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 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 19:33

arton6446.png"Ce que je n’accepte pas"
Danielle Mitterrand, entretiens avec Gilles Vanderpooten
Editions de l’Aube - 109 p. - 7,10 euros

***

"Je ne veux pas me contenter de changer le monde, je veux changer de monde", raconte Danielle Mitterrand, décédée en novembre 2011, dans "Ce que je n’accepte pas", un livre d’entretiens posthume, à paraître le 19 janvier, où elle évoque son esprit de résistance et ses combats.

"Remettre en cause, protester devant l’incompréhensible, l’inadmissible, se rebeller contre les autorités (...) J’ai appris cela très jeune et par conséquence toute ma vie j’ai posé des questions", explique la veuve de François Mitterrand dans ces entretiens réalisés avec Gilles Vanderpooten l’été dernier à Latche.

Son époux n’échappait pas à ses interpellations : "Lorsque je ne comprenais pas la motivation d’une décision, j’interrogeais mon interlocuteur privilégié tout au long de ses deux septennats, surtout lorsque je discernais une contradiction entre ses convictions et ses actes", raconte l’ex-première dame, décédée le 22 novembre 2011 à l’âge de 87 ans.

De ses jeunes années dans la Résistance à son dernier combat pour l’accès à l’eau pour tous, "le refus de l’injustice a présidé toute ma vie", souligne Mme Mitterrand, dont le livre est publié aux éditions de l’Aube.

Danielle Mitterrand raconte aussi son combat pour le droit des peuples, comme les Kurdes, les Cubains ou les Quechuas, au travers de sa fondation France Libertés. "Je peux m’enorgueillir d’avoir participé (...) à la fin de l’appartheid en Afrique du Sud", rappelle-t-elle par exemple.

Affirmant ses convictions - "il faut être radical", "l’indignation est nécessaire" -, elle insiste sur la nécessité d’une "rupture avec le capitalisme" et explique avoir rejoint le mouvement des altermondialistes "parce qu’il était, et reste, le seul lieu où la défense des droits de l’homme se conjugue avec la défense des ressources indispensables à la vie".

Celle qui salue le mouvement des Indignés et les forums sociaux mondiaux qui lui ont "donné beaucoup d’espérance", les appelle à s’unir "pour mettre un terme à la dictature économique et financière".

"Mais c’est long, que c’est long. Surtout quand on a 87 ans. Je me dis que je ne verrai rien de tout cela. Mais je sais que le processus est engagé", conclue-t-elle.

 

http://www.aloufok.net/spip.php?article6446

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 19:18

194714840.jpgUn suivi des malformations des nouveau-nés menacé de suspension, un décret qui marginalise en douce les associations environnementales, des programmes de recherche sur la santé annulés... Les associations et les expertises indépendantes dérangeraient-ils certains intérêts ? Après une année marquée par plusieurs victoires, comme l’interdiction du bisphénol A, des phtalates et du parabène, elles voient en 2012 les obstacles se multiplier pour poursuivre leur travail d’alerte.

« Les associations indépendantes dérangent, c’est très clair sur les questions de santé-environnement. » André Cicolella, président du Réseau environnement santé (RES), n’y va pas par quatre chemins. « Beaucoup ont intérêt à ce que rien ne change », confie ce spécialiste de l’évaluation des risques sanitaires. Dernier exemple en date : l’attaque dont fait l’objet une petite équipe de chercheurs en épidémiologie à Lyon. Ils tiennent le Registre des malformations en Rhône-Alpes (Remera). Dans leurs archives, figurent plus de 60 000 dossiers d’enfants porteurs de malformations congénitales. Leur travail : tenter de déceler d’éventuels facteurs provoquant ou favorisant ces malformations, comme les pesticides ou les dioxines recrachées par les incinérateurs de déchets [1].

Or, l’existence de ce registre est menacé. Il vient, le 15 décembre, d’être « déqualifié » par le Comité national des registres, chargé de veiller à leur bonne tenue [2]. Une décision perçue comme « brutale » et « incompréhensible » à l’encontre du registre le plus important sur le sujet en France [3]. Et qui interroge : pourquoi s’en prendre au registre des malformations des nouveau-nés ? Le travail des chercheurs lyonnais gênerait-il ?

Des études qui dérangent ?

« Les malformations congénitales concernent plus de 3 % des enfants nés vivants et représentent la plus importante cause de mortalité infantile », explique Emmanuelle Amar, épidémiologiste et directrice du registre. Comme ces malformations ne font pas partie des pathologies à déclaration obligatoire, elles ne sont donc pas recensées sur l’ensemble du territoire. « De fait, seul un registre dédié à ce type de pathologies permet d’alerter les autorités sanitaires en cas d’augmentation du nombre de cas de malformations sur un territoire donné », indique l’épidémiologiste. « En neuf mois d’exposition de la mère, on a tout de suite un signal d’alerte. » Détecter une recrudescence de cancers liés à un même facteur, comme les cancers professionnels, peut prendre plusieurs années, le temps que la maladie se déclare.

Emmanuelle Amar et son équipe travaillent notamment sur les pesticides et les expositions professionnelles. « Nous essayons de comprendre les facteurs favorisant la venue de certaines malformations », mentionne t-elle à Basta !. « Nous avons, par exemple, étudié avec le Centre anticancéreux Léon-Bérard le lien entre les pesticides et le cancer du testicule chez le jeune adulte. » Une étude conjointe du Remera et de l’Inserm montre aussi le rôle des dioxines et des métaux lourds, émis par les incinérateurs d’ordures ménagères, dans l’augmentation des malformations urinaires constatée en Rhône-Alpes [4]. « La déqualification soudaine du registre est ahurissante, confie Emmanuelle Amar, surtout que les motifs invoqués ne tiennent pas. Je pensais jusque-là que c’était une simple question de réduction budgétaire. » Elle s’interroge désormais sur les vraies raisons qui ont poussé à cette sanction.

Conflits d’intérêts ou démocratie sanitaire

Dans une note d’analyse, le Remera démonte chacune des affirmations qui ont conduit le Comité national des registres (CNR) à déqualifier le registre. Fait troublant, la décision du CNR – composé de 22 experts en épidémiologie et santé publique – se fonde partiellement sur un audit de septembre 2011 diligenté par l’InVS (rattaché au ministère de la Santé). L’institut, membre du CNR, est aussi l’un des principaux financeurs du registre (85 000 euros par an sur les 220 000 euros de budget annuel de l’association). « Tout cela pose la question de la démocratie sanitaire et des conflits d’intérêts », s’agace Emmanuelle Amar.

L’auditrice mandatée par l’InVS aurait confié être « très mal à l’aise », devant « apprécier la qualité du travail fourni » tout en sachant que « l’InVS souhaite se désengager de ses financements », ajoute le professeur Jean-François Lacronique, président de l’association Remera [5]. « Ce n’est pas l’auditrice qui décide de la requalification du registre, mais les 22 membres du CNR, experts en épidémiologie et santé publique, qui votent à bulletin secret lors d’une réunion plénière, répond l’InVS à l’Agence de presse médicale. Le but est d’avoir des données de bonne qualité, pas de supprimer les registres. » L’InVS et l’Inserm viennent par ailleurs d’annoncer qu’ils continueront à financer le registre en 2012. Une façon de balayer les rumeurs selon lesquelles l’InVS voudrait se désengager. Appuyés par des médecins, des élus et des associations (voir la liste des soutiens), Emmanuelle Amar et son équipe ont déposé un recours gracieux contre la décision de déqualification. Il reviendra au CNR de décider s’il entérine sa première décision.

Casser le thermomètre

Cette polémique fait écho à la défiance accrue des citoyens à l’égard d’autorités sanitaires qui ne jouent plus leur rôle. « Que peut-on penser d’une institution publique comme l’InVS dont la mission consiste à organiser la veille sanitaire, et qui préfère détruire les outils de veille existants en santé-environnement ? », s’insurge André Cicolella. « Veut-on vraiment éviter un drame tel que celui du thalidomide ? » Ce médicament, commercialisé en 1955, est responsable de la naissance de milliers d’enfants porteurs de malformations sévères entre 1956 et 1961. S’il a fallu six années pour le retirer du marché, c’est parce qu’il n’existait à l’époque aucun système de surveillance des malformations congénitales permettant de recouper les données. C’est pour tirer les leçons de ce scandale que des registres ont été créés.

Ni l’InVS ni l’Inserm n’ont souhaité reprendre fin 2006 la gestion de ce précieux outil de veille sanitaire, alors que la société d’assurances Groupama se retirait de son financement. Une structure associative, le Remera, a donc vu le jour en 2007 pour gérer le registre, subventionnée par le biais de conventions annuelles, sans aucun fond de trésorerie. L’actuelle décision de suspendre ce registre sur les malformations congénitales va à l’encontre des dispositions du Grenelle et du Plan national santé environnement, qui insistent sur l’urgence de mieux connaître les facteurs toxiques qui affectent les nouveau-nés. « C’est la stratégie du thermomètre : on le casse pour ne pas voir la température », résume André Cicolella.

Briser l’élan

L’année 2011 a pourtant été marquée par des victoires considérables pour les réseaux associatifs. Après s’être prononcés en mai dernier pour l’interdiction des phtalates, des alkylphénols et des parabènes, les députés ont voté l’interdiction du bisphénol A (BPA) dans les contenants alimentaires en octobre 2011. Autant de substances qui sont classées cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (« CMR »)… « Dans le cas du BPA, nous avons montré que l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) ignorait 95 % des études scientifiques, et qu’elle ne remplissait donc pas son rôle », rappelle André Cicolella. La veille scientifique menée dès mai 2009 par les membres du RES a révélé l’impact sanitaire du BPA, à des doses très inférieures à la dose journalière admissible préconisée par l’Afssa, devenue Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire). Il a cependant fallu attendre le 27 septembre 2011 pour que l’Anses aboutisse aux conclusions des études indépendantes et admette le risque.

