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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 12:10

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Soyons solidaires,
allons les voir sur leur piquet de grève tenu 24h/24h, envoyons leur un message de soutien ! Et à tous Rendez vous avec eux et les infirmiers infirmières demain à 14h devant la DDASS de Moselle ! Nous rejoindrons ensuite le rassemblement interpro à 15 h place d'Armes.
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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 18:26
Scandaleuse, la volonté d’imposer les indemnités d’accidents du travail pénalise les victimes pour protéger les grandes fortunes. François Fillon dans le JDD n’écarte toujours pas la mesure.
C’est injuste, disent deux Français sur trois, interrogés dans notre sondage.
L’éditorial de l’Humanité.

Par Patrick Apel-Muller

Le jugement est sans appel. Les deux tiers des Français jugent injustifiée, selon notre sondage, l’imposition des indemnités d’accidents du travail. Ils ont été interrogés après que Nicolas Sarkozy en eut fait l’article à la télévision. Il n’a pas convaincu parce que la mesure est injuste et même, notait Bernard Thibault pour la CGT, « dans l’indécence la plus totale ». Ce sont en effet des salariés déjà brisés par le travail, par les conditions auxquelles l’entreprise les a soumis, qui ont vu leurs revenus chuter de 40 % durant les 28 premiers jours puis de 20 % ensuite (auxquels il faut ajouter les primes perdues et les heures supplémentaires envolées), qui vont subir l’attachement si particulier que le président de la République porte aux ouvriers et à la justice. Ce ne sont pas en effet dans le cercle de ses amis fortunés qu’on risque la chute sur un chantier, les doigts sectionnés par les machines, l’acier qui brûle et mord les chairs… Quand parfois un banquier tombe, un parachute doré l’accompagne pour amortir le choc ! Quand on fait trop le grand, on paraît bien petit. Le chef de l’État devrait méditer cet adage.

Pourquoi ne pas imposer les indemnités de licenciement ou les dommages et intérêts obtenus en justice tant qu’on y est ? Scandaleuse, cette disposition ne rétablira pas les comptes sociaux. Tout juste rapportera-t-elle 150 millions d’euros, alors que la taxation des stock-options au même niveau que les revenus du travail rapporterait 3,2 milliards et que celle des parachutes dorés en tous genres ajouterait 3 milliards supplémentaires. Mais la droite préfère maltraiter les salariés blessés plutôt que les membres bien installés des conseils d’administration de multinationales. Ces derniers sont déjà les bénéficiaires. Les revenus financiers sont d’ailleurs soigneusement épargnés et les spéculations en tous genres ne contribuent en rien à la santé du pays, auquel le pouvoir impose d’en éponger les pertes.

Toutes les dispositions envisagées par le gouvernement portent la même marque de fabrique. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui sera présenté jeudi prévoit ainsi la hausse du forfait hospitalier, la baisse du taux de remboursement de certains médicaments de 35 % à 15 %, la réduction de la durée de prise en charge à 100 % pour les affections graves, la suspicion généralisée à l’égard des arrêts maladie, la diminution du nombre des transports sanitaires… Roseline Bachelot porte peut-être des crocs roses mais c’est pour faire broyer du noir aux malades.

Quand le gouvernement ne prévoit pas explicitement ces mesures de régression, il compte sur la « coproduction parlementaire » chère à Jean-François Copé pour saler l’addition. Le pouvoir juge que les mois prochains sont propices pour imposer de nouvelles mesures inégalitaires et faire payer à la population la facture de la crise économique provoquée par les multinationales. L’opposition politique leur semble faible. mais le pari est risqué. L’enquête réalisée à la demande de la FSU, et dont l’Humanité publie lundi les résultats, montre que les salariés restent disposés à s’engager dans des mouvements sociaux. Si le Parti socialiste reste englué dans ses difficultés et paralysé par le mirage Modem, un travail s’engage du côté du Front de gauche pour dessiner les axes d’une politique différente. La gauche d’ailleurs se retrouve dans son éventail pour combattre des projets gouvernementaux. La partie n’est pas jouée…
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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 18:08

Contre toute attente, le Premier ministre orchestre la vente des entreprises publiques. La méthode est efficace. Les solutions, parfois critiquables

Ce gouvernement n'entend pas mener une politique de privatisations. Il conduit une politique industrielle», jugeait bon de rappeler Lionel Jospin, l'autre dimanche, en clôturant à La Rochelle l'université d'été du Parti socialiste. Le 19 juin 1997, lors de son discours de politique générale au Parlement, le Premier ministre préférait déjà parler d' «adaptations» plutôt que de «privatisations». Près de quinze mois plus tard, Matignon évite toujours soigneusement d'emprunter les mots qui fâchent la majorité plurielle. A tel point même que la «Commission de privatisation» a été rebaptisée «Commission d'évaluation des participations et des transferts». De l'art de la sémantique... Car ce gouvernement apparaît comme l'un des plus zélés pour orchestrer le passage au privé de nos groupes nationaux.

Sceptiques? Il suffit de jeter un oeil sur le bilan. Le CIC a été racheté par le Crédit mutuel. Le GAN? Cédé à Groupama. Les AGF? Tombées dans le giron de l'allemand Allianz. L'équipe au pouvoir a aussi ouvert le capital de mastodontes - des vaches sacrées! - comme France Télécom, Aerospatiale, Thomson-CSF et son cousin Thomson Multimédia. Dans la foulée, l'Etat s'est débarrassé de ses reliquats dans Usinor, Elf Aquitaine, Pechiney et Total. Et ce n'est pas fini! D'autres opérations sont annoncées d'ici à la fin de l'année et au début de 1999: le délestage de la Caisse nationale de prévoyance (CNP) et de la Société marseillaise de crédit, l'ouverture du capital d'Air France et la poursuite de celle de France Télécom. Et puis encore deux plats de résistance: la cession, pour le moins mouvementée, du Crédit foncier de France (CFF) et le lancement de la première étape de privatisation du Crédit lyonnais.

Quel parcours, et quel aggiornamento, pour un Premier ministre guère convaincu - hier - de réduire l'influence de l'Etat dans les entreprises! Et qui a dû se forger, dans l'action, une doctrine subtile prônant la défense des services publics - élément de cohésion sociale et de volontarisme - mais dérogeant à la règle chaque fois que l'intérêt - européen par exemple - l'exige. Si cette «théorie» ne résiste pas à l'analyse, elle paraît au moins d'une efficacité redoutable en politique.

Tous les observateurs le reconnaissent: là où son prédécesseur, Alain Juppé, alignait les échecs, Jospin accumule les succès. Il démine la situation au CIC alors que l'ancienne équipe avait dû faire machine arrière, en novembre 1996, devant la fronde des salariés et des élus locaux. Il désamorce la crise du Crédit lyonnais avec Bruxelles. Il débloque le dossier de la CNP (dont la mise sur le marché est prévue depuis 1992!) malgré l'hostilité des syndicats... Pour ne citer que ces trois exemples. Au-delà, il touche à l'intouchable. En ouvrant l'industrie de la défense (Aerospatiale, Thomson-CSF) aux intérêts privés. En préparant, après les télécoms, l'ouverture à la concurrence du gaz et de l'électricité. Les communistes et... les gaullistes restent bouche bée. Désormais, le retrait de l'Etat dépasse les nationalisations décidées par la gauche en 1982. Le Lyonnais et le Crédit foncier, par exemple, sont devenus publics en décembre 1945 et mai 1946.

L'ampleur des «chantiers Jospin» doit pourtant être relativisée. Primo: si la méthode a permis de dénouer des situations jugées inextricables, le choix des repreneurs n'est pas exempt de critiques. Le rachat des AGF par l'assureur allemand Allianz - à qui on a donné beaucoup de clefs de l'économie française (ne serait-ce qu'à travers les participations détenues par les AGF) - semble ainsi très discutable à nombre d'experts, qui y voient un véritable cheval de Troie du capitalisme allemand. Dans le domaine financier, toujours, les solutions retenues - cessions à des groupes mutualistes, au profit donc du secteur de l'économie sociale - sont pour le moins conservatrices. Faute d'accords ambitieux, ces opérations n'ont pas permis, jusqu'à présent, l'émergence de nouveaux champions nationaux. Secundo: Lionel Jospin est bien obligé de s'aligner sur la pratique des grands pays occidentaux. Partout, on privatise sous la pression de la concurrence internationale.

En cette rentrée, deux dossiers épineux - par leur portée symbolique, politique et sociale - mettent la méthode gouvernementale à l'épreuve: le Crédit foncier de France et le Crédit lyonnais.

Le CFF, d'abord. Hier, le personnel séquestrait le gouverneur et défilait dans les rues. L'institution de crédit, spécialisée dans le financement de l'immobilier, paraissait condamnée. Aujourd'hui, le dialogue a été rétabli et la maison a prouvé sa viabilité. Pour autant, rien n'est réglé: le Foncier - contrôlé par la Caisse des dépôts - fonctionne, de façon dérogatoire, sans fonds propres. Il faut l'adosser à un repreneur et le recapitaliser. Or le gouvernement vient d'annoncer qu'il mettait fin aux discussions avec le seul candidat encore en lice, un consortium formé par l'américain GMAC (filiale financière de General Motors) et l'investisseur texan Robert Bass, qui devait prendre 70% du capital, le solde étant réparti entre les caisses d'épargne (20%) et le Crédit commercial de France (10%). Mais les syndicats - devenus les arbitres intransigeants de cette affaire - y étaient hostiles, estimant trop faibles les garanties pour l'emploi, d'autant que GMAC venait de durcir sa position dans la dernière mouture de sa proposition. «Le projet social est apparu comme insuffisamment précis, malgré certains progrès réalisés cet été», a tranché le gouvernement. Résultat: la procédure de privatisation est en panne et chacun se demande comment Bercy se sortira de cet imbroglio.

