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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 22:03

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Hitler est arrivé au pouvoir le 30 janvier 1933 par le jeu «démocratique» des élections et du parlement bourgeois. Les fascistes ne furent chassés du pouvoir qu'avec beaucoup de violence et de victimes.
    Le 30 janvier 1943, les nazis entendaient célébrer avec faste le dixième anniversaire de leur succès. Ce sera un fiasco. La plupart des manifestations seront annulées. Car à Stalingrad une victoire décisive était remportée par l'armée rouge et tout le bloc soviétique, sous la direction des bolcheviques et de Joseph Staline. Le 31 janvier, le général von Paulus se rend avec tout l'état-major de la sixième armée allemande (photo). Le 2 février 1943, Stalingrad est définitivement libérée et le drapeau rouge soviétique y flotte à nouveau.

Le 22 juin 1941, lorsque les troupes allemandes pénètrent en Union soviétique avec leurs alliés, c'est en effet le début d'une guerre d'extermination sans précédent contre le bolchevisme, contre les peuples slaves et les cinq millions de juifs qui y vivent et contre le nouvel Etat soviétique construit avec d'immenses efforts.
    La guerre en Europe de l'Est visait à anéantir complètement le «judéo-bolchevisme» et à «vider» ces régions de leurs habitants et de leur culture. Plus de quatre millions de juifs de Pologne et de Russie porteurs du virus communiste selon les nazis ont été assassinés. En dehors des combats proprement dits, encore sept à huit millions de personnes ont été assassinées pour des raisons racistes et anticommunistes.

Après quelques mois épouvantables de défaites soviétiques, les troupes fascistes sont arrêtées devant Leningrad et Moscou. C'est la première fois dans l'histoire que l'assaut des fascistes nazis est arrêté. A partir de décembre 1941, l'armée soviétique est en mesure de passer à la contre-attaque.
    Au printemps de 1943, l'Armée Rouge et les partisans obtiennent des victoires décisives près de Stalingrad, dans le Caucase et près de Koersk. Les fascistes sont repoussés jusqu'à Berlin et Vienne et sont écrasés.

 

Eté 1942: nouvelle offensive des fascistes contre l'Union sovétique, au Caucase et vers Stalingrad


Fin juillet 1942, le front soviétique près de Stalingrad comptait:


187.000 soldats

360 chars

337 avions

7.900 canons et mortiers

 

En face de ce front, les nazis avaient concentré:


250.000 hommes

740 chars

1.200 avions

7.500 canons et mortiers

(1).

Dans l'été de 1942, les hordes nazies soutenues par des divisions roumaines, hongroises et italiennes lancent une deuxième offensive de grande envergure dans le Caucase et dans la vallée de la Volga, en direction de Stalingrad.
    A partir du mois d'août, les combats sont impitoyables. On se bat pour chaque rue, chaque maison, chaque étage, ou même pour chaque chambre, car les batteries anti-aériennes, les batteries anti-char, les lance-missiles et les armes automatiques sont répandues dans toute la ville. La gare, par exemple, change treize fois d'occupant.
    La population et les soldats mènent une guérilla urbaine massive. Les Soviétiques avaient appris et élaboré cette tactique pendant la guerre civile en Espagne. Ainsi par exemple, les débris des bombardements sont évacués ou non de manière à empêcher l'entrée des chars et des armes lourdes de l'ennemi tout en laissant l'accès aux lignes d'approvisionnement de la ville. Partout, on se réfugie dans les caves, les égouts, les grottes et les galeries souterraines, où on aménage également magasins et entrepôts.
    On se bat en petits groupes éparpillés s'approchant le plus près possible des troupes fascistes, de sorte que les Allemands n'osent plus bombarder de crainte de toucher leurs propres soldats. La grande majorité de la population de Stalingrad reste sur place et participe aux combats, continue à travailler dans les usines et les ateliers dévastés, s'occupe des lignes d'approvisionnement...

En septembre, les fascistes atteignent tout de même la Volga et parviennent à conquérir toute la ville, mais ils n'arrivent pas à conquérir les grandes usines situées le long de la rivière. Ces usines portent des noms mémorables et historiques: Tracteur, où l'on répare les chars la nuit, Barricade, Octobre. Elles seront de véritables bastions et des tête-de-pont importants pour l'Armée Rouge qui a du se replier derrière la Volga.

 
      A partir de septembre 1942: préparations d'une contre-offensive soviétique

 


Le 12 septembre, les premiers plans d'une contre-offensive soviétique sont élaborés dans le quartier général à Moscou. Sont présents: Joseph Staline, commandant en chef de l'Armée Rouge, le général Joukov, adjoint militaire de Staline, et le général Vasilevsky. Les deux derniers sont envoyés sur place pour examiner en détail tous les aspects, sans toutefois révéler quoi que ce soit des plans en élaboration.
    Fin septembre, ils se réunissent à nouveau. Staline envoie une deuxième fois Joukov et Vasilevsky au front avec la mission suivante:

«Sans dévoiler l'intention de notre plan, il faut demander l'opinion des commandants de Front en ce qui concerne leurs opérations ultérieures.» (2)

En 1956, Khrouchtcheva lancé le mensonge grotesque, repris aujourd'hui dans les livres d'histoire tant à l'Est qu'à l'Ouest, que Staline dirigeait les opérations militaires... en regardant un globe terrestre dans son bureau.
    Dans ses mémoires, Joukov raconte que Staline s'informait très minutieusement, jour après jour, qu'il connaissait personnellement les commandants, leurs points forts et leurs points faibles, qu'il suivait de près la situation des différents fronts. Il explique comment Staline développait la démocratie dans les prises de décision, ce qui n'est pas évident dans une telle situation de guerre!  
 

Hiver 1942-43: contre-offensive victorieuse et décisive des soviétiques


En octobre et novembre 1942, les Soviétiques attirent le plus possible de troupes allemandes vers d'autres fronts en lançant systématiquement des offensives d'envergure plus réduite. Entre-temps, les troupes nazies sont harcelées sans cesse en ne leur laissant aucun repos et aucune occasion de se regrouper.
    La grande contre-offensive est préparée avec le plus grand soin et gardée secrète.
    Entre le 1er et le 19 novembre, 160.000 soldats, 10.000 chevaux, 430 chars, 600 canons, 14.000 camions et quelque 7.000 tonnes de munition sont acheminés vers le front près de Stalingrad. 1.300 wagons de trains arrivent par jour. 27.000 camions font la navette. Attention, novembre, sur la Volga, c'est la boue, le brouillard, la neige, la tempête.
    Après la guerre, Jodl, le commandant allemand a bien dû le reconnaître:

«Nous n'avions absolument aucune idée de la force des Russes dans cette région. Antérieurement, il n'y avait rien ici et, soudain, fut lancée une attaque de grande puissance, qui eut une importance décisive.» (3)

Le travail de préparation politique, lui aussi, est abordé avec soin et en profondeur. Manouïlski, le président du Komintern, est sur place depuis octobre et dirige directement ce travail, au nom du Comité Central.
    L'unité, la force de frappe et la volonté inflexible à tous les échelons de l'armée Rouge, parmi la population et dans les unités de partisans de donner un coup décisif au fascisme, est la principale explication de la victoire soviétique.

Le 19 novembre, l'offensive soviétique débute.
    Les troupes roumaines qui, du côté des nazis, doivent encaisser le premier choc ne résistent pas, elles sont encerclées et se rendent. Le 23 novembre, les troupes soviétiques du nord-ouest et celles du sud-ouest se rejoignent et prennent en tenaille les troupes allemandes.
    Début décembre, l'encerclement est solidement bouclé: plus de 300.000 soldats sont pris au piège. 50.000 d'entre eux parviennent encre à s'échapper mais le reste est de plus en plus coupé du gros de l'armée allemande, contrainte de se retirer vers l'ouest.
    Le 8 janvier 1943, les Soviétiques proposent au général allemand von Paulus de se rendre. Celui-ci refuse. Trois semaines et quelques centaines de milliers de morts plus tard, le 31 janvier, Paulus finit par se rendre.

 

 

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Le 2 février 1943, le drapeau rouge soviétique


flotte à nouveau sur Stalingrad.

 

 

(1) G. Joukov, Mémoires, Tome 2, Paris, 1970, p. 22-23.
(2) G. Joukov, op. cit., p. 44.
(3) G. Joukov, op. cit., p. 58
     

 

 

 

Texte original dans Solidaire de 08/02/1993
Rédaction de cette page-web: Lieven Soete, Brussels, Belgium 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 21:18

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HO CHI MINH ALORS NGUYEN AI QUOC

HANOI, fin mars 1990 : un symposium international ouvre les manifestations du centenaire du président Hô Chi Minh. Soixante-dix chercheurs et personnalités étrangères sont venus apporter l'hommage des cinq continents à celui que l'Unesco a inscrit parmi les grandes figures mondiales à célébrer cette année. Foule significative de respect affectueux pour Hô Chi Minh et d'amitié pour le Vietnam. L'Américain Patti, qui fut l'agent des services US chargé en 1945 d'attirer Hô Chi Minh dans l'orbite américaine ( !) voisine avec le responsable chinois de l'Association Chine-Vietnam, avec des chercheurs soviétiques, avec l'ambassadeur d'Algérie, etc.

Invité français et à titre d'historien, j'avais cherché pour préparer ma contribution quelques documents neufs, sans grand espoir, car depuis longtemps tout semblait avoir été recensé et utilisé. Or j'eus la chance de découvrir un fonds d'archives jusqu'ici inconnu : des centaines de documents, pour leur plus grande part des pièces de police, permettent de découvrir l'activité du futur président Hô, alors connu sous le nom de Nguyen Ai Quoc, au cours de trois périodes où la sûreté française s'efforça de le suivre pas à pas, au sens littéral du terme : 1919-1923 ; 1925-1927 à Canton, en Chine ; 1930-1933 à Hong Kong.

Paradoxalement ces notes de policiers dressent un tableau impressionnant des qualités exceptionnelles de l'homme et du dirigeant politique.

A Paris, un flic piste, heure par heure, Nguyen Ai Quoc si bien que nous disposons de l'emploi du temps détaillé de celui-ci. Dès novembre 1919,le policier de haut grade chargé de la surveillance de tous les « Indochinois » en France écrit : « Il cache soigneusement son identité. C'est lui qui a signé les tracts autonomistes adressés en Indochine... Il s'occupe essentiellement de questions politiques et passe ses journées à la Bibliothèque nationale, à la bibliothèque Sainte-Geneviève, au bureau de la Ligue des droits de l'homme... le nom de Nguyen Ai Quoc est connu de presque tous les groupements... »

C'est à cette époque-là que Nguyen Ai Quoc découvre la pensée de Lénine et milite dans le mouvement ouvrier français, et l'on sait sa participation eu Congrès de Tours. Désormais il est devenu un révolutionnaire accompli, qui est à la fois un patriote vietnamien et un communiste internationaliste, ayant parfaitement accompli la synthèse entre ces deux aspects indissociables en lui. En 1925, alors qu'il était en Chine, il écrivait à ses amis restés à Paris, « adjurant ses compatriotes de s'appuyer sur le prolétariat français pour travailler activement à l'indépendance de l'Indochine ».

Pendant un temps la police française perdit sa trace. Le 15 juin 1923, l'agent Désiré faisait son rapport : « Il est parti de son domicile ce mercredi matin (13/6/1923) sans aucun bagage et il n'a pas reparu depuis. » 

Ce n'est que plusieurs mois plus tard que l'on apprit qu'il était à Moscou au congrès de l'Internationale paysanne ; Nguyên Ai Quôc était devenu l'un des hommes de la IIIe Internationale.

Mieux renseigné que l'agent Désiré, je peux dire ce qui s'est passé en ce mois de juin, car c'est Hô Chi Minh lui-même qui le l'a raconté. Devant se rendre à Moscou pour ce congrès, Nguyên Ai Quôc s'est interrogé sur la façon la plus discrète de quitter Paris et la France. Des cheminots de la gare du Nord lui avait proposer de la cacher sur leur locomotive pour l'amener jusqu'à Berlin. Mais il préféra un autre moyen. Je me suis acheté, me dit-il, un beau costume, un chapeau melon élégant et c'est en bourgeois distingué que j'ai fait le voyage, déjouant ainsi tous les soupçons.

Un an et demi après son départ de France, Nguyen Ai Quoc fut envoyé, par l'Internationale, en Chine, à Canton, non loin du Vietnam. La sûreté indochinoise (la police coloniale française) eut bientôt vent qu'un certain Ly Thuy était en train de donner un élan nouveau au groupe de révolutionnaires vietnamiens exilés dans cette ville. Qui était ce Ly Thuy ? Rapidement la réponse s'imposa : « La largeur de vues, dit un rapport de police, l'esprit de méthode, l'activité et la manière générale d'être même de Ly Thuy font songer tout naturellement au personnage qui fut pratiquement le chef de l'Union internationale à Paris en 1923 et disparut un beau jour pour aller en Russie... » Et peu après, un autre rapport de police, ayant cette fois la certitude que c'était bien Nguyên Ai Quôc qui était à Canton, soulignait : « Sa manière sera la même qu'à Paris, améliorée par l'expérience et la préparation soviétique : il travaillera contre nous avec la foi qui l'anime, l'ardeur de son tempérament, la ténacité de son caractère et la méthode apprise à Moscou... »

Quel plus bel éloge pour un révolutionnaire que ces jugements portés par la police française lancée à ses trousses.

Ainsi s'explique l'acharnement des autorités coloniales contre Nguyen Ai Quoc quand il fut arrêté, en 1931 à Hong Kong, par la police anglaise.



DEJA CONDAMNE A MORT EN 1929



Le gouverneur général d'Indochine télégraphie pour dire le « grand intérêt » qu'il y aurait « à capturer Nguyen Ai Quoc qui, de Hong Kong, dirige l'agitation communiste en Indochine. Son arrestation compléterait heureusement la série des mesures qui ont abouti à capturer les dirigeants du Parti communiste indochinois ».

Cela, au lendemain de la répression féroce de l'insurrection dite des soviets de Nghê Tinh et de l'arrestation de plusieurs milliers de personnes. Comme Nguyen Ai Quoc avait déjà été condamné à mort par contumace, en 1929, par un tribunal « annamite », les autorités coloniales croyaient et voulaient pouvoir obtenir la tête du futur président Hô, qu'un document colonial d'alors appelait « le chef et le dirigeant suprême du PCI ».

Mais elle furent déçues car l'opinion, à Hong Kong et en Angleterre, se mobilisa pour empêcher que ce prisonnier fut extradé en Indochine et livré ainsi au bourreau. Malgré les demandes faites par l'ambassadeur de France à Londres, le conseil privé de la Couronne anglaise, à qui ce cas d'importance internationale avait été soumis, refusa l'extradition.

Le bruit courut alors de la mort, en prison, de Nguyen Ai Quoc et « l'Humanité » publia un article nécrologique ; la chose était vraisemblable car Nguyen Ai Quoc était gravement malade et lui-même écrivait qu'il pensait qu'il allait mourir. Mais il ne mourût pas et, relâché, il disparut en 1933 en direction de l'URSS.

Cependant son arrestation et sa disparition avait beaucoup perturbé les relations de l'Internationale avec le Parti vietnamien, à un moment particulièrement difficile. Aussi, en janvier 1932, la police française note-t-elle que la IIIe Internationale « a pensé qu'il y avait intérêt à confier momentanément la direction des affaires d'Indochine - (jusqu'ici confiée au Bureau du Sud-Est asiatique, dirigé par Nhuyên Ai Quôc - au PCF et qu'il s'est constitué à Paris, vers la fin de l'année 1931, un groupe communiste indochinois placé sous la dépendance immédiate de la section coloniale du PCF ».

LA DENONCIATION DES CRIMES COLONIAUX

Le fait serait à vérifier, mais il soulignerait le remarquable va-et-vient d'influence et d'aide entre le PCF, Hô Chi Minh et le communisme vietnamien. C'est en France, en liaison avec le mouvement ouvrier français et ses dirigeants, que Nguyên Ai Quôc devient communiste, mais très rapidement, par sa permanente dénonciation des crimes coloniaux et par ses critiques, Nguyen Ai Quoc aide le parti français à mieux comprendre les problèmes coloniaux, ce qui constitua un progrès indispensable pour franchir la distance qui sépare de la social-démocratie un parti révolutionnaire de type léniniste. Et dès 1925, au moment où Nguyen Ai Quoc fonde, à Canton, le Thanh Niên (Jeunesse), le groupe dont sortira, cinq ans plus tard, le Parti communiste indochinois, le parti français mène sa première grande bataille anticoloniale avec son action contre la guerre du Rif, au Maroc. En 1931 il pouvait donc recevoir cette charge de l'Internationale de servir de relais momentané entre le PCI et l'IC.

L'essentiel des documents d'archives récemment retrouvés s'arrête en 1933, la solidarité des deux partis et des deux peuples, elle, a continué.




Charles Fourniau L'Humanité

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 22:31

Karl Marx bannière

 

La multiplicité des interprétations auxquelles la Commune a été soumise, et la multiplicité des intérêts qu'elle a exprimés montrent que c'était une forme politique tout à fait susceptible d'expansion, tandis que toutes les formes antérieures de gouvernement avaient été essentiellement répressives. Son véritable secret, le voici : c'était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l'émancipation économique du travail  [7].


Sans cette dernière condition, la Constitution communale eût été une impossibilité et un leurre. La domination politique du producteur ne peut coexister avec la pérennisation de son esclavage social. La Commune devait donc servir de levier pour renverser les bases économiques sur lesquelles se fonde l'existence des classes, donc, la domination de classe. Une fois le travail émancipé, tout homme devient un travailleur, et le travail productif cesse d'être l'attribut d'une classe.

C'est une chose étrange. Malgré tous les discours grandiloquents, et toute l'immense littérature des soixante dernières années sur l'émancipation des travailleurs, les ouvriers n'ont pas plutôt pris, où que ce soit, leur propre cause en main, q}e, sur-le-champ, on entend retentir toute la phraséologie apologétique des porte-parole de la société actuelle avec ses deux pôles, capital et esclavage salarié (le propriétaire foncier n'est plus que le commanditaire du capitaliste), comme si la société capitaliste était encore dans son plus pur état d'innocence virginale, sans qu'aient été encore développées toutes ses contradictions, sans qu'aient été encore dévoilés tous ses mensonges, sans qu'ait été encore mise à nu son infâme réalité. La Commune, s'exclament-ils, entend abolir la propriété, base de toute civilisation. Oui, messieurs, la Commune entendait abolir cette propriété de classe, qui fait du travail du grand nombre la richesse de quelques-uns. Elle visait à l'expropriation des expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une réalité, en transformant les moyens de production, la terre et le capital, aujourd'hui essentiellement moyens d'asservissement et d'exploitation du travail, en simples instruments d'un travail libre et associé. Mais c'est du communisme, c'est l' « impossible» communisme! Eh quoi, ceux des membres des classes dominantes qui sont assez intelligents pour comprendre l'impossibilité de perpétuer le système actuel - et ils sont nombreux - sont devenus les apôtres importuns et bruyants de la production coopérative. Mais si la production coopérative ne doit pas rester un leurre et une duperie; si elle doit évincer le système capitaliste; si l'ensemble des associations coopératives doit régler la production nationale selon un plan commun, la prenant ainsi sous son propre contrôle et mettant fin à l'anarchie constante et aux convulsions périodiques qui sont le destin inéluctable de la production capitaliste, que serait-ce, messieurs, sinon du communisme, du très « possible » communisme ?

La classe ouvrière n'espérait pas des miracles de la Commune. Elle n'a pas d'utopies toutes faites à introduire par décret du peuple. Elle sait que pour réaliser sa propre émancipation, et avmc elle cette forme de vie plus haute à laquelle tend irrésistiblement la société actuelle en vertu de son propre développement économique, elle aura à passer par de longues luttes, par toute une série de processus historiques, qui transformeront complètement les circonstances elles-mêmes. Elle n'a pas à réaliser d'idéal, mais seulement à libérer les éléments de la société nouvelle que porte dans ses flancs la vieille société bourgeoise qui s'effondre. Dans la pleine conscience de sa mission historique et avec la résolution héroïque d'être digne d'elle dans son action, la classe ouvrière peut se contenter de sourire des invectives grossières des laquais de presse et de la protection sentencieuse des doctrinaires bourgeois bien intentionnés qui débitent leurs platitudes d'ignorants et leurs marottes de sectaires, sur le ton d'oracle de l'infaillibilité scientifique.

Quand la Commune de Paris prit la direction de la révolution entre ses propres mains; quand de simples ouvriers, pour la première fois, osèrent toucher au privilège gouvernemental de leurs « supérieurs naturels», les possédants, et, dans des circonstances d'une difficulté sans exemple, accomplirent leur oeuvre modestement, consciencieusement et efficacement (et l'accomplirent pour des salaires dont le plus élevé atteignait à peine le cinquième de ce qui, à en croire une haute autorité scientifique, le professeur Huxley, est le minimum requis pour un secrétaire du conseil de l'instruction publique de Londres), le vieux monde se tordit dans des convulsions de rage à la vue du drapeau rouge, symbole de la République du travail, flottant sur l'Hôtel de Ville.

Et pourtant, c'était la première révolution dans laquelle la classe ouvrière était ouvertement reconnue comme la seule qui fût encore capable d'initiative sociale, même par la grande masse de la classe moyenne de Paris - boutiquiers, commerçants, négociants - les riches capitalistes étant seuls exceptés. La Commune l'avait sauvée, en réglant sagement cette cause perpétuelle de différends à l'intérieur même de la classe moyenne : la question des créanciers et des débiteurs [8]. Cette même partie de la classe moyenne avait participé à l'écrasement de l'insurrection ouvrière en juin 1848; et elle avait été sur l'heure sacrifiée sans cérémonie à ses créanciers par l'Assemblée constituante. Mais ce n'était pas là son seul motif pour se ranger aujourd'hui aux côtés de la classe ouvrière. Cette fraction de la classe moyenne sentait qu'il n'y avait plus qu'une alternative, la Commune ou l'empire, sous quelque nom qu'il pût reparaître. L'Empire l'avait ruinée économiquement par Bon gaspillage de la richesse publique, par l'escroquerie financière en grand, qu'il avait encouragée, par l'appui qu'il avait donné à la cen|ralisation artificiellement accélérée du capital, et à l'expropriation corrélative d'une grande partie de cette classe. Il l'avait supprimée politiquement, il l'avait scandalisée moralement par ses orgies, il avait insulté à son voltairianisme en remettant l'éducation de ses enfants aux frères ignorantins, il avait révolté son sentiment national de Français en la précipitant tête baissée dans une guerre qui ne laissait qu'une seule compensation pour les ruines qu'elle avait faites : la disparition de l'Empire. En fait, après l'exode hors de Paris de toute la haute bohème bonapartiste et capitaliste, le vrai parti de l'ordre de la classe moyenne se montra sous la forme de l' « Union républicaine » qui s'enrôla sous les couleurs de la Commune et la défendit contre les falsifications préméditées de Thiers. La reconnaissance de cette grande masse de la classe moyenne résistera-t-elle à la sévère épreuve actuelle ? Le temps seul le montrera.

La Commune avait parfaitement raison en disant aux paysans : « Notre victoire est votre seule espérance ». De tous les mensonges enfantés à Versailles et repris par l'écho des glorieux journalistes d'Europe à un sou la ligne, un des plus monstrueux fut que les ruraux de l'Assemblée nationale représentaient la paysannerie française. Qu'on imagine un peu l'amour du paysan français pour les hommes auxquels après 1815 il avait dû payer l'indemnité d'un milliard [9]. A ses yeux, l'existence même d'un grand propriétaire foncier est déjà en soi un empiètement sur ses conquêtes de 1789. La bourgeoisie, en 1848, avait grevé son lopin de terre de la taxe additionnelle de 45 centimes par franc [10]; mais elle l'avait fait au nom de la révolution; tandis que maintenant elle avait fomenté une guerre civile contre la révolution pour faire retomber sur les épaules du paysan le plus clair des cinq milliards d'indemnité à payer aux Prussiens. La Commune, par contre, dans une de ses premières proclamations, déclarait que les véritables auteurs de la guerre auraient aussi à en payer les frais. La Commune aurait délivré le paysan de l'impôt du sang, elle lui aurait donné un gouvernement à bon marché, aurait transformé ses sangsues actuelles, le notaire, l'avocat, l'huissier, et autres vampires judiciaires, en agents communaux salariés, élus par lui et devant lui responsables. Elle l'aurait affranchi de la tyrannie du garde champêtre, du gendarme et du préfet; elle aurait mis l'instruction par le maître d'école à la place de l'abêtissement par le prêtre. Et le paysan français est, par-dessus tout, homme qui sait compter. Il aurait trouvé extrêmement raisonnable que le traitement du prêtre, au lieu d'être extorqué par le libre percepteur, ne dépendit que de la manifestation des instincts religieux des paroissiens. Tels étaient les grands bienfaits immédiats dont le gouvernement de la Commune - et celui-ci seulement - apportait la perspective à la paysannerie française. Il est donc tout à fait superflu de s'étendre ici sur les problèmes concrets plus compliqués, mais vitaux, que la Commune seule était capable et en même temps obligée de résoudre en faveur du paysan : la dette hypothécaire, qui posait comme un cauchemar sur son lopin de terre, le prolétariat rural qui grandissait chaque jour et son expropriation de cette parcelle qui s'opérait à une allure de plus en plus rapide du fait du développement même de l'agriculture moderne et de la concurrence du mode de culture capitaliste.

Le paysan français avait élu Louis Bonaparte président de la République, mais le parti de l'ordre créa le Second Empire. Ce dont en réalité le paysan français a besoin, il commença à le montrer en 1849 et 1850, en opposant son maire au préfet du gouvernement, son maître d'école au prêtre du gouvernement et sa propre personne au gendarme du gouvernement. Toutes les lois faites par le parti de l'ordre en janvier et février 1850 furent des mesures avouées de répression contre les paysans. Le paysan était bonapartiste, parce que la grande Révolution, avec tous les bénéfices qu'il en avait tirés, se personnifiait à ses yeux en Napoléon. Cette illusion, qui se dissipa rapidement sous le second Empire (et elle était par sa nature même hostile aux « ruraux »), ce préjugé du passé, comment auraient-ils résisté à la Commune en appelant aux intérêts vivants et aux besoins pressants de la paysannerie ?

Les ruraux (c'était, en fait, leur appréhension maîtresse) savaient que trois mois de libre communication entre le Paris de la Commune et les provinces amèneraient un soulèvement général des paysans; de là leur hâte anxieuse à établir un cordon de police autour de Paris comme pour arrêter la propagation de la peste bovine.

Si la Commune était donc la représentation véritable de tous les éléments sains de la société française, et par suite le véritable gouvernement national, elle était en même temps un gouvernement ouvrier, et, à ce titre, en sa qualité de champion audacieux de l'émancipation du travail, internationale au plein sens du terme. Sous les yeux de l'armée prussienne qui avait annexé à l'Allemagne deux provinces françaises, la Commune annexait à la France les travailleurs du monde entier.

Le second Empire avait été la grande kermesse de la filouterie cosmopolite, les escrocs de tous les pays s'étaient rués à son appel pour participer à ses orgies et au pillage du peuple français. En ce moment même le bras droit de Thiers est Ganesco, crapule valaque, son bras gauche, Markovski, espion russe. La Commune a admis tous les étrangers à l'honneur de mourir pour une cause immortelle. - Entre la guerre étrangère perdue par sa trahison, et la guerre civile fomentée par son complot avec l'envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le temps d'afficher son patriotisme en organisant la chasse policière aux Allemands habitant en France. La Commune a fait d'un ouvrier allemand son ministre du Travail. - Thiers, la bourgeoisie, le second Empire avaient continuellement trompé la Pologne par de bruyantes professions de sympathie, tandis qu'en réalité ils la livraient à la Russie, dont ils faisaient la sale besogne. La Commune a fait aux fils héroïques de la Pologne l'honneur de les placer à la tête des défenseurs de Paris. Et pour marquer hautement la nouvelle ère de l'histoire qu'elle avait conscience d'inaugurer, sous les yeux des Prussiens vainqueurs d'un côté, et de l'armée de Bonaparte, conduite par des généraux bonapartistes de l'autre la Commune jeta bas ce colossal symbole de la gloire guerrière, la colonne Vendôme.

La grande mesure sociale de la Commune, ce fut sa propre existence et son action. Ses mesures particulières ne pouvaient qu'indiquer la tendance d'un gouvernement du peuple par le peuple. Telles furent l'abolition du travail de nuit pour les compagnons boulangers; l'interdiction, sous peine d'amende, de la pratique en usage chez les employeurs, qui consistait à réduire les salaires en prélevant des amendes sur leurs ouvriers sous de multiples prétextes, procédé par lequel l'employeur combine dans sa propre personne les rôles du législateur, du juge et du bourreau, et empoche l'argent par-dessus le marché. Une autre mesure de cet ordre fut la remise aux associations d'ouvriers, sous réserve du paiement d'une indemnité, de tous les ateliers et fabriques qui avaient fermé, que les capitalistes intéressés aient disparu ou qu'ils aient préféré suspendre le travail.

Les mesures financières de la Commune, remarquables par leur sagacité et leur modération, ne pouvaient être que celles qui sont compatibles avec la situation d'une ville assiégée. Eu égard aux vols prodigieux commis aux dépens de la ville de Paris par les grandes compagnies financières et les entrepreneurs de travaux publics sous le régime d'Haussmann, la Commune aurait eu bien davantage le droit le confisquer leurs propriétés que Louis Napoléon ne l'avait de confisquer celles de la famille d'Orléans. Les Hohenzollern et les oligarques anglais, qui, les uns et les autres, ont tiré une bonne partie de leurs biens du pillage de l'Église, furent bien entendu, grandement scandalisés par la Commune qui, elle, ne tira que 8.000 francs de la sécularisation.

Alors que le gouvernement de Versailles, dès qu'il eut recouvré un peu de courage et de force, employait les moyens les plus violents contre la Commune; alors qu'il supprimait la liberté d'opinion par toute la France, allant jusqu'à interdire les réunions des délégués des grandes villes; alors qu'il. soumettait. Versailles, et le reste de la France, à un espionnage qui surpassait de loin celui du second Empire; alors qu'il faisait brûler par ses gendarmes transformés en inquisiteurs tous les journaux imprimés à Paris et qu'il décachetait toutes les lettres venant de Paris et destinées à Paris; alors qu'à l'Assemblée nationale les essais les plus timides de placer un mot en faveur de Paris étaient noyés sous les hurlements, d'une façon inconnue même à la Chambre introuvable de 1816; étant donné la conduite sanguinaire de la guerre par les Versaillais hors de Paris et leurs tentatives de corruption et de complot dans Paris, - la Commune n'aurait-elle pas honteusement trahi sa position en affectant d'observer toutes les convenances et les apparences du libéralisme, comme en pleine paix ? Le gouvernement de la Commune eût-il été de même nature que celui de M. Thiers, il n'y aurait pas eu plus de motif de supprimer des journaux du parti de l'ordre à Paris, que de supprimer des journaux de la Commune à Versailles.

Il était irritant, certes, pour les ruraux, que dans le moment même où ils proclamaient le retour à l'Église comme le seul moyen de sauver la France, la mécréante Commune déterrât les mystères assez spéciaux du couvent de Picpus et de l'église Saint-Laurent  [11]. Et quelle satire contre M. Thiers : tandis qu'il faisait pleuvoir des grands-croix sur les généraux bonapartistes, en témoignage de leur maestria à perdre les batailles, à signer les capitulations et à rouler les cigarettes à Wilhelmshoehe, la Commune cassait et arrêtait ses généraux dès qu'ils étaient suspectés de négliger leurs devoirs, L'expulsion hors de la Commune et l'arrestation sur son ordre d'un de ses membres qui s'y était faufilé sous un faux nom et qui avait encouru à Lyon une peine de six jours d'emprisonnement pour banqueroute ,simple, n'était-ce pas une insulte délibérée jetée à la face du faussaire Jules Favre, toujours ministre des Affaires étrangères de la France, toujours en train de vendre la France à Bismarck et dictant toujours ses ordres à la Belgique, ce modèle de gouvernement ? Mais, certes, la Commune ne prétendait pas à l'infaillibilité, ce que font sans exception tous les gouvernements du type ancien. Elle publiait tous ses actes et ses paroles, elle mettait le public au courant de, toutes ses imperfections.

Dans toute révolution, il se glisse, à côté de ses représentants véritables, des hommes d'une tout autre trempe; quelques-uns sont des survivants des révolutions passées dont ils gardent le culte; ne comprenant pas le mouvement présent, ils possèdent encore une grande influence sur le peuple par leur honnêteté et leur courage reconnus, ou par la simple force de la tradition; d'autres sont de simples braillards, qui, à force de répéter depuis des années le même chapelet de déclamations stéréotypées contre le gouvernement du jour, se sont fait passer pour des révolutionnaires de la plus belle eau. Même après le 18 mars, on vit surgir quelques hommes de ce genre, et, dans quelques cas, ils parvinrent à jouer des rôles de premier plan. Dans la mesure de leur pouvoir, ils gênèrent l'action réelle de la classe ouvrière, tout comme ils ont gêné le plein développement de toute révolution antérieure. Ils sont un mal inévitable; avec le temps on s'en débarrasse; mais, précisément, le temps n'en fut pas laissé à la Commune.

Quel changement prodigieux, en vérité, que celui opéré par la Commune dans Paris! Plus la moindre trace du Paris dépravé du second Empire. Paris n'était plus le rendez-vous des propriétaires fonciers britanniques, des Irlandais par procuration [12], des ex-négriers et des rastaquouères d'Amérique, des ex-propriétaires de serfs russes et des boyards valaques. Plus de cadavres à la morgue, plus d'effractions nocturnes, pour ainsi dire pas de vols; en fait, pour la première fois depuis les jours de février 1848, les rues de Paris étaient sûres, et cela sans aucune espèce de police. « Nous n'entendons plus parler, disait un membre de la Commune, d'assassinats, de vols, ni d'agressions; on croirait vraiment que la police a entraîné avec elle à Versailles toute sa clientèle conservatrice ». Les cocottes avaient retrouvé la piste de leurs protecteurs, - les francs-fileurs, gardiens de la famille, de la religion et, par-dessus tout, de a propriété. A leur place, les vraies femmes de Paris avaient reparu, héroïques, nobles et dévouées, comme les femmes de l'antiquité. Un Paris qui travaillait, qui pensait, qui combattait, qui saignait, ou liant presque, tout à couver une société nouvelle, les cannibales qui étaient à ses portes, -radieux dans l'enthousiasme de son initiative historique!

En face de ce monde nouveau à Paris, voyez l'ancien monde à Versailles, - cette assemblée des vampires de tous les régimes défunts, légitimistes et orléanistes, avides de se repaître du cadavre de la nation, - avec une queue de républicains d'avant le déluge, sanctionnant par leur présence dans l'Assemblée la rébellion des négriers, s'en remettant pour maintenir leur république parlementaire à la vanité du vieux charlatan placé à la tête du gouvernement, et caricaturant 1789 en se réunissant, spectres du passé, au Jeu de Paume. C'était donc elle, cette Assemblée, la représentante de tout ce qui était mort en France, que seul ramenait à un semblant de vie l'appui des sabres des généraux de Louis Bonaparte! Paris toute vérité, Versailles tout mensonge; et ce mensonge exhalé par la bouche de Thiers !

Thiers dit à une députation des maires de Seine-et-Oise : «Vous pouvez compter sur ma parole, je n'y ai jamais manqué ». Il dit à l'Assemblée même « qu'elle était la plus librement élue et la plus libérale que la France ait jamais eue»; il dit à sa soldatesque bigarrée qu'elle était « l'admiration du monde et la plus belle armée que la France ait jamais eue »; il dit aux provinces, qu'il ne bombardait pas Paris, que c'était un mythe. « Si quelques coups de canon ont été tirés, ce n'est pas par l'armée de Versailles, mais par quelques insurgés, pour faire croire qu'ils se battent quand ils n'osent même pas se montrer». Il dit encore aux provinces que l' « artillerie de Versailles ne bombardait pas Paris, elle ne faisait que le canonner ». Il dit à l'archevêque de Paris que les prétendues exécutions et représailles ( !) attribuées aux troupes de Versailles n'étaient que fariboles. Il dit à Paris qu'il était seulement désireux « de le délivrer des hideux tyrans qui l'opprimaient », et, qu'en fait, « le Paris de la Commune n'était qu'une poignée de scélérats».

Le Paris de M. Thiers n'était pas le Paris réel de la « vile multitude », mais un Paris imaginaire, le Paris des francs fileurs, le Paris des boulevardiers et des boulevardières, le Paris riche, capitaliste, doré, paresseux, qui encombrait maintenant de ses laquais, de ses escrocs, de sa bohème littéraire et de ses cocottes, Versailles, Saint-Denis, Rueil et Saint-Germain; qui ne considérait la guerre civile que comme un agréable intermède, lorgnant la bataille en cours à travers des longues-vues, comptant les coups de canon et jurant sur son propre honneur et sur celui de ses prostituées que le spectacle était bien mieux monté qu'il l'avait jamais été à la Porte-Saint-Martin. Les hommes qui tombaient étaient réellement morts; les cris des blessés étaient des cris pour de bon; et, voyez-vous, tout cela était si intensément historique !

Tel est le Paris de M. Thiers; de même l'émigration de Coblence était la France de M. de Calonne.

Notes

[1] Ici, Marx formule la leçon principale et fondammntale de la Commune de Paris. Quelle gigantesque signification Marx et Engels attachaient à cette leçon, on le voit par leur note à la préface du Manifeste du Parti communiste, en date du 24 juin 1872. Il y est dit que le programme du Manifeste du Parti communiste est aujourd'hui vieilli en certains points. La Commune, notamment, a démontré qu'il ne suffit pas que la classe ouvrière s'empare de l'appareil d'État pour le faire servir à ses propres fins. A ce sujet, Lénine écrivait :
« Chose extrêmement caractéristique : c'est précisément cette correction essentielle que les opportunistes ont dénaturée et les neuf dixièmes, sinon les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des lecteurs du Manifeste communiste en ignorent le sens. Nous parlerons en détail de cette déformation certainement un peu plus loin, dans un chapitre spécialement consacré aux déformations.
Qu'il nous suffise, pour l'instant, de marquer que l' « interprétation » courante, vulgaire, de la fameuse formule de Marx citée par nous, est que celui-ci aurait souligné l'idée d'une évolution lente, par opposition à la prise du pouvoir, etc. En réalité, c'est exactement le contraire. L'idée de Marx est que la classe ouvrière doit briser, démolir, la « machine d'État toute prête », et ne pas se borner à en prendre possession... « Briser la machine bureaucratique et militaire », en ces quelques mois se trouve brièvement exprimée la principale leçon du marxisme sur les tâches du prolétariat à l'égard de l'État au cours de la révolution. Et c'est cette leçon qui est non seulement tout à lait oubliée, mais encore franchement dénaturée par l' « interprétation » dominante, du marxisme, due à Kautsky ! (LÉNINE, « L'État et la Révolution». Œuvres complètes, tome 25, pp. 448-449).

[2] Guerres menées par l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche, l'Espagne et la Russie contre la France révolutionnaire et ensuite contre Napoléon 1er.

[3] A propos de cette caractéristique de la Commune, comme nouveau type d'État Lénine écrivait :
« Un organisme « non parlementaire mais agissant », voilà qui s'adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux « toutous » parlementaires de la social-démocratie! Considérez n'importe quel pays parlementaire, depuis l'Amérique jusqu'à la Suisse, depuis ta France jusqu'à l'Angleterre, la Norvège, etc., la véritable besogne d' « État » se fait dans la coulisse; elle est exécutée par les départements, les chancelleries, les états-majors. Dans les parlements, on ne fait que bavarder, à seule fin de duper le « bon peuple ». Au parlementarisme vénal, pourri jusqu'à la moelle, de la société bourgeoise, la Commune substitue des organismes où la liberté d'opinion et de discussion ne dégénère pas en duperie, car les parlementaires doivent travailler eux-mêmes, appliquer eux-mêmes leurs lois, en vérifier eux-mêmes les effets, en répondre eux-mêmes directement devant leurs électeurs. Les organismes représentatifs demeurent, mais le parlementarisme comme système spécial, comme division du travail législatif et exécutif, comme situation privilégiée pour les députés, n'est plus.Iil ne saurait être question de supprimer d'emblée, partout et complètement, le fonctionnarisme. C'est une utopie. Mais briser d'emblée la vieille machine administrative pour commencer sans délai à en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n'est pas une utopie, c'est l'expérience de la Commune, c'est la tâche urgente, immédiate, du prolétariat révolutionnaire. » (LÉNINE : ouvrage cité, tome XXV, pp. 457-460.)

[4] Sur cette caractéristique du parlementarisme, Lénine écrivait :
« Cette remarquable critique du parlementarisme, formulée en 1871, est elle aussi aujourd'hui, du fait de la domination du social-chauvinisme et de l'opportunisme, au nombre des « paroles oubliées » du marxisme. ... Décider, périodiquement pour un certain nombre d'années, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l'essence véritable du parlementarisme bourgeois non seulement dans les monarchies constitutionnelles parlementaires, mais encore dans les républiques les plus démocratiques. » (LÉNINE : ouvrage cité, tome 25, pp. 456-457.)

[5] Conseils de paroisses.

[6] Journal satirique de Berlin.

[7] Analysant cette leçon d'une grande portée historique, que Marx a tirée de l'expérience de la Commune de Paris, Lénine écrivait :
« Les utopistes se sont efforcés de «découvrir » les formes politiques sous lesquelles devait s'opérer la réorganisation socialiste de la société. Les anarchistes ont éludé en bloc la question des formes politiques. Les opportunistes de la social-démocratie contemporaine ont accepté les formes politiques bourgeoises de l'État démocratique parlementaire comme une limite que l'on ne saurait franchir et ils, se sont brisé le front à se prosterner devant ce « modèle », en taxant d'anarchisme toute tentative de briser ces formes.
De toute l'histoire du socialisme et de la lutte politique, Marx a déduit que l'État devra disparaître et que la forme transitoire de sa disparition (transition de l'État au non-État) sera « le prolétariat organisé en classe dominante ». Quant aux formes politiques de cet avenir, Marx n'a pas pris sur lui de les découvrir, Il s'est borné à observer exactement l'histoire de la France, à l'analyser et à tirer la conclusion à laquelle l'a conduit l'année 1851 : les choses s'orientent vers la destruction de la machine d'État bourgeoise.
Et quand éclata le mouvement révolutionnaire de masse du prolétariat, malgré l'échec de ce mouvement, malgré sa courte durée et sa faiblesse évidente, Marx se mit à étudier les formes qu'il avait révélées.
La Commune est la forme « enfin trouvée » par la révolution prolétarienne, qui permet de réaliser l'émancipation économique du travail.
La Commune est la première tentative laite par la révolution prolétarienne pour briser la machine d'État bourgeoise; elle est la forme politique «enfin trouvée » par quoi l'on peut et l'on doit remplacer ce qui a été brisé.
Nous verrons plus loin que les révolutions russes de 1905 et de 1917, dans un cadre différent, dans d'autres conditions, continuent l'oeuvre de la Commune et confirment la géniale analyse historique de Marx. » (LÉNINE : ouvrage cité, tome 25, p. 167.)

[8] Le Comité central de la garde nationale avait, dès le 20 mars, ajourné le paiement des traites au 1er octobre 1871. Le 18 avril, la Commune rendait un décret concernant la remise à toujours du paiement des échéances.

[9] Quand, après le renversement de Napoléon 1er, la dynastie des Bourbons se trouva une fois de plus au pouvoir, elle résolut de dédommager la noblesse de France, des terres dont elle avait été dépossédée pendant la grande Révolution française. La noblesse reçut une indemnité de 1 milliard, le « milliard des émigrés ».

[10] Une taxe de 45 centimes par franc fut établie en 1848 par le Gouvernement provisoire bourgeois, afin de semer la discorde entre le prolétariat et la paysannerie. Le gouvernement motivait cette taxe par la nécessité de pourvoir à la nourriture des ouvriers. La taxe de 45 centimes dressa les paysans contre la révolution et la république.

[11] On trouva dans l'église Saint-Laurent des ossements de femmes violées par les moines et enterrées toutes vives. Au couvent de Picpus, on détenait, sous prétexte de folie, des femmes vouées au même sort.

[12] Par « Irlandais par procuration », on entend ici de grands propriétaires fonciers qui ne vivaient presque jamais dans leurs domaines d'Irlande et dilapidaient leurs « revenus » hors du pays.
fin
La guerre civile en France
Association Internationale des Travailleurs
4

La première tentative du complot des négriers pour abattre Paris fut de le faire occuper par les Prussiens; mais elle échoua devant le refus de Bismarck. La seconde, celle du 18 mars, avait abouti à la déroute de l'armée et à la fuite à Versailles du gouvernement, qui obligea l'administration entière à le suivre. En simulant des négociations avec Paris, Thiers se donna alors le temps de se préparer à la guerre contre lui. Mais où trouver une armée ? Les restes des régiments de ligne étaient faibles en effectifs et peu sûrs. Ses pressants appels aux provinces, les invitant à voler au secours de Versailles avec leurs gardes nationaux et leurs volontaires, furent accueillis par un refus pur et simple. La Bretagne, seule, fournit une poignée de chouans qui combattaient sous un drapeau blanc, dont chacun portait sur la poitrine un coeur de Jésus en drap blanc et dont le cri de guerre était : « Vive le roi! ». Thiers fut donc forcé de rassembler, en toute hâte, une bande bariolée, composée de matelots, de marsouins, de zouaves pontificaux, de gendarmes de Valentin, des sergents de ville et des mouchards de Piétri. Cette armée toutefois eût été ridiculement impuissante sans les rapatriements de prisonniers de guerre impériaux que Bismarck lâchait au compte-gouttes, juste assez pour tenir en train la guerre civile et garder le gouvernement de Versailles servilement assujetti à la Prusse. Durant la guerre même, la police versaillaise dut surveiller l'armée de Versailles, tandis que les gendarmes devaient l'entraîner, en s'exposant eux-mêmes à tous les postes les plus périlleux.

