonds alloués au MES.

Entre temps, le 9 décembre 2011, les mêmes chefs d’État et de gouvernement ont décidé de l’adoption d’un autre traité pour « évoluer vers une union économique plus forte » dans le sens, bien sûr, de plus d’austérité (règle d’or, soumission des budgets nationaux à l’approbation de la Commission…). Ce sera le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union (TSCG). A partir du 1er mars 2013, l’octroi des aides financières sera conditionné à la ratification du TSCG, comme le prévoit un « considérant » du Traité établissant le MES :

(5) Le 9 décembre 2011, les chefs d’État et de gouvernement d’États membres dont la monnaie est l’euro ont convenu d’évoluer vers une union économique plus forte comprenant un nouveau pacte budgétaire et une coordination accrue des politiques économiques qui devront être mis en œuvre au moyen d’un accord international, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (“TSCG”). Le TSCG aidera à développer une coordination plus étroite au sein de la zone euro afin d’assurer une bonne gestion durable et solide des finances publiques et donc de répondre à l’une des principales sources d’instabilité financière. Le présent traité et le TSCG sont complémentaires dans la promotion de pratiques budgétaires responsables et de la solidarité au sein de l’Union économique et monétaire. Il est reconnu et convenu que l’octroi d’une assistance financière dans le cadre des nouveaux programmes en vertu du MES sera conditionné, à partir du 1er mars 2013, à la ratification du TSCG par l’État membre concerné et, à l’expiration du délai de transposition visé à l’article 3, paragraphe 2, du TSCG, au respect des exigences dudit article. 

De la même façon, le projet de TSCG rappelle cette conditionnalité dans ses “considérants” : (traduction non officielle, la version française n’étant pas encore disponible)

INSISTANT sur l’importance du Traité établissant le Mécanisme européen de stabilité comme élément d’une stratégie globale pour renforcer l’union économique et monétaire et SOULIGNANT que l’octroi de l’assistance dans le cadre de nouveaux programmes du Mécanisme européen de stabilité sera conditionné, à partir du 1er mars 2013, à la ratification de ce Traité par les parties contractantes concernées et, dès l’expiration de la période de transition mentionnée dans l’Article 3 (2) en conformité avec les exigences de cet Article,

Ainsi s’instaure donc un véritable chantage : pour bénéficier de « l’aide européenne » (rappelons qu’il s’agit de prêts avec intérêts), il faudra accepter sans discuter une politique économique unique, faite de la pire austérité, même en dehors des périodes de crise, puisque le TSCG est lui aussi valable en permanence.

Le MES agira donc comme un FMI européen, imposant ses ajustements structurels comme l’institution de Washington imposait les siens aux pays du tiers-monde dans la douleur que l’on sait.

La proximité avec le FMI est d’ailleurs inscrite dans le texte :

(8) Le MES coopérera très étroitement avec le Fonds monétaire international (“FMI”) dans le cadre de l’octroi d’un soutien à la stabilité. Une participation active du FMI sera recherchée, sur le plan tant technique que financier. Il est attendu d’un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES qu’il adresse, lorsque cela est possible, une demande similaire au FMI.

(12) Conformément aux pratiques du FMI, dans des cas exceptionnels, une participation du secteur privé, sous une forme appropriée et proportionnée, sera envisagée dans les cas où un soutien à la stabilité est octroyé, accompagné d’une conditionnalité sous la forme d’un programme d’ajustement macroéconomique.

Quelle forme ?

Techniquement le MES prendra la forme d’une Institution financière internationale (IFI) basée à Luxembourg.

Le MES bénéficiera d’une immunité totale. Bien qu’ayant la capacité d’agir en justice (d’attaquer), il ne pourra être traduit devant aucun tribunal. Ses locaux et ses biens seront inviolables et inaliénables. Aucune perquisition n’y sera possible et l’accès à ses archives sera interdit. Il sera donc, comme la Banque centrale européenne, totalement indépendant des pouvoirs politiques des pays.

Tous ses salariés seront tenus au secret à vie et ne paieront plus les impôts nationaux, seulement un impôt spécial interne au MES.

Quelle capacité financière ?

La capital initial du MES est fixé à 700 milliards d’euros, divisé en sept millions de part de 100 000 euros. La répartition des parts du capital est la même que celle du capital de la BCE (proportionnelle au PIB).

.

Contributions au MES

États membres du MES

Pourcentage
des contributions

Nombre de parts

Cotisation
(en euros)

PIB nominal 2010
(en millions de dollars américains)

Allemagne

27,15

1 900 248

190 024 800 000

3 315 643

France

20,39

1 427 013

142 701 300 000

2 582 527

Italie

17,91

1 253 959

125 395 900 000

2 055 114

Espagne

11,90

833 259

83 325 900 000

1 409 946

Pays-Bas

5,72

400 190

40 019 000 000

783 293

Belgique

3,48

243 397

24 339 700 000

465 676

Grèce

2.82

197 169

19 716 900 000

305 415

Autriche

2,78

194 939

19 493 900 000

376 841

Portugal

2,51

175 644

17 564 400 000

229 336

Finlande

1,80

125 818

12 581 800 000

239 232

Irlande

1,59

111 454

11 145 400 000

204 261

Slovaquie

0,82

57 680

5 768 000 000

86 262

Slovénie

0,43

29 932

2 993 200 000

46 442

Luxembourg

0,25

17 528

1 752 800 000

52 433

Chypre

0,20

13 734

1 373 400 000

22 752

Estonie

0,19

13 020

1 302 000 000

19 220

Malte

0,07

5 117

511 700 000

7 801

.

La totalité de ces 700 milliards d’euros ne sera pas payée immédiatement par les États. Ce qui est exigé, appelé capital libéré, ne s’élève qu’à 80 milliards d’euros, le reste (le capital autorisé) étant exigible à tout moment. La part de capital libéré pour la France s’élèvera à 16, 308 milliards d’euros versés en cinq fois à raison d’un versement par an. Au total, 142, 7 milliards d’euros seront engagés par la France.

La capacité de prêt maximale du MES est pour le moment fixée à 500 milliards d’euros, mais elle devrait évoluer.

Quelle gouvernance ?

La distribution des votes est proportionnelle à la participation au capital du MES. Ce sont donc les « grandes économies » qui auront la totale mainmise sur les orientations du mécanisme. Jamais “Merkozy” n’aura été aussi vivant.

4.7 7. Chaque membre du MES dispose d’un nombre de voix égal au nombre de parts qui lui ont été attribuées dans le capital autorisé du MES conformément à l’annexe II. Le droit de vote est exercé par la personne qu’il a désignée ou son suppléant au sein du conseil des gouverneurs ou du conseil d’administration.

Les décisions du FESF étaient prises à l’unanimité, avec le MES elles se prendront désormais à la majorité simple ou qualifiée, de manière à pouvoir forcer la main des Etats qui résisteraient.

Une procédure d’urgence limitant la capacité de blocage des petites économies pourrait même être utilisée en cas de “menace pesant sur la stabilité économique et financière” de la zone euro.

Avec le système de proportionnalité du nombre de voix à la part de capital, certains pays disposeront d’un pouvoir démesuré, voire un droit de veto de fait. Par exemple, dans le cas d’une demande d’aide d’urgence, la procédure prévoit un vote à la majorité qualifiée de 85%. Compte tenu du fait que leur participation au capital du MES dépasse les 15%, trois pays –l’Allemagne, la France et l’Italie – détiendraient le pouvoir de bloquer unilatéralement le vote.

Chaque État nommera un Gouverneur qui participera au Conseil des Gouverneurs. Dans les faits, les gouverneurs seront les ministres de l’économie de chaque pays membre puisque ces gouverneurs devront être en charge des finances de leur pays respectif. Le Conseil des Gouverneurs sera présidé par le Président du MES.

Chaque Gouverneur nommera un Directeur, expert de l’économie, qui participera au Conseil d’administration. Le Conseil des Gouverneurs en nommera le Directeur Général qui aura une mission équivalente à son homologue du FMI.

Aucun des dirigeants du MES n’aura donc la légitimité issue du suffrage populaire. Les décisions du MES se prendront loin des peuples, souvent dans le secret. C’est un nouveau coup dur pour la démocratie.

Quels moyens d’action ?

Le MES pourra agir de quatre manières :

  • Procédure d’octroi de l’aide financière [art. 13] :

Sur sollicitation d’un État membre, le Président demande à la Commission (en liaison avec la BCE) d’évaluer le risque pour la stabilité de la Zone Euro, d’entreprendre avec le FMI une analyse de la dette et d’évaluer les besoins réels de financement ainsi que de la participation du secteur privé.

Sur la base de cette évaluation, le Conseil des Gouverneurs peut donner son accord de principe. S’il décide d’aider l’État membre, il charge la Commission (toujours en liaison avec le FMI et la BCE) de négocier le protocole avec cet État. La Commission signe ce protocole sous réserve d’approbation du Conseil des Gouverneurs

Le Conseil d’Administration approuve ensuite la convention d’aide et détaille les aspects techniques, ainsi que les conditions de décaissement de la première tranche d’aide. Le MES met alors en place un système d’alerte et s’assure du bon remboursement par l’État membre alors que la Commission, en liaison avec le FMI et la BCE, vérifie la conformité des politiques économiques de cet État via les missions de la trop fameuse Troïka déjà en action en Grèce… Sur la base de son évaluation, le Conseil d’Administration décide du décaissement des autres tranches d’aide. Il en fixe les orientations détaillées.

ARTICLE 13

Procédure d’octroi d’un soutien à la stabilité

1. Un membre du MES peut adresser une demande de soutien à la stabilité au président du conseil des gouverneurs. Cette demande indique le ou les instruments d’assistance financière à envisager. Dès réception de cette demande, le président du conseil des gouverneurs charge la Commission européenne, en liaison avec la BCE:

a) d’évaluer l’existence d’un risque pour la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble ou de ses États membres, à moins que la BCE n’ait déjà soumis une analyse en vertu de l’article 18, paragraphe 2;

b) d’évaluer la soutenabilité de l’endettement public. Lorsque cela est utile et possible, il est attendu que cette évaluation soit effectuée en collaboration avec le FMI.

3. S’il adopte une décision en vertu du paragraphe 2, le conseil des gouverneurs charge la Commission européenne – en liaison avec la BCE et, lorsque cela est possible, conjointement avec le FMI – de négocier avec le membre du MES concerné un protocole d’accord définissant précisément la conditionnalité dont est assortie cette facilité d’assistance financière. Le contenu du protocole d’accord tient compte de la gravité des faiblesses à traiter et de l’instrument d’assistance financière choisi. Parallèlement, le directeur général du MES prépare une proposition d’accord relatif à la facilité d’assistance financière précisant les modalités et les conditions financières de l’assistance ainsi que les instruments choisis, qui sera adoptée par le conseil des gouverneurs.

7. La Commission européenne – en liaison avec la BCE et, lorsque cela est possible, conjointement avec le FMI – est chargée de veiller au respect de la conditionnalité dont est assortie la facilité d’assistance financière.

  • Mesures de Soutien à la Stabilité [art. 14] :

Le Conseil des Gouverneurs peut décider d’accorder un prêt à un membre du MES dont les termes et conditions sont signés par le Directeur Général. Le prix du prêt est fixé par le Conseil des Gouverneurs.

ARTICLE 14

Assistance financière octroyée par le MES à titre de précaution

1. Le conseil des gouverneurs peut décider d’octroyer, à titre de précaution, une assistance financière sous forme de ligne de crédit assortie de conditions ou de ligne de crédit assortie de conditions renforcées conformément à l’article 12, paragraphe 1.

2. La conditionnalité dont est assortie l’assistance financière octroyée par le MES à titre de précaution est définie dans le protocole d’accord, conformément à l’article 13, paragraphe 3.