Le Crédit lyonnais, ensuite. Encore une «patate chaude»! Même si le gouvernement a su calmer le jeu et éviter la rupture avec Bruxelles. Bercy s'est engagé à faire connaître le schéma de privatisation de la banque le 1er octobre prochain, «au plus tard» - la vente devant être achevée d'ici à octobre 1999. Mais il faut, au préalable, aplanir les difficultés techniques, qui ont trait à l'évaluation de l'établissement. Un exercice que la crise boursière rend un peu plus ardu.

En attendant, le dossier est sous haute surveillance. Le président, Jean Peyrelevade, n'a jamais caché son souhait de céder, dans un premier temps, une fraction du capital (de 15 à 30%, dit-on) à des alliés avant de mettre la banque sur le marché. Des pourparlers ont été engagés avec Paribas et l'assureur Axa. Le groupe de Claude Bébéar est inquiet des intentions prêtées à Peyrelevade de faire une place à l'allemand - encore lui - Allianz. Une seule certitude pour le gouvernement: cette fois, pas de repreneur mutualiste permettant une échappatoire sociale.
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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 19:34
AP | 04.10.2009 | 19:34

Le nombre de personnes ayant participé à la "votation citoyenne" sur le statut de La Poste devrait "frôler voire dépasser les deux millions", a-t-on appris dimanche auprès du Parti communiste français, membre du collectif national contre la privatisation de l'entreprise publique.

La consultation a eu lieu entre le 26 septembre et le 3 octobre à l'initiative de ce collectif, qui regroupe plusieurs dizaines d'associations, d'élus locaux et de partis de gauche opposés à l'ouverture du capital et au changement de statut de La Poste.

Le dépouillement a commencé dès samedi et les résultats définitifs n'étaient pas attendus avant lundi. Mais, selon Olivier Dartigolles, porte-parole de Marie-George Buffet, la première secrétaire du PCF, "au moins 1,6 million de signatures" étaient comptabilisées dimanche à la mi-journée, alors que le décompte se poursuivait dans une quinzaine de départements.

"Nous sommes assez surpris par l'ampleur de la mobilisation, qui dépasse nos attentes. De 6.000 points de vote initialement prévus dans toute la France, on est en fait passé à près de 10.000", a expliqué M. Dartigolles à l'Associated Press.

D'ores et déjà, le collectif prévoit d'interpeller lundi le gouvernement pour qu'il "prenne acte de cette mobilisation" et permette l'organisation d'un "référendum d'initiative populaire" sur le changement de statut de La Poste, comme le prévoit la réforme constitutionnelle de juillet 2008.

A l'occasion de cette votation, les citoyens étaient invités à répondre par "oui" ou par "non" à la question suivante: "Le gouvernement veut changer le statut de La Poste pour la privatiser. Etes-vous d'accord avec ce projet?" Le vote se faisait en direct, devant l'urne, avec signature de listes d'émargement. Les résultats seront annoncés lundi lors d'une conférence de presse à Paris. AP

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 12:26
Maxime VIVAS

Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies.

Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. A l’époque, tous les délocalisés (souvent des couples) étaient volontaires en raison d’avantages palpables : primes de mobilité, autre qualité de vie, de transport, de logement.

Cette direction nationale comptait environ 800 personnes à Blagnac et 6000 dans ses directions « régionales » dont les sièges étaient à Lyon, Metz, Nantes, Paris, Toulouse.

A Paris, la DG (direction générale), sous l’impulsion d’un DRH éclairé et de quelques collaborateurs convaincus, avait mis en place un service national comptant une centaine d’ergonomes ou assimilés pour 150 000 agents.

A quoi sert un ergonome ? En résumé, c’est un analyste du travail dont la tâche est de créer des situations où les opérateurs sont placés dans de meilleures conditions de confort, de sécurité et d’efficacité. Confort, on voit là le profit pour les agents. Efficacité, on voit celui de l’entreprise. L’intérêt commun est dans la sécurité, la diminution des accidents de travail.

En ces lieux de coopération et d’antagonisme que sont les entreprises, les ergonomes développent des opérations gagnant-gagnant, en collaboration avec les directeurs d’établissements, les cadres, les agents, les syndicats et les CHSCT.

Pour arriver à leurs résultats, ils pratiquent de minutieuses observations du travail, dialoguent avec les opérateurs, avec les cadres, étudient les locaux, les documents de travail, les matériels, les notes de service, les modes opératoires, etc. Ils interviennent sur les ambiances thermique, lumineuse, sonore, l’agencement des postes de travail, le contenu du travail, son rythme et son organisation même.

Leur formation emprunte entre autres à la psychologie, à la sociologie, à la physiologie. Dans le jargon des directeurs de France Télécom (essentiellement issus de l’école Polytechnique) adeptes des « sciences dures », il s’agissait là de « sciences molles », donc de théories fumeuses.

A l’époque (je doute que cela ait beaucoup changé depuis), un diplômé d’une grande école, pouvait entrer dans le monde du travail à moins de 30 ans et gérer illico des dizaines, voire des centaines de salariés, sans avoir reçu une seule heure de formation sur ces sciences méprisées. Le fait qu’elles ne soient pas enseignées à Polytechnique suffisait d’ailleurs à prouver qu’elles servaient tout juste à sodomiser les diptères.

Le DRH, fondateur de l’équipe d’ergonomie, parti (ou débarqué), France Télécom n’eut de cesse que de résorber cette niche de plaisantins dont l’activité faisait obstacle au management intuitif, ou dépoussiéré en surface par des bonimenteurs en costars croisés et cravates rayées, pseudos experts de cabinets de consultants dont les attachés-cases étaient bourrés de recettes magiques pour améliorer en un temps record la gestion des « ressources humaines », réduire les coûts du travail, améliorer la productivité.

Le ramage de ces individus faisait ouvrir un large bec à nos décideurs qui, ignorants du fonctionnement des hommes et surtout des groupes, gobaient les théories les plus débiles et les plus coûteuses (donc excellentes, sinon elles seraient bon marché).

J’ai vécu l’époque où les ergonomes de France Télécom, en rangs de plus en plus clairsemés, essayaient, non sans risque pour leur carrière, d’alerter les dirigeants de leur entreprise sur la dangerosité des solutions qui leur étaient vendues. L’une d’elle, je ne saurais l’oublier tant elle nous faisait hurler, était que pour améliorer la productivité, il fallait « introduire une dose de stress dans l’entreprise ». Quiconque doute de la véracité de cette information devrait consulter la presse de l’époque qui promouvait avec ravissement cette méthode de management.

La liste des futurs suicides s’est ouverte ainsi.

Les ergonomes savaient, parce qu’ils l’avaient étudié et que des expériences l’avaient scientifiquement démontré, que le stress inhibe une partie des capacités du cerveau, favorise les erreurs et les accidents. Ils savaient aussi qu’il provoque des maladies physiques et atteint la santé psychique.

En face d’eux, des docteurs Diafoirus prétendaient avoir inventé la pipette pour instiller le poison à doses millimétrées. Leur geste médical n’étant pas sûr à 100%, des agents overdosés commencèrent à se jeter par les fenêtres.

L’actuel patron de France Télécom a sans doute sa part de responsabilité dans la vague de suicides, mais il n’est pas le seul. Il est celui qu’on peut attraper quand les autres, ayant dirigé une entreprise nationale naguère prospère, sont partis en laissant derrière eux une machine commerciale cotée en bourse, endettée jusqu’au cou, avec un personnel désemparé. Il a suivi la voie mortifère où les salariés sont vus comme des citrons ou des fourmis à affoler à coups de pieds pour qu’elles s’agitent. Les personnels, sans qui l’entreprise n’est rien (pardonnez cette banalité, écrite au cas où un directeur général me lirait), figuraient et figurent dans des dossiers noirs étiquetés : « sureffectifs », « coûts à résorber », « postes à supprimer », « mutations d’office », « commercial ».

Quand, il y a une quinzaine d’années, un Ingénieur en Chef, chef d’un service où je travaillais s’est jeté du haut de l’escalier de la direction de Blagnac au sortir d’une réunion où il avait appris que son service était délocalisé à Nantes, ordre fut donné de nettoyer le sol de marbre rose où il s’était écrasé et de ne pas alerter la presse, de ne pas écrire un mot dans le journal d’entreprise.

Casser le thermomètre…. Feu vert pour les suicides à venir.

Puis, débarquèrent les marchands de « Cercles de qualités » attrape-nigauds qui nous vinrent du Japon après avoir été validés aux States. Une autre fumisterie abêtissante devant laquelle les ergonomes tordirent le nez mais qui s’imposa à raison de dizaines de milliers d’exemplaires dans l’entreprise. Coûteuses bulles de savon qui éclatèrent toutes à la vitesse de la lumière. Il n’en subsiste plus aucune. Plus durable fut l’infantilisation manoeuvrière par les pin’s dont l’accrochage au revers de la veste des sans-grades et des décideurs donnant l’exemple, était preuve d’intégration dans la grande famille de France Télécom, donc de sa cohésion sociale. Et de la supposée capacité des bons sauvages du bas, à qui on allait voler leur Statut, à se laisser éblouir par de la bimbeloterie.

