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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 13:45
 

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Article datant initialement du juin 2006

 



 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Commémorer l'Octobre soviétique n'est plus depuis longtemps à la mode ni politiquement correct pour la gauche. On préfère plutôt rendre hommage à d'autres « octobre »: la « chute du mur de Berlin » en 1989 ou l'insurrection anti-communiste de Budapest en 1956 saluée par le président de la république Napolitano et par le président de l'Assemblée Bertinotti – l'un ancien communiste, l'autre leader d'un parti qui se réclame de la refondation communiste – comme la vraie révolution annonciatrice des « révolutions » de 1989-91 qui marquèrent la fin des démocraties populaires et de l'URSS, de ce long cycle historique qui traverse le « court siècle », inauguré justement par la révolution d'Octobre. La boucle semble se boucler. Le verdict de l'histoire – dit-on – a été prononcé sans discussion possible: cette révolution (mais parmi les repentis du communisme certains ont même épousé la thèse du putsch, du coup d'Etat) a produit d'indicibles horreurs et elle s'est achevée dans un champ de ruines. De là une condamnation sans appel, l'abolition de cette histoire, son effacement du calendrier des anniversaires qu'il convient de rappeler aux nouvelles générations pour leur formation communiste. Et ceux qui veulent se réclamer de l'histoire des révolutions communistes du XXème siècle ouvert par l'Octobre soviétique sont étiquetés de nostalgique, irrémédiablement incapables de lire les défis du temps présent.



C'est actuellement la tendance dominante – exceptées de méritoires exceptions – dans la culture politique de la « gauche », des héritiers de ce que fut le parti communiste italien et de la « nouvelle gauche » soixantehuitarde et post-soixanthuitarde, en Italie et dans de nombreux pays du monde. Cette situation est bien présente aux communistes qui résistent, qui n'acceptent pas l'effacement d'une histoire, d'un projet de société, d'une identité qui a marqué profondément l'histoire du XXème siècle et que l'on veut aujourd'hui condamner au silence et à l'oubli.



Contre cette tendance majoritaire et dévastatrice, qui semble tout renverser dans sa furie iconoclaste, dont ne peuvent être sauvés non seulement les bolchéviques – cela va de soi – mais pas plus Rousseau et les jacobins français et quiconque qui ait l'odeur du révolutionnaire (la seule « révolution » aujourd'hui acceptée est la contre-révolution!), la première réaction immédiate et passionnée est celle de brandir bien haut notre drapeau rouge et de crier de toutes nos forces: vive Lénine! Vive la révolution d'Octobre, qui a ouvert la voie à la libération des peuples du joug colonial et impérialiste! Vive le parti bolchévique qui a su – seul parmi les partis de la Seconde internationale – déclarer la guerre à la guerre et transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire! Vive l'Internationale communiste, qui a formé une génération de communistes capables de lutter dans la clandestinité contre le fascisme et de mener les résistances en Europe! Vive l'Union soviétique, qui avec l'armée rouge et la résistance de ses peuples a été déterminante dans la victoire contre le nazisme et le fascisme! Vive l'URSS qui après la guerre a su affronter l'impérialisme américain et a favorisé, par sa seule existence, la résistance vietnamienne, la libération de l'Angola et du Mozambique, les luttes anti-coloniales, la révolution cubaine et les luttes populaires en Amérique latine!



Vive la révolution qui, première dans l'histoire, a essayé de construire une société sans privilèges de caste, sans propriété capitaliste, fondée sur l'idée d'un développement rationnel et équilibré de l'économie par la planification!



Et cela, nous le disons et le rappelons à ceux qui veulent effacer de l'histoire le communisme du XXème siècle. Mais cela ne suffit pas, et au contraire, si cela reste seulement un cri désespéré contre l'infamie et la calomnie, cela peut être également une réaction impuissante, le signe d'une faiblesse stratégique. La commémoration comme fin en soi n'a jamais intéressé les communistes. Le jeune Gramsci dans un de ses articles passionnés accusait le parti socialiste d'avoir réduit Marx à une icône, un saint, à ressortir pour les grandes occasions, les commémorations, les anniversaires, pour ensuite le laisser pourrir au grenier tout le reste de l'année, en évitant scrupuleusement de transformer en action politique vivante sa pensée critique.



Rappeler, défendre, approfondir la mémoire historique est utile et nécessaire dans la mesure où nous réussissons à traduire cette mémoire en action culturelle et politique, en consolidation et accumulation de forces communistes, en formation politique pour les nouvelles générations. Nous ne sommes pas ici pour agiter des drapeaux ou des icônes, nous ne sommes pas les nostalgiques (même si cette « nostalgie » communiste est un sentiment qui mérite le respect) d'un paradis perdu, d'illusions non-réalisées, d'un noble rêve, d'une utopie irréalisable. Si le 7 novembre 1917 est encore une date dont nous devons nous souvenir et que nous devons honorer, ce n'est pas seulement pour rendre un hommage mérité aux furies héroïques d'un temps révolu, nous ne cherchons pas à être les avocats commis d'office de la révolution. L'Octobre soviétique n'en a pas besoin comme les communistes aujourd'hui n'en ont pas non plus besoin.



Par ailleurs, il y a un besoin urgent. En premier lieu, de se réapproprier notre histoire communiste, contre toute diabolisation, mais libres de toute mythification. Le communisme naît comme critique – critique théorique de l'économie politique bourgeoise dans le « Capital » de Marx et critique comme praxis (et l'action théorique est également une action pratique dans la mesure où elle influe sur la transformation des rapports sociaux), pratique politique pour l'abolition de l'état actuel des choses, pour la transformation des rapports de propriété bourgeois en propriété communiste. Il faut savoir se réapproprier de manière critique notre histoire communiste du XXème siècle. Ce sont les autres, le camp bourgeois et anti-communiste, qui écrivent aujourd'hui cette histoire – pour partie de façon très grossière, pour partie avec des moyens plus raffinés qui tirent profit également de centaines de milliers et de millions de documents historiques soviétiques et des pays qui furent des démocraties populaires rendus aujourd'hui accessibles aux chercheurs. Sur ce terrain, nous ne sommes pas à la traîne. Qui a essayé d'écrire en histoire sait que c'est par la sélection que le chercheur opère dans la documentation archivistique qu'il peut tracer tel ou tel cadre d'analyse. Les documents – en en vérifiant philologiquement l'authenticité – rapportent les faits, mais à l'intérieur d'une masse qui comme dans le cas russe est véritablement extraordinaire (6 millions de documents dans les Archives centrales russes) on peut sélectionner certains éléments et en omettre d'autres. Ainsi, l'histoire de l'URSS peut aussi être réduite à celle d'un immense Goulag et la famine en Ukraine dans les années 1930 peut être attribuée à un plan stalinien diabolique d'élimination physique d'une nation. Il est temps de commémorer l'Octobre en dotant les communistes des instruments adéquats pour répondre aux dénigrements et à la démolition de l'expérience historique du communisme du XXème siècle.



Mais il ne s'agit pas seulement de répondre à la diffamation historique.Le travail que les communistes peuvent et doivent entreprendre dans la connaissance de l'histoire des révolutions ne peut pas être principalement « réactif », il ne doit pas naître seulement de la réponse aux attaques. L'étude passionnée et critique de notre histoire doit savoir jouer avec plusieurs coups d'avance – pour le dire par un trait d'esprit: il ne faut attendre août 2008 pour travailler sur une compréhension solide de ce qui a emmené les chars soviétiques à Prague. Les communistes doivent se concevoir et s'organiser comme formation autonome, qui prenne l'initiative également sur le terrain dangereux et fondamental de la lutte culturelle, sans attendre que ce soient les autres qui choisissent et fixent le terrain sur lequel nous affronter.



L'histoire – dans tous ses aspects – des révolutions communistes du XXème siècle doit être étudiée et approfondie en se dotant de tous les instruments appropriés pour un travail collectif critique non seulement pour vaincre le « révisionnisme historique » mais parce qu'elle constitue un bagage d'expériences fondamentales pour la lutte politique d'aujourd'hui, ses perspectives. Pour en citer seulement un aspect: le terrain de la construction d'une nouvelle organisation économique fondée sur une propriété majoritairement publique, étatique, et dans certains cas sociale. Cette organisation économique, tant admirée aussi par les pays en développement parce qu'elle a réussi à doter l'URSS en quelques années d'un grand appareil industriel, l'emmenant à pouvoir faire concurrence dans certains domaines avec les pays capitalistes les plus avancés, n'a pas réussi à passer au stade supérieur d'une économie intensive à haute productivité. Et cela fut certainement une des causes qui ont conduit le pays d'Octobre à sa fin peu glorieuse de 1991. Mais pendant ce temps, les bolchéviques et les communistes des démocraties populaires se sont posés et se sont mesurés à la question de l'organisation et la gestion d'une économie socialisée, avec certains succès à côté de lourdes défaites. Ce grand patrimoine d'expériences, de théorisation de l'économie politique du socialisme, de pratiques, ne peut pas être rejeté dans l'oubli par ceux qui se proposent comme fin le dépassement de la propriété bourgeoise en propriété socialiste. Seuls ceux qui ont embrassé un nouveau bernsteinisme et défendent la thèse que le mouvement est tout et la fin rien – et qu'on ne peut ni ne doit rien dire sur une société socialiste, mais attendre que quelque chose émerge des contradictions seules de la société – peut éluder la référence à cette expérience. Mais les contradictions du capitalisme, comme Walter Benjamin en avait bien l'intuition, ne mènent pas inévitablement au socialisme, et sans l'action consciente et organisée, dirigée vers une fin, peuvent mener à la destruction de la civilisation: socialisme ou barbarie.



La pire conséquence de l'idéologie de la fin des idéologies et de l'élimination de l'histoire communiste est le total obscurcissement des perspectives de transformation future de la société. La tactique, dans un présent sans histoire, sans passé et sans futur, est devenue le pain quotidien d'une bonne partie du personnel politique ex-communiste ou pseudo-communiste. A bien y regarder, ce n'est rien d'autre que l'apologie du capitalisme existant. La couverture de l'oubli qui recouvre l'histoire ouverte avec Octobre vise également – et surtout – à cela: pas seulement à régler ses comptes avec l'histoire communiste, mais surtout à éluder la question de la perspective communiste. La classe politique nihiliste ex-communiste ou pseudo-communiste n'est pas en mesure et ne veut pas aller au-delà de la tactique quotidienne.



Étudier Octobre – et le rappeler aujourd'hui, comme nous l'avons expliqué, ce n'est pas chercher à agiter des drapeaux mais à construire une science communiste pour la construction d'une société socialiste – nous permet au contraire de penser et d'agir stratégiquement, sans élever la tactique en une fin en soi.



Penser en termes stratégiques et pas seulement réactifs. Ce qui nous manque aujourd'hui, ce dont nous avons besoin, cela nous conduit aujourd'hui à commémorer ce grand tournant de l'histoire que fut le 1917 russe. La grandeur de nos maîtres – de Lénine en premier lieu – est d'avoir su placer tout choix tactique à l'intérieur d'une grande perspective, mettant au premier plan la question stratégique. Penser stratégiquement signifie construire les conditions pour que ce soient les communistes qui fixent le terrain sur lequel poser les grandes questions. Réagir, répondre aux attaques et aux provocations de l'adversaire est juste et méritoire, mais la seule réaction ne nous fait pas accomplir le bond qualitatif dont les communistes ont aujourd'hui plus que jamais besoin. L'ordre du jour du monde, des grandes questions culturelles d'importance stratégique, ce ne sont pas les autres qui doivent nous l'imposer, mais c'est aux communistes de le fixer.



Commémorer aujourd'hui Octobre signifie alors penser stratégiquement pour la recomposition et la relance à l'échelle mondiale du mouvement communiste. Un élément important pour cette pensée stratégique est la construction, en coordonnant les forces et les intelligences, capables de lire notre histoire et d'analyser les contradictions mondiales et leur développement, en pensant la révolution, ce qui signifie isoler dans les contradictions de l'impérialisme les prémisses non seulement d'une résistance des peuples aux agressions, mais aussi de la possible transformation de la guerre en révolution, de la résistance nationale en transition socialiste. Commémorer aujourd'hui Octobre signifie passer de la résistance réactive à la « résistance stratégique ». On ne peut pas être seulement « anti »: anti-capitalistes, anti-fascistes, anti-impérialistes. Octobre russe ne fut pas seulement contre la guerre, « pacifiste », elle ne fit pas seulement la « guerre à la guerre », mais a transformé la guerre en révolution sociale.



