Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

0
parti.jpg 
thumbnail-copie-3.jpeg
4cb23c12e9-copie-1.jpg8071d6d8-f802-11df-a4d8-fa25b9579a36-copie-2.jpg 
Capture-du-2012-05-09-21-11-58.png
0
saint-communiste.jpg
00
0
soviet_propaganda.png

 vps-final.jpg

 

BDS-boycott-produits-israel.jpg

  

Recherche

lp.jpg

Léonard PELTIER 

 

arton1476.jpg

Archives

 free-the-miami-5-logo-colour.jpg

 

 rubon1-54e3a.jpgcuba-si.jpg

 

c.jpg

France  Cuba

cuba-si-3.jpg 

cuba_linda.jpg 

 

 

 

motocollant 2010 small

 

 

Thierry-copie-2.jpgHommage à

Thierry MENGUY

 


index.jpg 

une avocate

au service

du salarié

 

Maître

  Verrier Ouahmane Aicha

 

1 RESIDENCE DU PARC
  94430 Chennevières-sur-marne
 Téléphone : 01.49.62.04.45
 Fax : 01.45.76.13.17
 verrier.ouahmane@wanadoo.fr





Articles Récents

  • POUR LES FEMME D'ESPAGNE EN 2014 La nuit, la Résistance ... reprise d'un texte de 2009 Alain Girard Je hais les coups d’état, je hais la violence aveugle d’hommes de pouvoir quant ils ne sont pas de simples nervis, ceux là sont sans doute les pires. Je...
  • Obsèques d'Henri Alleg
    Sa famille, ses amis, ses camarades lui rendront un hommage fraternel le lundi 29 juillet à 10h30, au crématorium du Père Lachaise, salle de la Coupole. Le même jour, à 16 h, une courte cérémonie d'inhumation aura lieu au cimetière de Palaiseau (Esso...
  • Décès d'Henri Alleg
    Les communistes sont en deuil, les communistes valentonnais bien plus encore. Henri Alleg, Henri l'infatiguable du combat anticolonialiste, de celui pour un Etat palestinien, de celui pour une société à laquelle il donnait un nom: socialiste. Henri, ce...
  • METROPOLES
    METROPOLES Déclaration de l’ANECR Assemblée Nationale Affirmation des métropoles : discuter en 3 jours d’un remodelage profond de la République est un scandale ! Les amendements gouvernementaux adoptés par la commission des lois de l’Assemblée Nationale...
  • Un nouveau club politique prend racine | Aisne Nouvelle
    www.aisnenouvelle.fr CHAUNY - Le club Nouveau siècle verra le jour en septembre. Ou plutôt son antenne régionale. Une réunion d’information s’est tenue samedi matin. Objectif : réfléchir sur la société actuelle.
  • Il n'y a plus rien Ferré
    merci tovaritchi mais l'"vènement cd'est le rassemblemnt réusii des communistes azinbt quentinnois, aussi fort que Léo www.youtube.com Une œuvre magistrale, qui présente notre temps alors qu'elle le précède. Merci Léo, tu nous a marqué à jamais et ce...
  • Alain Girard shared Le libre service de la...
    Alain Girard shared Le libre service de la solidarité's photo.
  • Le candidat rouge sera Olivier Tournay | Aisne Nouvelle
    www.aisnenouvelle.fr SAINT-QUENTIN - Le militant Olivier Tournay a profité de la Fête des libertés ce dimanche au stade Bienfait pour annoncer sa candidature aux municipales 2014.
  • Alain Girard shared Sinn Féin shop's photo.
  • Alain Girard shared LE MONDE DE SAN-ANTONIO's...
    Alain Girard shared LE MONDE DE SAN-ANTONIO's photo.

 

Découvrez la playlist valentonrouge avec Francesca Solleville

Red_Cavalry_Riding.jpg
La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
sainr-just.jpg
   

A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

KM.jpg


2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 13:09

16-2.jpglinkcliquez sur la photo

Repost 0
1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 12:23

P17Neruda-allende3.jpgNous sommes au Chili, en 1973, et un certain Augusto Pinochet vient de prendre le pouvoir... l'idée d'assassiner Neruda est donc si improbable ?

Rédigé par Nicolas Gary,

Pablo Neruda assassine, par les forces au pouvoir, quelques jours avant son départ pour le Mexique, et la fuite de la dictature nouvellement mise en place, par Augusto Pinochet... Ces révélations avaient fait frémir, bien que plusieurs sources aient tenté de réduire au silence l'homme dont elles venaient.

Manuel Araya, assistant du poète, a eu beau se faire traiter de chauffeur, dans une vaine tentative pour le décrédibiliser, il n'en a pas moins fait voler en éclat les certitudes du Chili. « Pablo Neruda disposait d'une grande influence dans le monde. Il voulait appeler les intellectuels et les présidents du monde à l'aider dans sa volonté de restaurer la démocratie dans le monde. » (notre actualitté)

Et du reste, une plainte vient d'être déposée Guillermo Teillier, secrétaire du parti communiste s'est rendu auprès du juge Mario Carroza, qui s'était déjà remis à enquêter sur la mort du président Salvador Allende. C'est que, dans les livres d'histoire, on apprend que Neruda est mort des conséquences d'un cancer de la prostate, le 23 septembre 1973.

Et le Nobel de littérature, hospitalisé dans une clinique de Santiago, y aurait été assassiné, avait affirmé Manuel Araya.

Déjà des éléments troublants

Enquête ouverte, donc, suite à la plainte du parti communiste, et qui visera à établir la vérité sur les révélations de ce dernier, lesquelles semblent déjà corroborée en partie, par le témoignage récent de l'ancien ambassadeur du Mexique au Chili.

Selon Gonzalo Martinez, la possibilité d'un meurtre politique ne serait pas du tout à écarter. Cité par l'AFP, il explique que Neruda et lui « avaient pu discuter tranquillement, se déplacer dans sa chambre, échanger des opinions politiques, évoquer les choses qu'il entendait emmener au Mexique ».

Et surtout que l'écrivain était en plutôt bonne santé, s'apprêtant d'ailleurs à décoller, en avion, pour le Mexique. De quoi éveiller les soupçons et inciter l'avocat du PC, Eduardo Contreras à estime que « ces conjectures et témoignages obligent à déposer une plainte, d'un point de vue éthique, moral et juridique ».

Wait and see...

Repost 0
1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 08:10

gramsci_dans_le_texte_L20.jpg

cliquez sur l'image

Repost 0
31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 10:53

9782805900631.gifTraduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Postface de Luciano Canfora


Il fut un temps où d’illustres hommes d’État –comme Churchill– et des intellectuels de premier plan –Hannah Arendt ou Thomas Mann pour ne citer qu’eux– avaient pour Staline, et pour le pays qu’il guidait, du respect, de la sympathie et même de l’admiration.

Avec l’éclatement de la Guerre froide d’abord, et surtout, ensuite, avec le Rapport Khrouchtchev, Staline devient, du jour au lendemain, un "monstre", comparable peut-être seulement à Hitler. Le contraste radical entre ces attitudes à l’égard du "petit père des peuples" devrait pousser l’historien non pas à trancher en faveur d’une de ces images mais bien à les étudier toutes, en analysant les conflits et les intérêts qui sont à l’origine de ces prises de positions.


C’est ce que réalise Domenico Losurdo, en revenant scrupuleusement sur les tragédies du XXe siècle et en déconstruisant et contextualisant nombre des accusations et louanges adressées à Staline. Cet essai est une approche à la fois historique, historiographique et philosophique –qui, comme en Italie à sa sortie, ne manquera pas de susciter de vives polémiques.


Domenico LOSURDO est professeur d’histoire de la philosophie à l’Université d’Urbino. Il est notamment l’auteur de Révisionnisme en histoire, problèmes et mythes (Albin Michel) et de Fuir l’histoire (Delga). Son premier livre aux Éditions Aden, Le péché originel du XXe siècle, a rencontré un vif succès d’estime.

 

Parution : janvier 2011

ISBN : 9782805900631

532 pages

14 x 21 cm

30 €

Repost 0
30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 09:08

carlota01.jpgVingt ans après le succès de l' « Opération Carlota » : hommage aux combattants cubains qui ont libéré les peuples Angolais et Namibien et précipité la chute du régime d'apartheid



Article de Livia Rodriguez Delis pour le quotidien cubain Granma



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Deux décennies après le succès de l'Opération Carlota le 25 mai 1991, sur le continent africain restent encore les traces de Cuba dans ce brillant épisode d'internationalisme prolétarien, qui a contribué à préserver l'indépendance de la République d'Angola, a rendu possible celle de la Namibie et a libéré l'Afrique du sud du régime oppresseur d'apartheid.





Pendant près de 16 ans, plus de 370 000 combattants internationalistes ont lutté en Angola pour la défense de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, et près de 50 000 collaborateurs ont apporté leur contribution désintéressée à des travaux civils.





Cet exploit historique a élevé la dignité de notre peuple, car le prestige, l'autorité, le respect dont jouit Cuba aujourd'hui dans le monde, sont inséparables de son engagement en Angola, comme l'a souligné le Général d'Armée Raul Castro le 28 mai 1991, dans un hommage aux Cubains qui répondirent à l'appel.





En informant le Commandant en chef de la fin de sa glorieuse mission – cinq semaines avant la date convenue du premier Juillet – celui qui était alors le ministre des Forces armées révolutionnaires (FAR) a affirmé que dans cette victoire, qui est également celle de tous les pays du Tiers-monde, la gloire et le mérite en reviennent au peuple cubain, véritable protagoniste de cette épopée qu'il conviendra à l'histoire d'apprécier dans sa signification la plus profonde et la plus durable.

 



Continuateurs de ce merveilleux exemple, des dizaines de milliers de professionnels de la santé, d'enseignants, d'entraîneurs sportifs et de spécialistes des branches les plus diverses, accomplissent leur devoir solidaire en aidant les nécessiteux dans d'autres pays.

Repost 0
20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 17:51

b-copie-1.png

Ho Chi Minh et le PCF créent dans les années 20 l'Union Inter-coloniale



Au mois de novembre 1922, par suite d’une diminution des salaires, 600 teinturiers de Cholon (Cochinchine) ont décidé de cesser le travail. L’offensive patronale est partout déclenchée et partout la classe ouvrière commence à prendre conscience de sa force et de sa valeur. Si ces malheureux ouvriers indigènes, ordinairement très dociles et très maniables, non éduqués et non organisés, ont été poussés – par l’instinct de conservation, si l’on peut s’exprimer ainsi ­ à se grouper et à lutter contre les exigences féroces des patrons, c’est que leur situation est beaucoup plus misérable qu’on ne s’imagine en Europe. C’est la première fois qu’un tel mouvement se produit dans la colonie.



Marquons ce signe des temps, et n’oublions pas que notre devoir à nous travailleurs de la Métropole est non seulement de témoigner une solidarité verbale à nos frères de classe de là bas, mais de les éduquer, de leur apprendre l’esprit et les méthodes d’organisation.2. Au Dahomey Le capitalisme français, inquiet du réveil de la classe ouvrière de la Métropole, cherche à transplanter sa domination dans les colonies. Il y puise et les matières premières pour ses usines et du matériel humain pour sa contre­révolution. Des journaux bourgeois de Paris et de province consacrent régulièrement à la rubrique coloniale, des pages entières. Des généraux et des parlementaires font des conférences sur les colonies. Ces vertueux plumitifs et ces hâbleurs ne trouvent pas assez de mots pour chanter notre loyalisme et les bienfaits de « leur » civilisation. Quelquefois, ces messieurs poussent l’impudence jusqu’à opposer au banditisme colonial anglais, leur... générosité ; ils qualifient la politique anglaise de « méthode cruelle » ou de « manière forte » et soutiennent que la pratique française est pleine de justice et de charité.