Vinrent aussi les promoteurs de séminaires sans cravate, voire en short. Et en avant pour les jeux de rôles, les brainstormings, les papers-boards savamment constellés de gommettes de couleurs variées, les tableaux blancs égayés de cercles, de carrés, de flèches, de post-its, d’arbres d’Ishikawa, de diagrammes de Pareto, autant de méthodes dont la possible valeur intrinsèque était instrumentalisée pour avaliser l’idée erronée qu’il n’est pas besoin d’un savoir sur l’homme pour résoudre les problèmes de l’homme au travail. Le « bon sens » dont mon maître en ergonomie disait crûment qu’il est « la connerie unanimement partagée par un groupe homogène » suffisait. Les médias ne juraient-ils pas qu’en d’autres lieux, des « chirurgiens aux mains nues » opéraient de l’appendicite sans ouvrir les ventres et sans avoir fréquenté l’Académie de médecine ?

Des escrocs enjoués promettaient la lune, les décideurs naïfs regardaient le ciel, les ergonomes essayaient de mordre le doigt. Nous avons échappé de peu aux sauts à l’élastique et aux marches pieds nus sur les braises. J’ai quitté cette maison quand le triomphe des charlatans planétaires était si patent qu’il me fallait partir ou me compromettre. D’autres ont dû rester qui ont étouffé leur spleen dans un nœud coulant.

J’extrais de mes archives un numéro spécial du journal « L’Autan » que le syndicat CGT des télécommunications de la Haute-Garonne avait édité pour dénoncer ces dérives en octobre 1990 (19 ans, déjà !). On y lit que la direction sise à Blagnac venait de signer un contrat qui lui coûta de 2 millions de francs (304 898 euros) avec deux joyeux drilles, beaux parleurs qui se faisaient fort de modifier l’état d’esprit de 6000 agents en deux jours de stage. En fait, les malins allaient former 20 animateurs de France Télécom qui auraient ensuite à appliquer la méthode aux autres avec les documents fournis (vendus !) : cassettes vidéo, transparents, stylo spécial (sic), un livre écrit par les deux génies et un test permettant en quelques réponses de se classer soi-même dans un des 4 types de personnalités existants (4, pas un de plus). Un syndicaliste curieux découvrit que cette merveille d’introspection moderne était déjà utilisée dans l’armée états-unienne en 1928. Pour France Télécom, elle avait été rajeunie par l’adjonction d’un procédé de grattage, style « Tac au tac ».

Le contrat comportait une règle idiote à laquelle il était pourtant impossible de déroger, le directeur national, ayant grade d’Ingénieur Général, y veillant personnellement : les formations devaient avoir lieu hors de la région d’affectation des personnels. Des milliers d’agents, souvent « volontaires-désignés-d’office », parcoururent la France en tout sens, les Marseillais visitant Brest, les Bordelais fonçant à Strasbourg, les Lillois découvrant Bayonne. Le chassé-croisé entraîna la perte de dizaines de milliers d’heures de travail et des millions de francs de dépenses supplémentaires, nullement inutiles pourtant, auraient dit ceux qui pensaient que la mobilité forcée doit s’apprendre assez tôt afin que chacun accepte demain une mutation tous les trois ans avec un minimum de pendaison sur les lieux de travail.

Pendant ce temps, les ergonomes reculaient, toujours moins nombreux, toujours moins écoutés, toujours moins promis à une belle carrière.

Le management camouflait sa brutalité croissante sous des gadgets clinquants, ruineux et superflus. Puis, le plus gros de l’opération de décervelage étant fait, on managea sans masque. A la hussarde.

Il me souvient de ce jeune chef d’un service d’une cinquantaine d’agents et de cadres, bardé de diplômes, qui ne comprit pas qu’à son pot de début d’année, seules trois personnes étaient présentes : sa secrétaire et deux fayots (ou pétochards). Il alla pleurer dans le bureau de la psychologue affectée au management qui découvrit en l’interrogeant qu’il ne lui venait jamais à l’idée de saluer son personnel le matin. Il apprit par elle que cette perte de temps était malheureusement d’usage, ailleurs.

Je tiens de source sûre cette histoire d’un jeune cadre sup, arrivant en retard, essoufflé mais radieux dans la grande salle où se tenait un conseil de direction. Il s’excusa en annonçant qu’il rentrait de la maternité où sa femme venait d’accoucher. Un ingénieur, éleveur de chevaux à ses heures perdues, lui rétorqua : « Et alors ? Quand une de mes juments met bas, je n’arrive pas en retard. ». La réplique était assez vile pour que le directeur national lui lance un «  Je vous en prie ! » outré.

Mais personne ne lui a sauté au collet pour le sortir de la pièce. Les futurs suicides s’alimentent de ces arrogances impunies et donc répétées.

Un temps, regrettant mes anciens collègues, j’allais déjeuner avec eux au restaurant d’entreprise. Je n’entendais que lamentations, annonce de mutations non voulues, obligations de performances, tableaux d’activités à remplir, fiches d’évaluation individuelles, objectifs chiffrés, affectations de techniciens supérieurs à la vente de téléphones portables, craintes pour leurs primes, bon vouloir du N+1 pour l’avancement, détestation des décideurs. Accablement et rêve de retraite.

Il me souvient aussi de ces cadres sup se croyant intouchables, jamais une grève, pas syndiqués, très impliqués, à qui la direction annonçait un beau jour que leur poste était supprimé, qu’ils devaient se trouver un « point de chute » et qui vivaient alors des mois entiers d’inactivité sur le lieu de travail, niés, humiliés. Chacun d’eux s’employait fébrilement à « se vendre », tremblant qu’on lui impose un poste à Hazebrouck ou à Triffouilly-Lez-Engelure, charmante localité qui n’offrirait pas d’emploi à son épouse et de lycée à ses enfants. Partir ? Mourir ?

J’ai connu un cadre supérieur de 55 ans, chargé de famille, bien décidé à travailler encore 5 ans, acharné à donner satisfaction jusqu’à sacrifier des soirées et des week-ends, qui accompagna tous les changements sans lever un sourcil, qui ne broncha pas quand les premières victimes se plaignirent et que son chef convoqua un vendredi pour lui dire qu’il avait le droit de partir en préretraite et que ça serait bien qu’il le fasse. Sur l’air de : « Me suis-je bien fait comprendre ? ». Viré ! Fissa ! Car son allégeance ne suffisait pas à effacer l’essentiel : sur un listing, il était un pion sans visage, sans famille, sans âme et sans chair, une « unité » gonflant un total.

France Télécom aujourd’hui, c’est vingt ans d’incompétence hautaine, sûre d’elle et dominatrice, de cruauté, de morgue, d’ignorance crasse et revendiquée dans la gestion de femmes et d’hommes qui étaient fiers d’œuvrer pour le public. Pour le pays.

Au bonheur de préserver le tissu rural en s’enfonçant dans la montagne pour aller installer un téléphone à « la petite mémé de l’Ariège » qui enlève la housse protégeant l’appareil quand les enfants pensent à l’appeler de la ville, s’est substituée la tâche roublarde de fourguer des contrats incompréhensibles, des forfaits téléphoniques non souhaités à de pauvres gens dont le pouvoir d’achat est en chute libre.

Parfois, des agents de France Télécom se lavent de ces souillures en se jetant dans un torrent.

Didier Lombard, le PDG, peut bloquer quelques-uns des engrenages meurtriers, embaucher des psychologues, dire à tous qu’il les aime. De son vivant, il ne réparera pas les dégâts.

Par effet d’hystérésis, le paquebot dont les machines sont stoppées continue sur sa lancée. Pour l’empêcher d’échouer, pour éviter le choc qui jettera des poignées de passagers par-dessus le bastingage, il faudrait faire machines arrière, toutes.

Et cela ne se fera pas, foi de Nicolas Sarkozy ! Foi de Martine Aubry ! Foi de privatiseurs ! Foi d’Union européenne ! Foi de Traité de Lisbonne ! Foi de Concurrence libre et non faussée ! Foi de CAC 40 ! Foi de FMI !

Ah ! qu’accède aux commandes une vraie gauche décidée à tenir tête aux susnommés, une gauche ayant dans son programme le respect de chacun, la reconnaissance des services rendus à la population et un chouïa d’amour, si le mot n’est pas devenu choquant dans les conseils d’administration et dans les ministères.

Maxime VIVAS

Ex cadre de France Télécom, ex ergonome européen®, Maxime Vivas a été concepteur de formations en ergonomie et sécurité.

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http://www.legrandsoir.info/Hier-j-ai-surpris-France-Telecom-semant-des-graines-de-suicide.html
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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 22:36
J’en ai vu beaucoup, ces derniers jours, à Cléon comme à Caudebec ou Elbeuf (Seine-Maritime), des affichettes pour défendre La Poste, et appeler à se prononcer lors de la “consultation nationale” de samedi.

Chez le sous-traitant de l’automobile NPC, la CGT a anticipé ce scrutin, improvisant une urne en carton.

Quant au maire de Cléon, Alain Ovide, il a plus encore devancé l’appel, et fait les choses “en profondeur”, m’explique-t-il au téléphone. Parce qu’il estime que “La Poste est un élément de la qualité de vie de tous les Cléonais”, il a envoyé voilà trois semaines une lettre à ses administrés, “alertant sur le risque de la privatisation et de la financiarisation de ce service public”, assortie d’un bulletin pour se prononcer contre le projet et demander un véritable référendum sur le sujet. La principale urne est à la mairie. Et pour bien marquer les esprits, celle-ci est ornée d’une grande banderolle.

Cléon n’est-il pas suffisamment grand pour être à l’abri d’une disparition du bureau local ? “Vous savez, quand on a connu, en quelques années, la fermeture de la gendarmerie et du poste de police, sans compter les autres disparitions de services publics dans l’agglomération, on devient vigilant et méfiant…”, explique l’édile. Je m’étonne, d’autant que j’ai lu récemment dans Paris-Normandie que le commissaire d’Elbeuf citait Cléon comme une zone “plus difficile”.

