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 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 09:31

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http://lmsi.net/Qu-est-ce-qu-un-Musulman

 

« les Musulmans ne comprennent pas la laïcité », « les Musulmans sont antisémites », « les musulmans sont homophobes »... Les assertions de ce type sur « les Musulmans » se banalisent. Leurs auteurs les justifient souvent par des arguments touchant à divers domaines, n’hésitant pas à mêler dans un même discours, des questions vaguement sociologiques, psychologisantes ou parfois purement métaphysiques – avec régulièrement, dans le cas des discours médiatiques, une bien piètre connaissance de ces domaines. Les énoncés islamophobes ont en outre la particularité de viser à chaque fois, sans le dire, et en opérant même ce qu’on appelle communément des amalgames, une manière bien spécifique d’être musulman – car la langue française désigne sous le nom de « Musulmans », des ensembles de personnes souvent très différentes [1].

 

Pour faciliter la réflexion sur l’islamophobie, voici donc quelques définitions du mot Musulman, sur le modèle de celles que Maxime Rodinson a proposées autour du mot Juif en introduction de son ouvrage Peuple juif ou Problème juif ?  [2].

Ma réflexion n’a donc rien de théologique – je ne me demanderai pas ce que doit être un bon musulman – mais linguistique, sémantique, et au service d’une problématique sociale et politique : pour avoir une idée de ce que peut être l’islamophobie, il peut être de bonne méthode de se demander d’abord qui peut la subir. Cette réflexion attentive aux effets de l’utilisation irréfléchie d’un mot désignant des dominés permettra de déterminer si oui ou non il y a racisme lorsque certain-e-s, de plus en plus nombreux aujourd’hui, attaquent une minorité en prétendant procéder à une critique légitime de la religion.

Définitions

Qu’est-ce qu’un Musulman ? Comme le dit Rodinson au sujet des Juifs, on désigne plus ou moins couramment sous le nom de Musulmans différents ensembles d’individus. Il ne s’agit ici , rappelons-le, que des sens découlant des différents usages d’un syntagme (« Musulman ») en langue française.

« On vise l’un ou l’autre des ensembles suivants, en additionnant souvent deux ou trois d’entre eux » [3] :

 Sens 1 : les adhérents d’une religion bien définie, l’islam, avec ses dogmes, son histoire et ses pratiques (comme toutes les religions, l’islam est traversé par des courants, qui d’un point de vue politique, peuvent en fonction des situations, prêter le flanc à des pratiques plus ou moins progressistes ou réactionnaires) ;

 Sens 2 : les descendants d’adhérents de l’islam qui ne se considèrent pas forcément comme fidèles de cette religion, qui peuvent parfois adhérer, sur le plan existentiel, à des idées simplement déistes ou athées, mais qui désirent tout de même « maintenir un lien » comme dit Rodinson, avec les adhérents de l’islam religieux, et qui se regardent donc comme formant avec ceux-ci, au sens large du terme, une communauté ;

 Sens 3 : les descendants d’adhérents de l’islam qui peuvent rejeter toute affiliation, à la religion musulmane mais aussi à un peuple ou à une communauté musulmanes, et pouvant se considérer, d’une part comme athées, déistes ou autre, et d’autre part comme arabes, noirs, français, etc. (mais parce que le souvenir de leur ascendance est conservé et se manifeste d’une manière ou d’une autre, ils sont quoi qu’ils fassent perçus, par d’autres et « à certaines occasions, en certains contextes », comme Musulmans) ;

« Les passages d’une catégorie à l’autre sont fréquents, parfois dans le cours d’une même vie » [4].

J’ajouterais, pour ma part : dans le cadre d’une même conversation, d’une même stratégie rhétorique.

Aussi, lorsque Rodinson explique que l’emploi d’un tel mot polysémique revient souvent à viser plusieurs aspects d’une même personne ou du même groupe de personnes, cela signifie évidemment que certains éléments de ces définitions peuvent très bien s’additionner en partie : un Musulman au sens 1 peut très bien en même temps avoir certaines caractéristiques du "Musulman" au sens numéro 2, c’est-à-dire être à la fois fidèle à des dogmes et membre d’une communauté. Mais les différents sens doivent néanmoins être bien distingués car ils peuvent aussi s’exclure : ne pas tenir compte de cela débouche souvent sur la production d’énoncés problématiques.

De qui parle-t-on ?

Lorsqu’un idéologue, responsable politique ou intellectuel dominant, parle de l’islam, il peut pour viser le Musulman 2 ou 3 (la personne descendante d’adhérents d’une religion qui en garde des traces : celui que Sarkozy a nommé le « musulman d’apparence »), se contenter d’attaquer les dispositions du Musulman 1 (le fidèle qui adhère à des dogmes spécifiques) : dans la mesure où, en France, le rejet de la religion est souvent perçu comme progressiste et rationaliste (assimilé, en regard de l’histoire de France, à une émancipation), c’est un moyen rhétorique acceptable de dominer, d’attaquer, d’insulter et de mettre en danger une communauté en se contentant d’employer une argumentation en apparence strictement métaphysique, qui en elle-même, dans un autre contexte, peut avoir un sens et jouer un rôle tout à fait différents.

Lorsque Jean Daniel par exemple parle de « connivence secrète des Musulmans avec les terroristes » [5], il contribue à instaurer un climat idéologique dangereux qui se répercute sur tous ceux qui peuvent être perçus comme Musulmans, quels que soient leurs idées religieuses, leur positionnement politique ou leur sentiment d’appartenance (Musulmans 1, 2 et 3) – car avant de discriminer une personne nommée Aïcha ou Abdelkrim, parce qu’elles se nomment ainsi et à cause de préjugés islamophobes (parce qu’on les supposera plus violents ou plus bêtes, comme on le suppose de tous les adhérents de l’islam selon les islamophobes), on ne les interroge pas sur leurs idées religieuses.

Sans parler du caractère évidemment contestable du lien établi entre une religion, toujours la même, et le terrorisme, contentons-nous donc pour l’instant de remarquer que les idées négatives sur les Musulmans (qu’un énoncé comme celui de Jean Daniel alimente) forment une idéologie soutenant le système de discriminations racistes touchant des individus en fonction de critères qui, ainsi que nous l’avons souligné, n’étant pas purement théologiques ou métaphysiques (ce qui bien sûr ne rendrait pas pour autant l’opération toujours intelligente, pertinente ou légitime), s’avèrent en fait clairement raciaux.

Ethnicisation

Ce qui apparaît dans la syllepse produite par l’utilisation du mot « Musulman » = fidèle d’une religion et « Musulman » = individu perçu par d’autres comme membre d’une communauté de par son ascendance visible, c’est un processus d’ethnicisation d’une religion qu’ont étudiée un certain nombre d’auteurs comme Saïd Bouamama ou Pierre Tevanian, qui fait de l’islamophobie une forme spécifique de racisme – « racisme respectable » selon le mot de Saïd Bouamama, racisme « républicain » pour l’auteur du La république du mépris [6].

L’ethnicisation se perçoit à travers un certain nombre de phénomènes de plus en plus répandus – dont témoigne par exemple le comptage des « Musulmans » en France (chiffre repris par de nombreux médias et par un certain nombre de manuels scolaires par exemple) – qui considère comme membres de ce groupe des individus sans qu’on ne sache rien de leurs idées métaphysiques, en ne se fondant évidemment que sur des critères ethniques.

Ces perceptions fondées sur des critères raciaux participent (lorsque bien sûr il ne s’agit pas de décrire des phénomènes sociologiques) à faire exister de manière performative un « corps d’exception », pour reprendre l’expression de Sidi Mohamed Barkat : les préjugés racistes stigmatisent des individus qui, pour une part, ne désirent pas faire partie de la communauté islamique, ni même la faire exister. Nous le voyons, une telle volonté n’a malheureusement aucune force performative, et l’affirmation de l’inexistence d’un « peuple musulman » n’enlève rien à la réalité des discriminations touchant des gens perçus, qu’ils le veuillent ou non, comme membre d’une communauté qui existe de fait.

Face à ce phénomène, la rhétorique anti-islam, qui se prétend « seulement » antireligieuse et anticléricale, demeure à côté du problème (car elle s’attaque à une communauté dont elle « ignore » – dans les deux sens du terme – l’existence, tout en la faisant activement exister) ou ne sert au contraire qu’à le contourner (dans le cadre d’une dénégation dont les fondements peuvent être racistes), donc, d’une certaine manière, à l’aggraver ou à rendre sa dénonciation plus ardue.

Précisons ici que l’analyse d’une définition (celle du mot Musulman en l’occurrence), et l’examen inductif des différents usages d’un mot, ne revient absolument pas à en justifier les fondements idéologiques. Au contraire : une remise en cause sérieuse des présupposés idéologiques véhiculés par l’usage inconsidéré de certains mots ne peut se passer d’un tel décryptage.

La définition numéro 3 du mot Musulman, faisant d’un individu descendant d’adhérents de l’islam un Musulman qu’il le veuille ou non, n’est évidemment pas de mon fait. Cette appartenance de fait (dont témoigne l’usage du mot) est le résultat d’une conception spécifique de la religion ou, dans le cas des minorités dominées, d’une « altérisation » [7] qui altérise même des personnes qui ne le désirent pas forcément.

Pour reprendre la figure 3 du « Juif » tel que le définit Rodinson, une personne perçue comme juive, à Paris, en 1942, avait beau se dire « athée », jurer sa fidélité à la nation française et clamer son rejet total de toute fidélité à un quelconque peuple juif, se faisait quand même arrêter : parce que descendante d’adhérents du judaïsme, elle était perçue de toute façon comme juive selon une définition qui ne tient aucun compte de ce que déclare et pense l’individu.

Il en va de même pour le « Musulman » à l’époque coloniale : quelles que furent les idées métaphysiques d’un individu classé comme « Musulman » par l’administration coloniale, il demeurait de toute façon colonisé, spolié, massacré et humilié à ce titre qu’il ne revendiquait pas forcément [8]

Dans le cas où l’islam est une religion majoritaire, il faut tenir compte du fait que l’histoire de « l’anticléricalisme », du blasphème et même du rejet radical de toute forme de transcendance ou d’autorité religieuse n’a pas du tout, du moins avant l’époque moderne et l’influence des idéologies européennes, pris une forme comparable à celle qu’elle a pu prendre en Europe.

En France par exemple, au moins depuis la révolution de 1789, dans une certaine mesure, « une religion n’est qu’une religion », et si on ne croit plus à ses dogmes et qu’on ne pratique plus ses rites, on est un Français déiste ou athée. Du moins est-ce là une conception assez répandue, une représentation subjective courante, même si une certaine identification culturelle demeure néanmoins chez certains, par exemple dans le cas du christianisme.

Dans les pays musulmans au contraire, des auteurs très iconoclastes du Moyen Age, menaçant de manière radicale l’ordre religieux, ne ressentaient pas forcément le besoin de sortir de la catégorie sociale des Musulmans, et développaient souvent leur pensée subversive dans le cadre de la culture musulmane qui n’a cessé de s’adapter et d’être adaptée au cours de l’histoire [9].

On comprend aussi facilement cette conception de la religion lorsqu’on songe aux nombreux « Juifs athées » (sens 2 ou 3) qui se sentent solidaires d’un peuple juif sans pour autant adhérer aux dogmes du judaïsme, ou qui ne sont « juifs » qu’à cause de la perception des autres.

Comment peut-on dès lors critiquer le Musulman-croyant-fidèle à des dogmes (sens 1) sans être raciste (c’est-à-dire sans viser en même temps le Musulman sens 2 ou 3) ? Vu la manière dont les sens d’un même mot peuvent être mêlés, peut-on éviter les syllepses à partir desquelles se fondent les énoncés racistes et tenir un discours simplement irréligieux, blasphématoire ou rationaliste, pas forcément pertinent et urgent, mais néanmoins tout à fait permis en démocratie ? Comme pour tous les énoncés, cela dépend du contexte.

Casuistique

Premier cas : Le NPA et le voile

Les personnes soucieuses de défendre la réputation de leurs camarades (par exemple dans un parti comme le NPA) désirant à tout prix tuer Dieu partout (mais dans les faits surtout chez les Arabes et les Noirs) et désenchanter le monde entier (uniquement lorsqu’une candidate se présente avec un voile musulman), peuvent avoir à coeur de se demander comment distinguer la critique légitime et non raciste de la religion, de son instrumentalisation en vue de discriminer des Arabes et des Noirs qui se trouvent, ô la belle opportunité, adhérer en plus à une religion (ou descendre d’adhérents d’une religion) qui a déjà si bonne réputation. Un élément de réponse peut être proposé : lorsqu’il y a deux poids deux mesures.

Le NPA se demande par exemple s’il est compatible de représenter un parti révolutionnaire tout en adhérant ostensiblement à une religion. Il est vrai qu’en soi, le seul fait de se poser cette question ne saurait révéler quoi que ce soit de raciste : il s’agit d’un débat philosophique intéressant. Mais lorsqu’on se rend compte que ledit débat a lieu à une époque où presque tout le monde se demande s’il est possible de porter un voile et de faire en même temps telle ou telle chose (aller à l’école, accompagner une sortie scolaire, travailler, etc), et que presque tout le monde conclut généralement que la réponse est non, il n’est pas forcément paranoïaque de s’interroger sur l’existence de motivations racistes latentes.

La question suivante pourrait être posée : pourquoi ce débat-là a-t-il lieu et pas d’autres débats, au moins aussi légitimes et idéologiquement intéressants d’un point de vue marxiste et révolutionnaire ? Par exemple celui-ci : peut-on être révolutionnaire et petit bourgeois, fonctionnaire de l’éducation nationale travaillant pour une institution dont les études sociologiques les plus sérieuses ont démontré, depuis maintenant plusieurs décennies [10], qu’elle reproduisait et légitimait les inégalités sociales ? Peut-on réellement souhaiter une transformation du monde lorsqu’on travaille à l’aggravation de ce qui le rend injuste ?

Personnellement, je ne crois pas que la condition de prof soit incompatible avec celle de candidat d’un parti révolutionnaire, mais je crois que la question est au moins aussi légitime que celle qui prend pour objet une femme musulmane portant le foulard. Pourquoi se pose-t-on l’une et pas l’autre ? Ne serait-ce pas, peut-être, parce que les candidat-e-s du NPA sont souvent profs – et pas du tout femmes voilées ?

Second cas : une islamophobie de gauche ?