Face aux récents conflits d’intérêts qui ont secoué les autorités sanitaires, entachant leur prétendue indépendance, ces nouveaux réseaux associatifs gagnent en puissance et en crédibilité auprès des citoyens. Mais une autre décision risque de briser cet élan. L’Agence nationale de la recherche (ANR) a annulé le programme consacré à la santé environnementale lancé il y a un an. « Cette décision est d’autant plus surprenante qu’elle a été prise en catimini à la demande du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et du directeur du programme CESA (« Contaminants et environnement ») sans que le conseil scientifique de l’Agence nationale de la recherche n’ait été associé », indique le Réseau environnement santé. Pourtant, ce programme avait notamment permis de financer la recherche sur le chlordécone, un pesticide massivement aspergé sur les plantations de bananes aux Antilles. Un lien avait ainsi pu être démontré entre l’exposition au chlordécone et l’excès de cancers de la prostate chez les ouvriers agricoles des bananeraies de Martinique et de Guadeloupe (lire notre enquête). Une pétition pour le maintien du programme Cesa a été initiée par plusieurs associations.

« Les associations, ça commence à bien faire... »

Aux coupes budgétaires et aux menaces pesant sur les outils de veille, est venue s’ajouter la parution d’un décret, en juillet 2011, menaçant de condamner au silence les associations de défense de l’environnement [6]. Pour être reconnues d’utilité publique, ces associations devront désormais compter au moins 2 000 adhérents, exercer leur action sur la moitié des régions, et disposer d’un minimum de 5 000 donateurs. « On ferme la porte à toutes les petites structures locales qui font un travail extraordinaire en s’appuyant sur des associations nationales », note Roland Desbordes, de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). « Si ces associations n’existaient pas, nous n’aurions pas la même action car ce sont elles qui font remonter l’information », précise-t-il. L’État chercherait-il à choisir, parmi les associations pouvant siéger dans les instances consultatives, celles qui ne sont pas trop dérangeantes ?

« Il n’y a pas que le nombre qui fonde la reconnaissance, mais aussi l’expertise et la pratique », analyse, pour sa part, François Veillerette, de Générations futures, une association travaillant sur les dangers des pesticides. « Notre travail n’est pas d’aller chercher des adhérents. Nous préférons mettre cet argent dans l’expertise et l’information de nos concitoyens, explique-t-il. Par ce décret, on nous demande d’arrêter de faire une partie de notre travail pour arriver à être reconnu de façon administrative. » Du côté du Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid), très porté sur la thématique de l’incinération et du stockage des déchets, on ressent « une volonté de contrôler et de museler au niveau national et local ». Mettant en exergue l’indépendance financière comme gage de crédibilité, son directeur, Sébastien Lapeyre, considère que le nombre d’adhérents n’est pas un critère de représentativité. « On gagne des adhérents en étant reconnus par le développement de nos expertises et non en développant une stratégie marketing », insiste-t-il.

Ces contre-pouvoirs mal aimés des politiques

Ce décret est révélateur d’une atmosphère pas vraiment favorable aux expertises indépendantes. « Les députés UMP et les sénateurs ont très mal vécu le Grenelle de l’environnement et la place accordée aux associations dans la représentation des citoyens », avance François Veillerette, dans l’émission « Terre à Terre » (France Culture) du 3 septembre dernier. Faudra-il bientôt être élu pour être considéré comme un contre-pouvoir légitime ? Pour André Cicolella, tout l’enjeu consiste à ce que les associations aient les moyens de mener leur action. « Elles ont besoin de financements qui ne soient pas attribués par favoritisme mais pour le travail mené », explique-t-il. Un changement culturel d’envergure est à conduire. Afin que ce qui a fonctionné pour le bisphénol A puisse se reproduire pour d’autres dossiers, du mercure dentaire au risque nucléaire.

Sophie Chapelle

Photo : source

Notes

[1] Il existe une quarantaine de registres de ce type en France, financés, en dehors des registres sur les cancers, par l’Institut de veille sanitaire (InVS) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), dont cinq registres sur les malformations congénitales.

[2] Le Comité national des registres, coprésidé par l’InVS et l’Inserm, dilligente tous les quatre ans une procédure de requalification des registres (trois ans lorsqu’il s’agit d’une première qualification). Source : APM.

[3] Lire le courrier de déqualification.

[4] Lire le résumé de cette étude (en anglais).

[5] Lire la lettre adressée par le professeur Jean-François Lacronique à l’InVS et à l’Inserm.

[6] Lire L’État se débarrasse des associations qui dérangent.

 

 

http://www.bastamag.net/article2039.html

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 19:13

arton2050-d2fd6.jpgEn France, la moitié des salariés sont des femmes. Aux inégalités de salaires et de carrières persistantes, qui se répercutent au moment de la retraite, s’ajoutent des violences sexistes et sexuelles : chaque année 3 000 viols sont perpétrés sur le lieu de travail, souvent dans une quasi-impunité. Des associations et des syndicalistes se mobilisent sur ce sujet encore tabou.

« À travail égal, salaire égal ! » Le slogan date de… 1972. Quarante ans plus tard, on est évidemment loin du compte. En 2008, les écarts salariaux moyens entre hommes et femmes sont de 23,6 % dans le secteur privé et de 17 % dans la fonction publique d’État. Et à l’heure où sonne la retraite, les femmes perçoivent, en moyenne, 40 % de moins que les hommes. La structure même de l’emploi explique en grande partie ces différences de revenus. Puisque les messieurs ont des carrières plus complètes – les trois quarts des temps partiels sont occupés par des femmes – et davantage d’emplois qualifiés, donc mieux payés.

La lutte contre les temps partiels imposés, dont le nombre a explosé depuis les années 1990, apparaît cruciale. Les syndicats doivent aussi faire de la lutte contre les inégalités hommes/femmes une question prioritaire. C’est loin d’être le cas aujourd’hui. « Il y a des accords de principe, mais peu de bagarres sont menées, souligne Annick Coupé, de l’Union syndicale Solidaires. Il semble que ce soit toujours moins grave pour une femme d’avoir un salaire réduit. »

Des inégalités peu combattues

En 2008, au moment, où débute la crise, des négociations sont menées entre les syndicats et le patronat. Les mesures d’aides au chômage partiel sont activées. « C’est très bien. Il fallait le faire, commente Annick Coupé. Mais qui s’est déjà posé la question des salaires amputés des caissières, par exemple ? Qui s’est demandé comment, elles, bouclent leurs fins de mois ? Il est encore très ancré que les salaires des femmes viennent en appoint. »

Divers textes, arrachés au fil des années, mentionnent l’obligation pour les partenaires sociaux de négocier sur ces questions. En 1983, est imposé le rapport annuel de situation comparée (RSC) [1]] entre les hommes et les femmes, pour les entreprises de plus de 300 salariés du secteur privé. À partir de 2001, direction et syndicats sont tenus de négocier sur l’égalité professionnelle.

Cinq ans plus tard, en 2006, apparaît l’engagement de réduire les écarts salariaux. Des mesures permettant de supprimer les écarts de rémunération doivent être prises avant le 31 décembre 2010. Et, depuis le 1er janvier dernier, les entreprises d’au moins 50 salariés doivent disposer d’un accord collectif sur l’égalité professionnelle ou, au minimum, d’un plan d’action.

Mais ce dernier impératif n’est, pas plus que les précédents, assorti de mesures réellement coercitives. « Si rien n’a été mise en place au moment où passe l’inspecteur du travail, l’employeur a six mois pour remédier à la situation. Au terme de ce délai, il peut-être condamné à des pénalités financières d’un montant maximum de 1% de la masse salariale... mais cela reste à apprécier par l’inspecteur », regrette Annick Coupé.

Décontamination mentale

L’emploi des femmes pâtit aussi de la très inégale répartition de l’exercice des responsabilités familiales. « Les hommes n’assurent que 35 % des tâches domestiques, et cette proportion n’évolue que très lentement : le ratio n’a augmenté que de 3 % entre 1986 et 1999 ! », rappelle Annick Coupé. Elle souhaiterait que syndicats, patronat et pouvoirs publics encouragent davantage les hommes à prendre leurs congés paternité et parental. « Alors que les hommes en couple restent, pour 90 % d’entre eux, à temps plein quel que soit le nombre de leurs enfants, les femmes ne sont plus que 68 % à travailler à temps complet avec un enfant et seulement 39 % avec plusieurs enfants », détaille l’Observatoire des inégalités.

Selon Dominique Meda, sociologue, interviewée par nos confrères d’Alternatives économiques, il faudrait aussi « soumettre l’ensemble de la société à une grande "décontamination", à une radiographie de tous les stéréotypes de genre qui expliquent, de proche en proche, l’ensemble des inégalités : petites filles moins encouragées dans les petites classes, stéréotypes sur les métiers "féminins" et "masculins" véhiculés par les familles, le corps enseignant et les médias tout au long de la scolarité, préjugés sur les rôles familiaux qui font obstacle à un partage égal des responsabilités professionnelles… »

3 000 viols au travail par an

Très répandues dans le monde du travail, et le plus souvent impunies, les violences sexistes et sexuelles participent elles aussi à une persistance des inégalités, en même temps qu’elles les génèrent. Le seul sondage national sur ce sujet date de 1991 [2]. 19 % des femmes actives déclarent alors avoir été victimes ou témoins de harcèlement sexuel au cours de leur vie. Seize ans plus tard, en 2007, une enquête de l’Insee montre que près de 5 % des viols dont les femmes sont victimes se produisent sur le lieu de travail. Soit environ 3 000 par an.

Sur les 400 dossiers suivis en 2010 par l’Association européenne de lutte contre les violences sexuelles et sexistes au travail (AVFT), on relève 37 % de harcèlement sexuel, 36 % d’agressions sexuelles et 17 % de viols. « Sachant que, dans la plupart des cas, il y a cumul d’infractions », souligne Marilyn Baldeck, juriste et déléguée générale de l’association.

Dans 80 % des cas, l’agresseur est un supérieur hiérarchique. Les 20 % restant sont commis par des collègues. Tous les corps de métiers sont concernés : bâtiment, bibliothèque, consulat, groupe de cosmétique, café, secteur aéronautique, armée, ministères... font partie des nombreux secteurs répertoriés par l’association en 2011.

