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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 19:08

En mai 1941, alors que les troupes japonaises occupaient le Vietnam, se tint le 8ème plénum du Comité central du Parti Communiste Indochinois. Considérant la situation du Vietnam, les dirigeants du Parti donnèrent la priorité à la lutte de libération nationale et créèrent la Ligue pour l’indépendance nationale, appelée Front Viet Minh.
Les principaux mots d’ordre étaient: unir tout le peuple, résister aux Japonais et aux Français, reconquérir
l’indépendance Expliquant cette politique d’unité nationale contre l’invasion japonaise et le colonialisme français, Vo Nguyen
Giap affirmait: «Le Parti s’est consacré tout entier à ce travail, au rassemblement de toutes les forces nationales,
à l’élargissement et à la consolidation d’un front national unifié, le Front Vietminh puis le Front Lien Viet qui
fut un magnifique exemple de la plus large union des couches populaires dans la lutte anti-impérialiste dans un pays
colonial. Ce front rassemblait en effet les forces patriotiques de toutes les classes et de toutes les couches
sociales, voire des propriétaires terriens progressistes, toutes les nationalités du pays, majoritaires comme
minoritaires ; les croyants patriotes de toutes les confessions religieuses» [1].

Après la défaite de l’Allemagne et du Japon, en août 1945, le Viet Minh mit sur pied un programme d’action,
comprenant l’ordre d’insurrection générale et une Assemblée des délégués de la nation pour lutter contre le
colonialisme français. La «Révolution d’Août» était en marche. Le 2 septembre 1945, Ho Chi Minh, à la tête du
gouvernement, proclama l’indépendance de la République Démocratique du Vietnam.

Le 12 septembre 1945, alors que les Vietnamiens avaient livré une dure bataille contre l’occupant japonais,
Ho Chi Minh, proclamait l’insurrection contre le colonialisme français. Dans son appel au soulèvement, le leader
vietnamien rappelait l’iniquité de la colonisation: «pendant plus de quatre-vingts années, les colonialistes français,
abusant du drapeau de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, ont violé notre terre et opprimé nos compatriotes.
Leurs actes vont directement à l’encontre des idéaux d’humanité et de justice. Dans le domaine politique, ils nous
ont privés de toutes les libertés. Ils nous ont imposé des lois inhumaines» [2].

Avec cet appel à l’insurrection, le temps de la domination française était définitivement révolu. Ho Chi Minh affirmait:
«notre peuple a brisé toutes les chaînes qui ont pesé sur nous durant près d’un siècle, pour faire de notre Viêt-nam un
pays indépendant […]. Pour ces raisons, nous, membres du gouvernement provisoire, déclarons, au nom du peuple du Viêt-nam
tout entier, nous affranchir complètement de tout rapport colonial avec la France impérialiste […]. Tout le peuple du
Viêt-nam, animé d’une même volonté, est déterminé à lutter jusqu’au bout contre toute tentative d’agression de la part
des colonialistes français» [3].

Enfin, Ho Chi Minh concluait son appel à l’insurrection en affirmant la résolution du peuple vietnamien à lutter pour son
indépendance: «nous, membres du gouvernement provisoire de la République démocratique du Viêt-nam, proclamons solennellement
au monde entier: Le Viêt-nam a le droit d’être libre et indépendant et, en fait, est devenu un pays libre et indépendant.
Tout le peuple du Viêt-Nam est décidé à mobiliser toutes ses forces spirituelles et matérielles, à sacrifier sa vie et ses
biens pour garder son droit à la liberté et à l’indépendance» [4].

Après cet appel, sous prétexte de désarmer les troupes japonaises, les armées étrangères aidèrent les français à reconquérir
le pays. Les forces armées anglaises envahissaient le Sud du Viet Nam alors qu’au Nord, les troupes du Kouo-Min-Tang chinois
faisaient leur entrée en territoire vietnamien. Leur but était de briser le Viet Minh et toute forme de résistance à
l’impérialisme.

Face à cette offensive, le gouvernement vietnamien lança le mot d’ordre: «Résistance de longue durée». Toutefois, l’insurrec
tion du Viet Minh n’éclata véritablement que le 19 décembre 1946, à la suite du bombardement par la France du port d’Haiphong
le 23 novembre de la même année et de l’entrée des troupes françaises à Hanoi. Ho Chi Minh lança la reconquête de la ville mais
l’affrontement tourna rapidement à la guerre de guérilla. Le Général Vo Nguyen Giap prit la tête d’une armée de 60 000 hommes.
Ce fut le combat du tigre et de l’éléphant annoncé par Ho Chi Minh. Le tigre tapi dans la jungle harcelait l’éléphant figé qui
peu à peu se vidait de son sang et mourrait d’épuisement.

Selon Ho Chi Minh, «la guérilla n’a pas pour but de gagner de grands combats, mais plutôt de grignoter les forces de l’ennemi,
de lui couper l’appétit et le sommeil, de l’éreinter, l’user moralement et matériellement pour finir par l’anéantir. Faire en
sorte que, partout où il met les pieds, l’ennemi soit aux prises avec nos guérilleros, qu’il tombe sur une mine, essuie quelques
coups de feu» [5].

Durant cette guerre de guérilla, Ho Chi Minh appelait les hommes en arme à rester liés à la population pour y demeurer comme des
«poissons dans l’eau»: «Rester étroitement uni à la population, c’est travailler à gagner son cœur, sa confiance, c’est faire
en sorte qu’elle vous estime et vous aime. À cette condition, tout travail, si difficile soit-il, pourra être mené à bien et nous
remporterons sans faute la victoire. Pour cela, il faut défendre la population, l’aider et l’éduquer» [6].

 Toutefois, pour le leader vietnamien, le révolutionnaire ne devait pas seulement éduquer le peuple mais s’auto-éduquer au contact
du peuple. L’action quotidienne, la lutte, devait être des sources permanentes d’éducation pour les militants.


Cette défense de la population, cette volonté d’éducation populaire et d’auto-éducation reposaient sur des impératifs moraux
exigeants. Dans un texte sur la moralité révolutionnaire, Ho Chi Minh expliquait: «Dans l’ancienne société, les féodaux et les
propriétaires terriens, les capitalistes et les impérialistes opprimaient et exploitaient sans merci les autres couches sociales,
notamment les ouvriers et les paysans. Ils accaparaient le bien public produit par la société pour mener une vie oisive et dorée.
Mais ils n’avaient à la bouche que les vocables de «moralité», de «liberté», de «démocratie», etc. Excédés de l’oppression et de
l’exploitation, les ouvriers, les paysans et les autres travailleurs se sont dressés pour faire la révolution afin de se libérer
et de transformer l’ancienne société si laide en une société nouvelle meilleure où tous les travailleurs connaîtront une vie
heureuse et d’où sera bannie l’exploitation de l’homme par l’homme» [7].

Sur le plan moral, pour Ho Chi Minh, «l’aspect le plus négatif et le plus dangereux en est l’individualisme. L’individualisme
est l’antipode de la moralité révolutionnaire. Pour aussi peu qu’il reste en vous, il attend l’occasion propice pour se développ
er, pour éclipser la moralité révolutionnaire, afin de nous empêcher d’être entièrement dévoués à la lutte pour la cause révolution
naire. L’individualisme est quelque chose de fourbe et de perfide : il engage insidieusement l’homme sur une pente fatale» [8].

Ho Chi Minh ajoutait: «Celui qui possède la moralité révolutionnaire n’a pas peur, ne se laisse pas intimider et ne recule pas
devant les difficultés, les épreuves et les échecs. Pour l’intérêt commun du Parti, de la révolution, de la classe, du peuple et
de l’humanité, il n’hésite pas à sacrifier tout intérêt personnel. S’il le faut, il fait sans regret le sacrifice de sa vie.
C’est là la manifestation la plus évidente, la plus noble de la moralité révolutionnaire. […] Celui qui possède la vertu
révolutionnaire reste simple, modeste, prêt à accepter de nouvelles épreuves, même quand les circonstances lui sont favorables ou
qu’il remporte des succès» [9].

