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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 19:48

 

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Published by valenton rouge - dans France
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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 20:14

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http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/petain-ou-le-regime-de-l-exception-74088


Et puisque Jean-Marie Le Pen a remis ça sur Pétain, eh bien je vais y revenir aussi. Pour bien montrer ce qu’état le régime de Pétain. Celui d’un fascisme qui ne disait pas son nom. Et à quoi distingue-t-on un quelconque fascisme ? A son arbitraire. Et de cela, j’ai un superbe exemple, en ce qui concerne Pétain extrait d’un livre rare sorti en 1972 : pendant longtemps, en France, on a rien su de cette sombre histoire (1). Autant vous la rappeler aujourd’hui où un leader d’extrême droite se prenant pour Xavier Vallat tente de redorer le blason du vieux maréchal qui a entraîné la France dans ce qu’elle a de pire. Ce que je vais vous décrire aujourd’hui, c’est l’horreur d’un tel régime, qui ne fait aucun cas de l’individu, au profit de sa seule gloriole. Un régime qui s’est situé au-delà des règles démocratiques, un régime, qui ce faisant, était bien devenu fasciste et dictatorial. 

 

Le livre dont je vous parle commence tout de suite par une surprenante copie : celle de la réponse du ministre de l’intérieur de l’époque, René Pleven, ancien président du Conseil (en juillet 1950), à la demande de l’auteur, Hervé Villeré, d’enquêter sur cette sombre affaire et d’accéder au dossier. Sa réponse fut significative : c’était non, et son excuse celle-ci : "il importe en effet d’éviter au plus haut point de porter préjudice à des intérêts privés, et de réveiller des passions dans l"opinion publique". Qu’y avait-il de si douloureux à dire, ou quels pouvaient bien être ces fameux intérêts privés ? Trente années après les faits, on avait toujours pas le DROIT d’en parler ? Et pourquoi donc ?   Nous sommes déjà en 1941, et les allemands sont en France depuis l’été 1940. Les petits français ont beau chanter "Maréchal, nous voilà  !"dans les écoles, par obligation, la radio de Paris chanter tous les jours les louanges de l’occupant (avec l’ineffable Jean Hérold-Paquis), le Maréchal s’afficher partout en sauveur de la patrie, en créateur de la "France Nouvelle", la mayonnaise ne prend pas. Certains s’obstinent à résister. Le vilain mot. Résister à ce vieillard à la voix rassurante ? Oui, car derrière lui se cache un régime où des individus fort peu recommandable sont apparus. Tel Pierre Pucheu, un entrepreneur (c’est lui derrière la marque de machines à écrire Japy) venu des Croix de Feu et du PPF de Jacques Doriot, un homme dévoré d’ambition qui a vu dans l’arrivée des allemands la chance de sa vie. Son arrivisme est sans limites, et il franchit donc vite les échelons ministériels : tout d’abord simple secrétaire d’État à la Production industrielle, choisi par Darlan, il devient secrétaire d’État à l’Intérieur le 18 juillet 1941. Puis ministre de l’intérieur moins d’un mois après, le 11 août. Jusqu’alors, note Villeré dans son livre, il n’avait jamais voté... ce qui en fait un parfait ministre chez Pétain !   L’homme, en bon industriel, a une certaine vision des choses sur le travail, qui n’est pas sans rappeler certains discours actuels, vision que l’on trouve dans les "Nouveaux cahiers", une revue créée par son ami Jacques Barnaud, lui aussi issu de la Banque-collaborationiste- Worms  : "on ne peut pas avec un pays de 40 millions d’habitants dans le désordre, faire les armements d’un pays de 8o millions d’habitants, militarisé. On ne peut pas être puissants si l’on travaille quarante heures ; quand en face on travaille soixante heures ; si l’on tient à manger à sa faim, quand en face on se prive de tout ; si l’on se dispute quand en face on obéit ; si l’on ne veut pas d’enfants quand en face on interdit le célibat ; si l’on exporte son argent, quand en face la sortie des capitaux est punie de mort ; si l’on est en paix quand en face on est en guerre..." On voit tout de suite à quoi rime sa défense du capitalisme : à vilipender le monde ouvrier, les années 36 et les communistes. Et au passage "le manque d’obéissance"... Pucheu règle avant tout des comptes. Avec le Front Populaire.   Le pays soumis aux restrictions d’un état allemand qui va littéralement et systématiquement le piller, ça gronde chez les français. Certains s’enhardissent même, et vont commettre les premiers assassinats d’allemands. La résistance s’organise, qui oblige Pétain à sortir du bois. Pour faire passer la pilule d’une dictature déguisée, Pétain va faire en août 1941 un des discours dont il avait le secret : celui du "vent mauvais", où il fustige ce qui selon lui se passe en France à ce moment là : "L’autorité de mon gouvernement est discutée", dit-il, avant de serrer la vis. Se présentant comme l’homme nouveau, il s’en prend aux "partisans de l’ancien régime et des serviteurs des trusts" : bizarrement, cette phrase fait écho parfaitement avec la mise en garde de René Pleven ! Le "vent mauvais" dont parle Pétain a une odeur en effet nauséabonde : c’est celle de son fascisme, qui n’arrive plus à se cacher sous la casquette d’un vieux maréchal débonnaire.   Dans la foulée, Pétain annonce en effet la dissolution des mouvements politiques : on est bien en dictature : les fonctionnaires doivent désormais lui prêter serment de fidélité. La république à vécu. Remplacée par de l’idolâtrie, ou pas beaucoup moins. Beaucoup ont également retenu le volet "hitlérien" de ce discours de Pétain : "Quant à la collaboration offerte au mois d’octobre 1940 par le chancelier du Reich, dans des conditions dont j’ai apprécié la grande courtoisie, elle est une oeuvre de longue haleine et n’a pu porter encore tous ses fruits. D’autres tâches absorbent le gouvernement allemand, des tâches gigantesques où se développe, à l’Est, la défense d’une civilisation, et qui peuvent changer la face du monde...". Ceci pour Hitler, et cela pour Mussolini  : "à l’égard de l’Italie, nos rapports sont également régis par une convention d’armistice. Ici encore nos voeux sont d’échapper à ces relations provisoires, pour créer des liens plus stables, sans lesquels l’Ordre européen ne pourrait se construire... " C’est clair, Pétain en souhaite davantage, de collaboration. A en surprendre les allemands eux-mêmes, comme le relèvera Paxton, qui note bien le projet de Vichy d’en finir avec la République.. Et Pétain de brandir au final la menace : "un long délai sera nécessaire pour vaincre la résistance de tous ces adversaires de l’ordre nouveau, mais il nous faut, dès à présent, briser leurs entreprises, en décimant les chefs". A défaut de décimer, ce pourquoi il avait déjà montré un talent certain en 1917, Pétain choisira au hasard de pauvres individus déguisés en responsables : c’est ainsi que l’on fait en dictature. C’est ainsi qu’il fera.   Aussi, quand les premiers officiers allemands tombent sous les balles des résistants, en plein Paris, notre bon vieux Maréchal sent bien que cela peut ruiner ses rêves "d’ordre européen", de fascisme européen, de "civilisation qui peut changer la face du monde". Aussi trouve-t-il que les 32 condamnations à mort prononcées et les 18 éxécutées l’année précédente ne sont peut-être pas assez aux yeux de l’occupant. Fernand de Brinon, sympathisant hitlérien, "ambassadeur de France auprès des Allemands" (qui sera fusillé en 1947) se fait remonter les bretelles dans ce sens par Otto von Stülpnagel (2), le commandant militaire de la Wehrmacht à Paris. L’homme est un militaire autoritaire, et souhaite que Vichy règle ces problèmes de police seul, tout en arrêtant lui-même à tour de bras (ce qui nourrit la résistance, exacerbée par ses exactions !). Les actions de résistance continuent, donc. Parfois, ce sont de simples démonstrations de ras-le-bol. Parfois faites par des très jeunes gens, bien courageux, souhaitant carrément provoquer les occupants, du haut de leurs quinze ans, pour certains d’entre eux ! "Le mercredi 13 août, à 19 heures, un groupe d’une centaine de jeunes gens, garçons et filles, de quinze à vingt-cinq ans, a débouché du métro Strasbourg- Saint-Denis, et s’est dirigé vers la place de la République,entraîné par un drapeau tricolore que porte l’étudiant Olivier Souef. Ils chantent la Marseillaise, et crient « A bas Hitler ,« Vive la France », « Vive l’Angleterre », « Vive l’Union soviétique ». La police française établit des barrages. Les troupes allemandes interviennent. Le cortège est dispersé boulevard Saint-Martin entre le théâtre de la Renaissance et celui de l’Ambigu. Dix-huit manifestants sont arrêtés. Plusieurs d’entre eux, blessés, dont Henri Gautherot, sont transportés à l’Hôtel-Dieu, et gardés par la police française. Les autres, dont Samuel Tyszelman, sont emprisonnés au quartier allemand de, la prison de la Santé. Le surlendemain, 15 août, le Tribunal spécial militaire allemand siège dans les salons de l’Automobile Club, place de la Concorde, et prononce sept condamnations à mort, dont deux frappent des manifestants du 13 août : Gautherot, tourneur sur métaux, qui a jeté par terre un Allemand et a aussitôt reçu deux balles dans la cuisse ; Tyszelman artisan chapelier qui, pris en chasse, a été découvert dans la cave d’un immeuble où il s’était réfugié. D’origine polonaise, il était naturalisé français, mais il restait juif (3)." Les deux seront tués dans le bois de Verrières. Henri Gautherot, blessé, sera fusillé sanglé à sa civière, dressée sur le poteau... comme Pétain avait fait fusiller en 1917.    Le 21 août, en plein Métro de Barbès, une officier allemand, Alfons Moser, est assassiné par "Fredo", alias Pierre Georges (4)....plus connu sous le nom du "colonel Fabien", qui sort du métro en disant à son complice Gilbert Brutstein "Tyszelman est vengé". A l’annonce de la nouvelle, Pucheu éclate de rage, et les allemands exigent aussitôt six morts d’otages en représailles, et pour les choisir, réclament la création d’un "tribunal extraordinaire". Pour être extraordinaire, il va être hors-normes. On va créer de toutes pièces et en une journée seulement une juridiction à part, les "sections spéciales", qui va décider de guillotiner (pour faire plus "civil" que de fusiller) des personnes choisies au hasard (enfin pas exactement) puisque les véritables assassins n’ont pas été arrêtés. Pour ce faire, on va créer une loi à effet rétro-actif, qui permet de puiser dans les geôles qui on veut et de rendre la loi effective avant l’assassinat de Moser. Une loi signée par Maurice Gabolde, totalement inféodé à Pétain, et cosignée par le Garde des Sceaux du moment, Joseph Barthélemy (5). Gabolde remplacera Barthélémy en 1943. Elle vise essentiellement les communistes, l’ennemi juré du Pétainisme. En effet, les communistes, la bête noire de Pétain : "C’est un député français, François Chasseigne (qui sera chargé de mission à la Propagande au Secrétariat général de l’Information sous Vichy), qui le 16 janvier 1940, demande la peine de mort contre les communistes. Il précise que cela doit se faire, je cite, «  sans autre forme de procès » et avec « pour certains d’entre eux, le coup de pistolet derrière la nuque ». C’est un autre député français, Georges Barthélemy, président de la commission chargé de la « déchéance » des députés du PCF, qui précise le 20 février, toujours de la tribune du parlement : « Thorez, Catelas et tant d’autres devraient non pas subir le feu d’un peloton d’exécution, ce serait leur faire trop d’honneur, mais être poussés sous le couperet de M. de Paris ». Un an plus tard, il pourra être satisfait : Catelas est guillotiné sur décision des juges de Pétain et de Laval".   