Il suffit de jeter un coup d’ oeil sur nos colonies pour estimer combien cette civilisation est « belle et douce ». Au Dahomey, on augmente les impôts déjà écrasants pour les indigènes. On arrache les jeunes gens de leurs foyers et de leurs terres pour en faire des « défenseurs de la civilisation ». On interdit aux indigènes d’avoir des armes pour se défendre contre les fauves qui dévastent des communes entières. L’instruction, l’hygiène manquent. Par contre, aucun moyen n’est négligé pour soumettre les « protégés » dahoméens à l’abominable indigénat, institution qui place l’homme au niveau de la bête et qui déshonore le monde dit civilisé. Les indigènes, à bout de patience se révoltent. Alors, c’est la répression sanglante. On prend des mesures énergiques. On envoie des troupes, des mitrailleuses, des mortiers et des navires de guerre ; on proclame l’état de siège. On arrête et on emprisonne en masse. Voilà la douceur de la civilisation ! 3.

En Syrie La population de la Syrie est contente, très contente de l’administration du général Gouraud, disent les officiels. Mais les faits suivants prouvent le contraire : Au mois de mars 1922, Mustapha Kemal se rendait à Messine. Pour le recevoir, les musulmans de Syrie avaient élevé un arc de triomphe orné de drapeaux noirs portant les inscriptions : « Fraternité turco­ arabe », « N’oubliez pas vos frères syriens ! », « Délivrez­ nous ! », etc... etc... La visite de Mustapha Kemal à Adana a provoqué des manifestations enthousiastes. Les irrédentistes d’Antioche et d’Alexandrette ont promené pendant deux jours des drapeaux noirs dans les rues de la ville en proférant des cris hostiles contre l’administration du mandataire français. Répondant au manifeste de la délégation, irrédentiste, Mustapha Kemal aurait dit : « Un foyer qui date de tant de siècles ne saurait rester entre des mains étrangères ».

Le colonialisme français n’a pas varié sa devise :« Diviser pour régner. » C’est ainsi que l’empire d’Annam ­ ce pays habité par un peuple descendant de la même race, ayant les mêmes moeurs, la même histoire, les mêmes traditions et parlant la même langue – fut divisé en cinq parties. Par cette division hypocritement exploitée, on espère attiédir le sentiment de solidarité et de fraternité dans le coeur des Annamites et y suppléer par un antagonisme de frères contre frères. Après les avoir jetés les uns contre les autres, on a artificiellement regroupé les mêmes éléments en « union », l’Union indochinoise.

On peut constater la même tactique clans les nouvelles colonies. Après avoir divisé la Syrie en une « série d’États », le Haut Commissariat français à Beyrouth a prétendu constituer une « Fédération » syrienne, formée des « États » d’Alep, de Damas et des Alaouites. Un drapeau a été inventé à cet effet. Comme au drapeau d’Annam, on n’a pas oublié de greffer à ce drapeau fédéral – en haut et près de la hampe ­ la « couleur protectrice ». Le 11 décembre 1922 fut le jour solennel » où ce drapeau a été pour la première fois arboré sur le palais fédéral, à Alep. A cette occasion, des discours officiels ont été prononcés. Soubhi Barakat Bey, président fédéral, a parlé de « généreuse protectrice », de « guide sincère ». de « chefs victorieux », et d’un tas de choses. M. Robert de Caix, haut commissaire intérimaire, a beaucoup discouru, lui aussi. Entre autres choses, ce haut fonctionnaire a rappelé que « la Syrie indépendante n’est pas le premier peuple sur le berceau duquel la France ait veillé », etc... Tous ces palabres ronflants ne trompent cependant personne.

Et la délégation syrio­palestinienne chargée de défendre auprès de la Conférence de Lausanne l’indépendance et l’unité ­ la vraie ­ de la Syrie, a envoyé une lettre de protestation, lettre qui a été publiée par notre confrère la Tribune d’Orient et que nous sommes heureux de reproduire ici. « Excellence, Au moment où l’on s’efforce de réparer les brèches que le Traité de Sèvres a ouvertes dans la question du Proche­ Orient et où le peuple arabe se trouve, en proportion du sacrifice qu’il avait consenti, le plus directement atteint par les maux résultant de ce traité, la voix de ses représentants des différents districts continue mal lieu relise in e lit à ne pas trouver d’écho à cette conférence qui, pourtant, s’est réunie pour établir une paix solide et durable. Et c’est ce moment que les autorités françaises trouvent opportun pour couronner d’une façon solennelle l’oeuvre de colonisation qu’elles ont entreprise il y a quatre années, en arborant l’emblème de l’esclavage éternel, le tricolore, sur le drapeau qu’on vient de faire adopter à la soi­ disant Confédération syrienne.

On renie, une fois encore, les déclarations des Alliés, les engagements de l’Angleterre pris en leur nom vis­ à­ vis des Arabes et même les promesses des hommes d’État français assurant l’indépendance à ce malheureux pays. La Syrie, qui a des titres incontestables à l’indépendance prompte et complète et qui n’en est pas moins digne que n’importe quel autre pays de l’Orient ou de l’Occident, se voit privée d’un drapeau national à elle. Comme signe du mandat, qui camoufle l’annexion, on lui impose les trois couleurs dans son drapeau national. Monsieur le Président, nous avons toujours protesté contre le mandat, nous ne l’avons jamais reconnu, nous protestons maintenant énergiquement contre l’adoption de son symbole dans notre drapeau. Presque toutes les puissances, même celles qui ne sont pas moins grandes que la France, n’ont pas adopté cette méthode humiliante dans leurs colonies les plus arriérées. Le pacte de la Société des Nations précise le caractère provisoire des mandats (art. 22, paragraphe 4›. Sur quelles bases se placent donc les autorités françaises pour faire adopter leurs couleurs à un pays qu’elles prétendent conduire à l’indépendance déjà reconnue par le pacte susdit ?

Excellence, nous vous prions de prendre en considération notre protestation à ce sujet et vous réitérons notre très vif désir de faire valoir nos justes revendications à la conférence. Veuillez agréer, etc... Pour le Chef de la Délégation syrio­palestinienne : Le Secrétaire général, Emir Chékib Arslan. » D’autre part, les habitants de Hama, dont plusieurs sont fonctionnaires, avocats, professeurs, journalistes et commerçants, ont adressé au Président du Conseil des ministres de France une lettre dont voici les passages essentiels : « Nous avons l’honneur, Monsieur le Président du Conseil, de vous exposer nos revendications, de même que nous protestons contre la réaction de ce Conseil que nous jugeons contraire à nos intérêts et à ceux du pays en général. 1° Ledit Conseil fédéral n’est point élu par les suffrages de la nation. Ses membres ne saurai­ent être, en aucune manière, les représentants (le la nation, ni en refléter la pensée. 2° Ledit Conseil est dépourvu (le toute attribution ; il ne peut même pas aborder les questions vitales qui intéressent le pays, astreint qu’il est à ne connaître que des affaires qu’on veut bien lui soumettre. Enfin, ses décisions sont à la discrétion du Haut Commissariat qui peut les exécuter ou les rejeter. 3° La base même dudit Conseil est faussée par le fait que chaque État y possède une seule voix malgré l’inégalité numérique des États. Ajoutez à cela, bizarrerie inexplicable, que la majorité n’existe pas dans ce Conseil, et que chaque divergence annule le débat qui se trouve porté devant le haut commissaire. 4° Ledit Conseil qu’on présente comme un progrès dans la voie de l’unité, est en réalité la négation de l’unité et de la personnalité même du pays, en ce sens que ce Conseil étant désigné d’office ne reflète nullement la pensée nationale ; peut- ­être même irait­- on à l’encontre de cette pensée, pendant qu’aux yeux du monde entier il serait considéré comme l’interprète des aspirations nationales et fournirait un argument contre la nation elle­même. Quant à nos désidérata, nous pouvons les formuler de la manière suivante : a) La reconnaissance de l’indépendance effective et de l’unité de la Syrie ; b) Le recensement actuellement en cours, une fois terminé, on procédera à l’élection, par le suffrage universel, d’une Assemblée nationale qui décrétera la constitution et déterminera la forme de gouvernement du pays. Cette Assemblée pourrait être convoquée vers la fin de 1922, date à laquelle le Conseil fédéral sera convoqué ; c) La constitution d’un gouvernement responsable devant l’Assemblée ayant dans ses attributions le plein pouvoir législatif. Voilà les vraies aspirations de la population de Hama, ce sont également celles de la majorité du peuple syrien. »

Depuis que cette brochure a été écrite, de graves événements ont surgi dans plusieurs colonies. Citons la bombe de Canton, lancée par un Annamite, les bombes des Antilles et les grèves sanglantes de la Guadeloupe, les manifestations non moins sanglantes de Damas, les grèves de Bizet­te, de Hammanlif et l’effervescence de la Tunisie. 4. La révolution russe et les peuples coloniaux Le capitalisme est une sangsue ayant une ventouse appliquée sur le prolétariat de la métropole et une autre sur le prolétariat des colonies. Si l’on veut tuer la bête, on doit couper les deux ventouses à la fois. Si l’on n’en coupe qu’une, l’autre continuera à sucer le sang du prolétariat ; la bête continuera à vivre et la ventouse coupée repoussera. La Révolution russe l’a bien compris.

C’est Pourquoi elle ne s’est pas contentée de faire de beaux discours platoniques et de voter des motions humanitaires en faveur des peuples opprimés, mais elle leur apprend à lutter. Elle les aide moralement et matériellement, comme écrit Lénine dans sa thèse coloniale. Elle les a convoqués au Congrès de Bakou, où vingt­et­une nationalités d’Orient ont envoyé leurs délégués. Des représentants des partis ouvriers d’Occident ont participé au Congrès. C’était la première fois dans l’histoire que le prolétariat des pays conquérants et celui des pays conquis se sont donné fraternellement la main et, ensemble, ont cherché le moyen de combattre efficacement le capitalisme, leur ennemi commun.

Après ce congrès historique, et malgré les difficultés intérieures et extérieures qui l’assaillaient, la Russie révolutionnaire n’a jamais hésité à venir en aide à ces peuples que déjà – par l’exemple de son héroïque et victorieuse révolution ­ elle avait tirés de la léthargie. Son premier geste fut la création de l’Université d’Orient. Cette Université compte aujourd’hui 1.025 étudiants dont 151 jeunes filles. De ces étudiants, 895 sont communistes. Leur condition sociale est la suivante : 547 paysans, 265 ouvriers, 210 intellectuels. Il y a, en outre, 75 étudiants pupilles, âgés de 10 à 16 ans. 150 professeurs sont chargés de donner des cours de science sociale, de mathématiques, de matérialisme historique, d’histoire du mouvement ouvrier, de sciences naturelles, d’histoire des révolutions, d’économie politique, etc., etc. Dans la salle d’études, les jeunes gens de soixante­deux nationalités se coudoient fraternellement.

L’Université possède dix grandes maisons au service de ses élèves. Elle possède aussi un cinéma, qui est à la disposition gratuite des étudiants le jeudi et le dimanche, et loué à un entrepreneur les autres jours de la semaine. Deux bibliothèques, avec 47 mille volumes, permettent aux jeunes révolutionnaires d’approfondir leurs recherches et d’alimenter leur pensée. Chaque nationalité ou « groupe » possède sa bibliothèque privée, avec livres et journaux dans sa langue maternelle. Artistement décorée par les étudiants, la salle de lecture est remplie de quotidiens et de revues. Les étudiants eux­-mêmes font paraître un journal « à exemplaire unique » qui est affiché sur un large panneau à la sortie de la salle de lecture.

Les malades reçoivent des soins médicaux dans. l’hôpital appartenant à l’Université. Une maison de repos, en Crimée, est réservée aux convalescents. Les Soviets ont donné à l’Université deux colonies de vacances, avec neuf maisons. Chacune a une basse­cour, où l’on peut étudier l’élevage. « Nous avons déjà 30 vaches et 50 cochons », me dit, avec une fierté mal dissimulée, le secrétaire agricole de l’Université. Les 100 hectares de terre attribués à ces colonies sont cultivés par les étudiants, qui. pendant les vacances et après leurs heures de travail et d’exercice, vont aider les paysans.

