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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:32

250px-Argentina_-orthographic_projection-.svg.pngLe changement, c’est maintenant… Encouragé par sa victoire électorale, le chef de l’Etat impose sa volonté au gouverneur de la banque centrale, institue un contrôle des changes et annonce qu’il va nationaliser un secteur-clé de l’économie bradé au privé treize ans plus tôt. Deux membres du gouvernement, nommés par décret à la tête de la grande entreprise redevenue publique, en chassent séance tenante les anciens patrons. La Commission européenne mais aussi le Wall Street Journal et le Financial Times (« un acte mesquin de piraterie économique ») laissent éclater leur colère. L’hebdomadaire The Economist recommande même que le pays « pirate » soit exclu du G20 et que ses citoyens (qui ont mal voté) ne puissent plus voyager à l’étranger sans visa.

L’Etat dont il est question n’est pas situé sur le Vieux Continent. Il s’agit de l’Argentine. « Nous sommes le seul pays en Amérique latine, et je dirais dans le monde, qui ne contrôle pas ses ressources naturelles », a justifié la présidente Cristina Kirchner, le 16 avril dernier, au moment de nationaliser l’essentiel des avoirs de la multinationale espagnole Repsol, jusque-là actionnaire majoritaire de la compagnie pétrolière argentine YPF. La propriété publique des ressources stratégiques est moins universelle que Mme Kirchner ne le suggère — Total, BP, Exxon, etc., sont des sociétés privées —, mais elle renvoie à d’autres combats : la nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company par Mohammad Mossadegh en Iran en 1951, celle du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser en Egypte en 1956, celle des actifs algériens d’Elf et de Total par Houari Boumediene en 1971, la mise sous séquestre de l’entreprise Ioukos par M. Vladimir Poutine en Russie à partir de 2003. Sans oublier, à la même époque, la prise en main de Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) par M. Hugo Chávez.

Le gouvernement de Buenos Aires reproche aux anciens propriétaires d’YPF d’avoir distribué à ses actionnaires 90 % des profits réalisés par l’entreprise. Faute d’investissements, la production nationale de pétrole a baissé de 20 % depuis 2004, et les importations énergétiques ont été multipliées par vingt. Une situation d’autant plus fâcheuse que l’Argentine, instruite par une expérience douloureuse, ne veut plus dépendre de créanciers étrangers (et encore moins du Fonds monétaire international) pour équilibrer ses comptes.

Bien accueillie par son peuple, l’audace du gouvernement argentin lui vaut des demandes d’indemnisations extravagantes, des menaces de boycott commercial et les plus sombres prophéties. Mais Buenos Aires se souvient des oiseaux de mauvais augure. En 2001, quand l’Argentine, exsangue, cessa de rembourser sa dette puis dévalua sa monnaie, on lui prédit une crise de la balance des paiements et la faillite économique (1). Depuis, ses comptes extérieurs sont devenus excédentaires, sa production a augmenté de 90 %, le chômage et la pauvreté ont reculé (2). Plutôt que de se solidariser avec les actionnaires de la multinationale espagnole, l’Europe gagnerait à s’inspirer du volontarisme politique argentin.

Serge Halimi

(1) Lire Maurice Lemoine, «  Face aux créanciers, effronterie argentine et frilosité grecque  », Le Monde diplomatique, avril 2012.

(2) Lire Mark Weisbrot, «  Argentina’s critics are wrong again about renationalising oil  », The Guardian, Londres, 18 avril 2012.

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:32

detalle1jpg-6218-48324.jpgIl y a quelques semaines, la Banque mondiale a publié un bref communiqué de presse de six pages, qui a fait couler beaucoup d'encre. La Banque mondiale signalait que, malgré la récession mondiale, la pauvreté extrême avait baissé dans le monde. Le titre du communiqué de presse résumait tout : « De nouvelles estimations révèlent une diminution de la pauvreté extrême pour la période de 2005 à 2010 ».

 

 

 

Il est inutile de dire que les principaux médias d'information du monde occidental, de sensibilité libérale et avides de bonnes nouvelles, ont relayé la dépêche abondamment. Les plus grands quotidiens et hebdomadaires du monde ont publié des articles à la une clamant la bonne nouvelle. Le titre du New York Times était représentatif : « La pauvreté mondiale diminue malgré la récession économique mondiale ». Des titres similaires sont apparus dans les grands médias, et particulièrement dans la presse économique libérale, du Financial Times en passant par The Economist. Ce dernier, avec l'exagération qui le caractérise, a indiqué que « pour la première fois, le nombre de pauvres a diminué dans le monde entier ». Évidement, comme on aurait pu le prévoir, les médias dominants en Espagne ont relayé l'information avec la même allégresse.

 

 

Le problème de toute cette mobilisation médiatique, c’est que les données, en ce compris les données de la Banque mondiale elle-même, ne reflètent pas cette réalité. L'étude de la Banque mondiale porte sur l'évolution de la pauvreté extrême durant la période 1981-2008. La dernière année analysée est donc l'année 2008, première année de la récession. En effet, en 2008, la récession avait à peine commencé. On ne peut donc pas conclure de l'étude de la Banque mondiale que la pauvreté a diminué malgré la récession, comme l'ont indiqué la majorité des médias. En réalité, la crise et la récession ont commencé en 2008 et s’intensifient en de nombreuses parties du monde. Pour arriver à la conclusion à laquelle les médias sont parvenus, il aurait fallu que l'étude porte sur les années 2008-2012 et voir si la pauvreté avait baissé durant cette période. La Banque mondiale n'a pas réalisé une telle étude.

Ce qu'a réellement fait la Banque mondiale, c'est une estimation de la baisse de la pauvreté pour la période 2008-2010, estimation basée non pas sur des données réelles mais sur des données calculées selon plusieurs présupposés, dont certains doivent être sérieusement remis en question. Les estimations de la Banque mondiale sont en effet connues pour leur « créativité » conduisant à des estimations et à des projections qui ont une maigre crédibilité dans la communauté scientifique. Les seules données exactes, et non des suppositions, de l'étude de la Banque mondiale terminent en 2008, quand la récession commençait à peine.

 

De plus le rapport de la Banque mondiale commet une autre erreur qui, comme la précédente, permet de parvenir à une conclusion erronée. On y analyse combien de gens vivent dans le monde avec moins de 1,25 dollars par jour et on quantifie comment ce chiffre a évolué durant la période de 1981-2008. Selon les calculs de l'étude, il y avait 662 millions de personnes en moins qui vivaient dans ces conditions en 2008 qu'en 1981. On en a conclu que la pauvreté avait diminué au niveau mondial. Étant donné que cette période a surtout été libérale, c'est-à-dire que la majorité des pays du monde, sous la pression du FMI et de la Banque mondiale, ont suivi des politiques néolibérales, cette diminution est présentée comme la preuve du grand succès de telles politiques. On a vu apparaître différents articles de célèbres économistes libéraux (en réalité, néolibéraux) chantant les louanges du néolibéralisme. Mais une telle euphorie ignore quelques faits élémentaires.

Un de ceux-ci est que la majorité de la diminution du pourcentage des personnes qui vivent avec moins de 1,25 dollars par jour se concentre en Chine (et en deuxième position en Inde). Or, la Chine n'a pas suivi les politiques néolibérales dans son processus de développement. Au contraire de la sagesse conventionnelle néolibérale des USA et de l'Union européenne, l'Etat chinois est hautement interventionniste, avec un contrôle total de la banque publique et du crédit, entres autres exemples. En Inde, la situation est similaire. En dehors de ces deux pays, le pourcentage de la population vivant dans l'extrême pauvreté augmente, et non diminue, et en particulier dans les pays qui ont suivi avec plus de docilité les recettes néolibérales.

 

Quant aux autres pays concernés par la baisse de la pauvreté, comme par exemple le Venezuela, le Brésil, l'Argentine et d'autres pays de l'Amérique latine, cette diminution de la pauvreté est justement due à la révolte contre les politiques néolibérales. Rompant avec ces dernières, les politiques de ces pays sont davantage interventionnistes et d'orientation redistributive, avec une participation active de l'Etat dans l'activité économique. Comme le montrent les rapports publiés par le « Center for Economic and Policy Research » de Washington, les conséquences du néolibéralisme dans le monde en termes de développement sont négatives. Les taux de croissance économique et de production d'emploi ont été plus importants dans les pays qui ont ignoré les postures néolibérales que dans ceux qui les ont suivies. En effet, un des pays qui a connu la plus grande diminution de la pauvreté est précisément le Venezuela, sous le gouvernement d’Hugo Chavez, diabolisé par les medias de grande diffusion espagnols.

 

Mais le plus grand problème du rapport de la Banque mondiale est la définition même qu'ils font de la pauvreté extrême, utilisant comme indicateur la consommation de 1,25 dollars US comme le seuil de la pauvreté. Bien sûr, utiliser 1,25 dollars US ne veut pas dire que, dans le monde, sont pauvres ceux qui consomment moins de 1,25 dollar par habitant. Une telle somme, en dollars US, pourrait être une quantité respectable d'argent pour un pays pauvre. Le seuil de la pauvreté extrême ne se situe pas à 1,25 dollar US dans les pays en voie de développement. Le véritable seuil de la pauvreté extrême est plutôt le pouvoir d’achat en monnaie locale dont la valeur est comparable à un pouvoir d’achat de 1,25 dollars aux USA.

 

Cet indicateur, comme l'ont bien montré Robin Broad et John Cavanagh dans leur livre Development Redefined. How the Market met it Match, est simpliste et extrême. En effet, il ne tient pas compte des biens de consommation qui ne sont pas commercialisés. Par exemple, deux pays peuvent être au seuil de 1,25 dollars par habitant et par jour, et cependant, celui qui a des services publics abondants sera moins pauvre que celui qui ne détient pas de tels services. Le fait est que la Banque mondiale ne valorise pas les services publics, mais bien le secteur privé. De la sorte, un tel indicateur sous-estime délibérément l'effet positif des services publics en matière de réduction de la pauvreté dans un pays.

 

En résumé, le néolibéralisme est un échec, même si la Banque mondiale et le FMI essaient de le sauver. Il a un impact dévastateur sur la pauvreté et la crise est en train d'accentuer encore plus cette situation. L'Espagne est un exemple édifiant des méfaits du néolibéralisme. La pauvreté s'est accentuée et non réduite. Ecrire le contraire est de la propagande néolibérale, d'autant plus quand on essaie d'occulter cette réalité par des études qui n'ont de scientifique que l'apparence.

 

Vincenç Navarro, professeur en politique publique à l'université Pompeu Fabra et à The Johns Hopkins University

 

 

Source originale : Blogs Publico

Traduit de l'espagnol par Aurélie Meunier pour Investig'Action

Source : Investig'Action - michelcollon.info

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:26

benbella-40092a1-41873.jpgLe premier président de l’Algérie indépendante (1963-1965) Ahmed Ben Bella s’est éteint en ce 11 avril 2012 à l’âge de 96 ans. A l’heure de son décès nous rediffusons l’entretien qu’il nous avait accordé à Genève le 16 avril 2006.

 

 

Ahmed Ben Bella est une des hautes figures du nationalisme arabe. Il fut l’un des neufs membres du Comité révolutionnaire algérien qui donna naissance au Front de Libération Nationale (FLN). Arrêté par l’occupant français en 1952, il s’évade. Arrêté de nouveau en 1956, avec cinq autres compagnons, il est détenu à la prison de la Santé jusqu’en 1962. Après la signature des accords d’Évian, il devient le premier président élu de l’Algérie indépendante.

 

Sur le plan intérieur, il mène une politique socialiste caractérisée par un vaste programme de réforme agraire. Sur le plan international, il fait entrer son pays à l’ONU et l’engage dans le mouvement des non-alignés. Son influence grandissante dans la lutte contre l’impérialisme conduisent de grandes puissances à favoriser son renversement par un coup d’État militaire. Il est placé en résidence surveillée de 1965 à 1980. Depuis lors, il s’est tenu à l’écart des affaires intérieures de son pays, mais continue à jouer un rôle international, notamment en tant que président de la Campagne internationale contre l’agression en Irak.

 

Alors que se développe en France un débat malsain sur les bienfaits de la colonisation et sur la responsabilité des Arabes dans le blocage de leurs sociétés, le président Ahmed Ben Bella rappelle quelques vérités historiques : l’illégitimité de la domination d’un peuple sur un autre -que ce soit hier en Algérie ou aujourd’hui en Palestine-, la réalité mondiale -et non pas arabe- de la colonisation et des luttes de libération nationale, l’ingérence occidentale pour renverser les gouvernements nationalistes et révolutionnaires du Sud et maintenir les séquelles de la colonisation. Acteur central de bouleversements historiques, il répond aux questions de Silvia Cattori.

 

Silvia Cattori : Quand vous n’êtes pas en voyage, résidez-vous en Suisse ?

 

Ahmed Ben Bella : Non, je vis en Algérie, mais je viens souvent en Suisse. J’ai vécu ici durant dix ans, après mes démêlés avec le pouvoir des militaires algériens. En Algérie je suis assailli par les journalistes. Donc, quand j’ai besoin de prendre un peu de repos et de recul avec ce qui se passe là bas, je viens ici où j’ai gardé un petit appartement. Vous savez, j’ai quatre-vingt dix ans !

 

S.C.- Vous avez l’air d’un jeune homme ! Savez-vous, M. Ben Bella, que vous avez imprimé une très belle image dans le cœur des gens partout dans le monde ?

 

Ahmed Ben Bella : (Rire) J’ai eu une vie un peu spéciale, il est vrai. J’ai participé à la libération de mon pays. J’ai été l’un des organisateurs de sa lutte de libération. J’ai participé également de façon active à toutes les luttes de libération.

 

S.C.Vous êtes d’origine arabo-marocaine. Quel lien gardez-vous avec vos racines rurales ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui, je suis Algérien d’origine marocaine par mes parents, mais toute ma vie c’est l’Algérie. Je suis né là-bas. Je suis un fils de paysans pauvres venus très jeunes vivre en Algérie. Je n’ai vu que récemment l’endroit où ils sont nés, dans les environs de la ville de Marrakech.

 

S.C.En venant à vous, j’ai l’impression d’aller à la rencontre des peuples et des causes pour lesquels vous vous êtes battu toute votre vie. C’est très émouvant de s’entretenir ici de votre combat pour créer un monde plus humain, plus juste. N’incarnez-vous pas tout cela ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui, ma vie est une vie de combat ; je puis dire que cela ne s’est jamais arrêté un seul instant. Un combat que j’ai commencé à l’âge de 16 ans. J’ai 90 ans et ma motivation n’a pas changé : c’est la même ferveur qui m’anime.

 

S.C.- En 1962, vous accédez aux plus hautes charges de l’Algérie indépendante. Tous les espoirs sont ouverts. De l’Algérie colonisée à sa libération, de la scène politique internationale au combat altermondialiste, vous avez payé cher le prix de votre insoumission.

 

Ahmed Ben Bella : Oui j’ai payé très cher mon combat pour la justice et la liberté des peuples. Mais voilà, j’ai fait ce que j’ai ressenti comme un devoir, une obligation. Donc, pour moi le choix n’a pas été difficile. Quand je me suis engagé dans la lutte pour mon pays, j’étais très jeune. Mes horizons se sont ouverts. Je me suis très vite rendu compte que les problèmes allaient au-delà de l’Algérie, que la colonisation touchait quantité de peuples, que les trois quart des pays de la planète étaient colonisés d’une façon ou d’une autre. L’Algérie était alors, pour les Français, un département d’outre mer, c’était la France de l’autre coté de la méditerranée. La colonisation par la France en Algérie a duré longtemps : 132 ans. J’ai participé à cette lutte-là en Algérie. Tout de suite après l’indépendance, je me suis associé à tous ceux qui, dans le monde, se battaient eux aussi pour libérer leur pays. Il y a donc eu cette phase de la lutte de libération nationale à laquelle j’ai participé de façon totale. En Tunisie, au Maroc, au Vietnam, l’Algérie était devenue un peu la mère des luttes de libération ; les soutenir était donc pour nous une tâche sacrée. Quand quelqu’un venait nous demander de l’aide, c’était sacré. On ne réfléchissait même pas. On les aidait, alors même que nous n’avions que peu de moyens ; on leur offrait des armes, un peu d’argent et, le cas échéant, des hommes.

 

S.C.- En 1965, ce ne sont pas les Français qui vous emprisonnent, ce sont vos frères d’armes. Que ressentez-vous, aujourd’hui, à l’égard de ceux qui vous ont brutalement barré la route ?

 

Ahmed Ben Bella : Je ne ressens pas de mépris, je ne ressens pas de haine. Je pense qu’ils ont participé à quelque chose qui n’était pas très propre et qui a été très dommageable, non seulement pour le peuple algérien, mais également pour les autres peuples qui comptaient alors sur notre soutien. Mon combat pour apporter de meilleures conditions de vie aux Algériens, alors plongés dans une grande misère, et mon combat pour aider les autres peuples encore colonisés à recouvrer leur liberté, dérangeait fort certains pouvoirs. De leur point de vue j’allais trop loin. Je devais disparaître. Ceci pour dire que, si l’armée algérienne ne m’avait pas renversé, d’autres l’auraient fait. Je devais disparaître, parce que je devenais trop gênant. J’abritais pratiquement tous les mouvements de libération, y compris ceux venus d’Amérique latine.

 

S.C.- Etiez-vous déjà en contact avec Fidel Castro ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui, le Che était venu à Alger m’apporter le message de Fidel Castro que j’avais rencontré deux fois. Il nous demandait de soutenir les luttes qui se développaient en Amérique du Sud, car Cuba ne pouvait rien faire ; elle était sous le contrôle des États-Unis qui occupaient la baie de Guantanamo. Rien ne pouvait donc sortir de Cuba, même pas une boîte d’allumettes, sans que les États-Unis le sachent. Je n’ai pas hésité une seconde. C’est depuis l’Algérie, et avec la participation du Che, qui est resté chez nous durant six mois, que s’est créé l’État major de l’armée de libération de l’Amérique du sud. Je peux le dire maintenant : tous les combattants qui participaient à la lutte de libération en Amérique du Sud sont venus en Algérie ; c’est de là que tout ceux qui luttaient sont partis. On les a entraînés, on s’est arrangé pour que les armes arrivent chez eux, on a créé des réseaux.

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Ahmed Ben Bella recevant Ernesto che Guevara

S.C.- En quelle année Che Guevara est-il venu en Algérie ?