Les forts qui tombèrent ne furent pas pris, mais achetés. L'héroïsme des fédérés convainquit Thiers que la résistance de Paris ne pouvait être brisée par son propre génie stratégique ni par les baïonnettes dont il disposait.

En attendant, ses relations avec les provinces devenaient de plus en plus difficiles. Pas une seule adresse d'approbation ne venait rasséréner Thiers et ses ruraux. Tout au contraire... Députations et adresses pleuvaient de toutes parts, demandant, sur un ton rien moins que respectueux, la réconciliation avec Paris sur la base d'une reconnaissance sans équivoque de la république, la confirmation des libertés communales et la dissolution de l'Assemblée nationale, dont le mandat avait expiré. Elles arrivaient en telle quantité que Dufaure, ministre de la Justice de Thiers, dans sa circulaire du 23 avril aux procureurs, leur enjoignit de traiter « le mot d'ordre de conciliation » comme un crime ! Cependant, commençant à désespérer du succès de sa campagne, Thiers résolut de changer de tactique; il ordonna, dans tout le pays, des élections municipales pour le 30 avril sur la base de la nouvelle loi municipale qu'il avait lui-même dictée à l'Assemblée nationale. Tant par les intrigues de ses préfets que par l'intimidation policière, Thiers attendait avec confiance que le verdict des provinces donnât à l'Assemblée nationale ce pouvoir moral qu'elle n'avait jamais possédé, et qu'elles lui adressent enfin la force matérielle dont il avait besoin pour vaincre Paris.

Sa guerre de bandit contre Paris, qu'il exaltait dans ses propres bulletins, et les tentatives de ses ministres pour établir par toute la France le règne de la terreur, Thiers, dès le début, se préoccupait de les accompagner d'une petite comédie de la conciliation, qui devait servir plus d'un dessein. Elle devait duper les provinces, allécher les éléments bourgeois de Paris et, par-dessus tout, donner aux républicains avoués de l'Assemblée nationale l'occasion de cacher leur trahison envers Paris, derrière leur foi en Thiers. Le 21 mars, alors qu'il n'avait pas encore d'armée, il avait déclaré à l'Assemblée nationale : « Quoi qu'il advienne, je n'enverrai pas d'armée contre Paris ». Le 27 mars, il montait à nouveau à la tribune : « J'ai trouvé la république un fait accompli et je suis fermement résolu à la maintenir ». En réalité, il abattait la révolution à Lyon et à Marseille  [1] au nom de la république, tandis que les rugissements de ses ruraux couvraient la simple mention de ce nom à Versailles. Après cet exploit, il atténua le « fait accompli » qui ne fut plus qu'un « fait hypothétique ». Les princes d'Orléans, qu'il avait par précaution fait filer de Bordeaux, avaient maintenant, en violation flagrante de la loi, toute licence d'intriguer à Dreux. Les concessions offertes par Thiers dans ses interminables entrevues avec les délégués de Paris et des provinces, bien qu'elles aient constamment varié de ton et de couleur, aboutissaient toujours, en fin de compte, à ceci : sa vengeance se limiterait probablement à « la poignée de criminels impliqués dans l'assassinat de Lecomte et Clément Thomas», à condition, bien entendu, que Paris et la France reconnaissent sans réserves M. Thiers en personne comme la meilleure des républiques; exactement comme il avait fait en 1830 avec Louis-Philippe. Ces concessions mêmes, il ne se bornait pas seulement à les faire mettre en doute par les commentaires officiels faits à leur sujet à l'Assemblée par ses ministres. Il avait son Dufaure pour agir. Dufaure, ce vieil avocat orléaniste, avait toujours été le garde des sceaux de l'état de siège, aussi bien maintenant en 1871 sous Thiers, qu'en 1839 sous Louis-Philippe, et en 1849 sous la présidence de Louis Bonaparte. Alors qu'il était sans portefeuille, il avait amassé une fortune en plaidant pour les capitalistes de Paris et s'était fait un capital politique en plaidant contre les lois dont il était lui-même l'auteur. A présent, non content de faire voter en hâte par l'Assemblée nationale une série de lois répressives qui devaient, après la chute de Paris, extirper les derniers vestiges de liberté républicaine, il laissait prévoir le sort de Paris en abrégeant la procédure, trop lente à son gré, des cours martiales, et en déposant une nouvelle loi draconienne de déportation. La Révolution de 1848, abolissant la peine de mort en matière politique, l'avait remplacée par la déportation. Louis Bonaparte n'avait pas osé, du moins en théorie, rétablir le régime de la guillotine. L'Assemblée des ruraux, qui n'avait pas encore la hardiesse même d'insinuer que les Parisiens n'étaient pas des rebelles, mais des assassins, dut donc limiter sa vengeance anticipée contre Paris à la loi de déportation de Dufaure. Avec toutes ces circonstances, Thiers lui-même n'aurait pu poursuivre sa comédie de conciliation, si elle n'avait, comme il entendait qu'elle le fit, provoqué les hurlements de rage des ruraux qui, avec leurs cervelles de ruminants, ne comprenaient ni son jeu, ni la nécessité de l'hypocrisie, des tergiversations et des atermoiements.

En vue des élections municipales imminentes du 30 avril, Thiers joua, le 27, une de ses grandes scènes de conciliation. Au milieu d'un déluge de rhétorique sentimentale, il s'écria de la tribune de l'Assemblée :

    Il n'y a pas de complot contre la république, si ce n'est celui de Paris qui nous oblige à verser du sang français. Je l'ai dit et le redis encore : que ces armes impies tombent des mains qui les tiennent, et le châtiment sera arrêté aussitôt par un acte de clémence dont ne seront exclus que le petit nombre des criminels de droit commun.

Et comme les ruraux l'interrompaient violemment :

    Messieurs, dites-le-moi, je vous en supplie, ai-je tort ? Regrettez-vous réellement que j'aie dit, ce qui est vrai, que les criminels ne sont qu'une poignée ? N'est-il pas heureux, au milieu de nos malheurs, que les hommes capables de verser le sang de Clément Thomas et du général Lecomte ne soient que de rares exceptions ?

La France pourtant fit la sourde oreille à ces discours qui étaient aux oreilles de Thiers lui-même, un chant de sirène parlementaire. Des 700 000 conseillers municipaux élus parles 35 000 communes qui restaient encore à la France, les légitimistes, orléanistes et bonapartistes réunis n'en comptaient pas 8 000. Les élections complémentaires qui suivirent furent encore plus décidément hostiles. Aussi, au lieu d'obtenir des provinces la force matérielle dont elle avait tant besoin, l'Assemblée nationale perdit jusqu'à sa dernière prétention à la force morale, celle d'être l'expression du suffrage universel du pays. Pour achever sa déconfiture, les conseils municipaux nouvellement élus de toutes les villes de France menacèrent ouvertement l'Assemblée usurpatrice de Versailles d'une contre-assemblée à Bordeaux.

Le moment de l'action décisive longtemps attendu par Bismarck était arrivé enfin. Il somma Thiers d'envoyer à Francfort des plénipotentiaires pour le règlement définitif de la paix. Obéissant humblement à l'appel de son maître, Thiers se hâta de dépêcher son fidèle Jules Favre, appuyé de Pouyer-Quertier. Pouyer-Quertier, « éminent » filateur rouennais, partisan fervent et même servile du second Empire, ne lui avait jamais trouvé d'autre défaut que son traité de commerce avec l'Angleterre  [2], préjudiciable à ses propres intérêts de fabricant. A peine installé à Bordeaux comme ministre des Finances de Thiers, il dénonçait ce traité « impie », laissait entendre qu'il serait prochainement abrogé, et avait même l'impudence de tenter, inutilement d'ailleurs (il comptait sans Bismarck), la remise en vigueur immédiate des anciens tarifs protecteurs contre l'Alsace, car, disait-il, aucun traité international antérieur ne s'y opposait. Cet homme, qui considérait la contre-révolution comme un moyen d'abaisser les salaires à Rouen, et la cession de provinces françaises comme un moyen de faire monter le prix de ses marchandises en France, n'était-il pas déjà tout désigné comme le digne compère de Jules Favre dans sa dernière trahison, couronnement le toute sa carrière ?

A l'arrivée à Francfort de ce couple parfait de plénipotentiaires, le brutal Bismarck les accueillit sur-le-champ par cette alternative impérative : « Ou la restauration de l'Empire, ou l'acceptation inconditionnelle de mes propres conditions de paix ! ». Ces conditions comportaient un raccourcissement des délais de paiement de l'indemnité de guerre et l'occupation continue des forts de Paris par les troupes prussiennes jusqu'à ce que Bismarck se tînt pour satisfait de l'état des choses en France; la Prusse était ainsi reconnue comme l'arbitre suprême dans les affaires intérieures de la France ! En retour il offrait de libérer, pour l'extermination de Paris, l'armée bonapartiste prisonnière et de lui assurer l'assistance directe des troupes de l'empereur Guillaume. Il donnait garantie de sa bonne foi en faisant dépendre de la « pacification » de Paris le paiement du premier versement de l'indemnité. Un tel appât, c'est naturellement avec avidité que Thiers et ses plénipotentiaires y mordirent. Ils signèrent le traité de paix le 10 mai, et le firent ratifier par l'Assemblée de Versailles le 18.

Dans l'intervalle qui sépara la conclusion de la paix de l'arrivée des prisonniers bonapartistes, Thiers se sentit d'autant plus tenu de reprendre sa comédie de conciliation, que ses hommes de main républicains avaient un besoin douloureux de trouver un prétexte pour fermer les yeux sur les préparatifs au carnage de Paris. Le 8 mai encore, il répondait à une députation de conciliateurs de la classe moyenne :

    Quand les insurgés se seront décidés à capituler, les portes de Paris resteront ouvertes à tous, pendant une semaine, sauf aux assassins des généraux Clément Thomas et Lecomte.

Quelque{ jours après, comme il était violemment interpellé par les ruraux au sujet de ces promesses, il refusa d'entrer dans des explications; non pourtant sans leur donner cette indication significative :

    Je dis qu'il y a parmi vous des impatients, des hommes trop pressés. Il leur faut attendre encore huit jours; au bout de ces huit jours il n'y aura plus de danger, et alors la tâche sera à la hauteur de leur courage et de leur capacité.

Dès que Mac-Mahon fut en mesure de lui assurer qu'il pourrait, sous peu, entrer dans Paris, Thiers déclara à l'Assemblée :

    qu'il entrerait à Paris la loi en main, et exigerait une expiation complète des scélérats qui auraient sacrifié la vie de nos soldats et détruit nos monuments publics.

Comme le moment de la décision approchait, il dit à l'Assemblée : « Je serai impitoyable », il dit à Paris qu'il était condamné, et il dit à ses bandits bonapartistes que Paris avaient carte blanche pour tirer vengeance de Paris tout leur soûl. Enfin, quand la trahison eut ouvert les portes de Paris au général Douay, le 21 mai, Thiers, le 22, révéla aux ruraux le « but » de sa comédie de conciliation, qu'ils avaient persisté si obstinément à ne pas comprendre :

    Je vous ai dit, il y a quelques jours, que nous approchions de notre but, aujourd'hui je suis venu vous dire : « Nous avons atteint le but. L'ordre, la justice, la civilisation ont enfin remporté la victoire ! »

C'était bien cela. La civilisation et la justice de l'ordre bourgeois se montrent sous leur jour sinistre chaque fois que les esclaves de cet ordre se lèvent contre leurs maîtres. Alors, cette civilisation et cette justice se démasquent comme le sauvagerie sans masque et la vengeance sans loi. Chaque nouvelle crise dans la lutte de classe entre l'appropriateur et le producteur fait ressortir ce fait avec plus d'éclat. Les atrocités des bourgeois en juin 1848 elles-mêmes disparaissent devant l'indicible infamie de 1871. L'héroïque esprit de sacrifice avec lequel la population de Paris - hommes, femmes et enfants - combattit pendant huit jours après l'entrée des Versaillais, reflète aussi bien la grandeur de leur cause que les exploits infernaux de la soldatesque reflètent l'esprit inné de cette civilisation dont ils sont les mercenaires et les défenseurs. Glorieuse civilisation, certes, dont le grand problème est de savoir comment se débarrasser des monceaux de cadavres qu'elle a faits, une fois la bataille passée.

Pour trouver un parallèle à la conduite de Thiers et de ses chiens, il nous faut remonter aux temps de Sylla et des deux triumvirats de Rome. Même carnage en masse, exécuté de sang-froid, même insouciance dans le massacre, de l'âge et du sexe; même système de torturer les prisonniers mêmes proscriptions, mais cette fois d'une classe entière même chasse sauvage aux chefs qui se cachent, de peur qu'un seul puisse échapper; mêmes dénonciations d'ennemis politiques et privés; même indifférence envers le carnage de gens entièrement étrangers à la lutte. Il n'y a que cette seule différence : les Romains n'avaient pas encore de mitrailleuses pour expédier en bloc les proscrits, et ils n'avaient pas « la loi à la main », ni, sur les lèvres, le mot d'ordre de « civilisation ».

Et, après ces horreurs, regardez l'autre face, encore plus hideuse, de cette civilisation bourgeoise, telle qu'elle a été décrite par sa propre presse !

    Quand des coups de feu égarés, écrit le correspondant parisien d'un journal tory de Londres, retentissent encore au loin, quand de malheureux blessés abandonnés meurent parmi les pierres tombales du Père-Lachaise, quand 6.000 insurgés frappés de terreur errent dans l'agonie du désespoir par les labyrinthes des catacombes, quand on voit pousser des malheureux à travers eus rues pour les abattre par vingtaines à la mitrailleuse, il est révoltant de voir les cafés remplis des dévots de l'absinthe, du billard et des dominos; de voir les filles perdues déambuler sur les boulevards et d'entendre le bruit des débauches s'échappant des cabinets particuliers des restaurants à la mode, troubler le silence de la nuit.

M. Édouard Hervé écrit dans Le Journal de Paris, journal versaillais supprimé par la Commune :

    La manière dont la population de Paris a manifesté hier sa satisfaction était plus que frivole, et nous craignons que cela n'empire avec le temps. Paris a maintenant un air de fête qui est tout à fait déplacé, et si nous ne voulons pas qu'on nous appelle les Parisiens de la décadence, il faut mettre un terme à cet ordre de choses.

Puis il cite le passage de Tacite :

    Cependant, le lendemain de cette horrible lutte, avant même qu'elle fût tout à fait terminée, Rome, avilie et corrompue, recommença à se vautrer dans le bourbier de volupté où elle avait détruit son corps et souillé son âme : alibi proelia et vulnera, alibi balnea popinaeque (ici des combats et des blessures, là-bas, des bains et des cabarets.

M. Hervé oublie seulement de dire que la « population de Paris » dont il parle n'est que la population du Paris de AI. Thiers, les francs-fileurs revenant en foule de Versailles, Saint-Denis, Rueil et Saint-Germain, le Paris de la « décadence ».

Dans tous ses sanglants triomphes sur les champions pleins d'abnégation d'une société nouvelle et meilleure, cette civilisation scélérate, fondée sur l'asservissement du travail, étouffe les gémissements de ses victimes sous un haro de calomnies, que l'écho répercute dans le monde entier. Le pur Paris ouvrier de la Commune est soudain changé en un pandémonium par les chiens de l' « ordre ». Et que prouve cette monstrueuse métamorphose à l'esprit bourgeois de tous les pays ? Eh bien, que la Commune a conspiré contre la civilisation ! Le peuple de Paris se fait tuer dans l'enthousiasme pour la Commune. Le nombre de ses morts surpasse celui d'aucune autre bataille connue dans l'histoire. Qu'est-ce que cela prouve ? Eh bien, que la Commune n'était pas le gouvernement du peuple, mais le fait de l'usurpation d'une poignée de criminels ! Les femmes de Paris joyeusement donnent leur vie sur les barricades et devant le peloton d'exécution. Qu'est-ce que cela prouve ? Eh bien, que le démon de la Commune les a changées en Mégères  [3] et en Hécates [4] ! La modération de la Commune pendant deux mois d'une domination incontestée, n'a d'égal que l'héroïsme de sa défense. Qu'est-ce que cela prouve ? Eh bien, que pendant des mois la Commune a caché soigneusement, sous un masque de modération et d'humanité, la soif de sang de ses instincts démoniaques qui ne devaient être débridés qu'à l'heure de son agonie !

Le Paris ouvrier, en accomplissant son propre, son héroïque holocauste, a entraîné dans les flammes des immeubles et des monuments. Alors qu'ils mettmnt en pièces le corps vivant du prolétariat, ses maîtres ne doivent plus compter rentrer triomphalement dans les murs intacts de leurs demeures. Le gouvernement de Versailles crie : Incendiaires ! et souffle cette consigne à tous ses agents, jusqu'au plus reculé des hameaux : donner partout la chasse à ses ennemis, sous la suspicion d'être des professionnels de l'incendie. La bourgeoisie du monde entier qui contemple complaisamment le massacre en masse après la bataille, est convulsée d'horreur devant la profanation de la brique et du mortier !

Quand les gouvernements donnent pouvoir à leurs marines de «tuer, brûler et détruire », est-ce là une autorisation d'incendie ? Quand les troupes britanniques délibérément mettaient le feu au Capitole de Washington et au Palais d'été de l'empereur de Chine, étaient-ce là actes d'incendiaires ? Quand les Prussiens, non pour des raisons militaires, mais par simple goût de la vengeance, brûlaient au pétrole des villes comme Châteaudun et d'innombrables villages, était-ce là acte d'incendiaires ? Quand Thiers, six semaines durant, bombardait Paris sous le prétexte qu'il voulait mettre le feu aux seules maisons qui étaient habitées, était-ce l'acte d'un incendiaire ? En guerre, le feu est une arme aussi légitime qu'une autre. Des édifices occupés par l'ennemi sont bombardés pour être incendiés. Si leurs défenseurs doivent battre en retraite, ils les mettent eux-mêmes en flammes pour empêcher les assaillants de se servir des bâtiments. Être incendiées a toujours été le sort inévitable de toutes les constructions situées sur le front de combat de toutes les armées régulières du monde. Mais dans la guerre des asservis contre leurs oppresseurs, la seule guerre juste dans l'histoire, ce n'est plus vrai du tout ! La Commune a employé le feu strictement comme moyen de défense. Elle l'a employé pour interdire aux troupes de Versailles ces longues avenues toutes droites qu'Haussmann avait expressément ouvertes pour le feu de l'artillerie; elle l'a employé pour couvrir sa retraite de la façon même dont les Versaillais, dans leur avance, employaient leurs obus qui détruisaient au moins autant de bâtiments que la feu de la Commune. Quels bâtiments ont été brûlés par la défense et quels bâtiments par l'attaque, on en discute encore aujourd'hui. Et la défense ne recourut au feu que lorsque les trou es versaillaises eurent déjà commencé leur tuerie en masse des prisonniers. D'autre part, la Commune avait, longtemps auparavant, notifié publiquement que, si elle était poussée à la dernière extrémité, elle s'ensevelirait elle-même sous les décombres de Paris et ferait de Paris un second Moscou, comme le gouvernement de la Défense nationale avait promis de le faire, mais lui, uniquement pour déguiser sa trahison. C'est à cet effet que Trochu avait fait venir le pétrole nécessaire. La Commune savait que ses adversaires n'avaient aucun souci de la vie du peuple de Paris, mais qu'ils avaient grandement souci de leurs immeubles. Et Thiers, de son côté, avait fait avoir qu'il serait implacable dans sa vengeance. A peine avait-il son armée toute prête d'un côté et les Prussiens. qui fermaient les issues de l'autre, qu'il proclama : « Je serai impitoyable ! L'expiation sera complète et la justice inflexible ». Si les actes des ouvriers de Paris étaient du vandalisme, c'était le vandalisme de la défense désespérée, non pas le vandalisme du triomphe, comme celui que les chrétiens perpétrèrent sur les chefs-d'oeuvre réellement inestimables de l'antiquité païenne; et même ce vandalisme a été justifié par l'histoire, comme l'accompagnement inévitable et relativement insignifiant du combat gigantesque entre une nouvelle société montante et une ancienne qui s'écroule. Le vandalisme d'Haussmann, rasant le Paris historique pour faire place au Paris du touriste l'était encore bien moins.

Mais l'exécution par la Commune des soixante-quatre otages, archevêque de Paris en tête ! La bourgeoisie et son armée en juin 1848 avaient rétabli une coutume qui avait depuis longtemps disparu de la pratique de la guerre, l'exécution des prisonniers désarmés. Cette coutume brutale a depuis été plus ou moins suivie lors de la répression de tous les soulèvements populaires en Europe et aux Indes, ce qui prouve qu'elle constitue bien un réel « progrès de la civilisation » ! D'autre part, les Prussiens, en France, avaient rétabli l'usage de prendre des otages, gens innocents qui avaient à répondre au prix de leur vie des actes des autres. Quand Thiers, comme nous l'avons vu, dès le début même du conflit, établit la pratique humaine d'abattre les communards prisonniers, la Commune, pour protéger leur vie, fut dans l'obligation de recourir à la pratique des Prussiens de prendre des otages. Les otages avaient déjà mille et mille fois mérité la mort du fait des exécutions continuelles de prisonniers du côté des Versaillais. Comment leur vie eût-elle pu être épargnée plus longtemps, après le carnage par lequel les prétoriens de Mac-Mahon avaient célébré leur entrée dans Paris ? La dernière garantie contre la férocité sans scrupules des gouvernements bourgeois - la prise des otages - devait-elle elle-même tourner à la frime ? Le véritable meurtrier de l'archevêque Darboy, c'est Thiers. La Commune, à maintes reprises, avait offert d'échanger l'archevêque et tout un tas de prêtres par-dessus le marché, contre le seul Blanqui, alors aux mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait qu'avec Blanqui il donnerait une tête à la Commune; alors que c'est sous forme de cadavre que l'archevêque servirait au mieux ses desseins. Thiers suivait l'exemple de Cavaignac. Quels cris d'horreur ne poussèrent pas, en juin 1848, Cavaignac et ses hommes d'ordre, pour stigmatiser les insurgés comme assassins de l'archevêque Affre! Et pourtant ils savaient parfaitement bien que l'archevêque avait été abattu par les soldats de l'ordre. Jacquemet, vicaire général de l'archevêque, présent sur les lieux, leur en avait aussitôt après fourni le témoignage.

Tout ce choeur de calomnies que le parti de l'ordre ne manque jamais dans ses orgies de sang, d'entonner contre ses victimes, prouve seulement que le bourgeois de nos jours se considère comme le successeur légitime du seigneur de jadis, pour lequel toute arme dans sa propre main était juste contre le plébéien, alors qu'aux mains du plébéien la moindre arme constituait par elle-même un crime.

La conspiration de la classe dominante pour abattre la révolution par une guerre civile poursuivie sous le patronage de l'envahisseur étranger, conspiration que nous avons suivie du 4 septembre même jusqu'à l'entrée des prétoriens de Mac-Mahon par la porte de Saint Cloud, atteignit son point culminant avec le carnage de Paris. Bismarck contemple avec satisfaction les cadavres du prolétariat de Paris, où il voit le premier acompte de cette destruction générale des grandes villes qu'il ippelait de ses voeux alors qu'il était encore un simple rural dans la Chambre introuvable de la Prusse de 1849. Il contemple avec satisfaction les cadavzes du prolétariat de Paris. Pour lui, ce n'est pas seulement l'extermination de la révolution, mais l'extermination de la France, maintenant décapitée, et par le gouvernement français lui-même. Avec ce manque de pénétration propre à tous les hommes d'État heureux, il ne voit que la surface de ce formidable événement historique. Quand donc auparavant l'histoire a-t-elle montré le spectacle d'un vainqueur qui couronne sa victoire en se faisant non seulement le gendarme, mais le nervi à gages du gouvernement vaincu ? Il n'y avait pas de guerre entre la Prusse et la Commune de Paris. Au contraire, la Commune avait accepté les préliminaires de paix, et la Prusse avait proclamé sa neutralité. La Prusse, donc, n'était pas un belligérant. Elle se comporta comme un nervi; comme un nervi lâche, puisqu'elle ne prit sur elle aucun risque; comme un nervi à gages, puisqu'elle avait lié d'avance le paiement du prix du sang, ses 500 millions, à la chute de Paris. Et ainsi apparaissait enfin le véritable caractère de cette guerre, ordonnée par la Providence contre la France athée et débauchée, châtiée par le bras de la pieuse et morale Allemagne ! Et cette violation sans exemple du droit des peuples, même tel que l'entendaient les légistes du monde antique, au lieu d'amener les gouvernements « civilisés » d'Europe à mettre au ban des nations le gouvernement prussien félon, simple instrument du cabinet de Saint-Pétersbourg, les incite seulement à se demander si les quelques victimes qui échappent au double cordon formé autour de Paris ne doivent pas être livrées aussi au bourreau de Versailles!

Qu'après la plus terrible guerre des temps modernes, le vaincu et le vainqueur fraternisent pour massacrer en commun le prolétariat, cet événement inouï xrouve, non pas comme Bismarck le pense, l'écrasement définitif d'une nouvelle société montante, mais la désagrégation complète de la vieille société bourgeoise. Le plus haut effort d'héroïsme dont la vieille société soit encore capable est une guerre nationale; et il est maintenant prouvé qu'elle est une pure mystification des gouvernements, destinée à retarder la lutte des classes, et on se débarrasse de cette mystification, aussitôt que cette lutte de classes éclate en guerre civile. La domination de classe ne peut plus se cacher sous un uniforme national, les gouvernements nationaux ne font qu'un contre le prolétariat !

Après la Pentecôte de 1871, il ne peut plus y avoir ni paix, ni trêve entre les ouvriers de France et ceux qui s'approprient le produit de leur travail. La main de fer d'une soldatesque mercenaire pourra tenir un moment les deux classes sous une commune oppression. Mais la lutte reprendra sans cesse, avec une ampleur toujours croissante, et il ne peut y avoir de doute quant au vainqueur final - le petit nombre des accapareurs, ou l'immense majozité travailleuse. Et la classe ouvrière française n'est que l'avant-garde du prolétariat moderne.

Tandis que les gouvernements européens témoignent ainsi devant Paris du caractère international de la domination de classe, ils crient haro sur l'Association internationale des travailleurs, - contre-organisation internationale du travail opposée à la conspiration cosmopolite du capital, - selon eux source maîtresse de tous ces malheurs. Thiers la dénonçait comme le tyran du travail, affectant d'en être le libérateur. Picard donnait l'ordre de couper toutes les communications entre les internationaux français et ceux de l'étranger; le comte Jaubert, cette vieille momie, déjà complice de Thiers en 1835, déclare que le grand problème pour tous les gouvernements civilisés est d'extirper l'Internationale. Les ruraux de l'Assemblée nationale rugissent contre elle, et toute la presse européenne fait chorus. Un honorable écrivain français, complètement étranger à notre association, exprime son opinion en ces termes :

    Les membres du Comité central de la garde nationale, aussi bien que la plus grande partie des membres de la Commune, sont les esprits les plus actifs, les plus intelligents et les plus énergiques de l'Association internationale des travailleurs.... des hommes qui sont profondément honnêtes, sincères, intelligents, dévoués, purs et fanatiques dans le bon sens du mot.

L'entendement bourgeois, tout imprégné d'esprit policier, se figure naturellement l'Association internationale des travailleurs comme une sorte de conjuration secrète, dont l'autorité centrale commande, de temps à autre, des explosions en différents pays. Notre Association n'est, en fait, rien d'autre que le lien international qui unit les ouvriers les plus avancés des divers pays du monde civilisé. En quel que lieu, sous quelque forme, et dans quelques conditions ne la lutte de classe prenne consistance, il est bien naturel que les membres de notre Association se trouvent au premier rang. Le sol sur lequel elle pousse est la société moderne même. Elle ne peut en être extirpée, fût-ce au prix de la plus énorme effusion de sang. Pour l'extirper, les gouvernements auraient à extirper le despotisme du capital sur le travail, condition même de leur propre existence parasitaire.

Le Paris ou~rier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d'une société nouvelle. Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand coeur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n'arriveront pas à les en libérer.

Londres, le 30 mai 1871.


LE CONSEIL GÉNÉRAL

R.Applegarth, Ant. Arnaud, M. J. Boon, Fr. Bradnick, J. G. Buttery, F. Cournet, E. Delahaye, Eugène Dupont, W. Hales, Hurliman, Jules Johannard, Harriet Law, Fr. Lessner, Lochner, Charles Longuet, Marguerite, Constant Martin, Henry Mayo, George Milner, Charles Murray, Pfänder, J. Rodwanowski, John Rouch, Rühl, G. Ranvier, Vitale Regis, Sadler, Cowel Stepney, Alf. Taylor, W. Townshend, Éd. Vaillant, John Weston, F. J. Yarrow.

SECRÉTAIRES-CORRESPONDANTS:

Karl Marx, Allemagne et Russie; Leo Frankel, Autriche et Hongrie; A. Hermann, Belgique Th. Mottershead, Danemark; J. G. Eccarius, États-Unis Le Moussu, sections françaises des États-Unis; Auguste Serraillier, France; Charles Rochat, Hollande; J. P. Mac Donnell, Irlande; Friedrich. Engels, Italie et Espagne; Walery Wroblewski, Pologne; Hermann Jung, Suisse,

Hermann JUNG, président de séance. John HALES, secrétaire général.

Londres, le 30 mai 1871, Rathborne Place 10.

Note à la première édition française (Bruxelles, 1872). - Nous n'avons pas besoin de dire que les membres et fonctionnaires de la Commune, dont les noms figurent au bas du manifeste et qui font aujourd'hui partie du Conseil général, n'ont connu le texte de cette publication qu'à leur arrivée à Londres. S'ils y mettent aujourd'hui leur signature, c'est pour qu'on ne puisse douter qu'ils en revendiquent hautement les principes.

Notes

[1] La révolution qui proclama la Commune à Lyon, le 22 mars, et la 23 mars à Marseille et à Saint-Étienne, fut très vite réprimée par le gouvernement de Thiers. En outre, la Commune fut proclamée à Toulouse, à Narbonne et dans quelques autres villes.

[2] Aux termes du traité de commerce conclu en 1860, entre Napoléon III et l'Angleterre, les taxes sur les marchandises anglaises étaient réduites.

[3] Mégère, une des Furims, déesse vivant dans le Tartare (enfer des Anciens) et chargée de punir les crimes des hommes.

[4] Hécate, nom de la déesse Diane, lorsqu'elle siégeait dans le Tartare.
Révolution. Texte publié en brochure en 1918.

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 21:57

Karl-Marx-banniere.jpg

Le 4 septembre 1870, quand les ouvriers de Paris proclamèrent la république, qui fut presque instantanément acclamée d'un bout à l'autre de la France, sans une seule voix discordante, une cabale d'avocats en quête de places, avec Thiers pour homme d'État et Trochu pour général, s'empara de l'Hôtel de Ville. Ces gens étaient alors imbus d'une foi si fanatique dans la mission dévolue à Paris de représenter la France à toutes les époques de crise historique que, pour légitimer leurs titres usurpés au gouvernement de la France, ils crurent suffisant de produire leurs mandats périmés de représentants de Paris. Dans notre seconde Adresse sur la récente guerre, cinq jours après l'avènement de ces hommes, nous vous disions qui ils étaient. Toutefois, les véritables dirigeants de la classe ouvrière étant encore bouclés dans les prisons bonapartistes et les Prussiens déjà en marche sur la ville, Paris, pris à l'improviste, toléra cette prise du pouvoir, à la condition expresse qu'il ne serait exercé qu'aux seules fins de défense nationale. Cependant, comment défendre Paris sans armer sa classe ouvrière, sans l'organiser en une force effective et instruire ses rangs par la guerre elle-même ? Mais Paris armé, c'était la révolution armée. Une victoire de Paris sur l'agresseur prussien aurait été une victoire de l'ouvrier français sur le capitaliste français et ses parasites d'État. Dans ce conflit entre le devoir national et l'intérêt de classe, le gouvernement de la Défense nationale n'hésita pas un instant : il se transforma en un gouvernement de la Défection nationale.

La première mesure qu'il prit fut d'envoyer Thiers en tournée par toutes les cours d'Europe pour y implorer médiation, moyennant le troc de la république contre un roi. Quatre mois après le début du siège, quand on crut venu le moment opportun de lâcher pour la première fois le mot de capitulation, Trochu, en présence de Jules Favre et de quelques-uns de ses collègues, harangua en ces termes les maires de Paris assemblés :

    La première question que m'adressèrent mes collègues le soir même du 4 septembre fut celle-ci : Paris peut-il, avec quelque chance de succès, soutenir un siège et résister à l'armée prussienne ? Je n'hésitai pas à répondre négativement. Quelques-uns de mes collègues qui m'écoutent peuvent certifier que je dis la vérité et que je n'ai pas changé d'opinion. Je leur expliquai, en ces mêmes termes, que, dans l'état actuel des choses, tenter de soutenir un siège contre l'armée prussienne serait une folie. Sans doute, ajoutai-je, ce serait une folie héroïque, mais voilà tout... Les événements [qu'il avait lui-même conduits (K. M.)] n'ont pas démenti mes prévisions.

Ce charmant petit discours de Trochu fut publié dans la suite par M. Corbon, un des maires présents.

Ainsi, au soir même de la proclamation de la république, le « plan » de Trochu, ses collègues le savaient, c'était la capitulation de Paris. Si la défense nationale avait été quelque chose de plus qu'un prétexte pour le gouvernement personnel de Thiers, Favre et Ciel les parvenus du 4 septembre auraient abdiqué le 5, ils auraient mis le peuple de Paris au courant du « plan » de Trochu; ils l'auraient mis en demeure de se rendre sur l'heure, ou je prendre en main son propre sort. Mais au lieu de cela, les infâmes imposteurs résolurent de guérir la folie héroïque des Parisiens : on leur ferait subir un régime de famine, on leur ferait casser la tête et on les bernerait entre-temps par des manifestes tapageurs : « Trochu, le gouverneur de Paris, ne capitulera jamais »; Jules Favre, ministre des Affaires étrangères, ne cédera « pas un pouce de notre territoire ! Pas une pierre de nos forteresses!» Dans une lettre à Gambetta, ce même Jules Favre, précisément, avoue que ce contre quoi ils se « défendaient», ce n'étaient pas les soldats prussiens, mais les travailleurs de Paris. Pendant toute la durée du siège, les coupe-jarrets bonapartistes, à qui Trochu avait sagement confié le commandement de l'armée de Paris, échangèrent, dans leur correspondance intime, de grasses plaisanteries sur cette bonne farce de la défense. (Voir, par exemple, la correspondance d'Alphonse Simon-Guiod, commandant en chef de l'artillerie de l'Armée de la défense de Paris et grand-croix de la Légion d'honneur, avec Suzanne, général de division d'artillerie, correspondance publiée par le Journal officiel de la Commune [1].)

Le masque d'imposture fut enfin jeté le 28 janvier 1871. Mettant un véritable héroïsme à s'avilir jusqu'au bout, le gouvernement de la Défense nationale apparut dans la capitulation de. Paris comme le gouvernement de la France par la permission de Bismarck, rôle si vil, que Louis Bonaparte lui-même, à Sedan, s'y était refusé avec horreur. Après les événements du 18 mars, dans leur fuite éperdue à Versailles, les capitulards abandonnèrent à Paris les preuves écrites de leur trahison, et, pour anéantir ces preuves, comme le dit la Commune dans son adresse aux départements, « ces hommes ne devaient pas hésiter à faire de Paris un monceau de ruines dans une mer de sang ».

Mais, pour s'acharner avec une telle ardeur à atteindre ce but, quelques-uns des membres dirigeants du gouvernement de la Défense avaient en outre des raisons à eux, des raisons bien particulières.

Peu après la conclusion de l'armistice, M. Millière, un des représentants de Paris à l'Assemblée nationale, fusillé depuis sur l'ordre exprès de Jules Favre, publiait une série de documents juridiques authentiques prouvant que Jules Favre, qui vivait en concubinage avec la femme d'un ivrogne résidant à Alger, était, grâce à l'élaboration de faux des plus audacieux échelonnés sur de nombreuses années, parvenu à s'emparer, au nom de ses enfants adultérins, d'une succession importante qui avait fait de lui un homme riche et que, dans un procès intenté par les héritiers légitimes, il n'avait échappé au scandale que grâce à la connivence des tribunaux bonapartistes. Comme de ces documents juridiques pleins de sécheresse on ne pouvait se débarrasser, même à grands renforts de rhétorique, Jules Favre, pour la première fois de sa vie, tint sa langue, attendant silencieusement l'explosion de la guerre civile, pour alors dénoncer avec frénésie le peuple de Paris comme une bande de forçats échappés, en pleine révolte contre la famille, la religion, l'ordre et la propriété. Ce même faussaire avait à peine accédé au pouvoir après le 4 septembre, que par sympathie il mettait en liberté Pic et Taillefer condamnés pour faux, même sous l'Empire, dans la scandaleuse affaire de l'Étendard. Un de ces hommes, Taillefer, ayant osé retourner à Paris sous la Commune, fut sur-le-champ remis en prison; et là-dessus Jules Favre de s'exclamer à la tribune de l'Assemblée nationale que Paris mettait en liberté tout son gibier de potence.

Ernest Picard, ce Falstaff du gouvernement de la Défense nationale, qui se nomma lui-même ministre de l'intérieur de la République, après s'être vainement évertué à devenir ministre de l'intérieur de l'Empire, est le frère d'un certain Arthur Picard, individu chassé de la Bourse de Paris comme escroc (voir le rapport de la préfecture de police en date du 13 juillet 1867), et convaincu, sur son propre aveu, d'un vol de 300 000 francs alors qu'il était directeur d'une des succursales de la Société générale, 5, rue Palestro (voir le rapport de la préfecture de police du 11 décembre 1868). Cet Arthur Picard fut fait, par Ernest Picard, directeur de son journal L'Électeur libre. Tandis que le commun des courtiers en bourse était égaré par les mensonges officiels du journal du ministre, Arthur faisait la navette entre l'intérieur et la Bourse pour y escompter les désastres des armées françaises. Toute la correspondance financière de ce digne couple de frères tomba entre les mains de la Commune.

Jules Ferry, avocat sans le sou avant le 4 septembre, réussit comme maire de Paris pendant le siège, à tirer par escroquerie une fortune de la famine. Le jour où il aurait à rendre compte de sa mauvaise administration serait aussi celui de sa condamnation.

Ces hommes, donc, ne pouvaient trouver que dans les ruines de Paris leur billet d'élargissement conditionnel [2], ils étaient bien les hommes mêmes qu'il fallait à Bismarck. Quelques tours de passe-passe, et Thiers, jusque-là le conseiller secret du gouvernement, apparut à sa tête avec ses élargis pour ministres.

Thiers, ce nabot monstrueux, a tenu sous le charme la bourgeoisie française pendant plus d'un demi-siècle, parce qu'il est l'expression intellectuelle la plus achevée de sa propre corruption de classe. Avant de devenir homme d'État il avait déjà fait la preuve, comme historien, de sa maîtrise dans le mensonge. La chronique de sa vie publique est l'histoire des malheurs de la France. Allié des républicains avant 1830, il se faufile au ministère sous Louis-Philippe, en trahissant son protecteur, Laffitte. Il s'insinue dans les bonnes grâces du roi en provoquant des émeutes contre le clergé, au cours desquelles l'église Saint-Germain-l'Auxerrois et l'archevêché furent pillés, et en se faisant l'espion-ministre, puis l'accoucheur-geôlier de la duchesse de Berry. Le massacre des républicains, rue Transnonain  [3], et les infâmes lois de septembre contre la presse et le droit d'association, qui l'ont suivi, furent tous deux son oeuvre. Quand il reparut comme président du Conseil en mars 1840, il étonna la France par son plan de fortifications de Paris. Aux républicains, qui dénonçaient ce plan comme un complot perfide contre la liberté de Paris, il répliqua, de la tribune de la Chambre des députés :

    Eh quoi ! s'imaginer que des fortifications puissent jamais mettre la liberté en péril! Et d'abord, on calomnie un gouvernement, quel qu'il soit, quand on suppose qu'il puisse un jour tenter de se maintenir en bombardant la capitale... Mais ce gouvernement-là serait cent fois plus impossible après sa victoire.

Certes, aucun gouvernement n'aurait jamais osé tourner contre Paris le feu de ses forts, si ce n'est le gouvernement même qui avait au préalable livré ces forts aux Prussiens.

Quand le roi Bomba se fit la main sur Palerme en janvier 1848, Thiers, depuis longtemps sans portefeuille, surgit à nouveau à la Chambre des députés.

    Vous savez, Messieurs, ce qui se passe à Palerme : vous avez tous tressailli d'horreur [parlementairement parlant] en apprenant que, pendant quarante-huit heures, une grande ville a été bombardée. Par qui ? Était-ce par un ennemi étranger, exerçant les droits de la guerre ? Non, Messieurs, par son propre gouvernement. Et pourquoi ? Parce que cette ville infortunée réclamait ses droits. Eh bien, pour avoir réclamé ses droits, Palerme eut quarante-huit heures de bombardement ! Permettez-moi d'en appeler à l'opinion européenne. C'est rendre un service à l'humanité que de venir, du haut de la plus grande tribune peut-être de l'Europe, faire retentir des paroles [des paroles en effet] d'indignation contre de tels actes... Quand le régent Espartero, qui avait rendu des services à son pays [ce que M. Thiers, lui, n'a jamais fait], prétendit, pour réprimer l'insurrection, bombarder Barcelone, il s'éleva de toutes les parties du monde un grand cri d'indignation.

Dix-huit mois plus tard, M. Thiers était parmi les plus farouches défenseurs du bombardement de Rome par une armée française [4]. En fait, le roi Bomba ne semble avoir eu d'autre tort que de limiter son bombardement à quarante-huit heures.

Quelques jours avant la Révolution de février, irrité du long exil loin du pouvoir et de ses bénéfices, auquel l'avait condamné Guizot, et flairant dans l'air l'odeur d'un soulèvement populairm prochain, Thiers, dans ce style pseudo-héroïque qui lui a valu le surnom de Mirabeau-mouche, déclara à la Chambre des députés :

    Je suis du parti de la révolution, non seulement en France, mais en Europe. Je souhaite que le gouvernement de la révolution reste entre les mains des modérés; mais si le gouvernement tombait entre les mains des ardents, fût-ce des radicaux, malgré cela je n'abandonnerais pas ma cause. Je serais toujours du parti de la révolution.

Survint la Révolution de février. Au lieu de remplacer le cabinet Guizot par un cabinet Thiers, comme le petit homme l'avait rêvé, elle remplaça Louis-Philippe par la république. Au premier jour de la victoire populaire, il se cacha soigneusement, oubliant que le mépris des travailleurs le mettait à l'abri de leur haine. Pourtant, avec son courage légendaire, il continua de fuir la scène publique, jusqu'à ce que les massacres de juin l'eussent nettoyée pour son genre d'activité. Alors, il devint le cerveau dirigeant du « parti de l'ordre » et de la République parlementaire, cet inter-règne anonyme pendant lequel toutes les factions rivales de la classe dirigeante conspiraient ensemble pour écraser le peuple, et l'une contre l'autre pour restaurer chacune la monarchie de son choix. Alors, comme aujourd'hui, Thiers dénonçait les républicains comme le seul obstacle à la consolidation de la république; alors, comme aujourd'hui, il parlait à la république comme le bourreau à Don Carlos : « Je vais te tuer, mais c'est pour ton bien ». Aujourd'hui, comme alors, il pourra s'écrier au lendemain de sa victoire : «L'empire est fait!» En dépit de ses hypocrites homélies sur les «libertés nécessaires» et de sa rancune personnelle contre Louis Bonaparte qui avait fait de lui sa dupe et flanqué dehors le parlementarisme, - et hors de son atmosphère factice, ce petit homme, il le sait bien, se ratatine et rentre dans le néant, - Thiers a trempé dans toutes les infamies du Second Empire, de l'occupation de Rome par les troupes françaises, jusqu'à la guerre avec la Prusse, à laquelle il poussa par ses farouches invectives contre l'unité allemande, - non pas parce qu'elle servirait de façade au despotisme prussien, mais parce qu'elle serait une atteinte au droit traditionnel de la France au morcellement de l'Allemagne. Aimant à brandir à la face de l'Europe, avec ses bras de nain, l'épée de Napoléon 1er dont il était devenu le cireur de bottes historique  [5], sa politique étrangère a toujours eu pour couronnement l'humiliation totale de la France, depuis la Convention de Londres en 1841 jusqu'à la capitulation de Paris en 1871 et à la guerre civile actuelle où il lance contre Paris les prisonniers de Sedan et de Metz avec la haute autorisation de Bismarck. Malgré la souplesse de son talent et l'inconstance des desseins qu'il poursuit, cet homme a été enchaîné sa vie entière à la routine la plus fossile. Il est évident que les courants profonds de la société moderne devaient lui demeurer à jamais cachés; mais même les changements les plus manifestes à sa surface répugnaient à une cervelle dont toute la vitalité s'était réfugiée dans la langue. Aussi ne se lassa-t-il jamais de dénoncer comme un sacrilège tout écart du désuet système du protectionnisme français [6]. Ministre de Louis-Philippe, il dénigra les chemins de fer comme une folle chimère; et, plus tard, dans l'opposition sous Louis Bonaparte, il stigmatisa comme une profanation toute tentative pour réformer le système pourri de l'armée française. Jamais, au cours de sa longue carrière politique, il ne s'est rendu coupable d'une seule mesure, si minime fût-elle, de quelque utilité pratique. Thiers n'a été conséquent que dans son avidité de richesse, et dans sa haine des hommes qui la produisent. Entré pauvre comme Job dans son premier ministère sous Louis-Philippe, il le quitta millionnaire. Son dernier ministère sous le môme roi (celui du 1er mars 1840) l'exposa à des accusations publiques de concussion à la Chambre des députés, auxquelles il se contenta de répondre par des larmes, denrée qu'il prodigue avec autant de facilité que Jules Favre ou tout autre crocodile. A Bordeaux, sa première mesure pour sauver la France d'une ruine financière imminente fut de se doter lui-même de trois millions par an, premier et dernier mot de la «république économe», qu'il avait fait miroiter à ses électeurs de Paris en 1869. Un de ses anciens collègues à la Chambre des députés de 1830, capitaliste lui-même et néanmoins membre dévoué de la Commune, M. Beslay, apostrophait dernièrement Thiers dans une affiche publique :

    L'asservissement du travail au capital a toujours été la pierre angulaire de votre politique, et depuis le jour où vous avez vu la république du travail installée à l'Hôtel de Ville, vous n'avez jamais cessé de crier à la France : Ce sont des criminels!