10 % DE VOTANTS

“On a déjà eu 600 bulletins, sur 6 000 habitants. Sachant que les gens devaient se déplacer exprès pour les mettre dans l’urne…”, se félicite Alain Ovide. Il compte aussi sur la journée de samedi, où  l’expression citoyenne se déroulera en sa présence, devant La Poste voisine. Le vélo de facteur qui trône sur la pelouse, ses sacoches débordant de geraniums, fait-il partie de la mobilisation ? “Disons que c’est un clin d’oeil, dans le cadre des opérations de fleurissement de la ville”, sourit-il.

Quand je lui donne l’adresse de ce blog, il me demande si le “crise” s’applique à La Poste, ou si c’est plutôt “la crise, en général”. “De toute façon, les deux questions sont liées, dit-il : la crise a été provoquée par le capitalisme financier. Et modifier le statut de La Poste, c’est la mettre demain sous la coupe du capitalisme financier”.

Le problème, selon lui, c’est que “malgré toutes les déclarations du G20, on n’a toujours pas remis l’homme au coeur de l’économie”.

Claire Ané
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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 12:11

Une votation citoyenne a lieu jusqu’au 3 octobre. Le maire du IIème arrondissement de Paris s’explique sur cet "acte de désobéissance civique".

Toute la semaine - avec un point d’orgue samedi 3 octobre - les citoyens sont invités à se prononcer sur le changement de statut de la Poste à l’appel du comité national contre la privatisation, regroupant des syndicats -à l’exception notable de la CFDT- des partis de gauche, du PS au NPA, ainsi que des associations.

Sans validité juridique, « ce scrutin est une caisse de résonance pour nous faire entendre. Alors que nous savons que les Français sont contre cette privatisation », explique Jean-Michel Isabelle, coordinateur parisien du comité.

Des milliers de bureaux de vote plus ou moins improvisés sur des marchés, dans la rue, sont en train de se mettre en place sur tout le territoire. Certaines mairies, de gauche, ont aussi installé une urne dans leur hall d’entrée.

Bakchich a rencontré Jacques Boutault, maire Vert du IIème arrondissement de Paris, en pointe sur le sujet.

- Votre mairie va centraliser les résultats au niveau national de cette « votation citoyenne », n’aurait-il pas été plus logique que cela se passe à l’Hôtel de ville de Paris ?

 Disons que Bertrand Delanoë a été assez long à se décider à mettre en place une votation citoyenne. Il a été un peu hésitant sur ce dossier et n’a pas fait grand-chose pour concrétiser son engagement. Il n’a, par exemple, jamais prêté de salle pour le comité de lutte contre la privatisation que nous avons donc accueilli ici et a beaucoup tergiversé avant de finalement installer une urne place de l’Hôtel de ville. Or pour nous, il fallait apporter rapidement une réponse au refus du gouvernement d’organiser un référendum sur le statut de la poste. Le projet de loi a été présenté courant septembre et sera présenté en urgence au Sénat mi octobre puis à l’Assemblée nationale.

- Qu’attendez-vous de ce vote qui n’a pas de valeur juridique ?

 Compte tenu du refus du gouvernement d’organiser un référendum, il s’agit, même pour des mairies comme la nôtre, d’un acte de désobéissance civique. On a d’ailleurs vu des préfets tenter de décourager les maires en leur rappelant, par courrier, qu’ils n’avaient pas à mettre en place un tel scrutin dans leur mairie. Cela a eu un certain écho notamment chez ceux de la majorité qui sont en relation avec le préfet quotidiennement. Pour le reste, nous ne nous faisons peu d’illusion. Mais nous espérons par ce vote peser sur le débat parlementaire.

- Vous espérez mobiliser largement sur cette question ? La Poste n’a pas franchement l’image d’un service public qui fonctionne à la perfection…

 Tout n’est pas parfait à la Poste, c’est certain. L’entreprise va devoir améliorer son fonctionnement. Mais nous ne pensons pas que pour motiver les salariés en ce sens, la seule solution soit de les mettre dans une situation de stress et de concurrence extrême.

"La gauche a sans doute fait une connerie"

- La gauche plurielle a approuvé en 1997 l’ouverture à la concurrence du service postal, n’est-ce pas un peu tard pour se mobiliser, le changement de statut de la poste étant pratiquement acquis ?

 Je ne suis pas comptable de ce qu’a fait la gauche plurielle en 1997. Elle a sans doute fait une connerie. Elle n’a pas été suffisamment confiante dans ses valeurs et s’est laissée illusionner par les sirènes du néo-libéralisme. A l’époque, la majorité pensait que la construction de l’Europe passait par la libéralisation des marchés. Aujourd’hui, nous sommes dans un temps politique différent. Une brèche s’est ouverte. Avec les conséquences de la crise financière on revient sur le dogme du marché régulateur, de la main invisible du marché… Ce qui se passe à France Télécom nous éclaire aussi sur les conséquences sociales que peut avoir la mise en concurrence permanente. Puisque Nicolas Sarkozy dit qu’il approuve le rapport Stiglitz, qu’il en tire les conséquences !

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 19:21
Il arrive souvent que je m’énerve en entendant proférer des âneries à la radio, ou en lisant des ignominies sur Internet. Mais comme il s’écoule souvent douze heures entre l’énervement et le moment où je tente de le traduire dans un billet, l’indignation perd souvent de sa force.

Aujourd’hui c’est différent. J’étais énervé au plus haut point ce matin, je le suis toujours autant au moment où je commence à écrire ces lignes.

L’objet de ce coup de sang est un billet d’Elisabeth Levy sur son chiantissime blog pour intellos “causeur”, et dans lequel elle exécute le journaliste d’investigation Denis Robert, à coup de phrases cisélées à la mitrailleuse. Vous trouverez le lien tout seul si vous voulez vous faire vomir, je n’ai aucune envie de lui faire de la pub !

La presse de caniveau et de connivence ne s’intéresse qu’à l’affaire “Clearstream 2”, alors que la seule qui soit digne d’intérêt est bien entendu “Clearstream 1”, la vraie !  Affaire enterrée sous des tonnes de procédures, et par l’écrasement de son initiateur, Denis Robert, sous le rouleau compresseur du pognon, et dans l’indifférence quasi généralisée. Même si Denis Robert a toujours le soutien du SNJ.

Pas seulement l’indifférence, mais aussi les ricanements de certains de ses “collègues”, à commencer par Edwy Plenel (et son ex-journal Le Monde), qui s’est courageusement associé au piétinement, allant même jusqu’à accuser Denis Robert d’avoir ajouté son nom au faux listing ! Edwy Plenel, appelé aujourd’hui à la barre (en tant que victime), et qui a encore trouvé le moyen de lui mettre quelques coups de talons supplémentaires pour la route ! Pourquoi tant de haine ?

Je mets des guillemets à “collègues”, car quel peut bien être le point commun entre Denis Robert, journaliste au sens noble du terme, enquêteur infatigable, et les incorrigibles bavards prétentieux qui ratiocinent dans des émissions culturelles ou économiques, sur leurs blogs chiants et pédants, qui perdent leur temps et celui de leurs lecteurs/auditeurs à parler d’un monde qu’ils ne souhaitent surtout pas modifier tellement il leur sied et réussit bien ? Ces intellos à bac+20 qui n’ont pas la moindre vision réaliste du monde, qui manient le concept comme d’autres manient la pioche, mais que cela n’empêche pas de mépriser ceux qui vivent réellement, pour leur malheur, dans ce “vrai monde”.

La presse française, quasi-intégralement détenue par des financiers ou des multinationales, a évidemment le cul entre deux chaises dès lors qu’il s’agit d’évoquer les turpitudes de la finance internationale.

Il n’y a qu’à voir les réactions de la presse au GVain, cette grotesque opération d’enfumage à grande échelle. Entre ceux qui chantent les louanges de ces grands dirigeants qui transforment la finance mondiale à grands coups de déclarations martiales, ceux qui se contentent de répéter (et donc de cautionner) les communiqués de presse triomphateurs, et ceux qui font mine d’ergoter doctement sur tel ou tel point de détail, tout le monde passe à côté de la réalité : on vous ment, on vous spolie, on vous enfume, et tout est fait pour ne rien modifier à l’ordre des choses !

On nous gave en nous assénant les certes scandaleux “bonus des traders”, comme si c’était un élément central de la faillite du système financier, alors que les traders ne sont que des pions et des exécutants dont le travail n’aurait plus aucune raison d’être dans un système vraiment assaini.

La réalité, c’est que la finance internationale a pris une importance disproportionnée et insupportable. A partir du moment où ces gens se sont mis à créer de l’argent fictif, à se donner le pouvoir d’acheter des sociétés, de les vendre, de leur prêter de l’argent, ils se sont pris pour les maîtres d’un monde dont ils n’étaient pourtant que de méprisables parasites, et le sont de fait devenus ! Ils ont asservi les pauvres cons qui n’ont que leur force de travail, et ils n’entendent évidemment pas que cela change.

Qu’ils se rassurent, ce ne sont évidemment pas des Sarkozy, des Berlusconi, ni même des Obama qui auront la volonté sinon le pouvoir de changer quoi que ce soit.

Ils pourraient être cyniques et violents : “c’est comme ça, et puis c’est tout ! T’es pas d’accord ? En taule !” Mais non, nous sommes en “démocratie”, et on remplace donc la violence par la propagande. Facile quand la presse vous appartient et qu’une armée de “courageux journalistes” est toujours là pour voler à votre secours et piétiner ses semblables quand ils deviennent moins coopératifs.