 

Ahmed Ben Bella : Le Che est venu en 1963, peu après mon arrivée au pouvoir. Avec mon gouvernement, nous nous sommes engagés à apporter notre aide aux luttes de libération nationale. À ce moment-là, de nombreux pays étaient encore colonisés ou sortaient à peine de la colonisation. Toute l’Afrique pratiquement était dans ce cas. Nous l’avons soutenue. M. Mandela et M. Amilcar Cabral sont venus eux aussi en Algérie. C’est moi qui les ai entraînés ; ensuite ils sont repartis mener la lutte de libération chez eux. Pour d’autres mouvements, qui n’étaient pas engagés dans la lutte armée ou qui n’avaient besoin que d’un soutien politique, comme le Mali, nous les aidions sur d’autres plans.

 

S.C.- Qui vous a écarté précisément en 1965 ? L’armée algérienne ou des forces extérieures ?

 

Ahmed Ben Bella : Je suis certain que, indirectement, il y a eu l’intervention de puissances étrangères. Nous avons vu ailleurs les mêmes mécanismes. Partout où les luttes de libération nationale ont triomphé, une fois le pouvoir constitué, il y a eu des coups d’État militaires qui ont renversé leurs dirigeants. Cela s’est produit maintes fois. En deux ans, y a eu 22 coups d’État militaires, essentiellement en Afrique et dans le tiers-monde. Le coup d’État d’Alger, en 1965, est celui qui a ouvert la voie. L’Algérie n’a donc été que le début de quelque chose qui était en germe : c’est pourquoi je dis que c’est le système capitaliste mondial qui finalement a réagi contre nous.

 

S.C.- Êtes-vous marxiste ?

 

Ahmed Ben Bella : Je ne suis pas marxiste, mais je me situe résolument à gauche. Je suis arabe musulman, orienté très à gauche dans mon action, dans mes convictions. C’est pourquoi, même si je ne partage pas la doctrine marxiste, je me suis toujours trouvé aux côtés de tous les mouvements de gauche dans le monde et des pays socialistes qui, comme Cuba, la Chine, l’URSS, ont mené le combat anticolonialiste et anti-impérialiste. C’est avec eux que nous avons constitué un front de libération et apporté notre appui logistique aux armées populaires pour aider leurs pays à sortir du colonialisme et instaurer un régime intérieur national. C’était la phase de liquidation du colonialisme. Le colonialisme est une idée qui est née en Occident et qui a conduit les pays occidentaux - comme la France, l’Italie, la Belgique, la Grande Bretagne - à occuper des pays hors du continent européen. Un colonialisme dans sa forme primitive, c’est-à-dire par l’installation à demeure de pouvoirs étrangers répressifs, avec une armée, des services, des polices. Cette phase a connu des occupations coloniales cruelles qui ont duré jusqu’à 300 ans en Indonésie.

 

S.C.- Après cette phase, n’étiez-vous pas actif dans le mouvement des pays non alignés ?

 

Ahmed Ben Bella : Il n’y a plus de pays non alignés. Ce mouvement a été créé par des hommes de très grande qualité tels Nehru, Mao Tsé-toung, Nasser et d’autres grands noms ; à une époque surtout où il y avait le risque d’une guerre atomique. C’était l’affrontement entre l’URSS et les États-Unis. Nous étions au bord de la guerre nucléaire. Les pays non alignés ont joué un rôle important pour l’empêcher. Ce mouvement a duré un certain nombre d’années. Mais le système a fini par avoir raison de lui.

 

S.C.- Par la suite, n’avez-vous pas joué un rôle important dans le développement du mouvement altermondialiste ?

 

Ahmed Ben Bella : Le système mondial qui préside à tout ce dont nous avons parlé, a inventé une autre forme de domination : la « mondialisation ». « Mondialisation » est un mot très beau en soi. Un mot qui peut unir, amener la fraternité entre les peuples. Or, le mot « mondialisation » tel qu’il a été conçu, est un mot qui fait très mal. Un mot qui a amené à la mondialisation de la misère, de la mort, de la faim : 35 millions de personnes meurent de malnutrition chaque année. Oui, ce serait un très beau mot, si l’on avait mondialisé le bien, apporté le bien être pour tous. Or, c’est tout le contraire. C’est une globalisation perverse ; elle mondialise le mal, elle mondialise la mort, elle mondialise la pauvreté.

 

S.C.- La mondialisation n’a-t-elle eu que des effets pervers ?

 

Ahmed Ben Bella : Le seul avantage que nous en avons retiré est que nous sommes aujourd’hui mieux informés qu’hier. Nul ne peut plus ignorer le fait que ce système amène à l’extension de la faim. Des richesses ont été créées, mais ce sont des richesses factices. Ce sont des multinationales, comme General Motors et Nestlé, ce sont de grands groupes industriels qui pèsent, sur le plan monétaire, beaucoup plus que de grands pays comme l’ Égypte. Si on se base sur ses gains, General Motors, par exemple, est quatre fois plus riche que l’Égypte, qui est un pays de 70 millions d’habitants, le pays des Pharaons, un pays extraordinaire, le pays arabe le plus éduqué ! Cela vous donne une image de ce que signifie le mot « mondialisation ». Voilà pourquoi j’ai combattu ce système qui favorise des groupes qui représentent, sur le plan monétaire, beaucoup plus qu’un grand pays et génèrent tant d’inégalités. Voilà pourquoi nous devons, nous autres, favoriser une meilleure compréhension des problèmes, qui ont été compliqués à souhait, mais qui sont finalement l’expression d’une seule chose : la mise en place d’un système inhumain.

 

S.C.- Malgré la volonté clairement exprimée, en 2003, par les trois quarts des peuples de la planète, les mouvements progressistes n’ont pas réussi à empêcher la guerre. N’avez-vous pas, parfois, le sentiment, que ceux qui sont à la direction des mouvements, ont manqué une marche ; ou carrément fait fausse route pour n’avoir pas su identifier les vraies motivations de l’adversaire ?

 

Ahmed Ben Bella : Moi qui suis un homme du sud, je constate que quelque chose a changé dans le nord, qui est très important à relever. Ce qui a changé précisément dans cette aire dite avancée du nord, qui nous a fait la guerre, qui nous a colonisés, qui nous a fait des choses terribles, est qu’il y a aujourd’hui une opinion qui s’exprime, qu’il y a des jeunes qui disent « assez ». Ceci indique que ce système mondial pervers ne frappe plus seulement le sud mais aussi le nord. Par le passé on parlait de pauvreté, de misère uniquement dans le sud. Il y a maintenant beaucoup de misère, beaucoup de maux qui font des victimes dans le nord également. Cela est devenu manifeste : ce système mondial n’est pas fait pour servir le bien de tous, mais pour servir des sociétés multinationales.

 

Donc, à l’intérieur de ce nord, que nous avons tellement combattu, il y a maintenant un mouvement, il y a toute une jeunesse qui veut agir, qui descend dans la rue, qui proteste, même si la gauche n’a pas su donner, à ces jeunes qui veulent des changements, les clés de la solution. Cela s’est toujours passé ainsi : tout mouvement commence de cette façon. Le mouvement de libération que j’ai conduit en Algérie, l’organisation que j’ai créée pour combattre l’armée française, était au départ un petit mouvement de rien du tout. Nous n’étions que quelques dizaines à travers toute l’Algérie, un territoire qui représente cinq fois la France.

 

S.C.- Qu’ont-elles obtenu, ces générations de jeunes qui ont mis tant d’espoir dans Attac, par exemple, qui propose de « réformer la mondialisation » ! Mais n’eut-il a pas fallu refuser son principe même et adopter des mesures plus radicales, face à la radicalité du système dit libéral ?

 

Ahmed Ben Bella : Les gens de gauche, une fois au pouvoir, ne sont pas différents de ceux des autres partis. En ce qui concerne l’Algérie, nous avons essayé de travailler avec la gauche française. Or nous n’avons pas connu de pire pouvoir que celui exercé par le parti socialiste français. La pire des choses qui nous soit arrivée ce fut avec les socialistes. Aucun pouvoir politique auparavant ne nous avait combattus aussi durement que celui du socialiste Guy Mollet. Je vous parle de faits précis. Je parle de ce que j’ai connu. J’étais à la tête du FLN quand le gouvernement de Guy Mollet - après avoir compris que la France ne pourrait se maintenir en Algérie – a contacté Gamal Abdel Nasser pour qu’il nous demande si nous étions prêts à discuter avec eux. C’est ce que j’avais toujours prévu ; qu’un jour il allait falloir s’asseoir autour d’une table et définir la meilleure façon pour l’Algérie de devenir totalement indépendante. C’était le but que nous recherchions : redevenir libres, ne plus vivre sous la férule d’un système oppressif. J’ai dit oui, que j’étais prêt à négocier, à condition que ce soit eux, les Français, qui en fassent la demande. C’était important, car c’est toujours celui qui est le plus faible qui demande à négocier. J’ai exigé que les négociations se déroulent en Égypte. Les négociations ont duré six mois. Nous sommes arrivés à une solution. Avec ce bout de papier en poche, en septembre 1956, je suis allé informer Mohammed V, le roi du Maroc. Il s’était impliqué dans cette lutte, il nous avait aidés, y compris militairement. Puis, alors que nous nous rendions en Tunisie, où nous voulions également informer les autorités, notre avion a été pris en chasse par l’aviation française. C’était le premier détournement d’avion de l’histoire. Il y avait, dans cet avion, les deux tiers des dirigeants de la révolution algérienne. Ils voulaient nous liquider tout de suite. C’est un miracle si nous avons échappé à la mort. Tout ceci pour vous dire ce que je pense des socialistes : c’était Guy Mollet qui, à peine avait-il signé un engagement, le trahissait. Je pourrais dire la même chose du gouverneur Lacoste, c’était un socialiste lui aussi. Non, les partis de gauche ne nous ont pas soutenus, au contraire. Quoi qu’il en soit, c’est la gauche qui nous intéressait et c’est avec elle que je continue de me battre. Je suis un homme de gauche.

 

S.C.- Alors quand vous côtoyez les représentants de l’internationale socialiste, sur les podiums des Forums sociaux, vous arrive-t-il de vous dire qu’ils sont là pour leur prestige personnel avant tout ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui il m’arrive de penser qu’ils ne sont pas sérieux. Moi je veux vraiment le changer ce monde. Je veux que ce monde change. Pour changer les choses, nous avons besoin de gens sincères et désintéressés, avant tout.

 

S.C.- Vous croyez en la nécessité d’un changement ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui, depuis ma prime jeunesse je crois en cette nécessité. Je reviens sur ce que vous disiez. Ce qui personnellement m’amène à avoir une certaine confiance en l’avenir. Je veux parler de ce que j’observe ici, en Occident. Je suis convaincu que le système libéral n’a pas d’avenir. Ces jeunes, ces lycéens que j’ai vu descendre dans les rues, qui n’ont rien que leur idéal de justice ; ces jeunes qui manifestent, qui sont en quête d’autres valeurs, j’aimerais leur dire : « J’ai commencé comme cela, quand j’avais votre âge, par de petits pas. Et peu à peu c’est tout un peuple qui m’a suivi. » Quand je vais à des manifestations, je les observe, je parle avec eux, je vois que ce sont eux qui ont les cartes en mains.

 

S.C.- La question se pose avec insistance : les dirigeants des mouvements anti-impérialistes n’ont-ils pas ménagé Israël, un État idéologiquement et législativement raciste qui mène depuis sa création une politique d’épuration ethnique en Palestine ? Par conséquent, ils ont mal orienté des générations de jeunes, faussé le débat, pendant qu’Israël était très actif aux côtés des États-Unis pour combattre le communisme, combattre Nasser et le nationalisme arabe, soutenir des régimes affreux ?

 

Ahmed Ben Bella : Ces questions sont aujourd’hui sur la table, elles font débat. Nous ne voulons pas d’une solidarité biaisée. Nous ne voulons pas d’un État qui, comme Israël, soit l’outil préféré de ce système global cruel conduit par les États-Unis, qui pratiquent une politique qui a déjà fait tellement de mal. Pour nous, il y a double trahison. La trahison, d’abord, de ceux qui, dans le camp de la gauche, auraient dû se trouver à nos côtés, loyaux à la cause palestinienne et arabe, et qui ne l’ont pas été. La trahison, ensuite, de tous ces juifs avec qui nous nous sentons proches, avec qui nous avons des ressemblances, et avec lesquels nous vivions en parfaite harmonie. Les Arabes et les juifs sont des cousins. Nous parlons la même langue. Ils sont sémites comme nous. Eux ils parlent l’Araméen, nous parlons l’Araméen. L’Araméen comporte plusieurs branches : l’Ethiopie parle Araméen, l’Erythrée parle Araméen, les gens de confession juive parlent l’Araméen, les arabes parlent l’Araméen. C’est cela qui nous fait très mal : c’est de nous savoir trahis par ceux qui sont si près de nous, par des gens qui sont nos cousins, qui nous ressemblent et qui parlent Araméen comme nous. L’antisémitisme, nous le connaissons ; nous sommes sémites. J’ajoute à cela que, même leur prophète est notre prophète. Moïse et Jésus Christ sont des prophètes chez nous.

 

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Ahmed Ben Bella et Gamal Abdel Nasser
 

S.C.- Depuis la fin du multilatéralisme, l’ONU est mise sous la coupe de Washington et des néo-conservateurs. Tout pays arabe qui ne se soumet pas à leurs diktats est mis au ban des nations. Comment jugez-vous cette situation ? Comment en sortir ? Aussi, confronté a l’unilatéralisme israélien, le Hamas n’est-il pas condamné à échouer, et à renoncer à ce pourquoi son peuple se bat depuis 60 ans ?

 

Ahmed Ben Bella : Je pense que le Hamas est caractéristique de ce qui se passe chez nous, de cette dimension qui maintenant prend une forte couleur religieuse, qui endosse l’Islam. Je suis un Arabe musulman, je ne voudrais pas vivre dans un pays dirigé par un intégrisme islamique. Mais je vous parle très franchement : je ne les blâme pas. Parce que ce besoin de religion a été créé par les distorsions du système capitaliste. C’est à force de nous faire du mal que, finalement, au lieu d’avoir face à eux un mouvement, oui, qui endosse l’arabité, qui endosse la culture et reste ouvert, les extrémistes, Israël et les États-Unis, se retrouvent face à cette dimension. Ce sont eux qui ont créé cette situation.

 

S.C.- Vous ne voulez pas de réponse religieuse ?

 

Ahmed Ben Bella : Je suis musulman, mais je ne souhaite pas que la réponse soit religieuse. Ce n’est pas le fait religieux en soi que je récuse, non, mais le fait que l’on puisse faire une lecture qui ne va pas dans le sens de la rénovation de l’Islam, que l’on puisse faire une lecture rétrograde de l’Islam ; alors que dans l’Islam nous avons l’avantage de croire aux deux religions : la religion juive et la religion chrétienne. Pour nous Mohammed n’est que le continuum de Jésus Christ et de Moïse.

 

S.C.- Les musulmans n’ont-ils pas pris la tête de la résistance anticoloniale aujourd’hui ? N’y a-t-il pas lieu de reconnaître que ce ne sont pas les valeurs de l’Occident que les arabo-musulmans combattent, mais sa politique agressive ? Le Hezbollah, par exemple, qui a si mauvaise presse chez nous, n’a-t-il pas fait reculer l’impérialisme américain et israélien au Liban ? Les progressistes ne devraient-ils pas surmonter leurs préjugés à l’égard des musulmans, les considérer comme un élément dynamique dans la lutte contre l’oppression et les soutenir ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui, oui. Là il y a un problème d’éducation. Il appartient à ceux qui sont à la direction des partis progressistes de répondre de façon correcte à des situations données. Or ce n’est pas le cas. Nous avons un drapeau, nous avons un hymne national, le reste ce sont les Occidentaux, toutes tendances confondues, qui le décident à notre place. Tout cela, enrobé avec de jolis mots, sous couvert de l’aide d’organismes comme la Banque mondiale et le FMI, qui ne sont rien d’autre que des instruments de torture créés par l’Occident pour continuer sa domination. Ce qui signifie que nous sommes sortis d’un système de colonialisme direct en échange de quelque chose qui parait meilleur, mais qui ne l’est pas. Toutefois, je vous le redis, j’ai cet espoir que dans ce nord qui nous a déjà fait tant de mal, sa jeunesse est en train de prendre la mesure de cette logique de domination qui crée de plus en plus de pauvreté aussi bien au nord qu’au sud. Même si ce n’est pas la même domination que celle qui s’applique au sud, c’est une situation d’indigence qu’aucun être libre ne peut accepter. Combien de gens ne sont-ils pas livrés au chômage, à la pauvreté, à la rue ? C’est cela, peut-être, qui finira par inciter les peuples du nord à changer d’optique et à s’associer de manière franche avec nous.

 

S.C.- Mais nous ne voyons pas aujourd’hui grand monde, en Occident, protester contre les atrocités commises en Irak, en Palestine, en Afghanistan. N’avez-vous pas l’impression qu’il y a tellement de préjugés, savamment entretenus, vis-à-vis des arabes et des musulmans - y compris dans les organisations anti-guerre - que soutenir leur résistance, est une idée très éloignée d’eux ?

 

Ahmed Ben Bella : C’est vrai, les partis de gauche que l’on attendait ne sont pas au rendez-vous ; ils se sont braqués là dessus. Dès que l’on parle de l’Islam, ils vous opposent Ben Laden. Je ne voudrais pas vivre dans sa république, mais je ne le critique pas. Quand je vois ce que Bush fait, je ne me permets pas de critiquer Ben Laden. Je vous le dis franchement : les attaques contre les tours de New York, je ne les ai pas condamnées. Je condamne Bush, je condamne le gouvernement américain, parce que je considère que Ben Laden est le fruit de leur politique. Ils ont fermé toutes les portes du dialogue aux arabo-musulmans. Ils leur ont fait croire durant des décennies que, s’ils faisaient ceci ou cela, l’Occident rendrait justice en Palestine. Or, Israël et ses alliés n’ont jamais voulu la paix chez nous. Israël n’a cessé de faire la guerre et de terroriser nos peuples. Ben Laden est indirectement la création de Bush et d’Israël. Ces deux États sèment la mort et la haine au Moyen-Orient et dans le monde : ils ne nous ont laissé aucune autre alternative que celle de la confrontation violente. Tous ces mouvements radicaux, qualifiés de « terroristes », « d’intégristes », sont nés pour répondre aux terroristes qui, à Tel Aviv et Washington, mènent des guerres de destruction des peuples arabes. Quels choix ont-ils, ces peuples qu’ils bombardent avec une telle sauvagerie ? Face aux armées modernes, ils n’ont d’autres armes que de sacrifier leur vie en se faisant exploser, voilà. Dans le Coran on appelle cela « shahâdah ». C’est une idée extraordinaire qui s’exprime dans ce mot. C’est un état de désespoir, où celui qui l’éprouve, en arrive à ne plus supporter de vivre. Il se sacrifie, non pas pour obtenir une vie meilleure pour lui-même, mais pour que les siens au moins puissent vivre mieux. C’est le plus grand sacrifice. On les appelle ici en Occident « des terroristes ». Or, je vous le dis en toute sincérité, moi je m’incline devant quelqu’un qui fait un pareil sacrifice, je vous assure.