Impunité pour tous, ou presque

« Je savais que ça existait, mais quand ça m’est tombé dessus, je n’ai rien compris », raconte Julie, 27 ans, secrétaire dans un hôpital. « Un soir, alors que je m’apprêtais à quitter le boulot, mon supérieur hiérarchique m’a passé la main sous le tee-shirt, il m’a touché les seins, et le bas du ventre. » Très en colère, et décidée à faire respecter ses droits, elle est allée porter plainte au commissariat, où elle a été très bien reçue. « Mieux que par ma direction, note-elle, qui m’a dit que j’avais sans doute mal interprété son geste et qu’il valait mieux que je me taise. »

Convoquée à plusieurs reprises au commissariat, puis soumise à une expertise psychologique, Julie a finalement reçu, huit mois après avoir porté plainte, la notification de classement sans suite de sa plainte, pour « preuves insuffisantes ». Pour le moment, son agresseur continue tranquillement d’aller au travail. Alors qu’elle a été arrêtée plusieurs mois, et a subi, à la suite de cette agression, divers soucis familiaux. Qu’elles dénoncent des viols, des agressions sexuelles ou du harcèlement sexuel, les femmes sont bien souvent punies plutôt que félicitées d’avoir osé parler. Leur contrat de travail est rompu, pour diverses raisons : démission, licenciement suite à une déclaration d’inaptitude par la médecine du travail, licenciement pour faute (!), etc.

« Les harceleurs agissent parce qu’ils ont une quasi-certitude d’impunité, regrette Marilyn Baldeck. En 2009, il y a eu 78 condamnations pour harcèlement sexuel. Dont 25 % cumulés avec des agressions sexuelles. » Et selon les juristes de l’AVFT, ce très faible pourcentage de condamnations est directement lié à la définition même de l’infraction, trop évasive. « La loi ne dit pas ce qu’est le harcèlement. Il est écrit : “Le fait de harceler autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle.” Mais les violences sont beaucoup plus larges que les comportements visant à coucher. Ce devrait être tout ce qui gâche la vie des victimes, peu importe l’intention du harceleur ! » Dans la législation européenne, dont la France est censée devoir s’inspirer, l’intentionnalité de l’auteur n’est pas requise. Les effets du comportement dénoncé peuvent suffire à caractériser l’infraction.

Des délits qui ne sont pas des blagues

Attouchements, obligation à regarder des sites pornographiques, confidences intimes, blagues qui ne font rire que ceux qui les formulent, agressions, viols… Les comportements pouvant plomber la vie des femmes au travail sont divers et variés. « Mais le mal-être généré n’est pas exprimé par les femmes, constate Annick Coupé. Elles sont convaincues de ne pas être normales. Elles se débrouillent avec ce qui leur arrive. »

Et les syndicats ne sont pas assez présents à leurs côtés. « Nous avons trop souvent tendance à renvoyer les personnes qui s’adressent à nous vers des associations. Ou, pire, à minimiser le problème. Ce qui nous décrédibilise totalement », ajoute Christophe Dague, de la CFDT, en charge du programme Respectées. Instauré en 2009, le dispositif propose formations et sensibilisations des militants : délégués syndicaux, délégués du personnel, conseillers prud’hommes, conseillers du salarié…

« L’objectif est que ces militants soient identifiés comme aidants par les victimes et qu’ils fassent de la prévention », explique Christophe Dague. À Solidaires, la formation des délégués syndicaux devrait commencer cette année. « Il s’agit de rappeler que cela existe et dire que ce n’est pas extra-syndical. Seule la vigilance collective peut être efficace. C’est trop compliqué pour les victimes de se défendre seules, explique Annick Coupé. Mais cette première prise de conscience rencontre beaucoup de résistance. Trop d’entre nous restent persuadés qu’il s’agit d’une affaire privée. »

Responsabilité de l’employeur

Au sein des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), dans les commissions égalité, en tant que délégués syndicaux ou délégués du personnel, chacun peut, à son échelle, faire de la prévention. « Nommer les infractions est un préalable indispensable », explique Frank Mikula, président de l’Union des navigants de l’aviation civile (Unac). C’est l’objet du bulletin édité par le syndicat et qui a été distribué en 2011 aux 15 000 stewards et hôtesses de l’air d’Air France. « Avec, en plus, la formation de nos délégués, nous espérons agir en amont des violences, en plus de pouvoir accueillir les victimes. »

« Nous entendons aussi mettre les employeurs face à leurs responsabilités, insiste Frank Mikula. Une hôtesse de l’air d’une cinquantaine d’années est venue me raconter il y a peu qu’elle s’était plainte à son manager du fait que son commandant de bord lui avait posé la main sur les cuisses. “ À ton âge, du devrais être flattée”, lui a-t-il rétorqué. C’est absolument scandaleux ! Je suis allée voir la direction des ressources humaines pour qu’ils se rendent compte que le défaut de formation et d’information de leurs équipes est grave, et qu’il faut y remédier ! »

Dans le code du travail, il est précisé que l’employeur doit prendre des mesures pour prévenir le harcèlement et les agressions sexuelles et sexistes. « Et tout le monde a des prérogatives statutaires et légales sur ces questions, reprend Marilyn Baldeck. Le médecin du travail peut exiger de l’employeur qu’il trouve une solution. L’inspecteur du travail peut saisir le procureur et diligenter une enquête. Mais cela n’a jamais été une priorité et, en plus, ces deux corps sont en train de disparaître purement et simplement. »

Tolérance zéro

Pour Annick Coupé, il est important de « rappeler les souffrances vécues » pour éclairer les uns et les autres. L’instauration de la tolérance zéro semble aussi indispensable. « Il faut faire des rappels à la règle réguliers, reprend Christophe Dague. Les agresseurs savent mesurer leurs risques. Si le cadre d’équipe dit et répète que ce ne sera pas toléré. S’il précise que les sanctions seront immédiates, licenciement inclus, les gars ont – curieusement – moins de pulsions sexuelles irrépressibles… »

« Le monde du travail doit participer à la transformation de notre société vers plus d’égalité entre les hommes et les femmes », insiste Annick Coupé. Les acteurs associatifs et syndicaux qui ont entamé ce long mais indispensable travail concèdent que cela prend du temps… et que ce n’est jamais gagné. Raison de plus pour s’y mettre au plus vite.

Nolwenn Weiler

Photo : BNCTONY via Flickr

Participez à notre colloque : Pour ne pas perdre sa vie à la gagner ! Transformer le travail, un enjeu politique (consulter le programme)

Notes

[1] [Télécharger le rapportwww.travail-emploi-sante.gou...

[2] Sondage Louis Harris.

 

 

 

http://www.bastamag.net/article2050.html

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 16:34

624_341_b26fc5103fd08733f880f004828f656a-1326565907.jpgIl y a deux manières de raconter ce qui se passe en Europe. Selon le storytelling dominant, nous avons trop dépensé. Experts et éditorialistes devisent sur la France qui, comme les autres pays dépensiers, "vit depuis plus de trente ans à crédit". L'enjeu pour la gauche serait seulement de "donner du sens à la rigueur" en attendant de "relancer la croissance".

Ce scénario semble aussi évident que l'air que nous respirons. Il est pourtant contraire aux principaux chiffres officiels, et une narration alternative apparaît mieux fondée. Ainsi selon le rapport sur "La dépense publique et son évolution", publié par Bercy, la part des dépenses publiques dans le PIB français est passée de 52,8 % dans les années 1990 à... 52,9 % dans les années 2000.

Si les déficits et la dette ont flambé, ce n'est pas du fait d'une envolée des dépenses, mais à cause d'une réduction des recettes. Le manque à gagner annuel dû aux exonérations et baisses d'impôts consenties dans les années 2000 est chiffré par Gilles Carrez, député UMP et rapporteur du budget, à plus de 100 milliards d'euros. Et la crise financière a provoqué une chute brutale des recettes publiques déjà érodées par cette contre-révolution fiscale. Cette dette est celle de la finance et du néolibéralisme, pas des assurés sociaux ni des citoyens.

Deux narrations aussi contradictoires de l'histoire de la dette publique déterminent deux réponses antagoniques. Selon l'histoire officielle, une cure sévère d'amaigrissement budgétaire s'impose, sans débat autre que sur les modalités, pour que la France restaure ses finances publiques et que ses entreprises redeviennent compétitives. Dans la narration alternative, à l'inverse, la clé de la situation réside dans une réforme fiscale redistributive, couplée à une cure amaigrissante et une mise sous tutelle... du secteur financier.

En outre, la réforme fiscale, qui permet de réduire le déficit courant, n'épongera pas la dette : les intérêts versés en 2011 aux rentiers - ceux-là mêmes qui ont bénéficié des baisses d'impôts - se montent à 50 milliards d'euros, avant même la prochaine perte du triple A et de probables hausses des taux exigées par les marchés.

Pour alléger ce fardeau, préserver les services publics et la protection sociale, et enclencher une transition écologique, le débat démocratique devra déterminer si une part de cette dette est illégitime, c'est-à-dire contractée au nom d'arguments infondés et au bénéfice d'intérêts particuliers et, le cas échéant, décider un défaut sur cette partie de la dette. Les Etats devront à l'avenir se financer ailleurs qu'auprès des seuls marchés financiers, comme ils le faisaient jusqu'au début des années 1980 : faute de quoi ils ne pourront plus prétendre à aucune souveraineté.

Ils devront également prendre acte que cette crise est aussi celle d'un modèle de croissance insoutenable, et réorienter les investissements publics vers des programmes écologiquement plus sobres et plus riches en emplois, au lieu de grands projets productivistes, coûteux et obsolètes.

Mais si la narration critique a pour elle la vraisemblance du diagnostic, elle se heurte aux "évidences" martelées, et la nécessaire radicalité des réponses qu'elle appelle peut inquiéter. C'est pourquoi un appel pour un "audit citoyen de la dette publique" a été lancé mi-octobre 2011 par des personnalités et nombre d'organisations syndicales, associatives et politiques, rejoints depuis par plus de 50 000 citoyens (Audit-citoyen.org).

Des collectifs locaux se créent dans de nombreuses localités pour proposer aux citoyens de s'emparer de ce débat. Ces initiatives n'ont pas encore intéressé les médias, mais veulent susciter dans les profondeurs de la société un débat de la même intensité que celui qui a précédé le référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005.

Car les questions alors débattues se posent avec une tout autre acuité, à l'heure où le tsunami de l'austérité arrive d'Europe méridionale. Les réformes institutionnelles adoptées depuis un an, et parachevées par le "traité intergouvernemental à Vingt-Six" décidé au sommet européen de décembre, ne font que radicaliser une logique de répression budgétaire et de soumission aux marchés financiers, dont la crise manifeste pourtant l'échec patent. Alors que le navire de Maastricht s'est déchiré sur les récifs de la crise financière, les capitaines s'épuisent à coller des rustines sur les débris qui flottent.