Cette morale révolutionnaire devait s’incarner dans l’action de militant du Viet Minh mais l’encerclement du Vietnam rendait
difficile leur lutte contre l’armée française. La prise du pouvoir par Mao Zedong, en Chine en 1949, permit au Viet Minh, jusque
là isolé sur le plan diplomatique et militaire, de recevoir l’aide de Pékin dans sa lutte pour l’indépendance. L’Armée Populaire
du Vietnam reçut des équipements militaires lourds, tel que des pièces d’artilleries et des camions. Du fait de l’appui de la
Chine, la France transforma sa guerre coloniale en croisade anticommuniste, pour la «Défense de l’Occident sur le Rhin et le
Mékong », recevant l’aide des Etats-Unis.

L’aide chinoise permit au Viet Minh de libérer la zone nord en 1950, rendant l’acheminement d’armes plus aisé. Ainsi, le Viet
Minh avait l’initiative des opérations sur tous les fronts dans le Nord Vietnam. En février 1952, après la libération de Hoa Binh
où plus de 20 000 hommes combattaient depuis novembre 1951, les bases de guérilla du delta du Fleuve Rouge s’étaient élargies.
Le Viet Minh avait récupéré l’une après l’autre, de vastes régions du Nord-Ouest.

Devant les victoires répétées de la résistance vietnamienne, l’armée française était sur la défensive. Selon le Général Vo Nguyen
Giap, l’armée française et ses soutiens américains étaient contraints de réagir: «Réduit à la défensive, l’ennemi se trouvait
dans une situation qui ne cessait d’empirer. Les impérialistes français et américains se rendaient compte de plus en plus que,
pour sauver la situation, il leur fallait amener des renforts, changer de commandement, réviser le plan de guerre» [10].

Dans cette perceptive, le Général Henri Navarre mit au point un plan visant à anéantir en dix-huit mois la majeure partie des
forces régulières du Viet Minh et à reconquérir l’ensemble du territoire vietnamien qui devait être transformé en base arrière de
l’impérialisme occidental en Asie. Dans un premier temps, le plan prévoyait de regrouper des unités mobiles de l’armée française
pour attaquer et épuiser les forces régulières du Viet Minh dans le delta du Fleuve Rouge et l’occupation de Dien Bien Phu pour
transformer la zone occupée du Nord-Ouest en une solide base opérationnelle. A l’automne 1954, le général Navarre commença à
mettre en œuvre son ambitieux plan stratégique.

Le Général Navarre fit déclencher de violentes opérations de ratissage dans la zone occupée du delta. Il lança une série
d’attaques dans les régions de Ninh Binh et Nho Quan, menaça Thanh Hoa et Phu Tho et parachuta des troupes à Lang Son. A la tête
de 15 000 hommes, le Général Henri Navarre décida d’attirer les troupes vietnamiennes sur un terrain de son choix en vue de les
détruire. Le 20 novembre 1954, commença l’offensive dans la région montagneuse du haut Tonkin. Les parachutistes français
sautèrent derrière les lignes du Viet Minh et installèrent un camp retranché à Dien Bien Phu, comme le prévoyait le «plan Navarre».

 Face à ce déploiement de force, le Général Vo Nguyen Giap mit au point une contre-offensive visant à
«concentrer nos forces pour passer à l’offensive sur des secteurs stratégiques importants où l’ennemi
 se trouvait relativement à découvert, anéantir ainsi une partie de ses forces vives tout en l’obligeant
 à disperser ses effectifs pour parer à nos coups en des points névralgiques qu’il devait conserver à
tout prix» [11].

Les Vietnamiens qui avaient évacué le gros de leur troupe du delta pour les concentrer dans le Nord-Ouest,
commencèrent à encercler le camp de Dien Bien Phu en transportant à travers la jungle de l’artillerie
lourde et du ravitaillement pour des milliers de combattants. 260.000 hommes de main et 20.000 bicyclettes
furent ainsi mis à contribution. Les Vietnamiens ceinturèrent le camp Dien Bien Phu en creusant
350 kilomètres de tranchées. Expliquant cette stratégie, le Général Giap affirmait: «Nous avons encerclé
l’ennemi et poursuivi nos préparatifs durant trois mois sans désemparer» [12].

Finalement, le 13 mars 1954 le Général Giap se décida à lancer l’offensive contre les troupes françaises. Les combattants
vietnamiens assiégèrent le camp et prirent les fortins qui l’entouraient un à un. Le Général Giap, expliquant le problème tactique
auquel il devait faire face, écrivait: «Nous l’avons résolue en appliquant la tactique des attaques progressives, concentrant
chaque fois nos forces de façon à obtenir la suprématie en un point, tout en neutralisant autant que possible l’action de
l’artillerie et des groupements mobiles ennemis. Nous créions ainsi les conditions pour enlever un à un les centres de résistance
ou pour annihiler dans une seule attaque une portion du système défensif comprenant plusieurs de ces centres à la fois » [13].

L’assaut final fut donné le 7 mai 1954 et le cessez le feu fut déclaré à 17h 30. Ce jour là, les troupes coloniales françaises
furent littéralement écrasées par l’Armée Populaire du Vietnam. Cette victoire eut un retentissement dans l’ensemble des pays
colonisés et soumis à l’impérialisme. La victoire de Dien Bien Phu transforma le Vietnam en ce que Frantz Fanon appelait
un «territoire-guide», c’est-à-dire un territoire en lutte ou libéré qui devient un modèle de résistance pour l’ensemble des
peuples opprimés. La victoire d’un peuple colonisé en un point déterminé devient une invitation à la lutte pour l’ensemble des
peuples dominés.

Ainsi toute victoire d’un peuple colonisé renforce l’ensemble des mouvements anti-impérialistes en raffermissant la volonté de
libération nationale des peuples des Trois Continents. Relatant l’influence de la victoire du Viet Minh sur les nationalistes
Algériens, Benyoucef Ben Khedda rappelait que le 7 mai 1954 «l’armée d’Ho Chi Minh inflige au corps expéditionnaires français
au
Vietnam l’humiliant désastre de Dien Bien Phu […]. Cette défaite, cuisante pour la France, agit en puissant détonateur sur tous
ceux qui pensent que l’option de l’insurrection à court terme est désormais l’unique remède, la seule stratégie possible […].
L’action directe prend le pas sur toutes les autres considérations et devient la priorité des priorités» [14].

Ainsi, dans la lutte de libération nationale contre l’oppresseur occidental, les peuples colonisés découvrent, par delà leurs
différences culturelles et leur éloignement géographique, la solidarité concrète qui les unis et la nécessaire interdépendance des
mouvements de lutte contre le colonialisme et l’impérialisme. Commémorant la victoire de Dien Bien Phu, le Général Vo Nguyen Giap
expliquait l’exemplarité de la victoire vietnamienne sur l’impérialisme français: «Dien Bien Phu nous a appris qu’une nation
faible, qu’une armée populaire qui se dressent unies et résolues dans la lutte pour l’indépendance et la paix sont capables de
vaincre toute les formes d’agression quelles qu’elles soient, même celle d’une puissance impérialiste telle que la France
épaulée par les Etats-Unis » [15].

Le Général Giap concluait en rappelant la valeur symbolique de la victoire de Dien Bien Phu pour l’ensemble des peuples victimes
de l’impérialisme et du colonialisme: «Dien Bien Phu est non seulement une victoire pour notre peuple, elle est encore une victoire
pour tous les peuples faibles en lutte pour se débarrasser du joug des impérialistes et des colonialistes» [16].

Youssef Girard

[1] Giap Vo Nguyen, Guerre du peuple, armée du peuple,
[2] Ho Chi Minh, L’appel à l’insurrection, 12 septembre 1945
[3] Ibid.
[4] Ibid.
[5] Ho Chi Minh, Sur la guerre de guérilla, juillet 1952
[6] Ibid.
[7] Ho Chi Minh, De la moralité révolutionnaire
[8] Ibid.
[9] Ibid.
[10] Giap Vo Nguyen, Dien Bien Phu
[11] Ibid.
[12] Ibid.
[13] Ibid.
[14] Ben Khedda Benyoucef, Les origines du premier Novembre 1954, Ed. CNER, Alger, 2004, page 237
[15] Giap Vo Nguyen, Dien Bien Phu
[16] Ibid.
 
