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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:06

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http://www.contretemps.eu/fr/interventions/luttes-immigration-postcoloniale-dans-%C2%ABr%C3%A9volution-citoyenne%C2%BB

 

 

Intervention aux Estivales citoyennes 2012 du Front de gauche. Atelier : « Antiracisme, multiculturalisme : quelles stratégies de la gauche d’alternative contre les discriminations et pour l’égalité ? »


Quand on est amené à parler de « racisme » et d’« antiracisme » dans des espaces politiques à gauche de la gauche, on se trouve le plus souvent confronté à un embarras et une confusion assez rares: tandis que les économistes nous parlent en détail de la dette illégitime et de la nécessité d’arrêter de la payer, personne ne semble s’inquiéter de ce qu’est le racisme et surtout de comment le combattre. La plupart des acteurs et actrices de ces espaces se satisfont d’une opposition abstraite, morale, au racisme. Les discussions se limitent à des considérations très vagues sur les « préjugés » ; on se focalise sur la situation des étrangers, ou l’on prétend encore que les populations issues de l’immigration postcoloniale sont stigmatisés parce qu’ils et elles sont, tendanciellement, les plus pauvres. On évacue dès lors le racisme comme objet de pensée et comme système sur lequel on peut agir.

 

Une des dernières preuves en date de cet embarras et de cette confusion est peut-être le slogan qui a rythmé votre campagne à Hénin-Beaumont et qui tonnait sur fond bleu-blanc-rouge : « Le problème c’est le banquier, pas l’immigré ! »

Si on suit ce slogan, le racisme n’est qu’une sorte de diversion, rien de plus. Les couches populaires sont en colère mais ne savent pas bien contre qui elles devraient diriger cette colère. Le racisme est une colère qui se tromperait de cible.

Nous voudrions d’abord souligner qu’on ne se préoccupe ici que du point de vue des classes populaires blanches. Nous entendons évidemment par là ceux et celles perçus comme Blancs, à partir d’une construction sociale qui oppose leur blanchité aux populations colonisées ou descendantes de colonisé•e•s.

À partir de ce postulat du racisme comme diversion, la gauche se donne pour rôle d’expliquer aux classes populaires blanches qu’elles se trompent. La quasi-totalité de la gauche politique et syndicale aurait donc à sa charge d’organiser, d’orienter la colère vers les vrais ennemis des classes populaires blanches. Mais dans cette démarche, ce que votre slogan passe complètement à l’as c’est que dans la vie de millions de personnes, le racisme n’est pas pour eux et elles une colère détournée.

C’est un système qui les discrimine de manière structurelle dans l’accès au logement, à l’embauche comme à l’avancement, dans l’accès aux loisirs ou aux instances médiatiques et politiques, dans les pratiques policières et judiciaires, etc. C’est aussi être plongé dans une indignité symbolique et culturelle, de la jeunesse des « sauvageons » à la vieillesse illégitime de nos chibanis. C’est avoir à cautionner le « modèle français d’intégration » fondé sur un illusoire « quand on veut, on peut » si on veut obtenir un peu de reconnaissance sociale. C’est devoir en faire deux fois plus que les autres. Et c’est voir sa « réussite » éventuelle à peine tolérée. En effet, cette réussite est soumise, plus que pour d’autres, à l’excellence : nos parcours nous montrent combien nous n’avons pas le droit à l’erreur, et il suffit du moindre écart, de la moindre faute, pour nous voir ramené•e•s à « nos origines »1 Et lorsqu’une « anomalie » entache le parcours d’un ou d’une des nôtres, elle n’est pas jugée comme purement individuelle, comme pour d’autres, mais sert à jeter le discrédit sur toute une communauté.

 

Mais présenter le racisme comme une diversion, ce n’est pas seulement occulter le point de vue des descendants et descendantes de colonisés. C’est aussi se tromper sur le point de vue des classes populaires blanches acquises aux idées racistes.

En effet, il y a là l’idée que les classes populaires blanches sont les marionnettes des populistes racistes du Front national ou de certaines franges de l’UMP ; que si la « gauche de gauche » avait la volonté de reconquérir ces classes populaires blanches, en leur expliquant combien il est mal d’être raciste, ces personnes voteraient Mélenchon plutôt que Le Pen.

C’est ne pas comprendre la dynamique du racisme, et les raisons pour lesquelles les classes populaires blanches en viennent à défendre plus de répression dans leurs quartiers, ou qu’elles s’inquiètent davantage de ce qu’on leur présente comme une progression de « l’islam » plutôt que de l’augmentation du SMIC que propose le Front de gauche.

Non, ce n’est pas que ces populations ont été diverties des « vraies » questions. Les réactions que nous venons d’évoquer ne sont pas des colères qui se trompent, mais elles constituent la défense d’un privilège.

Ce qu’évacue le slogan « le problème c’est le banquier, pas l’immigré », c’est la position qu’occupent les non-Blanc•he•s dans la société française.

Cette position est particulière parce que des inégalités raciales structurent l’ensemble des sphères sociales : il y a des polices qui ont été conçues à partir des anciennes milices coloniales pour harceler les habitants des quartiers (Brigade anticriminalité) ; il y a des emplois et des affectations salariales qui ne sont pas accessibles aux descendants et descendantes de colonisées et d’autres qui leur sont quasiment réservées ; il y a des logements du parc public qui sont refusés aux non-Blancs pour favoriser la « mixité sociale ». On pourrait encore citer tous les dispositifs d’accompagnement, de réinsertion, ou le traitement d’exception dans les administrations.

Nous sommes dans un système inégalitaire, et beaucoup ici savent combien ces inégalités favorisent la compétition et la concurrence. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que le racisme n’est pas que le fruit de la compétition. Dans une compétition, il y a des gagnants et des perdants. Ce que produit le racisme, c’est que ceux qui perdent sont tendanciellement les mêmes. Si le capitalisme produit du « chacun pour soi », le racisme, lui, pipe les dés de cette compétition.

« Il faut avoir en tête l’idée d’une file d’attente : dans l’état actuel des choses, les places sont rares et chères pour trouver un logement, obtenir un emploi stable et des possibilités d’avancement, acquérir une visibilité médiatique ou politique, etc. Le privilège signifie simplement que les Blancs passent toujours devant les autres. Tout ce qui est discrimination pour l’un est privilège pour l’autre2. »

Quand les classes populaires blanches soutiennent un projet raciste et réactionnaire, elles le font pour conserver ce passe-droit dans la file d’attente. Et d’ailleurs, que reste-t-il aux classes populaires blanches à part ce passe droit : leur blanchité ? Dès lors, si les forces progressistes veulent construire un projet par et pour les classes populaires, elles doivent inclure dans leur projet politique des mesures précises pour faire dépérir le privilège blanc.

Le plus souvent, les composantes de la gauche politique et syndicale pensent pouvoir se dispenser d’intégrer la question antiraciste dans leur projet de société – dans la mesure où, pour elles, les préoccupations du mouvement social portent sur la situation de l’ensemble de la population (retraite, service public, droit au logement, etc.) et notamment les populations issues de l’immigration postcoloniale. Or, en s’attaquant aux inégalités, en augmentant la part du gâteau qui revient aux classes populaires dans leur ensemble, on n’empêche pas que cette part du gâteau soit répartie différemment entre classes populaires blanches et classes populaires non blanches. Les seconds ne peuvent espérer s’en tirer qu’avec les miettes.

Et ce problème se pose au jour le jour des grandes mobilisations sociales. Il est par exemple plus simple de faire l’unité du mouvement social, syndical et politique sur des revendications a minima, qui ne tiennent pas compte de la situation spécifique des non-Blancs. La grande mobilisation contre le CPE (contrat première embauche) est exemplaire.

Souvenons-nous : le CPE faisait partie de la loi sur l’égalité des chances. Cette loi a été pensée et conçue suite aux révoltes de 2005 dans les quartiers populaires. Elle visait spécifiquement les populations issues de l’immigration postcoloniale. On pourrait citer les sanctions contre les « parents démissionnaires » ou encore les luttes contre les incivilités. C’est finalement contre le seul CPE que l’ensemble des forces du mouvement social a mobilisé. Si c’est ce mot d’ordre qui a rassemblé, c’est bien que les non-Blancs et leurs préoccupations ont une place secondaire dans ces luttes du mouvement social3. Il faut en prendre acte pour que cette situation change.

 

Il y a bel et bien deux espaces-temps4 dans le champ politique français. Il faut regarder les choses en face. Les mouvements de l’immigration, les descendants de colonisés, ont eu leurs propres luttes et les ont souvent menées entre eux, indépendamment voire contre les manœuvres de certaines composantes de la gauche sociale et politique.

Nous utilisons le terme de « gauche sociale et politique » pour nous référer au mouvement social dans toute sa diversité. Ce sont les partis politiques, associations et équipes syndicales qui se sont retrouvées dans la campagne pour le Non au référendum sur la constitution européenne. C’est le vaste arc de forces qui rassemble associations de chômeurs, syndicats salariés, groupes féministes, partis à gauche de la gauche, associations écologistes… Ces forces ont certes leur autonomie mais se retrouvent et se rassemblent à des échéances précises comme étant « le mouvement social » : dans les manifestations nationales pour les retraites, contre le CPE…

Ce qu’il faut souligner c’est que les descendants de colonisés ont une histoire politique et une activité qui n’appartiennent pas à cet espace-temps de la « gauche sociale et politique ». Il y a une tradition propre, des luttes spécifiques et des mots d’ordre qui sont, depuis les luttes de décolonisation jusqu’à aujourd’hui, dans une certaine mesure extérieurs à la gauche sociale et politique.

On pourrait rapidement énumérer des séquences de ces mouvements. On peut les faire remonter aux luttes des ouvriers immigrés de l’immédiat après-guerre, par exemple celles des Algériens en métropole. Leur alliance avec les syndicats d’usine a rencontré ses limites quand il s’est agi d’organiser par des grèves et des manifestations la lutte pour l’indépendance nationale algérienne. La CGT, dans laquelle beaucoup d’Algériens ont milité, a défendu le vote des pouvoir spéciaux par le PC en 1956. L’organisation autonome des Algériens s’imposait dès lors aux Algériens comme une nécessité5.

Autre séquence historique : la dynamique de la marche pour l’égalité et contre le racisme en1983 – marche qu’on a labélisée « Marche des beurs » pour mieux en camoufler les enjeux politiques. L’histoire est bien connue, mais face à ce mouvement très important, massif, la gauche institutionnelle a répondu en montant de toutes pièces le projet SOS racisme et son fameux slogan : « Touche pas à mon pote ».  Ce slogan est représentatif de toute l’extériorité de la gauche qui a soutenu SOS racisme par rapport aux non-Blancs des quartiers populaires mobilisés et politisés à l’occasion de la marche de 1983. Dans l’énoncé « touche pas à mon pote », il y a un français Blanc antiraciste qui parle à un autre français Blanc raciste. Le « pote », le non-Blanc, c’est le protégé du Blanc antiraciste et non l’acteur d’une lutte.