  • Financement des Etats via le marché primaire [art. 15] :

Le Conseil des Gouverneurs peut décider exceptionnellement d’organiser l’achat d’obligations d’un État membre sur le marché primaire (celui des obligations nouvellement émises – le MES pourra aussi agir sur le marché secondaire, comme le fait actuellement la BCE en contradiction avec le Traité de Lisbonne) : il fixe les modalités de cet achat et la convention est signée par le Directeur Général. Enfin le Conseil d’Administration arrête les orientations détaillées sur la mise en œuvre de ce financement.

Ces outils sont modifiables par le Conseil des Gouverneurs.

ARTICLE 15

Assistance financière pour la recapitalisation d’institutions financières d’un membre du MES

1. Le conseil des gouverneurs peut décider d’octroyer une assistance financière sous forme de prêts à un membre du MES, dans le but spécifique de recapitaliser des institutions financières de ce membre.

2. La conditionnalité dont est assortie l’assistance financière aux fins de la recapitalisation d’institutions financières d’un membre du MES est définie dans le protocole d’accord, conformément à l’article 13, paragraphe 3

  • Opérations d’emprunt [art. 17] :

Le MES peut emprunter sur les marchés financiers selon des modalités d’emprunt déterminées par le Directeur Général et en respectant les lignes directrices décidées par le Conseil d’Administration.

ARTICLE 17

Dispositif de soutien sur le marché primaire

1. Le conseil des gouverneurs peut décider de prendre des dispositions pour acheter des titres émis par un membre du MES sur le marché primaire, conformément à l’article 12 et en vue d’optimiser le rapport coût-efficacité de l’assistance financière.

2. La conditionnalité dont est assorti le dispositif de soutien sur le marché primaire est définie dans le protocole d’accord, conformément à l’article 13, paragraphe 3.

3. Les modalités financières et les conditions d’achat de ces titres sont spécifiées dans un accord relatif à la facilité d’assistance financière, signé par le directeur général.

Pour chacune de ces possibilités reviennent les termes “conditions” ou “conditionnalité”. Ce seront des ajustements structurels pour une “discipline budgétaire”, c’est-à-dire une contraction de la dépense et donc de toute l’économie.

Outre ces ajustements, le MES attend aussi des intérêts. Le Traité prévoit même qu’il doit être géré de façon à obtenir une marge :

ARTICLE 20

Politique tarifaire

Lorsqu’il octroie un soutien à la stabilité, le MES cherche à couvrir tous ses coûts de financement et d’exploitation et prévoit une marge appropriée.

L’excédent devra être versé dans un fonds de réserve – première source de liquidités en cas de pertes du MES – et, le cas échéant, dans d’autres fonds. Il servira à régler les frais de fonctionnement du MES. Les États membres pourront même percevoir des dividendes.

ARTICLE 23

Politique de distribution des dividendes

1. Le conseil d’administration peut décider, à la majorité simple, de distribuer un dividende aux membres du MES lorsque le montant du capital libéré et du fonds de réserve dépasse le niveau requis pour maintenir la capacité de prêt du MES et lorsque le produit de l’investissement n’est pas nécessaire pour éviter des arriérés de paiement aux créanciers […]

2. Tant que le MES n’a pas fourni d’assistance financière à l’un de ses membres, le produit de l’investissement de son capital libéré est, après déduction des coûts d’exploitation, distribué à ses membres en fonction de leurs parts respectives dans le capital libéré, à condition que la capacité de prêt effective visée soit pleinement disponible.

On le voit clairement : l’aide européenne consiste en des prêts plus avantageux que ceux du marché, mais assortis de conditions drastiques qui constituent de larges pertes de souveraineté nationale et conduiront à une implacable casse sociale.

 

 

http://patricklehyaric.net/2012/02/15/mecanisme-europeen-de-stabilite-la-purge-sociale-en-preparation/

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 18:31

 

pacte.pngEn s’accordant, lors du sommet européen du 9 décembre 2011, sur un nouveau pacte budgétaire intergouvernemental, les chefs d’Etat européens ne se sont pas seulement entendus sur une condamnation des peuples de l’Union aux fers et aux chaînes de la rigueur perpétuelle, ils ont aussi pactisé sur le renoncement à deux idées qui faisaient leur chemin : faire payer les banques, comme l’avait défendu l’Allemagne pour traiter du cas de la Grèce, et encourager la Banque centrale européenne (BCE) à racheter les titres de dette des pays attaqués, comme le souhaitait la France. Donnant-donnant : il fut convenu de ne plus embêter son voisin avec une idée qui le dérangeait. Sans doute aussi qu’en fermant à clé les issues de secours, les uns et les autres pensaient apaiser les flammes de l’incendie. Les issues se rouvriront certainement sous le souffle de l’explosion.

Le plus étonnant, dans cette conjuration des bonnes idées, n’est pas tellement le renoncement à faire payer les créanciers – les banques, les compagnies d’assurance, les organismes d’épargne collective, les fonds de pension. Quoiqu’à première vue l’idée serait excellente. Que les créanciers subissent de temps à autres quelques rabais sur leurs créances ne serait pas injuste, en effet, puisque la justification de leurs intérêts perçus annuellement est le défraiement du risque qu’ils prennent en prêtant à des agents (ici des Etats) susceptibles de faire un jour défaut. S’il ne survenait jamais aucun défaut, l’intérêt ne serait que le prix de la peur des fantômes, une espèce de vol dissimulé sous une longue cape blanche. Le défaut a donc son intérêt, si l’on peut dire. Cela dit, chacun peut comprendre que, dans une société capitaliste, la justice, même lorsqu’il s’agit d’une justice purement marchande, est subordonnée à la propriété. Or, les pertes des créanciers, avant que d’être celles des déposants, des épargnants, des assurés... seraient dans un premier temps celles des propriétaires (les actionnaires) de ces institutions financières. Cela peut faire réfléchir, si l’on n’est pas viscéralement du côté des sans-biens. Surtout que les pertes de créances peuvent rapidement dépasser les fonds propres (les apports des actionnaires) et menacer en fin de compte l’épargne des particuliers, dont il faudrait d’une manière ou d’une autre socialiser les pertes : en nationalisant et en renflouant ces institutions financières. On voit que le socialisme ne serait plus très loin.

Le plus étonnant est plutôt le refus obstiné d’envisager un rachat substantiel des titres de dettes publiques par la BCE. Nul n’ignore que le principal obstacle sur cette voie est la peur phobique de l’Allemagne qu’une telle pratique ne conduise à un nouvel épisode d’hyperinflation. Mais justement, à part cette terreur infantile qui vaut bien toutes « les exubérances irrationnelles des marchés », où serait le problème ?

Des gens mal informés pensent sans doute encore que le rachat des dettes publiques est défendu par les statuts mêmes de la BCE. Mais les dirigeants européens savent forcément que ce n’est pas le cas. L’article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, repris textuellement dans l’article 21 sur les statuts du système européen de banques centrales et de la Banque centrale européenne, fixe les règles suivantes : « Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. » Ce qui est interdit, c’est donc le prêt entre la BCE et les pouvoirs publics en Europe, ainsi que l’achat de titres de dettes publiques au moment de leur émission (les acquisitions directes). Mais aucunement le rachat de ces mêmes titres de dettes, une fois qu’ils sont revendus par leurs premiers acheteurs (et tous leurs suivants) sur le marché d’occasion : le marché dit « secondaire ».

La BCE peut donc tout à fait légalement, à l’instar de la Réserve fédérale américaine, de la Banque d’Angleterre, ou de la Banque du Japon, acheter massivement de la dette publique sur les marchés pour soutenir le prix des titres, et détendre, en théorie, les taux d’intérêts sur ces titres déjà en circulation. Certes, un Etat n’a a priori que faire d’une baisse des taux sur ses titres déjà en circulation — pour lui le montant annuel des intérêts à payer aux détenteurs est toujours le même (1). Mais si l’opération réussissait, comme les créanciers ne font pas de différence entre des titres d’occasion et des titres nouvellement émis (pour une échéance identique), cela signifierait qu’ils sont disposés à acheter les titres nouvellement émis, destinés à financer le déficit budgétaire et le renouvellement des titres parvenus à échéance, au même taux d’intérêt que sur le marché d’occasion.

Dire que la BCE peut faire cela, c’est même oublier qu’elle l’a déjà fait. A travers son programme d’achat sur les marchés (Securities Market Program), mis en œuvre sous la présidence de Jean-Claude Trichet, elle a racheté pour environ 200 milliards d’euros de titres grecs, portugais, espagnols et italiens. Mais en s’autolimitant dans cette action, et surtout en faisant comprendre, par la voie de son nouveau président, Mario Draghi, en décembre dernier, que ce programme n’est « ni éternel, ni infini » (2), la BCE se prive de faire sentir qu’elle peut agir avec des moyens illimités comme porteur en dernier ressort des dettes publiques. M. Draghi entretient d’ailleurs savamment la confusion entre ces opérations de rachat de la dette sur les marchés, et la monétisation des dettes publiques (les prêts ou les achats de titres directs aux Etats) pour outrer le caractère prétendument dérogatoire de ces interventions. Le mandat de la BCE, va-t-il répétant cette brumeuse formule, est « borné par l’interdiction du financement monétaire [des Etats]  » (3).

Or le seul fait d’annoncer que la BCE pourrait intervenir sur une grande échelle suffirait peut-être à l’en dispenser… puisqu’il s’agit essentiellement de contrer une panique. Le risque de défaut des Etats, aujourd’hui bien réel, n’est dû qu’à la montée dramatique des taux d’intérêt, alimentée par la peur du défaut… que la montée des taux d’intérêt rend inéluctable. Nombre d’économistes comme Christophe Ramaux (4) ou Philippe Legrain (5) plaident pour que la BCE s’engage à intervenir sur les marchés secondaires en fixant un seuil de taux d’intérêt maximal tolérable sur les dettes publiques.

Pensant peut-être faire preuve d’indépendance vis-à-vis des Etats, alors qu’elle est sous la dépendance des conceptions monétaires de l’Allemagne et de la Bundesbank, la BCE refuse pour l’instant d’utiliser cette possibilité. Mais elle aura du mal à faire croire encore longtemps qu’elle est corsetée par la même frayeur de l’inflation. On pourrait penser que la BCE est réticente à émettre sa propre monnaie pour acheter des dettes publiques, au motif que cela ferait brusquement augmenter les liquidités (la monnaie de la Banque centrale) dont les banques ont besoin pour développer le crédit, et ce de manière démultipliée. Mais elle semble moins réticente à le faire (augmenter les liquidités) lorsqu’il s’agit de prêter directement aux banques, que lorsqu’il s’agit de soulager, même très indirectement, les Etats. Le 21 décembre dernier, la BCE a créé 489 milliards d’euros pour refinancer à long terme (sur trois ans) 500 banques européennes, au taux de 1 %.

En offrant toutes ces largesses aux banques privées, M. Draghi songeait peut-être secrètement qu’il leur viendrait l’idée lumineuse (et lucrative) d’en consacrer une petite part à de nouveaux achats de dettes publiques. Si tel avait été le cas, la foule des commentateurs aurait sûrement crié au génie. Ah ! l’habile manière de contourner le tabou (mais non l’interdiction, il faut le répéter) du « financement monétaire des Etats ». De la part de la BCE, donner – car au taux de 1 %, c’est donné – sa monnaie aux banques privées pour qu’elles accomplissent par délégation son dessein aurait permis de sauver les apparences tout en atteignant le but. Malheureusement, il arrive qu’en envoyant notre grande sœur chercher des cigarettes à notre place, pour cause d’interdiction de vente aux mineurs, celle-ci garde l’argent pour s’acheter des bas… de laine. Les banques se sont assises sur le magot, qu’elles ont aussitôt redéposé sur leur compte à la BCE. Comme aux plus beaux moments de la crise des subprimes, les banques se défient en effet à nouveau les unes des autres, et la constitution de cette cagnotte leur permet de se passer des prêts qu’elles se font habituellement pour compenser leurs déséquilibres de paiements, au jour le jour. Commentaire de M. Draghi : « Les banques décideront en totale indépendance de ce qu’elles feront [de ces milliards d’euros], en fonction de la meilleure combinaison rendement/risque pour leurs affaires » (6).