Penser stratégiquement signifie savoir se doter aujourd'hui également des instruments culturels pour la transformation socialiste au XXIème siècle. Nous ne regarderons pas l'histoire du communisme du XXème siècle comme un témoignage du passé à sauvegarder des intempéries et intempérances des nouveaux barbares, comme les moines coptes qui sauvaient les trésors perdus des classiques antiques, mais comme une mine précieuse, un trésor d'expériences dont on peut apprendre, un patrimoine d'inestimable valeur où doivent s'immerger les racines de notre identité et de notre avenir. Nous ne vivrons pas ainsi plongés dans la tactique quotidienne d'un présent sans histoire, mais dans la perspective stratégique de la construction des conditions de la révolution, qui se trouve dans les choses actuelles.

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 20:32

eric-hobsbawn.jpg« Il y a un temps pour tout, un temps pour les larmes, un temps pour les rires, un temps pour se lamenter et un temps pour danser. Si tu crois encore qu'il nous faut descendre Dans le creux des rues pour monter au pouvoir Si tu crois encore au rêve du grand soir Et que nos ennemis, il faut aller les pendre Dis-le-toi désormais Même s'il est sincère Aucun rêve jamais Ne mérite une guerre L'avenir dépend des révolutionnaires Mais se moque bien des petits révoltés L'avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre. (J. Brel, La Bastille)


Lundi 2 octobre mourait à Londres, à l'âge de 95 ans, le grand historien britannique Eric Hobsbawm. Né en Allemagne, très tôt il fut intéressé par le marxisme et par la révolution bolchévique. Il dut quitter l'Allemagne après les lois anti-juives du IIIe Reich. Il s'installa en Grande-Bretagne Il resta fidèle au Parti communiste même après le rapport de Nikita Khrouchtchev qui avait dénoncé le stalinisme, lui. D'abord professeur en 1947 au Birkbeck Colleege de Londres, il fréquenta de nombreuses universités américaines tout en bâtissant une oeuvre consacrée à l'histoire européenne au regard du nationalisme et de l'impérialisme d'une part, des phénomènes révolutionnaires de l'autre.


L'oeuvre d'Eric Hobsbawm L'ouvrage le plus connu d'Eric Hobsbawm est sans aucun doute L'Age des extrêmes : consacré au "court XXe siècle" (1914-1991), qui a été traduit en près de quarante langues, et a reçu de nombreux prix internationaux. Ses travaux ont influencé des générations d'historiens et de politiciens. Il a beaucoup travaillé sur la question des nations et des nationalismes en Europe aux XIXe et XXe siècles. Ce dernier essai, paru en 1994 en Grande-Bretagne, ne fut traduit et publié en France qu'en 1999, après que les éditions Gallimard aient refusé le manuscrit.(1)


Le décès d'Eric Hobsbawm, constitue non seulement la perte d'un des plus grands historiens marxistes du XXe siècle mais aussi d'un des analystes les plus fins, à défaut d'être toujours le plus juste, du « siècle des extrêmes ». Hobsbawm laisse à la discipline historique une oeuvre riche et complexe, alliant, qualité rare, érudition et art de la synthèse. Une oeuvre marquée par un parti pris courageux, l'affirmation de toute la pertinence de la grille d'analyse marxiste pour l'étude de l'histoire contemporaine. Un parti pris forgé dans le « groupe des historiens du Parti communiste », centré autour de l'Université de Cambridge. Un parti pris marxiste incarné par trois grandes synthèses qui le firent connaître -l'Age de la révolution, l'Age du capital et l'Age des empires - couvrant le grand XIXe siècle, de 1789 à 1914. Son triptyque est ainsi un manifeste intelligent pour une histoire marxiste : illustration du rôle des révolutions dans la transformation des sociétés, les liens dialectiques entre infrastructure et superstructure, la formation du capitalisme moderne et sa main-mise directe et indirecte sur l'appareil d'Etat, son rôle dans l'émergence du colonialisme et de l'impérialisme, les contradictions internes et externes du système laissant un espace à une transformation révolutionnaire socialiste. » (2)

« Sans déterminisme ni dogmatisme de pensée, Hobsbawm a livré dans ses ouvrages des pistes d'analyse pour comprendre ce « court XXe siècle », si hâtivement déformé et caricaturé dans une certaine tradition académique comme désormais dans les manuels scolaires. Prenant à contre-pied la thèse « choc des totalitarismes », devenu pensée dominante - tout du moins dans le champ académique français - Hobsbawm livre l'analyse plus subtile de ce « choc des extrêmes ». Son ouvrage, unanimement salué par les critiques anglo-saxons comme une contribution majeure à l'histoire du XXe siècle, a pourtant dû affronter l'anti-communisme de l'intelligentsia française acquise aux thèses pourtant contestées ailleurs, sur le « communisme totalitaire » ou même « les révolutions totalitaires ». (2)


« Dès les années 1960, toutefois, il se fait un des partisans, avec certains de ses anciens camarades ayant quitté le parti comme E.P.Thompson, de la « New Left », une nouvelle gauche inscrite de plus en plus en rupture avec la tradition politique communiste. Cette position conduit Eric Hobsbawm à devenir un des principaux propagandistes outre-manche de l'« euro-communisme », ce courant promu par Santiago Carrillo et Enrico Berlinguer, les secrétaires des Partis communistes d'Espagne (PCE) et d'Italie (PCI), mettant en avant un européisme constructif, des politiques d'union de la gauche ou au-delà et enfin une perspective institutionnelle réformiste. (...) En 1991, il quitte le Parti communiste de Grande-Bretagne qu'il a contribué à liquider. Son interview dans The Guardian, en 2009, en est l'illustration. Pour lui, si « le capitalisme est en faillite », le « socialisme a échoué ». Hobsbawm se fait le défenseur d'une « économie mixte », défendant une politique réformiste dans lesquelles les références sont désormais le Labour et Amartya Sen, plutôt qu'un parti révolutionnaire ou Lénine. » (2)

 

Les acquis et les libérations des masses laborieuses

Si l'Urss en tant que superstructure a disparu, les luttes sociales - qui ont vu l'émancipation des peuples dans les pays capitalistes - n'ont pas disparu, au contraire elles sont plus que jamais d'actualité. Alain Gresh nous retrace les acquis du XXe siècle qui rendent pertinent le jugement de Hobsbawm : « La destruction du passé, ou plutôt des mécanismes sociaux qui rattachent les contemporains aux générations passées, est l'un des phénomènes les plus caractéristiques et mystérieux de la fin du "court XXe siècle" . (...) Mais, sous cette amnésie qui domine aujourd'hui, se cache une vision du siècle qui s'est achevé avec la chute du mur de Berlin en 1989, une lecture désespérée et désespérante des décennies passées : massacres, guerres mondiales, génocides, goulag, nazisme - un siècle réduit à une succession de cataclysmes. Ce pessimisme implique aussi que toute perspective de changement des rapports sociaux est vouée à l'échec. C'est l'historien François Furet qui dressera la philosophie de cette conception : il faut accepter le monde tel qu'il est... » « Pourtant, cette période qui va de 1914 à 1989 fut aussi celle de grandes avancées pour l'humanité. D'abord, et c'est sans doute le plus important, la chute des empires coloniaux « éternels » : alors que, en 1914, la grande majorité du genre humain vivait sous domination étrangère, que l'Afrique et l'Asie n'étaient pas maîtresses de leur destin, à la fin du XXe siècle, les indépendances politiques ont partout triomphé, et le colonialisme - malgré quelques tentatives de « réhabilitation » - a été renvoyé aux poubelles de l'Histoire. D'autre part, durant ce laps de temps, les luttes ouvrières ont abouti dans la majorité des pays européens à de grandes conquêtes : disparition progressive du travail des enfants la journée de huit heures et la semaine de quarante heures ; la sécurité sociale ; le salaire minimum ; la reconnaissance du droit syndical. Parallèlement, l'élargissement des droits politiques s'est accompagné d'une avancée sans précédent de l'émancipation des femmes. (..) » (3)


La vision étroite et le conformisme des éditeurs et intellectuels français Eric Hobsbawm explique lui-même les raisons du refus des éditeurs français : « L'ouvrage que voici est paru en 1994 en Grande-Bretagne et, peu après, aux Etats-Unis sous le titre Age of Extremes : The Short Twentieth Century, 1914-1991. Il devait être bientôt publié dans toutes les grandes langues de culture internationale, sauf une. (...) L'explication la plus concise nous vient, dit-il, de Lingua Franca, revue universitaire américaine dont la spécialité est de rendre compte des débats et des scandales intellectuels : « Il y a vingt-cinq ans de cela,L'Age des extrêmes eût été traduit dans la semaine, observe Tony Judt, historien de la New York University. Que s'est-il donc passé ? Il semble que trois forces se soient conjuguées pour empêcher la traduction de ce livre : l'essor d'un antimarxisme hargneux parmi les intellectuels français ; les restrictions budgétaires touchant l'édition des sciences humaines ; et, ce n'est pas le facteur le moins important, le refus ou la peur de la communauté éditoriale de contrer ces tendances. » Que ce livre soit paru peu avant le dernier grand succès de François Furet, Le Passé d'une illusion, « analyse tout aussi ambitieuse de l'Histoire du XXe siècle, mais beaucoup plus conforme aux goûts parisiens dans sa manière de traiter le communisme soviétique », a fait « hésiter les éditeurs français à sortir un ouvrage comme celui de Hobsbawm ».(4)


« Que Hobsbawm soit demeuré un homme de gauche impénitent serait « une gêne » pour la mode intellectuelle qui a cours aujourd'hui à Paris. Tel est aussi le point de vue de Pierre Nora, des éditions Gallimard.(...) On ne sait pas très bien si - ni dans quelle mesure - l'éditeur lui-même se reconnaît dans cette France où l'attitude de l'auteur « passe mal ».(...) La situation internationale demeure telle que je l'ai esquissée dans la première partie du chapitre 19. Que le « court XXe siècle » se soit terminé par une crise générale de tous les systèmes, et pas simplement par un effondrement du communisme, est l'une des thèses centrales de ce livre. Si besoin est, l'éruption, en 1997-1998, de la crise de l'économie capitaliste la plus grave depuis les années 30 le confirme ».(4) Pour Pierre Nora des éditions Gallimard, tous les éditeurs « bon gré mal gré, sont bien obligés de tenir compte de la conjoncture intellectuelle et idéologique dans laquelle s'inscrit leur production ». Toujours selon l'historien français, ce livre est apparu dans un contexte d'hostilité au communisme : « L'attachement, même distancié, à la cause révolutionnaire » de la part d'Eric Hobsbawm, « en France, et en ce moment, il passe mal ». L'historien britannique Tony Judt propose une autre analyse : le fait que L'Âge des extrêmes soit sorti peu avant le grand succès de François Furet, Le Passé d'une illusion, « beaucoup plus conforme aux goûts parisiens dans sa manière de traiter le communisme soviétique », a fait « hésiter les éditeurs français à sortir un ouvrage comme celui de Hobsbawm ».


Hobsbawm et Furet : deux visions du monde


En fait, c'est une lutte sourde entre deux visions de l'histoire,celle de François Furet du capitalisme triomphant et celle d'Eric Hobsbwam,- malgré la charte de l'Ursss ne se renie pas les intellectuels français s'explique aussi par l'anticommunisme ambiant de la classe intellectuelle française qui se reconnait plus dans l'oeuvre de François Furet avec « le passé d'une illusion » qu'avec « l'âge des Extrêmes ». Ouvrages traitant tous deux du communisme. Pour rappel, l'ouvrage de François Furet a consisté à « retracer la mythologie de l'Urss et du communisme dans l'opinion en général ». En préface, Furet, qui a été militant du PCF entre 1949 et 1959 considère que lui aussi a fait partie des « illusionnistes-illusionnés qui ont bâti le mirage du communisme ». « J'ai vécu écrit -il de l'intérieur l'illusion dont j'essaie de remonter le chemin à une des époques où elle était le plus répandue [...]. J'en suis sorti avec un début de questionnaire sur la passion révolutionnaire et vacciné contre l'investissement pseudo-religieux dans l'action politique ».


r

 titre est une allusion à l'ouvrage de Sigmund Freud, L'Avenir d'une illusion Pour François Furet, la fin de l'adoration de l'Urss ne viendra pas que de la mort de Staline en 1953 mais aussi des débats suscités par le Rapport Khrouchtchev à partir de 1956. L'Urss disparaît en 1991 du fait de la gabegie des dirigeants et aussi du long travail de sape de l'Occident aidé par la papauté. Souvenons-nous du « N'ayez pas peur » d'un certain Karol Woytila, pape de son état, s'adressant aux mineurs à Gdansk haut lieu de la contestation et d'un certain Lech Walesa futur président de la Pologne et nobelisé pour services rendus au même titre d'ailleurs que Mikhaïl Gorbatchev.