Oui, bon, d’accord, ils ont fait les cons et vous êtes au chômage. L’État a encore piqué dans vos poches pour sortir des centaines de milliards d’euros que vous et vos enfants mettrez des siècles à rembourser, tout ça pour les renflouer, sans avoir le moindre contrôle sur leurs agissements. Mais il fallait le faire, il n’y avait pas le choix”. Et bla, et bla, et bla. Avaler ça et rester calme.

Et puis ils ont éradiqué les paradis fiscaux ! Et puis ils ont limité les bonus des traders !”. C’est ça, cause, ma poule.

Tiens, les paradis fiscaux, parlons-en un peu. Supprimés. A pu. Arf ! Du moins les a-t-on retirés des listes officielles… Ce qui permet à Baudouin Prot, big boss de BNP Paribas, de plastronner et d’annoncer ce matin sur Europe 1 : “BNP Paribas se retire des paradis fiscaux. Le groupe fermera ses filiales dans les pays qui resteront sur la liste «grise».
Eh oui, Jersey ou le Luxembourg ne sont plus des paradis fiscaux. Ce Denis Robert, qu’on a encore vu jubiler à Jersey dans le film “Louise Michel”, est décidément un gros naze…

Elisabeth Lévy se gausse donc de Denis Robert. Que dis-je, se gausse ? Elle piétine, elle écrabouille, elle mitraille et elle vomit sa haine et son mépris ! Quel torrent !

Clearstream 1 n’intéresse plus personne.”, déclare-t-elle. Plus personne, vraiment ? C’est une manière de dire qu’aujourd’hui, pour être in, il faut s’intéresser à l’affaire “Clearstream 2” , en ce moment à l’affiche et sous les projecteurs !

Pour comprendre “Clearstream 2”, le mieux est encore de lire le livre qu’en a fait… Denis Robert (“Clearstream, l’enquête”, que je viens de relire). Eh oui, il connaît forcément l’histoire considérablement mieux que Madame Lévy, puisqu’il en était, à son corps défendant, à l’origine, qu’il a rencontré la plupart des protagonistes, et qu’il est aujourd’hui jugé pour cela, pour avoir fait son boulot… N’en déplaise à certaine chez laquelle on sent perler derrière les phrases assassines une espèce de dépit malsain.

Ce que je retire de ce livre, c’est que “Clearstream 2” n’est qu’une histoire minable de petite haine entre rois et roitelets de l’industrie de l’armement ou de la politique, histoire qui monopolise pourtant dans une débauche de caméras et de micros la fine fleur des journalistes incompétents et révérencieux qui trustent les rédactions des médias dominants. Aucune connaissance technique n’est nécessaire pour comprendre l’affaire, c’est donc un vivier inépuisable pour les brasseurs d’air qui pourront disserter dans le vide, se régaler des effets de manche et des coups d’éclat, et vendre du papier pendant des semaines. Le principal mystère sera de comprendre si le nom de Sarkozy a été ajouté au faux listing par la paire infernale de menteurs-manipulateurs Lahoud-Gergorin pour intéresser Villepin, ou si c’est Villepin lui-même qui aurait eu cette idée lumineuse après avoir eu vent de ce listing.

Sarkozy contre Villepin, quelle affiche, forcément ! Même pas besoin de crime, une simple affaire d’honneur et de petites combines ! Corneille en aurait fait une pièce de théâtre propre à faire chier de pauvres lycéens pour 50 générations !

Elisabeth Levy dit la même chose, à sa manière “D’abord, c’est Clearstream II que l’on juge aujourd’hui ; les protagonistes sont plus flamboyants (NDLR : Sarkozy, flamboyant ? Elle doit faire une confusion avec “flambeur”…), les dialogues mieux écrits. Reste qu’il est assez rigolo de se rappeler que ce scandale d’État, cette guerre dans l’Olympe du pouvoir, s’est déployé sur la base d’un récit dont rien, jusqu’à aujourd’hui, n’a prouvé qu’il était vrai.

Elle n’a pas tout à fait tort, d’ailleurs, si on s’en tient à la seule justice Luxembourgeoise. Qui doit être dans cette affaire à peu près aussi crédible et indépendante que la justice iranienne qui a condamné Clotilde Reiss. Il ne faudrait pas négliger la formidable machine économico-judiciaire mise en oeuvre pour broyer Denis Robert, et notamment par la société incriminée soucieuse de protéger son honneur bafoué. C’est impossible à raconter en quelques lignes, il faut pour cela avoir lu les différents bouquins de Denis Robert, vu ses films.

Madame Lévy ne se demande même pas pourquoi toute la direction de la société en question a été virée suite à la parution du premier livre de Denis Robert sur le sujet ! Étrange, quand on n’a rien à se reprocher ! Un non-lieu a été prononcé par la suite, mais uniquement pour des raisons de prescription !

Madame Lévy préfère hurler avec les loups, les forts, c’est tellement plus confortable. Il faut dire que son grand ami Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo et de la firme luxembourgeoise (il doit y avoir une logique derrière tout ça), a dû lui vanter l’innocence bafouée de son richissimissime client !

Il se trouve que, contrairement à Madame Lévy qui n’y a peut-être jamais mis les pieds, je travaille au Luxembourg. Il se trouve que j’ai déjà franchi (pour mon boulot, hein) les portes de “fiduciaires”, ces officines qui gèrent la fraude fiscale à grande échelle, qui domicilient fictivement au Luxembourg des centaines de sociétés, y compris françaises, qui n’ont rien à y foutre mais viennent y chercher une fiscalité compréhensive, s’engagent à ne divulguer sous aucun prétexte l’identité de ses ayants-droits, et perçoivent force brouzoufs contre ce passionnant travail, dont l’utilité sociale mérite d’être soulignée. Il se trouve que je sais que les “services VIP” de banques parmi les plus connues au monde, y accueillent à bras ouverts des stars ou des hommes d’affaires qui viennent à Luxembourg avec des valises de liquide. Tiens, a-t-elle entendu parler des déboires luxembourgeois d’Enrico Macias, qui comme Johnny Halliday a la double caractéristique d’être un ami du Président, pourfendeur des paradis fiscaux, et de dissimuler des dizaines de millions d’euros à l’abri du fisc français ?

Il se trouve encore que, contrairement à Madame Lévy, j’ai quelques connaissances en informatique, notamment bancaire. Elle oublie un peu vite que l’affaire a pourtant démarré avec les révélations des anciens responsables informatiques de la firme qui savaient mieux que quiconque de quoi ils parlaient. Révélations d’ailleurs corroborées par le récit que le consultant d’Andersen Consulting (de profundis) Florian Bourges (qu’elle qualifie avec l’élégance qui décidément la caractérise de “benêt”) a fait de l’audit folklorique et sous tension qui a été ordonné suite aux révélations du livre…

Je suis donc bien placé pour considérer que l’enquête de Denis Robert aurait mérité un meilleur sort que cet écrasement par le pognon, ce silence gêné de la plupart de ses collègues, ou les sarcasmes indécents des pires d’entre eux.

Sans la fraude fiscale, comment le Luxembourg, petit pays grand comme la moitié d’un département français, aurait-il pu avoir la moindre chance de devenir l’une des plus puissantes places de la finance mondiale ? Même question pour Jersey ? On peut être journaliste sans être totalement naïf ou cynique, non ?

Sa profession de journaliste devrait dissuader Madame Lévy de publier de fausses informations. En effet, contrairement à ses allégations selon lesquelles “Clearstream gagne la plupart de ses procès en diffamation”,  Denis Robert a gagné beaucoup plus de procès qu’il n’en a perdu. Mais ses adversaires, forts de leurs milliards,  ont enquillé procès sur procès, dans différents pays, dans le seul but de le ruiner et de l’écœurer, sachant bien que les avocats, à la différence des ouvriers charpentiers, ne versent pas dans la philanthropie. Mission accomplie : il a jeté l’éponge. Comme on l’apprend dans les contes pour enfants, la justice triomphe toujours à la fin…

Elisabeth Lévy qualifie Denis Robert de “chevalier qui venait du froid (quelque part à l’est de la France, là où le climat trempe les caractères)”.  Mais quel mépris ! Quel parisianisme puant ! Hou, Denis Robert, bouseux !  Les lorrains apprécieront. C’est probablement à de tels arguments qu’on reconnaît les Grands Journalistes !

La moquerie ne s’arrête pas à Denis Robert : elle raille aussi son comité de soutien “On pétitionnait pour lui avec le petit frisson de qui plonge sans bouée dans le grand bain de la radicalité, parfois on envoyait un don au comité de soutien.”. Tiens, c’est moi qu’on vise, puisque face au bureau où j’écris est accroché un portrait de Denis Robert, acheté sur ebay au profit de ce comité de soutien, qui se démène pour empêcher sa ruine par la faute de l’acharnement implacable d’une multinationale richissime et de son avocat, l’ami d’Elisabeth Lévy…

Elisabeth Lévy n’est pourtant pas la dernière des connes. C’est une spécialiste reconnue de nombreuses questions, comme la géopolitique, le sionisme, l’histoire… C’est tout à fait respectable, et jamais au grand jamais je ne me permettrais de venir la chatouiller sur ce terrain, sans même parler de me moquer de son travail avec le plus vil mépris et les termes les plus cassants.

Mais en échange, putain de bordel de merde, sur les sujets pour lesquels elle n’a manifestement pas la moindre connaissance ou légitimité, qu’elle ferme sa grande gueule et respecte le boulot et l’abnégation de Denis Robert, qui est un véritable exemple pour sa profession !