Depuis cette séquence, les non-Blancs se sont investis dans des luttes multiples, des violences policières jusqu’à la solidarité avec la Palestine. Et ils l’ont fait la plupart du temps de façon très isolée. Les collectifs de famille qui réclament dignité et justice face aux violences policières sont peu soutenues par la gauche sociale et politique, qu’il s’agisse de déclarations publiques mais aussi de campagnes de terrain. On l’a vu à Amiens et nous y reviendrons.

La gauche sociale et politique met en œuvre bien trop peu de moyens pour visibiliser ces combats et les intégrer à un projet politique. Et il y a bien d’autres occasions où les mouvements de l’immigration doivent même s’affronter aux politiques de la gauche sociale et politique. Dès les années 1950, les équipes municipales et les sections communistes de la ceinture rouge parisienne ont vu l’arrivée d’« immigrés » dans leurs communes comme un déclassement des municipalités. Le sociologue Olivier Masclet a souligné combien, à partir des années 1960, la politique du logement dans ces municipalités a été envisagée pour limiter les attributions aux « immigrés » et « enfants d’immigrés »6.

De nos jours, la loi sur les signes religieux à l’école comme la loi sur le voile intégral ont eu pour défenseurs ou architectes des composantes de cette gauche sociale et politique.

On pourrait citer de nombreux exemples encore mais il y a aussi une manière plus simple de poser les choses : combien d’entre vous connaissent ce qu’on appelle la « cuisine interne » des partis de gauche de la gauche : le point de vue de la FASE sur ceci ou cela, les batailles de tendances du PC... ? Vous êtes nombreux et nombreuses à connaître jusqu’au plus petits des syndicats. Vous connaissez les différents partis politiques, la moindre tendance au PS ou au sein du NPA. Vous discutez avec les directions des associations (avec le MRAP, la LDH, le CNDF), etc. En revanche, parmi les composantes du Front de gauche, quelles équipes militantes se sont intéressées aux mouvements de l’immigration à une échelle nationale ? Qui connaît les débats actuels de ces mouvements ? La différence entre le Forum social des quartiers populaires et les Indigènes de la république ? Qui connaît la différence entre le Collectif des musulmans de France et l’Union des organisations islamiques de France ? Qui a suivi de près les différentes mobilisations de la brigade antinégrophobie ?

Le désintérêt du Front de gauche témoigne bien du fait qu’il y a deux espaces-temps. Que si ces espaces-temps se rencontrent parfois, leurs intérêts ne convergent pas toujours et qu’il faut aussi savoir penser le conflit entre ces deux espaces-temps.

 

Il faut que la gauche sociale et politique prenne en main de façon stratégique les alliances qu’elle peut réaliser avec les mouvements de l’immigration, tout comme les conflits qui opposent ces deux composantes.

Parmi les campagnes que vous avez probablement ignorées, on peut citer celle de Printemps des quartiers qui s’est déroulé tout au long de la campagne présidentielle, organisant une tournée de meetings dans différents quartiers populaires de France. Le premier meeting d’ouverture a réuni un peu plus de 600 personnes à Bagnolet. Le meeting de clôture, à Bagnolet encore, a réuni près de 500 personnes en mai dernier. Tout au long de sa campagne, Printemps des quartiers a réuni 500 personnes à Marseille, 400 personnes à Mulhouse, 800 à Lyon, etc. ; à Saint-Denis, ils ont rempli la bourse du travail ! Aujourd’hui, quelle organisation de la gauche sociale et politique peut-elle, et veut-elle seulement, réunir autant de personnes des quartiers populaires et issues de l’immigration postcoloniale ? – exception faite de la dizaine de militants issus d’une minorité du NPA qui a appuyé de toutes ses forces cette campagne.

Au-delà du public visé et réuni, il faut aussi se pencher sur le contenu de la campagne. Le Printemps des quartiers a réuni ses intervenants et intervenantes autour d’une plateforme de thématiques précises : révolution arabe, solidarité avec la Palestine, lutte contre l’islamophobie, inégalités sociales, lutte contre les violences policières.

Il y a un espace politique non blanc qui a d’ores et déjà une élaboration politique et des priorités. La gauche sociale et politique, si elle veut rassembler le « peuple » – comme vous dites – elle va devoir composer avec ces priorités. Pour se rendre compte du chemin à faire, quelle est aujourd’hui l’intervention du Front de gauche sur ce plan ?

Pour ne retenir qu’un seul point, celui des violences policières, on peut dire que la rentrée du Front de gauche n’est pas très glorieuse. Nous faisons bien entendu référence aux déclarations très récentes de Jean-Luc Mélenchon sur les révoltes à Amiens. Quelle est la position de votre candidat vis-à-vis des jeunes esseulés par le harcèlement policier ? « Nous les rejetons », nous dit-il. Comment a-t-il qualifié les révoltés ? De « crétins », de « bouffons » de « larbins  du capitalisme »…

Amiens Nord, c’est avant tout, et tous les habitants et travailleurs sociaux l’attestent via de nombreux témoignages et enquêtes, tous les habitants parlent de la mise en place d’un véritable harcèlement policier permanent. Il faut rappeler aussi que les révoltes en elles-mêmes étaient avant tout des affrontements entre les jeunes et les policiers. C’est précisément cette réalité qui est occultée.

Qu’est-ce qu’il y a derrière les termes extrêmement violents et disqualifiants de Jean-Luc Mélenchon ? Ce qu’il y a derrière ces insultes, c’est l’idée que ces jeunes ne sont pas du « peuple » que son projet rassemble, que cette révolte n’est pas légitime. C’est déjà s’inscrire en faux par rapport aux exigences portées par ces révoltes.

Si Mélenchon est généreux en mots contre les révoltés, votre programme l’est moins pour ce qui est de la lutte contre le harcèlement policier.

La position du Front de gauche sur le contrôle au faciès est bien en-dessous de celle portée par le syndicat de la Magistrature – qu’on ne peut pas accuser d’ « intifadisme ». Lors de son congrès, le Syndicat de la Magistrature a pris une position claire : il ne s’oppose pas à la question du récépissé mais, au-delà, propose de supprimer tous les cadres de contrôle d’identité (à l’exception des contrôles judiciaires). Comment justifier que la position du Front de gauche soit si en-dessous de celle du Syndicat de la magistrature quand on sait que des magistrats qui y sont syndiqués participent à vos organes de direction ? Comme nous le disions en introduction, le racisme a droit à moins d’expertise et un programme moins rôdé que la question de la dette ou de la « planification sociale et écologique ».

 

Les populations issues de l’immigration postcoloniale ne comptent à l’évidence pour pas grand-chose dans le projet de « révolution citoyenne ». Et pourtant, cette gauche sociale et politique ne peut pas faire sans les non-Blancs. Comme le dit le sociologue Saïd Bouamama : « lorsque l’on regarde les chiffres officiels de la population française […] 30 % des milieux populaires (ouvriers et employés) sont issus de l’immigration postcoloniale7. »

Quand nous parlons d’un champ politique non blanc8, il ne s’agit pas de poser un horizon utopique : non, le mouvement de l’immigration est déjà là. Encore là et déjà là. Et si vous ne pouvez pas faire sans, sachez qu’il faut croire que, d’ores et déjà, les mouvements de l’immigration ne comptent pas sur vous.

Dans quelques semaines, ici même, à Grenoble, le Front uni de l’immigration et des quartiers populaires tiendra son Premier Congrès à l’occasion des 4e rencontres de l’immigration.

Plus encore : en juin dernier, la Force citoyenne populaire (FCP) tenait son premier Congrès national. Elle réunit les listes Émergences (qui ont déjà une expérience de la lutte électorale), le Forum social des quartiers populaires (qui bénéficient d’ancrages locaux de longue date), de figures politiques (comme l’ancienne sénatrice Verts Alima Boumédienne) et bien d’autres militants locaux. Pourquoi cette force s’est-elle constituée ? Explicitement pour mener la bataille des municipales de 2014 à une échelle nationale. Et ce n’est qu’un début. Quand bien même vos forces politiques s’obstineraient à ne pas vouloir envisager la lutte antiraciste en termes stratégiques, ce choix ne tiendrait plus longtemps. La question qui se pose face à ces batailles municipales c’est quelle va être l’attitude du Front de gauche ? Il est clair que les mouvements de l’immigration sont déterminés. Ils ne se laisseront pas avaler par des promesses de coalition sans garantie sur leurs propres exigences.  Il va falloir que la gauche sociale et politique envisage ces forces, sur le long terme, non comme des appendices ou des réservoirs de voix, mais comme des partenaires avec qui il faut négocier. Il va falloir que le Front de gauche se positionne de plus en plus clairement sur le terrain des populations issues de la colonisation.  Autrement que par l’insulte ou par les incantations sur la République métissée, sur la République une et indivisible.

Se positionner sur ce terrain, ce n’est pas seulement appuyer les exigences des mouvements de l’immigration ou des associations antiracistes – ce qui serait déjà un minimum. À terme, un rassemblement populaire authentique doit réfléchir à un programme ambitieux de lutte contre les privilèges octroyés par le racisme.

 

Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem

 

 

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  • 1. « Nous ne sommes pas des modèles d’intégration », Politis, n° 1017, 2008. http://www.politis.fr/Nous-ne-sommes-pas-des-modeles-d,4410.html.
  • 2. Félix Boggio Éwanjé-Épée & Stella Magliani-Belkacem, « Un réformisme offensif contre le racisme d’État », in Contre l’arbitraire du pouvoir, La fabrique, 2012, p. 165.
  • 3. Voir Sadri Khiari, « À propos des mobilisations contre le CPE », en ligne sur : http://www.pag69.org/article.php3?id_article=316.
  • 4. Cette idée d’espaces-temps discordants est empruntée à Sadri Khiari. « La lutte contre l’oppression spécifique postcoloniale n’est pas qu’un segment ou un moment d’un espace-temps homogène du combat pour l’émancipation », « L’Indigène discordant », en ligne sur : http://lmsi.net/L-Indigene-discordant-Autonomie-et,391.
  • 5. Voir Laure Pitti, « La Main-d’œuvre algérienne dans l’usine automobile (1945-1962), ou les oubliés de l’histoire », Immigration et marché du travail, n° 1263, septembre-octobre 2006, p. 47-57.
  • 6. Voir Olivier Masclet, « Le PC et les militants de cité », in Contretemps, n° 13, Textuel, p. 21-29.
  • 7. « Entretien avec Saïd Bouamama : Pourquoi Sarkozy ne peut pas nettoyer la racaille au Karcher ? », http://www.michelcollon.info/Entretien-avec-Said-Bouamama.html.
  • 8. L’expression de « champ politique non blanc » est tirée de l’ouvrage de Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille, Textuel, 2006.
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Published by valenton rouge - dans France
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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:58

arton2705-01be2.jpgPar Sophie Chapelle (15 octobre 2012)

 


Gandrange, Fralib, Alizay, Petroplus... Ils sont de plus en plus nombreux, ces salariés et syndicalistes, à porter des alternatives aux fermetures d’usines. Grande nouveauté : elles consistent non seulement à sauver des emplois, mais répondent à des préoccupations écologiques. Que font Arnaud Montebourg, ministre du « redressement productif » et Benoît Hamon, à l’Économie sociale et solidaire, pour les soutenir ? Alors que le Front de gauche critique l’absence de vision du gouvernement, Basta ! dresse le bilan.


