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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 22:45

Histoire
Nikolas Vaptzarov


Qu'est-ce que tu peux écrire sur nous, ô histoire?
Un jour sur tes pages rabougries
Nous étions tous des hommes ordinaires, des petits
Venus des usines, des fabriques et des chancelleries.

Nous étions des paysans
Qui sentent l'oignon, la sueur et la terre,
Sous nos grosses moustaches fusaient la colère
Les injures, furieux contre la vie et le temps.

Saurais-tu au moins reconnaоtre le fait
Que nous t'avions nourrie d'évènements
Que tu t'enivrais jusqu'а perdre la tête
Du sang versé par les hommes et les femmes?

Tu ne traceras que quelques contours
Mais le fond, je le sais, sera le grand vide,
Et nul n'aura donc osé dire les rides
Que le drame a creusées dans le coeur de chaque homme.

Les poêtes seront pris par le rythme rapide
De leurs récitals а travers le pays,
Et nul n'écrira la peine des gens simples
Diffuse dans l'espace, comme une larme infinie.

Etait-ce une vie qu'on peut décrire?
Etait-ce une vie qu'on eut remuer?
Car elle puait à en mourir
Et fut amère comme l'herbe de l'été

On nous mettait au monde... dans les champs
Sur les talus ou pousse l'épine;
C'est lа que nos mères en se tordant
Mordaient leurs livres de cuisine.

L'automne nous tuait comme des mouches
Le Jour des Morts, les femmes hurlaient,
Leurs pleurs coulaient en neuves farouches
Et seule l'herbe folle les entendait.

Ceux d'entre nous qui survécurent,
C'est la besogne qui les brisait.
On travaillait, on peinait dur,
Pire qu'une machine, qu'une bête de trait.

Nos pères glosaient а la maison:
"Ben, c'est comme ça depuis toujours."
Haussant épaules nous crachions
Sur leurs conseils stupides et lourds.

Nous quittions vexés la table
Et l'on rodait le long des rues
Comme si l'espoir et l'inconnu
Tombaient sur nous des hauts érables.

Dans les cafés grouillants de monde
On se tassait autour des verres,
On revenait la nuit profonde
Les nerfs tendus par les nouvelles.

O espoir qui nous berçait
Sous le ciel de plomb pesant
Le vent de feu brûlait le sang:
"Je n'en peux plus! J'en ai assez!"

Dans des volumes poussiéreux
Parmi les lettres, sur les pages,
On entendra le cri sauvage
De nos douleurs, des jours hideux.

La vie de son poing immense
Nous assenait des coups d'airain,
Droit aux bouches gercées de faim
Forgeant une langue rugueuse et dense.

Et les poêmes que l'on compose
Dans l'insomnie des nuits d'hiver
N'ont point l'odeur légère des roses,
Ils sont haletants, rigides, austères.

Nos peines refusent les récompenses
On hait les phrases et les clichés
Ainsi tes pages moins intenses
Péseront moins, seront plus gaies.

Raconte aux hommes nos espérances
A la relève qui nous remplace
Dis simplement, avec audace,
Qu'on a lutté pleins de vaillance.

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 14:41
Si être poète est une conduite morale, il doit écrire comme il pense, vivre comme il écrit, il doit s’engager avec son peuple, avec ses luttes, avec la Révolution ». (O.R.Castillo)

Pourquoi un hommage à Otto-René Castillo ?

