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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 12:46

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http://www.franceinfo.fr/societe/les-choix-de-france-info/rien-ne-doit-filtrer-au-sujet-des-travaux-du-bilderberg-vincent-jaubert-du-n-1014661-20

Le Bilderberg est un groupe secret et influent qui se réunit à partir de ce jeudi à Londres. Comme à chaque fois, des chefs d'entreprise et des politiques vont se retrouver dans un palace très protégé. Pendant trois jours, ils vont aborder plusieurs grands sujets du moment. Tout restera confidentiel.

Manifestation contre la tenue de la conference du Bilderberg à Londres, le 31 mai 2012 © Maxppp

Ce club de patrons, d'hommes politiques, de banquiers s'est créé en 1954 afin de se concerter sur la lutte contre le communisme entre les deux rives de l'Atlantique, au moment où l'Amérique avait tendance à fuir le vieux continent, explique Vincent Jauvert, journaliste au Nouvel Observateur, qui a enquêté sur ceux qu'il appelle les "puissants messieurs du Bilderberg".

Aujourd'hui, "il y a des banquiers, des patrons de grandes multinationales, des géopoliticiens, des hauts fonctionnaires. Les politiques ne font pas partie du club et sont invités à la conférence annuelle comme celle qui commence aujourd'hui."

Lors de cette conférence annuelle, le Bilderberg va parler de la crise, de la croissance, de la recherche médicale. "Son but est de resserrer les liens entre les responsables américains et européens. La vision transatlantique est très importante pour eux", explique Vincent Jauvert.

Le secret

Rien ne doit filtrer au sujet des travaux du Bilderberg. "Ils ont la règle la plus dure. Non seulement on a pas le droit d'attribuer des propos à des personnes, mais on n'a pas le droit de dire ce qui est dit. Ils veulent avoir les personnalités les plus importantes et qu'elles puissent se parler de manière la plus détendue possible."

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 12:45

arton20861-5dfe9.jpgQuel est l’avenir ? Une attitude raisonnable serait d’essayer d’observer l’espèce humaine de l’extérieur. Alors, imaginez que vous êtes un observateur extraterrestre qui essaie de comprendre ce qui se passe ici ou, mieux encore, imaginez que vous êtes un historien du futur, dans 100 ans - en supposant qu’il y ait des historiens dans 100 ans, ce qui n’est pas évident - et que vous étudiez les événements présents. Vous verriez quelque chose de tout à fait remarquable.

Pour la première fois dans l’histoire de l’espèce humaine, nous avons clairement développé la capacité de nous détruire. C’est vrai depuis 1945. Il est maintenant finalement reconnu qu’il existe des processus à plus long terme, comme la destruction de l’environnement, qui nous entraîne dans la même direction, peut-être pas vers une destruction totale, mais au moins vers la destruction des moyens pour mener une vie décente.

Et il y a d’autres dangers, comme les pandémies, qui ont un rapport avec la mondialisation et l’interaction. Il y a donc des processus en cours et des institutions en place, comme des systèmes d’armes nucléaires, qui pourraient porter un sérieux coup à, ou peut-être détruire, toute vie organisée.

Comment détruire une planète sans vraiment le faire exprès

La question est celle-ci : que faisons-nous à ce sujet ? Rien de tout cela n’est un secret. Tout est parfaitement connu. En fait, il faut faire un effort pour ne pas le voir.

Il y a eu toute une série de réactions. Il y a ceux qui s’efforcent de faire quelque chose au sujet de ces menaces, et d’autres qui agissent pour les renforcer. Si on les examine, cet historien du futur ou cet observateur extraterrestre verraient quelque chose d’étrange. Ceux qui tentent d’atténuer ou de remédier à ces menaces sont les sociétés les moins développées, les populations autochtones, ou ce qu’il en reste, les sociétés tribales et les premières nations au Canada. Ils ne parlent pas de guerre nucléaire, mais de désastre environnemental, et ils sont vraiment en train d’essayer de faire quelque chose à ce sujet.

En fait, partout dans le monde – en Australie, en Inde, en Amérique du Sud - il y a des batailles en cours, et parfois des guerres. En Inde, c’est une guerre majeure par rapport à la destruction directe de l’environnement, avec les sociétés tribales qui tentent de résister à des opérations d’extraction de ressources qui sont extrêmement nuisibles au niveau local et aussi général. Dans les sociétés où les populations autochtones ont une influence, beaucoup prennent une position ferme. Le plus ferme de tous les pays en ce qui concerne le réchauffement climatique est la Bolivie, qui a une majorité indigène et des contraintes constitutionnelles qui protègent les « droits de la nature. »

L’Équateur, qui a également une importante population autochtone, est à ma connaissance le seul pays exportateur de pétrole où le gouvernement cherche de l’aide pour maintenir le pétrole dans le sol, au lieu de le produire et de l’exporter - et le sol est bien l’endroit où il devrait être .

Le président vénézuélien Hugo Chavez, qui est décédé récemment et a fait l’objet de moqueries, d’insultes, et de haines dans le monde occidental, a assisté à une session de l’Assemblée générale de l’ONU il y a quelques années où il a suscité toutes sortes de moqueries pour avoir appelé George W. Bush le diable. Il y a également prononcé un discours qui était très intéressant. Bien sûr, le Venezuela est un important producteur de pétrole. Le pétrole représente à lui tout seul pratiquement tout leur produit intérieur brut. Dans ce discours, il a mis en garde contre les dangers de la surconsommation de combustibles fossiles et a exhorté les pays producteurs et consommateurs à se réunir et essayer de trouver des moyens de réduire l’utilisation de combustibles fossiles. C’était assez étonnant de la part d’un producteur de pétrole. Hugo Chavez était un métisse, en partie indienne, d’origine indigène. Contrairement aux choses bizarres qu’il a faites, cet aspect de ses actions à l’ONU n’a jamais été rapporté par les médias.

Ainsi, à un extrême, vous avez les sociétés autochtones, tribaux qui tentent d’endiguer la course vers la catastrophe. À l’autre extrême, vous avez les sociétés les plus riches, les plus puissantes de l’histoire du monde, comme les États-Unis et le Canada, qui sont lancées dans une course à pleine vitesse pour détruire l’environnement le plus rapidement possible. Contrairement à l’Equateur, et les sociétés indigènes à travers le monde, ils veulent extraire le plus vite possible jusqu’à la dernière goutte d’hydrocarbure dans le sol.

Les deux partis politiques, le président Obama, les médias et la presse internationale semble être impatients et enthousiastes pour ce qu’ils appellent « un siècle d’indépendance énergétique » pour les Etats-Unis. L’indépendance énergétique est un concept pratiquement vide de sens, mais mettons cela de côté. Ce qu’ils veulent réellement dire c’est : nous avons un siècle devant nous pour maximiser le recours aux combustibles fossiles et contribuer à la destruction de la planète.

Et c’est à peu près le cas partout. Certes, lorsqu’il s’agit de développer des énergies alternatives, l’Europe fait quelque chose. Pendant ce temps, aux États-Unis, le pays le plus riche et le plus puissant dans l’histoire du monde, sont le seul pays parmi les peut-être 100 qui comptent qui ne dispose pas d’une politique nationale de restriction de l’utilisation de combustibles fossiles, qui n’a même pas d’objectifs en matière d’énergies renouvelables. Ce n’est pas parce que la population n’en veut pas. Les Américains sont assez proches de la norme internationale pour leur préoccupation au sujet du réchauffement climatique. Ce sont les structures institutionnelles qui empêchent le changement. Les intérêts économiques n’en veulent pas et ils sont extrêmement influents sur la détermination de la politique, de sorte que vous avez un grand écart entre l’opinion publique et les politiques appliquées, sur beaucoup de questions, y compris celle-ci.

Donc, c’est ce que le futur historien - s’il existe - verrait. Il peut également lire des revues scientifiques d’aujourd’hui. Vous pouvez ouvrir pratiquement n’importe laquelle et vous y trouverez un prédiction plus sombre que la précédente.

« Le moment le plus dangereux de l’histoire »

L’autre problème est la guerre nucléaire. Il est connu depuis longtemps que s’il devait y avoir une première attaque par une grande puissance, même sans représailles, le résultat serait probablement la destruction de la civilisation ne serait qu’en raison de l’hiver nucléaire qui suivraient. Vous pouvez lire à ce sujet dans le Bulletin of Atomic Scientists. C’est sans ambiguïté. Le danger a donc toujours été bien pire que ce que nous pensions.

Nous venons de commémorer le 50e anniversaire de la crise des missiles à Cuba, qui a été qualifié de « le moment le plus dangereux de l’histoire » par l’historien Arthur Schlesinger, conseiller du président John F. Kennedy. Ce qui était le cas. Nous avons frôlé la catastrophe, et à d’autres occasions aussi. Cependant, à certains égards, le pire aspect de ces événements tristes, c’est que les leçons n’ont pas été tirées.

Les événements de la crise des missiles d’Octobre 1962 a été embellis pour faire croire qu’ils étaient marqués par actes de courage et de réflexion. La vérité est que toute cette histoire était pratiquement une folie. A un moment donné, alors que la crise des missiles atteignait son apogée, le Premier ministre soviétique Nikita Khrouchtchev a écrit à Kennedy en offrant de régler la crise par une annonce publique d’un retrait des missiles russes de Cuba ainsi que des missiles américains de Turquie. En fait, Kennedy ne savait même pas que les Etats-Unis avait des missiles en Turquie à l’époque. De toute façon, ils étaient en train d’être retirés et remplacés par des sous-marins nucléaires Polaris plus meurtriers et invulnérables.

C’était donc l’offre. Kennedy et ses conseillers l’ont jugé - et rejeté. À l’époque, Kennedy lui-même estimait que la probabilité d’une guerre nucléaire était entre une chance sur trois et une chance sur deux. Kennedy était donc prêt à accepter un risque très élevé de destruction massive afin d’établir le principe que nous - et nous seuls - avons le droit d’avoir des missiles offensifs au-delà de nos frontières, en fait, partout où nous en avons envie, quels que soient les risques pour les autres - et pour nous-mêmes, si les événements échappent à tout contrôle. Nous avons ce droit, mais personne d’autre ne l’a.