15 000 emplois préservés, 4 850 perdus. Tel serait le bilan du « redressement productif » annoncé par le ministre Arnaud Montebourg le 7 octobre. Une façon de répondre aux critiques qualifiant son ministère d’ « improductif ». Depuis l’élection de François Hollande, 119 dossiers d’entreprises en difficulté auraient donc été « traités ». Parmi ces dossiers, quel effort a été accordé aux entreprises misant sur la participation des salariés et l’écologie pour préserver l’industrie ?

Six mois après avoir rencontré les métallos lorrains de Florange et Gandrange, les ouvriers provençaux de Fralib, les salariés normands de Petroplus et d’Alizay [1], que sont devenus leurs projets de reprise alternatifs ? Traînent-ils dans un tiroir poussiéreux d’un haut-fonctionnaire ou figurent-ils en haut de la pile sur le bureau du ministre ?

Gandrange, 350 emplois : réveil tardif du ministère

Le dossier de l’aciérie de Gandrange, en Moselle (350 emplois), semble dormir dans un placard. Sur place, nulle trace du passage de Montebourg dans l’usine, où deux ouvriers sous-traitants ont été tués, début septembre, par l’effondrement d’un toit. Contacté le 2 octobre, le délégué CGT Jacky Mascelli tient toujours à disposition du gouvernement un projet porté par des sidérurgistes. Il prévoit de couler sur place l’acier issu de métaux récupérés dans la région, tout en étant approvisionné par une aciérie électrique. Bien que séduisant, le projet n’a pas, pour l’instant, suscité l’intérêt du nouveau gouvernement. ArcelorMittal, propriétaire du site, continue de démanteler ses installations.

Une rencontre avait bien eu lieu avec le candidat François Hollande, le 17 janvier dernier. « Nous lui avions présenté notre projet, et il avait eu cette phrase intéressante qu’il fallait penser maintenant aux investissements de demain dans l’industrie et la sidérurgie. Le problème c’est qu’une fois les élections passées, c’est le silence complet », regrette Jacky Mascelli. A force d’interpellations, la CGT d’ArcelorMittal Gandrange a fini par obtenir une entrevue à Bercy, prévue le 16 octobre, avec un conseiller technique de Montebourg. Le ministère semble se réveiller (télécharger le courrier). « Les pouvoirs publics commencent à bouger », positive le syndicat CGT. Six mois plus tard, il était temps.

Florange, 2 500 salariés : pas d’avenir pour la métallurgie ?

Le 16 octobre, c’est une réunion beaucoup moins réjouissante qui attend les métallos de Florange (Moselle). Après avoir annoncé la fermeture définitive des hauts-fourneaux, le groupe ArcelorMittal souhaite négocier un « Plan de sauvegarde de l’emploi ». En clair, le n°1 de la métallurgie prépare le terrain pour des licenciements. L’affaire semble pliée, d’autant plus que la direction du site se laisse jusqu’à fin novembre pour trouver un repreneur. Les syndicats de l’usine ont exprimé leur refus de discuter d’un plan social tant que l’espoir de trouver une alternative n’était pas abandonné.

Un projet de captage et de stockage de CO2 [2], baptisé Ulcos, devait être mis en œuvre sur les hauts-fourneaux de Florange. A condition que Bruxelles donne son aval pour un financement à hauteur de 250 millions d’euros, sur un investissement total de l’ordre de 650 millions. En lice pour un appel d’offres européen, Arcelor a décidé de se désengager en juillet alors même que la Commission européenne devait donner le nom des projets retenus en novembre. « Ulcos ? Mittal s’en fout. Il n’attend même pas la décision de Bruxelles à ce sujet », s’emporte Edouard Martin de la CFDT dans les colonnes du Républicain Lorrain.

 

Les cas de Florange et de Gandrange illustrent l’absence de vision à long terme du gouvernement. « Aucun lien n’est fait entre la crise de l’industrie automobile qui a besoin d’acier, et la stratégie de conserver les hauts-fourneaux », déplore de son côté Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale en charge de l’écologie au Parti de Gauche (PG). « Ce n’est justement pas le moment de fermer les unités de production. On sait que l’on peut reconvertir une partie de la chaîne de production vers les transports collectifs ». Pour le PG, le tournant écologique passe par la reconversion de ces moyens de production en s’appuyant sur les savoir-faire des salariés. Alors qu’une pénurie de métaux s’annonce dans les prochaines décennies (lire notre enquête : quand le monde manquera de métaux), disposer d’usines capables de recycler acier, nickel ou zinc ne sera pas un luxe.

Petroplus, 470 salariés : « Marre de se faire trimballer »

A la raffinerie de Petroplus (Seine-Maritime), Yvon Scornet, de la CGT, est convaincu que son activité peut devenir beaucoup moins polluante. « Nous avons la possibilité d’améliorer l’efficacité énergétique de notre système de production et de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre avec la cogénération », plaide le délégué syndical. Problème : le prix à payer pour du pétrole raffiné dans ces conditions.

« On nous demande de mettre au point des méthodes pour émettre moins de CO2, de NOx (gaz à effet de serre issu de la combustion d’hydrocarbures, ndlr), mais ces normes environnementales et de sécurité ont un coût. » Au moins deux dollars par baril d’après son syndicat. Résultat : « On vit avec zéro marge. » Importer du pétrole issu de raffineries polluantes, notamment dans le Golfe, demeurera moins onéreux... Ce qui accélère leur délocalisation, comme pour Total à Dunkerque. Le syndicaliste demande donc une harmonisation des normes qui, pour le moment, ne concernent que les Européens.

Mais la préoccupation immédiate d’Yvon Scornet, c’est la reprise du site de Petroplus. Deux offres déposées le 24 août prévoient le maintien des 550 emplois que compte la raffinerie. Mais les dossiers présentés par les deux candidats, Alafandi Petroleum Group (APG), basé à Hong Kong, et NetOil, dont le siège est à Dubaï, ne semblent pas suffisamment solides au Tribunal de commerce de Rouen qui ne cesse de réclamer des compléments d’information.

Une nouvelle audience est prévue le 16 octobre. « Marre que l’on soit en train de nous trimballer avant de nous tuer. L’administration nous bloque, et à ce rythme-là, nos repreneurs vont s’en aller ailleurs », s’agace le cégétiste. L’urgence est donc à la reprise. La façon dont celle-ci sera menée, écologiquement ou non, ne viendra que dans un second temps, éventuellement.

Alizay, 330 salariés : sauvés par les énergies renouvelables ?

A trente kilomètres de là, l’interdyndicale CGT-CFE-CGC de la papeterie d’Alizay (Eure) continue de plancher sur le sauvetage de leur outil de production, lâché par le propriétaire, le groupe finlandais M-Real. C’est ici que le candidat François Hollande avait promis, le 15 février, un dispositif législatif pour répondre au scandale des fermetures de sites industriels rentables qui disposent de repreneurs potentiels. Alors que le texte n’est toujours pas voté, les salariés d’Alizay sont prêts à tout pour sauver leur usine.

Si le cœur de l’activité reste le papier, ils misent sur une filière locale de papier recyclé et la production d’électricité verte à base de déchets de bois inutilisés. « Le projet avance bien, confirme par téléphone le délégué CGT Jean-Yves Lemahieu à Basta !. Nous avons deux repreneurs possibles et nous espérons que les négociations vont aboutir. L’État pousse à fond pour le projet d’électricité verte ». Il sera difficile d’en savoir plus, l’intersyndicale s’étant engagée à ne pas communiquer sur le sujet.

Des ouvriers plus visionnaires que l’État ?

Salariés de la raffinerie de Petroplus et de la papèterie Alizay discutent aussi d’un projet commun : utiliser la ouate de cellulose produite par les ateliers à Alizay pour fabriquer des agrocarburants à Petit-Couronne chez Petroplus. Dans l’indifférence du gouvernement... Jean-Yves Lemahieu regrette que le ministre Arnbaud Montebourg n’ait pas profité de son déplacement à Petroplus pour visiter la papeterie. « C’est vrai qu’il a plein de choses à traiter, on ne peut pas lui en vouloir. Mais nous avons mis la solution sur la table et elle est en voie d’aboutir, sans qu’il n’ait pas pris la peine de nous rencontrer. Nous n’avons pas l’impression d’être dans les priorités du gouvernement ».

Deux conseillers d’Arnaud Montebourg seraient cependant sur le dossier d’après Mediapart. Et si rien n’est encore signé pour le moment, un redémarrage de l’activité est espéré pour début 2013. Du côté du Front de gauche, la critique est acerbe : « On se rend compte, via ces exemples d’entreprises que les salariés ont très bien saisi les enjeux écologiques, mieux que Montebourg ou Hollande », juge Corinne Morel-Darleux.

Fralib, 163 salariés : mobilisés pour une coopérative

Arnaud Montebourg a en revanche explicitement placé le dossier Fralib « en haut de la pile », à l’occasion d’une table ronde le 3 octobre. Mais le dossier traîne en longueur. L’annonce de la fermeture de l’usine remonte à septembre 2010. Or la multinationale Unilever, propriétaire de l’usine de Gémenos (Bouches-du-Rhône) qui produit les thés Lipton et les infusions Éléphant, se montre inflexible depuis deux ans. Paul Polman, le directeur général du groupe, a fait savoir le 20 août qu’il refusait de céder la marque Éléphant et de faire travailler en sous-traitance la coopérative que les salariés souhaitent créer.

 

La cession de la marque Éléphant est pourtant incontournable pour rendre viable la reprise en Société coopérative et participative (Scop) et du projet industriel alternatif, local et écologique porté par les salariés (lire notre reportage). « Unilever se moque du monde ! Après deux ans de lutte, il faut que l’État prenne ses responsabilités, interpelle le délégué CGT Gérard Cazorla. Qu’il leur fasse assumer leurs responsabilités, qu’il leur impose de discuter sérieusement avec les services de l’État, avec les collectivités territoriales, et avec nous ». Semi-victoire tout de même pour les « fralibiens » : la communauté urbaine de Marseille a finalisé début septembre l’acquisition des terrains et des bâtiments de l’usine. En contrepartie de la transaction d’une valeur de 5,3 millions d’euros, Unilever a accepté de laisser ses machines pour un euro symbolique.

Reconversion industrielle : un dossier crucial pour la gauche

Malgré quelques avancées, sur tous ces dossiers, le gouvernement semble à la peine. L’enjeu est pourtant de taille : préserver l’emploi, assurer la transformation écologique, faire confiance aux salariés plutôt qu’à des grands groupes ou à des repreneurs en quête de rentabilité immédiate. Le gouvernement se donnera-t-il également la marge de manœuvre nécessaire pour ne pas s’enfermer dans une course-poursuite contre les plans de licenciements ?

Problème de taille : « Il est impossible de concilier une vraie révolution écologique et des politiques d’austérité telles qu’elles sont fixées par Hollande », rétorque Corinne Morel-Darleux, pour le Front de gauche. « Le concept de planification écologique vise précisément à prévoir sur le long terme la reconversion industrielle, la relocalisation et la réindustrialisation sur des bases sociales et écologiques. Tout l’inverse des intérêts à court-terme des actionnaires qui nous ont menés dans le mur. »

Mais où est donc passé Benoît Hamon ?