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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 21:00

http://petitdemangecuny.canalblog.com/

Michel J. Cuny - Entretiens avec Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Ilitch Lénine, Éditions Paroles Vives, 2008, 478 pages, 29 euros (port compris).

 

   Cet ouvrage est constitué d'une série de quatorze entretiens qui s'échelonnent sur une période allant de 1848 à 1918. Il fait apparaître, tour à tour, Karl Marx (à 5 reprises), Friedrich Engels (4), Vladimir Ilitch Lénine (5). Les propos que ceux-ci tiennent sont tirés - dans le mot à mot de la traduction française et avec toutes les références nécessaires - de leurs livres, correspondances ou articles de presse, en respectant les concordances de temps entre la date de rédaction des textes choisis et la date des conversations où ils apparaissent.

   En face de Marx, puis d'Engels, voici Anselme, un des acteurs anonymes de la révolution de 1848 et de la Commune de Paris ; et, bien plus tard, voici Germain, son petit-fils, en face de Lénine...

   Retenons trois échanges significatifs :

   (À Bruxelles, le 24 janvier 1848)

   Anselme : - Mais, puisque les communistes ne songent pas à mettre en cause les biens personnels de l'ouvrier, ne peut-on leur refuser le droit de s'en prendre à ces mêmes biens personnels que sont les capitaux?

   Karl Marx : - Être capitaliste, c'est occuper dans la production non seulement une position personnelle, mais encore une position sociale. Le capital est le produit d'un travail collectif et ne peut être mis en mouvement que par l'activité commune d'un grand nombre de membres de la société, voire, en dernier résultat, de tous ses membres. Par conséquent, le capital n'est pas une puissance personnelle, c'est une puissance sociale.

   Anselme : - L'expropriation du capital n'est donc qu'un retour à la société, et plus particulièrement à ceux dont seul le travail a permis la formation de ce capital, des moyens de production issus de toute l'histoire humaine. Au-delà de ces moyens de production, il y a les produits de subsistance, les produits culturels, etc..., bref l'ensemble des produits sociaux qui entrent dans la consommation... Quel sort leur est réservé?

   Karl Marx : - Le communisme n'enlève à personne le pouvoir de s'approprier les produits sociaux ; il n'ôte que le pouvoir de s'assujettir, par cette appropriation, le travail d'autrui.

  (À Londres, 29 octobre 1894)

  Anselme : - Une question d'un tout autre ordre me vient maintenant à l'esprit... Comme vous le savez, l'idée a été avancée que la nationalisation pourrait représenter une étape significative dans la lutte entre le travail et le capital. Qu'en pensez-vous?

   Friedrich Engels : - C'est là justement le point sensible : tant que les classes possédantes tiennent la barre, toute nationalisation ne constitue pas une suppression de l'exploitation, mais simplement un changement de forme de celle-ci ; ceci n'est pas moins vrai dans la République française, américaine ou suisse que dans l'Europe centrale monarchique ou l'Europe orientale despotique.

   Anselme : - Il s'agit donc, avant toute nationalisation, de chasser de la barre les classes possédantes.

   Friedrich Engels : - Et pour chasser de la barre les classes possédantes, nous avons besoin d'abord d'une révolution dans les têtes des masses ouvrières, comme il s'en produit une actuellement - avec une lenteur relative, il est vrai, - et pour amener celle-ci nous avons besoin d'un rythme encore plus rapide dans la révolution des méthodes de production, davantage de machines, davantage de licenciements d'ouvriers, davantage de faillites de paysans et de petits-bourgeois, nous avons besoin que les conséquences inévitables de la grande industrie moderne soient plus palpables et plus massives.

   (À Vyborg, en Finlande, le 15 mars 1917)

   Germain : - Lorsque vous insistez vigoureusement sur la nécessité, pour le prolétariat, de s'armer lui-même, l'exemple malheureux de juin 1848 vous donne immédiatement raison... Certains ne se feraient cependant pas faute de vous accuser de vouloir préparer la prise de pouvoir à travers l'action violente de révolutionnaires professionnels dûment organisés...

   Vladimir Ilitch Lénine : - ...j'ai formellement invoqué l'expérience de la Commune de Paris. Or, on le sait, et Marx l'a démontré minutieusement en 1871 et Engels en 1891, cette expérience a absolument exclu le blanquisme, elle a assuré la domination directe, immédiate, inconditionnée de la majorité et l'activité des masses uniquement dans la mesure où cette majorité elle-même s'affirme de façon consciente.

   Germain : - Ainsi, même une majorité aveugle, mais conduite par une avant-garde révolutionnaire consciente des enjeux de la situation, ne saurait convenir...

    Vladimir Ilitch Lénine : - Pour devenir le Pouvoir, les ouvriers conscients doivent conquérir la majorité : aussi longtemps qu'aucune violence n'est exercée sur les masses, il n'existe pas d'autre chemin pour arriver au pouvoir. Nous ne sommes pas des blanquistes, des partisans de la prise de pouvoir par une minorité.

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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 12:41

CHARENTE-MARITIME. En 1929, la ville d'Ivry-sur-seine installe une colonie de vacances non loin des plages de la Coubre. Gérée par des conseillers en culottes courtes élus par leurs camarades, elle est alors une vitrine du communisme municipal d'Ivry. Une passionnante "histoire des colonies de vacances" ressuscite ce pan méconnu de l'histoire locale

Colonie de vacances aux Mathes : c'était la " République enfantine "

15 août 1946 aux Mathes : sous le portrait de Maurice Thorez, les enfants d'Ivry déploient leurs prouesses en gymnastique. (Photo Archives municipales d'Ivry-sur-Seine)

Lire aussi

 » La colo aujourd'hui, un « village du monde »
 » Trois questions à Laura Lee Downs
 » A lire...

Il faut s'imaginer le traumatisme. Les années 20 broient du noir du côté d'Ivry-sur-Seine, banlieue sud et industrieuse de Paris. Arrachés à leurs familles ouvrières, de chétifs gamins de 7 à 8 ans sont précipités chaque été dans de sombres fermes agricoles du sud des Deux-Sèvres. La fameuse « hygiène des campagnes ». Recueillis par la sociologue Laura Lee Downs dans le cadre de son ouvrage épatant consacré à l'histoire des colonies de vacances (lire par ailleurs), les souvenirs des « ex-enfants » sont édifiants, souvent poignants.

Dans les forts désaffectés

En prenant la mairie en 1925 pour un mandat irrévoqué à ce jour (seuls trois maires se sont succédés depuis lors !), les communistes d'Ivry ne transigent pas longtemps entre cette formule de placement familial et la colonie de vacances, libératrice.

Figure du peuple, l'enfant peut encore être sauvé : encadrés par des camarades-conseillers municipaux, des premiers bataillons filent donc coloniser joyeusement les forts désaffectés de La Rochelle, de Ré et d'Oléron. La formule fait long feu en 1928 : avisés de représentants de la banlieue rouge dans leurs anciennes casernes, les autorités militaires ferment leurs portes aux petits Ivryens.

Tout l'hiver, la municipalité se met donc en quête d'une propriété, cherchant dans les régions les moins chères de la côte. Leur dévolu tombe sur une ancienne métairie, située à cinq kilomètres de la mer, non loin de Royan. Sept hectares de pinède et un grand potager agrémentent le site. La Colo des Mathes est née. Elle va bientôt recevoir plus d'un millier d'enfants, que l'on acheminera chaque été par deux trains spéciaux après de rituels adieux aux familles, avenue Lénine à Ivry. Harmonie municipale, foulards rouges et chants révolutionnaires...

Guerre des boutons

Réfectoire immense, lits de paille, et puis l'océan : aux Mathes, l'indicible liberté des premières années est d'abord liée à des questions très prosaïques.

Pour 400 gamins (et gamines, la colo est mixte en dehors des dortoirs), une dizaine d'adultes, absorbée par l'intendance. Livrés à eux-mêmes, les enfants « vivent 100 fois dans l'été La Guerre des boutons de Pergaud ».