Disons, en passant, qu’une de ces colonies était la propriété du grand­ duc. Il est tout à fait curieux de voir le drapeau rouge flotter fièrement sur la tourelle décorée de la couronne grandducale, et des petits paysans coréens ou arméniens causer et jouer irrévérencieusement dans la salle d’honneur de « Son Altesse Impériale ». Les élèves sont nourris, logés, habillés gratuitement. Chacun reçoit 5 roubles ­or par mois comme argent de poche. Pour donner à ses pensionnaires des notions essentielles de puériculture, l’Université patronne une maison d’enfants et une crèche modèles, dont la population s’élève à 60 jolis bébés. L’ Université dépense 516.000 roubles­ or par an. Les 62 nationalités représentées à l’Université forment une « Commune ». Le président et les fonctionnaires de la Commune sont élus tous les trois mois au suffrage universel. Un étudiant délégué prend part à la gestion économique et administrative. A tour de rôle, tous les étudiants doivent travailler à la cuisine, à la bibliothèque, au club, etc.

Tous les « délits » et différends sont jugés par un tribunal élu et en présence de tous les camarades. La Commune se réunit une fois par semaine pour discuter la situation politique et économique internationale. De temps en temps, on organise des meetings et des soirées récréatives, où les artistes improvisés vous font goûter l’art et la littérature des contrées lointaines, les plus diverses. Un fait caractéristique entre tous, et qui illustre la « barbarie » des bolcheviks : non seulement ils traitent ces coloniaux « inférieurs » en frères, mais encore ils les invitent à participer à la vie politique de la Russie.

Aux élections soviétiques, les étudiants, qui, dans leur pays d’origine, sont des « sujets », des « protégés », c’est­ à­ dire qu’ils n’ont d’autre droit que celui de payer, qui n’ont pas voix au chapitre dans les affaires de leur propre pays, et à qui il n’est pas permis de parler de politique, participent au suffrage populaire et envoient leurs délégués siéger aux Soviets. Que mes frères des colonies, qui s’usent à quémander en vain la naturalisation, fassent la comparaison entre la démocratie bourgeoise et la démocratie ouvrière ! Tous ces étudiants ont souffert et ont vu souffrir. Tous ont vécu sous la « civilisation supérieure » et sous l’exploitation et l’oppression du capitalisme étranger.

C’est pourquoi tous sont enthousiastes et avides d’apprendre. Ils sont ardents et graves. Ils n’ont pas du tout l’air boulevardier et quartier ­latiniste des jeunes Orientaux qui sont à Paris, Oxford ou Berlin. On peut dire, sans exagération, que l’Université abrite sous son toit, l’avenir des peuples coloniaux. Le Proche et l’Extrême­- Orient, qui va de la Syrie jusqu’à la Corée ­ nous ne parlons que des pays coloniaux et demi­ coloniaux ­ ont une superficie de plus de 15 millions de kilomètres carrés et une population de plus de 1.200 millions d’habitants. Tous ces pays immenses sont aujourd’hui sous le joug de l’impérialisme capitaliste.

Et, malgré leur nombre qui devrait faire leur force, ces peuples opprimés n’ont jamais tenté sérieusement de s’émanciper, en ce sens qu’ils n’ont pas compris la valeur de la solidarité nationale et internationale. Ils n’ont pas ­ comme les peuples d’Europe et d’Amérique ­ des relations intercontinentales. Ils ont en eux une force gigantesque et ils l’ignorent ! La fondation de l’Université d’Orient marque une ère nouvelle, et l’Université, en réunissant des éléments jeunes, actifs, intelligents des pays coloniaux, entreprend une oeuvre grandiose : a) Enseigner à ces futurs combattants le principe de la lutte de classes, principe que les luttes de races, d’un côté, et les moeurs patriarcales, de I’autre, ont rendu confus dans leur esprit ; b) Mettre l’avant­- garde des travailleurs des ­colonies en contact intime avec le prolétariat d’Occident afin de préparer le chemin à une prochaine et effective collaboration, qui, seule, assurera à la classe ouvrière internationale la victoire définitive ; c)

Apprendre aux peuples coloniaux ­ jusqu’ici isolés les uns des autres ­ à se mieux connaître et à s’unir, jetant ainsi la base d’une future Fédération d’Orient, qui constituera une des ailes de la révolution prolétarienne ; d) Donner au prolétariat des pays dont la bourgeoisie possède des colonies, l’exemple de ce qu’ils peuvent et doivent faire pour leurs frères assujettis. 5. Prolétaires et paysans des colonies ! Le carnage mondial a ouvert les yeux à des millions de prolétaires et de paysans des colonies, sur leurs conditions intolérables de vie. Une série d’explosions révolutionnaires, puissantes, mais non encore organisées, a marqué la fin de la guerre mondiale. Cette force spontanée, irrésistible, qui aspire au combat pour un avenir meilleur a été dirigée et organisée par la bourgeoisie nationale et indigène. Grandie et fortifiée pendant la guerre, cette bourgeoisie n’a plus voulu rester dans les serres de l’impérialisme et lui abandonner la plus grosse part de l’exploitation de « ses ouvriers et paysans ». La lutte pour la libération nationale, mot d’ordre de la jeune bourgeoisie coloniale, a été accueillie avec enthousiasme et puissamment soutenue par les masses laborieuses de l’Inde, de l’Égypte, de la Turquie, etc... L’Internationale communiste lutte sans relâche contre les rapaces capitalistes dans tous les pays du monde. Pouvait­-elle se détourner hypocritement de la lutte de libération nationale des pays coloniaux et semi­ coloniaux ?

L’Internationale communiste a proclamé ouvertement son appui et son concours pour celle lutte et, fidèle à son but, elle continue à fournir cet appui. (Extrait du Manifeste du Comité exécutif de la IIIè Internationale.) 6. Un appel de l’Internationale paysanne aux paysans travailleurs des colonies L’Internationale paysanne, réunit, dans son premier congrès, qui a eu lieu dernièrement à Moscou, a tenu à marquer l’intérêt qu’elle portait aux paysans travailleurs des colonies en leur adressant l’appel suivant : Aux paysans travailleurs des colonies. Paysans des colonies, esclaves modernes qui, par millions, dans les champs, savanes et forêts des deux continents, souffrez sous le double joug du capitalisme étranger et de vos maîtres indigènes. La Conférence internationale paysanne, réunie pour la première fois à Moscou pour élaborer l’organisation de lutte qui manquait jusqu’à présent aux travailleurs de la terre, fait appel à votre conscience de classe et vous demande de venir grossir ses rangs.

Plus encore que vos frères paysans des métropoles, vous souffrez des longues journées de travail, de la misère et de l’insécurité du lendemain. Vous êtes souvent contraints au travail forcé, au portage meurtrier et aux corvées interminables. Vous êtes écrasés d’impôts. Le capitalisme exploiteur vous maintient dans l’obscurantisme, vous opprime idéologiquement et décime votre race par l’usage de l’alcool et de l’opium. L’odieux régime de l’indigénat, imposé par l’impérialisme capitaliste, vous prive de toute liberté individuelle, de tout droit politique et social, vous plaçant ainsi au rang inférieur des bêtes de somme. Non content de vous réduire ainsi à la misère et à la ruine, le capitalisme vous arrache à vos foyers, à vos cultures, pour faire de vous de la chair à canon et vous jeter, dans les guerres fratricides, contre d’autres indigènes ou contre les paysans et ouvriers de la métropole. Parias des colonies !

Unissez­-vous ! Organisez­-vous !

Joignez votre action à la nôtre ; luttons ensemble pour notre émancipation commune ! Vive l’affranchissement des indigènes des colonies ! Vive l’Internationale des Travailleurs ! Vive le Conseil du Paysan international 1 8. L’organisation syndicale dans les colonies Extrait du compte rendu de la séance tenue le 27 juin 1923 par la troisième session du Conseil central de l’Internationale Syndicale rouge : La lutte syndicale aux colonies. L’impérialisme contemporain est basé sur l’exploitation de plusieurs millions de travailleurs des pays coloniaux et semi­coloniaux. Aussi, la dislocation de l’impérialisme ne sera­t­elle complète et définitive que lorsque nous aurons réussi à arracher ces fondements de l’édifice impérialiste.

A ce point de vue, l’organisation des syndicats dans les pays coloniaux acquiert une importance particulièrement grave. Les partisans de l’ I.S.R. n’ont presque rien fait en ce sens, ni en Égypte, ni en Tunisie, ni dans tous les pays qui sont sous la botte de l’impérialisme français. La liaison qui existe entre les divers groupes ouvriers des colonies françaises et les syndicats français n’est que l’effet du hasard. Nul travail systématique n’est poursuivi. Or, il est de toute évidence qu’avant d’avoir conquis les masses des colonies, nous serons impuissants à saper l’organisme impérialiste. Ce qu’il faut, c’est entreprendre un grand travail de propagande pour créer dans les pays coloniaux des organisations syndicales et développer les syndicats existant sous une forme embryonnaire. Il est nécessaire également que nous surmontions la méfiance des travailleurs des colonies à l’égard des représentants des races dominatrices, en leur montrant la fraternité effective de classe entre les ouvriers de toutes nations et de toutes races. La liaison organique des syndicats coloniaux avec ceux de la métropole ne peut être que le résultat d’un travail très long dans les colonies. Ne pas oublier les travailleurs des colonies, aider leurs organisations, lutter constamment contre les gouvernements des métropoles qui oppriment les colonies, voilà l’un des devoirs les plus impérieux de tous les syndicats révolutionnaires, surtout dans les pays dont la bourgeoisie asservit et exploite les pays coloniaux et semi colonialaux .



Manifeste de "L’Union inter coloniale", association des indigènes de toutes les colonies



Frères des Colonies !

En 1914, les pouvoirs publics aux prises avec un effroyable cataclysme, se sont tournés vers vous et vous ont demandé alors de consentir votre part de sacrifice pour la sauvegarde d’une patrie qu’on disait vôtre, et dont, jusqu’alors, vous n’aviez connu que l’esprit de domination. Pour vous déterminer, on n’a pas manqué de faire luire à vos yeux, les avantages que votre collaboration vous vaudrait. Mais la tourmente passée, comme devant, vous restez soumis au régime de l’indigénat, aux juridictions d’exception, privés des droits qui font la dignité de la personne humaine : liberté d’association, de réunion, liberté ,de presse, droit de circuler librement, même dans votre pays, voilà pour le côté politique. Au point de vue économique, vous restez soumis à l’impopulaire et lourd impôt (le capitation et de portage, à l’impôt de la gabelle, :1 l’empoisonnement et à la consommation forcée .de l’alcool et de l’opium, comme en Indochine, à la garde de nuit, comme en Algérie pour veiller sur le bien des requins coloniaux. A travail égal, vos efforts restent moins ,rémunérés que ceux de vos camarades européens. Enfin, on vous a promis monts et merveilles. Vous vous apercevez maintenant que ce n’était que mensonges. Que faut­il faire pour arriver à votre émancipation ? Appliquant la formule de Karl Marx, nous. vous disons que votre affranchissement ne peut venir que de vos propres efforts. C’est pour vous aider dans cette tâche que l’Union Intercoloniale a été fondée. Elle groupe, avec le concours de camarades métropolitains sympathiques à notre cause, tous les originaires des colonies, résidant en France. Moyens d’action : Pour réaliser cette oeuvre de justice, l’U.I. entend poser le problème devant l’opinion publique à l’aide de la presse et par la parole (conférences, meetings, utilisation de la tribune des assemblées délibérantes par nos amis détenteurs de mandats électifs) et enfin par tous moyens en notre pouvoir. Frères opprimés de la métropole ! Dupes de votre bourgeoisie, vous avez été des instruments de notre conquête ; pratiquant cette même politique machiavélique, votre bourgeoisie entend aujourd’hui se servir de nous pour réprimer chez vous toute velléité d’affranchissement.

En face du Capitalisme et de l’Impérialisme, nos intérêts sont les mêmes ; souvenez­-vous des paroles de Karl Marx : « Prolétaires de tous les pays, unissez­-vous ».

L’Union Intercoloniale

Repost 0
16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 07:43

Le 16 aeee.pngvril 1961 débutait une opération militaire contre la Cuba révolutionnaire, dont l’histoire se souviendra sous le nom d’invasion de la Baie des Cochons (ou de Playa Giron). Des forces mercenaires anticastristes, organisées par la CIA et soutenues par les forces navales étasuniennes essayèrent d’établir une tête de pont afin de constituer, sur un « territoire libéré », un gouvernement provisoire que Washington reconnaîtrait afin de demander immédiatement l’aide de l’OEA et de défaire le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro. Ils n’y parvinrent pas, ce fut « l’échec parfait ».

