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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 14:52

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Juste une idée : peut-être que Madison, Wisconsin, n'est pas le Caire après tout. Peut-être que c'est Bagdad – plus précisément Bagdad en 2003, quand l'administration Bush a donné le contrôle de l'Irak à des responsables choisis pour leur loyauté et leur fidélité politique plutôt que pour leurs compétences et leur expérience.

Comme de nombreux lecteurs s'en souviennent peut-être, les résultats furent spectaculaires – dans le mauvais sens du terme. Au lieu de se concentrer sur les problèmes urgents d'une économie et d'une société bouleversées, qui allaient bientôt s'enfoncer dans une guerre civile meurtrière, ces envoyés de Bush ne cherchèrent qu'à imposer une vision idéologique conservatrice. En effet, alors que les pilleurs rôdaient toujours dans les rues de Bagdad, L. Paul Bremer, le vice-roi américain, raconta à un envoyé spécial du Washington Post que l'une de ses premières priorités était de "privatiser les entreprises publiques" – ce sont là les mots de Bremer, pas du journaliste – et de "détourner les gens de l'idée que l'État prend tout en charge".

L'histoire de l'Autorité provisoire de la coalition (Coalition Provisional Authority) et de son obsession de la privatisation fut au centre du best-seller de Naomi Klein, La Stratégie du choc, dont la thèse était que cela faisait partie d'une stratégie plus globale. Depuis le Chili dans les années 1970, soutient-elle, les idéologues de droite exploitent les crises pour imposer un programme qui n'a rien à voir avec la résolution de ces crises, et tout à voir avec le fait d'imposer leur vision d'une société plus dure, plus inégale, moins démocratique.

Ce qui nous amène à Wisconsin 2011, où la stratégie du choc s'étale en pleine lumière. 
Ces dernières semaines, Madison a été le théâtre d'importantes manifestations contre le projet de loi budgétaire du gouverneur, qui priverait les fonctionnaires de leurs droits de négociation collectifs. Le gouverneur Scott Walker prétend qu'il doit faire voter ce projet pour régler les problèmes fiscaux de l'État du Wisconsin. Mais cette attaque contre les syndicats n'a rien à voir avec le budget. En fait, ces syndicats ont déjà fait savoir qu'ils étaient prêts à faire des concessions financières significatives – une offre que le gouverneur a refusée.

Ce qui se passe dans le Wisconsin est, au contraire, une captation du pouvoir, une tentative d'exploiter la crise fiscale pour détruire le dernier contrepoids majeur face au pouvoir politique des corporations et des riches. Et cette captation du pouvoir va au-delà de la casse des syndicats. Le projet en question est long de 144 pages, dans lesquelles sont cachées des choses inouïes. 
Par exemple, le projet inclut des termes qui permettraient aux responsables nommés par le gouverneur de procéder à des coupes radicales dans les couvertures santé des familles à bas revenus sans avoir à passer par le processus législatif normal.
Et puis il y a ceci : "Nonobstant les § 13.48 (14) (am) et 16.705 (1), le service peut vendre toute installation publique de chauffage, climatisation ou énergétique, ou passer contrat avec une entreprise privée pour l'exploitation d'une telle installation, avec ou sans appel d'offre, pour tout montant que le service estime être dans le meilleur intérêt de l'État. Nonobstant les § 196.49 et 196.80, aucun accord ou certification de la commission de service public n'est requis pour qu'un service public achète ou passe contrat pour l'exploitation d'une telle installation, et tout achat de ce genre est considéré comme étant d'intérêt public et conforme aux critères de certification d'un projet sous le §196.49 (3) (b)".
Qu'est-ce que c'est que ça ? L'État du Wisconsin possède un certain nombre d'installations fournissant chauffage, climatisation, et électricité à des établissements publics (comme l'université du Wisconsin). Les termes du projet de loi permettraient, en fait, au gouverneur de privatiser n'importe lequel ou tous ces établissements sur un coup de tête. Non seulement ça, mais il pourrait les vendre, sans appel d'offres, à qui il souhaite. Et notez que toute vente de ce genre serait, par définition, "considérée comme étant d'intérêt public".

Si ceci vous paraît un parfait coup monté pour favoriser le copinage et le profit (vous vous souvenez de tous ces milliards disparus en Irak ?) vous n'êtes pas les seuls. En effet, il y a suffisamment d'esprits méfiants pour que Koch Industries, propriété des frères milliardaires qui jouent un rôle si important dans l'offensive de Walker contre les syndicats, se soit senti obligé de démentir être intéressé par l'achat d'une de ces installations énergétiques. Vous êtes rassurés ?

La bonne nouvelle du Wisconsin est que le déferlement de la colère publique – aidée par la manœuvre des démocrates du Sénat de l'État, qui se sont absentés afin de priver les républicains du quorum – a mis un frein à cet empressement. Si le plan de Walker était de faire voter son projet avant que quiconque ne réalise ses véritables objectifs, c'est raté. Et les événements du Wisconsin ont peut-être fait réfléchir d'autres gouverneurs républicains, qui semblent faire marche arrière sur des projets similaires.

Mais ne croyez pas que les objectifs de Walker ou du reste de son parti aient changé. La casse des syndicats et la privatisation restent les priorités du GOP, et le parti poursuivra ses efforts pour faire passer ces priorités en douce au nom de l'équilibre budgétaire.

Paul Krugman
New York Times News Service

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 14:50

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Comme toutes les dates symboliques, la journée internationale de la femme n'a pas ses origines dans un seul fait historique. Elle symbolise, d'une part, les fruits d'un large processus de luttes, de revendications et de débats et, d'autre part, les parcours silencieux des millions des femmes dans le monde entier.

La référence historique principale de la journée internationale de la femme remonte aux grèves ouvrières déclenchées en 1857 et 1911 à New York alors que les travailleuses du textile protestaient contre leurs piètres conditions de travail. Un événement, en particulier, aurait marqué fortement les manifestations : le 25 mars 1911, un groupe de travailleuses qui manifestait dans une usine de textile à New York, trouve la mort lors d'un incendie. Elles n'ont pas pu échapper à temps. Les portes étaient fermées pour que les travailleurs ne sortent pas avant la fin de la journée de travail.

Une autre référence historique importante c'est la deuxième Conférence Internationale des femmes socialistes, en 1910, à Copenhague, au Danemark. La leader socialiste allemande, Clara Zetkin, a proposé la création d'une journée internationale de la femme, afin de reconnaître les luttes menées par les femmes partout dans le monde.

Une autre référence intrigante concerne la liaison entre la date du 8 mars et la participation des femmes ouvrières à la Révolution Russe. Le 23 février 1917, date du calendrier russe, ou le 8 mars dans le calendrier grégorien, des femmes travailleuses sont sorties dans les rues pour déclencher une grève générale que, plus tard, s'aurai insérer dans des actions révolutionnaires qui ont inauguré la Révolution Russe.

En 1977, soit deux ans après l'Année internationale de la femme, les Nations Unies ont adopté une résolution invitant les pays à consacrer une journée à la célébration des droits des femmes et de la paix internationale. Le 8 mars est ainsi devenu cette journée de reconnaissance dans de nombreux pays.

 

Chronologie des événements les plus marquants



 

1909 : Conformément à une déclaration du Parti socialiste américain, la première Journée nationale de la femme a été célébrée sur l’ensemble du territoire des États-Unis le 28 février. Les femmes ont continué à célébrer cette journée le dernier dimanche de février jusqu’en 1913.



1910 : L’Internationale socialiste réunie à Copenhague a instauré une Journée de la femme, de caractère international, pour rendre hommage au mouvement en faveur des droits des femmes et pour aider à obtenir le suffrage universel des femmes. La proposition a été approuvée à l’unanimité par la conférence qui comprenait plus de 100 femmes venant de 17 pays, dont les trois premières femmes élues au Parlement finlandais. Aucune date précise n’a été fixée pour cette célébration.



1911 : À la suite de la décision prise à Copenhague l’année précédente, la Journée internationale de la femme a été célébrée pour la première fois, le 19 mars, en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse, où plus d’un million de femmes et d’hommes ont assisté à des rassemblements. Outre le droit de voter et d’exercer une fonction publique, elles exigeaient le droit au travail, à la formation professionnelle, et la cessation de la discrimination sur le lieu de travail. Moins d’une semaine après, le 25 mars, le tragique incendie de l’atelier Triangle à New York a coûté la vie à plus de 140 ouvrières, pour la plupart des immigrantes italiennes et juives. Cet événement a eu une forte influence sur la législation du travail aux États-Unis, et l’on a évoqué les conditions de travail qui avaient amené cette catastrophe au cours des célébrations subséquentes de la Journée internationale de la femme.



1913-1914 : Dans le cadre du mouvement pacifiste qui fermentait à la veille de la Première Guerre mondiale, les femmes russes ont célébré leur première Journée internationale de la femme le dernier dimanche de février 1913. Dans les autres pays d’Europe, le 8 mars ou à un ou deux jours de cette date, les femmes ont tenu des rassemblements soit pour protester contre la guerre, soit pour exprimer leur solidarité avec leurs sœurs.