Ainsi, ce matin de l'été 36, quand « toute la colonie se réveilla à la nouvelle que, après l'extinction des feux à 21 heures, la bande à Jacques sortait furtivement de la colonie et entrait dans la ferme voisine. Là, ils délivraient des étables les trente vaches et les conduisaient dans une clairière pour une vaste corrida nocturne »... Les enfants sont libres, ils organisent leur propre vie ludique et sociale : les prémices d'une organisation nouvelle sont là.

Autonomie solide

Adressé aux « camarades surveillants » dans l'espoir d'introduire un semblant d'ordre, un règlement suggère l'organisation des colons en petites équipes de dix (les dizaines), constituées en commission (d'hygiène, de discipline, des jeux...). Les journées défilent tambour battant, avec en point d'orgue la gymnastique collective (pyramides humaines et danses folkloriques) et bien sûr la baignade sur la plage de la Coubre, de 14 heures à 16 h 30.

Une expérience extatique pour les enfants d'Ivry. Alors moniteur, Lucien Laborie raconte son étonnement à Laura Lee Downs : « J'ai vu des enfants, ivres de voir la mer, rester quelques instants sans bouger, puis se mettre la tête dans l'eau à plusieurs reprises et même dans le sable. Ils explosaient littéralement... Ils ne pouvaient croire que la mer, c'était tout ça. »

Aux Mathes, le dialogue est une règle. « Les enfants sont un commencement de nous-mêmes et non une diminution des grandes personnes. »

Les dirigeants sont fermes, mais jamais rigides ni brutaux. Les enfants traités « non pas en pions, mais en grands camarades ». Jugée proche du pouvoir capitaliste, la domination patriarcale n'a pas le vent en poupe : autour du « besoin de jouer », la volonté est de doter les enfants d'une autonomie solide, point de départ de cette nouvelle société qui finira bien un jour par dépasser le simple stade de l'utopie...

La guerre vient sèchement gripper cette lente maturation vers un gouvernement autonome des enfants, du côté de la Palmyre. Royan est mutilée, Ivry s'accroche aux Mathes. On retape la métairie, des barrières sont érigées pour accéder à la plage sans marcher sur les mines.

La République proclamée.

Nommé en 1947 à la tête de la Colo, Venise Gosnat réalise enfin la synthèse des aspirations de ses prédécesseurs, mâtinée des projets de Leon Tolstoï : il proclame, à l'été 48, la République enfantine des Mathes. « Pas de ligne définie à l'avance, nous nous entendrons avec les gosses », explique-t-il. « Nous avons trop souvent cette déformation qui consiste à vouloir penser, juger, choisir pour les enfants sans les consulter : efforçons-nous de nous adapter complètement aux puérilités, à tout ce que nous entendrons et verrons, et puis, avec eux, nous tâcherons de monter quelques échelons », avance-t-il encore. Il n'oublie pas non plus de « mettre près des colons des valeurs morales, des moniteurs qui les aiment et vivent leur vie, qui aient la foi, une foi communicative. C'est une question de vibrations. » L'esprit de la constitution posée, il faut en appliquer la lettre. Au seuil de l'été, le directeur de colo réunit donc ses jeunes pousses (725 en tout), les invitant à réfléchir à un projet de vacances, au-delà des balades et des baignades. Suggestion ? Adopter un modèle familier, celui du conseil municipal d'Ivry. Dans l'après-midi, élus, adjoints et conseillers en herbe sont en poste. La République a un nom, « Villanous ». Dans le village, on baptise le quartier des ouvriers, celui de la Paix, le camp Fabien. Chaque dimanche, les colons tiennent leur assemblée générale, où l'on débat de questions essentielles : « Camarades, je suis d'avis que chacun d'entre vous réserve quelques bonbons pour les petits camarades qui n'ont pas d'argent pour en acheter », propose le deuxième adjoint.

Abordant un sujet hautement sensible, un autre élu récolte de vifs applaudissements : « Y en a qui font pipi au lit : ça sent mauvais, y faut pas. » Sans barguigner, l'assemblée décide qu'il faut laver chaque jour les draps des « pisse-en-lits ».

Lessivage de cerveau ?

Avec beaucoup de sérieux, « Villanous » s'amuse beaucoup, sans jamais s'écarter des préoccupations politiques. D'autres colonies rouges rivalisent, avec une fantaisie d'autant moins appréciée par le Secrétariat à la Jeunesse et aux Sports que la Guerre froide étend bientôt son long manteau.

En 1951, l'Etat refuse à Ivry sa subvention habituelle, au prétexte que les enfants n'avaient pas disposé de « toute la liberté d'esprit désirable [...] et que les activités éducatives étaient inspirées par une idéologie politique ». Le soupçon de lessivage de cerveau est là. Au mitan des années 50, la colonie « politique » cède le pas à une colonie « éducative » : les chers étés des petits Ivryens sont à ce prix. Engloutie, la petite République rouge de Villanous ? Cet été, on accueillera aux Mathes des petits Palestiniens, des Cubains et des Sahraouis du Front Polisario... Vive la République !

La colo aujourd'hui, un « village du monde »

125 enfants sont en colo en ce moment aux Mathes. (Photo DR)

Plantés en 1811 pour célébrer la naissance de l'Aiglon, les deux platanes trônent toujours à l'entrée de la Colo des Mathes. La métairie d'époque est toujours là, seuls les bâtiments abritant réfectoire et dispensaire ont été entièrement reconstruits ces dernières années. Gare aux apparences : sous ses airs d'éternité, le centre de vacances d'Ivry-sur-Seine est l'un des plus fonctionnels et des mieux équipés de la côte, étendard plus que jamais revendiqué du volontarisme municipal en matière de politique jeunesse.

Ivry, faut-il le rappeler, reste communiste depuis 1925. Pour des vacances de 3 semaines, il peut accueillir 125 enfants de toutes origines sociales. « Un fantastique brassage », résume-t-on à la mairie d'Ivry. « Les enfants de bobos côtoient les enfants de prolos, quelle que soit la couleur de peau, Ivry abritant une trentaine de nationalités différentes. Notre règle est immuable : tous les enfants doivent pouvoir partir, gratuitement s'il le faut ».

Nouveau directeur du centre qu'il a lui-même connu en tant que « colon », Mourad Badoud, Ivriysien de 33 ans, est convaincu du formidable levier social et culturel qu'incarne le lieu. Du 9 au 16 août, il animera un « Village du monde », accueillant de jeunes maliens, cubains, allemands, palestiniens, et même des Sahraouis du Front Polisario, aiguillés par les différents jumelages cultivés depuis des décennies par la ville.

Trois questions à Laura Lee Downs

Laura Lee Downs, auteur de cette « Histoire des colonies de vacances de 1880 à nos jours »

Laura Lee Downs, américaine, directrice d'études à l'EHESS, auteur de cette « Histoire des colonies de vacances de 1880 à nos jours ».

1 Au final, cette expérience de « République enfantine » a-t-elle selon vous été positive ?

Je crois que oui. Au fil de mes entretiens avec les « ex-enfants » des Mathes, j'ai été frappée par le souvenir qu'ils en ont tous gardé. C'était bien sûr très divertissant, mais ils étaient aussi très conscients des efforts que la collectivité faisait pour eux. La ville faisait quelque chose pour eux, le centre était construit pour eux : c'était en soit très valorisant.

Sur le plan pédagogique, les éducateurs ont également bénéficié de cette expérience. Ouvriers à Ivry, ils encadraient souvent bénévolement des petits qui les rejoindraient dès leurs 14 ans à l'usine. Cela créait une certaine solidarité et ils prenaient à l'année leur rôle très au sérieux, se réunissant chaque vendredi pour réfléchir sur les questions pédagogiques.

2 La Colo actuelle d'Ivry aux Mathes a-t-elle à voir avec celle des années 30 et 40 ?

Le souci des questions internationales n'y est pas une nouveauté. Pendant la Guerre civile espagnole, la Colo a ainsi hébergé quelque 400 enfants réfugiés. En 1953, le centre a également accueilli des victimes des grandes inondations en Hollande.