Kennedy a toutefois accepté un accord secret de retirer les missiles que les États-Unis étaient déjà en train de retirer, à condition que l’accord ne soit jamais rendu public. En d’autres termes, Khrouchtchev a du retirer ouvertement les missiles russes tandis que les Etats-Unis ont secrètement retiré ses missiles obsolètes ; c’est-à-dire que Khrouchtchev devait être humilié et Kennedy préserver son image de macho. Son nom est grandement loué pour cela : son courage et son sang-froid sous la menace, et ainsi de suite. L’horreur de ses décisions n’est jamais mentionnée - essayez d’en trouver trace.

Et pour en rajouter, quelques mois avant que la crise n’éclate, les Etats-Unis avaient envoyé des missiles équipés d’ogives nucléaires à Okinawa. Ceux-là visaient la Chine, en pleine période de grande tension régionale.

Qui s’en soucie ? Nous avons le droit de faire ce que nous voulons, n’importe où dans le monde. C’est une des tristes leçons de cette époque, mais il y en aura d’autres à venir.

Dix ans plus tard, en 1973, le secrétaire d’État Henry Kissinger a déclenché une alerte nucléaire. C’était sa manière à lui de mettre en garde les Russes de ne pas interférer dans la guerre israélo-arabe en cours et, plus précisément, de ne pas interférer après avoir informé les Israéliens qu’ils pouvaient violer un cessez-le-feu sur lequel les Etats-Unis et la Russie venaient tout juste de convenir. Heureusement, il ne s’est rien passé.

Dix ans plus tard, le président Ronald Reagan était au pouvoir. Peu de temps après son accession à la Maison Blanche, lui et ses conseillers ont demandé à l’Armée de l’Air de commencer à violer l’espace aérien russe pour tenter d’obtenir des informations sur leurs systèmes d’alerte, Operation Able Archer. Il s’agissait en grande partie de procéder à des simulations d’attaques. Les Russes étaient hésitants, certains hauts fonctionnaires craignant qu’il s’agissait d’une étape vers une véritable première frappe. Heureusement, ils n’ont pas réagi, mais nous l’avons échappé belle. Et ça continue comme ça.

Que penser de la crise nucléaire iranienne et nord-coréenne

À l’heure actuelle, la question nucléaire est régulièrement en première page s’agissant de la Corée du Nord et de l’Iran. Il existe des moyens pour faire face à ce genre de crise. Peut-être ne seraient-ils pas efficaces, mais au moins on pourrait les essayer. Mais ils ne sont même pas envisagés, encore moins signalés.

Prenez le cas de l’Iran, qui est considéré en Occident - pas dans le monde arabe, ni en Asie – comme la plus grande menace pour la paix mondiale. C’est une obsession occidentale, et il serait intéressant de se pencher sur les raisons de cette obsession, mais je vais mettre cela de côté pour le moment. Y a-t-il un moyen de faire face à la présumée plus grande menace pour la paix mondiale ? En fait, il y en a un certain nombre. Un, assez sensé, a été proposé il y a quelques mois lors d’une réunion des pays non alignés à Téhéran. En fait, ils ont tout simplement réitéré une proposition qui circule depuis des décennies, appuyée notamment par l’Egypte, et qui a été approuvée par l’Assemblée générale des Nations Unies.

La proposition est d’aller vers la création d’une zone exempte d’armes nucléaires dans la région. Ce qui ne résoudrait pas tout, mais ce serait un pas très important. Et la façon de procéder était proposée aussi. Sous les auspices de l’ONU, il devait y avoir une conférence internationale en Finlande au mois de Décembre dernier pour tenter de mettre en œuvre des plans pour avancer dans ce sens. Qu’est-il arrivé ?

Vous ne pourrez pas lire dans les journaux parce qu’ils n’en ont pas parlé – à l’exception des revues spécialisées. Au début du mois de novembre, l’Iran a accepté d’assister à la réunion. Quelques jours plus tard, Obama a annulé la réunion, affirmant que le moment n’était pas propice. Le Parlement européen, a publié une déclaration appelant au maintien de la réunion, tout comme les pays arabes. Aucun résultat. Nous allons donc vers des sanctions encore plus sévères contre la population iranienne – les sanctions n’atteignent pas le régime - et peut-être vers la guerre. Qui sait ce qui arrivera ?

Dans l’Asie du Nord-Est, c’est la même chose. La Corée du Nord est peut-être le pays le plus fou du monde. C’est en tout cas un bon candidat au titre. Mais il est logique d’essayer de comprendre ce qui se passe dans l’esprit des gens quand ils agissent d’une manière folle. Pourquoi se comportent comme ils le font ? Il suffit de s’imaginer dans leur situation. Imaginez ce que cela signifie, dans les années de guerre en Corée, au début des années 1950, pour votre pays d’être totalement rasé, totalement détruit par un énorme superpuissance qui par ailleurs s’en vantait. Imaginez la marque que ça vous laisse.

Gardez à l’esprit que les dirigeants nord-coréens ont pu prendre connaissance des revues militaires publics de cette superpuissance à l’époque qui expliquaient que, puisque tout le reste de la Corée du Nord avait été détruite, l’armée de l’air avait été envoyée pour détruire les barrages de la Corée du Nord, d’énormes barrages qui contrôlent l’approvisionnement en eau - un crime de guerre, soit-dit en passant, pour lequel des gens ont été pendus à Nuremberg. Et ces journaux officiels parlaient avec enthousiasme de comment il était merveilleux de voir l’eau s’écouler, en ravageant les vallées, pendant que les Asiatiques couraient dans tous les sens pour sauver leur peau. Les journaux se réjouissaient de ce que cela signifiait pour ces « Asiatiques », des horreurs au-delà de notre imagination. Cela signifiait la destruction de leurs récoltes de riz, ce qui signifiait la famine et la mort. Comme c’est magnifique ! Nous avons oublié tout ça, mais pas eux.

Revenons au présent. Il y a une histoire récente qui est intéressante. En 1993, Israël et la Corée du Nord se dirigeaient vers un accord dans lequel la Corée du Nord cesserait d’envoyer des missiles ou des technologies militaires au Moyen-Orient et Israël reconnaîtrait ce pays. Le président Clinton est intervenu et a l’a bloqué. Peu de temps après, en guise de représailles, la Corée du Nord effectué un petit test de missile, Les États-Unis et la Corée du Nord sont ensuite parvenus à un accord-cadre en 1994 qui mit fin à son programme nucléaire et qui était plus ou moins respecté par les deux parties. Quand George W. Bush est arrivé au pouvoir, la Corée du Nord avait peut-être une seule arme nucléaire et sans aucun doute n’en fabriquait pas.

Bush s’est immédiatement lancé dans un militarisme agressif, menaçant la Corée du Nord – l"axe du mal" et tout ça - alors la Corée du Nord s’est remis au travail sur son programme nucléaire. Lorsque Bush a quitté ses fonctions, ils avaient entre huit et dix armes nucléaires et un système de missiles. Voilà une autre grande réussite des néoconservateurs. Entre-temps, d’autres choses se sont produites. En 2005, les Etats-Unis et la Corée du Nord sont en fait parvenus à un accord selon lequel la Corée du Nord devait mettre fin au développement de toutes les armes nucléaires et missiles. En échange, l’Occident, mais principalement les Etats-Unis, devait fournir un réacteur à eau légère pour ses besoins médicaux et mettre une fin aux déclarations agressives. Ils concluraient ensuite un pacte de non-agression et progresseraient vers la réconciliation.

C’était assez prometteur, mais presque immédiatement Bush l’a saboté. Il a retiré l’offre du réacteur à eau légère et lancé des programmes visant à contraindre les banques à cesser de manipuler des transactions nord-coréens, même celles qui étaient parfaitement légales. Les Nord-Coréens ont réagi en relançant leur programme d’armes nucléaires. Et c’est ainsi que les choses sont.

Ces bien connu. Vous pouvez le lire directement dans les grands médias américains. Ce qu’ils disent, c’est : c’est un régime assez fou, mais c’est aussi un régime qui pratique le donnant-donnant. Vous faites un geste hostile et nous répondons avec un geste un peu fou. Vous faites un geste réconciliant et nous allons rendre la pareille en quelque sorte.

Récemment, par exemple, il y a eu des exercices militaires sud-coréens-américaines sur la péninsule coréenne qui, du point de vue du Nord, ont obligatoirement un air menaçant. Nous aussi nous penserions qu’ils sont menaçants s’ils se déroulaient par exemple au Canada et qu’ils nous visaient. Au cours de ces manœuvres, les bombardiers les plus sophistiqués de l’histoire, des B-2 furtifs et des B-52, simulent des attaques nucléaires sur les frontières de la Corée du Nord.

Ce qui doit certainement rappeler des souvenirs du passé. Ils se souviennent de ce passé, ils ont donc réagi de façon très agressive, extrême. Eh bien, la seule chose qui vient à l’esprit de l’Occident c’est que ces dirigeants nord-coréens sont vraiment fous. Oui, ils le sont. Mais ce n’est qu’un aspect de l’histoire, et c’est ainsi que les choses sont.

Ce n’est pas qu’il n’y a pas d’alternatives. Les alternatives ne sont tout simplement pas prises. Ce qui est dangereux. Alors, si vous vous demandez à quoi ressemblera le monde, ce n’est pas vraiment joli. Sauf si nous faisons quelque chose. Et nous pouvons toujours faire quelque chose.

 

Noam Chomsky

 

Source http://www.tomdispatch.com/blog/175707/tomgram%3A_noam_chomsky%2C_the_...

Traduction "si un jour ils te chassent, Noam, il y aura toujours un lit et un bol de soupe pour toi à la maison" par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles

URL de cet article 20861
http://www.legrandsoir.info/l-humanite-en-peril-sur-le-chemin-du-desastre-tom-dispatch.html
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 19:35
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http://cameroonvoice.com/news/news.rcv?id=10995

Onze morts dans des combats entre rebelles syriens et miliciens kurdes à Alep ...

« Nous appelons toutes les forces démocratiques (…) à faire face contre la sale collaboration entre AKP, parti au pouvoir, et Al-Qaida »  - Appel du PKK (novembre 2012)

Les combats ont repris entre djihadistes soutenus par Ankara et les milices kurdes du PKK. Onze rebelles syriens ont été tués ce samedi soir dans le nord de la Syrie dans des combats avec des rebelles kurdes du Parti de l'union démocratique (PYD) (*), branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (le PKK, qui mène la lutte armée en Turquie même), a rapporté dimanche une ONG.