 

S.C.- Si je comprends bien, vous dites que tout ce qui met en révolte les gens au Moyen-Orient a été généré par l’Occident. Que ceux qui se battent doivent se sacrifier, souffrir pour les autres ? Que les Arabes ont fait preuve de tolérance par le passé ?

 

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. La violence qui s’exprime dans le monde arabo-musulman est le résultat de la culture de haine et de violence qu’Israël a engendré en s’imposant par la force sur les terres des Arabes. Ce sont les atrocités de cet État illégal qui contraint les plus valeureux à réagir. Je ne pense pas qu’il y ait combat plus noble que celui des Palestiniens qui résistent contre leur occupant. Quand je vois ce que ce peuple a enduré depuis plus d’un siècle, et qu’il continue de trouver la force de se battre, je suis admiratif. Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui massacrent ce peuple, sont en train de faire passer les gens du Hamas pour des fascistes, des terroristes. Ce ne sont pas des fascistes, ce ne sont pas des terroristes, ce sont des résistants !

 

S.C.- La Palestine est une nation emprisonnée. Comment en est-on arrivé, même à gauche, à parler de « terrorisme », au lieu de parler du droit de résister par les armes ? Voyez-vous des parallèles ou des différences majeures entre la colonisation de l’Algérie par la France et la colonisation de la Palestine par Israël ?

 

Ahmed Ben Bella : C’est pire en Palestine. Avec l’apartheid en plus. Les Français ne pouvaient pas nous chasser hors d’un pays grand comme cinq fois la France. Ils ont bien essayé de créer au nord une zone tampon, avec le moins d’Algériens possible, mais cela n’a pas réussi. Ils n’ont pas mis en place un véritable apartheid comme les Israéliens en Palestine. L’État d’Israël a créé la plus terrible des dominations.

 

S.C.- À votre avis, les Palestiniens vivront-ils moins longtemps sous occupation que les Algériens ?

 

Ahmed Ben Bella : Je crois que oui. D’abord, le colonialisme est un phénomène qui est clairement établi et sanctionné par les lois internationales. Ensuite, s’il y a une question qui fait l’unanimité dans le monde arabe, c’est la Palestine. Aussi longtemps que les Palestiniens n’obtiennent pas justice, le monde arabe musulman ne pourra pas se sentir libre non plus. C’est comme une partie de leur chair qui reste captive.

 

S.C.- Autrefois, la politique n’était pas plus noble, mais il y avait encore un équilibre. Depuis la fin de la bipolarité, les principes moraux les plus élémentaires ont été balayés. Partout on parle de combattre le « terrorisme », mais on ne parle guère des 800 enfants tués en Palestine par les soldats israéliens depuis 2000 ; des millions d’enfants irakiens tués ou malades qui n’ont plus droit à un développement normal. Guantanamo, Abu Ghraïb, auraient-ils été possibles si la Communauté Internationale avait eu la décence de dire non à la violence de Washington ? Quel responsable étatique a encore les mains propres dans cette prétendue guerre contre « le terrorisme » ?

 

Ahmed Ben Bella : C’est énorme ce qui s’est passé à Guantanamo, à Abu Ghraïb et ailleurs. Et toute cette horreur continue de se propager et de générer de grandes souffrances. Nous apprenons que les États-Unis ont installé des prisons en Europe de l’Est pour échapper aux juridictions de leur pays et que l’Europe participe de tout cela. Il est même reproché à la Suisse d’avoir autorisé le survol de son territoire par ces avions qui transportent des prisonniers fantômes, kidnappés, soumis à des tortures.

 

S.C.- Quels sont, selon vous, les moyens de contrer la stratégie mise en place par Bush et les néo-conservateurs ?

 

Ahmed Ben Bella : C’est un mouvement intégriste, mais chrétien celui-là ! Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui est celui-là : l’idéologie de Bush est le pire intégrisme que l’on puisse imaginer. Ce sont les fameux évangélistes protestants qui inspirent Bush. C’est un intégrisme terrible. Quels sont finalement les moyens que nous avons pour combattre ? Je vous ai parlé des espoirs que je mets dans la jeunesse, tout en sachant qu’elle n’a pas de vrais moyens pour combattre ce système effrayant. Je sais, il ne suffit pas de descendre dans la rue. Il faut passer à autre chose, inventer d’autres moyens d’action, mais il faut agir et non pas subir. Et quand on a le sentiment de ne pas avancer, il faut se dire que l’on passe par des phases, qu’il faut un certain temps avant d’atteindre la compréhension du grand nombre. On commence à agir avec ceux qui ont une compréhension claire, même si cela ne couvre pas la totalité des problèmes. Mais ensuite, on doit passer par-dessus les obstacles, et se dire que ce n’est ni le parti socialiste, tout socialiste qu’il se déclare, ni telle association qui va changer ce monde.

 

S.C.- Pour parvenir à un rééquilibrage, la solution peut-elle venir du côté de la Chine et de la Russie ?

 

Ahmed Ben Bella : Je pense qu’un espoir peut venir de la Chine. Par le passé, la Russie nous a aidés de façon extraordinaire. Mais pour l’instant, malheureusement, la Russie n’est pas dans une situation facile. Je ne mettrais pas d’espoirs en elle. Je compterais beaucoup plus sur la Chine. D’abord elle a des arguments que la Russie n’a pas. C’est un pays qui est en tête des pays en expansion. Même l’Occident va s’implanter en Chine pour vivifier son économie. D’ici 20 ans on verra la nouvelle carte politique.

 

S.C.- En attendant, que dire aux peuples laissés à l’abandon, en Palestine, en Irak ?

 

Ahmed Ben Bella : On n’agit jamais en pensant que c’est nous qui allons en être les bénéficiaires. On agit parce qu’il faut agir. Jamais les grandes conquêtes n’ont été le fruit d’une seule génération. On dit chez nous que celui qui mange n’est pas celui qui sert le plat. Il faut créer des réseaux de solidarité qui soutiennent sans conditions la lutte de ces peuples.

 

S.C.- Que dire aussi à cette jeunesse que vous avez mentionnée, témoin de tant d’abus ?

 

Ahmed Ben Bella : Il faut qu’ils aillent outre, qu’ils prennent des initiatives. S’il ne suffit plus de se réunir périodiquement à des grands rassemblements, si rien ne change, il faut passer à autre chose : inventer de nouvelles formes de luttes sans attendre.

 

S.C.- Mais le temps n’est-il pas venu que les Arabes prennent la direction du mouvement anti-guerre jusqu’ici entre les mains d’Occidentaux ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui, oui. Vu la gravité de la situation au Moyen-Orient, ce sont des Palestiniens ou des représentants des mouvements du monde arabe qui doivent bouger. Je pense que ce mouvement arabe, le mouvement palestinien, toutes ces forces, si elles se conjuguent et dépassent leurs différends, sont un espoir pas seulement pour les Arabes. Elles peuvent contribuer également à changer ce monde, le système mondial tel qu’il fonctionne.

 

S.C.- Vous semblez optimiste !

 

Ahmed Ben Bella : Oh vous savez, je ne suis pas rien qu’optimiste : je passe ma vie à agir. Je ne me contente pas de faire des discours, je consacre tout mon temps à agir par le biais de l’organisation Nord-Sud. Aussi je crois que, parfois, les forces de l’espoir viennent de là où on les attend le moins.

 

S.C.- Le premier congrès constitutif de l’Alliance Populaire Arabe de Résistance s’est tenu fin mars 2006 au Caire. Les participants ont appelé les peuples à se mettre « sous la bannière de l’internationalisme pour soutenir le peuple arabe dans sa lutte contre l’agression impérialiste ». N’est-il pas le point de départ d’une campagne qui, si les partis progressistes d’Occident s’y rallient, pourrait relancer le mouvement anti-guerre et aller dans le sens de vos souhaits ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui, je suis personnellement favorable à cette initiative. L’essentiel est d’avancer. On n’avance pas si l’on doute, si l’on pense que c’est fini. Si l’on campe sur des dissensions. On avance et on corrige les défauts. La vie c’est cela. Il y a aussi, dans le camp arabe, beaucoup d’obstacles à surmonter. Nous devons faire un effort pour dépasser les dissensions. En effet, nous connaissons, dans le mouvement arabe, les mêmes faiblesses que connaît le mouvement anti-impérialiste en Occident.

 

S.C.- Il y a près de dix mille palestiniens emprisonnés arbitrairement dans les geôles israéliennes. Ils ne sont pas reconnus comme prisonniers politiques. Ahmed Sa’adat - kidnappé par Israël en mars 2006, à Jéricho, avec cinq compagnons - alors qu’il était sous garde américano-britannique - est depuis soumis à des tortures continues. Il a réaffirmé sa volonté de ne pas céder, en disant : « Peu importe l’endroit où je serai, je continuerai à combattre ». Vous devez vous reconnaître en cette affirmation, vous qui savez ce que cela veut dire vivre emprisonné ?

 

Ahmed Ben Bella : Oui, j’ai vécu 24 ans et demi en prison. Quand les Français m’ont enfermé à la Santé, ils m’ont mis là avec les détenus que l’on guillotinait. Je voyais la guillotine depuis ma cellule. C’est terrible ce qu’Israël fait subir comme mauvais traitements aux Palestiniens. Actuellement je n’ai qu’un seul projet : c’est la Palestine. Je ferai tout mon possible pour les aider. Pour parvenir à la paix, en Palestine et dans le monde, il faut que ce système de marchands s’en aille. Parce que les problèmes sont immenses, les dégâts sont immenses. Laisser le monde entre les mains de marchands et de tueurs est un crime. C’est cela le terrorisme. Ce n’est pas Ben Laden.

 

S.C.- Quand vous entendez des chefs d’État dire qu’ils font la guerre en Irak au nom de la liberté et de la démocratie, qu’avez-vous envie de leur dire ?

 

Ahmed Ben Bella : Je leur dis que le droit à la vie est le premier des droits humains. Les droits de l’homme c’est le droit de vivre. Tous les philosophes chez nous parlent du droit à la vie. Sauvegarder la vie, vivre, est la première des choses auxquelles chacun aspire. Or le système mondial ne s’embarrasse pas de garantir ce droit. Il exploite, il tue. Et quand il ne peut pas tuer, il construit des prisons sauvages, abus qui prétendent apporter la démocratie. Les États-Unis se sont mis à faire, en Afghanistan et en Irak, ce qu’Israël a toujours fait contre les Palestiniens. On nous parle de démocratie israélienne, américaine. Mais quelle démocratie ont-ils apporté en détruisant toute chance de vie ?

 

S.C.- Vous souffrez pour l’Irak ?

 

Ahmed Ben Bella : Ah oui l’Irak pour moi…je suis allé quinze fois en Irak, vous savez. (Un silence) [1] J’ai failli être tué en Irak. C’est insupportable de voir ce que l’on a fait à l’Irak ! À ce pays qui est le berceau de la civilisation ! L’Irak, c’est là où on a commencé à cultiver la terre, c’est là où est née l’humanité, c’est là où se sont fondus les premiers principes, c’est là qu’est né l’alphabet, le premier code, est celui d’Hammourabi. Tout cela a été détruit par des dirigeants incultes, par une nation qui n’a pas plus de 250 ans d’histoire, qui était une colonie de la Grande-Bretagne. Ils ont liquidé le colonialisme anglais et ils ont instauré un colonialisme planétaire. Que sont devenus les 80 millions d’Amérindiens ? Jamais je ne retournerai en Amérique, c’est un pays de brigands.

 

S.C.- Ressentez-vous comme racistes les guerres menées en Afghanistan et au Moyen-Orient ?

 

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. Ce sont des guerres menées contre l’Islam, contre la civilisation arabe. Cela saute aux yeux. Sur les pays qui sont hors la loi, selon Bush, un seul n’est pas arabo-musulman, la Corée du Nord. Les autres, la Syrie, l’Irak, le Soudan, l’Iran sont tous musulmans. Les croisades visaient soi-disant à récupérer le tombeau de Jésus Christ. Parfois, pour taquiner les Occidentaux, je leur dis : Jésus Christ, quelle langue parlait-il ? Il parlait ma langue, pas la vôtre, il parlait l’Araméen comme moi ! Quand vous lisez la bible, Jésus Christ dit : "Eli, Eli, Lama sabakta-ni" [2] Et nous disons en Algérie : "Ilahi limada sabakta-ni". Ce sont exactement les mêmes paroles qu’a prononcées Jésus. Jésus parlait comme moi. L’Islam tire beaucoup de choses de l’Évangile ou bien de la Bible, qu’il est venu compléter.

 

A force de voir ces abus, j’explose. On nous a fait tellement de mal. On nous a atteints dans notre dignité. Sans parler de ce petit peuple en Palestine. Combien de Palestiniens sont obligés de vivre sous la férule la plus abjecte ? Notre réaction n’est pas du racisme, Je vous assure. Nous en avons plus qu’assez. L’Occident nous a fait beaucoup de mal. N’est-ce pas en Occident que se sont produits les pires crimes contre l’humanité ? Le fascisme, où est-il né ? Le nazisme, où est-il né ? Le stalinisme, où est-il né ? La fameuse inquisition, qui a duré 400 ans, où s’est-elle déployée ? Franchement il faut beaucoup, beaucoup d’abnégation pour se dire chaque jour qui passe, je ne veux pas haïr l’Occident.

 

S.C.- Ne faut-il pas incriminer les tenants du « choc des civilisations », les pro-israéliens, comme les principaux instigateurs de la haine anti-arabe, anti-islam, qui se répand de façon inquiétante contre vos peuples ?

 

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. Le Lobby israélien aux États-Unis est quelque chose de terrible. Jusqu’ici il était interdit d’en parler sans se voir accusé d’antisémitisme. Récemment, plusieurs études sont venues attester par des exemples inattaquables le poids du lobby israélien dans les options politiques et militaires prises contre nous [3]. Plus personne aujourd’hui peut nier l’importance, voire le danger, de ce lobby qui pénètre toutes les sphères stratégiques. Je suis donc très concerné par cet aspect des choses qui rend encore plus difficile le règlement de la question palestinienne.

 

Je vais vous dire, alors que l’Islam a connu beaucoup de misères, jamais l’Islam n’a fait du mal à d’autres pays. Dans l’histoire, l’Islam a montré une tolérance qui n’existe nulle part ailleurs, alors qu’Israël a réussi à s’implanter par la force dans un espace et dans un lieu qui était habité par les Palestiniens - l’un des peuples arabes les plus évolués - et à y créer, en les dépossédant de leur terre, un État raciste. Aussi longtemps qu’Israël refusera de reconnaître le droit des Palestiniens à exister et revenir sur leur terre, il n’y aura pas de paix dans le monde.

 

 

Source : Silvia Cattori

 

Notes :

[1] En 1990-91, le président Ahmed Ben Bella conduisit une médiation entre la France et l’Irak pour tenter d’empêcher la guerre du Golfe. Les négociateurs français étaient Edgard Pisani et Marc Boureau d’Argonne, administrateur du Réseau Voltaire.

[2] « Eli, Eli, Lama sabakta-ni » paroles prétées à Jésus dans Les Évangiles quelque temps avant sa mort. Traduction : « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

[3] M. Ben Bella se réfère ici à l’essai publié par la London Review of Books, intitulé « Le Lobby israélien et la politique étrangère des États-Unis » (The Israel Lobby and US Foreign Policy), co-rédigé par le Professeur John Mearsheimer, de l’Université de Chicago et le Professeur Stephan Walt, le doyen de la Kennedy School of Governement de l’Université d’Harvard.

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Published by valenton rouge - dans Monde
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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:22

153-1685-thi0b5c-7197c.jpgLe système des retraites tel que nous le connaissons est fréquemment attaqué par ses détracteurs selon l’angle suivant : le gain d’espérance de vie doit nécessairement se traduire en temps de travail – idée désormais répandue. Autrement dit, 15 ans de vie gagnés seraient obligatoirement 15 ans de labeur. Simple question de mathématiques. Appréciez la perspective et laissez toute espérance. Nous avons voulu partager sur le sujet les quelques réflexions qui vont suivre.

 
De l’espérance de vie
 
L’argument massue généralement avancé en faveur du recul de l’âge de la retraite est l’augmentation de l’espérance de vie, qui atteignait 79,59 ans en moyenne en Belgique en 2009, et dont on estime qu’elle doit avoir dépassé 80 ans aujourd’hui[1].
Mais comment est-elle calculée, cette espérance de vie ? Les estimations se basent généralement sur une moyenne globale, par essence trompeuse, puisqu’elle ne rend pas compte des écarts par rapport à cette « norme ». Ainsi, par exemple, notre moyenne de 79,59 ans en 2009 pour la Belgique, en englobant les statistiques des hommes (de 77,15 ans) et celles des femmes (82,43 ans), tire artificiellement l’espérance de vie des hommes vers le haut.
Qui sont ceux qui atteignent réellement 80 ans ou vivent au-delà ? Ceux, évidemment, dont les conditions de vie le permettent – ce qui est étroitement lié à leur activité et leurs revenus. Les ouvriers du bâtiment font-ils d’aussi vieux os que les cadres, les PDG ou les rentiers ? On peut en douter.
Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que ces données sont basées sur les tables de mortalité : autrement dit, ce sont des données passées ; contrairement à ce qu’on laisse habituellement croire, cela ne permet pas une projection future certaine. Or, que l’espérance de vie soit une chose acquise est un postulat fallacieux : elle ne peut l’être, puisqu’elle est directement dépendante des conditions de vie, éminemment susceptibles de changer[2] – demandez aux Grecs[3].
L’espèce humaine, quant à elle, est restée la même ! Si les générations précédentes ont pu atteindre 80 ans ou plus, c’est précisément parce que d’une part elles ont eu la possibilité de partir en retraite à 60 ans, ou même 50-55 ans avec les départs anticipés – chose courante –, et d’autre part parce qu’elles ont bénéficié de revenus leur permettant un niveau de vie décent, notamment en termes d’accès aux soins de santé. Les années de travail au-delà de 50 ans étant généralement les plus coûteuses physiquement, l’âge de départ à la retraite est évidemment déterminant.
Ces conditions non remplies – départ à la retraite suffisamment tôt, pension décente –, l’espérance de vie reculera inéluctablement, comme ça s’est vu, par exemple, en Russie après la chute de l’Union soviétique : dans les années qui ont suivi, une baisse de 5 à 10 ans d’espérance de vie a été enregistrée, conséquence plus que probable des modifications des conditions de vie[4], [5], [6]. Et rien qu’avec les conditions de malbouffe et de pollution actuelles, qui peut prédire quelle sera l’espérance de vie dans 10, 20 ans ?
 