Lorsque nous dénonçons l’islamophobie s’exprimant dans les partis de gauche, nous dénonçons donc une certaine duplicité : celle qui consiste à tenir des propos simplement antireligieux en apparence pour agir en réalité de manière raciste. Certain-e-s intellectuel-les et militant-e-s de ces partis, soucieux de défendre la réputation de leurs ami-e-s, tiennent à distinguer plusieurs formes d’islamophobies : si certaines sont peut-être racistes nous concède-t-on parfois, d’autres sont en revanche légitimes et méritent d’être défendues.

D’où vient ce souci de défendre un droit (au blasphème, à la critique, etc), certes tout à fait légitime, mais dont l’urgence ne saute pas aux yeux – alors que d’autres droits, tout aussi légitimes et dont la défense semble plus urgente, par exemple face à l’avancée des certitudes néo-libérales, ont moins de succès ?

Risquons une hypothèse : il se trouve qu’en France certain-e-s militant-e-s et intellectuel-le-s de gauche sont aussi parfois, pas si souvent mais tout de même, plus ou moins antisionistes. Et ils et elles ont l’habitude de se voir soupçonné-e-s par les nationalistes juifs d’être des antisémites-qui-se-cachent-derrière-l’antisionisme. Exactement, en apparence, comme nous dénonçons celles et ceux qui se cachent derrière la critique légitime des religions pour discriminer des Arabes et des Noirs. Du coup ces mêmes militant-e-s peuvent se retrouver dans une situation paradoxale (mais non contradictoire) consistant à reprocher abusivement à d’autres (de masquer un racisme inavouable, ici l’islamophobie, racisme derrière quelque chose de plus légitime, en l’occurrence la critique des religions) ce que certains, parfois les mêmes, leur reprochent tout aussi abusivement (en l’occurrence : masquer un racisme inavouable, ici l’antisémitisme, derrière un positionnement légitime, l’antisionisme). Bref, ils peuvent se sentir inconséquents, en instruisant le même type de mauvais procès que ceux qu’ils se plaignent à juste titre de subir.

Peut-être ce faux parallélisme explique-t-il en partie certaines résistances face à la critique de ce droit à vouloir critiquer les religions (et ce scrupule permanent à vouloir le protéger). Je dis bien faux parallélisme car il est clair qu’il s’agit d’un piège, car la critique du sionisme et la critique de l’islam ne peuvent absolument pas être mises sur le même plan :

 la première est en réalité un devoir (on semble l’oublier : critiquer le colonialisme est une nécessité pour toute personne cohérente qui se prétend de gauche) ;

 la seconde est un droit, important certes, mais dont l’usage n’est pas toujours également utile ou impérieux, comme l’avait souligné Laurent Levy au sujet des caricatures danoises du prophète de l’islam.

Il y a en outre une question quantitative : il est objectivement beaucoup plus fréquent de voir en France des antisionistes injustement accusés d’être antisémites que de voir des islamophobes injustement accusés d’être racistes. C’est même l’inverse qui est vrai. Les antisémites qui se cachent derrière l’antisionisme, aujourd’hui, en France, ne sont sûrement pas aussi nombreux et nuisibles que les islamophobes qui se cachent derrière la critique légitime des religions, puisque ces derniers composent la quasi-totalité des islamophobes, y compris dans les rangs de la gauche et occupent souvent des positions dominantes. Alors que les antisémites déguisés en antisionistes sont au contraire une petite minorité chez les quelques sympathisants de la cause palestinienne qu’on retrouve à gauche.

Evidemment, cela n’est pas un argument pour plaider en défaveur du droit à critiquer les religions. Il s’agit seulement de mettre en perspective un droit légitime et d’examiner de façon rationnelle non seulement sa pertinence, son utilité, sa nécessité en fonction du contexte socio-politique, mais aussi et surtout l’utilité et les effets de sa défense en fonction des menaces réelles qui pèsent sur lui. Doit-on mettre le droit à critiquer les religions sur le même plan que d’autres libertés individuelles qu’on menace aujourd’hui massivement, directement au nom de la défense de ce droit présenté de manière fallacieuse ?

Exemple : au dix-huitième siècle, lorsque les protestants étaient très sévèrement opprimés, il était urgent de pouvoir critiquer le pouvoir nuisible de l’église catholique. Mais aujourd’hui, en France, en quoi est-il aussi urgent de réclamer ce droit de pouvoir critiquer l’islam ? En quoi est-ce intéressant ? Cela reviendrait à réclamer le droit de critiquer le protestantisme pendant l’affaire Calas. Pourquoi pas, mais ce n’étaient pas les protestants qui rendaient difficile la jouissance non dévoyée de ce droit, mais bien les dominants qui le dévoyaient. Exactement comme ce ne sont pas les antiracistes qui rendent difficile la critique non raciste de l’islam en dénonçant l’islamophobie, mais bien les racistes [11].

Et il se trouve que l’idée selon laquelle l’islam menace la France, l’Europe, le monde et tout l’univers, est un argument central de l’islamophobie nourrissant en grande partie la volonté de défendre ce droit de critiquer les religions en mêlant des situations contraires.

Critiquer le protestantisme au seizième ou au dix-huitième siècle, ce n’est pas forcément être pour les massacres, mais presque toujours, ceux qui invoquaient ce droit le faisaient pour pouvoir justifier, relativiser, dénier... les massacres. La vigilance antiraciste devrait pouvoir rendre plus difficile l’utilisation fallacieuse de ce droit à critiquer les religions : si cela rend par la même occasion – mais nous n’en sommes pas là ! – plus difficile l’exercice de ce droit par les rares intellectuel-le-s qui veulent à tout prix pouvoir critiquer l’islam aujourd’hui en France pour des raisons non-racistes, cela ne serait pas dû à ladite vigilance antiraciste.

Devra-t-on regretter les précautions qui seront nécessaires pour procéder à une critique radicale de la religion ? Il nous semble au contraire que tout progrès civilisationnel entraîne forcément de nouvelles exigences dans l’expression de certaines réalités qui impliquent des individus dont la situation évolue avec l’histoire. Si un auteur de BD voulant représenter aujourd’hui des Africains est forcé de faire preuve d’un peu plus d’égards qu’un Hergé dans son Tintin au Congo, je n’y vois rien de très funeste, au contraire.

Troisième cas : musulman-e et homosexuel-le

L’un des stigmates qu’on imprime fréquemment sur les Musulmans est la présomption d’homophobie. Pour la pensée dominante en effet, les termes « homosexuel » et « musulman » étant incompatibles (tout comme « musulman » et « féministe », « progressiste » etc), on ne saurait être musulman sans être hétérosexuel et hétérosexiste. Mais dans le monde réel, des personnes perçues comme musulmanes peuvent avoir de manière plus ou moins visibles des pratiques homosexuelles, et concevoir sous diverses modalités leur identité comme homosexuelle, tout comme elles peuvent plus largement démentir dans les faits un certain nombre de clichés concernant l’islam.

C’est que le point de vue dominant se caractérise ici comme ailleurs par un idéalisme fallacieux [12]. Même si, évidemment, l’interprétation exotérique dominante des dogmes de l’islam condamne l’homosexualité, l’histoire des pratiques, des identités et des tolérances est autrement plus complexe [13], et des interprétations, certes minoritaires mais pas inexistantes, parviennent à articuler leurs croyances religieuses aux différentes dispositions structurant leur vie – celles concernant les orientations sexuelles pas plus difficilement que d’autres dispositions perçues par l’ordre social comme transgressives – suivant des modes de « confrontation » qui, en fonction des pays et des époques, sont à peu près toujours les mêmes : choc, coexistence pacifique ou conciliation idéologique.

Ainsi donc le musulman au sens 1 (croyant) a pu et continue de pouvoir être parfois homosexuel – comme le souligne par exemple Tariq Ramadan :

« Une personne qui prononce l’attestation de foi islamique devient musulmane et si, par ailleurs, elle pratique l’homosexualité, il n’appartient à personne de la sortir de l’islam. »  [14]

En ce qui concerne les sens 2 et 3, l’évidence est encore plus grande : puisque des descendant-e-s d’adhérents de l’islam peuvent (sens 2) se sentir appartenir à la communauté musulmane (et parfois militer activement, résister, au sein de partis plus ou moins radicaux contre le colonialisme et l’islamophobie) sans pratiquer ni même croire à aucun des dogmes de l’islam religieux, exotérique ou ésotérique, ou même (sens 3) être perçu-e-s comme musulman-e-s en dépit de toutes leurs croyances et pratiques s’écartant des normes dominantes de l’islam, des homosexuel-le-s, quelles que soient les interprétations de l’islam, peuvent donc aussi être musulman-e-s au sens 2 et 3.

Dès lors, puisque l’équation Musulman = homophobe se fondait sur l’impossibilité présumée d’être musulman et homosexuel, et que cette dernière ne résiste pas à l’examen, on peut conclure que rien ne s’oppose au fait qu’un Musulman, homosexuel ou pas, combatte l’homophobie et milite pour l’égalité des droits, sans cesser d’être musulman.

Religion majoritaire / Religion minoritaire

En outre, peut-on mettre sur le même plan la critique d’une religion dominante (le christianisme sous l’ancien régime) et l’insulte d’une religion dominée, elle-même souvent critiquée non pour elle-même, mais pour mieux discriminer ses adhérents réels ou supposés ?

Il va de soi que si le rejet radical et la haine des religions sont perçus en France comme progressistes, c’est parce que la religion dominante a longtemps été un frein à l’émancipation des peuples. Or cela n’a pas toujours été le cas pour toutes les religions, pour tous les peuples et à toutes les époques [15] Justifier une telle agression par ce qui justifie la critique d’une religion dominante, c’est induire que ladite religion dominée est en réalité dominante (puisqu’elle peut être traitée comme telle) et qu’elle menace réellement l’ordre social français. C’est concéder donc un argument majeur de l’argumentation islamophobe.

Certain-e-s militant-e-s et intellectuel-le-s de gauche relativisent aussi parfois le racisme émanant de leurs rangs en invoquant le fait que de nombreux intellectuels arabes participeraient aussi du même rejet de la religion, preuve selon eux, qu’une telle critique peut ne pas être raciste.

Tout d’abord, on voit bien que selon les différents sens du mot Musulman, le fait de rejeter les dogmes de l’islam (et de devenir même athée ou marxiste pratiquant) n’entraîne pas forcément une impossibilité absolue de ne plus correspondre à aucun des sens du mot Musulman tel qu’il est couramment employé dans la langue française  : en un sens donc, de tels intellectuels arabes, sont aussi selon une définition spécifique (qu’on peut approuver ou déplorer), eux-mêmes, dans une certaine mesure, et lorsqu’ils descendent d’adhérents de l’islam (et que cela se voit d’une manière ou d’une autre), des « Musulmans » (au sens 2 ou 3).

Et c’est d’ailleurs à ce titre en réalité qu’ils sont implicitement invoqués dans l’argumentation pour démontrer que « l’islamophobie peut ne pas être raciste » : s’ils étaient réellement et totalement extérieurs au groupe, on ne voit pas pourquoi ils ne pourraient pas être racistes.

Si les attaques de l’islam émanant de tels auteurs musulmans (au sens 2 ou 3) ne concernent que les dogmes, et ne touchent donc que les adhérents d’une religion (Musulman 1), dans un cadre où ladite religion peut éventuellement, selon certaines analyses (elles-mêmes discutables) être considérée comme dominante (l’islam en Algérie par exemple) parce que majoritaire, de telles critiques « internes », pertinentes ou pas, intelligentes ou sottes, peuvent en effet ne pas être racistes, dans la mesure où elles ne mettent pas en danger les Musulmans au sens 2 et 3 – c’est-à-dire dans la mesure où elles ne les stigmatisent pas en tant que peuple ou communauté.

Mais elles peuvent aussi être ethnocentristes – et donc à ce titre, possiblement récupérables par des racistes : la « fascination de l’Occident » ou tout simplement le complexe d’infériorité, sont des phénomènes très répandus (surtout lorsque nous parlons d’une religion, l’islam, qui, à l’échelle mondiale est une religion dominée) et peuvent donc mener à la haine de soi-même (Selbsthass).

L’invalidation de cet argument (visant à mettre sur le même plan l’islamophobie de dominants blancs vis-à-vis de dominés musulmans, et la critique de l’islam émanant de Musulmans dans des pays musulmans) reposant sur le fait que ledit argument est souvent employé de manière perverse (par exemple par des nationalistes israéliens qui reprochent à d’autres Juifs leur antisionisme), mêle en réalité de manière non pertinente, ainsi que nous nous l’avons montré plus haut, deux situations totalement opposées : on ne peut, politiquement et logiquement, mettre sur le même plan le reproche d’être islamophobe et le reproche de ne pas être sioniste  : ce serait mettre sur le même plan l’antiracisme et le sionisme !

Quoi qu’il en soit, la plupart du temps, la critique de l’islam émanant de Musulmans antireligieux se pense avant tout comme critique d’un phénomène majoritaire. Utiliser cet argument pour penser la situation de l’islam en France, est une grossière erreur ou relève du sophisme.

Pour conclure, loin de disqualifier toute critique de l’islam, cette mise au point théorique permet au contraire de voir dans quel cadre une hostilité à la religion musulmane peut ne pas être raciste : non seulement lorsque la religion en question est majoritaire, mais aussi et surtout, lorsque la conception de la religion qu’on adopte permet un sens 2 – et éventuellement un sens 3 – et lorsque l’attaque portant sur les idées des Musulmans au sens 1 ne saurait toucher négativement ou mettre en danger les Musulmans au sens 2 et 3. En d’autres termes, lorsque la discussion scolastique demeure scolastique et qu’elle n’a aucune conséquence politique et sociale dangereuse pour des personnes altérisées et dominées. Or, aujourd’hui en France la plupart du temps, ces conditions ne sont pas remplies.

Notes

[1] Car le mot « Musulman » étant polysémique, tout énoncé imprécis le contenant produit forcément cet effet que la rhétorique a nommé « syllepse » : l’utilisation d’un même mot, répété ou non, pris à la fois dans son sens propre et dans son sens figuré (ou, selon Pierre Bayard, l’emploi d’un même mot dans deux ou plusieurs acceptions totalement différentes). Cet effet est souvent poétique, mais d’un point de vue linguistique il induit « toute une conception du langage, attentive à l’opacité et à l’incompréhension » (Pierre Bayard, Enquête sur Hamlet) .

[2] Maxime Rodinson, Peuple juif ou problème juif ? La découverte.