Une banque centrale indépendante, des banques privées indépendantes... et des peuples sous le joug : tout est en ordre.

Cet épisode a au moins le mérite de faire avancer les idées. Car à force d’entreprendre à reculons ce que jamais elles n’auraient imaginé devoir faire, ou ce que toujours elles auraient aimé penser ne pas pouvoir faire, les autorités économiques et financières en sont venues à mieux faire voir ce qu’il se pourrait que l’on fît. S’il est vrai, comme disait Larcordaire, qu’entre « le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui affranchit », une petite loi serait sans doute bienvenue. Juste une, pour obliger la grande sœur à ramener des cigarettes, plutôt que des bas. Une loi qui contraindrait les banques privées à utiliser les liquidités de la BCE pour racheter de la dette publique, avec l’effet démultiplicateur que permettent ces liquidités. Le procédé serait peut-être moins exorbitant que la proposition, faite par Jacques Sapir, de réquisitionner les banques centrales nationales pour qu’elles émettent les euros nécessaires à ce rachat : une solution techniquement faisable mais pour le coup complètement interdite par les traités (7).

Ce serait cependant faire un trop joli cadeau aux banques, et à leurs actionnaires. Car permettre aux banques (en les obligeant à être libres, aurait dit Rousseau) de racheter des dettes publiques très décotées sur les marchés secondaires, avec de l’argent emprunté à 1 %, ce serait sans doute leur garantir à terme des plus-values excellentes, lorsque les Etats finiront par rembourser ces dettes à leur valeur d’émission (ce qui est le but recherché, in fine, de tout dispositif de secours). Ne pourrait-on pas faire profiter de cette aubaine de jeunes et fringantes banques publiques, créées pour l’occasion, qui spéculeraient ainsi gentiment sur la dette de leurs propres Etats-actionnaires, pour leur restituer en fin de parcours les plus-values faites pour et sur leur compte ? En raflant sur les marchés secondaires, grâce aux prêts à 1 % de la BCE, les titres publics dont les autres institutions financières souhaitent se débarrasser à bas prix, non seulement elles empocheraient les plus-values à la place des spéculateurs, mais elles contribueraient d’une manière générale à détendre les taux d’intérêts. Elles pourraient ensuite se porter acquéreuses des nouvelles dettes émises, si les institutions financières privées continuent à bouder.

Evidemment, tout le monde criera que tout ceci est interdit par les traités... alors que c’est explicitement autorisé. C’est ce qu’ont relevé à juste titre Michel Rocard et Pierre Larrouturou (8) – lesquels proposent que la BCE prête à 0,01 % à la Banque européenne d’investissement ou à la Caisse des dépôts et consignations. Le même article 21 qui interdit à la BCE la monétisation directe des dettes publiques et le financement direct d’organismes publics stipule en effet : « Le présent article ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la BCE, du même traitement que les établissements privés de crédit. » L’impossible n’est pas toujours dans les traités. Il réside plus souvent dans les diktats de la finance.

 

 

 

(1) Tandis que, pour les nouveaux acheteurs du titre d’occasion, les choses sont différentes. En achetant le titre plus cher, alors que le montant annuel des intérêts payés par l’Etat reste le même jusqu’à l’échéance, ils acceptent un taux d’intérêt effectif plus bas (le taux d’intérêt est égal au montant annuel des intérêts divisé par le prix du titre).

(2) Entretien de Mario Draghi avec le Financial Times, 14 décembre 2011.

(3) ibid.

(4) «  Gare au catastrophisme libéral  », Alternatives économiques, hors-série n° 91, 1er trimestre 2011.

(5) «  La BCE doit agir dès maintenant pour sauver l’euro  !  », Project Syndicate, 13 décembre 2011.

(6) Entretien avec le Financial Times, ibid.

(7) «  Réquisitionnons les banques centrales  !  », Le Monde, 2 décembre 2011.

(8) «  Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques  ?  », Le Monde, 3 janvier 2012.

 

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-02-22-Dette

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:13

140220112-7.jpgRetour sur Athènes. Retrouvailles sous le signe de la grande fatigue partagée. Les badauds se précipitent devant les débris encore fumants lundi après-midi. La catastrophe dans toute sa pédagogie. Certains incendies ne sont pas encore complètement éteints douze heures après. Impressionnant, choquant et surtout triste. Un homme la cinquantaine commente à haute voix devant le cinéma ravagé par les flammes : « Toujours les mêmes, les anarchistes, ceux qui ne respectent rien, ils faut de l'ordre enfin ». Aussitôt, un autre homme du même âge, laisse exploser sa colère : « Tout cela c'était bien calculé par tes amis au pouvoir, PASOK [P.S.], la droite et les banques, va voter ton PASOK la prochaine fois, le temps où on nous prenait pour des c... c'est terminé, on a pigé ».

A proximité de ce cinéma, se trouve un bâtiment ayant servi au Front National de Libération (EAM), (1941-1944). Deux autres hommes, assez âgés, s'arrêtent devant : « Oui c'était ici, je voulais te le montrer, tu vois en effet, les époques ne font que tourner, et sans cesse ».
 
 
Je le ressens aussi cet après-midi, rue du Stade, à propos des époques, oui, elles savent tourner ces époques. Ainsi il y a un avant et un après dimanche, 12 février, comme une rupture. Et il y a aussi un bilan, toujours provisoire aux yeux de l'histoire. D'abord je pense que nous nous souviendrons de l'adoption du Mémorandum II, par ces 199 voix pour (sur 300), au « Parlement ». Aussitôt, 22 députés du PASOK (P.S.) ont été exclus du parti, même sanction pour les 21 députés rebelles de Nouvelle Démocratie (droite), leur péché, avoir dit non au Mémorandum. Le chef du LAOS, Karatzaferis (extrême droite) a pareillement rayé de ses listes, deux députés mais ici le schéma fut renversé. Karatzaferis ayant fait volte-face se déclarant hostile au Mémorandum II, la dernière minute. La bancocratie s'installe, le pays est donc livré clés en main aux concessionnaires... de marque, et les historiens du futur évoqueront le « vote des 199 le 12 février 2012» comme on évoque par exemple le « vote des pleins pouvoirs le 10 juillet 1940 ».
L'événement majeur, fut la manifestation très massive, place de la Constitution, étouffée par un usage alors sans précédent, de produits chimiques par la police dite anti-emeute, s'attaquant aux citoyens qui manifestaient. En simultané enfin, une attaque en règle et organisée, d'un nombre assez important d'individus cagoulés, 2000 au moins selon la presse, et l'embrasement d'une partie du centre historique d'Athènes suivi de pillages. Les pilleurs exigeaient alors parfois de certains propriétaires, une rançon, pour ainsi épargner leurs établissements. Nous y reviendrons sur les « casseurs » ou casseurs, c'est selon, mais en tout cas, le caractère organisé de leurs « exploits », ne fait aucun doute, à la jonction des différentes facettes justement de notre crise. Pour ce qui est de cette organisation (partielle en tout cas), tout le monde tombe d'accord, les mouvements et partis qui avaient appelé à manifester, et la Police elle même. « La direction de la police, a déclaré qu'il y avait 2000 individus organisés, lesquels se sont introduits au sein de la manifestation, pour ensuite se diviser en entités plus petites et ainsi mettre le feu à travers la vile », « le chef de la police vient de confirmer cette thèse, à savoir que les individus cagoulés ont pu agir suivant un plan bien précis et élaboré » (quotidien Kathimerini, 14/02/2012 et bulletins radiophoniques du mardi 14/02/2012).
 
Cargo en flammes - île de Lemnos mer Égée - 12/02/2012
L'Union Syndicale de la Police (POESY) quant à elle, elle se déclare outrée et préoccupée par les catastrophes du dimanche : «Pitié, nous en avons assez des larmes de crocodile. Notre mouvement syndical, condamne la violence d'hier au centre d'Athènes, et aussi ailleurs en Grèce. Le résultat était d'empêcher les centaines de milliers de citoyens, dans leur volonté d'exprimer pacifiquement leur opposition radicale contre les mesures ignobles, légiférées alors par les « troïkans » (sic), ces maîtres-chanteurs et « fossoyeurs » des rêves de notre peuple. Encore une fois, nous avons constaté que la colère citoyenne se focalisait sur les forces de la Police, sans que les responsabilités chroniques de l'État, des gouvernements, des partis, des syndicats et de la société soient évoquées. Ainsi durant toutes ces dernières années ces porteurs de la violence ont été tolérés, au lieu de les isoler comme il le fallait (…) le tout, dans l'indifférence devant les dizaines de blessés et parfois morts, policiers et citoyens (…)  Encore hier malheureusement, nous avons été les témoins de la facilité par laquelle les «cagoulés » ont pu agir sans en être empêchés, en plus, se mêlant aux milliers de citoyens qui protestait pacifiquement. Les lieux de rassemblement de ces individus ainsi que leurs « points d'attaque », sont alors connus depuis plusieurs jours, n'ont pas été contrôlés. (...) Pourquoi les responsabilités de toutes les parties impliquées ne sont pas prises, et ainsi la Police grecque et ses agents deviennent continuellement les victime expiatoires de ceux qui inventent et exécutent ces plans qui minent nos institutions démocratiques. Nous appelons enfin le gouvernement, à cesser d'utiliser la force répressive contre les luttes populaires (...) ».
 
Notre bonne vieille librairie francophone - Athènes 13/02/2012
Pour les partis de gauche (SYRIZA et KKE – P.C. grec), c'est clair, « ils s'agit d'un plan de l'État en cours d'exécution, ayant comme but de terroriser et de réprimer le peuple (...) il s'agit de ces mécanismes qui incendient des bâtiments pour faire admettre toute la scénographie de la catastrophe, alors infligée au peuple par le Mémorandum II. Nous avons donc vu que les MAT (CRS) et les « porteurs de cagoules » ont alors œuvré de concert, afin de briser les manifestations du peuple, alors très massives (…) » (déclaration officielle du P.C. - 13/02/2012).
Certains éditorialistes à la radio ne disent pas autre chose. Parmi eux, Georges Trangas sur Real-Fm, il est de droite mais en rupture vis à vis du parti de Nea Dimokratia (la droite de Antonis Samaras), et il se montre très virulent (zone matinale du 14/02/2012) : « C'est évidement un coup monté de la part du para-État. Les Papadémiens ont voulu imposer la loi de la cagoule, la police a voulu d'abord protéger le Parlement, suivant le raisonnement suivant, laissons Athènes brûler tant que rien n'arrive aux députés, entravant éventuellement la marche du Mémorandum II. Certains à la police prétendent ne pas avoir des informations sur les plan des cagoulés, eh bien c'est faux. Par mes amis dans la Police je sais que des appels interceptés entre certains individus se trouvant dans la manifestation et les « bataillons de cagoulés - incendiaires » en vue de coordonner l'opération, donc on sait que ces gens sont des pions du système bipartite ayant comme but de rependre la peur à monsieur tout le monde. Ces individus, n'ont rien à voir avec la gauche, ni avec tous les autres citoyens de gauche, de droite ou de rien du tout, qui tout simplement participent au front anti- Mémorandum (…)».
 