Grayston Lynch fut le premier homme qui toucha la terre cubaine, à Playa Giron. Il était 23h45 ce 16 avril 1961. Non loin de là, à Playa Larga, un autre Etasunien débarquait aussi le premier : William « Rip » Robertson. Tous les deux faisaient partie de la Brigade d’Assaut 2506 qui, entraînée et armée par les Etats-Unis, prétendait envahir l’île pour en finir avec le gouvernement révolutionnaire. Elle fut défaite en moins de soixante-dix heures.

Il faut revenir deux ans en arrière pour situer l’origine de cet « échec parfait », comme le nomment certains spécialistes.(1) Le 19 avril 1959, Richard Nixon, vice-président des Etats-Unis et Fidel Castro, premier ministre de Cuba, se réunirent pendant trois heures à Washington. Dans son rapport, Nixon affirma qu’une action militaire contre Cuba était nécessaire, car il avait la conviction que les révolutionnaires allaient installer un système politique contraire aux intérêts étasuniens.

Les frères Dulles, John Foster et Allen, respectivement secrétaire d’Etat et chef de la CIA, furent d’accord. Ce sont eux qui conçurent le « Projet Cuba », dont ils nommèrent responsable le directeur adjoint de la CIA, Richard Bissell. Le 17 mars 1960, le président Dwight Eisenhower approuva le plan élaboré par ce dernier, qui comprenait la guerre psychologique, des actions politiques, économiques et paramilitaires, avec comme axe central, l’organisation, l’entraînement et l’équipement d’exilés cubains qui constitueraient une force d’invasion.

Nixon assuma personnellement la préparation de l’agression : « L’instruction en secret des exilés cubains fut le résultat de mon soutien direct ».(2) En 1960, eurent lieu les élections présidentielles. Nixon, candidat du Parti républicain, affrontait John F. Kennedy, du Parti démocrate. Tous les deux commençaient leurs discours en parlant du « dossier cubain ». Herbert Klein, attaché de presse du vice-président, a écrit : « Pendant que nous faisions campagne, nous nourrissions l’espoir d’un débarquement rapide. La défaite de Castro aurait constitué un facteur puissant pour le triomphe de Nixon ». (3)

Parallèlement au projet militaire et propagandiste, à la fin août, la CIA mit un autre plan sur pied. Bissell contacta la mafia de la Cosa Nostra pour assassiner trois des principaux dirigeants cubains. Selon l’enquête de la Commission Church du Sénat étasunien, (4) on considérait, à la Maison Blanche, que si « Fidel, Che Guevara et Raul Castro n’étaient pas éliminés en même temps », toute action contre le régime cubain serait « longue et difficile ». Si les assassinats étaient réussis et que Cuba revenait au bercail, la CIA s’engageait à ce que la mafia récupère « le monopole des jeux, de la prostitution et de la drogue. »

Le 3 janvier 1961, Washington rompit ses relations avec La Havane. Le 20, Kennedy prit ses fonctions de président, et 24 heures plus tard, ordonna de poursuivre les plans d’invasion, ainsi que le marché conclu avec la mafia. Tout en continuant l’instruction en Floride, la CIA transforma le Guatemala en camp d’entraînement principal, « avec son propre aéroport, son propre bordel et ses propres règles de conduite. » (5)

Washington avait réussi à faire censurer la révolution cubaine par presque tous les pays du continent. Cependant le Mexique, le Brésil et l’Equateur s’opposèrent à tout type d’action militaire, ce qui empêcha les Etats-Unis de se servir de l’organisation des Etats Américains, OEA, pour une opération conjointe. Seuls le Guatemala et le Nicaragua prêtèrent leurs territoires pour préparer l’agression.

Les préparatifs de l’invasion furent un secret de polichinelle. Le président Kennedy répétait constamment qu’il n’agresserait pas Cuba, mais peu de gens le croyaient. Moscou et Pékin demandaient instamment à Washington de ne pas passer à l’acte, tandis qu’« aussi bien à Londres qu’à Paris, à Bonn qu’à Rome, une tension extraordinaire s’établit et ne cessa de monter. Le monde tout entier s’interrogea, les yeux tournés vers Cuba.(6) »

Malgré cela, aux Etats-Unis, les médias relataient à peine les événements. Ils ne menaient aucune enquête « par autodiscipline patriotique », comme le dira l’ancien patron de la CIA, William « Bill » Colby. (7) Par exemple, au New York Times, la rédaction savait en détail ce qui se préparait, « mais au nom de la sécurité nationale –dit Colby– elle se laissa convaincre, par le président Kennedy lui-même, de ne rien publier à ce propos. »

Le 15 avril, sur ordre présidentiel, Bissell envoya huit bombardiers B-26 détruire la maigre et vieillissante flotte d’avions de combat cubaine. Fournis par le Pentagone et portant les insignes de la Force Aérienne Révolutionnaire, FAR, ils avaient décollé du Nicaragua. Un B-26 atterrit à Miami après avoir déversé sa charge, et en quelques minutes, une rumeur courait : les responsables de cette action étaient des déserteurs cubains.

Alors que les bombes pleuvaient sur Cuba, le ministre des Relations Extérieures, Raul Roa, demanda à l’ONU qu’elle exige des Etats-Unis la fin de l’agression. Le chef de la délégation étasunienne, Adlai Stevenson, réfuta les accusations en montrant des photos de l’avion à Miami. Son collègue britannique le soutint en disant que « le gouvernement du Royaume-Uni sait par expérience qu’il peut faire confiance à la parole des Etats-Unis » (8) Le 16, on découvrit l’entière vérité. La CIA et le président Kennedy avaient tout caché à Stevenson et au Secrétaire d’Etat lui-même, Dean Rusk.

Lors de l’enterrement des victimes des bombardements, presque toutes civiles, Fidel Castro appela à la mobilisation générale : « Chaque Cubain doit occuper le poste qui lui revient dans les unités militaires et les centres de travail, sans interrompre ni la production, ni la campagne d’alphabétisation. » (9) Ce même 16 avril, il prononça une phrase qui fit tout de suite le tour du monde, car elle annonçait la voie idéologique qu’allait prendre le processus cubain : « Voilà ce qu’on ne peut nous pardonner (…) : que nous ayons fait une révolution socialiste sous le nez des Etats-Unis ! »

Pendant ce temps, cinq navires « marchands », remplis d’hommes et d’armes, escortés par des bâtiments de la Marine étasunienne, dont un porte-avions, s’approchaient de Cuba. Ils étaient partis du Nicaragua et de la Nouvelle-Orléans.

Selon les plans de Washington, les mercenaires de la Brigade devaient rapidement réussir à « libérer » un territoire. C’est là que, depuis les Etats-Unis, serait transféré le "gouvernement provisoire", composé d’exilés sélectionnés par la CIA. A ce moment, Kennedy "reconnaîtrait" le "nouveau gouvernement" qui demanderait une aide internationale, et les Marines débarqueraient.

Dans les premières heures du débarquement, Grayston Lynch se rendit compte des énormes erreurs commises par la CIA. Les récifs empêchèrent non seulement l’approche des bateaux mais rendirent difficile aussi l’avancée des canots. Cette zone, au centre-sud de Cuba, était marécageuse et inhospitalière. Le pire était d’avoir décidé d’un assaut nocturne. Les troupes étasuniennes avaient montré leur capacité à organiser de grands débarquements pendant la seconde Guerre Mondiale, mais jamais de nuit. Ce fut une expérience, en quelque sorte. C’est pour cela qu’une poignée d’hommes seulement, sur les 1511 qui constituaient la Brigade 2506, put toucher terre ce matin-là. Ils y furent reçus par les tirs d’une patrouille de miliciens.

Grâce à toutes ces erreurs, les troupes cubaines eurent le temps de se déplacer vers la zone et de commencer la contre-offensive. Dès le lever du soleil, le peu d’avions cubains rescapés du bombardement commencèrent à attaquer les navires envahisseurs. Dans la matinée, ils en mirent six hors de combat et firent couler les bâtiments "Houston" et "Rio Escondido", qui perdirent ainsi l’armement et le combustible qu’ils transportaient. Presque tous les pilotes qui décimèrent la Brigade avaient été entraînés par les Etats-Unis, pendant la dictature de Fulgencio Batista.

Le gouvernement révolutionnaire, sachant ce qui se préparait, avait acheté des tanks, des canons, des mortiers et des mitrailleuses à l’Union Soviétique et à la Tchécoslovaquie. Les instructeurs venus de ces pays, avaient calculé qu’il faudrait deux ans pour entraîner une armée capable de repousser une invasion. "Alors, nous avons imaginé quelque chose – raconte Fidel Castro en 1996-nous avons demandé aux miliciens d’enseigner l’après-midi ce qu’ils avaient appris le matin." (10)

Jose "Pepe" San Roman, d’origine cubaine, commandant de la Brigade, constata le matin du 19 que tout était perdu. Alors il envoya un message à son responsable à la CIA : "S’il vous plaît, ne nous abandonnez pas !" (11) En fin d’après-midi, à Playa Giron, la tentative d’invasion avait échoué. La Brigade presque entière fut capturée : 1197 hommes. Alors même que les soldats pensaient être sur le chemin du poteau d’exécution, Fidel ordonna qu’on les laisse en vie. Cent quatorze brigadistes, dont quatre pilotes étasuniens moururent au combat. Des années plus tard, Lynch se souvenait : "Pour la première fois, à trente-sept ans, j’ai eu honte de mon pays." (12)

Il n’y eut aucune tentative de soulèvement intérieur pour soutenir le débarquement. La CIA avait calculé qu’il se déclencherait de façon spontanée. « La CIA ne tint pas compte d’un sondage d’opinion réalisé à sa demande, et qui révélait que l’immense majorité des gens soutenait Castro. » (13)

Bissell et Dulles avaient toujours su que sans une insurrection populaire, il aurait fallu quelque cinq mille hommes pour pouvoir occuper une partie du pays.

Triomphant, le 23 avril 1961, Fidel Castro déclara : « L’impérialisme yankee vient de subir en Amérique latine sa première grande défaite ! » (14) Le lendemain, c’est avec une émotion d’un autre genre que le président Kennedy reconnut la responsabilité des Etats-Unis. Colby rapporte que suite à « l’humiliation » infligée, Kennedy « se déclarait tenté dans sa colère "d’éparpiller les cendres de la CIA aux quatre vents" ».

Après la livraison par Washington à Cuba de 53 millions de dollars en aliments et médicaments, le 22 décembre 1962, les prisonniers recouvrèrent la liberté. Le 29, au cours d’une cérémonie à Miami, ils remirent à Kennedy le drapeau de la Brigade. « Je vous assure, déclara solennellement le président, que ce drapeau vous sera rendu dans une Havane Libre ». Quinze ans plus tard, l’association des anciens brigadistes demandait au Musée Kennedy qu’il leur soit rendu, pour promesse non tenue. C’est par la poste qu’on le leur a renvoyé !

Article paru dans Le Monde Diplomatique, Espagne, avril 2011.

Note :

1) Arthur Schlesinger Jr. « La Baie des Cochons, retour sur un échec parfait », Le Monde, Paris, 11 avril 2001.

2) Richard Nixon, Six Crises, Simon & Schuster, New York, 1990.

3) The San Diego Union, San Diego, 25 mars 1962.

4) Commission présidée par le sénateur Frank Church. “Alleged Assassination Plots Involving foreign Leaders.” An Interim report of the Select Committee to Study Governmental Operations With Respect to Intelligence Activities United States Senate Together, Washington, Novembre, 1975.

5) Tim Weiner, Legado de Cenizas. Historia de la CIA, Debate, Barcelone, 2008.

6) Haynes Johnson, La Baie des Cochons. L’invasion manquée de Cuba, Robert Laffont, Paris, 1965.

7) William Colby, Trente ans de CIA, Presses de la Renaissance, Paris, 1978.