[3] Maxime Rodinson, op cit. Notons que la polysémie du mot « Musulman » est forcément liée à celle du mot « islam », elle-même impliquée par la polysémie du mot « religion » en français qui ne désigne pas du tout seulement une idéologie avec dogmes et pratiques.

[4] Maxime Rodinson, op cit.

[6] Quant à Béatrice Durand, à la suite d’autres auteurs comme Laurent Levy, elle parle de « républicanisme » ou de « néo-républicanisme » pour désigner ce dévoiement de l’idéologie républicaine de départ.

[7] Cf. Christine Delphy, « Les Uns derrière les Autres », in Classer, dominer. Editions La Fabrique

[8] Il va sans dire que je ne justifie pas en disant cela le massacre de celles et ceux qui revendiquaient leur appartenance au « peuple musulman » : une telle remarque ne sert qu’à révéler le phénomène de l’ethniciation d’une religion

[9] Cf. Maxime Rodinson, Marxisme et monde musulman, p.129

[10] Cf. Pierre Bourdieu, La reproduction, Editions de Minuit, 1970 ; Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les héritiers, Editions de minuit, 1964 ; Pierre Merle, La démocratisation de l’enseignement, Éditions La Découverte, 2002 ; Pierre Merle, L’élève humilié. L’École : un espace de non-droit ?, PUF, 2005

[11] Rappelons que l’expression du racisme s’est souvent fondée sur un dévoiement de la liberté d’expression : le polémiste antisémite Edouard Drumont a par exemple appelé son journal La Libre Parole.

[15] Lire à ce sujet l’article de Maxime Rodinson « L’islam, doctrine de progrès ou de réaction ? », Marxisme et monde musulman, Editions du Seuil, 1972.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:59

arton18449-08325.jpgL’usure internationale ne désarme pas, et c’est désormais au tour de la France, deuxième économie européenne, d’en faire les frais. L’agence privée étasunienne Standard & Poor’s a ainsi confirmé la dégradation des notes à long terme AA+ et à court terme A-1+ de la France. Cette décision intervient quatre jours à peine après le déclassement opéré par Moddy’s, une autre agence de notation. «  Après la stagnation de 2012, a déclaré Standard & Poor’s, nous nous attendons à ce que la croissance de l’économie française ne dépasse pas 0,4% en 2013 ».

Après avoir durement frappé les économies de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Irlande et du Portugal, les financiers britanniques et étasuniens s’en prennent aujourd’hui à la France. Et ce, dans la continuité de la une de l’hebdomadaire The Economist du samedi 17 novembre (sept baguettes de pain entourées d’un ruban tricolore, reliées à une mèche allumée telles des bâtons de dynamite), pour lequel « la France pourrait devenir le plus grand danger pour la monnaie unique européenne »… La « perfide Albion » aura pour le coup été parfaite dans son rôle de soutien à l’Oncle Sam, toujours ravi de voir les ennemis du dollar se prendre les pieds dans le tapis.

La première des conséquences de la parte du triple A, c’est l’augmentation du taux d’intérêt exigé par les créanciers. Dans le contexte actuel, la France sera ainsi obligée d’emprunter moyennant des taux d’intérêt encore plus élevés. Quand on sait qu’environ 70 % des créances sur les dettes publiques sont possédés par les 10 % les plus riches de la population (qui touchent de facto 70 % des intérêts), on comprend aisément que le système de la dette publique enrichit les plus riches au détriment des plus pauvres.

Par effet domino, la note des entreprises nationales, des banques et surtout des collectivités territoriales sera remise en cause. Les collectivités dépendant en grande partie des transferts financiers de l’État, elles ne peuvent pas bénéficier d’une meilleure note que lui. Or, une fois leur note dégradée, elles devraient faire face à des créanciers plus méfiants, qui leur réclameraient des taux d’intérêt plus élevés. Cela alourdirait le coût de leur dette et apporterait fort opportunément de l’eau au moulin des thuriféraires du démantèlement des politiques publiques.

Enfin, si les marchés continuent à imposer à la France des taux d’intérêt toujours plus élevés, alors des répercussions en chaîne sont à redouter, des finances de l’État jusqu’au porte-monnaie du consommateur.

Au moment où notre ministre de l’économie et des finances se transforme en VRP du pacte de compétitivité devant des chefs d’entreprises, il est probable qu’un nouveau tour de vis fiscal, voire une baisse sensible des dépenses de l’État, soit nécessaire afin de rassurer les marchés et les emprunteurs.

Vous l’aurez compris, nous ne sommes pas prêts de voir le bout du tunnel. La crise semble totale et s’accompagne d’une exigence de destruction de tout ce qui entrave la concentration des richesses par les grands possédants. Ils appellent cela « déréglementation », « privatisation » ou « libéralisation ».

L’idée selon laquelle il pourrait y avoir sortie de crise sans sortie du système qui l’engendre est une hérésie. Autant vouloir soigner une grippe sans tuer son virus. Cette chimère ne vise, une nouvelle fois, qu’à berner le peuple en lui faisant croire que l’avenir sera meilleur s’il accepte de nouvelles mesures antisociales. Souvenons-nous toutefois que l’histoire a montré que les révolutions ne sont pas prévues dans les calendriers électoraux de la bourgeoisie.

Capitaine Martin

Résistance http://www.resistance-politique.fr/article-a-qui-profite-le-...

URL de cet article 18449
http://www.legrandsoir.info/a-qui-profite-le-declassement-de-l-economie-francaise-par-standard-poor-s.html
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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:48

pierre_stambul.jpg

Source : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article398 – pour d’autres informations intéressantes, lire aussi Antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes et Antisionisme, antisémitisme et judéophobie.

 


Nous vivons en pleine confusion. Juif, cela désigne des peuples qui ont une communauté de destin liée à la religion. Sioniste c’est une idéologie. Israélien, c’est une nationalité. Et israélite, c’est le nom (napoléonien) donné à la religion juive. À cause de ces confusions, le peuple palestinien paie depuis des décennies pour un crime qu’il n’a pas commis : l’antisémitisme et le génocide Nazi. À cause de ces confusions, l’Etat d’Israël bénéficie d’une impunité totale malgré des violations incessantes du droit international. À cause de ces confusions, toute critique de la politique israélienne est instantanément qualifiée d’antisémite. Si elle émane de citoyens juifs, ceux-ci sont aussitôt qualifiés de traîtres ayant la haine de soi. Enfin, à cause de ces confusions, une nouvelle forme d’antisémitisme (ré)apparaît qui attribue à tous les Juifs les crimes commis par l’Etat Israélien. Bien sûr, il n’est pas facile de distinguer juif, sioniste et israélien  : l’Etat d’Israël se définit comme « juif ». On parle de colonies juives, pas de colonies israéliennes. La distinction est pourtant indispensable.

 

Une histoire fantasmée

Pour les sionistes, les Juifs ont des droits imprescriptibles sur « la terre de leurs ancêtres ». Ils en ont été chassés il y a deux mille ans, ils ont connu « l’exil », et grâce au sionisme, ils ont fait leur « montée » (Alya) vers Israël et ont pu reconstituer enfin le royaume unifié de David et Salomon. Pour les sionistes même non-croyants, la prière « l’an prochain à Jérusalem » justifie la nécessité d’un Etat Juif en Palestine. Les sionistes sont allés chercher dans la Bible tous les épisodes pouvant justifier les conquêtes et le nettoyage ethnique aujourd’hui à l’oeuvre. Pour les sionistes, la « centralité » d’Israël n’est pas discutable et la Diaspora (dispersion) n’est qu’une malencontreuse parenthèse. Tout a été fait pour en effacer la trace. Les langues de la Diaspora (judéo-arabe, ladino, yiddish) ont disparu au profit d’une « résurrection » de l’Hébreu. Les valeurs et la culture des diasporas ont été gommées au profit d’un « homo judaicus » nouveau, militariste, chauvin et « défrichant sa terre » pour « transformer le désert en jardin ». Pour les sionistes, la Diaspora a été une suite ininterrompue de persécutions et de catastrophes à l’image du livre d’André Schwartz-Bart (« le Dernier des Justes ») qui commence au Moyen-Âge avec le pogrom d’York et se termine à Auschwitz. Pour les sionistes, l’antisémitisme est inéluctable, il est omniprésent et il est inutile d’essayer de le combattre. Autrement dit, les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux et ne peuvent compter que sur eux-mêmes, d’où le projet fou (et criminel) de faire venir tous les Juifs du monde entier en Israël. Donc pour les sionistes, la fin justifie les moyens et cela explique leur stratégie permanente : le fait accompli et la fuite en avant. Les sionistes ont mythifié l’épisode de Massada où des Zélotes révoltés contre l’empire romain ont préféré le suicide collectif à la soumission. Le complexe de Massada repose sur la peur permanente de l’anéantissement. Les Israéliens ont peur. Pour eux, tout recul signifie « les Juifs à la mer ». Ils ont peur de ne plus avoir peur, ce qui les obligerait à réfléchir sur le sens et l’avenir du projet colonial qu’ils ont mis en place depuis plus d’un siècle. De façon symbolique, à la sortie du musée de Yad Vashem à Jérusalem consacré au génocide Nazi, il y a un monument célébrant la fondation d’Israël. Le tour est joué : Israël serait LA réponse à l’antisémitisme et son issue naturelle. Dans cette optique, il est logique que les sionistes n’aient jamais vraiment admis l’existence du peuple Palestinien. Pour un des premiers sionistes, Israël Zangwill, il fallait trouver une « terre sans peuple pour un peuple sans terre » et les sionistes ont décidé que ce serait la Palestine. L’histoire enseignée en Israël parle d’une présence juive massive ininterrompue en Palestine. Elle parle de pogrom à propos de la révolte palestinienne de 1936 contre le colonialisme sioniste. Plus près de nous, les dirigeants israéliens ont qualifié Arafat de « nouvel Hitler » et Ariel Sharon, lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, a justifié le bouclage de la Palestine et les assassinats ciblés au nom de l’extermination. Bref, le fantôme du génocide sert de bouclier et de prétexte pour associer les Palestiniens aux Nazis et justifier ainsi la destruction de la société Palestinienne. Pour les sionistes, les Juifs du monde arabe ont été persécutés et les Ashkénazes les ont sauvés en les faisant « monter » vers Israël. Les sionistes ont gommé les différences idéologiques. De gauche comme de droite, tous propagent la même fable sur l’histoire du judaïsme, oubliant même de dire qu’une bonne partie des victimes du génocide n’avaient rien à voir avec leur idéologie et étaient souvent non-croyants. Pour les sionistes, les Juifs ont été, sont et seront des victimes. Du coup, ils sont totalement insensibles à la douleur de l’autre ou à son vécu.

Démystifier

 

Beaucoup de crimes sont régulièrement commis au moyen d’une manipulation de l’histoire, de la mémoire et de l’identité. La guerre du Proche-orient ne fait pas exception.
Ce sont des Israéliens principalement qui ont fait le travail de démystification du sionisme. Commençons par l’archéologie1. Elle infirme totalement la lecture littérale de la Bible sur laquelle même des athées comme Ben Gourion s’étaient appuyés. Elle montre que dans l’Antiquité (la Bible l’évoque aussi), la Palestine a toujours été habitée par des peuples distincts : Hébreux bien sûr mais aussi Iduméens, Moabites, Philistins, Cananéens … Les Hébreux sont un peuple autochtone et les épisodes de l’arrivée de Mésopotamie (Abraham) ou de l’exil en Egypte (Moïse) sont légendaires. On ne trouve aucune trace de la conquête sanglante de Canaan par Josué et même le royaume unifié de David et Salomon n’a sans doute pas existé comme le dit le récit biblique : à l’époque, Jérusalem n’était qu’un village. Donc la reconstitution d’une patrie ancienne antérieure à l’exil est largement fantasmée : les royaumes d’Israël et de Juda ont probablement toujours été des entités distinctes. Les mots d’ordre régulièrement répétés par les colons religieux du Gush Emonim (le Bloc de la foi) affirmant que Dieu a donné la Judée- Samarie au peuple Juif ne reposent sur rien et ils sont d’ailleurs totalement réfutés par d’autres courants religieux.
Y a-t-il eu exil ? Si l’on en croit plusieurs historiens dont Shlomo Sand qui le dit clairement, au moment de la destruction du 2e temple par les troupes de Titus (70 ap JC), seule une minorité d’habitants est partie, en particulier les rabbins. À cette époque, la dispersion a déjà commencé et il y a déjà des Juifs à Babylone, à Alexandrie ou en Afrique du Nord. Les Palestiniens d’aujourd’hui qui sont un peuple autochtone seraient donc essentiellement les descendants de ceux qui sont restés (dont beaucoup de Juifs romanisés). Alors d’où viennent les Juifs ? Pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, la religion juive est prosélyte. C’est la religion qui s’est dispersée, pas les hommes. Des Berbères, des Espagnols, des Grecs, des Romains, des Germains se convertissent au judaïsme. Plus tard, des Khazars, peuple d’origine turque entre Caspienne et Mer Noire feront de même. La religion juive cesse d’être prosélyte dans l’empire romain quand l’empereur Constantin impose le christianisme comme religion officielle. Shlomo Sand remet en cause l’existence d’un peuple Juif. Qu’y a-t-il de commun entre des Juifs Yéménites, des Juifs Espagnols et ceux du Yiddishland ? Il y a une religion et un livre, mais parler de peuple exilé, ça ne correspond pas à la réalité. Les sionistes ont surfé sur la persécution des Juifs Européens pour inventer cette notion de peuple exilé faisant son retour.
La diaspora n’est pas une parenthèse de l’histoire du judaïsme. C’est son centre. C’est dans la diaspora que l’essentiel des rites et des croyances se sont établis. Les références à Jérusalem, au mur des Lamentations et aux scènes racontées dans la Bible sont symboliques. Elles n’ont jamais signifié une « aspiration  » à recréer un Etat Juif en « Terre promise ». Elles ont un peu la même signification que la prière des Musulmans en direction de La Mecque. La notion de « peuple élu » n’a jamais conféré aux Juifs des droits supérieurs à ceux des autres (les « goys », les « gentils »). Elle exprime juste une relation particulière avec Dieu.
De la révolte de Bar Kochba au IIe siècle ap JC à l’arrivée des premiers colons sionistes à la fin du XIXe siècle, les Juifs n’ont jamais représenté plus de 5% de la population de la Palestine. C’est moins que dans les pays voisins (Egypte, Mésopotamie, Perse, Yémen). C’est beaucoup moins que dans l’Espagne du XIVe siècle ou dans la « zone de résidence » de l’empire russe du XIXe siècle (Vilnius, Varsovie, Minsk, Odessa …).