Car pour parfaire le tout, Pucheu va émettre une recommandation aux magistrats nommés pour l’occasion : il lui faut au final au moins un communiste, un ouvrier... et un juif. Le résumé qu’en fait Pierre Dux à Pierre Tchernia, lors de l’interview sur le film de Costa Gavras où Dux joue le rôle du procureur général Cavarroc est un très bon résumé de cette pratique de la loi rétroactive. Et décrit encore mieux l’engrenage qui mène à la généralisation du système : l’exception devient alors ordinaire. Les juges vont se convaincre eux-mêmes que de faire ainsi évite d’autres morts. Maurice Gabolde, lui, suit son mentor, Philippe Pétain (6). Ils ont tort. Les allemands l’ont bien compris, qui n’auront la première fois que trois guillotinés sur les six réclamés. Le 1er septembre, le colonel Speidel, affirme que « M. Pucheu a décidé d’accélérer les procédures de justice. Les exécutions françaises continueront à avoir plus d’effet que les exécutions allemandes », et qu’il « est souhaitable de renforcer les pouvoirs du ministre français de l’Intérieur ». A l’étranger, Roosevelt a bien compris ce qui se passe. Tuer des otages innocents renforce la résistance, c’est le signe, quelque part, selon lui, d’une profonde faiblesse : celle du rejet du projet allemand et Vichyste "d’ordre nouveau". Comme le dit aussi Paxton, " la crise d’août 1941 montre aussi comment Vichy, pris au piège de l’armistice, en vient à se faire de plus en plus complice de la répression ennemie". (in "La France de Vichy", p.218)   Comment va-t-on les choisir et qui va le faire ? Le procédé, purement pifométrique, sera infect (7) : "Mais alors, qui prendre ? demande Dupuich à Dayras. « Je n’ai pas entendu ce que Dayras a répondu à Dupuich, raconte Gabolde. Quand il a raccroché, le chef du service central du Parquet m’a seulement dit : « Dayras fait confiance « au Parquet général. »« Et Dupuich a recommencé à brasser les dossiers. Il en a relevé deux, je ne me souviens pas des noms, mais c’étaientdes noms juifs, et il a alors ajouté « - Il faut prendre des juifs, au moins un juif... ». La sélection dure à peine vingt minutes. Finalement Dupuich dépose deux piles sur le bureau de M. Cavarroc, treize dossiers, qui portent chacun sur leur première page un nom coché d’un trait bleu par l’avocat général. « J’ai fait un tri, monsieur le procureur général. Ici, à gauche, les affaires qui m’ont paru les plus graves ; le reste est moins sérieux. » Cavarroc regarde les deux piles, la plupart des dossiers sont minces ; deux ou trois seulement ont quelque volume. « Quels sont les cas graves ? » Dupuich soulève, un par un, les dossiers :« Sampaix... dit-il ... Woog et Trzebrucki.. et puis... Bastard... Bréchet... Guyot..". (Villeré, page 294). Lucien Sampaix, grande figure de la résistance, qui avait si bien dénoncé le caractère antisémite du régime, avant même son accession au pouvoir, arrêté par des français, sera fusillé par les allemands au Mont Valérien avec Bernard Friedman le 15 décembre 1941, en même temps que Gabriel Péri. Les juges des sections spéciales l’avaient écarté de la guillotine car ils craignaient une trop grande réaction des communistes si des français le guillotinaient...   Abraham Tzebrucki avait été arrêté le 25 mai 1941 : motif : "a envoyé de l’argent en faveur d’organismes contrôlés par la IIIe internationale"  : il possède en fait des timbres de l’association polonaise caritative "Solidarité" (pas celle des années 60). Le 9 juillet, il est condamné à 5 ans de prison pour cela : on se doute bien que son statut de juif ne l’a pas aidé : il portait l’étoile jaune. André Brechet, militant communiste l’a été le 27 juin. Il sera passé à tabac à trois reprises par la police française, puis envoyé à la Santé le 3 juillet. Le 18 août, après s’être défendu seul il écope de 15 mois de prison pour avoir détenu un tampon et une machine à écrire Ronéo. Il pense alors l’avoir échappé belle. Emile Bastard, qui a eu maille à partir avec la justice dans les années trente pour de menus délits est arrêté le 11 janvier 1941 gare Montparnasse où il devait prendre un train pour Lorient, où il avait trouvé un travail. Il est déféré pour "menées et propagande communiste", alors qu’il n’a jamais participé à quoi que ce soit de la sorte : il écope de deux ans d’enfermement. Il se mariera à la prison de la Santé. Le 26 août, malade, il est admis à l’hôpital de la prison. Le 27 août, les trois, choisis au hasard en 20 minutes, mais en respectant la directive de Pucheu, sont condamnés expéditivement à mort, et guillotinés dès le lendemain, le 28. Leurs proches l’apprendront plus tard. Le jour même, les allemands fusillent toujours de leur côté, notamment à Lille ou meurent Alfred Delattre, Marcel Delfly et André Lefebvre, pour sabotages. Le 29, l’admirable Henri Louis Honoré d’Estienne d’Orves (8), jeune polytechnicien talentueux, résistant sous le nom de "Châteauvieux", chef du réseau Nemrod, avec ses camarades Maurice Barlier et Yann Doornik, est fusillé au Mont-Valérien.   Ça ne suffit toujours pas. Les allemands réclament toujours trois têtes de plus : Vichy leur offre sur un plateau le 23 septembre, où sont guillotinés Adolphe Guyot, Jacques Woog, et Jean Catelas, député communiste de la Somme qui s’était engagé en 1936 dans les Brigades Internationales. Tous trois condamnés à mort, pour "reconstitution de cellules communistes dissoutes et activités criminelles contre la sûreté du pays". Vichy guillotine des représentants élus de la République : ça n’en est donc plus une ! Horreur des horreurs, ce jour-là, un charbonnier, Foscardi, est condamné aussi à mort (mais son nom ne figure pas sur la plaque : a-t-il été considéré de droit commun seul ?). Un magistrat affirmera cyniquement qu’il représentait une "prime au retard" pour les allemands ! Des allemands eux aussi cyniques, mais perspicaces, note Villeré : "Plus tard, le 14 novembre, le colonel Speidel, puis le général von Stulpnagel s’étonneront auprès de M. de Brinon que les Français « n’exécutent, ni ne condamnent des personnes de condition aisée, appartenant aux classes supérieures de la nation »". Vichy avait choisi ses victimes : des communistes, des ouvriers, et des juifs. Le résumé à rebours de son régime, celle d’une "révolution nationale" dédiée à la petite et grande bourgeoisie, lorgnant vers l’ancien régime. Le 23 juillet 1942, trois autres seront exécutés, et le 30 avril 1944 neuf autres encore. Dix-huit au total. "Morts pour que vive la France" dit la plaque de la Santé. Pour qu’elle vive, sans que Pétain ne revienne jamais, ou que l’on vienne l’encenser à nouveau.   Je laisse Hervé Villeré rédiger l’épilogue : "les corps de Bastard, de Bréchet et de Trzebrucki ne sont pas encore mis en terre, que le maréchal Pétain arrive, à 10heures 15, à Auch. Après la réception à l’Hôtel de ville, le chef de l’État assiste à des danses régionales. Puis, à la cathédrale Sainte-Marie, l’archevêque d’Auch l’accueille sous le porche."Grâce à vous, monsieur le Maréchal, la France s’est ressaisie. Elle s’est détournée des doctrines funestes que de mauvais bergers lui avaient enseignées." Ensuite le Maréchal va déjeuner. Au menu : des truites, du canard, et un saint-honoré". Voilà ce qu’était Pétain, et les gens qui le soutenaient : des gens sans conscience.   Marcel Bertone, fusillé à 21 ans au Mont Valérien avait laissé une lettre à sa fille : "ne baisse pas la tête parce que ton papa a été fusillé" (préface du livre de Villeré). Quand on meurt debout à cet âge sans baisser les yeux face au peloton d’exécution, et que l’on veille à garder la même tête haute à ses proches, c’est qu’on a une haute idée de ce qu’est un Etat, qui ne veut pas se soumettre au fascisme et à la dictature. Pour lui, et pour les autres, je ne laisserai jamais dire, ici ou ailleurs, que le Maréchal Pétain aurait pu être un bienfaiteur de la France, ou qu’il aurait pu "aider" les juifs. Le petit chapelier guillotiné ne peut être oublié de la sorte. Une démocratie véritable n’agît pas comme il a agit, en faisant devenir l’exception la règle de son gouvernement abject qui a guillotiné au hasard des innocents. En leur nom, et au nom d’un fusillé de 21 ans, je ne peux laisser salir ces mémoires.    PS : J’ai habité Paris six ans, dans le XIV ème, pas très loin d’où habitait Coluche (il habitait rue Gazan). Un jour, je suis tombé à l’angle de la rue de la Santé et de la rue Jean Dolent sur une plaque qui m’avait bien intrigué. Apposée en fait sur un des murs de la prison de la Santé. Celle où l’on célébrait la mémoire de "18 antifacistes". Tous guillotinés, mais cela je ne le savais pas encore. J’ai noté sur un calepin le nom des trois premiers, qui bizarrement été séparés des autres : Brechet, Trzebrucki (9), Bastard. Un communiste, un juif, un ouvrier, fils de forgeron : tout ce que haïssait Vichy, tout ce que détestait Pucheu. Rentré chez moi j’ai cherché qui ils étaient. Sans rien trouver : à l’époque, il y avait peu de documents disponibles. Puis, par hasard, je suis tombé sur le livre de Villeré, quelques semaines à peine après. Je l’ai toujours. Je n’avais pas vu, à sa sortie, hélas, le film de Gavras. Je me suis rattrapé depuis.   Re-PS : quand à élucider le mystère de la phrase de Pleven, il ne faut pas chercher très loin... dans la magistrature. Lisez-donc cet édifiant hommage rend au procureur Raoul Cavarroc, écrit en 1961 par un dénommé Fénié, "avocat général à la Cour de cassation"... vous y trouverez pourquoi aussi longtemps le sujet avait été rendu tabou. L’homme a tranquillement continué sa carrière malgré sa participation aux sections spéciales.     (1) C’est grâce au réalisateur Costa Gavras que les français découvriront ce que furent les "sections spéciales", en 1975, dans le film du même nom : l’adaptation très fidèle du livre de Villeré. Il faudra encore attendre six années de plus pour qu’un universitaire, Michel Bergès, découvre des papiers attestant de l’implication de Maurice Papon dans la déportation des juifs de Gironde. La France a découvert fort tardivement ce qu’avait été réellement le Pétainisme : on comprend mieux la phrase de Pleven qui ouvre le livre de Villeré : pendant longtemps, près de 40 ans, le sujet est resté tabou. Plusieurs magistrats restés en activité avaient fait partie de ses sections spéciales. Quant au rôle des machines mécanographiques, il ne sera connu qu’en 2001 seulement....   (2) Otto von Stülpnagel est le cousin d’Heinrich von Stülpnagel, qui lui succédera à Paris, ce dernier fera partie du complot pour assassiner Hitler, et en tant que tel sera lui-même pendu à un croc de boucher le 30 août 1944, après une tentative ratée de suicide ! Otto, lui, ramené en France en 1948 pour y être jugé pour ses exactions sera retrouvé pendu à la prison du Cherche-midi. Pour mémoire, c’est lui qui avait fait arrêter et fusillé... Guy Moquet, parmi les vingt-sept fusillés du camp de Châteaubriant.   (3) Hervé Villeré, "L’affaire de la section spéciale" p.154   (4) La fille de Georges témoigne dans son livre : "Une histoire familiale dont le drame des camps de la mort n’est pas exclu puisque Andrée, l’épouse de Pierre Georges fut déportée au camp de Ravensbruck (juillet 43) .... Raymonde, l’épouse de Daniel Georges (frère de Pierre) périra quant à elle dans le camp d’Auschwitz en mai 43. "   (5) Barthélémy mourra d’un cancer de la gorge le 26 mai 1945.   (6) Gabolde fuira en Allemagne durant l’Eté 1944, puis en Espagne avec Laval et Abel Bonnard. Il sera condamné à mort par contumace le 13 Mars 1946. Il mourra en Espagne en 1972, où il avait bénéficié de l’asile politique (Franco mourra en 1975). Un autre personnage aura le même réflexe : Léon Degrelle.      (7) Georges Dayras, secrétaire général du ministère de la justice, pourtant condamné à mort le 15 mars 1946, deviendra plus tard administrateur de la Compagnie Fermière de Vichy (voir aujourd’hui) et mourra en 1968. Sa peine avait été commuée en travaux forcés à perpétuité, et en1951, il bénéficiera d’une liberation conditionnelle. Victor Dupuich, avocat général, chef du service central du Parquet Général ne sera jamais poursuivi et mourra en 1957. Vous avez dans la carrière d’après guerre du premier une partie de la réponse de Pleven sur les "porter préjudice à des intérêts privés"... Sur Dupuich, le discours d’Henri Gégout, Avocat général, à l’annonce de son décès vaut aussi largement celui sur Cavarroc : "Ce rôle de direction, il l’assume aux jours sombres de l’occupation allemande : sans se départir de sa bonne grâce naturelle, il adopte, pour le bien général, une attitude de prudente réserve envers les suspects, je veux dire ceux qui composent avec les maîtres de l’heure, mais, à ses familiers, à ceux qui témoignent de leur patriotisme, il confie tous ses sentiments : ses sympathies sont acquises à la Résistance". C’est un peu gros, là... Les guillotinés ont été passés à la trappe par l’avocat général.... son "au moins un juif", tout le monde l’a oublié...   (8) D’Estienne d’Orves, avant de mourir, laissera ce formidable message d’espoir derrière lui : "N’ayez à cause de moi de haine pour personne, chacun a fait son devoir pour sa propre patrie. Apprenez au contraire à connaître et à comprendre mieux le caractère des peuples voisins de la France".   (9) Vichy aura la guillotine facile avouera Gabolde à Villeré : "Sous la 111e République, on ne guillotinait jamais les femmes. Or, en janvier 1941, on en a guillotiné une (Elisabeth Lamouly) à Bordeaux. Le Maréchal avait refusé d’accorder sa grâce. Je m’en souviens, parce que toute la magistrature fut surprise. Le 6 février 1942, aussi, on a guillotiné une femme (Georgette Monneron), à la Petite Roquette. Et quand je suis devenu garde des Sceaux, il y en a eu trois, d’un coup, en juin et enjuillet 1943, deux pour meurtres (Marie Legrand-Besse et Czeslawa Sirski), et une pour avortements. Je me souviens très bien de celle-là. Elle s’appelait Marie-Louise Giraud. Elle était de Quimper, je crois. Elle faisait ça pour rendre service, plus que pour de l’argent. Le Maréchal a refusé la grâce. Son cabinet m’a renvoyé le recours, avec la décision du chef de l’État. On avait laissé un blanc pour que le garde des Sceaux porte son avis. J’ai écrit : « Conforme. » Je ne pouvais pas faire autrement. Vous ne pouvez pas comprendre ce qu’était le Maréchal pour moi..." Voilà qui écorne sérieusement l’image du Maréchal "protégeant la femme"... la veuve, et l’orphelin !  