Sur le cas Fralib, le tout nouveau ministère de l’Économie sociale et solidaire (ESS), qui devrait pourtant être en pointe, reste discret. « Nous n’avons pas le leadership sur ce dossier, confie un membre du cabinet du ministre Benoît Hamon, chef de file de la gauche du PS. Nous intervenons en tant qu’experts sur la viabilité du projet en coopérative, mais pour la problématique industrielle, il faut voir avec le cabinet de Montebourg. »

Pour le moment, le ministère travaille à la création d’un nouveau statut intermédiaire de type société coopérative. Le projet prévoit, sur une période transitoire, que les salariés soient majoritaires en votes mais minoritaires en capital [3] . « Selon les chiffres de l’Insee, entre 40 000 et 200 000 emplois sont perdus chaque année faute de repreneurs, explique t-on. L’enjeu est de favoriser le nombre de reprises souvent freinées par un problème de financement ». Sur ce sujet, le Front de Gauche est partisan d’un secteur bancaire public favorisant les reprises sous forme de coopératives.

Un dispositif permettant aux salariés d’être immédiatement informés que l’entreprise est en vente est aussi à l’étude. « La façon dont la Scop réinvestit ses excédents dans l’outil de production plutôt que dans la rémunération des actionnaires contribue à solidifier la structure face à la crise », analyse le Ministère. Le projet de loi sur l’économie sociale et solidaire devrait être présenté à l’Assemblée nationale en avril 2013.

Reste la dimension écologique du redressement productif : à l’occasion de son discours en juillet pour la Conférence nationale de l’industrie, Arnaud Montebourg a présenté sa vision d’un redressement productif empreinte de « compétitivité », de « croissance » et de « patriotisme économique » sur une période de cinq ans... Sans citer une seule fois le mot « écologie ».

 

Sophie Chapelle

 

@Sophie_Chapelle sur twitter

 Photo de une : © Julien Brygo
 Photo d’un ouvrier métallurgiste : © Laurent Guizard
 Photo d’une salariée de Fralib : © Jean-Paul Duarte / Collectif à vif(s)

Notes

[1] Début avril, le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon avait reçu à son QG de campagne des salariés d’usine porteurs de projets alternatifs. Lire à ce sujet Ces ouvriers qui misent sur l’écologie pour préserver leur industrie

[2] Lire notre enquête sur cette technique controversée : Après les gaz de schiste, Total expérimente l’enfouissement industriel de CO2...

[3] Lire nos reportages sur une aciérie et un centre d’appels en coopérative.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:53

arton183-6c270.jpgLors de la campagne présidentielle, le candidat François Hollande n’avait pas de mots assez dur pour évoquer le Traité sur la Stabilité et la Gouvernance de la zone euro (TSCG) ou Pacte budgétaire, qu’il qualifiait lui-même de traité « ajoutant l’austérité à l’austérité ». Quelques mois plus tard, il ratifie le TSCG inchangé en expliquant que « l’Europe a été réorientée » grâce à un ensemble de mesures pour la croissance qui forment un Pacte pour la croissance. Qu’en est-il vraiment ?


15 octobre

Le 6 mai 2012, le soir de sa victoire, Hollande annonçait que son élection représentait pour l’Europe l’espoir « qu’enfin l’austérité pouvait ne plus être une fatalité ». Il appelait à la renégociation du Pacte budgétaire.

A peine deux mois plus tard, à l’issue du Sommet européen des 28 et 29 juin, il annonce la ratification expresse du Pacte budgétaire négocié par Nicolas Sarkozy en contrepartie d’un Pacte pour la croissance et pour l’emploi qu’il aurait obtenu de haute lutte – jugeant ainsi que l’Europe avait été réorientée.

Qu’en est-il vraiment ? Pour en savoir plus, nous avons parcouru le document préparatoire du prochain Sommet européen des 18 et 19 octobre (disponible ici). Celui-ci détaille les mesures qui constituent le fameux Pacte pour la croissance. Alors, quelles recettes pour réorienter l’Europe ? Jugeons sur pièce…

Recette n°1 : libéraliser l’économie

Les premières mesures visent l’approfondissement du marché unique et la libéralisation de nouveaux marchés. Des mesures tout particulièrement appelées des vœux des gouvernements italiens et britanniques, qui insistent depuis depuis décembre 2011 pour qu’elles soient mises sur la table au même titre que les mesures de rigueur budgétaire. Le candidat Hollande n’avait alors pas manqué de l’interpréter comme un soutien à ses velléités de « réorientation » de l’Europe...

Voici le détail de ces mesures :

– L’approfondissement du marché unique, avec entre autres la mise en œuvre des directives sur la passation de marchés publics, sur les services, sur les normes comptables (dans le cadre de l’acte unique) ;

– La libéralisation du marché du transport ferroviaire et de la fourniture d’énergie (dans le cadre du second acte unique) ;

– La mise en place du marché unique des services et contenus en ligne. (en France, la mission Olivennes, qui a débouché sur la loi Hadopi, s’inscrit notamment dans ce contexte) ;

– La finalisation du marché unique du savoir, de la recherche et de l’innovation. (en France, la loi LRU, qui prévoit d’aligner le fonctionnement des universités sur le modèle entrepreneurial, s’inscrit notamment dans ce contexte).

Le principe ? L’extension du domaine du marché devrait ouvrir de nouvelles opportunités d’investissement et de business, créer de l’activité et de la croissance. Cela vaut bien de rogner un peu sur les services publics, la neutralité du net ou encore remettre en cause les missions spécifiques de l’université et de la recherche, non ?

Recette n°2 : une « régulation intelligente » contre le « fardeau réglementaire »

Le pacte prévoit l’approfondissement de la dérégulation, pardon, la mise en place d’une « régulation intelligente » pour mieux réduire le « fardeau réglementaire ». Fardeau qui, comme chacun sait, pèse de tout son poids bureaucratique sur les entreprises exsangues.

Dans cette perspective, la commission a déjà fait cette année une proposition (controversée) qui consiste à exempter les petites et moyennes entreprises d’un certain nombre d’obligations, concernant notamment la sécurité au travail, la consultation des employés, les congés parentaux ou l’efficacité énergétique.

Pour la table ronde des industriels européens, lobby influent rassemblant les dirigeants des plus grandes entreprises européennes, la commission doit aller plus loin : disqualifier toute législation actuelle pesant sur la compétitivité des entreprises européennes et introduire un moratoire sur toute nouvelle législation qui irait dans ce sens [1].

Recette n°3 : le bon vieux libre-échange

Que serait un Pacte pour la croissance sans son volet de libre-échange ? Le document de la présidence du Conseil européen en appelle à finaliser au plus vite les accords de libre-échange en cours de négociation avec le Japon, le Canada, Singapour et l’Inde, et à donner suite à la stratégie libre-échangiste de l’Union européenne.

Peu importe si chacun de ces accords fait l’objet d’une critique acerbe de la société civile, en Europe comme dans les pays concernés… En Inde notamment, la mobilisation est forte contre un accord qui pourrait menacer la production de médicaments génériques [2] ainsi que les droits à l’alimentation [3].

En Canada comme en France, les syndicats et associations se mobilisent contre un accord qui menace les services publics, sanctuarise les investissements privés, revient sur un certain nombre de réglementations environnementales et introduit des dispositions répressives concernant le droit d’auteur [4].

Dans un autre registre, en France, les critiques (plus ou moins opportunistes) se multiplient contre des accords (Corée du sud, Japon) qui mettent en péril l’industrie, et notamment l’industrie automobile [5].

Recette n°4 : inciter les investissements… privés

Quid des 120 milliards annoncées par le président Hollande pour relancer l’activité en Europe ? Leur emploi ne figure apparemment pas à l’ordre du jour des discussions du prochain sommet. Est-ce à dire leur caractère marginal ?

Rappelons que ce fonds qui repose à plus de 90% sur des fonds européens déjà existants, ainsi que sur d’attendus « effets multiplicateurs » (60 milliards redéployés à partir de fonds déjà votés et programmés pour 2012-2013, et 60 milliards d’hypothétiques nouveaux prêts au secteur privé par la Banque européenne d’investissement) [6].

Loin de permettre une véritable relance publique de l’économie (alors que les coupes budgétaires dans la zone euro s’élèvent en 2012 à plusieurs centaines de milliards d’euros), ces fonds auront plutôt vocation à stimuler l’investissement privé en finançant des partenariats public-privés.

Leur emploi s’inscrit donc dans la logique générale du Pacte pour la croissance qui pourrait se résumer par cette double égalité : cadeaux pour le privé = compétitivité = croissance.

Recette n°5 : taxer les transactions financières

Dernière recette, de loin la plus sympa : la taxe sur les transactions financières européenne. Celle-ci devrait voir le jour sous la forme d’une coopération renforcée entre 11 Etats membres de la zone euro. Malgré le caractère positif d’une telle avancée, un certain nombre de questions se posent quant à l’assiette de cette taxe, qui pourrait ne pas inclure les produits dérivés et les transactions de change (qui recouvrent la majorité des transactions financières).

Pour la France, les fonds dégagés devraient abonder le budget européen, et permettre de financer des mesures à l’échelle européenne pour stimuler la croissance. Mais, face à l’opposition notamment de l’Allemagne, certaines sources indiquent qu’ils pourraient financer un fonds de sauvetage pour les banques en difficulté… [7]

Réorienter pour que rien ne change ?

Approfondissement du marché intérieur, libéralisation, dérégulation, libre-échange… même en prenant en compte la mise en place d’une taxe sur les transactions financières (dans des conditions encore incertaines), un constat s’impose : le Pacte pour la croissance ne va pas réorienter l’Europe.

Au contraire, il s’appuie en grande partie sur de bonnes vieilles recettes néolibérales, qui, associées aux politiques de rigueur budgétaire, vont accentuer la pression sur les services publics, les droits sociaux, la protection sociale au prétexte d’une compétitivité qui serait le préalable de la croissance.

Oubliées les velléités de relance publique de l’économie ! Le gouvernement socialiste annonce déjà qu’un « choc de compétitivité » sera nécessaire pour le « retour de la croissance »...

Entre l’adoption du traité budgétaire (celui qui « ajoute l’austérité à l’austérité » dixit le candidat Hollande) et la mise en œuvre d’un pacte de croissance d’inspiration clairement néolibérale, les électeurs français qui auront cru aux promesses de « changement » en auront pour leurs frais. Et ils ne sont peut-être pas au bout de leur déconvenue…


Frédéric Lemaire
http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article183

[1] Lire (en anglais) Corporate Europe Observatory ; “The Roundtable goes for full conquest”, Juillet 2012, http://www.corporateeurope.org/news...

[2] http://www.presseurop.eu/fr/content...

[3] http://www.alimenterre.org/ressourc...

[4] http://aitec.reseau-ipam.org/spip.p... et https://www.laquadrature.net/fr/con...

[5] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/... et http://www.liberation.fr/politiques...

[6] Attac France, « Les 10 raisons de dire NON au Pacte budgétaire », septembre 2012, http://www.france.attac.org/article...

[7] Attac France, TTF, une équation avec encore de nombreuses inconnues, octobre 2012, http://www.france.attac.org/article...