De l’antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme racial

La plupart des royaumes ou des empires ont très mal toléré le pluralisme religieux. Les Romains exigeaient des peuples soumis qu’ils ajoutent les divinités romaines à leurs propres divinités. Ce qui a fonctionné avec les Grecs et les Gaulois n’a pas fonctionné avec les Juifs, monothéisme oblige. Une partie des Juifs a adopté la langue grecque et a accepté la « romanité ». Pas tous et la révolte contre Titus a commencé dans Jérusalem par une guerre civile entre Juifs, très bien décrite par Pierre Vidal-Naquet. Ce conflit entre ceux qui acceptent le monde des « gentils » et ceux qui le refusent au nom d’une conception exclusive du judaïsme se poursuit 2000 ans plus tard.
Le Christianisme n’a jamais été pluraliste et dès qu’il parvient au pouvoir, il s’acharne contre les autres religions. Le culte de Mithra ou l’Aryanisme n’ont pas survécu. Le judaïsme a survécu, mais à quel prix ! Les Chrétiens ont enfermé les Juifs (les juderias, les ghettos…), leur ont interdit la possession de la terre et les ont poussés à l’exercice de métiers qui leur ont valu la haine des peuples (le colportage, l’usure, la banque). Dès le Haut Moyen-âge, les expulsions se succèdent occasionnant des drames. Un des premiers pogroms (massacre de masse) est commis par la première croisade qui avant de « tuer de l’infidèle » et de « délivrer » le Saint- Sépulcre, s’est entraînée sur les communautés juives de la vallée du Rhin, provoquant le début du déplacement vers l’Est des Ashkénazes.
Le monde musulman n’a pas produit le même phénomène : le statut de dhimmi qui est réservé aux « Peuples du livre » (Chrétiens, Juifs, Zoroastriens …) a permis aux Juifs du monde musulman de connaître une paix relative et une certaine stabilité. Les moments de tension sont rares (l’arrivée des Almohades en Andalousie, le massacre de l’oasis du Touat dans le Sahara …) et ils correspondent surtout à des périodes de crise. Avant le sionisme, il n’y a eu ni expulsion, ni pogrom contre les Juifs dans le monde musulman.
L’antijudaïsme chrétien a fabriqué la plupart des stéréotypes antijuifs
 : le peuple déicide, les crimes rituels, la volonté de diriger le monde. L’épisode espagnol du XVe siècle est annonciateur de l’antisémitisme racial. Au moment où l’Espagne se réunifie, l’Etat moderne qui se crée ne peut plus tolérer ses minorités (Juifs et Musulmans). Ce rêve fou de pureté ira jusqu’à rechercher la « limpieza de sangre » (la pureté du sang), inventant là une pseudo race juive. En même temps, l’histoire des Juifs dans le monde chrétien ne doit pas être réduite à la persécution. Il y a eu quelques périodes fastes.

L’émancipation des Juifs commence en Europe au XVIIIe siècle en Allemagne puis en France où les Juifs obtiennent la citoyenneté. Paradoxalement, c’est cette émancipation qui va transformer l’antijudaïsme chrétien en antisémitisme racial. Le XIXe siècle voit la naissance de nombreux nationalismes. Ceux-ci véhiculent l’idée simpliste un peuple = un Etat et la plupart d’entre eux sont particulièrement intolérants vis-à-vis des minorités. Le Juif est perçu comme étant cosmopolite, hostile à toute idée de nation. Il est souvent un paria, même quand il a réussi socialement. Il représente un obstacle naturel au rêve meurtrier de pureté raciale. C’est d’ailleurs à cette époque que des pseudo scientifiques inventent les notions de « races » aryenne ou sémite qui ne reposent sur rien. La violence de cet antisémitisme aboutira à une espèce de consensus en Europe contre les Juifs, consensus qui facilitera l’entreprise d’extermination Nazi.

Le sionisme est-il une réponse à l’antisémitisme ?

 

Curieusement, le sioniste a puisé dans le même terreau nationaliste européen que celui de diverses idéologies qui ont mené à la boucherie de 1914 et pour certaines au nazisme. En ce qui concerne la droite sioniste, on trouve même chez Jabotinsky (qui a vécu plusieurs années en Italie) des ressemblances avec le fascisme de Mussolini. En tout cas, Jabotinsky est le premier à avoir théorisé le « transfert », terme de novlangue qui signifie l’expulsion de tous les Palestiniens au-delà du Jourdain. En Europe orientale, le sionisme a toujours été minoritaire chez les Juifs face aux différents courants socialistes et face au Bund. Pour les Juifs des différents partis socialistes, la Révolution devait émanciper le prolétariat et, dans la foulée, elle règlerait la question de la persécution des Juifs qui n’était pas pour eux un problème spécifique. L’histoire a montré que cela n’allait de soi. Pour le Bund, parti révolutionnaire juif, il existait en Europe orientale un peuple yiddish (le Bund ne s’adressait pas aux Juifs séfarades ou à ceux du monde arabe) et dans le cadre de la révolution, celui-ci devait obtenir « l’autonomie culturelle » sur place sans territoire spécifique. Socialistes et Bundistes étaient farouchement opposés au sionisme. Pendant qu’Herzl rencontrait un des pires ministres antisémites du tsar pour lui dire qu’ils pouvaient avoir des intérêts communs, faire partir des Juifs Russes en Palestine, le Bund organisait (après le pogrom de Kichinev) des milices d’autodéfense contre les pogromistes. Au début du XXe siècle, les sionistes sont absents de la lutte contre l’antisémitisme. Prenons l’affaire Dreyfus. Pour Herzl, ça a été un élément tout à fait déterminant prouvant la justesse du projet sioniste. Il y a pourtant une lecture diamétralement opposée de « l’Affaire ». D’abord, ça n’a pas été seulement le problème des Juifs. C’est devenu le problème central de la moitié de la société française, celle qui était attachée à la république et à la citoyenneté. Et puis le dénouement n’est pas négligeable. La réhabilitation finale de Dreyfus a montré que ce combat avait un sens et pouvait être gagné.
En 1917, c’est la déclaration Balfour. Il faut le savoir, ce Britannique, comme la grande majorité des politiciens de son époque, avait de solides préjugés contre les Juifs. Pour lui, un foyer Juif, c’était faire coup double pour l’empire britannique : une présence européenne au Proche-Orient et en même temps, l’Europe se débarrassait de ses Juifs.
Pendant les années du mandat britannique, les sionistes n’ont eu qu’une seule préoccupation : construire leur futur état. En 1933, quand les Juifs Américains décrètent un boycott contre l’Allemagne Nazi, Ben Gourion le rompt. Pendant la guerre, alors que l’extermination a commencé, il y a une grande incompréhension ou insensibilité parmi les Juifs établis en Palestine. Aujourd’hui, les Israéliens rappellent la visite (scandaleuse) du grand mufti de Jérusalem à Himmler. À la même époque, Itzhak Shamir, dirigeant du groupe Stern et futur premier Ministre israélien faisait assassiner des soldats britanniques. Pire, un de ses émissaires prenait contact avec le consulat Nazi d’Istanbul.
Dans l’Europe occupée, il y a eu une résistance juive assez importante. Les sionistes y ont joué un rôle plutôt marginal. Cette résistance a été essentiellement communiste, à l’image de la MOI2 en France. Il est significatif qu’au musée de Yad Vashem, on trouve l’Affiche Rouge », on y fait remarquer que la grande majorité des compagnons de Manouchian étaient juifs, mais on omet juste de dire qu’ils étaient communistes. Les sionistes rappellent que le commandant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, Mordekhaï Anielewicz était membre de l’Hashomer Hatzaïr (donc sioniste), mais ils ont essayé de minimiser le rôle de Marek Edelman, qui a survécu et qui est toujours Bundiste et farouchement antisioniste.
Israël n’aurait pas existé sans le génocide Nazi. Après 1945, il y eu un consensus de la communauté internationale. Elle a lavé sa culpabilité concernant l’antisémitisme et le génocide pour favoriser la création d’Israël et aider militairement et économiquement le nouvel Etat. En Europe de l’Est, le pogrom de Kielce en Pologne (1946), l’élimination de nombreux dirigeants communistes juifs ayant fait la guerre d’Espagne et la résistance (Slansky, Rajk, Pauker …) ou le « complot des blouses blanches », bref le renouveau d’un antisémitisme d’Etat provoque chez les Juifs une rupture avec communisme et un ralliement progressif au sionisme. L’épisode antisémite en Europe du l’Est se prolongera avec la répression en Pologne de la révolte de 1968 qui aboutira à l’expulsion de plusieurs milliers de Juifs Polonais.
Après 1945, le Yiddishland a disparu et de nombreux rescapés vivent dans des camps en essayant d’émigrer vers l’Amérique ou d’autres pays. La plupart des portes se ferment. Il y a consensus pour les envoyer en Israël et la plupart y partiront, souvent contraints et forcés. Ils y seront pourtant fort mal accueillis. La propagande sioniste oppose l’Israélien nouveau fier de lui et qui se bat, aux victimes du génocide qui auraient accepté passivement l’extermination. Aujourd’hui près de la moitié des 250000 survivants du génocide vivant en Israël sont sous le seuil de pauvreté, en particulier ceux qui sont arrivés d’Union Soviétique.
Certains dignitaires religieux israéliens sont particulièrement odieux vis-à-vis des victimes du génocide. Entre deux propos racistes contre les Palestiniens, ils ressassent que le génocide a été une punition divine contre les Juifs qui s’étaient mal conduits.
C’est petit à petit qu’Israël a vu le parti à tirer du génocide. y a eu la création de Yad Vashem puis le procès Eichman. On en est arrivé au « devoir de mémoire » obligatoire. Sauf que cette mémoire » résulte d’une certaine manipulation de l’histoire et de l’identité. En ce qui concerne les Juifs du monde arabe, ce « devoir de mémoire » se substitue à leur véritable histoire, certes douloureuse  : ils ont dû quitter leurs pays avec la décolonisation alors qu’ils n’étaient pas des colonisateurs. Ils ont été en Algérie les victimes du décret Crémieux3. Mais cette histoire n’est en aucun cas celle du génocide.
Après la guerre, Israël a demandé et obtenu des « réparations  » économiques énormes publiques et privées à l’Allemagne de l’Ouest. Ces milliards de marks ont assuré le décollage économique et militaire d’Israël et la réinsertion de l’Allemagne dans la diplomatie internationale. Il serait plus hasardeux de dire ce que cette somme mirobolante a « réparé » dans les souffrances intimes ou le traumatisme.
Peut-on associer le souci d’aider les Juifs et le soutien à Israël ? Pas nécessairement du tout. Balfour était antisémite. Beaucoup d’antisémites trouvent intéressante l’idée d’un Etat Juif qui les débarrasserait de leur minorité encombrante. C’est le cas de certains membres du Front National. Aujourd’hui, le courant « chrétien sioniste  » qui représente des millions de personnes surtout aux Etats- Unis apporte une aide financière et politique énorme à Israël. Ils ont financé une partie de la colonisation (en particulier la construction de Maale Adoumim). Ce sont pourtant des antisémites !
Peut-on considérer que, face à l’antisémitisme, le sionisme a apporté un « havre de paix » aux Juifs ? Pour les Juifs du monde arabe, sûrement pas, ils n’ont pas été persécutés avant l’apparition du sionisme. Pour les Juifs européens, la question a pu se poser. En tout cas, aujourd’hui, s’il y a bien un pays où les Juifs ne connaissent pas la sécurité, c’est … Israël et il en sera ainsi tant que le sionisme essaiera de détruire la Palestine.

Si on parlait racisme ?

 

L’antisémitisme est-il un racisme comme les autres ? Y a-t-il « unicité » du « judéocide » Nazi ? Il n’est pas facile de répondre à ces questions. L’antisémitisme a été un racisme à part car la plupart du temps, les racistes ne programment pas l’extermination du peuple haï. S’y ajoute le fait que les Nazis ont inventé le concept (absurde) de « race juive ». Aujourd’hui, les principales victimes du racisme dans un pays comme la France sont incontestablement les Arabes, les Noirs, les Roms, mais pas les Juifs dont certains ont oublié les souffrances passées et s’imaginent même être passés « de l’autre côté du miroir », du côté de ceux qui n’ont rien à dire contre le racisme ordinaire ou la chasse aux sans papiers. Dans son livre « Le Mal-être Juif », Dominique Vidal montre comment la plupart des préjugés contre les Juifs ont reculé. Quand on demande aux Français s’ils accepteraient un-e président-e de la république ou un beau-fils/belle-fille juif/ve, seule une petite minorité répond non. Il y a 40 ans, c’était la majorité. Affirmer comme le fait le CRIF qu’il y a un renouveau de l’antisémitisme, voire qu’on est à la veille d’une « nouvelle nuit de cristal » est très exagéré.
Bien sûr, l’antisémitisme n’a pas disparu. Il reste essentiellement lié à l’extrême droite, mais même les antisémites les plus obsessionnels ne rêvent plus à un « remake » du génocide. Ils préfèrent nier ou minimiser son ampleur.
Et « l’unicité » du génocide ? Primo Levi parlait de « l’indicible ». Il est extrêmement rare dans l’Histoire de voir l’Etat le plus puissant du moment engager tous ses moyens pour exterminer des millions de personnes, même quand cela ne lui apporte rien en terme financier ou militaire. Parler de génocide n’a qu’un seul intérêt : analyser les causes, décrire le processus pour qu’il n’y ait « plus jamais cela », permettre aux rescapés et à leurs descendants de revivre. Or il y a eu d’autres génocides (Cambodge, Rwanda, Bosnie). Et il y a surtout eu des politiciens sans scrupules qui ont fait du génocide leur « fond de commerce » alors qu’ils n’ont aucun droit et aucun titre pour s’approprier cette mémoire. Il y a des « intellectuels  » français (BHL, Glucksmann, Finkelkraut, Lanzmann…) qui font croire qu’au Proche-Orient la victime est israélienne, éternel retour de la persécution millénaire.
Certains qui voient l’antisémitisme partout sont étrangement discrets pour condamner le racisme anti-arabe dans un Etat qui se dit Juif. Que dire du rabbin Ovadia Yossef, dirigeant du Shass pour qui les Palestiniens sont des serpents ou des propos du ministre Vilnaï promettant une « Shoah » aux habitants de Gaza enfermés dans un laboratoire à ciel ouvert ? Des transféristes Avigdor Liberman ou Raffi Eitam qui prônent tous les jours la déportation des Palestiniens ? Du rabbin Rosen, représentant des colons, qui déclare tranquillement « que les Palestiniens sont des Amalécites et que la Torah autorise qu’on les tue tous, leurs femmes, leurs enfants, leur bétail » ? Dans tout pays démocratique, de telles déclarations conduiraient leurs auteurs au tribunal. Mais Israël est une démocratie pour les Juifs. Pour les autres, c’est l’Apartheid, c’est une forme de sous citoyenneté incompatible avec le droit international. Il faudrait aussi parler du racisme des soutiens inconditionnels à Israël, par exemple quand Roger Cukierman a osé dire que Le Pen au deuxième tour, c’était un avertissement pour les musulmans.
En Israël, il y a une obsession de la démographie (que les Juifs soient plus nombreux que les Palestiniens). Du coup, sont considérés comme « Juifs » des dizaines de milliers de personnes qui n’ont rien à voir avec le judaïsme : des Ethiopiens chrétiens qu’on dit « cousins » des Falachas, des Amérindiens du Pérou convertis au judaïsme et installés dans des colonies mais surtout des ex-soviétiques qui ont quitté un pays en perdition. D’où l’existence de sites antisémites en Israël.

