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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 18:56

72.jpgEn 2013, les anciens résistants et Déportés survivants appellent les français de toutes tendances à résister encore.

resister.aujourdhui@gmail.com

www.resisteraujourdhui.blogspot.com
(en cours de reconstruction)

 


Le 16 juin 1940, Paul Reynaud démissionne, Pétain le remplace


Le 17 juin 1940 à 12H30, le maréchal Pétain, 84 ans, déclare d’une voix chevrotante :

Français !


A L’APPEL de Monsieur le Président de la République, j’assume à partir d’aujourd’hui la direction du Gouvernement de la France. Sûr de l’affection de notre admirable armée qui lutte, avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes. Sûr que, par sa magnifique résistance, elle a rempli nos devoirs vis-à-vis de nos alliés. Sûr de l’appui des Anciens Combattants que j’ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C’est le coeur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut tenter de cesser le combat.
Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’Honneur les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Que tous les Français se groupent autour du Gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’écouter que leur foi dans le destin de la Patrie.

 


Le jour même du discours de Pétain, quelques Français se disent "révulsés" comme Germaine Tillion, cofondatrice quelques semaines plus tard du premier réseau de résistance.

Le soir même, Daniel Cordier, jeune maurrassien et futur secrétaire de Jean Moulin, rédige à Pau un tract "contre le traître Pétain".

Le démocrate-chrétien Edmond Michelet et le communiste Charles Tillon font de même à Brive et à Bordeaux.
Le lendemain le Général De Gaulle lance son appel de Londres.


L’appel de Charles Tillon du 17 juin 1940 à Bordeaux-Gradignan


"Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche,
l’Albanie et la Tchécoslovaquie... Et maintenant, ils livrent la France.
Ils ont tout trahi.
Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler , livrer le pays entier au fascisme.
Mais le peuple français ne veut pas de la misère, de l’esclavage, du fascisme.
Pas plus qu’il n’a voulu de la guerre des capitalistes.
Il est le nombre : uni, il sera la force.
Pour l’arrestation immédiate des traîtres
Pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s’entendant avec l’URSS pour une paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes.
Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes,
UNISSEZ VOUS DANS L’ACTION !"


Charles Tillon
fondateur et commandant en chef des Francs Tireurs et Partisans Français (FTPF), soldats sans uniforme.


L’appel d’Edmond Michelet du 17 juin 1940 à Brive


Le 17, aidé d’un marchand de machines à écrire de Brive, Frédéric Malaure, Edmond Michelet polycopie un texte de Charles Péguy, extrait de L’Argent, qui comprend notamment ce passage :

« Celui qui ne se rend pas a raison contre celui qui se rend. En temps de guerre, celui qui ne se rend pas est mon homme quel qu’il soit, d’où qu’il vienne et quel que soit son parti. Celui qui rend une place ne sera jamais qu’un salaud, quand même il serait marguillier de sa paroisse… »

Puis, quand les deux hommes ont suffisamment d’exemplaires, ils contactent des amis sûrs, un professeur de lycée et quelques ouvriers, et, la nuit tombée, vont discrètement les distribuer leurs feuilles dans les boîtes aux lettres de Brive


L’appel de Daniel Cordier ( 19 ans) le 17 juin 1940 à Pau


« Les jeunes font appel à ceux de leurs camarades qui aiment la France, qui savent encore ce qu’elle représente et qui veulent sauver son âme. Ils leur demandent de se retrouver dans ce but. Groupons-nous. La France ne doit pas mourir. »

Germaine Tillion résiste dès le 17 juin 1940


révulsée par le discours de Pétain annonçant l’armistice, elle cherche dès le 17 juin à résister et participe à la fondation du Réseau du musée de l’homme, le tout premier des réseaux de la résistance. Dénoncée et arrêtée en 1942, elle est déportée l’année suivante à Ravensbrück où elle résiste en restant ethnographe et décrivant l’univers concentrationnaire


L’appel du Général De Gaulle le 18 juin 1940 à Londres


 "Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.
 Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l’ennemi.
 Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des Etats-Unis.
Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres."

 


Des français de toutes sensibilités ont su, dès 1940, résister et appeler à résister.

Jean Moulin créa le 27 mai 1943 le Conseil National de la Résistance réunifiant tous les acteurs de la résistance, mouvements de Résistance, syndicats et partis politiques
Heureusement, l’unité, péniblement acquise, va survivre à l’arrestation de Jean Moulin et l’outil qu’il a créé, malgré les coups de l’ennemi, va se perfectionner jusqu’à la veille de la Libération en adoptant le 15 mars 1944 le programme du Conseil National de la Résistance.

En 1994, des personnalités de tous horizons politiques ou confessionnels, de Lucie Aubrac à Jacques Chaban-Delmas, ont décidé de parrainer « Résister Aujourd’hui  » pour une mémoire vivante et partagée de la Résistance et de la Déportation.

En voyant en 2013, le démantèlement des acquis sociaux et culturels du programme du CNR pour lesquels nos aînés se sont battus parfois jusqu’au sacrifice suprême dans les maquis ou dans les camps de la mort les anciens résistants et Déportés survivants nous appellent les français de toutes tendances à résister encore.

En nous appuyant sur notre Comité de Parrainage, nous devons par tous les moyens exiger le respect de cette mémoire en résistant aujourd’hui à la banalisation des idées d’extrême droite, en défendant l’esprit et les valeurs du programme du Conseil National de la Résistance et en exigeant avec force et détermination l’application des lois de la République, la dissolution immédiate du groupe responsable du lynchage mortel de Clément Méric et des enquêtes approfondies sur tous les groupes extrémistes violents, en particulier ceux de la mouvance identitaire ainsi que leur interdiction si nécessaire.

 


« Résister Aujourd’hui » Aix en Provence le 18 juin 2013

 

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 18:42

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Ridha Ben Kacem a lu pour vous sur le NET

http://www.tunisiefocus.com/politique/il-ya-85-ans-naissait-ernesto-rafael-guevara-le-che-51356/


Ernesto Rafael Guevara de la Serna est né le jeudi 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine. Il est le premier fils de l’architecte Ernesto Guevara Linch, de descendance espagnole et irlandaise de par sa mère, et de Celia de la Serna et de la Llosa, descendante d’une famille fortunée. Ernesto ou « Teté »,comme le surnommeront ses parents, a quatre frères et sœurs : Roberto, Celia, Ana María et Juan Martín. Le couple Guevara-de la Serna, s’est marié en 1927 puis s’en est allé vivre à Puerto Caraguatay, dans la province de Misiones, où ils ont une exploitation d’herbe à mate. Celia étant enceinte, ils décident de se rendre à Buenos Aires en bateau sur le río Paraná, pour que le bébé naisse en toute sécurité. Mais le 14 Juin 1928, le bateau doit faire une halte dans le port de Rosario, province de Santa Fe. L’accouchement de Celia se déroule plus tôt que prévu, et le bébé vient au monde dans la maternité de l’Hôpital Centenario. Ses parents le prénomment Ernesto Rafael.

A la fin de l’année 1929, la famille s’installe dans la rue Alem, au quartier de San Isidro, à Buenos Aires. C’est là que naîtra le 31 décembre la sœur d’Ernestito, Celia. Le 2 Mai 1930, Ernesto qui n’a pas encore deux ans tombe malade. Il souffre de sa première crise d’asthme. En 1931, la famille déménage dans un faubourg élégant de la capitale, rue Bustamente y Peña, où naîtra Roberto, le 18 Mai 1932. En raison des problèmes de santé de Ernesto, la famille va changer plusieurs fois de résidence, jusqu’à ce qu’un médecin leur conseille de se rendre à Alta Gracia, dans la province de Córdoba. Le climat plus sec de cette région est favorable à Ernesto, et ils décident donc de louer une maison à Villa Carlos Pellegrini. La maison de deux étages s’appelle « Villa Chiquita »,et c’est là que va naître Ana María.

Les problèmes de santé d’Ernesto conduisent sa mère Celia à se charger de son éducation primaire. Puis il suivra normalement les cours à l’école San Martín, puis au collège Manuel Solares. En Mars 1942 il commence ses études secondaires au Collège National Déan Funes, à Córdoba, à environ 45 kilomètres de Alta Gracia. La famille Guevara-de la Serna va vivre à Alta Gracia jusqu’au début de 1943, année durant laquelle Ernesto fait connaissance des frères Granado et Ferrer, avec lesquels il se liera d’amitié pour très longtemps. Au cours de l’été, ils déménagent une fois encore pour habiter une maison dans la rue Chile à Córdoba. C’est au mois de mai 1943 que naît Juan Martín.

En 1946, la famille déménage à Buenos Aires pour aller vivre dans un appartement appartenant à la grand-mère paternelle. Quand la grand-mère, Ana Isabel, tombe gravement malade, Ernesto la veille durant 17 jours, et à sa mort, il annonce qu’il étudiera la médecine au lieu des études d’ingénieur qu’il avait envisagé.

Ernesto est jugé inapte pour le service militaire en raison de sa maladie. En 1947 il commence ses études de médecine et montre peu d’intérêt envers la politique et les mouvements de protestations des étudiants, même si ses parents, et plus particulièrement sa mère, sont des militants anti-péronistes. Mais à la fin de l’année il fait connaissance de Berta Gilda Infante, connue sous le nom de Tita. Elle est membre de la Jeunesse Communiste Argentine. Ils deviennent vites bons amis et Ernesto lit avec elle les textes marxistes et ils discutent de la réalité politique de l’époque.

C’est en Octobre 1950, qu’il décide de faire son premier voyage en Amérique Latine, en passant par le Chili, le Pérou et la Colombie. Il est le spectateur attentif des problèmes sociaux des pauvres de ces pays, et cite dans ses notes la phrase de José Marti : « Je veux unir mon destin à celui des pauvres du monde ». Le 29 Décembre 1951, il part avec son ami Alberto Granados à travers le continent sud-américain. Mais la moto sur laquelle ils font le voyage, une Norton 500 c.c., les lâche et ils doivent travaille comme assistants médecin et en effectuant des petits boulots, pour continuer leur périple.

Ernesto revient à Buenos Aires en Août 1952, pour poursuivre ses études de médecine. Il reçoit le titre de Docteur en Médecine et Chirurgie le 11 Avril 1953 à l’Université de Buenos Aires. Le 7 Juillet 1953 il part une nouvelle fois, en voyage à travers l’Amérique du Sud et Centrale. Il est accompagné par Carlos Ferrer « Calica ». Il observe en Bolivie les changements sociaux apportés par le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire arrivé au pouvoir. Puis ils visitent le Pérou, l’Equateur, le Panama et le Costa Rica, où ils font la connaissance des cubains Calixto García et Severino Rosell, qui avaient participé à l’assaut du Cuartel Moncada. Ils poursuivent le voyage et visitent le Nicaragua, le Honduras et le Salvador, pour finalement arriver au Guatemala, en 1953.

Au Guatemala, le Che poursuit son éducation politique, à travers l’amitié qu’il lie avec l’économiste et exilée péruvienne d’origine indienne, Hilda Gadea Ontalia, ancien membre du Parti Apriste ( APRA, Alianza Popular Revolucionaria Americana ).Il se lie d’amitié également, avec un groupe de révolutionnaires cubains, qui le 26 Juillet 1953 prirent part à l’assaut du Cuartel Moncada. Parmi eux se trouve Nico López, qui baptisera Ernesto du surnom de « Che ».

Il se tient au courant auprès d’eux, des actions entreprises et prend la ferme décision de poursuivre la lutte, dès la libération de Fidel Castro et d’autres camarades. Ernesto Che Guevara se met en contact avec le Parti Guatémaltèque du Travail et officie comme médecin dans les syndicats. Il participe activement à la politique interne du pays pour la défense du gouvernement démocratique et révolutionnaire de Jacobo Arbenz. Mais après l’invasion organisée par la CIA, Arbenz tombe en Septembre 1954.

En tant qu’argentin et en raison de sa position en faveur du gouvernement de Arbenz, Ernesto Che Guevara ne peut rester plus longtemps au Guatemala, et après avoir demandé asile auprès de l’Ambassade d’Argentine, le Che décide de se rendre à Mexico, où il travaillera comme photographe à l’Hôpital Général. Un mois plus tard, il est rejoint par Hilda Gadea et Nico López.

Un jour, de visite chez María Antonia Gonzales, au Numéro 49 de la rue José Amparán, Ernesto fait la connaissance de Raûl et Fidel Castro. María Antonia est une cubaine résidant à Mexico, qui collabore efficacement, avec les révolutionnaires exilés. Au cours de cette réunion, le Che reste à converser durant une dizaine d’heures, avec Fidel, durant lesquelles ils échangent tout type d’opinions. Le leader de la révolution cubaine lui explique les raisons de sa lutte contre le dictateur Batista. A la fin de cette conversation le Che intègre le groupe.

Il se marie le 8 Août 1955 avec Hilda à Tepotzotlán, près de Mexico. Hilda est enceinte et le futur parrain est Raûl Castro. Le 15 Février 1956, naît Hilda Guevara Gadea. Ernesto reste 57 jour dans la prison Miguel Schultz, après avoir été arrêté par la police mexicaine dans la hacienda « Santa Rosa »,Popocatépetl, à 35 kilomètres de la capitale, qui était le camp d’entraînement des révolutionnaires cubains, qui préparaient une attaque contre Cuba, et qui étaient dirigés par le Général Alberto Bayo, un ancien colonel de l’Armée Républicaine pendant la Guerre Civile, en Espagne.

Le Che a toujours caché ses activités révolutionnaires à ses parents, et il leur envoie une lettre les informant de sa situation et leur annonçant sa séparation avec Hilda. Le Dimanche 25 Novembre 1956, de l’embouchure du río Tuxpán au Mexique, Ernesto Che Guevara s’en va avec le « Granma »,avec 81 autres hommes à bord d’un yacht d’une capacité de 25 personnes seulement, que Fidel Castro avait acheté à une entreprise nord américaine.

Une semaine plus tard, le Dimanche 2 Décembre, ils débarquent à Los Cayelos, à l’est de Cuba, et commencent la guérilla révolutionnaire dans les montagnes de la Sierra Maestra. Dès le début, le Che se distingue en tant que combattant de la lutte révolutionnaire à Cuba contre la tyrannie du dictateur Fulgencio Batista. Le 1er Mars 1958, est diffusée pour la première fois « Radio Rebelde »,une radio créée par le Che.

A la fin du mois d’avril 1958, Ernesto est envoyé depuis Jibaro, dans la Sierra Maestra, à la tête du commando de la 8ème Colonne, vers la région centrale du pays. Ils arrivent jusqu’à la Sierra del Escambray, province de Las Villas, où ils vont monter un camp de base. Le Che participe avec beaucoup d’ardeur aux combats et plus particulièrement, à la Bataille de Santa Clara, le 1er décembre 1958, laquelle s’avère très importante, dans leur objectif principal : faire tomber la dictature et faire triompher la Révolution Cubaine. Le 1er Janvier 1959, Cuba est libéré, et Batista part en exil.

Le 2 janvier, Camilo Cienfuegos Gorriarán entre dans La Havane, paralysée par une grève générale. Le lendemain le Che y fait son entrée, et le Dimanche 8 Janvier, Fidel Castro entre victorieusement dans la capitale. Les parents du Che arrivent le Lundi à Cuba, 6 ans après la dernière rencontre avec leur fils. Le 21 Janvier, Hilda Gadea et Hildita viennent vivre à La Havane.

Eu égard aux services rendus à Cuba, Ernesto Che Guevara est déclaré citoyen cubain, par le Conseil des Ministres, le Lundi 9 Février 1959. Au mois de Mars 1958, Ernesto avait fait la connaissance à Escambray d’une jeune cubaine de 22 ans, Aleida March Torres, et le 2 Juin 1959 le mariage est célébré, après que le divorce fut prononcé entre le Che et Hilda Gadea, le 22 Mai 1959.