Passé maître dans la petite fripouillerie politique, virtuose du parjure et de la trahison, rompu à tous les bas stratagèmes, aux expédients sournois et aux viles perfidies de la lutte des partis au parlement, toujours prêt, une fois chassé du ministère, à allumer une révolution, pour l'étouffer dans le sang une fois qu'il y est revenu avec des préjugés de classe en guise d'idées, de la vanité en guise de coeur menant une vie privée aussi abjecte que sa vie publique est méprisable, - il ne peut s'empêcher, même maintenant où il joue le rôle d'un Sylla français, de rehausser l'abomination de ses actes par le ridicule de ses fanfaronnades.

La capitulation de Paris, en livrant à la Prusse non seulement Paris, mais la France entière, a clos la longue série d'intrigues et de trahisons avec l'ennemi que les usurpateurs du 4 septembre avaient inaugurée, comme Trochu en personne l'avait dit, le soir même. D'autre part, elle ouvrait la guerre civile qu'ils allaient maintenant engager avec l'aide de la Prusse contre la république et Paris. Le traquenard était tendu dans les clauses mêmes de la capitulation. A ce moment, plus d'un tiers du territoire était aux mains de l'ennemi, la capitale était coupée des départements, toutes les communications étaient désorganisées. Élire dans de telles circonstances une véritable représentation de la France était impossible sans prendre largement le temps nécessaire aux préparatifs. C'est précisément pourquoi la capitulation stipula qu'une Assemblée nationale devait être élue dans les huit jours, de sorte qu'en bien des parties de la France la nouvelle des élections à faire n'arriva qu'à la veille du scrutin. En outre, cette assemblée, selon une clause expresse de la capitulation, ne devait être élue que dans le seul but de décider de la paix ou de la guerre, et, éventuellement, de conclure un traité de paix. La population ne pouvait pas ne pas sentir que les termes mêmes de l'armistice rendaient la continuation de la guerre impossible, et que, pour ratifier la paix imposée par Bismarck, les pires hommes de France étaient les meilleurs. Mais, non content de toutes ces précautions, Thiers, avant même que le secret de l'armistice ait été divulgué dans Paris, était parti en tournée électorale à travers les départements pour y galvaniser et y rappeler à la vie le Parti légitimiste, qui devait désormais, à côté des orléanistes, prendre la place des bonapartistes, que l'on n'eût pas tolérés. Il n'en avait pas peur. Impossibles comme gouvernants de la France moderne, et par suite, rivaux méprisables, pouvait-il y avoir, comme instrument de la réaction, un parti préférable à celui dont l'action, suivant les paroles de Thiers lui-même (Chambre des députés, 5 janvier 1833) « s'était toujours confinée aux trois ressources de l'invasion étrangère, de la guerre civile et de l'anarchie ? ». Ils croyaient vraiment, ces légitimistes, à l'avènement de ce millénaire rétrospectif si longtemps attendu. Il y avait la France sous la botte de l'invasion étrangère; il y avait la chute d'un empire, et la captivité d'un Bonaparte; enfin, il y avait eux-mêmes. La roue de l'histoire avait visiblement tourné à l'envers pour s'arrêter à la « Chambre introuvable » de 1816. Dans les Assemblées de la République, de 1848 à 1851, ils avaient été représentés par leurs champions parlementaires, instruits et exercés; c'étaient les simples soldats du parti qui s'y ruaient maintenant : tous les Pourceaugnacs de France.

Dès que cette Assemblée de « ruraux »  [7] se fut réunie à Bordeaux, Thiers lui fit entendre nettement que les préliminaires de paix devaient être agréés sur-le-champ, sans même avoir les honneurs d'un débat parlementaire; à cette condition seulement la Prusse leur permettrait d'ouvrir les hostilités contre la république et Paris, sa place forte. La contre-révolution, en effet, n'avait pas de temps à perdre. Le second Empire avait plus que doublé la dette nationale et lourdement endetté toutes les grandes villes. La guerre avait enflé les charges d'une manière effrayante et ravagé sans pitié les ressources de la nation. Pour compléter la ruine, le Shylock prussien était là, exigeant l'entretien d'un demi-million de ses soldats sur le sol français, son indemnité de cinq milliards et l'intérêt à 5 % des échéances en retard. Qui allait payer la note ? Ce n'est qu'en renversant la république par la violence, que ceux qui s'appropriaient la richesse pouvaient espérer faire supporter aux producteurs de cette richesse les frais d'une guerre qu'ils avaient eux-mêmes provoquée. Ainsi, c'est précisément l'immense ruine de la France qui poussait ces patriotiques représentants de la propriété terrienne et du capital, sous les yeux mêmes et sous la haute protection de l'envahisseur, à greffer sur la guerre étrangère une guerre civile, une rébellion de négriers.

Barrant la route au complot, il y avait un grand obstacle : Paris. Désarmer Paris était la première condition du succès. Paris fut donc sommé par Thiers de rendre ses armes. Puis Paris fut harcelé par les frénétiques manifestations anti-républicaines de l'Assemblée «des ruraux» et par les déclarations équivoques de Thiers lui-même sur le statut légal de la république; parla menace de décapiter et de décapitaliser Paris; la nomination d'ambassadeurs orléanistes; les lois de Dufaure sur les échéances commerciales et les loyers, qui menaçaient de ruine le commerce et l'industrie parisiens; la taxe de Pouyer-Quertier, de deux centimes sur chaque exemplaire de toutes les publications quelles qu'elles soient; les sentences de mort contre Blanqui et Flourens; la suppression des journaux républicains; le transfert de l'Assemblée nationale à Versailles; le renouvellement de l'état de siège proclamé par Palikao, et aboli le 4 septembre; la nomination de Vinoy, le décembriseur, comme gouverneur de Paris, celle de Valentin, le gendarme de l'empire, comme préfet de police, enfin celle de d'Aurelle de Paladines, le général jésuite, comme commandant en chef de la garde nationale.

Et maintenant, nous avons une question à poser à M. Thiers et aux hommes de la Défense nationale, ses sous-ordres. On sait que, par l'entremise de M. Pouyer-Quertier, son ministre des Finances, Thiers avait contracté un emprunt de deux milliards, payable immédiatement. Eh bien, est-il vrai ou non :

1º Que l'affaire était arrangée de telle sorte qu'un pot-de-vin de plusieurs centaines de millions tombât dans les poches de Thiers, Jules Favre, Ernest Picard, Pouyer-Quertier et Jules Simon ?

2º Qu'il ne serait fait de versement, qu'après la « pacification » de Paris ?

En tout cas il faut que la chose ait été très urgente, car Thiers et Jules Favre, au nom de la majorité de l'Assemblée de Bordeaux, sollicitèrent sans vergogne l'occupation de Paris par les troupes prussiennes. Mais cela n'entrait pas dans le jeu de Bismarck, comme il le dit publiquement et en ricanant, aux philistins admiratifs de Francfort, à son retour en Allemagne.

Notes

[1] Voici cette lettre, en date du 12 décembre 1870 :
Mon cher Suzanne,
Je n'ai pas trouvé, au nombre des jeunes auxiliaires, votre protégé Hetzel, mais seulement un M. Hessel. Est-ce de celui-là qu'il s'agit ?
Dites-moi franchement ce que vous désirez, et je le ferai. Je le prendrai à mon état-major, où il s'embêtera, n'ayant rien à faire, ou bien je l'enverrai au Mont Valérien, où il courra moins de danger qu'à Paris (ceci pour les parents) et où il aura l'air de tirer le canon, parce qu'il le tirera en l'air, selon la méthode Noël. Déboutonnez-vous, la bouche, bien entendu.
GUIOD.
Le Noël, qui avait l'air de tirer le canon parce qu'il le tirait en l'air, commandait, pendant le siège, le mont Valérien.

[2] Leur billet d'élargissement conditionnel. Le texte anglais porte : tickets-of leave, expression qui désigne des sortes de permis de séjour que les prisonniers libérés avant terme reçoivent en Angleterre et qu'ils doivent périodiquement présenter à la police. Cette expression est reprise plusieurs fois par Marx dans la suite. De plus, il désigne plusieurs fois les ministres de Thiers par la formule : tickets-of leave men, que nous traduisons en conséquence par les « élargis ».

[3] Répression féroce du soulèvement des républicains-démocrates en 1834, à Paris, suivie d'un massacre de la population sans armes, femmes et enfants compris.

[4] Une armée française fut envoyée en avril 1849 pour protéger le pape contre la Révolution italienne.
Le bombardement de Rome fut une violation scandaleuse de la Constitution française qui stipulait que la république n'emploierait jamais la force à l'écrasement de la liberté d'un peuple quel qu'il soit.

[5] Les principaux ouvrages historiques de Thiers sont l'Histoire de la Révolution française et l'Histoire du Consulat et de l'Empire.

[6] En France, le système protectionniste était caractérisé par des taxes élevées sur les marchandises (par exemple, la fonte anglaise était grevée d'une taxe de 70 p. 100, le fer, de 105 p. 100 de son prix). Il en est résulté que nombre de marchandises, que l'on ne savait pas fabriquer en France, avaient complètement disparu du marché.

[7] L'Assemblée nationale inaugurée à Bordeaux le 13 février était composée, en majeure partie, de monarchistes avérés (sur 750 députés, 450 monarchistes), représentants des grands propriétaires terriens et des couches réactionnaires des villes et surtout des campagnes. De là, l'appellation d' « Assemblée de ruraux ».
suite


La guerre civile en France
Association Internationale des Travailleurs
2

Paris en armes était le seul obstacle sérieux sur la route du complot contre-révolutionnaire. Il fallait donc désarmer Paris. Sur ce point, l'Assemblée de Bordeaux était la sincérité même. Si la rugissante clameur de ses ruraux n'avait pas suffi à se faire entendre, la remise par Thiers de Paris à la tendre sollicitude du triumvirat - Vinoy, le décembriseur, Valentin, le gendarme bonapartiste, et d'Aurelle de Paladines, le général jésuite - aurait dissipé jusqu'au dernier doute. Alors même qu'ils affichaient insolemment le véritable but du désarmement de Paris, les conspirateurs lui demandèrent de déposer ses armes sous un prétexte qui était le plus criant, le plus effronté de{ mensonges. L'artillerie de la garde nationale, disait Thiers, appartient à l'État, et c'est à l'État qu'elle doit faire retour. La vérité, la voici : du jour de la capitulation, par laquelle les prisonniers de Bismarck avaient livré la France au chancelier prussien, en se réservant une garde nombreuse dans le dessein exprès de mater la capitale, Paris se tenait sur le qui-vive. La garde nationale se réorganisa et confia le commandement suprême à un Comité central élu par l'ensemble du corps, à l'exception de quelques débris de l'ancienne formation bonapartiste. A la veille de l'entrée des Prussiens dans Paris, le Comité central assura le transport à Montmartre, Belleville et La Villette, des canons et mitrailleuses traîtreusement abandonnés par les capitulards dans les quartiers que les Prussiens allaient occuper et leurs abords. Cette artillerie provenait des souscriptions de la garde nationale. Elle avait été officiellement reconnue comme sa propriété privée dans la capitulation du 28 janvier, et à ce titre elle avait été exceptée de la reddition générale, entre les mains du vainqueur, des armes appartenant au gouvernement. Et Thiers était si entièrement dépourvu de tout prétexte, si léger fût-il, pour engager la guerre contre Paris, qu'il lui fallut recourir au mensonge flagrant : l'artillerie de la garde nationale était, disait-il, propriété de l'État!

La saisie de son artillerie ne devait que servir de prélude au désarmement général de Paris. Du même coup, devait être désarmée la révolution du 4 septembre. Mais cette révolution était devenue le régime légal de la France. La république, son œuvre, était reconnue par le vainqueur dans les termes mêmes de la capitulation. Après la capitulation, elle avait été reconnue par toutes les puissances étrangères, et c'est en son nom que l'Assemblée nationale avait été convoquée. La révolution des travailleurs de Paris du 4 septembre était le seul titre légal de l'Assemblée nationale, siégeant à Bordeaux et de son exécutif. Sans le 4 septembre, l'Assemblée nationale, aurait dû sur-le-champ laisser la place au Corps législatif élu en 1869 au suffrage universel sous un régime français et non prussien, et dispersé de force par la révolution. Thiers et ses « élargis » auraient dû capituler devant Louis Bonaparte, afin d'obtenir de lui des sauf-conduits leur épargnant un voyage à Cayenne. Les pouvoirs de l'Assemblée nationale n'étaient que ceux d'un notaire chargé d'arrêter les termes de la paix avec la Prusse. Elle n'était qu'un incident dans cette révolution, dont la véritable incarnation était toujours le Paris armé, Paris qui l'avait faite, Paris qui avait subi pour elle un siège de cinq mois, avec les horreurs de la famine, et qui, en prolongeant sa résistance, en dépit du « plan » de Trochu, avait fait d'elle la base d'une guerre de défense acharnée en province. Et maintenant, ou bien Paris devait déposer ses armes sur l'outrageante injonction des négriers rebelles de Bordeaux, et reconnaître que sa révolution du 4 septembre ne signifiait rien d'autre qu'un simple transfert de pouvoir de Louis Bonaparte à ses concurrents royaux; ou bien il devait s'affirmer le champion dévoué jusqu'au sacrifice de la France, qu'il était impossible de sauver de la ruine et de régénérer, sans un renversement révolutionnaire des conditions politiques et sociales qui avaient engendré le second Empire et qui, sous sa tutelle protectrice, avaient mûri jusqu'au complet pourrissement. Paris, encore amaigri par une famine de cinq mois, n'hésita pas un instant. Il zésolut héroïquement de courir tous les dangers d'une résistance aux conspirateurs français, bravant jusqu'à la menace des canons prussiens braqués sur lui dans ses propres forts. Toutefois, dans son horreur de la guerre civile où Paris allait être entraîné, le Comité central garda la même attitude purement défensive, en dépit des provocations de l'Assemblée, des usurpations de l'exécutif, et d'une menaçante concentration de troupes dans Paris et ses environs.

C'est Thiers qui ouvrit donc la guerre civile en envoyant Vinoy à la tête d'une foule de sergents de ville et de quelques régiments de ligne, en expédition nocturne contre Montmartre, pour y saisir par surprise l'artillerie de la garde nationale. On sait comment cette tentative échoua devant la résistance de la garde nationale et la fraternisation de la ligne avec le peuple. D'Aurelle de Paladines avait fait imprimer d'avance son bulletin de victoire, et Thiers tenait toutes prêtes les affiches annonçant ses mesures de coup d'État. Tout cela dut être remplacé par des appels de Thiers, proclamant sa décision magnanime de laisser la garde nationale en possession de ses armes; il se tenait pour certain, disait-il, qu'elle les utiliserait pour se rallier au gouvernement contre les rebelles. Sur les 300.000 gardes nationaux, 300 seulement répondirent à cet appel les invitant à s'allier au petit Thiers contre eux-mêmes. La glorieuse révolution ouvrière du 18 mars établit sa domination incontestée sur Paris. Le Comité central fut son gouvernement provisoire. L'Europe sembla pour un moment se demander si ses récents et sensationnels hauts faits en politique et dans la guerre avaient l'ombre d'une réalité, ou s'ils n'étaient que les rêves d'un passé depuis longtemps révolu.

Du 18 mars à l'entrée des troupes de Versailles à Paris, la révolution prolétarienne resta si exempte des actes de violence qui abondent dans les révolutions, et bien plus encore dans les contre-révolutions des « classes supérieures », que ses adversaires ne trouvent pas matière à exhaler leur indignation, si ce n'est l'exécution des généraux Lecomte et Clément Thomas, et l'affaire de la place Vendôme.

L'un des officiers bonapartistes engagés dans l'attaque nocturne contre Montmartre, le général Lecomte, avait, par quatre fois, ordonné au 81e régiment de ligne de faire feu sur des civils sans armes, place Pigalle, et, sur le refus de ses hommes, les avait furieusement insultés. Au lieu de fusiller femmes et enfants, ses hommes le fusillèrent, lui. Les habitudes invétérées acquises par les soldats à l'école des ennemis de la classe ouvrière ne vont pas, sans doute, changer à l'instant même où ces soldats passent aux côtés de celle-ci. Les mêmes hommes exécutèrent aussi Clément Thomas.

Le « général » Clément Thomas, un ex-maréchal des logis mécontent, s'était, dans les derniers temps du règne de Louis-Philippe, fait enrôler à la rédaction du journal républicain Le National pour y servir au double titre d'homme de paille (gérant responsable) et de duelliste commissionné de ce journal très batailleur. Après la Révolution de février, les hommes du National, ayant accédé au pouvoir, métamorphosèrent cet ancien maréchal des logis en général. C'était à la veille de la boucherie de juin, dont, comme Jules Favre, il fut un des sinistres instigateurs et dont il devint un des plus lâches bourreaux. Puis, ils disparurent, lui et son titre de général, pendant longtemps, pour revenir sur l'eau le 1er novembre 1870. La veille [1], le « gouvernement de la Défense », fait prisonnier à l'Hôtel de Ville, avait solennellement donné sa parole à Blanqui, à Flourens et à d'autres représentants de la classe ouvrière, d'abdiquer son pouvoir usurpé entre les mains d'une commune qui serait librement élue à Paris. Au lieu de tenir sa promesse, il lâcha sur Paris les Bretons de Trochu, qui remplaçaient maintenant les Corses de Bonaparte. Seul, le général Tamisier, refusant de souiller son nom par un tel parjure, se démit du commandement en chef de la garde nationale et, à sa place, Clément Thomas redevint général. Pendant toute la durée de son commandement, il fit la guerre non aux Prussiens, mais à la garde nationale de Paris. Il en empêcha l'armement général, excita les bataillons bourgeois contre les bataillons ouvriers, élimina les officiers hostiles au « plan » de Trochu et licencia, sous l'accusation infamante de lâcheté, ces mêmes bataillons prolétariens dont l'héroïsme a maintenant forcé l'admiration de leurs ennemis les plus acharnés. Clément Thomas se sentait tout fier d'avoir reconquis ses galons de juin 1848, comme ennemi personnel de la classe ouvrière de Paris. Quelques jours encore avant le 18 mars, il soumettait au ministre de la Guerre, Le Flô, un plan de son cru pour « en finir avec la fine fleur de la canaille parisienne ». Après la déroute de Vinoy, il ne put se défendre d'entrer en lice en qualité d'espion amateur. Le Comité central et les travailleurs de Paris furent tout juste aussi responsables de l'exécution de Clément Thomas et de Lecomte, que la princesse de Galles du sort des gens écrasés dans la foule le jour de son entrée à Londres.

Le prétendu massacre de citoyens sans armes place Vendôme est un mythe dont M. Thiers et les ruraux n'ont absolument pas voulu dire un mot à l'Assemblée, s'en remettant exclusivement pour le diffuser à la valetaille du journalisme européen. Les « hommes d'ordre », les réactionnaires de Paris, tremblèrent à la victoire du 18 mars. Pour eux, c'était le signal du châtiment populaire qui arrivait enfin. Les spectres des victimes, assassinées sur leur, ordre, depuis les jours de juin 1848 jusqu'au 22 janvier 1871  [2], se dressaient devant eux. Leur panique fut leur seule punition. Même les sergents de ville, au lieu d'être désarmés et mis sous les verrous comme on aurait dû le faire, trouvèrent les portes de Paris grandes ouvertes pour aller se mettre en sûreté à Versailles. Les hommes d'ordre non seulement ne furent pas molestés, mais ils eurent la faculté de se rassembler et d'occuper plus d'une position forte au centre même de Paris. Cette indulgence du Comité central, cette magnanimité des ouvriers armés, contrastant si singulièrement avec les habitudes du « parti de l'ordre», celui-ci les interpréta à tort comme des symptômes d'un sentiment de faiblesse. D'où son plan stupide d'essayer, sous le couvert d'une manifestation sans armes, ce que Vinoy n'avait pas réussi avec ses canons et ses mitrailleuses. Le 22 mars, un cortège séditieux de messieurs « du beau monde » quitta les quartiers élégants avec dans ses rangs tous les « petits crevés » et à sa tête les familiers notoires de l'Empire, les Hockeren, les Coëtlogon, les Henry de Pène, etc. Sous le lâche prétexte d'une manifestation pacifique, mais portant en secret des armes meurtrières, cette bande se forma en ordre de marche, maltraita et désarma les sentinelles et les patrouilles de la garde nationale qu'elle rencontra sur son passage, et, débouchant de la rue de la Paix sur la place Vendôme aux cris de : « A bas le Comité central! A bas les assassins! Vive l'Assemblée nationale ! », elle tenta de forcer les postes de garde en faction et d'enlever par surprise le quartier général de la garde nationale, qu'ils protégeaient. En réponse aux coups de revolver de la bande, les sommations régulières furent faites, et, comme elles se montraient sans effet, le général de la garde nationale commanda le feu. Une seule salve dispersa, en une fuite éperdue, les stupides freluquets qui espéraient que la simple exhibition de leur « honorable société » aurait le même effet sur la révolution de Paris que les trompettes de Josué sur les murs de Jéricho. Les fuyards laissaient derrière eux deux gardes nationaux tués, neuf grièvement blessés (parmi lesquels un membre du Comité central), et tout le théâtre de leurs exploits jonché de revolvers, de poignards et de cannes-épées, qui prouvaient bien le caractère « pacifique» de leur manifestation « sans armes ». Quind le 13 juin 1849, la garde nationale parisienne avait fait une manifestation réellement pacifique pour protester contre la félonie de l'assaut donné à Rome par les troupes françaises, Changarnier, alors général du parti de l'ordre, fut acclamé par l'Assemblée nationale, et particulièrement par M. Thiers, comme le sauveur de la société, pour avoir lancé ses troupes de tous côtés sur ces hommes sans armes, avec l'ordre de les abattre et de les sabrer, et de les fouler sous les pieds des chevaux. Paris, alors, fut mis en état de siège; Dufaure fit voter en toute hâte par l'Assemblée de nouvelles lois de répression. De nouvelles arrestations, de nouvelles proscriptions, une nouvelle Terreur s'instaurèrent. Mais les « classes inférieures » s'y prennent autrement en ces matières. Le Comité central de 1871 ignora tout simplement la « manifestation pacifique », si bien que deux jours après seulement, ils furent en état de se rassembler sous les ordres de l'amiral Saisset, pour cette démonstration armée, que couronna le fameux sauve-qui-peut à Versailles. Dans sa répugnance à accepter la guerre civile engagée par Thiers avec sa tentative d'effraction nocturne à Montmartre, le Comité central commit, cette fois, une faute décisive en ne marchant pas aussitôt sur Versailles, alors entièrement sans défense, et en mettant ainsi fin aux complots de Thiers et de ses ruraux. Au lieu de cela, on permit encore au parti de l'ordre d'essayer sa force aux urnes, le 26 mars, jour de l'élection de la Commune. Ce jour-là, dans les mairies de Paris, ses membres échangèrent de douces paroles de réconciliation avec leurs trop généreux vainqueurs, en grommelant du fond du cœur le serment de les exterminer en temps et lieu.

Maintenant, considérez le revers de la médaille. Thiers ouvrit sa seconde campagne contre Paris au commencement d'avril. Le premier convoi de prisonniers parisiens amené à Versailles fut l'objet d'atrocités révoltantes, tandis qu'Ernest Picard, les mains dans les poches, rôdait autour d'eux en se gaussant et que Mmes Thiers et Favre, au milieu de leurs dames d'honneur, applaudissaient, de leur balcon, aux infamies de la tourbe versaillaise. Les hommes de ligne capturés furent froidement exécutés; notre vaillant ami, le général Duval, le fondeur en fer, fut fusillé sans autre forme de procès. Galliffet, le souteneur de sa femme, si célèbre par ses exhibitions éhontées dans les orgies du second Empire, s'est vanté dans une proclamation d'avoir ordonné le meurtre d'une petite troupe de gardes nationaux avec leur capitaine et leur lieutenant, surpris et désarmés par ses chasseurs. Vinoy, le fuyard, fut nommé grand-croix de la Légion d'honneur par Thiers, pour son ordre du jour enjoignant d'abattre tout soldat de la ligne pris dans les rangs des fédérés. Desmarets, le gendarme, fut décoré pour avoir traîtreusement, comme un boucher, mis en pièces le chevaleresque et généreux Flourens qui avait sauvé les têtes du gouvernement de la Défense le 31 octobre 1870. Les « détails réconfortants» de cet assassinat furent complaisamment développés par Thiers à l'Assemblée nationale. Avec la vanité suffisante d'un Tom Pouce parlementaire, admis à jouer le rôle d'un Tamerlan, il refusa aux rebelles à Sa Petitesse toutes les garanties de la guerre entre civilisés et jusqu'au droit de neutralité pour les ambulances. Rien de plus horrible que ce singe, déjà pressenti par Voltaire, autorisé pour un moment à donner libre cours à ses instincts de tigre.

Après le décret de la Commune du 7 avril, ordonnant des représailles et déclarant qu'il était de son devoir « de protéger Paris contre les exploits de cannibales des bandits de Versailles et de rendre oeil pour oeil et dent pour dent», Thiers n'arrêta pas pour autant le traitement barbare des prisonniers. Il les insulta, de surcroît, dans ses bulletins - « Jamais, écrit-il, figures plus dégradées d'une démocratie avilie n'affligèrent les regards des honnêtes gens » - honnêtes comme Thiers lui-même et ses « élargis » ministériels. Toutefois, pendant quelque temps, les exécutions de prisonniers furent suspendues. Mais à peine Thiers et ses généraux décembriseurs furent-ils avisés que même leurs espions de la gendarmerie pris dans Paris sous le déguisement de gardes nationaux, même les sergents de ville pris avec des bombes incendiaires sur eux, étaient épargnés [3], à peine s'aperçurent-ils que le décret de la Commune sur les représailles n'était qu'une menace vaine, que les exécutions en masse de prisonniers furent reprises et poursuivies sans interruption jusqu'à la fin. Des maisons où des gardes nationaux s'étaient réfugiés furent entourées de gendarmes, arrosées avec du pétrole (lequel apparaît ici pour la première fois) et incendiées; les cadavres à demi carbonisés étaient enlevés ensuite par l'ambulance de la Presse, établie aux Ternes. Quatre gardes nationaux qui s'étaient rendus à une troupe de chasseurs à cheval à la Belle-Épine, le 25 avril, furent abattus après coup, l'un après l'autre, par le capitaine, digne émule de Galliffet. Une de ses quatre victimes, Scheffer, laissée pour morte, revint en rampant aux avant-postes parisiens et déposa sur ce fait devant une commission de la Commune. Quand Tolain interpella le ministre de la Guerre sur le rapport de cette commission, les ruraux couvrirent sa voix de leurs cris et interdirent à Le Flô de répondre. C'eût été une insulte à leur « glorieuse » armée que de parler de ses hauts faits. Le ton désinvolte sur lequel les bulletins de Thiers annonçaient le massacre à la baïonnette des fédérés surpris dans leur sommeil au Moulin-Saquet et les exécutions en masse de Clamart irrita même les nerfs du Times de Londres, qui n'est vraiment pas hypersensible. Mais il serait ridicule aujourd'hui d'essayer d'énumérer les atrocités, simples préliminaires, commises par ceux qui ont bombardé Paris et fomenté une rébellion de négriers sous la protection du conquérant étranger. Au milieu de toutes ces horreurs, Thiers, oubliant ses jérémiades parlementaires sur la terrible responsabilité qui pèse sur ses épaules de nain, se vante que « l'Assemblée siège paisiblement » et démontre par ses perpétuelles orgies, tantôt avec les généraux décembriseurs, tantôt avec les princes allemands, que sa digestion n'est pas le moins du monde troublée, pas même par les spectres de Lecomte et de Clément Thomas.

Notes

[1] Le 31 octobre 1870, une tentative fut faite pour renverser le gouvernement de la Défense nationale et s'emparer du pouvoir. L'impulsion fut donnée au mouvement par les bruits d'armistice avec les Prussiens, de défaite de la garde nationale au Bourget (30 octobre) et de reddition de Metz. Guidés par les blanquistes, les gardes nationaux envahirent l'Hôtel de Ville, proclamèrent la destitution de l'ancien gouvernement et la formation d'un nouveau, qui devait organiser les élections à la Commune. Mais le nouveau gouvernement, qui ne s'appuyait pas sur les masses, se montra irrésolu et hésitant.
Il entra en pourparlers avec les membres arrêtés du gouvernement de la Défense nationale et en obtint un accord verbal pour la fixation des élections à la Commune (au 1er novembre) et pour une amnistie générale.
Sur ces entrefaites, des bataillons de gardes bourgeois arrivèrent, qui au matin du 1er novembre envahirent l'Hôtel de Ville et rétablirent le pouvoir du gouvernement de la Défense nationale.

[2] Le 22 janvier 1871, une nouvelle tentative fut faite pour renverser le gouvernement de la Défense nationale. La cause immédiate du soulèvement fut la défaite infligée à la garde nationale sous Buzenval (19 janvier 1871). A la suite de cette défaite, des bruits coururent sur l'armistice prochain et la nomination du général Vinoy comme gouverneur militaire de Paris. De même que l'insurrection du 31 octobre le soulèvement du 22 janvier se distingua par le manque de résolution, de cohésion et de liaison organique avec les masses. Pendant la répression du mouvement, il y eut 80 morts et blessés, parmi lesquels des femmes et des enfants.

[3] Déjà dans sa lettre à Kugelmann, du 12 avril 1871 Marx parle de ces erreurs fatales du Comité central.
suite
La guerre civile en France
Association Internationale des Travailleurs
3

À l'aube du 18 mars, Paris fut réveillé par ce cri de tonnerre : Vive la Commune! Qu'est-ce donc que la Commune, ce sphinx qui met l'entendement bourgeois à si dure épreuve ?

    Les prolétaires de la capitale, disait le Comité central dans son manifeste du 18 mars, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l'heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques... Le prolétariat... a compris qu'il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées, et d'en assurer le triomphe en s'emparant du pouvoir.

Mais la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l'appareil d'État  [1] et de le faire fonctionner pour son propre compte.

Le pouvoir centralisé de l'État, avec ses organes, partout présents : armée permanente, police, bureaucratie, clergé et magistrature, organes façonnés selon un plan de division systématique et hiérarchique du travail, date de l'époque de la monarchie absolue, où il servait à la société bourgeoise naissante d'arme puissante dans ses luttes contre le féodalisme. Cependant, son développement restait entravé par toutes sortes de lécombres moyenâgeux, prérogatives des seigneurs et des nobles, privilèges locaux, monopoles municipaux et corporatifs et Constitutions provinciales. Le gigantesque coup de balai de la Révolution française du XVIIIe siècle emporta tous ces restes des temps révolus, débarrassant ainsi, du même coup, le substrat social des derniers obstacles s'opposant à la superstructure de l'édifice de l'État moderne. Celui-ci fut édifié sous le premier Empire, qui était lui-même le fruit des guerres de coalition  [2] de la vieille Europe semi-féodale contre la France moderne. Sous les régimes qui suivirent, le gouvernement, xlacé sous contrôle parlementaire, c'est-à-dire sous le contrôle direct des classes possédantes, ne devint pas seulement la pépinière d'énormes dettes nationales et d'impôts écrasants; avec ses irrésistibles attraits, autorité, profits, places, d'une part il devint la pomme de discorde entre les factions rivales et les aventuriers des classes dirigeantes, et d'autre part son caractère politique changea conjointement aux changements économiques de la société. Au fur et à mesure que le progrès de l'industrie moderne développait, élargissait, intensifiait l'antagonisme de classe entre le capital et le travail, le pouvoir d'État prenait de plus en plus le caractère d'un pouvoir publie organisé aux fins d'asservissement social, d'un appareil de domination d'une classe. Après chaque révolution, qui marque un progrès de la lutte des classes, le caractère purement répressif du pouvoir d'État apparaît façon de plus en plus ouverte. La Révolution de 1830 transféra le gouvernement des propriétaires terriens aux capitalistes, des adversaires les plus éloignés des ouvriers à leurs adversaires les plus directs. Les républicains bourgeois qui, au nom de la Révolution de février, s'emparèrent du pouvoir d'État, s'en servirent pour provoquer les massacres de juin, afin de convaincre la classe ouvrière que la république « sociale », cela signifiait la république qui assurait la sujétion sociale, et afin de prouver à la masse royaliste des bourgeois et des propriétaires terriens qu'ils pouvaient en toute sécurité abandonner les soucis et les avantages financiers du gouvernement aux « républicains » bourgeois. Toutefois, après leur unique exploit héroïque de juin, il ne restait plus aux républicains bourgeois qu'à passer des premiers rangs à l'arrière-garde du « parti de l'ordre », coalition formée par toutes les fractions et factions rivales de la classe des appropriateurs dans leur antagonisme maintenant ouvertement déclaré avec les classes des producteurs. La forme adéquate de leur gouvernement en société par actions fut la « république parlementaire », avec Louis Bonaparte pour président, régime de terrorisme de classe avoué et d'outrage délibéré à la « vile multitude ». Si la république parlementaire, comme disait M. Thiers, était celle qui « les divisait [les diverses fractions de la classe dirigeante] le moins », elle accusait par contre un abîme entre cette classe et le corps entier de la société qui vivait en dehors de leurs rangs clairsemés. Leur union brisait les entraves que, sous les gouvernements précédents, leurs propres dissensions avaient encore mises au pouvoir d'État. En présence de la menace de soulèvement du prolétariat, la classe possédante unie utilisa alors le pouvoir de l'État, sans ménagement et avec ostentation comme l'engin de guerre national du capital contre le travail. Dans leur croisade permanente contre les masses productrices, ils furent forcés non seulement d'investir l'exécutif de pouvoirs de répression sans cesse accrus, mais aussi de dépouiller peu à peu leur propre forteresse parlementaire, l'Assemblée nationale, de tous ses moyens de défense contre l'exécutif. L'exécutif, en la personne de Louis Bonaparte, les chassa. Le fruit naturel de la république du « parti de l'ordre » fut le Second Empire.

L'empire, avec le coup d'État pour acte de naissance, le suffrage universel pour visa et le sabre pour sceptre, prétendait s'appuyer sur la paysannerie, cette large masse de producteurs qui n'était pas directement engagée dans la lutte du capital et du travail. Il prétendait sauver la classe ouvrière en en finissant avec le parlementarisme, et par là avec la soumission non déguisée du gouvernement aux classes possédantes. Il prétendait sauver les classes possédantes en maintenant leur suprématie économique sur la classe ouvrière; et finalement il se targuait de faire l'unité de toutes les classes en faisant revivre pour tous l'illusion mensongère de la gloire nationale. En réalité, c'était la seule forme de gouvernement possible, à une époque où la bourgeoisie avait déjà perdu, - et la classe ouvrière n'avait pas encore acquis, - la capacité de gouverner la nation. Il fut acclamé dans le monde entier comme le sauveur de la société. Sous l'empire, la société bourgeoise libérée de tous soucis politiques atteignit un développement dont elle n'avait elle-même jamais eu idée. Son industrie et son commerce atteignirent des proportions colossales; la spéculation financière célébra des orgies cosmopolites; la misère des masses faisait un contraste criant avec l'étalage éhonté d'un luxe somptueux, factice et crapuleux. Le pouvoir d'État, qui semblait planer bien haut au-dessus de la société, était cependant lui-même le plus grand scandale de cette société et en même temps le foyer de toutes ses corruptions. Sa propre pourriture et celle de la société qu'il avait sauvée furent mises à nu par la baïonnette de la Prusse, elle-même avide de transférer le centre de gravité de ce régime de Paris à Berlin. Le régime impérial est la forme la plus prostituée et en même temps la forme ultime de ce pouvoir d'État, que la société bourgeoise naissante a fait naître, comme l'outil de sa propre émancipation du féodalisme, et que la société bourgeoise parvenue à son plein épanouissement avait finalement transformé en un moyen d'asservir le travail au capital.

L'antithèse directe de l'Empire fut la Commune. Si le prolétariat de Paris avait fait la révolution de Février au cri de « Vive la République sociale », ce cri n'exprimait guère qu'une vague aspiration à une république qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-même. La Commune fut la forme positive de cette république.

Paris, siège central de l'ancien pouvoir gouvernemental, et, en même temps, forteresse sociale de la classe ouvrière française, avait pris les armes contre la tentative faite par Thiers et ses ruraux pour restaurer et perpétuer cet ancien pouvoir gouvernemental que leur avait légué l'empire. Paris pouvait seulement résister parce que, du fait du siège, il s'était débarrassé de l'armée et l'avait remplacée par une garde nationale, dont la masse était constituée par des ouvriers. C'est cet état de fait qu'il s'agissait maintenant de transformer en une institution durable. Le premier décret de la Commune fut donc la suppression de l'armée permanente, et son remplacement par le peuple en armes.

La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois[3]. Au lieu de continuer d'être l'instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d'ouvrier. Les bénéfices d'usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l'État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes. Les services publics cessèrent d'être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l'administration municipale, mais toute l'initiative jusqu'alors exercée par l'État fut remise aux mains de la Commune.

Une fois abolies l'armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l'outil spirituel de l'oppression, le pouvoir des prêtres; elle décréta la dissolution et l'expropriation de toutes les Églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée, pour y vivre des aumônes des fidèles, à l'instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d'instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l'Église et de l'État. Ainsi, non seulement l'instruction était rendue accessible à tous, mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l'avaient chargée.

Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de cette feinte indépendance qui n'avait servi qu'à masquer leur vile soumission à tous les gouvernements successifs auxquels, tour à tour, ils avaient prêté serment de fidélité, pour le violer ensuite. Comme le reste des fonctionnaires publics, magistrats et juges devaient être élus, responsables et révocables.

La Commune de Paris devait, bimn entendu, servir de modèle à tous les grands centres industriels de France. Le régime de la Commune une fois établi à Paris et dans les centres secondaires, l'ancien gouvernement centralisé aurait, dans les provinces aussi, dû faire place au gouvernement des producteurs par eux-mêmes. Dans une brève esquisse d'organisation nationale que la Commune n'eut pas le temps de développer, il est dit expressément que la Commune devait être la forme politique même des plus petits hameaux de campagne et que dans les régions rurales l'armée permanente devait être remplacée par une milice populaire à temps de service extrêmement court. Les communes rurales de chaque département devaient administrer leurs affaires communes par une assemblée de délégués au chef-lieu du département, et ces assemblées de département devaient à leur tour envoyer des députés à la délégation nationale à Paris; les délégués devaient être à tout moment révocables et liés par le mandat impératif de leurs électeurs. Les fonctions, peu nombreuses, mais importantes, qui restaient encore à un gouvernement central, ne devaient pas être supprimées, comme on l'a dit faussement, de propos délibéré, mais devaient être assurées par des fonctionnaires de la Commune, autrement dit strictement responsables. L'unité de la nation ne devait pas être brisée, mais au contraire organisée par la Constitution communale; elle devait devenir une réalité par la destruction du pouvoir d'État qui prétendait être l'incarnation de cette unité, mais voulait être indépendant de la nation même, et supérieur à elle, alors qu'il n'en était qu'une excroissance parasitaire. Tandis qu'il importait d'amputer les organes purement répressifs de l'ancien pouvoir gouvernemental, ses fonctions légitimes devaient être arrachées à une autorité qui revendiquait une prééminence au-dessus de la société elle-même, et rendues aux serviteurs responsables de la société. Au lieu de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante devait « représenter » et fouler aux pieds le peuple au Parlement [4], le suffrage universel devait servir au peuple constitué en communes, comme le suffrage individuel sert à tout autre employeur en quête d'ouvriers, de contrôleurs et de comptables pour son affaire. Et c'est un fait bien connu que les sociétés, comme les individus, en matière d'affaires véritables, savent généralement mettre chacun à sa place et, si elles font une fois une erreur, elles savent la redresser promptement. D'autre part, rien ne pouvait être plus étranger à l'esprit de la Commune que de remplacer le suffrage universel par une investiture hiérarchique.

C'est en général le sort des formations historiques entièrement nouvelles d'être prises à tort pour la réplique de formes plus anciennes, et même éteintes, de la vie sociale, avec lesquelles elles peuvent offrir une certaine ressemblance. Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise le pouvoir d'État moderne, on a voulu voir un rappel à la vie des communes médiévales, qui d'abord précédèrent ce pouvoir d'État, et ensuite en devinrent le fondement. - La Constitution communale a été prise à tort pour une tentative de rompre en une fédération de petits États, conforme au rêve de Montesquieu et des Girondins, cette unité des grandes nations, qui, bien qu'engendrée à l'origine par la violence, est maintenant devenue un puissant facteur de la production sociale. - L'antagonisme de la Commune et du pouvoir d'État a été pris à tort pour une forme excessive de la vieille lutte contre l'excès de centralisation. Des circonstances historiques particulières peuvent avoir empêché dans d'autres pays le développement classique de la forme bourgeoise de gouvernement, tel qu'il s'est produit en France, et peuvent avoir permis, comme en Angleterre, de compléter les grands organes centraux de l'État par des vestries  [5] corrompues, des conseillers municipaux affairistes et de féroces administrateurs du Bureau de bienfaisance dans les villes et dans les comtés, par des juges de paix effectivement héréditaires. La Constitution communale aurait restitué au corps social toutes les forces jusqu'alors absorbées par l'État parasite qui se nourrit sur la société et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle eût été le point de départ de la régénération de la France. La classe moyenne des villes de province vit dans la Commune une tentative de restaurer la domination que cette classe avait exercée sur la campagne sous Louis-Philippe, et qui, sous Louis-Napoléon, avait été supplantée par la prétendue domination de la campagne sur les villes. En réalité, la Constitution communale aurait soumis les producteurs ruraux à la direction intellectuelle des chefs-lieux de département et leur y eût assuré des représentants naturels de leurs intérêts en la personne des ouvriers des villes. L'existence même de la Commune impliquait, comme quelque chose d'évident, l'autonomie municipale; mais elle n'était plus dorénavant un contre-poids au pouvoir d'État, désormais superflu. Il ne pouvait venir qu'au cerveau d'un Bismarck, qui, s'il n'était pas engagé dans ses intrigues de sang et de fer, reviendrait volontiers à son ancien métier, si bien adapté à son calibre mental, de collaborateur du Kladderadatsch  [6], il ne pouvait venir qu'à un tel cerveau l'idée de prêter à la Commune de Paris des aspirations à cette caricature de la vieille organisation municipale française de 1791 qu'est le régime municipal prussien, qui rabaisse l'administration des vil à n'être que de simples rouages de second ordre dans la machine policière de l'État prussien. La Commune a réalisé ce mot d'ordre de toutes les révolutions bourgeoises, le gouvernement à bon marché, en abolissant ces deux grandes sources de dépenses : l'armée et le fonctionnarisme d'État. Son existence même supposait la non-existence de la monarchie qui, en Europe du moins, est le fardeau normal et l'indispensable masque de la domination de classe. Elle fournissait à la république la base d'institutions réellement démocratiques. Mais ni le « gouvernement à bon marché », ni la « vraie république » n'étaient son but dernier; tous deux furent un résultat secondaire et allant de soi de la Commune.


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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 00:15

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Socialisme et nazisme

    *  Le socialisme crée une société harmonieuse de catégories sociales amies, parce qu'il abolit l'exploitation d'un groupe d'hommes par un autre. Le nazisme met aux fers la classe ouvrière, dissout les syndicats, ré|ablit l'absolutisme patronal et proclame : "J'ai aboli la lutte de classes."
    *  Le socialisme, en supprimant les privilèges de la fortune, établit la véritable démocratie. Le nazisme instaure pour le compte de l'oligarchie capitaliste une dictature policière bureaucratique et militaire qui emplit les prisons et livre à la hache du bourreau les représentants du socialisme.
    *  Le socialisme proclame l'égalité et la fraternité entre les peuples et les races. Le nazisme prêche la haine des races et professe la hiérarchie des peuples au nom d'une doctrine barbare contre laquelle s'insurgent la science et la raison.
    *  Le socialisme c'est donc le contraire de tout ce qui se débite dans le bazar des imprécations sonores et sur le marché aux puces des promesses vides du nazisme.
    *  Il n'y a au monde qu'une expérience socialiste : c'est celle que les communistes ont fait triompher en Union Soviétique ; c'est-à-dire qu'il n'y a pas plusieurs socialismes. Il n'y en a qu'un.