Quand sionisme et antisémitisme se nourrissent l’un l’autre.

  Le sionisme a besoin de la peur. Il a besoin d’une fuite en avant qui lui donnerait du temps pour consolider ses conquêtes. Il a besoin de slogans simplistes du genre « nous n’avons pas de partenaire pour la paix » ou « Le Hamas, le Hezbollah et l’Iran veulent détruire Israël » pour obtenir un consensus derrière la poursuite de son projet colonial et son refus de reconnaître les droits des Palestiniens. Inversement, celles et ceux qui soutiennent les Palestiniens (et encore plus les Juifs qui au nom de leur J se sont engagés dans ce combat) doivent avoir pour souci et pour but la « rupture du front intérieur » aussi bien en Israël que dans les « communautés juives organisées », c’est-à-dire la fin du soutien inconditionnel à une politique criminelle contre les Palestiniens (et suicidaire à terme pour les Israéliens). Vaste programme sans doute dont l’issue est hélas lointaine.
Il n’empêche : toute manifestation d’antisémitisme n’est pas seulement immorale, elle porte un coup grave à la cause palestinienne.
Ce n’est pas nouveau. L’antisémitisme des pays de l’Est a renforcé Israël en terme politique (le sionisme a remplacé le communisme comme idéologie des Juifs d’Europe Orientale) et en termes humains avec l’arrivée massive des Juifs soviétiques. De même, non seulement les principaux dirigeants des Pays Arabes se sont montrés bien peu solidaires des Palestiniens pendant la guerre de 48 ou celles qui ont suivi, mais leur complicité avec les sionistes dans l’émigration d’un million de Juifs du monde arabe a été un coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne.

La guerre du Proche-Orient n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire. Elle porte sur des principes universels : l’égalité des droits, le refus du colonialisme. Ceux qui (comme les sionistes) mélangent sciemment juif, sioniste et israélien pour attribuer aux Juifs les tares du sionisme ne sont pas nos amis. Les Palestiniens l’ont parfaitement compris à l’image de Mahmoud Darwish, Edward Saïd et Elias Sanbar qui s’étaient opposés à un colloque négationniste organisé à Beyrouth par Roger Garaudy. Bien sûr, au nom de « l’antiisraélisme », pour reprendre un terme d’Edgar Morin, on trouve dans le monde arabe ou en Iran des gens qui diffusent le « Protocole des Sages de Sion » ou qui organisent des colloques révisionnistes comme celui de Téhéran. On trouve en France quelques rares personnes issues de l’immigration qui singent l’extrême droite en reprenant les stéréotypes antijuifs. Ces judéophobes confondent aussi juif et sioniste. Bien sûr, on ne peut pas nier que le sionisme ait « une part de l’héritage juif ». Une part seulement. Rappelons une anecdote : en 1948, Menachem Begin veut visiter les Etats-Unis. Les plus grands intellectuels Juifs américains avec en tête Hannah Arendt et Albert Einstein écrivent à Truman en lui disant que Begin est un terroriste et qu’il faut l’arrêter ou l’expulser. À l’époque, le judaïsme, c’est encore très majoritairement Arendt ou Einstein, ce n’est pas Begin. Les assassins Nazis s’en sont pris aux parias des shtetls4 ou à des gens comme Arendt ou Einstein, insupportables parce qu’universalistes. L’antisémitisme n’a pas frappé les tankistes israéliens.
Il existe en petite minorité dans les rangs de ceux qui soutiennent la Palestine des gens qui imaginent que puisque l’Etat d’Israël se justifie au nom du génocide, c’est que celui-ci n’a pas existé ou qu’on exagère beaucoup à propos des 6 millions de morts (En fait les dernières recherches historiques sur la « Shoah par balles » tendraient à dire le contraire, le nombre des morts est peut-être supérieur). Il y a des militants qui reprennent les élucubrations d’Israël Shamir, soviétique émigré en Israël qui a repris les délires antisémites sur les crimes rituels commis par les Juifs mais qui est totalement inconnu dans les rangs des anticolonialistes israéliens ou des militants palestiniens. Pour Shamir, le problème, ce n’est pas le sionisme, c’est le judaïsme.
Certains militants parfaitement honnêtes pensent qu’on doit laisser librement s’exprimer toutes les critiques contre Israël, y compris les critiques antisémites. Je pense que ces militants se trompent et que les antisémites ne sont pas seulement d’odieux racistes, ils renforcent aussi le sionisme qu’ils s’imaginent combattre. Ils alimentent le réflexe de peur qui est un carburant indispensable pour le sionisme. Lutter contre l’impunité d’Israël est une priorité qui est l’exact inverse d’une telle démarche : les sionistes veulent clore l’histoire juive. Ils prétendent qu’il n’existe qu’une seule voie, la leur. Ils prétendent représenter l’ensemble des Juifs, ils parlent en leur nom, ils ont le rêve fou de les faire tous « monter » vers Israël. Ils prétendent que toute critique d’Israël est forcément antisémite alors qu’au contraire leur politique provoque un nouvel antisémitisme. Cette politique remet en cause plusieurs siècles de lutte des Juifs pour l’égalité des droits et la citoyenneté. Les antisémites qui mélangent sciemment juif et sioniste vont exactement dans le même sens. Ces deux courants se nourrissent l’un l’autre.
Soutenir concrètement les Palestiniens et dénoncer inlassablement l’impunité d’Israël qui permet la fuite en avant criminelle doit donc s’accompagner d’une dénonciation du sionisme qui est un obstacle à la paix et d’une dénonciation de l’antisémitisme qui n’est pas seulement un racisme odieux (comme tous les racismes). Il renforce aussi ce qu’il prétend combattre.
Les militant-e-s ont aussi une tâche plus difficile à remplir : «  déconstruire » toutes les manipulations de la mémoire et de l’identité qui prolongent cette guerre.

Pierre Stambul

 

(1) « La Bible dévoilée » de I. Finkelstein et N.A. Silberman.
(2) Main d’oeuvre immigrée qui organisait les communistes étrangers.
(3) En 1870, le décret Crémieux accorde aux Juifs Algériens la nationalité française mais pas aux musulmans.
(4) Villages juifs d’Europe orientale systématiquement détruits pendant la guerre.

Texte paru dans :
l’Emancipation syndicale et pédagogique, n° 1-septembre 2008.
Contact : http://www.emancipation.fr/emancipa/

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:25

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http://pierremerckle.fr/2012/11/deux-generations-de-pauvres/

 

Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Techno » du samedi 17 novembre 2012, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ? Alors bienvenue !


Comme c’est désormais la tradition à la parution de chaque billet, j’en publie ici une version plus longue, dans laquelle je peux en particulier indiquer beaucoup plus précisément les recherches de mes collègues sur lesquelles je me suis appuyé, et proposer également un certain nombre de compléments, et de pistes supplémentaires de réflexion…

Depuis le début de l’année, il y a un nouveau thème au programme de l’agrégation de sciences économiques et sociales, que je suis chargé d’enseigner à l’ENS de Lyon ces trois prochaines années : il s’agit de « l’exclusion sociale ». Vous pouvez découvrir en ligne la « bibliographie officielle » soumise aux candidats, et une bibliographie détaillée et commentée sur le site de Julien Damon.

La pauvreté et l’exclusion ont-elles réellement augmenté ? Comme pour les inégalités (voir l’article du samedi 9 juin 2012, « Les inégalités scolaires ont-elles diminué ? »), la question est compliquée. Quand on s’attaque, à cette copieuse bibliographie consacrée, depuis une vingtaine d’années, à la question de l’exclusion sociale, surgissent immédiatement deux grandes difficultés, intimement liées l’une à l’autre : une difficulté à définir l’exclusion, et subséquemment une difficulté à la mesurer. S’agissant de la première difficulté, la plupart des ouvrages et des articles rassemblés dans la bibliographie s’accordent au moins sur ce point : il n’est pas possible de définir de façon univoque l’exclusion, phénomène multidimensionnel et plurifactoriel de rupture des liens sociaux, dont l’invocation incantatoire depuis une vingtaine d’années aurait de plus, pour beaucoup d’observateurs, des visées moins scientifiques que politiques1. Les sociologues qui ont le plus travaillé sur cette question préfèrent donc employer d’autres termes : Robert Castel parle ainsi de « désaffiliation »2, et Serge Paugam de son côté parle de « disqualification sociale »3.

Même controversée, la notion d’exclusion est pourtant entrée dans le langage courant. Et le rituel est presque inchangé depuis trois décennies : à l’approche de l’hiver, les associations de lutte contre l’exclusion cherchent à attirer l’attention de l’opinion et des pouvoirs publics sur la situation de plus en plus difficile des exclus, travailleurs pauvres ou chômeurs de longue durée, mal logés ou sans domicile. Un exemple parmi tant d’autres : le rapport annuel du Secours catholique rendu public le 8 novembre dernier4, qui constate une augmentation alarmante du nombre de personnes ayant reçu l’aide de l’association au cours de la décennie écoulée, et pointe des transformations inquiétantes de la grande pauvreté en France, qui en particulier touche de plus en plus de femmes et d’enfants.

Le sociologue et philosophe allemand Georg Simmel considérait, dans un texte célèbre5, que le manque de ressources ne suffit pas à faire entrer les individus dans la catégorie des pauvres, mais que c’est en réalité à partir du moment où ils sont assistés qu’ils deviennent partie d’un groupe social caractérisé par la pauvreté. Il n’est donc pas du tout absurde de mesurer l’exclusion par le nombre de personnes aidées par les organisations charitables. Le problème, c’est que dans ce cas, l’augmentation du nombre de personnes aidées par ces organismes reflète peut-être au moins autant l’augmentation de l’exclusion que le transfert de la charge des exclus de l’Etat vers le milieu associatif.

Il est donc légitime de vouloir tout de même « estimer », sinon l’exclusion, du moins la pauvreté, à partir de mesures « objectives » de la privation de ressources. Mais voilà : le problème n’est pas résolu pour autant. Faut-il, comme on le fait classiquement, mesurer la pauvreté « relativement », en considérant comme pauvres les ménages vivant avec moins de la moitié du revenu médian des Français ? Ou faut-il la mesurer « absolument », en comptant le nombre de ménages ayant des « conditions de vie » difficiles, autrement dit des difficultés à accéder à certaines ressources fondamentales (nourriture, habillement, logement) ?6. Dans le premier cas, la « pauvreté relative » a stagné ou légèrement au cours des dix dernières années, mais dans le second cas, la « pauvreté en conditions de vie » a, elle, diminué…

Cela étant dit, même difficiles ou impossibles à définir et mesurer précisément, l’exclusion et la pauvreté n’en correspondent pas moins à des situations et des difficultés individuelles et collectives bien réelles. Et dans ce domaine peut-être plus encore que dans les autres, pour connaître et comprendre ces situations, il faut faire des enquêtes. Mieux encore : il faut refaire des enquêtes. De façon générale, de la nature fondamentalement historique des phénomènes sociaux7, il ressort bien sûr que les observations et les « lois » sociologiques sont nécessairement victimes d’une forme d’obsolescence programmée, et les exemples de rééditions d’enquêtes ne manquent pas : je pense à la fameuse enquête d’Alain Girard sur le choix du conjoint8, refaite vingt ans plus tard par Michel Bozon et François Héran9, également à la grande série des enquêtes sur les pratiques culturelles des Français coordonnées par Olivier Donnat au Ministère de la Culture, et bien sûr à toutes les grandes enquêtes de l’INSEE, du recensement de la population française à l’enquête « Emploi » en passant par les enquêtes sur les contacts sociaux (1983, 1997), ou encore les enquêtes sur les emplois du temps. Et je suis sûr que vous pourrez m’en citer beaucoup d’autres dans les commentaires de ce billet !

Les approches qualitatives sont peut-être moins habituées à ce genre de « retours »10… En tout cas, c’est à cette entreprise peut-être rare mais pourtant indispensable que se sont attelés deux sociologues français, Jean-François Laé et Numa Murard. En 1985, ils avaient publié dans L’argent des pauvres11 le récit de leur enquête dans une cité populaire d’Elbeuf, en Normandie, qui visait à décrire les ressorts d’une pauvreté qu’on s’attachait alors encore à décrire comme résiduelle, un reliquat de misère hérité du passé, que la prochaine reprise de la croissance allait effacer. Contre l’image misérabiliste véhiculée par les associations charitables, les deux sociologues décrivaient une expérience de la condition ouvrière qui restait vivace et continuait de produire du collectif, malgré les effets de la pauvreté monétaire sur l’organisation du temps, sur la consommation et la sociabilité.

Trente ans plus tard, Laé et Murard sont retournés sur leur « terrain »12, ils ont refait l’enquête et viennent d’en publier le résultat dans un nouvel ouvrage, intitulé Deux générations dans la débine13. Ils en ont fait aussi un documentaire pour France Culture (c’était même l’idée de départ, si j’ai bien compris, et le livre est venu ensuite), que vous pouvez écouter en ligne et podcaster (première partie ici, et seconde partie là). Le constat est sans appel. Malgré le revenu minimum, les allocations, le travail des associations, la scolarisation massive, l’optimisme des années 1980 a été démenti : la pauvreté est toujours là, mais aujourd’hui elle atomise les pauvres. C’est en partie le résultat de ce que les deux sociologues appellent la « machine à laver les pauvres » : tous les dix ans, la mobilité résidentielle des pauvres est forcée par les politiques du logement, qui détruit les cités, déplace les familles, disperse les voisinages. L’affiliation à la classe ouvrière a volé en éclat, et ceux qui s’en sortent un peu mieux stigmatisent les fautes morales supposées de ceux qui ne s’en sortent pas ou ne « savent pas se priver ».