Du 12 juin au 5 septembre, Ernesto Che Guevara est en mission pour le gouvernement cubain en Egypte, Soudan, Inde, Birmanie, Indonésie, Ceylan, Japon, Maroc, Yougoslavie et en Espagne. Durant plusieurs années il remplit des fonctions officielles au sein du gouvernement cubain. Parmi ces différentes charges gouvernementales, militaires et économiques, il est nommé Chef des Forces Armées Révolutionnaires, Chef de l’Industrie et de la Réforme Agraire, et le 26 Novembre 1959, il occupe le poste de Président de la Banque Nationale de Cuba.

Le 4 mars 1960, dans un attentat organisé par la CIA, le bateau belge « La Couvre », qui apportait des armes à Cuba, explose dans le port de La Havane. Le lendemain, Alberto Korda prend la célèbre photo du Che en hommage aux victimes de l’attentat, et au cours de la cérémonie Fidel Castro prononce cette phrase qui restera dans l’histoire : « Patria o muerte. ¡Venceremos! », « La Patrie ou la mort. Nous vaincrons ! ».

Le Che préside de nombreuses missions officielles au nom du Gouvernement Révolutionnaire. Du 22 Octobre au 9 Décembre, il est à la tête de la mission économique de Cuba qui est de visite en URSS, Tchécoslovaquie, RDA et République Populaire de Chine. Le 19 Octobre 1960, Les Etats-Unis décrètent l’embargo commercial de Cuba. Le 17 Novembre, pendant son séjour en Chine, vient au monde Aleida Guevara March, ou « Aliusha »,à La Havane. C’est là également, que naîtront ses autres frères.

Le 3 Janvier 1961 les Etats-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec Cuba. Le 23 Février 1961, le Che est nommé Ministre de l’Industrie et Membre du Conseil Central du Plan. Le 20 Mai 1962 naît son fils, Camilo, nom qu’il lui donne en hommage à son camarade Camilo Cienfuegos, qui mourut tragiquement, dans un accident aérien. Du 17 au 20 Avril 1961, Ernesto Che Guevara occupe le commandement militaire de Pinar del Río pendant l’attaque de mercenaires sur la Plage Girón, dans la Baie des Cochons ( Bahía de los Cochinos ),au cours de laquelle 1500 contrerévolutionnaires cubains tentent d’envahir l’île, dans une opération organisée et financée par la CIA. Les révolutionnaires mettront en déroute les mercenaires, en moins de 72 heures.

Le 4 août, le Che est à la tête de la délégation cubaine lors de la Conférence des Amériques de Punta del Este, en Uruguay. La délégation est reçue à l’Aéroport National de Carrasco par des milliers de personnes chantant des slogans anti-yankees et aux cris de « vive la Révolution Cubaine ».En octobre 1962 et jusqu’en novembre de la même année, Ernesto occupe le commandement militaire des troupes de Pinar del Río, pendant la Crise d’octobre.

Lors de sa présence à Cuba, le Che œuvre dans de nombreuses tâches : il est l’initiateur du Travail Volontaire dans tout le pays, de l’organisation des Forces Armées Révolutionnaires (FAR) ; il est le fondateur de la revue Verde Olivo, où il écrit de nombreux articles ; il est l’auteur de différents livres et essais. Les œuvres du Che les plus connues sont :« Diario de Bolivia », « Discurso en Argel », « Discours lors de la XIXème Assemblée Générale des Nations Unies », « El cuadro, columna vertebral de la revolución », « El Socialismo y el Hombre en Cuba », « La Guerra de Guerrillas », « Mensaje a los Pueblos del mundo a través de la Tricontinental », « Pasajes de la Guerra Revolucionaria », « Reforma Universitaria y Revolución », « Sobre la construcción del Partido », « Solidaridad con Vietnam del Sur », « Táctica y Estrategia de la Revolución Latinoamericana ».

Le 14 juin 1963 naît le quatrième enfant du Che, le troisième avec Aleida. C’est une fille qui sera appelée Celia, en hommage à sa mère. Le 19 mars 1964, vient au monde Omar Pérez, fruit de la relation extraconjugale qu’Ernesto a eu avec Lidia Rosa López. Du 20 mars 1964 au 13 avril, le Che est à la tête de la délégation cubaine pendant la conférence de l’ONU pour le Commerce et le Développement à Genève, en Suisse. Du 15 au 17 avril, il est en visite en France, Algérie et Tchécoslovaquie. Il visite l’URSS du 5 au 19 novembre et participe au 47ème Anniversaire de la Révolution d’Octobre. Il préside à nouveau, la délégation cubaine lors de l’Assemblée Générale de l‘ONU, à New York, du 9 au 17 décembre. Puis il se rend en Algérie.

En janvier 1965, Ernesto Che Guevara est en République de Chine, puis au Mali, Congo (Brazzaville), Guinée, Ghana, Dahomey, Tanzanie, Egypte, Algérie et revient à La Havane le 14 mars. Sa dernière intervention publique à Cuba a lieu le 15 mars quand il fait un compte rendu de ses voyages à l’étranger devant ses collaborateurs de Ministère de l‘Industrie. Afin de poursuivre plus en avant, ses idéaux libertaires, il sollicite de la Direction de la Révolution Cubaine son détachement des responsabilités qui le lient à Cuba, pour reprendre la lutte armée, en solidarité avec les peuples du monde.

Le 1er Avril 1965 il écrit des lettres d’adieux à ses parents, ses enfants et Fidel Castro, et s’en va pour le Congo. C’est dans ce pays qu’il apprendra la mort de sa mère. Un an plus tard, le Jeudi 3 Novembre 1966, Ernesto Che Guevara arrive à La Paz, en passant par Madrid et Sao Paulo. Il entre clandestinement en Bolivie sous le nom de Adolfo Mena González, fonctionnaire péruvien de l’Organisation des Etats Américains et possède au cas où, un passeport uruguayen, au nom de Ramón Benítez Fernández.

Le 7 novembre il se trouve dans une hacienda de Ñancahuasú où, avec un petit groupe de combattants boliviens, cubains et autres nationalités, il fonde l’Armée de Libération Nationale de la Bolivie (Ejército de Liberación Nacional de Bolivia).Pendant son séjour en Colombie, il est connu en tant que « Comandante Ramón »,et également « Fernando el sacamuelas ».Mais, 11 mois plus tard, après avoir été fait prisonnier et sérieusement blessé, Ernesto Che Guevara est exécuté, le dimanche 8 octobre 1967, à 13h10, par des soldats boliviens dirigés par des agents de la CIA, dans la petite école du village de La Higuera, province de Chuquisaca.

Le 18 Octobre 1967, su la Place de la Révolution, Fidel Castro informe le demi million de cubains présents de la mort du Commandant Ernesto Che Guevara : « Tu as disparu physiquement, mais ton image et tes idéaux restent et resteront présents en nous, parce que ceux-là ils ne pourront jamais les tuer avec des balles

 

Par Ridha Ben Kacem le 14  juin 2013

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 17:49

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http://www.lanouvelleexpression.info/index.php/world/2013-05-16-09-03-38/item/602

 

 

La mort de l’ancien président  national de l’Anc Oliver Tambo et l’assassinat de l’ancien secrétaire général  du parti communiste sud-africain et chef d’état-major du Mk en avril 1993 ont totalement bouleversé Nelson Mandela.


Président du Congrès national africain (Anc) de 1967  à 1991 et président national de l‘Anc de 1991 à sa mort le samedi 24 avril 1993, Oliver Reginald Tambo  avait rendu l’âme des suites   d'une attaque cardiaque à l’âge de  75 ans. Précisément 15 jours après le secrétaire général du Parti communiste sud-africain et chef d’état-major de Umkhonto we sizwe (ou Mk, le «Fer de lance de la Nation»)  Chris Hani assassiné à Boksburg, près de Johannesburg, le 10 avril 1993. Le témoignage de Nelson Mandela est émouvant : «La mort de Chris a été un choc à la fois pour moi personnellement et le mouvement. C’était un soldat et un patriote pour qui aucune tâche n’était secondaire ; un héros parmi les jeunes d’Afrique du sud, un homme qui parlait leur langue et qu’ils écoutaient. Si quelqu’un pouvait mobiliser une jeunesse  rebelle derrière la solution de la négociation, c’était Chris. L’Afrique du Sud avait perdu un de ses meilleurs fils(…)», a souligné Nelson Mandela dans Un Long chemin ver la liberté, paru en 1995 aux Editions Fayard.  
 
Unis par le destin
 
Oliver Tambo  avait assisté à la veillée funèbre et aux  obsèques de Chris Hani.  Bien que  Nelson Mandela  ait symbolisé la lutte anti-apartheid pendant ses 27 ans de prison, Oliver Tambo a toujours été perçu comme «le cerveau» du mouvement de libération,  celui qui a su maintenir allumée la flamme de l’Anc dans la clandestinité. Dirigeant historique de l’Anc, Oliver Tambo avait regagné l'Afrique du Sud en décembre 1990 après 30 ans et neuf mois d'exil.  Pour Nelson Mandela, Oliver Tambo est «le plus grand héros de l'Afrique». Oliver Tambo et Nelson Mandela étaient très proches. Comme si le destin avait voulu les voir unis pour une cause commune, leurs chemins s‘étaient croisés. Nés dans la région du Transkei et d'ethnie xhosa, Nelson Mandela  et Oliver Tambo ont noué une amitié forgée durant la guerre lors de leurs études communes à l'université «pour noirs» de Fort Hare. Université  dont sont issus de nombreux responsables noirs d'Afrique australe.
En 1940, Nelson Mandela avait été exclu de l’Université de Fort Hare pour avoir mené une grève étudiante avec Tambo. C’est ensemble et avec Walter  Sisulu qu’ils avaient   créé en 1944 la Ligue de la jeunesse de l’Anc pour donner une direction plus dynamique au  mouvement.  C’est ensemble en décembre 1952 qu’ils ont créé   le premier cabinet d’avocat noir d’Afrique du Sud, à Johannesburg. Deux tempéraments, deux styles et une même vision. Nelson  Mandela était constamment  sous les projecteurs. Oliver Tambo était dans l'ombre. Nelson Mandela était le stratège et acteur de terrain. Oliver Tambo le théoricien et organisateur. Aux côtés de Joe Slovo,  Nelson Mandela avait dirigé dès 1961 la branche militaire du mouvement Umkhonto we Sizwe avant d’être  arrêté, jugé et condamné à vie au procès de Rivonia -  qui a duré de 1962 à 1964.  
 
«Je ressens sa perte d’une manière aiguë»
 
Dès 1964, Oliver Tambo  avait  dirigé, depuis Dar-es-Salam, en Tanzanie, la branche armée du mouvement. Bien que Partisan du règlement politique par la voie de la négociation, Oliver Tambo  avait dû créer de nombreux camps d'entraînement et des bases logistiques de l'Anc en Tanzanie, en Ethiopie, en Ouganda et en Libye. Il serait l'instigateur du soulèvement de Soweto en 1976 et des manifestations violentes du milieu des années 80, en Afrique du Sud. Petit de taille, le visage recouvert  de favoris et le portant des lunettes d’intellectuels.  Olivier Tambo avait été partiellement paralysé après une attaque cérébrale en août 1989 en Suède. Une paralysie  qui avait affecté son élocution et ses capacités motrices. Les funérailles d’Oliver Tambo s’étaient déroulées en présence d’une  d’une dizaine de milliers de personnes le 2 mai 1993 à Johannesburg.
Nelson Mandela avait rendu un vibrant hommage à Oliver Tambo qu’il avait appelé ce jour-là : «mon frère, mon camarade, mon ami et mon collègue». Lors d'une conférence de presse, Nelson Mandela avait révélé que la mort d’Oliver  Tambo, ajoutée à l'assassinat de Chris Hani constituait  «un coup très dur» porté à l'Anc. Nelson Mandela avait alors indiqué que : «Notre communauté, et plus particulièrement les jeunes, sont très en colère. La situation est très instable et je pense que la mort de Tambo accroîtra la colère et l'amertume des jeunes. Je ressens sa perte d'une manière particulièrement aiguë parce qu'elle clôt un chapitre de l'histoire de notre organisation», avait-il conclu.  En 2007, la veuve d’Oliver Tambo était décédée à l’âge de 77 ans, à son domicile de Johannesburg. Elle avait aussi reçu les hommages de Nelson Mandela : «Nous pleurons le décès d’une amie personnelle proche, d’une camarade et de l’une des grandes héroïnes de notre Nation. Adelaïde Tambo était une personne exceptionnelle», avait  déclaré Nelson Mandela dans un communiqué.
 
Source d’inspiration pour des générations de combattants
 
A celle que les Sud-Africains surnommaient affectueusement «Mama Tambo» ou «Ma Adelaïde»,  Nelson Mandela  avait tenu à dire qu’ : «Elle était elle-même une militante et une combattante de la liberté (…) une mère pour le mouvement de libération en exil», avait-il déclaré. C’était une militante de l’Anc depuis l’adolescence. Aux côtés de son mari, Adelaïde Tambo avait passé près de trente ans en exil, surtout  à Londres, avant de rentrer en Afrique du Sud après la fin de l’interdiction de l’Anc en 1990. Dans  un communiqué, l’Anc avait rappelé que : «Tout au long des périodes les plus difficiles de la lutte pour la démocratie, la force, la compassion et la détermination d’Adelaïde Tambo ont été une source d’inspiration pour des générations de combattants de la liberté».
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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 19:35

Dernier convoi pour Buchenwald Le choix des libraires

Résumé

Avril 1944. Un convoi de déportés quitte la gare de Compiègne. Excepté les Allemands et l'État français, personne à bord ne connaît sa destination. Personne... sauf Robert Danglars. Instituteur, pacifiste convaincu puis militant trotskiste, il a participé en Bretagne aux actions de propagande en direction des soldats allemands.

Octobre 1943. Brest. À la suite d'une trahison, son réseau est démantelé, son responsable abattu, Danglars et ses camarades sont jetés en prison.

Mars 1944, prison de Rennes. Le directeur et un inconnu lui proposent un marché : demain, les Alliés débarqueront et la France sera libérée. Pour tomber aux mains des communistes ? Contre la liberté de sa mère et de sa soeur, arrêtées pour l'avoir hébergé, réclamées par les autorités allemandes, et sa propre vie, il devra liquider un dirigeant communiste déporté...

Buchenwald, qui «accueillit» Marcel Paul, le colonel Manhès, Marcel Dassault, Jorge Semprun, David Rousset, Stéphane Hessel, tient une place singulière dans l'histoire des camps de concentration. Notre héros malgré lui devra naviguer au coeur d'une véritable ville où la vie n'a aucun prix. Combativité et trahison, lâcheté et courage, sur fond de tensions entre nationalités, triangles rouges et triangles verts, résistants de tous bords et gaullo-communistes, ce récit bat en brèche nombre d'images forgées à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Un roman haletant au coeur de l'Histoire.

Roger Martin a publié une trentaine d'ouvrages, enquêtes, documents, romans noirs et BD, dont, au cherche midi, Jusqu'à ce que mort s'ensuive (prix Sang d'encre du meilleur roman noir 2008 à Vienne, prix Thierry Jonquet 2010 et prix des Ancres noires du Havre 2011).

La revue de presse : Alain Nicolas - L'Humanité du 14 juin 2013

Pour sauver sa mère et sa soeur, un jeune militant trotskiste emprisonné se voit confier une étrange mission...
Comme le disait Aragon  : « Tous mes romans sont des romans à clefs, mais à fausses clefs. » Il n'en reste pas moins que Roger Martin construit avec Dernier Convoi pour Buchenwald une fiction solidement étayée par des éléments réels, qui tranche sur l'habituel roman « en costumes » auquel on pense quand on parle d'histoire...
On ne révélera pas ce qui advient au jeune trotskiste. Roger Martin, montant habilement les épisodes vécus dans le camp et ceux qui le précèdent, distille les informations et entretient une tension qui ne se résout qu'à la toute fin du roman. Le destin peu connu de ces militants égarés, et la capacité vitale d'unification de la Résistance des camps tressent un récit en tout point passionnant.