1917 : Deux millions de soldats russes ayant été tués pendant la guerre, les femmes russes ont de nouveau choisi le dernier dimanche de février pour faire la grève pour obtenir « du pain et la paix ». Les dirigeants politiques se sont élevés contre la date choisie pour cette grève, mais les femmes ont passé outre. Le reste se trouve dans les livres d’histoire : quatre jours plus tard, le tsar a été obligé d’abdiquer et le gouvernement provisoire a accordé le droit de vote aux femmes. Ce dimanche historique tombait le 23 février dans le calendrier julien qui était alors en usage en Russie, mais le 8 mars dans le calendrier géorgien utilisé ailleurs.



Depuis ces premières années, la Journée internationale de la femme a pris une nouvelle dimension mondiale dans les pays développés comme dans les pays en développement. Le mouvement féministe en plein essor, qui avait été renforcé par quatre conférences mondiales sur les femmes organisées sous l’égide de l’ONU, a aidé à faire de la célébration de cette Journée le point de ralliement des efforts coordonnés déployés pour exiger la réalisation des droits des femmes et leur participation au processus politique et économique. De plus en plus, la Journée internationale de la femme est le moment idéal pour réfléchir sur les progrès réalisés, demander des changements et célébrer les actes de courage et de détermination de femmes ordinaires qui ont joué un rôle extraordinaire dans l’histoire des droits des femmes.



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Clara Zetkin (1857-1933) : 

la journaliste allemande qui a lancé l’idée d’une Journée internationale des femmes.

 

Née Clara Eissner le 5 juillet 1857 à Wiederau, en Saxe et décédée à Arkhangelskoïe, près de Moscou, le 20 juin 1933, Clara Zetkin était une enseignante, journaliste et femme politique marxiste allemande. Fille d'un instituteur, Clara Eissner se destine elle-même à l'enseignement. Dès le milieu des années 1870, elle fréquente les mouvements féministes, participant aux discussions des Allgemeinen Deutschen Frauenvereins (Association générale des femmes allemandes) et commence à adhérer à la mouvance socialiste.

En 1878, elle rompt avec sa famille et adhère au SAP, ancêtre du SPD, parti interdit par le chancelier impérial Otto von Bismarck la même année. Elle s'exile alors à Zurich où elle rencontre le révolutionnaire russe Ossip Zetkin, puis à Paris en 1882. Bien qu'ils ne soient pas mariés, elle prend le nom de son compagnon dont elle aura deux enfants. Ossip Zetkin décède en 1889. Clara se marie en 1899 avec le peintre Friedrich Zundel, avec lequel elle restera jusqu'en 1928, tout en conservant le nom de Zetkin.

À Paris, elle participe activement à la fondation de la Deuxième Internationale où elle réclame l'égalité complète des droits professionnels et sociaux de la femme ainsi que sa participation active à la lutte des classes. De retour en Allemagne après l'abrogation des lois anti-socialistes, Clara Zetkin développe le mouvement féminin socialiste, fonde en 1891 la revue des femmes socialistes, Die Gleichheit (L'égalité), qu'elle publie jusqu'en 1917, et milite sans relâche pour les droit des femmes.

C’est à Copenhague en 1910, lors de la 2ème conférence internationale des femmes socialistes, que l’allemande Clara Zetkin propose, pour la première fois, d’organiser une “Journée internationale des femmes” en vue de servir à la propagande pour le vote des femmes. La conférence réunit une centaine de femmes venues de 17 pays, et adopte aussitôt cette proposition, inspirée des manifestations d’ouvrières qui se sont déroulées aux États-Unis en 1908 et en 1909. Le 8 mars 1914, les femmes réclament le droit de vote en Allemagne. Elles l’obtiennent le 12 novembre 1918.

Clara Zetkin est emprisonnée en 1915 en raison de ses convictions pacifistes. En 1916, elle joue avec Rosa Luxemburg, un rôle essentiel dans la création du parti communiste allemand. En 1920, élue au Reichstag, Clara Zetkin assiste à la montée du nazisme en Allemagne, tandis que l’arrivée au pouvoir de Staline la met à l’écart de l’Internationale communiste. 
Le 30 août 1932, à 75 ans, elle est chargée, en sa qualité de doyenne du Reichstag, de prononcer le discours d’inauguration du parlement où dominent les chemises noires. Elle lance un vibrant appel à lutter contre le nazisme. Ce sera sa dernière manifestation publique. En exil à Moscou, elle meurt le 20 juin 1933.

Ses convictions lui ont survécu. Elle a défendu une conception du couple au sein duquel les partenaires devaient être égaux en droits. Elle est favorable au divorce par consentement mutuel et pense que les garçons, comme les filles, doivent prendre part aux soins du ménage. Mère de deux garçons, elle a vécu elle-même en union libre, et s’est toujours montrée une ardente partisane du travail des femmes, seul moyen pour elles d’accéder à l’autonomie.

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Clara Zetkin et Rosa Luxemburg en 1910

 

 

Cette journée internationale de la femme, officialisée en 1977 par les Nations Unies, est là pour nous rappeler ces victoires mais aussi pour nous inviter à réfléchir sur la condition de la femme dans le monde entier. C'est l'occasion idéale de dresser le bilan des progrès accomplis en vue de promouvoir l'égalité des femmes. C'est aussi l'occasion d'identifier les difficultés que les femmes doivent surmonter dans la société et de se pencher sur les moyens à prendre pour améliorer la condition féminine.

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 14:46

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http://alternatives-economiques.fr/blogs/behrent/2011/02/23/wisconsin-les-syndicats-contre-attaquent/

 

 

Depuis quelques semaines, la politique descend dans la rue: Tunis, Le Caire, Tripoli, Manama, bien sûr, mais aussi… Madison, Wisconsin.

Peu après son entrée en fonction début janvier, le nouveau gouverneur républicain du Wisconsin, Scott Walker, a évoqué la crise budgétaire que traverse son État pour justifier un projet de loi révoquant le droit des syndicats du service public (en particulier ceux des enseignants) de participer aux négociations collectives. La semaine dernière, leur colère a éclaté : au moins 70 000 personnes ont convergé sur Madison, la ville capitale, pour protester contre cet assaut contre les droits et les acquis des salariés. La législature de l’État [State Legislature - l’Assemblée legislative de l’Etat] est occupée par la foule. C’est la plus importante manifestation à Madison depuis la Guerre du Vietnam. Pour les soutenir, les élus démocrates de la législature de l’État s’enfuient et se cachent, ôtant temporairement à la majorité républicaine le quorum nécessaire à l’adoption des lois. Les membres du Tea Party organisent une contre-manifestation en soutien au gouverneur. Mais pour la première fois depuis plus d’un an, les fantassins de l’antiétatisme sont sur la défensive. Madison, ou la renaissance du syndicalisme américain ?

Les républicains au pouvoir dans les États fédérés

Revenons un peu sur les origines de ces affrontements. A l’instar de l’État fédéral, la plupart des États fédérés font face actuellement, crise économique oblige, à des déficits budgétaires massifs. En Californie, ceux-ci s’élèvent par exemple à 25,4 milliards de dollars. Dans l’État où j’habite, la Caroline du nord, le déficit est de l’ordre de 3,9 milliards. Alors que dans le Wisconsin, le décalage se situe aux alentours de 137 millions pour ce qui reste de l’année fiscale en cours, et à 1,81 milliards pour l’année à venir. Sans minimiser un tel manque à gagner, le Wisconsin est bien loin de se placer en tête des États déficitaires ; il se trouve plutôt au milieu du peloton.

Comment expliquer les mesures extrêmes auxquelles recourt le gouverneur Walker ? Elles sont la conséquence en premier lieu de la nouvelle donne politique, c’est-à-dire le raz-de-marée républicain de novembre dernier. Dynamisés par les foudres antiétatiques répandues par les Tea Parties, les républicains ont non seulement remporté la Chambre des représentants au niveau national, mais aussi de nombreux postes de gouverneurs. Ils ont d’autre part décroché des majorités dans de nombreuses législatures étatiques. Actuellement, il y a 29 gouverneurs républicains par rapport à 20 gouverneurs démocrates (et un indépendant). Quant aux législatures (qui sont tous bicamérales, sauf une), 26 sont contrôlés par les républicains, 15 par les démocrates, et 8 sont mixtes. Soit 21 États où les instances élues (le gouverneur et les deux chambres de la législature) sont entièrement dominées par les républicains (dont le Wisconsin) - alors que seulement 11 le sont par les démocrates.

Les mesures antisyndicales du gouverneur Walker sont donc du pur butin politique, une manière d’encaisser aussi rapidement une opportunité offerte par une victoire dans les urnes. Comme telles, elles représentent une récupération de la crise économique par la droite, au service de son programme ultralibéral. Sous couvert d’un discours antiétatiste et prônant la responsabilité fiscale, elle tente d’ôter au mouvement syndical ce qui reste de son pouvoir.

Les syndicats, cause des déficits ?

Le gouverneur Walker justifie ces propositions par un raisonnement économique et budgétaire. Les syndicats des fonctionnaires entraîneraient, soutient-il, des coûts excessifs à un moment où la rigueur doit être à l’ordre du jour. Il propose de limiter les négociations syndicales au seul salaire, leur interdisant d’évoquer des questions liées, tels les congés ou les pensions-retraite. D’autre part, Walker demande aux fonctionnaires de prendre en charge certains cotisations - notamment pour la santé et la retraite - assurée jusqu’à maintenant par l’État. Pour les fonctionnaires, ce transfert représente une diminution salariale moyenne de l’ordre de 8%. Selon le gouverneur, ces dispositifs aideraient l’État à vivre selon ses moyens : ils épargneront le Wisconsin 30 millions sur un déficit de 137 millions pour l’année fiscale en cours, et 300 millions sur les deux ans à venir, sur un manque à gagner de 3,6 milliards.