Non, le nazisme n'est pas le socialisme

    *  La ronde trigique du chômage, de la misère, de la préparation à la guerre, de la guerre, voilà le nazisme.
    *  Tu sais bien, travailleur de France, paysan de France, petit bourgeois de France, que le national-socialisme est l'esclavage qui meurtrit et qui tue.
    *  Les agents de l'occupant savent bien que tu ne veux pas de cette machine de régression sociale. Ils savent bien que de toutes les forces de ta raison et de ton coeur, tu te détournes d'elle, que la défaite et l'oppression étrangère ont ajouté encore à tes motifs de haine légitime contre ce régime odieux.


La voie du socialisme

    *  Mais, pour que tu te trompes de chemin, ils ont khargé quelques-uns de leurs hommes de se déguiser et de placer au carrefour un écriteau truqué, sur lequel ils ont écrit : "Ici le socialisme, ici la Révolution nationale". Or, la direction qu'ils indiquent, c'est celle de la pire réaction capitaliste. Ils espèrent que lorsque tu te seras fourvoyé, tu n'oseras pas te ressaisir. Ne te laisse pas prendre à cette ruse grossière. La voie que te désignent les réacteurs de Vichy et ceux de Paris, les généraux déshonorés, les cagoulards, les rénégats, le Maréchal d'outre-tombe, l'amiral politicien et Pierre Laval à la cravate blanche et à la conscience noire, cette route-là conduit tout droit à la sombre caverne où l'on sacrifie au culte du veau d'or.
    *  La voie du socialisme est toute droite. Mlle n'aboutit pas à une impasse. Elle n'a pas été tracée par des aventuriers. Elle a été arrosée par le sang des martyrs qui au cours d'une longue histoire sont tombés dans l'effort tenace pour la construire. Quelque{-uns de ceux qui l'ont ouverte vivent encore dans les prisons ou dans les camps, enchainés par les ennemis du socialisme, par les ennemis du peuple, par les ennemis de la France, par tes ennemis.


Ils ne représentent pas la France

    *  Et c'est pourquoi les hommes de Vichy, ceux du "Rassemblement" et des autres groupements entretenus par l'occupant ne représentent pas le socialisme, ne représentent pas la France. Ils ne conçoivent le gouvernement de la France que dans l'étouffement des libertés françaises. Leur formule est celle que flétrissait Lamennais : "Silence aux pauvres !"
    *  Ils ne peuvent d'ailleurs pas concevoir autrement le gouvernement de la France. Imaginez-vous qu'un seul des personnages qui pontifient à l'Hôtel du Parc, un seul de ceux qui pérorent à Paris a~ec(la permission de l'occupant, conserverait quelques heures son portefeuille ou sa faconde si l'on donnait la parole au peuple ? Il suffirait que soit entrebaillée la porte des libertés populaires pour qu'une bourrasque purificatrice balaie cette engeance maudite. Les dirigeants apprivoisés des syndicats, les Chevalme, les Dumoulin, les Ehlers savent bien à quoi s'en tenir s}r ce sujet.
    *  Et n'oubliez pas l'essentiel : les hommes de Vichy, ceux du "Rassemblement", ceux du PSF n'ont été tirés(du néant que par l'occupant. C'est de l'occupant qu'ils tiennent leur pouvoir. C'est l'occupant qui leur a donné l'investiture. Imaginez-vous qu'ils pourraient pratiquer la politique d'asservissement si le peuple avait la parole ? Imaginez-vous qu'un gouvernement français qui serait contrôlé par le peuple aurait pu prendre des décisions comme celles prises par monsieur Darlan et qui assujettissent notre pays tous les jours un peu plus ?
    *  Quand un gouvernement supprime les libertés populaires, c'est toujours pour accomplir un mauvais coup. Ainsi procéda Daladier quand il voulut lancer le pays dans la guerre. Les gens de Vichy, eux, ont supprimé les assemblées représentatives, les conseils municipaux, le droit d'élire les municipalités dans les villes de plus de deux mille habitants. Ils ont supprimé avec les libertés de la presse toutes les autres libertés publiques. Ils ont instauré la déification grotesque d'un vieillard déficient que distrait une cour de bouffons. La camarilla qui règne sans contrôle sur le pays est recrutée parmi les militaires dont l'univers se gausse, les inspecteurs des finances, les chefs des trusts, les princes de l'église tombés en enfance et les resquilleurs de quelques maisons closes de l'ancien parlement. Du nouveau, ça ? Et de la Révolution ? Non point ! Le régime du Thermidor, le régime des ordonnances de Charles dix, le régime de Napoléon le petit, le régime de ceux que Victor Hugo appelait : "Les contemplateurs des gibets de l'Autriche".


Des mots, des phrases

    *  Et que te proposent, et que te recommandent les fameux révolutionnaires du "Rassemblement" ? L'économie dirigée ? Mais dans l'époque impérialiste, l'économie dirigée est toujours une bonne affaire pour les oligarchies. Elle est un moyen de renflouement : elle est un instrument de profit. Que te proposent-ils encore les hommes du "Rassemblement" ? Ce qu'ils appellent "la fin du prolétariat et du profitariat capitalistes". Cette formule n'inquiète nullement les exploiteurs. Ils l'interprètent à juste titre à la lumière de l'expérience nazie, dont les gens du "Rassemblement" sont les imitateurs. Ils se rassurent en lisant le bilan des sociétés allemandes, les bénéfices accumulés par les muni|ionnaires allemands, les privilèges des hobereaux et des nobles sauvegardés, rétablis ou étendus. Ils applaudissent. Ceux que les exploiteurs applaudissent ne peuvent pas être tes amis, peuple de France.
    *  Observe-les, en effet. Ils s'évertuent à te tromper sur les causes de tes souffrances. La grande affaire pour eux est de gaspiller l'énergie des Français en les dispersant vers des objectifs stériles (antisémitisme par exemple), qui n'ont rien à voir avec les raisons vraies de nos malheurs.


Un programme clair et précis

    *  Te défendre, c'est s'engager à extirper la racine du mal. C'est précisément l'engagement que ne prennent pas les escrocs du "Rassemblement" ankylosés par les chaînes qui les tiennent au capitalisme français, au capitalisme allemand. Leur raison d'être est de défendre des maîtres qui sont tes ennemis. La raison d'être d'un gouvernement du peuple est de te libérer de la dictature de ces maîtres en mettant les oligarchies hors d'état de nuire. Par quelles mesures ? Nationalisation sans indemnité des banques, compagnies d'a{surances, mines, chemins de fer et de l'ensemble des sociétés capitalistes aryennes et juives (électricité, produits chimiques, textiles, métallurgie, gaz, etc...). Révision de tous les marchés de guerre, par des commissions composées de délégués des ouvriers, des paysans, des petites gens et confiscation de tous les bénéfices de guerre avec affichage au lieu(d'habitation des intéressés des sommes confisquées et des noms des personnes passibles de ces confiscations. Privation des droits civils et politiques pour tous les administrateurs et gros actionnaires des sociétés anonymes, sans distinction de religion ou de race. Recensement des fortunes et des biens des gros capitalistes aryens et juifs en vue de prélèvement et confiscation pour subvenir aux besoins immédiats des masses laborieuses (programme du parti communiste).
    *  Pour donner leur plein sens à ces mesures, le gouvernement du peuple, cela va sans dire, rétablirait le droit syndical dans sa plénitude et il appellerait la classe ouvrière organisée à la direction de l'économie nouvelle.
    *  Voilà ce qui est parler clair. Pas de phrases à double sens. Un gouvernement du peuple n'a aucun intérêt impérialiste à ménager. Voilà un langage que ne tiennent pas les saltimbanques du RNP et du PPF !
    *  Le "Rassemblement" et avec lui les autres groupements impopulaires célèbrent les vertus des paysans et des classes moyennes des villes. Ils leur promettent une réception triomphale dans la Communauté nationale, et un strapontin à la Réunion du Comité où l'on organisera le marché de la consommation. Mais autant ils sont généreux de phrases creuses, autant ils sont avares de propositions susceptibles d'aider efficacement ceux qu'ils veulent embrigader.


Mesures à prendre pour les paysans et petits commerçants

    *  En effet, le paysan, le petit commerçant, ont besoin de mesures qui concernent le ravitaillement. Fixation de prix agricoles à la production pour assurer au paysan une juste rémunération de son travail et suppression des intermédiaires fauteurs de vie chère ; suppression des réquisitions ; organisa|ion d'un service de ravitaillement assurant équitablement la répartition des produits et mettant fin aux passe-droits, au règne du bon plaisir, des pots de vin existint actuellement ; contrôle du ravitaillement par les petits et moyens commerçants, par les petits et moyens paysans et par les syndicats ouvriers (programme du parti communiste). Ils ont besoin d'une autre série de mesures qui a trait au dédommagement que les classes moyennes atteintes par les conséquences de la guerre ont le droit d'attendre d'un gouvernement du bien public. Mais il y a d'autres remèdes encore à leurs grands maux dont ne veulent entendre parler les rebouteux du "Rassemblement" :
    *  Confiscation des grandes propriétés foncières privées et répartition de la terre aux ouvriers agricoles, aux petits et moyens paysans, par des commissions composées de représentants des ouvriers agricoles, des petits et moyens paysans ; monopole d'état du commerce extérieur et du commerce de gros avec fixation obligatoire des prix de gros et de détail ; nationalisation sans indemnité des grands magasins et application dans ces grands magasins des prix de détail imposés à l'ensemble des commerçants détaillants (programme du parti communiste).
    *  Les imitateurs du nazisme se gardent bien de proposer de telles mesures et le gouvernement de Vichy de les prendre. Car le gouvernement qui prendrait ces mesures aurait construit les assises d'une véritable démocratie populaire. Il les aurait complétées en liquidant véritablement le passé et en aménageant l'avenir.
    *  Liquider le passé : c'est notamment ouvrir les portes des prisons et des camps où sont enfermés des patriotes français, c'est renoncer aux mesures policières dirigées contre des Français et des Françaises adversaires de l'oppression nationale, c'est déférer devant une Cour suprême, composée d'ouvriers, de paysans, de membres des classes moyennes et de défenseurs des Français persécutés, les responsables de la guerre, les responsables de la défaite, les responsables de l'asservissement.
    *  Aménager l'avenir, c'est abolir les ignobles décrets racistes, proclamer l'égalité des droit{ de tous les kitoyens français sans distinction de nationalité ou de race, la liberté de conscience, l'octroi de tous les droits politiques à partir de 18 ans, l'égalité de l'homme et de la femme dans toutes les branches de l'activité.


Le malheur d'être jeune

    *  Mais la Révolution nationale n'a point ses regards tournés vers l'avenir, mais vers les époques les plus sombres de l'histoire de l'humanité. C'est pourquoi aussi son attitude scandaleuse envers la jeunesse de France. De cette jeunesse, les fauteurs d'aventure ont voulu faire leur réservoir et leur arsenal. Ils ont eu l'outrecuidance révoltante de se présenter comme les champions de la jeunesse. Les jeunes Français savent à quoi s'en tenir. On les a dégradés, déchus, pervertis dans ces camps qui resteront l'une des hontes les plus ignominieuses du régime Pétain-Laval-Darlan. On voulait faire d'eux la grande armée abrutie qui salue le passage des dictateurs. Toutes les flatteries insidieuses, toutes les flagorneries dont on a accablé(les jeunes Français au lendemain de l'armistice ont abouti à cette faillite déshonorante. La Révolution nationale se solde pour des milliers de jeunes par la misère et le chômage, la disqualification, l'ignorance. Ces produits sont les produits très naturels de l'impérialisme résidu de l'uniforme nazi. Car le régime que les nazis ont instauré en Allemagne et que les nazillons voudraient faire prévaloir en France est celui de l'empoisonnement et de l'emprisonnement de la jeunesse, le régime du surmenage à l'usine, de la sous-alimentation, du travail prétendûment "volontaire" au service des hobereaux, le régime du camp et de la caserne. Tout cela baptisé d'un nom trompeur : la communauté populaire.
    *  Le socialisme, pour les jeunes, ce n'est pas le camp où l'on déifie un führer ou un maréchal, où ils sont livrés à l'oisiveté déprimante, à l'intoxication et à l'ignorance.
    *  Le socialisme veut faire des jeunes des hommes complets et non des recrues des fauteurs de coups de mains ou des fauteurs de guerre.


Un programme pour les jeunes

    *  Un gouvernement qui aurait le souci des intérêts de la jeunmsse proclamerait : le droit à l'instruction par la réorganisation dm l'enseignement public, l'élimination des conceptions obscurantistes admises encore dans les programmes scolaires, l'institution de nombreuses bourses d'études, le droit d'accès de tous au plus haut degré de l'enseignement et la gratuité de l'enseignement à tous les échelons. Il proclamerait le droit à un métier pour chaque citoyen et il créerait un vaste réseau d'écoles d'apprentissage. Il accorderait les droits politiques à chaque citoyen et à chaque citoyenne à partir de 18 ans. Il proclamerait le droit au repos par la limitation de la journée de travail et l'institution de congés payés, le droit à la joie par le développement du sport, le droit au foyer par l'attribution d'une prime aux jeunes ménages, le relèvement des allocations familiales, l'institution d'un congé de trois mois avant, trois mois après l'accouchement.
    *  Tel serait le programme d'un gouvernement du peuple. Tel sera le destin de la jeunesse de France quand, avec les patriotes, elle aura chassé les traîtres, les usurpateurs et les faussaires. Ceux-là la flattent pour la mieux abêtir ! Le socialisme lui prêche l'effort pour la mieux exalter. Ils refoulent les intelligences et veulent mécaniser les esprits. Le socialisme fera d'elle une jeunesse active et avide d'apprendre et de savoir. Ils lui proposent le retour aux coutumes barbares, à la haine de race, aux pogroms. Le socialisme développera sa raison, son sens critique. Ils veulent faire de la jeunesse le troupeau ignorant et exténué qui suit un condottiere ou pavoise pour un vieillard médiocre. Le socialisme veut qu'elle soit la cohorte enthousiaste dont l'intelligence et la passion maîtrisent les forces brutales de la nature. Ils l'appellent à rendre hommage à la vassalité. Le socialisme lui apprend qu'il n'y a rien de plus beau que l'indépendance nationale liée à la libération sociale et politique.
    *  Il n'y a pas de vraie liberté dans la servitude nationale. Un gouvernement du peuple doit être le gouvmrnement de la libération sociale et de l'indépendance nationale. Or la France a, depuis sa défaite, son territoire occupé par l'armée allemande, et elle est placée depuis sous la dépendance de plus en plus sévère de l'Allemagne.
    *  Quelle est, pour la France, la voie de salut ?

11 - Une France indépendante

    *  Les hommes du "Rassemblement" et, après une série de contorsions, les gouvernants de Vichy, se sont donnés pour tâche d'aligner le pays sur les volontés du vainqueur. Installés par lui, sortis du néant par lui, ils ne peuvent prendre une autre attitude, et quand ils feignent d'hésiter, leurs oscillations ne sont que d'affreuses grimaces. Les agitateurs du "Rassemblement" oublient les griefs qu'ils adressent au conservatisme social des Vichyssois toutes les fois que Pétain et ses ministres prennent des décisions favorables à l'occupant. Les uns et les autres veulent faire de la France l'alliée de l'impérialisme allemand.


    * "Les vainqueurs sont souvent assez rusés pour confier aux responsables d'une soumission pusillanime la surveillance des esclaves et ces êtzes sans caractère exercent la plupart du temps cet office aux dépens de leur propre peuple avec une rigueur plus impitoyable que ne le permet n'importe quelle brute étrangère installée par l'ennemi lui-même dans le pays vaincu."
   

    *  C'est Hitler qui a donné, dans Mein Kampf, cette définition anticipée de Pétain, de Laval et de Marcel Déat.


Trahison du socialisme et de notre peuple

    *  C'est trahir les intérêts ouvriers, c'est trahir la Révolution, c'est trahir le socialisme, c'est trahir notre peuple que de vouloir faire de la France un protectorat de l'Allemagne nazie. Car il est vain d'ergoter. La collaboration que conçoivent Vichyssois et hommes du "Rassemblement", ce ne peut être que cela, et l'Allemagne n'en admet d'ailleurs point d'autre. Nous l'avons expliqué et nous avons expliqué pourquoi. Inutile de revenir sur cette démonstration que l'on pourrait, au jour le jour, illustrer et enrichir de témoignages irréfutables extraits de la presse allemande, des discours des hommes d'état allemands, de tous les documents qui expriment la pensée des maîtres du Reich, et plus encore des faits eux-mêmes.


L'europe nazie ? Un pénitencier

    *  De joyeux farceurs nous affirment qu'il est vrai que cette France vassalisée ou, comme ils disent, "intégrée à l'Europe", aurait encore, dans cette Europe, un rôle et même un très grand rôle à jouer : qu'ils relisent dans Mein Kampf le "Testament politique allemand" écrit par le Führer :


    * "Ne permettons jamais que se constituent en Europe deux puissances continentales. Dans toute tentative d'organiser aux frontières de l'Allemagne une deuxième puissance militaire, ne fût-ce que sous la forme d'un état susceptible d'acquérir une telle puissance, voyez une attaque contre l'Allemagne. Con{idérez que c'est votre droit et votre devoir d'empêcher par tous les moyens et au besoin par les armes la constitution d'un tel état. S'il existe déjà, abattez-le."

    *  L'Allemagne, c'est-à-dire l'oligarchie capitaliste allemande, d'une part, les vassaux de l'autre. Voilà ce que serait l'Europe de la victoire nazie. Elle ressemblerait à un immense pénitencier, dont les travailleurs allemands seraient condamnés à être les geôliers. Des socialistes véritables se doivent de repousser avec horreur une telle solution. Des Français patriotes se doivent de refuser leur adhésion à cette vassalisation de la France.


Doctrine ridicule

    *  Que les nazillons français ne nous rétorquent pas que cette Europe vassalisée serait, au moins, une Europe unie, que les nations asservies auraient fait un pas vers l'unification, vers la fusion, fin dernière du socialisme : Eh bien, non ! L'unification sous la toise, l'unification des nations sous la domination d'un régime où les libertés ont été massacrées, où le progrès social a été proscrit, ce n'est pas un progrès, c'est une régression. Ce n'est xas une étape vers l'unification des peuples que souhaite le socialisme, c'est une victoire de l'impérialisme que le socialisme abhorre et répudie. Car le socialisme n'a pas prêché aux hommes de se plier à l'oppression impérialiste. Il leur a, au contraire, recommandé de la combattre. Il a proclamé le droit des peuples opprimés de secouer le joug de la nation dominante.
    *  Dans une de ses démonstrations capitales, Staline a exposé que deux tendances s'étaient affirmées dans la question nationale, une tendance à la création d'états nationaux indépendants en réaction contre l'oppression impérialiste et }ne tendance au rapprochement économique entre ces groupes. Ces deux tendances, écrit Staline, sont pour nous deux phases d'un même processus. La fusion économique universelle n'est possible que sur les bases de la confiance mutuelle et en vertu d'un accord librement consenti.
    *  Lénine avait écrit déjà :


    * La marche vers un but unique, l'égalité complète, le rapprochement plus étroit, la fusion de toutes les nations peut emprunter divers chemins. Si, prêchant la fusion des peuples, le socialiste d'un pays oppresseur oublie que Nicolas II, Guillaume II, Poincaré et autres sont aussi pour la fusion avec les petites nations au moyen de l'annexion, il ne sera en théorie qu'un doctrinaire ridicule, et en pratique qu'un agent de l'impérialisme.
   

    *  Un doctrinaire ridicule, un agent de l'impérialisme. Lénine avait prévu et défini par(avance Marcel Déat.


    *  La création d'une "union volontaire des peuples", comme dit Staline, doit être précédée de l'acquisition de leur indépendance, de "leur séparation avec le tout impérialiste unique".


La véritable entente franco-allemande

    *  Rien n'est plus vrai. L'entente franco-allemande serait en effet une chimère si elle était l'oppression d'une nation par une autre ; elle serait un instrument suspect si elle était la coalition de deux forces impérialistes et contre-révolutionnaires. Une entente de ce genre, même consignée sur des parchemins, ne vaudra jamais rien car elle ne recueillera jamais l'adhésion de notre peuple ; il n'y aura d'entente franco-allemande véritable que celle conclue dans l'indépendance des nations, dans le respect de leurs libertés, dans leur désir d'ouvrir à tous le contrat dans l'égalité. Rappelons que c'est le Parti Communiste qui s'est dressé mn France contre le Traité de Versailles, contre l'attentat de la Ruhr et qui a répudié l'oppression d'un peuple par un autre. C'est dire combien les communistes sont les partisans sincères d'une entente entre les peuples basée sur le respect de leurs droits nationaux mais aussi combien ils sont les adversaires résolus de l'oppression nationale.
    *  Il y a une très belle page de Jaurès, que les nazillons ont eu l'impudence outrageante de citer pour recommander leur camelote, alors qu'elle est la condamnation sans appel de ces doctrinaires ridicules et de ces agents de l'Impérialisme dénoncés par Lénine. Que dit Jaurès ?


    * "De même qu'on ne réconcilie pas des individus en faisant simplement appel à la fraternité humaine, mais en les associant, s'il est possible, à une oeuvre commune et noble où, en s'oubliant eux-mêmes, ils oublient leur inimitié, de même les nations n'abjureront les vieilles jalousies, les vieilles querelles les vieilles prétentions dominatrices, tout ce passé éclatant et triste d'orgueil et de haine, de gloire et de sang, que lorsqu'elles se seront proposé toutes ensemble un objet supérieur à elles, que quand elles auront compris la mission que leur assigne l'histoire...
    * "Dans l'ivresse et dans la joie de cette grande oeuvre accomplie ou même préparée, quand il n'y aura plus de domination politique et économique de l'homme sur l'homme, quand il ne sera plus besoin de gouvernements armés pour maintenir les monopoles des classes accapareuses, quand la diversité des drapeaux égaiera, sans la briser, l'unité des hommes, qui donc alors, je vous le demande, aura intérêt à empêcher un groupe d'hommes de vivre d'une vie plus étroite, plus familière, plus intime, c'est-à-dire d'une vie nationale,(avec le groupe historique auquel le rattachent de séculaires amitiés."

    *  Ce que condamne Jaurès : les vieilles prétentions dominatrices, la tradition de haine et de sang, c'est ce que les communistes (les véritables socialistes) répudient.
    *  Le socialisme victorieux en URSS a prouvé par les faits la vérité proclamée par Jaurès, qu'il y avait à l'organisation des hommes, à leur rassemblement, à leur fusion, une autre solution que la solution impérialiste. Le socialisme n'a pas seulement proclamé l'égalité politique et juridique des nations. Il a mis fin aux inégalités de faits résultant de l'organisation capitaliste.


    * "Par suite d'une certaine inégalité léguée par l'histoire, dit Staline, nous avons hérité du passé d'une nationalité, la Grande-Russie, qui s'est trouvée être plus développée au point de vue politique et industriel que les autres nationalités. De là l'inégalité de fait qui ne saurait être liquidée en une seule année mais qui doit être liquidée en prêtant une aide économique, politique et culturelle aux nationalités arriérées."
   

    *  Voilà des phrases qu'il faut rapprocher de celles rappelées plus haut, du Dr Funk et de M. Rosenberg ! Ou encore de celles prononcées à Linz par Hitler en mars 1941 contre "les peuples envieux qui jalousent l'Allemagne". On comprendra mieux alors le sens de notre affirmation : le nazisme, c'est le contraire du socialisme.


Une solution socialiste et nationale

    *  Le socialisme n'a pas dit aux nations de la vieille Russie : "vous vous organiserez sous la domination grand-russe." Il leur a dit : "vous aurez les mêmes droits que la nation grand-russe. Les lois de l'Union seront faites par le Soviet suprême composé de deux chambres : le Soviet de l'Union et le Soviet des nationalités (élu sur la base nationale) et ces deux chambres auront les mêmes droits." Plus de chauvinisme, la fraternité entre les nations. Le socialisme n'a pas dit aux nations : "défense à vous de développer une industrie ! Attachez vos fils à la glèbe. L'industrie sera le privilège exclusif de la nation grand-russe, les autres seront ses clients ou ses réservoirs d'hommes. Il y aura une hiérarchie, et c'est moi qui commanderai : un Ukrainien, un Tadjik n'auront pas le droit d'être appelés aux responsabilités de l'état." Il leur a dit au contraire : "Rattrapez le plus vite possible l'avance que les Grand-russes ont sur vous : couvrez d'usines, de stations électriques, de réseaux de chemin de fer, d'écoles les terres où vivaient malheureuses des populations nomades. Nous vous aiderons de toutes nos forces et de toutes les manières, a dit la Grande-Russie aux autres nationalités, afin que vous puissiez atteindre le plus rapidement possible le même niveau culturel et économique que nous, et nous sommes prêts à consentir des sacrifices pour cela. Quiconyue aura mérité la confiance du peuple pourra accéder aux plus hautes responsabilités" (Note de Gabriel Péri : on n'a qu'à se rappeler l'origine des dirigeants de l'Union soviétique pour constater que ces afnirmations ont été traduites en actes !). Et la production industrielle de la Géorgie a été, en 1935, dix-huit fois et demie plus grande qu'en 1913, celle de l'Ukraine, dix-sept fois et demie plus grande en 1936 qu'en 1923. Sur des immenses étendues, de nouvelles villes sont nées, les anciennes ont augmenté leur population. Le socialisme n'a pas dit aux nations : "vous collaborerez avec les Grands-Russes en vous soumettant à eux, en travaillant pour eux, en adoptant leur culture, leur littérature, leur musique, leurs films." Il leur a dit, au contraire : "Vous travaillerez pour augmenter votre bien-être ; vos impôts ne serviront plus à enrichir les seigneurs grand-russes, ils seront utilisés pour votre développement économique et culturel. Vous aurez vos écoles, vos universités, votre littérature !" Les grands colonisateurs d'occilent, les amateurs d'ordre nouvea} sous la führung nazie forgent des chaînes. Le socialisme démolit les prisons des peuples.
    *  Il n'est donc pas vrai que les hommes soient condamnés soit à vivre derrière des frontières hérissées, soit à se rassembler sous le joug du dominateur ou d'un directeur, selon l'euphémisme dont usent les employés de Göbbels. L'expérience soviétique atteste la possibilité et la supériorité d'une autre solution, d'une solution non impérialiste, d'une solution socialiste et nationale.


Rapprochement avec l'URSS

    *  Une politique extérieure indépendante et française, voilà la politique qui serait celle d'un gouvernement du peuple. Un gouvernement du peuple consacrerait son effort à la libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Mais une tâche pareille, on ne peut l'accomplir lorsqu'on est devenu la risée du monde comme l'est devenue la France de Pétain, lorsqu'on affaiblit le pays, lorsqu'on élargit ses blessures, lorsqu'on prêtm son aide à l'ennemi pour mieux vous étrangler, lorsqu'en se faisant le fournisseur des bottes de la contre-révolution, on a soulevé contre soi le mépris de tous les peuples.
    *  Est-ce q}e le gouvernement de Vichy, s'il était un gouvernement voulu par le peuple, pourrait pratiquer sa politique d'isolement de la France, d'hostilité à peine cachée envers l'Union Soviétique ? Certainement pas. Un gouvernement du peuple pratiquerait une politique d'intime rapprochement avec l'Union Soviétique. Avec elle, il négocierait un pacte d'amitié et un traité de commerce. La France doit être l'amie de l'URSS parce que la politique de paix ferme et constante du pays des Soviets correspond au désir de paix du peuple français ; parce que la politique de respect de l'indépendance des nations, poursuivie par le pays du socialisme, correspond aux profondes aspirations du peuple français ; parce que le régime de liberté dont jouissent les peuples du pays des Soviets correspond à la volonté de liberté du peuple français ; enfin parce que si un large courant d'échanges était assuré entre la France et le grand pays des Soviets, le redressement de l'économie nationale pourrait être rapidement effectué et de cruelles souffrances et de terribles privations pourraient être épargnées au peuple de France.


Ils se soucient peu de l'avenir de notre pays

    *  Et nous vous posons cette question : croyez-vous, ouvriers de France, paysans de France, petits bourgeois de France, les charlatans du "Rassemblement" et ceux de Vichy soucieux de l'avenir de notre pays ? Non, répondez-vous, non et non. Ce sont les rançonneurs, les exploiteurs de prolétaires et les exploiteurs du peuple qui approuvent le programme de "Rassemblement"(de Déat et applaudissent au programme de la cour de Vichy. Ils les approuvent, ces programmes, parce qu'ils les savent conformes à leur volonté.
    *  Et nous vous disons encore, nous communistes qui depuis vingt ans nous sommes consacrés corps et âme à votre défense, les Déat, Pétain, Doriot, n'ont qu'un souci : vous empêcher d'avoir voix au chapitre. Ils estiment que le seul gouvernement digne de la France sera celui que consacrent les baïonnettes étrangères, mais qui étouffe la voix de la France. Et nous répondons : c'est en baillonnant le peuple qu'on conduit le pays à la catastrophe. Pour assurer le salut de la France, il faut rendre la parole au peuple. Le seul gouvernement digne de la France sera celui qui imposera la volonté de son peuple.
    *  Les agents de l'ennemi veulent t'enchaîner au char du conquérant nazi ; ils veulent, peuple de France, que tu sois l'esclave et le soldat de l'Allemagne national-socialiste. Cms lascars qui se prétendent tes amis n'admettent pas d'autre destin pour toi que celui de subordonné du nazi. Les communistes refusent de t'engager dans ce cul-de-sac. Ils ont dit que ton salut ne viendra pas de la victoire de Hitler mais de la libération de la France. Au lieu de faire des voeux pour le triomphe de la croix gammée comme font les "révolutionnaires" des villes thermales, ou de la Gestapo, les communistes luttent pour libérer le sol de la patrie de l'occupation naziste et pour l'amélioration du sort des masses populaires.


In|ernationalistes et patriotes

    *  Les singuliers "Européens" de Vichy et du "Rassemblement" répudient l'internationalisme et ils sacrifient sur les autels pollués du racisme. Les communistes, eux, savent que leur cause est celle de tous les peuples écrasés par la botte allemande. Ils se sentent liés par les fibres les plus profondes aux patriotes qui, dans tous les temps, livrent le même combat contre le même ennemi, avec ceux qui peuplent les prisons, éparpillées à travers l'Europe, de Himmler et des amis de Himmler ; qui, devant les juges dociles aux ordres de leurs assa{sins, clament leur foi dans l'avenir de leur pays. Les communistes sont des internationalistes et des patriotes. Nous savons que la France sera plus belle, plus libre, plus respectée lorsque les peuples d'Europe auront recouvré leur indépendance et se seront associés librement à la noble tâche de s'entr'aider.
    *  Les Vichyssois et les gens du "Rassemblement" ont montré comment on falsifait le socialisme, comment on aggravait l'ordre ancien en le baptisant ordre nouveau. Les communistes ont montré comment on tenait ses promesses, comment on réalisait le vrai socialisme. Nos ennemis ne peuvent vivre que par la mystification, la propagande de l'usine à mensonges, le bourrage de crânes. Ils se réclament d'une escroquerie ; nous nous réclamons d'une victoire du socialisme.


Politique du "Rassemblement" et politique communiste

    *  Le "Rassemblement Déat" n'est pas pressé de faire connaître les noms de ses dirigeants. Ce n'est pas par modestie. C'est par précaution. Ces gaillards connaissent la poigne robuste du peuple de France qui, s'exerçant sur leur échine ou sur leur trogne, ferait oeuvre particulièrement salutaire. Au surplus, leurs noms sont des repoussoirs et leurs biographies donnent la nausée. Pour expliquer leur présence et leur turbulence, pour faire excuser leur passé, il leur faut se livrer aux acrobaties les plus comiques et recourir aux considérations les plus tarabiscotées. Les communistes ignorent les épreuves de cette gymnastique. Ils n'ont rien à cacher, de leur vie publique et de leur vie privée ; aucun scandale ne les a éclaboussés. Mieux on les connaît, mieux on connaît leur histoire et plus sûrement on leur fait confiance.
    *  A l'époque où Marcel Déat faisait contrition dans le cabinet d'un juge d'instruction et où les amis de Marcel Déat chantaient les louanges de Daladier et de Paul Reynaud, les communistes prêchaient la lutte contre l'impérialisme. Ils affrontaient la prison, ils bravaient la mort pour vous crier la vérité. Plus tard, à l'heure de la défaite, alors que les autres se volatilisaient, les communistes, fidèles à leur poste de combat, disaient au peuple de France qu'une nouvelle lutte commençait pour sa libération, pour son indépendance. Ils avaient clamé la protestation du peuple de France contre les fauteurs de guerre. Ils clamèrent leur protestation contre les fauteurs de servitude. Le parti communiste a été le parti de la clairvoyance et du courage. Dis-moi qui te favorise, je te dirai qui tu es. Les hommes de Vichy et du "Rassemblement" ont quémandé les faveurs de Daladier d'abozd, les faveurs de la Gestapo ensuite. Dis-moi qui te persécute et je te dirai qui tu es. Les communistes ont été persécutés par Daladier d'abord, par la Gestapo ensuite et deux cent mille des leurs sont actuellement emprisonnés.
    *  Les Vichyssois et les hommes du "Ra{semblement" ont été les complices des ennemis du socialisme. Les communistes ont été et sont traqués par les ennemis du socialisme.
    *  Les autres exaltent le principe du chef. Mais comment se recrutent les chefs chez eux, par qui sont-ils désignés, quels sont leurs attributs ? Ce sont d'autres chefs qui les désignent et c'est parmi les courtisans du dictateur qu'on les recrute. Après quoi on les regroupe dans un sérail, dans une maison de formation de Führers (ainsi qu'on les appelle en Allemagne) où ils apprennent à commander et à être obéis. Ainsi se crée une caste, une dynastie de Führers. Ces Führers et le Führer suprême disposent de la vie et de l'avenir des masses populaires. Nos chefs, chez nous, sont choisis autrement. Ils ne sont point désignés par un état-major. Ils sont choisis par leurs compagnons de lutte. Et choisis d'après quel indice ? D'après leur dévouement à la cause du peuple, leur liaison étroite avec la masse, leur capacité de s'orienter eux-mêmes et de prendre leurs responsabilités, leur sens de la discipline. Le chef communiste, à la différence des "Führers", ne jouit d'aucun privilège, ou plus exactement son seul privilège est de se voir confimr les tâches les plus difficiles, les plus périlleuses. Les chefs communistes ne s'arrogent point le droit de décider du sort du peuple, mais proclament que c'est au peuple seul à décider de son sort. Le parti communiste ne dit point au peuple de France de se fier au génie ou à la puissance de quelques hommes. Il l'appelle à façonner son propre destin. Et c'est pourquoi il demande pour la France un gouvernement du peuple. Il sait qu'un gouvernement ayant l'adhésion du peuple serait un gouvernement qui assurerait le salut de la France. Notre peuple n'est ni abâtardi, ni résigné. Il déteste ses gouvernants d'aujourd'hui et il a raison. Il méprise ceux qui "battent leur coulpe sur sa poitrine" et il a riison. Il a voué une haine implacable à ceux qui se sont mis au service de ses oppresseurs et il a raison. Mais que soient balayés les aventuriers, que la France se donne un gouvernement propre et digne d'elle et les Français dont les ancêtres montaient jadis à l'assaut du ciel retrouveront leur force, leur vigueur : une force, une vigueur qu'ils mettront au service l'une euvre qu'eux seuls peuvent accomplir : le Relèvement de la France.
    *  Voilà ce que te disent les communistes, peuple de France. C'est le message des hommes qui, loin des sentiers battus et des chemins qui s'égarent, te convient sur la route solide, à la marche audacieuse vers des horizons clairs !
    *  Fin avril 1941, Paris.

  1. ################

Postface

    *  Français qui venez de lire ce témoignage irrécusable de GABRIEL PÉRI contre le nazisme, adhérez au parti dont les militants savent lutter et mourir pour la France à l'exemple de ce héros de la libération nationale, au Parti communiste français de MAURICE THOREZ, jACQUES DUCLOS, ANDRÉ MARTY, BENOÎT FRACHON, ARTHUR RAMETTE, GASTON MONMOUSSMAU, CHARLES TILLON, etc..., au parti de la lutte sans merci pour la liberté et l'indépendance de la Patrie.

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Table des matières

  1. Au chevet du capitalisme
  2. Les charlatans de la "Révolution nationale"
  3. Qu'est-ce que le socialisme ?
  4. Discours anticapitaliste et subvention des magnats
  5. L'escroquerie du programme : bons et mauvais capitalistes
  6. Le Nazisme sans voiles : une formidable machine de régres{ion sociale
( 7. L'Etat nazi, paradis des magnats, des hobereaux, des profiteurs de guerre
  8. Les victimes : ouvriers, paysans, classes moyennes
  9. Ordre nouveau ? Non : hégémonie impérialiste !
  10. Les communistes contre les falsificateurs du socialisme
  11. Une France indépendante
     
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      édité en France par le Parti communiste français - (Mars 1942)

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 00:13

article 1316739

 

Interrogez vos consciences

    *  la Frankfurter Zeitung examine à son tour la question du bénéfice licite, "der erlaubte Gewinn". L'auteur rassure entièrement les profiteurs de guerre. Le contrôle de l'état, leur dit-il, ne sera pas "mesquin". L'état se gardera de fixer un taux yu'il sezait in|erdit de dépasser ; tout cela dépendra de la situation générale de l'entreprise. De larges indulgences seront consenties aux industriels "ayant le goût du risque". Leurs bénéfices pourront être utilisés pour renouveler leurs stocks, développer leurs usines selon le principe de l'autofinancement "autofinanzierung". L'auteur, remarquez-le, s'exprime au futur. En attendant, les industriels empochent leurs bénéfices et la Frankfurter Zeitung fait appel pour tout ce qui concerne cette délicate question à la "conscience" des profiteurs de guerre !
    *  Voilà comment on "discipline" les ploutocrates au pays de la Révolution nationale socialiste choisi comme modèle par Marcel Déat. On leur demande d'interroger leur conscience ! Les réponses des consciences sont très édifiantes. Elles s'étalent to}s les jours dans les journaux allemands. Ouvrons au hasard ceux d'une semaine du mois de février 1941. Ils nous révèlent que l'index des sociétés par actions allemandes est passé de 1346 en 1939 à 1788 en 1940. Ils débitent par tranches quotidiennes le palmarès du profit capitaliste allemand. Puisons dans ce précieux mémento autrement éloquent que les prêches de Göbbels, de Rosenberg et les coups de gueule de Marcel Déat : la Deutsche Textil (Berlin) distribue 8 à 10% de dividendes ; li Bremer Silberwaren 8% ; l'Akumulator Fabrik émet de nouvelles actions et de nouvelles obligations ; l'Aktien Maschinen Fabrik enregistre une progression de ses bénéfices ; la N}remberg Bund augmente ses dividendes ; la Westland Gummiwerke (caoutchouc), la Burbach Kallich augmentent leur capital. Les grandes brasseries, elles aussi, accumulent les profits : l'Export Bier Bracaurer, la Dortmunder Ritter accusent l'augmentation de leur capital. On affirme, il est vrai, que les sociétés allemandes ne peuvent distribuer plus de 10% de dividendes. Cette règlementation n'est-elle pas une mesure antikapitaliste ? N'exprime-t-elle pas la subordination des intérêts privés à la Communauté populaire national socialiste ? A aucun degré. En effet, ce n'est pas l'état, ce n'est pas la collectivité qui profite de cette restriction : c'est encore le capitaliste privé. Le capital qu'il accumule reste sa propriété et une tâche très précise lui est assignée : le développement de l'usine, son approvisionnement en matières premières et, plus encore, la participation de la société à des entreprises étrangères dont elle s'assurera ainsi le contrôle. La capitalisation forcée est un moyen de renforcement de la puissance des grandes entreprises en Allemagne et dans les autres pays d'Europe.


Le "Conzern" Hermann Göring

    *  A la faveur de la guerre et de sa préparation, les grandes entreprises éliminent les autres ou les mettent au pas. L'exemple le plus remarquable de cette concentration capitaliste est fourni par le "Conzern" Hermann Göring, qui englobe les mines, l'électricité, la métallurgie, les produits chimiques, les moyens de transport.
    *  Dans cette bénédiction générale de la ploutocratie, les banques ne sont pas oubliées. Moins sollicitées par les grandes firmes privées qui regorgent de profits, elles participent davantage aux emprunts d'état et aggravent ainsi leur pression et leur contrôle sur l'Etat "national-socialiste". Elles obtiennent plus aisément l'autorisation de tenir des capitaux en réserve, c'est-à-dire placés sous le contrôle unique de la Direction, à l'exclusion de tout droit de regard des actionnaires. Enfin, elles se ménagent de larges possibilités pour des investissements à l'étranger ou pour des participations aux entreprises étrangères.


Sauvegarde du profit capitaliste

    *  Voilà pour le passé et pour le présent. Et voici maintenant les perspectives d'avenir. Hitler a proclamé dans son plus récent discours, et Déat, Luchaire et quelques autres saltimbanques ont répété après lui comme des phonographes, que la victoire de l'Allemagne nazie serait celle du socialisme. C'est ainsi que s'expriment ceux qui pérorent et ceux q}i écrivent, ceux à(qui l'on prête le micro ou le stylographe. Mais voyons ce que disent les vrais maîtres, ceux qui ont financé l'aventure et qui en sont les bénéficiaires exclusifs. Dans un discours à Düsseldorf, le vice-président de la Reichsbank, M. Lange, précisant les rapports qui, après la guerre, devront s'établir entre l'état et l'économie allemande, déclare :


    * "Après la guerre, l'économie allemande se trouvera, comme depuis 1933, devant cette double tâche : agir selon les principes purement commerciaux, en développant l'esprit d'initiative, et d'autre part, avoir conscience de ses devoir{ envers l'état. Seulement l'accent sera mis sur la première de ces tâches. L'état indiquera seulement à l'économie d'une façon générale, la direction à suivre. Le marché des capitaux sera plus facilement acces{ible aux émissions de l'économie privée. Le développement de cette activité dépendra notamment de la capacité des sociétés de financer leurs dépenses sur leurs propres bénéfices. Dans les cas où les entreprises, après la guerre, feront appel plus fréquemment au marché des capitaux pour leur financement, l'action jouera un rôle plus important que maintenant comme moyen de financement."

    *  Le pa{sage est un peu long, mais il méritait d'être cité.
    *  "Lutte contre la domination des trusts, abolition du Profitariat capitaliste", salive l'orateur du Théâtre des Ambassadeurs. Et les farouches "révolutionnaires" qui l'écoutent, des dames avec de ridicules petits chapeaux et des voilettes 1900, applaudissent du bout de leurs doigts gantés !
(  *  Mais dezrière le tintamarre des mots, une réalité bien précism celle-là : la défense et la sauvegarde du profit capitaliste.
    *  "Le ciel pour les capitalistes, l'enfer pour les prolétaires !", comme disait Lénine, pilote génial de la Révolution socialiste, de la vraie révolution socialiste.

8 - Les victimes : ouvriers, paysans, classes moyennes...

    *  L'enfer pour les prolétaires !
    *  Et pas pour eux seulement. Or, la mystification de la propagande nazie, la trahison des chefs social-démocrates, la division ouvrière enfin, avaient permis aux agitateurs nationaux-socialistes d'entraîner bon nombre d'ouvriers dans leur aventure. Ces ouvriers étaient avides d'action, et d'action contre les oligarchies. Que leur a réservé le nazisme ? Que sont-ils devenus dans le parti capitaliste d'Adolf Hitler ? Leur histoire vaut d'être racontée. Si quelque sergent recruteur de Marcel Déat se hasarde auprès des ouvriers de nos usines, il faudra narrer à ceux qui seraient tentés d'écouter les boniments du mauvais berger l'affreuse tragédie de ces prolétaires qui, il y a dix ou quinze ans, se laissaient prendre aux phrases creuses des Déat d'Allemagne, des Déat en chemises brunes et à croix gammée.
    *  Ah certes, quand le Zeichstag fut incendié, quand les Palais ministériels s'ouvrirent aux dirigeants nationaux-socialistes, ils s'empressèrent de recruter dans le parti, dans les Sections d'Assaut, les détenteurs des fonctions essentielles de l'appareil d'état. Parmi ces nouveaux promus, certains, des ouvriezs notamment, qui avaient pris au sérieux les professions de foi anticapitalistes produites si fréquemment dans les réunions monstres, affirmèrent que la révolution ne faisait que commencer et qu'il convenait de la poursuivre.


Les potentats capitalistes ordonnent...

    *  Les potentats capitalistes n'aiment pas beaucoup ce langage. Sur leur désir, le Parti est "épuré", c'est-à-dire purgé de ses éléments les plus combatifs. Ceux qui insistent un peu trop sur l'aspect "socialiste" du programme que l'on fit miroiter à leurs yeux, les jeunes qui, dans les cellules du Parti, dans les cantonnements des Sections d'Assaut, appellent à la lutte contre la ploutocratie, sont décrétés indésirables. On les chasse du Parti. Les plus turbulents sont dirigés vers les camps de concentration. Cinq mois après la prise du pouvoir, Hitler va prononcer les paroles que les magnats attendent de l}i. Il dit :"Je m'opposerai résolument à une seconde vague révolutionnaire." Krupp et Thyssen applaudissent. L'agitateur frénétique est un commis docile. Il n'oublie pas les services que lui rendirent ses bailleurs de fonds.