Athènes - 13/02/2012
J'ai rencontré certains de mes amis ayant vécu la manifestation du dimanche. Tel Dimitri, portant une petite blessure à sa tête. « T'a été frappé par les policiers ? ». « Ah,non, mais je suis tombé par terre au moment où une grenade policière a explosé très près de moi. C'est de la nouvelle chimie, je t'assure, rien à voir avec ce que nous avions vécu ensemble durant toutes le manifestations de l'été dernier. Je ne me suis jamais senti dans un tel état. Je n'arrivais pas à déterminer dans quel type de choc je me trouvais. [Dimitri est médecin]. Je ne sais pas combien d'instants je me trouvais ainsi gisant par terre, c'est en tombant que je me suis blessé. J'ai commencé à retrouver mes esprits pendant que deux autres manifestants, un homme et une femme, un couple de médecins comme j'ai compris par la suite, m'ont mis à l'abri, abrité ainsi devant le porche d'une boutique rue Hermès, hier c'était l'enfer ».
Hier lundi, l'ordre des médecins à Athènes, par la voix de son président Georges Patoulis, a demandé l'intervention de la justice, « car la santé d'un grand nombre de citoyens a été directement et délibérément mise en péril, par l'usage de produits chimiques, étant à l'origine des brulures dangereuses et des problèmes respiratoires, susceptibles à entrainer des pathologies chroniques. Le centre d'Athènes fut ainsi transformé en chambre à gaz (sic). Nous saisissons alors la justice, afin de déterminer si la composante CS, classé arme chimique, fut incluse dans l'arsenal de la police ».
Dimitri n'a plus de doute sur le déroulement des faits. « Je suis arrivé sur la place relativement tard. Venant par la rue de la Métropole [reliant la place de la Constitution et le quartier de Monastiraki], la police ne nous laissait pas avancer, les casseurs étaient déjà là, nous avons l'habitude ils sont reconnaissables, certains manifestants se joignaient à eux, mais j'insiste, le but principal de la police était de nous éloigner de la place avant et durant le vote des députés. C'est la première fois que je voyais ceci, nous avons tenté et repris la place au moins dix fois sous un déluge chimique, tu te souviens, durant l'été, au bout de deux à trois fois on abandonnait. Puis, nous avons compris que les cagoules, certes mélangées à de manifestants en colère, font partie d'un plan. En tout cas, la police s'acharnait sur nous... L'autre nouveauté tient du langage utilisé. Au lieu des insultes habituelles à l'encontre des flics, on leur criait « traîtres », je pense qu'ils ne sont pas insensibles, si il sont Grecs en tout cas, car selon la dernière rumeur, certains policiers n'utilisaient pas le grec entre eux, mais je ne suis pas en mesure de le confirmer. En partant du... champ de bataille, traversant Athènes en flammes, nous avons alors crié, nous reviendrons, tu vois, de toute façon pour moi c'est clair, il y a un avant et un après. Moi j'ai toujours été un centriste, mais je sens qu'actuellement être centriste c'est comme on disait avant communiste on va vers la gauche, inimaginable avant ».
 
Cinéma...  Athènes 23/02/2013
Dans la soirée, une autre facette des événements m'a été conté, par un ami chômeur, militant au sein d'un parti de gauche, Th., qui n'est pas à sa première manifestation.
« Nous étions sur la place parmi les premiers et assez proche du cordon des policiers. Très tôt, mais vraiment très tôt, pendant que les gens arrivaient encore par milliers, précisément au moment où Mikis Theodorakis et Manolis Glezos étaient là. Il y a eu un jet d'oranges et d'une bouteille sur les policiers, et rien de plus grave, et ceci a été alors le prétexte de l'attaque que nous avons reçu. Une attaque sans commune mesure avec le passé. Je suis un habitué des manifestations, la police nous empêchait dans chaque tentative à reprendre la place, nous avons été poursuivis et tabassés par les policiers des brigades [CRS] durant deux heures, nous, puis les autres membres des partis et organisations de gauche, y compris ceux du P.C. lesquels finalement n'ont pas eu le temps d'atteindre la place de la Constitution et ainsi rejoindre les autres manifestants. Nous avons eu peur que Mikis Theodorakis et Manolis Glezos succombent. Au même moment, les cagoulés ont commencé. Il y a eu aussi des manifestants qui attaquèrent alors les policiers, c'est normal dans ces cas précis. Ce que je retiens, ce n'est pas la provocation, issue des casseurs avec la complicité apparente de la police, car elle « s'occupait » davantage de nous que d'eux, mais finalement le timing. Car bien beaucoup plus tôt que par le passé, les donneurs d'ordre ont voulu briser la manifestation à son début, faire peur aux gens, nous dissuader de toute action ».
Petites histoires emboitées dans la grande en gestation. Et beaucoup de rumeurs. J'ai reçu des messages, y compris depuis la France sur le fait que des gens ayant manifesté dimanche à Syntagma ont déclaré avoir remarqué avec étonnement que certains policiers ne parlaient pas le grec. Alors des préparatifs ou des prémices de l'intervention de l'EUROGENDFOR ? La force européenne spéciale, en Grèce, car la crise économique accompagnée d'une agitation sociale donnera à Bruxelles l'occasion de tester la capacité de réponse du groupe secret qui a été créé pour lutter contre les troubles et les soulèvement populaires en Europe. Eh bien, cette rumeur circule depuis des mois déjà en Grèce, et on sait que du temps du gouvernement Papandréou, un campement lui était destiné à proximité de la vile de Larissa (centre du pays), informations alors issues de la presse écrite. Les journaux avait mentionné des informations selon lesquelles, cette unité avait en partie débarqué en Grèce en Octobre 2011 en provenance d'Italie, et par voie maritime, utilisant les liaisons maritimes entre les deux pays. Le gouvernement avait alors démenti. Mais sur la présence effective de cette... « unité-cadeau » de l'U.E., je n'ai pas d'information précise. Seulement, l'avenir court parfois plus vite que les rumeurs.
La stratégie du choc devient-elle également celle du chaos ? Instaurer de nouveau la peur par des déclarations du genre « sans le Mémorandum II la Grèce restera sans médicaments et sans hôpitaux, les retraités sans pensions, les enfants vont faire la queue à la soupe populaire » (Papadémos, Papandreou, Samaras), sauf que nous y sommes. Ensuite il fallait briser la manifestation et les manifestants sur la place, (laisser) faire brûler une partie du centre ville et ainsi annuler médiatiquement la portée du vote, ralentir le processus de sortie du choc, entamé par la société grecque depuis quelques semaines, après deux années pratiquement de... Mémorandisme.
Faisant un tour au centre ville, j'ai vu de près effectivement, les bâtiments ravagés par le feu, et cet... arôme chimique encore dans l'atmosphère et sur les lieux, très gênant, dont les effets se faisaient encore sentir. J'ai vécu une variante moins élaborée de ce même plan directement, lors des manifestations de l'été 2011. Évidement la violence est dans l'air. Les bandes de pillards existent, le mélange des genres fait partie de la pire cuisine du bistrot de la crise. Beaucoup de gens passent aussi à l'acte, surtout lorsqu'il s'agit de saccager les locaux politiques des élus Mémorendiens, un appel du genre parait-il circule sur Facebook encore ce mardi. Je sais que notre dignité est blessée, ainsi nombreux sont ceux qui désirent incendier le Parlement, voir les députés et ministres en prison, pour ne pas dire leur infliger la peine capitale pour trahison. Car la « trahison » devient aussi un terme d'époque. Il y a aussi d'autres certainement, qui réagissant à la mécanique de la violence policière-étatique vont répliquer, si possible de la même façon.
Sauf que nous savons maintenant, que le mélange des genres entre toutes les colères, organisées, récupérées, spontanées ou pas, peut sous certaines conditions, arranger les metteurs en scène de la stratégie du choc. Aussi finalement et pour détourner le regard de la catastrophe qui constitue le Mémorandum II et ses conséquences, pour annuler si possible les effets et les images d'un grand rassemblement populaire, les télévisions par exemple, ont consacre plus de 40 minutes aux incidents et autres incendies et seulement cinq minutes sur les conséquences et suites du vote des 199.
En tout cas, le vrai séisme s'opère il me semble encore et déjà dans les représentations. Rupture, aussi à cause de l'adoption du Mémorandum II, rupture aussi parce que d'autres formes d'actions désormais, restent à déterminer. Entre hier et aujourd'hui les occupations des mairies et des administrations se sont multipliées à initiative surtout des comités locaux, dans les quartiers.
Nous savons que le processus en cours sera long, nous nous y préparons. Nos amis Espagnoles nous rappellent aujourd'hui que nous ne sommes pas les seuls à être dévorés par les « marchés ». Pendant qu'à Athènes on nettoie les graffitis sur les murs des banques auKärcher, nos amis au reste de l'Europe et bien au-delà, s'organisent pour nous dire ce 18 février qu'ils sont alors tous Grecs. Merci.
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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:26

grece-athenes-manif-5-mars-2010-2.jpgRécit, en direct d’Athènes.


 

"Il y a les sous, oui. Mais aussi la dignité, les moments d’insouciance, les heures à ne rien faire et à ne penser qu’au bonheur de vivre. Ca ne s’abandonne pas si facilement, son humanité. On aura faim, peut-être, surtout dans les villes (nous, on va mettre des poules dans le jardin, on a la mer, pas riche mais bon) ; on aura froid (ça on connaît déjà) ; on aura peur (c’est nouveau, on a goûté, on y goûte un peu plus tous les jours). Mais on avancera. Faites gaffe, ils se rapprochent. Ils auront fait de nous des cobayes, personne n’y croyait, et on y est. Demain, on mord..."

Marie-Laure Veilhan - 15 février 2012

 


Athènes, 13 février 2012

Salut mes chers de loin,

Je viens de finir une traduction (une préface d’un bouquin visiblement bien communiste de l’ancien temps, pfff...), et je devrais aller me coucher, mais j’ai trop de tension encore. Les émotions fortes et l’effet, encore sensible, des produits chimiques divers dont on nous a aspergés hier, j’imagine...

La manif d’hier n’était en fait pas vraiment une manif, c’était plutôt comme si beaucoup, beaucoup de Grecs avaient décidé de se déplacer de leur boulot, de leur cuisine, d’où ils se trouvaient, pour aller se camper autour du Parlement... il y avait des vieux, des mémés (pas beaucoup mais quand même), beaucoup de couples, cools...

On s’est retrouvés avec Yorgos Mitralias (fondateur de l’ELE, le comité pour l’audit de la dette grecque), dans une galerie historique, en contrebas de Syntagma (au Starbuck, j’ai dit que j’aimais pas ça... dix heures après, il était réduit en cendres. Faudrait que je fasse gaffe à ce que je dis...). A cinq heures piles, on était à l’angle gauche du parlement, au coin de l’hôtel Grande Bretagne. Les forces de l’ordre, style Ninja carapacés jusqu’aux oreilles, avaient bloqué l’accès à plusieurs rues, et formé un cordon impressionnant devant le Parlement. Là, ils ont balancé les premiers lacrymogènes, et ça n’a pas cessé, ensuite, pendant des heures.

On a battu en retraite, fait le tour de la place (en courant, trébuchant, ...) pour filer aussi vite que la foule le permettait rue Filellinon (la rue qui part du bas de la place et va jusqu’à Plaka). La foule, dense, partout. Les Ninja nous repoussaient, on est allés jusqu’à Plaka (on nous a dit plus tard qu’ils avaient balancé des gaz place Monastiraki, tout en bas de la rue Ermou, imagine...).

On est revenus par l’Avenue Amalia (le long du Jardin National, entre la porte d’Hadrien et le Parlement). La foule faisait des vagues, flux et reflux, mais on revenait toujours. Manifestement, les flics avaient peur qu’on n’atteigne le Parlement -on était prêts à rentrer, c’est vrai. A l’intérieur, on a vu plus tard ce qui s’y passait. Pour l’instant, il fallait reprendre son souffle et continuer, trois pas devant, quatre derrière...