Mais si les propositions de Walker ont mobilisé des dizaines de milliers de manifestants, c’est parce qu’elles dépassent la seule dimension fiscale. Les enjeux sont tout aussi politiques qu’économiques : il s’agit d’une offensive préméditée de la part des républicains ainsi que des intérêts financiers qu’ils représentent contre le pouvoir syndical. L’argument républicain n’est pas sans bienfondé. On estime que les syndicats ont dépensé quelque 200 millions de dollars au cours de la campagne électorale de l’année dernière. Les républicains entendent donc se « venger ». D’autre part, ils voient le pouvoir des fonctionnaires syndiqués comme la conséquence d’un marché assez louche : quand ils sont au pouvoir, les démocrates offrent aux fonctionnaires des droits et des acquis ; ensuite, leurs syndicats offrent leur soutien et leurs ressources financières lorsque les démocrates se représentent devant les électeurs. Les républicains aussi aiment se présenter comme les défenseurs des salariés du privé, moins syndiqués, et donc moins « privilégiés », que ceux du public.

Un syndicalisme affaibli

L’ennui avec ces arguments, c’est qu’ils négligent le fait que le pouvoir des syndicats a décliné de manière dramatique au cours des dernières années. Selon le U.S. Bureau of Labor Statistics (l’agence pour les statistiques liées travail), seulement 11,9% des travailleurs furent syndiqués en 2010, alors que 20,1% l’étaient en 1983. Dans le secteur privé, le taux de syndicalisation ne s’élève qu’à 6,9%. Toutefois - et là est l’essentiel - la situation est bien meilleure dans le secteur public, on trouve 36,2% de travailleurs syndiqués, et 42,3% si l’on considère uniquement les fonctionnaires des collectivités territoriales (États fédérés, comtés, municipalités, etc.). En somme, les seuls syndicats qui menacent les républicains sur le plan politique sont ceux du secteur public, notamment le Service Employees International Union (SEIU, salariés du tertiaire, y compris les fonctionnaires) et l’American Federation of State, County and Municipal Employees (AFSCME, fonctionnaires des collectivités territoriales). Dans la mesure où les républicains, depuis trois décennies, poursuivent une politique qui a creusé un fossé entre les Américains les plus richissimes et le reste du pays, leurs motivations économiques et politiques finissent par se rejoindre.

Que les républicains poursuivent une politique antisyndicale aussi implacable n’est pas surprenant, vu leur histoire. Rappelons qu’en 1981, le président Reagan a licencié 11 000 contrôleurs aériens lorsque ceux-ci avaient entrepris une grève, en arguant que leur action était illégale (les contrôleurs aériens étant défendus de faire grève). Pour le gouverneur Walker, l’affaire est personnelle : avant d’être élu gouverneur, cet homme de 43 ans fut pendant huit ans le président d’un comté du Wisconsin. Pour équilibrer ses budgets, il a souvent demandé des concessions de la part des syndicats. Sans succès : les élus démocrates avec lesquels il gouvernait ont réussi à faire barrage à ses efforts.

Désormais, Walker fraie la voie. D’autres États où le gouverneur et la législature sont républicains et où les fonctionnaires disposent du droit de participer à des négociations collectives envisagent de suivre son exemple. À commencer par l’Ohio, où le nouveau gouverneur républicain, John Kasich, ne fait pas un mystère de ses intentions. Des mesures semblables suivent leur chemin dans la législature du Tennessee. On s’y intéresse aussi dans l’Indiana. Là, le gouverneur, Mitch Daniels - l’ancien directeur du budget fédéral sous George W. Bush, qui pourrait lorgner la nomination présidentielle pour 2012 - avait déjà abrogé le droit des employés de l’État à négocier collectivement lors de son inauguration en 2005. Désormais, on dit qu’il viserait explicitement les professeurs.

Vers un nouveau militantisme ?

Il ne faut toutefois par voir dans les démocrates des amis décomplexés des syndicats des fonctionnaires. Loin s’en faut. La situation budgétaire est effectivement très sérieuse. Des nouveaux gouverneurs démocrates comme Jerry Brown en Californie et Andrew Cuomo à New York demanderont sans doute aux fonctionnaires des sacrifices, notamment salariaux. Cuomo a, dit-on, même gardé des fonds collectés au cours de sa campagne pour les utiliser contre la guerre médiatique qui l’opposera aux syndicats newyorkais une fois son budget annoncé.

Mais si la situation demeure tendue même là où les démocrates sont encore au pouvoir, ceux-ci, tout en leur demandant des concessions salariales ponctuelles, ne tentent pas de les destituer de leurs droits et des dispositionss légales qui ont fait que les syndicats, quoi que l’on en dise, restent une des seules institutions de la société américaine dont l’objectif est la protection des salariés. Ce point permet de prendre la mesure de l’enjeu véritable de la bataille de Wisconsin : dans un pays où les inégalités s’approfondissent, le parti républicain aidant, les syndicats protégeant les fonctionnaires et autres salariés pourront-ils survivre ? Si les faits sont en général peu prometteurs sur ce front, les dizaines de milliers de salariés mobilisés dans la capitale du Wisconsin suggèrent que tout n’est pas déjà réglé. Les Tea Parties avaient, au cours des dix-huit mois derniers, su redonner un certain souffle au militantisme. Peut-être les syndicats qui manifestent dans le Wisconsin sauront-ils le renouveler à leur tour.

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 07:29

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Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe : le cas de l’Égypte

Ahmed BENSAADA

photo : gaz lacrymogène "Made in USA"

Il n’y a rien de plus émouvant que de voir un peuple recouvrer sa liberté après avoir subi le joug du despotisme et retrouver sa fierté après des années d’humiliation. Les marées humaines défilant dans les rues, occupant des places, déployant des slogans cinglants et irrévérencieux, maniant une parole si longtemps confisquée, arborant une dignité outrageusement bafouée : la quintessence du bonheur divin.

Mais les lendemains de ces révoltes nous laissent quelque peu perplexes. Qu’ont-elles accompli à part l’étêtement des régimes en place ?

Voyons voir. En Tunisie : un Ghannouchi qui reste en place malgré la vindicte populaire et des années passées à servir un système mafieux, un bloggeur qui décide de siéger comme ministre dans un gouvernement qui l’a personnellement maltraité et des milliers de jeunes harragas qui préfèrent fuir vers l’Occident au lieu de perpétuer la « révolution » au pays du jasmin. Du côté du Nil, même scénario : un Tantaoui, pur produit du système, qui a dépassé l’âge de la retraite depuis belle lurette, et qui, sans en référer au peuple souverain, décide de maintenir ses relations avec Israël avant même de s’inquiéter du sort de ses propres concitoyens ; un gouvernement légèrement modifié et dont les postes clés restent toujours aux mains des apparatchiks du système ; des retouches cosmétiques de la constitution et une demande de gel des avoirs de la famille Moubarak [1] après d’incompréhensibles hésitations, bien longtemps après celle des anciens dignitaires du régime [2].

Est-ce cela une « révolution » ? Est-il pensable que l’éléphant n’aurait accouché que d’une petite souris ?

Les résultats mitigés de ces révoltes ne peuvent être compris qu’en examinant leur genèse. La plupart des spécialistes « cathodiques » ou officiant dans les médias majeurs se sont entendus sur la nature spontanée de ces mouvements. Grosso modo, le peuple peut être considéré comme un genre de cocotte-minute susceptible d’exploser sous l’effet d’une pression sociale et politique trop grande. Cette explosion produit une réaction en chaîne dans les pays avoisinants, de culture ou d’histoire similaires. Il suffit donc d’attendre sagement, de préparer les caméras et les micros afin de couvrir, en temps et lieux, les évènements que remueront les rues arabes. Il s’agit là d’une analyse naïve et primaire qu’il est difficile d’accepter de la part de personnes savantes, titulaires de chaires, responsables de revues, qui ont passé leurs vies à scruter les moindres soubresauts de cette région du monde. Un peu comme les illustres économistes de notre temps qui n’ont pas pu prévoir l’immense crise économique que le monde a récemment connue. Qu’aurait-on dit si un météorologue n’aurait pas prévu un gigantesque ouragan ? En fait, ce qui attire l’attention depuis le début des émeutes tunisiennes, c’est la trop grande préoccupation étasunienne concernant les nouvelles technologies. Les multiples interventions du président Obama et de sa secrétaire d’état pour défendre la liberté d’accès à Internet et leur insistance pour que les régimes en prise avec les manifestations populaires n’interrompent pas la navigation sur la toile avaient quelque chose de suspect.