« Il est vrai qu'à l'époque, la tendance était plus à la "fin de l'Histoire "et au "choc des civilisations" et que la vision historique d'Éric Hobsbawm n'était pas vraiment en phase avec de telles idées. Son ouvrage fut l'objet de refus de la part des éditeurs français et il fallut finalement l'initiative du Monde diplomatique pour voir traduite de la langue de Shakespeare à la langue de Molière les thèses historiques d'Éric Hobsbawm. Autant de difficultés à publier un tel ouvrage sur l'Histoire du XXe siècle reflète bien l'état de la pensée en France. Hors des dogmes libéraux-conservateurs, point de salut ! Ceux qui dérogent à cette règle sont ostracisés ! Le monde intellectuel français n'aime pas les idées contradictoires. Qu'un intellectuel ose encore s'affirmer comme marxiste est une injure pour ce petit monde constitué en partie d'anciens gauchistes trotskistes maoïstes convertis aujourd'hui au libéralisme et ayant abandonné leurs idéaux de jeunesse. Qu'un historien soit resté fidèle à ses idées, fussent-elles à contre-courant, cela est contraire à la tradition des girouettes que sont nos intellectuels français. Aujourd'hui, ceux qui sont restés fidèles à leurs valeurs sont en deuil, ils viennent de perdre l'un des leurs. Les tenants de la pensée unique libérale gagnent un peu plus de terrain : rares sont ceux qui s'étiquettent encore à gauche, plus rares encore sont les vrais marxistes. »(5)

 

Le journaliste Phillippe Marlière eut à l'interviewer en janvier 2005. Il nous livre quelques échanges : « (...) Il me demande quelle est mon opinion de Pierre Bourdieu, dont il était devenu proche. Je lui explique que le climat dans le monde intellectuel français a changé depuis les désespérantes années soixante-dix/quatre-vingts (« nouveaux philosophes », postmodernisme, ralliement d'ex-communistes à la droite conservatrice et au néolibéralisme). Je lui dis que les choses auraient tendance à repartir dans la bonne direction (essor des mouvements sociaux, succès d'Attac, nouvelle génération d'universitaires plus ancrée à gauche et davantage ouverte vers l'extérieur...). Il me parle de ces anciens marxistes, qu'il a bien connus et qui sont allés rejoindre les rangs des néolibéraux ou de la droite de combat : François Furet (« qui n'a pas produit grand-chose »), Annie Kriegel, Emmanuel Le Roy-Ladurie (« Je comprends mieux le passage à droite d'Emmanuel, en fait, il s'agit pour lui d'un retour a la maison' étant donné qu'il a été élevé dans un milieu réactionnaire. En outre, c'est un historien de talent. En tout cas, Braudel me disait toujours que Le Roy-Ladurie était le plus doué de sa génération »). (...) Voyageur infatigable, conférencier invité dans le monde entier, il concède une affection particulière pour l'Italie et l'Amérique latine, un continent où il fut reçu avec les égards réservés aux hommes politiques de tout premier plan.(...) »(6)

 

Le néo-libéralisme ne nous a pas amené le bonheur, au contraire, les masses laborieuses n'ont jamais été aussi désespérées. Le capitalisme sauvage le néolibéralisme prédateur et la mondialisation-laminoir sont les nouveaux cavaliers de l’Apocalypse. Les peuples souffrent les détresses sont partout. Partis de la Grèce, la protestation gagne du terrain. Pendant que les Cac40, les requins de la City s’empifrent les besogneux sont angoissés par les lendemains de plus ne plus problématiques. Eric Hobsbwam croyait en la nature humaine et au progrès. Ce qu’en ont fait les hommes, c’est une autre histoire. « Reposez en paix Eric Hobsbwam : que la terre vous soit légère. » Amen

 

 

1.L'historien britannique Eric Hobsbawm est mort Le Monde.fr avec AFP 01.10.2012

2. http://solidarite-internationale-pc...

3. Alain Gresh : Une autre histoire du XXe siècle. Le Monde diplomatique 5 juin 2008

4. Eric Hobsbawm : « L'Age des extrêmes » échappe à ses censeurs » http://www.monde-diplomatique.fr/19...

5.http://www.agoravox.fr/tribune-libr... 2 10 2012

6.http://blogs.mediapart.fr/blog/phil...

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/mort-de-l-historien-eric-hobsbawn-123911

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 13:59

arton18018-6c630.jpg« On peut tuer un homme mais pas ses idées », avait l’habitude de dire Thomas Sankara, le « président du Faso », comme l’appellent encore les Burkinabés.

Sankara a été tué il y a vingt-cinq ans, le 15 octobre 1987, mais ses idées, ses valeurs, ses enseignements sont plus vivants que jamais. Le jour de ce sinistre anniversaire, nous devons nous rappeler qui était Thomas Sankara, le Che Guevara de l’Afrique. Son histoire révolutionnaire commence en Haute-Volta le 4 août 1983 lorsque, capitaine de l’armée voltaïque, il prend le pouvoir à la faveur d’un coup d’État sans effusion de sang. Le pays, ancienne colonie française, abandonne bientôt son nom colonial et devient officiellement le Burkina Faso, qui signifie « terre des hommes intègres ».

Et c’est cette intégrité qui poussa Sankara à changer les choses. « Nous ne pouvons pas faire partie d’une riche classe dirigeante alors que nous sommes dans un pays pauvre », disait-il. Les actes valant souvent mieux que les paroles, il fit très rapidement remplacer les très confortables voitures bleues des hauts fonctionnaires du gouvernement par des voitures plus « utilitaires ». « Il est inacceptable qu’il y ait des hommes propriétaires d’une quinzaine de villas à cinq kilomètres de Ouagadougou quand les gens n’ont même pas assez d’argent pour acheter de la nivaquine », disait le Président du Faso qui continuait de vivre dans un foyer modeste. Á lire sa déclaration de revenus de 1987, on estime qu’il possédait à l’époque une vieille Renault 5, des livres, une moto, quatre vélos, deux guitares, des meubles et un appartement d’une chambre avec un prêt hypothécaire. Afin de relancer l’économie du pays dont la terre n’a jamais été fertile, il décida de compter sur ses propres forces, de « vivre à l’africaine ».

« Il n’y aura pas de salut pour notre peuple si nous ne tournons pas résolument le dos aux modèles que des charlatans ont essayé de nous vendre à tous crins pendant des années ».

« Nous consommons Burkina Faso », pouvait-on lire sur les murs de Ouagadougou, tandis que, pour encourager l’industrie textile locale, les ministres étaient obligés de revêtir le faso dan fani, le vêtement traditionnel de coton, tout comme Gandhi l’a fait en Inde avec le khādī. Sankara a utilisé les ressources de l’État pour lutter contre l’analphabétisme, les maladies telles que la fièvre jaune, le choléra ou la rougeole, et fournir au moins dix litres d’eau et deux repas par jour à chaque Burkinabé, tout en faisant en sorte que l’eau ne tombe dans l’escarcelle des multinationales étasuniennes et françaises.

En très peu de temps, le président du Burkina a acquis le rang de célébrité en Afrique, ce qui soulève l’inquiétude des grandes puissances et des multinationales. Et ses grands combats - le problème de la dette en Afrique, la lutte contre la corruption, l’émancipation de la femme, les problèmes des zones rurales, l’éducation - ont été très vite considérés comme des exemples à suivre. Mais sa renommée et sa détermination ont fini par lui coûter cher. C’est à l’occasion de l’assemblée de l’Organisation de l’unité africaine réunie le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba, en Éthiopie, que Sankara signa son arrêt de mort en annonçant son intention de ne pas payer la dette : « Nous sommes étrangers à la création de cette dette et nous n’avons donc pas à payer pour cela. (...) La dette sous sa forme actuelle est une reconquête coloniale organisée avec soin. (...) Si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas, soyons-en sûrs ; par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir, soyons-en sûrs également ».

En outre, dans son discours à Addis-Abeba, Sankara a déclaré, en présence de dirigeants africains : « Nous devons dans la lancée de la résolution de la question de la dette trouver une solution au problème de l’armement. Je suis militaire et je porte une arme. Mais monsieur le Président, je voudrais que nous désarmions. Parce que je ne possède qu’une unique arme, alors que d’autres ont camouflé les leurs. Alors, chers frères, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pouvons également utiliser ces immenses potentialités pour développer l’Afrique parce que notre sol et notre sous-sol sont riches ».

Quelques mois après ce discours, le président Sankara a été assassiné avec ses camarades lors du coup d’État orchestré par son meilleur ami Blaise Compaoré, avec le soutien de la France, des États-Unis et de la Côte d ’Ivoire. Sur le certificat de décès du président assassiné, la mention « mort naturelle » apparaissait encore en 2008, date à partir de laquelle l’ONU a contraint les autorités du Burkina Faso à supprimer le mot « naturel ». Son corps a été jeté dans une fosse commune à Ouagadougou, situé à un jet de pierre d’une décharge à ciel ouvert. Vingt-cinq années plus tard, la justice n’a toujours pas été rendue et la plupart des protagonistes de sa mort, parmi lesquels figure en bonne place l’actuel président Blaise Compaoré, sont encore au pouvoir. Mais le mythe de Sankara est plus vivant que jamais ...

Capitaine Martin

 

 

Résistance http://www.resistance-politique.fr/article-vingt-ans-apres-l...

URL de cet article 18018
http://www.legrandsoir.info/vingt-cinq-ans-apres-la-mort-de-thomas-sankara-on-peut-tuer-un-homme-mais-pas-ses-idees.html
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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 12:00

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La Mairie de Paris souhaitant rendre hommage au camarade Henri Krasucki, un conseiller UMP par ailleurs affilié au MEDEF, a trouvé à redire contre cette célébration (ici), arguant des supposées responsabilités nocives du dirigeant de la CGT dans le prétendu mauvais état de l'économie française.


Le traitement médiatico-politique qui fut réservé à Henri Krasucki sa vie durant et que l'on retrouve désormais à propos de sa mémoire est tout simplement abject. Henri Krasucki, quels que puissent être nos différends politiques avec lui, reste un héros communiste prolétarien du XXème siècle. Des hommes et des femmes comme lui ont été dans leur chair et leur esprit l'incarnation de la grandeur émancipatrice des opprimés. Ils ont été les sujets agissants et courageux du messianisme matérialiste qui aujourd'hui manque tant et qui avait pour nom : communisme.


L'éternel mépris des bedonnants riches et satisfaits à l'égard du peuple est insupportable. La clique médiatico-parlementaire adule Bernard Arnault mais s'essuie les pieds sur les ouvriers et les ouvrières. Il faut se rappeler la disproportion des hommages en 2003 selon qu'ils étaient rendus au patron de Fiat, Agnelli ou au Gavroche ashkénaze de Belleville devenu résistant communiste puis syndicaliste en vue, Henri Krasucki.


Enfin, comment ne pas voir dans les propos de M. Dubus sur l'économie française un relent de vichysme contre quelqu'un qui avait été accusé en 1987 par Christine Clerc du Figaro Magazine d'être un Français récent ?...


Mais telle est la bourgeoisie pleine de morgue. Elle peut rendre hommage à un jeune résistant précocément disparu mais un militant qui revient de l'enfer et qui vit aux côtés des opprimés, voilà qui lui insupporte. C'est pour cela qu'elle exècre jusqu'à la mémoire de Krasucki et qu'elle fait la propagande des anti-Chavez du Vénézuela.