 

http://www.20minutes.fr/livres/1174203-20130615-dernier-convoi-buchenwald-roger-martin-chez-cherche-midi-paris-france

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:39

 

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/FONTAINE/47975

 

La crise économique a ravivé de vieux souvenirs en Grèce. D’abord, celui de l’Allemagne, qui a occupé, massacré et pillé durant les sombres années de la seconde guerre mondiale. Ensuite, celui des ingérences alliées, comme en 1944, lorsque le Royaume-Uni préféra écraser la Résistance locale et collaborer avec les milices d’extrême droite plutôt que de voir le pays échapper à sa domination.


par Joëlle Fontaine, juillet 2012

« Vous êtes responsable du maintien de l’ordre à Athènes et devez neutraliser ou détruire toutes les bandes EAM-ELAS [Front national de libération – Armée populaire de libération nationale] qui approcheront de la ville. Prenez toutes les mesures que vous jugerez utiles pour assurer le contrôle des rues et pour cerner tous les groupes de perturbateurs. (...) Le mieux serait naturellement que vos ordres soient contresignés par quelque gouvernement grec. (...) N’hésitez cependant pas à agir comme si vous vous trouviez dans une ville conquise où se serait déclenchée une révolte locale. (...) Il nous faut tenir et dominer Athènes. Ce serait pour vous une grande chose d’y parvenir sans effusion de sang, si c’est possible ; mais avec, si c’est inévitable (1). »

L’homme qui écrit ces lignes n’est autre que le premier ministre britannique Winston Churchill. Nous sommes en décembre 1944 ; les troupes nazies résistent encore aux Alliés, qui piétinent en Italie et reculent dans les Ardennes face à l’ultime contre-offensive de la Wehrmacht. Pourtant, les « bandes » ici visées par Churchill ne sont pas des groupes de collaborateurs, mais les partisans du grand Front national de libération, qui a opposé durant trois ans une résistance massive à l’occupant allemand.

Au cours du XIXe siècle, la Méditerranée orientale a été au centre d’une rivalité entre la Grande-Bretagne et la Russie. La révolution bolchevique de novembre 1917 ayant mis fin aux ambitions de cette dernière, la région se trouve au début des années 1940 sous l’influence incontestée de Londres. La Grèce y occupe une position stratégique.

Très vite, le développement dans ce pays d’une Résistance alliant communistes et petits partis socialisants inquiète le Foreign Office (ministère des affaires étrangères britannique), qui craint une pénétration des « Russes » dans l’espace méditerranéen. Honnie de la population et associée à la dictature fasciste du général Ioánnis Metaxás (1936-1941), la monarchie apparaît aux yeux de Churchill comme seule capable d’assurer le maintien de la domination britannique.

Les alliés de Londres le laissent agir à sa guise dans cette affaire. Malgré la tradition wilsonienne, officiellement hostile aux zones d’influence, surtout quand elles gênent la pénétration des marchandises et des capitaux américains, Franklin D. Roosevelt soutient Churchill. Quant à Joseph Staline, il tient avant tout à mettre un terme à la guerre et veut éviter de compromettre une « grande alliance » fragile avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Sollicité par Churchill dès mai 1944 en vue d’un arrangement dans les Balkans, il accepte d’autant plus facilement que son interlocuteur lui laisse les mains libres en Roumanie et en Bulgarie.

Tout au long de la guerre, Churchill est en proie au « tourment grec ». Dès mars 1941, lorsque se précise la menace allemande sur les Balkans, il ordonne à son quartier général du Proche-Orient de détacher cinquante mille hommes pour les envoyer en Grèce. Cette initiative interrompt l’offensive victorieuse des Britanniques en Libye, sans pour autant empêcher le déferlement de la Wehrmacht sur le territoire hellénique le mois suivant. Le roi de Grèce, Georges II, s’exile alors à Londres avec son gouvernement, qui reste largement celui de la dictature de Metaxás. Ses forces armées sont en partie reconstituées en Egypte et combattent aux côtés des Britanniques, qui les surveillent de près : les soldats contestent en effet le maintien à leur tête d’une majorité d’officiers royalistes.

Dans le pays, un mouvement de résistance massif se développe rapidement. Le Front national de libération, l’EAM, voit le jour en septembre 1941. Il organise d’imposantes manifestations dans les grandes villes et passe au printemps 1942 à la création de maquis sous la direction de son armée populaire, l’ELAS. En même temps, les agents britanniques du Special Operations Executive (SOE), créé par Churchill en 1940 pour mener des actions de sabotage sur les arrières de l’ennemi, en collaboration avec les mouvements de résistance des pays occupés, déploient leurs activités dans une relative autonomie. Ils tentent sans grand succès de favoriser — ou de créer — des organisations concurrentes de l’EAM. Mais les dirigeants des autres partis sont peu tentés par la résistance active. L’EAM-ELAS reste, et de loin, la principale organisation, incontournable sur le plan militaire. En échange de sa participation aux opérations prévues par les Britanniques, ses représentants sont accueillis au Caire en août 1943, en vue d’une entente avec le gouvernement en exil.

Les Britanniques mesurent à cette occasion l’importance prise par l’EAM et l’ampleur du désir de changement au sein de la population. Au même moment, lors de la conférence du Quadrant avec Roosevelt, à Québec (17-24 août 1943), Churchill voit s’envoler ses derniers espoirs de débarquement allié en Grèce, alors que l’avancée de l’Armée rouge hors des frontières de l’URSS ne fait plus de doute. Il prend alors directement les choses en main, bloque toute possibilité de négociation, malgré les réticences de ses conseillers, et renvoie les délégués de l’EAM chez eux, tout en traçant, dans une note adressée à son état-major, l’esquisse de ce qui sera le plan Manna : l’envoi d’un corps expéditionnaire en Grèce lors du retrait des troupes allemandes.

Dès lors, les agents britanniques ont pour mission de nuire à l’ELAS par tous les moyens. Ils tentent de débaucher ses partisans à coups de livres-or — argument convaincant en ces temps d’hyperinflation où la livre britannique a atteint 2 millions de drachmes. Ils financent les petites organisations concurrentes, y compris celles qui se disent « nationalistes » mais sont de fait complices des Allemands. Ils placent des hommes au sein du gouvernement collaborationniste ainsi que dans les bataillons de sécurité créés par Athènes. Ces milices participent aux opérations des troupes nazies, avec leur cortège de massacres et de villages brûlés. Dans les villes, elles prennent part aux bloko des faubourgs, encerclant un quartier en pleine nuit, y faisant repérer les partisans par des mouchards encagoulés et les fusillant séance tenante. Le double jeu des Britanniques, qui permet aux chefs des milices de se dire également à leur service et à celui du roi, sème dès l’hiver 1943-1944 les germes de la guerre civile.

L’EAM-ELAS réussit cependant à libérer une grande partie du pays. Il met en place des institutions populaires qui forment un contre-Etat. L’inquiétude des Britanniques est à son comble lorsque, en mars 1944, est créé un « gouvernement des montagnes » qui organise des élections. La démarche suscite en revanche l’enthousiasme des forces armées grecques d’Egypte, qui réclament immédiatement l’intégration de la Résistance dans le gouvernement en exil. Churchill réplique par une répression impitoyable. Il fait déporter les éléments « rebelles » dans des camps en Afrique et met sur pied une brigade de prétoriens prêts à rentrer en Grèce avec le roi et les troupes britanniques à la Libération.

Faute de pouvoir éliminer l’EAM par la force en Grèce même, les Britanniques recourent à des manœuvres politiques auxquelles les dirigeants des montagnes, peu expérimentés dans ce domaine, font difficilement face. Pris entre leur stratégie d’union et la conscience du danger d’un coup de force de la droite et des Britanniques, ils se laissent piéger lors d’une conférence soigneusement organisée au Liban en août 1944 et acceptent, après beaucoup d’hésitations, une participation très minoritaire à un gouvernement d’union nationale dirigé par l’homme de Churchill, Georges Papandréou (grand-père de l’ex-premier ministre socialiste du même nom, qui a dû démissionner en 2011). Les dirigeants de l’EAM vont jusqu’à reconnaître, le mois suivant, l’autorité d’un gouverneur militaire britannique, Ronald Scobie, qui doit arriver en Grèce à la Libération.

Tout est prêt pour l’application du plan Manna, préparé un an auparavant. L’offensive victorieuse de l’Armée rouge en Bulgarie, en septembre 1944, oblige la Wehrmacht à se retirer de Grèce, sous les attaques des partisans de l’ELAS. C’est après ce retrait qu’arrive le corps expéditionnaire britannique, accompagné de Papandréou et Scobie. Installés le 18 octobre dans la capitale, les deux hommes exigent le désarmement de l’ELAS, tout en refusant celui de la brigade formée en Egypte, opportunément transférée à Athènes début novembre. Aucun procès n’est engagé contre les collaborateurs, et des miliciens armés circulent impunément dans la capitale, persécutant les résistants. Les membres des bataillons de sécurité sont enfermés dans des casernes, mais y jouissent de bonnes conditions de vie et d’un entraînement régulier. Après avoir tenté d’obtenir des garanties tout au long du mois de novembre, les ministres de l’EAM démissionnent. Le 3 décembre a lieu sur la place Syntagma une manifestation monstre pour réclamer la démission de Papandréou et la constitution d’un nouveau gouvernement. Le massacre qui s’ensuit — la police tire sur les citoyens désarmés, faisant une vingtaine de morts et plus d’une centaine de blessés — déclenche l’insurrection du peuple d’Athènes. C’est le prétexte que cherchait Churchill pour pouvoir briser la Résistance.

Il ordonne alors à Scobie d’écraser les rebelles. Des armes, des avions et des troupes de plus en plus nombreuses (jusqu’à soixante-quinze mille hommes) sont détournés du front italien. Les propositions de négociation de l’EAM sont refusées. « L’objectif est net : battre l’EAM. La cessation des combats lui est subordonnée. (...) Ce qu’il faut en ce moment, c’est de la fermeté, de la pondération, et non pas des embrassades impatientes, alors que la véritable querelle n’a pas été vidée (2). » Bravant la presse britannique et internationale, mais aussi les députés des Communes, qui l’interpellent lors de débats houleux, Churchill campe sur ses positions.

Mal armés, mal nourris, très jeunes pour la plupart, les partisans de l’EAM d’Athènes et du Pirée tiennent trente-trois jours sous ce déluge de feu, face aux troupes britanniques — et aux membres des bataillons de sécurité, sortis des casernes et réarmés pour l’occasion. Churchill se rend en personne à Athènes, fin décembre, et se résigne à contraindre le roi Georges II, toujours à Londres, à accepter une régence. Mais il reste inflexible sur les autres garanties réclamées par l’EAM.

Bien que l’ELAS soit toujours présente sur le reste du territoire, ses dirigeants redoutent d’imposer de nouvelles épreuves à une population épuisée et affamée : mille sept cent soixante-dix villages ont été brûlés, plus d’un million de personnes sont sans abri, la production céréalière a baissé de 40 %. Et l’aide des Alliés ne parvient qu’à ceux qui collaborent avec eux. Par l’accord de Varkiza, signé le 12 février 1945, l’ELAS accepte de rendre unilatéralement les armes. Au même moment, Churchill proclame solennellement à Yalta, de concert avec Roosevelt et Staline, « le droit de tous les peuples à choisir leur forme de gouvernement » dans l’Europe libérée...

Mais l’EAM n’est pas encore anéanti. Il tente de poursuivre en toute légalité son objectif de profondes réformes, et est en position d’obtenir la majorité aux élections. Devant cette menace, le gouvernement britannique travailliste qui succède à Churchill en juillet 1945 maintient un contingent d’occupation important et s’appuie sur les hommes qui ont collaboré et participé au massacre des résistants — notamment sur une police et une armée reconstituées par les soins de la mission militaire britannique. Les partisans de l’EAM sont arrêtés, condamnés et soumis à une terreur sans précédent dans les campagnes.

Dans ce contexte, des élections honnêtes sont impossibles. Qu’à cela ne tienne : Ernest Bevin, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères britannique, soucieux de donner au pays une façade respectable à présenter aux Nations unies, ordonne qu’elles aient lieu au mois de mars 1946. L’EAM et l’ensemble des démocrates refusent d’y participer. La majorité de droite qui en sort inévitablement n’a plus qu’à organiser, au mois de septembre suivant, le référendum assurant le retour du roi.

Cette fois, l’objectif britannique est atteint. Mais, entre-temps, beaucoup d’anciens partisans ont repris le maquis pour échapper aux persécutions, et le Royaume-Uni ne peut plus garantir la survie — et moins encore la victoire — d’une droite qu’il a artificiellement maintenue au pouvoir. C’est afin de le relayer dans cette tâche que le président américain Harry Truman demandera au Congrès, le 12 mars 1947, les fonds nécessaires pour « aider » une Grèce à l’avant-garde de l’« endiguement du communisme ».

En brisant la Résistance grecque, les Britanniques ont précipité le pays dans une guerre civile qui, ouverte ou larvée, allait durer trente ans — avec une courte embellie entre 1963 et 1965. Elle ne prit fin qu’avec la chute de la dictature des colonels, en 1974. Ce « coup d’Athènes » rappelle que la Grèce moderne n’a bénéficié au cours de son histoire que d’une souveraineté très limitée, comme elle en fait aujourd’hui encore la douloureuse expérience.

Joëlle Fontaine

Auteure de l’ouvrage De la résistance à la guerre civile en Grèce, 1941-1946, La Fabrique, Paris, 2012.

(1) Winston Churchill, Mémoires sur la seconde guerre mondiale, Plon, Paris, 1948-1954.

(2) Ibid.

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:29

wiki.jpgLe journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !


http://www.fakirpresse.info/La-loi-des-chaises-583.html

 

 


Numéro après numéro, Fakir poursuit son « Dictionnaire des conquêtes sociales ». Une ébauche, du moins. Parce que la vraie version de cette « Histoire populaire » à la française, c’est avec vous qu’on va l’écrire.


Et parmi les conquêtes, y a les grandes et les toutes petites. Presque invisibles : dans les grands magasins du 19ème, les vendeuses traînent des sièges toute la journée… mais sans le droit de s’asseoir dessus. Jusqu’à « la loi des chaises ».

« “Puisque vous n’avez rien de possible à me montrer, dit brusquement Madame Desforges, conduisez-moi aux robes et costumes.” Marguerite prit la chaise par le dossier, et la traîna, renversée, sur les pieds de derrière, qu’un tel charriage usait à la longue. Et le grand voyage commença, le long des galeries encombrées. »
C’est un marathon que courent, au long de leur journée, les employées du Bonheur des Dames – accompagnant les clientes dans le magasin. Le caddy à roulettes n’est pas encore inventé, et à la place elles tirent une chaise au fil des rayons. « Un corset de satin noir, des manchettes de fourrure vendues au rabais, à cause de la saison, des dentelles russes dont on garnissait alors le linge de table », toutes ces emplettes « s’empilaient sur la chaise, les paquets montaient, faisaient craquer le bois ; et les vendeurs qui se succédaient, s’attelaient avec plus de peine, à mesure que la charge devenait plus lourde.
- Par ici, madame, disait Denise sans une plainte, après chaque halte. »

Le périple marchand continue, durant des heures : « On avait dû abandonner la chaise. Elle était restée en détresse, au rayon des meubles, à côté de la table à ouvrage. Le poids devenait trop lourd, les pieds de derrière menaçaient de casser. »
Ces scènes, Émile Zola les a observées : « Il est défendu aux vendeurs de se mettre en groupe et de s’asseoir, note-t-il dans ses Carnets d’enquête. Pas de chaises d’ailleurs, excepté pour les clientes ». Et pour les achats : « Quand le tas de marchandises devient trop lourd pour être porté (gros articles), le vendeur le met sur une chaise et traîne la chaise au milieu de la foule (toutes les chaises ont les pieds de derrière usés) ».

Pire que le bâtiment !