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:49

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http://www.politis.fr/La-Honte-N-Eblouit-Pas-Les-Yeux,19702.html

 

 

Aujourd’hui, les ami(e)s : nous allons, si tu veux bien, mesurer le taux de félonie des « socialistes » français.

Plus précisément : nous allons vérifier si ces personnages sont vraiment d’impénitents renégats – ou si c’est encore pire que ça.

Pour cela, nous allons nous replonger, 32 ans après sa publication, dans un livre écrit par quelques-uns d’entre eux, et paru en 1980 - sous le titre : L’Agression. L’État-Giscard contre le Secteur public [1].

Il s’agit, comme tu l’auras probablement deviné, d’une dénonciation au vitriol des menées antisociales de la droite régnante d’alors (au pouvoir depuis 1974).

Ses auteurs, manifestement pris de bolchevisme, constatent que « l’oligarchie au pouvoir préfère la régulation globale par les multinationales à la dialectique de la démocratie », que « la multinationalisation sauvage de l’économie et de la culture ébranle les fondements » d’une « société française » construite pourtant sur les « conquêtes de la République, du Front Populaire, de la Libération », et que, « placé au cœur de cette crise, le secteur public constitue l’enjeu d’un choix de civilisation : atomisation de la communauté nationale et exacerbation des inégalités ou recomposition d’une société solidaire ».

Et d’insister : « Le secteur public doit être défendu » contre « l’agression » capitaliste.

Parti-Socialiste-L-agression-L-etat-Giscard-Contre-Le-Secte.jpg

La préface de ce dense ouvrage est d’un certain François Mitterrand, qui semble presque manquer de mots assez durs pour fustiger « le système qu’incarne M. Giscard d’Estaing », et qui se résume, expose-t-il, à une terrifiante « quête du “marché parfait“ »« le libéralisme économique présuppose que le seul moteur de la vie économique et sociale demeure le profit » et que « ce qui est bon pour l’entreprise serait nécessairement bénéfique pour la société ».

Ce répugnant « système », explique le futur chef de l’État français, « est fondé sur quelques idées simples » et odieuses (selon lesquelles « les plus riches sont les plus dynamiques ; la puissance revient aux plus habiles ; les inégalités sociales résultant du profit sont légitimes ») mises au service d’un « retour au capitalisme sauvage et à l’individualisme bourgeois » qui « se traduit » principalement, « dans la politique gouvernementale, par la réduction du rôle protecteur et redistributeur de l’État et des institutions collectives ».

Et de fait : les auteurs de L’Agression montrent, au terme d’une méticuleuse enquête, et dans une démonstration qui vaut d’être citée un peu longuement, que le giscardisme est d’abord - et avant tout – une entreprise de destruction concertée de l’État social, et des solidarités y afférentes.

Par exemple, les PTT ne sont plus ce qu’elles étaient, et cette « décadence a une origine bien précise : l’abandon par le gouvernement des principes du service public, qu’on remplace par un raisonnement financier axé sur le court terme ».

Puisqu’en effet : « Les critères de gestion des entreprises privées sont progressivement appliqués à la poste, au détriment des usagers ».

(Ainsi : « À Rieumes, petite commune de Haute-Garonne, le volume du travail a doublé, alors que les effectifs du bureau de poste du village ont augmenté de 30 % seulement ».

Et « dans le même temps : l’espace réservé à la partie service du bureau a été diminué, ce qui contraint à certaines heures de la journée quinze personnes à évoluer dans douze mètres carrés ».)

De même : le « téléphone public » est soumis à une écœurante « concurrence débridée », qui est « à l’opposé de ce que devrait être la mise en œuvre planifiée d’une grande mission de service public ».

Autre exemple : la bande à Giscard prépare une « mercantilisation » générale « de l’audiovisuel » où, déjà, « les publicitaires commencent à faire la loi » à la télévision « en dénaturant totalement » sa « mission de service public » - mais cette première « privatisation » n’est qu’un zakouski, avant le « très probable développement rapide de télévisions privées » qui « renforceront la standardisation culturelle des programmes », dans un mouvement de « colonisation culturelle qui menace toute l’Europe ».

De sorte que : « On peut malheureusement craindre que tous les secteurs qui se situent dans le cadre du service public soient, peu à peu, investis par les groupes privés constructeurs ou producteurs d’audiovisuel ».

Et tout ça fait gravement flipper les socialistes (sans guillemets, à l’époque) entrés en résistance contre « l’État-Giscard » - mais ce qui vraiment les plonge dans une affliction abyssale, c’est « l’offensive des nantis » contre la Sécurité sociale.

Et de fait : il y a de quoi (très) salement déprimer.

Car « le patronat pèse chaque année plus lourdement dans le sens de l’austérité sociale et de la privatisation », et « le gouvernement suit », dans une course folle où ces « deux complices trouvent constamment une justification » de leurs viles intentions « dans un thème idéologique à grand succès : “le déficit de la Sécurité sociale“ ».

Contre cette éhontée propagande, les socialistes rétablissent la vérité, qui est que s’« il est vrai que la Sécurité sociale “perd“ de l’argent certaines années », c’est « pour des raisons qui ne sont pas celles qu’invoquent généralement les pouvoirs publics »

…Mais bien plutôt, par exemple, parce que les patrons doivent « en permanence huit milliards de francs à la Sécurité sociale en cotisations non-payées ».

Mais le dit-on ?

Que non : « ces pertes de recettes sont généralement passées sous silence » par des « commentateurs » aux ordres qui « préfèrent mettre l’accent sur les dépenses dont la progression trop rapide serait la seule cause du déséquilibre des comptes sociaux du pays » - à l’inique fin de mieux exiger un « freinage des prestations, grâce à une réforme d’ensemble du système débouchant progressivement sur l’assurance individuelle ».

Et bien sûr : le patronat, de son côté, « ne manque pas une occasion d’enfoncer le clou » en psalmodiant qu’« il faut limiter le poids des charges sociales pour assurer la compétitivité des entreprises » - car il souhaite « favoriser le transfert au secteur privé de certains services de la Sécurité sociale », et (surtout) « mettre certains secteurs à la charge des contribuables et non plus des entreprises ».

Pour les socialistes (dont le diagnostic est d’une impressionnante sûreté), ces procédés participent d’une gigantesque « intoxication », où le patronat et ses complices du gouvernement fondent une insupportable « culpabilisation des Français » pour mieux parachever « l’affaiblissement d’un véritable système de protection » sociale.

Mais heureusement : la gauche est là – qui entend bien résister aux menées de la possédance.

Les auteurs de L’Agression promettent : « Sauvegarder et restaurer le service public de l’audiovisuel constituera un des axes primordiaux de l’action des socialistes », si les Françai(se)s leur font la grâce de voter pour eux en 1981.

De même : ils sauveront la poste et le « téléphone public ».

Et la Sécu, bien sûr – « enclave » d’humanité dans la sauvagerie de « la société capitaliste ».

Car en effet : rien n’est si laid, jure Mitterrand, que « le déclin » de l’État, que « l‘abandon de l’intérêt général » - et que la soumission de « secteurs entiers de l’économie » aux diktats du « capitalisme multinational ».

Nous sommes alors, insistons-y, en 1980.

Un an plus tard : les socialistes s’hissent aux affaires.

Et là – sous les hourras d’une éditocratie barbichue qui n’a de cesse que de mettre du « capitalisme dans la gauche » : ils cèdent la télévision à de mafflus groupes privés.

Berlusconi en rit, et Bouygues en fait une gigue.

Après quoi, récitant que « ce qui est bon pour l’entreprise sera nécessairement bénéfique pour la société », ils planifient la privatisation de France Telecom – puis celle, aussi, de La Poste.

(Liste non exhaustive.)

Et bien sûr : ils chantent les beautés de la « réforme » du système français de sécurité sociale – nécessaire, disent-ils, et tellement urgente.

(Vous ne voudriez tout de même pas que nous laissions filer ce « déficit » ?)

Et Laurent Joffrin bat des mains – car ces agressions où le gouvernement suit le patronat lui donnent l’impression de baigner dans la modernité.

Ça fait trente-deux ans que ça dure, et un jour, peut-être : un quelconque ministre « socialiste » des finances trouvera dans un placard de la rue de Solférino un exemplaire jauni du livre où son parti a mis naguère ses menteries.

Mais il est douteux qu’il rougisse, au souvenir de trois décennies de monstrueuses trahisons.

Car les « socialistes », c’est prouvé, ne savent pas ce qu’est la honte.

Notes

[1] Je l’ai acheté hier chez un bouquiniste, pour la modique somme d’1,50 euro - et je sens qu’il va me faire plusieurs longues soirées d’hiver.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:45

arton2693-6a457.jpgPar Nolwenn Weiler (11 octobre 2012)


16 ans après le premier dépôt de plainte, les dizaines de milliers de victimes de l’amiante attendent toujours un procès pénal. Le jugement de ceux qui les ont empoisonnés n’a toujours pas eu lieu. En Italie, deux dirigeants de la société Eternit ont écopé de 16 ans de prison. De ce côté-ci des Alpes, la justice traîne, faute de moyens et de soutiens politiques. Le nouveau gouvernement osera-t-il mettre fin à cette scandaleuse impunité ?

Silence au ministère de la Justice. Interpellée par les associations de défense des victimes de l’amiante sur la tenue d’un procès pénal, Christiane Taubira demeure pour l’instant muette [1]. 16 ans que ce silence judiciaire perdure... 16 ans, c’est le temps qui s’est écoulé depuis le dépôt des premières plaintes contre X pour « empoisonnement et homicide involontaire » par l’Andeva, l’Association nationale des victimes de l’amiante. L’association continue de demander inlassablement la tenue d’un grand procès pénal de l’amiante, à l’image du procès du sang contaminé.

« On parle de 3 000 à 4 000 morts par an. Ce n’est donc pas une mince affaire » , rappelle Roland Hottelard, président de l’association en Loire-Atlantique (Addeva 44). Voir le visage de leurs empoisonneurs, alors que les dangers liés à l’amiante étaient connus et documentés, voilà ce que souhaitent les victimes et leurs familles. Malgré l’attente d’un procès pénal, ils n’en sont pas à leur première bagarre – et victoire – judiciaire.

A Saint-Nazaire, salariés victimes de l’amiante et veuves de travailleurs décédés viennent chaque jour à la maison Henri Pézérat (du nom du toxicologue qui fut l’un des premiers lanceurs d’alerte sur l’amiante dans les années 70). En cette matinée du 24 septembre, c’est la commission « Anxiété » qui se réunit. D’anciens salariés des chantiers de l’Atlantique sont occupés à vérifier le contenu des dossiers qui doivent être déposés d’ici juin. Reconnu en mai 2010 par la Cour de cassation, le préjudice d’anxiété permet aux travailleurs exposés à l’amiante d’obtenir une indemnisation par les Prud’hommes pour l’angoisse causée par le risque de développer une maladie grave due à cette fibre tueuse.« Quand on a travaillé dans l’amiante, on vit avec une épée de Damoclès au dessus de la tête, explique Roland Hottelard. On stresse à chaque bronchite. Ou à chaque fois qu’un ancien collègue décède. »

100 000 travailleurs concernés

Depuis la création de l’Andeva en 1996, le droit est devenu leur arme principale. L’association est forte de 22 000 adhérents dans une soixantaine d’antennes locales. Leur colère est à la mesure de l’ampleur du drame. En France, au moins 35 000 travailleurs sont déjà morts prématurément de l’amiante. 100 000 seraient concernés d’ici à 2025 selon un rapport du Sénat rendu en 2005. Et si le dossier ne fait plus la une des médias, la mobilisation reste très forte. De même que les souffrances endurées par les victimes.