Une idée a servi de clé de voûte à l'architecture européenne depuis Maastricht : les marchés sont plus intelligents que les gouvernements et les électeurs. Concurrence fiscale et sociale au sein d'un marché libre et non faussé ; réduction des recettes publiques pour augmenter la compétitivité ; obligation faite aux Etats, en cas de déficits, de se financer sur les marchés ; interdiction faite aux Etats de s'entraider financièrement... : la zone euro a été conçue pour éliminer les politiques économiques volontaristes et placer les Etats sous le pilotage automatique des marchés. La tentative désespérée de sauver cette architecture aux principes obsolètes ne peut qu'échouer, fût-ce avec des eurobonds (des titres communs pour mutualiser la dette des pays de la zone euro) qui resteront soumis au jugement et donc aux critères de "bonne gestion" des marchés.

L'échec programmé de ce sauvetage peut déboucher dans les années à venir sur un éclatement de l'euro et un déferlement des courants nationalistes, autoritaires et xénophobes qui travaillent les sociétés européennes. Mais le pire n'est pas certain. Les aspirations démocratiques, elles aussi, sont très vivaces en Europe, notamment dans la jeunesse, comme le montre l'essor des mouvements "indignés" dans les pays du Sud, jusqu'ici les plus touchés par la crise sociale et démocratique.

La nomination d'anciens dirigeants de Goldman Sachs comme chefs de gouvernement en Grèce et en Italie, ministre des finances en Espagne ou président de la Banque centrale européenne, ne passe pas. Pas plus que les cris d'orfraie devant l'éventualité d'un référendum, en Grèce ou ailleurs. Les citoyens ne veulent plus être "des jouets dans les mains des banques et des politiciens", comme disent les "indignés" espagnols. Ils veulent pouvoir peser sur leur avenir, faire des projets pour leurs enfants, stopper les dégradations sociales et écologiques qui les indignent.

Face à la surdité des élites, une insurrection démocratique est nécessaire en Europe comme d'ailleurs aux Etats-Unis, dans le monde arabe, en Russie... Il s'agit de refonder la démocratie dans le champ politique, par un recours intense aux mécanismes de la démocratie directe (initiatives citoyennes, référendums révocatoires...) et de la démocratie délibérative (conférences citoyennes, deuxième Chambre tirée au sort...).

Il s'agit aussi de l'élargir au champ économique, à commencer par le système bancaire, dont le sauvetage imminent par les deniers publics doit être l'occasion de le placer sous le contrôle non pas des fonctionnaires de Bercy ou de Bruxelles, mais de la société civile. L'horizon semble bouché par leur dette : dégageons-le en réinventant notre démocratie.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 16:27

Couv_Le_Pen_1-70b4d.jpgNous voici à une centaine de jours du premier tour de l’élection présidentielle. De nombreuses candidates et candidats sont désormais en campagne, et les apparitions dans les médias de masse se multiplient sous différentes formes. Mais la solide invariable de l’équation médiatique est la commande de sondages, ces thermomètres censés mesurer « l’opinion », assortis de leur publication et de leur interprétation.

Le 9 janvier, Libération nous livrait ainsi son dernier sondage commandé à Viavoice. Le résultat de ce sondage fait la « Une » du quotidien. Son titre révèle ainsi « l’information » que la rédaction estime la plus importante : « 30% n’exclueraient pas de voter Le Pen » (Nous avons gardé la faute d’orthographe pour rester rigoureux dans la citation). Le journal consacre alors quatre pages à Marine Le Pen, faites de témoignages recueillis dans des lieux où les idées de l’extrême-droite s’implantent et de « décryptage » des résultats du sondage.

Encore un sondage

Ce sondage nous propose diverses données, dont celle (essentielle pour les grands médias) de l’intention de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle, si celui-ci avait lieu ce dimanche 15 janvier 2012. Voici la question précise : « Si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, pourriez-vous voter pour Marine Le Pen ? ». Les réponses se divisent en 5 catégories : 8% « Oui, certainement » ; 10% « Oui, probablement » ; 12% « Non, probablement pas » ; 68% « Non, certainement pas » ; 2% « Ne se prononce pas ». À partir de ces résultats, les commentateurs ont jugé valable le calcul prosaïque suivant : en additionnant les trois premières catégories, on atteint le chiffre magique – et spectaculaire – de 30%, qui peut dès lors occuper la « Une »...

 

Regardons plus précisément la question et les réponses.

En ce qui concerne la question, tout d’abord. Qu’en aurait-il été si le sondeur proposait plusieurs choix de candidats pour le premier tour ? Avec la question posée précisément par Viavoice, il est demandé si la personne sondée « pourrait » voter pour Marine Le Pen. Cela ne garantit en rien que les sondés voteraient effectivement pour elle face à n’importe quel candidat. Pour que ces résultats soient interprétables (ou du moins, un peu moins ininterprétables), il faudrait reposer cette question avec tous les autres candidats à l’élection présidentielle. En effet, serait-il exclu qu’une personne habituellement proche des idées de François Bayrou « puisse » voter pour François Hollande ou pour Nicolas Sarkozy ? Serait-il exclu qu’une personne proche des idées de Jean-Luc Mélenchon « puisse » voter pour Philippe Poutou ?

Pour preuve, il suffit que la question soit modifiée dans le même sondage pour qu’immédiatement les résultats changent radicalement. Dans la catégorie « souhaits de victoire de candidats », Le Pen passe de 17% en août 2011 à 15% en janvier 2012… Nous sommes donc très loin des 30% des électeurs qui n’excluraient pas (sans « e ») de voter Le Pen.

 

Sondage_Le_Pen_2-3880f.jpg

 

Les réponses ensuite. Intéressons-nous très rapidement à la sémantique et à l’interprétation des réponses proposées. « Non, probablement pas » semble être un « non » moins affirmatif qu’un « Non, certainement pas » mais qui n’engage en aucune manière un comportement. De plus, sauf erreur de notre part, il y a bien une différence entre un « non » et un « oui ». Toutes ces affirmations, avec les nuances qu’elles comportent, ne peuvent donc absolument pas être mises sur le même plan. De plus, il est tout à fait probable que la valeur attribuée à une réponse pour un sondeur (ou un commentateur de sondage) soit différente de celle que lui attribue le sondé. Quelle différence de valeur un sondé accorde-t-il, par exemple, entre un « probablement » et un « certainement » ? Entre un « oui » et un « non » ? De toute évidence, pas la même que celle de l’expert es sondologie, qui n’a « probablement » pas prévenu le sondé qui répondrait « non, probablement pas » qu’il ferait partie du même ensemble que celui qui a répondu « oui, certainement ».

Dépolitisation du débat

Le déferlement de sondages sur la « dynamique » du Front National continue donc. Souvenons-nous que l’année dernière, Libération avait publié en « Une » du 7 mars 2011, « Le Pen à 23% : Le sondage qui dérange ». Le Parisien, la veille, en faisait de même, « Sondage – présidentielle : Marine Le Pen en tête du 1er tour »… alors que nous étions à 13 mois du premier tour du scrutin, avec encore aucun candidat déclaré ! Souvenons-nous aussi de Dominique Strauss-Kahn qui était le « champion » de la gauche et qui a fini disqualifié. Tous ces sondages n’ont guère de pertinence à des dates aussi éloignées des échéances. Mais le pire est que ce genre de pratique peut entretenir, voire contribuer à créer un dynamisme autour de tel ou tel candidat. Tels des prophéties auto-réalisatrices, les sondages peuvent contribuer, en imposant de manière récurrente les personnalités « favorites », à fausser les scrutins.

 

Couv_Le_Pen_2-84c56.jpgEn effet, la fréquence de ces sondages entérine dans le champ médiatique un affrontement qui paraît inéluctable pour le premier tour de l’élection présidentielle. La tendance est parfois au passage direct au second tour. La « Une » de Libération sur Marine Le Pen, qui véhicule un message à peine subliminal, celui de l’appel au « vote utile », aura en effet tendance à culpabiliser les électeurs en les mettant face à leurs « responsabilités ». Ces procédés, qui se coulent dans le fonctionnement institutionnel même de la Vème République, résument les échéances électorales à des affrontements qui ne sont plus fondés sur la base des projets politiques mais bien sur des personnes, adulées ou honnies.


Lucas Gomez et Julien Salingue

http://www.acrimed.org/article3750.html

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 12:52

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http://www.marianne2.fr/Les-coulisses-des-emissions-litteraires_a214052.html

Rares sont les animateurs qui ouvrent les livres sur lesquels ils s'extasient à l'écran. Petites révélations sur un monde d'imposture où les fiches pré-mâchées et le « bon client » font la loi.

 


C'est un secret de Polichinelle dont on se gausse en privé, mais dont on n'a pas le droit de parler en public : les animateurs des émissions littéraires lisent rarement les livres dont ils clament le plus grand bien face caméra. Pas tous, bien sûr. Qui alors ? « Tout le monde le sait... mais personne n'acceptera de vous le dire », affirme un éditeur parisien, qui demandera toutes les dix minutes si notre entretien est bien off. Il explique : « La télévision a un pouvoir énorme : elle fait vendre des livres alors que le secteur est en crise. Aucune maison d'édition ne prendra le risque de se fâcher avec un présentateur ou un producteur. Etre blacklisté par François Busnel, qui anime « La grande librairie », ou Catherine Barma, qui produit « On n'est pas couché », c'est le cauchemar absolu ! »

Impossible, donc, de dresser un palmarès des présentateurs les moins scrupuleux. Mais on peut décrypter la façon dont fonctionnent les programmes plus ou moins « culturels » où sont reçus des écrivains et des intellectuels. Une fois rassurés quant à l'anonymat de leurs propos, les présentateurs, les attachées de presse, les écrivains, mais aussi les hommes de l'ombre qui oeuvrent au bon déroulement de ces shows télé annoncent clairement la couleur : le livre n'étant plus qu'un prétexte pour constituer un plateau de célébrités, à quoi bon le lire ? Appelons-le Marc. Quadra au look estampillé « télé » (lunettes carrées, blouson de cuir, jean brut), Marc travaille depuis quinze ans pour les plus grandes émissions culturelles du PAF. Son job ? Programmateur. Traduction : quand un présentateur décide d'organiser un débat télévisé sur l'autofiction ou un focus « spécial rentrée littéraire », il fait appel à Marc pour qu'il lui déniche une brochette d'auteurs. Et il l'assure : « La qualité de l'ouvrage ne fait pas partie des critères de sélection. La première question que te pose l'anim, c'est : « Est-ce que c'est un bon client ? » Un « bon client », c'est un auteur célèbre qui fait des blagues. Si ce n'est pas le cas, il faut qu'il « passe bien ». En clair : qu'il ait une belle gueule et qu'il ne soit pas trop compliqué. Au minimum, il faut qu'il ait « quelque chose » : qu'il soit très jeune, très trash ou qu'il évoque un thème nouveau. » A l'entendre, on comprend mieux pourquoi on voit toujours les mêmes auteurs à la télévision : ils ne sont pas nombreux à remplir de telles conditions.