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 14:28

 

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’islam, l’islam, l’islam... avec ce gouvernement qui se vautre dans ce qu’il y a de pire chez les gens, à savoir le racisme, qui en arrive à créer un ministère de l’immigration qui en rappelle d’autres, on y a droit à toutes les sauces à cette politique qui consiste à montrer une minorité pour la stigmatiser, et en faire une point de levier pour faire passer sa politique de répression. On instrumentalise tout et rien, on crée et on entretient des phobies, on donne des idées supplémentaires à ceux qui n’attendent que ça pour refaire le coup de 2005. En ce moment, ce sont les bus, qui se font caillasser : une épidémie qui se répand sur toute la France, à grands renforts d’ouvertures de journaux de TF1, réquisitionné pour la cause. Aurait-on la mémoire si courte pour oublier qui se cachait effectivement derrière les diverses manipulations des émeutes de banlieue ? Aurait-on oublié des leaders notamment identitaires déclarant que d’inciter aux émeutes était leur volonté principale ? Aurait-on déjà passé sous silence les rapprochements actuels entre identitaires et la jeune garde du FN ? Aurait-on déjà oublié le nom du ministre de l’intérieur qui déclarait qu’il s’agissait d’un mouvement "organisé", en 2005, alors que ses R.G affirmaient le contraire ? Non, ce à quoi on assiste aujourd’hui, avec des prétextes tels que la burqa, qui concerne à tout casser 2000 personnes maxi en France, c’est bien une montée du racisme, déguisé en ce moment en islamophobie, le terreau fertile sur lequel pousse un gouvernement d’extrême droite. Une extrême droite dont le leader vieillissant bombe à nouveau le torse... en vilipendant lui aussi le "communautarisme", ou les "mosquées", à poser devant les caméras un soir d’élection avec sa pancarte anti-minarets. Or cet individu, il faut bien le constater, n’a pas toujours dit la même chose à propos de l’islam. Bien au contraire. Retour sur une page oubliée de la vie du député LP, l’homme qui a une époque aimait tant l’islam...

 "Je prétends qu’il y a dans la masse musulmane une profonde aspiration à faire partie d’une entité nationale et a participer en tant que citoyens égaux à une nation. Cette nation, je l’affirme, peut être la France. La solution adoptée alors aurait le double mérité de satisfaire les aspirations nationales des Musulmans et de concorder avec l’intérêt de la France. Ce qu’il faut dire aux Algériens, c’est que nous voulons en faire des Français, ce n’est pas qu’ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d’eux, c’est qu’ils ne sont pas un fardeau ou que, s’ils le sont pour l’instant, ils seront au contraire la partie dynamique et le sang jeune d’une nation dans laquelle nous les auront intégrés. On s’est attaché trop souvent aux aspects secondaires de la situation, à des questions importantes, certes, mais qui ne sont pas fondamentales : le paupérisme de la population, la démographie galopante, alors que l’obstacle majeur à la création d’une communauté unitaire résulte de l’aspect sociologique du problème".

 

"Les institutions musulmanes ou d’origine musulmane, les us et coutumes, le mode de vie, aboutissent à créer dans la population musulmane une psychologie sociale particulière. Mais les causes de cette situation sont-elles irréversibles ? En analysant les facteurs sociologiques d’une situation qui crée le particularisme algérien, on tente souvent d’expliquer le phénomène par la religion ou la race et, considérant ces deux facteurs comme immuables, on en tire argument pour douter de la possibilité d’assimilation ou pour la nier".

"J’affirme que, dans la religion musulmane, rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire, sur bien des principes, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale. D’autre part, je ne crois pas qu’il n’existe plus de race algérienne qu’il n’existe de race française (...) à mon sens, c’est dans la réforme des institutions, de cette législation musulmane que peut-être trouvé le secret d’une intégration à la patrie française de l’ensemble des Musulmans.(...) Je conclus. Encore une fois tout est une question d’optique. Offrons aux Musulmans d’Algérie - comme ces mots me gênent, car ils ne font que cacher, bien mal, la réalité ! - l’entrée et l’intégration dans une France dynamique, dans une France conquérante. Au lieu de leur dire, comme nous le faisons maintenant : « vous nous coûtez cher ;vous êtes un fardeau », disons leur : « Nous avons besoin de vous. Vous êtes la jeunesse de la Nation. »

"Et c’est vrai : certains évaluent les problèmes moraux et humains en termes mathématiques : Est-ce qu’une mère évalue la vie de son fils en argent ? Qui peut évaluer en milliard de dollars ou de roubles ce que vaut pour une Nation le fait d’avoir dix millions de citoyens de plus ? Comment un pays qui a déploré longtemps de n’avoir pas assez de Jeunes pourrait-il évaluer le fait d’en avoir cinq ou six millions ? Je m’étonne de le répugnance qu’éprouvent de très nombreux Français de Métropole à l’idée qu’il y a en Algérie six millions d’hommes Jeunes ; car ces jeunes hommes seront peut-être, si nous le voulons, le fer de lance de la France africaine. Si nous sommes capables d’atteindre cet objectif, alors le jeune Algérien ne sera pas celui à qui l’on vient donner l’aumône, il deviendra celui à qui l’on demande. Et c’est vrai, la France a besoin de l’Algérie, peut-être plus que l’Algérie n’a besoin de la France".

Tous ces textes ont été extraits du Journal Officiel du mardi 28 et mercredi 29 janvier 1958, relatant les propos tenus lors de débats dans l’hémicycle de l’assemblée nationale. Ils n’ont qu’un seul et même auteur : le député LP.

C’est revigorant, non, ce discours sur la jeunesse de l’Algérie fait en 1958 en pleine assemblée nationale française. Le "sang jeune d’une nation", une religion ou "rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet", sur l’inexistence de différence raciale : c’est un très beau texte, d’un très bon orateur. Qui prône l’intégration totale de six millions de maghrébins dans la communauté française, chapeau, c’est une profonde avancée mentale pour l’époque ! Un discours enflammé, digne d’un tribun même. Un vrai, et le même dont certains disaient pourtant ceci un an auparavant à peine : "J’ai été arrêté le 22 février 1957, vers minuit ou deux heures du matin. (...) Ils m’ont laissé deux jours sans rien me dire. Et un jour ils m’ont appelé : "Allez, c’est à vous". (...) C’est le lieutenant LP qui m’interrogeait. Moi j’ai dit : "Je ne connais pas". Ils m’ont déshabillé. Il y avait une table très grande, ils m’ont attaché les poignets et les jambes et ils m’ont enlevé le tricot de peau. Je me rappelle ils l’ont mouillé, ils me l’ont mis sur les yeux, et ils ont commencé la gégène. C’était un soldat de LP qui tournait la gégène. Le lieutenant recommençait : "Où sont tes amis ?". Moi je disais : "Je ne suis pas un terroriste". En même temps que l’électricité, un militaire me frappait avec une brosse métallique. La deuxième fois, ils m’ont fait la baignoire. LP, lui, commandait. Les soldats m’ont plongé la tête dans l’eau. Je levais le doigt, ils me sortaient la tête, et je faisais ma prière : "Dieu est grand". Et ça recommençait. Ils m’ont interrogé pendant dix-huit jours". (Mahfoud Abdelbaki, El-Manchar, Alger, 01/2000).

Le même personnage, habitué aux bagarres, qui cette année là justement, lui fera presque perdre l’usage d’un œil (en fait c’est l’autre qu’il perdra plus tard !)"ce n’est que quelques années plus tard qu’est apparue une cataracte traumatique, laquelle, progressivement, peu à peu, m’a privé de la vue." (LP sans bandeau, Jean Marcilly, ed. J. Grancher)". Le même qui édite en 1964 un disque sur le III reich ou figure ce texte : "La montée vers le pouvoir d’Adolf Hitler et du Parti national-socialiste fut caractérisée par un puissant mouvement de masse, somme toute populaire et démocratique, puisqu’il triompha à la suite de consultations électorales régulières, circonstance généralement oubliée."(cité par l’Express du 2/05/2002), pour lequel il sera condamné pour apologie de crimes de guerre l’année suivante. Le même qui en 1976 faisait fortune en captant un héritage de 30 millions de francs de l’époque et une propriété de 365 m2 et 11 pièces, le château de Montretou. Celui de l’héritier des ciments Lambert, mort à 42 ans après avoir rédigé plusieurs testaments successifs, tous favorables, de plus en plus, à LP. Le même LP qui déclare en 1984 à l’émission de télévision "L’Heure de vérité" que "l’explosion démographique du monde islamo-arabe est en train d’envahir et de coloniser notre pays." Le même qui visite Saddam Hussein en 1990, et qui se marie en 1991 avec Jeanne-Marie Paschos, dite Jany, qui préside l’association SOS Enfants d’Irak. Une association qui entraîne notre homme à un grand écart étonnant : ainsi, LP, tout en reconnaissant que « le terrorisme existe », estima qu’il est lié à « la politique agressive des États-unis » et que « la politique occidentale lui fournit chaque jour un nouveau terreau ». Conscient que ce genre d’arguments pourrait choquer ses sympathisants attachés à l’idée de « choc des civilisations », LP opère un habile distinguo entre les peuples du Moyen-Orient et les musulmans de nos banlieues qui selon lui profiteraient du conflit en Irak pour faire la guerre ici !