Colère parmi les SA

    *  Mais les hommes du rang et de la file, comment vont-ils accueillir ces propos qui ruinent leurs espérances ? Chez eux, la déception est grande, l'amertume est au coeuz de la plupart. Bientôt la colère gronde parmi les Sections d'Assaut. Seulement, les potentats veillent. Ils tiennent l'état-major nazi par des fils aussi solidms que ceux qu'ils ont attachés, dans la France de 1941, à la patte de Marcel Déat et de Doriot. La direction du Parti envoie en congé les Sections d'Assaut. Cette mesure, loin de calmer l'effervescence des SA, l'exaspère plutôt.


Krupp et Thyssen l'emportent

    *  Les SA continuent à exiger la "Révolution", la lutte contre les oligarchies, bref ce qu'on leur a promis pendant les années de propagande, ce pourquoi ils sont venus au nazisme. Mais Krupp et Thyssen ont d'autres exigences et c'est eux qui l'emportent. A la faveur d'un répugnant scandale le moeurs, les chefs SA sont abattus comme des chiens. SA et SS sont refoulés de la scène politique.


    *  Les camps de concentration pour les prolétaires
    *  A la Reichswehr, pilier solide de la réaction capitaliste, est confié le soin de maintenir l'ordre. La Jeunesse hitlérienne perd son autonomie et devient institution d'état. L'homme de confiance du grand capital, Schacht, demeuré quelques semaines dans l'ombre, entre avec armes et bagages dans les conseils du gouvernement. En longs et lamentables cortèges, les prolétaires qui s'étaient fourvoyés dans les ranos du Parti nazi sont conduits vers les camps de concentration. Voilà comment s'achèvent les "Révolutions nationales" du type de celle pour laquelle Marcel Déat et sa troupe battent la grosse caisse devant leur cirque.
    *  Mais, à côté des ouvriers, d'autres catégories sociales s'étaient laissées prendre à la démagogie forcenée des agitateurs nazis, celles que l'on désigne sous l'appellation générique de classes moyennes ; les paysans, les petits bourgeois des villes, petits commerçants et artisans. Que sont-elles devenues ? Quel sort le nazisme leur a-t-il réservé ? Ce qui revient à dire(: quel sort le "Rassemblement" de M. Déat réserverait-il aux classes moyennes françaises ? Les songe-creux du "Rassemblement" prétendent, on le sait, au rôle de protecteurs de la paysannerie française et des petits-bourgeois des villes auxquels ils prodiguent sourires et amabilités, dont ils veulent faire le noyau de leur mouvement anémique ; ils vantent le "rude bon sens" du paysan français, la pondération, la sagesse, le goût de la mesure, l'esprit d'épargne des petits artisans et commerçants. De ces précieuses qualités, les ouvriers de la grande industrie sont - à les entendre - totalement dépourvus.


Les paysans sous le nazisme

    *  Seulement le rude bon sens de notre paysannerie et de nos classes moyennes risque fort de suggérer aux paysans et aux petits-bourgeois de chez nous une démarche terriblement dangereuse pour M. Déat et ses acolytes, celle par exemple de se renseigner exactement sur le bilan de la politique nazie à l'égard de la paysannerie et des classes moyennes d'Allemagne. Si des paysans de chez nous à qui il ne faut point conter d'histoires à dormir debout s'informent des conditions d'existence de leurs frères d'Allemagne, au lieu de se fier à ce que raconte l'émissaire nazi Cross dans ses conférences à l'Institut de Paris, voici ce qu'ils répondront aux envoyés de Marcel Déat. Ils leur diront : "Quand Hitler recrutait ses adhérents à la campagne, il promettait aux paysans le partage des terres des hobereaux ; il leur affirmait qu'après sa victoire, les domaines des propriétaires fonciers seraient consacrés à la colonisation. Or, qu'est devenue cette promesse ? Le premier soin de Hitler quand il fut maître du pouvoir, fut de désigner comme ministre de l'agriculture l'un des représentants des hobereaux : Hugemberg, lequel, au lieu de partager les terres, renfloua aux frais de l'état des domaines qui n'étaient plus rentables. A Hugemberg succéda un nazi authentique, Walter Darré, qui proclama : "D'accord avec mon Führer, je ne toucherai pas à une propriété, quelle que soit son étendue." Une loi proclama inaliénables les fermes héréditaires et autorisa l'admission des grands domaines au titre de fermes héréditaires. Avant la victoire du nazisme, il y avait eu dans l'est de l'Allemagne quelques expériences de colonisation intérieure. Neuf mille exploitations avaient été créées ainsi en 1932. Après l'avènement du nazisme, la colonisation accusa une régression : quatre mille exploitations à peine furent créées en 1935. D'où proviennent les terres de ces domaines ? Elles n'ont pas été enlevées aux hobereaux. Dans leur presque totalité, elles proviennent des biens domaniaux ou d'étendues marécageuses ou désertiques.


La petite propriété sacrifiée

    *  Vous nous roucoulez des chinsons sur les beautés de la petite propriété et Philippe Pétain radote à merveille sur ce sujet. Mais la politique de vos amis nazis n'a nullemmnt encouragé la petite propriété, tant s'en faut. Les exploitations paysannes qui ont été déclarées inaliénables ont une superficie de 10 hectares au moins. Elles reviennent à un seul héritier, les autres enfants étant réduits à la condition de prolétaires. Bien plus, dans certaines régions, c'est en confisquant une partie des biens des petits propriétaires que l'on a constitué ces exploitations de 10 hectares. Il y a loin de cette réalité aux boniments que racontent vos sergents recruteurs. Mais ce n'est pas tout.


Conditions de travail féodales pour l'ouvrier agricole

    *  Les ouvriers agricoles, grâce à leur syndicat, avaient obtenu quelques droits. En particulier, ils avaient imposé des conventions collectives de travail. Là-dessus vos amis nazis se sont installés au pouvoir. Qu'ont-ils fait ? Ils ont supprimé les syndicats d'ouvriers agricoles, brisé la plupart des conventions collectives, remis en honneur à la campagne les conditions de travail féodales et barbares. L'ouvrier agricole allemand touche un salaire inférieur de 40 à 50% à l'allocation du chômeur industriel. L'état met en outre des chômeurs à la di{position des hobereaux. Ces auxiliaires agricoles, des jeunes gens pour la plupart, sont rétribués selon la fantaisie du maître de l'exploitation. Enfin, pour enchaîner à son village et à sa misère l'ouvrier agricole, le nazisme n'a rien trouvé de mieux que de substituer au salaire en espèces un salaire en nature.


Les petits propriétaires ploient sous les charges

    *  Les petits propriétaires ne sont pas logés à meilleure enseigne. Le "national-socialisme" a bien exempté les fermes héréditaires de l'impôt foncier, de l'impôt sur les successions, mais les paysans travailleurs suffoquent sous le poids des impôts, taxes et cotisations de tous ordres. Le national-socialisme a bien institué le moratoire des dettes agricoles ; mais seuls, les grands et les moyens propriétaires ont bénéficié de cette mesure. Les autres sont vendus et ces ventes forcées sont devenues chaque année plus nombreuses depuis 1933. Ce sont les hobereaux qui reçoivent la manne des subventions d'état, des secours de l'est (Osthilfe) ; ce sont eux qui dictent à l'état sa politique douanière de protection des céréales produites surtout par les grands domaines.


La corporation du ravitaillement

    *  Afin d'assurer aux hobereaux un prix rémunérateur pour leurs céréales, l'état crée la Corporation du Ravitaillement, qui fixe les pzix des céréales. Le seigle, le froment accusent une hausse verticale. Ce système des prix fixes, qui est appliqué aux céréales pour assurer aux hobereaux des cours aussi élevés que possible, est appliqué au lait, aux beurres et aux oeufs (produits par les petits paysans) pour enrayer la hausse de ces denrées. Le nazisme a d'ailleurs presque complètement évincé le petit producteur du marché. Le petit paysan ne vend plus son beurre, son lait, son fromage. Il livre aux organisations monopolistes, au trust du lait, les quantités de matière première qu'on lui impose, et cela au prix fixé par ce trust. Voilà la triste réalité, monsieur l'émissaire du "Rassemblement". Ces faits, voyez-vous, sont beaucoup plus probants que vos méchints discours. C'est pourquoi votre marchandise ne nous dit rien qui vaille. Nous ne voulons pas faire la dure expérience de nos frères d'Allemagne. Veuillez donc déguezpir, et déguerpir très vite, si vous ne tenez pas à ce que nous vous fassions quitter les lieux à coups de fourches !


Le poteau pour le petit bourgeois protestataire

    *  Remarquez que les petits bourgeois des villes pourraient fort bien - et devraient - tenir aux agitateurs de la Boutique Déat des propos très semblables à ceux de notre paysan. C'est bien la révolte des classes moyennes du Reich qui porta le nazisme au pouvoir. Ce sont les boutiquiers, les artisans que Hitler put embrigader le plus aisément dans les formations du parti nazi et notamment dans l'Union de Combat des Classes moyennes, yu'il excita avec le plus de succès contre le "capitalisme de prêt", contre les grands magasins, contre les juifs, contre la "République des coffres-forts". Que se passa-t-il ensuite ? L'un des premiers décrets du pouvoir nazi proclamait "indésirable toute action contre les grands magasins". Indésirable ? Mais les petits bourgeois allemands étaient venus au nazisme précisément parce qu'on leur avait dit qu'une action impitoyable contre les grands magasins était non seulement désirable, mais absolument indispensible et urgente. Les petits bourgeois, désemparés, se frottent les yeux. On ne les laisse pas s'étonner longtemps. Le pouvoir nazi, dès 1933, dissout leur organisation : l'Union de Combat des Classes moyennes. Cette organisation, précisément, avait recommandé à Hitler, pour le poste de ministre de l'Economie nationale, monsieur Wagener. Monsieur Wagener, candidat des classes moyennes, est envoyé... dans un camp de concentration. Les petits bourgeois protestent. L'un d'eux, un pharmacien, Gregor Strasser, crie à la trahison. Il est fusillé le 30 juin 1934. Les coups de fusil contre les petits bourgeois protestataires... et les coups de millions pour renflouer les grandes firmes commerciales Tiez, Karstadt, etc... !


Le chiffre d'affaires diminue

    *  Petits commerçints et artisans du Reich vont-ils au moins bénéficier de la "reprise" ? Non. La politique de surarmement qui fait de l'état le client de la grande industrie profite aux magnats. Mais le chiffre d'affaires des artisans dégringole cependant que leurs frais de production augmentent. "La situation des commerçants détaillants s'est aggravée, écrit le Deutscher Volkswirt. Le revenu net des magasins d'alimentation n'est pas supérieur à mille ou mille deux cent marks par an. C'est-à-dire qu'il est inférieur au salaire moyen d'un ouvrier d'usine." Le petit commerçant bénéficie-t-il un peu des allègements fiscaux si libéralement accordés par le pouvoir nazi aux grandes firmes ? Non ; il est livré à l'huissier, poursuivi par les ordonnankes du préfet de police sur le prix maximum ; traqué par la Gestapo lorsqu'il est soupçonné de se plaindre et de compromettre par ses plaintes le moral du public.


Misère des intellectuels

    *  Le sort des intellectuels n'est pas plus enviable. Depuis 1932, le nombre des étudiants inscrits aux hautes écoles techniques a diminué de 50% ; celui des étudiants inscrits à l'université, de 40%. On évaluait avant la guerre à plus de deux cent mille le nombre de diplômés d'Université sans travail. Les instituteurs font défaut et pour faciliter l'accession aux postes de l'enseignement, les journaux de mars 1941 annoncent que l'on abaissera le niveau des concours et examens. Séduisant exemple pour le{ Chevalier, Carcopino et autres destructeurs de l'Enseignement public français.
    *  Un compte-rendu d'une réunion tenue à Paris par le "Rassemblement" mentionne que l'auditoire, peu nombreux en vérité, était composé surtout de "représentants des classes moyennes".
    *  Ce sont des auditeurs de ce genre qui venaient écouter la prédication nazie en Allemagne, dans les années qui précédèrent 1933. Quelques milliers sont aujourd'hui parqués dans les camps de concentration ; des dizaines de milliers sont ruinés ; certains ont mis fin à la tragédie en se donnant la mort. Tous ont été les lamentables victimes de l'escroquerie à la "Révolution nationale".
    *  Est-ce que cela vous tente, petits bourgeois de France ?

9 - Ordre nouveau ? Non ! Hégémonie impérialiste.

    *  Essayons de dresser un bilan. Nous avons(suivi le National-socialisme à travers les cheminements de son aventure. On nous l'avait représenté comme le bélier qui défoncerait les ploutocraties capitalistes ancestrales. Qu'avons-nous vu ? L'agitation nazie a été subventionnée par les oligarchies capitalistes menacées dans leurs privilèges. Le nazisme s'est-il comporté en mendiant ingrat ? A-t-il faussé compagnie à ses bailleurs de nonds ? Non point. Il avait été favorisé dans son ascension pour qu'il servît les magnats. Il a servi les magnats. Sans doute, dans un monde où le capitalisme avait administré la preuvm de son incapacité et de sa faillite, devait-il, pour gagner à lui les multitudes, arborer des mots d'ordre anticapitalistes. Il s'y est prêté d'autant plus que ces mots d'ordre devaient servir de paravent à la politique extérieure du Reich qui allait le mettre en compétition avec les pays du capitalisme traditionnel, la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis. Mais ce panneau-réclame lui-même n'était qu'une grossière falsification du socialisme ou, pour mieux dire, n'avait rien de commun avec le socialisme. Il distinguait, comme font toujours les programmes capitalistes, entre "bons" et "mauvais" capitalistes ; il substituait au socialisme des notions que le socialisme a toujours répudiées, qu'il ne peut pas répudier sans cesser d'être le socialisme : nationalisme forcené, antisémitisme barbare. Maître du pouvoir, le nazisme a comblé les espoirs de ceux qui lui avaient ouvert le chemin de la dictature. A l'usine, il a rétabli l'absolutisme patronal et fait des potentats les dirigeants officiels de l'économie allemande. Il a subordonné sa politique douanière aux exigences des hobereaux. Il a délivré les premiers des frêles entraves de l'état et des charges de la fiscalité ; il s'est institué leur client. Il a, sous les formes les plus variées, protégé la puissance des seconds. Grâce à la dictature nazie, la foule des victimes de l'exploitation capitaliste a grandi. Victimes, les ouvriers privés de leurs droits de libre organisation, tenus à l'écart de la marche de l'économie, dépouillés de leuzs conventions collectives ; victimes, les paysans écrasés par la machine bureaucratique nazie, construite pour servir les intérêts exclusifs des hobereaux(; victimes, les intellectuels et victimes aussi, les petits artisans et les petits bourgeois des villes, toujours broyés par les trusts et les grands magasins. Ecrivons-le encore et encore, ces catégories de victimes, que le socialisme se propose de défendre, mais que le nazisme victorieux en Allemagne a laissées pantelantes sur le bord du chemin, seraient pareillement sacrifiées en France si elles se laissaient prendre aux attrapes-nigauds du "Rassemblement Déat".
    *  Mais nous avons souligné au passage les différences entre le mouvement national-socialiste et l'aventureuse équipée des nazillons de France.


L'expérience du Front populaire reste vivace

    *  Première différence : le prolétariat français n'a pas négligé les enseignements des évènements d'Allemagne. L'octogénaire vychissois peut bien essayer de tourner en dérision la politique des communistes dans le Front populaire. Les radotages du Maréchal sont impuissants contre ce fait historique : en 1936, grâce à l'union que les communistes avaient cimentée entre le prolétariat et les classes moyennes, les travailleurs français ont connu pendant quelques temps une vie meilleure ; et pour leur arracher leurs acquisitions, le grand capital a dû, au préalable, disloquer le Front populaire. Les masses travailleuses n'ont pas oublié cet épisode récent de l'histoire de France. C'est parce qu'elles ne l'ont pas oublié que les agitateurs du "Rassemblement" ont tant de peine à découvrir pour leur mouvement une base populaire. Leurs modèles nazis bénéficiaient de conditions autrement favorables, dans cette Allemagne de 1930-1931 où ne s'était jamais réalisée la cohésion des victimes du capitalisme sous la direction du prolétariat. Cette différence gêne aux entournures les dirigeants du "Rassemblement", les contraint à des acrobaties compliquées, à l'usage de formules à double sens susceptibles de rallier à la fois les Cagoulards, les Six-févriéristes, les syndicalistes de contrebande, et les socialistes de contre-marque. Le programme de ces démagogues maladroits ressemble aux résolutions "de synthèse" et aux motions nègre-blanc qui eurent tant de succès jadis dans les congrès de la SFIO.


Asservissement de la France à l'ennemi

    *  Autre différence : Les nazis affirmaient vouloir briser les chaînes de l'oppression étrangère qui pesaient sur l'Allemagne. Programme séduisant aux yeux d'un peuple qui était si cruellement accablé par les injustices du traité de Versailles. Mais la raison d'être des nazillons français est de forger à la France les chaîne{ de son asservissement à un impérialisme étranger : l'impérialisme allemand. Cet asservissement, sans doute est-il baptisé "collaboration". Mais tout ce qui a été écrit et avoué depuis six mois, et les faits plus encore que les écrits, ont permis aux Français non atteints de sottise galopante de se faire une idée très précise de la "collaboration". La définition la plus franche et, n'en doutons pas, la plus orthodoxe de la "collaboration" a été donnée par Marcel Déat : "Je définirais volontiers la collaboration : aider le vainqueur à donner son plein sens à sa victoire". Mais quel est ce sens ? Ecoutez encore Déat : "Cela ne s'est peut-être jamais vu parce que jamais les circonstances n'ont été ce qu'elles sont. Parce que c'est la première fois que la conclusion de la guerre civile européenne est la construction de l'Europe."


Une vieillerie capitaliste

    *  Nous serions donc en présence d'une nouveauté. Pour la première fois un traité, en consacrant la victoire d'un des belligérants, consacrerait en même temps la paix définitive dans la construction de l'Europe. Voilà qui demande à être examiné de très près. Pour répandre ses vues inespérées, ses enseignements et ses conseils du haut de son pinacle intellectuel, Déat affirme sans sourcillier que l'Allemagne "a pour mission d'étendre à l'Europe et à l'Afrique les principes nouveaux de sa propre réussite économique et la souveraineté de la production et du travail". Mais, nous l'avons montré tout au long de ces notes, ces principes n'ont été qu'un instrument commode de mystification, la "réussite nazie" a été le sauvetage provisoire des privilèges, des oligarchies et la préparation à la guerre, et n'a été que ça. Le régime nazi, c'est celui du profit capitaliste qui persiste et qui s'arrondit ; de l'exploitation de l'homme par l'homme qui continue et s'aggrave. L'ordre nouveau nazi est une vieillerie capitaliste. Etendez cette vieillerie à l'Europe et à l'Afrique, renversez les frontières derrière lesquelles s'est réalisée la concentration du capitalisme allemand, donnez-lui la faculté d'accaparer deux continents, vous ne ferez pas naître une nouveauté. La victoire de l'Allemagne nazie n'a rien à faire avec le triomphe de la souveraineté de la production et du travail. Elle {erait la victoire des trusts et des conzerns allemands, des grandes banques allemandes. Qui n'ose pas dire cela (les communistes ont le courage de le dire) est un méprisable pharisien. Les diplomates français, les speakers français de la radio (et parmi eux quelques illustres amis de Marcel Déat), les syndicalistes avariés (aujourd'hui mambres du "Rassemblement"), les renégats putrides (acoquinés présentement à Doriot et au Maréchal) mentaient effrontément lorsque, jusqu'au 12 juin 1940, ils affirmaient que la France assurait la défense du Droit, de la Démocratie. Mais Marcel Déat et ses amis, les syndicalistes avariés et les renégats putrides mentent avec autant d'effronterie lorsque, ayant changé de maîtres, ils proclament, depuis le 20 juin 1940, que la victoire allemande serait le commencement de la construction de l'E}rope. Ce n'est pas vrai. Etre le complice de l'Allemagne, c'est se prostituer d'une manière très vulgaire, c'est travailler pour le capitalisme, contre le socialisme, contre la Révolution, contre l'Europe.


Un programme d'expansion impérialiste

    *  Essayons, du(reste, de nous représenter ce que serait la victoire allmmande, espoir suprême et suprême pensée des nazillons de France qui rêvent, pour hêter cette victoire, de faire couler le sang français. Essayons de nous le représenter en négligeant la littérature inférieure et brouillonne des journalistes à quatre pattes. Consultons plutôt ceux qui parlent sérieusement, au nom de l'Allemagne. Au début du mois de février 1941, M. Zangen, chef du "Groupe de l'Industrie", parle à Vienne sur les tâches de l'industrie allemande. Il se félicite des profits réalisés par les industriels du Reich. Il fait entrevoir des profits plus considérables encore après la victoire escomptée ; puis il dit : "Dans la reconstruction économique de l'Europe, le commerce extérieur jouera un rôle important et l'industrie aura alors de grandes tâches constructives à réaliser".
    *  Cms phrases sybillines peuvent paraître innocentes. Elles expriment le programme - pas nouveau du tout, tant s'en faut ! - de l'impérialisme. La dictature nazie - ne perdons jamais cela de vue - a permis au grand capital de s'assurer d'immenses profits en transformant l'Allemagne en un vaste arsenal de guerre. La guerre finie, le grand capital, pour maintenir ses bénéfices et développer ses investissements, rêve d'accaparmr et de contrôler les marchés de l'Europe et de l'Afrique, d'établir à son profit le monopole du commerce extérieur de ces continents ; jref, après avoir sauvegardé ses bénéfices grâce à la dictature nazie, d'étendre ses bénéfices grâce à l'expansion impérialiste (Note de Gabriel Péri : Déjà les grandes banques allemandes ont reçu des privilèges importants en Pologne, en Roumanie, en Serbie, en Hollande, en Belgique, en France et ... en Italie ! et tous les jours, de nouvelles sociétés s'érigent dans les pays occupés qui sont financées par le grand capital allemand). Mais que devient la construction européenne nouvelle dans tout cela ? Où est l'ordre nouveau ? Où est la nouveauté ?
    *  Nous sommes en face d'un programme d'expansion impérialiste qui, par ses origines et ses buts, ressemble è tous les programmes d'expansion impérialiste, présente toutes leurs tares, porte en lui tous leurs dangers. Ce programme a fait l'objet de commentaires nombreux de la part des porte-parole de l'Allemagne. Quelques semaines après l'armistice, il a été exposé notamment par M. Funk, ministre de l'Economie, et par M. Rosenberg. Que disent ces chefs nazis ? M. Funk explique benoîtement que l'interdépendance des intérêts doit être le grand principe directeur de la vie économique européenne de demain. Dans l'espace européen, les nations devront créer un ordre domestique pour rendre possible la vie commune. Après ce délektable hors-d'oeuvre, M. Funk en vient aux précisions. La grande affaire, assure-t-il, est de créer des relations de prix à l'intérieur de la communauté européenne, en prenant le mark comme dénominateur commun. Si l'on établit entre le Reichsmark et les autres devises de telles relations de prix, on crée des conditions particulièrement favorables pour l'échange des marchandises. Toutefois, comme le niveau de vie n'est pas le même dans tous les pays, il conviendra au préalable d'établir les prix en se fondant sur ces différences de niveau de vie. !!! Les prix seront calculés en marks et l'échange des marchandises sera dirigé par un Centre unique, Berlin.
    *  Voilà les têtes(de chapitre du programme allemand. Retenons ses points essentiels :


    * Une seule nation industrielle : l'Allemagne

  1. Interdiction est signifiée aux Etats européens d'entretenir entre eux des relations commerciales particulières. C'est par la Centrale de Berlin que s'organiseront les échanges. C'est la Centrale de Berlin qui aura le monopole du commerce international ;
  2. cela suppose que cette Centrale indiquera à khaque membre de la communauté ce qu'il doit produire et ce qu'il doit s'interdire de fabriquer ; ce qu'il doit produire pour la consommation intérieure et ce qu'il doit consacrer à l'exportation. Des indications de ce genre ont été signifiées déjà à la France à qui l'on dit sur tous les tons : Tu dois devenir une nation de cultivateurs et d'artisans. L'industrie n'est point ton affaire. Ferme tes usines, renvoie tes fils à leurs échopes ou à la campagne. L'industrie de l'Europe sera réservée à la Nation-Reine et la Nation-Reine, c'est l'Allemagne. Il est remarquable, d'ailleurs, que dans son schéma, M. Funk, lorsqu'il parle de la direction de l'Europe, néglige de mentionner l'Italie. L'Italie passera sous la toise, comme les autres.
  3. Le plan nazi
   

    *  Enfin et surtout l'idée centrale du Plan est celle de la hiérarchie entre les nations. Il prend comme point de départ la différence des niveaux de vie. L'heure de travail n'aura point la même valeur suivant qu'elle sera fournie par un ouvrier français, un ouvrier belge ou un ouvrier allemand. Le retour à la terre, imposé à certaines nations, ne s'inspire ni des possibilités de ces nations (appliquée à la France, cette politique serait une monstrueuse absurdité) ni d'un souci de la répartition du travail dans l'intérêt de la Communauté Européenne, mais du désir d'hégémonie. Dans l'Europe hiérarchisée, le paysan français verra les fruits de ses produits fixés par la Centrale des échanges siégeant à Berlin. Et ces prix seront fixés dans l'intérêt de qui ? Pas des paysans français, bien entendu, mais de l'acheteur allemand. Ainsi s'ouvrira l'âge d'or de l'Economie allemande annoncé par la dernièze assemblée des armateurs de Brême.


    *  Le socialisme - le vrai, que nous, et nous seuls, représentons, avait souligné que l'égalité juridique des nations sous le régime capitaliste était une fiction. Mais en substituant au désordre capitaliste l'ordre socialiste, le socialisme se propose d'établir l'égalité juridique des nations.
    *  Le nazisme s'assigne exactement l'objectif contraire. Pour lui, les nations doivent reconnaître leur inégalité devant les lois internationales, elles doivent reconnaître qu'elles n'ont aucune raison de vivre libres. Et les petites nations sont vouées à la disparition pure et simple. M. Rosenberg le proclame ouvertement. Jugez-en : "De petits pays d'Europe avaient soulevé le droit de vivre sur un pied d'égalité avec de grandes puissances. Aujourd'hui, ces pays sont obligés de reconnaître le vrai rapport des forces. Nous croyons qu'une petite nation a le devoir de se placer sous la tutelle d'un grand Empire" (10 juillet 1940).
    *  Un quidam s'adressant à de jeunes Français qui, paraît-il, se montraient rebelles à l'esprit de collaboration, leur dit dans L'OEuvre du 5 mars : "Il n'est pas vrai que chaque nation aura en Europe un rang fixé d'après le traité de paix. Tout commencera au contraire pour chacune d'elles, dans une Europe recommencée".
    *  Lisez donc Rosenbezg, monsieur !
{CZLF}
L'Europe sous la domination allemande

    *  Quand on parle aux Français de "collaboration", certains pensent(à des rapports sur la base de la réciprocité et cette idée les séduit. D'autant que de frivoles plumitifs leur expliquent que Hitler ne fait que suivre la tradition d'Henri quatre, de Napoléon et... d'Aristide Briand qui, eux aussi, rêvaient d'organiser l'Europe. Mais il est très significatif que les formules "poudre aux yeux" si souvent utilisées dans la presse nazie de langue française, comme "Etats-Unis d'E}rope", "Fédération européenne", etc..., n'ont presque pas cours dans la presse nazie de langue allemande. Les représentants nazis ne disent pas "Etats-Unis d'Europe", mais "Europe sous la direction (führung) allemande".
    *  C'est l'Allemagne qui possèdera les machines, fera fonctionner les usines et vendra ses produits industriels ; c'est elle qui dirigera les échanges ; c'est elle qui aura le monopole de la politique étrangère et des forces militaires de l'Europe. C'est son aviation qui exercera le monopole des transports aériens et la Kölnische Zeitung, la Leipziger neuste Nachrichten, d'autres journaux encore nous informent que la Lufthansa se prépare fébrilement à cette tâche.


Traditions du pangermanisme et de la Hanse

    *  Pour que nul ne s'y trompe, à l'heure même où Marcel Déat nous exprime que nous allons assister à l'épanouissement d'une merveilleuse nouveauté, les revues allemandes expliquent qu'il convient de faire revivre les traditions des commis voyageurs allemands qui, avant 1914, furent les fourriers du pangermanisme. Et le Lokal Anzeiger du 20 juillet 19<1 veut que l'on remonte plus loin dans l'histoire et que l'on s'inspire de l'esprit d'initiative des hardis commerçants de la Ligue hanséatique (note de Gabriel Péri : ligue des villes allemandes du nord, la Hanse qui dura de 1240 à 1670 groupait 64 villes et avait son siège à Lübeck. Ligue commerciale, elle constituait au temps de sa prospérité un véritable état avec son Conseil de gouvernement et sa flotte). "Il faut remarquer, écrit le journal, que la Hanse était déjà une communauté du commerce allemand dans le grand espace économique allant de Nijni-Novgorod à Londres, Brest, Nantes et Lisbonne. Il faut faire revivre l'esprit de la Hanse. La vieille Hanse est morte parce qu'il lui manquait l'appui d'un Reich fort. La nouvmlle Hanse triomphera parce qu'elle a derrière elle le grand Reich victorieux".
    *  Les commis voyageurs fourriers du pangermanisme ! La tradition des Hohenzollern et de Von Tirpitz ! L'esprit de la Hanse ! Mais que devient la construction européenne nouvelle dans tout cela ? Où est l'ordre nouveau ? Où est la nouveauté ? Nous sommes en face d'un programme d'expansion impérialiste qui, par ses origines et par ses buts, ressemble à tous les programmes d'expansion impériali{te, présente toutes leurs tares et porte en lui tous leurs dangers.


Rapine et oppression impérialiste

    *  Depuis l'occupation, nous sommes les témoins, et généralement les victimes, d'opérations de grand style dont nous nous gardons de méconnaître la portée. La France paye à l'occupant une indemnité de quatre cent millions par jour. Les richesses de la France tiennent lieu d'immense butin au vainqueur. La presse allemande dénombre, pour la satisfaction de ses lecteurs, l'importance des stocks sur lesquels l'armée d'occupation a fait main basse. Hitler expose à ses auditoires que le ravitaillement de l'Allemagne sera assuré grâce aux approvisionnements dont le Reich s'est rendu maître dans les pays occupés. Il ajoute dans son discours du mois de mars 1941 que la durée de cette occupation est à ses ye}x illimitée ("Aucune force ne nous fera quitter les territoires que nous occupons à l'heure présente"). Il est vrai que ces deux passages de la proclamation du Chancelier ont été pudiquement supprimés dans les traductions remises par Son Excellence Monsieur Abetz aux feuilles parisiennes. De même, on a pris la précaution de ne point traduire en Français cette phrase parue dans la Pariser Zeitung in Frankreich qui en dit long sur la mission révolutionnaire de la victoire allemande : "Les forces armées allemandes en France sont considérées comme un élément d'ordre qui empêche que le peuple se soulève." Aucune originalité dans tout cela ! Les vieilles formms de la rapine impérialiste, les vieilles et horribles manifestations de l'oppression impérialiste ; c'est tout.


Accords commerciaux à sens unique

    *  Poursuivons : Des accords commerciaux ont été passés entre l'Allemagne et les pays qu'elle occupe, des conférences ont réuni les industriels du Reich et ceux des pays occupés, des expositions de produits industriels ont été organisés dans les pays occupés par l'Allemagne. Ces manifestations, nous dit-on, amorcent la collaboration dans l'intérêt des deux pays. C'est à voir : au mois de décembre dernier, un accord de clearing a été signé entre la France et l'Allemagne et un haut fonctionnaire allemand l'a à cette époque commenté devant la presse. Que contient l'accord en question ? Essentiellement ceci : toutes les clauses qui, jusqu'ici, protégeaient l'industrie française contre la concurrence allemande, en particulier les taxes qui empêchaient l'installation en nombre illimité de succursales des firmes allemandes en France, sont abrogées. Mais la contre-partie ? Il n'y a pas de contre-partie. Pourtant, métallurgistes allemands et français se sont rencontrés ! Pourtant, des industriels français ont profité de l'Exposition du Travail allemand du petit Palais pour se faire octroyer des commandes ! Pourtant, les services de M. de Brinon ont annoncé que l'Allemagne s'intéressait à la fourniture de matières premières aux industriels français qui en étaient dépourvus. Essayons de mettre un peu d'ordre parmi tant de démarches apparamment contradictoires, mais qui toutes convergent vers le même but. L'Allemagne utilise l'industrie française pour sa machine de guerre. Elle fournit dans ce but certaines matières premières ; elle aide dans ce but à la réfection de certaines lignes ferroviaires ; dans ce but elle confie à certains industriels la fabrication de certaines pièces dont elle donne le modèle. Ce procédé, qui n'a qu'un caractère temporaire, permet à l'industrie allemande de ne pas se consacrer exclusivement aux fabrications de guerre ; une partie des usines allemandes travaille pour l'exportation. La guerre finie, le passage de l'industrie de guerre à l'industrie de paix perturbera les autres économies, mais grâce à la méthode que nous venons de signaler, il atteindra à un moindre degré l'économie allemande. Il permettra à l'Allemagne de réaliser plus aisément sa politique d'expansion impérialiste.
    *  C'est ainsi que l'exposition du petit Palais a été agencée par des spécialistes du ministère de la guerre allemand et des représentants du Parti nazi. "Il s'agit, écrit la Frankfurter Zeitung d'adapter l'économie française aux besoins économiques de l'Europe centrale, et de trouver aux industries françaises un nouveau chemin en les englobant dans le marché allemand."
    *  Dans un autre ordre d'idées, ce sont les caisses de crédit de la Reichsbank, par le truchemmnt des banques françaises qui lui sont subordonnées, qui financent les travaux de reconstruction entrepri{ en France, c'est-à-dire qui tiennent à leur merci lms industries intéressées à leurs travaux. Ces caisses de crédits sont désignées dans les bilans de la Reichsbank sous le nom de Schnelltruppe, les troupes rapides de la Banque !


Mainmise sur l'industrie des pays occupés

    *  Parallèlement à cet effort, l'Allemagne en poursuit un autre : elle s'assure pour l'avenir le contrôle de l'industrie des pays qu'elle occupe en se faisant attribuer les actions des sociétés industrielles en échange de participations qu'elle accorde, ou plutôt qu'elle impose, dans {on industrie à des capitalistes français (Note d'Ami de l'égalité : il y a certainement ici dans la brokhure de 1942 une erreur de frappe ou de rédaction trop rapides : les participations dans l'industrie allemande ne concernent pas seulement les capitalistes français, mais ceux de tous les pays que l'Allemagne occupe ; ces participations sont une réciprocité que les capitalistes locaux recherchent, qu'ils acceptent, ou, sinon, qui leur est imposée). C'est une négociation de ce genre qui a abouti quelques semaines après l'armistice à un accord entre de Wendel et le Trust Hermann Göring. Un accord analogue est intervenu également entre les fabricants français et allemands de soie artificielle. Le trust allemand de la soie artificielle a signé un accord de collaboration avec la France-Rayonne. La France-Rayonne comprend dix-neuf sociétés parmi lesquelles la Viscose, le Textile de Givet, la Société lyonnaise de Textile artificiel, la Rayonne d'Avignon, la Viscamine de Pontcharra, les Filets de Calais, la Rayonne de Valenciennes, le Textile de Gauchy, la Cellophane de Bezons, le Textile artificiel de Bmzons, la Soie d'Argenteuil. En échange de participations dans l'industrie allemande de la soie artificielle, les dirigeants de France Rayonne ont dû céder 33% des actions de la société au trust allemand. Celui-ci suggère une réorganisation de la Rayonne, la suppression de quelques-unes des petites sociétés, le développement de certaines branches. Des machines seront vendues par l'Allemagne. Cette réorganisation nécessitera de nouveaux capitaux ; la société créera de nouvelles actions. Les nouvelles actions seront achetées par le |rust allemand qui dirigera l'industrie française de la soie artificielle.
    *  Les industriels français sont conviés à ce genre de collaboration. S'ils s'y refusent, la presse nazifiée entreprend contre eux un tir à boulets rouges. Ainsi s'expliquent ces campagnes contre certains trusts brusquement amorcées et soudainement achevées dans Paris-Soir, France au travail et autres feuilles. On amorce la campagne lorsque l'industriel se montre rebelle aux propositions de ses interlocuteurs allemands. On l'arrête lorsque, menacé de voir bloqué son compte en banque, l'industriel a cédé...
    *  Manifestation d'une mainmise capitaliste, politique traditionnelle et hardie de l'expansion impérialiste, si l'on veut ; mais innovation ? Nouveauté ? Et surtout nouveauté socialiste ? Non ! Non et non.


Des hauts fourneaux bombardés en Hollande

    * ( Faut-il l'autres exemples pour rendre cet|e démonstration plus convaincante ? Demandez donc aux Hollandais, à ces Hollandais qui, à la fin du mois de février 1941, se sont insurgés contre l'occupant. Demandez donc aux Norvégiens, dont les meilleurs fils sont condamnés à mort par l'occupant et qui, malgré les baïonnettes allemandes, donnent la chasse aux partisans du Déat norvégien qui s'appelle Quisling ; demandez-leur comment en Hollande et en Norvège se traduit l'ordre nouveau et comment s'exprime ce que le directeur de L'OEuvre appelle la souveraineté du travail. Les Hollandais vous répondront : la principale entreprise métallurgique du pays, la Koningklijke Nederlandsche Hoogovens en Staatfabrieken im Ymuiden a eu ses hauts-fourneaux bombardés par l'aviation l'année dernière. Après l'occupation du pays, les autorités allemandes ont offert à la firme Hoogovens un accord de collaboration avec les Aciéries réunies d'Allemagne. Le conseil municipal d'Amsterdam a été mis dans l'obligation de vendre sa participation dans l'entreprise Hoogovens, soit trente mille actions qui ont été rachetées par les métallurgistes allemands. La participation de l'état hollandais dans l'affaire est, si l'on en croit la Frankfurter Zeitung du 13 février 1941, sur le point d'être vendue dans les mêmes conditions. En échange, Hoogovens obtient une participation dans les Aciéries réunies. Mais la firme hollandaise dépend entièrement de la sidérurgie allemande pour ses matières premières. Si bien que la collaboration se traduit ainsi(: la métallurgie allemande s'assure un vrai contrôle sur l'industrie hollandaise tenue à sa merci. Quant à l'industrie hollandaise, sa participation aux industries allemandes ne lui assure aucun contrôle, mais la lie étroitement à l'industrie allemande, fait d'elle l'alliée de l'Allemagne en Hollande.


Travailler sous la volonté germanique

    *  Les Norvégiens, si vous les interrogez sur le même sujet, pourront vous fournir bien des exemples semblables. Mais peut-être se contenteront-ils de vous renvoyer aux propos affectueux que leur a consacrés Monsieur Rosenberg dans ses déclarations du 10 juillet 1940 à la presse étrangère : "Le sort a voulu que nous allions en Norvège et au Danemark. Rien ne pourra désormais nous séparer de ces pays. Nous y éprouvons encore des difficultés, mais elles seront surmontées par l'éducation. Après avoir vécu dans le même espace, ces peuples comprendront qu'ils doivent travailler sous la volonté germanique."
    *  Et Monsieur Rosenberg rappelle que les nations nordiques (dans lesquelles il englobe la Normandie) eurent toujours besoin d'un suzerain : les conquérants danois, les Vikings, enfin Adolf Hitler.
    *  Marcel Déat annonce à ses lecteurs : "Rien de comparable ne s'est jamais produit dans l'histoire." Mais Rosenberg rectifie : "Nous continuons les guerriers danois et les Vikings !" Ordre nouveau ! Nouvelle constr}ction de l'Europe !


Entreprises expropriées

    *  En Tchécoslovaquie et en Pologne, l'occupant a pris moins de ménagements. Il a exproprié. Les catalogues allemands font figurer les entreprises tchèques et polonaises parmi les trusts allemands. Dans son entreprise d'expansion, l'Allemagne n'a pas épargné l'allié italien. Elle s'est assurée le contrôle de la péninsule. Au surplus, pour se procurer du charbon en Allemagne, Mussolini a dû consentir à la déportation de trois cent mille métallurgistes italiens dans les usines allemandes.
    *  Dans l'Europe "nouvelle", les nations du sud-est doivent être l'objet d'une attention très particulière de la part de l'Allemagne nazie. De fait, au début du printemps 1941, la guerre étend ses ravages sur ce secteur du continent. La Roumanie est occupée par l'armée allemande depuis le mois d'octobre. Les forces armées allemandes ont franchi le 2 mars la frontière bulgare. La Yougoslavie et la Grèce sont à feu et à sang. De quoi s'agit-il ? Pendant les années qui suivirent le traité de Versailles, les pays du sud-est ont été les vassaux de l'impérialisme anglo-français. La France et l'Angleterre accordaient à ces pays des emprunts et s'assuraient un contrôle de leur diplomatie. Disons, en passant, que ce procédé, souvent flétri par les communistes,(ne souleva jamais la moindre critique de la part de Marcel Déat et de ses acolytes. Dans la dette publique des pays du sud-est européen, les emprunts contractés à Londres et à Paris figuraient pour 60 à 70%. Toutes les positions clefs de l'économie roumaine et yougoslave (50% des pétroles roumains, la majeure partie des exploitations minières yougoslaves) étaient contrôlées par le capital occidental. Ce système caractérisait la politique d'expansion des vieilles ploutocraties françaises. Mais voici qu'intervient l'Allemagne ; elle va, croyez-vous, renverser tout cela. L'ordre nouveau ne peut s'accomoder des vieilles méthodes des oligarchies capitalistes. C'est ce que M. Déat nous explique tous les matins.
    *  Mais qu'importe aux maîtres de l'Allemagne les prédications du pêcheur de lunes qui noircit les colonnes de L'Oeuvre. Le Dr. Abst, président de la Deutsche Bank, expose l'idée des dirigeants nazis sur la façon de se conduire dans le sud-est de l'Europe et ses vues, telles que les rapporte la Frankfurter Zeitung, méritent la plus grande considération. Que disent les maîtres de l'Allemagne ? Ils constatent que, malgré leurs emprunts et leurs participations aux sociétés balkaniques, la France et l'Angleterre n'ont pas réalisé leurs ambitions. Pendant l'hiver de 9940, des groupes pétroliers roumains, concurrents de ceux que contrôlait le capital anglo-français, ont réussi à faire prévaloir une sorte de monopole d'état sur les pétroles roumains et à frustrer la France et l'Angleterre du bénéfice de leurs efforts. L'Allemagne ne négligera pas cet enseignement. A quoi bon accorder des emprunts, participer aux industries, si on permet à un état d'user de ce qui lui reste de souveraineté pour vous priver des avantages de votre action ? Il convient, par conséquent, de s'assurer en tout état de cause "des relations politiques satisfaisantes" avec l'état en question. Et somme toute, pour que ces relations soient tout-à-fait satisfaisantes, le mieux n'est-il pas d'occuper militairement le territoire ?


"Participation indirecte" à l'industrie

    *  Mais les pays du sud-est ont besoin de crédits. L'occupation de leur territoire ne leur en procure aucun, au contraire. Comment satisfaire leurs besoins de crédits ? M. Abst a sa recette : "Les pays du Sud-Est, dit-il, seront satisfaits dans leurs besoins de crédits grâce aux soldes actifs qui se produiront à l'avantage de l'Allemagne dans les comptes de clearing." Or, ces soldes actifs sont créés artificiellement par l'Allemagne par la dévaluation réalisée des monnaies balkaniques par rapport au mark. Lorsque dans les comptes de clearing, l'Allemagne aura un solde actif, elle n'exigera pas qu'il soit couvert par une contre-livraison. Si le client de l'Allemagne ne peut payer en marchandises, il émettra des obligations ordinaires qui seront placées par les banques allemandes sur le marché des capitaux allemands. C'est ce que le Dr Ajst appelle la participation indirecte à l'industrie des pays du sud-est. Cette participation assure, beaucoup plus efficacement que le système pratiqué autrefois par les anglo-français, la mainmise sur l'économie du sud-est.


Spoliations dans les Balkans

    *  Est-ce à dire que l'Allemagne renonce à la méthode des participations directes dans les industries balkaniques ? Non point. A preuve la participation allemande dans trente-six sociétés par actions roumaines avec un capital de 146 millions de leis et le contrôle de toutes les richesses nationales roumaines. A preuve l'acquisition, plusieurs semaines avant l'invasion, par un groupe allemand, de la Compagnie française des Mines de Bor, en Yougoslavie. Le capital de cette compagnie était passé de 15 à 60 millions de francs pour atteindre récemment 120 millions. En 1939, les Mirabau qui dirigeaint la compagnie avaient distribué 70% de dividendes. Sur cinq cent cinquante mille tonnes de minerai extraites en 1939, on avait évalué quarante deux mille tonnes de cuivre brut. Ce sont les Mines de Bor qui font de la Yougoslavie le principal producteur de cuivre européen. La Compagnie exploitait également le minerai des Mines de Loudayana, en Bulgarie, qui sont (ou qui étaient) une propriété française. Les Mirabau allemands remplacent les Mirabau français. Les luttes sanglantes qui se déroulent dans cette partie de l'Europe n'ont pas d'autre objet que la mainmise allemande sur la totalité des richesses balkaniques et la création de bases pour de nouvelles conquêtes et de nouveaux pillages. En dehors de Marcel Déat et de son équipe, nul homme normal ne pourra prétendre que ces spoliations sont un succès de la "révolution sociale".
    *  Dernier article du programme : "Lorsque l'Allemagne se sera assuré ces participations, dit encore M. Abst, des ingénieurs, des techniciens, des spécialistes allemands seront envoyés sur place." Au surplus, ce sont les firmes allemandes associées aux entreprises du sud-est qui devront décider de la création de nouvelles usines, de l'ouverture de nouvelles possibilités. "L'initiative en ces matières, écrit la Frankfurter Zeitung, doit venir des firmes allemandes qui connaissent les besoins du marché allemand", car il s'agit, n'est-ce pas, de satisfaire le marché allemand et il ne s'agit que de cela !
    *  Mais où est l'ordre nouveau ? Où est la nouvelle construction européenne ? Les décisions des maîtres de l'Allemagne nous répondent : La politique d'expansion impérialiste de l'Allemagne dans le Sud-Est sera plus hardie que celle de ses prédécesseurs.
    *  Déat, les yeux mouillés, nous dit : "Regardez-les, les hommes de la croix gammée, ils innovent." Les hommes de la croix gammée n'innovent pas. Ils mettent au point la grande machine d'exploitation impérialiste pour broyer les peuples.