"Des combats ont eu lieu hier soir à Aqaiba, dans la région d'Ifrine, entre les membres des Comités de protection du peuple kurde (YPG), bras armé du PYD, faisant onze morts et vingt blessés" parmi les rebelles syriens, a précisé cette source.

Un membre des YPG d'Aqaiba a affirmé à l'AFP que "les combats ont débuté lorsqu'un groupe armé de la katiba djihadiste Liwa al-Tawhid (ndlr : proche des Frères musulmans) a envahi notre village, en exigeant de prendre le contrôle d'un barrage tenu par l'YPG". "Ils reprochaient aux combattants de l'YPG de faciliter le passage des habitants de Nubel", un village à majorité chiite distant de quelques km et encerclé par les rebelles.

Après le refus des combattants kurdes d'obtempérer, des combats ont commencé au cours desquels un commandant djihadiste et six de ses hommes ont été tués, selon lui. Les membres de Liwa al-Tawhid ont "bombardé à partir de Ziyara durant toute la nuit, puis la situation s'est calmée. Nous avons eu des blessés", a-t-il dit.

La confrontation djihadistes-kurdes

Le 19 novembre 2012, des djihadistes appartenant aux groupes islamistes Ghouraba al-Cham et le Front al-Nosra (al-Qaida en Syrie) avaient tué un élu kurde local, président du conseil du peuple de Serekaniye, ce qui avait déclenché une riposte forte de la part du YPG.

De violents combats s’étaient encore déroulés fin novembre 2012 à Serékaniyé (Ras al-Ain) entre les forces kurdes du PKK et des centaines de combattants des katibas djihadistes venus à bord des tanks – précise AZAS News - depuis la Turquie. Au moins neuf « rebelles islamistes » avaient été tués et trois véhicules militaires détruits par les forces kurdes qui virent cette attaque comme « une tentative de l’occupation du Kurdistan syrien par le régime turc ».

Se massant à la frontière, plus de 300 combattants des groupes paramilitaires, comme le Front Al-Nosra et la brigade Ghouraba al-Cham, soutenus par le gouvernement islamiste AKP turc, avaient lancé cette attaque contre les kurdes à Ras al-Ain. Ces groupes ne parvinrent pas à avancer face à la résistance kurde malgré le soutien de la Turquie. Face à la riposte violente des forces kurdes, les combattants des katibas avaient du se retirer vers la frontière avec la Turquie.

« Nous allons nettoyer la ville kurde (Ras al-Ain) de ces bandes armées », avait alors affirmé à l’agence de presse kurde Firat le commandant de la brigade de Serékaniyé des Unités de défense du peuple (YPG), milice kurde syrienne créée en juillet 2012.
Les forces kurdes précisaient détenir aussi des images de vidéo prouvant la collaboration des groupes armées avec la Turquie.

Les kurdes mettent directement en cause le gouvernement islamiste turc

Dans un communiqué publié le 20 novembre 2012, Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), qui lutte depuis 30 ans contre Ankara, avait alors appelé le peuple kurde « à descendre dans les rues pour barrer le passage depuis la Turquie des groupes paramilitaires vers la ville de Ras al-Ain ». Selon le PKK, « un corridor a été ouvert par le régime turc, depuis des villes comme Antep, Mardin et Urfa jusqu’Alep, pour le passage des assassins ».

« L’Etat turc fait tout pour que le conflit syrien se transforme en une guerre arabo-kurde » avait encore déclaré le PKK. « Nous appelons toutes les forces démocratiques (…) à faire face contre la sale collaboration entre AKP, parti au pouvoir, et Al-Qaida » avait ajouté l’organisation. Le mouvement kurde appellait également l’Armée libre syrienne (ASL) à clarifier sa position à l’égard des groupes salafistes. « La Turquie se sert de ces groupes. Nous considérons cette attaque comme une tentative de l’occupation du Kurdistan occidental (Kurdistan syrien) par la Turquie » avait encore affirmé le commandant du YPG Sipan Hamo, sur la chaine kurde Ronahi TV.

Autodefense kurde et souplesse stratégique de Damas

L’Etat syrien s’est retiré de zones incontrôlables (pour l’instant) et se concentre sur le nettoyage des grandes villes. La zone frontière avec la Turquie, où l’ASL et les djihadistes bénéficient du soutien direct d’Ankara, de l’AKP et de l’OTAN, est une devenue une zone grise.

En réponse, depuis juillet 2012, les milices kurdes ont pris le contrôle total de six villes, avec l’accord tacite de Damas. Il s’agit de Kobani (Ain al-Arab), Afrin, Amuda, Dirbassiyé, Til Temur et Dérik. Il ne reste que deux grandes et deux petites villes sous contrôle direct de Damas : respectivement Qamishli, Hassaka, Girké Legué et Tirbaspi.  A part la présence de l’armée syrienne dans les casernes, ces quatre dernières sont également dirigés par les kurdes.

En septembre 2012 était constituée la première brigade de l’YPG.

Les partis kurdes rivaux du PYD dénoncent cette autonomie « comme une tromperie, du fait que le Ba’ath aurait choisi, une fois de plus, de laisser la place libre au PYD, sans combat ». Ils accusent ainsi Damas « d’avoir en fait passé un accord avec Damas » pour « protéger ses zones pétrolières, en permettant ainsi à l’armée syrienne de ne plus avoir à s’y déployer ». Ce qui permettrait au gouvernement syrien « de renforcer le front arabe des troupes déplacées ». « Contre la Turquie, qui fournit une aide logistique aux rebelles de l'Armée syrienne libre, le régime de Bachar al-Assad a réactivé sa vieille alliance avec les séparatistes kurdes du PKK » commentait déjà Intelligence Online en avril 2012.

« Le PYD est globalement perçu par l’opposition syrienne comme un appui du régime. Les liens historiques forts entre l’Etat syrien et le PKK qui ont été tissés sous Hafez el-Assad auraient en effet été réactivés dans le contexte du conflit actuel. Afin de concentrer ses forces sur Alep, Damas et le reste du pays, Bachar el-Assad dont les relations avec la Turquie se sont récemment détériorées, aurait abandonné aux forces du PYD, au cours de l’été 2012, la majorité des zones de peuplement kurde situées au nord. », explique un analyste.

A la mi avril 2012, l’ASL lançait une attaque contre la ville kurdo-chrétienne de Qamishlo, contrôlée à 40% par les forces gouvernementales selon le PYD, le reste par les milices kurdes, et particulièrement contre son aéroport.

Le tout se déroule sur fond d’incertitude pour les Kurdes en raison des négociations amorcées entre l’AKP turque et la direction kurde du PKK. Un panier de crabes compliqués encore par les rivalités entre partis et milices kurdes opposées au PKK. Si Damas devait se retirer complètement du Kurdistan syrien (**) , les milices du PYD « chercheront probablement à sécuriser le plus possible les villes et villages kurdes en en interdisant l’accès à l’ASL. La détestation unanime des Kurdes comme des chrétiens envers les milices jihadistes fera consensus », analyse un expert.

« L’objectif du PYD est donc de conserver ses emprises territoriales en en interdisant l’accès à l’ASL tandis que la Turquie aurait entrepris d’utiliser certains groupes armés affiliés à l’opposition syrienne pour menacer la position du PYD, établi juste derrière sa frontière méridionale » résumait non sans pertinence un analyste fin 2012.

Luc MICHEL pour Syria Committees – Comités Syrie /
avec AFP – AZAD News - PCN-SPO - Firat / 2013 05 27 /

http://www.lucmichel.net/2013/05/26/syria-commi...

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 19:30

 

 

 

Le deuxième album de The Creole Choir of Cuba intègre l'ADN de descendants d'esclaves d'Haïti dans un corpus de salsa et de voix liturgiques.

 

★★★★★

Six femmes et quatre hommes forment The Creole Choir of Cuba: ils chantent en créole d'Haïti, mélange de taino, parlé par les indigènes des Caraïbes lors de la colonisation hispanique, et de locutions empruntées aux ethnies africaines emportées vers les Amériques par l'esclavage. L'espagnol est aussi au programme, mais peu importe, puisque tout se fond dans une jouvence linguistique égale à sa sophistication musicale. Quelques percussions, des congas, et c'est à peu près tout, pour accompagner une collection mirifique de voix: l'ensemble n'est jamais aussi impressionnant que dans le dépouillement, où le chant à lui seul brode les émotions. Explorant l'espace entre gospel et musique liturgique, Soufle Van (Mangaje), Balada de Annaise et Juramento inventent un baroque tropical, sublimé par une spiritualité et des harmonies supérieures. Il ne faut pas comprendre le créole pour sentir l'implication absolue des chanteurs dans Pou Ki Ayiti Kriye, baume vocal sur l'île dévastée des ancêtres. Et au bout d'une heure de musique, on n'a qu'une envie: filer là-bas pour mieux comprendre, mieux entendre, mieux vivre le Choeur. A noter que le label ayant eu le flair de signer cet important talent n'est autre que Real World, la compagnie de Peter Gabriel qui continue donc à prendre la tension du monde en extension. Merci à elle.


The Creole Choir of Cuba, distribué par Rough Trade 

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 12:04

31566378-almidan-newspaper.jpg

 

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/service-distribution/actu/reuters-00525455-le-journal-du-parti-communiste-interdit-au-soudan-571367.php

 

Les services de sécurité soudanais ont interdit le journal du Parti communiste, Al Midan, très critique envers le pouvoir du président Omar Hassan al Bachir, a annoncé dimanche sa rédactrice en chef. C'est le troisième organe de presse a être frappé d'une telle mesure en quelques semaines.

"C'est la fin de la version papier de notre journal", a précisé Madiha Abdella, qui a ajouté qu'Al Midan serait toujours consultable sur internet. Elle a décidé d'aller en justice pour faire annuler la décision des autorités.

La semaine dernière, le principal quotidien du pays, Al Intibaha, pourtant propriété d'un oncle de Bachir, a été interdit quelques jours pour avoir publié un reportage sur la lutte contre les rebelles dans le Sud-Kordofan. La parution a repris vendredi.