Derrière les sourires, la courtoisie, les froufrous et les parfums, c’est un univers violent, que celui des grands magasins. Aussi terrible, en un sens, que les forges ou la mine.
En témoigne ce chiffre, fourni, en 1900, par le service de la statistique à Paris : dans le bâtiment et la métallurgie, la mortalité annuelle des personnes âgées de 20 à 39 ans n’est « que » de 29,87%. Alors qu’elle s’élève à 44,36 % pour les employés du commerce. Eux sont, notamment, frappés par la tuberculose – comme le diagnostique le docteur Paul Berthod : « La plupart des grands magasins fournissent une morbidité et une mortalité effrayantes parmi leurs employés, à telle enseigne que ceux qui restent quelques années et échappent à la tuberculose sont presque l’exception... C’est apparemment parce que là se trouvent réalisés le confinement, le surpeuplement, le surmenage et les poussières contagieuses ».
Le constat fait consensus, jusque chez les patrons : « Il est de fait que nous n’avons guère besoin de congédier les vendeuses devenues trop vieilles : nos demoiselles de magasin s’en vont d’elles-mêmes au bout de quelques années de présence : le métier les a usées ! »
Les journées n’en finissent pas, dans la cohue et la chaleur. Et combien de Denise, ont eu, comme l’héroïne du Bonheur des Dames, « à surmonter les terribles fatigues du rayon » ? « Les paquets de vêtements lui cassaient les bras, au point que, pendant les six premières semaines, elle criait la nuit en se retournant, courbaturée, les épaules meurtries. Mais elle souffrit plus encore de ses souliers, de gros souliers apportés de Valognes, et que le manque d’argent l’empêchait de remplacer par des bottines légères. Toujours debout, piétinant du matin au soir, grondée si on la voyait s’appuyer une minute contre la boiserie, elle avait les pieds enflés, des petits pieds de fillette qui semblaient broyés dans des brodequins de torture ; les talons battaient de fièvre, la plante s’était couverte d’ampoules, dont la peau arrachée se collait à ses bas. Puis, elle éprouvait un délabrement du corps entier, les membres et les organes tirés par cette lassitude des jambes, de brusques troubles dans son sexe de femme, que trahissaient les couleurs de sa chair. Et elle, si mince, l’air si fragile, résista, pendant que beaucoup de vendeuses devaient quitter les nouveautés, atteintes de maladies spéciales. Sa bonne grâce à souffrir, l’entêtement de sa vaillance la maintenaient souriante et droite, lorsqu’elle défaillait, à bout de forces, épuisée par un travail auquel des hommes auraient succombé. »

[C’est la littérature qui nous permet, ici, d’accéder un peu au discours intérieur. Mais si vous avez, dans votre grenier, le journal intime d’une arrière-grand-mère vendeuse, si vous avez aperçu un tel récit dans un livre ou une thèse d’histoire, on est preneurs.]

Presse vendue

Sans répit ni repos, des milliers de Denise – jusqu’à 4 000 au Bon Marché – traînent des chaises… mais sans le droit de s’y asseoir ! Elles sont réservées aux clientes et à leur camelote.
Ces employées n’osent guère se plaindre, encore moins s’organiser. Tout, contre elles, est motif de licenciements : « Au Louvre, une vendeuse renvoyée immédiatement, parce qu’une cliente se trouve mal, en l’accusant d’avoir mangé du saucisson à l’ail. Elle avait réellement mangé du pain. Mise à la porte sans défense, sans explication possible. » Ou encore : « Renvoi au Louvre : “Vous avez une drôle de tête madame, passez à la caisse”  ».
Et quand une grève éclate, les médias n’en parlent pas – préférant, déjà, les annonceurs à l’information. Ainsi, le 17 octobre 1869, un mouvement se déclenche au Printemps. Les lecteurs du Figaro ne sauront rien de ses causes, rien des meneurs, rien des revendications. On peut juste lire, le lendemain, cette publicité :
« Avis très important M. Jules Jaluzor, propriétaire des Grands Magasins du Printemps, rue du boulevard Haussmann et rue de Provence, fait savoir que n’ayant pas voulu céder AUX EXIGENCES et PRESSIONS VIOLENTES de ses employés, cent soixante-quinze places sont vacantes par suite de grève. »

Au bon cœur des patrons

Ce sont les clientes qui vont venir au secours des vendeuses. Et plus particulièrement, celles de la haute société : en 1888, quelques femmes, membres de l’Oeuvre des Cercles ouvriers catholiques, la marquise de la Tour du Pin en tête, rédigent une pétition et l’envoient aux directeurs des magasins :
« Par un usage généralement établi dans la plupart des magasins, il est interdit aux femmes qui y sont employées de s’asseoir derrière le comptoir, même lorsqu’elles ne sont pas occupées. Cette mesure aurait, dit-on, pour but d’assurer d’une manière constante à la clientèle le service d’un personnel toujours diligent et en éveil. Mais l’obligation pour les femmes de rester ainsi debout toute la journée entraîne une fatigue qui épuise peu à peu toutes les forces des plus vaillantes et porte à la santé un préjudice dont les conséquences, de l’avis des médecins les plus autorisés, sont toujours des plus sérieuses et peuvent quelquefois être mortelles. Cette situation nous a vivement émues, et nous souffrons de penser que tant de femmes et de jeunes filles sont, chaque jour, astreintes, pour nous servir, à un règlement si pénible. Les dames ont apprécié depuis longtemps tout ce que les magasins de nouveautés ont fait pour satisfaire leur clientèle ; elles sont convaincues que l’accueil auquel elles sont habituées ne serait pas moins empressé de la part des employées si celles-ci avaient l’autorisation de se reposer. Nous venons donc, Monsieur le Directeur, en qualité de clientes, vous demander de faire cesser une coutume qui a quelque chose d’inhumain et qui afflige toutes les personnes qui en sont les témoins. Nous sommes persuadées, Monsieur, que vous trouverez le moyen d’y mettre un terme, dès que votre attention sera attirée sur ces tristes résultats. Toutes les femmes de cœur vous en remercient d’avance et particulièrement les sous-signées... »

[Comment est née cette alliance entre vendeuses et acheteuses ? En discutaient-elles dans le magasin, ou le soir au siège d’une société de charité, ou le dimanche à la sortie de la messe ? Dans l’idéal, on aimerait bien trouver un double portrait, le récit de cette relation entre une aristo et une prolétaire du commerce : si vous avez ça dans vos cartons...]

Les bourgeoises avec les « rouges »

Ces dames comptent alors sur la philanthropie, sur le « bon cœur » du patron. Mais cette espérance montre très vite ses limites : rien ne change. « Je serais plus tranquille si je voyais sortir une bonne loi qui obligerait les patrons à laisser leurs employées s’asseoir », estime alors le docteur Péan.
Les militantes grandes-bourgeoises de ces Cercles en viennent, bientôt, aux mêmes conclusions : c’est une « législation » qu’il faut. Elles sont prêtes, même, à s’associer à « certains socialistes dans cette œuvre de réforme sociale » - comme l’énonce Henriette Brunhes, fondatrice du Syndicat de l’Aiguille, « la première œuvre française qui se préoccupe des devoirs du consommateur et particulièrement de la femme du monde vis-à-vis de ses fournisseurs ». Dans les congrès internationaux, elle n’hésite pas à s’afficher aux côtés de « rouges » : « Nous croyons que les doctrines des socialistes et des catholiques sociaux seront encore longtemps divergentes ou même opposées, mais nous croyons avec autant d’énergie que sur toutes les questions d’organisation pratique nous pourrons, si nous le voulons, marcher main dans la main. »
Au Congrès de Zurich, en 1898, une expérience est discutée : elle vient des États-Unis. Dix ans plus tôt, déjà, le maire de Toronto, M. Hoveland, avait déclaré devant la Commission du travail : « Pour les employées des magasins, la journée de 8 heures du matin à 8 heures du soir, toujours debout ! Aucun de nous, Messieurs, n’y résisterait ! Je sais que plusieurs, succombant à la fatigue, se sont évanouies derrière leur comptoir. Moralement et matériellement elles sortent brisées. Mon opinion est que le gouvernement doit protéger le travail des femmes ». Et voilà que, en 1897, une loi est passée : « Des sièges doivent être mis à la disposition des femmes dans la proportion de un pour 3 employées. »
Il faut, souhaitent les délégués, que cet exemple fasse tache d’huile. L’Écosse suit bientôt. Jusque dans Le Journal d’Amiens, on s’en fait l’écho : « C’est aujourd’hui qu’entre en vigueur, en Angleterre, le “Shap seats act” en vertu duquel toutes les demoiselles des magasins auront désormais le droit absolu de rester assises quand elles n’auront point de clients à servir. Les boutiquiers et les directeurs de magasins anglais sont en émoi et se préparent depuis quelques jours à obéir à la nouvelle loi.[...] On a, paraît-il, presque partout, adopté un petit siège en bois, qui, comme nos strapontins de théâtre, se lève et se baisse à volonté » (3 janvier 1900).
Un mois plus tard, le député Gautelet dépose un projet de loi à l’Assemblée nationale : « Vous avez tous constaté combien est pénible le travail des femmes chargées de vendre ou de préparer les marchandises et objets divers destinés au public. Vous les avez vues, des journées entières, debout derrière un comptoir, dans un atelier, supportant ainsi des fatigues auxquelles résisteraient difficilement des travailleurs habitués aux plus durs labeurs. L’Angleterre vient de faire cesser cet état de choses depuis le 1er janvier dernier. Le monde médical tout entier demande l’adoption de cette mesure. »
La réforme est votée sur le champ.

Aujourd’hui encore…

Mais cette législation fut-elle pour de bon appliquée ?
Au conseil supérieur du Travail, s’appuyant sur les rapports d’inspecteur, M. Aldabe proteste : « Les sièges prescrits par la loi, sont bien à la disposition des femmes, mais on leur laisse rarement le temps de les utiliser ; on considère que ce serait d’un très mauvais effet pour la réputation du magasin si l’on y voyait des employées assises ; on préfère qu’elles aient l’air affairé, et les chefs de rayon s’ingénient à leur prescrire un autre travail ou à leur faire faire une course. »
Un siècle plus tard, ce droit, en tout cas, semble à reconquérir : « Même quand j’ai été enceinte de ta marraine, témoigne ma tante, ancienne vendeuse aux Galeries Lafayette, je n’avais pas le droit de m’asseoir. Après quelques mois de grossesse, je me suis risqué à demander un tabouret. Ma patronne m’a regardé avec des yeux noirs, je m’en souviens comme si c’était hier, jamais je n’oublierai ce regard. A ce moment-là, pour elle, j’étais juste une paresseuse ».
Et dernièrement, c’est une copine en stage chez Armand Thierry, au moment des soldes, qui me racontait ça : « Il y avait une seule chaise devant l’ordinateur. On ne pouvait s’y asseoir que quand il n’y avait pas de clients et personne pour nous surveiller. Le soir, j’avais des problèmes de circulation sanguine dans les jambes à cause de ça. Depuis que je suis retournée en cours, je n’ai plus du tout besoin de prendre des médicaments. »
Le Capital a rétabli son bon droit. De s’asseoir sur nos droits…

À la fin, c’est elles qui ont gagné !

Corine et ses copines du magasin ED d’Albertville (voir Fakir n°49), l’ont emporté : pendant plus de cent dimanches, elles ont fait grève, chaque semaine, sur le parking de leur supérette – et le gérant a fini par lâcher. Ces six-là ont reconquis le droit à leur repos dominical :
« Et t’as fait quoi, alors, hier ? on interroge Corine (le lundi).
- Fabien, mon mari, s’est levé tôt pour couper du bois, alors moi j’ai préparé des bugnes et des rissoles…
- C’est quoi ?
- Des pâtisseries savoyardes. Des beignets en carré avec de la compote séchée à l’intérieur. Ensuite, on a marché jusqu’au chalet de mon beau-frère, on a mangé, discuté, joué au bac avec ma nièce et mon neveu… On ne compte pas les points, sinon le petit se met en colère… Après, on s’est amusé à ‘qui est-ce ?’, tu sais, on te met un post-it sur le front, et tu dois deviner qui tu es… Moi j’étais un kiwi, c’est un volatile d’Amérique centrale, il paraît… »
Voilà : on ne demande pas grand-chose, au fond, pas des yachts et des hélicos, juste le droit à ce petit bonheur, fait d’amitiés et de joies simples. Mais rien que ce bonheur-là, faut se bagarrer pour le préserver - en Savoie et ailleurs. Dans notre article l’année dernière, on leur conseillait de faire une loi. C’est en train de devenir réalité :
« Je suis montée à Paris, mardi dernier, et avec des sénatrices de gauche, on a présenté une proposition de loi pour réduire le travail dominical… » L’article 2 stipule que « seuls les salariés ayant donné volontairement leur accord par écrit peuvent travailler le dimanche ». Le lendemain, lors de l’examen au Palais du Luxembourg, c’était jour de fièvre – les élus de l’UMP se déchaînant durant quatre heures de discussion : « dogmatique », « conservateur », « formidable retour en arrière », etc.
« Là, précise Corine, on aménage juste la loi Maillet. Mais l’idée, si une nouvelle majorité arrive, c’est de l’abroger après les législatives… » A condition qu’on pousse toujours.

Bibliographie :

  • Émile Zola, « Au bonheur des Dames ».
  • Emile Zola : « Carnets d’enquêtes : une ethnographie inédite de la France », Plon, 2005.
  • Michael B. Miller, « Au Bon Marché 1869-1920 : Le Consommateur apprivoisé », Armand Colin,1987.
  • Pierre Delon, Les Employés, éditions sociales, Paris, 1969.
  • Laîné André, « la situation des femmes employées dans les magasins de vente à Paris ».
  • Ambrière Francis, « La Vie secrète des grands magasins », œuvres Françaises, Paris, 1938
  • Marrey Bernard, « Les Grands Magasins », Librairie Picard, Paris, 1979
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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 17:58

 

 

artoff257-117dd.gifSi son histoire fut brève (mars à mai 1871), la Commune de Paris a fait l’objet d’intenses investissements politiques, qui traduisent une mémoire complexe, souvent conflictuelle, dont ce livre très informé retrace les différentes étapes. Jusqu’à la Première Guerre mondiale dominent surtout les «mémoires vives» : celles des Versaillais qui condamnent l’événement à l’oubli ou à la rédemption, celle des «revenants» qui inventent après l’amnistie la «montée au mur», celle des républicains qui jouent la carte de l’apaisement conciliateur. De 1917 au centenaire de 1971, le Parti communiste, qui voit dans la Commune «l’aurore» d’une ère nouvelle, vampirise littéralement l’événement. Le drapeau fédéré trône dans le mausolée de Lénine, et c’est un de ses fragments que Gagarine emporte dans l’espace en avril 1961. L’aspect le plus neuf de l’ouvrage concerne les 40 dernières années : renouveau historiographique qui s’emploie, contre les approches téléologiques, à rendre la Commune à ses acteurs, souci d’intégration au «roman national», cannibalisme d’une extrême droite identitaire qui célèbre les «patriotes» de 1871, mais aussi permanence d’un discours versaillais, qui n’a jamais vraiment désarmé, et d’une lecture libertaire dont témoigne la belle couverture du livre, signée Jacques Tardi. D.K.

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 19:05

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http://www.histoiredraveilvigneux.com/lenine/pages/lenine_01.htm

 

 

ou
Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, en Essonne (à Draveil et à Longjumeau),
par Jacques Macé, historien.


Article publié en 2007 dans le N° 76 du
Bulletin de la Société historique et archéologique de l’Essonne et du Hurepoix (SHAEH),
Archives départementales de l’Essonne, Chamarande.

- Reproduit avec l’aimable autorisation de la SHAEH -



En février 1848, Karl Marx et son ami Friedrich Engels publient à Londres le Manifeste du Parti communiste, court texte qui analyse le développement du capitalisme international et qui conserve tout son intérêt à l’heure de la mondialisation. Il se termine par l’apostrophe célèbre : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».