Il y a des années de cela, Armand Gatti se tourne vers les mots d’Otto René Castillo, Il écrit Retour à la douleur de tous, une pièce-dialogue autour des mots du poète. Il essaye alors de dire le génocide en cours au Guatemala, Aujourd’hui, les accords de paix ont été signés dans ce pays mettant fin à la guerre de 30 ans. La situation n’est plus la même, les questions ne se posent plus de la même façon, Comment Armand Gatti retrouve-t-il, au sein de l’aventure qu’il est en train de mener cette année, la présence d’Otto-René Castillo ? Quelle conscience le poète guatémaltèque peut-il nous apporter quant à la question de l’indianité que nous sommes venus poser ? Et comment nous situer à l’intérieur des mots qui furent les siens ? Pour nous, il sera le relais - le témoin - que nous voulons devenir, à notre tour. La possibilité d’une parole qui se transmet pour continuer à questionner le monde qui nous entoure, Comment a-t-il lui-même interrogé le monde indien, non seulement à travers ses poèmes, mais également à travers ses engagements politique ? C’est avec les mots du guérillero qu’Otto René entre dans ce que sera pour nous le Premier voyage en la langue maya ; ces mots, répondu à César Montés lorsqu’un jour ce dernier lui demanda :
« Et vous croyez que vous allez mettre nos combattants, rompus à l’art du combat, endurcis par les affrontements et les difficultés, à faire du théâtre en laissant pour après l’usage des armes ? »
Le poète répondit sans hésiter :
« Je crois pouvoir faire avec le théâtre de la guérilla, ce qui ne pourra jamais s’obtenir avec des balles. »
Sous la force de l’argument, César ne trouva aucune réponse. Otto continua : « Les balles de tes combattants font tomber l’adversaire, sans possibilité de dialogue. Mais le théâtre dont je rêve, peut provoquer des changements en profondeur dans la mentalité du peuple, dans sa formation citoyenne, et sa participation à la vie de la cité. Et j’ai la certitude que ceci ne s’obtiendra jamais avec un fusil ! Je te propose d’user la force de nos combattants au profit du verbe. Rassembler la population, et lui présenter des œuvres théâtrales « conscientisantes ». Le théâtre pour approfondir et simplifier l’intégration populaire, au projet politique. Un projet politique ainsi intégré ne pourra que servir les intérêts propres du peuple. Précisément le type de théâtre que la société bourgeoise ne nous permettra jamais de représenter. Pour nos guérilleros, le danger sera le même. Le verbe au coût de nos vies. Le verbe, arme aussi dangereuse pour les classes dominantes, que nos vieux fusils ».
Les mots d’Otto-René Castillo ici présents, lorsque de chaque guérilla, il a voulu faire un théâtre, un lieu de paroles. Ce que l’on fait, se voudrait la réponse à cette tentative.

Dix dates pour dire Otto-Rene Castillo

1936 : Naissance de Otto-René Castillo à Quetzaltenengo Guatemala.
1954 : Otto-René est président des étudiants de postprimaires, Il est également activiste du Parti guatemaltèque du travail. Il fait alors divers métiers à El Salvador : peintre en maçonnerie, veilleur de nuit, vendeur de livres.
À 18 ans, il s’exile au Salvador avec d’autres révolutionnaires guatémaltèques. Il entre à l’Université nationale du Salvador, Il commence à écrire des poèmes révolutionnaires qui déjà attirent l’attention de cercles culturels à El Salvador.
1955 : Un exil dans un pays voisin lui est très fécond puisqu’il lui permet de consolider ses connaissances et convictions politiques par d’étroits contacts avec le P. C. Salvadorien.
Il reçoit le prix Centro Américain de Poésie, Son écriture commence à se nourrir de la douleur de son pays, elle se fait appel combatif et hommage aux Indiens (ce qui à l’époque est le souci d’une minorité).
Le cercle littéraire universitaire auquel il participe au sein des universités contribue à faire connaître beaucoup de poètes révolutionnaires ayant influencé la génération dite « engagée ». Il s’agit de Nazim Hikmet, Miguel Hernandez, César Vallejo, Pablo Neruda. 1957 : Retour au Guatemala, Otto-René y poursuit des études de Droit et de Sciences Sociales à l’Université de San Carlos, Intense activité politique et culturelle, fondation de la revue Lanzas y letras qui, avec celle de Jose Maria Lopez Valdizon : Presencia, est le porte-parole d’une jeunesse peu satisfaite du gouvernement d’Ydigoras Fuentes. Prix International de Poésie accordé, à Budapest, par la Fédération mondiale des jeunesses démocratiques.
1958 : Otto-René est déclaré meilleur étudiant et obtient une bourse pour étudier les lettres à l’Université de Leipzig (ex. R. D. A.).
1962 : Séduit par la personnalité de Joris Ivens, Otto-René abandonne l’Université et entre dans la brigade du cinéaste Hollandais qui s’est fixé pour objectif de filmer les luttes de libération des peuples latino-américains opprimés et exploités. Peut-être faut-il voir dans ce premier pas d’Otto-René vers la lutte armée l’impact que dût produire sur lui la tentative de coup d’État du 13 novembre 1960 ; ce soulèvement d’officiers et sous-officiers nationalistes contre Ydigoras, par trop lié aux contre-révolutionnaires cubains, avait débouché sur la première guérilla au Guatemala. Par ailleurs, la R. D. A., Berlin, Leipzig, lui inspirent des poèmes regroupés dans Le Véritable Miracle Allemand, recueil où il exalte la renaissance de cette terre, le volontarisme de son peuple face à l’adversité, la capacité de lutte et d’espoir de ces hommes et ces femmes.
1964 : Retour au pays. Retour à la douleur de tous. Otto-René codirige un journal étudiant, fonde le Théâtre expérimental de la municipalité et participe à l’activité clandestine, liée à la lutte armée. Tout cela mis ensemble finit par attirer I’attention du régime sur lui. 1965 : Nouvel et dernier exil, Otto-René Castillo est déporté. Il parcourt l’Algérie, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, Chypre et, Cuba. Un an après, retour au Guatemala pour s’incorporer à la guérilla des F. A. R. dirigée par César Montés.
1966 : Retour clandestin au Guatemala, Contre la volonté de César Montés, Otto-René rejoint les rangs de la guérilla dans la Sierra de Las Minas.
1967 : En mars, blessé au combat, Otto-René Castillo est capturé et conduit à la base militaire de Zacapa où il est torturé, mutilé et brûlé vivant, sans dénoncer ses compagnons, Il a 31 ans, Son œuvre littéraire a commencé à se faire dans l’adversité, ou en exil. Elle s’est poursuivie comme combat contre les restaurateurs du passé obscur. Otto-René Castillo incarne, en littérature et en politique, un mouvement en rupture avec les traditions de l’époque. Il va introduire dans la poésie ainsi que dans la vision politico-culturelle, une nouvelle manière de traiter le problème de l’Indien exploité. Pour Otto-René, il fallait re-examiner totalement les concepts de nationalité à partir des racines culturelles ancestrales, et en invoquant la potentialité révolutionnaire de la population indienne.
Autre dimension qui travers I’œuvre et la vie d’Otto-René l’engagement politique. Il ne suffit pas d’avoir une conscience politique, il faut que cette conscience se traduise par un engagement concret. Il fait sienne la phrase de Miguel Angel Asturias, « le poète est une conduite morale ».
Un autre aspect important dans I’œuvre et la vie d’Otto-René est sa compréhension de l’amour, Il ne s’agit pas ici d’une simple exaltation de la relation homme-femme, mais de la réaffirmation constante du sentiment de la vie confronté à l’injustice, la misère, la mort.
Nombreux sont les poèmes où il s’adresse à Karen, sa femme, rencontrée en Allemagne. Avec elle, il aura deux enfants, Le moment de la rupture l’a profondément marqué,