Toute l’habileté de LP réside en effet à faire admettre à ses sympathisants que les Irakiens ne sont pas « des Arabes comme les autres ». Présentant l’Irak comme un berceau de la civilisation, évoquant dans ses discours Nabuchodonosor le fondateur de Bagdad, «  la plus belle ville du monde  », LP a cherché à donner de ce pays l’image d’une nation «  civilisée », « moderne », et « laïque ». "Cette guerre ne sera pas « une guerre contre l’Islam" déclara-t-il devant ses militants, ravalant la thèse du choc des civilisations au rang de «  marketing politique » et de « matraquage médiatique » !

Toujours le même LP qui récidive en 1996 en affirmant à propos de l’immigation que "Ce phénomène angoissant nous impose ses coutumes, ses moeurs, sa religion et nous vole nos âmes (...) La marée de l’immigration va nous submerger après nous avoir ruinés". Et rajoute la même année ""Oui ou non, veut-on pour demain une société multiraciale dont on doit savoir qu’elle débouchera inéluctablement sur une fracture, puis sur une guerre ethnique ?"et qui finit enfin par dire cette année là encore le contraire exactement de ce qu’il avait pu dire 38 ans avant au sein de l’assemblée nationale "Oui, je crois en l’inégalité des races. (...) Aux Jeux olympiques, il y a une évidente inégalité entre la race noire et la race blanche, c’est un fait. Je constate que les races sont inégales. C’est une banalité." Le même qui sera reçu en 1998 à l’ambassade d’Iran à Paris à l’occasion du 19e anniversaire de la révolution islamique, et qui déclara à cette occasion : "J’y ai été reçu comme un prince en son domaine "(Libération 12/02/98). Le même encore et pour finir qui dira en 2003 "le jour où nous aurons en France, non plus cinq millions mais 25 millions de musulmans, ce sont eux qui commanderont. Et les Français raseront les murs, descendront des trottoirs en baissant les yeux. Quand ils ne le font pas, on leur dit : ’qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? Tu cherches la bagarre ?’ Et vous n’avez plus qu’à filer, sinon vous prenez une trempe." (Le Monde, 19/04/2003). L’islamophobie du sieur LP est donc bien à géométrie variable. Acceptable à ces yeux en 1958, sur le même rang que la chrétienté, l’islam ne le serait plus en 2010. Pourtant, s’il y a bien quelque chose qui n’a pas changé, c’est plutôt cette religion, réputée archaïque, et non son opposant actuel. C’est bien LP, la girouette.

Oui, vous l’avez bien compris, l’auteur du beau discours de 1958 est donc un fieffé menteur. Il s’appelle Jean-Marie Le Pen, notre LP. Un habitué de l’excès, qui ne peut s’empêcher de dire depuis, par exemple, que "la religion antiraciste transforme certaines opinions en véritable blasphème et ce qu’il faut bien appeler l’idéologie officielle, impitoyable et totalitaire, asservit le peuple français". 

Visiblement, notre homme est bien âgé, et ne se souvient absolument plus de ce qu’il a pu dire à l’Assemblée Nationale alors qu’il n’avait que 30 ans ... il y a 52 ans déjà. L’époque où pour lui "dans la religion musulmane, rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet... "

 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/quand-un-depute-encensait-l-islam-74043?debut_forums=100

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 21:06

 

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Pour ceux qui en douteraient, le retour de la France dans le Commandement intégré de l’OTAN n’est pas gratuit.  Au-delà des obligations d’"entraide" vis-à-vis des pays membres, c’est en millions d’Euros que se chiffre ce retour décidé unilatéralement par Nicolas Sarkozy.  Le journaliste français Gille Bonafi nous éclaire sur les implications financières de la nouvelle stratégie de l’Elysée.

 

 

 


 

par Gilles Bonafi paru le 22 mars sur son AgoraVox

Quel est le coût du retour de la France au sein du commandement intégré de l’Otan ? Quel est le coût de la guerre en Afghanistan ?

En ce qui concerne cette dernière, il ne faut pas perdre de vue l’excellente analyse du CF2R, le centre de recherche sur le renseignement français qui n’hésite pas à comparer la guerre en Afghanistan au Vietnam. La note n°189 du 5 octobre 2009 intitulée « CF2R – Afghanistan : des airs de conflit indochinois se termine par une conclusion explosive : « Mais ce retrait en annonce un deuxième qui sera moins glorieux : le départ de toutes les forces étrangères du pays car les opinions publiques ne pourront tolérer longtemps les pertes occasionnées et le coût que cette guerre représente, sans espoir de voir poindre l’ombre d’une solution. »

Le silence des médias sur ces 2 sujets est total, voici donc une petite remise à niveau qui méritait d’être faite. Pour cela, rien ne vaut les rapports législatifs du Sénat, des informations totalement fiables donc.

Voici un extrait du Projet de loi de finances pour 2010 : Défense – Préparation et emploi des forces.

« 2. Les forces servant en opérations extérieures : des dépenses partiellement budgétisées
Il convient toutefois de garder à l’esprit les risques de dérapages liés à l’opération en Afghanistan. En 2009, le montant total du coût des opérations en Afghanistan est estimé à 330 millions d’euros (+ 40 %), ce qui représente 39 % du coût de l’ensemble des opérations menées par les forces françaises.
Compte tenu de la hausse des effectifs présents (3 247 militaires en moyenne), le coût en frais de personnel est désormais évalué à 120 millions d’euros. Les frais de fonctionnement s’élèvent à 55 millions d’euros, le transport stratégique à 45 millions d’euros, le maintien en condition opérationnelle des matériels à 52 millions d’euros.

Comme a pu le constater la mission de votre commission effectuée en Afghanistan en septembre dernier, ce coût élevé résulte non seulement de l’éloignement du théâtre afghan, atteignable depuis la France par voie aérienne seulement, mais également lié à des équipements personnels spécifiques et plus coûteux (gilets pare-balles de dernière génération, bottes de montagne spécifiques…) et au maintien en condition opérationnelle des matériels malmenés sur les pistes de montagne, beaucoup plus onéreux qu’ailleurs.
En 2010 comme en 2009, conformément à la loi de programmation militaire, le financement résiduel des OPEX ne reposera pas sur les crédits d’équipement de la Défense mais sur la réserve de précaution interministérielle.

3. Le retour de la France au sein du commandement intégré de l’Otan : un coût non anticipé
Le retour de la France au sein du commandement intégré de l’Otan, nécessitera l’envoi à l’étranger de plusieurs centaines d’officiers et de sous-officiers chargés de représenter la France au sein des instances de l’organisation.

Avant même sa pleine réintégration, la France était déjà présente dans les structures de l’Otan avec un effectif de 161 militaires soutenus par 81 agents. La décision d’une pleine réintégration de notre pays dans les structures de l’alliance devrait porter notre présence à environ 1 200 personnes dans les différents états-majors et organismes de l’Otan, dont 1 100 dans la seule structure de commandement. La montée en puissance des effectifs s’étalera jusqu’à l’été 2012. Les militaires français seront alors présents sur les 25 sites répartis dans 13 pays.
Votre rapporteur se félicite, à cet égard, de la nomination du général Stéphane Abrial à l’un des deux commandements suprême de l’OTAN.

La pleine participation à l’ensemble des budgets (fonctionnement et investissement) est évaluée en année pleine à 30 millions d’euros par an. Le coût de l’augmentation du nombre d’agents servant à l’étranger dans les structures de l’OTAN et les soutiens associés est évalué à 69 millions d’euros.
Selon l’état-major des armées, l’ensemble de ces surcoûts est estimé, sur la période 2010-2015, à environ 650 millions d’euros. Au total, en 2009, le coût de la réintégration par la France du commandement intégré de l’OTAN s’élèvera à 30 millions d’euros. En 2010, il atteindra 60 millions d’euros supplémentaires. Puis, en année pleine, ce surcoût dépassera largement 100 millions d’euros annuels.
Or le coût budgétaire de cette réintégration n’a, d’après les auditions effectuées par votre rapporteur, pas été prévu par la loi de programmation militaire. »

 

Source Sénat : http://www.senat.fr/rap/a09-102-6/a09-102-67.html

 

 

http://www.reopen911.info/News/2010/04/09/france-otan-afghanistan-plus-de-430-millions-d%E2%80%99euros-par-an/

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 11:48

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L’infâme ragoût qui nous est servi depuis les élections régionales à l’enseigne de la sarkozy baigne dans une même sauce. C’est d’abord l’ère du soupçon pour les plus modestes. Que signifie cette menace de suspension des allocations familiales si ce n’est que l’on va enfoncer encore plus les familles qui ont le plus de mal à s’en sortir ? Avec cette argumentation digne de ces dames patronnesses de jadis qui venaient faire la morale aux pauvres : S’ils ne sont pas capables de s’occuper de leurs enfants, ils doivent être sanctionnés pour leur bien. C’est absurde, c’est totalement déconnecté de la vie réelle dans les quartiers qui sont appelés difficiles et le sont, parce qu’ils cumulent, en premier lieu, toutes les difficultés en termes d’emplois, de services publics, d’écoles, d’équipements sociaux, d’animateurs, de police de proximité« †La politique de la droite en termes de logement social, de carte scolaire a encore précipité les problèmes. Sa politique en matière d’absentéisme, de prévention de la violence est exactement à l’inverse de ce que préconisent les pédagogues, les éducateurs aussi bien que les psychologues qu’il a prétendu consulter. Ce n’est pas une politique visant à résoudre les problèmes, c’est un salmigondis idéologique stigmatisant les plus pauvres.

C’est encore mieux bien entendu quand on peut assaisonner tout cela avec une bonne dose de racisme voilé et d’instrumentalisation de l’islam. La République, nous en sommes tous d’accord, ne peut s’accommoder du port de la burqa. Mais cela justifie une loi en toute urgence ? C’est la burqa qui est responsable des licenciements, de la montée du chômage, des bas salaires, de la crise du capitalisme, des salaires faramineux des grands patrons et bientôt de la faillite de la Grèce ? Mais en plus de cela, voilà qu’à la faveur d’une contravention tombant à point nommé, Brice Hortefeux découvre un époux radical, plusieurs femmes qui escroqueraient les Allocations familiales. Et quand bien même cela serait ? Cela relève de la justice, pas de l’état de siège idéologique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Mobilisation générale jusqu’à l’absurde, les imbéciles au premier rang. Hier, un député UMP se flattait d’avoir déposé une proposition de loi pour le retrait des allocations familiales aux familles polygames. Mais la polygamie est interdite en France ! Et si la justice n’a pas les moyens de faire appliquer la loi, pourquoi le pouvoir retire-t-il des moyens à la justice ?