C'est ce mépris qu'il ne faut pas oublier. Comme l'écrit Paul Nizan dans Aden Arabie : il ne faut pas craindre de rougir, ni d'être fanatique. Ils ont failli me perdre.


Aujourd'hui et demain comme hier : Bas la casquette devant l'ouvrier ! Hommage à Henri Krasucki !

 

(Ici, Krasucki sur la déportation).

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 12:35

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 10:40

 

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http://lmsi.net/17-octobre-1961-cheque-en-blanc-a

Dans son livre paru l’année dernière, Emmanuel Blanchard restitue les résultats d’une enquête sur la police parisienne. Il montre comment, de 1947 à 1958, la préfecture de police, en réponse à ce qu’elle perçoit comme le « problème nord africain », constitue, de façon non encore publique, des unités ciblant spécifiquement les Algériens. Alors que la guerre d’indépendance algérienne s’étend à la métropole en 1957 et 1958, les forces de police s’engagent dans une politique « d’élimination des indésirables ». A l’automne 1961, le préfet Maurice Papon obtient du gouvernement un véritable « chèque en blanc » pour démanteler le FLN et mener une bataille qui débouchera sur la perpétuation d’un massacre colonial au cœur de Paris, le massacre du 17 octobre 1961. Cette enquête historique inédite est précieuse en ce qu’elle permet de réinscrire ce déchaînement de violence exceptionnel dans des généalogies plus longues. En faisant la socio-histoire de l’institution policière et de ses liens avec le gouvernement, en restituant le rôle de Maurice Papon et la responsabilité très claire de Michel Debré et du Général de Gaulle, on voit réfutées les thèses d’un gouvernement politique dépassé ou alors celle d’une simple « crise » au sein de la police. Tout en recommandant la lecture du livre dans son entier, nous reproduisons ici son épilogue.

Les policiers sont devenus les combattants sans merci d’une lutte sournoise et sans merci, car c’est d’une guerre raciale qu’il s’agit. Et voici la conséquence : l’État, lui, est devenu dépendant de sa police – de son armée aussi, de cette armée dont certains organes ont été démesurément développés par leurs fonctions répressives : l’esprit de corps est la source de tout notre malheur comme il l’était déjà du temps de Dreyfus. F. Mauriac, Le Figaro littéraire, 11 novembre 1961 [1]

 

En octobre 1961, toutes les conditions de possibilité d’une violence extrême étaient réunies. L’histoire longue des pratiques de police vis-à-vis d’une population racialisée et soumise à une emprise spécifique des forces de l’ordre ; l’état de quasi-belligérance entre une organisation armée et des policiers voulant venger leurs morts ; la désobéissance organisée à un « couvre-feu » qui, sans fondement légal, était le symbole d’une forme de souveraineté policière ; l’atteinte symbolique à la souveraineté nationale défiée par la parade d’une « organisation terroriste » avec laquelle il n’était possible de négocier qu’à condition qu’elle soit défaite ; le format du dispositif de maintien de l’ordre ; la tolérance hiérarchique et politique vis-à-vis de violences quotidiennes et de pratiques extra-légales considérées comme nécessaires ou pour le moins inévitables, sont au nombre des logiques qui permettent d’appréhender ce massacre inscrit dans la situation coloniale.

Ce serait cependant céder à « l’illusion étiologique [2] » que d’expliquer le massacre du 17 octobre 1961 seulement par ces généalogies et ce contexte. Pour que les rafles au faciès dégénèrent en quasi-« pogrom [3] », il a fallu que se mêlent, de façon en apparence paradoxale, les encouragements de la hiérarchie et l’insubordination d’agents subalternes que leurs encadrants laissèrent souvent seuls pour ne pas avoir à les sanctionner. Ces brisures dans la chaîne hiérarchique et cette forme de démission temporaire des autorités policières, qui savaient pouvoir compter sur leurs agents pour que le seul objectif qui valait à leurs yeux – arrêter le maximum d’Algériens afin que force reste à la « loi » – soit atteint, donnèrent la possibilité à chacun des policiers d’utiliser toute la gamme des moyens en sa possession pour gagner la bataille engagée contre le FLN.

Cette enquête ne permet pas de savoir comment les agents s’accommodèrent individuellement de ce chèque en blanc. C’est pourtant au niveau des groupes de référence professionnels (la brigade, l’unité, les quelques collègues habitués à « marcher » ensemble…) que se jouèrent les ajustements, les processus d’alignement [4] (dans la violence effrénée ou, plus rarement semble-t-il, dans une certaine retenue) et l’ensemble des micro décisions qui donnèrent à ce massacre – proche par ses caractéristiques de certains de ceux perpétrés en Afrique du Nord [5] – les contours qu’on lui connaît.

Si des policiers plus nombreux avaient répondu au relâchement des contraintes qui pesaient sur eux autrement que par une forme d’hyperconformisme aux attentes de l’institution, le 17 octobre aurait pu n’être qu’une gigantesque rafle aux mailles trop lâches pour permettre l’arrestation des 12 000 Algériens interpellés ce soir-là. De nouvelles études, des changements d’échelles seraient donc nécessaires pour rendre compte de la diversité des attitudes et des ressorts de l’engagement différentiel dans une répression dont la radicalisation conduisit à des comportements sortant du répertoire policier habituel.

Le « manifeste des policiers républicains [6] » qui dénonçait une « situation de pogrom permanent », l’état de choc de certains délégués du SGP face aux exactions commises par des collègues appartenant parfois au même syndicat démontrent d’ailleurs l’absence d’homogénéité des comportements et des sentiments face au rôle joué par les différentes unités de la police parisienne. Au-delà du seul moment « octobre 1961 », des témoignages indiquent que, même dans les moments et les quartiers les plus durement touchés par l’état de guerre, il y eut des policiers qui se démarquèrent anonymement de leurs collègues et firent connaître leur solidarité avec les Algériens. Une militante du FLN interviewée par Danièle Amrane-Minne évoque des « policiers gentils » et plus particulièrement le cas d’un brigadier du poste de la rue Fleury (18e arr.) qui renseignait les cadres locaux du FLN en affirmant : « C’est normal vous êtes des résistants, moi aussi j’ai fait de la résistance [7] ».

Il s’agissait cependant de cas singuliers et il semble que le mot d’ordre du FLN de braver collectivement le couvre-feu fut avant tout ressenti comme une occasion de régler des comptes, de pouvoir enfin sanctionner collectivement une population dont la présence et la résistance n’avaient cessé de poser « problème », bien avant que les nationalistes algériens ne prennent les policiers pour cibles [8]. Cela explique que le commandement n’eut pas à motiver les troupes, à tel point que pour nombre de policiers il apparaissait a posteriori qu’ils étaient en état de quasi-désobéissance.

Un délégué du SGP témoigna ainsi devant ses collègues syndicalistes : « Il y a eu des moments où le commandement ne pouvait pas s’opposer au personnel, qui ne voulait rien écouter et qui se serait retourné aussi bien contre ses chefs. Je l’ai vu au 3e [district], où un gardien a menacé de son arme son brigadier [9].  » Le déroulement de la manifestation du 13 mars 1958 (au cours de laquelle deux directeurs de la préfecture de police avaient été frappés par des gardiens [10]) ou la manière dont l’affrontement physique était utilisé pour dénouer les conflits entre subordonnés et gradés [11] donne du crédit à une anecdote de prime abord surprenante.

Il ne faudrait pas pour autant en conclure que ce massacre fut le fait d’une base soudée par la violence contre une hiérarchie accusée de ne pas assez la protéger ou de la brider dans ses pratiques de « maintien de l’ordre [12] ». Ce n’était d’ailleurs pas l’interprétation des dirigeants du SGP et pas simplement en raison d’une logique corporatiste qui aurait consisté à tenter de dédouaner les responsabilités des personnels subalternes qu’ils représentaient.

Depuis des mois, le principal syndicat des gardiens n’avait eu de cesse de dénoncer la vacance d’une hiérarchie qui ne faisait pas son travail d’encadrement, d’explication et de recommandation. Il avait aussi alerté la direction de la police municipale sur l’état d’esprit des gardiens et même obtenu que le préfet Papon fasse une tournée des services. Rouve et ses adjoints avaient en effet parfaitement compris que ces silences étaient une manière de conforter les éléments les plus engagés dans le combat activiste et prêts à outrepasser leur mandat habituel. Les sympathies pro-OAS de certains directeurs de la police parisienne étaient d’ailleurs bien connues et ne pouvaient que conforter ces analyses [13].

Le SGP fut ébranlé par le 17 octobre 1961, déchiré entre la justification des pires atrocités par certains de ses délégués et les contributions à un « manifeste des policiers républicains » qui émanait de ses rangs. Piégé par Maurice Papon qui, au nom de la revendication syndicale d’instauration d’un couvre-feu, l’avait enjoint de porter plainte à ses côtés contre les rédacteurs de ce long tract, ces remises en cause ne touchèrent pas l’ensemble de la police parisienne.

Ainsi, les articles sur le « malaise policier » qui se multiplièrent à la fin de l’année 1961 et au début de l’année 1962, doivent être avant tout vus comme un indice de la proximité entre le SGP et certains journalistes [14], et non comme le symptôme d’une crise de l’institution policière. Le 17 octobre 1961 permit au contraire de resserrer les rangs et alors même qu’au début du mois certains pouvaient « sentir venir un nouveau 13 mars [1958] [15] » toute menace sérieuse d’insubordination fut ensuite écartée.

Plus fondamentalement, les autorités politiques eurent certes à gérer le mensonge d’État devant permettre de mettre fin aux protestations nées de l’application à Paris de techniques de maintien de l’ordre jusqu’alors cantonnées à l’empire colonial mais elles ne remirent nullement en cause l’action de la préfecture de police. De Gaulle n’était pas homme à considérer que quelques dizaines de morts étaient un prix à payer trop élevé pour préserver l’autorité symbolique de l’État et affermir sa position dans des négociations qui reprirent quelques jours après le 17 octobre [16].

Il n’y eut nul atermoiement au sommet de l’État : Michel Debré était parfaitement informé par Michel Massenet de la multiplication des violences policières intervenues depuis septembre et fit part au général de Gaulle que « la police parisienne, au cours du mois d’octobre, avant et après les manifestations musulmanes s’est comportée avec brutalité [17]. » Il n’était pourtant pas question de « jeter le trouble » parmi les forces de l’ordre et les velléités du Premier ministre de « s’occuper personnellement de cette affaire » ne furent suivies d’aucun effet.

Dans les années suivantes, ni Michel Debré ni le général de Gaulle ne tarirent d’éloges sur Maurice Papon et ils ne lui reprochèrent d’aucune façon les dispositions mises en oeuvre le 17 octobre 1961. L’affaiblissement de la Fédération de France induit par les internements et les expulsions massives en Algérie furent même portés au crédit du préfet de police qui contribua ainsi à montrer que même si l’État français négociait avec le FLN, il le faisait en position de force et sans y être contraint par les « attentats » perpétrés par les indépendantistes.

Cette reconnaissance de l’action de la police incarnée dans la manière dont l’ensemble des acteurs du massacre d’octobre 1961 furent couverts au plus haut niveau est un des éléments qui explique qu’on ne puisse pas parler de « crise policière » : à cette époque, l’institution policière resta globalement dans ses frontières sectorielles. Ni ses dirigeants, ni les personnels ne cherchèrent à s’approprier des prérogatives propres au champ politique [18], ni même à redéfinir leurs missions au-delà des larges marges de manoeuvre concédées par les gouvernants. Il fut par la suite certes difficile de faire rentrer la police parisienne dans le lit des pratiques des « temps ordinaires » et Maurice Papon eut à faire preuve d’autorité pour faire valoir « qu’il faut faire cette conversion de l’armée en campagne qui passe au régime de garnison ».

Il ajoutait que « c’est toujours assez difficile, c’est toujours très délicat mais ceci est à notre mesure et nous devons, par conséquent maîtriser facilement ce passage [19] ». Explicitant très clairement que les usages inconsidérés de la violence ne seraient plus « couverts » mais donneraient lieu à des « sanctions extrêmement sévères », Maurice Papon reconnaissait pleinement la nécessité et l’utilité passées d’une violence d’État au service de la stratégie gouvernementale de résolution de la « crise algérienne ».