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:54

neruda.jpg

http://www.actualitte.com/justice/le-chili-recherche-un-probable-assassin-de-neruda-42796.htm

 

Deux mois après l'exhumation du corps du poète, le juge chargé du réexamen du dossier a ordonné l'établissement d'un portrait et la recherche d'un probable suspect. Selon la police, l'homme visé par la procédure est soupçonné d'avoir empoisonné Neruda, et par là, causé sa mort à retardement.

 

 

 

 

On se souvient que le chauffeur du poète, Manuel Araya, avait démenti vigoureusement la thèse officielle d'une mort des suites d'un cancer de la prostate. Ce qui relançait deux ans de pression pour ouvrir une procédure judiciaire et éclaircir pour de bon les circonstances du décès. Dernière fracture en date dans l'histoire officielle, le docteur Sergio Draper était revenu sur sa déposition.

 

L'homme avait témoigné de sa présence au moment de la mort de Neruda à la clinique Santa Maria de Santiago avant de revenir sur ses déclarations. Au moment de l'agonie de l'auteur chilien, Draper a finalement indiqué qu'un confrère avait pris sa place aux côtés du mourant, un certain docteur Price. Problème, les archives de l'établissement hospitalier ne mentionnent nulle part ce nom et Draper n'a jamais revu l'homme exercer sur les lieux. Relais de ces aveux, l'avocat de la défense Eduardo Contreras a estimé que de nouvelles évidences prouvaient que le poète avait été probablement assassiné par des agents de l'homme fort du tout jeune régime militaire.

 

Regarder du côté de la CIA

 

Plus troublant encore, la description physique du docteur Price rappelle Michael Townley, reconnu agent-double de la CIA et officiant pour la junte militaire. L'homme avait bénéficié d'un programme de protection rapprochée après avoir avoué le meurtre d'opposants à Pinochet à Washington et Buenos Aires. Mais pour Contreras il ne faut pas perdre de vue que derrière l'exécution, il s'agit de trouver l'homme qui a ordonné la mise à mort.

 

Depuis longtemps à l'état de rumeurs plus ou moins bruyantes, la mort par empoisonnement, prend les formes d' un crime politique orchestré par Augusto Pinochet, quand Pablo Neruda avait été un soutien très symbolique de Salvador Allende, mort dans des circonstances tout aussi troubles. Le corps de Neruda fait toujours l'objet d'expertise médico-légale depuis le 8 avril. Patricio Bustos Streeter, directeur du service médico-légal du Chili qui dirige les opérations a commenté les recherches dans la revue Nature. « La présence de métastases osseuses du cancer de la prostate confirmerait un état avancé de la maladie. De l'autre côté, des traces de toxines peuvent être trouvées dans la partie spongieuse de l'os qui contient la moelle osseuse », a-t-il indiqué.

 

Une difficulté que le médecin tempère. L'absence de documentation sur les traitements pris par Neruda complique la distinction entre poison et protocole médicamenteux. Mais le médecin rassure en rappelant que « plusieurs techniques de camouflage d'empoisonnement dans le corps n'existaient pas il y a quarante ans ».


Sources : The Independent , NY Times , Melville House

 

 

 

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:10

 

 

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http://www.liberation.fr/monde/2013/05/28/colombie-l-accord-avec-les-farc-prevoit-une-reforme-rurale-integrale-selon-santos_906356

Le président colombien Juan Manuel Santos s’est à nouveau félicité du premier accord obtenu avec la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), précisant qu’il conduirait à une «réforme rurale intégrale» au cours des prochaines années.

«Pour la première fois dans l’histoire du pays, le gouvernement et les Farc parviennent à un accord», a lancé M. Santos, dans un discours prononcé lundi soir au palais présidentiel à Bogota, à l’occasion de l’intronisation du nouveau ministre de l’Agriculture, Francisco Estupiñan.

Les autorités colombiennes et la rébellion marxiste, qui mènent depuis six mois des négociations de paix délocalisées à Cuba, ont annoncé dimanche dernier s’être mis d’accord sur la question de la réforme agraire, à l’origine même de la création des Farc qui comptent encore quelque 8.000 combattants après 49 ans d’existence.

Afin de «renverser les effets du conflit» et «empêcher qu’il ne se répète», il a été décidé de «changer de manière radicale les conditions dans les champs» à travers une «réforme rurale intégrale», a affirmé le chef de l’Etat, qui a détaillé le dispositif de l’accord en évoquant «quatre piliers».

Il prévoit ainsi la «création d’un grand fonds de gestion des terres» permettant d’en redistribuer aux paysans qui en sont dépourvus dans ce pays où la moitié des terrains agricoles sont aux mains d’à peine 1% de la population. Ce plan s’ajoute au programme de restitution de terrains dont les paysans ont été spoliés, entré en vigueur depuis deux ans.

En près d’un demi-siècle, le conflit, qui a opposé des guérillas communistes et des milices paramilitaires d’extrême droite officiellement démobilisés, a fait 600.000 morts et 15.000 disparus, mais aussi près de 4 millions de déplacés, notamment des paysans chassés de leurs terres.

Le second «pilier» consiste en des «programmes spéciaux de développement» pour «reconstuire les régions les plus touchées». Troisième point, l’Etat s’engage à des «programmes d’éducation et de santé» dans les régions rurales. Enfin, l’accord avec les Farc vise à aboutir à une «plus grande production de denrées alimentaires», afin de lutter contre la malnutrition.

La mise en application de ces dispositions n’interviendra qu’en cas de succès final des négociations, qui se poursuivent à La Havane sur d’autres chapitres : la réinsertion politique des guérilleros, le trafic de drogue, l’abandon définitif des armes et les indemnisations des victimes.

 

 


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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:33

Carte-de-Syrie.gif

http://blog.mondediplo.net/2013-05-23-Syrie-l-entree-en-guerre-du-Hezbollah

 

 

Depuis le début de la révolte syrienne, des réseaux se sont constitués au Liban pour venir en aide aux révoltés qui, à l’origine, manifestaient pacifiquement. Tripoli, capitale du Nord, a servi de plaque tournante à ces filières. La militarisation de la révolte, encouragée par la violence sans limite du régime, a transformé la situation et favorisé la montée en puissance du rôle des groupes radicaux au Liban. Le cheikh salafiste de Saïda, par ses discours extrémistes et son appel au djihad, a envenimé la situation en dénonçant, comme les autres dirigeants du Golfe, la menace de « chiisation » du monde arabe.

De plus en plus de combattants libanais et arabes ont commencé à affluer en Syrie à travers des réseaux multiples : Frères musulmans (en nombre assez limité), groupes liés au 14-Mars de Saad Hariri, salafistes aux mille et une obédiences, jeunes non politisés, indignés par la brutalité du régime syrien. Ces réseaux sunnites ont disposé de l’appui de la Turquie et du Qatar d’abord, de l’Arabie saoudite ensuite.

Ces ingérences étrangères ont donné lieu à une mutation des groupes de l’opposition syrienne, dont certains se sont « adaptés » aux attentes de leurs financiers — publics, mais aussi souvent privés —, « se laissant pousser la barbe », pour reprendre une expression imagée, comme l’a montré le rapport de l’International Crisis Group d’octobre 2012, qui rend bien compte des ces dynamiques [1].

Pourtant, malgré les discours sur la menace islamiste globale, supposément alimentée par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie qui financeraient jusqu’à Al-Qaida, la situation sur le terrain est bien plus complexe. Si Doha et Ankara ne cachent pas leurs préférences pour les Frères musulmans, les Saoudiens aident différents groupes salafistes fortement divisés eux-mêmes — il faut rappeler que Riyad a été en guerre ouverte avec Al-Qaida sur son territoire, notamment à partir de 2003. Enfin, il existe une multitude de groupes oppositionnels que l’on ne peut réduire à leur parrainage étranger.

D’autre part, et comme on peut le voir dans les hésitations des différents acteurs internationaux (Etats-Unis, France, Israël), il n’existe pas de stratégie occidentale cohérente en Syrie (Le Monde diplomatique du mois de juin publiera d’ailleurs un article de Karim Emile Bitar sur le sujet : « Guerres par procuration en Syrie »).

En Syrie s’entremêlent différentes lignes de fracture :

  • L’affrontement entre le régime (qui a su rallier des soutiens notamment parmi les minorités) et une large opposition ;
  • Les clivages entre les Etats-Unis et Israël, d’un côté, et les forces dites de la résistance de l’autre ;
  • Les multiples différences inter-arabes, de la fracture entre les Frères musulmans et les pays du Golfe (à l’exception du Qatar), aux tensions entre Le Caire et Riyad ;
  • Sans oublier enfin ce qui est le facteur nouveau et décisif au niveau régional depuis le début de 2011 : les aspirations des peuples à la dignité, la liberté, la justice sociale et à la fin des dictatures.

C’est pourtant au nom d’un grand complot américano-golfo-israélo-islamiste que quelques forces nationalistes arabes, voire de gauche, ont décidé de soutenir le régime du président Assad.

Lire Nicolas Dot-Pouillard, « La crise syrienne déchire les gauches arabes », Le Monde diplomatique, août 2012 C’est un raisonnement similaire qu’ont élaboré, au fur et à mesure, le Hezbollah et son secrétaire général, Hassan Nasrallah, même s’ils ont évité le discours complotiste qui voit dans les révolutions arabes une « création » de l’Occident. Au contraire, ils s’emploient à tracer une ligne de démarcation entre ce qui se passe en Syrie et les révolutions tunisienne, égyptienne, libyenne (malgré l’intervention occidentale, ce qui a prévalu en Lybie, soutiennent-ils, est la haine de Mouammar Kadhafi, haine fondée sur le rôle joué par ce dernier dans la disparition de l’imam Moussa Sadr lors d’une visite officielle à Tripoli, en Libye, en août 1978), ainsi qu’au Bahreïn.

Ce n’est que récemment, et d’abord indirectement, que le Hezbollah a reconnu sa participation aux combats en Syrie (« Pourquoi le Hezbollah participe-t-il aux combats en Syrie ? ») et rappelé les missions limitées de ses hommes présents sur place : défense des lieux saints particulièrement révérés par les chiites ; protection d’usine d’armements ; aide aux villages chiites en Syrie. L’intervention de combattants étrangers arabes permettait par ailleurs de justifier leur propre intervention.