Quelles que soient les appréciations que l’on peut porter sur chacun de ces problèmes en particulier, car il y des divergences chez celles et ceux qui sont attachés aux valeurs de progrès, on ne peut être dupe de l’ampleur de l’offensive menée par le chef de l’État et ses lieutenants les plus zélés. De son ampleur et de ses objectifs. D’abord, cimenter la droite autour de ses thèmes les plus conservateurs. Les pauvres désorganisent la société, l’islam est dangereux. Tous abusent des services sociaux et c’est à eux que vont nos impôts (malgré notre précieux bouclier fiscal). Ensuite détourner l’attention de l’ensemble des Français des véritables problèmes posés à la nation, dont évidemment la question des retraites. Tenter pour cela de casser l’unité des syndicats, les rapprochements de la gauche, en les entraînant à des polémiques. Enfin et en même temps, poursuivre l’œuvre entreprise d’atomisation de la conscience sociale, d’exacerbation des communautarismes et de mise en pièces des solidarités dans la société. C’est comme cela que l’on transforme des citoyens en variables d’ajustement au profit du marché. La riposte ne peut attendre.

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 20:51

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La France a été mise sur le gril mardi à Genève par dix experts onusiens du Comité contre la torture, qui ont questionné ses représentants pêle-mêle sur la surpopulation carcérale, les droits des demandeurs d'asile ou les bavures policières. "Les difficultés qui persistent, dont nous avons conscience, ne font que renforcer notre volonté de poursuivre le combat exigeant contre la torture", a proclamé l'ambassadeur de France auprès des Nations unies Jean-Baptiste Mattei en présentant un rapport qui fait état d'"avancées substantielles" depuis 2005.

 

"La législation pénale est aujourd'hui orientée vers (...) une approche qui met en premier lieu la sécurité, la prévention, la lutte contre la criminalité", a regretté Essadira Belmir, juge marocaine qui siège au Comité. "On dirait que chaque fois qu'il y a un fait divers, on réglemente", a-t-elle ajouté, regrettant "une inflation législative où domine en fait l'aspect sécurité sur les droits de la personne". La surpopulation carcérale, avec un taux d'occupation des prisons de 110,9 %, et les suicides en prison ont été abordés, ainsi que l'usage du pistolet Taser par les forces de l'ordre ou la technique d'immobilisation dite du "décubitus ventral" qui a provoqué des décès lors d'arrestations.

Un expert s'est aussi inquiété de la protection des droits des mineurs demandeurs d'asile, d'autres ont demandé des explications sur les possibilités de recours des requérants d'asile déboutés.

Les droits des suspects de terrorisme, trafic de drogue ou criminalité organisée pendant la garde à vue ont également été examinés à la loupe. Ceux-ci peuvent être détenus 72 heures sans rencontrer un avocat, contacter des proches ou voir un médecin indépendant, se sont inquiétés des experts. "La situation devient un peu opaque. Il n'y a pas de garanties. L'enregistrement vidéo est justement une garantie contre la torture alors pourquoi le rendre exceptionnel dans le cadre des interrogatoires de suspects de terrorisme ?" s'est interrogé l'expert italien Bruno Alessio.

Les 16 membres de la délégation française doivent répondre mercredi aux questions posées par ces experts.i

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 18:28

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Dans le courant des années quatre-vingt-dix, le Front national entame un renouveau de son discours qui tranche avec la ligne idéologique qui était la sienne depuis sa création en 1972. Affichant un souci pour les questions sociales, fustigeant les excès du libéralisme économique et se montrant de plus en plus critique vis-à-vis de la politique extérieure des états-Unis, il semble se détourner du soutien inconditionnel à la libre entreprise, au cantonnement de l’état à ses seules fonctions régaliennes et à la défense de l’alliance Atlantique qui le caractérisait jusqu’alors. Et ce dans un contexte politique qui voit son électorat s’accroître chez les populations défavorisées, devenant notamment le premier parti chez les ouvriers. Ce renouveau idéologique l’amène à condamner l’utilitarisme de la société de consommation dont l’égoïsme matérialiste constituerait l’une des principales causes de la « décadence » en détournant les individus de toute solidarité traditionnelle (fraternelle, familiale, ethnique) au bénéfice de solidarités « abstraites », les classes sociales ou les appartenances politiques. C’est ainsi que le Fn critique de plus en plus fermement la dérégulation internationale des marchés, où le brassage des hommes et des biens dont elle est le vecteur, tout en menaçant l’économie du pays, affaiblirait l’homogénéité du corps national.

Curieux revirement pour un parti dont le président prétendait incarner jusqu’à la fin des années quatre-vingt la vraie droite, notamment dans le domaine économique, en se déclarant un partisan inconditionnel du « laisserfaire », et pour qui la droite « classique » avait renié depuis longtemps ses propres valeurs. Ce n’est donc pas par hasard que se développe durant la même période la fameuse thématique du « ni droite ni gauche… Français ». Lancée par le Front national de la jeunesse en 1994 – où elle rencontre rapidement un large succès –, elle est reprise par plusieurs dirigeants frontistes de premier plan dès la seconde moitié de la décennie [1] ; et cela, bien qu’elle ait pu provoquer (et provoque encore) des remous internes et demeure l’enjeu de stratégies électoralistes. Ce repositionnement sur l’échiquier politique est néanmoins conforme à l’obsession identitaire du parti d’extrême droite : en provoquant un affrontement entre des catégories jugées artificielles, ces clivages menaceraient la cohésion de la nation.

Autant d’arguments – critique de l’individualisme anonyme de la société marchande et de la fragmentation de la nation en intérêts opposés – qui montrent que l’extrême droite contemporaine renoue avec les fondements de sa doctrine des années trente [2]. En refusant d’être englobé dans un échiquier politique dont il conteste les principales catégories de la pluralité – la gauche et la droite – mais également de s’inscrire dans toute pluralité, nécessairement synonyme de division, le Front national s’inscrit en dehors de toute perspective démocratique. Pour évident qu’il puisse paraître, ce point mérite d’être rappelé avec force à l’heure où certaines mouvances issues de l’extrême droite – et qui ont par ailleurs influencé le Front national dans ses nouvelles orientations idéologiques, comme nous allons le voir – montrent une certaine bienveillance vis-à-vis de la contestation de l’utilitarisme de la société marchande par des groupes issus de la gauche. Et ce à la faveur d’un contexte qui voit les clivages politiques et sociaux devenir toujours plus abstraits dans les représentations, principalement chez les jeunes générations. À vouloir dépasser ce point de clivage entre gauche et droite – voire entre gauche et extrême droite – au nom de la lutte contre un « ennemi » commun, et ce bien que cette lutte soit établie à partir de valeurs distinctes, cette bienveillance ne risque-t-elle pas d’aboutir à une indifférenciation entre les positions des uns et des autres, indifférenciation qui s’inscrit précisément dans la perspective d’abolition de la pluralité politique chère à l’extrême droite ? telle est la problématique que je voudrais explorer ici en évoquant les raisons de cette réémergence de l’anti-utilitarisme au sein de l’extrême droite dans le contexte actuel.

Le renouveau idéologique du GRECE

À la fin des années soixante, passé la contestation poujadiste et la lutte contre la décolonisation et engluée dans son passé collaborationniste, l’extrême droite française est devenue marginale. Elle n’existe plus qu’à travers des groupuscules ou des partis minoritaires qui ne possèdent ni l’infrastructure ni une influence suffisantes pour se donner une visibilité à l’échelle nationale. Prenant la mesure d’un tel délabrement idéologique et politique, un mouvement atypique va entreprendre une refonte des idées de la mouvance.

Fondé en mars 1968 par l’intellectuel Alain de Benoist, le GRECE (Groupement de recherche et d’étude pour la civilisation européenne) se veut un groupe de pensée et non un parti politique. Prenant la mesure de l’impasse tant idéologique que politique dans laquelle se trouve l’extrême droite depuis la découverte des camps nazis, puis la fin de la guerre d’Algérie, les « grécistes » prétendent donner une nouvelle légitimité à la vieille antienne anti-égalitariste de l’extrême droite. Ce travail est tout d’abord axé sur la thématique identitaire. Dans les premières années de son existence, le GRECE tente de remettre au goût du jour le racialisme à l’aide de disciplines telles que la sociobiologie et l’éthologie. L’objectif consiste à rasseoir dans les consciences la supériorité de la race blanche. Mais devant l’échec de cette tentative, il change d’orientation. La critique de l’égalitarisme s’appuie ainsi de plus en plus sur des concepts empruntés à l’anthropologie, comme le relativisme culturel.

Désormais, le terme de culture se substitue à celui de race et la supériorité s’efface au profit de la préservation des particularismes des sociétés. Il s’agit moins de proclamer la supériorité d’une espèce que de revendiquer une égalité, mais dans le même temps une étanchéité entre les cultures, seul moyen pour les peuples de préserver leur identité.

Cette revendication du droit à la différence culturelle – le « différentialisme » – permet au GRECE de se présenter, comme l’analyse de P.-A. taguieff [1994], comme le « parti de la diversité et de la tolérance contre celui de l’uniformité impériale et de la déculturation des peuples ». Ce qui amène le groupe d’Alain de Benoist à prendre de plus en plus ses distances avec le nationalisme expansionniste du temps de la colonisation et donc à se couper des membres du Fn, constitué d’anciens de l’Algérie française et de la guerre d’Indochine. Il reste que la tolérance affichée est uniquement envisagée sur un mode holiste, au sens que L. Dumont [1983] donne à ce terme : une idéologie qui « néglige ou subordonne l’individu humain ». Les grécistes critiquent dans cette perspective l’« hypermoralisme des droits de l’homme » – dont l’« universalisme homogénéisant » est considéré comme un « ethnocentrisme » en ce qu’il ne respecterait pas le primat des « identités collectives héritées » [de Benoist, Champetier, 1999]. D’où le rejet du principe de l’intégration ou même des processus d’acculturation, qu’ils soient individuels ou collectifs. troublante transposition de principes issus des droits de l’homme (égalitarisme, universalisme) appelant au respect de la personne humaine, l’individu, à celles d’entités holistes déclinées sur un mode ethnique (comme Herder l’avait déjà fait en son temps – cf. Dumont, 1983) et provenant d’une récupération de la littérature anthropologique.

Afin de contrer les « dangers » du métissage et du cosmopolitisme résultant des flux migratoires, est développé l’idée d’un « tiers-mondisme différentialiste » [taguieff, 1994], qui stipule comme remède à l’immigration une aide au développement des pays du tiers monde. L’objectif consiste en ce que les pays du Sud comme ceux du nord puissent sauvegarder leurs spécificités culturelles en évitant tout mélange de populations « incompatibles » et trouvent par ailleurs un modèle de développement économique en harmonie avec leurs fondements culturels. Car bien qu’anticommuniste, le GRECE critique de plus en plus violemment le libéralisme économique, allant même jusqu’à le désigner comme son « ennemi principal » [de Benoist, Champetier, 1999]. L’utilitarisme de la société de consommation, devenu un modèle unique de développement économique, constituerait selon les grécistes une menace pour l’identité culturelle des peuples, en faisant de la « valeur marchande l’instance souveraine de toute vie commune » [ibid.]. Désormais affranchies de toute contrainte, les « pulsions individualistes et économicistes » déboucheraient sur une « concurrence généralisée » [ibid.], avec pour conséquence la désagrégation du lien social. Or, pour les tenants du GRECE, seules les communautés traditionnelles « enracinées » sont à même de réinstaurer une socialisation efficace en regroupant des individus issus d’une même origine culturelle, pour ne pas dire ethnique. Principe qui n’est finalement pas très éloigné des fondements de la loi d’un ordre naturel cher à l’extrême droite depuis ses origines[3]

Rejetant aussi bien le capitalisme que le socialisme, le GRECE prétend établir les fondements d’une troisième voie. Cette quête amène les grécistes à remettre en cause les clivages politiques, devenus selon eux « obsolètes » au regard des « aspirations populaires », le politique devant désormais s’adapter « aux structures de base » [de Benoist, Champetier, 1999], les communautés déclinées sur le mode traditionaliste précédemment décrit. C’est également au nom de l’anticapitalisme qu’ils condamnent l’OtAn, selon eux le bras armé des états-Unis en Europe, ces derniers constituant le symbole d’un nouvel impérialisme et d’un capitalisme apatride. Il reste que si ce renouveau idéologique rend de plus en plus problématiques les liens du GRECE avec le Fn jusqu’à la fin des années quatre-vingt, c’est à partir du début des années quatre-vingt-dix que leurs visions vont se rapprocher.