Malgré ce qu’écrivait François Mauriac dans son « bloc-notes » cité en exergue de cet épilogue, les polices métropolitaines [20] ne s’affranchirent donc jamais du cadre politique fixé par le chef de l’État. L’écrivain, qui, lorsqu’il collaborait à L’Express, s’était élevé à plusieurs reprises contre les tortures pratiquées par les polices d’outremer, affirmait pourtant : « La police demeure étrangère [à de Gaulle]. Il la subit comme nous tous [21] ».

Si le chef de l’État et le gouvernement étaient bien dépendants de la police, c’est en pleine connaissance de cause qu’ils lui avaient accordé un chèque en blanc que Maurice Papon honora sans qu’ils eurent à s’en plaindre.

p.-s.

Cet article est l’épilogue du livre d’Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Éd. Nouveau Monde Editions, 2011. Lire la présentation.

Voir aussi le numéro de la revue Vacarme sur le 17 octobre 1961.

notes

[1] Ce texte est une réponse de F. Mauriac à un courrier privé de J.-M. Domenach qui lui reprochait son silence sur la répression du 17 octobre 1961. Il est publié dans le cadre du « bloc-notes » de François Mauriac.

[2] « L’illusion étiologique » est, selon M. Dobry, la posture qui consiste à arrêter l’explication des crises à la mise en évidence de leurs « déterminants » et autres « sources historiques », Dobry (1986, p. 48-60).

[3] Selon l’expression utilisée à l’époque par les défenseurs des Algériens (voir supra), mais aussi trente ans plus tard dans les interventions médiatiques de C. Melnik, chargé des questions de sécurité dans le cabinet de M. Debré. Einaudi (2001, p. 12, 27).

[4] Ermakoff (2008).

[5] Outre les manifestations marocaines de décembre 1952, ou algériennes de décembre 1960, il aurait notamment fallu citer les répressions sanglantes de nombreuses grèves en Tunisie de la fi n de l’année 1950 à l’indépendance, où le « service d’ordre, en perpétuelle tension nerveuse, s’accoutuma à tirer et à abattre les manifestants ». Julien (2002, p. 194).

[6] Rédigé par un policier communiste syndiqué au SGP, le tract « Un groupe de policiers républicains déclare » fit l’objet d’une plainte du préfet de police, soutenu par les tous les syndicats de la préfecture de police – y compris le SGP, très divisé sur la question, mais soumis à d’intenses pressions de Papon – pour « diffamation publique envers la police ». House, MacMaster (2008a, p. 185-189).

[7] Amrane-Minne (1994, p. 174).

[8] Le récit de vie de Raoul Letard témoigne de l’excitation qui saisit des services entiers, avides d’en découdre, le 17 octobre 1961.

[9] SGP, conseil syndical mixte (gardiens et gradés), 5 décembre 1961, p. 8.

[10] Voir supra chap. 8 et Blanchard (2011a).

[11] Ces anecdotes sont présentes dans un certain nombre de récits de vie, voir en particulier entretiens avec M. Marcel, op. cit.

[12] Ces logiques furent à l’oeuvre le 14 juillet 1953.

[13] F. Rouve alimentait les articles de L’Express sur le sujet. Voir « La police avec qui ? » article saisi de L’Express, 27 décembre 1961, reproduit in Témoignages et documents, n° 34, janvier 1962.

[14] En particulier, dans le cas des deux articles très informés de Michel Legris, « Le malaise de la police », Le Monde, 11 et 12 janvier 1962.

[15] Conseil syndical des gardiens, 3 octobre 1961, p. 12.

[16] Sur la psychologie du général de Gaulle et ses réactions à la violence d’État, voir Melnik (2010). Pour une analyse de la place du 17 octobre dans les affrontements entre négociateurs français et algériens, House, MacMaster (2008a, p. 178-182).

[17] Note de M. Debré au général de Gaulle, 3 novembre 1961, archives de Sciences Po, 2 DE 30.

[18] Pour reprendre le cadre d’analyse de M. Dobry, il n’y eut donc pas de « désectorisation conjoncturelle de l’espace social », caractéristique des situations de « conjoncture politique fluide », autrement dit des « crises politiques », Dobry (1986, p. 140-150).

[19] Allocution du 3 mai 1963 devant les cadres de la PP, APP HA 88.

[20] Il n’en fut pas de même en Algérie où pour reprendre la main sur des services de police acquis à une OAS qui n’hésitait pas à abattre les policiers qui s’opposait à elle, le ministère de l’Intérieur fut notamment obligé d’envoyer des renforts de métropole, Delarue (1990, 1994).

[21Le Figaro littéraire, 11 novembre 1961, p. 20.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 20:28

ihs94_memo-luttes-50_17_octobre_61_d.jpgLe 17 octobre 1961, sous l’autorité de Maurice Papon, alors Préfet de Police de Paris, les forces de l’ordre ont pourchassés puis assassinés des manifestants algériens pacifiques appelés alors « français musulmans d’Algérie » et qui protestaient dignement contre le couvre-feu discriminatoire et raciste de Maurice Papon qui leur était imposé depuis le 5 octobre. Plusieurs centaines d’entre-eux ont péris « noyés par balle » ou battus à mort.


Depuis plusieurs décennies, le MRAP exige la reconnaissance de ce crime par les plus hautes instances de l’État. François Hollande s’est engagé durant la campagne présidentielle à faire reconnaître par l’État cette page honteuse de l’histoire de France.


Le MRAP attend du Président de la République et de la majorité présidentielle le respect de ces engagements et l’annonce, pour ce 17 octobre 2012, de la reconnaissance de ce crime d’État.


Le MRAP appelle à participer massivement au rassemblement du 17 octobre 2012 à 18h sur le pont Saint-Michel à Paris.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:44
thomas-sankara-2.jpgIl m’est difficile d’oublier cette après-midi du 15 octobre 1987, à Ouagadougou. C’était un peu avant 16 heures, heure locale. Tout baignait dans une torpeur incitant à la sieste. Nous étions six dans la villa où nous logions : trois de mes collaborateurs, le cuisinier et le sous-officier burkinabé affecté à notre service. Puis brusquement, de brèves rafales d’armes automatiques déchirèrent le silence. Quelqu’un remarqua : « Ça vient de la direction du Conseil de l’Entente (quartier général du CNR, Conseil National de la Révolution) ! ».

Puis, le calme retomba. Un calme bien étrange. On pouvait presque ressentir la tension que vivaient, à ce moment-là, tous les habitants de la ville. C’est que depuis quelques semaines, une sourde tension politique régnait au sommet de l’État et, ces derniers jours, les rumeurs les plus alarmantes parcouraient la ville. On parlait de graves divisions chez les militaires et les intellectuels civils, de complots, d’épuration... Mais on ne savait pas encore que ces brèves rafales venaient de faucher le camarade Thomas et six membres de son staff.

Le président Goukouni et moi-même avions été reçus par Thomas Sankara quelques jours auparavant, dans le cadre de ses efforts pour tenter de recoller les morceaux du Gouvernent d’union nationale de transition (GUNT), coalition de mouvements opposés au président Hissène Habré.

Quelques minutes après que nous avons entendu les tirs, l’officier de sécurité téléphona à sa hiérarchie. « Il y a des sérieux problèmes et on me demande de vous dire de ne sortir sous aucun prétexte et de passer la consigne à vos compatriotes », nous annonça-t-il. Malgré ses efforts pour avoir un « ton de service », un désarroi mal maîtrisé se lisait sur son visage. Dans une rue avoisinante, le commandant Lingani, numéro 3 du directoire militaire et ministre de la Défense, passa alors à toute vitesse au volant d’une jeep, hurlant des ordres dans son talkie-walkie.

Rumeurs ouagalaises

Les coups de feu entendus et le va-et-vient de véhicules militaires ne laissaient aucun doute. La crise politique, qui couvait, venait de connaître un important développement. Depuis plusieurs semaines, des milieux politiques jusqu’aux "doloteries" et "alokodromes" (restaurants en plein air), il n y avait qu’un seul sujet de conversation. « Ça ne va pas du tout entre les dirigeants. Le mouvement révolutionnaire dans son ensemble est divisé par des luttes d’influence entre factions rivales », entendait-on en ville.

A cela s’ajoutaient deux signes annonciateurs. Le premier, le discours lu par le représentant des étudiants à la cérémonie du quatrième anniversaire de la DOP (Déclaration d’orientation politique) et que tout le monde avait interprété comme un message de la fraction opposée à Thomas Sankara. Le second, la circulation de tracts attaquant violemment l’un ou l’autre des hauts dirigeants et attribués tantôt aux partisans de Blaise Compaoré, tantôt à ceux de Thomas Sankara lui-même.

Si mes rencontres avec les principaux concernés n’avaient rien laissé paraître, mes discussions avec certains anciens camarades de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) m’avaient permis de toucher du doigt de sérieuses contradictions internes.

D’abord, j’avais constaté que les anciens de la FEANF, bien qu’engagés dans le mouvement révolutionnaire, étaient repartis entre plusieurs organisations, créées au départ dans la clandestinité, selon des postures idéologiques, parfois assez surréalistes par rapport aux besoins de la construction nationale au Burkina. Ils parlaient ouvertement des déviations dans la « Révolution ». Les uns accablant le « camarade Thomas », les autres le « camarade Blaise ».

Au niveau de ces intellectuels, la principale pomme de discorde était « la question du parti » d’avant-garde. On prêtait à Sankara et ses partisans la volonté de vouloir dissoudre toutes les organisations qui étaient représentées dans le CNR, au profit d’une sorte de parti unique acquis à sa personne, et de supprimer la référence à tout système de parti, pour confier le monopole de la mobilisation politique aux Comités de défense de la Révolution (CDR), sur le modèle des comités révolutionnaires libyens.

Au niveau militaire, la décision de créer la FIMATS, une force d’intervention au sein du ministre de l’Intérieur, fut interprétée comme faisant partie d’un plan de marginalisation progressive des officiers de l’armée régulière, majoritairement acquis à Blaise.

Sankara, le « camarade qui s’était trompé », selon Compaoré

Ce 15 octobre 1987, le suspens ne dura pas longtemps. Vers 18h30, un très bref communiqué fut lu par une voix inconnue, au nom d’un mystérieux « Front Populaire » qui commençait par : « Le régime autocratique de Thomas Sankara vient de tomber ». Il y était question de « déviation », de « tentative de restauration néocoloniale » par Thomas Sankara et de la nécessité d’un « Mouvement de rectification ». Le communiqué s’achevait par « signé Blaise Compaoré ». Ce dernier devait expliquer, plus tard, au cours d’une interview, qu’il n’avait pas participé au drame qui s’était déroulé au Conseil de l’Entente et qu’il était chez lui, « en train de dormir »... 

Une explication plus consistante, sous la forme d’un long discours, fut lue à la radio des jours plus tard par Blaise Compaoré lui-même. Il expliquait que les erreurs s’étaient accumulées et qu’elles avaient conduit au « Mouvement de rectification ». Sankara n’était plus traité d’ « autocratique » et de « réactionnaire », mais de « camarade qui s’était trompé ». « Une sépulture digne de la place qu’il avait occupée lui serait construite ». Pourquoi parler de « sépulture » ? C’est que Sankara et ses camarades d’infortune avaient été enterrés à la hâte, à même la terre. Certaines des parties de leurs corps affleuraient même au niveau du sol !

La nuit de ce 15 octobre 1987 fut encore secouée par des coups de feu, nettement plus nourris que ceux de l’après-midi. On apprit le lendemain que c’était Pierre Ouedraogo, le coordinateur des CDR qui faisait de la résistance chez lui, pendant plusieurs heures avant de se rendre.

La fin de l’omerta, le début d’une réflexion

L’écho, en Afrique et dans le monde, de l’annonce de l’assassinat de Thomas Sankara fut immense. Jerry Rawlings du Ghana et Yoweri Museveni d’Ouganda, rompant avec le sacro-saint principe de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, l’ancêtre de l’Union africaine) de ne pas critiquer les changements internes aux Etats, condamnèrent officiellement l’événement et décrétèrent un deuil national. Curieusement le colonel Kadhafi fut complètement muet sur l’évènement.