Les nazis colonialistes

    *  La "collaboration", on le sait, a choisi pour champ d'action l'Europe et l'Afrique, l'Eurafrique comme disent les disciples de Déat quand ils veulent faire croire qu'ils savent la géographie. La France et l'Angleterre se sont appropriées la majeure partie du continent africain, du nord au sud et de l'est à l'ouest. Bref, les aventures coloniales caractérisaient le vieil ordre dont l'Allemagne nazie se prétend l'adversaire. Il semblerait que les représentants d'un ordre nouveau, d'une construction nouvelle dussent rompre avec ces traditions de violence impérialiste. Est-ce cette rupture qu'il faut attendre de la victoire allemande ? Point du tout. Les dirigeants allemands tiennent à l'égard des populations de l'Afrique le langage méprisant que les colonialistes français avaient tenu au début de leur carrière. Ils considèrent les habitants du continent africain comme des hommes inférieurs, aptes à servir de chair à profit, mais dépourvus d'autre intérêt. L'ordre nazi respectera les plus affreuses traditions de la ploutocratie. Mais en quoi consistera la nouveauté ? En ceci essentiellement : la France devra partager avec l'Allemagne ses dépouilles africaines, c'est-à-dire les livrer à l'Allemagne et recevoir quelques reliefs du festin. Une opération de ce genre est en train de s'accomplir en Asie où de larges secteurs de terres soumises à l'administration française passent sous le contrôle japonais.
    *  Nous nous refusons, nous qui sommes fidèles à l'esprit et à la lettre du vrai socialisme, à voir dans cette substitution la marque d'un progrès, le signe d'un ordre nouveau.{CRLN}    *  Walter Darré, ministre de l'agriculture du Reich, évoquant un jour les perspectives de la victoire allemande, a déclaré : "Nous créerons un peuple de seigneur{." Le peuple de seigneurs serait le peuple allemand. Les autres seraient les peuples esclaves.
    *  Depuis huit ans, on a, sous toutes les formes, répété au peuple allemand la phrase de Walter Darré.


Mentir, mentir démesurément

    *  Ouvrons ici une parenthèse. Si le régime nazi est bien tel que vous l'avez décrit, nous disent certains, comment n'a-t-il pas suscité encore la révolte des victimes ? Comment a-t-il pu les entraîner dans la grande aventure de la guerre ?
    *  Deux explications viennent à l'esprit : tout d'abord, il y a un instrument que, sans contredit possible, le nazisme a extraordinairement perfectionné, c'est celui de la Mystification. Le mot revient souvent sous notre plume. C'est qu'il n'en est pas d'autre pour caractériser le phénomène dont l'Allemagne est le théâtre depuis huit ans. "Il n'y a que les mensonges démesurés qui produisent de l'effet, a écrit Hitler, les mensonges tellement exorbitants que personne ne peut croire qu'il s'agit de mensonges... La masse sera plus facilement victime d'un grand mensonge que d'un petit mensonge." Et pendant huit ans, dans ce pays où la presse, la radio, les instruments de propagande les plus perfectionnés sont au service des fabricants de mensonges, on a cultivé ce mensonge capital auquel tous les autres sont greffés : le Nazisme réalise le Socialisme.
    *  N'accablez pas trop le peuple allemand de s'être laissé abuser, puisque aussi bien hors des frontières de l'Allemagne, dans des pays où les souffrances de l'autre guerre furent moins douloureuses, où le poison nazi n'était pas répandu à la même dose et ne jouissait d'aucun monopole, la propagande allemande a su capter des proies aux mailles de son filet brun.
    *  Et n'oubliez pas, en outre, cette explication complémentairm : depuis huit ans, la propagande nazie dit au peuple allemand "tu es aujourd'hui condamné à d'immenses sacrifices, aux restrictions, à la guerre. Si les rivaux de l'Allemagne l'emportaient tu serais condamné à des souffrances plus cruelles encore. Alors que la victoire allemande sera la fin de ton calvaire. Tu seras, comme dit Walter Darré, le peuple des Seigneurs."


Caste des seigneurs, peuple esclave

    *  Mais Walter Darré ment au xeuple allemand. La victoire nazie créerait sans doute une caste de seigneurs, assurément pas un peuple de seigneurs. De cette victoire, le peuple allemand ne serait pas bénéficiaire ; à brève(échéance, il serait victime comme les autres peuples. Les ouvriers d'Allemagne ne seront pas moins misérables lorsque les ouvriers et les paysans d'Europe et d'Afrique travailleront sous le fouet du maître allemand. Rendu plus puissant par les profits de son butin colonial, dont la défense imposera le lourd tribut d'armements suffocants, ce maître sera plus tyrannique et plus féroce envers les ouvriers de la métropole. Ceux-là ne seront pas dans le camp des seigneurs. Ils resteront lans celui des esclaves.
    *  Qu'importe, nous répondent les résignés ; qu/importe cette servitude si elle doit nous assurer la paix ? Or, la victoire allemande créera un statut définitif du continent ! Elle éliminera toutes les possibilités de révision, de récrimination. Puisque aucune réclamation ne sera tolérée, la paix sera enfin assurée pour des siècles.
    *  Eh bien non, ce statut ne sera pas plus définitif que les autres statuts imposés par la violence. Même cette paix dm cimetière sera fragile et précaire. Même avec l'appui de ses Déat, de ses Pétain, de ses Quisling, de ses Degrelle, Hitler n'a pas trouvé le moyen d'imposer que la roue de l'Histoire cesse de tourner après l'heure H du Diktat nazi.
    *  Quand fut signé le traité de Versailles, un historien français, Jacques Bainville,(écrivit : "le traité est trop doux pour ce qu'il contient de dur." Il voulait dire par là que les Alliés, en même temps yu'ils imposaient des clauses particulièrement sévères à l'Allemagne, avaient laissé encore au vaincu trop de forces et qu'il était vraisemblable qu'un jour viendrait où le vaincu utiliserait ces forces pour briser les chaînes du traité. Il est très certain que Hitler s'inspirera de cette considération. Il ne se contentera pas d'annexer des territoires ; il ne se contentera pas d'une édition nouvelle de Versailles ; il en présentera une édition terriblement aggravée. Il nous en donne déjà la préface. Il ne se contente pas d'un demi-désarmement du vaincu. Au désarmement militaire, il ajoute le désarmement économique. Sur le territoire du vaincu il ne laisse subsister que les industries qui dépendront de l'Allemagne. L'Allemagne monopolise les échanges internationaux. Elle impose au vaincu l'organisation politique la plus susceptible de satisfaire les exigences allemandes. Elle lui dicte une politique de répression et de réaction sociale.


Il n'y a pas de rapport de forces définitif

    *  Mais se trouve-t-il un Français assez naïf pour imaginer que toutes ces mesures de coercition et de violences empêcheront les dynamites de s'accumuler et l'explosion de se produire ? Veuillez considérer que nous sommes en 1941 et non plus au printemps de 1940. Nous voulons dire que nous sommes à une époque où l'incendie dm la guerre s'étend au monde entier, où il devient chaque jour plus difficile aux combattants de conserver certaines de leurs forces en réserve, où ils doivent précipiter dans la fournaise tout ce qu'ils possèdent, se battre sur trois ou quatre fronts. Qu'il est plus facile à une machine de guerre puissante d'occuper des territoires que de contraindre l'adversaire à signer la paix ; qu'est-ce à dire, sinon que l'épuisement général rendra bien difficile la construction de ces instruments d'oppression ultra-perfectionnés grâce auxquels le vainqueur pomperait sans compter la substance des vaincus et digèrerait tranquillement sa victoire. Les perspectives de digestions tranquilles s'estompent de plus en plus, à mesure que la guerre se prolonge. Les auteurs des traités de violences s'imaginent toujours qu'ils travaillent pour l'éternité. Mais l'histoire se moque de leurs prétentions. Il n'est pas de carcan de fer si bien ajusté qui ne présente des fissures. Il n'est pas de rapport de forces définitif. Même en supposant que Hitler n'offre comme récompense à la nation allemande victorieuse que la mission de monter la garde contre les peuples asservis, et que la nation allemande se satisfasse de ce présent ; même en supposant que les seigneurs allemands prospèrent dans une Europe où tous leurs clients seraient exangues et affamés ; même en formulant ces suppositions hardies qui feraient de l'Europe de l'Ordre nouveau une Europe plus affreuse encore et moins viable que celle dans laquelle nous avons vécu pendant vingt ans, il est extravagant d'imaginer que dans cette Europe forgée par un vainqueur terriblement saigné lui-même, les rapports de forces demeureront figés pendant des siècles.
    *  Aucun artifice, aucune interdiction n'empêcheront le bouillonnement de la chaudière.
    *  Le statut de l'ordre nazi ne sera pas un statut définitif. Il portera en lui les germes de sa propre lislocation. Aucun diktat n'empêchera qu'à plus ou moins brève échéance, l'équilibre du traité imposé par la force soit rompu. Et qui nous garantit, au surplus, que la paix ne sera pas mise en cause avant même que cette rupture se produise ? Qui nous garantit contre une croisade guerrière de cette Euzope dirigée par l'Allemagne contre le socialisme victorieux en UZSS ou contre les Etats-Unis, rivaux récilcitrants ?
    *  Le sauvetage de la dictature ploutocratique, au dedans, et le sacrifice des prolétaires à l'exploitation ploutocratique ; l'hégémonie impérialiste au dehors avec les dangers inéluctables de guerre qu'elle porte en elle et le sacrifice des masses populaires dans les aventures de conquêtes, de spoliation ou de revanche, c'est cela le national-socialisme des nazis d'Allemagne et des nazillons de France !

10 - Les communistes contre les falsificateurs du socialisme

    *  Parmi tant de services que les nazis d'Allemagne et les nazillons de chez nous ont rendu à la réaction capitaliste, l'un des plus remarquables est probablement le}r impudente tentative de falsification du socialisme. Présenter aux masses avides de justice une caricature grossière en leur lisant : "Voilà le socialisme !" Leur offrir les cogitations primaires d'un Rosenberg ou d'un Fergy, les recommandations pédantes d'un Marcel Déat, l'immorale physionomie d'un Laval, les apostrophes antisémites d'un Göbbels ou d'un sous-Göbbels ; restaurer les pratiques médiévales et proclamer : "Voilà le socialisme !" Leur montrer l'Allemagne de 1941 où subsistent l'exploitation de l'homme par l'homme, le vol de la plus-value, le profitariat capitaliste, l'enrichissement des marchands de canons, la dictature des hobereaux, montrer tout cela et dire aux masses "Voilà le socialisme !" n'est-ce pas le plus sûr moyen de rendre le {ocialisme odieux, d'en détourner les hommes et de les river au vieil ordre où quelques oligarchies vivent de la sueur et du sang des multitudes ?
    *  Tel est, sans doute, l'un des buts que leurs bailleurs de fonds ont assigné iux gens du "Rassemblement". Ils l'atteindraient peut-être si nous n'étions pas là pour arracher leur défroque et mettre à jour leur subterfuge. Mais nous sommes résolus à crier la vérité. Et aux travailleurs que l'on veut abuser, nous allons dire : "Méfiez-vous des imposteurs du "Rassemblement" ! La camelote qu'ils vous présentent est truquée, c'est une abominable contrefaçon ; ce n'est pas le socialisme, c'est l'antisocialisme. Pour vous sauver, détournez-vous de ces escrocs, donnez la chasse à ces mystificateurs. Ecoutez-nous : Le salut, c'est le socialisme. Mais l'on n'est socialiste qu'en étant communiste. Car il n'y a dans le monde qu'une expérience socialiste, c'est celle qui se poursuit depuis vingt-trois ans sur le territoire de l'Union Soviétique sous la direction des communistes.


L'oeuvre des communistes au pouvoir

    *  Q'ont fait les communistes lorsque la Révolution - la vraie, pas celle qui se débite(par tranches de décrets-lois dans l'Officiel, ou par tranches d'éloquence dans des meetings privés du "Rassemblement" - les eut portés au pouvoir ?
    *  Ils ont fait ce que les nazis d'Allemagne n'ont pas fait, ce que les nazillons de France ne songent nullement à faire : Ils ont aboli le parasitisme capitaliste. Ils ont instauré la propriété sociale des moyens de production. La propriété socialiste, ainsi que l'expose la Constitution stalinienne, est soit propriété d'état, c'est-à-dire propriété de l'ensemble du peuple, soit propriété coopérative du kolkhoz (économie collective de paysans fondée sur la propriété collective née du travail collectif). Toutefois, la loi soviétique admet les petites économies privées de paysans individuels et d'artisans fondées sur le travail personnel et excluant le travail d'autrui. La grande affaire du vrai socialisme, c'est la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme, la suppression du vol de la plus-value. Nul ne peut encaisser des revenus provenant du travail d'autrui. Voilà le principe du socialisme. Ce principe n'est appliqué que dans un pays, dans le pays où les communistes ont le pouvoir, en Union Soviétique.
    *  Nous avons vu que les nazis sont parfaitement d'accord avec les oligarchies de leur pays et qu'ils les considèrent comme indispensables.
    *  Les communistes ont démontré par les faits que l'économie pouvait avoir un autre stimulant que le profit et que l'abolition du mode d'exploitation capitaliste délivrait l'économie, la libérait, élargi{sait ses horizons dans l'intérêt des masses travailleuses.


Le stimulant socialiste

    *  Quel est donc le stimulant nouveau ? C'est à la place du profit d'une petite minorité, l'ascension de la société tout entière vers une vie meilleure, grâce à la production de richesses toujours nouvelles. Puisque aucune richesse n'est désormais accaparée sous forme de profit, toutes les richesses peuvent être consacrées à l'amélioration du sort des travailleurs et à l'élargissement continuel de la production. Voilà la vraie révolution : désormais, la production peut se développer sans cesse parce qu'elle ne se heurte plus aux limites du pouvoir d'achat des masses. Il ne s'agit plus d'accumuler un capital pour enrichir un propriétaire, mais bien d'accumuler une fortune nationale, c'est-à-dire des moyens de production qui servent à augmenter la consommation des masses. Il faut croire que le stimulant du socialisme est supérieur au stimulant capitaliste puisque, alors que l'économie du monde capitaliste, au plus fort de son essor, en 1937, n'a jamais atteint plus de 96% de son niveau de 1929, l'industrie soviétique a atteint 428% de son niveau de 1929 et a septuplé par rapport à l'avant-guerre.


Répartition des produits du travail

    *  Nous avons vu comment se répartissait le revenu dans l'Allemagne capitaliste. Une partie est distribuée sous forme de dividendes aux actionnaires, une autre partie est capitalisée et demeure propriété privée des maîtres de l'entreprise. La répartition des produits du travail s'effectue d'une manière toute différente dans l'état socialiste :


    * une première partie est consacrée à la satisfaction des besoins sociaux et culturel{ des travailleurs ;
    * une autre est consacrée au développement de l'appareil de défense de la société socialiste ;
    * une autre encore sert à l'élargissement de la production ;
    * une quatrième partie est destinée à la rétribution du travail et cette rétribution s'effectue selon le principe "De chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail".

Accroissmment du bien-être

    *  Dans l'Allemagne nazie, nous l'avons vu, les salaires ont été réduit{. En URSS, le salaire annuel moyen est passé en dix ans de 514 roubles à 2882 roubles. Dans l'Allemagne nazie, une machine de régression sociale a été construite. En URSS, de 1932 à 1938, les crédits consacrés aux oeuvres sociales sont passés de 6 milliards à 35 milliards de roubles.
    *  Dans l'Allemagne nazie, on a prêché la nécessité des restrictions et des privations. Les théoriciens du "Rassemblement" nous recommandent d'en finir avec notre penchant à la jouissance. Au pays du vrai socialisme, la consommation du pain a augmenté en six ans de 28%, celle des fruits de 94%, celle de la viande de 87%, celle des vêtements de 89%.
    *  Les conséquences de l'instauration du socialisme ne se bornent pas à ces données. Il a fait de la vieille Russie, pays agraire arriéré, l'Union Soviétique, puissance industrielle moderne, où la production libérée des entraves capitalistes se développe sans cesse, où, en même temps que s'installent les machines perfectionnées, tous les travailleurs sont occupés. Le droit au travail est inscrit dans la constitution. Le nombre des ouvriers passe de onze millions quatre cent mille en 1914 à vingt six millions en 1937 et plus des deux tiers de ces ouvriers suivent les cours des écoles techniques.
    *  Ce développement de la production socialiste ne s'effectue pas au petit bonheur, mais selon un plan. L'économie socialiste est une économie planifiée. On répondra peut-être que monsieur Göring aussi a un plan et monsieur Bouthillier de même. Oui, mais il n'y a rien de commun entre ces plans et les plans d'économie socialiste.


Plan capitaliste et plan socialiste

    *  L'économie ne peut être planifiée que lorsque les grands moyens de production dépendent d'une direction unique, c'est-à-dire lorsqu'ils sont devenus la propriété collective de la société tout entière. Il n'y a pas de socialisme sans plan, mais il n'y a pas de plan économique, de planification véritable dans une économie que désagrège la contradiction entre l'état des forces productives et le régime social. Les soi-disant plans de l'Allemagne national-socialiste sont élaborés dans les cabinets ministériels, ils sont l'oeuvre des oligarchies financières, des militaires, etc... Il ne peut en être autrement, puisque leur objet est de servir les oligarchies. Le plan socialiste est l'oeuvre collective de tous les producteurs qui en sont les bénéficiaires. Ce sont eux qui en discutent l'orientation dans les usines ; ce sont eux qui suggèrent les chiffres qu'il convient d'y inscrire. Le plan adopté, les producteurs rivalisent de zèle pour en dépasser les normes. "Le plan n'est pas une énumération de chiffres et de tâches. Par essence, il est l'activité vivante, pratique, de millions d'hommes." (Staline)
    *  Ainsi peuvent naître des initiatives grandioses comme celles qui sont à l'origine du mouvement stakhanoviste, mouvement qui n'a rien de comparable dans aucun pays, précisément parce qu'il ne pouvait surgir que là où l'exploitation capitaliste a été abolie, là où l'augmentation de la production accroît le bien-être des masses, là où ne jouent plus les lois du capitalisme.
    *  La propriété sociale des moyens de production, la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme, la fin du profit capitaliste, une production libérée des entraves où la paralysaient les privilèges d'une oligarchie, une économie qui ne connait plus les crises du vieux monde, des travailleurs qui ne connaissent plus le chômage mais qui s'assurent la maîtrise de la technique et puisent dans les trésors de la science, des millions d'hommes qui, périodiquement, dressent les plans nouveaux de la gigantesque construction. C'est ça le vrai socialisme !
    *  Nous sommes loin des mystifications. Nous afnrontons des réalités.
    *  Nous sommes loin des formules menteuses et des promesses hypocrites ; nous dénombrons des faits, des résultats. Nous avons abandonné les sables mouvants et les marécages ; nous sommes sur la terre ferme, sur le roc.
    *  Là est née une société harmonieuse ; là est née une démocratie sincère, là est née une communauté fraternelle de peuples.


Une société harmonieuse

    *  Vous vous souvenez de la façon dont le Maréchal octogénaire a parlé à Saint-Etienne de la lutte de classes et de la nécessité d'y mettre un terme en supprimant les causes qui l'engendrent. C'est Bergery, paraît-il, qui lui avait soufflé cette formule. Mais comment supprimer les causes qui engendrent la lutte de classes ? Les bons apôtres ne l'ont point révélé. Il est assez facile pourtant de deviner leur pensée. Elle s'apparente à la ruse grossière qu'ont employée pendant des années les chefs réformistes du Parti socialiste et de la CGT qui se mettaient au service de la ploutocratie. L'harmonie sociale, selon eux, c'est la résignation ouvrière et le paternalisme patronal. Que les syndicats soient dissous, que les délégués ouvriers élus soient remplacés par des hommes de confiance du grand patronat et la lutte de classes aura cessé d'exister pour ces(Messieurs. Que l'ouvrier renonce à revendiquer et que le patron, tout en continuant à prélever son profit en volant de la plus-value, se donne cependant des airs de philanthrope ; que par dessus le marché, les orateurs du gouvernement parlent de temps à autre de la communauté nationale, de la collaboration et poussent même le luxe jusqu'à adresser quelques reproches aux patrons "égoïstes", et le secret de l'harmonie sociale sera découvert selon la recette Pétain-Bergery.{KRLF}    *  Grossière supercherie en vérité ! Tant que subsiste l'exploitation de l'homme par l'homme, il y a des exploiteurs et des exploités qui s'opposent les uns aux autres, même lorsque les exploités ne peuvent ouvertement exprimer leurs protestations.
    *  Il y a un moyen de réaliser l'harmonie sociale, et il n'y en a qu'un, c'est de s'attaquer à la cause qui l'engendre, mais en ne dissimulant pas cette cause, en ne confondant pas l'essentiel avec l'accessoire, en reconnaissant que pour remplacer les classes antagonistes par des catégories sociales amies, il faut supprimer l'exploitation capitaliste. Le socialisme supprime les classes antagonistes en supprimant l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est cette suppression qu'ont réalisée les communistes constructeurs du socialisme en URSS.
    *  A la place des classes antagonistes, l'URSS où la seule occupation qui permette de vivre est le travail productif, où la loi interdit et où il est pratiquement impossible de vivre de l'exploitation du travail d'autrui, ne connait que des catégories sociales amies, alliées, associées ; les ouvriers, les paysans, les intellectuels. Le pays du socialisme n'a pas camouflé la lutte de classes, il s'est attaqué à la cause des antagonismes de classe. Il a créé ce que lui seul pouvait créer, l'harmonie sociale.


Un état d'un type nouveau, qui réalise la démocratie véritable

    *  Les pays capitalistes sont allés de la fausse démocratie à la dictature fasciste.
    *  Le pays d} socialisme a suivi une autre voie. De la Russie écrasée par l'absolutisme tsariste, il a fait une vraie démocratie. Que le "national-socialisme" ait instauré en Allemagne un pouvoir dictatorial que veulent imiter les petits singes du "Rassemblement", voilà qui loin de témoigner en faveur de sa "jeunesse" et de sa "nouveauté", révèle au contraire son caractère rétrograde. Revenir à l'époque du Chef de guerre, du Condottiere, ce n'e{t pas aller de l'avant, c'est courir à toutes jambes vers le Moyen-Age, et l'on conviendra que c'est un singulier "ordre nouveau" que celui qui se présente avec les atours médiévaux. Mais le recours aux formes du pouvoir réactionnaire, l'abolition de toutes les fozmes de représentation populaires ont été de tous les temps l'expression de l'offensive des oligarchies parasitaires. Les formes démocratiques de gouvernement ne convenaient plus au maintien de la domination de l'oligarchie. En luttant contre la démocratie, les nazis servaient donc utilement la cause des oligarchies capitalistes. Au contraire, en défendant la démocratie contre le fascisme, les communistes défendaient en somme une forme d'état dont l'oligarchie ne pouvait plus se servir.
    *  Le pays du socialisme, lui, a construit la vraie démocratie, "la démocratie des travailleurs", c'est-à-dire la démocratie "pour tous" (Staline). L'état, avant de décider de l'orientation de sa vie politique et culturelle ne se demande pas quelle est la volonté de Krupp ou de Kirdorff, lesquels ont cessé d'exister en URSS, mais quel est l'intérêt du peuple seul et véritable souverain. La constitution stalinienne consacre la victoire de l'ordre socialiste. Elle réalise la démocratie véritable. En proclamant l'universalité du droit à l'instruction, elle assure, grâce à la suppression de la dictature de l'argent, la garantie effective de ces droits.


Une communauté fraternelle de peuples libres

    *  Parmi les conquêtes du socialisme, celle-là est sans doute la plus remarquable. Le grand Reich allemand n'est pas une communauté de peuples libres, mais plutôt une prison pour les peuples opprimés et exploités. L'Europe sous la führung allemande, l'Europe racistm, l'Europe des pogromes ne serait pas, elle non plus, une communauté de peuples libres. Pourquoi ? Parce que sous le régime de la dictature impérialiste, l'indépendance des petits états est une fiction. Il y a des nations libres et des nations opprimées, comme il y a dans chaque nation des exploiteurs et des exploité{. Le socialisme qui a aboli, en Russie, l'exploitation de l'homme par l'homme, a donné en même temps aux peuples de l'ancienne Russie le droit de disposer d'eux-mêmes. Il a proclamé l'éoalité de droits pour les nations, non pas seulement l'égalité juridique et formelle que contredisent les entraves économiques, mais l'égalité "dans tous les domaines de la vie économique, publique, culturelle, sociale et politique" selon l'expression même de la Constitution stalinienne qui, fidèle au plus haut idéal du socialisme, à cet idéal outrageusement galvaudé par les "novateurs" moyenâgeux du nazisme, ajoute : "Toute restriction directm ou indirecte aux droits, ou inversement, l'établissement de privilèges directs ou indirects pour les citoyens selon la race et la nationalité à laquelle ils appartiennent, de même que toute propagande d'exclusivisme ou de haine et de dédain racial ou national sont punis par la loi."

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 00:11

article 1316739

 

Le Front du Travail est créé

    *  Les "cellules" sont dépossédées sans phrases de l'héritage qu'elles convoitaient. On leur signifie que le patron sera membre de droit de la cellule à qui sera confiée une besogne d'espionnage au sein de l'entreprise. Un nouvel organisme est créé : le Front du Travail qui a pris en charge les biens des organisations dissoutes.
    *  Les scribes du RNP ont fait de l'organisation du Front du Travail des descriptions savoureuses. A les en croire, il y avait autrefois en Allemagne des syndicats qui "faisaient de la politique" et qui préconisaient "la lutte de classes". Le nazisme a, paraît-il, supprimé tout cela et a remplacé ce vieux système par le Front du Travail qui, bien entendu, garantit les droits ouvriers. Que demander de plus ? D'autant que cette organisation sociale repose sur la base solide de la Corporation. Et l'on n'a pas oublié que le programme du RNP prévoit expressément une économie "à base corporative".
    *  Eh bien, essayons de voir quelles sont les attributions du Front du Travail et le rôle de la Corporation dans cet Etat "communautaire" dont rêvent Deloncle, Doriot et Marcel Déat.


A genoux devant le patronat

    *  Le Front du Travail ? Ses premiers mois d'existence n'ont pas été de tout repos. Les éléments du parti nazi voyaient s'organiser l'offensive patronale. En fait de Révolution Sociale, ils sentaient se préciser la menace terrible de la régression anti-sociale. Ils s'en prenaient aux dirigeants du Front du Travail, au Docteur Ley en particulier qui, pour ne pas être débordé par ses troupes, lançait quelque anathème contre "l'égoïsme patronal". Bientôt le conflit s'exaspère. Par qui sera-t-il tranché ? Et dans quel sens ? Par les magnats capitalistes, et dans le sens voulu par le capitalisme. Au nom du patronat allemand, le Dr Schacht, dictateur économique du Reich, déclare qu'il faut en finir avec "les tendances socialisantes du Front du Travail". Il se rend en personne au Congrès de l'organisation. Il y dicte les ordres de la ploutocratie allemande. Il annonce que, désormais, le Front du Travail n'aura plus le droit d'inspecter les entreprises sans l'assentiment des patrons, que les organes du Front du Travail seront placés sous le contrôle direct des employeurs et que, lorsqu'ils n'auront pas un employeur comme dirigeant, un employeur sera d'office nommé à leur direction. Tel était le diktat du capitalisme allemand. Le Fzont du Travail s'e{t soumis.
    *  Qu'en pensent les ouvriers de chez nous ? Que pensent-ils de ce genre d'organisation ?
    *  Il faut qu'ils le sachent ; c'est ça et pas autre chose que leur réserverait l'avènement du RNP de MM. Froideval, Vigne, Dumoulin et Cie.


La corporation

    *  Voilà pour le Fzont du Travail. Et voici pour les Corporations. La Corporation, L'Etat Corporatif, que de balivernes avons-nous entendues depuis huit mois sur ce sujet. La corporation, voilà la tarte à la crème des "novateurs". Une organisation englobant les formations patronales et les formations ouvrières, établissant entre elles l'harmonie, la "Communauté d'intérêts", quoi de plus beau ! Quel plus séduisant sujet d'image d'Epinal ! Les corporations n'ont pas vu le jour, la Charte du Travail, objet des cogitations de M. Belin, n'a pas été promulguée (Note du parti communiste qui édite ce texte en mars 1942 : une charte du travail qui n'est qu'un carcan de fer pour asservir le prolétariat au capitalisme et qui suscite un mécontentement profond parmi les travailleurs a été promulguée depuis que notre ami a écrit cette brochure) et M. Belin, que les nazillons acclamaient il y a huit mois comme le symbole le plus authentiqum du nouvel ordre, a failli, en février 1941, être congédié comme un domestique incapable. Il se consolera, le bougre, en évoquant la carrière des ministres du Travail d'Allemagne entre 1933 et 1935. A cette époque, en Allemagne aussi, la discussion sur la Charte Corporative tenait l'avant-scène. Entre les éléments prolétariens du Parti qui voyaient naïvement dans la Corporation le moyen de "discipliner" le patronat et les capitalistes qui, après avoir poussé les nazis au pouvoir, entendait bien se servir de l'Etat nazi pour imposer leurs volontés, les conflits furent violents parfois. Et comment sm terminèrent ces débats ? Comme tous les débats se terminent en régime nazi, par la victoire de la volonté pa|ronale et capitaliste. Pour commencer, Krupp resta président de l'organisation patronale que l'on baptisa "Corporation de l'Industrie allmmande". Pour donner satisfaction à ceux qui continuaient à réclamer l'organisation corporative, le gouvernement prépara la substitution à l'organisation patronale d'un certain nombre de "groupes professionnels". Mais les patrons renaclent et protestent. Résultats :


  1. Le Ministre du Travail qui avait imaginé cette nouvelle organisation pour donner satisfaction à la démagogie nazie est congédié ;
  2. Les groupes patronaux professionnels obtiennent le droit de se réunir en un seul groupe, c'est-à-dire, en somme, de reconstituer leur ancienne et puissante organisation ;
  3. dans ces groupes professionnels, les ouvriers ne sont pas représentés ;
  4. Des "hommes de confiance" sont désignés dans l'usine pour collaborer avec l'employeur. Mais ils sont désignés par qui ? En fait, par le patron.

Aucun droit aux ouvriers

    *  Et maintenant, veuillez examiner la structure de l'"Etat corporatif". Ses échelons sont : la Commission de Travail de l'Usine ; la Commission économique et la Commission de Travail du District ; le Conseil économique du Reich et le Conseil de Travail du Reich ; enfin les Groupes professionnels. Les représentants patronaux siègent dans les Groupes professionnels ; ils siègent dans les Commissions de Travail de l'Usine, dans les Commissions de Travail et Commissions économiques de District ; ils siègent au Conseil économique du Reich et au Conseil de Travail du Reich. Bref, ils siègent partout.
    *  Et les représentants ouvriers ? Ils sont exclus des Groupes professionnels ; ils sont exclus des Commissions économiques de District ; ils sont exclus du Conseil économique du Reich. Le domaine économique est la chasse gardée du patronat. Défense à la classe ouvrière d'y pénétrer. La cla{se ouvrière n'est admise par l'escalier de smrvice que dans les Commission{ de Travail devant lesquelles sont évoqués les problèmes de salaires (sauf depuis la guerre où cette prérogative elle-même leur a été enlevée).


Les hommes de confiance

    *  Mais afin d'enlever toute efficacité à ces représentations ouvrières dans les Commissions de Travail, il a été entendu que les représentants ouvriers seraient choisis parmi les hommes de confiance. Or, depuis mai 1934, il n'y a pas eu d'élection des hommes de confiance et, pratiquement, les hommes de confiance sont choisis par le patron. Peuvent-ils du moins quand survient un conflit, se faire assister par un délégué du Front du Travail ? Non point. Les fonctionnaires du Front du Tzavail ne sont pas admis dans les Commissions de travail. Le patron joue sur le velours. Son interlocuteur a été choisi par lui et c'est une créature docile. Mais supposez que cette créature choisie par le patron cesse d'être docile. Qu'adviendrait-il alors ? Alors le patron aurait encore le dernier mot. Le représentant officiel de l'Etat fasciste, - de cet état dont, nous l'avons vu, toutes les interventions ont servi l'intérêt du patronat contre celui de la classe ouvrière, - se porterait une fois encore au secours du patron et trancherait. Quiconque ne se soumettrait pas à cet arbitrage serait considéré comme un ennemi de l'Etat.
    *  Tel est l'Etat corporatif. Qu'en pensent les ouvriers français ? Que pensent-ils de cette organisation ? Il faut qu'ils le sachent, dans tous les cas, c'est ça et pas autre chose que leur réserverait l'avènement du RNP de Messieurs Froideval, Vigne, Dumoulin et compagnie.
    *  A en croire les mystificateurs, le patronat, dans l'Etat corporatif fasciste, est "discipliné", subordonné à la loi, à la morale fasciste ; ce patronat reconnait les organisations ouvrières fascistes et se soumet à la règle de la communauté ! Admirables propos pour les batteurs d'estrades. Mais dans la pratique, comment les choses se traduisent-elles en réalité ? Nous l'avons vu en décrivant la structure de l'Etat corporatif : dans la pratique, c'est la classe ouvrière et elle seule qui est subordonnée à la volonté et aux diktats du capitalisme patronal par le truchement des syndicats fascistes.
    *  Et dans q}el sens s'exercent ces diktats ? Nous voulons dire : quel a été le résultat social de la politique de l'Etat corporatif fasciste qu'on nous donne comme l'exemple à imiter et le modèle à suivre ?


Suppression du chômage ? Bluff

    *  Les nazillons répondent : l'Etat corporatif a donné du travail aux masses ; il a supprimé le chômage.
    *  Or ce n'est pas vrai. S'il est exact que le développement de l'industrie de guerre a absorbé dans les années qui précédèrent la guerre une main d'oeuvre massive, les statistiques nazies officielles n'en confessaient pas moins en 1938, c'est-à-dire après l'exécution du premier plan quadriennal, l'existence d'une armée de chômeurs de deux(millions d'hommes, auxquels il convient d'ajouter les centaines de milliers de sans-travail exclus, pour des raisons politiques, de l'allocation ; le million qui, depuis plusieurs années, sert dans l'armée ; les dizaines de milliers qui peuplent les prisons et les camps de concentration. Le chômage n'a pas été liquidé ; il a été camouflé. Ce camouflage rend un service inapréciable à la dictature fasciste.


Disqualification du travail ouvrier

    *  Il permet au patronat - qui est censé donner du travail - d'imposer n'importe quelles conditions de travail. Il permet à la Frankfurter Zeitung du 8 février 1941 d'écrire : "Il est vrai que l'ouvrier n'a plus le droit de faire grève ou d'adhérer à un syndicat de son choix mais, par contre, il n'est plus menacé d'être licencié". En réalité, cette menace xèse toujours sur lui, quoiqu'on en dise, mais la théorie énoncée par la Frankfurter Zeitung signifie que l'ouvrier troque contre un droit au travail prétendûment garanti tous ses autres droits, toutes ses autres libertés. Nous écrivons bien "prétendûment garanti" car le nazisme n'a pas fourni de travail à tous les Allemands, car le nazisme a abouti à la disqualification du travail ouvrier, car le nazisme a apporté l'appauvrissement des travailleurs. La presse nazie a depuis longtemps avoué cette perte de qualification des ouvriers allemands : "Une trop grande économie dans les dépenses exclut complètement du processus économique tous ceux qui, si l'occasion leur en avait été donnée, auraient pu, après un court laps de temps, être à la hauteur de la tâche" (extrait d'un article publié par le propre journal du Docteur Schacht).
    *  Qu'est-ce qu'une trop grande économie de dépense ? C'est le nom que les chefs des grands conzerns donnent pudiquement à la "chasse au profit". La chasse au profit fait que les ouvriers perdent leur qualification, qu'ils se dégradent et que même déchus il leur arrive de ne pas trouver à s'employer. C'est ce régime qu'on appelle en Allemagne "Volksgemeinschaft", la Kommunauté du peuple.


Diminution des salaires

    *  L'Etat corporatif ne garantit pas le travail pour tous. Il accélère la disqualification de l'ouvrier. Assure-t-il du moins à celui qui travaille une rémunération plus juste, plus équitable, plus conforme à l'idéal de cette communauté populaire si tapageusement vantée par ses théoriciens et ses imitateurs ?
    *  Réponse : depuis 1933, la classe ouvrière allemande n'a cessé de s'apauvrir. Depuis l'avènement du nazisme, la baisse des salaires a atteint 25 à 30 pour 100. La diminution du salaire horaire a été aggravée par la diminution de la rémunération du travail aux xièces. Le salaire réduit a été amputé encore par des prélèvements soi-disant volontaires (20 pour 100 du salaire environ) affectés au bénéfices d'oeuvres et organisations nazies. Des silaires spéciaux servis à certaines catégories de travailleurs tendent à déprécier encore le niveau général des ouvriers. Par exemple : deux cent cinquante mille jeunes hommes enrégimentés dans le "Service du travail" reçoivent en tout et pour tout la solde de troupier ; les ouvriers employés dans la construction des autostrades sont moins payés que les terrassiers. Une catégorie d'ouvriers employés à des travaux auxiliaires ne reçoit qu'une allocation de chômage accompagnée de quelques secours en nature.


Développement(de la morbidité

    *  La guerre a précipité l'extermination de tous les droits ouvriers. Comme dans les pays "ploutocratiques", les salaires ont été limités, les majorations pour les heures supplémentaires supprimées. La Commission d'Etat pour les salaires, pourvue des plus larges prérogatives, a opéré de vastes coupes sombres dans le gain des travailleurs. Dès avant la guerre, le surmenage ouvrier créait en Allemagne un grave et angoissant problème : "Notre économie - disait le ministre de l'économie le premier janvier 1939 - est arrivée aux limites extrêmes de ses possibilités. Le surmenage a abouti à une diminution du rendement." "Il arrive fréquemment - écrivait de son côté la Frankfurter Zeitung - que les travailleurs soient sur pied douze, quatorze heures et parfois davantage."
    *  Voici des chiffres qu'il serait bon de placer sous les yeux des émissaires de Marcel Déat. Ce sont ceux du développement de la morbidité dans la classe ouvrière allemande : le nombre de cas de scarlatine parmi les ouvriers d'usine est passé de soixante dix-neuf mille en 1933 à cent dix-sept mille cinq cent en 1937 ; la diphtérie suit la même courbe : soixante dix sept mille en 1933 ; cent quarante six mille en 1937 ; on dénombrait un million cinq cent mille tuberculeux en 1937 contre huit cent mille en 1933 (Note de Gabriel Péri : la presse allemande a annoncé au mois de mars 1941 qu'en raison du surmenage auquel les femmes étaient astreintes dans la production de guerre, une journée de repos allait leur être octroyée tous les quinze jours).


Réduction des allocations d'assurances et de pensions

    *  Toutes les allocations d'assurances et de pensions ont été réduites. Les Caisses ouvrières d'assurances, de Secours mutuel et de prévoyance des Syndicats ont été dissoutes et remplacées par des sociétés d'assurances privées.


Retraite des vieux ? Une escroquerie

    *  - Pourtant nous avons lu que la retraite pour les vieux tenait une grande place dans les discours du Chancelier d'Allemagne.
    *  - C'est vrai. Depuis que le nazisme est au pouvoir en Allemagne, on promet aux vieux leur retraite, tout comme dans les "ploutodémocraties". Et comme dans les "ploutodémocraties", on ne la leur accorde jamais. Ce n'est pas l'une des moindres escroqueries du régime. Dans les premiers mois de la guerre, Hitler avait écrit à Ley pour lui demander de mettre sur pied "un système d'entreprise de prévoyance pour la vieillesse". La presse salua la grandeur d'âme du Führer. Mais en réalité, de quoi s'agissait-il ? Il s'agissait exclusivement d'un expédient pour financer la guerre. Une institution de prévoyance a été créée sans doute. Un jour viendra où elle distribuera des retraites. Mais en at|endant, elle constitue sa caisse en prélevant taxes et contributions diverses sur les travailleurs et consommateurs. L'affaire doit procurer quatre milliards de marks par an. Pour le moment, ces milliards servent à financer la guerre. Plus tard, s'il reste miraculeusement quelques marks au fond des tiroirs, on s'occupera des vieux. Le truc avait été déjà utilisé avant la guerre dans un autre domaine. Les nazis avaient lancé l'idée de la voiture populaire. Chaque ouvrier aurait sa voiture. Un organisme fut créé pour prélever les cotisations. La cotisation devait être payée tout de suite. La voiture populaire ne serait livrée que plus tard. Les cotisations furent donc encaissées pendant trois ans. Elles servirent à accroître le trésor de guerre de l'Allemagne. Après quoi il ne fut plus question de voiture populaire.


Location aux familles nombreuses

    *  Autre exemple : il y a quelque temps, lorsque parut à l'Officiel une loi qui faisait obligation iux propriétaires français d'immeubles d'accepter les locations aux familles nombreuses, plusieurs journaux nazifiés de Paris dénoncèrent la carence de l'état qui avait jusqu'ici permis aux propriétaires de jeter l'interdit sur les familles nombreuses. Or l'Etat nazi a protégé les propriétaires rapaces avec autant de soin et aussi longtemps que l'état "ploutodémocratique" français. C'est en mars 1941 seulement qu'est paru, en effet, dans la presse allemande le décret faisant obligation aux propriétaires allemands de réserver une partie, du reste infime (un dixième) de leurs immeubles pour les familles nombreuses.
    *  Et nous ne parlons point, pour ne pas alourdir ces notes, de la hausse des prix, des prix des produits alimentaires notamment, et de leur pénurie. L'affreux régime du rationnement, des ersatz, du marché noir, sous lequel nous vivons depuis huit mois, est celui auquel le nazisme a condamné le peuple allemand depuis cinq ans. Depuis cinq ans on prêche aux prolétaires allemands les douceurs de la "vie spartiate". C'est cela et pas autre chose que nous préparent les forts en gueule du Rassemblement. L'un d'eux, M. Alphonse de Chateaubriand, n'a-t-il pas reproché déjà aux ouvriers français leur penchant à la paresse, à la vie facile, à la jouissance ?
    *  M. de Chateaubriand rêve pour les ouvrier{ français d'une vie plus difficile, plus dure. Et pour les ploutocrates ? Nous verrons ce qui leur est réservé, à eux, dans la communauté nazie.


Un bilan anti-social

    *  Pour le quart d'heure, dressons le bilan : la classe ouvrière allemande,(au prix de luttes sévères, de longs et patients efforts, avait édifié un système de lois sociales. Le nazisme a porté dans cet édifice la hache du démolisseur.
    *  La classe ouvrière allemande avait réussi à s'assurer quelques garanties contre l'arbitraire patronal, grâce à ses syndicats et à ses délégués d'usines. Le nazisme a rétabli l'absolutisme patronal. A la place des syndicats dissous, le Front du Travail est placé sous le contrôle de l'employeuz ; il n'a pas voix au chapitre dans les conflits qui peuvent naître dans l'entreprise. Aux délégués ouvriers élus, le nazisme a substitué les hommes de confiance désignés par le patron. La classe ouvrière allemande avait réussi à garantir dans une certaine mesure son salaire, par des conventions collectives. Les conventions collectives ont été abolies et les contrats du travail permettent au patron de modifier selon son bon plaisir les taux des salaires ouvriers.
    *  Jamais on n'avait assisté à un massacre si radical du progrès social.
    *  Mais Marcel Déat, prestidigitateur de cirque pauvre, s'en va répétant : "Les nazis ont aboli la lutte de classes ! Dépéchons-nous de le{ imiter !"
    *  Ils n'ont pas aboli la lutte de classes, les Chevaliers de la croisade brune. Ils ont arraché à la classe ouvrière ses moyens de défense. Ils l'ont livrée pieds et poings liés au patronat. Ils ont fourni à l'exploiteur les moyens d'exploiter davantage.
    *  Mais ça, ce n'est pas la fin de la lutte de classes ; ce n'est point le chant joyeux de l'harmonie sociale. C'est le silence étouffant de l'oppression et de la servitude.

7 - L'Etat nazi, paradis des magnats, des hobereaux, des profiteurs de guerre

    *  Les bonimenteurs du Rassemblement "national, populaire" expliquent à longueur de journée que la grande affaire est d'en finir avec "l'économie libérale". Pour découvrir le secret du bonheur ici-bas, il s'agit avant tout de substituer au régime du laissez-faire du capitalisme un système de règlementations strictes et d'orienter, de "diriger" l'économie selon un plan. C'est ce que les petits Cagoulards et les anciens renards de la SFIO ralliés à la bannière de Marcel Déat et Coco Fontenoy expriment lorsqu'ils écrivent dans leur programme d'action : "Economie dirigée à base corporative, ni étatiste, ni anarchique". La formule est équivoque à souhait. On remarquera, dans tous les cas, qu'elle ne prévoit nulle atteinte aux privilèges les plus monstrueux du grand capital. Il y a loin de la coupe aux lèvres et des anathèmes anticapitalistes dont on se gargarise pour essayer d'échauffer les auditoires impavides des meetings à la phrase timide que l'on écrit dans le programme. Faire croire que "l'économie dirigée dans le cadre de la corporation" est une mesure anticapitaliste, une expression de ce socialisme dont Hitler a dit qu'il se sentait "fanatique" est une vulgaire escroquerie. Une escroquerie sans originalité d'ailleurs et assez semblable à celles que commettaient autrefois les amis de Léon Blum lorsqu'ils essayaient de nous représenter les nationalisations comme des mesures spécifiquement socialistes. On connaît la phrase célèbre d'Engels : "Si l'étatisation du tabac était une mesure socialiste, Napoléon et Metternich compteraient parmi les fondateurs du socialisme".