Un discours de Hassan Nasrallah du 30 avril 2013 a confirmé cette orientation. Dans un résumé des principales idées soutenues dans ce discours, Nidal écrit que le secrétaire général du Hezbollah « propose son analyse de la guerre en Syrie : selon lui, le but même de la guerre est la destruction de la Syrie en tant que pays unifié, et sa transformation en “État raté” (failed state, disent les Américains) afin de la faire disparaitre de « l’équation régionale ». C’est une thèse qui circule beaucoup (que d’aucuns appliquaient déjà à l’Irak), mais n’avait pas encore reçu une telle visibilité. » Désormais, pour le Hezbollah, la bataille met aux prises le camp de la résistance (composé de l’Iran, de la Syrie et de lui-même) et l’axe américano-israélo-islamiste, même s’il appelle régulièrement l’Occident à combattre avec lui le péril djihadiste et takfiriste.

Le Hezbollah peut aussi invoquer, à juste titre, l’ingérence de diverses forces libanaises dans l’aide militaire aux insurgés syriens. Et les bombardements israéliens sur la Syrie servent à alimenter le discours anti-impérialiste (on lira à ce sujet l’article de Haaretz qui reprend des informations selon lesquelles Israël aurait développé des contacts à l’intérieur du territoire syrien pour établir une sorte de zone sûre, ce qui n’est pas sans rappeler son intervention en 1976 dans le sud du Liban [2].

Mais, avec la participation directe et reconnue de combattants à la prise (ou à la tentative de prise) de la ville syrienne d’Al-Qousayr, le Hezbollah a franchi une étape de l’escalade. Ibrahim El-Amine, rédacteur en chef du journal Al-Akhbar, soutien de gauche du Hezbollah, l’explique dans son éditorial du 21 mai [3] :

« Ce que le Hezbollah fait en Syrie est une partie d’une lutte plus ample des forces de la résistance contre un front des forces réactionnaires et meurtrières, au cœur desquelles se situe Israël. »

Le problème avec cette analyse, en partie exacte, est qu’elle ne tient compte ni du soulèvement du peuple syrien, ni des conséquences d’une telle intervention à la fois au Liban, en Syrie, mais plus généralement sur la région tout entière.

Dans un article publié dans The Daily Star le 22 mai (« A Hezbollah turning point in Qusair ? »), Rami Khoury note :

« Combattre à l’intérieur de la Syrie aux côtés du régime Assad va exacerber toutes les pressions et les contraintes que le Hezbollah subit déjà. Plus de Libanais le critiqueront pour avoir entraîné le Liban dans la guerre syrienne et exacerbé les affrontements intérieurs entre groupes pro et anti-Assad. Beaucoup de Libanais soutiennent que ce qui s’est passé à Al-Qousayr confirme ce que beaucoup pensent déjà, à savoir que le Hezbollah est une marionnette de l’Iran. Certains de ses propres partisans peuvent lui reprocher la mort de dizaines de jeunes hommes libanais, dans une bataille pour une petite ville de province en Syrie. De nombreux pays étrangers vont chercher de nouveaux moyens de pression, de sanction et d’isolement du Hezbollah, et ​​l’opinion publique dans le monde arabo-islamique va devenir plus critique et hostile, en présentant le Hezbollah comme une milice qui échappe à l’autorité de l’Etat, plus soucieuse des ordres iraniens que des populations arabo-libanaises. »

Plus grave est l’inscription de l’intervention du Hezbollah dans une vision régionale selon laquelle s’affronteraient chiites et sunnites, Arabes et Iraniens. Cette perception, largement diffusée par les médias du Golfe, trouve dans l’intervention du Hezbollah une confirmation. Ce clivage sunnite-chiite n’est pourtant ni aussi profond ni aussi historique qu’on le dit : en juillet 2006, quand le Hezbollah symbolisait la résistance face à l’agression israélienne, les portraits de Hassan Nasrallah se retrouvaient dans les rues du Caire comme de Jordanie, et personne ne le voyait alors comme « un dirigeant chiite ».

Conséquence immédiate de l’intervention du Hezbollah, l’inscription probable de son aile militaire sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Dans tous les cas, c’est désormais la position de la France, qui y était jusque-là hostile. C’est ce qu’a expliqué le porte-parole du Quai d’Orsay lors de son point presse du 23 mai :

« Je vous rappelle les propos du ministre des affaires étrangères sur ce sujet hier : “La position de la France est d’inscrire la branche militaire du Hezbollah (...). Vous avez vu que le Hezbollah, non seulement s’est engagé pleinement en Syrie, mais qu’il a revendiqué son engagement. Comme il y a en plus d’autres éléments, qui concernent ce qui s’est passé en Bulgarie et à Chypre, nous considérons que c’est un point qui devrait faire l’accord de l’ensemble des Européens.”

(...) la France est attachée à la stabilité du Liban et à ses relations avec toutes les communautés libanaises. Nous appelons toutes les parties libanaises à respecter les engagements souscrits dans la déclaration de Baabda du 15 juin 2012, qui visent à dissocier le Liban de la guerre en Syrie. En décidant d’intervenir massivement en Syrie, le Hezbollah rompt ce consensus. La guerre de Syrie n’est pas la guerre des Libanais. L’importer au Liban est dangereux pour sa stabilité, comme le montre la montée des tensions dans le pays. »

Bien sûr, le porte-parole n’évoque pas les autres ingérences en Syrie, notamment celles des partisans du mouvement du 14-Mars, dirigé par Saad Hariri.

Notes

[1] International Crisis Group, « Tentative Jihad : Syria’s Fundamentalist Opposition », Middle East Report n° 131, octobre 2012.

[2] « Israel maintaining intense intelligence activity in Syria and working with local villagers, report says », Haaretz, 23 mai.

[3] « On Hezbollah’s Syrian Intervention », Al-Akhbar, 21 mai 2013.

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:15

20110615-0600.jpgmercredi 29 mai 2013

 

Idéodromes de la crise

 


La presse du dernier moment se focalise sur le retrait du projet de loi-cadre “antiraciste”, avant même qu’il ne soit déposé. La Nouvelle démocratie craignant l’influence de l’Aube dorée, déjà si évidente en son sein, a vite montré “ses” limites car elle abandonnerait finalement la partie, tandis que les deux autres “formations restantes”, et de toute évidence cosmétiques, le PASOK et la dite Gauche démocratique, se sont montrées outrées, laissant apparaître leurs limites à travers l’insignifiant. Et on apprenait ce mercredi matin du 29 mai, que ces deux “formations” s’apprêtèrent à déposer une proposition de loi allant dans ce sens très prochainement. La Gauche radicale s’indigne, puis, quant à la société et pour ce qui est de ses limites, elles demeurent toujours mystérieuses. Sauf qu’entre-temps, et on vient de l’apprendre également, le gouvernement prépare une loi dite “d'encadrement et de délimitation du droit de manifester”. Courants et vents dominants d’une époque visiblement dominée par ses zones d’ombre.



Mardi matin 28 mai Place de la Constitution, le temps fut pourtant si lumineux et peut-être bien si clair. Aucune manifestation, tandis que la radio du matin annonçait triomphalement l’avènement “de l'été véritable, de fait et de saison pour début juin”, voilà pour ce qui serait certainement acquis. Preuve autant infaillible que la crise n’éradique pas automatiquement les trivialités du bruitage médiatique. Dans la journée et à bord de la voiture-buvette d’un train à destination du Nord du pays, toutes les discussions furent économiques, au sens alors strict mais autant dire, varié. Un concitoyen au chômage accompagné de ses deux amis Géorgiens, a cru bon dénoncer sa situation devenue si grave durant l’hiver dernier, au point de le priver même de bois de chauffage. C’est vrai qu’à Salonique et au-delà, le général hiver est bien plus sévère qu’à Athènes ou sur les îles. “Nous allons peut-être mieux ou sinon, c’est la crise qui devient alors une grande habitude” a fait remarquer un autre homme à l’accent de Salonique. Les Georgiens se disaient de leur côté très préoccupés de leurs cotisations en Grèce, “comment faire pour s'en assurer et au bout de tant d'années de travail, si ce n’est que d’une petite retraite... car c'est pour après, lors du retour au pays”. Un Grec remarqua “qu'en France par exemple les retraites n'ont pas été touchées par les mesures d'austérité, tandis que chez nous tout a été tondu”. Puis, ce fut le silence, alterné de dialogues épars et décousus évoquant les équipes de Salonique Aris et PAOK, ou la pluie et le beau temps, pour enfin aboutir sur le bon souvenir d’un court séjour dans la ville d’Andrinople ou Edirne en Turquie, où “tout était abordable, mais avant la crise chez nous”. Brusquement, un passager posa une question sur l’île d’Hydra que personne n’avait visité à part lui, mais d’un avis largement partagé, “le calme régnerait toujours sur cette île sans voitures ni motos”. Enfin, et comme en boucle, les paroles et les échanges réempruntèrent les “idéodromes” de la crise. Ces derniers sont alors inévitables, sauf que rien ou presque, ne semble provoquer ces brusques excès de colère entre contradicteurs passionnés, comme c’était encore le cas l’année dernière.



La crise “c'est déjà fait”, on entend parfois dire ici où là. Nos symboles demeurent pourtant intactes, plus redoutables que jamais, peut-être aussi, parce justement la crise “c'est déjà fait”. Place de la Constitution, on pouvait remarquer mardi matin que l’arbre de Dimitri, ce pharmacien qui s’est suicidé en avril 2012, cet arbre alors désormais éponyme, bénéficie depuis peu, de la “protection” des services de la voirie. Personne n’a oublié que le pharmacien Dimitri Christoulas s’est donné la mort ici, le 4 avril 2012 laissant un mot, suivi depuis, d’une longue liste d’anachorètes radicaux du fait politique et de l’austérité. Le vent est toujours si mauvais sur notre pays...mais on s’y fait, peut-être bien parce que nous saurions attendre, mais alors quoi ?