Certains, en revanche, cumulent les bons points : « David Foenkinos, par exemple, c'est le bon client idéal : drôle, séduisant, ses livres ne sont pas compliqués et il a réalisé un film avec Audrey Tautou, ce qui lui donne une dimension paillettes. » Bingo ! D'autres sont carrément hors compétition. Ce sont les « écrivains stars », comme Amélie Nothomb, Jean-Christophe Grangé ou Alexandre Jardin... Qui sont traités comme de véritables people. Leur participation à une émission de télévision se négocie en direct entre l'animateur et la maison d'édition. Des tractations qui débutent... avant même que le livre ne soit imprimé. C'est dire si le texte est accessoire. « L'enjeu, pour le présentateur, c'est d'avoir «l'exclu», d'être le premier à le recevoir. Un auteur de best-sellers, même s'il a écrit un livre de cuisine, ça fait de l'Audimat, et ça, c'est la grande préoccupation des émissions de télé, fussent-elles culturelles... » raconte Amandine, attachée de presse pour un grand éditeur du VIe arrondissement de Paris.

Profession : fichiste

Dans certains cas, ce n'est donc qu'une fois le plateau constitué que se pose la question de la lecture. Et là, chaque animateur a sa technique, classée ainsi par Marc : « Il y a ceux qui bouquinent vraiment, ceux qui feuillettent les 20 premières pages, ceux qui jettent un oeil aux passages qu'on leur a «stabilo-bossés», ceux qui regardent la quatrième de couverture et ceux qui se contentent de répéter ce qui est marqué sur leur fiche. » Ah, la fameuse fiche ! Exhibée par Thierry Ardisson, plus ou moins dissimulée par ses confrères, elle est indispensable au bon déroulement d'une émission. A tel point que sa rédaction est devenue un métier à part entière : fichiste. Les fichistes, ce sont ces petites mains qui lisent les livres, notent les thèmes forts, recopient les noms des personnages et les citations chocs. A peine sortie d'une école de commerce, Vanessa, 21 ans, a décroché un job de fichiste dans une émission littéraire présentée par une star du petit écran. Après un entretien d'embauche expéditif (« On ne m'a même pas demandé si je m'y connaissais un peu en littérature. En fait, il suffit de savoir lire »), elle est repartie avec quatre ouvrages à « ficher » pour la semaine suivante. Les consignes ? « Ecrire en corps 22 et rendre impérativement les fiches le mardi... vu que l'enregistrement a lieu le mercredi matin. » Sur la base d'un tarif fixé à 100 € brut la fiche, Vanessa gagne près de 1 200 € net par mois : pas mal pour un premier emploi. Même si c'est évidemment beaucoup moins que le salaire de celui qui répète « mot pour mot » ce qu'elle a inscrit sur la fiche ! « Une fois, il a même repris ma comparaison sur le style de l'auteur et un solo d'Hendrix. Quand l'auteur lui a demandé à quel morceau il avait pensé, il a bien galéré ! Après, il m'a demandé d'éviter les métaphores musicales. »

Autrefois simple roue de secours, la fiche est devenue, dans certaines émissions, la roue avant qui tracte la machine ! Thierry Ardisson en avait même fait un emblème du talk-show « Tout le monde en parle ». A raison d'un paquet par invité et d'une par question, pas moins de 700 fiches passaient entre ses mains au cours d'une émission. Et une dizaine de salariés étaient exclusivement employés à leur rédaction. Maya a ainsi « fiché » plus de 150 invités, en particulier des écrivains et des intellectuels, « parce que mon année en khâgne m'avait appris à lire vite des livres compliqués ». La fiche version Ardisson était plus détaillée que dans d'autres émissions, mais aussi moins intello : « La thèse de l'auteur ne devait pas excéder deux ou trois lignes, mais il fallait en mettre des tartines dans les cases «famille» ou «psycho». » Bref : la jeune khâgneuse passait plus de temps à dénicher une phobie du noir chez un écrivain qu'à lire son roman. Un gros boulot : elle y consacrait entre huit et dix heures par invité. Le salaire n'excédant pas, à l'époque, 400 F par « fiche écrivain », elle avait d'autres activités professionnelles pour subvenir à ses besoins. Dans ces conditions, difficile de résister à la tentation de lire en diagonale... Au risque de laisser passer quelques boulettes. « Un jour, j'ai cru lire qu'un romancier avait un frère écrivain. En fait, il avait employé dans son livre le mot «frère» pour désigner un ami très proche. La honte ! Heureusement, la séquence où il expliquait à Thierry qu'il avait «mal» lu le bouquin a été coupée au montage... »

Aisance bluffante

Une bévue sur une fiche pouvant coûter très cher, certains producteurs d'émissions à très forte audience n'hésitent pas à mettre la main au porte-monnaie pour encourager les fichistes à lire sérieusement les ouvrages. A 23 ans, Manon a ainsi touché 4 000 € mensuels pour ficher les livres signés par les invités d'une célèbre émission du service public.

Mais les contraintes de la télévision obligent parfois à aller vite. Les écrivains peuvent se décider à la dernière minute, alors pour s'envoyer 500 pages en quelques heures, Manon et ses collègues avaient leur méthode : « On déchirait le bouquin en cinq et on lisait une partie chacun. Evidemment, quand tu tombes sur les pages 115 à 248, tu ne comprends pas grand-chose à l'histoire... Mais, au moins, tu l'as lu avec attention. Et c'est plus respectueux pour l'auteur que d'avoir survolé la totalité. » Question de point de vue.

Mais comment les présentateurs d'émission arrivent-ils à faire semblant ? Sous les feux des projecteurs, ils semblent parfois tellement à l'aise qu'on peine à croire qu'ils parlent de livres dont ils n'ont lu que des passages. En premier lieu, ils peuvent compter sur des équipes de qualité : des fichistes, mais aussi des collaborateurs épris de littérature qui savent leur transmettre l'émotion qu'ils ont ressentie. « Tous les animateurs ont une assistante, généralement une femme, qui est un peu leur « cerveau ». Elles lisent les livres et leur racontent : ils se comprennent si bien qu'après une demi-heure de conversation les animateurs peuvent te parler du bouquin comme s'il l'avait lu eux-mêmes ! » décrypte un programmateur, pour qui ces femmes, totalement inconnues du grand public, sont les véritables « âmes des émissions ». Ensuite, les animateurs peuvent s'appuyer sur leur excellente culture générale. C'est même l'argument le plus communément avancé pour justifier le fait qu'ils n'ont pas lu les ouvrages dont ils parlent à la télévision. La phrase « L'animateur n'a pas besoin de lire les livres des invités, il en a déjà lu plein » est un refrain repris en choeur par les petites mains de la télé. En langage plus élaboré, cela donne : « Mon boss est tellement cultivé, il connaît si bien le contexte culturel dans lequel un livre s'inscrit, qu'il ne lui est pas nécessaire de l'avoir lu pour poser des questions pertinentes à son auteur », affirme, sans rire, le collaborateur d'un monument de la critique littéraire à la télévision. S'il reconnaît cependant que ses références « commencent à dater » et que « ça commence à se voir qu'il n'a pas beaucoup bouquiné ces dernières années », il estime que, « en sortant beaucoup, en voyant beaucoup de gens, il arrive à capter l'essence d'un livre ». Ce qui doit, au fond, prendre plus de temps que de le lire une bonne fois pour toutes !

Le monde du survol

Mais c'est surtout la façon dont les émissions sont bâties qui permet à leurs animateurs de zapper la case « lecture ». Concrètement, à la télévision, il est bien peu question de littérature, de style et de structure narrative. On y parle surtout de l'accueil qui lui a été réservé par la presse et du nombre d'exemplaires vendus ou mis en place. De plus, la multiplication des invités raccourcit le temps consacré à chacun et autorise un simple survol. Dix minutes, quinze à tout casser, c'est juste assez pour évoquer l'histoire du livre, et encore... Thomas, fichiste pour une émission qui a disparu du PAF, a pu constater que son animateur vedette n'avait effectivement pas besoin de lire les ouvrages des auteurs, car il ne posait qu'une seule question sur le livre lui-même. « Le déroulé est toujours identique : il le présente pendant cinq bonnes minutes, puis il lui demande comment il va et s'il est content du succès de son livre. Ensuite, il l'interroge sur les raisons qui l'ont poussé à écrire un livre sur ce thème. Ensuite, il le fait parler de ses projets. Et hop, on passe à un autre. » Les écrivains se retrouvent sommés de « pitcher » en quelques secondes un livre qu'ils ont mis parfois plusieurs années à écrire. Un exercice d'autant plus difficile qu'ils sont, par nature, plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral ! « Tous n'ont pas la faconde d'un Jean d'Ormesson, résume notre éditeur anonyme. Alors, avant l'antenne, on leur donne des tuyaux : axer sur tel personnage, centrer sur un thème en particulier, parler vite pour en dire le plus possible, mais faire des phrases courtes. » En clair : de véritables séances de media-training !