Du principe de répartition
Surtout, on oublie trop souvent que le système des retraites n’est pas un système d’économie, où chacun mettrait de côté pour ses vieux jours. C’est au contraire un système de répartition : l’argent qu’on cotise paie immédiatement les retraites des pensionnés actuels. Nos parents et grands-parents.
En effet, on peut observer qu’une caractéristique essentielle de toute société humaine est qu’elle est composée d’une population active, qui produit le nécessaire à la vie collective, et d’une population inactive, par nature improductive : enfants, vieux, invalides... Dans une société civilisée où la vie de chacun est valorisée et respectée et tout individu pris en compte, la population active de chaque génération entretient donc, par sa production, sa population inactive : ses jeunes enfants, ses vieux parents... Chaque génération profite ensuite à son tour du travail de ses enfants, etc.
Par conséquent, la condition nécessaire au bon fonctionnement de la société est qu’il y ait assez de production pour faire vivre et les travailleurs, et les inactifs. Or, depuis l’instauration des systèmes de répartition comme celui des retraites, la productivité a explosé. Un poste de travail produit aujourd’hui au bas mot 3 fois plus que dans les années 60, et le PIB n’a cessé d’augmenter, tandis que la population n’a pas crû en proportion[7].
La vraie question, au final – et ceci n’a aucun lien avec l’espérance de vie –, c’est la répartition des richesses produites : qu’une partie suffisante de la production totale soit assignée à l’entretien de la population inactive (quelle qu’elle soit). Actuellement, le PIB de la Belgique s’élève à plus de 300 milliards d’euros par an[8] ; divisés par 10 millions d’habitants (chiffre qui inclut tous les inactifs, enfants, vieux, invalides...), ça donne 30 000 euros par an et par personne. 120 000 euros par an pour une famille comptant deux enfants. De quoi faire vivre tout le monde plus qu’aisément... Mais où va l’argent ?
 
Des inactifs par choix
La société actuelle connaît une autre catégorie de gens qu’on peut qualifier d’inactifs, que par commodité nous appellerons les rentiers. Ce sont ceux que les revenus de la propriété – dividendes et toutes formes de rentes – mettent à l’abri de la nécessité de travailler ; la part de production qu’ils consomment ne vient pas de leur propre travail, mais d’une appropriation du fruit du travail des actifs. Cette catégorie, on le constate jour après jour, accapare une part de plus en plus importante de la production des actifs, au détriment du plus grand nombre[9].
Pourtant, s’il n’y a pas d’argent pour les travailleurs retraités, comment en trouve-t-on pour ceux-là qui n’ont jamais seulement dû songer à travailler[10] ?
Des inactifs par obligation
Les pensionnés sont donc une population inactive qu’il faut entretenir en partageant la production. Reste une autre population inactive que la société doit entretenir : ceux qui sont privés d’emploi et par conséquent contraints au chômage. Ayant vocation à être actifs, ils sont inactifs par obligation : la société leur refuse une place dans le système de production.
L’existence de cette catégorie amène logiquement la question suivante : pourquoi faudrait-il faire travailler les vieux plus longtemps – et donc cotiser pour entretenir les chômeurs –, alors que les chômeurs pourraient remplacer ces vieux au travail, et ainsi cotiser à leur tour pour payer les retraites ? Ce n’est que du bon sens : qu’on remplace les vieux par des sans emploi, à l’arrivée c’est le même nombre d’inactifs à nourrir ! Pourquoi cette apparente incohérence ?
Réponse : parce que cela réduirait le taux de chômage, ce qui placerait les travailleurs dans une meilleure position pour exiger de meilleurs conditions de travail et de revenus[11].
De plus, les pensions sont un prolongement du salaire, dont le paiement n’est pas soumis à condition : la pension est obligatoirement payée jusqu’à la fin de la vie. Les allocations de chômage, en revanche, ont un statut beaucoup plus précaire : de plus en plus soumises à des contrôles de « bonne volonté », elles ont aussi, dans la plupart des pays où elles existent, une durée limitée.
 
Du rapport de répartition du PIB
Enfants, vieux, invalides, travailleurs privés d’emploi, rentiers : le pain que fabriquent les actifs nourrit tout ce monde-là. Mais qui consomme le plus ?
Schématiquement, les salaires servent aux actifs et leurs enfants ; les cotisations – prélevées sur les salaires – font vivre les vieux, les invalides et les sans emploi ; aux rentiers vont... les profits (revenus de la propriété).
Quelle part est la plus grosse ?
En fait, le problème de nos caisses de retraites vient largement de l’évolution du rapport de répartition du PIB entre revenus du travail et revenus de la propriété. Ces derniers, on le sait, ne paient pas de cotisations. Or, ce rapport s’est inversé dans les dernières décennies.
On trouve ainsi, dans un article publié par Contreinfo, que « le rapport sur l’emploi publié par la Commission Européenne montre que la part des revenus du travail dans la richesse nationale est passée de 69,9% en 1975 à 57,8% en 2008 »[12]. Soit une baisse de 12% du PIB à l’échelle de l’Europe.
Une étude menée en France indique, quant à elle, que la part des revenus du travail dans le PIB est passée de 70% à 57% entre 1949 et 2004[13]. Pour les 30 dernières années, on cite en général, en ce qui concerne la France, une perte de 10 points du PIB.
On signalera également une étude de mars 2012 publiée par Econosphères[14] qui montre que l’évolution est sensiblement la même en Belgique.
La baisse du nombre d’emplois, mais aussi la baisse des rémunérations individuelles, sont bien évidemment à l’origine de cette régression ; or, on n’oubliera pas que le taux de prélèvement des cotisations sociales est progressif : des petits salaires cotisent proportionnellement beaucoup moins que des salaires moyens ou même des gros salaires. Par ailleurs, les très gros salaires ne compensent pas nécessairement ce manque à gagner, vu que le taux de cotisation est plafonné.
Il importe de ne pas perdre de vue que le salaire indirect, immédiatement dirigé vers les caisses de pensions, a souvent disparu en exonérations de « charges patronales »[15], bien mal nommées – sciemment – puisqu’il s’agit en réalité d’une partie du salaire du travailleur ; une cotisation payée par lui, donc, et non par le patron – bien que le prélèvement à la source serve opportunément à entretenir cette illusion !
Dès lors, si les caisses de pensions ne se remplissent pas comme elles devraient, c’est bien parce que le système de répartition a été perverti – et une partie du salaire littéralement captée.
 
De la productivité
L’année 1936 marque, avec le Front Populaire, le coup d’envoi de la limitation de la durée du travail. L’idée des 40 heures est née à ce moment[16]. Les gains de productivité, depuis la semaine de 40 heures, auraient dû logiquement se répercuter dans le salaire et dans la durée de travail : le travail réparti, les salaires augmentés.
S’il y a eu, pendant la brève période dite des « Trente Glorieuses », quelques améliorations significatives – et durement conquises –, ces améliorations n’ont pas été à la mesure des progrès de la productivité, et, depuis les années 80, ce mouvement s’est inversé : les salaires diminuent, la durée de travail augmente, le chômage également... et les profits explosent. Normal ?
Des implications du recul de l’âge de la retraite
Le recul de l’âge de la retraite est présenté comme l’unique solution : il n’y a pas d’alternative – la rengaine est connue.
C’est occulter le fait que reculer l'âge de la retraite, ça n’implique pas un engagement de continuer à employer effectivement les vieux jusqu'à cet âge : ceux-ci peuvent très bien se retrouver liquidés avant, et plonger ainsi dans le statut peu enviable de chômeurs âgés au lieu de pouvoir prétendre à la pension ; et, quand enfin ils y arrivent, ne toucher qu'une pension réduite à cause du manque à gagner dû à cette période de chômage. Un vieux de 50 à 65 ans mis au chômage pour cause de restructuration de son entreprise a, évidemment, encore moins de chances de retrouver un emploi qu'un jeune de 30 ou 40 ans. Et quand les entreprises licencient, par qui commencent-elles ? Par les plus âgés, car ils coûtent plus cher.
Le statut de chômeur âgé est d’autant moins enviable que, comme signalé plus haut, si le paiement des pensions est perçu comme une obligation institutionnelle et contractuelle – mais jusqu'à quand ? –, le versement d'allocations de chômage a quant à lui un statut beaucoup plus incertain ; notre pays est, à cet égard, un des plus sûrs au monde : même en France ou en Allemagne, les allocations de chômage n'ont qu'une durée limitée.
Au final, reculer l’âge de la retraite revient ainsi à remplacer, à tout le moins pour une partie des travailleurs âgés, des ressources dures et fermes – les pensions – par des ressources aléatoires et sous conditions – les allocations de chômage.
 
Du mode de calcul des pensions
Un point mérite une attention particulière : le mode de calcul des pensions. Celles-ci sont proportionnelles au salaire. Petit salaire, petite pension.
Que les pensions soient proportionnelles au nombre d'années travaillées (ou chômées), cela est normal, puisque c'est pendant ces années-là qu'on a contribué à l'entretien des générations précédentes. Mais chacun ayant eu, pendant sa vie active, une capacité d'épargne proportionnelle à son revenu, les gros salaires n'ont donc pas vraiment besoin d'une grosse pension, alors que les petits salaires peuvent se trouver acculés à une vraie pauvreté faute de réserves !
Ne serait-il pas plus juste que le montant de la pension soit, quant à lui, plus ou moins le même pour tous ?
Dès lors, si on cherche à « alléger » la « charge » des pensions, une piste pourrait être d'aller vers une harmonisation des pensions, par exemple aux alentours du salaire moyen (d’environ 1700 euros). Cette harmonisation rendrait de surcroît une meilleure lisibilité à la fonction des cotisations et des pensions de retraite, qui n'est pas d'être une forme d'épargne « forcée » individuelle, mais une forme de partage solidaire.
 
Du sens de la vie
Considérer qu’un allongement de la durée de vie doit se traduire en allongement de la durée de travail, c’est occulter les questions suivantes : ce dont on a besoin pour vivre ; ce qui est produit ; comment c’est réparti. C’est considérer que l’être humain est né pour travailler, le voir comme un instrument qui doit servir tant qu’il peut être utile – c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il soit trop usé pour pouvoir continuer.
Mais vit-on pour produire ? Est-ce notre vie qui sert à produire, ou la production qui sert à nous faire vivre ?
Tout l’enjeu du système des retraites tient dans les questions suivantes : quel modèle de société voulons-nous ? Qu’est-ce que la civilisation ? Le partage est-il un vice à combattre, ou une valeur à promouvoir ?
Yoann Mathieu – Marie-Claude Prévost

 

 

Source : Investig'Action - michelcollon.info

Dessin : Goubelle

 

[2] Lire notamment à ce sujet l’article « Cohésion sociale et espérance de vie », de Jean de Kervasdoué, paru dans Le Monde le 19 mai 2005, disponible ici : http://www.santetropicale.com/burkina/drab0905.htm.
[3] Un témoignage parmi tant d’autres, celui de Sonia Mitralia, publié par le CADTM le 1er février 2012 : http://www.cadtm.org/Crise-humanitaire-sans-precedent. Voir aussi Peter Mertens, Comment osent-ils ?, Bruxelles, Éditions Aden, mars 2012, pp. 91-119 ; ce chapitre sur la situation grecque a été publié en ligne le 8 mars 2012 par Investig’Action, http://www.michelcollon.info/Peter-Mertens-en-Grece-deux-mondes.html.
[4] « [...] l'espérance de vie de la Russie a commencé à baisser dès 1980 (71 années). Cette baisse perdure. Il n'est pas besoin de se déplacer pour savoir que cette société souffre toujours : avec 67 années d'espérance de vie à la naissance en 2002, la Russie de ce début du XXIe siècle se situe après le Vietnam (69 années), l'Algérie (69,5 années), la Tunisie (72 années), qui pourtant ne disposent pas des mêmes infrastructures sanitaires. », Jean de Kervasdoué, loc. cit.
[7] Pour se faire une idée de l’augmentation de la productivité, voir par exemple les tableaux suivants, qui présentent l’historique de l’évolution du PIB de la Belgique sur plusieurs années et constituent de bons indicateurs :
voir également le tableau de la période 1995-2011, sur le site de la Banque Nationale : http://www.nbb.be/belgostat/PresentationLinker?TableId=656000098&amp ;Lang=F ;
[8] Il a même atteint 354,780 milliards d’euros en 2011, chiffre de la Banque Nationale : http://www.nbb.be/belgostat/PublicatieSelectieLinker?LinkID=656000098|910000082&amp ;Lang=F
[9] Lire notamment à ce sujet Fred Goldstein, « Le capitalisme et les racines de l’inégalité », publié en français par Investig’Action le 23 mars 2012, http://www.michelcollon.info/Le-capitalisme-et-les-racines-de-l.html.
[10] Nous ne résistons pas à la tentation de citer cette parole que Bernardo Bertolucci fait dire à un paysan dans son très beau Novecento (1976) (citation approximative de mémoire) : « Des paysans, il en faut toujours, pour travailler la terre, pour la faire produire ; les paysans sont indispensables. Mais le patron ? À quoi il sert, le patron ? »
[11] Comme le fait très justement remarquer Nic Görtz, « Robin des pensions », Lalibre.be, 10 mars 2012, http://www.lalibre.be/economie/libre-entreprise/article/724981/robin-des-pensions.html.
[15] À ces exonérations il faut ajouter celles qui touchent l’impôt des sociétés ; voir notamment l’étude publiée en décembre 2011 par le PTB : http://www.ptb.be/nieuws/artikel/le-top-50-des-plus-grosses-ristournes-fiscales-104-dimpots.html. Sur l’impôt des sociétés, on pourra lire également l’article suivant : http://www.ptb.be/nieuws/artikel/impot-des-societes-la-feb-marque-un-auto-goal.html.
[16] Voir notamment l’article de Wikipédia sur la semaine des 40 heures : http://fr.wikipedia.org/wiki/Semaine_de_40_heures. On pourra également consulter les articles concernant les Accords de Matignon et le Front Populaire.
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Published by valenton rouge - dans Monde
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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:21

france-afriqaf46-0e00a.gifCette proclamation a été rédigée par des intellectuels maliens le 4 avril, donc avant « la remise du pouvoir » aux civils. Elle permet de comprendre les dessous de la situation complexe de ce pays. La semaine prochaine, un Dossier spécial Mali sur Investig'Action - michelcollon.info

 

 

« Que les chèvres se battent entre elles dans l’enclos est préférable à l’intermédiation de l’hyène ». Proverbe bamanan.

 

1. Le Mali dans l’ordre cynique du monde


Mis en lumière par l’amputation des deux tiers de son territoire, le coup d’Etat du 22 mars 2012 et l’embargo total de la CEDEAO, l’extrême vulnérabilité du Mali tient d’abord à la trahison des élites. Elles se voilent la face, réfutent tout débat de fond sur les enjeux de la mondialisation capitaliste. Désormais, tout est clair : la recolonisation du pays à travers les politiques néolibérales entre dans une nouvelle phase qui obéit au schéma libyen avec l’intervention directe de l’OTAN en moins.
L‘impérialisme collectif avait besoin d’exploiter, comme à Benghazi, les rancœurs et les rancunes d’une partie de la population qui a le sentiment d’être marginalisée. La rébellion touareg faisait parfaitement l’affaire. La revendication des deux tiers du territoire malien par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) vient d’être satisfaite avec la complicité de la « communauté internationale ».
L’os malien étant bien moins dur à briser que l’os libyen, il suffisait de mettre à profit l’état de déliquescence de l’armée nationale et de fermer les yeux sur la progression des assaillants lourdement équipés d’armes sophistiquées en provenance des arsenaux libyens pour que le tour soit joué.

Tout cela s’est passé rapidement, entre le 17 janvier 2012 et le 04 avril 2012. Les puissants membres de la « communauté internationale » n’ont donc pas eu à se salir les mains. Ils pensent avoir l’honneur sauf pour avoir fait des déclarations de principes sur l’inviolabilité de l’intégrité territoriale du Mali. Or, c’est lorsque les rebelles du MNLA ont déclaré qu’ils ont atteint leurs objectifs que les Etats-Unis d’Amérique leur ont demandé de « cesser » les opérations militaires.
Les enjeux énergétiques, sécuritaires, migratoires et idéologiques de la guerre globale trouvent leurs expressions dans cette recolonisation que les dirigeants politiques maliens n’ont pas vu venir et que certains d’entre eux refusent toujours d’admettre. La France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré (ATT) n’a pas su ou voulu lui accorder : la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration « clandestine » et Al Qaeda au Maghreb (AQMI).
Plus ou moins indifférente au sort du peuple malien face à la double agression de la rébellion et de la CEDEAO, l’opinion publique occidentale est ébranlée après avoir appris la participation de Ançar dine et de AQMI à cette recolonisation du Mali.

 

2. La violence de la CEDEAO contre le peuple martyr du Mali


Ebranlés et meurtris à l’idée d’être un peuple sans Etat et sans armée digne de ce nom face à des combattants lourdement armés, faisant tomber les villes les unes après les autres, les Maliennes et les Maliens subissent à présent le traitement de choc de l’embargo total de la part de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
C’est lors du Sommet extraordinaire du 27 Mars 2012 à Abidjan (Côte-d’Ivoire) que l’organisation sous-régionale a pris la décision d’envoyer à Bamako une délégation de très haut niveau pour demander au Capitaine Amadou Haya Sanogo qui a pris le pouvoir 22 Mars 2012 de restaurer, le plus rapidement possible, l’ordre constitutionnel. Elle a du rebrousser chemin face à la mobilisation des victimes de la démocratie formelle et corrompue qui vivent ce coup d’Etat comme une délivrance. C’est à l’aéroport d’Abidjan que les Chefs d’Etats de la CEDEAO ont donné aux nouvelles autorités maliennes un ultimatum de 72 heures pour s’exécuter au risque de voir le Mali subir un embargo.
Ils ont mis cette menace à exécution à partir du lundi 02 Avril 2012, alors qu’à l’issue de la rencontre à Ouagadougou (Burkina Faso) d’une délégation du CNRDRE avec le Président du Burkina Faso qui joue le rôle de médiateur, le Capitaine Amadou Haya Sanogo a accepté le retour à l’ordre constitutionnel. Cette avancée, saluée par la plupart des Maliens et des Maliennes, n’était pas suffisante pour certains des Chefs d’Etat de la CEDEAO particulièrement intransigeants.
Les sanctions dont il s’agit se traduisent en autres par :
- la suspension du Mali de toutes les instances de la CEDEAO,
- le rappel des ambassadeurs de l’organisation pour consultation,
- la fermeture des frontières,
- le gel des avoirs du Mali à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et le non approvisionnement des banques nationales,
- la suspension des programmes d’aide au développement

Le levier militaire pourra se traduire par « la montée en puissance de la Force en attente de la CEDEAO pour parer à toute éventualité… »
Plus importants que l’aide extérieure pour les familles qui en bénéficient, les fonds de la diaspora dont une partie passe par Western Union et Money Gram manqueront également aux Maliennes et aux Maliens.
La cherté de la vie qui, à elle seule, a créé un climat quasi insurrectionnel avant la rébellion et le coup d’Etat s’aggrave. Les prix flambent dans les régions occupées où les pillages portent surtout sur les aliments et les médicaments qui commencent à manquer.