Mme Clinton a même affirmé, le 15 février dernier, « qu’Internet est devenu l’espace public du XXI siècle » et que « les manifestations en Égypte et en Iran, alimentées par Facebook, Twitter et YouTube reflétaient la puissance des technologies de connexion en tant qu’accélérateurs du changement politique, social et économique » [3]. Elle a même annoncé le déblocage de 25 millions de dollars « pour soutenir des projets ou la création d’outils qui agissent en faveur de la liberté d’expression en ligne », et l’ouverture de comptes Twitter en chinois, russe et hindi après ceux en persan et en arabe. D’autre part, les relations « complexes » entre le département d’État américain et Google ont été longuement discutées dans la presse. D’ailleurs, le fameux moteur de recherche à été qualifié « d’arme de la diplomatie américaine » [4].

Mais quelle est la relation entre le gouvernement américain et ces nouvelles technologies ? Pourquoi des responsables de si haut niveau prennent-ils des décisions dans la gestion d’entreprises qui sont supposées être privées ? Cette situation n’est pas sans nous rappeler l’intervention américaine similaire lors des évènements qui ont suivi les élections en Iran [5]. Le ministère américain des Affaires étrangères avait alors demandé à Twitter de reporter une opération de maintenance qui aurait entraîné une interruption de service, ce qui aurait privé les opposants iraniens de moyen de communication [6].

Ces curieuses accointances entre le gouvernement américain et les réseaux sociaux dans des régions du monde aussi sensibles et pendant des évènements sociaux aussi délicats est très suspect, c’est le moins qu’on puisse dire.

Autre élément qui attire l’attention : la surmédiatisation de blogueurs, leur association avec une révolution qualifiée de « facebookienne » et l’insistance sur leur non-appartenance à un mouvement politique quelconque. Ce sont donc des personnes jeunes et apolitiques qui utilisent les nouvelles technologies pour déstabiliser des régimes autocratiques ancrés dans le paysage politiques depuis des décennies. Mais d’où viennent ces jeunes et comment peuvent-ils mobiliser autant de personnes sans avoir bénéficié d’une formation adéquate ni être relié à une organisation précise ? Chose est certaine : le modus opérandi de ces révoltes a toutes les caractéristiques des révolutions colorées qui ont secoué les pays de l’Est au début des années 2000.

Les révolutions colorées

Les révoltes qui ont bouleversé le paysage politique des pays de l’Est ou des ex-républiques soviétiques ont été qualifiées de « révolutions colorées ». La Serbie (2000), la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004) et le Kirghizistan (2005) en sont quelques exemples. Toutes ces révolutions, qui se sont soldées par des succès retentissants, sont basées sur la mobilisation de jeunes activistes locaux pro-occidentaux, étudiants fougueux, blogueurs engagés et insatisfaits du système.

De nombreux articles [7] et un remarquable documentaire de la reporter française Manon Loizeau [8] ont disséqué le mode opératoire de ces révoltes et montré que c’était les États-Unis qui en tiraient les ficelles.

En fait, l’implication de l’USAID, du National Endowment for Democracy (NED), de l’International Republican Institute, du National Democratic Institute for International Affairs, de Freedom House, de l’Albert Einstein Institution et de l’Open Society Institute (OSI), a été clairement établie [9]. Ces organisations sont toutes américaines, financées par soit le budget américain, soit par des capitaux privés américains. À titre d’exemple, la NED est financée par un budget voté par le Congrès et les fonds sont gérés par un Conseil d’administration où sont représentés le Parti républicain, le Parti démocrate, la Chambre de commerce des États-Unis et le syndicat AFL-CIO, alors que l’OSI fait partie de la Fondation Soros, du nom de son fondateur George Soros le milliardaire américain, illustre spéculateur financier.

Plusieurs mouvements ont été mis en place pour conduire les révoltes colorées. Parmi eux, OTPOR (Résistance en serbe) est celui qui a causé la chute du régime serbe de Slobodan Milosevic. Le logo d’OTPOR, un poing fermé, a été repris par tous les mouvements subséquents, ce qui suggère la forte collaboration entre eux.

Dirigé par Drdja Popovic, OTPOR prône l’application de l’idéologie de résistance individuelle non violente théorisée par le philosophe et politologue américain Gene Sharp. Surnommé le « Machiavel de la non-violence », Gene Sharp n’est autre que le fondateur de l’Albert Einstein Institution. Son ouvrage « From Dictatorship to Democracy » (De la dictature à la démocratie) a été à la base de toutes les révolutions colorées. Disponible en 25 langues différentes (dont bien sûr l’arabe), ce livre est consultable gratuitement sur Internet et sa dernière édition date de 2010. Sa première édition, destinée aux dissidents birmans de Thaïlande, a été publiée en 1993.

Le cas de l’Égypte

C’est le mouvement du 6 avril [10] qui a été le fer de lance de la protestation populaire égyptienne et le principal artisan de la chute de Hosni Moubarak. Constitué de jeunes de la classe moyenne, activistes, férus de technologies nouvelles, ce mouvement a, dès 2008, appuyé les revendications ouvrières.

La première collusion entre ce mouvement et le gouvernement américain a été divulguée par WikiLeaks. Il s’agit de 2 câbles (08CAIRO2371 et 10CAIRO99) datant respectivement de novembre 2008 et de janvier 2010 qui montrent clairement des relations étroites entre l’ambassade américaine du Caire et les activistes égyptiens [11, 12]. La blogueuse Israa Abdel Fattah [13], cofondatrice du mouvement du 6 avril, est nominativement mentionnée dans le second document comme faisant partie d’un groupe d’activistes ayant participé à un programme de formation organisé à Washington par Freedom House. Le programme, nommé « New Generation », a été financé par le département d’état et USAID et avait pour but de former des « réformateurs politiques et sociaux ».

Ces stages de formation d’activistes égyptiens aux États-Unis susceptibles « de représenter une troisième voie, modérée et pacifique » ne sont pas rares. Condoleeza Rice (mai 2008) et Hillary Clinton (mai 2009) en ont rencontré, sous les auspices de Freedom House (FH). Ces dissidents ont même eu des entretiens avec de hauts responsables de l’administration américaine [14].

Les activistes d’OTPOR, fort de leur expérience dans la déstabilisation des régimes autoritaires, ont fondé un centre pour la formation de révolutionnaires en herbe. Cette institution, le CANVAS (Center for Applied Non Violent Action and Strategies), se trouve dans la capitale serbe et son directeur exécutif n’est autre que Srdja Popovic [15]. Un des documents qui circulent dans la toile et qui illustre la formation dispensée par ce centre est « La lutte non-violente en 50 points » qui s’inspire largement des thèses de Gene Sharp. L’ouvrage y fait abondamment référence et le site de l’Albert Einstein Institution est cité comme un des meilleurs sur la question. CANVAS est financé, entre autres, par Freedom House, Georges Soros en personne [16] et l’International Republican Institute qui compte dans son bureau nul autre que John McCain, le candidat à la présidentielle américaine de 2008 [17]. D’ailleurs, ce dernier est longuement interviewé dans le documentaire de Manon Loizeau et son implication dans les révolutions colorées y est clairement établie. En outre, les auteurs de l’ouvrage (dont Drdja Popovic) remercient longuement « leur ami » Robert Helvey pour les avoir « initié au potentiel étonnant de la lutte stratégique non-violente ». Robert Helvey est un ancien colonel de l’armée US, associé à l’Albert Einstein Institution via la CIA, spécialiste de l’action clandestine et doyen de l’École de formation des attachés militaires des ambassades américaines [18].

Le porte-parole du mouvement du 6 avril, Adel Mohamed, a affirmé, dans une entrevue accordée à la chaîne Al Jazira (diffusée le 9 février 2011), qu’il avait effectué un stage chez CANVAS durant l’été 2009, bien avant les émeutes de la place Tahrir [19]. Il se familiarisa avec les techniques d’organisation des foules et de comportement face à la violence policière. Par la suite, il forma à son tour des formateurs.

Ahmed Maher, le cofondateur du mouvement du 6 avril, a déclaré à un journaliste du Los Angeles Times « qu’il admirait la révolution Orange d’Ukraine et les Serbes qui ont renversé Slobodan Milosevic » [20].

Une autre similarité entre la révolution serbe et la révolte égyptienne est l’adoption du logo d’OTPOR par le mouvement du 6 avril, comme l’ont fait les autres révolutions colorées [21].

D’autre part, le site web de ce mouvement contient une longue liste des comportements à adopter par les membres s’ils sont arrêtés par la police. Cette liste indicative extrêmement exhaustive n’est pas sans rappeler le guide de « La lutte non-violente en 50 points » de CANVAS [22].

Parmi les activistes égyptiens, certains ont été sous les projecteurs durant les derniers jours du régime Moubarak. Parmi eux, Wael Ghonim est une figure marquante qui a été emprisonné pendant 12 jours et, après avoir été libéré, a accordé un entretien à la chaîne égyptienne Dream 2 où il raconte sa captivité et s’effondre en larmes avant de quitter le plateau. Cette performance audiovisuelle a fait de ce cyberdissident un héros malgré lui.

Formé à l’université américaine du Caire (une coincidence ?) Wael Ghonim est égyptien vivant à Dubaï, travaillant comme chef du marketing chez Google (une autre coïncidence ?) pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord et mariée à une américaine (une dernière coïncidence ?). Wael est un activiste récent dans le mouvement du 6 avril, mais il a travaillé étroitement avec Ahmed Maher [23]. Ce qui attire l’attention dans son intervention télévisée, c’est sa déclaration lorsqu’on lui a montré les images des jeunes tués pendant les manifestations : « Je veux dire à toute mère, tout père qui ont perdu un fils, je m’excuse, ce n’est pas de notre faute, je le jure, ce n’est pas de notre faute, c’est de la faute de toute personne qui était au pouvoir et s’y est accrochée ». Cette déclaration montre que le mouvement était très organisé et qu’aucun des membres n’avait prévu des pertes aussi grandes dans les rangs des manifestants, pour la plupart des jeunes qui ont été contactés via les réseaux sociaux.