« En Loire-Atlantique, en 1998, nous étions 78 adhérents. Nous sommes aujourd’hui 5 000. Et nous avons réglé plus de 10 000 dossiers », illustre non sans fierté Roland Hottelard. Reconnaissance de maladies professionnelles – fibroses ou cancers –, préretraite amiante, création d’un fonds d’indemnisation spécial (le FIVA), reconnaissance par les tribunaux de la faute inexcusable de l’employeur : le volet civil de la lutte juridique des victimes de l’amiante est très fourni. L’investissement, sans précédent, des militants de l’Andeva dans cette bagarre administrative a permis à des dizaines de milliers de victimes d’être indemnisées.

Faute inexcusable de l’employeur

Ces victoires doivent aussi au soutien de plusieurs cabinets d’avocats. Jean-Paul Teissonnière, Michel Ledoux et Sylvie Topaloff ont ainsi joué un rôle très important, en épluchant le droit français pour y trouver des armes juridiques. Certains magistrats ont de leur côté rendu des décisions historiques. Ainsi Pierre Sargos, président de la chambre sociale de la Cour de cassation, qui rendra en 2002 les arrêts qui permettront la reconnaissance quasi-systématique de la faute inexcusable des employeurs dans les affaires amiante. « Les victoires des uns donnent du courage aux autres, constatent Roland Hottelard et son collègue Alain Viot. Mais aller au tribunal reste une épreuve pour de nombreuses victimes. Et c’est difficile d’attaquer en justice un patron qui fait encore travailler la famille. En plus, il faut être patient. La veuve d’un gars des chantiers de l’Atlantique a dû attendre 16 ans pour que la faute inexcusable de l’employeur de son mari, mort à 43 ans, soit reconnue ! » Pourquoi, malgré ces avancées, le procès pénal tarde tant ?

Connus depuis un siècle, les dangers de l’amiante ont été activement dissimulés en France [2]. Composé d’industriels, de représentants de ministères, de scientifiques, d’organisations syndicales de salariés et d’employeurs, le Comité permanent amiante (CPA) a été constitué en 1982, alors que se multipliaient les informations sur les dangers de l’amiante, et les restrictions – voire interdictions – de son usage ailleurs dans le monde. Censé améliorer la gestion de l’amiante et prévenir les risques pour la santé, le CPA, hébergé dans les locaux d’une société de communication payée par les industriels (!), a exercé un lobbying très efficace pour que dure le plus possible l’usage de la fibre tueuse [3]. Les premières publications scientifiques – et anglo-saxonnes – sur la relation entre amiante et cancer datent des années 1930. Mais la fibre n’est interdite en France qu’en 1997.

Obstruction du Parquet

Traduire en justice les responsables du lobbying pro-amiante inquièterait bien du monde. Et pas seulement les industriels ayant eu recours à l’amiante, de l’entreprise du BTP Eternit à Saint-Gobain en passant par l’équipementier automobile Valeo, les anciens chantiers de l’Atlantique ou la SNCF. Le Comité permanent amiante avait en effet l’oreille du pouvoir. Des décisions en faveur de la poursuite de l’utilisation de la poussière tueuse ont été prises, notamment par les ministères du Travail et de la Santé, alors même que les dangers étaient connus, et soulignés par certains fonctionnaires ! « La mise en cause de l’État dans une affaire de santé publique est l’une des raisons pour lesquelles l’instruction patine », indique Odile Barral, du Syndicat de la magistrature.

Le Parquet, chargé de poursuivre les infractions à la loi pénale au nom de l’intérêt général… fait tout pour qu’il n’y ait pas de procès. Suivant les instructions du ministre de la Justice, auquel il est inféodé. L’Andeva s’est même entendu dire à plusieurs reprises par certains de ses membres : « Mais pourquoi voulez-vous un procès pénal, puisque vous avez obtenu des indemnisations ? Pour de nombreuses personnes, ce ne sont pas des délinquants. Ils n’ont ni volé, ni violé...  », raconte François Desriaux, vice-président de l’Andeva.

Martine Aubry mise en examen ?

Le volet pénal a malgré tout marqué quelques points. Une petite dizaine de personnes, dont d’anciens membres du CPA ont été mises en examen par Marie-Odile Bertella-Geofroy, magistrate en charge du dossier amiante au pôle de santé publique de Paris. Un temps dessaisie d’une partie du dossier, elle se rapproche peu à peu du cercle des politiques, comme le montre l’annonce de la probable mise en examen de Martine Aubry, directrice des relations du travail de 1984 à 1987 au ministère du Travail (occupé par Michel Delebarre, maire de Dunkerque et sénateur du Nord, puis Philippe Séguin, décédé en 2010).

« Les premiers responsables sont les industriels et les scientifiques qui ont participé au Comité permanent amiante, insiste François Desriaux. Mais toutes les personnes qui ont participé de près ou de loin à ce scandale doivent être entendues par la justice, qui fera ensuite son travail. » Fonctionnaires des ministères, mais aussi médecins ou inspecteurs du travail pourraient être convoqués par la Justice si l’enquête se poursuit. Pour cela, Marie-Odile Bertella-Geffroy aurait besoin de moyens supplémentaires. Elle affirme que si elle disposait de davantage de magistrats et d’enquêteurs, elle pourrait avoir bouclé l’enquête d’ici un an. « Mais le voudra-t-on ? » , interrogeait-elle le 4 juillet dernier dans les colonnes du Parisien. Pour Odile Barral, du Syndicat de la magistrature, il faudrait aussi que l’institution judiciaire sorte de la culture du chiffre : « L’amiante, c’est un seul dossier. Cela pèse moins que de poursuivre quantité de petits délinquants. »

Un code pénal inadapté

Dernier verrou à faire sauter pour que les responsables de catastrophes sanitaires puissent répondre de leurs actes devant la Justice : la définition pénale des délits non intentionnels. Encadré par la loi Fauchon de 2000, l’homicide involontaire est selon divers responsables d’associations et juristes, totalement inadapté pour des affaires comme l’amiante. « Ce délit ne fait pas de différences entre la ménagère qui tue quelqu’un en faisant tomber par mégarde un pot de fleurs, et un industriel responsable de la mort de milliers de personnes », explique François Desriaux. « Nous avons des industriels qui s’organisent pour cacher les dangers d’un matériau. Il y a tricherie, tromperie. Mais le but du jeu, ce n’est pas de tuer. Simplement de faire un maximum d’argent. » Pour le code pénal, ce ne sont pas des délinquants.

La notion d’homicide involontaire ne permet pas non plus de prendre en compte le caractère collectif de la catastrophe. Avocats et magistrats sont obligés de traiter ce phénomène social sous l’angle individuel, en décalage complet avec la réalité. En Italie, où deux anciens dirigeants d’Eternit, fabriquant d’amiante, ont été condamnés à 16 ans de prison, il existe une incrimination de « désastre environnemental », qui restitue aux faits leur caractère collectif. 6 000 parties civiles étaient réunies !

Les milliers de victimes de l’amiante se feront à nouveau entendre ce samedi 13 octobre dans les rues de Paris, où aura lieu la grande manifestation annuelle de demande de procès pénal. « 16 ans, ça suffit ! tempête Roland Hottelard. Si on ne donne pas tout de suite les moyens à la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, c’est qu’il n’y a pas de justice en France pour les petits que nous sommes. »

Nolwenn Weiler

Photo : © Ivan du Roy/Basta !

Notes

[1] Son ministère n’a pas non plus donné suite aux différentes sollicitations de Basta !.

[2] Le premier inspecteur du travail à évoquer les dangers de l’or blanc l’a fait en 1906. Soit 90 ans avant son interdiction officielle !

[3] Lire à ce sujet Derniers recours, Le monde du travail devant les tribunaux, Françoise Champeaux, Sandrine Foulon, Seuil.

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 18:25

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http://histoireetsociete.wordpress.com/

 

 

 

On peut de plus en plus s’interroger : en quoi cette affaire de Gennevilliers concerne les musulmans français ou immigrés? La simple  logique des faits tend à démontrer qu’ ils sont instrumentalisés pour des jeux politiciens sordides et que la manière dont on tente de monter une “affaire” se fait à leurs dépends.

Résumons  “l’affaire”. la mairie de Gennevilliers a été confrontée en 2009, à un accident  où une animatrice qui jeunait a eu un moment d’évanouissement cela s’est traduit par un leger handicap pour un passager. Depuis la maîrie fait signer un contrat à ses animateurs de colonie de vacances en exigeant qu’ils s’alimentant normalement durant la durée du temps où ils s’occuperont d’enfants et d’adolescents. Donc dans le cadre légal, le contrat signé prévoyait une clause que ces salariés ont refusé de respecter.

Le directeur de la colonie de vacances; musulman lui-même mais ne jeunant pas, avait engagé 5 monos musulmans qui avaient signé le contrat. La fille a accepté d’en respecter les termes mais les 4 garçons ont refusé. La mairie les a donc suspendu pour la sécurité des enfants tout en leur assurant le paiement intégral de leur salaire.Nous avons donc une mairie qui non seulement ne pratique pas la discrimination dans l’embauche du directeur aux monos mais considère que malgré la rupture du contrat signé elle assure un salaire à ceux qui exigent de remplir une pratique religieuse.  Voilà donc “l’affaire” qui donne lieu à une campagne sur le “racisme” de la mairie…

Non seulement Coppé intervient dans ce sens mais le député maire socialiste du coin en fait autant. Il  lorgne une des dernières municipalités communistes de la Seine saint Denis et prétend poursuivre l’irrisistible ascension du PS dans ce qui fut jadis la ceinture rouge avec le communisme municipal.

Et pour arranger le tout Melenchon qui est bien décidé à reprendre la main et la direction du Front de gauche contre les communistes, un peu gêné par ses alliances avec Balme et les Rouge-brun s’agite et envoie des troupes à l’assaut du pseudo-racisme du maire communiste. En effet il est un peu tôt pour les élections municipales mais pas trop tôt pour les jeux d’appareil à l’intérieur du Front de gauche.

Cela nous vaut des soutiens de melenchon qui ont déjà mené bataille avec lui, avec le succès que l’on sait- à henin Baumont en train de se conduire comme des salafistes qui réclameraient la burqa pour les animateurs de colonie de vacances. L’exemple de ce genre de combat tel qu’il a été mené à Henin Baumont témoigne  à qui profite ce pseudo-anti-racisme, d’abord le PS qui face aux outrances communautaristes apparaît comme le meilleur rempart contre le Front National ensuite le Front National lui-même pour qui ce genre d’affaire est du pain bêni, il peut ainsi dénoncer ceux qui mettent en danger la vie des enfants par obscurantisme religieux.Une fois de plus l’Islam réduit à ses outrances peut être manipulé comme le bouc émissaire à défaut de débats portant sur les questions de fond y compris pour les ‘musulmans” eux-mêmes plus que tout autres touchés par le chômage, la misère, les attaques contre le service public.