 

3. Le sens du coup de force du 22 mars 2012


Les femmes, en l’occurrence les mères et les épouses des soldats qui montaient, sous équipés, au Nord pour défendre le Mali ont été les premières à manifester leur colère. Elles sont allées directement vers le Président Amadou Toumani Touré et lui ont demandé, plus d’une fois, des comptes. La dégradation de la situation s’est ensuite traduite par des manifestations portant atteinte aux biens des personnes et personnalités appartenant à l’ethnie Touareg.
Le pourrissement de la situation est à l’origine du soulèvement d’Amadou Haya Sanogo et ses camarades qui a débouché sur le coup d’Etat du 22 mars 2012.
La « communauté internationale » ne s’est pas émue, outre mesure, des atrocités commises à Aguelhok contre des militaires désarmés ni de l’occupation des villes du Nord les unes après les autres. Mais elle est immédiatement montée au créneau pour condamner un coup d’Etat qu’elle juge d’autant plus inacceptable qu’il survient dans l’un des « pays phare de la démocratie » à la veille d’une élection présidentielle à laquelle ATT n’était pas candidat.
Simpliste mais surmédiatisée, cette lecture arrange tous ceux et celles qui se laissent convaincre que le Mali était jusqu’ici une démocratie exemplaire.
Le point de vue des déçus et des laissés-pour-compte de la démocratie est superbement ignoré voire méprisé.

 

 

4. Quand l’ordre constitutionnel « normal » sert de paravent


« Nous ne voulons pas d’ancien, rien que du neuf » scandaient les manifestants maliens lors des événements sanglants de Mars 1991 pour traduire leur aspiration profonde à un changement démocratique véritable. Ils étaient persuadés que le Président Moussa Traoré était le seul et unique fautif du naufrage de la nation et que son éviction suffisait à instaurer la démocratie et la justice. Il n’en a rien été.
En vingt ans de « transition démocratique », assistée et encensée par la « Communauté Internationale », la montagne a accouché d’une souris. Le peuple est désemparé mais inaudible. Le coup d’Etat est survenu à cinq semaines du premier tour de l’élection présidentielle, dans un contexte quasi insurrectionnel.


Totalement dévoyée, la démocratie servait de paravent aux affaires.


Jugeons-en :
- Le multipartisme que nous appelions de tous nos vœux, au lieu de favoriser le débat d’idées et la confrontation de projets de société entre formations politiques, s’est traduit par la prolifération des partis dont le nombre dépasse 140 actuellement pour un pays de 14 millions d’habitants. Coupés de leur base électorale, les dirigeants démocratiquement élus sont occupés à plein temps par toutes sortes de stratégie de captation de « l’aide au développement » et des opportunités d’affaires que le système néolibéral offre.
- Ce sont les gagnants de ce système économique et politique mafieux qui, en « démocrates milliardaires » s’apprêtaient à se disputer la place d’ATT en achetant tout ce qui peut l’être, du bulletin de vote à la conscience des électeurs/trices.
- « Enrichissez-vous et taisez-vous » est la règle non écrite du jeu politique, pendant que les opérations cosmétiques de bonne gouvernance dont le Bureau du Vérificateur Général entretiennent l’illusion de l’exemplarité démocratique.
- Leurs enfants qui, avec ostentation, fêtent leurs milliards ajoutent à l’indignation des jeunes déshérités qui n’ont droit ni à une école de qualité ni à l’emploi et au revenu ni à un visa pour aller tenter leur chance ailleurs.
- Aucun parti politique ne peut se prévaloir aujourd’hui d’une base électorale éduquée et imprégnée des enjeux et des défis du changement de manière à choisir leurs dirigeants en connaissance de cause et à les contrôler dans l’exercice de leurs fonctions. Les électeurs/trices ne sont contactés que sporadiquement mais assaillis à la veille des scrutins par des candidats toujours prêts à payer leurs voix.
- La société civile, dont le rôle est d’éduquer, de contrôler et d’interpeller la classe politique vit de compromis et de compromissions. C’est en évitant les sujets qui fâchent, qu’elle parvient à bénéficier des financements des partenaires techniques et financiers (PTF).
- La liberté d’expression chèrement acquise est sous surveillance dans les médias publics. Elle se traduit par l’existence d’un paysage médiatique dense (journaux et radios privés) qui, pour survivre, se comporte comme la société civile : savoir se vendre. Quant à l’unique chaine de télévision nationale, l’ORTM, elle est « la voix de son maître ».
- Les entrepreneurs véritables, les locaux comme ceux de la diaspora qui ont envie d’investir dans leurs pays sont démotivés par une administration corrompue, prête à entraver les meilleures initiatives quand elle n’y trouve pas son compte.

 

 

5. Il est encore possible de sauver véritablement le Mali et sa bande Sahélo-saharienne


Le Mali n’est pas en danger du fait d’un « putsch militaire » mettant en péril un processus de démocratisation exemplaire, mais du fait de la démocratie formelle et des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques dont les citoyens ordinaires n’ont pas la moindre idée.
Face au rôle de pompier pyromane de la France dans la crise malienne, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la loi N° 57-27 du 10 janvier 1957 créant une Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS). Elle visait « l’expansion économique et la promotion sociale des zones sahariennes de la République française et à la gestion de laquelle participent l’Algérie, la Mauritanie, le Soudan (l’actuel Mali), le Niger et le Tchad ».
Pour sauver véritablement le Mali, il convient de :
- mettre ce drame national à profit pour renouer avec la pensée critique et le courage politique. Il est illusoire et suicidaire de croire que nous sommes un pays libre et indépendant, qui a juste besoin de dirigeants démocratiquement élus pour aller de l’avant. Les défenseurs de cette thèse sont les gagnants de l’ordre injuste et violent du monde, plus soucieux de leurs intérêts que du sort du peuple malien ;

- repenser l’indispensable démocratisation du Mali en termes de seconde libération. Cette exigence qui s’imposait au plan politique, économique, monétaire et culturel revêt désormais une dimension territoriale. La tâche est d’autant plus rude que les enjeux sont colossaux et les rapports totalement asymétriques ;

- privilégier la résistance par le réarmement moral, la créativité politique et la solidarité envers les plus vulnérables en l’occurrence les femmes, les jeunes et les ruraux. La tentation de mobiliser immédiatement cinquante millions de dollars pour l’achat d’armement ou de faire appel à la force d’interposition de la CEDEAO, ouvre la voie à une guerre asymétrique et sans fin ;

- gagner en lucidité et en maturité politique en nous disant que les « émergés » qui dictent leur loi en économie comme en matière de démocratisation ont d’abord besoin des immenses richesses de notre continent, en occultant la violence du modèle économique qu’ils planétarisent : pendant que le Mali s’enlise dans la guerre au Nord et que les Maliens se demandent comment survivre, le pillage de l’or, dont leur pays est riche, se poursuit allègrement au profit des multinationales. Il nous appartient d’être perspicaces dans l’analyse des enjeux et des rapports de force et audacieux dans la défense des intérêts de notre pays qui ne sauraient être confondus avec le compte en banque de quelques individus légitimés par des élections frauduleuses ;

- faire du Mali un cas d’école pour la CEDEAO, dont les chefs d’Etat dans leur intransigeance envers les auteurs du coup de force du 22 mars craignent surtout d’être déstabilisés tant dans leur position de rente que dans leurs certitudes. La remarque est valable pour les partis politiques dont le rêve est de les remplacer dans l’ouverture de nos économies au marché mondial déloyal ;

- rappeler aux puissances occidentales que ce sont les mêmes politiques d’assujettissement et de pillage qui sont à l’origine de l’émigration « clandestine », l’intégrisme religieux et les attentats qu’ils qualifient de terroristes.

Nous concluons, à la lumière de ce qui précède, qu’il n’appartient pas aux Chefs d’Etat de la CEDEAO d’être juges et partie en statuant sur l’état de la démocratie comme dans le cas malien, mais aux peuples souverains.
La gravité de la situation au Mali et dans la bande sahélienne exige la convergence des luttes des peuples agressés du Sud et celles du Nord dont les dirigeants, donneurs de leçons de démocratie et fauteurs de guerres se sentent plus redevables de comptes aux agences de notations qu’à leurs électeurs.
.
Rendre justice au peuple martyr du Mali dans les circonstances actuelles, commence par la levée immédiate de l’embargo qui lui est infligé et la reconnaissance de son droit à l’initiative, de penser et de proposer à la CEDEAO une stratégie concertée de sortie de crise.

Fait à Bamako, le 04 Avril 2012

Source : Forum pour un Autre Mali ( FORAM)

SIGNATAIRES
AMINATA D. TRAORE (ANIMATRICE DU FORAM, ESSAYISTE) ; SEYDOU BADIAN KOUYATE (ECRIVAIN) ; ASSETOU FOUNE SAMAKE (ENSEIGNANTE) ; KARAMOKO BAMBA (MOUVEMENT NKO) ; ISMAEL DIABATE (ARTISTE PEINTRE) ; DOUMBI FAKOLY (ECRIVAIN) ; JEAN BOSCO KONARE (HISTORIEN) ; MANDE ALPHA DIARRA (ECRIVAIN) ; MADANI KOUMARE ( ECONOMISTE) ; BORIS BOUBACAR DIOP (ECRIVAIN) ; ABDOULAYE NIANG (ECONOMISTE) ; BOUBACAR COULIBALY (EXPERT COMPTABLE) ; NDO CISSE (UNIVERSITE DES LETTRES) ; NATHALIE MDELA MOUNIER (ECRIVAIN) ; AISSATA CISSE (COMMUNICATRICE) ; MARIAM KANAKOMO (COMMUNICATRICE) ; SAFI SY (EDUCATRICE) ; SYLVIE SANOGO (EDUCATRICE) ; HAOUA KEITA ; ABDOULAYE SANGARE (AVOCAT)

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:17

Alain_Badioud9dc-2a475.jpg« La philosophie que je désire faire est une philosophie qui a une pertinence pour les révolutionnaires. Une philosophie qui non seulement ne contrarie pas mais les aide à changer le monde. » Le ton est donné. Rencontre avec un jeune homme de 85 ans.

 

En 2012, faire une conférence sur le désir de Révolution, n’est-ce pas anachronique  ?

  Alain Badiou. D’une certaine manière, ce mot est toujours anachronique parce qu’en fin de compte, ce qui caractérise les révolutions, c’est en général que personne ne les a attendues, ni prévues. Ce sont des ruptures. La difficulté, c’est que ce mot a beaucoup de sens finalement. Ce que je crois, c’est que si on entend par « révolution », un événement collectif produisant une rupture dans l’ordre établi et entraînant des conséquences qui portent sur l’organisation de la collectivité, il n’y a pas de raison de penser que ce mot soit moins approprié ou moins à l’ordre du jour qu’auparavant. On en voit aujourd’hui des sortes de symptômes. Je pense que les révolutions arabes du printemps, le mouvement des Indignés, les petits groupes qui tentent de faire quelque chose sur les questions de régularisation des sans-papiers ou les tentatives au niveau étatique en Amérique latine indiquent qu’il n’y a aucune raison d’être désespéré.

Les libéraux présentent la démocratie et le libre-marché comme allant de pair…

  Alain Badiou. Je ne suis pas du tout d’accord avec ça et cela met en cause la définition que l’on donne de la démocratie. Apparemment, la démocratie au sens de l’État représentatif, avec un gouvernement élu, fonctionne plutôt dans le contexte de l’économie libérale. C’est un fait. Mais c’est une définition très restreinte. La démocratie veut dire « pouvoir au peuple ». Est-ce que dans notre société le peuple a un grand pouvoir politique  ? On peut en douter. On a même l’impression que c’est un très petit groupe de gens qui a le pouvoir politique. Et dans ce groupe, certains sont élus, mais pas tous. Ou, alors, par des conseils d’administration. Et il y a ceux qui ont assez de pouvoir financier pour être de toute façon influents. Il y a ceux qui achètent la presse. Aucun des médias n’est indépendant, ils dépendent tous de groupes influents.
  Ma thèse radicale, c’est que nous ne sommes pas en démocratie, mais dans une « oligarchie modérée ». Elle n’a pas besoin d’exercer une terreur visible. Mais c’est un groupe restreint qui détient le pouvoir, les moyens d’information. Après, il y a une représentation politique de tout cela. Donc il est tout à fait faux que l’économie libérale de marché et la démocratie vont ensemble si on prend le mot « démocratie » au sérieux. Ce qui va ensemble, c’est « économie de marché » et « régime oligarchique modéré ». Cette connexion repose sur le consensus qui ne remet pas en question ce dispositif économique et politique que j’appelle « capitalo-parlementarisme ».

Une autre « thèse radicale », c’est que le capitalisme est un système fini. Pouvez-vous illustrer cela de manière concrète  ?

  Alain Badiou. Quand on dit « fini », ça peut se comprendre en deux sens. Il est « à la fin », et il est « limité ». La fin de quelque chose de cette amplitude peut durer longtemps. Je ne suis pas en train d’annoncer la fin du capitalisme pour demain. Je pense qu’il a épuisé ses ressources de créativité propre, et qu’il est en train d’aller jusqu’au bout de lui-même. Selon d’ailleurs les prédictions marxistes les plus rigoureuses. Rendons-nous compte que Marx parlait du marché mondial en 1850. Qu’est-ce que c’était le marché mondial à cette époque par rapport à aujourd’hui  ?
  La thèse que l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante est bien vraie. Mais une classe dominante est une classe qui, quand même, dans sa phase ascendante, produit une culture qui a une certaine universalité. Marx lui-même reconnaissait que nous sommes encore intéressés par les tragédies grecques, le grand roman français, etc. Je pense que cette capacité créatrice de la classe dominante est aujourd’hui épuisée. C’est une classe très cynique, très occupée de son business propre, à mon avis de plus en plus autoritaire parce que précisément le cadre parlementaire lui-même peut la gêner. C’est le signe que du point de vue intellectuel, politique, idéologique, et économique, la grande domination impériale ne peut plus que conquérir des choses déjà existantes mais pas en créer de nouvelles. Et cela va tourner au pire : dévastation de la planète, contradictions incontrôlables, désastre financier et guerre, à la fin.

En terme d’espoirs, le communisme est-il encore une alternative  ?

  Alain Badiou. Je vais le dire en sens inverse : le communisme est le nom que je donne à l’alternative. La question de savoir ce qu’est le communisme est compliquée. Le communisme signifie le nom générique d’une alternative au capitalisme, au moment même de sa constitution. Il y avait les communistes utopiques, les marxistes, des courants mêmes anarchistes. Cela veut dire quoi le communisme  ? Cela veut dire qu’il est possible et nécessaire d’organiser la société sur une autre base que la propriété privée des moyens de production, l’égoïsme de classe, la concurrence et la guerre internationale. Voilà.
  Je pense qu’il faut revenir à cela en faisant le bilan de cet espèce de pas de côté qu’a été l’expérience du 20e siècle, pas de côté qui, je pense, a été lié à l’obsession de la victoire insurrectionnelle. Il y a eu une militarisation de l’idée communiste, une militarisation de l’idée organisationnelle. On voit très bien pourquoi : il y a eu l’écrasement de la Commune de Paris qui a eu un effet qu’on ne peut imaginer. Cela a amené à l’idée que, faute d’être bien organisé, on se faisait écraser et éliminer.
  Il faut repartir et faire un pas en arrière vers la signification profonde de l’idée communiste et voir ce qu’on peut en faire politiquement dans les situations concrètes d’aujourd’hui. Voilà pourquoi je défends ce mot. Ce vieux mot. L’abandonner ne serait pas bon. Si quelqu’un en invente un autre aussi formidable, je me rallierai.

Comment voyez-vous le fait qu’un philosophe, Bernard-Henri Lévy, arrive à amener un pays à se lancer dans la guerre en Libye  ?

  Alain Badiou. Cela n’a marché que parce que Nicolas Sarkozy voulait s’engager dans cette guerre. Mais c’est inquiétant. BHL a un rôle d’idéologue réactionnaire en chef. Il a d’ailleurs pris ses galons il y a longtemps. Il a derrière lui plus de trente ans d’exercice de ce genre là. Mais je voudrais vous dire au passage qu’au-delà de l’action personnelle de BHL, il y a eu une approbation très large en France à cette expédition militaire. Cela a été jusqu’à Jean-Luc Mélenchon, qui s’est rattrapé un peu après. Mais je suis obligé de constater que, dans les premiers jours, il se déclarait pour. Je me suis senti très isolé. J’ai été surpris moi-même d’être à ce point à contre-courant. J’ai écrit pratiquement tout de suite que le résultat inévitable de cette intervention serait la destruction de la Libye. Purement et simplement. Un pays défait, livré à la guerre civile, à la rapine des forces armées. Un pays anéanti. Pour l’instant, on peut soutenir la thèse que toute intervention militaire occidentale dans ce genre de situations détruit le pays. L’Irak a été détruit aussi. Si on pousse la guerre civile en Syrie, la Syrie sera détruite et pour longtemps. Et après  ? Les pétroliers s’en foutent pourvu qu’ils puissent sécuriser les régions pétrolières. C’est ce qui va se passer en Libye. Les Occidentaux vont sécuriser les régions pétrolières. Ils vont négocier avec les bandes armées différentes et comme il n’y aura pas d’État, on sera bien plus tranquille.

En Belgique, nous avons un Premier ministre socialiste. Est-ce que la social-démocratie a encore une raison d’être, une utilité  ?

  Alain Badiou. Le parlementarisme ne peut pas fonctionner sans qu’il y ait un principe de différentiel minimal. En fin de compte, tendanciellement, ça s’aligne sur le genre d’opposition qu’il y a entre les Républicains et les Démocrates aux États-Unis.
  Mais je pense que la social-démocratie ne représente plus grand chose. Ils pourraient s’appeler Parti démocrate et je pense que cette différence va se maintenir tout en restant très affaiblie. Dans l’action réelle, la différence est très faible. On l’a vu avec Zapatero, avec Papandréou, comme on l’avait vu avec Tony Blair, qui était le premier, que non seulement ces partis ne sont pas fondamentalement différents des autres, mais que même ils font avaler des choses que les autres n’arriveraient pas à faire avaler.