« RETOUR À LA DOULEUR DE TOUS »

Je suis revenu
après cinq ans.
Et la rue était seule pour moi.
Ce vieux vent
que je connais depuis mon enfance
caracola un peu dans mes cheveux
et il resta là dressé et joyeux,
Peut-être pour fêter mon retour.
Quant aux amis
on ne pouvait en voir aucun.
Presque tous sont pareils,
me dit-on vaguement,
mais leur peau
est maintenant plus pesante.
Presque tous également
travaillent dans l’ombre,
donnant par leur vieillesse
un dur et amer témoignage
de leur lutte.
Quelques uns, cependant,
se sont lassés et ils ont tourné
le dos au peuple et à leur orgueil.
Pour pouvoir manger et dormir mieux
ils se sont dépouillés d’eux-mêmes,
misérablement ils sont devenus
le vers qu’ils détestaient
et maintenant ils rampent,
sous terre, parmi les charognes
dont ils se gavent
côte à côte avec les fauves.
Malgré tout,
ils sont peu nombreux les traîtres,
ceux qui, un jour,
trembleront
face à la furie
multiple
du peuple
et ils demanderont pardon
et ils seront durement,
immanquablement
et justement
châtiés
parce qu’eux
ils ont toujours su
ce qu’ils faisaient.
Je suis revenu
après cinq ans
et personne
n’a pu venir m’accueillir.
Même pas ceux
pour qui j’ai vécu
luttant et criant :
« Vous êtes grands
puissants et, unis, vous pouvez
rendre cette vie plus insupportable.
Soulevez-vous ! »
Eux, non plus, ne se souviennent plus
de moi.
Mes compatriotes
souffrent et souffrent encore,
quotidiennement.
Peut-être aujourd’hui
un peu plus que jamais.
Je suis revenu, dis-je.
Et je suis ici
pour continuer le combat.
Et même si,
parfois,
d’autres lunes
plus lointaines et plus belles
me brûlent la peau, je resterai avec vous tous,
pour souffrir avec vous tous,
pour lutter avec vous tous,
pour vieillir avec vous tous.
À son retour,
diront, plus tard, les hommes,
il n’y eut rien ni personne
si ce n’est la rue seule
et ce vieux vent
qu’il connût dès son enfance,
il y a déjà tant d’étoiles,
tant et tant de pluies.« VISAGE COMMUN »
Aujourd’hui je palpe joyeusement un visage
formé de visages minuscules :
je palpe le grand visage commun.
Je vois visage et visage qui cheminent,
- comme deux tempêtes ennemies
allant à la rencontre de la foudre -
vers l’aigu visage père
formés d’hommes silencieux