Vingt cinq ans après, il n y a jamais eu d’enquête officielle sur ce drame. Récemment encore, dans une interview à Jeune Afrique, le président Compaoré se contenta de justifier cette omerta par le fait que les révolutions connaissent souvent des soubresauts sanglants et que les drames non-élucidés ne sont pas l’apanage du seul Burkina Faso.

L’enquête pour faire toute la lumière sur les circonstances du drame est une nécessité, non pas pour punir des coupables, mais pour assainir l’ambiance politique au Burkina, permettre à sa famille d’aller au bout de son travail de deuil et donner à Thomas Sankara la place qui lui revient dans l’Histoire burkinabé et africaine.

Au-delà de cet aspect humain, le destin tragique de Thomas Sankara, comme celui de Patrice Lumumba, Amilcar Cabral et d’autres leaders africains dont l’élan visionnaire fut précocement brisé, suscitent des questionnements idéologiques, socio-historiques et, naturellement, politiques. Ils méritent d’être traités en profondeur, sans passion, en vue d’en tirer des leçons et d’éclairer la lutte des générations montantes pour l’émancipation et l’unification des peuples africains.


Par Acheikh Ibn-Oumar, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur tchadien aux Nations unies

 

http://www.afrik.com/il-y-a-25-ans-tombait-thomas-sankara

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:24

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 19:01

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http://amnis.revues.org/1430

Les représentations de l’ennemi et du combat dans les dessins animés soviétiques de 1941


La Seconde Guerre mondiale eut un impact considérable sur la production culturelle des pays impliqués dans le conflit, ce qui s’est répercuté notamment dans la propagande visuelle appuyant les discours politiques. Devant l’ampleur de la menace, les autorités soviétiques n’ont pas hésité à mobiliser le milieu artistique afin de relayer un discours patriotique projetant une image particulière de l’ennemi ainsi que des comportements à adopter face à ce dernier, au même titre que la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis ont pu le faire. Les dessins animés qui ont été produits en 1941, lorsque débute l’invasion du territoire soviétique par l’armée allemande, intègrent certaines thématiques liées à la représentation de l’ennemi et du combat dans une double perspective de pédagogie militaire et de création d’une fiction de la victoire. L’utilisation de représentations animales pour dépeindre l’ennemi dans les dessins animés, ainsi que la distorsion de la réalité dans les séquences de combat, sont autant de moyens d’alimenter la haine à l’encontre de l’envahisseur et de contrôler l’information en provenance du front, afin de rassurer la population quant au déroulement du conflit.


1La Seconde Guerre mondiale est un évènement hautement traumatique qui a marqué l’imaginaire collectif des nations ayant pris part aux combats ou qui ont subi l’occupation. Ce traumatisme collectif a fortement imprégné la production culturelle des sociétés contemporaines, et particulièrement le cinéma, alimentant la mémoire difficile de cet important conflit. Le livre de Siegfried Kracauer, De Caligari à Hitler : une histoire psychologique du cinéma allemand, dont la première édition parut en 1947, témoigne de la rapidité avec laquelle les Allemands ont mené des recherches exploratoires sur le cinéma après la guerre1. Du côté français, Marc Ferro est considéré comme un pionnier concernant l’utilisation de sources cinématographiques en histoire, avec son livre Histoire et cinéma, publié en 19772. Il faut toutefois attendre la montée en force des considérations de mémoire, au tournant des années 1990, pour assister à un réel développement de ce champ de recherches. En effet, avec la distance qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs études ont été publiées concernant la production culturelle en temps de guerre3. On se réjouit aujourd’hui de voir une vague de recherches récentes qui reflète des perspectives nouvelles, notamment concernant les représentations identitaires et la question des altérités au cinéma4. Par contre, si l’utilisation du cinéma comme source première de recherches en histoire ne suscite plus la controverse, il reste que certains champs de la production cinématographique restent encore inexplorés. C’est d’ailleurs le cas du cinéma d’animation, qui, outre quelques ouvrages généraux concernant l’animation mondiale, reste un champ de recherche marginal5. Le cas qui nous intéresse ici, celui de l’Union soviétique, est très pertinent à cet égard, considérant les bouleversements sociaux, idéologiques et politiques qui y sont survenus depuis les trente dernières années. Tous ces changements idéologiques ont alimenté une cinématographie des plus prolifiques, notamment en ce qui concerne la guerre civile et la Grande Guerre patriotique6. Revisiter la production culturelle des années de guerre en URSS permet aujourd’hui de poser un regard nouveau sur des œuvres patriotiques qui ont contribué à la construction d’une mémoire collective du conflit. C’est dans cette optique que nous proposons d’analyser les représentations liées à la guerre et au combat dans les dessins animés soviétiques afin de mieux comprendre comment sont véhiculées les perceptions de soi et de l’autre lors d’un conflit armé, tout en démontrant à quelles fins ces images sont utilisées.

    2Le cinéma ne peut être aussi réactif devant l’actualité qu’un imprimé quotidien ou hebdomadaire, au même titre que le cinéma d’animation n’est pas aussi prompt à décrire un évènement que la caricature journalistique. Par contre, l’effet du mouvement et du son donne une profondeur au message et lui procure une force psychologique et émotionnelle très puissante. C’est pourquoi dans un contexte de guerre, le dessin animé constitue un outil médiatique redoutable qui peut servir de relai à la propagande d’État. Alors que les premiers mois d’hostilité furent très éprouvants pour l’Armée rouge, nous soutenons que les dessins animés ont rapidement été utilisés dans l’optique de créer un contexte psychosocial favorable à une mobilisation de la société pour la victoire. Pour arriver à leurs fins, nous estimons que les réalisateurs ont d’abord créé des dessins animés recoupant deux dimensions, soit la pédagogie militaire et la propagande triomphaliste. À des fins d’analyse, nous utiliserons des dessins animés produits en 1941 par le studio Soiouzmul’tfilm, principalement des œuvres tirées de la série Actualités7, divisée en épisodes nommés Posters politiques8. Tous ces films ont été traduits dans un coffret intitulé La propagande soviétique animée, de la Révolution à la pérestroïka9, commercialisé aux États-Unis en 2006 par la société Jove Film basée en Californie. Les dessins que nous utiliserons sont tous issus du second disque, intitulé Barbares fascistes10.  

    3Il est important de débuter cette réflexion par une explication du contexte de production culturel à l’aube de la guerre afin de bien comprendre comment cette industrie fut mobilisée. Nous serons à même de mieux saisir son rôle dans la propagande d’État et de décrire quels ont été les impacts de l’invasion allemande sur la production cinématographique en matière d’animation. Nous traiterons, dans un deuxième temps, de la dimension pédagogique des dessins animés dans un contexte où il faut dépeindre l’ennemi afin de le reconnaitre et le détruire, ainsi que glorifier le héros et la résistance pour alimenter la détermination du peuple. Il sera ensuite question du climat psychologique alimenté par les dessins animés, notamment en ce qui concerne les distorsions triomphalistes dans les représentations du combat.

    Reconnaitre l’ennemi : La pédagogie militaire dans les dessins animés soviétiques

    4Les premiers affrontements sont catastrophiques pour l’Armée rouge qui n’est pas prête à affronter l’Allemagne en raison du manque de méfiance après la signature du pacte de non-agression entre les deux pays en 1939. Pourtant, la propagande liée à la guerre fait état d’une mobilisation sans précédent de l’URSS et d’une victoire assurée, mais dans les faits, l’Armée rouge subit de nombreux revers. De l’été 1941 à l’été 1942, des centaines de milliers de soldats sont faits prisonniers, la progression de l’ennemi en territoire soviétique entraine le déplacement de plus de sept millions de civils et des milliers d’usines sont démontées pour être transférées plus à l’Est, à l’abri des combats11. Dès le premier jour du conflit, l’armée de l’air allemande, la Luftwaffe, détruit plus de 1200 avions soviétiques dont la majorité est restée clouée au sol12. Les troupes nazies avancent profondément en territoire soviétique sans rencontrer de résistance organisée. L’Allemagne progresse rapidement dans la partie occidentale de l’URSS, prenant ainsi plusieurs centres de production soviétiques. Toutefois, on comprendra que cette déroute de l’Armée rouge resta hors des canaux médiatiques par lesquels l’État a plutôt tenté de mettre en place un climat psychologique nourrissant la haine de l’ennemi et créant un fantasme de la victoire. Il y a donc un profond décalage qui s’installe entre la représentation du combat qui est véhiculée durant la guerre et ce qui se passe réellement sur le terrain en 1941. 5L’une des premières tactiques en matière de propagande en contexte de guerre est de montrer à quoi ressemble l’ennemi, quels sont ses traits caractéristiques. Plusieurs symboles correspondant à des marqueurs identitaires forts ont été créés pendant la guerre civile pour dépeindre les ennemis du peuple, notamment par les dessinateurs d’affiches. Sur ces dernières, on retrouve très souvent le chapeau et le cigare du capitaliste, la couronne du tsar ou le pope barbu. Ces symboles sont appuyés par un discours politique qui donne un sens aux images, un discours qui suggère une attitude, un état d’âme ou un comportement à adopter. Des artistes comme Victor Deni, Dimitri Moor et Boris Efimov ont continué de produire de telles affiches dans les années 1930, utilisant ces symboles qui s’intègreront davantage dans l’imaginaire collectif et marqueront une typographie du vilain13. Face l’urgence d’agir, le milieu artistique soviétique s’est rapidement tourné vers ces clichés populaires pour constituer une nouvelle image de l’ennemi. Dans les premiers mois de l’occupation, les producteurs de dessins animés ont renoué avec les techniques qui prévalaient durant la guerre civile, c’est-à-dire de courts métrages d’agitation politique basés sur des actualités tournées au front, un style développé et popularisé par Dziga Vertov14. Dans cette même lignée, les dessins animés du réalisateur Ivan Ivanov-Vano (1900-1987) et des sœurs Valentina (1899-1975) et Zinaïda (1900-1983) Broumberg intègrent les techniques cinématographiques d’agitation telles que les actualités de Vertov et reprennent en grande partie les clichés développés par les artisans des affiches politiques en matière de représentation de l’ennemi.

    • 15  What Hitler want.
    • 16  «zemlia pometchikam!».
    • 17  «Hitler wants to steal the grain from the communal farmers».
    • 18  «He wants to give all the factories to the capitalists».
    • 19  «He wants to cover all our land with coffins!».
    • 20  «He wants to make our free people his slaves!».

    6Ces méthodes pédagogiques de représentation de l’autre sont rapidement mises à profit, et ce, dès 1941. À titre d’exemple, Ce que veut Hitler15, le premier épisode de la série Actualités, explique quelles sont les motivations d’Hitler à envahir l’URSS. Les dessinateurs dépeignent d’entrée de jeu le chef de l’État allemand comme une bête sanguinaire, dont les traits exagérés du visage rappellent l’image d’un sanglier enragé. On le voit d’abord avancer dans un champ, brandissant une pancarte sur laquelle est indiqué  « Donnons la terre aux propriétaires fonciers »16. La narration commente alors : « Hitler veut voler le grain des fermes collectives»17. Dans la séquence suivante, il y a un complexe industriel en arrière-plan et Hitler s’avance. La narration émet le commentaire suivant : « Hitler veut donner les usines aux capitalistes»18. On le voit ensuite se pencher et prendre une usine dans ses bras et la tendre vers un homme immense, vêtu d’un chapeau haut-de-forme et fumant le cigare (un symbole largement utilisé depuis la guerre civile). Dans le troisième acte, Hitler avance sur un chemin parsemé de cercueils et de croix. On entend alors : « Hitler veut couvrir tout notre pays de cercueils ! »19. Et la séquence suivante montre un paysan enchainé trainant Hitler sur ses épaules, le fouet à la main, alors que la narration poursuit : « Il veut faire de notre peuple libre ses esclaves ! »20. L’épisode se termine sur des images de combats, où les forces soviétiques se déchainent contre l’envahisseur, accompagnées d’un message de propagande qui opère une distorsion de la réalité à l’époque où il fut produit :

    • 21  «And what will he get? Three blows for each blow of his! Ten fires for each fire he starts! He’ll (...)