Et qui en fait les frais, outre le PCF qui l’a bien mérité en se donnant à de pareils individus, des démagogues sans principe, les véritables victimes sont une fois de plus les musulmans eux-mêmes qui ont beau avoir un islam infiniment plus tolérant, voir pour eux réclamer des droits à la laïcité sont pris dans ce combat politicien comme masse de manoeuvre de questions qui ne les concernent pas. En effet comme le soulignait un témoignage ici même, en Algérie il n’y a pas de colonie durant le ramadam puisque tout le monde le fait et que l’on ne peut pas dans la situation de faiblesse ou met le jeune et surtout ne pas boire de toute la journée dans la canicule risquer la vie des enfants. On peut être ou non d’accord mais l’Algérie est un pays musulman et elle fait ce choix pour la sécurité des enfants.  les enfants de la colonie de gennevilliers sont probablement de famille musulmane en majorité et on peut être assuré que les parents ne voudraient pas d’animateurs qui font le jeune.

En outre pour la plaupart des musulmans qui ne sont pas des salafistes ou des islamistes fanatiques le Coran n’exige pas le ramadam dans tous les cas, quand la situation l’exige les musulmans peuvent ne pas jeuner et on le voit avec les jeux olympiques. Ce qui est prévu pour les jeux olympiques l’est encore plus quand il s’agit de la sécurité d’enfant.

Bref on ne voit pas pourquoi ces gens s’excitent et veulent absolument lancer une campagne contre le maire de Gennevilliers si ce n’est que la question musulmane sert une fois de plus de leurre politicien pour régler des problèmes politiciens.

C’est une vieille habitude, souvenez-vous chaque fois que les enseignants lançaient une grève ou une action le parti socialiste étant au gouvernement aussitôt l’ambassade du Maroc envoyait dans une école dirigé par un membre du PS des écolières voilées… Et alors plus personne ne pensait aux revendications la France se divisait autour d’un morceau de chiffon.

Il semble qu’avec le sieur Melenchon nous ayons hérité de ce genre de moeurs… Tandis que d’autres forces en embuscade attendent amusées de recueillir les bénéfices de cette guerre picrocholine au sein du Front de gauche…

Danielle Bleitrach

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:40

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http://survie.org/billets-d-afrique/2012/216-septembre-2012/article/deux-ministres-en-tournee

 

Afin de consulter les gouvernants de la sous-région à propos de la crise malienne, dans laquelle la France s’est auto-attribué le rôle de « facilitatrice » sans qu’on sache à quel titre, les ministres Laurent Fabius et Pascal Canfin se sont offert une virée bien françafricaine. Au prétexte de lutter contre les « terroristes » du Nord Mali, ils se sont rendus du 26 au 28 juillet chez certains des pires criminels du continent, eux-mêmes « terroristes » à l’encontre de leur propre population. Les déclarations officielles de Fabius ont fini d’enterrer les espoirs de remise en cause du soutien aux despotes et de la coopération française, notamment sur le plan militaire et policier, avec les régimes dictatoriaux.

Dans le prolongement de la très critiquée réception à l’Elysée du dictateur gabonais Ali Bongo le 5 juillet et de celle de l’infréquentable Alassane Ouattara le 26 juillet, le chef de la diplomatie française et le ministre délégué au développement n’ont pas hésité à se rendre au Burkina Faso et au Tchad, à l’occasion d’une tournée ouest-africaine qui les a aussi amenés au Niger et au Sénégal.

Burkina Faso : aucun problème !

Á Ouagadougou, nos deux ministres et le député socialiste François Loncle, président du groupe d’amitié parlementaire France-Burkina Faso, ont ainsi rencontré successivement le ministre burkinabè des Affaires Etrangères, Djibrill Bassolé, et son dictateur de patron Blaise Compaoré. A l’issue du premier entretien, Fabius a fait une déclaration cent fois entendue : « Sur les relations bilatérales, les choses vont très bien. La France et le Burkina Faso sont amis de longue date. Les relations entre nos gouvernants sont excellentes. La coopération va se poursuivre, s’amplifier si c’est possible. Nous n’allons pas inventer des problèmes là où ils n’existent pas. Il s’agit d’une véritable coopération de long terme, fluide, et nous avons l’intention, bien sûr, de la poursuivre ». Bien sûr. Car peu importe, après tout, que le pays soit dirigé par un despote resté au pouvoir plus longtemps que le tunisien Ben Ali ; qu’il ait fait éliminer Thomas Sankara pour prendre la tête du pays en 1987 ; que pour le journaliste Norbert Zongo, l’étudiant Dabo Boukary, et tous les autres martyrs de son règne, les familles attendent toujours que justice leur soit rendue ; et que son rôle soit même régulièrement évoqué, y compris lors du procès de Charles Taylor au Tribunal Spécial pour le Sierra Leone, dans les guerres qui ont dévasté ce pays et le Libéria à la fin des années 90. Peu importe tout cela pour ces ministres et ce député puisque Blaise les a ensuite « très aimablement reçus », selon Fabius qui n’a ensuite rien trouvé de mieux à exprimer que sa « certitude que l’amitié entre la France et le Burkina est entre de bonnes mains ». On attend la réaction du socialiste Pouria Amirshahi, député des français de l’étranger sur cette circonscription et secrétaire national du PS à la coopération, à la francophonie et aux droits de l’homme. Ce dernier avait en effet fait savoir sa désapprobation sur la rencontre Hollande-Bongo, début juillet. Surtout, il avait pris soin, lors d’un déplacement au Burkina fin avril, de ne pas rencontrer les autorités en déclarant même en conférence de presse que les burkinabè attendent « l’alternance, après 25 ans de présidence Compaoré ». Visiblement, ça n’est plus la ligne officielle du PS...

« L’expérience » de Déby : comme terroriste ?

Mais le pire restait à venir. Á N’Djamena, le patron du Quai d’Orsay a en effet fini de dissiper les espoirs des démocrates tchadiens qui attendaient une remise en cause du soutien historique dont bénéficie Idriss Déby. À la question d’un journaliste, lui demandant « avec l’arrivée des socialistes au pouvoir, quelle sera la coopération entre le Tchad et la France ? », sa réponse est limpide : « Il y a un changement de président de la République, un changement de gouvernement, mais les relations d’amitiés demeurent. Le Tchad et la France, depuis très longtemps, ont des relations d’amitié, de partenariat. (...) J’ai ainsi trouvé dans le président Déby, que j’ai déjà rencontré il y a quelques années, un interlocuteur extrêmement ouvert à ce partenariat dont je me réjouis ». Le changement dans la continuité ! Fabius, impavide, a proclamé à cette occasion que ses collègues et lui étaient les « amis de la démocratie » et bien sûr « les amis de l’Afrique ». Sans doute autant de bonnes raisons de légitimer Idriss Déby, dont la place serait pourtant aux côtés de son prédécesseur et ancien patron Hissène Habré, accusé de génocide et réfugié au Sénégal en attente d’être traduit en justice. Fabius, qui était venu chercher un soutien de plus à la position de la France (de « facilitatrice », bien sûr) dans la lutte contre les « terroristes » d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et leurs alliés, ne croit pas si bien dire en déclarant : « Le président Déby est connu pour l’expérience qu’il a sur toute une série de problèmes qui concernent la région ». Il est vrai que son CV est éloquent : sa responsabilité dans les massacres au Sud du pays dans les années 90 et la répression brutale de son régime font de lui un chef d’État terroriste, au sens qu’il terrorise sa propre population depuis déjà 21 ans, c’est-à-dire depuis son installation à la tête du pays grâce aux services secrets français. Il ne doit cette longévité au pouvoir qu’aux interventions de l’armée française et à la coopération militaire, dont on serait en droit d’attendre la suspension de la part d’un gouvernement progressiste. Mais Fabius, qui dit ne pas avoir évoqué avec Déby le sujet du millier de soldats français positionnés en permanence dans le pays, a cependant affirmé son « sentiment que la coopération entre le Tchad et la France va évidemment se poursuivre, se développer ». On ignore si le ministre EELV Pascal Canfin a participé ou non à cet entretien-là, mais il était bien présent au Tchad. Celui qui avait eu le culot d’affirmer dans une interview quelques jours plus tôt que son gouvernement avait « normalisé les relations entre la France et l’Afrique » confirme donc tacitement qu’il est « normal » que des ministres français se rendent chez l’un des dictateurs les plus brutaux du continent.

Fabius ne commet pas d’erreur

C’est finalement lors de l’étape sénégalaise de nos ministres qu’on peut trouver, dans les propos de Fabius, une prudente circonspection. Le patron du Quai d’Orsay, venant visiter le mouvement « Y en a marre », a en effet averti que « il faut aussi une vigilance parce que, même si un gouvernement est plus progressiste qu’un autre, il peut quand même commettre des erreurs  ». Mais il parlait alors du gouvernement de Macky Sall, et ne pensait évidemment pas à lui-même :« j’ai été ministre et Premier ministre très jeune et l’expérience cela a l’avantage d’aider à éviter les erreurs à ne pas commettre. Et la faute principale à commettre, c’est de rester enfermé dans les palais officiels et de se couper de la population ». C’est facile, à Dakar, de ne pas se limiter au « Sénégal officiel », comme il dit. En revanche, au Burkina Faso et au Tchad, on peut se contenter de rencontrer des gouvernants qui ne subsistent que par la répression de la population, et même réaffirmer les liens amicaux avec la dictature. Car en France les gouvernements passent, et « les relations d’amitiés demeurent » : Fabius le dit et le prouve.

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:32

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http://www.bakchich.info/medias/2012/08/01/laurent-joffrin-contre-laurent-joffrin-61570

 

 

En trente ans d'office éditocratique, le patron du Nouvel Obs a beaucoup prêché, au méchant risque de s'emmêler dans ses psalmodies sur le marché. Mais après tout ce n'est pas le journaliste qui tourne c'est le pouvoir.

 

 

Dans un « éditorial de Laurent Joffrin », Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur, revient sur la tuerie so yankee « qui a endeuillé » le 20 juillet « la petite ville d’Aurora, dans le Colorado » (United States of America).

Il voit dans ce carnage une manifestation « d’une idéologie typiquement américaine », ancrée notamment dans la libre circulation des armes, où chacun se méfie de « l’État central » et « veut pouvoir se défendre seul », et dans laquelle « l’intérêt de l’individu » l’emporte donc « sur celui de la collectivité ».

Pour le big boss du Nouvel Obs, nous devons, d’urgence, « méditer sur » cette inquiétante doxa de « l’individu roi ». Et elle doit d’autant plus nous faire réfléchir, que « les mêmes arguments sont utilisés aux Etats-Unis, et maintenant en Europe, pour récuser » aussi « toute régulation financière, pour détruire ou étouffer l’État-providence », et pour « faire reculer l’intervention publique » - et ça ? « Cette philosophie qu’une partie des élites voudrait imposer en Europe » ? 

C’est terriblement dangereux, explique Laurent Joffrin, car « cette allergie aux règles communes » provoque des « désordres », des « inégalités », de la « dureté sociale », de la « violence », une « prolifération des pouvoirs de fait », et un « rétablissement de la loi du plus fort » - et plus, si affinités. 