Pour avoir une vue aussi complexe et nuancée que possible des évolutions de la pauvreté et de l’exclusion, il faut donc probablement faire et refaire, et encore refaire, des enquêtes statistiques et des enquêtes ethnographiques. Il en ressortira que depuis une vingtaine d’années, la pauvreté a peut-être reculé « en moyenne », mais les inégalités entre les pauvres et les riches se sont indéniablement creusées, et la stigmatisation de la pauvreté a très probablement progressé dans toutes les couches de la société, même et peut-être surtout dans celles qui en sont les moins protégées : l’enquête qui nous l’apprend n’est pas inédite – mais c’est ce qui en fait tout l’intérêt.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 21:05

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http://www.lagazettedescommunes.com/137865/%C2%AB-le-non-recours-aux-prestations-sociales-est-bien-superieur-a-la-fraude-%C2%BB-philippe-warin-politologue/

 

Philippe Warin, politologue, directeur de recherche au laboratoire « politiques publiques, action politique et territoires » du CNRS, co-dirige l’Observatoire des non recours aux droits et services (Odenore), qui publie jeudi 8 novembre 2012 "L’envers de la fraude sociale".

L’ouvrage(1) que publie l’Observatoire des non recours aux droits et services (Odenore) part d’un constat que la fraude aux prestations sociales est bien inférieure aux allocations non demandées.
Pourquoi de tels travaux ?

Les travaux sur le non recours sont apparus dans les années 1990, mais ces dernières années, un discours sur la fraude aux prestations sociales s’est développé, permettant de justifier la réduction de certains de leurs budgets, les allocations sociales étant « fraudogènes ».

Or le non recours est bien supérieur à la fraude. Dans un rapport, l’Assemblée nationale a estimé la « fraude sociale » à environ 20 milliards d’euros, dont 15 à 16 dus au travail dissimulé et 3 à 4 milliards d’euros liés à des escroqueries aux prestations sociales, soit environ 1 % du montant total des sommes versés.

Ces 4 milliards de fraudes aux prestations sociales sont à mettre en regard des 5,3 milliards d’euros de non dépenses produits par le non recours au seul RSA.

Pour la CMU complémentaire, 24 % des ménages éligibles n’en bénéficient pas alors que les fraudes à la CMU ont représenté, en 2010, 800 000 euros. Pour nous, le scandale du non recours aux droits sociaux, c’est l’envers de la fraude sociale.

 

Source : Philippe Warin, la fraude aux prestations sociales : réalités et enjeux, p31.

 Quelles sont les causes de ce non recours ?

Il y a tout d’abord la stigmatisation des publics qui ont recours aux prestations sociales. Un discours ambiant a véhiculé une norme sociale culpabilisatrice. Toute demande d’aide est perçue comme une preuve de faiblesse.
Le discours sur la fraude et l’assistanat a ainsi tendance à dissuader davantage les personnes que l’aide cible en premier.

Il y a aussi la complexité des systèmes administratifs pour y avoir accès. L’exemple de la tarification sociale de l’énergie est particulièrement révélatrice : pour obtenir une tarification sociale, il faut être bénéficiaire de la CMU C.

Il revient à la caisse primaire d’assurance maladie d’en informer l’entreprise qui fournit l’énergie, de faire les calculs et le cas échéant d’accorder le tarif social.
Si bien que seul 47 % des ménages éligibles ont effectivement eu accès à cette aide.

Il faudra voir dans le temps si le décret du 6 mars 2012 relatif à l’automatisation des procédures d’attribution des tarifs sociaux de l’électricité et du gaz naturel permet d’améliorer la donne.

La crise économique peut-elle aggraver ce non recours ?

Les difficultés budgétaires, notamment des collectivités locales, conduisent les instances à resserrer les conditions d’accès à ces aides. Le risque est que les personnes qui sont éligibles à ces prestations s’en détournent alors même qu’elles en constituent les publics cibles.
Comme une forme d’autocensure.

Vous préconisez une lecture qui ne soit pas purement comptable de ces prestations sociales, en insistant sur leurs effets multiplicateurs sur les territoires.
Etes-vous entendu ?

Les choses bougent et la prise de conscience est réelle quelle que soit l’orientation politique de la collectivité. Le non recours, s’il représente une économie comptable pour la collectivité, constitue une perte économique pour un territoire.
Il faut donc davantage développer l’étude de l’impact des dépenses sociales.

Le cas de l’aide personnalisée d’autonomie est très intéressant. Si cette prestation permet de faciliter la vie d’une personne âgée, elle finance un service à domicile qui, par l’emploi et le salaire qu’elle représente, engendre des cotisations, des impôts et des dépenses sur un territoire. Aujourd’hui, sur les 4 milliards d’euros que représente l’APA, près d’un quart ne sont pas dépensés.

Note 01:L’envers de la « fraude sociale », le scandale du non recours aux droits sociaux. Odenore. Editions La Découverte. Novembre 2012. -

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 21:01
REUTERS/Zohra Bensemra

Rencontre avec le sociologue des religions Raphaël Liogier, auteur d’un essai qui bat en brèche le fantasme d’une islamisation de la France.

Une ambiance islamophobe règne aujourd’hui en France et en Europe. Les médias s’en font largement l’écho, tout en osant franchir parfois la frontière qui les sépare d’une information raisonnée et décente. La couverture récente du Point (“Cet islam sans gêne), stigmatisant non plus l’islamisme mais l’islam tout court, est un symptôme de ce nouveau rejet sans nuances de la population musulmane, pourtant largement intégrée à la société française. Pour le sociologue des religions, directeur de l’Observatoire du religieux, Raphaël Liogier, le “mythe d’une islamisation” traverse la société française. Son essai révèle les angles morts et les origines historiques qui conduisent à une stigmatisation qui s’est banalisée.

Du récent sondage Ifop pour Le Figaro, selon lequel 43 % des sondés considèrent l’islam comme une “menace”, à la une du Point, les médias répètent que les musulmans ne sont pas bien intégrés. Comment interprétez-vous ce sentiment diffus de rejet à l’égard de l’islam, qui pour vous relève d’une ” obsession collective” ?

Raphaël Liogier - La paranoïa face à l’islam augmente ; il y a une radicalisation de l’opinion publique. Or il existe en réalité un dynamisme incroyable au sein de la population musulmane. Certes, l’islamisation fait partie de ces problèmes dont tout le monde parle, mais sans aborder le fond. Pas un jour ne passe sans que nous ayons un débat sur le sujet mais sans en mesurer la cause. C’est comme si le fait d’en parler nous dispensait de voir les choses en face. Il faudrait faire un débat national mais sans que les dés soient pipés dès le départ.

Quelles sont donc les origines de cette obsession ?

Nous sommes passés de la fascination pour l’orientalisme à l’islamophobie et à la peur de l’invasion. Après les deux guerres mondiales, l’Europe, qui a perdu sa prééminence économique et militaire, commence à avoir peur d’un débordement démographique avec ses colonies. Le grand basculement a lieu dans les années 80 : on assiste à l’émergence d’un terrorisme international et, dans le même temps, l’Europe découvre la crise économique. On projette alors sur le musulman la crainte de perdre son emploi. Depuis le milieu des années 2000, un mot s’est immiscé dans le débat public : “islamisation”. S’appuyant sur des théories complotistes comme celle d’Eurabia (lancée en 2005 par l’universitaire britannique Bat Ye’or), l’idée selon laquelle les musulmans chercheraient à submerger numériquement et culturellement l’Europe se répand. L’imaginaire du complot déborde ainsi peu à peu le cadre de l’islamophobie ordinaire.

L’islamisation est d’ailleurs devenue la thématique principale de l’extrême droite européenne.

Effectivement, on observe l’émergence de partis néopopulistes qui fixent le musulman comme un intégrateur négatif. Avant, l’extrême droite était à la marge, aujourd’hui ce nouveau populisme est au centre du débat public. Le centre de gravité de l’échiquier politique européen dans son ensemble est bouleversé par la force d’attraction de l’anti-islamisation. Marine Le Pen l’a bien compris, c’est la raison pour laquelle elle a un discours anticapitaliste et même parfois libertaire. En se focalisant sur la lutte contre l’islamisation, parfois en contradiction avec les thèmes historiques de son parti – elle promeut ainsi l’égalité homme-femme, défend l’homosexualité, la lutte contre la souffrance des animaux (à cause de l’abattage halal) et le rapprochement avec Israël -, elle dépasse les clivages gauche-droite traditionnels.

Comment ce rejet est-il vécu par les musulmans ?

La première génération de musulmans a vécu avec un sentiment d’exclusion. La deuxième génération de “Français issus de l’immigration” n’est plus aussi passive que celle qui la précède. Cette nouvelle génération a été atteinte par ce qu’a vécu la précédente.

Pourquoi cette focalisation sur l’islam plutôt que sur une autre religion ?

L’islam n’est pas rejeté en tant que religion mais en tant que force intentionnelle à laquelle tous les musulmans participeraient, sans que l’on sache pourquoi et comment, et contre laquelle il faudrait lutter. C’est pour ça que ce n’est plus seulement de la phobie mais également de la paranoïa. Dans la paranoïa, on suppose une intention maligne même quand il n’y a rien. Dès que l’on voit un petit truc, on pense que c’est davantage que sa manifestation visible. C’est l’équivalent de l’hypocondrie. Comme un petit bouton sur le visage qui serait révélateur d’un cancer. C’est pour ça que l’islamisation est vécue comme la mise à mort de l’identité européenne, qui serait déjà métastasée. On a trois sandwichs halal dans un Quick ou quatre filles voilées dans la rue et ça devient d’un seul coup un problème de société dont tout le monde s’empare. Le paranoïaque se croit dans une situation d’urgence qui justifierait n’importe quel moyen d’intervention (lois liberticides, etc.).

 

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http://www.lesinrocks.com/2012/11/13/actualite/la-paranoia-face-a-lislam-augmente-11321149/

 

 

Il existe pourtant des signes tangibles de la montée de l’islamisme, comme le soulignait Gilles Kepel dans son dernier livre Quatre-vingt- treize.

Gilles Kepel se représente la montée de l’islam comme un indicateur symptomatique de la crise des banlieues. Je pense que ça peut également être une réponse. La majorité des musulmans que je rencontre sont tolérants et ouverts aux autres. L’islam n’est pas le symptôme car quand on dit ça, on finit par penser implicitement que si l’on annule le symptôme, on annule le mal. Plus l’islam serait visible, pire ce serait. C’est faux, il y a des formes d’islamité qui ne sont pas du salafisme dur.

Niez-vous la montée du salafisme ?

Je ne nie pas qu’il y a eu une montée du salafisme depuis une vingtaine d’années mais le salafisme a évolué également. On a fait une enquête sur le voile intégral. Et on s’est rendu compte de choses que l’on n’imaginait pas. Le discours majoritaire de ces gens que l’on pensait salafistes nous a surpris. C’est un salafisme new age, ultra-individualiste, un salafisme de distinction qui n’est donc pas prosélyte : si tout le monde fait pareil, ça n’a plus d’intérêt.

Quelle est au fond la responsabilité de nos élites dans cette paranoïa collective ?

Elle est primordiale. On rapporte des sondages sans essayer de comprendre. Prenons l’exemple de l’affaire Merah : c’est quand même un individu qui n’est pas plus musulman que je suis curé de campagne ; il était en déshérence avant de devenir djihadiste. Il a revêtu l’habit du musulman parce que ça faisait peur.

Et il a commencé par tuer des légionnaires, c’est-à-dire l’objet de sa frustration. Malheureusement, cette lecture n’est que très peu faite dans les médias. On parle des problèmes de l’islam mais on ne cherche pas à comprendre pourquoi les Européens ont tant besoin de cet “ennemi musulman”. Tant que nous n’aurons pas résolu “notre” propre problème identitaire, il sera difficile de déconstruire cette obsession collective.

Recueilli par David Doucet et Jean-Marie Durand

Le Mythe de l’islamisation de Raphaël Liogier (Seuil), 212 pages, 16 €


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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 20:58

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http://www.bastamag.net/article2776.html

 

 

Officiellement, la direction de Renault s’engage à ne pas fermer d’usines en France si les syndicats acceptent de conclure un nouvel accord sur la compétitivité. Un accord qui ressemble davantage à un véritable plan d’austérité pour les salariés, assorti d’un chantage à l’emploi. Ou comment mettre en concurrence ses ouvriers français, espagnols, britanniques ou roumains, pour promouvoir des régressions sociales généralisées. De leur côté, les dirigeants et les actionnaires, dont l’État, continuent d’en profiter.


La direction de Renault « pourrait s’engager à ne pas fermer d’usine en France, malgré un marché européen sans véritable croissance ». Le communiqué, publié ce 13 novembre [1], est repris tel quel par plusieurs médias, avec plus ou moins de nuances. Et place les syndicats devant un choix cornélien : accepter les exigences de la direction en matière de compétitivité et de précarité – et espérer préserver les emplois – ou refuser le chantage et risquer le démantèlement des usines françaises. En jeu : l’avenir des 37 000 salariés de la firme au losange dont, en première ligne, deux tiers d’ « agents de production » – ouvriers en langue managériale – et de techniciens.

Pour mettre en concurrence ses sites de production, Renault profite pleinement de sa nouvelle dimension internationale. Qu’importe si les salariés refusent ici les nouvelles règles. D’autres les accepteront ailleurs aux dépens des premiers. C’est ce qui est en train de se passer en Espagne. La direction de Renault a proposé aux 7 000 salariés de ses trois usines espagnoles (Palencia, Valladolid et Séville) d’assurer la fabrication d’un nouveau modèle qui sortira au printemps 2013 et d’augmenter les capacités de production pour la fabrication de la Mégane et de boîtes de vitesses. Avec, à la clé, promet-on, l’embauche de 1 300 personnes. Une aubaine dans un pays qui compte désormais 25% de chômeurs.

Ces Français qui coûtent trop cher

Mais il existe un revers à cette médaille. En échange, la direction demande aux syndicats d’accepter un gel des salaires pendant trois ans tout en augmentant la durée annuelle de travail de 5 jours, de réduire de moitié les primes pour le travail de nuit, le samedi et les jours fériés, et de payer les nouveaux employés à 65% du salaire initial. Bref, un véritable plan d’austérité, assorti d’un chantage à l’emploi, imposé aux salariés. Un accord en ce sens a été signé le 8 novembre avec les trois syndicats majoritaires (UGT, Commissions ouvrières et la Confédération des cadres).