Je ne te raconte pas les "incidents", ils sont sur tous les écrans, on nous parle de la catastrophe provoquée par les casseurs (très probablement d’une part, des flics provocateurs, comme d’habitude, pour justifier les lacrymo ; cette fois-ci, on tenait l’info d’un jeune cousin -flic- avec qui on a déjeuné juste avant la manif, lui était en arrêt maladie, le veinard.. ; d’autre part, les supporters membres des club sportifs Panathinaïkos, Panionios et Olympiakos, ennemis jurés d’habitude, qui avaient décidé une trêve et lancé un appel aux supporters de se retrouver à Syntagma, alors même qu’un match se tenait, à la même heure. Eux, ou plutôt certains d’entre eux, sont bien entraînés, et ils savent casser, et castagner...). Catastrophe, donc, à Athènes. Ok, beaucoup de magasins incendiés (dont beaucoup de banques).

Version Paris Match, c’est effectivement très impressionnant. Rien, mais rien du tout sur la foule immense, pacifique, qui s’en est pris plein les poumons (y compris Mikis Théodorakis, compositeur et véritable symbole pour les Grecs, et Manolis Glezos, symbole encore plus énorme, c’est lui qui a descendu le drapeau allemand de l’Acropole, pendant l’occupation. Ils ont aujourd’hui respectivement 88 et 90 ans, eh bien il s’est trouvé des flics pour les menacer de leurs matraques, et leur balancer leurs lacrymo, oui).

Ils avaient la trouille, oui, jusque dans leurs chaussettes, qu’on montre les images de cette mer de monde bruissante de colère et de désespoir. Pour la première fois, les gens ne bougeaient que pour se soulager à coup de Maalox, puis revenir se planter au même endroit.

Les chaînes de télé montrent toutes les mêmes images, là, on se rend compte de la mainmise du pouvoir. Les journalistes "analysent" les dégâts, maintenant qu’ils sont rassurés sur l’avenir (désormais rose bonbon, ouf, le mémorandum est passé, on aura désormais un salaire minimum de 480 euros par mois net ; donc la croissance va reprendre d’une minute à l’autre ; bon, il faut se serrer un peu la ceinture, ok, mais on n’est pas irresponsables, nous les députés, on assume et on signe...) ; on se désole que 100 personnes risquent de perdre leur emploi à cause des dégâts causés. Rien sur les 15.000 fonctionnaires qui vont perdre leur poste, ni sur les orphelinats qui ferment, tout simplement...

Ils ont signé, les salauds, il n’y en a eu que 45 pour se rebeller contre la ligne donnée par leur parti (dont deux de l’extrême droite, qui ont signé pour, malgré la position de leur chef).

Un député, héros du jour ou dangereux subversif, a balancé le mémorandum en direction de Venizelos [ministre des finances du gouvernement grec] (le monstre qui nous explique, de sa morgue au double quintal,qu’on n’a rien compris).

Nous voilà à la nouvelle ère, celle du mémorandum 2, là où on a fait, froid, et peur. Mais pas assez, ou alors on est tellement en colère qu’on en oublie la peur, pour ne pas aller casser les bureaux des députés traitres à notre cause. Il y en a déjà deux qui n’ont plus de locaux (dont un, socialiste -si l’on peut dire...- d’Achaïe...), et qui cherchent leurs meubles... sur le trottoir. Le tour des autres viendra, on n’aura bientôt plus aucune raison de ne pas être violents. Faites passer, ça ne passera pas. Pas comme ça. Il y a les sous, oui. Mais aussi la dignité, les moments d’insouciance, les heures à ne rien faire et à ne penser qu’au bonheur de vivre. Ca ne s’abandonne pas si facilement, son humanité. On aura faim, peut-être, surtout dans les villes (nous, on va mettre des poules dans le jardin, on a la mer, pas riche mais bon) ; on aura froid (ça on connaît déjà) ; on aura peur (c’est nouveau, on a goûté, on y goûte un peu plus tous les jours). Mais on avancera. Faites gaffe, ils se rapprochent. Ils auront fait de nous des cobayes, personne n’y croyait, et on y est. Demain, on mord...


Prenez soin de vous, et de votre humanité. Si on oublie, si de rage, de peur ou de désespoir on en vienne à se perdre, rappelez-nous à la nôtre.


Je vous embrasse

 

http://reporterre.net/spip.php?article2601


 

Source : Courriel à Reporterre.

Marie-Laure Veilhan est traductrice et vit en Grèce.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 19:24

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La dette de l’Etat espagnol est dans le point de mire de toute l’Europe, du fait que les marchés financiers (banques d’investissement, fonds vautours et assurances) continuent à spéculer sur cette dette avec un seul objectif : amasser de juteux bénéfices. Et cela provoque l’appauvrissement de la population dans son ensemble, car toute cette spéculation conduit à une augmentation progressive des intérêts à payer, réduisant à son tour, d’autres dépenses de l’Etat : éducation, prestations de retraite, vieillesse et chômage, justice, santé ou services sociaux. Toutes ces mesures d’austérité, équivalentes aux plans d’ajustement structurel menés au sud de la planète à partir des années 80, ne font qu’augmenter les inégalités sociales, à travers l’appauvrissement chaque fois plus important des personnes, spécialement des plus vulnérables (femmes, minorités ethniques, jeunes, immigrés, personnes au chômage et à la retraite).

Cependant, et contrairement au discours dominant, ce ne sont pas les dépenses publiques qui ont fait augmenter la dette de l’Etat espagnol, mais bien au contraire, les mesures, dont le bénéfice pour l’ensemble de la population est plus que douteux, qui ont provoqué les déficits obligeant à un endettement croissant. Par exemple, la baisse des impôts sur les successions et donations, sur la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu, et la suppression de l’impôt sur le patrimoine ont bénéficié aux plus riches, dont le patrimoine, en réponse à leur cupidité, a par ailleurs été protégé par la fraude fiscale, la baisse des impôts sur les sociétés et les SICAV.

Par conséquent, la logique opérante consiste à faire payer à l’ensemble de la population des avantages économiques obtenus par un petit nombre de personnes qui s’enrichissent grâce à la dette. Mais il n’est pas facile de connaître la proportion exacte du budget dédiée au remboursement. Ceci est dû à une volonté politique délibérée de dissimuler ces questions à la population, rendue possible par le caractère particulier de l’endettement des Etats, très différent de la compréhension générale qu’on peut avoir des prêts aux particuliers ou aux entreprises. Pour ces prêts, l’argent prêté (appelé capital), tout comme les intérêts, se remboursent au fur et à mesure du délai accordé. Dans le cas d’un Etat, seuls les intérêts des prêts (appelés lettres, bons ou obligations d’Etat, selon qu’ils soient à court, moyen ou long terme) sont remboursés régulièrement jusqu’à échéance, alors que le capital doit être remboursé dans son intégralité quand le prêt se termine (arrive à échéance). Pour cette raison, le fonctionnement habituel des Etats est de s’endetter à nouveau pour payer les échéances d’anciennes dettes, permettant aux Etat de dissimuler ces dépenses, du fait qu’elles s’équilibrent au niveau budgétaire : les dépenses pour paiement des échéances équivalent aux revenus pour émission de nouvelle dette. Cependant, en augmentant la dette par un déficit résultant d’une mauvaise gestion budgétaire, on augmente chaque fois plus le paiement, qui à son tour nécessite chaque fois davantage d’émissions. De plus, cette nouvelle dette peut être émise sous des conditions différentes, par exemple avec des taux d’intérêts plus élevés (ce qui s’est passé dernièrement), ce qui débouche sur le classique effet boule de neige (augmentation de la dette par l’effet conjugué de forts taux d’intérêts et de nouveaux prêts pour payer les anciens).

L’étude minutieuse des budgets généraux de l’Etat (accessibles sur le site du Ministère espagnol de l’Économie et des Finances) permet de vérifier la quantité d’argent dépensée par l’Etat espagnol au titre du remboursement du capital durant ces dernières années (voir tableau). Par exemple, le remboursement du capital pour l’année 2010 est comparable au budget total de l’Etat pour cette année. Si nous additionnons intérêts et capital remboursé dernièrement, nous voyons qu’entre 2000 et 2010, l’Etat espagnol a remboursé plus de 3 fois ce qu’il devait en 2010, et continue à en devoir près du double. Ce tableau permet aussi de voir comment les intérêts et le capital remboursés tout comme la dette totale ont poursuivis leur hausse depuis 2000, et avec l’actuelle spéculation sur la dette de l’Etat espagnol, cette tendance n’est pas près de s’inverser.

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 En conclusion, il parait totalement injuste d’économiser sur les services publics comme l’éducation et la santé pour rembourser une dette dans le but d’alléger un déficit qui a bénéficié aux plus riches. Sous la pression populaire si nécessaire, l’Etat doit ouvrir tous les comptes publics de la dette pour que la population, en s’appuyant sur le droit national et international, puisse décider si elle doit rembourser ce qui a déjà été payé plusieurs fois, et annuler une dette frappée d’illégitimité. Ainsi, cet audit de la dette espagnole permettrait d’inverser le transfert de richesse opéré par le service de la dette non pas au bénéfice des riches créanciers mais bien à destination du bien-être de la population dans son ensemble.

Yves JULIEN, Jérôme DUVAL

version espagnole :http://patasarribavlc.blogspot.com/2012/02/espana-cuantas-ve...

version française : http://www.cadtm.org/Combien-de-temps-encore-la

URL de cet article 15818 
http://www.legrandsoir.info/combien-de-temps-encore-la-population-espagnole-devra-t-elle-rembourser-une-dette-qui-n-est-pas-la-sienne.html
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 19:17

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Selon le sociologue Constantin Tsoukalas, la Grèce “était aussi, dans une large mesure, un pays dont les habitants avaient une joie de vivre et une certaine insouciance. Il y avait les taux les plus bas de maladies mentales, de suicides, de toxicomanie de toute l’Europe et des familles plus stables.” Mais en Grèce, les “lois économiques” ont effacé bien des sourires, et causé bien des malheurs.

Le raisonnement développé par l’Union européenne tient sur le papier : la Grèce est peu compétitive, elle doit baisser ses salaires, rendre son État plus efficace, et accroître sa productivité.

Sauf que ce raisonnement repose sur une erreur fondamentale.

En effet, baisser les salaires entraîne un mécontentement radical, ainsi qu’un effondrement du niveau de vie. Il devient alors impossible de demander aux salariés sacrifiés de faire des efforts pour accroître leur productivité.

Que faire alors ? C’est très simple : accroître fortement les salaires en Allemagne, pour résorber par le haut l’écart de compétitivité (voir ce billet).

De plus, la baisse des salaires conduit à une telle baisse du niveau de vie que les individus n’ont pas les moyens de faire leurs courses. Les magasins ferment alors les uns après les autres ou augmentent leurs prix pour tenter de sauver leurs profits, ce qui réduit d’autant plus le pouvoir d’achat. Dans tous les cas, l’économie s’effondre, le chômage explose.

Dans une telle situation, les investisseurs étrangers ne vont pas se précipiter pour construire des usines dans le pays, ni pour acheter les entreprises grecques que l’UE demande à l’Etat de privatiser. Et la contestation sociale ne peut qu’amener la déstabilisation politique, qui ne fera qu’aggraver la situation économique.

Par ailleurs, à supposer même que la stratégie d’accroissement de la compétitivité ait un sens, une telle politique met des années à produire des résultats. Mais il faut de la stabilité pendant que le processus a lieu. Si le pays connaît émeute sur émeute, difficile de construire un pacte social autour de réformes économiques.

De plus, inutile de rappeler que lorsque le PIB s’effondre, le ratio Dette/PIB augmente. C’est pour cela que la dette grecque reste toujours à 160% du PIB, en dépit de la forte baisse des dépenses publiques.