La crise en Grèce c'est comme un courant provoqué par le vent fort qui souffle. Elle entraîne absolument tout à son passage, elle brise tout, les gens en souffrent, mais elle finira bien par passer” aurait dit en philosophant et d’après le reportage d’Elefterotypia, l’Ambassadeur de la République de l'Inde en poste à Athènes. C’était lors de la réception organisée à la représentation de l’Argentine pour la fête nationale de cet autre grand pays pour certains d’entre nous... selon Elefterotypia du 28 mai. Au moins et pour une fois, nous avons une idée du regard philosophique de ces lointains “autres” qui nous observent à travers le prisme de notre crise. Ou plutôt, à travers nos miroirs et mirages brisés. Ce qui ne veut pas dire que le regard des autres Européens soit inintéressant, sauf que le seul enfermement dans l’Union européenne, d’autant plus en ce moment, ainsi que l’étroitesse de ses limites philosophiques au demeurant paraphrasées, nous dissimule alors toute vision issue du monde des “autres”.

Nous ne voulons presque plus rien savoir du vaste monde et de ses altérités, hormis ce que nous livrent “nos” économistes maison, ainsi que les medias autorisés. Ou alors, sous la seule forme “d'une terre promise” d’émigration. Tout changement planétaire, ou plutôt ses reflets nous parviennent donc par le biais et sous le seul prisme de la crise. Déjà que nous n’étions pas si bien préparés à en saisir l’altérité. Nous nous enfermons ainsi dans la tautologie de la crise, ce qui est aussi valable des attitudes adoptées par “nos” formations politiques. Pour ce qui est déjà de la gauche, cela ne laisse que peu de place à l’imagination. Cette dernière n’habite plus chez nous, ne nous habite plus. Elle ne peut pas s’épanouir, ou sinon par miracle, car tuée dans l’œuf et dans l’exclusivité de notre univers quasi-concentrationnaire. Il n’y a certes que l’Aube dorée qui puise dans l’inimaginable, cela relève d’ailleurs du topos bien tragiquement connu du “facile” car “mieux adaptée” aux vents dominants.

Bil


L’impréparation de notre gauche est pour l’instant si flagrante, par exemple pour ce qui tient des apories de l’immigration. Comme partout en mer Égée en ce moment et même depuis un certain temps, des refugiés arrivent par embarcations de fortune, c'est-à-dire d’infortune, chaque jour et chaque nuit. L’île de Lesbos ne sait plus comment y faire face, tandis qu’à la petite Leros, les habitants et les autorités locales se sont mobilisés policiers compris, pour offrir un quelconque abri et des vivres à ces gens, essentiellement des familles syriennes, et en absence de toute structure. Et au moment même où l’État, le nôtre, est sur le point de s’effondrer. “Depuis le 3 mai nous avons reçu plus de 120 nouveaux réfugiés, des familles avec enfants le plus souvent. Ces gens arrivent paniqués, ils nous expliquent qu’ils sortent de l’enfer mais ici, il n’y a aucune structure d’accueil, explique Matina Katsiveli, du Comité local de solidarité. Les garde-côtes ont sauvé de la mer hier et d’une noyade certaine, plus de trente personnes, des femmes ainsi que leurs enfants. Nous avons tout fait pour leur trouver des habits secs. Sauf que la Capitainerie du port ne prévoit rien, ni même de la nourriture, ou de l’eau potable. Aidés par l’Église, nous avons pris en charge ces gens. Parmi eux, il y des femmes enceintes et des enfants en bas âge. Il y a certains policiers qui nous aident mais ils sont à leur tour vite dépassés. Il y a à craindre que nos limites soient rapidement atteintes car nous ne pouvons pas nous substituer à l’État. C’est désormais une crise humanitaire urgente qui se profile, déjà leur nombre devient très important et nous avons des craintes pour l’avenir proche. Malgré la solidarité dont nous faisons preuve, il y a déjà certains parmi nous qui estiment ne plus supporter cette situation. Leros est une île si petite, que pouvons-nous faire de plus ?”, “Quotidien des Rédacteurs” du 28 mai.



La question, devenue aporie pour nos gauches n’est plus théorique, surtout lorsque l’Aube dorée rode partout. “Que faire alors dans une telle urgence et quelle politique d’immigration adopter dans un pays dont le PIB a reculé de 25% en trois ans seulement et où le spectre de l’effondrement n’est guère loin. Pour une partie de la population en tout cas, ce qui évidemment concerne en premier lieu les immigrés présents sur le territoire,”, se demandait récemment, non sans un certain esprit rhétorique un militant SYRIZA mais en aparté. Il devient pourtant difficile à déterminer, et dans quelle mesure, l’instrumentalisation de l’immigration, précède ou pas les représentations, voire les “pratiques courantes”. Même si le moindre crime ou délit, commis par certains immigrés ou par des individus se réclamant de l’Aube dorée, ouvertement ou pas, est aussitôt médiatisé et “reconditionné” comme jamais auparavant, rien n’indique que la “fréquence sociétale” des cristallisations de l’opinion s’y colle toujours et de près. Sauf que rien n’est plus dangereux que d’en attendre... la confirmation. Se contempler... l’ethnicité à travers le miroir brisé d’une société “désamorcée” par trois ans de Troïkanisme n’est guère rassurant.




D’où sans doute cet empressement ressenti à la lecture des quotidiens mainstream à surestimer les divergences au sein du gouvernement, toujours à propos du projet de loi dite “antiraciste”. Hier par exemple, le fait de publier à la “Une” la photo d’une croix gammée, s’agissant du tatouage d’un jeune de 17 ans à Corfou, puis d’annoncer juste à côté et sous la photo d’Angela Merkel, le prétendu “New deal en faveur du Sud de l’Europe”, ce n’est pas de l’information dont il s’agit, mais de cette variante médiatique de la stratégie du choc. La crise devient alors un temps de piège voire, un temps piégé.




Notre Place de la “Constitution” était bien paisible mardi matin sauf que pour troubler les esprits, et devant la Poste centrale, on pouvait encore découvrir ce slogan... démocrate-chrétien, d’ailleurs mal orthographié: “Salopards, pourquoi vous supprimez les retraites - Dieu existe”. La bouilloire, ainsi que les autres ustensiles de notre nouvelle cuisine sociale sont aussi toujours de saison. Y mettre de la distance pour mieux voir ou pour regarder et se regarder tout court s’avère par contre de plus en plus difficile. Sauf que les sociétés, autrement-dit les humanités auront toujours leurs bonnes réserves sur lesquelles il va falloir compter. Et alors ceci, jusqu’à la preuve du contraire ou jusqu’à la fin, la nôtre bien entendu. En témoignent les nombreux actes artistiques, le nouveau théâtre, certains écrits, et même ce qui semble être fort encourageant, un timide... engouement des bibliophiles pour les recueils de poésie, si l’on en croit la presse littéraire. Le quotidien Avgi de SYRIZA, a eu même l’excellente idée de consacrer un dossier entier au grand poète d’Alexandrie, Constantin Cavafy ou Cavafis. D’après ses spécialistes et avec “un goût prononcé pour l'époque hellénistique, mais aussi pour le Bas-Empire et Byzance, nourri de l'Anthologie palatine et de Gibbon, Cavafis peint un univers où règnent la tromperie, la duplicité d'aventuriers ou d'escrocs, la déchéance de roitelets lagides ou séleucides réduits à l'impuissance”, effectivement... rien à rajouter.




Et pour ce qui est de la déchéance, je note pour la désormais trop petite histoire, que ces dernières semaines, de nombreux ex-cadres, ex-ministres, ex-députés du PASOK, dont “son” eurodéputé Kriton Arsenis, dernier en date hier, quittent le naufrage de la social-démocratie à la grecque. C’est dire combien cette famille politique vient d’accomplir son ultime besogne en incarnant avec le succès que l’on reconnait désormais unanimement, le rôle de la droite libérale. Au moins, et... grâce à la Troïka, seule la droite de Samaras subsistera, réunissant à la fois et triomphalement sur les décombres de la société, le seul Pasokisme réellement existant, en plus d’une partie de l’extrême-droite du parti LAOS.
Aux prochaines élections, ou “élections”, le PASOK risque de ne pas franchir la barre des 3% lui permettant d’être représenté au “Parlement”. Ses anciens ténors le savent fort bien et même mieux que quiconque. Ils s’empressent alors devant l’inconnu, pour fonder de nouveaux partis et autres “organismes”. Histoire aussi de s’en assurer un certain financement, maintenant que leur boutique “Pasokienne” est en liquidation historique. Tout laisse alors croire que tel sera à terme le sort des formations politiques analogues, en Europe de l’Union européenne en tout cas, d’ici cinq à six ans, sauf changement radical dans les attitudes. Ce qui n’est pas et ne sera plus le cas au PASOK. D’ailleurs, à bord des trains grecs ou dans les bistrots, cela fera plus d’un an que les discussions ne portent plus du tout sur le PASOK. Seuls les journalistes du fait politique... surfait, par habitude, mais également par loyauté “quant au service alors rendu”, d’après les très mauvaises langues du moment, enchainent reportage après reportage, sur les roitelets lagides de la social-démocratie à la grecque. Parfois, mieux vaut relire Cavafy et se taire.



Se trompant vraisemblablement de méthode et peut-être aussi d’historicité, Alexis Tsipras de son côté, vient de réclamer un débat-duel télévisé avec Antonis Samaras. Les... néodémocrates de la droite ironisent, et du côté de SYRIZA on y répond par voie de presse. Notre pays est à lui seul la meilleure ironie de l’Union européenne, mais il y en a certainement d’autres moins emblématiques mais néanmoins tout autant préoccupantes. Et ce qui, à une toute autre échelle, nous a semblé préoccupant, c’est que depuis mon retour à Athènes, le “Chaton B” de la grande famille des adespotes du quartier reste introuvable. Comme pour le “Plan B” en économie ou en politique. Espérons que cela ne durera pas.

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 19:34

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/VICKY/47652

 

 

Lorsqu’ils s’engagent dans la « guerre contre le terrorisme » et envoient un nombre croissant de leurs soldats à travers le monde, de l’Irak à l’Afghanistan, les Etats-Unis se heurtent à une difficulté : trouver des combattants. En effet, leurs citoyens ne s’enthousiasment guère à l’idée de mourir pour la patrie. L’armée a donc enrôlé des non-nationaux, en leur promettant un passeport américain. Elle a en outre fait appel à des sociétés de sécurité privées qui elles-mêmes recrutent en Afrique des supplétifs « bons à jeter » après emploi.

par Alain Vicky, mai 2012

« J’ai tout de suite compris que je venais de commettre la plus grosse erreur de ma vie. Mais c’était trop tard. J’avais signé pour un an. Je devais me comporter comme un homme », soupire Bernard (1), engagé par une société de sécurité privée américaine en Irak. Ce jeune Ougandais appartient à l’« armée invisible (2) » recrutée par les Etats-Unis pour soutenir leur effort de guerre. De retour dans son pays à la fin de 2011, malade, il se voit depuis dénier tout droit à la protection sociale et à la santé, droits pourtant prévus par son contrat.