Pour accentuer la pression sur ses salariés français, la direction de Renault s’est amusée à comparer la productivité de ses usines en France, en Espagne, au Maroc et au Royaume-Uni. Un salarié français fabriquerait deux fois moins de véhicules par an qu’un Espagnol, et trois fois moins qu’un britannique. Pendant qu’un ouvrier de Flins assemble 24 Clio par an, un Espagnol de Palencia produit 55 Mégane. En plus, les Français coûteraient beaucoup plus cher : « Des sites d’assemblage comme Sandouville et Flins flirtent avec les 50.000 euros annuels par tête, charges sociales comprises, contre environ 35.000 pour leurs homologues espagnols (Palencia, Valladolid) et près de 11.000 euros pour Pitesti, l’usine roumaine des Logan », résume Les Echos. Bref, un ouvrier français coûte cinq fois plus cher qu’un Roumain, tout en produisant moins. « L’usine Dacia de Pitesti en Roumanie sert depuis longtemps d’argument à la direction de Renault pour dégrader les conditions de travail en Espagne et en France », précise un observateur averti des conditions de travail chez Renault.

Mise en concurrence des Français, des Espagnols et des Roumains

Ces ratios managériaux oublient de prendre en compte certaines réalités. La performance des chaînes d’assemblage dépend du nombre de modèles qui y passe. Plus il y a de véhicules différents, plus les arrêts de chaînes sont fréquents (réglages des machines, changement d’approvisionnement et des pièces de montage…). Ainsi l’usine de Sandouville (11 véhicules par an et par salarié en 2011) fabrique quatre modèles haut de gamme [2] quand l’usine de Palencia (55 véhicules/an/salarié), en Espagne, n’a qu’un seul modèle à assembler (la Mégane III).

 

Difficile également de comparer des usines qui fabriquent des gammes différentes de véhicules, de la plutôt luxueuse Laguna qui sort des chaînes de Sandouville à la très économique Logan fabriquée en Roumanie et destinée aux pays émergents. Le flux des commandes, et donc de production, ne sont pas les mêmes pour des véhicules mis sur le marché entre 20 000 et 30 000 € en période de crise – ce qui est surtout le cas des voitures produites en France – et pour les modèles moins chers, fabriqués en Espagne, en Roumanie ou en Slovénie, où la fabrication de la Twingo a été délocalisée. Si l’on compare Flins et Valladolid, qui assemblent tous les deux la Clio III, la productivité est similaire. Difficile aussi de comparer le coût de la masse salariale sans se pencher sur les niveaux de qualification des agents production, ni sur le degré d’automatisation des usines et la modernité de leurs équipements.

Passer de 13 usines à 2 en France ?

Qu’importe, au vu de ces ratios caricaturés, les Français sont loin d’être suffisamment compétitifs, répète depuis quelques mois la direction du groupe. De là à considérer « qu’une seule usine de montage et une seule usine de mécanique pourraient être suffisantes en France », contre les 13 actuelles, il n’y a qu’un pas, qu’aurait allègrement franchi Gérard Leclercq, directeur des opérations de Renault en France, en avril dernier [3]. Depuis, la menace n’a fait que se préciser. Fin septembre, c’est le n°2 du groupe, Carlos Tavares, qui explique que Renault n’exclut pas de fermer des usines en Europe à cause de la morosité du marché [4]. Puis son PDG, Carlos Ghosn qui indique que Renault pourrait disparaître « sous sa forme actuelle » si sa « compétitivité » ne s’améliore pas. Comprenez : la compétitivité de ses usines en France.

« Nous ne demandons pas aux usines françaises d’être en compétition avec les Chinois ou les Indiens, mais de ne pas être en retrait par rapport aux Anglais de Nissan Sunderland ou aux Espagnols de Renault Palencia. Et ça, c’est un message que les gens comprennent. Nous devons ramener les usines françaises a minima aux niveaux espagnol et anglais », détaille Carlos Tavares, dans un entretien accordé à Nice Matin, à l’occasion du Mondial de l’auto, fin septembre. Une précision qui en dit long.

Nissan : le nouveau modèle social et managérial

Car comparer les Français aux Britanniques et aux Espagnols est plus socialement – et médiatiquement – acceptable que de les mettre en compétition avec leurs homologues roumains ou marocains. A ce petit jeu, l’usine Nissan de Sunderland, près de Newcastle, est devenue le nouveau « benchmark » (point de référence) à appliquer en Europe de l’Ouest. Et en particulier en France. Les Britanniques y produiraient 96 véhicules par salarié et par an. Un record !

Une productivité payée au prix fort : « La situation dans cette entreprise est loin de l’image idyllique que l’on nous présente, tant sur le plan social que sur le plan de l’efficacité industrielle », dénonce la CGT [5]. La pénibilité des conditions de travail y est telle que le turn-over des salariés atteint les 10% [6]. Avec un salarié sur dix qui s’en va chaque année, l’ancienneté moyenne ne dépasserait pas 10 ans (en France, une majorité de salariés ont entre 15 et 40 ans d’ancienneté). « Le turnover est considérable et nombreux sont ceux qui, arrivés à la trentaine, sont remerciés pour inaptitude ou partent d’eux-mêmes à défaut de tenir le poste et les cadences de travail. C’est d’ailleurs ce qui explique une moyenne d’âge aussi faible », explique la CGT. Difficile d’en savoir davantage sur ce qui se passe dans l’usine Nissan : au Royaume-Uni, le groupe n’est pas tenu de publier de bilans sociaux. Ceux-ci recensent, en France, outre les variations d’effectifs, la fréquence et la gravité des accidents du travail.

Des maladies professionnelles en progression de 43%

Dans les sites Nissan aux États-Unis, la situation n’est pas meilleure : « Dans l’usine Nissan dans le Mississippi et contrairement aux engagements de Carlos Ghosn, les effectifs CDI sont passés de 3 400 salariés à 2 600 aujourd’hui. Les départs ont été compensés par des intérimaires qui représentent aujourd’hui 60% des effectifs de l’usine. Par ailleurs, les travailleurs américains corroborent une situation dégradée des conditions de travail, et ont illustré de nombreux problèmes de qualité avec le rappel récurrent de véhicules », illustre la confédération. Les problèmes de qualité se posent également au Royaume-Uni. Nissan vient de rappeler 7 400 véhicules (le 4X4 Qashqai) à cause d’un défaut sur le volant [7].

Les exigences de compétitivité imposées par Renault et les régressions sociales incarnées par le modèle Nissan se font déjà sentir en France. Le nombre de maladies professionnelles causées par des affections articulaires – les « TMS » (troubles musculo-squelettiques) – ont progressé de 43% en deux ans ! Des TMS en partie provoquées par l’intensification des périodes d’activité, entrecoupées de périodes de chômage partiel.

Carlos Ghosn : 466 fois le salaire d’un ouvrier

Alors qu’une épée de Damoclès va s’abattre sur les ouvriers de Renault, que fait l’État, actionnaire à 15%, qui y compte deux administrateurs ? Pour l’instant, rien. L’État a abondamment soutenu l’industrie automobile « made in France » au début de la crise financière. Il a accordé à Renault un prêt avantageux de 3 milliards d’euros en 2009. Il a renfloué son établissement financier à hauteur d’un milliard d’euros (ainsi que celui de Peugeot). Il a accru son indemnisation du chômage partiel. Aujourd’hui, le ministre du redressement productif demeure étrangement muet face à l’avenir sombre qui se dessine pour les salariés français, quel que soit leur choix face au chantage.

 

Quant à la direction de Renault, elle répète que la période de vaches maigres s’impose à tous. « Dans un contexte où il n’y a plus de richesse, il devient obsolète de se disputer quelque chose qui n’existe pas. Nous avons dans notre pays une longue histoire de conflits et de tensions, mais il n’y a plus de gâteau à se partager », explique sans scrupules Carlos Tavares. Il oublie de préciser que les dix premières rémunérations au sein du groupe – accordées aux plus hauts dirigeants dont lui-même – ont progressé de 57% entre 2009 et 2011 (passant de 3,9 à 6,2 millions d’euros). En 2012, le PDG Carlos Ghosn gagne 466 fois le salaire d’un ouvrier sans ancienneté [8] Et en dix ans, Renault a reversé à ses actionnaires près de 6,5 milliards d’euros de dividendes, dont 343 millions en 2011 « malgré un marché européen sans véritable croissance ». Ce gâteau-là n’est effectivement pas à partager avec l’ensemble des salariés qui l’ont fabriqué, en France et ailleurs.


Ivan du Roy

Notes

[1] Lire ici.

[2] Espace IV, Laguna III Berline, Laguna III Estate, Laguna III Coupé.

[3] Citation rapportée par la CGT Renault de l’usine de Cléon.

[4] Rapporté par l’agence Reuters.

[5] Lors de son intervention, le 6 novembre, au cours des négociations lancées par la direction.

[6] En comparaison, Renault en France enregistre un taux de démission entre 0,26% et 0,82% ces trois dernières années, principalement dû aux démissions d’ingénieurs.

[7] Voir ici (en anglais).

[8] Par an, 9,9 millions d’euros d’un côté, 21 230 euros de l’autre.

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:37

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GIRAUD FLORE/SIPA

http://www.marianne.net/Quand-se-soigner-devient-un-privilege_a223986.html

Faute d'argent, plus d'un Français sur cinq reporte ou renonce tout bonnement à se soigner. Ce phénomène touche les plus démunis mais aussi les classes moyennes, et inquiète de plus en plus les professionnels de la santé.


Décrocher un emploi n'est pas toujours une bonne nouvelle. Quand il était au chômage, Luc, 43 ans, pouvait se faire soigner. Comme 4 millions de Français, il était bénéficiaire de la couverture maladie universelle (CMU), mais aussi de la CMU-C, une complémentaire gratuite réservée aux personnes dont les revenus n'excèdent pas 661 e par mois ; un plafond, soit dit en passant, très inférieur au seuil de pauvreté (803 euros pour une personne seule). Aujourd'hui, il a décroché un emploi dans une association, mais, revers de la médaille, il a perdu ses droits à la CMU. Et, du coup, il ne va plus chez le médecin, la Sécurité sociale ne couvrant ses dépenses qu'à hauteur de 55 %.

La difficulté d'accès à la santé ne frappe pas seulement les plus démunis, elle touche désormais les classes dites «moyennes». Ces ménages qui ne sont pas éligibles aux aides telles que l'aide médicale de l'Etat (AME) ou la CMU (voir l'encadré, p. 25), mais qui ne gagnent pas assez pour se payer une mutuelle efficace. Selon le baromètre Europ Assistance 2012, 27 % des Français ont renoncé à, ou reporté des soins de santé au cours de l'année. Même constat pour le Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique (Cecop), qui détaille les motifs invoqués : pour 57 % des répondants, c'est le «manque d'argent» qui les a maintenus à distance de leur médecin et, pour 41 % d'entre eux, «parce que le remboursement aurait été insuffisant».

>> Lire aussi : L'hôpital public, un grand corps malade

Pour l'UFC-Que choisir, l'inflation des dépenses de santé rend indispensable l'adhésion à une complémentaire. Et c'est bien là que se dessinent les contours d'une médecine à plusieurs vitesses. Bénéficier de la CMU n'ouvre pas toutes les portes des cabinets médicaux. Loin de là. «Si vous dites à la secrétaire que vous êtes à la CMU, elle vous donne un rendez-vous dans trois mois. C'est une façon de vous dire qu'on ne veut pas de vous», estime Ludovic, 36 ans, qui est au revenu de solidarité active (RSA)*. Le motif invoqué par les médecins pour justifier ce non-respect des droits ? Le retard des remboursements par les caisses.

Indispensable mutuelle

Pour tous les autres, ceux qui doivent se débrouiller seuls pour bénéficier d'une mutuelle, l'accès aux soins est fonction de la taille du compte en banque. Quand la carte Vitale ne suffit plus, c'est la carte de crédit qui fait la différence. Car les performances de couverture des mutuelles ou des assurances varient évidemment en fonction de leur coût : pour être bien protégé, il faut y mettre le prix, une mutuelle coûtant en moyenne 481,20 euros par an. «Si on a de quoi payer, on est bien remboursé, dit Marc Paris, du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss). C'est le principe de l'assurance individuelle : certains ménages sont très bien pris en charge, mieux que jamais même, et d'autres sont exclus du système.» Au congrès de la mutualité, le 20 octobre 2012, François Hollande a fait la promesse qu'à l'horizon 2017 tous les Français auront accès à une mutuelle. Pour l'instant, ils sont 8 % à y renoncer.

Pour faire face aux dépenses de santé, certains font appel à des microcrédits auprès des CCAS, les centres communaux d'action sociale. «Beaucoup de nos centres reçoivent des demandes de ce type. Pourtant, à l'origine, ça ne fait pas vraiment partie de nos champs d'action», rappelle Hélène-Sophie Mesnage, de l'Union nationale des CCAS. Un tiers des CCAS estiment que les frais de santé constituent un poste de dépenses que les ménages qu'ils rencontrent renoncent à assumer. Un constat qui les a conduits à accompagner les familles dans leur quête de spécialistes qui ne pratiquent pas de dépassements d'honoraires. Une denrée rare : selon la très récente enquête de l'UFC-Que choisir, 80 % des Français habitent dans une zone où l'accès à un gynécologue ou à un ophtalmologue au tarif de la Sécu est compliqué. Pour 27 % d'entre eux, c'est la consultation d'un simple généraliste qui relève de la mission impossible, surtout dans les grandes villes et en zone rurale.

Le manque de spécialistes pratiquant des tarifs raisonnables révèle une discrimination tout aussi choquante que la barrière financière : pour se livrer à un tel parcours du combattant, il faut avoir le temps d'attendre. Une visite annuelle chez le gynécologue peut, certes, se prévoir longtemps à l'avance, mais certainement pas une affection «surprise». Celui qui doit faire face à un imprévu de santé se retrouve dans la même situation que l'étourdi qui a oublié ses clés en partant de chez lui : faire appel à un serrurier, quel qu'en soit le coût, ou bien rester dehors.

* Cité par Caroline Desprès dans «Le renoncement aux soins pour raisons financières», Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), mars 2012.