Autre information surprenante : le PDG de Google s’est dit « très fier de ce que Wael Ghonim avait accompli », comme si faire la révolution faisait partie de la description des tâches d’un responsable du marketing d’une quelconque entreprise [24].

La révolte égyptienne, tout comme les révolutions colorées, a fait apparaitre des personnages « internationalement respectables » prêts à être la figure de proue d’un changement démocratique dans la vie politique du pays. Le candidat de prédilection du mouvement du 6 avril est sans conteste Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix et ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le battage médiatique occidental autour de son « incontournable » candidature n’était finalement qu’un pétard mouillé. Le peuple de la rue ne l’a pas plébiscité et il a vite disparu du paysage. Il est intéressant de noter qu’El Baradei était le candidat privilégié des États-Unis. En effet, l’ancien directeur de l’AIEA est membre de l’International Crisis Group et siège avec de nombreux membres dont Georges Soros (encore lui !) [25]. Le monde est vraiment petit, c’est le moins qu’on puisse dire.

Finalement, notons que la NED, surnommée « la nébuleuse de l’ingérence « démocratique » » par Thierry Meyssan a été créée par Ronald Reagan pour poursuivre les actions secrètes de la CIA [26]. Le rapport 2009 de cet organisme montre qu’il a attribué environ 1,5 millions de dollars à plus de 30 ONG égyptiennes « pour la croissance et le renforcement des institutions démocratiques à travers le monde » comme prétendu sur leur site [27].

L’utilisation des nouvelles technologies, si encensée par l’administration américaine, s’avère être un outil de choix pour la lutte non violente. Elle permet de contacter un nombre impressionnant de personnes en un temps record et d’échanger des données numériques et des informations de grande importance à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les investissements massifs consentis par les institutions et le département d’état américains dans ce domaine se font dans le but d’améliorer les techniques de contournement de la censure étatique, de la géolocalisation des activistes lors de leur arrestation et l’envoi d’images et de vidéos pouvant montrer le visage « inhumain » des régimes autocratiques. La récente annonce du réseau suédois Bambuser permettant de diffuser gratuitement, à partir d’un téléphone portable, des séquences vidéos en direct et leur stockage instantané en ligne en est un bon exemple [28].

Cependant, une fois dans la rue, les techniques de mobilisation de foules, de socialisation avec les représentants de l’ordre, de gestion logistique et de comportement en cas de violence ou d’utilisation d’armes de dispersion de foules nécessitent une formation adéquate et de longue haleine. Dans le cas de l’Égypte, cela a été rendu possible grâce à l’assimilation du savoir-faire de CANVAS et aux formations dispensées et financées par les différentes institutions américaines.

Il est clair que la révolte de la rue égyptienne n’est pas aussi spontanée que le prétendent les médias majeurs et leurs commentateurs. Cela n’enlève rien au remarquable engagement du peuple égyptien qui a suivi les leaders du mouvement du 6 avril et de sa noble abnégation pour se débarrasser d’un système corrompu afin d’accéder à une vie meilleure.

Mais espérons que l’historique révolte de la rue égyptienne et le lourd tribut qu’elle a payé pendant ces dernières semaines ne soient pas confisqués par des intérêts étrangers. Le récent véto américain contre un projet de résolution condamnant la politique de colonisation israélienne est de mauvais augure. Le mouvement du 6 avril n’était-il pas sensible à la souffrance du peuple palestinien [29] ?

Références

1. « L’Égypte demande le gel des avoirs de Moubarak et de sa famille à l’étranger », Le Monde, 21 février 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient...

2. « L’Égypte demande le gel d’avoirs d’anciens responsables du régime Moubarak », Le Monde, 15 février 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient...

3. « Hillary Clinton milite pour la liberté sur Internet », Le Monde, 16 février 2011, http://www.lemonde.fr/technologies/...

4. « Google, les États-Unis et l’Égypte », Le Monde, 3 février 2011, http://www.lemonde.fr/technologies/...

5. Ahmed Bensaada, « Téhéran-Gaza : la différence médiatique », Géostratégie, 3 juillet 2009, http://www.ahmedbensaada.com/index....

6. « Iran : Washington intervient auprès de Twitter », Technaute, 18 juin 2009, http://technaute.cyberpresse.ca/nou...

7. Lire, par exemple, John Laughland, « La technique du coup d’État coloré », Réseau Voltaire, 4 janvier 2010, http://www.voltairenet.org/article1...

8. Manon Loizeau, « Les États-Unis à la conquête de l’Est », 2005. Ce documentaire peut être visionné à l’adresse suivante : http://mecanoblog.wordpress.com/200...

9. Lire, par exemple, Ian Traynor, « US campaign behind the turmoil in Kiev », The Guardian, 26 novembre 2004, http://www.guardian.co.uk/world/200...

10. Shabab 6 April Youth Movement, http://shabab6april.wordpress.com/s...

11. WikiLeaks, câble 10CAIRO99, http://213.251.145.96/cable/2010/01...

12. WikiLeaks, câble 08CAIRO2371, http://www.wikileaks.ch/cable/2008/...

13. Fanoos Encyclopedia, « Israa Abdel Fattah », http://www.fanoos.com/society/israa...

14. Michel Chossudovsky, « Le mouvement de protestation en Égypte : Les "dictateurs" ne dictent pas, ils obéissent aux ordres », Mondialisation, 9 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/t...

15. Canvasopedia, http://www.canvasopedia.org/

16. Maidhc O. Cathail, « The Junk Bond "Teflon Guy" Behind Egypt’s Nonviolent Revolution », Dissident Voice, 16 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/t...

17. Tony Cartalucci, « CIA Coup-College : Recycled revolutionary “props” », Info War, 20 février 2011, http://www.infowars.com/cia-coup-co...

18. Thierry Meyssan, « L’Albert Einstein Institution : la non violence version CIA » », Réseau Voltaire, 4 juin 2007, http://www.voltairenet.org/article1...

19. Tina Rosenberg, « Revolution U », Foreign Policy, 18 février 2011, http://www.foreignpolicy.com/articl...,7

20. Jeffrey Fleishman, « Young Egyptians mount unusual challenge to Mubarak », Los Angeles Times, 27 janvier 2011, http://articles.latimes.com/2011/ja...

21. Florian Bieber, « The Otpor Connection in Egypt », Balkan Insight, 31 janvier 2011, http://www.balkaninsight.com/en/blo...

22. Shabab 6 avril Youth Movement, « Que faire si vous êtes arrêté », http://shabab6april.wordpress.com/s...

23. David D. Kirkpatrick et David E. Sanger, « Egyptians and Tunisians Collaborated to Shake Arab History », The New York Times, 13 février 2011, http://www.nytimes.com/2011/02/14/w...

24. AFP, « Égypte : le PDG de Google "très fier" de ce qu’a accompli Wael Ghonim », 15 février 2011, http://www.france24.com/fr/20110215...

25. International Crisis Group, « Crisis Group Announces New Board Members », 1er juillet 2010, http://www.crisisgroup.org/en/publi...

26. Thierry Meyssan, « La nébuleuse de l’ingérence "démocratique" », Réseau Voltaire, 22 janvier 2004, http://www.voltairenet.org/article1...

27. NED, « 2009 Annual report : Egypt », http://www.ned.org/publications/ann...

28. Yves Eudes, « Des vidéos vues en direct et stockées à l’abri », Le Monde, 21 février 2011, http://www.lemonde.fr/afrique/artic...

29. The International Solidarity Movement, « Mohamed Adel a enfin été libéré » », http://www.ism-france.org/temoignag...

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http://www.legrandsoir.info/Le-role-des-Etats-Unis-dans-les-revoltes-de-la-rue-arabe-le-cas-de-l-Egypte.html
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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 21:13

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http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2011/02/22/les-mercenaires-de-kadhafi-issus-de-toutes-les-guerres-africaines/

Les mercenaires de Kadhafi, issus de toutes les guerres africaines


Les « mercenaires africains », dont certains s’expriment en français et qui sont en première ligne de la répression des manifestants sont le résidu de tous les conflits dans lesquels le président libyen s’est ingéré durant quatre décennies.

Au début des années 70, peu après sa prise de pouvoir, Kadhafi, qui rêve de prendre la tête d’un grand Etat saharien, se présente comme le protecteur naturel de tous les peuples nomades du Sahara et du Sahel. Entrant en concurrence avec la France qui soutient les régimes post coloniaux,  il contribue à la formation militaire de la future rébellion touareg en intégrant de jeunes nomades, frappés par la sécheresse au Mali et au Niger, dans une « Légion islamique » qui s’entraîne dans le sud de la Libye. Cette Légion sera la matrice d’où sortiront les combattants du GSPC puis de l’AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique). Kadhafi intervient aussi au Tchad, où il soutient les nomades toubous et leur chef Goukouni Oueddei, puis Hissène Habré et enfin le chef d’Etat actuel Idriss Deby.