La pédagogie a certes évolué dans les années 60, avec une prise en compte plus individualisée des enfants, mais les principes fondateurs restent je crois très prégnants.

Et puis quand on voit aux Mathes le petit panneau de l'arrêt de bus qui dit « Colonie de vacances d'Ivry », on se dit que cette colo fait définitivement partie de l'histoire locale.

3 La bonne vieille colonie de vacances a-t-elle encore une raison d'exister ?

Depuis les années 60, les enfants sont de plus en plus « ségrégués » (en franglais, NDLR). Les jeunes d'origines différentes ne se croisent plus ni dans les écoles, ni dans les quartiers, ni vraiment dans les Centres de loisirs sans hébergement qui constituent un moindre repli. Je crois que c'est une perte pour la France.

La colonie de vacances permet le brassage, dans un dépaysement essentiel pour découvrir le monde adulte. La colonie, c'est l'apprentissage de la société dans un cadre protégé, presque familial, mais où justement la famille est absente.

A lire...

« Histoire des colonies de vacances, de 1880 à nos jours », de Laura Lee Downs, publié aux Editions Perrin (23 euros).

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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 11:00

http://www.encyclopedie.picardie.fr/index.php/Babeuf,_Gracchus



Le plus "picard" de nos révolutionnaires, et se revendiquant comme tel, avait des attaches avec les trois départements : né à Saint-Quentin dans l'Aisne, il exerça sa profession et résida longtemps avec sa famille à Roye dans la Somme, et se lança dans l'action politique et éditoriale à Noyon dans l'Oise.

Au lendemain du 9 thermidor an II, Babeuf, comme maints démocrates, applaudit d'abord à la chute de Robespierre, publiant un virulent pamphlet contre la terreur de l'an II, Le système de dépopulation en Vendée. Mais à l'automne 1794, l'évolution du régime thermidorien dominé par les modérés et les notables, rapprocha Babeuf des Jacobins de l'an II, dont le club parisien fut fermé le 11 novembre 1794, et il refit l'éloge du régime robespierriste dans son nouvel organe, Le Tribun du peuple, lancé à Paris en décembre 1794, interdit une première fois, après la publication, le 28 janvier 1795, d'un appel à l'insurrection populaire pour le pain et la Constitution de 1793, mots d'ordre du mouvement populaire parisien et de la Société des défenseurs des Droits de l'Homme, à laquelle appartenait Babeuf. Ce club dissout et ses militants arrêtés, notre tribun, subit une nouvelle incarcération, d'abord dans la prison parisienne du Plessis puis à Arras, où il fit connaissance en prison de militants démocrates du Pas-de-Calais, tels Darthé ou Germain, futurs dirigeants de la Conjuration des Egaux. Babeuf ne put donc participer aux derniers soubresauts du mouvement populaire parisien, vaincu après les insurrections manquées de germinal et prairial an III (avril-mai 1795), dont l'échec et la répression entrainèrent l'abandon définitif de la Constitution démocratique de 1793 et la mise en chantier de celle de l'an III, adoptée après referendum, en août 1795. Elle établit le régime républicain "bourgeois" du Directoire, avec le retour du suffrage censitaire, la limitation des droits de l'homme contrebalancés par ses devoirs, le règne des notables et des nouveaux riches issus de la Révolution en "un pays gouverné par les propriétaires" (Boissy d'Anglas).

Le nouveau régime "de juste milieu" dirigé par Barras, se mit en place au début de l'an IV (automne 1795), coincé entre une forte poussée royaliste, qui avait été écartée artificiellement des urnes et subit la répression le coup de force manqué du 13 vendémiaire an IV d'une part, et une opposition néo-jacobine organisée dans le Club du Panthéon, ouvert le 25 brumaire an IV (16 novembre 1795), comptant près de 1000 membres, dont d'anciens Conventionnels montagnards tels Drouet, Amar, ayant bénéficié, comme Babeuf, de l'amnistie des ex-Jacobins de l'an II, après Vendémiaire. Rentré à Paris, le tribun y avait repris, le 6 novembre 1795, la publication du Tribun du Peuple, faisant chorus avec les néo-Jacobins contre la Constitution "antidémocratique" de l'an III, tout en se voulant le porte-parole "des patriciens contre les plébéiens", "des pauvres contre les riches". Les circonstances favorisaient le projet social de Babeuf : une crise écomonique et sociale majeure, avec la chute de l'assignat et l'hyperinflation, causes de misère et de pénurie pour le peuple, surtout urbain et parisien. Dépassant les pespectives avant tout politiques des néo-jacobins avec qui il faisait alliance, Babeuf pourfendit le régime des notables du Directoire, et proposa un programme social avancé, dans son Manifeste des Plébéiens, publié le 30 novembre 1795, prônant la communauté des biens et des travaux, ce qui lui valut d'être à nouveau décrété d'arrestation en décembre 1795 et d'entrer dans la clandestinité pour préparer une conspiration, en vue d'établir l'égalité réelle. Babeuf eut bientôt l'appui des anciens Jacobins, aussi réduits à une opposition clandestine après la fermeture du club du Panthéon, le 29 février 1796, le Directoire craignant de voir se cristalliser autour de lui le mécontentement populaire, réclamant le retour de la taxation de l'an II.

 

La Conjuration des Égaux

Épisode de l'histoire du Directoire, elle est aussi considérée comme la première tentative "pour faire entrer le communisme dans la réalité" (Albert SOBOUL). La nouveauté de Babeuf fut en effet de dépasser la contradiction entre l'affirmation du droit à l'existence et le maintien de la propriété privée et de la liberté économique. Comme pour les sans-culottes et les Jacobins, le but de la société était pour Babeuf le "bonheur commun" et la révolution devait assurer "l'égalité des jouissances". Mais la propriété privée introduisant nécessairement l'inégalité et la "loi agraire", c'est à dire le partage égal des propriétés ne pouvant "durer qu'un jour", le seul moyen de parvenir à "l'égalité de fait", était pour Babeuf et les Egaux "d'établir l'administration commune ; de supprimer la propriété particulière ; d'attacher chaque homme au talent, à l'industrie qu'il connaît ; de l'obliger à en déposer le fruit en nature au magasin commun ; et d'établir une simple administration des subsistances qui ... fera répartir ces dernières dans la plus scrupuleuse égalité". Ce programme exposé dans le "Manifeste des Plébéïens" en 1795 et repris dans le Manifeste des Egaux de Sylvain Maréchal en 1796, constituait une mutation idéologique par rapport aux Jacobins attachés à la petite propriété, fondée sur le travail personnel. Le communisme, réverie utopique, devint par le babouvisme une idéologie révolutionnaire et entra dans l'histoire politique par la Conjuration des Egaux.

Babeuf, autodidacte, avait puisé son idéal communiste dans Rousseau, Mably ou le Code de la nature de Morelly, mais aussi forgé son système de communisme agraire au contact des réalités sociales de la Picardie, puis de ses luttes révolutionnaires de 1789 à 1795. Dans son Cadastre perpétuel de 1789, il penchait plutôt pour la loi agraire, le socialisme des "partageux" de type 1848, mais il avait déjà exposé, dans son mémoire à l'Académie d'Arras sur les grandes fermes et sa lettre à son secrétaire Dubois de Fosseux de juin 1786, un projet de "fermes collectives" et de "communautés fraternelles". A Paris, il se rallia au maximum et aux mesures économiques de l'an II, soulignant leur efficacité pour les Armées de la République. Dans sa lettre à Germain du 28 juillet 1795, il prôna un "communisme de répartition", plus que de production, agraire et artisanal plutôt qu'industriel, l'essor futur de l'industrie lui ayant échappé ; il ne conçut donc pas une société communiste fondée sur le développement des forces productives et l'abondance des biens de consommation, et s'en tint à un pessimisme économique envisageant la pénurie et la stagnation de la production, marque d'un certain archaïsme, des limites de sa pensée économique et sociale.