Dans le meilleur des cas, un débat plus général s'engage autour des thèmes développés dans le livre. Quitte à réduire une oeuvre à une question de société. Ainsi, la présence de Michel Houellebecq sur un plateau débouchait il y a peu encore neuf fois sur dix sur un symposium au sujet des partouzes en France et du tourisme sexuel en Asie. Dans ces conditions, nul besoin de se plonger dans la prose houellebecquienne : une simple revue de presse suffit pour mener les débats ! Particulièrement frappante à cet égard, la récente tournée médiatique de Sophie Fontanel, auteur de l'Envie (Robert Laffont), récit dans lequel elle racontait la période de sa vie où elle avait cessé de faire l'amour. Rares sont les présentateurs télé qui l'ont interrogée sur le ton du livre ou une tournure de phrase. La qualité littéraire d'un texte décrivant les contours de l'absence de désir aurait pourtant mérité une autre approche que quelques considérations sur le phénomène du no sex dans la société contemporaine, et d'autres questions que l'immanquable : « Mais ça ne vous titillait pas un peu en bas ? » Mais, pour cela, il aurait fallu lire le livre ! Ce n'est pas un hasard si ces deux exemples évoquent la sexualité. « C'est « le » sujet qui permet de booster l'audience sans trop se fatiguer. Pour l'animateur, quel est l'intérêt de se fader des bouquins complexes sur « la littérature et la pornographie » quand il peut avoir sur le plateau un people qui parle de fesses ? » résume Marc, le programmateur à la dent dure.

Le jeu des éditeurs

Au fond, exiger de la littérature qu'elle s'adapte au «format télé», à ses contraintes d'Audimat, de vitesse et d'images, est une gageure. Pourtant, personne ne souhaite qu'elle disparaisse du petit écran. A commencer par les professionnels de l'édition qui, on l'a vu, comptent sur lui pour doper leurs ventes : « Un passage dans une émission en prime time, c'est l'assurance de grimper, dès le lendemain, dans la liste des meilleures ventes de livres sur Amazon », rappelle notre éditeur, qui en dépit de son regard critique sur le système ne se prive pas de jouer le jeu. Pendant ce temps-là, les téléspectateurs, eux aussi, rêvent d'une télé qui serait au service du livre... mais, il est vrai, dans un sens plus glorieux.
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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 12:50

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http://www.bastamag.net/article2027.html

 

À en croire la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, la France sera bientôt couverte de bâtiments écologiquement exemplaires. Et ce grâce à la nouvelle réglementation thermique (RT 2012), qui encadre désormais les constructions neuves. Manque de formation des professionnels, mauvais calculs des performances thermiques, faibles contrôles et absence de transparence : quand la révolution promise se transforme en imposture.

 

 

« Le Grenelle a révolutionné le secteur de l’habitat avec l’introduction d’une réglementation thermique », assure, à l’automne, la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet [1]. Courant 2012, la France est ainsi censée réaliser « le saut énergétique le plus important » de « ces trente dernières années ». Telle est la promesse énoncée il y a deux ans par le prédécesseur de NKM, Jean-Louis Borloo, et Benoist Apparu, secrétaire d’État en charge du Logement, lors de leur présentation de la nouvelle réglementation thermique 2012 (RT 2012), qui entre en vigueur pour la construction de nouveaux bâtiments entre fin 2011 et fin 2012.

Issue du Grenelle de l’environnement, la RT 2012 impose de nouvelles normes, plus strictes que celles de la RT 2005. Peu exigeante, cette dernière n’a surtout jamais été vraiment appliquée. Un rapport parlementaire [2] fait état d’une violation massive de cette précédente réglementation : plus de la moitié des constructions ne l’ont pas respectée. Le bâtiment est pourtant un secteur crucial pour alléger les consommations d’énergie, diminuer la facture des ménages comme les émissions de CO2 (lire notre article sur le scénario Négawatt). Chauffage, climatisation ou eau chaude représentent 40 % de notre consommation d’énergie.

Intégrée dans la loi Grenelle II, la RT 2012 oblige tout déposant de permis de construire à garantir que son bâtiment ne consommera pas plus de 50 kilowattheure par m2 et par an. C’est deux fois moins qu’auparavant. Et plus de trois fois moins que ce que consomment bien des bâtiments actuellement. Les exigences sont assez proches de celles du label bâtiment basse consommation (BBC). Elles s’appliquent aux bâtiments publics et aux bâtiments tertiaires privés depuis le 28 octobre 2011 et sera généralisée aux autres constructions (dont le résidentiel privé) à compter du 1er janvier 2013. Cette révolution annoncée changera-t-elle vraiment les choses, et réduira-t-elle la facture énergétique des constructions neuves ?

Pénurie de professionnels compétents

Habitués à travailler chacun dans leur coin, les professionnels du bâtiment – des architectes aux maîtres d’œuvre en passant par les électriciens, les maçons et les plombiers – sont peu au fait des techniques de construction permettant d’aboutir à des édifices thermiquement performants. Leur manque de formation est tel que, sur le terrain, nombre de personnes assurent qu’il sera impossible d’appliquer les exigences imposées par la RT 2012 dans les délais annoncés.

Conscient de ce défaut de savoir-faire, Jean-Louis Borloo et Benoist Apparu avaient annoncé la formation de 120 000 professionnels d’ici à 2012. En juillet 2011, la FEEBat, chargée d’assurer ces enseignements, en comptabilisait seulement 37 000. D’autres cabinets, associations et groupements d’artisans non intégrés au dispositif général ont délivré des formations au coup par coup. Les savoir s’échangent aussi directement entre professionnels motivés. Même en les prenant en compte, on est loin de l’objectif affiché !

Hausse des coûts de la construction

Ce défaut de compétences risque de retarder les échéances et de faire gonfler la facture, puisque les services des personnels qualifiés, pas assez nombreux, pourraient bientôt s’acheter à prix d’or. Les nouvelles exigences en matière d’études généreront aussi des surcoûts. Le gouvernement évoque une hausse de 7 à 8 %. Le bureau d’études Xerfi prévoit une augmentation de 15 à 20 % des devis !

Cette RT 2012 pourrait surtout n’améliorer que très faiblement les performances des nouvelles constructions. « L’objectif global en consommation d’énergie sera modulé selon un certain nombre de points qui ont un impact sur les consommations d’énergie, notamment la zone climatique, le type d’utilisation des locaux (hôpital, bureau, école, logement…), le type d’énergie utilisé », avertit le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) sur son site Internet.

Les calculs hasardeux du ministère de l’Écologie

Des méthodes de calcul sont donc élaborées pour aider les concepteurs à atteindre les objectifs de la réglementation. Analysées à la loupe par un groupe de travail du réseau Écobâtir, ces méthodes contiennent plusieurs incohérences. « Les 50kWh/m2/an sont annoncés comme valeur absolue, éclaire Frédéric Loyau, thermicien, et membre du réseau Écobâtir. Mais il y a des pondérations par type de bâtiment. Sur certains édifices publics, on pourra ainsi arriver à 150 kWh/m2 ! C’est d’autant plus étonnant que dans ces bâtiments les besoins en eau chaude sont très réduits, voire nuls. »

Pour les habitations, la température de référence a été située à 16 °c dans la journée, partant du postulat que tout le monde travaille, et a donc moins besoin de chauffage… Les surfaces prises en considération ont été majorées [3]. Ajouter des m2 « fictifs » et prévoir des habitudes de consommation très basses comportent le notable avantage de diminuer virtuellement la consommation thermique moyenne, quelle que soit la performance thermique réelle des bâtiments. « Passer de 100 m2 à 110 m2, quand on calcule l’efficacité énergétique au m2, c’est loin d’être anodin », explique Frédéric Loyau. Autre ovni : le gouvernement considère que les gens partent tous une semaine en vacances en hiver. Période pendant laquelle ils couperaient leur chauffage. Une semaine de moins au compteur théorique, c’est toujours ça de pris ! « C’est très clairement une manière cachée de dégrader les exigences initiales », affirme le réseau Écobâtir.

Des contrôles peu scrupuleux

Le gouvernement promet également des contrôles plus efficaces. Ce qui n’est pas très difficile… puisqu’ils étaient inexistants. « Le maître d’ouvrage devra joindre une attestation à sa demande de permis de construire, explique un fonctionnaire de la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), chargée d’organiser ces contrôles. Cette attestation assurera, notamment grâce à une étude thermique, que les exigences règlementaires sont bien prises en compte. » Une seconde attestation, remise à l’autorité ayant délivré le permis de construire en fin de construction, est censée confirmer le respect des mesures annoncées par la première attestation.

Qui peut délivrer cette attestation finale ? Un architecte, même s’il a participé à la construction, une société de diagnostic en contrôleur thermique, un certificateur. « Imagine-t-on réellement quelqu’un s’auto-évaluer avec objectivité ?, interroge Frédéric Loyau. Ou le faire même pour un collègue ? » Il est en plus compliqué de déceler les libertés prises avec la réglementation dès la première étude thermique de départ. Une personne non formée ne peut pas les voir. « Quant au test d’étanchéité à l’air, il ne donne pas d’informations sur la qualité de maîtrise d’œuvre, comme la pose des isolants, par exemple. »

Pas de sanctions dissuasives

Annoncé comme systématique par les textes, et par la DGALN, le test d’étanchéité à l’air ne sera en fait pas obligatoire pour tout le monde. Sous réserve d’entrer dans la « démarche qualité », certains constructeurs auront la possibilité de faire des études thermiques sur leurs maisons de catalogue, assorties de quelques tests d’étanchéité. Qui seront valables ensuite pour toutes ces nouvelles maisons… Des contrôles inopinés sont-ils prévus ? « C’est possible dans les trois ans suivants la fin du chantier, explique-t-on à la DGALN. Mais, bon, on ne peut pas mettre un fonctionnaire derrière chaque constructeur ! »

Les défenseurs de la RT 2012 s’appuient sur l’annonce d’une amende de 45 000 euros, voire d’une peine de prison, pour les professionnels ne respectant pas la réglementation. Mais comme les éléments de calcul sont très difficiles à mesurer, et que les estimations de départ, même de bonne foi, ne sont pas prédictives, de quels moyens dispose un client lésé pour mettre en cause qui que ce soit ? Sans compter qu’une fois que les erreurs sont commises, il est très compliqué de les corriger. Démolir des pans entiers d’une habitation pour refaire l’isolation est très coûteux. « Dans les faits, un maître d’ouvrage n’aura aucune possibilité de mettre en cause un maître d’œuvre qui aurait mal construit sa maison », assurent les professionnels d’Écobâtir.