8) Daniel Ganser, « Retour sur la crise des missiles à Cuba », Le Monde Diplomatique, Paris, novembre 2002.

9) Fidel Castro et José Ramón Fernández, Playa Girón, Pathfinder, New York, 4ème édition, 2007.

10) F. Castro et J. Ramón Fernández, Op.Cit. 11) Haynes Johnson, Op.Cit. 12) Grayston Lynch, Decision for Disaster : Betrayal at the Bay of Pigs, Potomac Book, Washington, 2000.

13) Tim Weiner, Op.Cit.

  1. F. Castro et J. Ramón Fernández, Op.Cit.

Repost 0
16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 07:27

aaa.png

 

Près de 72 ans après le déclenchement de la Guerre d’Espagne, une immersion même élémentaire dans la monumentale bibliographie qui s’en suivit et jusqu’à aujourd’hui, permet une actualisation nécessaire, mais fait apparaître en même temps des visions partielles, quand il ne s’agit pas d’omissions ou d’ « oublis » historiques.

Ainsi pourquoi la participation de plus de 1000 Cubains dans les rangs républicains, quand elle n’est pas méconnue, continue d’être ignorée ou passée sous silence ? Les sources n’ont pas manqué, des témoignages directs ou indirects ont été conservés et publiés, le contingent cubain a été largement le plus nombreux dans le continent américain, seulement dépassé par les quelque 2400 volontaires des Etats Unis et son pourcentage par rapport à la population du pays a été le plus élevé parmi les 50 nations d’où partirent environ 35.000 volontaires (1) antifascistes, la plupart des communistes. D’autre part, les séjours forcés après 1939 de combattants cubains, parmi des milliers d’autres, dans les camps d’internement du sud de la France (Gurs, Argelès, Bram, etc…) ne souffrent aucune discussion.

En Espagne, la longue nuit franquiste de 1939 à 1975, date de la mort de son instigateur, gela toutes les velléités d’investigation, à l’exception de celles qui en vantaient les mérites. A Cuba, les présidences successives à partir de 1940 puis la dictature de Fulgencio Batista avaient mieux à faire que de laisser la parole aux antifascistes cubains dont certains, comme Juan Marinello ou Raul Roa purent publier leurs écrits.



Dès la fin de la guerre, en 1939, les multiples visions partisanes, staliniennes, anarchistes, socialistes, trotskystes, etc…ont eu, hors d’Espagne, leurs heures de gloire, comme les études militaires. Hors de ces domaines, les travaux visant à une synthèse générale sont venus d’historiens anglo-saxons, comme Hugh Thomas, Gabriel Jackson, Paul Preston et le dernier en date Antony Beevor (2006) qui ont fait autorité.

A Cuba, l’historien qui s’est spécialisé sur la question de la participation cubaine et des Brigades Internationales est Alberto Bello, ancien journaliste au quotidien national Juventud Rebelde dès sa création en 1965. Il est l’auteur de deux ouvrages généraux de référence sur cette participation cubaine. Un seul livre avant lui traitait de ce sujet : « Cuba y la defensa de la Republica española (1936-1939) », ouvrage collectif sous la direction de Ramon Nicolau, publié en 1981 par la Editora Politica (Instituto de Historia del Comité central del PCC). Jusqu’ici Alberto Bello – qui a l’âge de la Guerre d’Espagne- est le seul auteur cubain à avoir publié dans l’édition, ses recherches sur le contingent cubain durant la Guerre Civile Espagnole. Il vient de terminer un nouveau manuscrit qui non seulement actualise ses travaux, mais développe une autre page peu connue, celle des intellectuels cubains ayant soutenu les Républicains espagnols (2). Un nouveau chapitre est consacré aux autres contingents du continent américain, du Canada à l’Argentine, en passant par les Etats Unis (3).

Alberto Bello, rencontre au Vedado

Quand notre homme apparait au fond du couloir de son appartement - il vient de quitter son bureau, sa machine à écrire et son ordinateur- il marche avec des béquilles, légèrement courbé, mais son allure est ferme et vive. Il se déplace avec difficulté, mais Alberto Bello va virevolter au moment de se raconter. Il parle avec passion mais sans grandiloquence de ces Cubains de la fin des années 30 qui « partagent » son quotidien. Ce qui l’intéresse c’est le travail de chaque jour, du lendemain, pour ne rien laisser de côté. Il burine son travail, comme la vie, la lucha,ont buriné son visage. « Si un jour je n’écris pas, si je passe une journée sans lire, sans mettre de l’ordre dans mes recherches, c’est une journée perdue ».

Pourquoi avoir choisi ce thème des 1000 volontaires cubains, partis de La Havane ou de New York, ou déjà en Espagne le jour du putsch ? « Je me suis toujours demandé pourquoi les Cubains, qui avaient du affronter le colonialisme venu d’Espagne, décidèrent un jour d’aller rejoindre des Espagnols, certes des Républicains, laissant familles, travail, maison, etc…Journaliste, j’ai eu l’occasion de connaitre pas mal de combattants cubains et espagnols, réfugiés à Cuba, ainsi que beaucoup de ceux qui, à Cuba, avaient organisé et expédié en Espagne leur aide matérielle. Les associations étaient nombreuses. Puis j’ai fréquenté les journalistes de « España Republicana » (San José y Prado) et bien connu le directeur, Carnero, qui combattit en Espagne. A Santa Clara, par exemple, j’ai connu des gens comme Lutgarda Bustamente, Susana García, qui furent des militantes du Parti Socialiste Populaire, engagées dans l’aide cubaine aux Républicains, ainsi que d’anciens volontaires cubains ».

Et à la Havane ? « J’ai eu l’occasion de connaitre Ramón Nicolau, chef de la Commission de Recrutement de Combattants, Mario Morales Mesa, président de l’Association des Vétérans et le vice-président Victor Pina Cardoso. J’allais chez eux, eux venaient chez moi. J’ai connu le poète-écrivain Felix Pita Rodriguez, j’ai eu comme amis des gens comme Pia Mastelari, Maria Luisa Laffita, son époux Pedro Vizcaino Urquiaga, Federico Chao Rodriguez et beaucoup d’autres, qui m’ont apporté beaucoup. D’autre part, j’ai eu aussi de bonnes relations d’amitié avec certains autres volontaires cubains et membres actifs du Club Julio Antonio Mella, dont le siège était à New York, comme Mario Acosta Lamar, Juan Magraner Iglesias, la militante Sarah Acosta, Frank Ibañez, parmi d’autres. Nous nous réunissions, ils passaient des heures à me raconter, moi je passais des heures à écouter ».

Les volontaires cubains en Espagne : noms, prénoms, la liste est connue depuis 25 ans

Il a utilisé une partie de ses recherches pour publier en 1990 (avec Juan Pérez Díaz) « Cuba en España » (Ciencias sociales, 275 pages), avec une introduction de Mario Morales Mesa, alors lieutenant colonel. De l’ouvrage de Ramon Nicolau, Alberto Bello a repris un document important, la liste (« non exhaustive ») de Volontaires cubains tués durant les combats, de ceux décédés après la guerre et celle des survivants (1980). Avec noms et prénoms. Ils sont effectivement près de 1000. Mais paradoxalement, ces deux livres essentiels sur le sujet des Voluntarios cubanosn’ont pas fait depuis l’objet d’actualisation. Le témoin, dans l’édition, n’a été repris par personne. Et aucun autre livre de documentation générale sur ce thème, faisant un point moderne sur la question, n’a été publié non plus. Du moins jusqu’ici (mars 2008). Pourtant le moment paraitrait venu, dans ces époques de commémorations.

Son deuxième livre publié (2003) « El Martir de Majadahonda » (Ciencias Sociales, 233 p) revient sur le contexte politique cubain et international des années 30 pour exposer l’engagement du journaliste et intellectuel Pablo de la Torriente Brau, tué au combat en décembre 1936.

Alberto Bello parle très volontiers des Brigadistes cubains, mais laissez le poursuivre et une heure plus tard on en est aux volontaires canadiens, après avoir fait le tour de l’Amérique latine. Une heure de plus et on a à peine évoqué les (bons) yankees, ceux de la Brigade Abraham Lincoln. A ce titre il avait été invité en 1997 à participer à Lausanne (Suisse) à un colloque international « Les Brigades Internationales, entre solidarité révolutionnaire et politique du Komintern".Près de 40 conférenciers du monde entier y étaient invités.

A l’étranger, que l’histoire de la présence de Cubains dans le conflit espagnol reste inconnue constitue donc une énigme qu’Alberto Bello commente, preuves à l’appui. Dans son dernier livre « La Guerre d’Espagne », Antony Beevor (2006, 680 pages) présenté comme le « Hugh Thomas » du début de ce XXI e siècle, fait l’impasse sur le sujet. Page 608, dans la note 4, se référant aux « 32.000 et 35.000 de 53 pays, qui servirent dans les rangs des Brigades Internationales », l’historien anglais se contente de reproduire « les chiffres les plus exacts, quoique encore incertains, par pays »,publiés par les Français Rémi Skoutelsky et Michel Lefebvre en 2003 (Les Brigades Internationales, Images retrouvées). On y apprend qu’il y eut 408 Suisses et 134 Portugais, pour s’en féliciter. Mais rien sur les Cubains, à l’exception de la mention de Wifredo Lam. A moins qu’ils figurent dans la dernière rubrique anonyme, comme dans un ossuaire : « autres : 1122 ». Certes, les décomptes restent incomplets, sont sujets à caution, tant la composition des B. I a été mouvante. Par ailleurs, indique Alberto Bello, tous les Cubains n’ont pas été membres des B.I, on les retrouve aussi en effet d’abord dans les Milices, puis dans des formations militaires espagnoles. Et dans la liste publiée en 1981 ne figurent pas, de toute évidence, les noms de combattants cubains qui par la suite ont quitté le pays, en désaccord avec la Révolution ou qui avant 1959 avaient abandonné leur camp pour rejoindre les rangs des Batistiens, comme Orlando Masferrer.

Dans les 22 pages de Bibliographie de A.Beevor, ne figure ni source cubaine ni renvoi à un ouvrage consacré à des volontaires cubains.

Alberto Bello n’a jamais manqué d’argument pour affirmer que les pages écrites par les Cubains entre 36 et 39 sont indélébiles. Le silence d’Antony Beevor, si besoin était, confirme le bien fondé de ses travaux actuels et à venir.

Antony Beevor a-t-il lu Alejo Carpentier (1904-1980) et son « roman » La Danse sacrale (La Consagracion de la primavera, 1978) qui donne assez de pistes pour une exploration approfondie à partir des mentions faites sur Pablo de la Torriente Brau ? Dans un recueil de ses entretiens, l’écrivain cubano-français avance lui-même le chiffre d’ « un millier de Cubains » ayant combattu avec les Républicains. Le romancier (4) aurait-il été jugé peu crédible ? Si Antony Beevor et ses éditeurs envisageaient une nouvelle édition, pourquoi ne pas se reporter alors aux « conversations d’Ignacio Ramonet avec Fidel Castro » (dont le père était contre la République espagnole) ? Le président cubain dit à la page 304 : « Pendant la guerre civile espagnole ils ont été des centaines de Cubains à partir en Espagne et beaucoup ont donné leur vie pour la République attaquée par le fascisme et la réaction ».

Par ailleurs nul chercheur ne peut ignorer quelques uns des liens solides ayant existé entre la lutte des Républicains et la tradition révolutionnaire cubaine, souligne Bello. N’est-ce pas un officier espagnol de l’armée de l’air républicaine, Alberto Bayo Giroud, qui dirigea la préparation à la guérilla du groupe de Fidel Castro alors au Mexique (1955-1956) où Bayo s’était exilé, après la victoire de Franco. Bayo était né dans la province de Camaguey, en 1892, avant l’indépendance cubaine. Bayo s’installa à Cuba après 1959 et mourut à La Havane en 1967, à l’âge de 75 ans. En 1960 il avait notamment publié « Mi aporte a la revolución cubana » (Imprenta del Ejercito Rebelde). Beaucoup d’autres républicains espagnols qui avaient participé à la guerre civile se sont retrouvés à Cuba (5) notamment des militaires, comme le général Lister pour aider à « organiser les milices cubaines et d’autres unités de nos forces armées »(Fidel Castro, p.465 de son livre avec Ignacio Ramonet).