    Et qu’est-ce qu’il aura ? Trois coups pour chaque coup qu’il nous donnera, dix feux pour chaque feu qu’il allumera, il aura la baïonnette, la mitraillette, nous aurons une chaude avance ! Il obtiendra la fin déshonorante du fascisme ! Dans tous les coins de la planète le slogan des ouvriers est le suivant : Parle aux fascistes dans la langue du feu ! Avec des mots comme des balles de fusil, avec la lame aiguisée des baïonnettes !21

    7Ce commentaire a pour objectif de rassurer la population quant à la supériorité de l’Armée rouge, qui n’est effective que sur le papier en 1941, et suggère l’attitude à adopter en face de l’adversaire.

    Suggérer un comportement à adopter devant l’ennemi

    8Une fois que le peuple a appris à reconnaitre l’ennemi, il faut aussi s’assurer que chaque citoyen saura comment agir lorsque se produira la rencontre. Cela s’inscrit dans les nombreux efforts du régime pour entrainer la population civile et l’éduquer en fonction des besoins militaires du moment. Toutefois, il ne s’agit pas uniquement de former le citoyen à manier les armes, il faut aussi lui apprendre à être vigilant sur le terrain afin de débusquer l’ennemi. C’est exactement ce que propose le dessin animé Frapper l’ennemi au front et à la maison22, des sœurs Broumberg, qui revêt une dimension pédagogique et psychologique. Dans ce troisième épisode des Actualités, on voit d’abord, coup sur coup, trois personnages types de la mythologie soviétique, issus de l’imagerie révolutionnaire et du réalisme socialiste, soit le soldat au front, l’ouvrier sur le chantier et la travailleuse agricole au champ remplaçant les hommes partis au combat23. Tous les trois ont un air sérieux et vigilant. Le plan suivant présente, en contre plongé, un bombardier nazi qui largue trois parachutistes. Lorsqu’ils arrivent au sol, on s’aperçoit qu’ils sont laids et ont la croix gammée tatouée sur le front. Un message apparait sur écran noir : « Les traitres de vipères fascistes sont partout ; Soyez vigilants où que ce soit ! Gardez vos yeux ouverts ! »24. On voit ensuite un des trois espions sur un complexe industriel, grimpant à une ligne électrique tenant une pince à la main. Il coupe alors un fil, mais une main géante apparait à l’écran et agrippe le saboteur avec une immense pince. Dans le plan suivant, on voit un deuxième espion dans un champ qui met le feu aux bottes de foin. La main citoyenne apparait encore à l’écran pour le saisir sur le fait. Le troisième quant à lui se retrouve près d’une voie ferrée où il tente de faire dérailler un train qui fonce à vive allure. Une baïonnette géante vient alors le transpercer d’un coup. « Rappelez-vous des ruses de l’ennemi. Soyez vigilants ! Démasquez les espions fascistes, les agents étrangers et les saboteurs ! »25.Ce court métrage de propagande met donc l’accent sur l’effort individuel dans la lutte contre l’ennemi et implique la population civile dans la défense de la patrie. Le rôle des ouvriers et des paysans y est présenté comme nécessaire dans la lutte collective contre l’envahisseur. Même les femmes sont appelées à prendre les armes alors que tous les travailleurs reçoivent un entrainement militaire sur leur lieu de travail, notamment les gens des studios de cinéma qui se préparent à faire la guerre autrement que par l’image26. Le régime soviétique mise ainsi sur la vigilance de la population et compte impliquer le citoyen dans une relation civil/soldat qui le lie directement à l’État et qui a pour effet d’exalter le patriotisme populaire.

    • 22  Strike the Enemy on the Front Lines and at Home!.
    • 23  Fitzpatrick, Sheila, «War and Society in Soviet Context: Soviet Labor before, during, and after Wo (...)
    • 24  «Treacherous Fascist Vipers Are Everywhere ; Be Vigilant Everywhere! Keep Your Eyes Peeled!».
    • 25  «Remember our Enemy’s Cunning. Be Vigilant! Root Out Fascist Spies, Foreing Agents, And Saboteurs! (...)
    • 26  Leyda, Jay, op. cit., p. 424.
    • 27  A Migthy Handshake.
    • 28  Kingston, Paul J., «Broadcasts in French from Moscow: February 1940-August 1941. An Evaluation of (...)

    9Dans ce contexte de guerre, il faut aussi savoir distinguer qui sont nos amis de qui sont nos ennemis. La question est d’autant plus importante puisque toutes les images de l’ennemi qui ont été produites par le passé représentaient les pays capitalistes, soit les nouveaux alliés. Il s’opère donc un changement de paradigme dans la représentation de l’ennemi sur le plan politique et les autorités doivent trouver le moyen d’adapter la propagande afin de changer la perception populaire. C’est pourquoi le quatrième épisode des Posters politiques, Une puissante poignée de main27, produit par les sœurs Broumberg, fait l’éloge despuissances alliées et décrit la situation d’encerclement de l’Allemagne nazie à la suite du traité d’assistance mutuelle signée entre l’URSS et le Royaume-Uni immédiatement après le déclenchement des hostilités en territoire soviétique. On y voit Hitler en minuscule se promener sur une carte de l’Europe et faire l’aller-retour entre Moscou et Londres, tenant une bombe dans une main et une hache dans l’autre. Deux soldats géants se dressent à chaque extrémité de la carte. Le texte de l’accord mutuel d’assistance entre les deux pays apparait brièvement à l’écran et, ensuite, les deux colosses se penchent pour se donner la main, écrasant du même coup Hitler juché sur une montagne de crânes au milieu de la carte. Cette image de l’amitié entre le soldat soviétique et britannique est très particulière et s’oppose à toute autre image qui a pu être projetée de la Grande-Bretagne depuis la Révolution. Le citoyen soviétique est habitué à une autre rhétorique, soit celle de l’encerclement des pays capitalistes, dont l’Angleterre assure une position de force avec son lourd passé colonial et esclavagiste. Pourtant, cette alliance de circonstance marque une nouvelle ère de coopération avec les ennemis d’hier. À ce propos, l’URSS ouvre des canaux de propagande directs aux pays alliés, notamment des journaux britanniques traduits spécialement pour vanter les efforts de guerre de la Grande-Bretagne au public russe28. Le dessin animé Une puissante poignée de main vient donc en appui à cette politique d’ouverture aux pays alliés et constitue le relais cinématographique des messages véhiculés à ce sujet dans la presse et à la radio.

    Représentations animales : mettre l’emphase sur la barbarie de l’Autre

    10D’autres animations produites durant cette période sont aussi très explicites en matière de représentation du combat, notamment lorsque celles-ci montrent l’ennemi sous une forme bestiale. Les représentations animales ont aussi été largement utilisées lors de la guerre civile et sont particulièrement présentes sur les affiches de propagandes des années 1920, utilisées dans le but de déshumaniser l’ennemi, le transformer en quelque chose de répugnant afin de légitimer sa destruction ou à tout le moins son exclusion de la société29. Par contre, dans le cas d’un conflit initié par une invasion étrangère, l’utilisation de formes bestiales pour représenter l’ennemi accentue la vision manichéenne de soi et de l’autre et favorise l’unification du peuple contre l’envahisseur. Deux Posters politiques sont particulièrement intéressants dans cette lignée, soit Les Vautours et Battre les pirates fascistes !30, tous deux produits en 1941.

    • 29  Bonnell, op. cit., p. 197.
    • 30  The Vultures et Beat the fascist pirates.

    11Dans le premier, les pilotes allemands sont représentés comme des vautours arborant un casque d’aviation frappé de la croix gammée. Ces derniers sont juchés dans un arbre sans feuille, baignant dans une atmosphère lugubre, et regardent vers l’Est. Une fois dans les airs il y a une transposition, et, l’espace d’un instant, ces maléfiques oiseaux deviennent des bombardiers nazis. Lorsqu’arrivés au-dessus de l’URSS, ils larguent leurs obus qui éclatent au sol dans un champ. Après le bombardement effectué par ces « vautours » nazis, la musique change et devient entraînante, ce qui suscite une émotivité grandissante. Arrivent des avions de chasse blancs à l’effigie de l’étoile rouge soviétique, qui, en formation serrée, pourchassent les vautours et les détruisent un à un. Même si les chasseurs soviétiques blancs rappellent la colombe symbolisant la paix, ils ne sont pas officiellement représentés comme tels et apparaissent sous une forme réaliste. Toutefois, la formation serrée des chasseurs pourrait être considérée comme un appel à l’unification de la nation et à l’importance de combattre ensemble face à un adversaire dont la barbarie est sans limite.

    • 31  Delporte, Christian, « Nimbus libéré. À propos d’un dessin animé de propagande allemande, 1944 », (...)
    • 32  À titre comparatif, une étude menée aux États-Unis analyse l’instrumentalisation de la menace nucl (...)
    • 33  «Political Cartoon : Fritz in Nazi bomber », 1939-1946, British National Archives, Kew, Angleterre (...)

    12Il est important de noter ici que la représentation du bombardement provoque un effet psychologique puissant, entrainé par le sentiment de vulnérabilité des populations qui en sont victimes. Même les Allemands ont utilisé le dessin animé dans la France occupée pour terroriser la population devant la destruction aléatoire des attaques aériennes américaines, comme en témoigne l’analyse faite par Christian Delporte du dessin animé Nimbus libéré31. Les attaques aériennes ont semé la destruction dans l’ensemble du territoire européen, laissant de profondes cicatrices non seulement dans les villes, mais également dans les mémoires des populations qui les ont subi. Ce sentiment d’effroi et de vulnérabilité associé à la destruction aléatoire des bombardements a été partagé par l’ensemble des peuples d’Europe, notamment par les Londoniens qui ont subi les bombardements de la Luftwaffe dès l’année 1940. La menace aérienne allemande a certainement eu un effet sur le discours de propagande britannique, entrainant du même coup une production culturelle reflétant cette tension collective32. Par exemple, des caricatures à teneur politiques ont été produites en Angleterre, entre 1939 et 1946, mettant en vedette Fritz, un obus nazi dans le rôle du méchant, ce qui a probablement alimenté la haine populaire à l’égard du Troisième Reich33.

    • 34  Leyda, op. cit., p. 423.

    13Dans le cas soviétique, la plus grande menace à la sécurité nationale est venue directement au sol, alors que les troupes allemandes ont déferlées sur l’URSS avec une rapidité foudroyante. Cette situation provoqua un sentiment de panique chez les dirigeants, comme en témoigne le discours radiodiffusé de Joseph Staline le 3 juillet34, favorisant du même coup l’émergence de représentations déshumanisantes de l’adversaire.

    Fantasme de la victoire ou fiction de la supériorité

    14Cette représentation de l’ennemi sous une forme animale est aussi employée dans le cas de Battre les pirates fascistes !, mais cette fois-ci pour représenter les combats navals. Les réalisateurs y présentent les sous-marins allemands comme des requins aux dents acérées alors qu’ils avancent frénétiquement vers l’Est. On voit ensuite des navires de guerre à l’effigie de l’Union soviétique qui patrouillent au large des côtes, éclairés par la lumière du phare. Les requins plongent alors au fond des eaux mais les croiseurs soviétiques les débusquent et les détruisent grâce à leurs torpilles sous-marines. Deux commentaires écrits sont faits dans ce court métrage, soit « Sans merci pour les requins sanguinaires d’Hitler !, au milieu, et Fracassez les rats fascistes implacablement! Dans les airs, sur la terre et en mer ! »à la fin35. Considérant que durant l’année 1941, les troupes soviétiques ont encaissé de cuisants revers, que plus de la moitié des avions soviétiques ont été décimés avant même de pouvoir quitter le sol et que les sous-marins allemands ont coulé un grand nombre de bâtiments de guerre des forces alliées, on comprend rapidement qu’il s’agit plutôt d’un fantasme de victoire sur un ennemi, qui, semaine après semaine, fonce vers la capitale du pays et occupe une énorme portion du territoire national. Il y a donc un paradoxe entre la supériorité numérique de l’Armée rouge, qui est parfois de trois pour un sur l’ennemi, et les revers successifs qui accablent les forces armées. Les dessins animés de propagande triomphaliste ont donc un rôle psychologique important à jouer afin de convaincre la population que la victoire est non seulement possible, mais imminente. Cette représentation de la suprématie militaire soviétique sur l’ennemi est donc très présente dans les Posters politiques de l’année 1941.