 

Ce constat de Laurent Joffrin est parfaitement exact. Il est, même, frappé au coin d’un réalisme qui honore le taulier de L’Obs.

Mais il y manque la précision, importante, que Laurent Joffrin lui-même est l’un – non le seul, mais non le moindre - des propagandistes de l’individualisme réifié qui selon lui nous précipitent collectivement vers un modèle de société inégalitaire et violent.

 

30 ans de glorification du marché

 

Depuis bientôt trente longues années, il s’est en effet illustré par la régularité de ses crânes contributions à cet endoctrinement - principalement fondées sur la fustigation de l’État et sur l’exaltation des vertus émancipatrices de l’individualisme, et tout à fait caractéristiques, par conséquent, de l’égarement d’une (considérable) partie des élites occidentales qu’il dénonce à si bon droit dans son éditorial.

 

Dès 1984, il lance ainsi, dans un supplément reaganolâtre du quotidien Libération intégralement dédié à une délirante célébration de « la crise » (et à l’accusation publique des « citoyens assistés » intoxiqués aux provendes de « la Sécurité sociale », des « allocations familiales », de l’«assurance chômage » et de l’«assurance retraite »), un appel à la prompte « réhabilitation de l’initiative et de l’individu ».

Il est plus que temps, exige alors Laurent Joffrin, que l’État, disqualifié, « cède » enfin « la scène aux vrais acteurs » de « la grande mutation », formidablement stimulante, que certains attardés mentaux, « par commodité », continuent sottement d’appeler « la crise ».

 

 

 

Pour dessiller ces tristes crétins, il proclame : « Comme ces vieilles forteresses reléguées dans un rôle secondaire par l’évolution de l’art militaire, la masse grisâtre de l’État français ressemble de plus en plus à un château fort inutile ». Puis il énonce que la France, pour se libérer complètement  des chaînes de l’étatisme soviétoïde où l’avaient enfermée dans les décennies précédentes MM. Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing – bien connus communistes –, va devoir se rendre à l’évidence que « la vie sourd de la crise, par l’entreprise » et « par l’initiative » individuelle.

 

Le marché est de gauche, si si

 

Quelques années plus tard, Laurent Joffrin se félicite d’avoir si fort « inject(é) du libéralisme » dans Libération : « On a été les instruments de la victoire du capitalisme dans la gauche », avoue-t-il. Et c’est admirable, car : « Le capitalisme est l’avenir de la gauche ». (Et d’ailleurs : « Le marché est de gauche » - avis aux amateurs.)

 

Après cela, il semble traverser – dans le début des années 2000 - une période de relative incertitude, où il paraît même douter parfois du bien-fondé de ses propres prêches : il lui arrive, alors, de constater (en 2001), pour le déplorer, que « sous la poussée du capitalisme nouveau, le pouvoir s’est privatisé ». Puis, totalement désorienté, il finit par considérer (en 2006), après l’avoir exhortée pendant 22 ans à se soumettre pour de bon aux dures mais justes lois du marché, que « la gauche » a trop largement succombé au chant des sirènes du marché – et qu’elle a dès lors « été incapable de réduire le chômage, de vaincre l’exclusion, d’assurer l’égalité des chances ».

 

Les éditocrates osent tout

 

 

Mais très vite, Laurent Joffrin se ressaisit, et, reprenant au refrain sa mélopée préférée, se remet à psalmodier (en 2007) qu’il n’en peut décidément plus (cela fait alors un quart de siècle qu’il le répète) de « la vieille gauche étatiste, dépensière, idéaliste », et que : « Oui, il y a des vertus dans le risque, dans l’entreprise. (…) Oui, il y a des vertus dans la concurrence. (…) Oui, il y a des vertus dans la reconnaissance du mérite et de la compétitivité pour fixer les rémunérations et les promotions ».

Moyennant quoi, très logiquement : son credo, fondé sur un quart de siècle de rumination des mêmes odes à la compétitivité concurrentielle (libre et non faussée), l’amène, quand PSA annonce en juillet 2012 le licenciement de 8.000 salariés, à reprendre, en canon, les « arguments » de la direction du groupe automobile.

 

Après quoi, donc, il rédige une vive fustigation des « élites », pour observer, très justement, que, sédimentées dans l’exaltation de l’individu roi et totalement allergique aux règles communes, elle préparent un monde d’«inégalités » et   de « violence » - et cette oscillation, dans laquelle entrent peut-être quelques mesures de tartuferie, peut assurément surprendre, mais elle s’explique, très simplement, par l’évidence que les éditocrates osent tout : c’est même à ça qu’on les reconnaît.

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:58

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Vous pouvez signer la pétition ci-dessous.

http://cgt-psa-aulnay.fr/petition/non-la-casse-de-lusine-de-psa-aulnay

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:45

7528242764_c0fe299bba.jpgLes grandes guerres impérialistes avaient débité de la gueule cassée à la tonne, la grande guerre du capitalisme dégueule ses corps brisés sans même s'en soucier.

Elle s'extrait de la voiture à grand-peine, à la fois raide et voûtée, et avance vers moi en traînant la patte. Je la sens engoncée dans son corset de douleur et cela fait déjà deux mois que ça dure. Ça doit lui faire mal à gueuler, sinon, elle aurait à cœur de faire comme si de rien n'était. C'est que c'est une dure à cuire, la Jeannette, assez rugueuse et pourtant immensément généreuse quand elle décide enfin d'accorder sa confiance.
C'est sa force de travail qui a forcé mon admiration au départ. Été comme hiver, il faut vraiment un temps de chacal pour l'empêcher d'aller trimer aux vignes. C'est physique les vignes, mais bizarrement, par ici, c'est de plus en plus un boulot de femmes. Donc elle se fait cramer la couenne ou geler les orteils par tous les temps. Et vas-y que je te rabats les flèches, et que je te tire les sarments et que je te taille les grappes ! Déjà l'année dernière, elle avait été arrêtée, puis opérée. Le canal carpien. Ou plutôt on devrait dire les canaux carpiens, mais ça sonne moche. C'est qu'en plus des vignes, il y a les canards. Toujours besoin de bras, les canards. Et ça tombe bien, c'est la nuit. La nuit, elle cueille les palmipèdes dans leur sommeil pour les transferts à l'abattoir. Avant l'aube, c'est pour le gavage. Hop, elle choppe le bestiau, le colle sous son coude, bien serré, paf, elle le gave et elle passe au suivant. C'est bien parce que ça lui permet d'être à la maison pour réveiller les gosses et les emmener à l'école. Cela dit, à force de tirer sur les bras, ça a tendance à coincer. Luxation à l'épaule. Tendinites à répétition aux coudes. Plus les canaux carpiens. Je m'en souviens bien de cette période, elle ne pouvait même plus s'habiller seule. Pour pisser, il lui avait fallu se tortiller pendant des plombes pour réussir à virer la culotte.

Quand le coup des canaux carpiens a passé, je me suis dit qu'elle allait enfin aller mieux. Mais ça n'a pas duré. Là, c'est le dos qui l'a lâchée. Faut dire que lui aussi, il prend cher, et depuis longtemps. Parce qu'en plus de la vigne le jour et les canards la nuit, elle se fait des extra le WE. Je crois qu'elle fait le service au circuit automobile. Pour compléter. Elles sont pas mal à compléter, par ici. Forcément, ça force le respect, tout ça. Ça lui fait aussi des journées bien remplies. En tout cas plus que son porte-feuille. Je me demande si elle continue les ménages. Une heure par ci, une autre par là.
Elle ne se plaint pas. Elle a son caractère. Sa fierté. Un jour, je lui ai dit qu'elle m'épatait. Mais je crois qu'elle a pensé que je me payais sa fiole.
L'autre jour, j'ai croisé son ex. On a parlé de son dos, de ses douleurs à répétition, du fait qu'elle ne peut plus arquer. Que je crois sincèrement que c'est quelqu'un de solide qui est juste en train de se tuer à la tâche. Que son corps la lâche, irrémédiablement. Qu'il lui faudrait un autre boulot, d'urgence.

  • Mais qu'est-ce que tu veux ? Par ici, sans avoir bossé assez à l'école, y a pas vraiment le choix.

Alors ça traîne. On lui a filé des antidouleurs, un peu de kiné. Rien n'y fait : elle se traîne comme une petite vieille et ça la rend furieuse. Je comprends. Moi aussi, ça me rendrait furieuse.
Ah oui, j'oubliais : elle est plus jeune que moi.

  • Vous direz ce que vous voudrez, c'est une hernie discale, j'en suis sûre !

Elle sait de quoi elle parle, Isabelle. Quelques années de caisse, avec la nouvelle flexibilité. Officiellement, elle est caissière. En vrai, elle fait tout : réception des camions, conduire le transpalette, décharger les cartons, la mise en rayon, nettoyer le magasin, trier et virer les invendus. Et la caisse aussi. 3000 articles de l'heure. Plus l'encaissement et tout. Faites vos comptes : si elle était payée à la tonne déplacée, elle serait millionnaire. En euros. Au lieu de cela, un beau matin, elle n'a pas pu sortir de son lit. Coincée. À mort. Un peu comme Jeannette. Un mal de chien que rien ne calme.

  • Tu étais en accident de travail au moins ?
  • Tu parles, le médecin du travail a dit que ça n'avait rien à voir avec le boulot.

Donc tarif sécu, perte de salaire et corps médical en mode placebo. Au bout du compte, elle en a eu ras le cul d'être handicapée et elle a fait le forcing jusqu'à un service hospitalier de métropole régionale. IRM et paf, le verdict : hernie discale. Depuis l'opération, elle est soulagée et elle a repris le boulot normalement. Elle laisse les packs de flotte et de lait au fond du caddie. Elle tente de s'économiser. Mais là aussi, c'est un boulot exigeant pour l'organisme, traumatisant pour les articulations. Elle fait gaffe.
Elle aussi, elle est plus jeune que moi.

J'en connais plein des comme ça. Le menuisier qui s'est fait aplatir l'index dans le tour et qu'on n'a pas jugé utile d'envoyer en clinique de la main. Ou ce maçon, à peine plus vieux que moi qui a perdu une partie de la flexibilité de ses doigts et à qui on a répondu qu'il allait devoir faire avec. Et ces dos, tous ces dos ! Ils disent que c'est la maladie du siècle. Je réponds que c'est le symptôme du productivisme, de l'indifférence de la machine envers ceux qu'elle utilise chaque jour, qu'elle broie et qu'elle jette quand elle ne peut plus rien en tirer. Sans compter tous les autres, comme le technicien offset qui a sniffé des solvants toute sa vie, mais qui claquera un peu après son pot de retraite, d'un cancer du sang ou des voies respiratoires. Ou tous ces agriculteurs à qui ont n'a pas toujours dit qu'il fallait s'habiller comme un astronaute pour manipuler leurs putains de produits. Qui ne s'étonnent même pas qu'il faille une combinaison intégrale pour traiter ce que l'on doit manger plus tard. Qui, quand on leur parle toxicité des phytosanitaires, lèvent les yeux au ciel et te répondent que ce n'est pas si cher payé pour avoir le privilège de nourrir sa famille.

 

http://blog.monolecte.fr/post/2012/07/08/Les-risques-du-metier

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Published by valenton rouge - dans France
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