Alors que leurs collègues expatriés blancs — américains, israéliens, sud-africains, britanniques, français ou serbes, engagés par des entreprises sous contrat avec le Pentagone (quelque 120 milliards de dollars de transactions depuis 2003) — ont bénéficié de confortables émoluments dépassant souvent les 10 000 dollars mensuels, les ressortissants étrangers (« third country nationals », TCN) comme Bernard n’ont connu que l’arbitraire, le mépris du droit du travail et les mauvais traitements. Parfois blessés et renvoyés chez eux sans ménagement, ils ne reçoivent aujourd’hui ni aide ni soutien de leurs anciens employeurs.

En juin 2008, alors que Washington entame son désengagement d’Irak, ils sont 70 167 TCN pour 153 300 soldats réguliers. A la fin de 2010, ils sont 40 776, c’est-à-dire presque aussi nombreux que les Américains (47 305). C’est dans les pays du Sud qu’ont été recrutés ces hommes et ces femmes. Par milliers, ils ont été chargés des tâches les plus diverses sur les 25 bases de l’armée américaine en Irak, dont le fameux Camp Liberty, une « petite ville des Etats-Unis » construite près de Bagdad, qui a compté à son apogée plus de 100 000 résidents. Les TCN — qui composent 59 % des effectifs du secteur dit « besoins de base » — s’occupent de la cuisine, du nettoyage, de l’entretien des bâtiments, de la restauration rapide, de l’électricité et même des soins esthétiques des femmes soldats.

Certains peuvent également être affectés à la sécurité des installations, parfois en binôme avec des soldats réguliers. C’est le cas des recrues africaines, qui contrôlent les accès et les enceintes des bases. Ces Subsahariens ont fourni plus de 15 %des gardes statiques recrutés par les sociétés militaires privées pour le compte du Pentagone.

Parmi ces gardes à bas prix, les Ougandais sont majoritaires : sans doute près de 20 000. Cruel paradoxe, ils sont parfois employés à mater leurs semblables, comme au mois de mai 2010, lorsqu’ils ont été appelés pour réprimer l’émeute d’environ 1 000 TCN originaires du sous-continent indien, à Camp Liberty.

La surreprésentation des Ougandais en Irak s’explique par le contexte politique du début des années 2000 en Afrique centrale. A l’époque, à l’est de l’Ouganda, la guerre des Grands Lacs est officiellement terminée. Au nord du pays, les rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur ont été matés. Au Soudan voisin, la guerre civile a pris fin, ouvrant la voie à l’indépendance du sud du pays (3). Plus de 60 000 hommes de troupe ougandais se retrouvent démobilisés. L’Irak apparaît alors comme un débouché pour eux. En outre, Kampala, allié majeur des Etats-Unis dans la région, est l’une des rares capitales africaines à soutenir l’administration Bush lors du déclenchement de la guerre, en 2003. Depuis le milieu des années 1980, les militaires des deux pays collaborent. « En 2005, la demande américaine de personnel pour le secteur paramilitaire et la sécurité explose, raconte le journaliste et blogueur ougandais Angelo Izama. Comme le Pentagone cherche de la main-d’œuvre anglophone, efficace et ayant l’expérience de la guerre, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers l’Ouganda (4). »

Pour M. Norbert Mao, candidat malheureux du Parti démocratique à la présidentielle de 2011, l’envoi d’Ougandais en Irak répond également à une autre motivation : « Des anciens combattants qui se retrouvent sans emploi peuvent créer des problèmes. L’Irak a ainsi été considéré par le gouvernement comme une bonne manière de se débarrasser des démobilisés (5). » Pour alimenter cette nouvelle filière, précise-t-il, « des sociétés fondées par d’anciens militaires américains ont noué des relations avec d’autres créées par d’anciens hauts responsables de l’armée ougandaise ».

Belle-sœur de l’un des plus célèbres chefs d’entreprise du secteur de la sécurité en Ouganda — le général Salim Saleh, par ailleurs frère du président Yoweri Museveni —, Mme Kellen Kayonga a ainsi fondé la compagnie Askar. Dès la fin de 2005, celle-ci recrute pour la société Special Operations Consulting (SOC), fondée dans le Nevada par deux anciens officiers américains. Sa principale concurrente sur le marché local, la société pakistanaise Dreshak International, ouvre la même année sa filiale de Kampala et commence à travailler pour la société militaire privée américaine EODT opérant en Irak.

A partir de 2006, une dizaine de ce que M. Mao appelle les « entrepreneurs de conflits » se sont installés dans le pays. Dans les quartiers populaires de Kampala, l’Irak devient la nouvelle frontière des kyeyos (travailleurs candidats à l’émigration). Un ancien combattant qui rempile peut gagner jusqu’à 1 300 dollars (1 000 euros) par mois, soit largement plus que les salaires proposés à Kampala par le secteur florissant du gardiennage et de la protection civile.

En 2007, plus de 3 000 Ougandais sont déployés en Irak. En 2008, ils sont 10 000. Leurs principaux employeurs sont les entreprises américaines Torres, DynCorp, Triple Canopy, Sabre et SOC. « C’est alors que cela a commencé à dégénérer en guerre des prix », poursuit Izama. Sous prétexte de saturation du marché des kyeyos, « les salaires déclinent. Ils baissent d’autant plus facilement que l’emploi à l’étranger n’est pas régulé en Ouganda. D’autre part, à l’époque, on ne cherche plus seulement des anciens combattants. N’importe qui peut dorénavant partir pour l’Irak ». Ce dumping, qui joue sur la concurrence d’une nouvelle main-d’œuvre recrutée au Kenya et en Sierra Leone, se développe sans que le ministère du travail ougandais y trouve à redire. A la fin de 2009, les salaires passent au-dessous de la barre des 700 dollars. Pendant ce temps, pour chaque garde ougandais engagé, la société américaine Sabre empoche 1 700 dollars (1 300 euros) du gouvernement américain. Askar, de son côté, touche 420 000 dollars (320 000 euros) pour 264 gardes déployés en Irak auprès de l’américaine Beowulf.

Dévoilés par la presse ougandaise, les premiers cas d’exploitation de kyeyos commencent à filtrer en 2008. Mais Kampala continue à faire la sourde oreille, se contentant de conforter, par quelques opérations de nettoyage dans le milieu des opérateurs, la position des sociétés les plus puissantes... et les plus proches du président Museveni. Pour M. Mao, « aller en Irak, c’était comme s’accrocher à un crocodile en pensant qu’il va vous sauver de la noyade ». En décembre 2011, les salaires des kyeyos d’Irak sont tombés à 400 dollars par mois (300 euros), pour six jours de travail par semaine, à raison de douze heures quotidiennes. Tous les hommes et toutes les femmes que nous avons rencontrés, âgés de 21 à 32 ans, y avaient été envoyés à partir de décembre 2009. Avant l’Irak, la plupart, originaires de la campagne, avaient travaillé pour les compagnies de gardiennage de la capitale ougandaise. Deux d’entre eux avaient suivi des études à l’université Makerere. Ils éprouvent des difficultés à raconter ce qu’ils ont enduré, entrecoupant leurs confidences de longs silences gênés.

Un contrat signé à la va-vite

C’est chez Dreshak, dont la filiale ougandaise est installée au centre de Kampala, que tout a commencé pour eux. Pendant deux mois, les kyeyos ont suivi un entraînement militaire destiné à tester leurs aptitudes. Le stage n’était pas payé, la société se contentant de les nourrir. A l’issue de cette période, Dreshak leur a demandé de rentrer chez eux et d’attendre qu’on les rappelle. Pour certains, l’attente a duré trois mois. Le jour où ils ont enfin été convoqués constituait un point de non-retour. « Il n’y avait plus d’autre solution, se rappelle l’un. Pendant le temps passé à attendre, nous avions dépensé de l’argent sans en gagner. Certains d’entre nous avaient même tout vendu, à l’exception de leurs chaises. La seule chose qui restait à faire, c’était de signer. Et, dans ces conditions, ils pouvaient nous faire accepter n’importe quoi. » Le contrat qu’on leur présente alors comporte onze pages qui doivent être paraphées en quinze minutes.

Le groupe découvre ce jour-là le nom de son employeur final : l’américaine SOC. Bernard se souvient d’avoir hésité avant de signer. « Je travaillais dans le service Internet d’une entreprise, et quand j’ai vu le salaire qu’on nous proposait, je me suis vraiment demandé si cela en valait la peine. Il y avait juste 300 000 shillings [environ 90 euros] de différence par mois. » Sur l’insistance de ses amis, et les coups de fil pressants d’un « responsable américain », Bernard se décide à partir. Deux jours et sept heures d’avion plus tard, il pose le pied sur le tarmac de l’aéroport international de Bagdad.

A trois quarts d’heure d’hélicoptère de la capitale irakienne, la base aérienne d’Al-Assad constitue un autre petit bout d’Amérique en terre arabe. L’unité de SOC que rejoignent les kyeyos accueille environ huit cents de leurs compatriotes, commandés par une poignée d’expatriés ougandais prenant leurs ordres auprès de supérieurs américains. Après un mois d’entraînement, là encore sans paie, les nouveaux promus découvrent les oppressants haboobs (tempêtes de sable) et les glaciales nuits d’hiver.

Il leur faut attendre plusieurs mois avant d’obtenir l’équipement que SOC leur avait promis. Les gants destinés à les protéger du froid nocturne n’arrivent qu’à la fin de l’hiver. Certains doivent acheter leur cache-poussière au PX (magasin) d’Al-Assad, sacrifiant 25 dollars (19 euros) sur leur maigre paie. Même le matériel militaire qu’on leur donne n’est pas réglementaire : AK-47, cartouchière, casque et gilet pare-balles de seconde main — « chinois », ironisent les kyeyos. Harnachés plus lourdement que les soldats réguliers, et moins protégés « face à un franc-tireur qui peut t’ajuster à plusieurs centaines de mètres », ils doivent en particulier contrôler les quelque cinq cents véhicules qui pénètrent chaque jour dans l’enceinte d’Al-Assad.