Le GRECE, principale source d’influence du FN

Créé le 5 octobre 1972, le Front national illustre à ses débuts la nostalgie du combat contre la décolonisation, son comité de direction regroupant d’anciens partisans de l’Algérie française, issus notamment de l’OAS. La première ligne politique de ce nouveau parti se situe contre l’« égalitarisme utopique » et le « cléricalisme marxiste », en un mot, contre « toutes les doctrines supposées contraires aux lois d’un ordre naturel » [Chebel d’Appollonia, 1988]. Cette ligne l’amène à axer son combat sur la défense de l’identité de la France – l’opposition à l’immigration devient centrale dès la création du mouvement – ainsi que – pour le thème qui nous intéresse – sur la libre entreprise et la libre concurrence. La lutte contre le communisme et le ralliement atlantiste qui la sous-tend devient son autre grand axe idéologique. C’est ainsi que Jean-Marie Le Pen fait de Ronald Reagan, dans le courant des années quatre-vingt, son modèle politique (ils se rencontrent en 1987 aux états-Unis) en louant son conservatisme politique et l’ultralibéralisme de sa politique économique.

Jusqu’à la fin des années quatre-vingt, si des passerelles existent malgré tout entre le GRECE et le Fn[4] leurs prises de position respectives (sur l’économie, la période coloniale, l’affrontement Est-Ouest, ou même la religion[5]) les empêchent de mener une lutte commune. Or, l’effondrement du communisme soviétique va bouleverser cette irréductibilité idéologique. Si l’influence du GRECE décline dans les champs politique et intellectuel à partir de la fin des années quatre-vingt, dès le début des années quatre-vingt-dix, le Front national s’inspire de plus en plus ouvertement de ses idées (sans pour autant que les deux mouvements en viennent à se rapprocher). Celles-ci lui permettent en effet de s’adapter à la nouvelle donne internationale et à ses répercussions dans le débat politique français. Cela va se manifester notamment au niveau des thématiques identitaire, économique et politique.

Le différentialisme apporte tout d’abord une nouvelle sémantique du traitement de l’immigration. Celle-ci était uniquement condamnée jusqu’alors pour la soi-disant menace qu’elle faisait peser sur les emplois des Français ainsi que sur leur sécurité. S’ajoute désormais à cet argumentaire le fait qu’elle constituerait une menace pour l’intégrité culturelle de la nation, mais également qu’elle couperait les immigrés de leurs origines culturelles, faisant d’eux des « déracinés ». Ce qui permet au Fn de se faire l’apôtre d’une certaine forme d’altérité et de contourner ainsi la législation condamnant les propos racistes, tout en entretenant naturellement une ambiguïté bienveillante avec son traditionnel discours raciste et xénophobe. Mais c’est surtout à travers l’opposition du Front national aux deux guerres qui ont impliqué l’Irak que ce discours va prendre toute son importance.

La position du FN face à la guerre en Irak

La récupération du discours différencialiste a motivé en effet une critique toujours plus cinglante des états-Unis, dont Le Pen n’a cessé depuis la première guerre du Golf en 1991 de condamner les visées impérialistes, au nom précisément du respect de l’intégrité des nations et des cultures. Cette guerre, puis l’invasion de l’Irak par les troupes américano-britanniques ont renforcé l’anti-américanisme de l’ensemble de l’extrême droite française pour laquelle impérialisme et capitalisme vont désormais de pair. Pour Le Pen [2003a] en effet, l’invasion de l’Irak a eu pour but d’enrôler « les masses musulmanes […] sous les bannières du Veau d’or et du grand prêtre Dollar », les états-Unis se comportant « au Moyen-Orient comme Cortès vis-à-vis des Incas : hier comme aujourd’hui on s’empare de l’or et on veut convertir les infidèles [6] ». On mesure ici tout le chemin parcouru par la vieille garde du Fn, vétéran des guerres coloniales, défenseur en d’autres temps du libéralisme économique le plus strict et atlantiste convaincu. La polarité du monde ne se fait désormais plus entre capitalisme et communisme mais entre l’hégémonie de l’« impérialisme américain » et la défense des identités nationales.

Cette réappropriation du différentialisme a eu par ailleurs pour effet de modifier l’expression de la xénophobie envers les populations arabes. Car, si Jean-Marie Le Pen continue de stigmatiser très violemment les populations d’origine maghrébine vivant sur le sol français, paradoxalement, il s’est voulu, au cours de ces deux campagnes irakiennes, le défenseur le plus intransigeant du monde arabo-musulman face aux poussées « impérialistes » des états-Unis. Ce qui l’a amené à défendre la dictature de Saddam Hussein – pourvoyeur selon lui d’« une grande politique sociale », ce qui fait que les Irakiens « lui gardent toute leur confiance » [2003a] – et à entretenir, au début de l’invasion de l’Irak, une ambiguïté avec le terrorisme islamiste dans des discours aux relents quasi djihadistes : « C’est kamikaze, le vent divin, qui mit jadis en déroute les ennemis des Japonais, c’est peut-être le souffle d’Allah qui soulève les dunes du désert et les jette sur les convois d’assaillants » [ibid.].

Cette condamnation de l’intervention américaine en Irak au nom du différentialisme – qui stipule que si l’on veut « être respecté dans les termes et les formes de notre civilisation chrétienne », cela implique que l’on respecte « le droit qu’ont les autres de vivre à leur guise chez eux » [ibid.] – se fait au nom de valeurs qui s’affranchissent allègrement de toute éthique démocratique. En effet, en légitimant l’une des pires dictatures en place à l’époque ou en montrant une certaine mansuétude vis-à-vis du terrorisme, le leader frontiste sous-entend qu’un régime ou un groupe politique n’a pas à être jugé en fonction de sa propension à respecter les valeurs universelles des droits de l’homme. De sorte que le différentialisme de Le Pen en vient à légitimer un régime de terreur, assimilé à une culture authentique, et donc légitime, qui a toute sa place dans l’ordre différentiel du monde. Cette réappropriation du différentialisme montre ainsi que le Front national s’est adapté très adroitement au contexte politique de son époque en bénéficiant pour ce faire du travail intellectuel développé par le GRECE depuis trente ans.

L’antimatérialisme économique

Le Front national a également puisé au sein du GRECE la thématique de l’anti-utilitarisme marchand. Celui-ci ne renvoie évidemment pas à un discours égalitariste. tout comme pour le GRECE, le matérialisme est condamné en ce qu’il détourne les individus des valeurs spirituelles de la nation – l’enracinement dans la terre et les traditions – qui constituent pour l’extrême droite le fondement de l’humain. Le programme du Fn en cours dans les années quatre-vingt-dix le résume en ces termes : « Comment ne pas voir que cette conception de la vie économique [celle du « libre-échangisme », selon la terminologie lepéniste] menace de disparition un univers où les hommes se réunissaient au sein de communautés historiques, y bénéficiaient d’un héritage, d’un patrimoine et de qualités propres, pour lui substituer un monde organisé selon des concepts et des mécanismes abstraits, détachés des réalités physiques, culturelles, sociales, nationales ? C’est l’idée même de nation que cette entreprise d’uniformisation met en péril » [Front national, 1993].

Désormais, l’antimatérialisme économique du Front national se conjugue avec la condamnation du processus de la mondialisation économique. Pour le président du Front national, le « mondialisme » correspond en effet à une « doctrine » qui « subordonne la terre entière aux dogmes mercantiles et finalement à une idéologie totalitaire sous des dehors libéraux », celle-ci semblant de surcroît « vouer la terre à une uniformité réductrice » [Le Pen, 2003b]. Un discours que ne renierait pas A. de Benoist, qui condamne tout aussi fermement et dans des termes très proches ce processus de globalisation. De par les flux migratoires, la concurrence interplanétaire et le modèle unique de développement économico-politique – lié au consumérisme effréné qu’elle génère –, la globalisation est perçue comme le vecteur d’un matérialisme menaçant à terme l’intégrité culturelle des nations. L’imposition d’une concurrence économique effrénée, à laquelle s’ajoutent des limites sans cesse croissantes à l’action régulatrice des institutions politiques, est donc moins synonyme de paupérisation et d’inégalités sociales que d’une remise en cause des communautés organiques traditionnelles. L’ultralibéralisme n’est en ce sens pas critiqué au nom de valeurs égalitaristes, le programme économique du Front national étant pour l’essentiel d’essence libérale avec une forte propension protectionniste.

Le rejet des clivages politiques et sociaux

Autre emprunt fait au GRECE, le rejet des clivages politiques et sociaux. Selon les tenants frontistes du « ni droite ni gauche… Français », ces clivages sont devenus obsolètes, la droite et la gauche appliquant des politiques rigoureusement similaires. Dans le même temps, ils diviseraient la nation dans un contexte où il serait plus urgent de se regrouper afin de faire face efficacement à l’état de « décadence » qui touche le pays. Samuel Maréchal [1994] – président du Front national de la jeunesse dans le courant des années quatre-vingt-dix et par ailleurs gendre de Jean-Marie Le Pen – écrit dans cette optique : « Il va sans dire que lorsque nous prônons la fin de ce clivage […] il ne s’agit pas d’une quelconque redistribution de cartes ou d’un nouveau mistigri électoral, mais d’un changement radical du paysage politique et de la fin de cette guerre civile larvée qui fait s’opposer artificiellement une partie du peuple français contre l’autre au seul profit des politiciens. »

À l’instar du GRECE, ce rejet des clivages s’inscrit dans l’obsession identitaire de l’extrême droite. Plutôt que de se diviser sur des questions politiques et sociales, les Français – nécessairement « de souche » ou d’origine européenne – doivent serrer les rangs autour de ce qu’ils ont en commun : leur identité déclinée sur un mode ethnique et culturel. Le corps national doit rester pur de toute contamination extérieure – les étrangers non européens – et de toute idéologie « de rupture » remettant en cause son homogénéité, tel l’égalitarisme, qu’il soit lié au sens tocquevillien d’égalité des conditions ou au sens socialiste de lutte contre les inégalités de classe.

Cette thématique a été empruntée par le parti frontiste à la faveur d’un contexte politique dans lequel le brouillage entre la droite et la gauche n’a effectivement cessé de s’accentuer depuis une vingtaine d’années dans les représentations des individus. En France, ce phénomène a émergé avec le « retournement » idéologique de la gauche qui, après son arrivée au pouvoir en 1981, est passée d’un socialisme présenté comme une alternative au capitalisme à un socialisme acquis au « principe de réalité » de l’économie de marché. Ce changement n’a pas été sans incidences sur la manière dont les électeurs se sont représentés le conflit gauche/droite. Désormais, la gauche n’a plus de grand projet alternatif à proposer et la droite n’est plus seule sur le terrain de la gestion libérale et ne peut plus, depuis 1989, se présenter comme l’ultime rempart face à la menace soviétique [Schweisguth, 1994]. Alors que la gauche concurrence la droite sur la capacité à gérer l’économie de marché, la droite tient un discours social-démocrate en affichant son souci des questions sociales. Elle évite donc toute référence à l’ultralibéralisme économique, cela lui ayant été fatal lors de l’élection présidentielle de 1988. La campagne chiraquienne de 1995, axée sur la nécessité de résorber la fameuse « fracture sociale », en a constitué l’illustration la plus probante. nul doute que dans un tel contexte les repères idéologiques de droite et de gauche parlent de plus en plus imparfaitement à une partie de l’électorat prompte à se détourner de la politique. Ainsi, de 1995 à 2002, la part de l’électorat qui se déclare ni de droite ni de gauche oscille entre 20 % et 25 % [Grunberg, Schweisguth, 2003].