Par la suite, Kaddhafi élargit son champ d’action : via le Tchad, il appuie certains groupes rebelles du Darfour, et en Afrique de l’Ouest, soutient Charles Taylor au Liberia et  Lansana Kouyaté en Guinée. Les adversaires de Mobutu sont régulièrement accueillis à Tripoli  et, en 1986, une délégation  congolaise dont fait partie Laurent-Désiré Kabila échappe de justesse au bombardement américain…C’est que l’Afrique centrale intéresse le Guide de la révolution libyenne : il  se présente comme le « roi des rois traditionnels » et voudrait financer un projet pharaonique, réalimenter le lac Tchad puis la nappe phréatique libyenne grâce aux eaux du fleuve Congo ! C’est ainsi qu’en Centrafrique, en 2002, Kadhafi appuie le président Ange Patassé que les Français souhaitent remplacer par François Bozize. Lorsque l’armée centrafricaine fait appel aux troupes de Jean-Pierre Bemba, basées dans la province congolaise de l’Equateur,  c’est Kadhafi qui paie la facture du corps expéditionnaire congolais, dont les exactions vaudront à Bemba de se retrouver inculpé par la Cour pénale internationale.  Par la suite, ayant occupé en 2009 la présidence de l’Union africaine, Kadhafi assagi traitera avec les chefs d’Etat en place, tout en continuant à entretenir d’innombrables réseaux parallèles, composés de tous les  «soldats perdus » de ses guerres africaines.  Pour mater la révolte, il n’a eu qu’à puiser dans cet immense vivier de mercenaires potentiels…

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 20:14

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« C’est un massacre - un massacre, » criaient les médecins. Trois morts. Quatre morts. Un homme a été transporté sur une civière dans la salle des urgences, du sang giclant sur le plancher d’une grosse blessure par balle dans la cuisse.

A quelques pas de là, six infirmières tentaient de sauver la vie d’un homme au visage pâle et barbu avec du sang suintant de sa poitrine. « Je dois l’emmener au bloc maintenant, » a crié un docteur. « Il n’y a pas de temps à perdre – il est en train de mourir ! »

D’autres étaient plus proches de la mort. Un pauvre gamin - 18, 19 ans, peut-être – avait une blessure terrible, un trou par balle dans la jambe et une plaie sanglante sur la poitrine. Le docteur près de lui s’est tourné vers moi en pleurant, ses larmes éclaboussant sa blouse tachée de sang. « Une balle a éclaté dans sa tête et je ne peux pas sortir les fragments, et les os du côté gauche de son crâne sont complètement écrasés. Toutes ses artères sont broyées. Je ne peux rien faire. » Le sang coulait en cascades sur le plancher. C’était pitoyable, indigne, scandaleux. Ce n’étaient pas des hommes armés mais des personnes en deuil qui revenaient d’un enterrement, des musulmans chiites naturellement, abattus par leur propre armée hier après-midi.

Un infirmier revenait avec des milliers d’autres hommes et femmes de l’enterrement à Daih d’un des manifestants tués sur la place de la Perle dans les premières heures de jeudi.

« Nous avons décidé de marcher jusqu’à l’hôpital parce que nous avions appris qu’il y avait une manifestation. Certains d’entre nous portaient des branches d’arbre en guise de paix que nous voulions offrir aux soldats près de la place, et nous étions en train de crier « paix, paix ». Il n’y a eu aucune provocation - rien contre le gouvernement. Puis soudain, les soldats ont ouvert le feu. Il y en avait un qui tirait à la mitrailleuse du haut d’un camion. Il y avait des policiers présents mais ils sont partis lorsque les soldats ont commencé à tirer. Mais vous savez, les gens à Bahreïn ont changé. Ils ne voulaient pas s’enfuir. Ils ont fait face aux balles avec leurs corps. »

La manifestation à l’hôpital avait déjà attiré des milliers de Chiites – dont des centaines de médecins et infirmières de partout dans Manama, qui portaient encore leurs blouses blanches - pour exiger la démission du Ministre de la Santé, Al-Homor de Faisal Mohamed, parce qu’il avait refusé aux ambulances d’aller chercher les morts et les blessés jeudi matin sur la place de la Perle après l’attaque de la police.

Mais leur fureur s’est transformée en hystérie lorsque les premiers blessés ont été emmenés hier. Près de 100 médecins se sont serrés dans les salles d’urgence, en criant et maudissant leur roi et leur gouvernement tandis que les infirmiers tentaient de se frayer un chemin en poussant des chariots transportant les dernières victimes au milieu d’une foule hurlante. Un homme avait une épaisse couche de bandages enfoncé dans sa poitrine mais le sang souillait déjà son torse et coulait par terre. « Il a pris une rafale dans la poitrine - et maintenant il y a de l’air et du sang dans ses poumons, » m’a dit l’infirmière près de lui. « Je pense qu’il va mourir. » C’est ainsi que la colère contre l’armée de Bahreïn – et contre aussi, je suppose, la famille d’Al-Khalifa, roi inclus – est arrivée au centre médical de Sulmaniya.

Le personnel estimait qu’ils étaient aussi des victimes. Et ils avaient raison. Cinq ambulances qui avaient été envoyées – les victimes d’hier avaient été abattus en face d’une caserne de pompiers près de place de la Perle - ont été arrêtées par l’armée. Quelques instants plus tard, l’hôpital a découvert que tous leurs téléphones portables avaient été coupés. À l’intérieur de l’hôpital il y avait un médecin, le docteur Al-Aberi de Sadeq, qui avait été lui-même blessé par la police lorsqu’il a tenté de porter secours aux blessés jeudi matin.

Les rumeurs se répandaient comme un feu de broussailles hier à Bahreïn et de nombreux employés médicaux insistaient sur le fait que jusqu’à 60 cadavres avaient été emportés de la place de la Perle jeudi matin et que la police avait été aperçue par la foule en train de charger des cadavres dans trois camions frigorifiques. Un homme m’a montré une photo prise avec un téléphone portable où les trois camions étaient clairement visibles, garés derrière des véhicules blindés de l’armée. Selon d’autres manifestants, les véhicules, qui portaient des plaques d’immatriculation saoudiennes, avaient été aperçus sur la route qui mène à l’Arabie Saoudite. Il est facile d’ignorer de telles histoires sordides, mais j’ai trouvé un homme – un infirmier qui travaille dans un hôpital sous la protection des Nations Unies - qui m’a raconté qu’un collègue américain, du nom de « Jarrod », avait filmé les cadavres en train d’être chargés dans les camions mais qu’il avait été arrêté plus tard par la police qu’on ne l’avait pas revu depuis.

Pourquoi la famille royale de Bahreïn a-t-elle permis à ses soldats d’ouvrir le feu sur des manifestants pacifiques ? Faire tirer à balles réelles 24 heures seulement après le premier massacre ressemble à un acte de folie.

Mais la main lourde de l’Arabie Saoudite pourrait être l’explication. Les Saoudiens ont peur que les manifestations à Manama et dans les villes de Bahreïn provoquent les mêmes troubles dans l’est du royaume, où vit une importante minorité Chiite autour de Dhahran et d’autres villes près de la frontière koweïtienne. Leur désir de voir les Chiites de Bahreïn promptement écrasés fut très clair lors du sommet des pays du Golfe qui s’est tenu ici jeudi, où tous les cheikhs et princes ont convenu qu’il n’y aurait aucune révolution de style égyptien dans un royaume où la population est constituée d’une majorité Chiite, à environ 70%, et d’une petite minorité sunnite, dont la famille royale.

Pourtant la révolution en Égypte est sur toutes les lèvres à Bahreïn. A l’extérieur de l’hôpital, ils criaient : « Le peuple veut renverser le ministre, » une légère variation du chant des Égyptiens qui se sont débarrassés de Mubarak, « le peuple veut renverser le gouvernement. »

Et beaucoup dans la foule disaient – tout comme les Égyptiens disaient - qu’ils n’avaient plus peur des autorités, de la police ou de l’armée.

Les policiers et les soldats tant méprisés étaient plus que présents hier dans les rues de Manama, observant d’un air maussade sur des véhicules blindés ou juchés sur les tanks fabriqués aux Etats-Unis. Il n’y avait apparemment aucune arme britannique en vue – même si on n’en était qu’au début des évènements et que certains blindés de fabrication russe ont été aperçues aux côtés des tanks M-60. Dans le passé, de petits soulèvements de Chiites ont été impitoyablement écrasés à Bahreïn avec l’aide d’un tortionnaire jordanien et d’un conseiller auprès des services de renseignement qui était aussi un ancien officier des forces spéciales britanniques.

Les enjeux sont élevés. Il s’agit du premier soulèvement d’envergure dans un des états riches du Golfe – plus dangereux pour les Saoudiens que les islamistes qui avaient pris le contrôle du centre de la Mecque il y a 30 ans – et la famille al-Khalifa de Bahrain vient de réaliser l’importance des jours qui vont suivre. Une source qui s’est toujours révélée fiable m’a raconté que tard dans la nuit de mercredi, un membre de la famille al-Khalifa – on dit qu’il s’agit du prince régnant – a eu une série de conversations téléphoniques avec un important chef religieux chiite, le dirigeant du parti Wifaq Shia, Ali Salman, qui campait près de la place de la Perle. Le Prince lui a apparemment proposé une série de réformes et de changements qu’il pensait que le religieux accepterait. Mais les manifestants sont restés sur la place. Ils ont exigé la dissolution du Parlement. Puis la police est intervenue.