Au fil des semaines, ils découvrent que la menace gît également au sein même de leur unité : leurs supérieurs les poussent à bout, bien au-delà de ce que permettent leur contrat et leurs limites physiques. Certains doivent travailler jusqu’à quinze heures par jour. Les vacances (sans solde) au pays, promises à l’issue d’un an de mission, sont sans cesse reportées. « Nous vivions sous pression, dans la terreur, même la nuit, confient plusieurs démobilisés. Tu ne pouvais rien leur dire. Ils pouvaient décider de ta vie, te déployer là où ils le souhaitaient, en particulier aux postes les plus dangereux, s’ils estimaient que tu étais une prise de tête. »

Pour mater les récalcitrants, SOC recourt à une solution imparable : la rupture de contrat sans indemnités. Sur les vingt et une clauses disciplinaires couvrant deux pages des contrats fournis par l’entreprise, que nous avons pu nous procurer, l’étape4, dite « Termination of services », ne s’applique en principe qu’à l’issue d’une longue série de blâmes. Sur le terrain, la réalité se révèle bien plus brutale, SOC se réservant le droit de « prendre d’autres mesures disciplinaires » en cas de manquements non prévus : « Tu recevais une lettre d’avertissement, par exemple parce que tu ne portais pas ton casque hors du service, et pendant deux semaines ils t’enlevaient ta paie. Et malgré cela, tu devais travailler ! » Sinistre ironie : dans son code de conduite, SOC demande à ses TCN de « dignement représenter les idéaux de la République d’Ouganda » et de s’abstenir de « ternir son image à l’étranger ».

Le contrat type de SOC stipule également qu’un kyeyo sera licencié s’il est empêché de travailler, pour cause de maladie, blessure ou accident, pendant au moins trente jours au cours d’une période de quatre mois. Privilégié, car travaillant dans l’administration de SOC, Bernard a vu des dizaines de ses compatriotes limogés sans ménagement. « Durant les longues tempêtes de sable, se souvient-il, les hommes attrapaient des infections des oreilles, des sinusites. Ils avaient des problèmes oculaires et même pulmonaires. Quand ils venaient se faire soigner, on leur donnait juste de l’aspirine. Et lorsqu’ils revenaient parce qu’ils n’avaient pas été bien soignés, on les licenciait. SOC ne voulait pas avoir à payer les moindres frais médicaux. Comme ils nous le disaient, ils étaient là pour faire des affaires. »

Durant l’été 2011, Bernard commence à souffrir du genou. Un « médecin » de SOC lui administre un corticostéroïde : « C’était encore pire. » La peau de son visage commence alors à se desquamer : « J’ai donc rencontré un autre docteur, ou supposé tel, qui s’est mis à chercher des informations sur Google ! » Quelques semaines plus tard, il est licencié. Après vingt jours de transit où il est livré à lui-même dans un camp de Bagdad, il parvient à prendre un charter pour Kampala. C’était à l’automne 2011, une dizaine de jours avant que nous le rencontrions. Bernard n’est pas encore allé voir sa mère, de peur qu’elle ne s’effraie en voyant l’état, impressionnant, de son visage. En revanche, il s’est rendu chez son médecin de famille : « Je lui ai expliqué ce qu’on m’avait prescrit. Il m’a dit que c’était la pire des erreurs et que désormais, j’allais devoir me battre pour me rétablir. Il m’a fait une liste de médicaments. Je n’en avais jamais eu pour aussi cher de ma vie : plus de 300 000 shillings. Il faut absolument que je trouve de l’argent pour poursuivre mon traitement, mais chez Dreshak, ils ne veulent pas en entendre parler. Quant à SOC, je n’ai plus aucune nouvelle d’eux. »

Comme n’importe quel ressortissant étranger travaillant pour une société militaire privée américaine sous contrat avec le Pentagone, les kyeyos rentrés d’Irak malades ou blessés sont en principe couverts par le Defense Base Act. Cela leur garantit que la compagnie d’assurances de leur employeur rembourse leurs frais médicaux. Est également prévue une pension d’invalidité pour les plus malchanceux. « Pourtant, très souvent, les Ougandais n’en bénéficient pas », déplore l’avocate américaine Tara K. Coughlin.

A la fin des années 2000, Me Coughlin, engagée dans une association chrétienne d’aide aux soldats américains présents en Irak, découvre que des Ougandais travaillent aux côtés des boys. Prenant sur ses économies — ses clients n’ont pas les moyens de payer les examens médicaux requis pour le montage de leurs dossiers —, elle représente désormais auprès du ministère du travail américain trente kyeyos revenus brisés d’Irak (6). Parmi eux, plusieurs Ougandaises atteintes de troubles musculosquelettiques dus à leur équipement trop lourd. Dans la ligne de mire de l’avocate, quatre sociétés militaires privées — Soc, Triple Canopy, Sabre et Eodt —, mais également leurs compagnies d’assurances, et en premier lieu le géant American International Group (AIG). « Car, au bout du compte, souligne-t-elle, ce sont les assurances qui refusent de prendre en charge les médicaments ou de fournir une pension d’invalidité à mes clients revenus handicapés. »

Dérobade des compagnies d’assurances

En Ouganda, Me Coughlin, assistée par un ancien kyeyo d’Irak, mène un travail délicat et discret. D’abord, il lui faut retrouver les victimes : « Beaucoup de blessés ougandais, ne pouvant se permettre de vivre en ville, retournent directement dans leur village, sans savoir qu’ils ont la possibilité de saisir la justice américaine. J’estime qu’ils sont des centaines. Et encore, c’est une estimation basse. »

Ensuite, il faut apaiser les soupçons, la méfiance et la honte de se confier à une étrangère muzungu (blanche). « Nombre de mes clients ont été menacés par leur employeur après avoir été blessés. On a même dit à certains qu’ils rentreraient au pays dans un body bag s’ils parlaient. Qui plus est, quand ils ont été soignés en Irak, leurs dossiers médicaux ont été confisqués avant qu’ils ne retournent chez eux. Il faut donc tout recommencer de zéro. » Il faut aussi faire vite : les kyeyos rentrés d’Irak ont tout juste un an pour agir.

Enfin, l’avocate doit se battre contre l’énorme machine déployée jusqu’en Ouganda par les compagnies d’assurances. AIG n’hésite pas à recruter des enquêteurs, tels ceux de la société maltaise Tangiers International, pour mettre en pièces toute contestation. « C’est l’une des parties les plus difficiles de mon travail, reconnaît la jeune femme. Ces enquêteurs violent sans vergogne le code de déontologie professionnelle. Par exemple, ils contactent mes clients et les emmènent chez leur propre médecin afin de réaliser une contre-expertise, alors qu’ils n’en ont absolument pas le droit. A un autre qui est dans l’impossibilité physique de travailler depuis son retour d’Irak, on a promis un boulot... juste pour voir s’il allait accepter ! Comme il y a peu de spécialistes médicaux en Ouganda, je me demande parfois si je ne vais pas tomber sur une personne qui a été achetée. »

Selon une estimation du ministère ougandais du travail, les vagues d’hommes et de femmes envoyés en Irak depuis 2005 auraient dû transférer plus de 90 millions de dollars (68 millions d’euros) à leurs familles au pays. Cela représente des revenus supérieurs à ce que rapporte le café, principale ressource d’exportation de l’Ouganda. Après avoir souvent passé plus d’un an au Proche-Orient, les hommes que nous avons rencontrés ont pourtant tout juste épargné quelques millions de shillings — moins de 1 000 euros — au terme de leur mission. Bloqués jusqu’à leur retour sur un compte de la Crane Bank, à Kampala, leurs maigres salaires n’ont en effet cessé de se déprécier en raison du taux de change et de l’inflation — plus de 40 %en 2011 — qui a frappé de plein fouet l’Ouganda durant leur absence. « Dreshak nous a recrutés puis vendus à SOC en empochant le pactole. Mais nous, au bout du compte, on a touché des cacahuètes. Ce que nous avons vécu, ça s’appelle tout simplement de l’esclavage moderne. »

Dans son édifiant rapport transmis au Congrès américain en août 2011, la commission indépendante sur les contrats passés pendant la guerre estime que « les crimes et délits commis par les sociétés employant des contractants minent la réputation des Etats-Unis à l’étranger ». Et de préciser que « si le nombre de soldats américains décline en Irak et en Afghanistan, celui des sociétés militaires privées devrait augmenter, au moins à court terme, sinon durant plusieurs années, avant que les opérations ne prennent définitivement fin (7) ». Le « marché de la violence (8) » n’est en effet pas près de se tarir. Pour la protection des 16 000 employés de son ambassade irakienne, le département d’Etat a ainsi fait appel, pour 10 milliards de dollars, à huit sociétés militaires privées américaines. Une armée de 5 500 contractants devrait être enrôlée. Aux côtés de Triple Canopy, chargée de protéger les diplomates, SOC fournira la sécurité statique durant cinq ans pour 973 millions de dollars. « Des kyeyos seront sans doute recrutés », indique Mme Kayonga, patronne de la compagnie Askar, désormais également présente sur le marché afghan. De Bagdad à Kaboul, et sans doute demain à Mogadiscio, il se trouvera toujours des Ougandais pour nourrir cette « force noire », estiment nos anciens d’Irak. Pourquoi ? « A cause de l’inflation, des frais de scolarité qui augmentent, des prix de l’alimentation qui flambent… Ce n’est pas que l’on aime ça, mais il faut bien vivre ! »


Alain Vicky

Journaliste.

(1) Pour des raisons de sécurité, tous les noms ont été changés.

(2) Sarah Stillman, «  The invisible army  », The New Yorker, 6 juin 2011.

(3) Après la mort de Joseph Mobutu, en 1997, le Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) est le théâtre d’une guerre qui va engager tous les pays voisins, y compris l’Ouganda. A la même époque, Kampala est confronté à la rébellion de l’Armée de résistance du Seigneur, une secte dirigée par le gourou Joseph Koni.

(7) «  Transforming Wartime Contracting  » (PDF), Commission on wartime contracting in Iraq and Afghanistan.

(8) Cf. Deborah D. Avant, The Market for Force : The Consequences of Privatizing Security, George Washington University Press, Washington, DC, 2005.

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