Enfin, il est clair qu’une aggravation de la situation en Grèce ne peut que nuire à l’euro, en provoquant de nouvelles paniques sur les marchés financiers. De ce point de vue également, les décisions prises par l’UE vont à l’encontre des objectifs visés, ainsi que l’expliquent Guillaume Duval et Christian Chavagneux.

On connaît pourtant l’alternative : un programme social et écologique européen, passant par une redistribution fiscale massive et une transition vers une économie (et donc une société) durable. Les instruments existent, comme la Banque Européenne d’Investissement. Et il est probable qu’un tel programme reçoive le soutien des populations étranglées. Mais les intérêts constitués, l’absence de volonté politique et les blocages intellectuels des conseillers des dirigeants empêchent (pour l’instant) une telle alternative d’émerger.

En attendant, la politique actuellement menée est absurde. Elle constitue une aberration économique, au nom de laquelle sont demandés les sacrifices humains.

Un seul chiffre : les mesures dont le principe a été approuvé hier prévoient que le salaire minimum grec doit baisser de près de 100 euros, pour être ramené de 751 euros à 660 euros (une baisse de 22%).

En quoi les salariés grecs percevant le salaire minimum sont-ils responsables de la situation de leur pays ? Qui peut considérer une telle mesure comme juste ? Comment demander aux personnes concernées de rester calmes devant une injustice flagrante qui les enfonce dans la misère ? Comment des dirigeants politiques peuvent-ils prendre une décision aussi irresponsable (est-ce parce qu’ils ont été convaincus par les arguments de Jean Quatremer ?)

La course à l’abîme est enclenchée.

http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2012/02/13/grece-on-ne-rit-plus/


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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 19:00

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Devant des centaines de proches et victimes de l'amiante, le tribunal de Turin (nord de l'Italie) a condamné à 16 ans de prison les deux accusés du procès "historique" d'Eternit, le plus grand jamais organisé et le premier au pénal sur le drame de la fibre tueuse.

Devant des centaines de proches et victimes de l'amiante, le tribunal de Turin (nord de l'Italie) a condamné à 16 ans de prison les deux accusés du procès "historique" d'Eternit, le plus grand jamais organisé et le premier au pénal sur le drame de la fibre tueuse.

Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, 64 ans, et le baron belge Louis (bien Louis) de Cartier de Marchienne, 90 ans, jugés par contumace, ont été considérés comme responsables de la mort de près de 3.000 personnes en Italie, ouvriers ou habitants de villes où Eternit Italie avait des usines.

M. Schmidheiny, ex-propriétaire de Eternit Suisse a été un important actionnaire d'Eternit Italie de 1976 à 1986 tandis que le baron belge de Cartier a été actionnaire et administrateur d'Eternit Italie au début des années 1970.

Ils devaient répondre de "catastrophe sanitaire et environnementale permanente" et d'infraction aux règles de la sécurité au travail dans les usines de produits à base d'amiante-ciment (tubes, plaques, etc).

"Cette sentence donne à tous, en Italie mais aussi dans le monde entier, le droit de rêver que la justice peut et doit être faite", a estimé le procureur Raffaele Guariniello qui a enquêté pendant 5 ans pour arriver jusqu'au procès de Turin, le premier au monde au pénal.

Des proches de victimes ont éclaté en sanglots en entendant la condamnation, lue dans un silence de plomb alors que toute l'assistance était debout.

"C'est une grande satisfaction, une décision historique pour tous car on produit encore de l'amiante dans le monde", a réagi Piera Barbonaglia, 67 ans, dont le mari est mort il y a 10 ans d'un cancer de la plèvre à Casale Monferrato, la ville la plus touchée par le drame de l'amiante.

Pour Luca Cavallero, 38 ans, lui aussi venu de Casale, la peine prononcée n'est pas assez sévère. "Ils ont massacré des gens et ils prennent 16 ans ? Ils sont à l'origine d'une tragédie et ont mis en péril notre avenir car nous sommes encore enfoncés jusqu'au cou" dans cette tragédie avec de nombreux habitants de Casale qui continuent à mourir.

Les avocats des accusés ont déjà annoncé qu'ils feront appel, procédure qui peut durer plusieurs années. Ensuite, ils pourront encore aller jusqu'en Cassation, ce qui repoussera encore un jugement définitif.

Les avocats de MM. Schmidheiny et Cartier de Marchienne ont argué pendant le procès que les deux hommes n'avaient pas de responsabilité directe dans la gestion d'Eternit Italie qui a fait faillite en 1986, six ans avant l'interdiction de l'amiante dans la péninsule.

La condamnation est "techniquement injuste", a estimé Guido Alleva, avocat du milliardaire suisse Schmidheiny, en estimant qu'"il est absurde de penser à une responsabilité intentionnelle" de son client.

A l'inverse, le ministre de la Santé italien Renato Balduzzi a qualifié la sentence "d'historique", soulignant qu'elle "couronne une longue bataille qui a vu l'Etat aux côtés des victimes à tous les niveaux institutionnels".

Après la sentence, le président du tribunal Giuseppe Casalbore a énuméré pendant trois heures les noms des parties civiles (familles mais aussi organisations syndicales, caisse d'assurance pour les accidents du travail, etc) qui recevront des dédommagements, chiffrés à plus de 250 millions d'euros.

"Il n'y avait aucune prévention, les gens allaient travailler dans les usines sans aucune protection", a dénoncé Piero Ferraris, dont le père Evasio, est mort en 1988 à 63 ans d'un mésothéliome après avoir été ouvrier de l'usine Eternit de Casale Monferrato de 1946 à 1979.

Matériau miracle qui a tourné au cauchemar, l'amiante a été utilisée massivement en particulier dans le secteur de la construction en raison notamment de sa résistance à la chaleur et au feu, avant son interdiction dans de nombreux pays, dont toute l'Europe.

Les épaules recouvertes d'un drapeau italien sur lequel est inscrit "Eternit Justice", des centaines de proches des victimes avaient fait le déplacement, soutenus par des membres d'associations de victimes de l'amiante d'autres pays, notamment de France, pour lesquels le procès de Turin est une lueur d'espoir.

L'avocat français Jean-Paul Teissonnière entend demander aux "autorités judiciaires en France d'en tirer les conséquences: pourquoi ce qui est possible en Italie n'est pas possible en France ?".

L'Association française des victimes de l'amiante (Andeva) a dénoncé le contraste "insupportable" entre la situation en France et en Italie. Alors qu'en Italie, "la justice a été rendue", "le procès des responsables n'a même pas commencé" dans l'Hexagone, a-t-elle noté. Quinze ans après les premières plaintes en France, "une catastrophe sanitaire qui fera plus de 100.000 morts n'a toujours ni responsable ni coupable", a déploré l'association.

Malgré sa nocivité, en 2007, plus de 2 millions de tonnes d'amiante étaient encore consommées dans le monde. La Chine en est le principal utilisateur (30%), suivie de l'Inde (15%), de la Russie (13%), du Kazakhstan et du Brésil (5%).

 

http://www.lepoint.fr/monde/proces-de-l-amiante-en-italie-verdict-historique-deux-condamnations-a-16-ans-de-prison-13-02-2012-1431057_24.php

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:59

ng1683962.jpgEntretien avec Jeronimo de Sousa, secrétaire-général du PC Portugais

 

« L'alternative naîtra de la lutte de masse »

 

 

 

Traduction AC (extraits) pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



En 2012 entreront en vigueur les mesures inscrites dans le Mémorandum signé par la troïka nationale (PS/PSD/CDS) avec la troïka étrangère (FMI/UE/BCE), que le PCP a désigné dès le départ comme un pacte d'agression. Quelles conséquences peut-on attendre de l'approfondissement de la politique menée ?


Ces mesures, une fois effectives, se traduiront par plus de récession, d'endettement, de chômage et d'injustices. Contrairement à ce que le Gouvernement affirme et annonce, le Pays sera dans une situation pire en 2012 et encore pire en 2013, si on va au bout de la période couverte par le pacte d'agression. Voilà pourquoi nous estimons que la mise en échec de ce pacte constitue un impératif national.

Le gouvernement justifie toutes ces mesures par la nécessité de réduire le déficit et de payer la dette. Dans le cas spécifique des lois sur le travail, quel rapport avec la dette et le déficit ?

Cela n'a rien à voir avec le déficit ni avec la dette, et encore moins avec les problèmes de compétitivité et de productivité de l'économie nationale, qui passent moins par le facteur que par le facteur capital. Ces modifications proposées sur la législation du travail, également prévues dans le pacte d'agression, révèlent crûment la nature de classe de ce Gouvernement et son objectif qui est d'intensifier l'exploitation des travailleurs.

La proposition d'augmenter le nombre d'heures de travail (une demi-heure par jour), tout en étant la plus injuste, ne peut pas être dissocié d'autres qui sont sur la table et qui visent à rendre moins onéreux et plus aisés les licenciements, à s'attaquer aux jours chômés, aux congés, et aux heures supplémentaires et des tentatives de réduire voire de supprimer la négociation collective. De façon très synthétique, nous pouvons dire que le gouvernement veut faire travailler les travailleurs plus tout en gagnant moins et en ayant moins de droits.

Sur l'augmentation des heures de travail, j'attire votre attention sur le fait que le Gouvernement a commencé à hésiter et les confédérations patronales ont fait le bilan. Ils envisagent déjà de laisser tomber la demi-heure en plus et tentent d'atteindre les mêmes objectifs par d'autres moyens, notamment en étendant le travail non-payé.

Sans s'endormir sur nos lauriers, si le recul ne venait à se confirmer, nous pouvons affirmer que ce recul est issu de la lutte, en particulier de la grève générale. Le patronat a compris qu'il allait devoir mener la guerre dans les entreprises et sur les lieux de travail, qu'elle durerait des mois et des années, jusqu'au retour à l'ancien système horaire sans perte de salaire.

La lutte doit continuer ! La manifestation convoquée par la CGTP-IN du 11 février, à Terreiro do Paço, prend une importance extraordinaire, car en dépit des périls qui pèsent sur nous, il est toujours possible de remporter des victoires. Parfois, résister est déjà une victoire.

Il y a ici une contradiction sur laquelle il serait bon de réfléchir. Les économistes et les conseillers du Gouvernement savent que ces mesures ont un caractère récessif, et pourtant ils les adoptent. Comment se justifient cet entêtement dans ces solutions ?

Cela se justifie par la nature de classe de cette politique. La droite et le capital n'ont jamais accepté la concession de parcelles de leur pouvoir, les droits gagnés par les travailleurs, et il considère que le moment est venu pour en finir avec la révolution d'Avril, avec toutes les transformations et tous les acquis, et ils ont déclenché cette offensive. A strictement parler, il ne s'agit pas d'une simple offensive, car, si nous nous rafraîchissons un peu la mémoire, nous constatons que, durant ces trente dernières années, il y a toujours eu une offensive, des réformes successives avec le même discours sur la compétitivité et la productivité, la flexibilisation. Ce sont les mêmes vieilles propositions depuis plus de trente ans.



Rester ou sortir de l'euro ? Il faut faire le bilan de tout ce que le Portugal a perdu avec la monnaie unique



Le PCP fut contre l'adhésion du Portugal à la monnaie unique, mais aujourd'hui de nombreux économistes, et pas eux uniquement, reconnaissent les conséquences négatives de l'adhésion et certains vont même jusqu'à défendre la sortie du Portugal de l'euro. La sortie de l'euro, et même de l'Union européenne, est-elle une hypothèse à prendre en compte ?

En premier lieu, l'expérience a confirmé non seulement notre critique tout comme nos mises en garde et notre analyse par rapport aux conséquences de l'adhésion du pays à la monnaie unique et à l'intégration européenne. Quant à notre sortie ou à notre maintien, le positionnement du parti sur cette question découle des décisions de congrès et notre prochain Congrès, le XIXème, analysera certainement la question et prendra les décisions qui s'imposent.