Hier, en début d’après-midi, environ 3000 personnes ont participé à une manifestation de soutien aux al-Khalifas et il y avait beaucoup de drapeaux agités aux vitres des voitures. Ils feront peut-être les premières pages des journaux de Bahreïn demain, mais ils n’arrêteront pas le soulèvement chiite. Et le chaos de la nuit dernière dans le plus grand hôpital de la capitale – avec le sang dégoulinant de partout, les cris de détresse des blessés sur les civières, les médecins qui n’avaient jamais vu de telles blessures par balle ; un médecin a secoué la tête, incrédule, lorsqu’une femme a fait une crise près d’un homme couvert de sang – n’a fait que rendre les chiites de ce pays encore plus amers.

Un médecin qui s’est présenté sous le nom de Hussein m’a arrêté à la sortie de la salle d’urgences pour m’expliquer sa colère. « Les Israéliens font ce genre de choses aux Palestiniens – mais ici ce sont des Arabes qui tirent sur des Arabes, » m’a-t-il crié par dessus le vacarme et la furie. « C’est le gouvernement de Barhein qui fait ça à son propre peuple. J’étais en Egypte il y a deux semaines, je travaillais à l’hôpital Qasr el-Aini – mais ici c’est bien pire. »

Robert Fisk

19 février 2011

http://www.independent.co.uk/news/w...

Traduction « encore une nuit blanche » par VD pour le Grand Soir, avec probablement les fautes et coquilles habituelles

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http://www.legrandsoir.info/Bahrein-Ils-n-ont-pas-fui-Ils-ont-fait-face-aux-balles.html
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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 20:11

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Le pétrole est devenu la principale richesse aux mains des grandes transnationales yankees ; cette source de richesse leur a permis de disposer d’un instrument qui a accru considérablement leur pouvoir politique dans le monde. Quand elles avaient décidé de liquider la Révolution cubaine qui venait de promulguer les premières lois justes et souveraines dans notre patrie, elles avaient recouru à une arme qu’elles jugeaient imparable : nous priver de pétrole.

C’est sur cette source d’énergie que s’est développée la civilisation actuelle. Sur notre continent, le Venezuela a été le pays qui l’a payé le plus cher dans la mesure où les USA s’étaient emparés des gisements énormes dont la Nature a doté ce pays frère.

À la fin de la dernière guerre mondiale, des quantités toujours plus élevées de pétrole ont été extraites des gisements d’Iran, ainsi que ceux d’Arabie saoudite, d’Iraq et des pays arabes situés autour qui en devinrent les principaux fournisseurs. La consommation mondiale n’a cessé de s’élever pour atteindre le chiffre fabuleux d’environ quatre-vingts millions de barils par jour, y compris ceux qui sont extraits des États-Unis, à quoi sont venus s’ajouter le gaz, l’énergie hydraulique et l’énergie nucléaire. Le charbon avait été jusqu’au début du XXe siècle la source d’énergie fondamentale qui permit le développement industriel, avant la production de milliards de véhicule automobiles et de moteurs consommant le carburant liquide.

Le gaspillage du pétrole et du gaz est associé à l’une des plus grandes tragédies, absolument pas solutionnées, que souffre l’humanité : les changements climatiques.

Quand notre Révolution a vu le jour, l’Algérie, la Libye et l’Égypte n’étaient pas encore productrices de pétrole, et une bonne partie des grosses réserves de l’Arabie saoudite, de l’Iraq, de l’Iran et des Émirats arabes unis restaient encore à découvrir.

La Libye est devenue en décembre 1951 le premier pays africain à atteindre son indépendance après la Deuxième Guerre mondiale au cours de laquelle son territoire fut le théâtre de combats importants entre les troupes allemandes et celles du Royaume-Uni qui rendirent célèbres les généraux Erwin Rommel y Bernard L. Montgomery.

Le territoire de la Libye est désertique à 95 p. 100. La technologie a permis de découvrir d’importants gisements d’excellent pétrole léger – qui produisent aujourd’hui 1,8 million de barils par jour – et des gisements abondants de gaz naturel. Cette richesse a permis au pays d’avoir une espérance de vie de presque soixante-quinze ans et le revenu par habitant le plus élevé d’Afrique. Son rude désert est situé sur un énorme lac d’eau fossile, qui fait le triple de la surface de Cuba, ce qui lui a permis de construire un vaste réseau de conduits d’eau potable à travers tout le pays.

La Libye, qui comptait un million d’habitants à son indépendance, en a aujourd’hui un peu plus de six.

La Révolution libyenne a eu lieu en septembre 1969. Son principal dirigeant était Mouammar Kadhafi, un militaire d’origine bédouine, qui s’inspira dès sa première jeunesse des idées du leader égyptien Gamal Abdel Nasser. Nombre de ses décisions furent sans doute associées aux changements qui se produisirent quand, tout comme en Égypte, une monarchie faible et corrompue y fut renversée.

Les habitants de ce pays ont des traditions guerrières millénaires. On dit que les anciens Libyens firent partie de l’armée d’Annibal quand celui-ci faillit liquider l’ancienne Rome en traversant les Alpes.

On peut d’accord ou non avec Mouammar Kadhafi. Le monde est actuellement bombardé de nouvelles de toutes sortes, surtout produites par les médias. Il faudra attendre le temps nécessaire pour connaître vraiment ce qu’il a de vrai et de mensonges ou de semi-vérités dans ce qu’on nous dit de la situation chaotique en Libye. Ce qui est absolument évident à mes yeux, c’est que l’administration étasunienne se fiche bien de la paix en Libye et qu’elle n’hésitera pas à donner l’ordre à l’OTAN d’envahir ce riche pays, peut-être même dans quelques heures ou quelques jours.

Ceux qui, motivés par de perfides desseins, ont inventé, hier dimanche 20 février dans l’après-midi, le mensonge selon lequel Mouammar Kadhafi se dirigeait au Venezuela, ont eu droit aujourd’hui à la digne réponse du ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Nicolás Maduro, qui a affirmé « souhaiter que le peuple libyen trouve, dans l’exercice de sa souveraineté, un règlement pacifique à ses difficultés, de façon à préserver son intégrité et celle de sa nation, sans ingérence de l’impérialisme… »

Je n’imagine pas, quant à moi, que le dirigeant libyen puisse abandonner le pays et fuir les responsabilités qu’on lui impute, qu’elles soient fausses ou non en tout ou partie.

Toute personne honnête sera toujours opposée à n’importe quelle injustice commise contre n’importe quel peuple du monde. La pire serait maintenant de faire silence sur le crime que l’OTAN s’apprête à commettre contre le peuple libyen.

Pour les chefs de cette organisation belliciste, il y a urgence. Il faut le dénoncer !

Fidel Castro Ruz


Le 21 février 2011

Traduction J-F Bonaldi, La Havane

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http://www.legrandsoir.info/Le-plan-de-l-OTAN-est-d-occuper-la-Libye.html
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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 20:06

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http://crisdegypte.blogs.liberation.fr/cairote/2011/02/egypte-dites-%C3%A0-la-france-que-le-groupe-accor.html

 

Le Caire, 21 février 2011. 00h30. Voilà plus d'une semaine que le gouvernement égyptien de transition tente d'infléchir un "retour à la normale". Après l'évacuation de la place Tahrir le 13 février, on a cru un moment que l'ensemble de la population active s'empresserait de retrouver son activité au plus vite pour compenser les pertes endurées les semaines précédentes. Il n'en est pourtant rien, et c'est par centaines que se comptent les manifestations sur l'ensemble du territoire, par dizaines que se comptent les grèves dans la quasi totalité des secteurs de l'économie et des administrations publiques, désormais nourries de revendications sociales.

Vendredi 18 février, la révolution retrouve toute son épaisseur, confirmant une fois de plus son unité et sa détermination: 4 millions selon les manifestants, et pas un mot "selon la police" qui, pour l'heure encore, se fait plus discrète que jamais.

De rue en rue, manifestations d'archéologues, d'employés de banque, de sociétés privées.

C'est par hasard que nous sommes tombés sur une manifestation pas comme les autres, celle des employés de l'hotel Sofitel Gezirah — hotel du groupe français Accor.

Des employés aux mines angoissées se tiennent debout en silence, sur le parvis de l'hotel Sofitel. Leurs pancartes indiquent qu'ils réclament leur droits et "ce qu'on leur avait promis".

Je pose des questions et dit quelques mot de ce blog. Une femme m'apostrophe: "Vous écrivez pour la France?! Alors dites à la France que nous travaillons pour le Groupe Accor! La France, c'est le pays du droit!".

Résumé de mes entretiens:

La direction de l'hotel Sofitel a promis à ses employés, par contrat, le versement d'une participation aux bénéfices de l'entreprise. La participation promise n'a jamais été versée. Les contrats d'embauche stipulent également que les salaires sont complémentés par le reversement aux employés de la "taxe de service" de 12%, facturée aux clients pour chacune de leurs consommations. Après maintes demandes et plaintes du personnel, cet argent perçu au nom du "service" n'est pas redistribué.