En proposant de substituer la problématique identitaire à la problématique de classes, le Fn n’a pas été sans attraits pour une partie de la classe ouvrière marginalisée économiquement et s’estimant trahie ou mal défendue par les partis de la gauche traditionnelle et qui ne pouvait pas pour autant se résoudre à voter pour la droite [Mayer, 1999]. Le discours fortement protestataire du leader frontiste contre les « élites » et les « nantis » a ainsi constitué un des rares moyens d’exprimer cette déshérence sociale et politique souvent vécue comme un abandon [Perrineau, 1997]. Ce qui peut expliquer ses scores élevés auprès de cette catégorie d’électeurs. Dans le courant des années quatre-vingt-dix, le vote Front national ne cesse en effet de progresser chez les ouvriers pour atteindre 30 % à la présidentielle de 1995, puis 24 % aux législatives de 1997, faisant à l’époque du parti frontiste le principal « représentant » de l’électorat ouvrier[7]. Il était dès lors logique que le président du Fn flatte cette manne électorale en « gauchisant » quelque peu son discours sans que cela lui demande beaucoup de concessions, étant de toute façon exclu de toute participation à un quelconque gouvernement [8] Dans le même temps, la mise en avant de la thématique du « ni droite ni gauche » lui permettait de ne pas s’aliéner le monde de la boutique – commerçants et artisans –, son électorat traditionnel.

La démocratie évincée

Il s’agit donc pour le Front national de lutter autant contre le clivage de classes que contre le libéralisme économique. Le premier en tant qu’il divise la nation, le second en tant qu’il pervertit ses valeurs spirituelles. Pour autant, ces deux phénomènes ne sont pas déduits l’un de l’autre. Il n’est évidemment pas question pour Jean-Marie Le Pen de combattre le capitalisme dans le but d’en finir avec les inégalités sociales. L’économique et le politique sont ici inextricablement liés à la thématique identitaire. C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter la revendication d’une politique protectionniste et souverainiste débouchant sur la condamnation du traité de Maastricht, de la future constitution européenne, de l’euro, des accords du GAtt ou de l’OMC [9] Avant d’être perçus comme une menace pour les acquis sociaux ou les principes démocratiques, ils sont présentés comme une menace pour l’intégrité de l’identité nationale. Ce nouveau Front national n’est donc pas assimilable à une « droite extrême qui serait une caricature de la droite » comme le résume Pascal Perrineau [1997]. De fait, il se rapproche davantage sur ce point de l’extrême droite en s’inscrivant en dehors du jeu politique et donc de toute perspective démocratique concrète.

Si l’extrême droite s’est réappropriée le vocable démocratique – par exemple, en voyant dans la mondialisation une dimension « totalitaire » –, sa vision différentialiste du monde demeure cependant incompatible avec les fondements de la pluralité. L’universalisme et l’égalitarisme ne concernent ici que des entités supra-individuelles impliquant un déterminisme de la collectivité sur les individus. Si à l’échelle de la planète, il est question de postuler une égalité entre les cultures, d’un point de vue interne à la nation, ne peuvent devenir citoyens – et donc participer à l’articulation des droits et devoirs régissant l’entité nationale – que ceux qui partagent une même communauté d’origine [10] Dans cette optique, la citoyenneté ne peut être accordée qu’en vertu d’une filiation ethnique. Ce qui implique une stricte inégalité au sein de l’espace d’action des démocraties. La pluralité tant mise en avant n’est dès lors plus politique – au sens arendtien du terme, c’est-à-dire en tant qu’elle repose sur la variété des représentations et opinions qui composent une communauté et leur libre expression dans l’espace public – mais substantialiste, impliquant une assignation des individus à leur communauté d’origine.

Désormais, la seule polarité politique envisagée par le Front national ne se fait pas entre la droite et la gauche, mais entre les nationalistes, attachés à la préservation des identités nationales, et ceux qu’il définit comme les « cosmopolites », terme qui englobe les « mondialistes », les « euro-fédérastes » (symbolisant de potentiels violeurs de la pureté identitaire) ou même le lobby « pro-immigration », à qui il imputerait l’objectif commun de vouloir anéantir les particularismes nationaux – voire même civilisationnels – à travers la mise en place d’un brassage ethno-culturel. Ces « idéologies » sont donc situées dans une problématique également identitaire, mais à rebours de celle du Fn puisqu’elles chercheraient à détruire sciemment l’identité des peuples.

Ce qui revient à tenter de faire du parti de Jean-Marie Le Pen l’épicentre du système politique français en ce qu’il dicterait sa problématique idéologique à l’ensemble des autres tendances politiques.

Conclusion

On conviendra que le processus de la mondialisation peut susciter des inquiétudes légitimes de par son modèle unique de développement économique et social faisant fi des particularismes culturels. Mais c’est oublier un peu vite, comme le rappelle B. Barber [1996, p. 122], qu’il est avant tout susceptible d’avoir des incidences sur les principes démocratiques en « abandonnant le bien commun aux mains du secteur privé », en « subordonnant l’intérêt public aux intérêts particuliers » et en s’émancipant de l’espace d’action des démocraties – les états-nations ou les entités supranationales telles que l’Union européenne. Autant de thématiques qui n’intéressent pas Jean-Marie Le Pen. Seule compte à ses yeux la préservation des caractères spirituels de la nation, son homogénéité ethnique. Principes en vertu desquels doit se structurer la vie politique de la nation, impliquant, implicitement ou pas, l’éradication des valeurs démocratiques. De surcroît, le rejet des clivages politiques et sociaux articulés autour de la gauche et de la droite – au travers desquels s’est structuré le pluralisme républicain – illustre cette tentative de marginalisation de la pluralité politique.

Il faut néanmoins convenir que le Front national s’est adapté très intelligemment aux bouleversements de son époque, ce qui lui a permis de rester omniprésent sur la scène politique. Ainsi, son discours identitaire est apparu dans un contexte où la question du rapport à l’Autre a constitué un des enjeux politiques les plus importants depuis la dernière décennie. En témoignent les questions liées à l’immigration – sans-papiers, multiples réformes du Code de la nationalité, double peine, modèles d’intégration –, à l’identité de la France au sein de l’Union européenne, au port du voile islamique à l’école publique, etc., qui depuis vingt ans ne cessent d’émailler le débat politique français et que le Fn amplifie en retour. De plus, son rejet des clivages politiques et sociaux a correspondu avec un contexte politique dans lequel ceux-ci ont tendance à devenir effectivement flous dans les représentations des individus.

Si peu de doutes peuvent être émis sur le fait que le Front national est effectivement un parti d’extrême droite dont l’idéologie s’applique à saper les fondements démocratiques, son adaptation aux problématiques économiques et politiques actuelles contribue sans aucun doute à rendre légitime une partie de son discours auprès d’un électorat précarisé qui, ne se reconnaissant plus dans l’offre politique traditionnelle, est susceptible de se sentir abandonné par les instances tant politiques que publiques. ne se voyant manifestement pas proposer des outils susceptibles de se situer politiquement par rapport aux nouveaux enjeux utilitaristes de la mondialisation, cet électorat peut dès lors être tenté de se tourner vers les identités communautaristes les plus grégaires. Avec le risque qu’elles soient perçues comme l’ultime alternative efficace face à un monde où le règne d’une dérégulation toujours plus grande, en plus d’accentuer la paupérisation, déstructure effectivement les liens sociaux, qu’ils soient culturels ou politiques. C’est donc de leur capacité à mobiliser cet électorat déshérité, principal perdant des nouvelles formes de l’utilitarisme marchand, que dépendront les succès ou les échecs des mouvements progressistes attachés aux valeurs démocratiques, face à la double menace de la globalisation effrénée et de l’irrédentisme identitaire.

 

Bibliographie

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Notes

[1] Bruno Gollnisch la reprend dès décembre 1995 dans un discours adressé aux jeunes militants Fn. Jean-Marie Le Pen avance quant à lui lors de la campagne présidentielle de 2002 qu’il est « socialement de gauche » et « économiquement de droite ».

[2] Ce renouveau n’est en effet pas sans rappeler la doctrine du « ni droite ni gauche » du Parti populaire français de Jacques Doriot qui condamnait en son temps le matérialisme marchand du capitalisme, destructeur de l’« âme des peuples ».

[3] Fort de sa critique de l’utilitarisme marchand, A. de Benoist – qui a repris à son compte la sémantique maussienne du don – a tenté, il y a une dizaine d’années, un rapprochement avec des structures progressistes, réfléchissant aux évolutions des processus économiques contemporains et à l’éventuelle constitution d’une alternative. Or, comme on a pu le voir, si l’« ennemi » est commun, les valeurs motivant sa condamnation et les alternatives avancées restent pour le moins irréductibles. À commencer par la manière d’envisager le principe de l’égalité, qui reste pour le GRECE fondamentalement holiste en évacuant l’égalité entre les individus. Je renvoie ici à l’éclairante analyse critique faite par A. Caillé [1991].

[4] Dans les années soixante-dix/quatre-vingt, certains membres du club de l’Horloge, structure à l’origine complémentaire du GRECE dont l’objectif était de pénétrer les grands partis de droite, rejoignent le Front national. Parmi eux Jean-Yves Le Gallou et Bruno Mégret. Plus proches des thèses droitières du Fn – ce qui entraînera une scission avec le GRECE dans les années quatre-vingt –, les « horlogers » apportent néanmoins avec eux toute la sémantique différentialiste.

[5] Le GRECE prône un néopaganisme tandis que le Fn s’en tient au catholicisme traditionaliste.

[6] J.-M. Le Pen, discours prononcé le 2 février 2003 à Paris lors de la manifestation de soutien à l’association SOS enfants d’Irak (association créée par sa femme Janie et dont le but consistait à apporter une aide humanitaire à l’Irak pendant l’embargo décrété par l’OnU).

[7] Source : sondages post-électoraux SOFRES, cité par P. Perrineau [1997]. Lors de la présidentielle de 2002,24 % des ouvriers ont voté pour J.-M. Le Pen au 1er tour et 25 % au second, le chiffre tombant à 13 % lors du 1er tour des législatives qui ont suivi.

[8] Ainsi, le 1er mai 1997, lors d’une allocution clôturant la traditionnelle célébration frontiste de Jeanne d’Arc, Jean-Marie Le Pen rendait hommage à la lutte pour les acquis sociaux : « Certes, et Dieu merci chez nous au moins, même s’il existe encore des métiers dangereux et pénibles, et qui tels, ne reçoivent pas la rémunération et la considération qui seraient justes, reconnaissons que des progrès ont été réalisés et qui doivent, il faut le dire, plus aux luttes des travailleurs qu’à la mansuétude des possédants. » Et d’ajouter aussitôt un élément de nuance : « Même si, en particulier à droite, des esprits généreux et lucides tentèrent d’arracher ceux-ci à la servitude prolétarienne. »

[9] Il faut indiquer que le GRECE s’est écarté quant à lui, dans le courant des années quatrevingt, de la référence à la nation en prônant un régionalisme intégré dans le cadre de l’Union européenne. Ce qui a poussé Alain de Benoist à soutenir l’adoption de la monnaie unique.

[10] Il est significatif que les syndicats que le Fn a tenté de mettre en place dans le courant des années quatre-vingt-dix se soient revendiqués, pour l’essentiel, de la « défense des travailleurs français », inscrivant ainsi leurs revendications sociales dans le débat identitaire.

Première parution : Sylvain Crépon « Anti-utilitarisme et déterminisme identitaire », Revue du MAUSS, 2006, n° 27, pp. 240-251.