Au cours de l'hiver de l'an IV (1795-1796), devant l'incapacité gouvernementale à résoudre la grande misère populaire, Babeuf réduit à la clandestinité, en vint à l'idée de jeter à bas par la violence l'édifice social. La Conjuration, conçue à la fois comme une insurrection populaire et un coup d'état militaire groupait, autour d'une minorité acquise au communisme (Babeuf, Maréchal, Germain, Antonelle), des "Panthéonistes" néo-jacobins, tels les ex-Conventionnels Amar, Drouet, ou Lindet, aux buts avant tout politiques, mais aussi le Robespierriste Philippe Buonarrotti (1761-1837), ancien commissaire du Comité de Salut public en Corse et en Italie en l'an II qui participa à l'élaboration du programme communiste comme à l'organisation de la Conjuration. Le 10 germinal an IV (30 mars 1796) fut institué un Comité Insurrecteur où entrèrent avec Babeuf, Antonelle, Buonarrotti, Darthé, Felix Lepeletier, Sylvain Maréchal. Il développa la propagande dans chacun des 12 arrondissements de Paris, par le biais d'un agent, doublé d'un responsable militaire. Autour de ce petit noyau de militants éprouvés, un second cercle de sympathisants, patriotes et démocrates de l'an II, restait tenu hors du secret de la conspiration et du projet babouviste lui-même, mais était censé entraîner les masses populaires. Un soulèvement armé minoritaire devait ainsi provoquer une insurrection, dans la tradition des journées révolutionnaires, débouchant sur une dictature révolutionnaire temporaire, de type maratiste, précurseur de la "dictature du prolétariat" : après l'insurrection, le pouvoir serait exercé par une minorité révolutionnaire, une assemblée nommée par les conjurés et non élue par le peuple, le temps nécessaire à la refonte de la société et à la mise en place des nouvelles institutions.

Bien que divisé face à la propagande babouviste, les Directeurs Barras et Reubell hésitant à faire le jeu du royalisme, Le gouvernement opta pour une ferme répression, à l'initiative de Carnot, qui confia le Ministère de la police à Cochon de Lapparent. Le16 avril 1796, les Conseils décrétèrent la peine de mort contre ceux qui provoqueraient "le rétablissement de la royauté ou celui de la Constitution de 1793... le pillage et le partage des propriétés sous le nom de loi agraire". Pendant ce temps, Babeuf poussait activement ses préparatifs, obtenant un accord politique avec le Comité des Conventionnels, le 7 mai 1796. Mais dès le 30 avril, la Légion de police forte de 6000 hommes acquis à l'insurrection, avait été dissoute, et l'un des agents militaires de Babeuf, Grisel (originaire d'Abbeville) était un provocateur infiltré, qui trahit les conjurés. Babeuf et Buonarrotti furent arrêtés le 10 mai 1796, avec tous les papiers de la conspiration, ainsi que Drouet, puis des centaines de militants à Paris et en province. La tentative de soulèvement du camp de Grenelle dans la nuit du 9 au 10 septembre 1796, par des jacobins et sans-culottes de l'an II plus que des Babouvistes, effet d'une probable provocation policière, décapita définitivement le mouvement démocratique, causant 131 arrestations, dont 30 fusillés sans jugement.

Par crainte de troubles à Paris, les prévenus avaient été transférés à Vendôme la nuit du 26 au 27 août 1796, dans des cages grillées, suivis de leurs femmes et enfants. Le procès de la Haute Cour de Vendôme commencé en février 1797 dura trois mois. Babeuf y assuma seul sa défense, se présentant comme l'héritier de Rousseau et le continuateur de la Révolution de 1789 à 1794, il revendiqua la légitimité de principe de la conjuration, s'efforçant avec les autres accusés d'en minimiser la réalisation effective, malgré les écrits compromettants saisis et le témoignage de Grisel. En ce procès politique, le jury hésita à s'en prendre aux anciens révolutionnaires de l'an II : Babeuf et Darthé furent seuls condamnés à mort, le 26 mai 1797, guillotinés le lendemain, après avoir tenté en vain de se suicider au tribunal à l'annonce du jugement, comme les Conventionnels martyrs de prairial an III.

Babeuf avait recommandé à son ami Felix Le Peletier de rassembler "tous ses projets, notes et ébauches d'écrits démocratiques et révolutionnaires", de présenter à "tous les disciples de l'Egalité ... ce que les corrompus d'aujourd'hui appellent mes rêves". Pour répondre à ce vœu, l'un de ses plus proches disciples, Philippe BUONARROTI, publia à Bruxelles en 1828, la Conspiration pour l'Egalité dite de Babeuf, retraçant les détails de la Conjuration et développant longuement le projet de société des conjurés, un texte fondateur qui eut une grande influence sur le mouvement républicain et révolutionnaire, faisant le lien entre la Révolution française et le socialisme du XIXème siècle, notamment le Blanquisme.

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 17:20
DESCRIPTION TRES SOMMAIRE DE LA VIE ET DE L'OEUVRE DE JEAN-PAUL MARAT
Gérard Walter, l'un des plus éminents écrivains de l'histoire et de la presse de la Révolution Française de 1789, signale que Marat a été le plus grand des journalistes révolutionnaires [1]. Jean-Paul Marat est né le 24 mai 1743 dans la petite localité de Boudry, non loin de Neuchâtel, en Suisse. Son père, prêtre défroqué originaire de Sardaigne, s'était réfugié en Suisse et s'y était converti au protestantisme après avoir abjuré la religion catholique. Il y avait épousé une jeune fille dont les grand-parents français s'étaient, eux aussi, réfugiés en Suisse pour échapper aux poursuites dont les Protestants étaient l'objet dans leur pays.

Homme très instruit, du fait de sa formation ecclésiastique, le père de Marat, devenu en Suisse professeur de langues et dessinateur dans une fabrique d'indiennes, put faire faire des études à trois de ses enfants au collège de Neuchâtel. L'un de ces trois fut notre futur révolutionnaire.

Le jeune Jean-Paul quitta la Suisse dès l'âge de seize ans. C'est à Bordeaux qu'il commença sa carrière, comme précepteur des enfants d'un riche armateur de cette ville, M. Nayrac dont l'épouse était née en Suisse aussi. Il y resta trois ans. Certains de ses biographes soutiennent qu'il y aurait, pendant cette période, suivi les cours de la Faculté de Médecine.

Quoi qu'il en soit, trois ans plus tard, soit en 1762, il laissait Bordeaux pour Paris, où il allait vivre également trois ans. Mais, comme il l'écrivit lui-même plus tard, « l'envie de se soustraire aux dangers de la dissipation et de se former aux sciences », fit qu'il se décida à quitter aussi cette ville pour se rendre en Angleterre.

Il avait vingt-deux ans lorsqu'il mit le pied sur le sol britannique, et il est probable qu'au début il subsista en donnant, comme son père, des leçons de langues. Ce qui est certain, c'est qu'il s'employa à acquérir une somme importante de connaissances en littérature et en médecine. On peut ajouter que pendant les dix ans que dura son séjour, il ne s'intéressa pas qu'à la littérature et à la médecine, mais qu'il fut aussi un observateur de la situation sociale et politique de l'île. Aux alentours de 1770, il partit pour Newcastle où il exerça la profession de vétérinaire.

A la fin de 1772, il revint à Londres pour y ouvrir un cabinet de consultation médicale et y publier son Essai sur l'âme humaine. En 1774 fut publié à Londres, écrit en anglais, un de ses ouvrages les plus célèbres, Les chaînes de l'esclavage. En 1775, il y donna son Essay on Gleets, sur la blennorrhée, et, en 1776, un autre essai, sur la presbytie, An inquiry into a singular Disease of Eyes. Le 30 juin 1775, il avait été fait docteur en médecine par l'université écossaise de Saint Andrew.