Transparence chez les autres, opacité en France

Parler d’une réglementation qui serait au top au niveau européen les fait donc gentiment sourire. Anne Gérin, de la Maison passive, rappelle ainsi que « l’Allemagne et l’Autriche se sont lancées il y a vingt ans dans l’habitat passif », qui consomme moins de 15Wh/m2/an (soit trois fois moins que la nouvelle réglementation française). Voire produit plus d’énergie qu’il n’en consomme. « En Autriche, une région entière est bâtie en passif. En France, le premier habitat passif est apparu en 2005. Et, pour le moment, il n’est pas du tout subventionné. »

La révolution annoncée par le gouvernement ressemble davantage à une opération de communication. Même si la RT 2012 amorce certains changements intéressants, la promesse de diviser par deux ou trois les consommations est une imposture. « On aura, au mieux, une diminution de 20 à 30 % », dit Frédéric Loyau. Qui s’inquiète même, avec ses collègues, de l’impossibilité pour des systèmes traditionnels, et efficaces thermiquement, comme le pisé, d’être dans les clous de la RT 2012. Chez certains de nos voisins, les logiciels de calculs réglementaires sont des outils gratuits, simples et utilisables par tous. En France, il demeure un secret d’État, incompréhensible, et très complexe. Y aurait-il donc des choses à cacher ?

 

Nolwenn Weiler

 

Photo : source

Notes

[1] Le 25 octobre 2011, lors d’une visite à Vénissieux.

[2] Rapport de l’Office parlementaire des choix scientifiques (OPESCT.)

[3] Par exemple, la surface hors d’œuvre net (SHON) est d’office majorée de 5 %, que l’on enlève normalement pour tenir compte de la surface grignotée par l’isolation.

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 23:12

images.jpegEn se rapprochant, l’élection présidentielle de 2012 suscite des évocations du 21 avril. Ce jour sans année est devenu le symbole de la surprise électorale. En 2002, il s’agissait de la qualification du candidat de l’extrême droite pour le deuxième tour de l’élection présidentielle. Sidération sans lendemain puisque ce deuxième tour ne lui apporta pas beaucoup de ralliements et que Jean Marie Le Pen fut littéralement balayé par son concurrent, avec moins de 20 % des suffrages exprimés. La nature de la surprise biaisa alors quelque peu la compréhension de l’événement, le ramenant à sa singularité au lieu d’en révéler la logique. Il est vrai que la surprise ne guide guère vers les ressources de la rationalité. En évoquant préventivement un 21 avril, à l’envers ou à l’endroit, les commentateurs nous tirent aujourd’hui sur ce terrain des paradoxes du vote.

Le 21 avril a en effet mis en œuvre une situation qui est une des modalités concrètes du paradoxe de Condorcet, selon laquelle aucune fonction de choix ne permet d’agréger des préférences individuelles en choix collectif de manière indiscutable. Dans le mode de scrutin présidentiel où il s’agit d’élire un candidat unique à partir d’un scrutin uninominal majoritaire à deux tours avec deux seuls compétiteurs au deuxième — contrairement au scrutin législatif où un nombre de suffrages suffisant par rapport aux inscrits permet de se maintenir et d’organiser des élections triangulaires voire quadrangulaires - un candidat peut être éliminé alors qu’il serait élu dans toutes les figures de duel et qu’à l’inverse des candidats peuvent être qualifiés pour un deuxième tour qu’ils ne peuvent emporter. Ainsi, Lionel Jospin, souvent donné favori, fut-il éliminé par Jean Marie Le Pen qui n’avait aucune chance de gagner. Jacques Chirac était déjà élu lors du premier tour.

Aucune solution n’est parfaite pour contrecarrer ces incohérences malgré la recherche de moyens techniques plus ou moins sophistiqués. Dans de petits groupes, une méthode est fréquemment appliquée, le vote indicatif, soit un tour de scrutin « pour rien », sinon pour évaluer préalablement la situation, les chances respectives et les risques éventuels d’effets pervers. Cela suppose que les paradoxes du vote soient plus probables en situation d’opacité que de transparence. Si on s’en tient en effet au scrutin secret, un voile d’ignorance recouvre les choix individuels. Cette norme est cependant nominative mais non collective. Il a toujours existé des anticipations justes ou erronées des chances respectives. Or aujourd’hui, une technologie joue ce rôle d’instrument d’anticipation des chances collectives, et à cet égard on peut bien prétendre qu’elle ne respecte pas complètement le secret du vote, il s’agit des sondages sur les intentions de vote. Toutefois, la proximité du scrutin rend ces sondages bien plus fiables que tous ceux qui fleurissent bien longtemps avant.

Le 21 avril est aussi une surprise électorale à cause de l’instrument qui diffusait la lumière. Tous indiquaient sans ambiguïté que Jacques Chirac et Lionel Jospin arriveraient en tête au premier tour. On sait que les sondeurs prétendent ne jamais se tromper, d’une manière générale, en affirmant que leurs sondages ne sont pas des prédictions, en assurant, ici, que les derniers sondages montraient un resserrement des écarts, ou qu’il faut tenir compte des marges d’erreur. Jugeons plutôt sur un échantillon de quelques sondages précédant de peu le premier tour :


Jacques Chirac Lionel Jospin Jean-Marie Le Pen
BVA 10-13 avril 18,5 % 18 % 14 %
Ifop 13 avril 20 % 18 % 13 %
CSA 17-18 avril 19,5 % 18 % 14 %
Ipsos 17-18 avril 20 % 18 % 14 %
Sofres 17-18 avril 19,5 % 17 % 14,5 %
Résultats 21 avril 19,88 % 16,18 % 16,86 %

Si l’on ne retient pas les arguments imposés par la défense des sondeurs, on sait que leur erreur est surtout due à l’insuffisant redressement des intentions de vote en faveur du candidat du Front national. Le jour même de l’élection, l’erreur venait encore de là puisqu’il était crédité de 14,5 % des intentions de vote et qu’il obtint 16,86 % des suffrages. On comprend les réticences des sondeurs à beaucoup redresser alors qu’ils multipliaient déjà par deux les intentions de vote FN et que de telles rectifications ne sont pas de nature à préserver leur confiance dans leur propre instrument. En 2007, ils commirent évidemment l’erreur inverse. Le 21 avril 2002, ce furent donc les simulations de vote qui, en fin de journée, révélèrent la surprise dans les états majors et les salles de rédaction avant que les résultats fussent connus.

En l’occurrence, les sondages ont joué le rôle de vote indicatif. Il ne semblait pas y avoir d’incertitude sur les qualifiés du deuxième tour. Or se trompant, ils ont trompé les électeurs et les candidats. Bien sûr, c’est le vaincu qui apparaît le plus fautif. Comment Lionel Jospin et son entourage ont-ils pu entretenir une telle crédulité à l’égard des sondages ? Une réponse générale apporte une partie de la solution : comme les autres dirigeants politiques. Simplement, ils en ont été les victimes. Ils avaient cependant une raison supplémentaire d’y croire, la cohabitation de cinq ans pendant lesquels la rivalité des deux têtes de l’exécutif était médiatisée par les sondages. Or, jamais Lionel Jospin n’avait été dépassé dans les mesures de popularité et de satisfaction, malgré son exposition plus grande en tant que Premier ministre. Accessoirement, il avait subi au bout d’un an la menace d’une dissolution même si l’expérience de 1997 avait été un fiasco pour Jacques Chirac. Et puisque les sondages avaient été « bons » pour lui, pourquoi le candidat socialiste n’aurait-il pas cru encore leurs augures ?

La multiplication des candidatures — seize, du jamais vu — l’anticipation certaine de la configuration du second tour qui amena un record d’abstentions au premier, a paradoxalement accru l’importance du vote qui prévaut dans les conditions d’opacité. Le vote n’est en effet pas une conduite si simple. On peut dire qu’il en existe deux modalités principales. Il peut exprimer une préférence, et consiste alors à choisir le candidat dont on se sent le plus proche, qu’on apprécie le plus. Cette modalité domine d’autant plus que prévaut l’opacité : la préférence est alors le seul guide, faute d’autres repères. Elle est en outre la plus conforme au dogme démocratique.
En situation de relative transparence permettant au moins des conjectures sur le résultat final, le vote est tiré vers le calcul qui consiste à déterminer son propre vote en fonction des autres. Vote tactique, vote utile, dit-on selon les cas. Cela peut aller jusqu’à amener à voter contre ses propres préférences, mais l’électeur s’en accommode selon les cas. Probablement la situation la plus courante du choix électoral consiste-t-elle à un arbitrage entre vote-préférence et vote-calcul. Simplement, la croyance dans la valeur des mesures d’intentions de vote a favorisé alors le vote de préférence. En l’occurrence, le 21 avril a présenté le cas le plus banal du théorème de Gibbard-Satterthwaite. Si l’ordre d’arrivée avait été ABC, B l’emportait ; si l’ordre était ACB, en l’absence de toute chance de C, A l’emportait. Sans doute ne peut-on en déduire qui de Jacques Chirac ou de Lionel Jospin l’aurait emporté au deuxième tour, même si, selon la plupart des experts, le candidat socialiste était donné favori de ce duel.

Pour choisir collectivement un élu unique, à partir des préférences individuelles entre plusieurs candidats, il est possible d’émettre un vote tactique et non de préférence. En votant par exemple pour le « meilleur » adversaire de son propre candidat au deuxième tour : celui qui aurait le moins de chances de le battre. Dans un groupe de grande taille cependant, le calcul s’avère difficile tant son efficacité est improbable. Il y faudrait une coordination impossible. Cela n’empêche sans doute pas des électeurs à s’y livrer malgré tout. Par contre, ce genre de calcul peut être pertinent dans des élections locales où des agents électoraux peuvent donner des consignes entraînant un vote différent des consignes officielles. Même dans une élection nationale, ce peut être une hypothèse de travail des spin doctors, selon d’autres modalités.

Le 21 avril a été l’occasion d’un chef d’œuvre de manipulation politique quelque peu oublié. TF1 fit en effet la une de son journal de vingt heures avec l’affaire de « Papy Voise », un vieillard roué de coups et rançonné par deux jeunes délinquants. Dans une campagne électorale qui avait largement porté sur la sécurité, le choix de ce titre le 18 avril, à trois jours du premier tour de scrutin, ne pouvait être innocent. Sauf à prendre ses auteurs pour des imbéciles qu’ils n’étaient pas. Pourquoi cette mise en avant, alors que de tels faits divers surgissent chaque semaine sans faire les gros titres ? Cela fut oublié par les rédactions d’autres médias, à commencer par les chaînes publiques qui, dans le jeu de la concurrence, s’avisèrent de couvrir l’événement malgré leur retard. Quand il s’avéra que cette affaire était bien moins claire que la fable présentée dans les journaux – l’innocent vieillard agressé fut condamné pour des faits de pédophilie, l’accusé (maghrébin) fut innocenté, autant d’informations qui ne firent pas les unes de la presse –, le tour était joué. Il est impossible de savoir si cette histoire produisit quelques déplacements de vote. Il suffisait qu’ils aident Jean Marie Le Pen. Quant à sacrer déjà Jacques Chirac ? On peut supposer que personne, dans les médias proches du vainqueur où fut menée l’opération, ne crut un instant permettre la surprise du 21 avril, et qu’ils furent aussi perplexes que leur candidat quand il apprit le résultat d’un premier tour qui lui apportait la victoire par anticipation.