Marx décède le 14 mars 1883 après avoir publié le premier tome du Capital, ouvrage exposant sa vision philosophique de l’évolution des sociétés humaines ; Engels poursuit l’édition des trois tomes suivants et des écrits de son ami, avec l’assistance des deux filles de Marx et du français Paul Lafargue, époux de l’une d’elles.

Si la pensée de Marx et Engels imprègne le socialisme dès la fin du XIXe siècle, c’est au siècle suivant que cette idéologie va constituer pendant soixante-quinze ans - de la révolution russe de 1917 à l’écroulement du bloc soviétique - l’élément central de l’histoire de l’Europe, ainsi que de celle de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Le russe Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, créateur du marxisme-léninisme, s’est trouvé à l’origine de cette lourde page d’histoire et la connaissance des événements, grands ou petits, de son existence entre donc légitimement dans le champ des études historiques. D’autant que Lénine, durant son exil en France de 1909 à 1912, a fréquenté deux communes de notre actuel département de l’Essonne.


Vladimir Ilitch Oulianov

Vladimir Oulianov naît en 1870 dans la petite ville de Simbirsk, au bord de la Volga à six cents kilomètres à l’est de Moscou, dans une famille de la bourgeoisie intellectuelle puisque son père est inspecteur de l’enseignement. Le tsar Alexandre II, qui a accédé au trône en 1855, au moment des défaites de la guerre de Crimée, ressent le besoin de transformer la société russe dont la population de soixante-dix millions, essentiellement rurale, est soumise depuis le XVIe siècle au système du servage, et d’ouvrir le pays à une industrialisation à l’occidentale. Cependant les réformes qu’il lance ne constituent que des demi-mesures car elles ne touchent pas aux privilèges de la noblesse qui possède 75% des terres cultivables. Après l’abolition du servage, les paysans ne deviennent pas propriétaires et doivent s’organiser en communautés villageoises (les mirs). Les classes moyennes réformistes se tournent, déçues, vers le socialisme, tandis que, dans les universités, de jeunes nobles, des fils de popes et de petits fonctionnaires adoptent des idées extrémistes, multiplient les attentats et reçoivent le nom de nihilistes. Alexandre II est assassiné à Saint-Petersbourg en 1881 et son fils Alexandre III lui succède. Vladimir Ilitch a alors 11 ans.

Alexandre III, traumatisé par la mort de son père, met un terme à l’évolution sociale du pays et déclare ‘‘le libéralisme révoltant et absurde’’. Il mène une politique autocratique appuyée sur une police et une bureaucratie omniprésentes, dénoncée notamment et sans grand effet par Tolstoï. Le tsar est l’objet de plusieurs attentats. Alexandre Ilitch Oulianov, frère aîné de Vladimir, compromis dans un projet d’attentat, est arrêté, condamné et pendu en 1887. A la suite de ce drame, Vladimir Ilitch, âgé de 17 ans, s’engage résolument dans la voie révolutionnaire, au côté de nombreux étudiants. Il termine ses études et devient avocat en 1892. Il plaide notamment en faveur des militants ouvriers et étudiants arrêtés, dans un style polémique à l’ironie féroce, qui attire rapidement sur lui l’attention des autorités. En 1894, il fait la connaissance de la militante Nadiejda Kroupskaïa (dite Nadia), qui deviendra son épouse quelques années plus tard. Puis il fait un premier voyage en Europe qui le conduit à Berlin, en Suisse et à Paris. Il y rencontre les responsables des divers mouvements socialistes et les nombreux révolutionnaires russes qui se sont exilés pour poursuivre leur action depuis l’étranger.

A son retour à Saint-Pétersbourg en décembre 1895, Vladimir Oulianov est arrêté et condamné à trois ans de relégation dans le village de Minoussinsk en Sibérie, près de la rivière Lena qui lui inspire à son retour en 1900 le pseudonyme de Lénine sous lequel il commence à publier ses réflexions d’exil. En 1894, Nicolas II a succédé à son père Alexandre III mais le nouveau tsar est un être hésitant, louvoyant, entièrement soumis à l’influence réactionnaire de sa famille et notamment à l’intransigeance de son épouse Alix de Hesse, très impopulaire en raison de son origine allemande. La politique d’industrialisation de Nicolas II à l’aide de capitaux étrangers (les fameux emprunts russes !) est compromise par la poussée démographique : la Russie passe de 125 millions d’habitants en 1895 à 174 en 1914. L’empire russe se lance dans une politique d’expansion à l’Est, vers la Mandchourie également convoitée par le Japon. La guerre russo-japonaise de 1904 se termine par une sévère défaite de l’armée et de la flotte russes à Port-Arthur. Grèves et manifestations se succèdent à Saint-Pétersbourg jusqu’au dimanche rouge 22 janvier 1905, où plus de mille personnes tombent sous les salves de la troupe devant le Palais d’Hiver. La Russie s’enfonce dans une crise profonde qui va conduire la dynastie des Romanov à sa perte.

Les révolutionnaires russes sont divisés en factions s’opposant sur la manière d’accéder au pouvoir. Alors que les mencheviks espèrent parvenir à une alliance démocratique avec la bourgeoisie libérale, Lénine devient le penseur et l’un des leaders du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie ou POSDR (dit aussi bolchevik, c’est-à-dire majoritaire) qui prépare la prise du pouvoir par la violence et la dictature du prolétariat. Chargé de la rédaction et de l’impression de journaux qui sont diffusés clandestinement en Russie, Lénine mène son activité politique et poursuit ses recherches philosophiques et sociologiques depuis l’étranger, à l’exception d’un court retour en Russie après le dimanche rouge de 1905. Accompagné de son épouse et de sa belle-mère, il change fréquemment de lieu de résidence pour des raisons de sécurité. En 1901, il est à Munich, en 1902 et 1903 à Londres où il fréquente assidûment la bibliothèque du British Museum, à Genève et en Finlande de 1904 à 1908. Il publie alors les premiers ouvrages dans lesquels il développe les idées qui donneront naissance au marxisme-léninisme Que faire ? (1902), Un pas en avant, un pas en arrière (1904), Marxisme et révisionnisme (1908). Début 1909 enfin, Vladimir Ilitch, Nadia et sa mère, s’installent à Paris. Lénine recrute alors pour secrétaire-interprète une française nommée Inessa-Élisabeth Armand.

Celle-ci, née à Paris en 1874 dans une famille d’artistes, avait épousé un riche commerçant russe, avait vécu à Moscou et s’était engagée au côté des bolcheviks. Menacée d’arrestation, veuve, elle était rentrée en Belgique, puis en France en 1908. Musicienne, polyglotte, belle et très intelligente, Inessa Armand va rapidement devenir l’égérie de Lénine - avec le consentement tacite de Nadia Kroupskaïa   - et ne plus le quitter jusqu’en 1917.

1 Dans Ma vie avec Lénine, Nadia Kroupskaïa a écrit : « La maison s'éclairait quand entrait Inessa. Rien ne lui était indifférent, elle prenait tout à cœur ».


Lénine à Paris


A Paris, Lénine vit avec son épouse et sa belle-mère d’abord près du Parc Montsouris (24 rue Beaunier), puis de juillet 1909 à juin 1912 dans un petit appartement de deux pièces-cuisine situé 4 rue Marie-Rose dans le 14e arrondissement. Il consacre une partie de son temps à des travaux documentaires à la Bibliothèque nationale de la rue de Richelieu, où il se rend à bicyclette. La petite histoire a même retenu qu’il s’est fait voler son premier vélo devant la Bibliothèque nationale et qu’il a cassé une roue de son second vélo dans un trou de la chaussée en se rendant à Issy. Il s’intéresse aussi beaucoup au développement de l’aviation et il est un spectateur assidu des meetings tenus sur le terrain de Port-Aviation, à Paray-Vieille-Poste et Viry-Châtillon. Malheureusement, un jour de décembre 1909, il est renversé par un ‘‘vicomte en auto’’ en s’y rendant et son vélo est bien abîmé. Il écrit à sa sœur : « Je venais de Juvisy quand une auto a écrasé ma bicyclette (j’ai réussi à sauter). Le public m’a aidé à noter le numéro de l’auto et quelques personnes ont accepté d’être témoins. J’ai pu identifier le propriétaire de l’auto (c’est une vicomte, que le diable l’emporte) et maintenant je suis en procès avec lui, par l’intermédiaire d’un avocat. De toute façon, je n’aurais plus fait de bicyclette en cette saison : il fait froid ».


Lénine a un grand regret, celui de n’avoir pas connu son maître à penser Karl Marx mais, à la Bibliothèque russe de Paris, dirigée par un certain Charles Rappoport, d’origine franco-russe, il entre en contact avec Paul Lafargue, le gendre de Marx, membre de la Commission Administrative Permanente de la SFIO, le parti socialiste unitaire créé par Jean Jaurès en 1905. Les deux hommes, impliqués dans des combats parallèles, vont rapidement se lier d’amitié.

Paul Lafargue

Né à Cuba en 1842, Paul Lafargue compte parmi ses grand-parents un juif, une métisse créole et une caraïbe. « Le sang de trois races opprimées coule dans mes veines », dira-t-il. Etudiant en médecine à Paris en 1865, conquis par les idées socialistes, il milite si vigoureusement avec les étudiants blanquistes qu’il est chassé de l’Université et doit partir achever ses études de médecine à Londres. Dans la capitale britannique, il fréquente Karl Marx dont il devient le secrétaire. Marx, dont l’épouse Jenny est d’origine aristocratique, a trois filles qui ont reçu une éducation intellectuelle et sociale très poussée. La seconde, Laura, traductrice en anglais et en français des œuvres de son père, est une disciple ardente et convaincue de ce dernier. Paul et Laura se marient à Londres en 1868, reviennent en France juste à temps pour participer, à Paris et à Bordeaux, aux événements de la Commune, et doivent repartir vivre à Londres jusqu’à l’amnistie des Communards en 1880. Rentré en France, Paul Lafargue crée avec Jules Guesde le Parti Ouvrier Français, premier parti authentiquement marxiste, et parcourt les régions ouvrières pour y donner des conférences. Son activité politique et en faveur du droit syndical, notamment de la Journée du 1er Mai, lui valent plusieurs séjours en prison. Au cours de l’un d’eux, il écrit son ouvrage le plus célèbre, un pamphlet intitulé Le droit à la paresse, dans lequel il rend le monde ouvrier responsable de sa propre aliénation et préconise la réduction du temps de travail de 70 à . . . 25 heures par semaine (le but fixé par Lafargue n’est donc pas encore atteint). A Fourmies dans le Nord, le 1er mai 1891, la troupe tire sur des femmes et des enfants manifestant contre l’arrestation de grévistes et fait neuf morts. Lafargue, qui a tenu quelques jours plus tôt un meeting à Fourmies, est inculpé et condamné pour ‘‘incitation au meurtre’’ (un comble !) . Il est élu député de Lille pendant son incarcération et acquiert ainsi une grande célébrité populaire.

 


Friedrich Engels, issu d’un famille de riches industriels rhénans, vit à Londres et poursuit avec l’aide des Lafargue la publication des œuvres de Marx, après le décès de celui-ci. Il décède lui-même en 1894, léguant un quart de sa fortune à Laura Marx-Lafargue. Le couple Lafargue, qui a mené pendant trente ans une vie dramatique et misérable, décide de prendre un peu de repos et achète une belle propriété à Draveil, en Seine-&-Oise.
Celle-ci comprend une dizaine de pièces, de nombreuses dépendances, un parc et un jardin potager d’un hectare  . Ce domicile fera beaucoup jaser dans les milieux socialistes. Ne parlons pas de leurs adversaires ! Paul Lafargue reste cependant très actif au sein de la nouvelle SFIO, où il est chargé des relations avec les partis-frères allemand, anglais, roumain, hongrois, etc., avec l’assistance de son emblématique épouse, la ‘‘fille de Marx’’ comme on dit dans les milieux populaires.

La rencontre de Draveil


Lénine exprime à Paul Lafargue le vif désir de Nadia Kroupskaïa et de lui-même de faire la connaissance de Laura Marx. C’est ainsi qu’un beau dimanche de l’année 1910, Vladimir Ilitch et Nadia arrivent à bicyclette à Draveil3 . Cette journée est ainsi évoquée dans l’ouvrage de mémoires publié par Nadia Kroupskaïa, Ma vie avec Lénine : « Paul Lafargue et sa femme Laura, fille de Marx, habitaient Draveil, à 20 ou 25 kilomètres de Paris. A cette époque-là, ils se tenaient déjà à l’écart de l’activité pratique. Un jour, Ilitch et moi allâmes les voir à bicyclette. Les Lafargue nous accueillirent très aimablement. Ilitch parla avec Lafargue de son ouvrage philosophique tandis que Laura Lafargue m’emmenait faire un tour dans le parc. J’étais très émue : j’avais devant moi la fille de Marx ! Je la regardais avidement et dans ses traits, je cherchais malgré moi ceux de Marx. Toute confuse, je bégayais des choses incohérentes sur la Russie et la participation des femmes au mouvement révolutionnaire . . . »4.

3 Des amis ont offert à Lénine un vélo neuf !
4 Il est toujours possible de se promener dans le paisible et agréable parc de la maison Lafargue à Draveil en évoquant la rencontre de Nadia et Laura. S'adresser aux propriétaires qui sont très accueillants.


L’École de Longjumeau


i de 1911, Lénine et ses amis bolcheviks décident de créer à Paris une école pour assurer la formation politique d’ouvriers russes destinés à devenir de futurs cadres locaux du Parti, une sorte d’université marxiste. Pour échapper à la surveillance de la police secrète russe, l’Okhrana, qui a des agents dans toute l’Europe et n’hésite pas à recourir à des enlèvements ou des meurtres, ils décident d’implanter cette école dans une commune de banlieue animée, où le passage d’étrangers n’attirera pas trop l’attention.
Leur choix se porte sur la commune de Longjumeau, placée sur la fréquentée route de Paris et Orléans et bien desservie par le chemin de fer. L’école ouvre en mars 1911 au 17 Grande Rue, dans l’atelier de menuiserie d’un certain Léon Duchon, qui présente l’avantage de disposer d’une sortie de secours à l’arrière sur la rue Gustave Legrand. Deux mois plus tard, l’école est transférée dans deux autres locaux : au 60 et au 91 de la Grande Rue. Au 60, les cours sont donnés dans un atelier au fond de la cour ; Inessa Armand loue une partie de la maison et y loge des élèves.

Au 91, tout près de la rive de l’Yvette, Lénine, son épouse et sa belle-mère occupent un appartement dans la maison de M. Maire, fabricant de moutarde. La cour de cette maison présente l’avantage de permettre une sortie discrète par la rue des Écoles5. Le séjour des professeurs et des élèves a été étudié par l’Association Renaissance et Culture de Longjumeau, que nous citons ci-après : « Les élèves sont 18 ouvriers qui viennent de Saint-Pétersbourg, de Moscou, de Sormovo, d’Ekatérinoslav, de Nikopol, de Bakou, de Tiflis . . . Lénine avait recruté lui-même les professeurs : Zinoviev, Kamenev et Sémachko enseignèrent l’histoire du Parti Ouvrier Social Démocrate de Russie, Charles Rappoport, ami de Jean Jaurès, exposa l’histoire des luttes révolutionnaires en France, Riazanov l’histoire du mouvement ouvrier en Europe occidentale. Lunatcharski fit des conférences sur le droit constitutionnel et les questions budgétaires, Davidson sur le mouvement coopératif en Occident et Volski sur la technique du journalisme. Inessa Armand enseigna l’histoire du mouvement ouvrier en Belgique et dirigea un groupe qui se consacra à l’étude de l’économie politique. Quant à Lénine, il donna des cours d’économie politique, sur la question agraire et sur la conception matérialiste de l’Histoire ». La plupart des élèves de Longjumeau occuperont des postes importants durant la Révolution d’Octobre mais seront éliminés lors des purges staliniennes des années trente.