Aberto Bello a mis son expérience de journaliste au service de sa plume d’historien qu’il ne « voudra jamais vendre au détriment de l’histoire véridique ».Sa plume, soit sa manière d’écrire, d’appréhender « ses » pages d’histoire de son pays. Et son talent de «raconteur », à l’écrit comme à l’oral, tout en allumant et fumant Popular sur Popular.

Dans son manuscrit complété, auraient leur place les chroniques cubaines du journaliste Lino Novas Calvo (Galicia, 1903-Etats Unis, 1983), les faits d’armes de l’écrivain et combattant Carlos Montenegro (1900-1981) et un corpusouvert de la collection de Mediodia, hebdomadaire cubain édité à partir de 1934 par le Pcc (dont le directeur fut José A. Portuondo, avec pour rédacteurs Nicolas Guillen, Juan Marinello, Carlos Rafael Rodriguez et Angel I. Augier). C’est dans Mediodia que furent publiés notamment deux textes sur Pablo de la Torriente Brau, de Montenegro (5 mars 1937) et de Novas Calvo (El Entierro, 25 février 1937). Un éditeur espagnol qui a réussi à réunir une collection complète de ce Mediodia cubain a estimé que cette publication « a couvert à merveille toute la guerre civile espagnole et donne sur elle mille nouvelles et informations intéressantes ».

Alberto Bello a du grain à moudre. Un agenda rempli. Ca tombe bien, il n’aime pas les pages qui restent blanches. Avec ses 1000 Cubains, il a au moins 1000 histoires à reprendre, préciser, compléter. 1000 aventures héroïques, au même titre que des milliers d’autres qui ont fait de la Guerre d’Espagne un évènement d’une dimension exceptionnelle et mythique. Malgré la retirada,la défaite, les derniers rescapés n’hésitent pas, 72 ans après, à redire leur fierté d’avoir combattu dans le bon camp. Tout en pleurant leurs camarades morts au combat, dont ils sont encore plus fiers. Une centaine de Cubains sont morts à quelque 8000 km de leur pays dans ce premier acte de la Deuxième guerre mondiale.

(1)- Les Brigades Internationales (créées le 18 septembre 1936) furent composées dans leur grande majorité d’ouvriers (80 % des 9.000 Français), selon Rémi Skoutelsky (historien français à la Sorbonne, spécialiste des B. I, pages 441-453, in Le Siècle des communismes, 2000, Les Editions de l’Atelier, 542 pages). Il ajoute que « le caractère ouvert du recrutement n’empêche pas qu’on y trouve avant tout des militants » communistes.

Un quart environ des volontaires étrangers des Brigades Internationales a été tué lors des combats.

Des études manquent en ce qui concerne la participation du coté républicain des volontaires étrangers non – européens. A fortiori, si on pense à un ou divers ouvrages relativement exhaustifs et surtout accessibles à un large public.

(2) - Plus que la première guerre mondiale, la guerre d‘Espagne a fait que de nombreux intellectuels, journalistes, artistes, écrivains, photographes, universitaires, ont franchi les Pyrénées pour rendre compte de ce que fut la vie quotidienne de ceux qui luttaient contre les nationalistes de Francisco Franco, très vite appelés les fascistes espagnols. D’où une forte production de reportages, textes, films, écrits politiques, poèmes ou de livres romanesques, dans un grand nombre de langues, en fonction du pays de provenance de ces « envoyés spéciaux ». Parmi ces derniers, des noms comme ceux de Simone Weil, André Malraux, Ilia Ehrenbourg, Mikhaïl Koltsow, John Dos Passos, Upton Sinclair, Hemingway, Arthur Koestler, George Orwell, Alejo Carpentier, etc…ont occupé à juste titre le devant de la scène et ce jusqu’à aujourd’hui. Avec Carpentier, Juan Marinello, Nicolas Guillen, Felix Pita Rodriguez et Leonardo Frnandez Sanchez composèrent la délégation cubaine lors du Congrès des Intellectuels antifascistes de Valence et Madrid en juillet 1937.

(3) - Entre autres exemples, il n’existe en français aucun ouvrage portant sur ces quelques milliers de volontaires, également « levés avant l’heure », qui partis de New York, de La Havane, de Mexico ou d’ailleurs, ont un jour débarqué en France avant de gagner un des fronts de la guerre en Espagne. En Espagne, les seuls livres longtemps disponibles sur le thème des volontaires cubains furent …les livres- d’occasion- des auteurs cubains cités.

Bien sûr, Hollywood a produit deux ou trois longs métrages hollywoodiens, mais depuis 1936 jamais les autorités des Etats-Unis n’ont reconnu le rôle et le sacrifice des volontaires américains, venus en territoire espagnol pour lutter contre le fascisme. A l’inverse, à leur retour, bon nombre de Brigadistes ont été pourchassés par le FBI et par les « enquêteurs » du sénateur McCarthy. D’autres ont été emprisonnés, comme Steve Nelson, condamné à 20 ans de détention. Il est vrai que la Brigade Abraham-Lincoln, composée de nombreux communistes, fut considérée, dès sa création comme une « organisation terroriste ». On lit sur un site français spécialisé : « Marins de San Francisco, étudiants et professeurs du Wisconsin ou de l'Illinois, mineurs de Pennsylvanie, ouvriers, poètes, artistes-peintres de New York et du New Jersey, ils venaient des quatre coins des Etats-Unis. Modèle d'intégration antifasciste, 30% des brigadistes américains étaient d'origine juive et 90 volontaires d'origine noire, dont un commandant ».Un documentaire télévisé « El laberinto español »a été diffusé en Espagne, donnant notamment la parole dans une partie intitulée « Almas sin fronteras », aux 12 Américains survivants (été 2006) de la Brigade Abraham- Lincoln, composée dès 1936 de 2400 volontaires (la moitié sont morts durant les combats). Les réalisateurs Miguel Ángel Nieto et Anthony L. Geist ont eu en particulier accès aux archives filmées et sonores de l’Association de Brigadistes de New York, ainsi qu’à plus de 200 heures de matériel inédit, oublié dans un dépôt de l’Université de New York. En 2001, la Bibliothèque de cette université avait acquis l'ensemble des fonds de la Brigade Abraham-Lincoln.

(4)- L’écrivain cubain Alejo Carpentier (1904-1980), largement traduit en français, a consacré quelques unes de ses Chroniques de 1937 à « L’Espagne sous les bombes ».Dans un de ses entretiens de 1979, Alejo Carpentier avance le chiffre « d’environ un millier de cubains »qui, dans leur majorité, rejoignent la Brigade Abraham-Lincoln. « Le peintre Wifredo Lam fut un des premiers à s’engager », dit-il par ailleurs. « Ce Bataillon constitue un exemple très intéressant, parce que s’y trouvent des Latino-américains. Il y avait aussi un formidable contingent de Mexicains, et puis il y en avait d’autres pays, quatorze par ici, vingt par là, comme une trentaine de Brésiliens, plus de 20 Vénézuéliens, etc… ».On peut penser que ces derniers chiffres manquent de rigueur d’historicité. Très probablement, l’écrivain se réfère à des témoignages oraux partiels.

Dans sa « Danse sacrale » (1980) la guerre en Espagne est la toile de fond de la première partie de ce roman. Le romancier, qui fut nommé en 1966 ministre conseiller des affaires culturelles à l’ambassade cubaine à Paris, avait regretté dans un entretien publié dans le quotidien cubain Granma (18 décembre 1974) l’absence de roman centré sur le thème de la participation latino-américaine. Alejo Carpentier a raison, mais sa Consagración de la primavera n’épuise pas le sujet.

(5)- On ne saurait ne pas citer le travail considérable accompli sur Pablo de la Torriente Pablo par le Centro Cultural qui porte son nom à La Havane et que dirige Victor Casaus. Par ailleurs, de jeunes chercheurs comme Jorge Domingo Cuadriello ont mené à bien des travaux plutôt consacrés à la question des réfugiés espagnols à Cuba, pour l’instant publiés en Espagne.

Repost 0
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 18:40

 

aq.jpgC’est en 1968 que le destin du grand leader noir, Martin Luther King, s’achève brutalement. Assassiné à Memphis par James Earl Ray, Martin Luther King s’est battu toute sa vie contre la ségrégation raciale qui sévit aux Etats-Unis.
Ce pasteur est devenu le symbole de la lutte pour l’égalité des droits civiques. Pourtant, Martin Luther King n’a pas fait l’unanimité, aussi bien chez les Blancs que chez les Noirs. Inquiétant pour les premiers ou trop modéré pour les seconds, cet apôtre de la non-violence a été tué dans des circonstances troubles.
Son assassin présumé est mort en prison en clamant son innocence et les dernières analyses balistiques n’ont pas élucidé ce meurtre.

 

 

Le début d’un combat


 

Né en 1929, à Atlanta, Martin Luther King est issu d’une famille bourgeoise. À dix-huit ans, il décide de devenir pasteur, comme son père, dans l’Église baptiste.

 

Bien qu’il n’ait pas connu la pauvreté, il est très tôt confronté à la discrimination raciale. Mais, il est convaincu qu’il faut appliquer les principes chrétiens aux problèmes sociaux et se préoccuper des âmes aussi bien que des conditions économiques et sociales qui agissent sur elles.

 

Grand admirateur de Gandhi, c’est un pacifiste dans l’âme. Sa lutte courageuse est celle de l’amour contre le mal. La non-violence est pour lui le seul moyen d’atteindre l’objectif.
En 1954, il est revenu dans le Sud. On lui a confié la direction d’une paroisse à Montgomery, dans l’Alabama, une ville de 120 000 habitants dont 50 000 Noirs.
À la fin de 1955, une passagère noire, Rosa Parks, refuse de se plier aux règles de la ségrégation qui règne dans les autobus.
Elle s’assoit à une place réservée aux Blancs. Elle est aussitôt arrêtée. Cette fois, la communauté noire décide de réagir.

 az.jpg



 

L’activité politique du révérend Martin Luther King commence alors avec le boycott des autobus d’Alabama.
Les dons et les encouragements affluent de partout. Les Noirs de la ville marchent à pied ou mettent en place leurs propres moyens de transport ; ils refusent d’acheter chez les commerçants qui leur sont hostiles ; ils ne répondent pas aux provocations à la violence du
Ku Klux Klan.

 

Après un boycottage d’un an, les tribunaux fédéraux déclarent illégale la ségrégation dans les transports. La victoire est acquise, grâce à la non-violence et avec l’appui des libéraux blancs.


 

La lutte pour l’égalité des droits civiques


 

Dès 1957, Martin Luther King réunit les pasteurs noirs du Sud dans une « Southern Christian Leadership Conference ».
Peu à peu, la Cour suprême impose l’ouverture à tous des piscines, des plages, des cafétérias, des églises.

 

Le mouvement acquiert une force supplémentaire avec l’arrivée au pouvoir du président Kennedy. En 1963, Martin Luther King mène une dure campagne contre la ségrégation à Birmingham, dans l’Alabama. En même temps, il organise une marche sur Washington pour pousser un Congrès réticent à voter la loi sur les droits civiques

 

S’adressant à plus de 200 000 personnes présentes et à des millions de téléspectateurs, il déclare :
« J’ai encore un rêve. Mon rêve fait partie du rêve américain. Je rêve qu’un jour notre pays se décidera à appliquer véritablement ses principes, d’après lesquels nous tenons ces vérités pour évidentes que les hommes sont nés égaux. » Cette déclaration touche le cœur de nombreux américains et le révérend connaît alors une grande popularité.
En 1964, il reçoit le prix Nobel de la paix et le président Johnson fait voter deux lois sur les droits civiques, qui posent les fondements de sa « Grande Société ».


 

L’opposition du Black Power


 

La non-violence préconisée par Martin Luther King ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté noire.
Après plusieurs siècles d’esclavage et de ségrégation, les jeunes noirs des ghettos veulent tout et tout de suite.