Cet article a été publié le 25 avril 2010 à 9:11 et est classé dans Histoire. Taggé: , , , , . Vous pouvez suivre toutes les réponses à cette entrée à travers le RSS 2.0 flux. Les réponses sont maintenant fermées, mais vous pouvez TrackBack à partir de votre propre site.


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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 12:21

 

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Quelles sont les mesures à imposer et les perspectives à porter pour sauver les retraites ?

 

Par Jacques Nikonoff, porte-parole du mouvement politique d’Éducation populaire (MPEP) et ancien président d’attac.

 

1. Préserver le droit de bien vivre ­pendant sa retraite. Nous vivons plus longtemps, il faut donc consacrer aux retraites une part plus importante de la richesse nationale  : 5 % du PIB en 1970  ; 12 % en 2010 ; 20 % en 2050.

2. Déjouer l’opération de Sarkozy, qui veut une revanche sociale. Le PS et certains syndicats n’étant pas clairs sur les retraites, Sarkozy pense pouvoir diviser la gauche et infliger un échec au mouvement social, afin de se remettre dans la course pour 2012.

3. Interdire aux banquiers, assureurs et financiers de faire main basse sur nos retraites. Ils enragent car ils ne parviennent pas à ­placer les cotisations retraite sur les marchés financiers pour spéculer.

4. Briser la volonté des classes dirigeantes d’organiser l’insécurité des retraités après celle des salariés. Le FMI estime «  qu’un ­système de retraite par répartition peut ­déprimer l’épargne nationale, parce qu’il crée de la sécurité dans le corps social  ». Mais les fonds de pension sont au bord de la faillite  ! ­Repousser l’âge légal de départ à la retraite ne repousse pas l’âge de fin d’activité, puisque les employeurs se débarrassent des «  vieux  » travailleurs. Le but est de les faire partir au même âge, mais avec une pension plus faible. C’est le moyen de les «  obliger  » à épargner  ! 5. Imposer un nouveau partage des richesses. En trente ans, la rétribution du travail dans la richesse nationale a baissé de 10 % (170 milliards d’euros). Parallèlement, les dividendes versés aux actionnaires sont passés de 3,2 % du PIB en 1982, à 8,5 % en 2009. Il faut les faire baisser pour financer, notamment, les retraites  !

6. Supprimer le chômage et la précarité en développant des productions et des ­services permettant de répondre aux besoins sociaux, tout en organisant la conversion écologique de l’économie. Le chômage et la précarité privent de recettes les régimes de protection sociale. Il faut donc les supprimer  ! C’est ­possible grâce au «  droit opposable à l’emploi  » qui permettra la relocalisation de l’économie, la conversion écologique du mode de production et la création d’emplois dans les secteurs non marchands pour répondre aux besoins de la population. Le financement des retraites ne doit pas alimenter l’économie ­marchande ­actuelle sans tenir compte de la crise ­écologique. Il ne faut pas augmenter le gâteau (le PIB), il faut changer de gâteau  ! Passer de productions futiles à des productions utiles, de productions nuisibles à des productions saines. Les 15 millions de retraités ne dépendent pas du travail des actifs  : par leur consommation, ils créent des millions d’emplois  ; ils sont eux-mêmes actifs car ils travaillent et créent de la valeur d’usage non marchande.

7. Désobéir à l’Union européenne et prendre des mesures protectionnistes universalistes pour développer notre système social et le ­promouvoir à l’étranger. L’ancien gouverneur de la Bundesbank, Hans Tietmeyer, explique le rôle de l’Union européenne  : «  La concurrence entre les systèmes de protection sociale sera plus forte, pas seulement vis-à-vis du monde non européen, mais aussi à l’intérieur de l’Europe…  » Il faut désobéir à l’Union ­européenne, et même envisager d’en sortir, prendre des mesures protectionnistes dans un cadre ­universaliste (charte de La ­Havane), ­interdire les ­délocalisations. Alors il sera ­possible d’augmenter les cotisations sociales patronales sans pénaliser l’emploi.

8. Soumettre le PS à la «  question sociale  ». Le PS a participé à la casse des retraites. Il rêve de 2012 et veut adopter une «  posture responsable  » : plier devant les milieux d’affaires sans en donner l’impression à l’électorat. Le succès de la gauche en 2012 dépendra en partie des luttes sur les retraites  : plus elles seront fortes, plus le PS proposera un programme de gauche  !

9. Développer le «  travail libéré  » que font les retraités, prémices d’un socialisme du XXIe siècle. Les retraités travaillent  ! Pour comprendre, distinguons le travail de l’emploi. Le travail est l’activité de production de biens et de services qui permet de répondre aux besoins individuels et collectifs. L’emploi est le cadre, souvent juridique, dans lequel on exerce un travail. Les retraités travaillent mais ils n’ont pas d’emploi  ! Ils travaillent à rendre la vie plus douce aux autres, à leur famille, à leur voisinage, dans les associations. Ils réinvestissent leurs qualifications professionnelles et sociales sous des formes différentes, non marchandes. Ce travail ne s’exerce pas sur le marché du travail, ils n’ont pas de lien de subordination avec un employeur, ils décident de ce qu’ils font, c’est un travail émancipé, un embryon de contrôle des citoyens sur l’économie. Leur pension est un salaire à vie, inaliénable, sans contrepartie. L’enjeu de la bataille des retraites est aussi celui du travail libéré de l’exploitation et des nuisances. L’activité des retraités préfigure un socialisme du XXIe siècle, sans «  marché du travail  », sans salariat, sans employeurs qui exploitent…

 

 

(*) Jacques Nikonoff est l’auteur de la Comédie des fonds de pension. Éditions Arléa.

 

 

http://www.humanite.fr/Retraites-les-enjeux-de-la-bataille

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 11:51

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L’ambassade de Cuba en France

a le plaisir de vous inviter à la présentation du livre

« Un autre capitalisme n’est pas possible »

en présence de l’auteur Rémy Herrera

Economiste, chercheur au CNRS, enseignant à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

et en présence de l’ambassadeur Orlando Requeijo Gual

Lundi 26 avril 2010

à 19h à l’ambassade de Cuba

Le capitalisme est en crise. Il pourrait même s’agir d’une des plus graves crises de l’histoire moderne.

Ce livre nous propose un voyage dans les « entrailles du monstre », car c’est la dynamique même du capitalisme qu’il faut examiner et mettre à nu pour engager la grande transformation dont l’humanité et la planète ont besoin. L’appel à la contre-offensive est lancé dans la théorie comme dans la pratique.

C’est évidemment vers l’Amérique latine que les yeux se tournent. Les efforts de transformations sociales et de régionalisation mises au service des peuples font la démonstration qu’il est possible de passer de la défensive à l’offensive et d’ouvrir à nouveau les débats sur les alternatives anticapitalistes et les processus de transition socialiste.

L’auteur :

Rémy Herrera est l’un des coordinateurs du Forum mondial des Alternatives. Il est associé à l’Union of Radical Political Economists (New York), la Chubu University (Nagoya), la Société latino-américaine d’économie politique (São Paulo), l’Association des économistes de Cuba (La Havane), ainsi qu’au Forum du Tiers Monde (Dakar). Il travaille aussi avec le Centre Europe-Tiers Monde (Genève) auprès du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Ambassade de Cuba – 16, rue de Presles, 75015 Paris - Métro : Dúplex

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 19:09

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Le parti socialiste n’a pas encore fait connaître ses propositions alternatives au projet de Sarkozy de remise en cause du droit à une retraite digne pour tous les salariés. Les communistes engagent un débat national pluraliste et citoyen.

La bataille qui s’annonce sur l’avenir des retraites entre Nicolas Sarkozy et la droite UMP d’un côté et de l’autre la grande majorité des salariés, selon tous les sondages d’opinion, est sans doute celle qui touche le plus profondément à la nature de la société. Solidarité, avec le système par répartition et le maintien des soixante ans comme âge légal pour cesser son activité professionnelle, ou règne du chacun pour soi et de l’appauvrissement de millions de retraités avec l’augmentation des annuités et la part toujours plus grande du recours à l’épargne auprès des organismes privés, tel est la question qui domine le débat. Celui-ci touche aussi à la vie de chaque individu, qui se voit presque culpabilisé pour l’allongement de l’espérance moyenne de vie.

Face au chantier le plus destructeur que la droite ait entrepris de mener, la capacité de la gauche à contribuer à la résistance sociale, à contrer les arguments gouvernementaux et à proposer des sources de financement pour assurer la pérennité du système de retraite est évidemment capitale. Et le temps est compté, car le gouvernement, qui va faire connaître son projet le mois prochain, souhaite conclure sa réforme par un vote parlementaire avant l’été.

Les manifestations du 1er mai seront examinées à la loupe par l’Élysée, comme un thermomètre de la combativité du monde du travail et de l’attachement des Français à un système social construit au fil des luttes syndicales et des accélérations de l’histoire, lors du Front populaire et de la Libération. Le parti socialiste (lire ci-dessous) ne souhaite visiblement pas se précipiter. La réunion de son bureau national, mercredi soir, ne s’est pas conclue par un texte présentant une alternative à l’allongement de cotisation et au recul de l’âge de la retraite. Précaution tactique d’un PS ne voulant pas dégainer avant que ne soit officiellement présenté le projet gouvernemental  ? C’est du moins la raison invoquée par Martine Aubry, qui a donné une conférence de presse à l’issue de la réunion du bureau national. « Nous avons nos réponses, s’est-elle contentée d’affirmer. Mais ce n’est pas nous qui sommes au gouvernement et nous ne voulons pas que le gouvernement en picore une ou deux, celles qui l’arrangent et dont on sait qu’elles ne régleront pas le problème. »

Que Nicolas Sarkozy puisse trouver son miel dans des propositions socialistes, c’est précisément cela qui pose question. L’hypothèse la plus plausible est que le Parti socialiste n’a pas encore tranché entièrement entre l’aile gauche attachée à la retraite à soixante ans sans allongement des annuités et plusieurs responsables tentés d’emboîter le pas au gouvernement, tant sur le report de l’âge légal qu’à l’allongement des cotisations, une situation que « nous ne pourrons pas éviter », affirme le député de l’Essonne Manuel Valls dans une interview accordée au quotidien Nord Éclair. Le député de Paris Jean-Marie Le Guen, et le maire de Lyon, Gérard Collomb, invitent leurs camarades de la rue de Solferino à « bouger ».

Conserver et développer notre système de retraites

L’attentisme dont fait preuve jusqu’à présent la direction socialiste va à l’encontre de la campagne d’explication que toute la gauche devrait mener pour donner aux citoyens des pièces à conviction sur les possibilités de conserver et de développer notre système de retraites. Engager un débat national, mener un travail de dévoilement auprès des citoyens, tel est le choix des communistes. Le 16 avril dernier, leur conseil national a engagé une bataille militante du même niveau que celle qui précéda le référendum sur la constitution européenne. « À partir des éléments clés du dossier des retraites, chacune et chacun doit pouvoir se faire sa propre opinion. Nous avons confiance dans le choix des Françaises et des Français, allons vers un débat projet contre projet, loyal et sérieux, pluraliste et contradictoire (…) sur un sujet qui mérite tout autre chose que des calculs politiciens », expliquait Olivier Dartigolles, membre de la direction du PCF. Dès maintenant, des milliers de réunions publiques sont programmées. Des comités citoyens se constituent avec le soutien du PCF, du Parti de gauche, de militants socialistes et l’engagement des acteurs du mouvement social et syndical. Comme en 2004 et 2005 sur la constitution européenne, l’Humanité apportera sa contribution au rétablissement de la vérité face au matraquage et à la dramatisation que va déployer la communication élyséenne pour justifier la « réforme ».

 

Jean-PauL Piérot

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