La crise du capitalisme et de l'Union européenne, les conséquences pour notre pays de ce processus d'intégration, le niveau de destruction de notre appareil productif, le contenu des traités successifs et les décisions du directoire des grandes puissances allant dans le sens de l'ingérence, de l'aliénation de notre souveraineté, sont des processus encore inachevés. Ce sont bien des questions qui nécessitent une réflexion approfondie. Plus qu'une réponse laconique à une question synthétique, telle qu'elle fut formulée, il nous faut bien peser toutes les conséquences.

Tous ces traités et ces décisions dont tu as parlé, ont causé du tort à des pays comme le Portugal au bénéfice des grandes puissances...

Le sentiment que j'ai est que l'Union européenne, en particulier des pays comme l'Allemagne voire la France, nous ont dépecé et maintenant ils sont prêts à nous ronger les os. Particulièrement, si on considère le niveau élevé de destruction de notre agriculture, de notre pêche, de notre industrie, notamment de l'industrie lourde, qui a permis que notre production nationale soit remplacée par des importations. Et cela s'est produit au bénéfice de l'Allemagne, fondamentalement.

Ainsi, la question de la sortie ou non de l'euro et de l'Union européenne même ne doit pas être un acte soudain, mais notre pays doit également ici se placer dans la position du créancier, car – même en n'occultant pas la responsabilité des gouvernements de droite successifs – la monnaie unique fut un désastre pour notre pays. L'approfondissement du débat dans la phase préparatoire au Congrès devra certainement prendre en compte ces deux questions.

Une chaîne de grandes surfaces, pour vendre ses produits, en est revenu à faire la comparaison avec les prix en escudos, car tout le monde estime que le passage à l'euro a conduit à une augmentation brutale des prix. Tu penses qu'il existe une sensibilité à un retour à l'escudo, ou au pouvoir d'achat de l'escudo ?

Il est évident qu'avec l'intégration à l'euro, le Portugal a perdu sa flexibilité monétaire et, dans de nombreux cas, il est pieds et poings liés. Dans un cadre de développement inégal, notamment en comparaison avec les pays de grande capacité productive, les pertes induites par cette intégration sont importantes. Lissées par les aides communautaires qui nous sont parvenues. Par pour tout le monde, seulement pour une poignée.

Cela nous a conduit à une conception terrible : que le Portugal n'avait pas besoin de produire, pas besoin d'agriculture, de pêche ou d'industrie car il se trouvait dans l'Union européenne. Je me rappelle de Cavaco Silva, alors premier-ministre, disant que le Pays n'avait pas besoin de produire car ici, à côté en Espagne, tout était produit.

Voilà d'où vient ce sentiment qui monte souvent, même chez des personnes qui ne maîtrisent pas les politiques monétaires et de change, mais qui voient la réalité et perçoivent que l'intégration dans l'euro fut une corde à laquelle on a voulu nous attacher. En cela, la question de la sortie de l'euro (ou de l'expulsion, comme la question est posée désormais) ne peut être un acte d'acceptation passive. Notre pays doit s'assurer que tant dans une éventuelle sortie que dans son maintien, on fasse le bilan de ce que le Portugal, comme pays, a subi comme diktats associés à l'adhésion à l'euro.

Puisque nous parlons de renforcement du fédéralisme et du directoire des grandes puissances, cela vaut la peine de rappeler que nous avons deux pays de l'Union européenne, l'Italie et la Grèce, avec des gouvernements qui ne sont pas issus des élections et on sait depuis un certain temps que la chancelière allemande a appelé le président italien pour pousser Berlusconi à la démission...

Cela démontre bien que pour le capital, les élections et leurs résultats ne sont bons que lorsqu'ils servent ses objectifs. Et cela pose des questions de démocratie, même au sein d'une démocratie bourgeoise. Ce que nous sommes en train de voir, c'est que le capital, quand ses partis politiques ne le servent pas bien, cherchent des solutions anti-démocratiques, ou tout du moins non issues de la volonté des peuples.

La principale leçon que nous pouvons en tirer, c'est que le capital, pour atteindre ses objectifs, n'a que faire des moyens et ne voit les élections que comme un instrument dans ses intérêts. Autrement dit, il s'en sert et quand elle ne sert plus, il impose d'autres solutions, comme celles imposées en Grèce et en Italie.

 

Ce qui paraît éternel peut être transformé



Le Parti en a appelé à la lutte populaire contre le pacte d'agression et à travailler au développement d'un « vaste mouvement populaire qui fasse converger toutes les couches anti-monopolistes, tous les démocrates et les patriotes » vers cet objectif. C'est cette perspective que le PCP propose aux travailleurs et au peuple ?

Une première réflexion : il est naturel qu'il y ait certaines personnes qui, en partant de la réalité et des complexités de la situation actuelle, aient tendance à sous-estimer les potentialités et à sur-estimer les difficultés, en restant bloqués dans l'idée qu'il n'y a pas d'alternative ou en étant tentés par la fuite en avant.

Nous considérons que ce sera la lutte des travailleurs, en convergence avec les masses populaires et avec d'autres couches anti-monopolistes, qui créeront les conditions de la rupture avec ces politiques de droite et que de cette rupture sortira une politique alternative, patriotique et de gauche et une alternative politique capable de la matérialiser.

Notre proposition ne porte pas de date d'application, elle n'est pas non plus un cadre plaqué sur la réalité, dans la mesure où nous nous trouvons devant un processus socio-politique vivant, dans lequel la conscience, la créativité et la combativité des masses sera toujours le facteur décisif et déterminant. Pour un communiste, le plus important actuellement est de lutter pour triompher du violent pacte d'agression, en ayant toujours en tête qu'une telle lutte est inséparable de l'exigence d'une politique patriotique et de gauche et de la réalisation du programme du PCP d'une démocratie avancée et de notre projet de construction du socialisme au Portugal.

Quand on lance un appel aux « démocrates » et aux « patriotes », cela signifie un appel à l'unité avec le PS ?

Concernant les forces qui peuvent la composer et créer les conditions de cette alternative politique, nous défendons le développement des luttes sociales, la convergence de vastes couches sociales, avec les travailleurs comme moteur de cette lutte.

Quant aux forces politiques, que pouvons-nous dire ? Qu'aujourd'hui le PS est profondément compromis avec les politiques de droite et le pacte d'agression. Mais cela suppose-t-il que de nombreux démocrates et patriotes, électeurs du PS, doivent être laissés à l'écart de ces luttes, si on prend en compte qu'il subissent dans leur chair cette offensive ? Nous considérons que non.

Mais pour ce qui est de la direction du PS, elle est compromise, par choix, dans ce pacte d'agression, comme elle était compromise dans le budget d’État d'où émanent ces mesures, elle ne va pas dans le sens de cette rupture et de changement, de cette politique patriotique et de gauche que nous proposons.

Concentrons-nous désormais sur la « politique patriotique et de gauche » que défend le PCP. Quel est son contenu ?

Le premier contenu, comme je l'ai déjà dit – et j'insiste – c'est que sans rupture, il n'y a pas de changement politique telle que nous le portons. La première question est, donc, notre lutte pour la rupture avec le cap du désastre.

Quant aux objectifs de cette politique patriotique et de gauche, il est fondamental avant tout que notre pays retrouve le chemin de la croissance et du développement, par la mise en avant de notre appareil productif et de notre production nationale, par la mise en valeur de nos richesses nationales à tous les niveaux. En fait, contrairement à ce que beaucoup affirment, le Portugal n'est pas un pays pauvre. Il a de grandes potentialités et des ressources immenses qui peuvent être orientées vers la satisfaction des besoins du peuple et du pays.

Et il faut ensuite une politique qui mise sur l'augmentation des salaires, des retraites et la défense des droits des travailleurs, qui intègre les services publics dans le bien-être des populaires, qui aille dans le sens d'une reprise en main par l’État des entreprises de base et stratégiques, qui affirme clairement un Portugal indépendant et souverain, désireux de coopérer avec tous les peuples et les pays du monde.

Voilà ce qui sous-tend notre proposition de politique patriotique et de gauche.

Comment cette proposition s'insère-t-elle dans les objectifs plus généraux du Parti, d'une démocratie avancée et du socialisme ?

Les communistes portugais ont toujours lié leurs objectifs immédiats à leurs objectifs programmatiques et, en définissant avec rigueur à chaque moment historique l'étape de la révolution, sans jamais séparer de façon schématique et dogmatique les objectifs de chacune des étapes avec ceux des suivantes. Dans nos statuts, je cite que « la lutte pour la défense des acquis de la Révolution d'Avril, pour la mise en œuvre de ses valeurs et pour la démocratie avancée, est partie intégrante de la lutte pour le socialisme. »

Autrement dit, la lutte que nous menons aujourd'hui contre le pacte d'agression, pour une politique patriotique et de gauche, pour un Portugal qui a un avenir, s'insère dans un processus et dans les étapes à parcourir pour atteindre notre objectif commun de construction du socialisme au Portugal.

Est-il possible, en régime capitaliste, d'avoir un gouvernement qui ne soit pas le serviteur, en fait, des intérêts du capitalisme ?

Nous ne devons pas laisser entendre qu'un processus de transformation, un processus révolutionnaire ne peut être un succès que dans le cadre de la construction du socialisme. Sans perdre de vue cet objectif, la question des étapes est posée. Nous n'érigeons aucune « Muraille de Chine » par rapport à la révolution socialiste, mais nous considérons que le plus difficile est de construire et de suivre cette voie, et le plus facile c'est de décider que le livre que l'on écrit ensemble trouvera dans le socialisme son dernier paragraphe.

Pour y parvenir, nous devons avoir cette perspective de construction du socialisme, très complexe et très difficile.

On a déjà eu l'expérience de gouvernements dits de gauche, certains auxquels ont participé des partis communistes, avec des résultats désastreux...

Oui, car évidemment ces gouvernements, trahissant leurs promesses et leurs principes, ont totalement capitulé face au capitalisme. Le comportement des partis socialistes et social-démocrates, particulièrement en Europe, où tous ont capitulé, suppose de dresser un bilan historique et politique. Ils ont entraîné dans ce mouvement certains partis communistes qui n'ont pas réussi à se libérer de cette voie de la conciliation et de la collaboration avec les objectifs du capitalisme.



Renforcer le Parti communiste, une nécessité de notre temps



Le renforcement de l'organisation et de l'action militante du Parti est toujours mis en avant, en parallèle à l'intensification de la lutte de masses, comme condition nécessaire à la promotion des profondes transformations qui s'imposent. Pourquoi est-il si important, dans la période actuelle, d'avoir un Parti communiste fort, combatif et influent ?

Nous pourrions dire que tout au long de cette histoire de 90 années de notre Parti, il fut toujours indispensable aux travailleurs et au peuple portugais. Mais aujourd'hui, si on tient compte de l'offensive, du positionnement et de la nature des partis de droite et de l'implication du PS dans cette offensive, les travailleurs et le peuple portugais ont besoin plus que jamais d'un parti communiste, de ce Parti, plus fort et influent.

Nous pouvons dire que, tout au long de plus de 30 années d'offensive de droite, les travailleurs savent bien tout ce qu'ils ont perdu. Mais, fort heureusement, ils ne sauront jamais ce qu'il n'ont pas perdu grâce aux luttes de ce Parti.

Le PCP étant une force irremplaçable dans le combat et en tant que force de proposition, nous estimons que ce renforcement est une chose très importante. Pas tellement dans l'idée d'avoir un député ou une mairie de plus, mais plutôt d'avoir un Parti à la hauteur des défis qui se posent à lui.