Le mot "nationalisation" xroscrit au "Rassemblement"

    *  Les nationalisations arrachées de haute lutte par un mouvement de masse peuvent - en régime capitaliste - constituer un progrès ; elles peuvent aboutir à "un certain freinage des représentants les plus cyniques du profit capitaliste" (S|aline). C'est pourquoi, depuis longtemps, les communistes ont tenu ces nationalisations pour infiniment désirables, mais ils ont toujours fait observer qu'il était bouffon et malhonnête de confondre les nationalisations avec l'organisation d'une économie socialiste. Les nationalisations effectuées dans le régime capitaliste ne touchent pas à la propriété privée des moyens de production. Elles ne suppriment ni l'exploitation de l'homme par l'homme ni le profit capitaliste. Elles n'éliminent pas l'anarchie dans la production. En régime capitaliste, la banque nationalisée devient la propriété de l'Etat capitaliste soumis à la pression des oligarchies ; l'ouvrier de l'entreprise nationalisée en régime capitaliste est exploité selon le mode d'exploitation capitaliste. Or, de ces nationalisations dont nous venons de dire le caractère nécessairement limité et modeste en régime capitaliste, le programme du "Rassemblemmnt" ne souffle mot. Silence bien instructif. Le Rassemblement a un fil à la patte. De sa charte, le vocable "socialisme" était prudemment exclu. Le mot "nationalisation" est lui-même soigneusement proscrit. Les maîtres et patrons du "Rassemblement" n'ont pas voulu qu'on en fît usage. M. Laval a, dans les assurances et au|res grands monopoles qui rançonnent le pays, des intérêts trop précis pour qu'il tolère qu'on écrive ce mot malsonnant. Et l'occupant allemand, qui est en train de s'assurer le contrôle de tant d'industries françaises privées et la coparticipation dans le{ grandes compagnies d'assurances, ne veut pas être gêné en besogne par d'inopportunes nationalisations. Donc, pas de nationalisations pour ne chagriner ni les occupants, ni les conservateurs. Mais "économie dirigée". Dirigée comment ? Appréciez l'habileté des enfileurs de phrases qui font escorte à Marcel Déat : "Economie dirigée, ni étatiste, ni anarchique".


Pur et sot bavardage

    *  Eh bien, tout cela n'est qu'un pur et sot bavardage ! Pourquoi ? Parce que, tant que durera l'exploitation capitaliste - et nous l'avons vu, les gens du "Rassemblement" sont bien résolus à ne pas y porter atteinte ; ils ne veulent même pas en corriger les abus et gardent le silence sur l'urgence des nationalisations - tant que durera l'exploitation capitaliste, aucune économie dirigée, aucun plan si astucieux qu'il paraisse, ne contraindra le kapitaliste à continuer la production s'il n'y trouve pas son profit. Dans toute économie capitaliste, la condition de la production, c'est l'appropriation d'un profit. Tant que les moyens de production seront la propriété privée des capitalistes, tant que le profit sera le mobile de la production, la production sera toujours anarchique, le problème des marchés ne sera jamais résolu, et la recette de Marcel Déat sera comme un emplâtre sur une jambe de bois.


"Economie dirigée" ? Elle existe depuis longtemps

    *  Mais il y a plus démonstratif encore que les théories et les spéculations ; ce sont les faits. Que nous enseignent les faits ? Ils nous enseignent que c'est une vessie que Marcel Déat veut nous faire prendre pour une lanterne et que ce qu'il tente de faire passer pour une innovation "socialiste" est une pauvre vieillerie capitaliste. Ce que l'on appelle le libéralisme économique est mort bien avant que le directeur de L'Oeuvre ne s'avise de prononcer son oraison funèbre. Dès qu'a cessé la période ascendante du capitalisme, c'est-à-dire à partir du moment où les intérêts de classe de la bourgeoisie se sont trouvés en opposition flagrante avec toutes les exigences du mouvement social, l'Etat est intervenu dans la conduite, dans la direction de l'économie ; il s'est efforcé de diriger l'économie. Presque dans tous les pays, pendant la guerre de 1914 à 1918, l'économie fut dirigée suivant un plan ; depuis plus de dix ans, dans tous les pays capitalistes, l'Etat est devenu un facteur décisif de l'économie capitaliste.
    *  Tantôt il monopolisait le marché intérieur pour les capitalistes nationaux en instaurant des tarifs protecteurs, tantôt il dépréciait les changes pour soulager les capitalistes du poids de leurs dettes, tantôt il renflouait des entreprises capitalistes sur le point de sombrer. La guerre de 1939 a accentué cette tendance. L'Etat a plus ou moins coordonné les efforts des industries de guerre ; il a présidé à la répartition des matières premières, des marchandises, des moyens de transports, des produits alimentaires. Tous les Etats capitalistes ont pris des mesures de ce genre. L'Allemagne national-socialiste les a devancés parce que bien avant les autres états capitalistes, elle avait mis sa production industrielle sur un pied de guerre.
    *  L'économie dirigée suivant un plan, que les farceurs du "Rassemblement" ont inscrit à l'article 1 de leur programme, c'est la consécration des procédés auxquels le capitalisme de l'époque impérialiste a eu recours - et auxquels il ne pouvait pas ne pas recouriz - . Appeler ça la "Révolution Nationale" est une douce espièglerie.
    *  Peut-être nous objectera-t-on que l'économie dirigée par l'état "communautaire" s'oriente vers d'autres destins et que cette économie-là, grâce à cette direction, se débarras{e des tares du système impérialiste ?
    *  Essayons de répondre. L'état nazi, l'état dont les gens du "Rassemblement" nous recommandent le modèle qu'ils se proposent d'imiter, dont ils prônent les principes, l'Etat nazi gère-t-il l'économie allemande ? Non point, et ses représentants s'en défendent à chaque occasion. Du moins, l'intervention de l'Etat nazi dans l'économie, tend-elle à limiter "la domination des trusts", à supprimer "le prolétariat et le profitariat capitaliste", comme disent les auteurs du programme du "Rassemblement" ?
    *  Nous allons voir. C'est-à-dire que nous allons énumérer les faits, les faits têtus et obstinés, que n'ébranlent aucune harangue microphonique, aucun prêche du Théâtre des Ambassadeurs.


Les oligarchies triomphent

    *  Que s'était-il passé dans les années qui avaient précédé la victoire du nazisme ? Un certain nombre de sociétés capitalistes avaient été renflouées par l'état qui, à la faveur de ce renflouement, était devenu propriétaire d'une partie de leurs actions. Tel était le cas, par exemple, du Trust des Aciéries réunies. Dans le même ordre d'idées, l'état allemand avait acquis le contrôle d'un certain nombre de banques : il possédait 90% du capital de la Dresdner Bank et de la Danat Bank (ces deux établissements avaient fusionné) ; 70% du capital de la Commerz und Privatbank ; 35% du capital de la Deutsche Disconto Bank. Il existait avant 1933 en Allemagne un organisme d'état, le Conseil national de la Potasse. Enfin, un certain noimbre de Régies municipales fonctionnaient à travers l'Allemagne et réalisaient d'appréciables bénéfices.
    *  Quelle est l'ambition des oligarchies allemandes ?
    *  Elles veulent recouvrer les actions dont l'état est devenu propriétaire ; elles désirent se substituer aux Régies municipales.
    *  Et comment va se comporter envers ces ambitions le pouvoir nazi ? Question fort importante et, on en conviendra, tout-à-fait actuelle. Hitler a déclaré, le 24 février 1941, qu'il était un "fanatique du socialisme". Soit ! Comment s'est exprimé ce fanatisme à l'égard des banques, des oligarchies industrielles qui désiraient se débarrasser du contrôle de l'état ? Répondez, Deloncle, répondez, Marcel Déat !
    *  Si vous vous taisez, nous répondrons à votre place.
    *  A peine arrivé au pouvoir, Hitler a restitué au Trust des Aciéries réunies les actions dont l'état était devenu détenteur. L'oligarchie de l'industrie lourde pouvait chanter victoire. A peine arrivé au pouvoir, Hitler, "socialiste fanatique", fait adopter des décrets de "reprivatisation" qui restituent aux banques les actions acquises par l'état. L'oligarchie bancaire chante victoire. A peine arrivé au pouvoir, Hitler dissout le Conseil national de la Potasse ; il écrase sous les charges fiscales les Régies municipales, qu'il dissout ensuite au profit des établissements privés. Les magnats de la potasse, les trusts de production et de distribution de l'énergie électrique chantent victoire.


Exonération de l'impôt aux concessionnaires de l'électricité

    *  Du moins, les compagnies concessionnaires d'électricité payaient-elles un impôt aux municipalités. Elles l'ont payé jusqu'au 4 mars 1941. Ce jour-là, un décret les a exonérés de cet impôt dans les villes de moins de trois mille habitants, a réduit cet impôt à 18% dans les grandes villes et l'a pratiquement annulé pour les grandes industries. Pour se procurer les ressources qui leur échappent aussi brusquement, les municipalités sont conviées à frapper le consommateur. Belle perspective pour les usagers de Paris et des villes de France à qui Marcel Déat chante ses airs de flûte.


Dégrèvements fiscaux pour les industriels

    *  Poursuivons : avant l'arrivée de Hitler au pouvoir, il existait en Allemagne un système d'impôts sur le revenu. D'autre part, les magnats capitalistes étaient parfois gênés, pour relever artificiellement leur prix de vente, par l'ouverture de nouvelles industries. Qu'exigeaient les oligarchies capitalistes ? Ellms exigeaient la fin du système fiscal qui les obligeait à prélever une petite part de leurs bénéfices. Elles exigeaient la liberté de pressurer le consommateur, en relevant leurs prix de vente.
    *  Exigences égoïstes d'une ploutocratie avide de bénéfices.
    *  En face de ces exigences, comment va se comporter le pouvoir nazi et son chef Adolf Hitler, "fanatique du socialisme" ? Répondez, Deloncle, répondez, Coco Fontenoy, Marcel Déat, répondez !
    *  Si vous vous taisez, nous répondrons à votre place : dès que le nazisme fut au pouvoir, les industriels bénéficièrent de dégrèvements fiscaux de toutes sortes ; sous les prétextes les plus divers et les plus inattendus, des exemptions fiscales leur sont octroyées, l'impôt sur le revenu est réduit de moitié, les taxes de succession sont diminuées. L'oligarchie industrielle chante victoire.


Evincement des petits producteurs

    *  Elle a d'autres raisons encore de se réjouir ; l'état décide de réunir des entreprises en cartels, conventions ou ententes industrielles. De quoi s'agit-il ? Est-il ques|ion d'organiser la production, de diriger l'économie dans l'intérêt de la collectivité ? Non pas : il s'agit beaucoup plus simplement de permettre aux magnats d'évincer les petits producteurs et de relever leurs prix. Pour créer des prix de monopoles, les magnats se constituent en Ententes industrielles. Mais qu'arrivera-t-il si quelques industriels ne veulent pas s'agglutiner au Cartel ? Cette concuzrence ne risque-t-elle pas de freiner le relèvement des prix ? Sans aucun doute. Comment venir à bout des dissidents ? En exerçant sur eux une contrainte appropriée. Qui peut exercer cette contrainte ? Qui peut proclamer les Ententes obligatoires ? L'état.
    *  Le consommateur paiera, sans doute ; mais la ploutocratie industrielle peut sabler le champagne en l'honneur du "national-socialisme".
    *  Ce sont là de bons et loyaux services, de nature, n'est-il pas vrai, à apaiser la fringale des ploutocrates. Décidément, les subventions de Thyssen, de Krupp et des autres n'ont pas été octroyées en vain ! Décidément, les discours anticapitalistes étaient de fort habiles attrape-nigauds ! Les oligarchies exultent. Le pouvoir nazi est leur pouvoir. Il les a débarrassées des entraves de l'état ; il a restitué à l'industrie privée ce que contrôlait l'état ; grâce à lui, les oligarchies constituées en monopoles, organisées en Conzerns peuvent rançonner le consommateur allemand en relevant les prix de vente. Seulement les potentats de l'industrie lourde allemande exigent davantage encore. On a rétabli l'absolutisme patronal, on a délivré les capitalistes des contrôles qu'ils trouvaient insupportables. Ils veulent maintenant qu'on remplisse leurs caisses. Ils sont à la recherche d'une clientèle, que la crise et la concurrence internationale ont rendue plus rare et dont la capacité d'achat a diminué. Pour accumuler les bénéfices, les rois de l'acier, du ciment, du béton, veulent des clients rentables. Que se passe-t-il alors ? L'Etat nazi se fait le client des magnats, leur pourvoyeur de bénéfices. Il entreprend la construction de grands travaux, autostrades, voies ferrées, écluses, travaux d'urbanisme. Mais surtout, il passe ses gigantesques commandes à l'industrie de guerre. En 1935, Krupp, Siemens, Klockner accusent des augmentations de bénéfices qui atteignent respectivement 90%, 95%, 53%. L'Allemagne de la "Révolution" nazie devient le paradis rêvé des marchands de canons.


Et les banques ?

    *  Là dessus, le Français-qui-lit-Marcel-Déat nous interrompt : "Tout cela est possible, nous dit-il, mais vous admettrez tout de même que la "Révolution" nazie a établi un certain contrôle des banques, qu'elle a empêché les capitalistes d'exporter leurs capitaux à l'étranger. C'est quelque chose, ça !"
    *  Nous allions en parler, précisément. L'Etat nazi, nous l/avons dit, se fait le client de l'industrie. L'industriel ne travaille pas pour rien. Il entend accumuler des bénéfices. Sans doute l'évangile du National-socialisme affirme-t-il en ses versets que patrons et ouvriers doivent collaborer à la prospérité de la communauté nationale populaire. Mais à cette collaboration l'ouvrier apporte ses sacrifices et de cette collaboration, le magnat de l'industrie retire son profit.
    *  Pour que les commandes de l'état procurent aux industriels de substantiels bénéfices, l'état doit payer ses fournisseurs. Seulement, comme ses ressources sont limitées il les paye avec un papier d'Etat, les bons de création de travail, qui sont réescomptés par les banques. Mais pour honorer sa signature, l'état doit faire en sorte que les épargnants échangent leurs économies contre du papier d'état ; il doit leur interdire d'effectuer aux guichets des banques des retraits massifs ; il doit les empêcher de mettre leur avoir à l'abri à l'étranger. Il ne peut y parvenir qu'en instaurant le contrôle des établissements de crédit et le contrôle des changes. Et c'est ainsi que des mesures préconisées dans tous les pays par les mouvements populaires comme des mesures anti-capitalistes sont utilisées par le pouvoir nazi au profit exclusif du capitalisme, au profit exclusif des magnats qu'elles n'empêchent pas, d'ailleurs, de posséder des avoir à l'étranger, des participations dans l'industrie étrangère. Leur objet est de permettre à l'état d'être pour les potentats industriels un client avantageux.


Un fonds de dumping

    *  C'est dans le même but que l'Etat nazi est conduit à contrôler tout le commerce extérieur ; que pour forcer les débouchés extérieurs, il abaisse artificiellement les prix de vente des marchandises allemandes à l'étranger ; que pour réaliser ce tour de force, il constitue un fonds de dumping. Sans doute ce fonds est-il alimenté par un prélèvement effectué sur l'ensemble de l'industrie et est-il utilisé pour compenser les pertes subies par les exportateurs qui vendent à bas prix. Mais dans la réalité, ce n'est pas l'ensemble de l'industrie qui subit ce saczifice, c'est la masse des consommateurs, condamnée à supporter les conséquences du renchérissement de tous les produits destinés à la consommation intérieure.
    *  Mais puisque l'état est amené à jouer un rôle si essentiel dans l'économie, - cet Etat national-socialiste qui s'était flatté de museler la ploutocratie, de faire une révolution sociale - cet état ne va-t-il pas profiter des circonstances pour freiner la course au profit les oligarchies ?


Un état-major de "compétences" capitalistes

    *  Marcel Déat, dans ses allocutions radiophoniques, vitupère les Comités professionnels qui se sont constitués à Vichy et qui sont dirigés par ceux-là même qui naguère dirigeaient les trusts. M. Déat s'indigne. A l'entendre, il semble bien que les choses sm passeraient autrement si les nazillons avaient le pouvoir.
    *  Eh bien, voyons comment se passent les choses en Allemagne où les nazis exercent le pouvoir : l'état devenant client de l'industrie, et contraint, pour rétribuer ses fournisseurs, à recourir à un certain nombre de mesures d'administration et de contrôle, doit se créer un état-major bureaucratique très imposant. Où va-t-il recruter cet état-major ? Tout bonnement parmi les "compétences" du monde capitaliste, comme font Belin et Bouthillier. Les magnats cessent d'être les maîtres occultes de la politique économique du pays. Ils en deviennent les dirigeants ouverts et officiels. Le stimulant de l'intérêt individuel (entendez : du profit capitaliste) est et demeure le fondement de toute activité économique ! Qui parle ainsi ? Quel milliardaire ? Quel ploutocrate ? Le Docteur Schacht (30-11-1935), führer de l'économie "national-socialiste".


Le rôle du capital-action

    *  "La base de l'idée communautaire, précise le Deutscher Volkswirt (19 février 1941), c'est l'initiative privée, la volonté du risque privée, la propriété privée". Mais ici surgit un problème : comment concilier les grandes proclamations anti-capitalistes dont on assortit la propagande, les anathèmes proférés contre les possesseurs de dividendes, les excommunications lancées contre le capital-action, avec cette organisation économique dans laquelle le capital-action est le principal instrument de financement de l'industrie ? Le rôle du capital-action est-il provisoire ? Disparaîtra-t-il après cette victoire allemande dont le Führer affirme qu'elle marquera le triomphe de la "Révolution sociale" ? Point du tout, au contraire. Tous les représentants de la finance, de l'industrie allemands attribuent au capital-action une mission de plus en plus importante dans l'économie. Or, le capital-action est et demeure parasitaire. Il a été condamné comme tel par tous ceux qui se réclament du socialisme. Il est impopulaire et le Deutscher Volkswirt convient de cette impopularité dans l'article que nous venons de citer. Il reconnaît que "les capitaux sous forme d'actions s'accumulent dans les réserves et deviennent la propriété anonyme d'un cercle de plus en plus étroit". Cercle de plus en plus étroit, que l'on appelle ploutocratie et que l'on a dénoncé avec beaucoup de virulence sur les estrades des réunions nazies. En veine de confidences, le journal allemand nous avoue que "un précipice risque de se creuser entre les moyens d'organisation financière et la compréhension de ces moyens par le public". Comment éviter ce divorce entre "la pratique du capital-actions et la sensibilité populaire" ? Il y aurait un moyen très salutaire et très recommandable, un moyen anticapitaliste, révolutionnaire, bref, le moyen qu'on avait promis aux masses d'employer et qui consistait à s'attaquer au parasitisme capitaliste. Ce moyen a été délibérément repoussé par le nazisme.


"Encourager les industriels à devenir actionnaires"

    *  Pour concilier les principes dont on s'est couvert comme d'une défroque et la soif de gains des potentats, l'Etat nazi recommande une autre méthode : "Il convient, écrit le Deutscher Volkswirt, d'encourager les industriels qui peuvent acheter des actions à devenir actionnaires." C'est tout simple, comme on le voit. Mais qui sont ces industriels qui peuvent se procurer des actions ? Ouvrons la Frankfurter Zeitung : un imposant placard publicitaire recommande les actions de la société Accumulatoren Fabrik. Cmtte société a émis, en 1933, deux mille cinq cent actions à 500 marks l'action, côtées aux bourses de Frankfort et de Berlin. Huit ans plus tard, la même société émet vingt mille actions nouvelles que lancent la Deutsche Bank, la Berliner Handelsgesellschaft, la Dresdner Bank, etc... Quel est le taux de ces actions ? Mille marks l'action, soit vingt mille francs l'action. Après huit années de régime nazi, le capital-action, symbole du capitalisme parasitaire, est la chose de l'oligarchie des possesseurs de richesses et les théoriciens nazis, s'ils en avaient la franchise, devraient réciter le Credo du capitalisme, proposé par le vieux Lafargue : "Je crois au Capital qui gouverne la matière et l'esprit ; je crois au Profit, son fils très légitime, et au Crédit, le Saint-Esprit qui procède de lui et est adoré conjointement."
    *  Un personnage considérable, un "socialiste fanatique" sans doute, le colonel Thomas, chef de la section économique du Ministère allemand de la guerre, a du reste exprimé ainsi les aspirations "révolutionnaires" de l'idéalisme nazi : "L'économie de guerre allemande ne socialisera pas l'industrie de guerre... L'entrepreneur et le marchand doivent gagner de l'argent ; ils sont là pour ça." (sic)
    *  Il n'a pas été nécessaire de le leur répéter plusieurs fois, pour que les marchands et les entrepreneurs comprissent.


Le bénéfice de ouerre est tabou

    *  Sans doute le Monsieur-qui-lit-Marcel-Déat s'imagine-t-il de fort bonne foi que, dans un pays qui a fait sa "Révolution nationale socialiste", le xrofit de guerre, cette tare affreuse du régime capitaliste, est rigoureusement interdit et strictement prohibé. Ce Monsieur serait fort étonné si on lui révélait le bréviaire des droits du capitalisme allemand. En Allemagne, comme dans tous les pays capitalistes, il existe des lois qui "règlementent" un profit. Mais en Allemagne comme dans tous les pays capitalistes, des procédés variés sont mis à la disposition des intéressés pour tourner ces règlements. La Frankfurter Zeitung a publié au début du mois de mars 1941, à ce sujet, une explication très instructive des règlements en vigueur au sujet des prix et des bénéfices. Un industriel fabrique et vend un article quelconque. Le prix de vente qu'il pratique lui permet de réaliser un bénéfice de cent mille marks. Survient la guerre. L'industriel reçoit quatre fois plus de commandes ; il vend quatre fois plus d'articles. C'est ici que l'Etat nazi intervient. Il intervient pour demander à l'industriel de diminuer le prix de vente de chaque article. Cette diminution du prix de vente, l'industriel l'obtiendra en réduisant ses frais de revient. Cette diminution sera pour lui d'autant plus aisée que la concentration et la fabrication d'un plus grand nombre d'articles réduisent les frais de fabrication de chaque article. Résultat ; le bénéfice de cet industriel, s'il n'est pas quatre fois plus élevé qu'avant guerre, pourra l'être trois fois ou trois fois et demi. D'autant que s'il démontre que sur un autre article fabriqué dans son usine, il enregistre une diminution de ses bénéfices, il lui est loisible, avec l'autorisation de l'état, de relever les prix de vente des autres articles. La guerre, en somme, est une bonne affaire pour lui. Aussi bonne sans doute que pour ses honorables collègues et confrères des pays plouto-démocratiques.
    *  Le Gauleiter Wagner a exposé, le 5 août 1940, les principes qui inspiraient l'économie national-socialiste en matière de bénéfices de guerre : "Dans d'autres pays, dit-il, on a instauré un impôt sur les bénéfices de guerre. Chez nous, rien de pareil. Notre ligne politique est que l'économie allemande doit pouvoir faire face à tous ses besoins et qu'après la victoire elle soit en mesure d'affronter de nouvelles tâches. Tout service rendu à l'état doit être récompensé. Tout ce qui pourrait entraver l'esprit d'entreprise est étranger à notre politique qui reconnait expressément qu'un service extraordinaire rendu à l'état peut être récompensé par un bénéfice extraordinaire. Nul ne doit s'inquiéter en supposant que certaines règlementations de l'état de guerre pourzaient être la préface de mesures de nivellement."
    *  Allons, il y a encore de beaux jours sous le régime de la croix gammée pour le profitariat capitaliste !

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 00:06

article 1316739

 

Charlatans saumâtres

    *  En attendant, des charlatans saumâtres nous expliquent que le fin du fin est de supprimer la lutte des classes. Ils ont tout dit quand ils ont dit ça. Ils veulent supprimer la lutte des classes par décret, en l'interdisant par affiches, comme on interdit certains apéritifs, certains jeux de hasard, la circulation dans Paris minuit passé, et le franchissement de la chaussée en dehors des passages cloutés. Nos charlatans saumâtres, s'ils n'étaient pas de vulgaires coquins, seraient de petits ignorants et mériteraient le bonnet d'âne. Tant qu'il y aura des pauvres et des riches, des exploités et des exploiteurs, ces catégories antagonistes se heurteront. On ne connaissait pas encore les théories du socialisme lorsque les esclaves romains se révoltaient sous la direction de Spartacus ; tout le Moyen-Age a été marqué des Jacqueries, ces révoltes des paysans contre les seigneurs féodaux.
    *  Il n'est de société sans classes que la société sans exploitation de l'homme par l'homme. Supprimer l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est tarir la source du profit capitaliste. Les nazillons n'y songent pas un instant. Leurs modèles, les nazis, n'y ont jamais songé.
    *  L'appropriation individuelle des instruments de production par les détenteurs de l'argent ne correspond plus au caractère social, collectif du mode de production. Et comme il ne peut être question de revenir à l'artisanat ou à la manufacture, l'harmonie nécessaire entre le mode de production et le mode d'appropriation ne peut être établie que par la remplacement de la propriété individuelle par la propriété sociale.
    *  C'est ce qu'exprime ce très beau raccourci de Jaurès :


    * "Nous voulons l'abolition du salariat et, comme il est impossible, maintenant que le temps du rouet, du fuseau, du marteau à la main, de l'instrument individuel de production, est passé pour faire place au grand mécanisme collectif de la production, comme il est impossible d'assurer à chaque travailleur la propriété de son outil individuel, c'est par la transformation de la propriété capitaliste en propriété collective que nous voulons poursuivre la transformation sociale."

    *  Oh nous savons bien l'objection des ignorants qui se donnent pour de beaux esprits ! "Vous retardez, nous disent-ils, avec votre B A BA du socialisme. Tout cela est bel et bien dépassé aujourd'hui. Les fondateurs du socialisme vivaient à l'autre siècle. Comment auraient-ils pu prévoir les formes de l'économie moderne et les bouleversements qui ont secoué le monde ?"


L'époque de l'impérialisme

    *  Voici notre réponse :
    *  Si le socialisme n'avait pas conservé un si grand prestige, s'il n'était pas la seule formule d'affranchissement humain, ceux qui rêvent pour des desseins suspects de se gagner la sympathie des masses populaires n'arboreraient pas le drapeau du socialisme.
    *  Au surplus, s'il est bien vrai que les fondateurs du socialisme scientifique n'ont pu prévoir dans les détails les phénomènes économiques surgis depuis cinquante années, ils en avaient indiqué les prémisses a~ec une grande lucidité, et leurs continuateurs ont étudié très scrupuleusement ces phénomènes en appliquant à leur étude la très sûre méthode du matérialisme dialectique. Et à quelles conclusions ont abouti ces continuateurs qui s'appellent Lénine et Staline ? De quelle contribution ont-ils enrichi le socialisme ? Ils ont expliqué que nous étions entrés, avec le vingtième siècle, dans l'époque de l'impérialisme.
    *  L&ipos;époque de l'impérialisme est celle où le heurt entre les forces productives et le régime social atteint sa plus grande acuité. Le régime capitaliste cesse d'être progressif. Ses idéologues se font alors les négateurs du progrès. A l'époque de l'impérialisme, l'effort de la raison, de l'analyse scientifique, ne peut que démontrer le caractère irrationnel de ce système. Les idéologues de l'impérialisme affirment que "les vrais chefs n'ont nullement besoin de culture et de science" (Hermann Göring). Au développement de la raison, on oppose les mythes grossiers de la Terre et du Sang. A l'époque de l'impérialisme, enfin, c'est-à-dize à l'époque de la domination d'une oligarchie financière étroite, la couche sociale intéressée au maintien du système capitaliste devient de moins en moins nombreuse (Note d'Ami de l'égalité : l'oligarchie est le gouvernement d'un petit groupe ; ce mot est souvent employé aussi pour désigner le petit groupe qui gouverne).


Recours au terrorisme

    *  Pour assurer leur pouvoir, les oligarchies doivent renoncer au système de gouvernement démocratique. Elles recourent au terrorisme. Elles deviennent anti-démocratiques et réactionnaires. Pour mener à bien leur entreprise, il leur faudra tenter de détourner les masses ouvrières de la voie révolutionnaire, de les maintenir sous la domination de la grande bourgeoisie. C'est dans ce but qu'elles créeront partout où elles pourront des mouvements fascistes ; qu'elles leur conseilleront, pour tromper les masses ouvrières, de se servir de mots d'ordre anti-capitalistes. C'est ainsi qu'à l'époque de l'impérialisme, en combinant une démagogie anti-capitaliste chauvine, anti-sémite avec un terrorisme forcené contre la classe ouvrière, le fascisme a pu, dans un certain nombre de pays, dresser un barrage contre le socialisme, assurer la prolongation du système de domination des oligarchies capitalistes. Telle était la mission des nazis rassemblés par Adolf Hitler. Telle est la mission des nazillons qu'essayent de rassembler Marcel Déat, Deloncle et Jacques Doriot.


Ce n'est pas du socialisme

    *  Cette entreprise, on peut la baptiser de tous les noms qu'on voudra. Elle n'a rien à voir avec le socialisme ; elle est le contraire du socialisme (Note de Gabriel Péri : Staline, dans son rapport au dix-septième congrès du Parti bolchévique, caractérise le fascisme "comme un signe montrant que le grand capital n'est plus en mesure d'exercer son pouvoir au moyen des anciennes méthodes de parlementarisme et de démocratie, ce qui l'oblige à recourir dans sa politique intérieure aux méthodes de domination terroristes"). Le socialisme nous révèle la contradiction qui creuse le tombeau du capitalisme. Le nazisme est né de l'effort du capitalisme décadent pour imposer son pouvoir par la terreur. Le socialisme révèle aux exploités le secret de leur exploitation et le moyen de briser cette exploitation. Le nazisme est la tentative tout à la fois sournoise et violente des couches réactionnaires de la bourgeoisie pour détourner les exploités de la voie de leur affranchissement.
    *  Le socialisme repose sur deux assises fondamentales : la propriété sociale des moyens de production, dans le cadre du respect de la petite propriété individuelle, fruit du travail personnel ; la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme.
    *  La Société Socialiste, c'est celle où les moyens de production appartiennent soit à la société tout entière, soit à la collectivité des producteurs qui les gère. La Société Socialiste, c'est celle où les moyens de production qui permettaient l'exploitation du travail d'autrui étant devenus propriété sociale, la classe exploiteuse n'existe plus. La Société Socialiste est celle où la classe travailleuse (ouvriers et paysans) a cessé d'être exploitée par les possesseurs des grands moyens de production, pour devenir la propriétaire collective de ces moyens de production, affranchie de toute exploitation.
    *  Etre socialiste, c'est lutter pour cette société-là ! Est-ce cette société que se proposent de construire les démagogues ivres du "Rassemblement" antinational et impopulaire ? Ce qui est certain, c'est que leurs maîtres de Berlin ne l'ont xas construite. Ils lui ont tourné le dos.

4 - Discours anticapitalistes et subvention des magnats

    *  On conçoit aisément que le socialisme tel qu'il est, tel que nous venons de le définir, le socialisme vrai, dont les communistes sont les seuls champions authentiques, ait été depuis toujours le cauchemar des ploutocrates.
    *  Le socialisme, parce qu'il se propose de dépouiller les oligarchies de l'instrument d'exploitation, est pour celles-ci l'objet de la plus vive inquiétude. Contre lui, elles ont multiplié les obstacles. Elles ont usé de la puissance que leur confère la richesse pour combattre le mouvement socialiste ; elles ont usé de l'emprise qu'elles exercent sur l'Etat pour briser les organisations ouvrières, etc.
    *  Si le nazisme, dont les hauts-parleurs du RNP prétendent suivre l'exemple et imiter le modèle, avait été le socialisme ; s'il avait été, à tout le moins, une variété, une forme de socialisme, ses progrès auraient provoqué l'indignation des classes possédantes. Contre lui, elles auraient multiplié les entraves. Elles auraient tout essayé pour ruiner le mouvement. Elles auraient, à pzix d'or, suscité contre lui des mouvements rivaux, etc... Bref, elles auraient déployé l'effort de corruption que partout et toujouzs des exploiteurs déploient contre ceux qui menacent leurs privilèges.
    *  Or, que s'est-il passé en Allemagne ? Il s'est passé ceci, sur quoi Déat et Doriot observeront, si vous les interrogez, un silence pudique : les possesseurs et les manieurs d'argent, les magnats de l'industrie lourde, les forces les plus actives du capitalisme ont subventionné le mouvement nazi, financé ses journaux, entretenu sa caisse de propagande. Pourquoi ? Parce que le nazisme, loin d'être une forme du socialisme, a été pour la grande bourgeoisie allemande - ce que le RNP tente d'être pour la grande bourgeoisie française - l'instrument de tentative de sauvetage de l'ordre ploutocratique.


Ce jongleur de Mussolini

    *  Sans doute, les dirigeants nazis ont-ils eu soin, toujours, d'entourer de mystère tout ce qui concernait les ressources du Parti. En vertu du "Führerprinzip" (principe du Führer), Hitler s'abstenait de révéler à ses collaborateurs les plus proches l'origine de certaines souscriptions ; mais dans les années qui précédèrent son avènement au pouvoir, chaque fois que s'amorçait un débat public sur les moyens financiers du Parti, Hitler préférait transiger avec ses "diffamateurs" plutôt que de leur intenter un procès. Ce qui ne l'empêchait pas de célébrer la "vertu nazie" et d'accuser d'autres fascistes - les fascistes italiens par exemple - de n'être pas comme lui vêtus de probité candide et de lin blanc ! Le 29 juillet 1922 - treize ou quatorze ans avant l'Axe - le Völkischer Beobachter écrivait que "Mussolini avait trahi ses camarades parce qu'il avait été corrompu par les représentants de la Société du Gaz de Zurich". Le journal ajoutait que le Popolo d'Italia, le journal de Mussolini, avait été fondé avec de l'argent juif et il invitait les "nationaux-socialistes" à "éviter strictement tout rapport avec ce jongleur de Mussolini". Mais les sources où s'abreuvait Hitler n'étaient pas plus pures que celles où Mussolini avait étanché sa soif. L'un et l'autre s'étaient désaltérés aux fontaines du grand capital. L'un et l'autre ont été choisis par les tenants du vieil ordre comme les chiens de garde de leurs privilèges.


L'Allemagne entre les deux guerres

    *  Pour la bonne compréhension de ce qui va suivre, essayons de nous représenter l'Allemagne entre les deux guerres. En 1918, ce pays a vu éclore des Soviets d'ouvriers et de soldats (note d'Ami de l'égalité : le mot russe "soviet" est l'équivalent du mot français "conseil" ; Gabriel Péri l'emploie ici par référence à la révolution russe de 1917, qui a consisté dans la formation en Russie de conseils d'ouvriers et de soldats, lesquels ont démantelé les institutions du pouvoir impérial et se sont formés en institution politique nouvelle ; les bolchéviks déployaient leur activité au sein de ces conseils ; en employant ici le mot russe "soviet", Gabriel Péri désigne les conseils révolutionnaires formés en Allemagne au moment de la déconfiture des institutions du pouvoir impérial consécutive à la défaite militaire de l'automne 1918). Mais la Révolution a été écrasée dans le sang par les efforts conjugués de l'Entente (note d'Ami de l'égalité : il s'agit de l'alliance franco-anglaise conclue sous le nom d'Entente cordiale et à laquelle s'étaient joints, à la faveur de la guerre mondiale, divers autres états) et des chefs traîtres de la social-démocratie, lesquels ont fait appel aux junkers et aux officiers de l'ancienne armée. Le courant populaire a été si puissant cependant que les maîtres du pouvoir durent accorder quelques concessions à la classe ouvrière : assurances sociales, contrats collectifs, conseils d'entreprises, droit d'organisation des ouvriers agricoles. Toutefois, les potentats de la grande industrie, aussi bien que les hobereaux, sont parfaitement décidés à reprendre ce qu'ils ont accordé. Pour commencer, ils sabotent l'application des lois sociales ; ils s'emploient à briser les grèves. Ils créent pour cela des corps spéciaux, des ligues de combat, sorte de police prétorienne aux ordres du grand capital. La plus agissante de ces ligues crées et mises au monde par les capitalistes allemands, c'est le Parti National-Socialiste d'Adolf Hitler. Pendant toute une période, ces ligues, que le grand capital a eu l'occasion d'expérimenter lors du putsch de Kapp, sont tenues en réserve. L'heure n'a pas sonné encore de les lancer dans la bagarre. Il attend que les capitaux américains et anglais aient afflué en Allemagne, que l'industrie allemande se soit rééquipée. Seulement, lorsque cet équipement est achevé, lorsque l'Allemagne s'apprête à inonder le monde de ses produits, le monde est secoué par la grande crise économique de 1930. Cette crise touche directement les industriels allemands. Leur grande préoccupation, dès lors, va être de réduire les salaires ouvriers, d'abroger la législation sociale, d'en finir avec le système des contrats collectifs. Ils doivent, pour cela, disposer d'un Etat docile à leurs voeux. Les corps-francs sont tirés de l'ombre ; le parti national-socialiste est poussé à l'avant-scène. Fritz Thyssen et Kirdorff de la métallurgie de Gelsenkirchen augmentent le chiffre de leurs subventions. Les gouvernements de Brüning, de Von Schleicher, de Papen cèdent à la pression des agitateurs nazis, puis ils leur abandonnent la place.
    *  Ne nous y trompons pas, cependant, la volonté et l'argent de quelques magnats n'auraient point suffi à assurer la victoire de cette équipée. Pour qu'elle réussît, ses initiateurs devaient capter la confiance d'une troupe importante, se donner - ce que Déat et Doriot cherchent en vain dans la France de 1941 - une base de masse. Comment s'y prirent-ils ? La question est d'importance. Là-bas, une formidable entreprise de viol des foules a réussi. Réussira-t-elle chez nous ? Ce qui est certain, c'est que l'un des moyens d'empêcher {on succès, c'est de révéler les procédés qu'elle employa, de dire comment elle mystifia ceux à qui elle s'adressait, et c'est de montrer que ceux-là furent victimes d'une des plus gigantesques escroqueries de l'histoire.


Des millions d'êtres dans la misère

    *  Mais qui étaient-ils au juste, ceux auxquels s'adressait l'agitation nazie ? C'étaient les classes moyennes d'abord, les épargnants, les détenteurs de revenus fixes saignés à blanc par la chute du mark, les petits commerçants pressurés par les banques, écrasés par les magasins cartellisés. C'étaient les paysans endettés, que le fléchissement des prix condamnait à la misère, à partir de 1929 ; les petits paysans s'entend, car pour ce qui est des hobereaux, la politique douanière du gouvernement les avait mis à l'abri des risques les plus graves. A ces catégories sociales ajoutez les anciens combattants et parmi eux la foule des anciens officiers et sous-officiers à qui la fin de la guerre et la défaite ont fait perdre leur emploi ; la jeunesse enfin, la tragique multitude des jeunes chômeurs et des jeunes étudiants sans emploi, tous avides d'action, de mouvement, de renouvellement.
    *  Où vont aller ces millions d'hommes et de femmes sur qui la misère s'est abattue comme un manteau de plomb et que déjà la famine guette ? Où vont-ils aller ?
    *  Ah certes, si contre le régime qui engendre l'effroyable détresse, la classe ouvrière s'unissait comme tentent de l'unir les communistes, la réponse ne serait pas douteuse. Le prolétariat uni serait pour la petite bourgeoisie une irrésistible force d'attraction. Autour de cette force se grouperaient les victimes de la guerre, les jeunes dont les vingt ans réclament avec tant d'impatience l'action, la rénovation de l'Allemagne. Alors serait mobilisée la formidable armée qui ne s'égarerait pas, ne prendrait pas le mauvais chemin, mais s'attaquerait à la cause du mal : elle désignerait aux multitudes le but à atteindre, le socialisme.


La division ouvrière favorise le nazisme

    *  Oui, mais la classe ouvrière est divisée, la social-démocratie, non contente de repousser les propositions d'action commune des communistes, charge son préfet de police Zorgiebel de faire tirer sur la foule ouvrière de Berlin, le premier mai 1929. Elle s'accroche à la capote de Hindenburg, à la soutane de Brüning, à la jaquette de von Papen.
    *  Par sa faute inexpiable, c'est vers d'autres forces que va se diriger la cohorte des victimes. Vers quelles forces ? Vers celles qui ont été mises sur pied par les responsables de ses misères.
    *  Ces forces existent ; ce sont le Parti nazi, ses sections de protection, ses sections d'assaut dont le grand capital a alimenté les caisses. Magnats de l'industrie, féodaux de la terre ont réalisé ce tour de force : ils ont groupé les victimes du régime dans des organisations dont la raison d'ê|re et la mission était de sauver ce régime.
    *  Nous verrons comment cette supercherie fut possible et quel langage tinrent, à cette foule qui avait faim, les chefs visibles du mouvement. Mais qu'importait le langage. Les autres chefs, invisibles ceux-là, tenaient les cordons de la bourse. Ils étaient les vrais maîtres du mouvement nazi ; ils savaient qu'ils le conduiraient où ils voudraient et ils lui avaient assigné la mission de sauver des privilèges que la tourmente menaçait d'emporter.


Bailleurs de fonds de Hitler

    *  Ces chefs invisibles, ces bailleurs de fonds, quels étaient-ils ? Certains ne vivaient pas sous le ciel allemand. C'est ainsi que, parmi les protecteurs de la première heure du mouvement nazi figurent : le pétrolier anglais Sir Henri Detterding, le potentat américain Ford et quelques financiers suédois liés à la famille de Göring. Parmi les protecteurs allemands, il convient de citer M. Aust, pzésident de l'Union des Industriels bavarois ; M. Kuhlo, avocat-conseil de cette union ; Von Epp qui, en compagnie de Röhm, se procura dans les milie}x financiers de Munich les fonds nécessaires à l'achat du journal le Völkischer Beobachter ; le grand industziel Borsig ; le fabricant de dentelle Mutscham ; le chef du trust du charbon de Rhénanie Kirdorff ; l'industriel Thyssen ; l'admini{trateur du grand trust de la potasse Wintershall de Cassel ; le trust Lahussen-Nordwolle ; l'union minière Bergbanveren d'Essen ; la maison Otto Wolf ; le trust des cigarettes Reemsta ; de grands propriétaires terriens ; enfin les anciens princes allemands : l'ex-Kaiser, le prince Auguste-Guillaume de Hohenzollern, le prince Christian de Schaumburg-Liffe, le duc de Saxe-Cobourg Gotha, les grands-ducs d'Oldenburg, de Mecklemburg, de Hesse, le duc Ernest-Auguste de Brünswick. Et ce fut pour être agréable à ces "nom de Dieu de princes", pour les payer comptant, que les députés nazis, tout en vitupérant le capitalisme, votèrent au Reichstag contre la loi d'expropriation des anciennes familles princières !
    *  Voilà quels noms portent les vrais maîtres du mouvement nazi. Ces bailleurs de fonds, dont les journaux de Marcel Déat et de Doriot ne publieront jamais le palmarès, ne gaspillaient pas leurs deniers. Ils ne prêtaient pas à fonds perdus. Ils réalisaient un très bon placement. Ils se ménageaient une assurance. En prélevant un peu sur leurs bénéfices, ils entendaient assurer la protection de leur régime, de leurs privilèges et tirer une traite sur l'avenir.
    *  Ils n'ont pas été déçus, mais remboursés avec usure et récompensés au centuple !

5 - L'escroquerie du programme : Bons et mauvais capitalistes

    *  Les hauts-parleurs du "Rassemblement national populaire" balbutient et bredouillent. Mettez-vous à leur place. Ils ont mijoté dans les vieilles marmites des 200 familles ; ils ont été ministres de Tardieu, ou de Doumergue, ou de Flandin, ou de Daladier ; ils ont attaché leurs noms à des décrets-lois de déflation qui, pour sauver le superflu des riches, rognaient sur le nécessaire des pauvres. Tel est le cas de Laval, avocat marron qui nut l'agent électoral du financier Octave Homberg ; de Marcel Déat à qui il ne répugnait pas d'être collaborateur de deux journaux, dont l'un : L'Oeuvre, était financé par la Banque Lazard, et l'autre : La République, touchait au guichet des Compagnies d'Assurances ; de Rivollet (fâcheusement compromis par ailleurs dans un scandale de Loterie d'anciens combattants), qui fut ministre des Pensions et signa les décrets qui frappaient d'un prélèvement les pensions des anciens combattants ; de Cathala, qui fut ministre de Tardieu ; de Besset, qui fut ministre de Daladier.