 

Une émeute éclate en 1965 dans le ghetto de Los Angeles à Watts et se propage en 1966-1967 dans les autres ghettos.
Auprès des partisans du « Black Power », King jouit d’un grand prestige mais fait figure de modéré.
Face aux violences, les libéraux blancs sont décontenancés et prennent peur, tandis que la majorité silencieuse adopte une attitude plus rigide à l’égard des Noirs.


 

Les combats de Martin Luther King


 

En 1967, le révérend manifeste son hostilité vis-à-vis de la guerre du Viêt Nam. Mais, cette prise de position est loin de faire l’unanimité. Les Blancs libéraux aussi bien que la bourgeoisie noire ne le suivent pas.
Le 4 avril 1968, il est à Memphis pour apporter son soutien aux éboueurs, tous noirs, qui sont en grève. Il est assassiné sur le balcon de son hôtel, officiellement par James Earl Ray.
Dès que l’on apprend dans les ghettos l’assassinat de King, des émeutes se déclenchent.

 

Le déplacement à Memphis était la dernière étape avant la « Marche des pauvres gens » qu’il devait organiser à Washington. Ce projet inquiétait beaucoup le FBI qui craignait des émeutes.
J.Edgar Hoover, le directeur du FBI, se méfiait de ce révérend noir. Il l’avait surnommé Zorro et le considérait comme un communiste.
Le FBI avait déjà fait plusieurs tentatives pour saborder le mouvement en salissant la vie privée de son leader. Le révérend était sous surveillance constante et sa ligne téléphonique sur écoute.


 

L’assassinat de Martin Luther King


 

Le leader noir est abattu le 4 avril 1968, alors qu’il se trouve au balcon du motel Lorraine, à Memphis.
Peu après le meurtre, Ray est arrêté. La police prétend qu’il a agit seul. Il aurait abattu le révérend d‘une balle de fusil, en tirant d’une chambre d’hôtel.
Ray proclame son innocence mais son avocat lui conseille de plaider coupable s’il veut éviter la chaise électrique

 

Les indices sont accablants. Ray accepte et il est condamné à 99 ans de prison. Il se rétracte trois jours après le verdict mais n’obtiendra jamais la révision de son procès.
De nombreuses contradictions et zones d’ombre subsistent dans cette affaire. Tout d’abord, les différentes analyses balistiques, y compris celle de 1997, n’ont jamais pu démontrer que la balle avait été tirée avec le fusil de RayDans cette affaire il n’existe qu’un seul témoin oculaire, Charles Stephens, et son témoignage est plus que douteux.
En premier lieu, il est très imprécis, parlant d’un homme de petite taille (Ray mesure 1,80 m) qu’il aurait vu de dos.
Charles Stephens est un alcoolique qui a laissé plusieurs milliers de dollars de dettes dans les nombreux bars qu’il fréquente.
Comme par magie, ses dettes sont effacées et il retrouve alors la mémoire, en désignant Ray comme coupable.
Il est à souligner qu’il reviendra d’ailleurs sur son témoignage devant les caméras de la télévision. Son épouse, également présente le jour du meurtre, a toujours contesté ce témoignage. Elle est rapidement placée dans un hôpital psychiatrique.

 

Plusieurs témoins affirment avoir remarqué des mouvements dans le bosquet situé en face du balcon. Un journaliste du New York Times, qui résidait au motel Lorraine, soutient avoir vu de la fumée sortir du bosquet.
Mystérieusement, les arbustes incriminés seront arrachés dans la nuit.Initialement, le pasteur ne devait pas se trouver au premier étage du motel mais au rez-de-chaussée. La veille du meurtre, un homme prétendant appartenir à l’équipe de sécurité, avait demandé au directeur de changer le pasteur de chambre. Cet homme n’a jamais été retrouvé.
Le jour du meurtre, l’escorte policière du pasteur a été réduite de 8 à 2 hommes. Sur l’ordre de qui ?

 

En 1976, la Chambre des représentants du Congrès américain désigne une commission qui doit enquêter sur cette affaire. Elle entérine la culpabilité de Ray mais conclut qu’il n’a peut-être pas agit seul.
Elle clôt le dossier et interdit l’accès aux archives pendant 50 ans, soit jusqu’en 2029. Pourquoi ?

 

Depuis, il y a eut plusieurs rebondissements mais aucune preuve n’est venue étayer l’hypothèse d’un complot.
Le gouvernement américain avec l’aide du FBI a-t-il fomenté l’assassinat du pasteur ? Le FBI a-t-il agit seul ?
En juin 2000, une nouvelle enquête gouvernementale a conclu à la culpabilité de Ray en concluant qu’il avait agit seul.

 

Autant dire que les avis sont très divisés. Les circonstances exactes de la mort de Martin Luther King sont beaucoup trop confuses pour que l’on ne se pose pas de questions. D’autant plus que les motifs de Ray n’ont jamais été déterminés. Il n’appartenait à aucun mouvement politique.
Cette affaire nous rappelle bien sûr
l’assassinat de John Kennedy. Il faudra attendre 2029 pour avoir connaissance de tous les documents relatifs à l’affaire. Et encore, rien ne dit que ces archives nous permettront de connaître la vérité.

 

I HAVE A DREAM



« Je vous le dis aujourd'hui, mes amis, bien que, oui bien que nous ayons à faire face aux difficultés d'aujourd'hui et de demain, je fais pourtant un rêve. C'est un rêve profondément ancré dans le rêve américain.

Je rêve qu'un jour, notre nation se lèvera pour vivre véritablement son credo : “Nous tenons pour vérité évidente que tous les hommes ont été créés égaux”

Je rêve qu'un jour, sur les collines rousses de la Géorgie, les fils d'anciens esclaves et les fils d'anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu'un jour, même l'État du Mississippi, un État où l'injustice et l'oppression créent une chaleur étouffante, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère.

Je rêve aujourd'hui !

Je rêve qu'un jour, dans l'Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur qui n'a aux lèvres que les mots d'"opposition" aux lois fédérales et d'"annulation" de ces lois, que là même en Alabama un jour les petits garçons noirs et les petites filles noires avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme sœurs et frères.

Je rêve aujourd'hui.
Je rêve qu'un jour toute vallée sera élevée, toute colline et toute montagne seront abaissées. Les endroits raboteux seront aplanis et les chemins tortueux redressés. Et la gloire du Seigneur soit révélée et toute chair la verra»


Repost 0
5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 18:23

A-copie-3.png

A-copie-2.png

A-copie-1.png

 

Malgré une protestation d’ampleur mondiale, le 19 juin 1953, Ethel et Julius Rosenberg -accusés d’avoir « livré aux Soviétiques le secret de fabrication de la bombe atomique »- étaient exécutés, dans l’État de New York.

Le contexte

1945 (6 et 9 août) : Les Etats-Unis larguent les deux premières bombes atomiques sur les villes japonaises de Hiroshima et Nagasaki. Ils sont persuadés de s’être assuré la maîtrise du monde pour les 20 ans à venir.

 1946 : Face à une très puissante vague de grèves, Edgar Hoover, chef du FBI, lance l’anathème sur « les 100 000 communistes américains (...) et leurs alliés prétendument progressistes ».

 1947 : Doctrine Truman (« endiguement du communisme »). Décret présidentiel sur le « loyalisme » des fonctionnaires, qui aboutira - un peu plus tard - à la mise en place, par le sénateur McCarthy, de Commissions des activités anti-américaines.

 1949 : L’URSS possède à son tour la bombe A. Proclamation de la République Populaire de Chine. Signes annonciateurs de la guerre de Corée. Les pacifistes se mobilisent. Le gouvernement déchaîne une violente campagne de presse contre « les espions américains qui ont volé le secret atomique pour le donner aux Russes. »

 1950 (25 juin) : Début de la guerre de Corée.

 1953 (27 juillet) : Signature de l’armistice à Panmunjon.

La tragédie des Rosenberg va coïncider avec cette guerre et l’apogée du maccarthysme. Retour Haut de page

Origine de l’affaire

Le FBI a dressé une liste comportant une centaine de « suspects » (communistes, progressistes, pacifistes, juifs) et d’organisations « subversives ».

 1950 (février) : Klaus Fuchs, physicien de haut niveau, réfugié de l’Allemagne nazie, est arrêté à Londres. Il a participé, à Los Alamos (Nouveau Mexique), au « Projet Manhattan » (réalisation de la bombe atomique américaine). II reconnaît avoir transmis des informations à ses confrères soviétiques, pour donner le maximum de chances au camp antinazi et à la paix. (14 ans de prison). Dans le courant de la même année, le FBI va successivement arrêter : le 22 mai, Harry Gold, qui se présente comme l’agent de liaison de Fuchs (ce que ce dernier dément) ; le 15 juin, David Greenglass (frère d’Ethel Rosenberg), qui a travaillé à Los Alamos, comme mécanicien ; puis, le 17 juillet, l’ingénieur-électricien Julius Rosenberg, en tant que « chef d’un réseau d’espionnage au profit de l’Union soviétique » : juif, communiste, scientifique, il représente l’espion idéal. Comme il refuse de donner des « complices », on arrête, le 11 août, pour le faire céder, sa femme Ethel. Et, le 18 août, un de ses amis, le physicien Morton Sobell.

Une parodie de justice

Le 21 septembre 50, quelques semaines après l’arrestation des Rosenberg, promulgation de la loi Mac Carran, désignant comme agents de l’URSS les communistes et leurs sympathisants. Bien que le Président Truman l’ait déclarée anticonstitutionnelle, le Congrès est passé outre. Le 8 février 51, un mois avant le début du procès, au cours d’une réunion secrète , des représentants du ministère de la justice, des députés, des sénateurs décident de la tactique à suivre : il faut, pour le faire plier, menacer Julius de la chaise électrique. Même condamnation à mort... pour Morton Sobell ? Non. Plutôt 30 ans de prison pour Ethel (dont le dossier est vide)(*).

Le procès va s’ouvrir le 6 mars 1951.

Pour être chargé de ce procès, le juge Kaufman s’est engagé à prononcer la peine capitale contre Julius. Tout au long des débats, en dehors du tribunal, le procureur-adjoint, Roy Cohn - bras droit de McCarthy- va faire pression sur lui et obtenir la condamnation à mort d’Ethel, contre promesse d’un siège à la Cour Suprême. La loi retenue est celle de 1917 « sur l’espionnage en temps de guerre ». Or, en 1944-45, à l’époque des faits incriminés, l’URSS était l’alliée des Etats-Unis.

Du jury ont été écartés les communistes, les progressistes, les juifs.

A travers une campagne de presse hystérique, juge, procureur et FBI vont chauffer à blanc l’opinion publique. L’inculpation réelle, autour de laquelle se déroulent les audiences : « Y a-t-il eu complot en vue de transmettre des informations secrètes à une puissance étrangère ? » est devenue dans les médias : « Oui ou non, les Rosenberg ont-ils remis aux Russes le secret de la bombe A, provoquant ainsi l’agression communiste en Corée et des dizaines de milliers de morts américains ? ». Quand les jurés déclareront les accusés « coupables » (d’avoir conspiré en vue de), le pays entendra « Coupables d’avoir livré à l’ennemi la bombe qui pourrait anéantir l’Amérique » .

Le procès se terminera, le 5 avril, sur 2 sentences de mort (Ethel et Julius). Morton Sobell : 30 ans de prison. David Greenglass : 15 ans (qui seront réduits à 10).

De 1952 à 1953, toutes les demandes de réexamen de la procédure, toutes les requêtes seront systématiquement rejetées. Ainsi, lorsque des faits nouveaux interviendront, tels que la lettre de Greenglass expliquant comment le FBI l’a incité à faire un faux-témoignage(*), ou encore lorsqu’est retrouvée la banale petite console, achetée dans un grand magasin new-yorkais (qui avait été présentée comme « une table à double fond, offerte par les Russes, pour filmer des documents secrets »), le juge Kaufman osera déclarer : « Pour des raisons aussi puériles, on ne peut accorder une réouverture du procès (...). J’ai dit qu’ils iront sur la chaise électrique. »

La Cour d’appel ne jugera pas utile de reconsidérer la valeur des témoignages - un sursis accordé par la Cour Suprême sera annulé.