Comment voyez-vous les écologistes, français, belges ou européens, qui rêvent d’une économie verte tout en restant dans le capitalisme  ? Vous y croyez  ?

  Alain Badiou. Pas le moins du monde. C’est la raison pour laquelle je n’ai aucune sympathie véritable pour le mouvement écologiste organisé. Je suis convaincu que la capacité de dévastation du capitalisme existe. La loi du profit est impitoyable. Si l’industrie pharmaceutique continue à vendre un médicament nuisible parce qu’il rapporte beaucoup, elle le fera. Elle arrivera à corrompre qui il faut. À la fin des fins, c’est quand même des gens qui vont essayer de vous vendre du poison si ça leur rapporte, qui vont armer des bandes criminelles en Afrique avec des armes lourdes, etc. pour des gens qui vont tuer et violer, simplement parce que c’est le business, ou parce qu’ils veulent sécuriser une région où il y a du minerai. Donc je ne nie pas que le capitalisme déchaîné fasse peser sur l’écologie une menace gravissime, mais je pense qu’il faut s’en prendre à la racine de la chose. Et donc à la mythologie d’un capitalisme modéré, aimable.
  L’écologie a deux avantages pour le capitalisme. Premièrement, si on veut faire de l’énergie renouvelable à grande échelle, ça va ouvrir des marchés colossaux, et l’État va financer ça. Et, d’autre part, du point de vue des rivalités entre capitalistes, ça ralentit le processus de développement des pays émergents, parce qu’on essaie de les contraindre à respecter des règles que, nous, nous n’avons pas respectées. Et, donc, on va les emmerder avec ça, en fixant des normes, etc. Ça contribue à l’inégalité dans le monde. Les écologistes ne sont que les sociaux-démocrates de la nouvelle génération. C’est le vieux débat « un capitalisme régulé, normé, gentil, n’est pas praticable  ? » qui nie le fondement même du capitalisme. Si le capitalisme est féroce, impitoyable, ce n’est pas parce qu’il est « méchant ». C’est sa nature propre. On ne peut pas imaginer que quelque chose qui fonctionne sur la norme absolue du profit maximal se soucie du bien-être de l’humanité. Si être vert, c’est être peint en vert, il n’y a pas de souci : il se peindra en vert.

Quand on voit la résistance du peuple grec, quand on voit les soulèvements populaires dans les pays arabes, les Indignés un peu partout en Europe, Occupy Wall Street, etc., ça vous donne un peu d’espoir  ?

  Alain Badiou. Absolument. Il y a des signes, des symptômes, des choses qui se passent. Partons de ça plutôt que de constamment contempler les horreurs du capitalisme et rentrer chez soi terrorisé. Il est beaucoup plus important de bien connaître l’ensemble des expériences positives qu’il y a dans le monde. Et il y en a  ! Il faut s’intéresser à ce qui se passe et participer.
  On est beaucoup plus proches des années 1840, le capitalisme s’installait, il était puissant... Mais il y avait un fourmillement, des émeutes ouvrières par-ci par-là, il y avait des communistes, il y avait Marx, il y avait des écoles... Ces gens-là n’étaient pas vraiment dans la scène publique, ils n’étaient pas dans les médias de l’époque. Les médias de l’époque ne parlaient pas de ça. Quelqu’un comme Victor Hugo, qui est quand même une figure importante, qui a traversé tout le 19e siècle, n’a pas prononcé une seule fois le nom de Marx, il ne le connaissait pas. C’était des gens qui étaient hors-médias. ça ne les a pas empêchés d’exister et de devenir à la fin du siècle importants, connus, dangereux, etc. Donc, là aussi, il ne faut pas se dire qu’on n’est rien du tout, ce n’est pas vrai.

Pour l’instant, en France, de ce que nous voyons de Belgique, l’élection présidentielle est en train de redonner le goût du militantisme, d’une certaine gauche.

  Alain Badiou. C’est vrai, et je pense que ça va être une ironie de l’élection, c’est qu’elle aura servi à quelque chose d’autre qu’elle-même. C’est l’espace militant qui est ressuscité. C’est l’idée qu’on peut faire quelque chose. Et c’est largement synthétisé par Mélenchon à l’heure actuelle, qui s’est livré à l’entreprise tout à fait curieuse de ressusciter le Parti communiste qui était mort, parce que c’est quand même les militants du PCF qui font le gros du travail. C’est pour ça que des gens se rallient maintenant, parce qu’ils ont vu qu’il se passait quelque chose. La capacité de Mélenchon a été de parler gros. Ses ennemis lui reprochent sa rhétorique, mais il a raison parce que, dans la situation où il est, si on veut être candidat, et si on veut réveiller quelque chose, il faut y aller, il faut parler, faire réapparaître et réentendre quelque chose qui ne se disait plus. L’idée, aussi, qu’on ne part pas battu d’avance.

 

 

Source : Solidaire

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:09

arton16315-8244e.jpgLe canon de Brest est algérien, il a été volé d’Alger en 1830. Le coq hardi, emblème des Français, se tient majestueusement sur ce canon. Sa posture sur une seule patte témoigne les mensonges coloniaux et défigure l’histoire française. Sa posture me rappelle les paroles de Jean-Jacques Rousseau « Le chef-d’œuvre d’une bonne éducation est de faire un homme raisonnable. ». Je me demande si le nommé Roger Soncarrieu est un homme réellement raisonnable ?



L’Histoire est un sujet sérieux même si elle n’est pas considérée comme une science exacte. Elle n’est surtout pas une accumulation de mensonges comme le pense un ex-soldat français en Algérie, nommé Roger Soncarrieu dans son livre intitulé « Ma vérité sur la guerre d’Algérie ».

Après lecture de ses idées faufilées dans sa préface, une phrase un peu suspecte a attiré mon attention. Il dit « Je me suis tu pendant des années sur ce que j’ai vécu. Mais devant l’accumulation des mensonges, j’ai décidé de rétablir la vérité ». Je pense que monsieur Roger voulait nous raconter avec grand enthousiasme ses mensonges entassés sur la guerre d’Algérie. En réalité, le colonialisme français et sa culture de dominance sont planifiés et conspirés pour qu’ils se reproduisent et se propagent de nouveau en Afrique.

En lisant ses pensées je me suis rappelé de ce que ma mère me disait lorsque je revenais de l’école française « le mensonge fait partie de l’éducation coloniale ». Elle me répétait cette phrase chaque fois qu’elle m’entendait chanter « Le bon vieux roi Dagobert a mis sa culotte à l’envers ». Un jour je lui ai demandée une explication. Elle me répond « on ne portait pas de culottes au VII° siècle, ces dernières étant apparues vers le XVI° siècle, soit près de 1000 ans après le règne de Dagobert ». Pour me convaincre, elle souriait et me renvoyait aux paroles de Napoléon I° : L’Histoire est un mensonge que personne ne conteste.

Je vais faire comme ma mère, je renvoie ce vieux soldat aux paroles de Montaigne « Je n’ai point cette erreur commune, de juger d’un autre selon que je suis. J’en crois aisément des choses diverses à moi. Pour me sentir engagé à une forme, je n’y oblige pas le monde, comme chacun fait, et croit, et conçoit mille contraires façons de vie : et au rebours du commun, reçoit plus facilement la différence, que la ressemblance en nous. ». Certes monsieur Roger, vous n’étiez pas colon mais votre mission en Algérie était de protéger les colons. Vos rêveries de soldat courageux en Algérie sont cauchemardes et votre langage, un peu raciste, est un sac vide. Il ne peut pas tenir debout dans l’histoire algérienne. Monsieur Soncarrieu, les algériens de votre âge ont lu, à l’école française, les écrits de Cyrano de Bergerac « Chacun de nous a sa blessure : j’ai la mienne -Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne-Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant- Où on peut voir encore des larmes et du sang ! ». Monsieur Roger, il n’est jamais trop tard de lire pour une fois dans votre vie la lettre de Frantz Fanon adressée au Gouverneur Général de L’Algérie. Elle pourrait être adressée à un soldat comme vous. Lisez la avec prudence « Monsieur le Ministre, les événements actuels qui ensanglantent l’Algérie ne constituent pas aux yeux de l’observateur un scandale. Ce n’est ni un accident, ni une panne du mécanisme. Les événements d’Algérie sont la conséquence logique d’une tentative avortée de décérébraliser un peuple.… Pour toutes ces raisons, j’ai l’honneur, Monsieur le Ministre, de vous demander de bien vouloir accepter ma démission et de mettre fin à ma mission en Algérie, avec l’assurance de ma considération distinguée. » Vos chefs militaires ont décérébralisé nos parents mais je vous informe que leurs enfants ne sont pas des rancuneux, ils ont tourné la page de papier jaunissant sans la découper. Si votre complaisance veut corriger l’Histoire, il est grand temps pour vous, vieux combattant, de lire et corriger votre propre histoire racontée par un narrateur nommé Sarkozy. Ecoutez le « La France n’a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n’a jamais exterminé un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale, elle n’a pas commis de crime contre l’humanité, ni de génocide. »

Puisque l’Histoire n’est ni un écrit sacré ni une science exacte, elle peut être modifiée selon l’humeur ou la colère politique d’un leader balancé par les ambitions circonstancielles du temps. Je vous renvoie aux paroles de votre président. C’était un 1er avril mais les français ont cru à ce mensonge. Avez-vous écouté Sarkozy bavarder, le 1er avril 2007, en campagne présidentielle ? Il citait le général de Gaulle en disant « Le général de Gaulle définissait la France comme un pays européen, essentiellement de race blanche, de culture gréco-romaine, et de religion judéo-chrétienne ». Cette citation ne reflétait pas la situation de Sarkozy en 2007 car la France n’était pas en période de guerre et Sarkozy n’a jamais était un général des grandes guerres. Quand De Gaulle était général, Sarkozy était un bébé trop fragile né en 1955. Même s’il était général, comme il le rêve maintenant, il ne pourrait jamais libérer la France des nazis sans l’aide des bougnoules Magrébins. Dans la tête de Sarkozy le préfixe « judéo » est le raccourci qui mènera la France Chrétienne de De Gaulle à embrasser la tradition, la culture religieuse et le mode de vie des Juifs. Sarkozy a utilisé en scellement l’adverbe de manière « essentiellement », cet adverbe l’enfonce dans ses racines. Chaque mois de mars les non « maussades » font la différence entre les deux présidents français.

De Gaulle annonçait le 19 mars 1962 le cessez-le-feu qui mettait fin à huit ans de guerre en Algérie. Nicolas Sarkozy annonçait le 19 mars 2011 le début de son intervention militaire en Lybie. Une intervention militaire qui nous rappelle le langage barbare dans la jungle Africaine.

De Gaule définissait la France comme suit « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ». Le Général De Gaulle n’a pas utilisé le mot « essentiellement » dans son discours et il n’a jamais défini la religion de la France comme une religion judéo-chrétienne. D’après les paroles De Gaule, Sarkozy, est comme vous. Il se raconte des histoires.

Monsieur Roger, je pense que vous avez bien compris le message après avoir écouté votre président.

Le message sous-entend « pourquoi pas une religion islamo-judéo-chrétienne quand le fils du dit bougnoule arrivera à l’Élisée dans la même diligence qui a ramené ce petit Austro-hongrois à ce lieu ».

Pour vous rendre à vôtre vérité sur les guerres je vous répète les paroles d’un certain français ayant pour pseudonyme Vercingétorix. Cette personne croie que les tribus gauloises unies défient l’Univers « Il me plait à rappeler que tous nos Présidents de la Vème avaient des racines rurales bien françaises - peu importe mais tout de même, sociologiquement il me paraît important de le relever : De Gaulle était Chti, Pompidou et Giscard Auvergnat, Mitterrand Bourguignon et Chirac Corrézien. Alors gageons que les racines nettement plus rigides et moins hédonistes de notre petit Austro-hongrois ne pèsent pas lourd… »

En outre, la lecture de vos lettres ouvertes publiées sur le NET avec la collaboration de Zohra Benguerrah « Visite en France de Mme Zohra Drif -Bitat » adressées à Madame Agnès Rampal et à Monsieur le Président du Sénat montre votre racisme aigu. Elle vous met au même rang que les français racistes qui pensent que la tête du bougnoule est faite pour porter les caisses et la tête française est faite pour penser.

Qui sont ces deux Zohra dont monsieur Roger parle ? Débat et réflexion sur le rôle des deux Zohra dans le présent immédiat méritent une place dans nos medias.

Mme Zohra Benguerrah est présidente de la Coordination Nationale du Mouvement de la Résistance Harkie en France. Zohra est une enfant de rapatrié Harki français d’Algérie originaire du sud de la France, près de Montpellier. Zohra Benguerrah est née 1957 sur un territoire qui était avant 1962 « Français ». Son père était engagé aux côtés de la France pendant la guerre d’Algérie, parce qu’il avait préféré de rester français et qu’il aimait profondément la France. Zohra ne cache pas ses convictions, elle dit tout haut « La plus part des Harkis ne prient pas et refusent d’être musulmans, ils sont français sans religion, un point c’est tout. ». Zohra est partie d’Algérie à l’âge de cinq ans. A cet âge nous sommes tous innocents. En France elle s’est sentie marginalisée. Au fil des années, la marginalisation, le cumule de la haine dans un milieu raciste et la fréquentation des personnes extrémistes, comme Roger, la rendent très agressive. Quand Zohra parle de l’Algérie, elle parle avec rancune, haine et vengeance. Lisez ses pensées « La France n’a pas à demander pardon à l’Algérie sous quelque forme que ce soit. Là-dessus nous sommes d’accord. Le président Algérien « Bouteflika », celui-ci a déclaré que les Harkis étaient des collabos, de surcroît, il voulait entendre dire des français « un pardon solennel » pour enfoncer le clou et falsifier l’histoire de France, le Général de Gaulle a lâché l’Algérie entre les mains du FLN, c’était un arrangement avec des voyous de l’époque qui se conduisaient comme des barbares. ». Je m’arrête là car je ne veux pas donner des détails sur cette Zohra pour ne pas remuer les cendres des années de braises. Zohra Drif est l’épouse de M. Bitat. Cet homme historique et sage ne parlait pas beaucoup, le silence était son royaume. Son silence cachait sa bravoure et enterrait les bavures de notre histoire politique.

Une anecdote circulait dans les milieux estudiantins qui causaient politique au cercle Taleb Abderrahmane dans le temps « Monsieur Bitat parlait plus politique avec sa femme qu’avec les députés ». Un jour sa femme le surprit par une question et perturba un peu son royaume « Demain c’est la journée des élections. Des députés seront élus et d’autres réélus. Que penses-tu des résultats ? » Avec sa sagesse politique il répond « Bitat oui ou Bitat non. Bitat restera toujours le Rabeh ». Rabeh en arabe signifie le gagnant et Rabeh était aussi son prénom. Zohra Drif ne savait pas de quel Rabeh parlait notre président. Certains disent : Derrière toute femme puissante se cache un homme distrait. A la même manière je dirai derrière Zohra la téméraire se cachait un homme historique discret.

Les grandes femmes respectent leur limite et savent quand la parole est nécessaire. Onze ans après la mort du silencieux, en février dernier, elle déclare au quotidien d’Oran « Je ne juge pas, je m’interroge simplement : Comment peut-on réussir avec les mêmes acteurs ayant eu à prendre en charge l’exécution des précédents programmes ? Allons-nous continuer avec les mêmes acteurs ? ». Cette déclaration est-elle à la hauteur de son héroïsme de poseuse de bombe pendant la révolution ? Je pense que madame Zohra voulait dire : Puisque nous sommes en démocratie, un sénateur en fin de carrière ne s’interroge pas, il doit juger les gens avec précision. Lisons ses déclarations à Monsieur Ben Saleh publiées par le quotidien El Khabar « L’Algérie de 2011 n’est pas l’Algérie de 1962 ni l’Algérie de 1995. Il convient, donc, de faire preuve de sagesse pour trouver une solution à ces problèmes, et que nous sachions que nous sommes face à une nouvelle génération…… Je dis qu’il faut une alternance au pouvoir, je suis contre un mandat présidentiel à vie, et je pense qu’il est très important que nous apportions à notre pays notre expérience et notre sagesse, mais il est, également, important que nous préparions la relève.

C’est cela le jeu de la démocratie. Le document que j’ai distribué à l’issue de mon invitation à la consultation, reflète ma conviction de ce qui convient à mon pays et l’espoir que mon pays ait une place parmi les grandes nations de ce monde. » Peut-être Zohra voulait se référer à Michaël Kami le stratège américain mais sa fierté algérienne l’oblige d’éviter la façon américaine « Une vision sans action n’est qu’une hallucination. Ce ne sont pas les sociétés qui font des erreurs, ce sont leurs dirigeants ». L’histoire se répète.

La poseuse de bombes a bien ciblé cette fois-ci. Ce n’est plus une bombe au milkbar de la rue Ben M’Hidi (ex rue d’Isly à Alger) mais une bombe sous le comptoir de si Ben Saleh. Cette grande femme fait exception à la règle qui dit « Le courage est inversement proportionnelle à l’âge des gens. ». Pour mesurer son courage lisez ses paroles. En juillet 2007, devant les membres du Sénat, elle avait violemment critiqué l’ex-chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem au lendemain de la présentation de son bilan politique.

« M. le Chef du gouvernement, je suis navrée de vous dire que, hélas, le citoyen ne croit pas en vous, en vos institutions, en votre politique… En plus des difficultés de la vie quotidienne, les citoyens ressentent des signes de frustration, d’extrémisme et de dérive. Ils font face à la violence, au gaspillage flagrant des deniers publics, à l’absence de gestion, au vol et à la corruption, à l’immigration illégale (harraga), à la fraude aux examens, notamment au baccalauréat. Voilà la réalité aujourd’hui, M. le Chef du gouvernement. ». L’intervention courageuse de Zohra expose la démocratie en Algérie.

Cette héroïne algérienne a défié l’Alzheimer, maladie de l’oubli, qui touche aujourd’hui environ un million de personnes en France quand elle a répondu aux journalistes français en Juillet dernier : On nous répète qu’il faut oublier le passé mais il est difficile quelquefois de se taire quand la colère nous étouffe.