POURQUOI LES LUNETTES SONT SI CHÈRES

Selon le baromètre Europ Assistance, les Français qui ont reporté des soins, ou y ont renoncé, ont commencé par délaisser d'abord les soins dentaires (19 %) et, immédiatement après, l'achat de lunettes (10 %). Deux secteurs historiquement mal remboursés par l'assurance maladie : chez le dentiste, seul le traitement des caries est pris en charge et, chez l'opticien, la Sécurité sociale couvre environ un douzième des coûts d'une paire de lunettes. Pour financer ses binocles, c'est donc vers les mutuelles que l'on se tourne. Sauf que, même pour les mutuelles, les prix pratiqués par les opticiens, qui margent entre 60 et 80 %, deviennent prohibitifs. Elles sont de plus en plus nombreuses à créer un «réseau d'opticiens partenaires» avec qui elles négocient des tarifs préférentiels. Pour bénéficier du meilleur remboursement, le consommateur doit donc se rendre dans l'une des boutiques «partenaires» de sa mutuelle. Pour les bénéficiaires de la CMU complémentaire, le choix proposé par les opticiens se limite en général à cinq montures. Pour ceux qui ne trouveraient pas leur bonheur dans ce qu'on leur propose, le reste à charge est en moyenne de 165 €. A ce tarif, pas étonnant que beaucoup fassent le choix de rester dans le flou.

Source : Crédoc 2011.

LES AIDES AUX PLUS DÉMUNIS

Aide médicale de l'Etat (AME) : dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d'un accès aux soins. Prise en charge à 100 % des soins médicaux et d'hospitalisation en cas de maladie ou de maternité dans la limite des tarifs de la Sécurité sociale.

Couverture maladie universelle (CMU) : protection maladie obligatoire pour les personnes qui ne sont pas déjà couvertes par un autre régime obligatoire d'assurance maladie. Le bénéficiaire paie ses dépenses de santé (consultations médicales, médicaments, examens médicaux) et l'assurance maladie rembourse la part obligatoire, également appelée «part Sécurité sociale».

CMU complémentaire : complémentaire santé réservée aux revenus n'excédant pas 661 € par mois. Prise en charge à 100 % de la part complémentaire des dépenses à hauteur de 100 % des tarifs de la Sécurité sociale.

Aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS) : pour les revenus n'excédant pas 874 € par mois. Elle permet d'avoir une réduction de la cotisation à payer à l'organisme de protection complémentaire.
 


* Article publié dans le numéro 811 du magazine Marianne paru le 3 novembre 2012
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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:29

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http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2012/11/06/competitivite-travailleurs-pieges/

 

 

Commençons par une question bleue : dans le prix d’une marchandise, n’y a-t-il que le coût du travail de compté ? Oui ou non ? Non. Bravo. Vous avez gagné le droit de passer à la question blanche.

Question blanche : les profits sont-ils inclus dans les prix ? Oui ou non ? Oui. Encore bravo, vous avez accès à la question rouge.

Question rouge qui fâche : au cours des trente dernières années, qu’est ce qui a le plus augmenté, les salaires et cotisations sociales ou les profits ? Attention, vous n’avez droit qu’à une seule réponse. Plus que cinq secondes avant la publication du rapport Gallois ! Chut, le public, ne soufflez pas !… Euh, les salaires, puisque tout le monde le dit.

Oh ! que c’est dommage, vous avez cru les gens qui susurraient la petite musique de la nuit libérale. Mais ce n’était pas la bonne réponse. Je suis désolé. Mais vous n’avez pas tout perdu : je vous remets une note très intéressante publiée par Attac et la Fondation Copernic.

 Voilà résumé en quelques mots sibyllins l’essentiel du débat escamoté sur le fameux « choc de compétitivité » dont aurait besoin l’industrie française.

 

 

Le coût du travail, omniprésent

Coût de l’heure de travail dans l’industrie française : 33,16 €.

Coût de l’heure de travail dans l’industrie allemande : 33,37 €.

C’est l’inverse pour les services marchands : respectivement 32,08 € contre 26,81 € (mais cela ne concerne que peu les exportations).

Dans l’industrie automobile, le coût de l’heure de travail en Allemagne est de 29 % supérieur à celui de la France.

Au sein des pays membres de l’Union européenne comparables à la France, les plus grandes différences entre eux ne portent pas sur le coût global du travail mais sur la structure de celui-ci, c’est-à-dire sur la répartition entre salaires directs et financement de la protection sociale. La compétitivité des entreprises n’est donc pas liée au poids des « charges sociales » comme le clament à cor et à cri le Medef : en effet, les comparaisons internationales montrent que la part salariale dans la valeur ajoutée ne dépend pas de l’importance des cotisations sociales.

Il y a dix ans, les coûts allemands étaient les plus élevés dans l’industrie, et la modération salariale a produit son effet à partir de 2003 avec la mise en œuvre de l’austérité Schröder-Hartz, des réformes du marché du travail et de la baisse des cotisations patronales compensée par l’augmentation de la TVA.

Le Bureau of Labor Statistics américain confirme le constat général précédent tiré des statistiques européennes : le coût horaire du travail dans l’industrie manufacturière était en 2010 de 40,4 dollars dans la zone euro, 40,6 dollars en France, et 43,8 dollars en Allemagne. Le coût français est donc à peine supérieur de 0,5 % à la moyenne de la zone euro et inférieur de 7,3 % à celui de l’Allemagne.

Plus intéressant encore est l’examen de l’évolution du coût salarial unitaire, qui rapporte le coût horaire à la productivité du travail. La productivité augmente plus faiblement dans les services marchands que dans l’industrie. De ce fait, en moyenne, le coût unitaire baisse sensiblement dans l’industrie (en France, en Allemagne, en Irlande comme dans l’UE à 15 et la zone euro) et augmente dans les services marchands. Le coût salarial unitaire dans l’industrie baisse en moyenne parce que la productivité augmente plus vite que le coût horaire, sauf en Grèce, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni et au Danemark. Le coût unitaire français baisse en moyenne de 0,5 % par an de 1996 à 2008 et le coût unitaire allemand baisse de 0,7 % par an. Comme c’est dans les pays où les coûts unitaires étaient les plus bas qu’ils progressent le plus, la tendance est plutôt à la convergence de ces coûts.

 

Le coût du capital, le grand absent

Si on se penche sur la période où s’est produite la dégradation du commerce extérieur français (grosso modo depuis le début de la décennie 2000) qui s’expliquerait par le coût du travail excessif, on voit alors que  la part des revenus distribués par les sociétés non financières a pratiquement doublé par rapport à leur EBE, et presque doublé par rapport à leur valeur ajoutée brute (VAB), déjouant donc la coupure avant/après la crise, au point d‘absorber plus des 4/5 de leur EBE. Qu’il y ait crise ou pas, la part prélevée par le capital est de plus en plus élevée et obère la capacité des entreprises à faire face à tous les aspects de la compétitivité.

En proportion de leur valeur ajoutée brute, la part que les sociétés non financières versaient à leurs actionnaires est passée de 5,6 % en 1999 à 9 % en 2011.

 

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 Source : INSEE, TEE de 1999 à 2011.

 

 

On ne s’étonnera pas alors que les efforts en matière d’investissements, de recherche et développement soient insuffisants pour améliorer la compétitivité dite hors prix.

 

Au fait, la compétitivité, qu’est-ce que c’est ?

C’est un concept absurde : il transpose un raisonnement à l’échelle d’une entreprise au plan macroéconomique, ce qui n’a aucun sens, parce que la baisse du « coût salarial » signifie baisse des revenus et donc baisse de la demande de consommation et d’investissement. La baisse des coûts d’une entreprise peut améliorer sa compétitivité parce qu’elle n’handicape pas la demande globale, mais la baisse des coûts de toutes les entreprises tue l’économie globale.

 

C’est un concept piégeant : si la baisse des cotisations sociales est répercutée pour baisser les prix, l’amélioration du pouvoir d’achat est annihilée par la fragilisation de la protection sociale ou bien par la hausse de la fiscalité compensatrice ; si la baisse des cotisations sociales est utilisée par les entreprises pour augmenter leurs marges bénéficiaires, le « choc de compétitivité » est alors un coup pour rien sauf pour les actionnaires, et, en outre, l’effet récessif est garanti puisque la baisse de la demande entraînera l’arrêt de l’investissement.

 

C’est un concept non coopératif : tous les pays ne peuvent avoir un commerce extérieur excédentaire, et si tous adoptent des politiques de baisse des coûts salariaux, la récession est pour tout le monde à la fois.

 

C’est un concept idéologique : il s’agit de faire payer la facture de la crise aux travailleurs sous couvert de compétitivité. Et cela, au nom d’un argument vicieux : il faut alléger les « charges » pesant sur le travail. C’est oublier que tout vient du travail : il n’y a pas d’autre source de la valeur économique et donc pas d’autre source du prélèvement. En revanche, l’assiette de calcul des prélèvements importe beaucoup, car se jouent à cet endroit les rapports de force entre classes sociales. Le gouvernement reprend la plus grande partie des propositions du rapport Gallois. Ce faisant, il renie trois fois sa parole par les trois ralliements aux dogmes libéraux suivants :

-       Ralliement à la croyance que les salaires et les cotisations sociales sont la cause première de la désindustrialisation et du chômage ; exit la crise capitaliste.

-       Ralliement à la soi-disant nécessaire baisse des dépenses publiques.

-       Ralliement à la TVA anti-sociale et abandon d’une véritable réforme fiscale par refus de toucher aux dividendes, dont la forte hausse grève l’investissement et pèse sur les prix (revoir la question blanche ci-dessus).

 

C’est un concept doublement dépassé : il fait du travail la variable d’ajustement et il suppose que le « choc de compétitivité » va provoquer un « choc de croissance » salutaire. Il postule donc la possibilité de poursuivre indéfiniment une croissance économique aveugle et il remet aux calendes grecques la transition écologique.

 

Question banco : quel est le pays européen où la baisse du coût du travail est la plus avancée et qui le condamne à terme à devoir vendre ses îles au plus offrant ? Trente secondes pour répondre…

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:20

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Il y a 527 Français qui ont peut-être des soucis à se faire. 527 résidents français qui disposent d’un compte bancaire dans l’île de Jersey, célèbre paradis fiscal, et qui figurent sur une liste de plus de 8 000 comptes tombée entre les mains d’un « whistle blower », un lanceur d’alerte.

Ces comptes ont été ouverts à la banque britannique HSBC à Jersey, et les autorités fiscales britanniques ont ouvert une enquête sur la base des informations transmises par ce lanceur d’alerte anonyme, selon le quotidien conservateur Daily Telegraph de vendredi. La HSBC, plus grande banque britannique, est déjà sérieusement mise en cause aux Etats-Unis pour des pratiques douteuses.

L’île anglo-normande de Jersey est autonome et possède ses propres systèmes financiers, juridiques et judiciaires.

James Blunt et Sir Mark Thatcher

Selon le quotidien, qui est visiblement bien informé sur ce dossier, ce sont quelque 4 000 comptes britanniques qui intéressent les services de Sa Majesté, et parmi eux, figurent :

  • un trafiquant de drogue en fuite au Venezuela,
  • un homme accusé d’avoir eu plus de 300 armes à feu chez lui en Grande-Bretagne,
  • trois banquiers accusés de fraude,
  • un escroc informatique réputé...

Sur la liste figurent également le chanteur James Blunt et Sir Mark Thatcher, le fils de l’ancien Premier ministre.

L’administration fiscale britannique a confirmé l’information :

« Nous pouvons confirmer que nous avons reçu les données et que nous les étudions. Nous recevons des informations provenant de nombreuses sources dont nous nous servons pour nous assurer que les règles fiscales sont respectées. »

Et si l’on en croit le Daily Telegraph, le lanceur d’alerte dispose d’informations sur plus de 4 000 autres comptes, 527 appartenant à des personnes domiciliées en France, 602 en Israël, 333 en Espagne, 117 aux Etats-Unis...

Où est la liste ?

On ignore si les autorités fiscales britanniques disposent de l’ensemble des données, ou seulement celles qui concernent leurs ressortissants. Dans un cas comme dans l’autre, ces listes intéressent évidemment les autorités fiscales des pays concernés qui pourront soit utiliser les mécanismes de coopération entre gouvernements européens, soit tenter de les obtenir de ce lanceur d’alerte anonyme.

Le journaliste d’investigation David Leloup nous rappelle qu’en 2008, quand l’affaire LGT a éclaté (un DVD des clients d’une banque du Liechtenstein vendu aux services secrets allemands, qui l’ont ensuite transmis au fisc allemand), la France a demandé la sous-liste contenant les clients français au fisc allemand, en vertu d’un tel accord bilatéral signé avec Berlin.

Les listes de détenteurs de comptes offshore, pour la plupart non déclarés dans leur pays d’origine, se retrouvent régulièrement au cœur de l’actualité. Elles sont la hantise des fraudeurs du fisc,

Tout récemment, en Grèce, un journaliste d’investigation, Costas Vaxevanis, a été arrêté et jugé en urgence pour avoir publié dans le magazine Hot Doc la « liste Lagarde » contenant les noms de citoyens grecs pratiquant l’évasion fiscale en Suisse. Il a été acquitté. La liste Lagarde avait été transmise aux autorités grecques par la ministre des Finances française d’alors, mais le journaliste s’est décidé à la publier deux ans après pour protester contre l’inaction des autorités.


Une enseigne HSBC, à Londres, le 5 novembre 2012 (London News Pictures/REX/SIPA)

Les Etats sont parfois prêts à payer pour obtenir de telles listes, mais il ne semble pas que cela ait été le cas dans l’affaire de Jersey.

Nul doute en tous cas que Bercy, par ces temps de disette fiscale et de menaces de fuite des riches dans les pays moins taxés, ne détesterait pas agiter la menace de redressement auprès de ceux qui avaient cru bénéficier de la discrétion d’une banque britannique dans un paradis fiscal.

Les lanceurs d’alerte

C’est compter sans ce phénomène croissant des « whistle blowers » qui sont le principal frein à la corruption, comme le souligne l’association française Anticor de lutte contre la corruption.

Anticor fête justement ses dix ans ce samedi et devait remettre son prix du lanceur d’alerte à l’ex-maire adjoint écologiste de Grenoble, Raymond Avrillier, déjà connu pour avoir provoqué la mise en examen d’Alain Carignon en 1994, et qui est cette fois récompensé pour avoir révélé l’affaire des sondages de l’Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Un joyeux anniversaire et un prix que ne partageront pas les 527 Français de la liste de Jersey.

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Published by valenton rouge - dans France
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