Premiers vagissements du RNP

    *  Ils ont passé une partie de leur vie à dénoncer la Révolution, à exorciser le socialisme, à frémir chaque fois que le prolétariat entamait un des privilèges sacrés du capitalisme. Aujourd'hui, pour servir les mêmes forces d'argent qu'hier, il leur faut modifier du tout au tout leur vocabulaire, se couvrir d'une vêture nouvelle. Ils bégaient, ils hésitent, ils ont peur. Voilà pourquoi leur déclaration-programme est si mièvre, si pâle, si anémiée et souffreteuse.
    *  Nos gaillards désirent "une économie dizigée à base corporative". Ils suggèrent que la monnaie soit "garantie par le travail". Ils n'écrivent pas une fois le mot socialisme. Ils veulent bien manipuler des pétards de feu d'artifice ; ils hésitent à faire fonctionner le 420 de la démagogie (Note d'Ami de l'égalité : l'un des plus gros calibres de l'artillerie de la guerre de 1914-1918 est de 420 millimètres). Il faudra qu'ils s'y résignent cependant, car leurs formules proprettes et chétives, si elles rassurent pleinement leurs maîtres, n'exerceront aucun attrait sur les masses populaires. Pour essayer de séduire ces masses, il faudra trouver autre chose. Ils chercheront. Ils chercheront dans le Programme de leurs modèles les nazis d'Allemagne.
    *  Et que trouveront-ils ? Il faut que nous soyons ici prévenus. Il est possible que dans les semaines à venir, les hommes du "Rassemblement national" mettent en circulation des slogans sonores à allure très radicale et très subversive. Il n'est pas d'autre moyen pour eux d'exécuter la besogne dont l'occupant et les amis de l'occupant les ont chargés. C'est ainsi et pas autrement qu'ils tenteront de mystifier le public, de lui jeter de la poudre aux yeux ; c'est contre cette mystification et cette escroquerie que nous mettons en garde les travailleurs français.


Panneau-réclame des nazis

    *  Supposons que, forçant la note et haussant le ton, les hommes du Rassemblement substituent prochainement à leur Déclaration de principe minable et décolorée un panneau-réclame claironnant et haut en couleurs. Que faudra-t-il en penser ? Pour former à son sujet un jugement sain, le mieux sera de se reporter au panneau-réclame que les agitateurs nazis allemands - les modèles du RNP - ont promené à travers l'Allemagne entre 1929 et 1933. Que disaient-ils alors ? Et quelle était la portée de leur programme ? N'oublions jamais que pour parvenir à leurs fins, les nazis d'Allemagne sont allés dans la voie de la démagogie aussi loin que peut aller un parti mis au monde par les oligarchies, et dont le sauvetage des oligarchies est le but suprême encore que soigneusement dissimulé aux foules.
    *  Ils se sont présentés comme les redresseurs du socialisme, comme les amis et les protecteurs des syndicats ouvriers ; ils n'ont pas hésité à proclamer que l'arme de la grève était pour les travailleurs une arme légitime : "Le national-socialisme, écrivait le "Völkicher Beobachter", reconnaît sans restriction le droit de grève... C'est mentir honteusement que de dire que les nationaux-socialistes, lorsqu'ils auront pris le pouvoir, enlèveront aux travailleurs leur arme suprême : le droit de grève".
    *  Nos RNP ne tiennent pas encore ce langage. Ils en sont encore aux vagissements prémonitoires. Mais en 1929, en 1930, non contents de prêcher le "redressement" du socialisme, de déclarer sacré le droit de grève, arme suprême des ouvriers, les nazis d'Allemagne parlaient confusément d'une réforme profonde du droit de propriété. Devant les petits paysans, ils allaient jusqu'à envisager le partage des terres. Ils faisaient la grosse voix contre les agrariens (qui subventionnaient la caisse nazie). Ils disaient : "La grande propriété, dans l'Est, doit disparaître pour la plus grande partie. On ne peut conserver la grande propriété par respect pour les traditions."


Ce programme ? Une duperie

    *  Arrêtons-nous un moment. Nous pressentons l'objection que l'on nous adresse : que vous le vouliez ou non, nous dit-on, des promesses de ce genre sont tout de même assez précises. Elles ont trait à une transformation assez profonde de la structure capitaliste. Il est possible qu'elles n'aient pas été tenues, nous ne voulons pas le savoir pour l'instant. Elles n'en contenaient pas moins un engagement de transformer le vieil ordre social capitaliste. Le programme, en somme, n'était pas mauvais et si le RNP nous en présente un semblable, pourquoi lui bouderions-nous ?
    *  Et voici notre réponse : Non, ce programme, ce n'était pas le programme socialiste et c'était, par conséquent, une duperie.
    *  Les nazis d'Allemagne (et vous verrez que les nazillons de France suivront leur exemple) ont pris à partie, avec beaucoup de virulence oratoire il est vrai, les à-côtés du régime ploutocratique. Ils n'ont jamais touché à la racine du mal. Ils n'ont jamais porté une main sacrilège sur le système d'où les oligarchies tirent la source de leur super-profit. Ils ont dénoncé à la colère des masses quelques rouages de la machine, c'est-à-dire que dans cette Allemagne que le socialisme aurait pu sauver de la misère, le nazisme a rempli très exactement la mission que lui avaient confiée ses maîtres : sauver le vieux régime et détourner les multitudes de la lutte pour le socialisme.
    *  Soyez sûrs que c'est cette besogne-là qu'accompliraient, si nous les laissions faire, les chefs de bande du RNP.
    *  Mais pour réussir ce normidable subterfuge, comment ont procédé les nazis d'Allemagne ?


Le capitalisme... étranger, ennemi principal

    *  Aux masses frémissantes d'Allemagne, ils ont désigné comme ennemi principal le capitalisme... étranger. C'est le capitalisme étranger qui a imposé à l'Allemagne l'injuste traité de Versailles ; c'est lui qui prélève sur le peuple allemand le terrible fardeau des réparations, etc... Donc, sus au capitalisme international ! Discours habile auquel applaudissaient à la fois ceux qui s'étaient endettés à l'étranger, ceux qui rêvaient du réarmement et de la revanche allemande et ceux qui détestaient l'exploitation capitaliste. A cette propagande, la politique insensée des vainqueurs de 1918 apportait un renfort précieux. Des opérations comme l'occupation de la Ruhr (note de Ami de l'égalité : par l'armée française !) en 1923 servirent puissamment l'agitation nazie. Et c'est ainsi que la lutte juste, sans aucun doute, du peuple allemand contre le diktat de Versailles, cette lutte qui avait éveillé la sympathie des prolétaires de tous les pays, cette lutte, monopolisée par le Parti nazi, fut orientée par lui dans le sens du chauvinisme agressif. La colère légitime des masses contre le capitalisme fut muée, par l'alchimie national-socialiste, en une lutte contre Versailles, puis en une excitation véhémente à la guerre pour la suprématie du monde.


Deuxième stade : l'antisémitisme

    *  Mais le capitalisme étranger était une pâture insuffisante. Les chefs nazis eurent tôt fait de le comprendre. Alors, ils désignèrent un autre ennemi : le capitalisme juif. Et dans leur laboratoire, ils transformèrent l'anticapitalisme des masses en un antisémitisme barbare et grossier. On identifie au juif le banquier, le dirigeant du magasin à pris unique, le créancier anglo-saxon. Nul ne dira combien cet antisémitisme imbécile a servi le système capitaliste allemand dans son ensemble. Non seulement les capitalistes allemands ont été les bénéficiaires des spoliations et des rapines dont furent victimes les capitalistes juifs du Reich et d'Autriche, mais surtout l'antisémitisme a été là-bas, comme partout, le procédé habile pour détourner la colère populaire de la lutte contre le régime d'exploitation des oligarchies. Le juif a été dénoncé comme le mauvais capitaliste. C'est donc qu'il y a de bons capitalistes ? C'est donc que Krupp est un capitaliste très convenable, si Rotschild est un capitaliste détestable ? C'est donc que le régime capitaliste n'est pas condamnable en bloc ; c'est donc qu'il n'est pas question de le condamner ou de le renverser, mais d'assurer sa survie en massacrant les juifs.{CRLN}

Sus au capitalisme de prêt

    *  De fait, les nazis d'Allemagne ont poussé très loin cette théorie de la di~ision entre le bon et le mauvais capitaliste (Note de Gabriel Péri : c'est notamment le thème d'un très mauvais film allemand (un film à boycotter !) donné récemment dans les salles parisiennes : Les Rapaces, où s'étale le contraste bébête entre le mauvais capitaliste, un juif cela va de soi, et le bon capitaliste (un de Wendel, un Mercier, par exemple) qui, répondant à l'appel de sa fille, distribue ses générosités sur le monde). Le bon capitaliste, c'est l'industriel, le mauvais capitaliste, c'est le prêteur d'argent. Sus au "capitalisme de prêt" ! Les agitateurs nazis s'en vont à travers le pays expliquer qum "l'esclavage de l'intérêt" est le mal des maux. "Abolissons l'esclavage de l'intérêt". Mais les conzerns et les trusts peuvent continuer sans se troubler leur bienfaisante activité.
    *  Nous lirons très bientôt sous la plume des pense-petit du RNP des élucubrations de ce genre. Nos hommes ont déjà plagié l'antisémitisme de leurs modèles allemands.
    *  De petites feuilles hebdomadaires appellent régulièrement au pogrom. Les équipes de Doriot s'offrent contre argent aux commerçants aryens pour aller saccager les boutiques de leurs concurrents israélites. Les hommes de main du RNP, sous la protection du préfet de police, s'installent dans les immeubles des juifs. Un statut raciste a été promulgué à Vichy. D'autres mesures suivront peut-être. On ne fera croire à personne que l'anticapitalisme a quelque chose de commun avec ces procédés d'apaches (note d'Ami de l'égalité : aux dix-neuvième et au vingtième siècles, ce mot ne désignait pas seulement une tribu indienne d'Amérique du Nord ; il désignait aussi les truands de barrières et de faubourgs, qui tiraient leur ressources du proxénétisme et de la vente de leur aptitude à jouer du couteau). C'est le capitalisme qui gagne à tous les coups. C'est lui, si l'affaire réussissait, qui serait le grand bénéficiaire. Ce truc grossier lui aurait épargné le châtiment et les coups. L'antisémitisme est la planche de salut du capitalisme. Aussi bien, dans ce pays de France, antisémitisme et révolution sont des termes qui s'excluent. L'antisémitisme a toujours été, il demeure l'odieux compagnon de route de la réaction politique et sociale. Le racisme antisémite a ravagé bien des pays de l'Europe ; il a été le déshonneur de la Russie des Tsars, de la Pologne des seigneurs ; il est la honte de l'Allemagne. Il est au monde un pays qui s'est débarrassé de ces vestiges affreux et qui a proclamé la fraternité des races, c'est l'Union Soviétique ; c'est le seul pays où les oligarchies ont été mises hors d'état de nuire.


Nos nazillons veulent asservir la France

    *  Si soucieux qu'ils soient d'imiter leurs modèles d'Allemagne, les nazillons de France devront sur un point, au moins, s'écarter d'eux. Quand les nazis commencèrent leur campagne, ils se posèrent en champions de la libération de leur pays. Ils dirent qu'ils voulaient briser les chaînes d'un injuste traité, affranchir l'Allemagne de la servitude. Sans doute firent-ils de ces nobles mobiles une exploitation impérialiste qui devait accroitre terriblement les dangers de guerre. Du moins appelaient-ils le peuple allemand à se lijérer, à regagner son indépendance ; du moins les vit-on lutter pour que le territoire allemand fût délivré de l'occupation étrangère, pour que le peuple allemand ne supportât pas le tribut du vainqueur. Ce qui ne les empêchait pas d'ailleurs de s'offrir parfois au vainqueur comme mercenaires anti-communistes ; tel fut le cas de Hitler. Dans un livre intitulé "Le quai d'Orsay", que son auteur a prudemment retiré de la circulation, M. Paul Allard a établi que le futur chancelier d'Allemagne, à l'époque de l'agitation nazie dans la Ruhr, fut soudoyé par un certain Heinz, autonomiste du Palatinat, homme à tout faire du deuxième Bureau, et qu'entretenaient, au su de Adolf Hitler, les fonds secrets du quai d'Orsay (Note de Gabriel Péri : Quant à M. Paul Allard, il s'est courageusement mis au service de la presse parisienne du Dr. Göbbels, depuis le 20 juin 1940 !).
    *  Les nazillons français, eux, ont été tenus sur les fonds baptismaux par l'armée de l'occupant ; ils se sont placés sous la protection de ses baïonnettes ; C'est pour servir l'occupant qu'ils veulent forcer les portes du gouvernement. Les nazis prétendaient libérer l'Allemagne. En fait ils l'ont précipitée dans la guerre. Nos nazillons, si nous les laissions faire, précipiteraient eux aussi la France dans la guerre. Mais auparavant, ils l'auraient asservie.
    *  Les maîtres capitalistes que servaient les nazis voulaient l'abrogation du traité de Versailles. Les maîtres capitalistes que servent les nazillons ont besoin de l'asservissement de la France.


Un programme attrape-nigaud

    *  Jusqu'ici, nous n'avons parlé que du Programme du Parti nazi ; c'est-à-dire de l'ensemble des propositions suggérées par un parti que subventionne une oligarchie capitaliste et qui, pour le compte de cette oligarchie, s'adresse à des masses que la misère accable, que la division ouvrière et la politique criminelle de la social-démocratie détournent de la lutte pour le vrai socialisme. S'adressant à ces masses avec le dessein de les capter et de les séduire, le nazisme, nous l'avons dit, se permet dans son programme certaines audaces.
    *  Et pourtant, même dans le Programme, il est gêné aux entournures ; il s'empêtre dans ses contradictions ; il est limité dans sa propension démagogique et il se garde de s'en prendre à l'ensemble du système capitaliste.
    *  Même dans le Programme, il se garde de se prononcer pour ce qui caractérise la société socialiste, pour ce sans quoi il n'y a pas de socialisme, pour ce sans quoi il est interdit de se dire socialiste.
    *  Même dans le Programme, qui n'est qu'un attrape-nigaud, où la démagogie semble-t-il devrait avoir toute licence, même dans ce Programme plus hardi cependant que l'insignifiant prospectus du RNP, le nazisme se garde de toucher au point névralgique du système ploutocratique.
    *  Même dans le Programme !
    *  Que sera-ce dans les faits ? Dans les faits, le nazisme se révélera comme un système de renflouement ploutocratique, de régression anti-sociale ; comme l'organisation méthodique du massacre des conquêtes ouvrières.

6 - Le Nazisme sans voiles : Une formidable machine de régression sociale

    *  Ne perdons jamais de vue notre point de départ : Quel est le secret de l'exploitation capitaliste ? Pourquoi et comment le capitalisme exploite-t-il le travailleur salarié ?
    *  Dans le régime capitaliste, la force de travail de l'ouvrier est une marchandise. Sa valeur est déterminée par le temps de travail qui y est incorporé. Ce qui caractérise le régime du travail dans le système capitalis|e, c'est que l'ouvrier travaille pendant une partie de la journée pour produire, sous forme de salaire, la valeur d'une quantité de subsistance qui lui est nécessaire, et une autre partie pour produire la plus-value, source du profit capitaliste. Survienne un progrès technique qui permette d'augmenter la productivité du travail, cette augmentation accroîtra le profit capitaliste ; elle n'atténuera pas l'exploitation que subit le prolétaire ou l'atténuera fort peu.
    *  C'est ainsi que les choses se passent dans le régime capitaliste.
    *  Le régime socialiste, au contraire, c'est, répétons-le, le régime de la propriété sociale des moyens de production, c'est le régime qui supprime l'exploitation capitaliste. En d'autres termes, la classe ouvrière, dans une Société Socialiste, n'entre plus en conflit avec des exploiteurs et leur appareil d'Etat pour exiger une meilleure part dans le produit de son traviil : la classe exploiteuse a disparu. La lutte de classes est un souvenir du passé. Ce sont les travailleurs maîtres des moyens de production, maîtres de l'appareil d'Etat, qui décident combien de temps durera le travail, quelle part du produit du travail sera consommée, quelle part sera consacrée à perfectionner la production socialiste, quelle part sera consacrée à assurer la défense de la patrie socialiste.
    *  A quel type d'organisation se rattache l'Allemagne nazie ?
    *  Les contorsions de Déat, Deloncle et Doriot n'y changeront rien : l'Allemagne nazie est un pays authentiquement capitaliste, dans lequel un groupe d'hommes, les possédants, tirent leur profit de l'exploitation, du vol de la plus-value.
    *  Mais ce capitalisme allemand n'est-il pas d'une nature un peu spéciale ? N'a-t-il pas été "mis au pas", "discipliné" ? N'y a-t-il pas, dans l'organisation allemande, "un peu de socialisme" ?


Dissolution des syndicats. Plus de législation sociale

    *  Réponse : avant l'avènement du nazisme, les ouvriers allemands possédaient des syndicats, ils disposaient d'une arme redoutable : la grève. Une série de batailles ouvrières avait limité l'absolu|isme patronal ; un système de conventions collectives protégeait les salaires. Que sont devenues toutes ces acquisitions sociales ? M. Deloncle s'égosille devant le micro à nous crier :"La Révolution sera sociale ou ne sera pas !" Soit ! Seulement, le mouvement nazi, dont le Deloncle en question suit les traces, avait trouvé une Allemagne pourvue d'organisations ouvrières et d'une législation sociale qui avaient fourni aux travailleurs des garanties contre l'arbitraire patronal. Qu'a fait le nazisme ? Il a dissous par la violence les organisations ouvrières. Par la force et la ruse, il a brisé la législation sociale.
    *  Les procédés qu'employèrent les nazis allemands méritent d'être étudiés de très près. Ils seront peut-être expérimentés par les nazillons français. Il est bon que nous ne soyons pas pris au dépourvu. Avant leur accession au pouvoir, les nazis s'étaient appliqués à constituer des cellules dans les usines. Sans beaucoup de succès d'ailleurs, puisqu'en 1933 encore, les candidats de ces cellules aux Conseils d'Entreprises obtenaient à peine 3 % des voix. Pour obtenir la première place, les cellules durent attendre ... l'incendie du Reichstag, l'occupation des Maisons du Peuple par les Chemises Brunes, la dissolution des Syndicats libres. Les cellules se posèrent alors en héritières des Syndicats, et pour recueillir l'héritage, c'est-à-dire pour gagner la sympathie des syndiqués, elles portèrent la démagogie au diapason le plus élevé.
    *  Entendons-nous d'ailleurs ; parmi les membres des cellules nazies qui réclament, à cette époque, le contrôle de l'embauchage, qui interviennent dans la direction des entreprises, qui vont jusqu'à exiger l'arrestation de certains patrons, tous ne sont pas des démagogues forcenés. Nombreux sont les ouvriers trompés par la démagogie des hitlériens et qui croient que la "Révolution Nazie" sera sociale ou ne sera pas. Les magnats capitalistes et les dirigeants du Parti ont vite fait de les mettre à la raison et quelques centaines d'entre eux vont méditer dans des camps de concentration sur les vertus "socialistes" de la doctrine de Hitler.

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 00:05

article 1316739

 

Non, le nazisme n'est pas le socialisme, édition de mars 1942
brochure de Gabriel Péri

 


    *  Chers lecteurs, lisez l'avertissement que nous vous adressons.

Gabriel Péri

    *  Député de seine et Oise, ex-vice-président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, ex-chef de la rubrique internationale de l'Humanité, membre du Comité central du Parti communiste (SFIC),

fusillé le 15 décembre 1941

au fort du Mont Valérien par les Allemands, après avoir été désigné comme otage par le ministre-assassin Pucheu, homme à tout faire de Pétain-Darlan-Hitler.
Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme

    *  Ce réquisitoire impitoyable a été écrit par G. Péri en avril 1941, avant son arrestation.

Que tous les patriotes lisent et diffusent cette brochure

Introduction

    *  GABRIEL PÉRI, arrêté le 18 mai 1941, par suite de la lâche dénonciation d'un traître qui a nom Edmond Foeglen, a été fusillé comme otage le 15 décembre 1941 par ordre du général d'assassins von Stülpnagel.
    *  Les hitlériens ont fait cacher ce crime odieux. Mais grâce au Parti communiste français, le peuple de France sait comment a été tué GABRIEL PÉRI, député de Seine et Oise, ex-vice-président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Députés, ex-chef de la rubrique de politique internationale de l'Humanité, membre du Comité central du Parti communiste, orateur de grand talent, journaliste de grande classe, patriote aussi claivoyant que courageux.
    *  Les oppresseurs de la France connaissaient le talent et le prestige de GABRIEL PÉRI. Usant tour à tour d'alléchantes promesses et de menaces non dissimulées, ils espéraient parvenir à le faire capituler et à l'utiliser pour leur sale besogne. Ces misérables s'étaient trompés d'adresse. Mais le peuple de France n'oubliera pas le nom des traîtres qui osèrent se faire les négociateurs de cet odieux marché.
    *  C'est l'avocat André Berthon, membre du Parti socialiste avant la guerre et candidat socialiste contre André Marty dans le treizième arrondissement de Paris en 1936 qui, le 5 décembre 1941, se fit le porte-parole des Allemands. Utilisant son droit d'entrée dans les prisons, ce traître alla proposer à GABRIEL PÉRI de recevoir une délégation de renégats qui viendraient lui poser le dilemme suivant : OU TRAHIR OU MOURIR. GABRIEL PÉRI refusa de recevoir cette délégation. A partir de ce moment, NOTRE CAMARADE SE SAVAIT CONDAMNÉ À MORT.
    *  On n'osait pas juger ce militant prestigieux qui aurait confondu ses accusateurs. Il fallait l'assassinmr dans l'ombre et entourer cet assassinat d'un silence complice. C'est ce que voulait le ministre Pucheu qui, en désignant GABRIEL PÉRI parmi les otages à fusiller, ajoutait avec cet accent de lâcheté qui caractérise les hommes de Vichy : "Surtout que ça ne se sache pas !".
    *  Pucheu s'est trompé. Il a fait assassiner GABRIEL PÉRI, mais la France sait tout du martyre de ce pur héros de la libération nationale. Aujourd'hui le nom de Pucheu figure sur la liste des traîtres que les patriotes abattront comme des chiens à l'heure où s'engagera le combat final pour la délivrance de la Patrie ; le nom de GABRIEL PÉRI a pris place, lui, parmi les noms immortels de ceux qui sont morts pour la France.
    *  Dans la nuit du 14 au 15 décembre 1941, alors qu'il n'avait plus que quelques heures à vivre, GABRIEL PÉRI écrivait dans sa lettre d'adieu :


    * ...QUE MES AMIS SACHENT QUE JE SUIS RESTÉ FIDÈLE À L'IDÉAL DE MA VIE ; QUE MES COMPATRIOTES SACHENT QUE JE VAIS MOURIR POUR QUE VIVE LA FRANCE.
    * JE FAIS UNE DERNIÈRE FOIS MON EXAMEN DE CONSCIENCE. IL EST POSITIF. J'IRAIS DANS LA MÊME VOIE SI J'AVAIS À RECOMMENCER MA VIE. JE CROIS TOUJOURS CETTE NUIT QUE MON CHER PAUL VAILLANT-COUTURIER AVAIT RAISON DE DIRE QUE "LE COMMUNISME EST LA JEUNESSE DU MONDE" ET QU'IL PRÉPARE "DES LENDEMAINS QUI CHANTENT".
    * JE VAIS PRÉPARER TOUT À L'HEURE DES "LENDEMAINS QUI CHANTENT".
    * JE ME SENS FORT POUR AFFRONTER LA MORT. ADIEU ET QUE VIVE LA FRANCE.

    *  Cet exemple de tranquille courage devant la mort pour une cause juste galvanise les patriotes français qui se préparent à la lutte pour chasser les occupants du sol de France. Et tandis qu'un peuple tout entier vénère la mémoire de GABRIEL PÉRI, il nous a paru indispensable de porter à la connaissance de la population française l'acte d'accusation dressé contre le nazisme, en avril 1941, - c'est à dire peu de temps avant son arrestation, - par notre cher et regretté GABRIEL PÉRI.
    *  Cet acte d'accusation implacable, irrécusable, montre que GABRIEL PÉRI savait à quoi s'en tenir sur ses ennemis, les ennemis de la France, les ennemis de l'humanité civilisée. Il savait aussi que ces barbares au service de la ploutocratie la plus odieuse, seront finalement battus.
    *  C'est cette certitude qui a illuminé les derniers moments de GABRIEL PÉRI qui connaissait le commencement de la contre-offensive(des troupes soviétiques sur le front de l'Est.
    *  En lisant le réquisitoire contre le faux socialisme nazi et l'exaltation de l'URSS, pays du socialisme, que notre grand ami nous a laissé comme une sorte de testament, les Français pourront se remémorer cette pensée de Pascal : "Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger." Oui, on peut croire ce qu'a écrit GABRIEL PÉRI, car en faisant le sacrifice de sa vie, il a montré la noblesse de la cause à laquelle il s'était donné, ainsi que la grandeur et la pureté de sa foi patriotique et révolutionnaire.


    * Le Parti communiste français (SFIC)
     
*******


Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme
1 - Au chevet du capitalisme malade

    *  "Nous sommes entrés dans l'ère des grands et irrévocables bouleversements." Cette phrase a été dite et imprimée cent fois depuis huit mois. Il n'est pas très sûr, d'ailleurs, que tous ceux qui l'ont prononcée ou écrite l'aient pensée au préalable. Dans tous les cas, elle exprime chez les uns une résignation attristée ; chez les autres une curiosité inquiète ; chez d'autres un soulagement et une délivrance. Pour certains, elle amorce une manoeuvre subtile mais de grand style : crier très fort que l'ère des grands bouleversements a commencé, ce peut être un moyen de dissimuler les efforts souterrains que l'on tente pour conserver sous un nom nouveau le vieil ordre des choses.
    *  Autour du malade se poursuit une scène curieuse. Il y a la foule immense des fossoyeurs, ces millions d'hommes rassemblés dans de vastes usines. Ceux-là n'ont qu'un désir : faire neuf, faire jeune, faire socialiste en un mot. Ils ont été les victimes essentielles du régime malade. Ils sont les constructeurs d'un monde meilleur. Ils se sont préparés à cette tâche. Ils ont, pour s'y préparer, bravé les coups et résisté aux illusions de ceux qui leur parlaient, il n'y a pas bien longtemps encore, de "faire l'économie d'un changement essentiel". Eux n'ont jamais cru à ces sornettes. Ils sont des novateurs, et pas seulement depuis qu'un Maréchal octogénaire règne une partie de la France et depuis qu'une armée d'occupation règne sur l'autre. Révolutionnaires, ils l'étaient bien avant, quand ce mot n'était pas prononcé sans horreur par les manieurs d'argent, les douairières et les journalistes corrompus.
    *  Seulement, à côté de ces foules impatientes et que l'on tient à l'écart, par exemple en jetant dans les prisons et dans les camps de concentration leurs plus authentiques représentants, en leur interdisant la parole, en les privant de leurs journaux, d'autres se pressent autour du patient. On ne voit qu'eux, on n'entend qu'eux. Ils se sont installés dans tous les couloirs de la Maison. Ils s'affairent comme des médicastres besogneux. Et que font-ils au juste ? Ils essaient d'inoculer au malade un sérum. Ils veulent prolonger sa vie. Mais, en même temps, ces Diafoirus modernes crient très haut qu'ils rédigent l'acte de décès : "Messieurs et Dames, l'ancien régime se meurt, l'ancien régime est mort. Nous préparons les bandelettes et nous clouons le cercueil. Mais ne nous gênez pas dans cette opération délicate, ne venez pas voir surtout ! Soyez-en certains, nous faisons la Grande Révolution Nationale. Le capitalisme sera enterré par nos soins et, puisque vous semblez y tenir, nous lui substituerons le... socialisme, oui, un socialisme national. Que vous faut-il de plus ? Mais, encore un coup, laissez-nouis faire. Allez vous distraire pendant ce temps au Comité de la Révolution Nationale que préside notre ami du Moulin de la Barthète, ou au Rassemblement National que Marcel Déat dirige sur le sentier joyeux de ses destins."
    *  Et tandis qu'ils pérorent ainsi, ils inoculent leur élixir de jouvence. Si d'aventure ils réussissaient leur opération, si les masses populaires écoutaient leur boniment, c'est le moribond qu'on nous présenterait à nouveau dans quelques mois. On lui aurait conservé ses attributs essentiels, mais on l'aurait un peu rafraîchi et, surtout, on lui aurait donné un nom nouveau. On ne l'appellerait plus Régime ploutocratique, on le batiserait : "Communauté nationale socialiste". Et le tour serait joué ici comme il a été joué ailleurs.

2 - Les charlatans de la "Révolution nationale"

    *  Mais pourquoi toutes ces simagrées ? Ne serait-il pas plus simple d'avouer que l'on veut regaillardir le patient et lui rendre la vie ? Non ! Car les jeux simples ne sont plus permis à l'heure où nous vivons. Supposez que la bande qui s'est ruée sur la France - sur celle de Vichy et sur celle de Paris - depuis le mois de juin 1940 dise au peuple de France : "le régime actuel est malade, très malade, mais nous allons essayer de le guérir". Qui parlerait ainsi serait sur le champ châtié. Car le peuple ne veut plus d'un régime qui a accumulé tant de misère et tant de sang, qui a été incapable de faire la paix, qui a plongé dans son immense domaine des millions d'hommes dans le chômage, puis qui les a tirés du chômage pour les condamner à fabriquer des instruments de mort et qui, ces instruments forgés, a précipité le peuple dans le massacre, qui lui a fait subir la plus terrible défaite de son histoire, qui veut le livrer pieds et poings liés à l'esclavage national et qui, s'il subsistait, reprendrait sa marche infernale, en broyant les corps et en empoisonnant l'esprit des hommes. Non, le peuple français ne veut plus de ce régime qu'il identifie à la guerre, à la débâcle, à la trahison, à la servitude. Lui annoncer que l'on va prolonger la vie de ce monstre, c'est lui annoncer que lui, va vivre encore captif et exploité, que ses fils connaîtront la même affreuse existence, le même système d'oppression, de misère et de violence.
    *  Qui donc oserait franchement annoncer cela ? Qui donc oserait tenir ce langage et défier ainsi la colère du peuple ? Personne, assurément. Alors, il faut tenir un autre langage. Il faut essayer de sauver le vieil ordre en jurant qu'on le met en terre et qu'on construit un ordre nouveau.


On évoque le socialisme

    *  Voilà pourquoi ceux-là même qui ont consacré toute leur vie à la lutte contre le socialisme, qui ont proclamé la pérennité de la ploutocratie (Note d'Ami de l'égalité : la ploutocratie, c'est le gouvernement des riches, de même que la démocratie est le gouvernement du peuple, lorsque le gouvernement n'a pas détourné le mot), qui ont chanté les louanges au dieu de l'argent ; ceux qui ont assimilé la Révolution à la peste ou au choléra ; ceux qui ont placé leurs intérêts personnels au-dessus des intérêts de la France, ceux-là même font la grosse voix pour excommunier le capitalisme et pour célébrer la vertu de la Révolution. Les grands commis des congrégations économiques, les hobereaux, tous ceux qui tremblaient pour leurs privilèges et criaient "Sus à la Révolution" lorsqu'en 1936 les ouvriers obtenaient une modeste amélioration de leurs conditions d'existence ; ceux qui, pour constituer au patronat une police supplétive, allaient quérir des armes à l'étranger et les expérimentaient un soir, rue de Presbourg ; ceux qui, plus tard, sur l'ordre de Gignoux et de Lambert-Ribot et avec la complicité de Daladier, reprirent aux travailleurs ce que les travailleurs avaient conquis, tous ceux-là, soir et matin, à grands coups de gueule dans les microphonees de Radio-Paris et de Radio-Toulouse invoquent avec attendrissement la bienfaisante Révolution et - avec plus de discrétion - le bienfaisant socialisme.
    *  Pour que l'illusion soit complète, ils ont embarqué dans leur galère quelques anciens socialistes de contrebande, néosocialistes marrons et syndicalistes mercenaires choisis parmi ceux qui, avant septembre 1939, s'étaient fait une spécialité de condamner comme d'inutiles et encombrants accessoires les enseignements les moins discutables du socialisme et des Révolutions ouvrières.
    *  Ils nous affirment, les bons apôtres, qu'il nous faut, sans plus attendre, nous prêter à la salutaire contagion des pays voisins, ces pays étant, vous l'avez deviné, l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste. Hitler et Mussolini ont été, paraît-il, des années durant, abominablement calomniés. De grands méchants loups avaient dissimulé au public que ces deux personnages symbolisaient en réalité la lutte contre le capitalisme. Grâce à Dieu et... aux baïonnettes de l'armée d'occupation, Déat, Laval, Doriot sont là, et même un peu là, pour remettre les choses au point : Hitler a réalisé le socialisme. Le nazisme, c'est le socialisme, ou, tout au moins, c'est une forme du socialisme, un "socialisme authentique" comme écrit ce "penseur subtil" qu'est Gabriel Lafaye. Aussi bien, Laval, Déat, Spinasse et Doriot s'en portent-ils garants. Et quiconque ne voit pas dans le Nazisme l'éclosion magnifique du Socialisme, celui-là est un vulgaire conservateur. C'est Laval qui le dit - et avec lui, quelques fameux commis des 200 familles, représentées dans le Rassemblement national. Et ils s'y connaissent, les gaillards !


On te trompe, peuple de France

    *  Eh bien nous, les communistes, défenseurs des vrais intérêts de la France, nous prenons la parole pour dénoncer cette imposture grossière, pour dire à notre peuple qu'on lui ment, qu'on prépare sur son dos une monstrueuse escroquerie. On te trompe, peuple de France. Les disciples français du Nazisme sont les agents de la réaction capitaliste. Ils vitupèrent la ploutocratie ; c'est pour mieux sauver ses privilèges. Tu ne les croirais pas, tu refuserais de les entendre s'ils parlaient leur langage et s'ils se présentaient à toi tels qu'ils sont. Alors ils se maquillent et choisissent pour te parler les mots que tu as si souvent employés toi-même, les grands mots de socialisme, de révolution qui expriment tes aspirations et ton effort vers une vie meilleure et un monde plus juste.
    *  Pour eux ces mots-là, qu'ils prostituent en s'en servant, sont le "Sésame ouvre-toi" politique, grâce auquel ils prétendent forcer les portes du pouvoir au nom de leurs maîtres ploutocrates français et ploutocrates allemands. Ils sont le passeport truqué, grâce auquel ils s'imaginent pouvoir obtenir l'audience favorable des foules qu'il s'agit de rendre dociles à l'oppression nationale. Cet hommage bien involontaire, ils ont dû faire la grimace avant de le rendre. Ces formules "Révolution", "Socialisme" leur écorchent encore la bouche, ils les articulent en bredouillant. Mais il fallait en passer par là pour sauver le vieil ordre et les vieux privilèges, pour servir les maîtres nazis. Les vieux et éternels ennemis du peuple, les champions de la contre-révolution et les pourfendeurs de socialisme se sont travestis et ont modifié leur vocabulaire. Ils se sont imaginés que tu t'y laisserais prendre, que tu ne découvrirais pas le bout de leurs grandes oreilles. Comme ils te connaissent mal.
    *  En d'autres contrées, en Allemagne singulièrement, d'autres qui étaient autrement effrontés que les spadassins du "Rassemblement national" et les hommes de Vichy, et qui surent pratiquer avec plus d'impudence la démagogie éhontée, réussirent ce tour de passe-passe. Il faut dire qu'ils avaient le bénéfice de l'imprévu. Nos contre-révolutionnaires et nos réacteurs (Note d'Ami de l'égalité : les réacteurs sont les acteurs de la réaction contre-révolutionnaire ; ce mot était employé dans ce sens pendant la Révolution française ; il a ensuite été doublé par le mot "réactionnaire") grimés en soldats de la Révolution nationale sont, eux, de pâles imitateurs et de douteux plagiaires. Ils ne peuvent pas vanter l'originalité de leur marchandise car leurs maîtres directs exigent d'eux qu'ils révèlent constamment son origine. Tout au plus leur permet-on d'écrire et de dire que leur Révolution nationale "adaptera" le nazisme à la Fzance. C'est cette adaptation qu'ils appellent le socialisme.


Le socialisme à la mode nazie

    *  Aussi bien, Marcel Déat et Coco Fontenoy se sont-ils prudemment gardés de se risquer à une définition de leur socialisme. N'ont-ils donc point cherché dans la littérature nazie comment, là-bas, on définissait le socialisme ? C'est une investigation instructive. Essayons de nous y livrer à leur place. Hitler a défini sa politique dans un ouvrage copieux, Mein Kampf, auquel il se réfère constamment. Il est remarquable qu'aucun développement de cet abondant évangile n'ait été consacré au socialisme dont le grand prêtre se prétendait le champion. Plus tard, en 1937, dans un de ses discours, Hitler devenu Chancelier a posé à ses auditeurs cette question : "Existe-t-il un socialisme plus magnifique que ce socialisme dont l'organisation permet à chacun parmi des millions de garçons allemands, si la Providence veut se servir de lui, de trouver la voie juste jusqu'à la tête de la Nation ?"
    *  Le socialisme a donc pour tâche d'aider la Providence et la Providence a pour rôle d'utiliser le socialisme ! Drôle de providence, et drôle de socialisme ! D'autres prophètes, plus heureux que le Führer, ont-ils donné une définition plus concrète de ce "socialisme" ? Oh, les définitions ne manquent pas ! Un compilateur des écrits nazis en a découvert une centaine. Mais toutes sont du goût de celles-ci : "Le Socialisme, dit Bernard Kohler, est la défense morale du peuple, de même que le National-socialisme est sa défense physiqum." ( !) "C'est le Socialisme allemand, écrit von Tschammer, qui réapparaît dans l'esprit militaire." Explication qui s'apparente à celle de robert Ley, chef du Front du Travail, pour qui : "Le meilleur ordre socialiste est l'ordre militaire." Le même Robert Ley dit aussi : "Socialisme, c'est le sang et la race, la foi sacrée et profondément sérieuse en un Dieu." "Le Socialisme, dit Göbbels, c'est la doctrine libératrice du savoir-faire." "La cathédrale de Cologne, voilà le socialisme allemand", prononce un autre. Et Rosenberg, dans son Mythe du vingtième siècle, va jusqu'à proclamer : "Le Socialisme, c'est la police."
    *  Et l'on pourrait poursuivre : le socialisme, c'est tout, et ce n'est rien ; le socialisme, c'est n'importe quoi. C'est ainsi, d'ailleurs, que l'entendent, après les nazis d'Allemagne, les nazillons du "Rassemblement national". Ils tentent de s'emparer d'un mot justement évocateur pour faire triompher leurs desseins équivoques. Ne leur demandez pas de définir le mot, d'en expliquer le contenu. Ils ne savent pas. Ou mieux, ils ne peuvent pas. Car leur supercherie éclaterait au grand jour et leur construction de carton pâte s'effondrerait aussitôt, car aux yeux des plus naïfs, il apparaîtrait que le socialisme, c'est exactement le contraire de ce que font et de ce que veulent nazis d'Allemagne et nazillons de France. Ce qu'ils appellent la Révolution nationale est la plus sordide entreprise de réaction et de Terreur blanche ; c'est l'ordre ancien et ses privilèges immoraux et ses scandaleuses injustices qu'ils baptisent "ordre nouveau". Et ce qu'ils nomment socialisme c'est tout ce contre quoi le socialisme s'inscrit en irréductible ennemi, c'est ce que le socialisme se propose d'abattre.

3 - Qu'est-ce que le socialisme ?

    *  Qu'est-ce que le socialisme, en effet ? Ce n'est pas tout et rien. Ce n'est pas n'importe quoi. Ce n'est pas une formule magique, un mot sonore, apte à faire naître une mystique confuse et un peu mystérieuse. C'est tout autre chose. Ce mot a un contenu vivant et précis. Des données très précises distinguent le socialisme de ce qui n'est pas le socialisme, le militant socialiste du charlatan maquillé en commis voyageur de la "Révolution nationale".
    *  Le socialisme, c'est la suppression du parasitisme social, c'est la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est la propriété sociale des moyens de production.
    *  Etre révolutionnaire, être socialiste, ce n'est pas lancer des imprécations d'hystériques sur l'intérêt général, le judéo-maçonnisme et autres fantaisies ; c'est se rendre à cette vérité d'évidence : il n'est qu'un moyen de résoudre la contradiction qui mine la société, c'est la substitution à l'ancien régime d'un régime où l'état social s'harmonisera avec les forces de production.
    *  Etre socialiste, ce n'est pas débiter de pieuses âneries sur l'organisation de la profession et du métier ; c'est lutter pour une société qui mette fin à l'exploitation de l'homme par l'homme.
    *  Nous verrons que cette société, les nazis d'Allemagne ne l'ont pas fait naître sur les bords de la Sprée et que les nazillons français n'ont nullement l'intention de la construire sur les rives de la Seine ou celles de l'Allier.
    *  Ils nous affirment, il est vrai, que leur régime substituera à la domination de l'or la primauté du travail. Ils claironnent que leur victoire marquera la fin du règne de l'or. Si vous leur demandiez de préciser leur pensée, ils devraient vous avouer que, dans le système qu'ils conçoivent, l'or continuera à jouer un rôle essentiel dans le commerce intercontinental. Quant à la primauté du travail, que signifie au juste leur formule ? Annonce-t-elle la fin du vol de la plus-value ? En aucune façon. Nous touchons à l'un des plus remarquables exemples de la mystification nazie : l'ère de l'or est finie, proclame-t-on : voilà la révolution ! Oui, mais quand on y regarde d'un peu plus près, on s'aperçoit :


  1. que l'or "déchu" continuera à régenter le commerce international ;
  2. que le travail "victorieux" continuera à être soumis aux règles de l'exploitation et du profit ;
  3. que la richesse produite par ce travail prétendûment "victorieux" continuera à être accaparée par une minorité privilégiée.

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 23:53

bv000018.jpgPour le marxiste, la lutte des classes comprend :

a.  Une lutte économique.

b.  Une lutte politique.

c.  Une lutte idéologique.

Le problème doit donc être posé simultanément sur ces trois terrains.

a.  On ne peut pas lutter pour le pain sans lutter pour la paix, sans défendre la liberté et sans défendre toutes les idées qui servent la lutte pour ces objectifs.

b.  Il en est de même dans la lutte politique, qui, depuis Marx, est devenue une véritable science : on est obligé de tenir compte à la fois de la situation économique et des courants idéologiques pour mener une telle lutte.

c.  Quant à la lutte idéologique, qui se manifeste par la propagande, on doit tenir compte, pour qu'elle soit efficace, de la situation économique et politique.

Nous voyons donc que tous ces problèmes sont intimement liés et, ainsi, que l'on ne peut prendre de décision devant n'importe quel aspect de ce grand problème qu'est la lutte de classes — dans une grève par exemple. — sans prendre en considération chaque donnée du problème et l'ensemble du problème lui-même.

C'est donc celui qui sera capable de lutter sur tous les terrains qui donnera au mouvement la meilleure direction.

C'est ainsi qu'un marxiste comprend ce problème de la lutte de classes. Or, dans la lutte idéologique que nous devons mener tous les jours, nous nous trouvons devant des problèmes difficiles à résoudre : immortalité de l'âme, existence de Dieu, origines du monde, etc. C'est le matérialisme dialectique qui nous donnera une méthode de raisonnement, qui nous permettra de résoudre tous ces problèmes et, aussi bien, de dévoiler toutes les campagnes de falsification du marxisme, qui prétendent le compléter et le renouveler.

Georges Politzer

 

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Georges Politzer, né en 1903 à Nagyvárad (Hongrie) - aujourd'hui Oradea, en Roumanie (région de Transylvanie) - et fusillé en 1942 au Mont-Valérien, était un philosophe et théoricien marxiste français d’origine hongroise, appelé affectueusement par certains le « philosophe roux ». Il était marié à Maï Politzer.

 

 

Engagé dans l’insurrection hongroise de 1919, il s’exile à l’âge de dix-sept ans à la suite de l’échec de la république des Conseils de Hongrie, dirigée par Béla Kun. Le pays entre dans l’ère Horthy.


Il s’installe à Paris en 1921 après avoir rencontré Sigmund Freud et Sándor Ferenczi et en cinq ans, il conquiert tous ses titres académiques, jusqu’à l’agrégation de philosophie.

 

Suite à la fondation par le Parti communiste français au début des années 1930, de l'Université ouvrière de Paris, qui sera dissoute en 1939 avec les organisations du parti communiste sur application du décret du socialiste Sérol,


Georges Politzer s’investit et est chargé du cours de matérialisme dialectique. Lecteur de Karl Marx et de Lénine, il s’intéresse beaucoup à la psychologie, prônant le côté « concret » de cette dernière, par rapport à la psychologie traditionnelle qu’il qualifie d’« abstraite ».

Il s’intéresse vivement à la théorie freudienne naissante et à ses outils avant de prendre ses distances vis-à-vis de celle-ci. Parallèlement, il occupe le poste de professeur de philosophie au lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés.


Mobilisé à Paris en 1940, il reste aux côtés de la direction clandestine du Parti communiste. Démobilisé en juillet 1940, il dirige l’édition d’un bulletin clandestin. Suite à l’arrestation, en octobre 1940 de son camarade et ami Paul Langevin, physicien de renommée mondiale, il sort le premier numéro de L’Université libre, relatant l’emprisonnement du savant et dénonce toutes les exactions commises par les envahisseurs. L’Université libre paraîtra en 1940 et 1941.


Il est arrêté en février 1942 et fusillé en mai.


L’Université ouvrière renaîtra malgré tout après la Libération sous le nom d’Université nouvelle. Malgré sa mort tragique et ses prises de positions ouvertement anti-fascistes,

Georges Politzer ne fut reconnu comme « interné résistant » qu’à titre posthume et après une très longue bataille juridique qui ne se termina qu’en 1956.


Son ouvrage posthume, Principes élémentaires de philosophie, réalisé à partir de notes prises par ses élèves, fut le premier ouvrage interdit par le régime militaire instauré en Turquie en 1980.

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