Après la visite de Zohra Drif en France, la Zohra de Sarkozy écrit : La Coordination Nationale du Mouvement de la Résistance Harkis avec les pieds-Noirs qui la rejoindront, mèneront ensemble une action sur le terrain pendant 34 jours à travers tous les départements pour démontrer que le Président de la République avec son Gouvernement sont des voyous de la République et des délinquants constitutionnels. Elle continue « Nous considérons que nous ne sommes plus chez nous, on préfère dérouler le tapis rouge à des criminels de la guerre d’Algérie, ceux qui salissent la France, ceux qui l’insultent au lieu de servir les honnêtes citoyens et aider nos compatriotes dans la détresse » En conclusion : La bataille de convictions entre les deux Zohra est un résultat de notre histoire mais la vérité de Roger n’est qu’un mensonge de son éducation coloniale.

* Omar Chaalal Pr. Associé Génies des Procédés Le Quotidien Oran

 


http://www.legrandsoir.info/le-mensonge-est-une-education-coloniale.html
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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:53

ak47xk.jpgElle est de tous les conflits actuels, véritable figure de proue de l’industrie d’armement Soviétique. Mise en service pour le compte de l’armée Rouge dans les années 50, la Kalachnikov, dont le modèle dérivé le plus connu reste l’AK-47, a traversé les plateaux humides Vietnamiens jusqu’aux guerres civiles africaines endémiques, en passant par les champs de pavot du sud de l’Afghanistan.

Toutefois, après ces bons et loyaux services, tant dans les rébellions civiles que dans les armées de plus d’une soixantaine de pays, l’histoire de la Kalachnikov, que l’on croyait immortelle, connaît plusieurs essoufflements. Ceux-ci sont principalement dus à ce qui l’a élevé au rang de première arme utilisée dans le monde : sa qualité (on est loin du concept d’obsolescence programmée). En effet, cette arme est un bijou de robustesse (plongée dans l’eau ou dans le sable, elle ne s’enraye pas!). Simple d’utilisation, elle possède un autre atout majeur : son faible prix, dû à un coût de production abaissé au maximum en raison de l’utilisation de matériaux bons marchés (plastique, bois et métal pour les premières versions).

L’histoire de la Kalachnikov que l’on croyait immortelle connaît plusieurs essoufflements principalement dus à ce qui l’a élevé au rang de première arme utilisée dans le monde : sa qualité.

A ce jour, la Kalachnikov demeure de loin l’arme la plus connue et la plus représentée dans l’imaginaire collectif en raison de son utilisation dans l’ensemble des conflits depuis plus d’un demi siècle. Néanmoins, cette notoriété est également liée au fait qu’elle est de loin l’arme la plus copiée et dérivée. Bienvenue dans un monde où industrie d’armement rime souvent avec contrefaçons.

Des ateliers d’Izhmash au mythe Kalash.

C’est en 1947, après une longue convalescence post-seconde guerre mondiale que Mikhaïl Kalachnikov présente à l’Armée Rouge, dans les ateliers d’Izhmash dans l’Oural, un nouveau fusil automatique : « l’Avtomat Kalachnikova 1947″ (Kalachnikov Automatique 1947), dont l’histoire ne retiendra que l’acronyme : AK-47. Dès cette date, l’armée soviétique fait de la Kalachnikov le fusil réglementaire de son infanterie motorisée. Ce n’est que quelques années plus tard, à la suite de plusieurs modifications liée au poids et à son maniement, qu’elle l’adopte dans tous ses corps d’armée.

Sa robustesse, sa légèreté et son faible coup de production vont en faire peu à peu l’arme la plus utilisée dans le monde, grâce à un conflit majeur qui va ébranler le monde pendant plusieurs dizaines d’années : la guerre froide. Chacun des partenaires stratégiques du bloc soviétique vont acheter des licences de production de Kalachnikov, portant à plusieurs dizaines millions les armes en circulation estampillées “Kalachnikov”, en quelques années seulement. La Kalashnikov, arme mondiale et mondialisée, inonde également les photographies des différents conflits, devenant une véritable allégorie de la guerre, et même un symbole de liberté pour les révolutionnaires de nombreux pays. Elle sera dérivée en plusieurs versions au fil des années et des conflits, adoptant plusieurs calibres pour répondre à la demande émanant du monde entier, passant du 7.62 originel au célèbre 5,56 OTAN.

AK-47 dans sa version de base (1956)

Aujourd’hui, le nombre d’exemplaires vendus de l’arme devenue légende atteint les 70 millions d’unités . Elle est l’arme la plus vendue et la plus meurtrière de tous les temps. Toutefois, son créateur ne reçu jamais d’argent malgré les prouesses économiques de son bijou. Encore aujourd’hui, plusieurs usines et fabricants d’armes tirent pourtant parti du formidable emballement pour cette arme et ce grâce à des copies toujours plus nombreuses.

Sa contrefaçon : le symbole d’une reconnaissance ?

Mikhaïl Kalachnikov lui-même a estimé en 2007 que 9 Kalachnikov sur 10 présentées comme telles étaient de simples copies, issues de pays ayant – pour certains – possédé des licences de production de l’arme par le passé. En effet, afin de produire une arme dans un pays, l’industrie du pays demandeur doit acheter une licence de production, qui équivaut à un transfert de technologie, valable plusieurs années. Cela est très commun lors de la conclusion de gros contrats, tels que récemment la possible vente du Rafale à l’Inde (une vingtaine d’avions produits sur les chaines d’assemblage de Dassault contre une centaine en Inde chez HAL – Hindustan Aeronautics Limited).

Ainsi, lors de la guerre froide, l’URSS a vendu des licences de production de Kalachnikovs à l’ensemble de ses partenaires stratégiques. Cependant, après la chute du Bloc Soviétique, une redistribution des cartes fut faite. Tout d’abord, les arsenaux de l’Union Soviétique furent dispersés dans le monde entier grâce aux marchands de mort, qui n’hésitaient pas à vendre des armes et munitions à tous les belligérants, sans distinction idéologique, contournant au passage les différents embargos. La demande d’armes fut beaucoup plus faible que le nombre d’armes sur le marché et les pays possédant des licences devenaient des rivaux de premiers plan face à la Russie dans la production de ce type d’armement.

9 Kalachnikovs produites sur 10 seraient le fruit de chaines d’assemblage étrangères à la Russie, dont beaucoup ne détiendraient plus de licences de production.

Ce n’est qu’en marge d’un forum sur les armes légères organisé par l’OSCE en 2006 à Vienne que la Russie a enfin dénoncé ouvertement les contrefaçons de son arme. Le pays des Tsars revendiquait alors seulement 10 à 12% de la production annuelle de Kalachnikovs à l’intérieur de ses frontières, le reste étant réparti entre d’anciens détenteurs de licences officielles. Ainsi, 9 Kalachnikovs sur 10 seraient le fruit de productions étrangères à la Russie, dont beaucoup ne détiendraient plus de licences de production.

Aujourd’hui, on ne dénombre pas moins de 63 dérivés plus ou moins réussis de la Kalachnikov, produits pour la plupart à l’étranger. Certaines ressemblances sont plus que frappantes, tant sur le plan visuel que technique, telles que les séries WASR réalisées en roumaine, le Zastava M70 serbe ou le Type 81 chinois. Ces derniers modèles sont tous issus de licences vendues par l’URSS à ses alliés durant la seconde partie du XXe siècle. La Bulgarie illustre plus que tout autre pays ce problème de continuité de production après expiration des licences. C’est dans les années 90 que les licences possédées par la société Arsenal ont expiré. Toutefois, possédant toujours des chaînes de production, elle ne s’est pas privée pour continuer la production/conception de Kalachnikovs, expédiant son produit majoritairement en Afrique alors que la licence initiale prévoyait seulement une production pour sa propre armée.

En 2009, un des représentants de la société d’Izhmash évoquait dans les colonnes du journal britannique The Independant un manque à gagner pour l’industrie russe de 400 millions de dollars par an environ. Face à cette fuite, Рособоронэкспорт – régulateur des exportations et les ventes de licences pour le complexe militaro-industriel russe – a élevé le ton contre ses anciens partenaires stratégiques pour demander des comptes sur la production de copies de Kalachnikovs. Toutefois, les efforts de Рособоронэкспорт se révèlent aujourd’hui vains, et des pays exportateurs de copies – en grande partie d »Europe de l’Est – demandent à ce que les négociations sur ce thème ne soient pas faites au niveau institutionnel mais étatique ; autant dire qu’un accord entre les différentes parties est encore incertain eût état du climat actuel des pourparlers.

Quel avenir pour la production Russe de fusils automatiques ?

La production de fusils automatiques par la Russie a connu plusieurs problèmes liés principalement aux contrefaçons mais aussi – et surtout – au manque criant d’innovation. Alors que ses anciens partenaires stratégiques dans ce domaine innovaient à partir des modèles originels délivrés par la Russie sous licence, cette dernière s’enlisait dans la décadence industrielle. Toutefois, récemment, la société Izhmash à pris conscience de ce retard et tente désormais de juguler cette tendance en développant de nouveaux fusils d’assaut, tels le nouveau AK-12, mis en production récemment pour le compte de l’armée russe ; ou le AK-200, encore au stade de prototype avancé. Malgré tout, ces nouveaux prototypes diffèrent en peu de points du design de la Kalachnikov automatique originelle. Certains spécialistes vont jusqu’à dire que ces nouvelles versions ne représentent que des coups de lifting (modules additionnels etc.).

La Russie est avant-tout victime de son manque d’innovation réelle dans le secteur de l’armement, pendant que ses concurrents stratégiques, tels que la Chine, continuent de développer leur potentiel dans ce secteur.

A force de manquer d’innovation dans le secteur de l’armement, la Russie voit depuis plusieurs années ses parts de marché être grignotées, ce qui pourrait lui coûter sa deuxième place d’exportateur d’armes dans les prochaines années. Un cas illustre particulièrement bien cette tendance, celui de l’exportation d’armes vers la Chine. En effet, l’année 2007 a vu une baisse drastique des exportations d’armement russes vers la Chine [SIPRI Policy Paper N°29]. Ceci est dû principalement à deux points. Tout d’abord, la Chine aspire depuis plusieurs années à développer elle-même ses armes légères. En parallèle, l’empire du milieu cherche à importer majoritairement des technologies de pointe lorsqu’il ne peut pas lui-même les développer, afin d’en soutirer les secrets dans le but d’éventuelles copies futures. A terme, on assiste aujourd’hui en Chine à un réel renversement de tendance : hier importatrice nette, cette dernière est désormais une puissance exportatrice majeure dans le domaine de l’armement.

Ainsi, ce n’est pas seulement la Kalachnikov qui s’avère être contrefaite mais bien une large majorité des productions militaires actuelles. Malgré tout il est encore aujourd’hui – très – difficile de comparer les chiffres de la contrefaçon touchant certains secteurs habituellement sous les feux des projecteurs (luxe, drogue, vêtements) et le secteur de l’armement, restreint à un nombre d’initiés où le secret reste l’une des principales barrières.

Je tiens à remercier ER. et GD. pour les nombreuses
informations et corrections apportées à l’article.

Des ateliers clandestins jusqu’aux kits « Do It Yourself »

La copie ne se fait pas qu’au stade industriel. Plusieurs ateliers clandestins – souvent l’œuvre de carrossiers reconvertis – ont vu le jour sur certaines zones d’instabilité telles qu’au Pakistan, en Afrique ou dans certains camps palestiniens (Nahr El Bared & Ain el Helwé) au Liban. Il était possible – avant la guerre civile syrienne – de se procurer en marge de ces camps une Kalachnikov « maison » pour 50 à 100 dollars US suivant le nombre d’intermédiaires. Aujourd’hui avec la demande émanant de la frontière libano-syrienne, les prix ont explosés et plusieurs autres marchés parallèles ont vu le jour.

La fabrication de cette arme va bien plus loin que de simples ateliers clandestins. Il est possible de se procurer par le biais d’internet – et pour les plus bricoleurs – des kits permettant de réaliser sa propre Kalachnikov dans son garage. Dans la plupart des cas, ces kits ne sont pas complets mais il est possible pour tout un chacun d’acheter en parallèle les pièces manquantes ou de les fabriquer à l’aide d’outils et de matériaux disponibles dans le commerce.

 

http://www.intelligence-strategique.eu/2012/kalahnikovs-entre-mythe-et-contrefacons/

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:27

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http://www.bastamag.net/article2216.html

 

 

La fin annoncée du pétrole et l’envolée des prix de l’essence compromettent l’avenir de l’industrie automobile. Au royaume du moteur à combustion, élus, syndicats et entreprises anticipent cette nécessaire transition. Le Bade-Wurtemberg, État-région le plus riche d’Allemagne et capitale européenne de l’automobile, prépare sa mue industrielle. L’enjeu : préserver les emplois et des conditions de travail correctes tout en développant de nouvelles activités. Enquête au pays de Porsche, Audi et Daimler.


C’est la patrie de l’automobile et la première région industrielle allemande. En Bade-Wurtemberg, dans le sud de l’Allemagne, aux frontières française et suisse, près d’un salarié sur dix [1] travaille dans l’industrie automobile. Ils sont 188 000 rien que pour la production. Porsche, Audi et Daimler (Mercedes-Benz) y produisent des véhicules. La région abrite aussi le siège du plus important équipementier automobile du monde, Bosch. S’y ajoutent des centaines de fournisseurs du « Mittelstand » – les PME allemandes. Le taux de chômage de la région, le plus bas du pays, fait rêver plus d’un Européen : 4 %. Le salaire moyen y dépasse les 3 400 euros brut.

Alors, quand un écologiste, Winfried Kretschmann, est arrivé à la tête du gouvernement du Land en 2011, après soixante ans de règne ininterrompu des conservateurs, les dents ont évidemment grincé. À peine élu, il a déclaré qu’il valait « mieux moins de voitures que plus ». « Cela a provoqué une certaine irritation ici, chez Daimler », sourit Silke Ernst, syndicaliste et membre du comité central d’entreprise. « Nous voulons que le Bade-Wurtemberg reste la région numéro un de l’automobile en Allemagne », a pourtant répété l’écologiste. Avec l’ère du tout pétrole qui se termine, le défi est de préparer la transition vers de nouvelles technologies plus écologiques, notamment le développement des véhicules électriques.

Comment prôner la transition au pays du moteur à combustion ?

Une certaine anxiété a envahi les ateliers. « Toute la vallée autour de Stuttgart vit du moteur à combustion. Or, la technologie électrique est complètement différente. Nous avons une fonderie, par exemple. Nous n’en aurons plus besoin pour fabriquer des moteurs électriques », s’inquiète Silke Ernst. Conscients des préoccupations des salariés, le syndicat IG Metall et le comité d’entreprise de Daimler ont lancé une étude d’impact sur « l’électromobilité ». En clair : examiner les conséquences sociales du passage aux véhicules électriques. « L’enjeu est que nous soyons, en tant que représentants des salariés, préparés à la transition. Nous voulons mesurer quels seront les effets sur l’emploi, quelles seront les nouvelles exigences en matière de sécurité au travail, ou ce que devraient mettre en œuvre les pouvoirs locaux pour préserver le site industriel. » L’étude doit aussi définir les futures qualifications nécessaires pour former les salariés. Un chantier d’ampleur.

« Les technologies utilisées dans la fabrication des voitures électriques sont courantes dans d’autres branches industrielles, explique Lutz Engel, de l’agence publique régionale pour l’électromobilité, e-mobil. L’enjeu est de transférer ces compétences à l’automobile. » L’agence réalise un inventaire des formations existantes dans les universités et sonde les entreprises sur leurs besoins. Voilà pour les ingénieurs. Les ouvriers qualifiés sont, eux, formés par les chambres de commerce et d’industrie. De grandes entreprises, comme Bosch, s’y sont mises. Les choses traînent en revanche dans les PME, qui attendent souvent de ressentir concrètement le besoin pour envoyer leurs salariés en formation.

Moins d’ouvriers pour fabriquer les véhicules électriques ?

Le Land subventionne certaines formations. Mais le nombre d’emplois à créer suivra-t-il ? La fabrication de véhicules électriques devrait en créer 30 000 d’ici à 2020. Mais ces postes pourraient d’abord se trouver « dans la recherche et le développement ou dans d’autres branches, comme la chimie pour les batteries, ou encore chez les fournisseurs, pas chez nous à la production », pointe Silke Ernst, chez Daimler. Quid des ouvriers ?

Les moteurs électriques sont plus simples que ceux à explosion. Une première analyse [2] le souligne : un moteur à combustion comprend environ 1 400 pièces, contre seulement 200 pour un électrique. Le volume de travail dans les ateliers baisserait ainsi de 50 à 70 %. Ce qui représentent des milliers d’emplois (27 000 personnes travaillent en Allemagne dans les ateliers de fabrication et de montage des moteurs Daimler). Mais d’autres tâches pourraient apparaître ailleurs. « La fabrication de carrosseries plus légères demandera, par exemple, de la main-d’œuvre supplémentaire », indique Jürgen Dispan, chercheur à l’institut indépendant IMU de Stuttgart, qui participe à l’étude.

Une transition plus difficile pour les PME

Pour les syndicats, l’enjeu est avant tout de conserver la production sur le site. Les travailleurs allemands ont déjà perdu la bataille de la Classe C (Mercedes-Benz), qui sera fabriquée aux États-Unis, en Alabama, à partir de 2014. « L’entreprise a naturellement tendance à grandir là où sont les marchés, en Chine et aux États-Unis. C’est là que Daimler investit aujourd’hui », explique Silke Ernst. Daimler a déjà conclu un accord avec Renault : le Français livrera le moteur électrique pour la Smart de l’Allemand, qui fournira, lui, la batterie de la Twingo électrique ZE. Les premiers bébés de cette alliance sortiront des usines en 2014. Autre partenariat scellé l’année dernière : avec l’équipementier Bosch pour développer et produire en commun des moteurs électriques. « La production restera certes dans la région, mais ne se fera plus en interne », déplore la représentante des salariés.

Bosch fait partie des équipementiers automobiles en pointe dans le domaine. L’entreprise investit 400 millions d’euros par an pour passer au moteur électrique. Et dispose aujourd’hui de l’ensemble des compétences de la chaîne : batterie, moteur et électronique.« Il y a aussi beaucoup de petits équipementiers dans la région, près d’un millier. Eux ne sont pas bien préparés. Ces PME n’ont pas les mêmes capacités de recherche et de développement que les grandes entreprises, ni leurs possibilités d’investissement », avertit Jürgen Dispan, qui a aussi examiné le secteur pour la chambre de commerce et d’industrie de Stuttgart.