    • 35  «No mercy for Hitler’s bloodthirsty sharks et Smash the fascist rats relentlessly! In the air, on (...)
    • 36  Fascist jackboots shall not tample our Motherland!.
    • 37  Duncan, Peter J. S., Russian Messianism : Third Rome, revolution, Communism and after, New York, R (...)

    15Cette soi disant supériorité est aussi véhiculée dans un autre court métrage, du réalisateur Ivan Ivanov-Vano, intitulé Les Bottes militaires Fascistes ne doivent pas souiller notre Patrie !36 Hitler y est représenté avec une tête de porc et ses deux grosses bottes avancent sur une carte de l’Europe où l’on voit des frontières (Tchécoslovaquie, Danemark, Pologne, Yougoslavie et Grèce)  qui défilent et qui prennent feu au passage. Il y a aussi un plan aérien où des obus, marqués d’une croix gammée, sont largués sur la Hollande, la France et la Belgique qui prennent feu à leur tour. Lorsqu’Hitler arrive à proximité de la frontière soviétique sur la pointe des pieds, il reçoit des coups au visage et se fait sérieusement malmener, ce qui est toutefois contraire à la réalité du terrain en 1941. L’intégration de la chute des pays d’Europe occidentale soulève un autre aspect de cette guerre, soit une adaptation du messianisme russe à l’idéologie soviétique à des fins militaires37. En effet, démontrer le rôle de la Russie dans la victoire, alors que tous les autres pays ont capitulé devant l’ennemi, permet d’associer une mission salvatrice au combat contre le fascisme. La propagande soviétique s’efforce de démontrer la barbarie des armées nazies en Europe, souvent par l’image du bombardement, ce qui a pour objectif d’alimenter la hargne du peuple. Cet aspect est particulièrement présent dans la seconde partie de ce dessin animé où s’opère un renversement. C’est-à-dire que la musique devient entrainante et un cavalier à la charge entre en scène, armé du drapeau soviétique, suivi de la cavalerie. Le plan suivant montre les tanks à l’assaut, les avions soviétiques déferlant dans le ciel et la marine sur le pied d’alerte. Ce fantasme de la supériorité soviétique et de la victoire sur l’ennemi est alimenté par les paroles de la chanson qui accompagne ces images :

    • 38  «Blazing with fire, steel gleaming, guns a-rattle, into the furious fight our tanks do speed, When (...)

    Brulant par le feu, l’acier luisant, le son retentissant des fusils, nos blindés avancent à grande vitesse. Quand le camarade Staline nous appelle au combat, nos premiers maréchaux, nos braves hommes mènent vraiment !38

    16La culture du combat, un élément qui apparait très tôt dans l’imagerie révolutionnaire, transparait fortement dans la propagande audiovisuelle, notamment dans le dessin animé, et tend à s’amplifier considérablement en contexte de guerre. Dans l’ensemble de l’industrie culturelle, cette notion de combat pour la victoire du socialisme s’enracine profondément dans le discours soviétique qui utilise la guerre à des fins patriotiques. Cela s’articule à travers un double paradigme qui oscille entre la menace de l’ennemi et la construction d’un futur radieux, ici représenté par le fantasme de la victoire. Dans ce contexte, la guerre avec l’Allemagne permettra une transposition dans la représentation de l’ennemi en focalisant davantage sur la notion de menace extérieure. Ancré depuis la Révolution dans la recherche d’un ennemi intérieur, associé à l’ancien régime, le Parti communiste sous Staline utilisera la Grande Guerre patriotique afin de mobiliser la population dans une cause commune, celle de la défense du territoire national contre la menace extérieure. Cela aura pour effet de cristalliser l’identité soviétique autour d’un évènement traumatique, autre que la guerre civile, diviseur celui-là, c’est-à-dire autour d’un nouvel évènement traumatique fondateur où l’ennemi se situe à l’extérieur des frontières et qui suscite davantage la solidarité des peuples au sein de l’Union et le patriotisme envers l’État. La légitimité politique du Parti, qui reposera longtemps sur cette victoire contre le fascisme lors de la Grande Guerre patriotique, sera réutilisée abondamment par le régime soviétique dans les décennies suivantes, tant dans le discours politique que dans le milieu artistique.  

    • 39  Sebastien Roffat, Animation et propagande : Les dessins animés pendant la Deuxième Guerre mondiale (...)

    17Pour ce qui est de la production en temps de guerre, il est intéressant de voir à quel point le dessin animé diffuse une propagande qui s’inscrit dans une démarche de pédagogie militaire en s’adressant directement au citoyen soviétique. Ce dernier est considéré par les autorités comme le premier échelon dans la défense de la patrie. Comme le remarque Sébastien Roffat « le héros n’est pas l’armée rouge en tant qu’institution, mais le partisan totalement engagé dans la guerre du peuple. L’accent est mis sur l’appel à la conscience individuelle39 ». Ce dernier rappelle d’ailleurs que les citoyens soviétiques sont représentés comme étant coupés de tous liens avec un quelconque commandement, ce qui appui cette idée d’une propagande fortement axée sur l’enseignement militaire. Cela soulève aussi la question du lien entre le citoyen soviétique et le Parti, alors que s’accentue leur interdépendance dans la protection du territoire, puisque le Parti a besoin de la résistance de tous les citoyens sur le terrain et ces derniers sont alimentés par de fausses images de la victoire de l’Armée Rouge. Le ton tragique employé par les dessinateurs lorsqu’ils dépeignent l’ennemi, doublé d’une atmosphère épique lorsque les troupes se lancent à la poursuite des bataillons nazis mis en déroute, a certainement favorisé la mise en place d’un contexte psychologique favorable au rassemblement de la nation derrière le Parti communiste. De plus, le fait que Staline soit resté à Moscou pour défendre la ville malgré la menace de la prise de la capitale par l’armée allemande a largement contribué à cette unification nationale par la glorification de ce dernier. Il s’agit d’ailleurs d’une thématique qui sera  très présente dans le cinéma et le dessin animé d’après-guerre.   

    Notes

    1  Kracauer, Siegfried, De Caligari à Hitler : une histoire psychologique du cinéma allemand, Paris, L’Âge d’Homme, 1973, 373 p.

    2  Ferro, Marc, Cinéma et Histoire, Paris, Gallimard, 1993, 290 p.

    3  Bertin-Maghit, Jean-Pierre, Le cinéma français sous l'Occupation, Paris, Presses Universitaires de France, 1994, 127 p. ; Virilio, Paul, Guerre et cinéma, Paris, Cahiers du Cinéma, 1991, 147 p. ; Suid, Lawrence H, Guts & glory : the making of the American military image in film, Lexington, University Press of Kentucky, 2002, 748 p. ; Youngblood, Denise J., Russian War Films : On the Cinema Front, 1914-2005, Lawrence, University Press of Kansas, 2007, 319 p. ; De Voghelaer, Nathalie, Le cinéma allemand sous Hitler : un âge d’or ruiné, Paris, L’Harmattan, 2001, 195 p.

    4  Norris, Stephen M. et Zara M. Torlone, Insiders and outsiders in Russian Cinema, Bloomington, Indianna University Press, 2008, 200 p. ; Everett, Wendy Ellen, European identity in cinema, Bristol et Wilmington, Intellect Books, 2005, 119 p. ; Loshitzky, Yosefa, Screening Strangers: Migration and Diaspora in Contemporary European Cinema, Bloomington, Indiana University Press, 2010, 214 p. 

    5  Bendazzi, Giannalberto, Cartoons: One Hundred Years of Cinema Animation, Bloomington, Indiana University Press, 1995, 540 p. ; Lenburg, Jeff, Who's who in animated cartoons: an international guide to film & television's award-winning and legendary animators, Milwaukee, Hal Leonard Corporation, 2006, 381 p. ; Roffat, Sebastien, Animation et propagande : Les dessins animés pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, L’Harmattan, 2005, 325 p.

    6  Youngblood, op. cit.

    7  Newsreel.

    8  Political posters.

    9  Borsten, Joan, Animated Soviet Propaganda : From the October Revolution to Perestroika, Enregistrement vidéo, Malibu, Jove Film, 2007, 4 vidéodisques : 464 minutes, son, couleur, DVD.

    10  Fascist Barbarians.

    11  Werth, Nicolas, Histoire de l’Union soviétique, Paris, Presses Universitaires de France, 1992 (1e éd. 1990), p. 316-17.

    12  Braithwaite, Rodric, Moscow 1941: A City and Its People at War, Toronto, Random House of Canada, 2007, p. 63.

    13  Bonnell, Victoria, Iconography of Power : Soviet Political Posters Under Lenin and Stalin, Berkeley, University of California Press, 1997, p. 214.

    14  Leyda, Jay, Kino : Histoire du cinéma russe et soviétique, Paris, L’Âge d’Homme, 1976, pp. 205-207.

    15  What Hitler want.

    16  «zemlia pometchikam!».

    17  «Hitler wants to steal the grain from the communal farmers».

    18  «He wants to give all the factories to the capitalists».

    19  «He wants to cover all our land with coffins!».

    20  «He wants to make our free people his slaves!».

    21  «And what will he get? Three blows for each blow of his! Ten fires for each fire he starts! He’ll get the bayonet, the riffle, hot lead! He’ll get – Fascism’s inglorious end! In all the corners of the globe the worker’s slogan is this : Speak to fascists in the language of fire! With words of bullets, with sharp wit of bayonets!».

    22  Strike the Enemy on the Front Lines and at Home!.

    23  Fitzpatrick, Sheila, «War and Society in Soviet Context: Soviet Labor before, during, and after World War II», International Labor and Working-Class History, No 35 (Printemps, 1989), p. 42.

    24  «Treacherous Fascist Vipers Are Everywhere ; Be Vigilant Everywhere! Keep Your Eyes Peeled!».

    25  «Remember our Enemy’s Cunning. Be Vigilant! Root Out Fascist Spies, Foreing Agents, And Saboteurs!».

    26  Leyda, Jay, op. cit., p. 424.

    27  A Migthy Handshake.

    28  Kingston, Paul J., «Broadcasts in French from Moscow: February 1940-August 1941. An Evaluation of the Reorientation of Radio Propaganda», Cahier du Monde russe et soviétique, Vol. 25, No 2/3 (Apr.-Sep., 1984), pp. 201-218.

    29  Bonnell, op. cit., p. 197.

    30  The Vultures et Beat the fascist pirates.

    31  Delporte, Christian, « Nimbus libéré. À propos d’un dessin animé de propagande allemande, 1944 », La guerre imaginée, sous la direction de Bouton, Philippe, Paris, Séli Arslan, 2002, p. 205-214.

    32  À titre comparatif, une étude menée aux États-Unis analyse l’instrumentalisation de la menace nucléaire dans les caricatures politiques publiées dans les journaux américains lors des temps forts de la Guerre Froide. On y remarque plusieurs symboles associés à la menace que représente l’Union soviétique concernant la sécurité nationale et la paix mondiale : Gamson, William A. et Stuart, David, « Media Discourse as a Symbolic Contest : The Bomb in political cartoons », Sociological Forum, Vol. 7, no 1 (Mars, 1992), pp. 55-86.

    33  «Political Cartoon : Fritz in Nazi bomber », 1939-1946, British National Archives, Kew, Angleterre, [En ligne] http://www.nationalarchives.gov.uk/theartofwar/ill/comics/INF3_1421.htm et « Political Cartoon : Fritz is Awakened», 1939-1946, British National Archives, Kew, Angleterre, [en ligne] http://www.nationalarchives.gov.uk/theartofwar/ill/comics/INF3_1423.htm

    34  Leyda, op. cit., p. 423.

    35  «No mercy for Hitler’s bloodthirsty sharks et Smash the fascist rats relentlessly! In the air, on land and at sea».

    36  Fascist jackboots shall not tample our Motherland!.

    37  Duncan, Peter J. S., Russian Messianism : Third Rome, revolution, Communism and after, New York, Routledge, 2000, p. 60.

    38  «Blazing with fire, steel gleaming, guns a-rattle, into the furious fight our tanks do speed, When Comrade Stalin calls us forth to battle, When our first Marshal our brave men does lead!».

    39  Sebastien Roffat, Animation et propagande : Les dessins animés pendant la Deuxième Guerre mondiale, Paris, L’Harnattan, 2005, p. 186.

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