qui ont pour demeure la faim, pieds nus
de baisers, de souvenirs et de désirs.
Le grand visage commun chemine
tel un homme gigantesque
fait de peuple et de printemps,
d’acier et de sang,
d’aurore et de larmes martyrisées en vain...
Tu ne sais pas,
ma délicate ballerine,
l’amère saveur à deuil
qu’a la terre
où fume mon cœur.
Si quelqu’un frappe à la porte,
tu ne sais jamais si c’est la vie
ou la mort
celle qui demande
une aumône.
Si tu sors dans la rue,
il se peut que jamais plus
les pas retournent
franchir le seuil
de la maison où tu vis.
Si tu écris un poème,
il se peut que demain
il te serve d’épitaphe.
Si la journée est belle
et que tu ries,
il se peut que la nuit
te retrouve dans une cellule.
Si tu embrasses la lune
qui caresse ton épaule,
il se peut qu’un couteau
de sel naisse à l’aube
dans tes pupilles.
Amère saveur à deuil
a la terre où je vis,
ma douce ballerine.
Tu sais,
je crois que je suis retourné
dans mon pays
seulement pour mourir.
Et en vérité
je ne le comprends pas encore.

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 14:35

Poème élégiaque

Malheureux exilés, épave abandonnée
de ce peuple martyr qui fut toujours vaillant,
fils d'une mère esclave, sans cesse angoissée,
victimes d'un exploit sublime et émouvant :
en pays étranger, bannis de leurs foyers,
pâles et décharnés, dans un sombre taudis,
ils boivent et leurs cœurs gémissants sont blessés,
et chantent mais leurs chants sont de pleurs assouvis.

Ils boivent ... Dans le vin, ils trouveront l'oubli
des détresses passées et des chagrins présents,
leur souvenir sera par le vin assoupi
et pourra s'endormir leur esprit turbulent :
dans la tête alourdie s'effaceront alors
de leur mère éplorée les traits endoloris
et ils n'entendront plus, ivres dans leurs transports
l'appel désespéré qu'elle adresse à ses fils.

Comme un troupeau traqué par un fauve affamé,
un peu partout déjà les voilà dispersés:
le tyran sévissant les menace à jamais,
féroce et sans pitié - de son glaive dressé,
ayant abandonné leur patrie dans le sang,
ayant abandonné leurs maisons dans le feu,
si loin à l'étranger - les voici tous errants
et seule la taverne est ouverte pour eux.

Ils chantent ... Et leur chant gémit farouchement
car leurs cœurs sont blessés, rongés par les malheurs
la haine les étouffe en son épanchement
et leur visage blême est tout baigné de pleurs ...
Car leurs cœurs opprimés, de fiel sont saturés,
la raison est déjà par le feu consumée,
la foudre vient briller dans leurs yeux injectés
et l'âme est assoifée de vengeance effrénée.

Or, leurs voix sont mêlées à l'hiver, à l'orage
qui gronde dans la nuit, hurlant terriblement
Le chant de la révolte - au loin il le propage,
déchaîné dans le monde avec la voix des vents,
Et, sinistre, s'éteint toujours le firmament
et cette nuit glacée est toujours menaçante,
et toujours plus ardent, vole partout le chant,
et la tempête y mêle une voix plus puissante ...

Ils boivent en chantant... Épave abandonnée
de ce peuple martyr qui fut toujours vaillant,
fils d'une mère esclave, sans cesse angoissée,
victimes d'un exploit sublime et émouvant :
bannis de leurs foyers, dénudés et nu-pieds,
en pays étranger, dans un sombre taudis,
ils boivent, dans l'ivresse ils vont tout oublier
et chantent mais leurs chants sont de pleurs assouvis.

Peïo Yavorov

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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 21:34
ARAGON Louis : 

UN JOUR UN JOUR

Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu
Emplissant tout à coup l'univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l'avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l'enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d'idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

LOUIS ARAGON

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 20:40
Si demain n'existait pas
Nous le créerions avec notre sang
Nos lèvres nos yeux nos mains.
Pour ce faire, il convient préalablement de trouver
une autre fenêtre
qui donne sur l'éternité
pour rassembler peut-être enfin
les mottes de terre dont nous sommes faits.

Paul Dakeyo
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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 20:35
La victoire de Guernica



I

Beau monde des masures
De la nuit et des champs


II

Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups


III

Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple


IV

La mort coeur renversé


V

Ils vous ont fait payer la pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie


VI

Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses


VII

Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde


VIII

Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs


IX

Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent


X

Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang


XI

La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile


XII

Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché


XIII

Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir


XIV

Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.

- 1938 -
Paul Eluard

Ce poème provient du recueil intitulé " Cours naturel "
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