Des pompes à injection aux panneaux solaires

Avec la crise de 2008, qui a touché le secteur de plein fouet, certains fournisseurs se sont déjà détournés de l’automobile pour explorer, entre autres, les énergies renouvelables. Bosch investit, par exemple, dans le solaire. C’est d’ailleurs le photovoltaïque qui a sauvé son usine française de Vénissieux, près de Lyon. Elle produisait auparavant des pompes à injection. Le cinquième fournisseur automobile allemand, le Badois ZF Friedrichshafen, s’est, lui, dirigé vers les éoliennes. Il en conçoit les engrenages et s’est déjà hissé en haut du marché européen. Un autre grand équipementier de la région, ElringKlinger, qui ne travaillait presque que pour l’automobile à combustion, s’essaie maintenant aux batteries pour véhicules électriques et même à l’industrie médicale.

Certaines tentatives restent toutefois sans lendemain. Le fabricant de presses (pour les carrosseries, mais aussi à monnaie) Schuler a pris le parti, il y a trois ans, de se rendre moins dépendant du secteur automobile. L’entreprise a construit une première éolienne, mais l’ancien gouvernement conservateur de Bade-Wurtemberg ne voulait pas voir les turbines à vent s’élever dans le paysage. Schuler n’a jamais obtenu d’autorisation pour installer son prototype, et a abandonné. Avec la nouvelle équipe écologiste et social-démocrate aux manettes dans la région, le secteur des énergies renouvelables devrait pouvoir s’y développer. Le gouvernement de Winfried Kretschmann souhaite 38 % d’énergie verte dans la production électrique du Land d’ici à 2020 [3]. Il a doublé les aides au secteur dans le budget 2012 et vient d’adopter une loi pour faciliter l’implantation d’éoliennes.

Des entreprises engagées dans la transition écologique

Un changement de cap qui n’effraie pas les entreprises de Bade, surtout pas les constructeurs de machines, autre grand producteur de richesses de la région. « Elles perçoivent très bien le potentiel de la transition, estime Jürgen Dispan [4]. En France, l’industrie automobile est entrée en déclin : le secteur a perdu 20 000 emplois en dix ans et souffre commercialement.

En 2010, le patron d’EBM Papst, un fabricant de ventilateurs industriels, avait salué Winfried Kretschmann en visite sur son usine d’un « les Verts sont nos amis ». Le fabricant développe depuis des années des produits de plus en plus économes en énergie. « Les constructeurs savent que des machines plus efficientes leur apporteront des parts de marché. Le monde entier fait aujourd’hui attention à émettre moins de CO2, la Chine aussi. Et ces entreprises disent : "Si vous voulez moins de CO2, très bien, alors l’Union européenne doit adopter des normes et nous ferons des machines en fonction." » Il est rare que des entreprises réclament des normes plus strictes...

Rachel Knaebel

Notes

[1] 374 900 sur 3,9 millions, selon les estimations de l’institut IMU de Stuttgart. Plus d’un quart des salariés allemands du secteur se trouvent ici.

[2] Réalisée par la section badoise d’IG Metall.

[3] Soit au-dessus de l’objectif fédéral de 35 %.

[4] Le chercheur a réalisé une étude, commandée par les Verts européens, sur le développement de la technologie verte chez les constructeurs de machines de Bade.

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:38

1couv_CCMO3.jpgNB : le texte qui suit est la première partie d'un article publié dans l'ouvrage collectif Le Moyen-Orient en marche : perspectives croisées, qui vient de paraître aux éditions du Cygne. À la fin de l'extrait, on trouvera le sommaire du livre. 

 

Depuis la défaite de juin 1967 et avec le déclin du nationalisme arabe, la Palestine a souvent été considérée comme le dernier bastion (ou l’avant-garde) de la lutte anti-impérialiste et anti-sioniste au Moyen-Orient. La résistance maintenue des Palestiniens à l’occupation et à la colonisation israéliennes, de la lutte armée des années 1970 aux initiatives dites de « résistance populaire » (à partir de 2005), en passant par la première Intifada (décembre 1987), a longtemps servi de point de référence aux peuples de la région, orphelins des idéaux nassériens et/ou panarabes.

 

Les bouleversements que traverse aujourd’hui le monde arabe interrogent cette approche « classique », selon laquelle les populations de la région accusaient un considérable « retard » sur les Palestiniens, ces derniers étant les seuls à avoir échappé au processus de glaciation politique et sociale entamé dans les années 1970. Certains en étaient même allés jusqu’à considérer que le monde arabe n’était plus un acteur de l’Histoire. Un éditorial du Monde expliquait encore, le 19 mars 2011, au sujet de l’expédition militaire en préparation en Libye, ceci : « Il faut associer le monde arabe aux opérations militaires. Il en a les moyens : il dispose de centaines de chasseurs. Il a l’occasion de faire l’Histoire, pas de la contempler »[1].


Sans tomber dans les excès de l’éditorialiste – anonyme – du Monde, force est de constater que le combat palestinien a longtemps joué un rôle de lutte « par procuration » pour des populations dont les dirigeants avaient depuis longtemps abandonné les idéaux nationalistes. Or, depuis quelques mois, ce n’est plus tant le monde arabe qui « regarde » vers la Palestine, mais bien souvent le peuple palestinien qui « regarde » vers le monde arabe : de même que, par exemple, les bombardements sur Gaza en 2008-2009 avaient fait la « Une » des journaux arabes et généré un élan de solidarité avec la population de Gaza dans toute la région, la chute de Ben Ali, puis de Moubarak, ont occupé la « Une » des médias palestiniens et ont suscité chez les habitants des territoires occupés la sympathie, pour ne pas dire l’admiration, à l’égard des peuples tunisien et égyptien.

 

Cette sympathie n’est pas seulement à appréhender du point de vue de la « solidarité internationale ». Elles expriment en réalité ce que l’échec des idéologies panarabes avait en partie occulté : la conscience d’une communauté de destin chez les peuples de la région, en raison notamment d’une histoire coloniale et postcoloniale commune, quand bien même les récentes histoires nationales auraient divergé. La singularité de la situation palestinienne et sa surexposition politique et médiatique lui ont conféré une place particulière dans les processus d’identification régionaux. Le renversement que nous venons d’évoquer confirme ce phénomène qui traduisait, en premier lieu, l’aspiration maintenue des peuples de la région à plus de dignité, de justice et de libertés. Avec l’irruption visible des peuples arabes sur la scène politique, les Palestiniens sortent de l’isolement, et semblent en avoir conscience. 

 

S’agit-il pour autant d’un réel renversement de perspective ? En d’autres termes, les bouleversements en cours peuvent-ils contribuer à ce qu’une reconfiguration de la question palestinienne s’opère ? C’est à ces questions que je tenterai de répondre dans cette étude, en trois temps : tout d’abord, en rappelant que la question de Palestine fut, après la création de l'État d’Israël, une question arabe ; ensuite, il conviendra d’interroger l’autonomisation progressive de la question palestinienne avant, dans un dernier temps, de mesurer les premiers effets visibles, sur la scène palestinienne, du processus révolutionnaire en cours.

 

La question de Palestine : une question arabe


L’histoire récente nous fait souvent oublier que la question palestinienne (lutte pour la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens) a d’abord été la question « de Palestine » (lutte pour la libération de la terre de Palestine) et, à ce titre, une question arabe. Les États arabes ont refusé la partition de 1947 et plusieurs d’entre eux ont été en guerre contre Israël à 3 reprises (1948, 1967, 1973). Lorsqu’en 1964 la Ligue des États Arabes soutient la création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), ce n’est pas tant pour permettre aux Palestiniens de se doter de leur propre représentation que pour réaffirmer le leadership des États arabes pour tout ce qui touche à la question de Palestine.

 

Le premier Conseil National Palestinien (CNP, « parlement » de l’OLP), se réunit à Jérusalem en mai 1964 sous l’étroite surveillance des régimes arabes, notamment de l'Égypte et de la Jordanie. Ahmad Choukeyri, à la tête du premier Comité Exécutif de l’OLP (CEOLP), est une personnalité relativement consensuelle auprès des régimes arabes, qui précise, dans son discours inaugural, ce qui suit : « la création de l’entité palestinienne dans la cité de Jérusalem ne signifie pas que la rive occidentale du Jourdain fasse sécession de la Jordanie. Nous voulons libérer notre patrie qui s’étend plus loin, à l’Ouest. En aucune façon nous ne menaçons la souveraineté jordanienne car cette terre a été, tout au long de l’Histoire, le refuge d’une même nation et n’a formé qu’une seule patrie »[2]. Une véritable lutte s’est déroulée, dans les années 60, pour que la question de Palestine soit prise en charge par les Palestiniens eux-mêmes. Ce fut la raison d’être du Fatah, fondé en 1959. Les fondateurs du Fatah en effet déduisent de la débâcle de 1948 et de l’incapacité des régimes arabes à libérer la Palestine, la nécessité d’une prise en charge autonome de la question palestinienne. C’est ce que certains ont nommé la « palestinisation » de la lutte[3], qu’on entendra ici comme le projet de réappropriation par les Palestiniens eux-mêmes d’une cause considérée comme confisquée par les régimes arabes. Pour le noyau dirigeant du Fatah, les États arabes sont incapables de mener à bien la lutte pour la reconquête de la Palestine car ils la subordonnent à leurs intérêts et objectifs propres et l’ont, de fait, reléguée au second plan.

 

Le Fatah récuse le mot d’ordre en vogue dans les milieux panarabes : « l’unité arabe conduira à la libération de la Palestine ». Ils rendent même responsables les régimes arabes de la défaite de 1948, affirmant par exemple que l’intervention des armées arabes « a échoué car les états arabes ont écarté les forces vives palestiniennes de la bataille en suspendant leurs activités armées révolutionnaires »[4]. Dans la rhétorique du Fatah, la prise en charge de la question palestinienne par les régimes arabes n’est donc pas seulement une erreur, mais un obstacle à la libération de la Palestine. D’où la nécessité d’établir un mouvement palestinien autonome, émancipé de toute tutelle arabe, avec ses propres structures, son propre programme, sa propre direction et ses propres instances de décision. La défaite de juin 1967 donne un écho conséquent au discours du Fatah, qui prendra le contrôle de l’OLP en 1968-69 autour du mot d’ordre de la palestinisation. La guerre de 1973, par laquelle les États arabes indiquent qu’ils n’entendent plus reconquérir militairement la Palestine, confortera les positions du Fatah et le processus de palestinisation qui accompagne la désarabisation du combat pour la Palestine. En effet, l’autonomie acquise par le mouvement national palestinien est aussi le reflet du désengagement des États arabes dans le combat contre Israël, facteur déterminant de la glaciation politique régionale a partir des années 1970. 

 

Une autonomie palestinienne relative

 

L’autonomie ainsi acquise est cependant à relativiser.

 

Tout d’abord, le Fatah (et l’OLP) sont dépendantes financièrement des régimes arabes. Dès le début des années 1960, le mouvement de Yasser Arafat, qui prônait la lutte armée, a frappé aux portes des argentiers arabes : en 1962, Abu Jihad se rend en Algérie où il rencontre les dirigeants du FLN qui l’assurent de leurs dispositions à soutenir le Fatah. La Syrie et l’Iraq baathistes accepteront eux aussi d’apporter un soutien matériel au mouvement et d’héberger des camps d’entraînement. Le Fatah entend jouer sur les contradictions internes au monde arabe en s’appuyant, dans le cas de l’Iraq et de la Syrie, sur des régimes en compétition avec l'Égypte nassérienne, a fortiori depuis l’échec de la République Arabe Unie. Cette politique conduira Yasser Arafat à solliciter certains de ses proches pour qu’ils recherchent le soutien financier de l’Arabie Saoudite. En 1964, le leader du Fatah missionne Khalid al-Hassan pour établir un contact direct avec les autorités saoudiennes, en l’occurrence le ministre du Pétrole Ahmad Zaki Yamani. Ce dernier organisera une entrevue entre Arafat et le Roi Faysal, qui offrira une somme d’argent considérable au Fatah.

 

Dépendant des financements et du soutien matériel étrangers, notamment arabes, le mouvement se place dans une situation doublement contradictoire avec sa revendication d’autonomie. En premier lieu, le soutien matériel est subordonné aux jeux d’alliances régionaux : la fragilité de ces alliances place le Fatah dans une situation de précarité extrême. C’est ainsi que plusieurs décennies plus tard, ce « péché originel » du Fatah aura des répercussions considérables lorsque Yasser Arafat apportera son soutien à Saddam Hussein lors de la première Guerre du Golfe, provoquant une véritable hémorragie financière de l’OLP. En second lieu, les pays « donateurs » exigent d’avoir un droit de regard sur les activités du Fatah. C’est ainsi que l’Iraq, puis la Syrie, préféreront rapidement, après avoir tenté à plusieurs reprises d’interférer dans les affaires internes du Fatah, susciter la création de mouvements « palestiniens » qui leur sont en réalité inféodés, afin de peser au sein de l’OLP.

 

Un second élément renforce le caractère subalterne de l’autonomie revendiquée par le Fatah (et dont héritera l’OLP) : c’est le principe de « non-ingérence palestinienne dans les affaires intérieures arabes ». Pensé comme la logique et juste contrepartie de la revendication de l’autonomie du mouvement palestinien et donc de la « non-ingérence arabe dans les affaires intérieures palestiniennes », ce principe s’avère en réalité être, lui aussi, une faiblesse structurelle majeure du Fatah, qui aura de tragiques conséquences, en Jordanie puis au Liban. L’idée de la non-ingérence est en effet doublement paradoxale :

 

- elle trace un trait d’égalité, avec le principe de réciprocité, entre des entités étatiques constituées et un peuple en exil… dans ces entités. Toute activité politique palestinienne au sein des États abritant des réfugiés peut être considérée par ces États comme une ingérence au sein de leurs affaires intérieures. En revendiquant le principe de non-ingérence, le Fatah offre des arguments à des régimes potentiellement hostiles et s’interdit, a priori, d’influer sur la politique des États dans lesquels vivent la majorité des Palestiniens.

 

- elle sous-entend que les Palestiniens pourraient conquérir une place dans le dispositif étatique arabe sans que celui-ci ne subisse de bouleversement majeur ou, plus précisément, sans que les organisations palestiniennes ne prennent en charge tout ou partie du combat contre des régimes autoritaires, conservateurs, voire réactionnaires. Cette analyse contestable sera source de débats et de tensions avec les futures organisations de la gauche palestinienne.

 

Le principe de non-ingérence renforce le caractère subalterne, voire contradictoire, de l’autonomie revendiquée par le Fatah. Il indique que, malgré une rhétorique très critique à l’égard des régimes arabes, le mouvement n’entend pas entrer en confrontation directe avec eux. Conscients de leur faiblesse numérique et militaire, les dirigeants du Fatah comptent sur le soutien des États arabes dans la lutte pour la libération de la Palestine. La dépendance à l’égard des États arabes est assumée, elle participe du positionnement paradoxal du Fatah et le l’OLP dans le contexte politique et social régional à partir des années 1970. Ce positionnement paradoxal et le caractère structurellement subalterne de l’autonomie palestinienne marquera durablement le mouvement national palestinien. Si la question de Palestine est progressivement devenue une question palestinienne, elle n’en est pas moins demeurée une question intégrée au dispositif régional. A l’heure où ce dernier est en train de vaciller, rien de surprenant dans le fait que les coordonnées de la question palestinienne soient amenées à être rapidement bouleversées. 

 

Les premières répercussions du processus révolutionnaire

 

(...)

 

 

Présentation et sommaire complet de l'ouvrage

 

Les mouvements de protestation contre les régimes autoritaires qui s'élèvent dans tous les pays arabes donnent à voir un autre visage des mondes arabes jusqu'ici nié dans un amas de clichés nauséabonds. De l'inadéquation supposée entre islam et démocratie, au besoin inventé des peuples arabes d'être dirigés par un leader, ces stéréotypes sont aujourd'hui visiblement balayés par des processus qui ont en réalité mûri depuis le mouvement de la Nahda au XIXe siècle.


Si la métaphore du « printemps arabe » renvoie justement à cette idée d'une renaissance, elle cantonne aussi, le temps d'une saison, un mouvement qui promet de s'étendre sur un temps long. Aussi, parler de « printemps arabe » pour qualifier cette lame de fond semble quelque peu inapproprié. D'autant qu'il ne saurait y avoir un « printemps arabe », mais des « printemps arabes » protéiformes, tributaires de particularismes historiques, de systèmes politiques, de tissus sociaux propres à chacun des pays. D'ailleurs les « printemps arabes » sont loin de n'être qu'arabes... et montrent, à ceux qui en douteraient encore, que le peuple est un acteur politique, économique et social à part entière. Comment s'est construite cette prise de conscience et sur quels particularismes repose-t-elle ?


En abordant ce phénomène dans ces aspects juridiques, historiques, politiques, économiques et sociaux, ce cahier – qui s'inscrit dans une série de trois opus consacrée aux révolutions arabes – propose quelques études de cas réalisées à chaud.


Qu'elles soient entamées, maîtrisées, ou figées, ces révolutions promettent, avec des temporalités et selon des modalités différentes, des bouleversements structurels majeurs que tous doivent désormais intégrer dans leur appréhension de la région. Le Moyen-Orient, jusqu'ici perçu comme une région sclérosée, est bel et bien en marche...

 

Introduction

 

L'élection de l'Assemblée Nationale Constituante en Tunisie : où en est-on?

Meriem Ben Lamine

 

Egypte: une révolution politique inachevée

Clément Steuer

 

Fin de partie pour le président yéménite Ali Abdallah Saleh

David Rigoulet-Roze

 

La révolution syrienne prendra t-elle le chemin de Damas?

Manon Nour Tannous

 

Les révolutions arabes et le CCG: entre déni et contre-feux

Maxellende Lebras et Heike Thee

 

Le mouvement de protestation au Kurdistan irakien

Arthur Quesnay

 

Le Liban au miroir du "printemps arabe" : anciens pouvoirs et nouveaux paradigmes

Daniel Meier et Giacomo Galeno

 

Processus révolutionnaire dans le monde arabe et question palestinienne

Julien Salingue

 

L'ouvrage peut être commandé par votre libraire; il est également disponible sur les divers sites internet de vente de livres.

 



[1]  C’est moi qui souligne. Notons ici que ces propos font écho au (tristement) célèbre discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, prononcé le 26 juillet 2007, dans lequel le Président français déclarait notamment : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

[2] Cité par Xavier Baron, Les Palestiniens : Genèse d’une nation, Seuil, Paris, 2003, p. 76.

[3] Jean-François Legrain, "Palestine, de la terre perdue à la reconquête du territoire", Cultures & Conflits n° 21-22 (1996), pp.171-221.

[4] Yezid Sayigh, Armed Struggle and the Search for State : The Palestinian National Movement (1949-1993), Oxford University Press, 1998, p. 89. 

 

http://www.juliensalingue.fr/article-processus-revolutionnaire-dans-le-monde-arabe-et-question-palestinienne-101611430.html

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Published by valenton rouge - dans Monde
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