Suprême raffinement, elle va même jusqu’à traiter Denis Robert “d’idiot utile”. Mais quelle utilité Elisabeth Lévy apporte-t-elle donc à l’affaire “Clearstream 2”, ou à la lutte contre les dérives de la finance en général ?

http://www.superno.com/blog/2009/09/les-saloperies-confraternelles-delisabeth-levy/
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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 19:19

Beaucoup de responsables politiques ont, sur leur carrière, de petites taches indélébiles : ces « petites phrases » compromettantes qui trottent dans toutes les têtes, et que les journalistes – toujours prompts à jouer leur rôle de contre-pouvoir, comme on sait… – aiment à rappeler. Les décennies 1980 et 1990, années de forte montée de l’extrême droite, furent riches en la matière. On se souvient des « bonnes questions et des mauvaises réponses »« du bruit et de l’odeur » des immigrés qui insupportaient le futur président Jacques Chirac en 1991. La petite phrase qui colle à peau de Michel Rocard est celle de la « misère du monde » que la France, avait-il déclaré, ne pouvait accueillir. formulées, selon Laurent Fabius en 1984, par Jean-Marie Le Pen. Ou encore

Les « amis » de la Cimade…

Au cours des célébrations du 70e anniversaire de la Cimade (1), le 26 septembre 2009, l’ancien premier ministre socialiste est revenu sur la polémique qu’avait fait naître sa fameuse sortie :

« Une malheureuse inversion, qui m’a fait évoquer en tête de phrase les limites inévitables que les contraintes économiques et sociales imposent à toute politique d’immigration, m’a joué le pire des tours : séparée de son contexte, tronquée, mutilée, ma pensée a été sans cesse invoquée pour soutenir les conceptions les plus éloignées de la mienne […]. La France et l’Europe peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la misère du monde ! »

Le site d’information Rue89 et le blog d’une journaliste de Libération, qui rapportent en chœur ces propos, insistent : Michel Rocard, tout collaborateur de Nicolas Sarkozy qu’il soit devenu, « n’est pas d’accord avec la politique d’immigration menée par la France et l’Europe (2) ».

Rue89 rappelle en outre que Michel Rocard s’était déjà exprimé sur cette « phrase tronquée ». En 1996, en effet, voyant que ses propos sur la « misère du monde » étaient repris en permanence par la droite, alors au pouvoir, pour limiter drastiquement les droits des étrangers en France, l’ancien premier ministre s’était fendu d’une tribune, publiée le 24 août 1996 par Le Monde sous le titre « La part de la France » :

« La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part. Prononcée par moi en 1990, la première partie de cette phrase a eu un destin imprévisible, expliquait alors Michel Rocard. Elle soulignait les limites inévitables que les circonstances économiques et sociales imposent à toute démarche d’immigration, et cela d’autant plus qu’on veut la conduire dignement. Ce rappel des contraintes pesant sur les responsables politiques a été perversement interprété comme un ralliement à une doctrine d’immigration zéro qui n’a jamais été la mienne et qui serait aussi irréaliste pour la France que dangereuse pour son économie. Au point qu’aujourd’hui cette phrase, prononcée à l’époque devant les militants et amis de la Cimade, auditoire non suspect de xénophobie, est séparée de son contexte et sert de caution tous azimuts pour légitimer l’application, sans aucune considération des droits de la personne humaine, des impitoyables lois Pasqua de 1993, qui doivent être abrogées tout comme mon gouvernement avait fait abroger la loi Pasqua de 1986 (3). »

Michel Rocard n’aurait donc été qu’une victime des médias et de ses opposants politiques, lesquels auraient malicieusement sorti son propos de son contexte pour en faire une arme de combat contre sa personne et sa réputation. Magnanime, le site Rue89 met donc un terme définitif, croit-il, à la sordide polémique qui a entouré la « petite phrase » rocardienne : « Espérons pour la postérité de Michel Rocard que cette fois-ci la fin de sa phrase ait été entendue (4). »

La « postérité », en réalité, a depuis longtemps blanchi Michel Rocard. On entendra de nombreux journalistes conspuer ceux qui osent reprendre la phrase rocardienne « hors de son contexte (5) ». Le quotidien Le Monde, dont l’éditorialiste anonyme avait commis l’outrage, le 22 juin 2003, de faire allusion à la citation de Rocard (6), trouva sur son chemin un courageux lecteur pour laver ce nouvel affront :

« Dans l’éditorial du Monde daté du 22 juin, vous citez les propos de Michel Rocard : “La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.” Encore eût-il fallu que cette affirmation fût correctement rapportée. (…) M. Rocard a précisément déclaré, devant la Cimade, en 1990 : “La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part”, ce qui revêt une tout autre signification. C’est d’ailleurs le “destin imprévisible” de cette phrase qui a conduit son auteur à une mise au point dans vos colonnes (7). »

La consultation en ligne des archives du Monde aurait pourtant permis à ce généreux lecteur, à ceux qui ont publié son courrier et à tous les autres, de retrouver un article du « quotidien de référence » daté du 5 décembre 1989, et intitulé : « Les déclarations de M. Michel Rocard à “7 sur 7” : “Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde” (8). »

… ou les téléspectateurs de TF1 ?

Car ce sont bien les propos tenus par Michel Rocard à l’émission « 7 sur 7 » (TF1), face à la présentatrice Anne Sinclair, le 3 décembre 1989, et non devant les « militants et amis de la Cimade » en 1990, qui ont fait scandale. Puisqu’il faut « contextualiser », contextualisons.

Nous sommes alors au terme de la première affaire de « foulards islamiques », celle du collège de Creil (9). Des journalistes et des responsables politiques, dans une surenchère à peine croyable, ont fait de ce qu’ils appellent alors les « tchadors de Creil » une immense polémique. L’affaire tourne depuis plusieurs semaines au lynchage symbolique de tout ce qui peut ressembler à un « immigré » ou à un « étranger » musulman. Les « élites », dans leur quasi totalité, s’en donnent à cœur joie. TF1, fraîchement privatisée, Antenne 2, toujours publique, et La 5, toujours plus agressive, multiplient les reportages sensationnalistes, confondant allègrement « musulmans », « immigrés » et « étrangers » pour les stigmatiser sans distinction.

A l’époque, le PS, sorti victorieux des dernières consultations électorales, présidentielles et législatives de 1988, est plus divisé que jamais : la guerre des « courants » – jospiniste, rocardien, fabusien – fait rage à l’approche du Congrès de Rennes, qui aura lieu quatre mois plus tard. Tous les coups bas, toutes les démagogies, sont permis pour faire chuter les adversaires internes. L’opposition de droite et d’extrême droite cherche pour sa part à profiter des divisions de la gauche et de la confusion générale entourant la polémique sur les « tchadors ». Jacques Chirac (RPR) accuse le gouvernement de jouer avec le feu pour avoir promis le droit de vote aux « étrangers ». Devenu, à la faveur de cette affaire, le maître du jeu politique, Jean-Marie Le Pen (FN) se félicite que soient « enfin » abordées les « vraies questions », et multiplie les provocations. Les socialistes, dépassés, tentent de reprendre l’avantage et recyclent le programme de leurs adversaires politiques, François Mitterrand lui-même ne tardant pas à déclarer que le « seuil de tolérance » des Français à l’égard des étrangers « a été atteint dans les années 1970 (10)  »

C’est dans ce contexte que Rocard intervient à « Sept sur Sept », le dimanche 3 décembre 1989. Après avoir relativisé l’« affaire des tchadors », félicité son ministre de l’éducation Lionel Jospin pour sa « sagesse » et les chefs d’établissements scolaires pour leur « fermeté », après avoir critiqué les mensonges démagogiques de Jacques Chirac et attaqué vertement le Front national qui incite « à la haine et à la violence », le premier ministre répète ce qui tient lieu de credo au PS depuis 1983 en matière de politique migratoire : non à l’« immigration », oui à l’« intégration » (11). C’est là qu’il décoche, une première fois, une petite phrase sur la misère du monde :

« Il faut lutter contre toute immigration nouvelle : à quatre millions… un peu plus : quatre millions deux cent mille étrangers en France, nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde : ce n’est pas possible. »

Pour « lutter contre toute immigration nouvelle », lutte qui se justifie selon lui parce qu’elle permettrait de faciliter l’« intégration » des immigrés en situation légale, Rocard insiste sur la nécessité d’expulser sans ménagement les « clandestins », de refouler tout nouveau migrant aux frontières, et de mettre en place de solides dispositifs pour lutter contre les migrants qui, comme beaucoup de responsables politiques et médiatiques le prétendent à l’époque, « abusent » du droit d’asile. C’est précisément à une question d’Anne Sinclair sur l’asile que répond Michel Rocard pour faire à nouveau allusion à « la misère du monde » :

« Les réfugiés, ce n’est pas une quantité statistique, c’est des hommes et des femmes qui vivent à Vénissieux, aux Minguettes, à Villeurbanne, à Chanteloup ou à Mantes-la-Jolie. Et là, il se passe des choses quand ils sont trop nombreux et qu’on se comprend mal entre communautés. C’est pourquoi je pense que nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde, que la France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique (…), mais pas plus. »

« Nous sommes un pays de droit.
Mais nous ne pouvons pas
en accepter davantage »

Pour bien signifier que la France se limitera au respect le plus draconien des conventions de Genève sur l’asile politique – « mais pas plus », insiste lourdement Rocard – et renforcera ses moyens pour dépister les « faux demandeurs d’asile », il se fait une fierté de brandir une batterie de chiffres inédits :