Nadia Kroupskaïa, qui trouvait Paris sale et sa population désagréable, se plut beaucoup à Longjumeau. Ainsi, le 26 août, elle écrit à une amie : « Volodia [diminutif de Vladimir] profite assez bien de l’été. Il s’est organisé pour travailler en plein champ, il fait beaucoup de bicyclette, se baigne et est satisfait de notre villégiature. Cette semaine, nous avons tous les deux roulé à bicyclette comme des fous. Nous avons fait trois promenades de 70 à 75 kilomètres chacune, nous avons parcouru trois forêts, c’était très agréable. Volodia adore ces randonnées où l’on part à six-sept heures pour rentrer tard dans la soirée ».



La fin des Lafargue


L’École de Longjumeau ne fonctionne qu’une saison et ferme le 30 août 1911. Lénine et les siens regagnent Paris où, comme les socialistes du monde entier, ils vont être trois mois plus tard, le 27 novembre, profondément éprouvés par l’annonce du double suicide des époux Lafargue. Au petit matin du dimanche 26 novembre, leur domestique découvre, dans leurs chambres respectives de leur maison de Draveil, les corps inanimés de Paul et Laura Lafargue. Selon l’enquête, Paul Lafargue avait fait une injection mortelle d’acide cyanhydrique à son épouse puis s’était lui-même suicidé par le même moyen. Il laissait un testament ainsi rédigé :
« Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse, qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces et physiques et intellectuelles, ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi-même et aux autres.
Depuis des années, je me suis promis de ne pas dépasser les 70 ans ; j’ai fixé l’époque de l’année pour mon départ de la vie et j’ai préparé le mode d’exécution de ma résolution : une injection hypodermique d’acide cyanhydrique.
Je meurs avec la joie suprême d’avoir la certitude que, dans un avenir prochain, la cause à laquelle je me suis dévoué depuis quarante-cinq ans triomphera. Vive le Communisme ! Vive le Socialisme International ! Paul Lafargue
» .

Cependant Laura n’avait laissé aucun document attestant de son adhésion à la décision de son époux et cet étrange silence a créé autour de la fin des Lafargue un malaise qui n’est toujours pas dissipé quatre-vingt quinze ans plus tard. Dans Ma vie avec Lénine, Nadia Kroupskaïa aborde le sujet : « Il prouvera bientôt, dit Laura de son mari, combien il est sincère dans ses convictions philosophiques, et les deux époux échangèrent un regard qui me parut bizarre. Je compris le sens de ces paroles et de ce regard plus tard, en apprenant la mort des Lafargue : ils se donnèrent la mort lorsque, la vieillesse venue, les forces leur manquèrent pour continuer la lutte ». Le couple était très uni mais jusqu’à quel point Laura, trois ans plus jeune que Paul, était-elle pleinement consentante ? Malgré ce point délicat, le suicide des Lafargue participe aux débats sur l’euthanasie et le droit de mourir dans la dignité qui agitent toujours la société française.

Les obsèques de Paul et Laura Lafargue au Père-Lachaise réunirent près de 20 000 personnes. Durant l’incinération de leurs corps, une dizaine de discours furent prononcés par les leaders socialistes venus de toute l’Europe. Au nom du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie (nom officiel du parti bolchevique), Lénine lut un long discours en français. Nadia Kroupskaïa nous révèle qu’il l’avait écrit en russe et qu’il avait été traduit par Inessa Armand. En voici quelques extraits :
« Tous les social-démocrates de Russie ont appris à estimer profondément Lafargue comme l’un des propagateurs les plus doués et les plus profonds du marxisme, dont les idées ont été brillamment confirmées par l’expérience de la lutte des classes dans la Révolution et la Contre-révolution russes ; C’est sous le signe de ces idées que s’est groupée l’avant-garde des ouvriers russes, qu’elle a, par sa lutte de masse organisée, porté un coup à l’absolutisme et qu’elle a défendu la cause du socialisme, la cause de la révolution, la cause de la démocratie, malgré toutes les trahisons, les hésitations et les tâtonnements de la bourgeoisie libérale.
[. . .]
Dans l’esprit des ouvrires social-démocrates russes, deux époques se rejoignaient dans la personne de Lafargue : l’époque où la jeunesse révolutionnaire de France marchait avec les ouvriers français, au nom des idées républicaines, à l’assaut de l’Empire, et l’époque où le prolétariat français, dirigé par les marxistes, menait la lutte des classes conséquente contre tout l’ordre bourgeois, se préparait à la lutte finale contre la bourgeoisie, pour le socialisme [. . .]
Pour nous, social-démocrates russes, qui avons subi l’oppression de l’absolutisme, imprégné de barbarie asiatique et qui avons eu le bonheur de puiser dans les œuvres de Lafargue et de ses amis, la connaissance directe de l’expérience et de la pensée révolutionnaire des ouvriers européens, il nous est maintenant évident que le triomphe de la cause, à laquelle Lafargue a consacré sa vie, approche rapidement. La révolution russe a ouvert l’époque des révolutions démocratiques dans toute l’Asie et 800 millions d’hommes participent maintenant au mouvement démocratique dans tout le monde civilisé. En Europe se multiplient de plus en plus les signes précurseurs de la fin de l’époque où dominait le parlementarisme bourgeois, soi-disant pacifique, époque qui cédera la place à celle des combats révolutionnaires du prolétariat, organisé et éduqué dans l’esprit des idées du marxisme, qui renversera le pouvoir de la bourgeoisie et instaurera l’ordre communiste ».

Lénine et Kroupskaïa quittèrent Paris en juin 1912 pour poursuivre leurs activités plus près de la frontière russe, à Cracovie, puis en 1914 depuis Genève et Zurich avant de rejoindre Petrograd en 1917 avec la complicité des autorités allemandes. On connaît la suite.

NB : Les urnes contenant les cendres de Paul et Laura Lafargue ont été déposées au Père-Lachaise dans la sépulture de leurs neveux Longuet (enfants de Jenny Marx-Longuet, soeur de Laura), face au Mur des Fédérés.


La fin de Lénine et d’Inès Armand


Beaucoup se sont étonnés de la décision fatale prise par Lafargue alors qu’il semblait encore en peine possession de ses capacités intellectuelles et physiques. Il a justifié la précipitation de son geste en expliquant que, s’il attendait l’apparition de signes tangibles de dégradation de sa santé, il n’aurait alors sans doute plus la force de passer à l’acte. Lénine avait admiré la fin de Lafargue et déclaré qu’il fallait l’imiter.
Cependant, frappé à cinquante-trois ans par une grave sclérose cérébrale (due au surmenage selon la version officielle), il ne le fit pas - ou ne put le faire - et il mourut paralysé et grabataire le 21 janvier 1924. Inès Armand, membre du comité féminin du comité central du parti bolchevique, avait pressenti les dangers de la Révolution et son évolution sanguinaire. Elle resta néanmoins envoûtée par le magnétisme de Lénine, écrivant à un ami : « C’est un hypnotiseur, je ne peux pas me détacher de lui, mais je vous conseille de prendre vos distances ». Frappée par le choléra lors d’une mission dans le Caucase, elle décéda en septembre 1920. Lénine ne surmonta jamais la douleur de sa disparition6.

6 Inès Armand est la seule française inhumée sur la Place Rouge, le long de la muraille du Kremlin.


Le film Lénine à Paris


En 1979, le metteur en scène russe Serge Youkevitch a réalisé un film intitulé Lénine à Paris, évocation poétique du séjour de Lénine en France et de sa liaison avec Inessa Armand. Les scènes d’extérieur ont été tournées sur les lieux même de l’intrigue : à Paris, Draveil et Longjumeau notamment. Les acteurs sont russes, à l’exception du rôle d’Inessa confié à la comédienne française Claude Jade. L’arrivée à bicyclette de Lénine et Nadia chez les Lafargue à Draveil a été reconstituée et la longue discussion politico-sentimentale de Lénine et d’Inessa sur un banc du Parc Montsouris est considérée par les cinéphiles comme une scène d’anthologie.
Le film, sorti en 1980, a fait une belle carrière en URSS, aux USA et en France dans les salles d’Art et d’Essai. La version française peut être visionnée à la demande en projection privée au Forum des Images de la Cinémathèque de Paris, au Forum des Halles.

Jacques Macé


- Bibliographie -

. Nadiejda Kroupskaïa, Ma vie avec Lénine, Payot, Paris, 1933.
. Georges Cogniot, Lénine à Paris, Editions Messidor, Paris, 1967.
. Georges Bardawil, Inès Armand, La deuxième fois que j’entendis parler d’elle, J.C. Lattès, Paris, 1983.
. Jacques Macé, Paul et Laura Lafargue, du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, L’Harmattan, Paris, 2001.
. Association Renaissance et Culture de Longjumeau, Lénine et l’École de Longjumeau, Le Citoyen,
magazine de la ville de Longjumeau, n° 130, juillet-août 2006.
. Vladimir Fedorowski, Le roman de la Russie insolite, Éditions du Rocher, 2004.
Un chapitre est consacré à Inès Armand, d’après des lettres extraites récemment des archives russes.

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 13:28

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http://www.slate.fr/story/73421/bombe-atomique-staline-japon-capituler?google_editors_picks=true

Le rôle de Staline est minimisé, celui de la destruction d'Hiroshima et Nagasaki grandi, parce que ça arrangeait Américains et Japonais. 70 années de politiques nucléaires seraient-elles fondées sur un mensonge?

- Le B-29 Superfortress Enola Gay atterrit sur la base de Tinian dans les iles Marianne après avoir largué sa bombe sur Hiroshima, , le 6 août 1945. REUTERS/U.S. Air Force/Handout -

L'utilisation de l’arme nucléaire par les Etats-Unis contre le Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale fait depuis toujours l’objet d’un débat vif en émotions. Au départ, rares étaient ceux qui remettaient en cause la décision prise par le président Truman de larguer deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Mais dès 1965, l’historien Gal Alperowitz affirmait que si les deux bombes avaient certes provoqué la fin immédiate de la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants japonais avaient l’intention de capituler et l’auraient probablement fait avant la date de l’invasion prévue par les Etats-Unis, le 1er novembre 1945. 

Larguer deux bombes atomiques n’était donc pas nécessaire pour gagner la guerre. Depuis 48 ans, d’autres historiens sont entrés dans l’arène: certains rejoignant Alperowitz et dénonçant les bombardements et d’autres affirmant avec véhémence que les bombardements étaient moraux, nécessaires et qu’ils ont contribué à sauver des vies humaines.


Mais ces deux écoles de pensée s’accordent toutefois sur le fait que les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, avec de nouvelles armes puissantes, ont poussé le Japon à capituler le 15 août 1945. Elles ne questionnent pas l’utilité du bombardement au premier chef –en se demandant, au fond, s’il a eu l’effet escompté? La vision orthodoxe de cet évènement consiste à dire que tel fut bien le cas: les Etats-Unis ont bombardé Hiroshima et Nagasaki le 6 et le 9 août et le Japon, craignant de nouvelles frappes, a finalement choisi de capituler. Cette vision de l’histoire est fortement enracinée. Mais elle pose trois problèmes majeurs qui, mis bout à bout, contredisent de manière significative l’interprétation de la capitulation japonaise.

Le calendrier

Le premier problème posé par cette interprétation traditionnelle est un problème de calendrier. Et c’est un problème sérieux. Le calendrier de l’interprétation traditionnelle est des plus limpides: l’US Army Air Force (USAAF) largue le 6 août une bombe atomique sur Hiroshima, en largue une deuxième trois jours plus tard sur Nagasaki et le lendemain, les Japonais signifient leur intention de capituler. On peut difficilement reprocher aux journaux américains de barrer leur une avec des titres du genre «Paix dans le Pacifique: Notre bombe l’a fait!»

Dans l’histoire d’Hiroshima, telle qu’elle est racontée dans la plupart des récits historiques américains, le jour de ce premier bombardement – le 6 août – constitue une sorte d’apothéose narrative. Tous les éléments de la narration pointent vers ce moment particulier: la décision de fabriquer la bombe, les recherches secrètes à Los Alamos, le premier test réussi, et le point culminant d’Hiroshima.

Mais il est impossible d’analyser de manière objective la décision du Japon de capituler dans le contexte historique de la construction de la bombe. Présenter cette décision comme partie intégrante de «l’histoire de la bombe», c’est déjà présumer du rôle central de la bombe dans la capitulation japonaise.

Du point de vue japonais, le jour le plus important de cette deuxième semaine du mois d’août n’est pas le 6 mais le 9 août. C’est ce jour-là que le Conseil Suprême se réunit et, pour la première fois depuis le début de la guerre, discute de la capitulation sans condition. Ce Conseil suprême est composé de six membres de premier plan du gouvernement – une sorte  de cabinet intérieur – qui dirige, de fait, le Japon en 1945.

 


Avant cette date, les dirigeants japonais n’ont jamais sérieusement envisagé la capitulation. La capitulation sans condition (que les Alliés exigent) est une pilule un peu trop dure à avaler. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont déjà en train d’organiser des tribunaux pour juger les criminels de guerre en Europe. Que se passerait-il s’ils décidaient de juger l’empereur – considéré au Japon comme une divinité? Que se passerait-il s’ils décidaient de se débarrasser de l’empereur et de changer complètement le mode de gouvernement? Quand bien même la situation semble très mauvaise à l’été 1945, les dirigeants du Japon n’envisagent pas d’abandonner leurs traditions, leurs croyances pas plus que leur mode de vie. Jusqu’au 9 août.

Que s’est-il donc passé pour qu’ils décident de changer d’avis si soudainement et si radicalement? Quel événement peut expliquer  qu’ils se réunissent pour envisager pour la première fois une capitulation après 14 ans de guerre? (Les Japonais sont en effet engagés en Chine depuis le début des années 1930, NdT.)

En aucun cas, il ne peut s’agir du bombardement de Nagasaki, qui a lieu en fin de matinée, le 9 août, soit après que le Conseil suprême a commencé ses discussions à propos d’une éventuelle capitulation. La nouvelle du bombardement n’est connue des dirigeants japonais qu’au début de l’après-midi – après que la réunion du Conseil suprême s'est soldée par une impasse et que décision a été prise de convoquer l’intégralité du cabinet pour reprendre la discussion. Si l’on se fonde sur le calendrier seul, Nagasaki ne peut en aucun cas avoir été la motivation des dirigeants japonais.

Un délai de trois jours entre bombardement et réunion d'urgence

Hiroshima n’est pas un très bon candidat non plus. Le bombardement a eu lieu 74 heures – plus de trois jours – avant. Quelle crise met trois jours à éclater? La caractéristique première d’une crise est son caractère de désastre imminent accompagné du désir pressent d’agir immédiatement par ceux qui y font face. Comment se pourrait-il que les dirigeants japonais aient considéré que le bombardement d’Hiroshima constituait une crise et qu’ils aient mis plus de trois jours avant de décider d’en parler?

Le président John F. Kennedy était assis dans son lit, en train de lire les journaux du matin quand, vers 8h45 du matin, le 16 octobre 1962, McGeorge Bundy, son conseiller à la Sécurité nationale fit irruption dans sa chambre pour l’avertir que l’Union soviétique était en train de déployer, dans le plus grand secret, des missiles nucléaires à Cuba. En moins de trois heures, une commission spéciale était mise sur pied, les membres choisis, contactés, dépêchés en urgence à la Maison blanche et se trouvaient déjà autour d’une table pour discuter de la marche à suivre.

Le président Harry Truman prenait des vacances à Independence, dans le Missouri quand, le 25 juin 1950, les troupes nord-coréennes franchirent le 38e parallèle et envahirent la Corée du Sud. Le Secrétaire d’Etat Acheson appela immédiatement Truman ce samedi matin-là pour l’en avertir. En moins de 24 heures, Truman avait traversé la moitié des Etats-Unis en avion et se trouvait en réunion à Blair House (la Maison Blanche était alors en rénovation) avec ses principaux conseillers militaires et politiques pour évoquer les suites à donner à cet événement.