Cet épisode donne cependant une idée de la difficile mission d’électeur dans une situation où il faut compter avec les mécanismes logiques des paradoxes du vote et avec les ficelles stratégiques d’un monde politique lui aussi affecté par la rationalisation et donc par le cynisme.

 

 

http://blog.mondediplo.net/2012-01-10-Les-paradoxes-du-21-avril

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 22:30

abdallah.jpgL’affaire du plus ancien détenu libanais de France vient d’être remise sur le tapis par Simon Abiramia.

PARIS, d’Élie MASBOUNGI

 


La toute récente déclaration télévisée du député Simon Abiramia sur l’affaire Georges Ibrahim Abdallah, le Libanais détenu en France depuis 28 ans pour actes de terrorisme, pourrait s’avérer comme étant un croche-pied au président Nagib Mikati attendu à Paris en visite officielle fin janvier.
En évoquant cette affaire – dont il ne s’était probablement jamais entretenu avec des responsables français lors de ses nombreuses visites dans l’Hexagone –, le député de Jbeil pose au chef du gouvernement un cas qui n’avait jamais figuré à l’ordre du jour d’aucun contact officiel franco-libanais et M. Mikati devra, avant son départ pour Paris, définir la position de son gouvernement à l’égard de l’incarcération de Georges Ibrahim Abdallah qui a déjà purgé sa peine et qui subit depuis 1999 des refus répétés de remise en liberté présentée par le célébrissime avocat Jacques Vergès qui vient de faire une déclaration publique dénonçant « l’ingérence des États-Unis dans cette affaire » et affirmant qu’« en tant que partie civile au procès en 1986, le gouvernement américain oppose à la justice française un “veto intolérable” à la libération de son client ».
Malgré la mobilisation permanente, depuis des années de plusieurs comités de soutien français et franco-libanais réclamant son retour au Liban les autorités françaises sont restées muettes sur cette affaire.
L’ancien patron de la DST et ancien député Yves Bonnet vient de réclamer la libération d’Abdallah qu’il qualifie de « plus vieux prisonnier politique de France » en dénonçant une « vengeance d’État », sous la pression des USA et d’Israël.
Dans une interview accordée au site La dépêche.fr, M. Bonnet déclare : « J’ai un problème de conscience avec cette affaire. La France a trahi la parole donnée et on a voulu faire croire qu’à l’époque, j’avais négocié seul sa remise en liberté après avoir terminé sa période de sûreté en 1999. »
Si l’affaire n’était pas évoquée lors des entretiens de Nagib Mikati à Paris, elle risque de faire l’objet de plus d’une question de la presse française à la demande des comités de soutien à Georges Ibrahim Abdallah.
Ces comités, pour la plupart dans la mouvance ultragauchiste, rappellent que les actes qui avaient été commis par Abdallah avaient un caractère politique puisque celui-ci militait au moment des faits au sein des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises).
Toujours est-il que le chef du gouvernement devrait, selon des milieux franco-libanais proches du Parti communiste et d’autres formations de l’extrême gauche française, se munir d’un solide dossier sur Georges Ibrahim Abdallah pour en répondre le cas échéant. Soit lors de ses entretiens officiels soit au cours de rencontres avec la presse.
Le Premier ministre pourrait toujours, comme l’avaient fait ses prédécesseurs, faire la sourde oreille et rester muet face aux interrogations des associations de soutien à Abdallah qui ne manquent aucune occasion de se manifester lors de visites de personnalités libanaises en France.
Il n’en reste pas moins que cette affaire est actuellement dans une phase ascendante si l’on en juge par l’activité croissante des associations concernées et aussi par le fait que dans une réponse vendredi à la question d’un journaliste lors de son point de presse bihebdomadaire, le porte-parole du Quai d’Orsay a renvoyé la balle... au parquet et au ministère de la Justice.
La communauté libanaise dans son ensemble ne s’est jamais émue du cas de Georges Ibrahim Abdallah, si l’on excepte quelques militants affiliés à des mouvements de gauche. De plus, comme tout prend une connotation communautaire au Liban, certains Libanais de l’Hexagone pensent qu’il faudrait alors évoquer d’autres cas de Libanais détenus dans le monde, notamment pour des motifs politiques et intervenir auprès des instances qui les retiennent.
Né le 2 avril 1951 à Kobeyate (Akkar), Abdallah avait tout d’abord milité dans les rangs du PSNS avant de rejoindre le FPLP palestinien et fonder quelques années plus tard les FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises). Il a été arrêté en 1984 à Lyon et accusé d’avoir participé à l’assassinat le 18 janvier 1982 de Charles Robert Ray, attaché militaire à Paris puis, le 3 avril de la même année des assassinats du diplomate israélien Yacov Barsimentov et du consul américain à Strasbourg Robert Onan Homme.
Des journalistes qui avaient couvert à l’époque le procès de Georges Ibrahim Abdallah affirment qu’il n’a jamais fait le moindre aveu même lors des interrogatoires les plus musclés. Au point de faire dire à Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand : « Il n’est inculpé que de faux et usage de faux pour utilisation d’un vrai-faux passeport algérien... ».

 

http://www.lorientlejour.com/category/Liban/article/739388/Le_dossier_de_Georges_Ibrahim_Abdallah_s%27invite_aux_entretiens_de_Mikati_en_France.html 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 22:21

andre-faivre-pa.jpgAndré Faivre, plus connu comme « Dédé », a 66 ans de combats à gauche derrière lui.

Photo M.A.

http://www.lejsl.com/saone-et-loire/2011/12/20/compagnon-de-route-du-parti-communiste

Militant. Si un mot doit définir André Faivre, c’est bien celui-là. Tout au long de sa vie, il a défendu sans relâche ses convictions d’homme de gauche, prônant une plus grande justice et une plus grande égalité entre les hommes.

Ces convictions, il les a forgées dès l’enfance. Né en 1923 à Bantanges, en Bresse, il grandit dans une famille pauvre qui compte dix enfants. « On avait une petite ferme, et mon père était maçon. Pendant mon enfance, il m’a souvent répété qu’il fallait que les petits s’unissent contre les gros pour s’en sortir. »

À cette dimension politique s’en ajoute une autre, historique, quand, enfant, André assiste à Cuisery aux cérémonies de commémoration du 11 novembre. « Je me souviens du président des anciens combattants, nommé Favier, qui avait été amputé d’une jambe. Il était d’une éloquence incroyable pour dire son rejet de la guerre. »

Compagnon de route du Parti communiste

La guerre justement, André y est confronté très jeune quand la France est envahie par l’Allemagne nazie. Il échappe au STO grâce au maire de Ratenelle, où il travaillait avec son père, qui lui fait une fausse carte d’identité qui le rajeunit de deux ans. En décembre 1944, il se rend à Huilly à une réunion de résistants. « Je pensais qu’il s’agissait de FTP, en fait c’était le parti communiste. Je me suis reconnu tout de suite dans ces idées, et j’ai adhéré dès 1945. Ce n’était pas une adhésion électoraliste comme ça se fait maintenant, j’étais un militant actif d’un parti de combat. À la fin de la guerre, il y avait un vrai élan. On pensait parvenir à changer le monde. » Cette même année, il rencontre Waldeck Rochet, responsable communiste originaire de Sainte-Croix, village situé dans le même canton que le sien.

À partir de là, les combats s’enchaînent. En 1950, André s’installe à Chalon-sur-Saône en tant que maçon pour être au plus près de la fédération départementale. Cette même année, il est élu secrétaire de la fédération et se consacre au combat politique à plein-temps.

En campagne à Montceau

Il est par la suite élu premier secrétaire pour la Saône-et-Loire en 1952, avant d’appartenir au comité central du parti entre 1961 et 1971.

En 1973, cinq nouveaux cantons sont créés dans le département. « Je me souviens que Waldeck est venu me voir et m’a dit que nous devions avoir une expression au niveau départemental. Je me suis donc présenté sur le canton de Montceau sud, où nous avions de bonnes chances de gagner. »

Une fois élu, il s’installe dans la commune en 1975. En 1977, il est candidat aux municipales sur une liste d’union de la gauche face à André Jarrot. « La campagne a été assez animée… Je me souviens que le général Binoche, pourtant gaulliste, était venu me soutenir. Aussitôt un autre général, Schmitt, qui était chef militaire du département, l’a pris à partie dans un tract distribué de nuit. »

Accompagner la jeunesse

André Faivre est finalement battu de justesse, en recueillant 49,3 % des voix. Il est conseillé municipal d’opposition jusqu’en 1995, date à laquelle il devient adjoint après la victoire de Didier Mathus, qui reprend la mairie à la droite.

À l’issue de ce mandat, en 2001, il retourne s’installer dans sa Bresse natale en achetant une maison à Mervans. Mais il n’interrompt pas pour autant son engagement. « Je continue le militantisme de terrain, c’est ce qui compte pour l’avenir des citoyens. » Et à 88 ans, il reste combatif. « Le capitalisme n’a jamais autant dominé, tué et affamé les peuples qu’aujourd’hui. On doit substituer au système actuel, qui est la cause de tous nos maux, un autre type de société centré sur l’homme. »

Et André voit dans la jeunesse d’aujourd’hui des raisons d’espérer. « Regardez les mouvements des peuples arabes, les indignés… partout dans le monde, la jeunesse, avec en premier lieu les femmes, est prête à agir. Il faut faire en sorte que cette jeunesse soit partie prenante de ce monde qui bouge sans cesse. »

André est en tout cas un homme heureux : sa relève est bel et bien là.

André Faivre vient de sortir un livre intitulé « Une vie au XX e siècle. Des combats. Continuons » dans lequel il revient sur son parcours, et rend hommage à des personnalités marquantes du département. Il sillonnera bientôt le département pour le présenter.

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