« Il faut savoir – le chiffre n’est pas encore public, je peux le donner aujourd’hui – qu’en 1988, nous avons refoulé – refoulé ! – à nos frontières 66 000 personnes. 66 000 personnes refoulées aux frontières ! A quoi s’ajoute une dizaine de milliers d’expulsions depuis le territoire national. [Voilà pour] l’année 1988. Et je m’attends à ce qu’en 1989, l’année n’est pas finie, les chiffres soient un peu plus forts. Autrement dit, je ne peux laisser personne dire que rien ne se fait. Cette politique est dure, il n’est pas question qu’elle soit médiatisée, mais nous devons le faire pour maintenir la cohésion de la société française et pour pouvoir intégrer, insérer, dans des conditions décentes ceux des immigrés qui sont chez nous en situation régulière, et qui sont – Dieu merci ! – le plus grand nombre. »

Autant dire que les propos de Rocard face aux millions de téléspectateurs qui regardent « 7 sur 7 » ce 3 décembre 1989 n’ont rien de nuancé, et que sa phrase sur la « misère du monde » n’a été ni tronquée ni dénaturée. Contrairement à ce qu’il a laissé entendre par la suite, Rocard s’est flatté de mener une politique d’« immigration zéro ». Pour appuyer cette politique restrictive, en rupture avec les traditions de la gauche, il annonce même, au cours de l’émission du 3 décembre 1989, son intention de renforcer impitoyablement la lutte anti-immigrés aux frontières de la Communauté européenne :

« Je veux annoncer aussi une intention diplomatique : vous savez qu’on discute en Europe de la libre circulation à l’intérieur de la Communauté. Nous sommes convenus, M. le président de la République et moi-même, qu’il fallait associer cette libre circulation des personnes dans la Communauté d’une installation aux frontières de la Communauté ou des quelques pays qui, entre eux, vont plus loin que les autres, de police ou de douane mixtes. Si nos frontières doivent se défendre contre l’immigration clandestine à celles de la Belgique ou de l’Allemagne ou peut-être un jour de l’Italie, ce sera en commun. C’est une inflexion de la politique, de la diplomatie, que nous suivons et c’est très important. C’est une des garanties, l’autre étant d’être très ferme sur l’expulsion des étrangers en situation irrégulière… » Insistant donc, à nouveau, sur la nécessaire expulsion des immigrés « clandestins », il ajoute : « La France est un pays de droit : on ne les embarque pas par charter sans que la justice y mette son nez. Les tribunaux doivent se prononcer. Nous sommes un pays de droit. Mais nous ne pouvons pas en accepter davantage. »

Ajoutons que Rocard revendique, malgré les polémiques suscitées par son intervention à « Sept sur Sept », sa coriace politique anti-immigration et assume sa déclaration sur la « misère du monde » devant des élus socialistes « d’origine maghrébine » rassemblés pour une réunion à l’Assemblée nationale le 7 janvier 1990 : « Aujourd’hui, je dis clairement – je n’ai pas de plaisir à le dire, j’ai beaucoup réfléchi avant d’assumer cette formule, il m’a semblé que mon devoir était de l’assumer complètement : la France n’est plus, ne peut plus être une terre d’immigration nouvelle. Je l’ai déjà dit et je le réaffirme : quelque généreux qu’on soit, nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde (12). »

« Toutes les xénophobies du monde »

Ce n’est en fait que bien plus tard, alors que Charles Pasqua, ministre de l’intérieur, enchaîne les mesures anti-immigrés en s’appuyant sur les déclarations passées de l’ancien premier ministre socialiste, que Michel Rocard nuancera ses propos. Nanti d’une nouvelle invitation à « 7 sur 7 », le 4 juillet 1993, il stigmatise la majorité de droite revenue au pouvoir à la faveur des législatives de 1993 : « Nous sommes dans l’agitatoire d’une majorité qui veut consolider la sympathie de ses électeurs même quand ils pensent des bêtises. » Anne Sinclair réagit : « Est-ce que ce n’était pas une formule, qui était agitatoire en son temps, quand Michel Rocard a dit : la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? » Réponse : « C’est tragiquement une évidence. Et c’est précisément celle qui fait le problème. Mais laissez-moi lui ajouter son complément, à cette phrase : je maintiens que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. La part qu’elle en a, elle prend la responsabilité de la traiter le mieux possible. Mais à partir de là, ce n’est pas non plus une raison pour que la France se charge de toutes les xénophobies du monde (13). »

C’est à partir de cette « rectification » tardive que Rocard essaiera, avec succès, de faire croire que ses propos originels ont été dénaturés (14), et que sa politique d’hier, alors qu’il était au pouvoir, n’a jamais différé de ses prises de positions ultérieures, nettement plus nuancées depuis qu’il n’est plus aux affaires.

Ayant réussi à faire oublier ses véritables déclarations de 1989, Michel Rocard est en effet parvenu à faire oublier la nature véritable de la politique migratoire que son gouvernement a menée quand il était premier ministre. Il peut donc se montrer « humaniste » lors de son intervention au 70e anniversaire de la Cimade, le 26 septembre 2009. A l’en croire, Michel Rocard fut même, en 1989, un martyr solitaire de la défense des immigrés :

« Si j’ai été compris à l’inverse de mes intentions il y a vingt ans, c’est qu’à cette époque une très large partie de la classe politique et de l’opinion françaises, de droite à gauche, s’était laissé enfermer dans le paradoxe consistant à obéir aux injonctions xénophobes de l’extrême droite sous prétexte de limiter son influence. Paradoxe qu’hélas l’Europe politique tout entière s’est mise à partager. Le résultat en est que les vingt années écoulées ont été marquées par le développement d’une réglementation européenne sur l’entrée et le séjour des migrants fondée sur une vision purement sécuritaire. Comme si le seul rapport à l’étranger désirant la rejoindre que l’Europe puisse avoir devait être de méfiance et de rejet (15). »

Laver une image

Mais, au juste, que vient faire la Cimade dans la « version officielle » que Michel Rocard a finalement réussi à imposer ?

Le premier ministre était en réalité intervenu lors d’une conférence organisée par la Cimade, qui célébrait alors ses 50 ans, le 18 novembre 1989 à La Villette. A la tribune, il essayait de justifier sa politique migratoire en reprenant à peu près, quoique de façon plus nuancée étant donné l’auditoire, les arguments qu’il développera quelques jours plus tard sur TF1. On ignore si la formule sur la « misère du monde » fut utilisée par le premier ministre lors de cette rencontre. On ignore également si la fantomatique « seconde partie » de la phrase, supposément « tronquée », a également été prononcée. Quand bien même ces deux morceaux de phrase auraient été prononcés, ils sont passés totalement inaperçus.

Presque personne, à l’époque, n’a fait mention des propos, ni même du passage de Rocard à La Villette, exception faite des émissions religieuses chrétiennes diffusées sur Antenne 2 le dimanche matin. Voyant les menaces s’accumuler sur le respect du droit d’asile, « Le Jour du Seigneur » et « Présence protestante » s’associèrent en effet, le 18 février 1990, pour revenir sur les célébrations qui avaient entouré trois mois plus tôt le cinquantenaire de la Cimade. « Ce service œcuménique d’entraide rassemble des chrétiens de toute confession qui interviennent auprès de tous ceux qui souffrent de l’exil et de la misère  », précisait l’émission en guise d’introduction (16). Et on entendit Geneviève Jacques, alors secrétaire générale de la Cimade, critiquer sans détour la politique migratoire du gouvernement socialiste, qui mettait en cause le droit d’asile sous prétexte de lutter contre les « faux demandeurs ». « Nous travaillons depuis cinquante ans avec les réfugiés, et aujourd’hui nous voyons que le droit d’asile est en danger. Et on dit : ça, c’est pas possible. Là, on se battra, on ne peut pas laisser passer ça (17). » Contrairement à la mystification qu’il inventera plus tard, Rocard n’a en réalité utilisé son intervention devant les militants de la Cimade, en incluant opportunément ces derniers dans son cercle d’« amis », que pour laver son image.

Thomas Deltombe

(1) L’acronyme signifie à l’origine « Comité inter-mouvements auprès des évacués » (voir l’historique de l’association sur son site).

(2) « Pour Michel Rocard, la France doit accueillir sa part de la misère du monde », Hexagone, blog de Catherine Coroller, 27 septembre 2009.

(3) Michel Rocard, « La part de la France », Le Monde, 24 août 1996.

(4) Zineb Dryef, « Pour la postérité, Rocard se bat contre la “misère du monde” », Rue89, 27 septembre 2009.

(5) Par exemple Sylvain Bourmeau, « L’islam médiatique », La suite dans les idées, France Culture, 5 octobre 2005.

(6) « L’Europe-aimant », Le Monde, 22 juin 2003.

(7) « La citation de Rocard », Le Monde, 27 juin 2003.

(8) Le Monde, 5 décembre 1989.

(9) Voir notre analyse : « Creil 1989, l’affaire des foulards » sur le site de la LDH-Toulon, 5 septembre 2009.

(10) Allocution présidentielle, TF1, Antenne 2, 10 décembre 1989.

(11) Voir : Danièle Lochak, « La politique de l’immigration au prisme de la législation sur les étrangers » (texte publié dans Les Lois de l’inhospitalité, La Découverte, 1997), disponible sur le site du Gisti. On notera que Rocard est plus nuancé que la plupart des autres responsables politiques français sur la définition de l’« intégration » : celle-ci est, dit-il, une question « sociale » qui concerne « tous les exclus », Français ou non, et non un problème « culturel ».

(12) Soir 3, FR3, 7 janvier 1990.

(13) « Sept sur Sept », TF1, 4 juillet 1993.