Même le général George B. McClellan, commandant l’Armée du Potomac (Unioniste) en 1862, pendant la guerre de Sécession, et dont le président Lincoln disait tristement «C’est pas un rapide», ne mit pas plus de 12 heures à réagir quand lui fut présentée une copie des plans d’invasion du Maryland par l’armée du général Lee.

Ces chefs —comme les dirigeants de n’importe quel pays dans le monde– ont répondu immédiatement aux impératifs d’une crise. Ils ont pris des décisions critiques dans un laps de temps très court. Comment expliquer, dès lors, le comportement des dirigeants japonais? Si Hiroshima a réellement provoqué une crise qui poussa, au final, les Japonais à capituler après avoir mené la guerre pendant 14 ans, comment expliquer qu’il leur a fallu trois jours pour s’asseoir autour d’une table et en discuter? 

On pourrait arguer du fait qu’il existe des explications rationnelles à un tel délai. Peut-être ont-ils mis du temps à comprendre l’importance de ce bombardement? Peut-être n’ont ils pas su qu’il s’agissait d’une bombe nucléaire et que, ayant enfin compris et réalisé les effets terribles d’une telle arme, ils se sont finalement rendus à l’évidence que la capitulation était la seule issue possible? Le problème, c’est qu’une telle explication est en totale contradiction avec les éléments dont nous disposons.

Premièrement, le gouverneur d’Hiroshima fait, le jour même du bombardement, un rapport à Tokyo, indiquant qu’un tiers de la population a été tué au cours de l’attaque et que les deux tiers de la ville ont été anéantis. Cette information n’a pas changé au cours des jours qui ont suivi. Le résultat et les effets de ce bombardement sont donc connus dès le début. Les dirigeants japonais connaissent donc les effets de l’attaque dès le premier jour, et pourtant ils ne font rien.

Deuxièmement, le rapport préliminaire préparé par la petite équipe de militaire envoyée à Hiroshima pour faire un rapport sur le bombardement, et qui expose dans le détail ce qui s’y est déroulé, n’est rendu que le 10 août 1945. En d’autres termes, il n’arrive à Tokyo qu’alors que la décision de capituler a déjà été prise. Si un rapport verbal est bien délivré (aux militaires) dès le 8 août, les détails du bombardement ne sont connus que deux jours plus tard. La décision de capituler n’est donc pas fondée sur une appréciation profonde et précise de l’horreur d’Hiroshima.

Le Japon savait ce qu'était une bombe nuclaire

Troisièmement, les militaires japonais savaient, au moins de manière grossière, ce qu’était une arme nucléaire. Le Japon avait, lui aussi, un programme nucléaire. Plusieurs militaires japonais mentionnent, dans leurs journaux intimes, le fait que c’est une bombe nucléaire qui a détruit Hiroshima. Le général Anami Korechika, ministre de la guerre, s’entretient même avec les responsables du programme nucléaire japonais le soir du 7 août. L’idée que les dirigeants japonais n’aient jamais entendu parler de l’arme nucléaire ne tient pas.

Pour finir, un dernier point de calendrier pose un problème fondamental. Le 8 août, le ministre des Affaires étrangères Togo Shigenori se rend chez le Premier ministre Suzuki Kantaro et demande que le Conseil suprême soit réuni pour discuter du bombardement d’Hiroshima, mais ses membres déclinent. La crise n’a donc pas gonflé, gonflé, gonflé pour finir par éclater le 9 août. Toute tentative d’expliquer la décision des dirigeants japonais par le «choc» causé par le bombardement d’Hiroshima doit prendre en considération le fait qu’ils ont envisagé de se réunir le 8 août pour en parler, ont finalement décidé qu’il ne s’agissait pas de quelque chose d’important, avant de décider soudainement de se rencontrer le lendemain pour évoquer une capitulation.

Deux explications à un tel comportement viennent à l’esprit: soit ils ont succombé à une forme de schizophrénie collective, soit un autre événement les a poussé à parler de capitulation.

 


Une question d’échelle

D’un point de vue historique, l’utilisation de la bombe atomique peut apparaître comme l’événement singulier le plus important de la guerre. Mais du point de vue des Japonais de l’époque, le largage de la bombe sur Hiroshima ne se distingue guère d’autres événements. Il est après tout bien difficile de distinguer une goutte de pluie au beau milieu d’un ouragan. A l’été de 1945, l’USAAF est en train d’effectuer une des plus intenses campagnes de destruction de centres urbains de l’histoire mondiale. 68 villes japonaises sont bombardées, et toutes sont partiellement ou intégralement détruites.

On estime à 1,7 million le nombre de personnes sans-abris, à 300.000 le nombre de tués, et à 750.000 le nombre de blessés. 66 de ces villes ont été attaquées avec des bombes traditionnelles, deux avec des bombes atomiques. Les destructions engendrées par les attaques conventionnelles sont immenses. Nuit après nuit, durant tout l’été, des villes entières partent en fumée. Au beau milieu de cette avalanche de destruction, il ne serait étonnant qu’une attaque ait fait plus impression qu’une autre – quand bien même elle a été effectuée avec une arme d’un nouveau genre.

Un bombardier B-29 décollant des îles Mariannes pouvait emporter –en fonction de la localisation de la cible et de l’altitude du bombardement, entre 8 et 10 tonnes de bombes. Un raid moyen était composé de 500 appareils. Cela signifie donc qu’un raid conventionnel larguait, sur sa cible, l’équivalent de 4 à 5 kilotonnes de bombes. (Un kilotonne représente un millier de tonnes et est l’unité de mesure standard des armes nucléaires. La bombe d’Hiroshima était de 16,5 kilotonnes, celle de Nagasaki de 20 kilotonnes.) Si l’on part du principe qu’une telle quantité de bombes répartit la destruction de manière homogène (et donc plus efficace), tandis qu’une bombe unique dépense la majeure partie de son énergie au centre de l’explosion – et que l’onde de choc est atténue au fur et à mesure par les ruines qu’elle provoque, on pourrait affirmer que certains de ces raids conventionnels approchèrent le potentiel de destruction des deux bombes atomiques.

Le premier de ces raids conventionnels a lieu sur Tokyo dans la nuit du 9 au 10 mars 1945 et demeure encore aujourd’hui comme le raid le plus destructeur jamais effectué contre une ville. Environ 40 kilomètres carrés de la ville sont réduits en cendre. On estime à 120.000 le nombre de Japonais qui périrent dans cette attaque – le bilan le plus lourd d’un bombardement aérien effectué sur une ville.

Nous imaginons bien souvent, parce que c’est comme cela que l’histoire nous est racontée, que le bombardement d’Hiroshima fut bien pire. Nous avons tendance à nous imaginer que le nombre de victimes bat tous les records. Mais si l’on dresse un tableau des morts par raids sur les 68 villes japonaises bombardées par les Américains à l’été 1945, Hiroshima est deuxième en nombre de morts civils. Si l’on dresse une liste du nombre de kilomètres carrés détruits par raid, Hiroshima est quatrième. Si l’on dresse une liste du pourcentage de la ville détruit par raid, Hiroshima est 17e. Hiroshima est donc une attaque tout à fait dans la norme des attaques conventionnelles effectuées cet été-là.

66 villes détruites par des frappes conventionnelles

De notre perspective, Hiroshima apparaît singulier, extraordinaire. Mais si l’on se met à la place des dirigeants japonais au cours des trois semaines qui précèdent le bombardement d’Hiroshima, l’image est considérablement différente. Si vous aviez été un des principaux membres du gouvernement japonais, votre vision des bombardement des villes japonaises aurait été la suivante: au matin du 17 juillet, vous auriez appris qu’au cours de la nuit qui venait de s’écouler, quatre villes avaient été attaquées (Oita, Hiratsuka, Numazu et Kuwana). Oita et Hiratsuka étaient détruites à plus de 50%. Kuwana était détruite à plus de 75% et Numazu plus fortement encore, près de 90% de la ville étant réduit en cendres.

Trois jours plus tard, vous auriez appris, toujours à votre réveil, que trois nouvelles villes avaient été attaquées. Fuiki était à 80% détruite. Une semaine plus tard, trois nouvelles villes étaient attaquées dans la nuit, dont Ichinomiya, détruite à plus de 75%. Le 2 août, en arrivant à votre bureau, vous auriez appris que quatre nouvelles villes avaient été attaquées. Et les rapports indiqueraient que Toyama était détruite à 99,5%. La quasi-intégralité de la ville était rasée. Quatre jours plus tard, quatre autres villes étaient attaquées. Et le 6 août, une seule ville, Hiroshima, était attaquée, mais les rapports indiquaient que les dégâts étaient importants et qu’un nouveau type de bombe venait d’être utilisé. Quel pouvait être le poids d’une telle attaque au vu des destructions massives qui s’étaient déroulées au cours des semaines précédentes?

Au cours des trois semaines qui précèdent Hiroshima, 26 villes japonaises sont attaquées par l’USAAF. Huit de ces villes –soit presque un tiers— sont autant, sinon plus détruites (en termes de pourcentage de la ville détruit) qu’Hiroshima. Le fait que 68 villes japonaises aient été peu ou prou rayées de la carte au cours de l’été 1945 pose une question sérieuse aux personnes qui voudraient faire d’Hiroshima la cause de la capitulation du Japon. Cette question est la suivante: Si le Japon a capitulé après l’anéantissement d’une seule de ses villes, pourquoi n’a-t-il pas capitulé quand 66 autres de ses villes étaient anéanties?

Si les dirigeants japonais se sont rendus à cause de la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki, il serait logique de penser qu’ils se souciaient du bombardement des villes japonaises en général et que les attaques sur ces villes les poussèrent à accepter la capitulation. Mais il ne semble pas du tout que ce soit le cas. Deux jours après le bombardement de Tokyo de mars 1945, l’ancien ministre des Affaires étrangères Shidehara Kijuro exprime un sentiment qui semble traduire l’état d’esprit qui règne alors au plus haut sommet de l’Etat japonais. Shidehara affirme que «les populations vont progressivement s’habituer à être bombardées quotidiennement. Au fur et à mesure, leur sentiment d’unité et leur résolution ne feront que croître.» Dans une lettre envoyée à un de ses amis, il affirme qu’il est important que les citoyens japonais souffrent car «même si des centaines de milliers de non-combattants sont tués, blessés ou réduits à la famine, même si des millions d’habitations sont détruites ou incendiées», l’heure n’est pas encore venue de s’asseoir à la table des négociations. Il est bon de rappeler que Shidehara était un modéré.

 

Au plus haut niveau du gouvernement (au sein du Conseil suprême), les attitudes sont manifestement les mêmes. Si le Conseil Suprême discute de l’importance de la neutralité de l’Union soviétique, l’impact des bombardements des villes n’est pas évoqué en profondeur. Dans les comptes-rendus des réunions qui ont pu être préservés, les bombardements des villes ne sont jamais mentionnés, sauf en deux occasions. La première a lieu en mai 1945 et la seconde au cours de la discussion tous azimuts de la nuit du 9 août 1945. Au vu de ces documents, il est donc difficile d’imaginer que le bombardement des villes japonaises – comparé à d’autres évènements importants susceptibles de se dérouler lors d’une guerre – a pu avoir une quelconque signification.

Le 13 août, le général Anami remarque que les bombardements atomiques ne sont pas plus dangereux que les bombardements incendiaires auxquels les villes japonaises ont été soumises des mois durant. Si Hiroshima et Nagasaki ne sont pas pires que les bombardements incendiaires et si les dirigeants japonais ne prennent même pas le temps de les évoquer en profondeur, comment imaginer qu’Hiroshima et Nagasaki les ont poussés à capituler?

La signification stratégique

Si les Japonais n’étaient pas inquiétés par le bombardement de leurs villes en général et par le bombardement d’Hiroshima en particulier, quel était donc leur motif d’inquiétude? La réponse est simple: l’Union soviétique.

Les Japonais se trouvent dans une situation stratégique particulièrement délicate. Ils sont près de la fin d’une guerre qu’ils sont en train de perdre. La situation est mauvaise. L’armée demeure malgré tout puissante et bien approvisionnée. Près de 4 millions d’hommes sont sous les drapeaux et 1,2 million de ces soldats sont en garnison dans l’archipel du Japon.

Même les plus enragés des dirigeants japonais avaient parfaitement conscience que la guerre ne pouvait pas continuer. La question n’était donc pas de savoir si la guerre devait continuer mais comment faire en sorte qu’elle se termine dans les meilleures conditions possibles. Les Alliés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, d’autres nations – l’Union soviétique est, rappelons-le, neutre à ce moment-là) ont exigé une «capitulation sans condition». Les dirigeants japonais espèrent encore pouvoir éviter d’être jugés pour crimes de guerre, conserver la forme actuelle du gouvernement et conserver au moins une partie des territoires conquis: Corée, Viêt-Nam, Birmanie, parties de la Malaisie et de l’Indonésie et une bonne partie de l’Est de la Chine et de nombreuses îles du Pacifique.

Pour obtenir une capitulation plus avantageuse, les dirigeants japonais ont deux plans, ou plutôt, deux options stratégiques. La première est diplomatique. En avril 1941, le Japon a signé, avec l’Union soviétique, un pacte de neutralité de cinq ans qui est donc censé expirer en 1946. Un groupe majoritairement constitué de dirigeants civils et mené par le ministre des Affaires étrangères Togo Shinegori espère que Staline pourrait se laisser convaincre de servir d’intermédiaire en vue d’un accord entre les Etats-Unis et leurs alliés d’un côté et le Japon de l’autre.

Même si ce plan a finalement fait long feu, il démontre que les dirigeants japonais étaient capables d’une pensée stratégique cohérente. Il était après tout dans l’intérêt de l’Union soviétique de s’assurer que les termes de l’accord de paix ne seraient pas trop favorables aux Etats-Unis: toute montée en puissance de l’influence américaine en Asie et dans le Pacifique signifiait en retour une perte d’influence et de pouvoir pour les Russes.

Une armée japonaise encore forte en août 1945

Le second plan était militaire et la majorité de ses défenseurs, avec en tête le ministre de l’Armée, Anami Korechika, sont des militaires. Grâce aux troupes au sol de l’Armée impériale, ils espèrent infliger des pertes très lourdes aux Américains quand ils envahiront l’archipel japonais. S’ils y parviennent, ils pensent alors qu’ils seront en position d’obtenir des Etats-Unis des termes plus favorable à une cessation des hostilités. Ce second plan était lui aussi voué à l’échec. Les Etats-Unis ne démordaient pas de la capitulation sans condition. Malgré cela, dans de nombreux cercles de l’armée américaine, de nombreuses personnes estimaient que le coût d’une invasion du Japon était prohibitif. La stratégie du haut-commandement japonais n’était donc pas totalement déconnectée des réalités.

La meilleure manière de savoir ce qui, du bombardement d’Hiroshima ou de l’invasion et de la déclaration de guerre de l’Union soviétique au Japon, a provoqué la capitulation de ce dernier consiste à comparer la façon dont ces deux évènements ont affecté la situation stratégique. Après le bombardement d’Hiroshima, le 6 août, les deux options sont toujours viables. Il est toujours possible de demander à Staline de servir d’intermédiaire (et les notes du carnet de Takagi en date du 8 août montrent qu’au moins quelques-uns des dirigeants japonais se demandent quelle serait la meilleure manière d’impliquer Staline).

Il est encore possible d’espérer une dernière grande bataille et d’infliger des pertes sévères aux Américains. La destruction d’Hiroshima n’a en rien réduit l’état de préparation des troupes enterrées sur les plages des îles de l’archipel du Japon. Certes, de nombreuses villes ont été détruites derrières ces rives, mais ces soldats sont toujours bien installés dans leurs casemates, ont des munitions à foison et leur potentiel militaire n’a pas été affecté de manière significative. En d’autres termes, le bombardement d’Hiroshima ne change pas la donne stratégique et ne ferme aucune des deux options japonaises.