Fin 1776 ou début 1777 cependant, il s'embarquait pour la France et allait s'y fixer définitivement. Expliquant ses raisons, voici ce qu'il écrivait, le 20 novembre 1783 à son ami Roume de Saint-Laurent : « Après dix années passées à Londres et à Edimbourg à faire des recherches en tout genre, je revins à Paris. Plusieurs malades d'un rang distingué, abandonnés des médecins, et à qui je venais de rendre la santé, se joignirent à mes amis, et mirent tout en oeuvre pour me fixer dans la capitale. Je me laissai aller à leurs instances. Ils m'y avaient promis le bonheur ; je n'y ai trouvé qu'outrages, chagrins et tribulations. » [2]

Faut-il compter au nombre de ces « malades d'un rang distingué, abandonnés des médecins », la marquise de l'Aubespine, épouse du marquis de ce nom, descendant du duc de Sully, elle-même nièce du célèbre duc de Choiseul, ministre de Louis XV, à qui ses meilleurs médecins, ne donnaient plus vingt-quatre heures à vivre car elle était atteinte d'une maladie pulmonaire, lorsque sa famille fît appel à Marat et la sauva. La conséquence de ce résultat fut qu'il jouit bientôt d'une nombreuse et riche clientèle, et c'est sans doute grâce à la marquise ou à son entourage, qu'en juin 1777, il obtint le brevet de médecin des gardes du corps du comte d'Artois, frère de Louis XVI.

La position sociale de Marat à ce moment-là était plutôt aisée, ce qui lui permit de se lancer dans des expériences anatomiques, comme nous en informe d'ailleurs une lettre adressée à son ami anglais William Daly : « Si vous venez à Paris, vous me trouverez dans l'ancien logement où vous m'avez visité la dernière fois ; mais mon appartement est aujourd'hui plus commode, car j'y ai réuni deux autres grandes pièces que j'ai l'intention de destiner uniquement à la dissection. (...) Vous dites que vous n'aimez pas à voir d'innocents animaux déchirés par le scalpel ; mon coeur est aussi tendre que le vôtre, et je n'aime pas plus que vous à voir souffrir de pauvres créatures ; mais il serait impossible le comprendre les secrètes, étonnantes et inexplicables merveilles du corps humain, si l'on n'essayait pas de saisir la nature dans son oeuvre, et ce but ne saurait être atteint sans faire un peu de mal pour beaucoup de bien ; c'est seulement ainsi qu'on peut devenir le bienfaiteur de l'humanité. »

Les activités de Marat, ne se limitaient pas à la vivisection, car il fit des recherches, aussi, dans les domaines de l'électricité, du feu et de l'optique. En 1778, il consigna, le fruit de ses travaux dans un mémoire intitulé Découvertes sur le feu, l'électricité et la lumière, publié en 1779. La même année 1778, il avait écrit un autre ouvrage, fruit d'un autre genre de recherches, le fameux Plan de législation criminelle, dans lequel, insoucieux de sa position sociale, il n'hésitait pas à s'attaquer énergiquement au système juridique en vigueur.

Dans la foulée, allaient se succéder : en 1780, les Recherches physiques sur le feu ; en 1782, les Recherches physiques sur l'électricité ; en 1784, un Mémoire sur l'électricité médicale (couronné le 6 août 1783 par l'Académie Royale des Sciences, de Rouen) et des Notions élémentaires d'optique ; en 1787, une Traduction nouvelle de l'optique de Newton, et enfin, en 1788, des Mémoires Académiques ou nouvelles découvertes sur la lumière, relatives aux points les plus importants de l'optique.

Pendant cette période, Marat ne cessa d'entretenir des relations avec diverses personnalités scientifiques telles que L.A. d'Ambournay, Pilâtre de Rosier et Benjamin Franklin, etc.

En 1783 sa correspondance avec Roume de Saint-Laurent nous révèle que ce dernier espérait obtenir, pour son ami, la direction d'une Académie des Sciences espagnole. Il le présenta au comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne à la cour de France et des démarches furent entreprises. Les démarches n'aboutirent pas et on peut penser que n'y furent pas étrangères des interventions étrangères.

Fin 1783, Marat n'était plus médecin des gardes du corps du comte d'Artois. On peut penser qu'il avait, de lui-même, renoncé à un brevet incompatible avec des offres de service à une cour étrangère. Mais, à peu près à la même époque, ses relations avec la famille de l'Aubespine prirent fin et sa riche clientèle se raréfia. La noblesse française ne devait pas apprécier outre mesure qu'un médecin à son service fût en même temps l'auteur d'un ouvrage subversif tel que Les Chaînes de l'esclavage. En dépit de cette baisse importante de ses revenus, Marat ne cessa cependant ni d'écrire ni de publier, comme nous l'avons vu, jusqu'en 1787.

Au mois de juillet 1788, il tomba si gravement malade qu'il fit son testament et institua son ami, le célèbre horloger Abraham Louis Bréguet, exécuteur de ses dernières volontés. Entre autres choses, celui-ci était chargé de faire don de ses notes et de ses manuscrits à l'Académie des Sciences. Un mois plus tard cependant, le ministre Loménie de Brienne annonçait, pour le 1er mai 1789, la convocation des Etats Généraux, et Marat, tout-à-coup, ressuscita. Voici ce qu'il écrivit plus tard sur cet événement : « ...j'étais au lit de la mort, lorsque un ami, le seul que j'avais voulu pour être le témoin de mes derniers moments, m'instruisit de la convocation des Etats Généraux : cette nouvelle fit sur moi une vive sensation, j'éprouvai une crise salutaire, mon courage se ranima, et le premier usage que j'en fis fut de donner à mes concitoyens un témoignage de mon dévouement ; je composai l'Offrande à la Patrie. »

Dès lors Marat se jeta corps et âme dans la Révolution et ne cessa plus de combattre pour elle, jusqu'au jour où il fût assassiné. Marat possédait une incroyable capacité de travail et son intégrité n'était égalée que par son manque absolu d'ambitions matérielles. Il fit montre aussi d'une témérité constante n'hésitant pas à dénoncer, dès la première heure, les agissements des personnages les plus puissants, comme, par exemple, Necker, ministre des finances, contre lequel il publia deux pamphlets, l'un de 69 pages, l'autre de 40.

Le 12 septembre 1789 parut le premier numéro de son journal Le Publiciste Parisien. Cinq jours plus tard, ce titre devenait L'Ami du Peuple. De 1789 à 1793, Marat fit paraître 914 numéros au moyen desquels il combattit sans relâche tout ce qui tentait de ralentir ou d'arrêter les progrès de cette Révolution qui a donné au monde Les droits et les devoirs de l'homme et du citoyen.

Souvent obligé de se cacher, de s'exiler même (en Angleterre, par exemple, où il s'enfuit en mars 1790 et resta trois mois), il n'en continuait pas moins à composer avec opiniâtreté, la feuille qui devait lui valoir une popularité extraordinaire. Il n'est pas possible, dans un résumé aussi succinct, de donner une idée, même approximative, de son oeuvre politique ( plus de 10. 000 pages ) [3], d'évoquer les péripéties de sa périlleuse existence ou de recenser les attaques dont il fut l'objet pendant la période qui va de 1789 à son assassinat en 1793. Contentons-nous de citer ces lignes, extraites d'un des pamphlets contre Necker, évoqués plus haut, qui a pour titre Dénonciation faite au Tribunal du public, par M. Marat, l'ami du peuple, contre M. Necker, premier ministre des finances : « Depuis que j'ai dénoncé M. Necker, le public est inondé d'une foule d'écrits où le premier ministre des finances est flagorné et où je suis impitoyablement déchiré par des vendeurs d'injures et de calomnies. Dans une guerre de ce genre, on sent trop le prodigieux avantage que doit avoir contre un homme réduit à travailler pour vivre, un homme qui a l'autorité en main, qui peut donner des places, et qui dispose d'une fortune de 14 à 15 millions. »

« Quoi qu'il en soit, mes principes sont connus, mes moeurs sont connues, mon genre de vie est connu : ainsi je ne m'abaisserai point à combattre de lâches assassins qui s'enfoncent dans les ténèbres pour me poignarder. Que l'homme honnête, qui a quelques reproches à me faire, se montre ; et si jamais j'ai manqué aux lois de la plus austère vertu, je le prie de publier les preuves de mon déshonneur. »