(14) Rectification qu’il reprend dans L’Express, le 25 avril 1996, en déclarant : « Si la France ne peut accueillir toute la misère du monde, elle peut tout de même en accueillir une petite partie » (cité in Jean-Paul Alaux, « Contre l’extrême droite, la liberté de circulation », Plein Droit, n° 32, juillet 1996.

(15) Intervention de Michel Rocard en introduction à la Table Ronde : « Quel accueil de l’autre dans le monde de demain ? », 26 septembre 2009.

(16) « Célébrer demain », « Le Jour du Seigneur » et « Présence protestante », Antenne 2, 18 février 1990. C’est nous qui soulignons.

(17) Le 10 janvier 1990, la Cimade participera à une conférence de presse avec quatre autres associations pour dire son inquiétude sur les « conditions d’accueil des étrangers en France » et regretter d’être tenue « à l’écart de toute concertation » (Judith Rueff, « Dénonçant de nouvelles procédures, cinq associations manifestent leur inquiétude », Le Monde, 12 février 1990). Un an plus tard, elle participera à une campagne nationale en faveur de 100 000 demandeurs déboutés du droit d’asile. Retournant les déclarations fracassantes de Michel Rocard sur TF1 en 1989, la Cimade expliquera alors : « Sans recevoir toute la misère du monde, nous avons pour devoir de prendre notre part de la misère du monde... » (Robert Solé, « Le droit d’asile à l’arraché », Le Monde, 14 mai 1991).
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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 20:08
par Olivier Doubre 2008

La Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme de 1983 portait des revendications, toujours d’actualité, que les nouvelles générations de l’immigration peinent à faire entendre. Un dossier à lire dans notre rubrique 

Quels sens peut avoir la commémoration de la Marche « pour l’égalité et contre le racisme », plus connue sous le nom – attribué par les médias – de Marche des Beurs ? Cet événement appartient-il vraiment à une autre époque ou sommes-nous encore dans le même cycle politique et social, où les revendications de la Marche de 1983 n’ont toujours pas été satisfaites ? Force est, en tout cas, de constater que le schéma, ­désormais tristement classique, de la mort d’un jeune issu de l’immigration, où est impliquée la police, entraînant l’embrasement de sa cité se répète régulièrement depuis plusieurs décennies. Déjà en 1996, dans un ouvrage de référence, Violences urbaines (Hachette), les sociologues Christian Bachman et Nicole Le Guennec avaient recensé les révoltes dans les banlieues françaises et mis en lumière ce mécanisme bien rôdé. Et la liste est longue : Vaulx-en-Velin (1990), Mantes-la-Jolie (1991), Garges-lès-Gonesse (1994), Nanterre (1995), Dammarie-les-Lys (2001), sans oublier celles de 2005…

Départ de la Marche à Marseille, le 15 ?octobre 1983. Ciot/AFP

Avec cette Marche, qui débute le 15 octobre 1983 à Marseille et se termine en fanfare en réunissant près de 100 000 personnes à Paris, c’est en effet une figure politique quasi inconnue qui acquiert pour la première fois une visibilité devant l’opinion publique : la « deuxième génération d’immigrés ». Devant le succès de la Marche, les médias s’en emparent en la dénomment rapidement « Marche des Beurs », ce qui réduit son caractère politique. Les marcheurs revendiquent au contraire leur appartenance à la société française et exigent, face aux crimes racistes et à la violence de la police, la reconnaissance de leurs droits de citoyens. Nombre de ces jeunes font là leur premier pas dans une démarche collective et revendicatrice. Quelques-uns sont toutefois plus politisés (notamment certaines filles), ayant fréquenté les milieux autonomes (et féministes) issus des années 1970. Mais ce qui les rassemble tous est d’abord la volonté de prendre la parole à la première personne, ainsi qu’une certaine méfiance vis-à-vis des organisations politiques ou antiracistes qui, par le passé, se sont souvent exprimées en leur nom. C’est la force et la nouveauté de cette initiative : l’affirmation de ces jeunes en tant que sujets politiques autonomes.

Professeur de sociologie à l’université de Metz, ayant il y a peu codirigé (avec Abdellali Hajjat) un ouvrage sur l’histoire des luttes de l’immigration en France au XXe siècle [1], Ahmed Boubeker faisait partie à l’époque d’un comité de soutien de la Marche près de Lyon. Pour lui, cette aventure a véritablement marqué le passage d’une époque à une autre : «  La Marche a permis à la société française de prendre conscience de sa dimension multiculturelle. Un peu comme Mai 68 avait transformé les mentalités vis-à-vis de la jeunesse. C’est donc, je crois, un événement de portée symbolique majeur pour la fin du XXe siècle en France. » Socioéconomiste, membre des Indigènes de la République, Saïd Bouamama [2] a lui aussi soutenu l’entreprise depuis la région de Lille et partage la même analyse : « La Marche pour l’égalité et contre le racisme a été le premier moment d’expression de cette deuxième génération de l’immigration post-­coloniale, avec d’abord la revendication de la citoyenneté. Le plus important fut sa dimension d’auto-affirmation, même si l’on craignait déjà les récupérations politiques. » Après leur arrivée à Paris, même s’ils sont fiers d’être reçus à l’Élysée par un président Mitterrand qui prend de court ses conseillers en octroyant la carte de résident de dix ans automatiquement renouvelable, les marcheurs ressentent ce risque d’instrumentalisation qui, entre autres, motive leur désir de poursuivre la lutte. Ce sera Convergence 84 : cinq trajets à mobylette convergeant vers Paris en passant par de nombreuses cités du pays… « La seconde marche, en 1984, avait une couleur politique beaucoup plus extrême gauche, reconnaît Ahmed Boubeker, qui participa à l’organisation du départ de Marseille via Lyon, alors que le PS, vu le succès de l’année précédente, avait essayé de nous approcher. » En vain. Toutefois, parmi les 60 000 personnes présentes au rassemblement à l’arrivée, organisé symboliquement place de la République à Paris, un petit groupe vend des badges en forme de petite main, avec l’inscription « Touche pas à mon pote ». C’est le début de SOS Racisme, que Farida Belghoul, l’une des figures de Convergence 84, qualifie de « rouleau compresseur, vu les énormes moyens qu’ils ne vont pas tarder à obtenir ». Contactée par Julien Dray et Harlem Désir, qui lui proposent la présidence de l’association qu’ils sont en train de monter, elle refuse catégoriquement « de devenir la beurette de service de SOS », mais comprend vite que les médias et les politiques n’auront plus d’yeux que pour cette nouvelle association, dont on sait aujourd’hui, notamment grâce aux mémoires de Jacques Attali, alors conseiller de François Mitterrand, comment son lancement fut préparé au plus haut niveau de l’État. Et, après son discours très applaudi ce 5 décembre 1984, où elle mettait justement en garde les participants contre la confiscation de leur parole à peine conquise, observant les quelques vendeurs de petites mains, Farida glisse à Ahmed Boubeker : « Tu vois ces gens-là, c’est eux qui vont nous récupérer »…

De fait, le slogan de SOS Racisme induit l’idée d’un protecteur qui prend la parole pour protéger son « pote ». Un « pote » qui aura de moins en moins voix au chapitre. La lucidité de Farida Belghoul ne sera pas démentie. « Avec ma position dans Convergence, j’aurais pu faire carrière. Mais j’ai refusé et me suis retirée pour devenir prof en banlieue dans un lycée professionnel. Ma place est là : enseigner aux jeunes les plus défavorisés. » Constatant combien leur situation s’est, depuis, aggravée, elle a récemment décidé de s’engager à nouveau en créant une association, REID, « Remédiation éducative individualisée à domicile », qui lutte contre l’illettrisme en très forte hausse parmi ces jeunes. Depuis la canalisation de leurs revendications par SOS Racisme – qui réunit plusieurs centaines de milliers de personnes à Paris en juin 1985 –, on peine à voir éclore une expression nouvelle, à la première personne, de ces nouvelles générations. Comme l’écrivait Abdellali Hajjat (dans son ouvrage avec Ahmed Boubeker), par rapport aux années 1980, « le contraste avec les révoltes de 2005 est saisissant. Alors qu’il s’est agi des révoltes les plus massives de l’histoire des banlieues françaises, force est de constater que leur débouché politique semble introuvable ». Pour Ahmed Boubeker, la situation apparaît pire qu’il y a vingt-cinq ans : « Alors que les problèmes sont souvent les mêmes, avec la police ou sur le marché du travail, les jeunes issus de l’immigration post-coloniale aujourd’hui sont encore plus éloignés de leurs racines. Ils ne se sentent pas vraiment français ni vraiment “beurs”. À cela, s’ajoute une absence quasi totale de connaissance des luttes du passé. » Et le sociologue de souligner, dans un ouvrage récent [3], la nécessité impérieuse et urgente de la réappropriation de cette histoire : « C’est le préalable de la reconnaissance : se reconnaître soi-même comme enraciné dans une lignée, comme héritier putatif d’une expérience de l’histoire dominée »…

Notes

[1] Histoire politique des immigrations (post)-coloniales. France 1920-2008, Amsterdam, 320 p., 19 euros (cf. Politis, n° 1012).

[2] cf. son dernier livre : La France. Autopsie d’un mythe national, Larousse, 224 p., 17 euros.

[3] Les Guerres de mémoires. La France et son histoire, Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson (dir.), La Découverte, 336 p., 20 euros. N. B. : Le film Douce France, la saga du mouvement beur, de Mogniss H. Abdallah (80 min., 1993), sera projeté le 5 décembre à 19h30 à la librairie Ishtar, 10, rue du Cardinal-Lemoine, 75005 Paris.

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