Mais l’impact de la déclaration de guerre des Soviétiques au Japon et l’invasion de la Mandchourie et de l’île Sakhaline est d’une toute autre nature. Une fois que l’union soviétique a déclaré la guerre, Staline ne peut plus servir d’intermédiaire – il est à présent un belligérant. L’option diplomatique est donc réduite à néant par la décision des Soviétiques. L’effet sur la situation militaire n’est pas moins dramatique. La plupart des troupes d’élites du Japon ont été déployées sur les rives sud des îles de l’archipel du Japon.

L'assaut soviétique sur Sakhaline, Hokkaido en ligne de mire

Les militaires japonais avaient (à juste titre) déterminé que le premier objectif des forces d’invasion américaine serait l’île de Kyushu, la plus au sud. L’ancienne armée du Kwantung, en Mandchourie, qui avait été l’armée d’élite du Japon, n’est plus que l’ombre d’elle-même: ses meilleures unités ont été rapatriées au Japon. Quand les Russes envahissent la Mandchourie, ils enfoncent les restes de cette armée d’élite. Et ce qui contraint la majorité des troupes russes à cesser leur offensive, c’est le manque d’essence.

La 16e Armée soviétique (forte de 100.000 hommes) se lance à l’assaut de la partie sud de l’île de Sakhaline. Sa mission consiste à nettoyer toute forme de résistance japonaise sur l’île puis, dans les deux semaines qui suivent, à se tenir prête à envahir Hokkaido, l’île la plus au nord de l’archipel japonais. L’unité en charge de la défendre Hokkaido, la 5e Armée territoriale, ne compte en tout et pour tout que deux divisions à deux brigades et est déployée dans un réseau fortifié élaboré sur la partie orientale de l’île. Le plan d’invasion soviétique prévoit un débarquement à l’ouest.

Nul besoin donc d’être un génie en matière militaire pour comprendre que s’il est possible (seulement possible) de libérer une bataille décisive face à UN SEUL adversaire attaquant dans une direction, il sera impossible de repousser deux grandes puissances attaquant simultanément et depuis deux directions opposées. L’entrée en guerre des Soviétiques invalide totalement la stratégie de la «bataille décisive» avancée par les militaires comme elle invalide la stratégie diplomatique voulue par les civils. D’un seul coup, les deux options japonaises sont évaporées. L’entrée en guerre de l’Union soviétique est donc stratégiquement décisive – elle anéantit les deux options japonaises – tandis que le bombardement d’Hiroshima (qui n’anéantit aucune des deux) ne l’est pas.

La déclaration de guerre de l’Union soviétique change une autre donnée: celle du temps qui reste pour manœuvrer. Les services de renseignements japonais affirment que les forces américaines ne seront pas en mesure d’envahir le Japon avant plusieurs mois (et ils ont raison, NdT). Les troupes soviétiques pourraient quant à elles mettre le pied sur l’archipel du Japon dans les dix jours à venir. L’invasion de la Mandchourie et de Sakhaline par les Soviétiques fait soudainement de la décision de mettre un terme aux hostilités une question d’une brûlante actualité.

Ce d’autant plus que les dirigeants japonais sont arrivés à cette conclusion quelques mois auparavant. Lors d’une réunion du Conseil suprême, en juin 1945, ils ont ainsi affirmé que l’entrée en guerre de l’Union soviétique «déterminerait le destin de l’Empire.» Le chef d’état-major adjoint de l’Armée, Torashiro Kawabe affirmait, au cours de la même réunion, que «le maintient de relations pacifiques avec l’Union soviétique est un impératif absolu pour la poursuite de la guerre.»

Il n'y a plus grand chose à détruire au Japon en août 1945

Les dirigeants du Japon ont fait montre d’un désintérêt constant à l’égard de la campagne de bombardement stratégique qui anéantissait leurs villes les unes après les autres. S’ils avaient certainement tort quand les bombardements commencèrent le mars 1945, au mois d’août, quand Hiroshima est frappé, ils ont sans doute raison de considérer ces attaques contre les populations civiles comme un épiphénomène du conflit, en terme d’impact stratégique. Quand Truman menaça publiquement le Japon d’une «pluie de destruction» s’il ne capitulait pas, rares étaient les Américains qui réalisaient qu’il n’y avait à ce moment-là plus grand chose à détruire au Japon. Le 7 août, quand Truman prononça son discours radiodiffusé, il ne restait plus que dix villes de plus de 100.000 habitants encore intactes.

Quand Nagasaki fut attaquée le 9 août, il n’en restait plus que neuf. Quatre d’entre elles étaient situées sur l’île d’Hokkaido, au nord, et étaient difficiles à bombarder en raison de la distance qui les séparait de l’île de Tinian où étaient basés les bombardiers américains. Kyoto, l’ancienne capitale du Japon, avait été ôtée de la liste des bombardements stratégiques par le Secrétaire à la Guerre Henry Stimson, pour des raisons religieuses et symboliques. Malgré l’aspect inquiétant de la menace de Truman, une fois Nagasaki bombardée, il ne reste plus que quatre grandes villes japonaises à portée immédiate d’une bombe atomique américaine.

Le caractère intensif et étendu de la campagne de bombardement de l’USAAF peut être apprécié par le fait qu’ayant à tel point bombardé les grandes villes japonaises, les Américains en étaient réduits, si l’on peut dire, à bombarder des villes de 30.000 habitants ou moins. Dans le monde moderne, une ville de 30.000 habitants n’est plus considérée comme une grande ville.

Certes, il demeurait possible de bombarder de nouveau des villes ayant déjà été bombardées par des bombes incendiaires. Mais ces cités étaient, en moyenne, déjà détruites à 50%. Les Etats-Unis auraient également pu larguer des bombes atomiques sur des villes plus petites (dont la population était comprise entre 100.000 et 30.000 habitants) et qui n’avaient pas encore été bombardées. Si l’on se souvient que 68 villes japonaises avaient déjà été très fortement bombardées et que ces destructions avaient été accueillies par des haussements d’épaule de la part de la population japonaise, il n’est pas étonnant que les dirigeants japonais n’aient guère été impressionnés par la menace de nouveaux bombardements. Cela n’avait rien de menaçant sur le plan stratégique.

Une histoire commode

Malgré l’existence de ces trois objections majeures, l’interprétation traditionnelle demeure fortement ancrée dans les esprits, et particulièrement aux Etats-Unis. On constate une forte réticence à regarder les faits en face. Mais cela est-il vraiment étonnant? Il convient sans doute de rappeler à quel point l’explication traditionnelle du bombardement d’Hiroshima est commode émotionnellement - pour les Américains, bien sûr, mais aussi pour les Japonais. Les idées peuvent persister parce qu’elle sont vraies, mais il arrive parfois qu’elles persistent parce qu’elles sont satisfaisantes sur le plan émotionnel: elles satisfont un besoin psychique. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’interprétation traditionnelle d’Hiroshima a aidé les dirigeants japonais à atteindre un certain nombre d’objectifs politiques, tant à l’intérieur qu’à l’international.

Il suffit, pour le comprendre, d’endosser pour un temps les habits de l’empereur. Vous avez lancé votre pays dans une guerre désastreuse. Votre économie est en lambeaux. Près de 80% de vos villes ont été bombardées et incendiées. Votre armée a subi une suite de défaites humiliantes. Votre marine de guerre a été presque anéantie et demeure confinée dans ses ports. La famine guette. La guerre, pour faire court, a été une catastrophe et, pire que tout, vous avez menti à vos sujets sur l’état réel de la situation. L’annonce de la capitulation risque bien de les prendre totalement au dépourvu.

Que faire? Admettre que vous avez lamentablement échoué? Publier in communiqué indiquant que vous vous êtes trompé sur toute la ligne, avez répété de nombreuses erreurs et provoqué la ruine de la nation? Ou alors, vous pourriez tenter d’expliquer la défaite par une avancée scientifique miraculeuse et dont personne ne pouvait prévoir qu’elle allait se produire? En faisant de la bombe atomique la responsable la défaite, il était alors possible de balayer toutes les erreurs et toutes les mauvaises appréciations sous le tapis.

La bombe atomique était tout simplement l’excuse parfaite pour expliquer la défaite. Nul besoin d’avoir à déterminer les responsabilités de chacun; nul besoin de mettre sur pied une commission d’enquête. Les dirigeants japonais pouvaient affirmer ouvertement qu’ils avaient fait de leur mieux. Au plus haut sommet de l’Etat, la bombe a donc servi à faire en sorte que les dirigeants ne soient pas tenus responsables de la défaite.

Les avantages d'une défaite par la bombe nucléaire

Mais attribuer la défaite du Japon à la bombe avait trois autres avantages politiques. Premièrement, cela permettait de conserver à l’empereur toute sa légitimité. Si la guerre n’avait pas été perdue en raison de ses erreurs mais en raison de l’apparition soudaine d’une arme miracle chez l’ennemi, l’empereur pouvait conserver du soutien au sein du Japon.

Deuxièmement, elle permettait de s’attirer une certaine sympathie sur le plan international. Le Japon avait mené une guerre d’agression et s’était montré d’une brutalité inouïe à l’égard des peuples conquis. Son comportement risquait fort de la placer au ban des nations. Mais présenter soudain le Japon comme une nation victime –une nation qui avait été injustement bombardée par une arme de guerre aussi cruelle que monstrueuse- permettait de reléguer au second plan une bonne partie des actes répugnants commis par les soldats japonais. Attirer l’attention sur les bombardements atomiques permettait donc de présenter le Japon sous une lumière plus sympathique et d’atténuer considérablement le soutien aux partisans des sanctions les plus dures.

Enfin, dire que c’est la bombe atomique qui avait gagné la guerre ne pouvait que plaire aux vainqueurs américains. L’occupation américaine du Japon ne cessa officiellement qu’en 1952 et durant l’intervalle, les Etats-Unis eurent tout le loisir de changer ou remodeler la société japonaise à leur convenance. Aux premiers temps de l’occupation, de nombreux dirigeants japonais craignaient que les Américains n’abolissent l’institution impériale. Et pas seulement. Bon nombre des plus importants dirigeants du Japon craignaient fort d’être jugés pour crimes de guerre (le tribunal de Nuremberg était déjà constitué quand le Japon capitula).

L’historien japonais Asada Sadao affirme que lors des nombreux entretiens accordés après la guerre, «les dirigeants japonais… font tout leur possible pour s’attirer la sympathie de leurs interlocuteurs américains». Si les Américains voulaient entendre que c’était bien la bombe qui avait provoqué la capitulation japonais, pourquoi les décevoir?

Attribuer la fin de la guerre à la bombe atomique servait donc les intérêts japonais de multiples façons. Mais cela servait également les intérêts américains. Si la bombe avait permis de gagner la guerre, la perception de la puissance militaire américaine se trouvait renforcée, l’influence diplomatique des Etats-Unis en Asie et dans le monde ne pouvait qu’augmenter et la sécurité des Etats-Unis se trouvait également renforcée. Les deux millions de dollars dépensés pour fabriquer la bombe n’avaient pas été dépensés en vain.

A l’inverse, si l’on admettait que c’était l’entrée en guerre de l’Union soviétique qui avait provoqué la capitulation du Japon, et qu’on laissait les Soviétique proclamer qu’ils étaient parvenu en deux jours à obtenir ce que les Américains n’étaient pas parvenus à obtenir en quatre ans, la perception de la puissance militaire soviétique et l’influence de sa diplomatie s’en seraient trouvées renforcées. Une fois la Guerre froide commencée, affirmer que l’entrée en guerre de l’Union soviétique avait été le facteur déterminant dans la capitulation japonaise n’aurait fait que conforter et aider l’ennemi.

Et tout ceci nous pose une question particulièrement troublante. Notre connaissance d’Hiroshima et de Nagasaki détermine, depuis près de 70 ans, la vision que nous avons des effets du nucléaire. Ces événements constituent, en quelque sort, le socle de toute pensée de dissuasion nucléaire. C’est à cause d’Hiroshima que nous tenons l’arme atomique pour une arme différente des autres, à cause d’Hiroshima que notre vision d’une telle bombe est celle d’une apocalypse à laquelle rien ne peut être comparée. Hiroshima sert d’unité de mesure de la menace nucléaire, une menace qui est pour la première fois énoncée quand Truman évoque la «pluie de destruction» qui va s’abattre sur le Japon. Hiroshima et Nagasaki sont la clé de voûte de l’aura de puissance qui nimbe les armes atomiques et en font des armes d’un poids écrasant dans les relations internationales.

Mais que penser de tout cela si l’histoire traditionnelle du bombardement d’Hiroshima est remise en cause? Hiroshima est l’épicentre de la pensée atomique. Mais l’histoire que nous nous racontons semble bien éloignée des faits. Que devons-nous penser des armes atomiques si leur premier effet connu —le miracle de la capitulation japonaise— s’avère être un mythe?

 

 

Ward Wilson


Traduit par Antoine Bourguilleau

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 19:11

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http://www.lexpressiondz.com/linformation_en_continue/175416-des-moudjahidine-appellent-a-baptiser-une-institution-ou-une-structure-publique-du-nom-du-chahid-henri-maillot.html

 

 

Plusieurs moudjahidine ont appelé samedi à Alger à baptiser une institution ou une structure publique du nom d'Henri Maillot (1928-1956), en hommage à cet homme qui s'est sacrifié pour que vive l'Algérie libre et indépendante.


Des moudjahidine qui se sont recueillis au cimetière chrétien à El Madania à la mémoire d'Henri Maillot, à l'occasion du 57é anniversaire de sa mort, ont souligné « le nationalisme et l'humanisme » de cette personnalité algérienne d'origine européenne qui « a cru en la justesse de la cause algérienne et contribué grandement à la glorieuse révolution du 1er novembre ».

A cette occasion, des moudjahidine et des moudjahidate qui ont connu le chahid, ainsi que des personnalités nationales et la sœur du défunt Yvette Maillot ont observé une minute de silence à la mémoire du défunt et déposé une gerbe de fleur sur sa tombe.

Dans une brève allocution, Yvette Maillot a remercié les présents, affirmant « l'attachement » de son frère à l'Algérie et à son peuple.

Pour sa part, le moudjahid Félix Colozzi a qualifié le défunt de « personnalité brave et exceptionnelle », s'étonnant que « beaucoup de jeunes ne connaissent pas à ce jour les hommes valeureux de la révolution algérienne et les sacrifices qu'ils ont consentis pour ce pays ».

Quant au moudjahid Tahar Hocine, compagnon d'armes et le voisin de Maillot au quartier El Madania (ex-Clos Salembier), il a insisté sur le rôle « nationaliste » joué par Maillot lors de la guerre de libération, rappelant qu'il a détourné un camion d'armes le 4 avril 1956 alors qu'il était militant au sein du Parti communiste algérien (PCA).

Dans son témoignage, le moudjahid Hadj Mustapha qui habitait le même quartier que le défunt a mis l'accent sur l'humanisme de cette personnalité, ajoutant qu'outre son nationalisme et son attachement à l'Algérie, Henri Maillot était un journaliste amateur de musique et de sport, notamment de football ».

Le président de l'Association nationale des anciens condamnés à mort, M. Mustapha Boudina a cité une « longue liste » d'Algériens d'origine européenne qui ont grandement contribué à la révolution algérienne à l'instar d'Henri Maillot, Pierre Chaulet, Maurice Audin et autres.

Né à Alger en octobre 1928, Henri Maillot a fait ses études primaires à l'école publique du quartier d'El Madania (ex-Clos Salembier), avant d'intégrer en 1943 la jeunesse communiste d'Alger où il joua un rôle de tout premier ordre au sein du PCA.

 En 1947, Il est diplômé de l'Ecole supérieure du commerce d'Alger tout en militant au sein de l'organisation des étudiants algériens à l'époque, avant de rejoindre l'école militaire de Cherchell d'où il sort avec le grade d'aspirant.

En 1953, Maillot entre au journal Alger-Républicain aux côtés d'autres militants communistes.

Henri Maillot est tombé au champ d'honneur le 5 juin 1956 dans une embuscade tendue par les supplétifs (harkis) de l'armée française, menée par le Bachagha Boualem, dans la région d'El Karimia (Chlef).

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