La protestation mondiale s’amplifiant de jour en jour, les autorités considèrent que l’exécution ne sera plus possible si on attend trop longtemps : le Président Eisenhower décide de hâter l’exécution

(*) Ces révélations proviennent des documents américains tombés dans le domaine public en 1975.

Les témoins

Sur les 118 témoins annoncés -parmi lesquels devaient figurer certains des savants atomistes qui avaient dirigé la fabrication de la première bombe A - comparaissent 8 témoins à charge, dont 5 seulement connaissent les Rosenberg. Seuls 2 d’entre eux (les Greenglass) vont les accuser formellement.

Anatoly Yakovlev (Yatskov), (ancien responsable de l’espionnage atomique aux USA pour le compte de l’Union soviétique) - il est présenté comme « co-accusé en fuite », alors qu’il a regagné normalement son pays, après la guerre, en 1946. A part lui, dont on attendait qu’il confirme ses relations avec Julius, tous les autres, pour se concilier la clémence du tribunal, ont accepté de coopérer avec le FBI.

Harry Gold, espion professionnel, déjà condamné par ailleurs à 30 ans. Il n’a jamais eu affaire aux Rosenberg. Toutefois, début juin 1945, il a rencontré, à Albuquerque (près de Los Alamos), David Greenglass, qui lui a remis des informations secrètes à transmettre aux Soviétiques. Le mot de passe ? Il « ne s’en souvient plus » au moment du procès. Pourtant, dans la troisième ou quatrième de ses déclarations préalables, il avait transformé « Je viens de la part de Ben de Brooklyn » en « Je viens de la part de Julius »(*) (Le nom en clair !). Le FBI lui avait donné la possibilité de cette « mise au point » en l’enfermant toute une journée dans la même pièce que Greenglass.

Elizabeth Bentley, « espionne communiste », rétribuée par le FBI depuis 1945. Elle a déposé dans 80 procès sur le thème : « Tout communiste est un espion à la solde de l’URSS » . Entre 1942 et 43, elle aurait reçu des appels téléphoniques d’un correspondant, qui se présentait ainsi : « Ici Julius ». (Encore sous son vrai nom !)

Max Elitcher, ancien camarade d’études de Julius et de Sobell. Pour se disculper d’avoir nié son appartenance au parti communiste en 1947, il affirme que les Rosenberg l’ont harcelé pour obtenir de lui des renseignements militaires.

James Weinstein, menacé en tant qu’ancien communiste, déclare que Julius faisait de fréquents voyages pour rencontrer ses « contacts ».

Georges Bernhardt (médecin des Rosenberg), admet avoir fait de faux certificats de vaccination pour assurer le départ des Greenglass, à qui Julius aurait conseillé la fuite au Mexique.

Ben Schneider, photographe, petit fournisseur de l’administration. Il aurait fait, pour les Rosenberg, des photos d’identité (que les enquêteurs n’ont jamais retrouvées, pas plus que les passeports qui auraient dû leur permettre de s’enfuir). Afin qu’il puisse bien « reconnaître » les accusés, on l’a introduit secrètement dans la salle d’audience, la veille de sa comparution. - Il reviendra sur son témoignage en 1952.

Enfin David et Ruth Greenglass, qui parlent d’une seule voix. Affecté à Los Alamos comme sergent-mécanicien, entre 1944 et 46, David a volé, pour le revendre, du petit matériel de l’armée et subtilisé un échantillon d’uranium. Terrorisés par la menace d’une lourde condamnation, tous les deux « avouent » qu’ils font partie d’un réseau d’espionnage dirigé par Julius. C’est Ruth qui, dix jours avant l’ouverture du procès, va « se rappeler » qu’Ethel (dont le dossier reste désespérément vide) tapait à la machine les informations transmises par David. Il lui a fallu six mois et plusieurs séances avec le FBI pour mettre au point sa déposition(*). Curieusement, elle se tirera de cette affaire sans être condamnée ni même poursuivie. David, lui aussi, malgré quelques scrupules, finit par impliquer sa soeur Ethel : on lui a fait miroiter qu’il s’en tirerait avec seulement trois ans de prison... Tout en « sauvant leur tête », les deux Greenglass ont du même coup, sordidement, réglé une affaire d’argent qui les opposait à Julius, dont David avait été 1’associé.

Les « preuves »

Dérisoires ou entièrement fabriquées :

 des horaires de chemin de fer, un appareil pour prendre des photos et un matériel d’amateur pour les développer, une machine à écrire (Ethel est sténo-dactylo), un tronc ayant servi à collecter des fonds au profit des enfants de républicains espagnols.

 une fiche d’hôtel (une « photocopie ») matérialisant le passage de Harry Gold à Albuquerque : elle porte en clair le nom de Gold (alors qu’il était espion, donc clandestin, et changeait constamment d’identité). De plus, les dates portées au recto et au verso ne concordent pas(*).

 des montres : souvenirs de famille, baptisés « cadeaux des Russes »

 de même qu’ une petite table, une console - introuvable au moment du procès - que l’on déclare équipée d’un double fond pour pouvoir lire des microfilms et photographier des documents. « Cadeau des Russes » également.

 les cartons de « Jell ’ o » : Julius aurait déchiré en deux le couvercle d’une boîte de gélatine aux fruits. Il en aurait gardé un morceau (qui aurait abouti chez Harry Gold) et donné l’autre à Ruth comme signe de reconnaissance. (Là aussi, il s’agit de « reproductions »).

 et enfin les croquis de Greenglass : refaits six ans après, « de mémoire », par David, en dehors du tribunal, ils n’ont été montrés à aucun savant atomiste au cours du procès. Des années après l’exécution des Rosenberg, Ph. Morrison et H. Linschitz - qui avaient supervisé l’assemblage de la bombe à implosion - ont jugé ces schémas infantiles, lamentables, inutilisables, caricaturaux. C’est également l’avis du Général Leslie Groves, responsable pour l’armée, à Los Alamos du « Projet Manhattan ». Lors d’une enquête, ouverte en 1954, sur le « loyalisme » de Robert Oppenheimer - un des plus grands physiciens de l’atome, lui aussi soupçonné un moment d’avoir aidé les Soviétiques - il avait déclaré, à huis-clos, que ces croquis ne présentaient qu’un « intérêt mineur ». Il avait suggéré toutefois de tenir sa déposition secrète, car elle allait à l’encontre du verdict prononcé au procès Rosenberg(*). (Elle ne sera connue que 26 ans plus tard !)

Rappelons que le secret atomique n’était pas une formule magique : avant la guerre, tous les physiciens atomistes travaillaient sur la fission nucléaire. Ils échangeaient leurs informations d’un pays à l’autre. Dès 1937, les Soviétiques avaient réalisé le premier cyclotron : ils n’étaient donc pas à la traîne. Comment Greenglass, simple mécanicien, sans réelle formation scientifique, aurait-il pu transmettre - en trois heures de temps, sur douze pages de cahier d’écolier ! - « une assez bonne description de la bombe atomique » ? Et des listes de scientifiques acceptant d’espionner au profit de l’Union soviétique, alors qu’à Los Alamos tous portaient des pseudonymes, et que les différents secteurs étaient hermétiquement cloisonnés, surveillés ? Comment Julius, électricien de formation, simple ingénieur de fabrication, aurait-il pu donner à son beau-frère des éléments valables sur la première bombe A, pour aiguiller ses recherches ?

L’Affaire n’est pas close

 1975 : En vertu de la loi sur la « Transparence de l’Information » (Freedom of Information Act) Michaël et Robert Meeropol, les fils d’Ethel et Julius Rosenberg, ont obtenu du FBI une série de documents tombés dans le domaine public. (Ils ont dû collecter une forte somme pour les faire reproduire)(*).

 1983 : A partir de cette date, en réponse aux inquiétudes et aux doutes soulevés dans l’opinion publique, plusieurs ouvrages vont paraître, qui se font l’écho de la nouvelle thèse officieusement propagée par le FBI : Ethel était vraisemblablement innocente mais Julius avait transmis des informations, au moins industrielles. Il s’est même trouvé d’anciens notables du KGB prêts à monnayer contre des dollars la rédaction de livres confortant la thèse des Rosenberg-espions. Quant à la bande magnétique, dans laquelle Khrouchtchev « remercie les Rosenberg » (elle correspond au tome 111 de ses mémoires), de l’avis de certains experts, elle semble avoir été l’objet de manipulations (interpolations). De toute façon, la phrase est pour le moins ambiguë.

 1986 : Dans une autobiographie, parue après sa mort, Roy Cohn, l’ancien bras droit de McCarthy, adjoint du procureur Saypol, a avoué les pressions qu’il a exercées sur le juge Kaufman, tout au long du procès, pour obtenir la condamnation à mort d’Ethel.

 1992 : Anatoly Yatskov (Yakovlev) qui dirigeait l’espionnage soviétique aux Etats-Unis, pendant la guerre 39-45, déclare : « Je ne connais pas les Rosenberg ». Ce que corroborent d’autres témoignages d’agents et de scientifiques soviétiques.

 1993 : l’Association des Juristes américains (ABA) refait le procès en remettant à plat tous les éléments, anciens et nouvellement connus (*), et déclare les Rosenberg non-coupables.

 1995 : Pour contrecarrer l’effet de ces révélations, la CIA et la NSA (National Security Agency) produisent, au cours d’une conférence de presse, le document Venona, présenté comme le « décryptage » effectué en 1946, par les services secrets américains, de messages échangés par les agents du KGB à New York avec leurs supérieurs de Moscou. Ces textes, où sont caviardés presque tous les noms propres - qui sont d’ailleurs des pseudonymes - laissent curieusement apparaître en clair le nom de Ruth Greenglass : ce qui permet d’identifier Julius et Ethel ! (Comment expliquer que ce document, déclaré décrypté dès 1946 - et « retenu pour ne pas alerter les Russes » - n’ait pas été produit au procès de 1951, alors que la guerre était terminée ?)

 1997 : Interrogé par des journalistes, Theodore Hall, jeune et brillant atomiste américain, confirme implicitement avoir transmis aux alliés soviétiques, lorsqu’il travaillait à Los Alamos, les données concernant une nouvelle méthode pour libérer la puissance de l’atome.

En définitive :

Jamais une Cour civile américaine n’a prononcé de peine de mort dans des affaires dites d’espionnage.

Les Rosenberg ont été exécutés pour des crimes qui n’ont pas été évoqués au cours des audiences.

Quant à l’inculpation de trahison, elle ne peut être invoquée que pour services rendus à un ennemi en temps de guerre ; or, à l’époque des faits incriminés, les Russes étaient des alliés.

Aucune preuve matérielle. Des déclarations mensongères extorquées contre des promesses d’indulgence. Un seul témoin à charge David Greenglass (doublé par sa femme).

S’ajoutent à ces distorsions :
 les multiples rencontres entre Roy Cohn et le juge Kaufman ;
 le procès reconstitué en 93 par l’Association des Juristes américains (Verdict : Non-coupables), qui met en lumière les monstrueuses « anomalies » du procès de 1951 ;
 les aveux de Greenglass au journaliste Sam Roberts (« The Brother ») et, le 5 décembre 2001, dans une interview télévisée à CBS : il a menti au procès

Jeunes, épris de justice, désireux de vivre avec leurs enfants dans un monde en paix, Julius et Ethel Rosenberg, issus de familles modestes d’immigrants juifs, ont accepté d’aller au supplice, pour ne pas commettre l’infamie de dénoncer - d’inventer - la centaine de « complices » que le FBI leur demandait. Ils ont compris qu’au fil des jours ils étaient devenus des symboles, qu’ils tenaient dans leurs mains la sécurité, le courage, l’avenir des progressistes américains. Ils ont refusé de céder au chantage proposé jusqu’au pied de la chaise électrique et qui, à lui seul, est révélateur de la machination :

« Si vous vous avouez coupables, vous serez graciés. Si vous persistez à vous dire innocents, vous serez exécutés. »

Jusqu’au bout, ils ont lutté pour la dignité humaine. Et c’est ce qui fait leur grandeur.

Association pour le réexamen de l’Affaire Rosenberg

Repost 0