Source : entretien réalisé par Anabela Fino et Gustavo Carneiro pour Avante, quotidien du PC Portugais

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:21

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http://www.bastamag.net/article2112.html

 

 

À l’heure où les plans d’austérité se multiplient, où le chômage partiel se banalise, où la durée de vie au travail s’allonge un peu partout, quel est l’état de santé des salariés européens ? Les inégalités sociales face à l’enjeu de la santé au travail demeurent très fortes. Pour espérer vivre vieux, mieux vaut être cadre qu’ouvrier, et ouvrier que jeune précaire. Entretien avec Laurent Vogel, de l’Institut syndical européen.

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Basta !  : Comment se portent les salariés européens ?

Laurent Vogel [1] : Nous assistons à une détérioration de la santé au travail sur le long terme. Le problème est moins l’impact immédiat des conditions de travail sur la santé que le cumul des atteintes à la santé dans la durée. Dans le cadre de l’enquête européenne sur les conditions de travail [2], lorsque l’on demande aux salariés s’ils se sentent capables de travailler jusqu’à l’âge de 60 ans, les réponses négatives sont importantes. Un effet d’usure se manifeste : seulement 44 % des ouvriers non qualifiés pensent ainsi pouvoir tenir le coup jusqu’à 60 ans, et à peine la moitié des ouvriers qualifiés. Les différences sont fortes selon la place dans la hiérarchie sociale, car la proportion de ceux qui pensent pouvoir tenir le coup monte à 71 % pour les employés les plus qualifiés. Il existe ainsi un fossé entre les ouvriers les moins qualifiés et les personnes qui ont des qualifications élevées. En France, les ouvriers décèdent six ans et demi avant les cadres supérieurs. En Estonie, la différence d’espérance de vie entre un homme âgé de 25 ans possédant un diplôme universitaire et un homme du même âge possédant le niveau d’éducation le plus bas s’est accrue de 13 ans. La situation des femmes est plus favorable que celle des hommes dans des secteurs où les conséquences immédiates du travail sont moins perceptibles. Mais sur le long terme, les femmes perdent tout avantage. Elles sont notamment confrontées tout au long de leur vie à une organisation plus disciplinaire du travail.

Dans un contexte où la durée de vie au travail s’allonge...

Tout cela est effectivement inquiétant alors que dans beaucoup de pays européens l’âge de départ à la retraite et la durée du temps travaillé s’allongent. Cette logique simpliste qui vise à affirmer que l’espérance de vie augmentant, la durée du travail doit suivre, risque d’avoir des effets délétères. Les conditions de travail actuelles rendent cet objectif impossible pour une grande partie de la population.

460 personnes meurent chaque jour en Europe à la suite d’accidents et de maladies liés au travail (168 000 par an selon la Commission des affaires sociales du Parlement européen). Les décès liés au travail ont-ils tendance à se réduire ?

C’est, à mon avis, une estimation plutôt basse. Elle prend en compte les accidents du travail mais aussi les pathologies mortelles provoquées par le travail, principalement le cancer. Les accidents du travail mortels constituent une petite partie de ces décès : environ 6 000 par an. Ils ont tendance à diminuer. D’abord parce que les secteurs économiques changent : il y a moins d’emplois dans la sidérurgie ou les mines, des secteurs davantage exposés aux accidents. Ensuite, grâce à une amélioration des conditions de travail et de la prévention de la sécurité. Nous observons cependant une augmentation claire des cancers d’origine professionnelle. Cela s’explique vraisemblablement par une meilleure connaissance des différents types de cancers – nous sommes mieux en mesure de dire que tel cancer est causé par telle activité. Mais nous vivons aussi dans un modèle économique très dépendant des substances chimiques. Un point de PIB supplémentaire équivaut à une augmentation d’1 % des substances chimiques dangereuses produites par l’industrie. Selon certaines estimations, environ 28 % des travailleurs sont exposés à des substances cancérogènes [3] Les ouvriers sont beaucoup plus exposés que les employés, et les cadres supérieurs sont ceux qui s’en tirent le mieux. Dans le cas de la souffrance mentale et des suicides pouvant être liés au travail, nous ne disposons pas de données d’ensemble crédibles. Mais le phénomène existe partout en Europe, pas seulement en France comme l’a montré le drame des suicides à France Télécom.

En matière de prévention des risques au travail, quelle est l’ampleur des inégalités en Europe ?

Cela dépend des secteurs et des types de prévention. En Allemagne, par exemple, si les pratiques de prévention sont plutôt avancées en matière d’accidents du travail, elles ne le sont pas du tout concernant les cancers professionnels. Cela s’explique par le poids de l’industrie chimique. Globalement, plus les inégalités sont fortes dans la société, plus les inégalités découlant du travail sont importantes. Le niveau de prévention dépend aussi des capacités de mobilisation collective dans tel ou tel secteur. En France, le point positif, comparé à d’autres pays européens, est la relative visibilité de cette question depuis la révélation du scandale de l’amiante. Les conditions de travail sont présentes dans le débat public. C’est un préalable pour trouver des réponses efficaces. Autre question : la place du travail et des conditions de travail dans la stratégie globale des syndicats. En Espagne, par exemple, dans le secteur de la construction, la santé au travail a été mise au centre des revendications syndicales. Et les choses bougent. En France, les syndicats sont moins forts qu’ailleurs en Europe, mais la place qu’ils accordent aux conditions de travail se situe plutôt dans une moyenne haute. Avec un obstacle : plus l’emploi est précaire, moins les mobilisations sont possibles.

À ce propos, la Commission des affaires sociales du Parlement européen note « la prolifération de formes d’emploi atypiques (travail temporaire, saisonnier, dominical, à mi-temps, télétravail) ». Ces emplois précaires ont-ils un impact sur la santé des salariés ?

Les jeunes générations sont principalement concernées par la multiplication de ces formes d’emploi. Chez les jeunes qui ont entre 20 et 30 ans, les facteurs de précarité juridiques sont deux, voire trois fois plus importants que chez leurs aînés. Et ce, partout en Europe. Quel sera leur état de santé dans deux ou trois décennies ? Si chacun subit cinq ans de précarité avant de trouver une forme d’emploi stable, ce n’est pas trop lourd. Le problème est que la durée de ces emplois précaires s’allonge. Pour certaines catégories, ces emplois atypiques tendent à devenir la règle ! Aux Pays-Bas, les trois quarts des femmes travaillent à temps partiel. Cette proportion est de l’ordre d’un tiers pour l’ensemble de l’Union européenne. Les données fournies par le Secours catholique, et qui sont disponibles aussi ailleurs en Europe, montrent la corrélation entre la précarité en termes d’emploi et l’augmentation des tentatives de suicide. Il existe aussi une précarité que l’on peut décrire et quantifier – le nombre de CDD, d’intérimaires, de saisonniers… – et une précarité de fait, plus difficile à mesurer statistiquement. Elle est liée aux situations de sous-traitance : des personnes en CDI sont cependant précaires car leur emploi peut être remis en cause à tout moment, du fait, par exemple, d’un donneur d’ordre qui va changer de sous-traitant pour des raisons de coûts plus faibles. Ce sont des situations courantes dans le secteur du nettoyage, où la forme du contrat n’a finalement aucune incidence sur le niveau de précarité.

François Hollande propose de mettre en place « un dispositif de notation sociale obligeant les entreprises de plus de 500 salariés à faire certifier annuellement la gestion de leurs ressources humaines au regard de critères de qualité de l’emploi et de conditions de travail ». Pensez-vous que cela peut être utile ?

Déléguer à des experts extérieurs à l’entreprise le soin d’élaborer des critères n’est pas, selon moi, une priorité. Toutes sortes de cabinets d’experts sont prêts à délivrer toutes sortes de certifications, avec tel ou tel « label social ». Mais bien des aspects des conditions de travail ne pourront jamais entrer dans leurs grilles d’évaluation. Saint-Gobain au Brésil, par exemple, avait obtenu toutes les certifications possibles et inimaginables… alors que l’entreprise utilisait de l’amiante. Les évaluations externes étudient les procédures : existe-t-il un comité pour l’égalité salariale ? Y a-t-il un médecin du travail en interne ? Des formations sont-elles mises en place ? Le problème, c’est que les procédures, en elles-mêmes, ne donnent pas forcément de résultats efficaces. Le respect de telle ou telle procédure ne fournit aucune garantie sur les conditions de travail.

Quelle serait alors la priorité ?

Le point important serait de renforcer le contrôle collectif : la possibilité pour les travailleurs d’être représentés, avec des droits associés à cette représentation. C’est tout l’enjeu de la démocratisation du travail : mettre en débat, avec les travailleurs de l’entreprise, ce qui se passe. Ensuite, ce débat ne doit pas se limiter aux seuls salariés de l’entreprise. Des acteurs, en dehors, doivent pouvoir intervenir. La population concernée par une activité – consommateurs, riverains… – doit également avoir son mot à dire.

Pensez-vous que la santé des travailleurs passe après celle des consommateurs [4] ?

Il existe effectivement un décalage. Il est plus facile de mobiliser sur la protection de l’environnement que sur les inégalités sociales, qui passent souvent au second plan. Les règles et législations concernant la protection de la population, des riverains, des consommateurs vont souvent être plus efficaces que celles concernant la prévention de la santé des travailleurs. Le bisphénol A est un épisode révélateur. Tant mieux si cette molécule dangereuse est interdite dans les biberons. Le problème est que l’on oublie de s’interroger sur les travailleurs qui manipulent des produits contenant du bisphénol. C’est logique : parler de la santé des enfants provoque une réaction plus rapide que si l’on évoque le sort des travailleuses des entreprises de nettoyage. Cela alimente le débat sur ce que doit être une écologie politique qui intègre l’enjeu des inégalités sociales.

En France, dans le cas de scandale comme les prothèses PIP, ou certains accidents industriels, on n’entend quasiment pas le point de vue des salariés qui travaillent pourtant au sein de ces entreprises. Comment expliquez-vous cette « omerta » ?

Quand les travailleurs fabriquent des produits contenant des substances dangereuses, eux-mêmes ne le savent pas forcément. En France, l’affaire Adisseo, une entreprise qui a connu un grand nombre de cas de cancer parmi ses employés [5], est emblématique de ces situations. Dans l’affaire des prothèses PIP, il semble que ce soit aussi le cas. C’est d’abord de la responsabilité des industriels. Il faut leur imposer une évaluation préalable des risques, avant qu’un produit soit lancé et que l’on soit obligé de rectifier le tir dix ans plus tard à cause de sa dangerosité. Autre élément : le chantage à l’emploi. Ce ne sont pas les travailleurs qui décident des composants d’un produit ! D’autre part, ce n’est pas nécessairement dans la production initiale que le risque est le plus dangereux, mais dans sa dispersion. Fabriquer un produit nettoyant, par exemple, peut ne pas être trop dangereux, mais l’utiliser entraînera de graves dégâts sur la santé. Sans oublier ce qui se passe lors de son recyclage… Cela pose la question de la solidarité interprofessionnelle.

Recueilli par Ivan du Roy

Notes

[1] Directeur du département Conditions de travail, santé et sécurité de l’Institut syndical européen (Etui, European Trade Union Institute), le centre indépendant de recherche et de formation de la Confédération européenne des syndicats (CES).

[2] Réalisée auprès de 44 000 travailleurs, à consulter ici.

[3] Selon les estimations du projet Carex, Carcinogen Exposure database, concernant les 15 États membres en 1995, plus la République tchèque et les pays baltes. Ce projet n’a pas été étendu aux autres pays membres.

[4] Lire à ce sujet la tribune de Dominique Huez, médecin du travail.

[5] En 2007, on y dénombrait 25 cas de cancers du rein, dont 9 décès, dans un atelier qui a vu passer quelque 82 personnes. Lire ici.

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Published by valenton rouge - dans Europe
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