« Comme ma plume a fait quelque sensation, les ennemis publics, qui sont les miens, ont répandu dans le monde qu'elle était vendue. Mais il suffit de jeter les yeux sur mes écrits, pour s'assurer que je suis peut-être le seul auteur depuis J.-J. [Jean-Jacques Rousseau], qui dût être à l'abri du soupçon. Et à qui, de grâce, serais-je vendu ? - Est-ce à l'Assemblée Nationale, contre laquelle je me suis élevé tant de fois, dont j'ai attaqué plusieurs décrets funestes, et que j'ai si souvent rappelée à ses devoirs ? - Est-ce à la couronne, dont j'ai toujours attaqué les odieuses usurpations, les redoutables prérogatives ? - Est-ce au ministère, que j'ai toujours donné pour l'éternel ennemi des peuples, et dont j'ai dénoncé les membres comme traîtres à la patrie ? - Est-ce aux princes, dont j'ai demandé que le faste scandaleux fût réprimé, les dépenses bornées aux simples revenus des apanages, et dont je demande que le procès soit fait aux coupables ? - Est-ce au clergé, dont je n'ai cessé d'attaquer les débordements, les prétentions ridicules, et dont j'ai demandé que les biens fussent restitués aux pauvres ? - Est-ce à la noblesse, dont j'ai frondé les injustes prétentions, attaqué les privilèges iniques, dévoilé les perfides desseins ? - Est-ce aux parlements, dont j'ai relevé les projets ambitieux, les dangereuses maximes, les abus révoltants, et dont j'ai demandé la suppression ? - Est-ce aux financiers, aux déprédateurs, aux concussionnaires, aux sangsues de l'Etat, à qui j'ai demandé que la nation fît rendre gorge ? - Est-ce aux cipitalistes, aux banquiers, aux agioteurs, que j'ai poursuivis comme des pestes publiques ? - Est-ce à la municipalité, dont j'ai découvert les vues secrètes, dévoilé les desseins dangereux, dénoncé les attentats, et qui m'a fait arrêter ? - Est-ce aux districts, dont j'ai attaqué l'alarmante composition, et proposé le besoin de réforme ? - Est-ce à la milice nationale, dont j'ai attaqué les sots procédés, et la sotte confiance dans des chefs suspects ? - Reste donc le peuple [4], dont j'ai constamment défendu les droits, et pour lequel mon zèle n'a point eu de bornes. Mais le peuple n'achète personne : et puis, pourquoi m'acheter ? Je lui suis tout acquis : me fera-t-on un crime de m'être donné ? »

« Hé ! pour qui me suis-je fait ces nuées de mortels ennemis ? pour le peuple ; ce pauvre peuple épuisé de misère, toujours vexé, toujours foulé, toujours opprimé, et qui n'eut jamais à donner ni places ni pensions. C'est pour avoir épousé sa cause que je suis en butte aux traits des méchants qui me persécutent, et que je suis dans les liens d'un décret de prise-de-corps, comme un malfaiteur. Mais je n'éprouve aucun regret ; ce que j'ai fait, je le ferais encore, si j'étais à commencer. Hommes vils, qui ne connaissez d'autres passions dans la vie que l'or, ne me demandez pas quel intérêt me pressait ; j'ai vengé l'humanité, je laisserai un nom, et le vôtre est fait pour périr. Je me flatte d'en avoir assez dit pour dégoûter les échos de cette calomnie, la seule qui eût pu porter coup à la cause que je défends. Quant aux autres, je laisse libre carrière à mes diffamateurs, et je ne perdrai pas, à les confondre, un temps que je dois à la patrie. »

On notera que cet écrit est du 18 janvier 1790. On peut supposer par là ce que Marat dut subir les années suivantes.

Au mois de septembre 1792, il fut élu député de Paris. Cette élection ne changea en rien sa façon de vivre. Dédaignant les mondanités, vivant en ascète, il ne s'occupa toujours que de combattre, soit à la tribune de l'Assemblée Nationale, soit à travers son journal, les ennemis de la République.

Les députés Girondins, dont il avait dénoncé les manoeuvres anti-révolutionnaires, le firent, sous des prétextes fallacieux, décréter d'accusation. Il risquait la guillotine. Son procès eut lieu le 24 avril 1793. Sa propre éloquence et la vérité des faits le firent déclarer non coupable. L'acquittement tourna au triomphe, et c'est porté sur les épaules de ses amis, au milieu d'une foule d'admirateurs, qu'il quitta le redoutable Tribunal Révolutionnaire.

Le 2 juin, la Convention votait la proscription des vingt-neuf députés de la Gironde. Certains d'entre eux se réfugièrent à Caen. Une des habitantes de cette ville noua des relations avec eux. Agée de vingt-cinq ans, fille d'un noble sans fortune, soeur d'un émigré qui servit au Royal-Bourbon et d'un autre qui, avec leur oncle, devait rejoindre en 1795 les troupes royalistes armées par l'Angleterre au débarquement de Quiberon, elle s'appelait Charlotte Corday. Probablement influencée par les proscrits Girondins réfugiés à Caen, elle prit, le 9 juillet, la diligence de Paris, dans le but d'y aller tuer Marat. Le 13, après avoir acheté un couteau, elle frappait à la porte du modeste logement, insistant pour voir l'ami du peuple « en personne », sous le prétexte de lui donner des informations sur les Girondins proscrits. Marat, qui souffrait d'un violent eczéma, cherchait quelque soulagement à ses intolérables démangeaisons en travaillant dans une baignoire. Tandis qu'il écrivait, sous sa dictée, les noms des bannis, elle le poignarda dans l'artère sous-clavière. Arrêtée, elle fut jugée et condamnée à mort le 17 juillet. Son exécution eut lieu le jour même.

Au milieu de la désolation générale des vrais républicains, Marat fut inhumé dans le jardin du kouvent des Cordeliers. Le gouvernement fit graver sur sa tombe :

ICI REPOSE MARAT, L'AMI DU PEUPLE
ASSASSINÉ PAR LES ENNEMIS DU PEUPLE
LE 13 JUILLET 1793

De nombreuses manifestations en son honneur se déroulèrent dans tout le pays ; David peignit son célèbre tableau représentant Marat mort, dans son bain. Cinquante-huit localités changèrent leur nom en celui de Marat, etc.

Le 21 septembre 1794, après qu'un huissier de la Convention eût lu le décret qui lui conférait l'immortalité, le corps de l'ami du peuple fut exhumé et placé au Panthéon, mais peu de temps après (8 février 1795), la réaction thermidorienne fit voter un autre décret stipulant que les honneurs du Panthéon ne pourraient être conférés à n'importe quel citoyen, que dix ans minimum après sa mort. Le cercueil de Marat fut donc expulsé et placé dans le cimetière contigu de Sainte-Geneviève. Quelques années plus tard, celui-ci était désaffecté.

Un inventaire des biens de Marat, ordonné après sa mort par la Commune de Paris, précise qu'outre ses meubles, et ses documents, il ne fut trouvé chez lui qu'un assignat de 25 sols. Sa compagne, Simone Evrard, et sa soeuz, Albertine, vécurent ensemble dans une pauvreté proche de la misère. Elles gagnaient leur vie en confectionnant des aiguilles de montres.

Parmi ceux qui ont passé leur existence à défendre et à maintenir vivante la mémoire de grand révolutionnaire, il faut citer François Chèvremont (1824-1907), qui s'intitulait « le bibliographe de Marat » et lui a consacré deux ouvrages capitaux. Collectionneur passionné, il a fait don, en 1898, de sa précieuse collection à la British Library de Londres.

Notes :
[1] Gérard Walter : Hebert et le Père Duchesne, Edit. J.B. Janin, Paris, 1946, page,(38.

[2] Sans doute faut-il voir là une allusion aux démêlés qu'il eut avec certains membres influents de l'Académie des Sciences, à propos de ses recherches.

[3] L'intégralité de ses oeuvres politiques en a été récemment publiée, en dix volumes, par les Editions Pôle-Nord à Bruxelles.

[4] Pour moi, le mot peuple est presque toujours synonyme à celui de nation. Lorsque je le distingue comme dans ce cas, il désigne la nation, exception faite de ses nombreux ennemis. (Note de Marat)
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