Interrogés sur leurs salaires, les employés répondent d'une seule voix: "Nous touchons tous entre 300 et 500 livres égyptiennes. Quand on est employé à la réception, on touche 500 livres. Il y a des gens qui touchent plus, beaucoup plus, parce qu'ils ont un piston."

500 livres égyptiennes? 62 euros, par mois. 300 livres égyptiennes? 37 euros par mois.

A titre indicatif, 1 kilo de viande coûte 10 euros environ.

"J'ai trois enfants, je travaille depuis 23 ans!" dit Ahmed qui appelle les salariés à faire bloc et à ne pas succomber à la tentation de négocier leur situation au cas par cas auprès de la direction. Celle-ci vient justement de faire savoir qu'elle viendrait s'adresser au personnel, à condition que celui-ci s'éloigne du parvis.

En attendant, les employés continuent de me dire "tout ce que la France doit savoir":

- Un des actionnaires principaux de l'hotel est l'ex-ministre du logement en prison depuis le 28 janvier 2011, Ahmed el Maghrabi.

- Le frère de l'ex-ministre, Sherif el Maghrabi, est président du conseil de direction.

- Les employés en poste, parfois depuis cinq ans, se voient renouvelés de CDD en CDD, sans aucune garantie de reconduction. Les CDD sont tantôt de 3 mois, de 6 mois, d'un an.

- Sur l'initiative et à la charge des employés, une plainte est déposée et remporte une réponse favorable du tribunal qui impose à l'hotel Sofitel le versement d'un dédommagement d'une valeur totale de 9 millions de livres égyptiennes, au bénéfice des 650 employés plaignants. Sofitel se contentera finalement de verser 1,3 millions de livres, dont 300,000 sont versés à l'avocat des plaignants. Le million restant est redistribué aux salariés qui reçoivent chacun 1500 livres environ, soit 186 euros.

Un homme, accompagné de quelques cadres s'approche de la foule. C'est le "General Manager" me dit-on, Rafik Khayrallah. Il s'adresse aux employés.

Extraits:

"Moi qui suis libanais, et qui ai connu la guerre, ça me fait mal au cœur de voir nos divisions. (…) 
Pourquoi vous inquiéter du renouvellement ou non de vos CDD? Si vous travaillez bien… on vous renouvellera! Vous croyez qu'on vous emploie pour vos beaux yeux? (…) Moi je n'ai aucun problème. Si les choses vont mal, je retournerai au Liban. C'est vous qui souffrirez le plus de la situation."

Jeudi 17 février, les employés de l'hotel s'étaient réunis pour presser Ayman Omar (Directeur des Ressources Humaines) pour le paiement de leurs primes et participations. Ce dernier leur promet une réponse dimanche 20 février. Puis, dimanche, sans nouvelle d'Ayman Omar, un groupe d'employés se rend à nouveau au bureau de celui-ci pour réclamer son verdict.

La réponse de ce dernier ne se fait pas attendre: "Vous n'avez qu'à vous immoler".

Je me suis rendu ce matin (21/02/2011) au Sofitel pour donner l'adresse du blog à quelques membres du personnel afin qu'ils puissent voir cet article et le faire circuler entre eux. L'un des employés s'est approché de moi et m'a murmuré à l'oreille: "Nous ne l'avons pas dit hier… ". Il s'arrête, hésite, avale sa salive et reprend: "C'est du racisme".

———

Crédit photo: Aalam Wassef, image libre de droit.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 22:40

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Après les Latinos, les Arabes. Et demain, les Africains ? Pourquoi Washington et Paris ont dû reculer en Tunisie et Egypte. Comment ils vont essayer de sauver l’essentiel du système néocolonial. Et quel est notre rôle à tous pour que le monde se transforme vraiment.


Longtemps, l’Empire a paru invincible. Les Etats-Unis pouvaient à leur guise et sous les prétextes les plus absurdes, violer la Charte de l’ONU, appliquer de cruels embargos, bombarder ou occuper des pays, assassiner des chefs d’Etat, provoquer des guerres civiles, financer des terroristes, organiser des coups d’Etat, armer Israël pour ses agressions…
 
Ils semblaient pouvoir tout se permettre, et le pessimisme dominait. Combien de fois ai-je entendu : « Ils sont trop forts, comment pourrions-nous mettre fin à ces régimes arabes corrompus et complices d’Israël ! » La réponse est venue d’en bas : les peuples sont plus forts que les tyrans.
 
Mais chacun sent que le combat ne s’est pas terminé en éliminant juste Ben Ali et Moubarak, il ne fait que commencer. Pour arracher de véritables changements, il faudra neutraliser ceux qui tiraient les ficelles en coulisses. D’où l’importance décisive de bien cerner les mécanismes de ce système qui produit les tyrans, les protège et au besoin les remplace. Pourquoi cet Empire s’affaiblit, et comment il va essayer de se maintenir à tout prix.

Aucun Empire n’est éternel

Aucun Empire n’est éternel. Tôt ou tard, l’arrogance des crimes provoque une résistance générale. Tôt ou tard, le coût du « maintien de l’ordre » dépasse les profits que ces guerres apportent aux multinationales. Tôt ou tard, les investissements dans le militaire font défaut aux autres secteurs qui perdent la compétition internationale.
 
Et les Etats-Unis n’échappent pas à la règle. Le taux de profit de leurs multinationales décroît depuis 1965, et les bulles d’endettement et de spéculation n’ont fait que reporter et aggraver le problème. Leur part dans l’économie mondiale est passée de 50% en 1945 à 30% dans les années 60, autour de 20% aujourd’hui et 10% environ dans vingt ans. Or, aucune armée ne peut être plus forte que son économie, et les USA sont donc de moins en moins en état d’être le gendarme du monde. Aujourd’hui, la planète devient « multipolaire » : un autre équilibre s’installe entre USA, Europe et Russie et surtout avec les grands pays du Sud. Particulièrement, la Chine qui a prouvé qu’être indépendant était la meilleure façon de progresser. USA et Europe ne peuvent plus imposer leurs volontés comme avant. Leur néocolonialisme pourrait mourir bientôt.
 
En fait, ce déclin US est de plus en plus visible depuis dix ans… En 2000, la bulle Internet explose. En 2002, le peuple vénézuélien fait échouer le coup d’Etat made in USA et Hugo Chavez entame ses grandes réformes sociales qui entraîneront toute l’Amérique latine dans la résistance. En 2003, la machine de guerre de Bush s’enlise en Irak, comme en Afghanistan. En 2006, Israël échoue au Liban et en 2009 à Gaza. Les défaites s’accumulent.

Après les Latinos, les Arabes. Et demain, les Africains ?

La merveilleuse révolte des Tunisiens et des Egyptiens a fait des miracles : on entend à présent les Etats-Unis vanter la « transition démocratique » alors que pendant des décennies, ils ont fourni aux tyrans chars, fusils-mitrailleurs et séminaires de formation à la torture ! La France pareil. Et cette révolte plonge dans l’angoisse les stratèges du Grand Empire US, du Petit Empire français et leurs protégés israéliens. Merci, les Arabes !
 
Objet de cette angoisse : comment changer un peu pour ne rien changer à l’essentiel ? Comment maintenir leur domination sur le pétrole du Moyen-Orient, sur les matières premières et sur les économies en général ? Comment empêcher que l’Afrique aussi se libère ?
 
Mais il faut aller au fond des choses. Se réjouir des premiers pas ne peut cacher le chemin qui reste à parcourir. Ce n’est pas le seul Ben Ali qui a pillé la Tunisie, c’est toute une classe de profiteurs, tunisiens, mais surtout étrangers. Ce n’est pas le seul Moubarak qui a opprimé les Egyptiens, c’est tout un régime autour de lui. Et derrière ce régime, les Etats-Unis. L’important, ce n’est pas la marionnette, mais celui qui en tire les fils. Washington, comme Paris, cherche seulement à remplacer les marionnettes usées par d’autres plus présentables.

Pas de véritable démocratie sans justice sociale

La question que les Tunisiens, les Egyptiens et les autres souhaitent résoudre n’est pas : « Quel ‘nouveau’ dirigeant nous fera de nouvelles promesses qu’il ne tiendra pas, avant de nous taper dessus comme avant ? » Leur question est plutôt : « Aurai-je un vrai travail avec un vrai salaire et une vie digne pour ma famille ? Ou bien aurai-je pour seule issue une barque qui ira s’échouer en Méditerranée ou dans une prison européenne pour sans-papiers ? »
 
L’Amérique latine vivait tout récemment encore la même pauvreté et le même désespoir. Les énormes profits du pétrole, du gaz et des autres matières premières partaient gonfler les coffres-forts d’Exxon et de Shell pendant qu’un Latino sur deux vivait sous le seuil de pauvreté, sans pouvoir payer le médecin ou une bonne école à ses enfants. Tout a commencé à changer en 2002 quand Hugo Chavez a nationalisé le pétrole, modifié tous les contrats avec les multinationales, exigé qu’elles paient des taxes et que les profits soient partagés. L’année suivante, 11,4 milliards arrivaient dans les caisses de l’Etat (pendant vingt ans, c’était zéro !), et celui-ci mettait en route des programmes sociaux ; soins de santé et enseignement pour tous, doublement du salaire minimum, aide aux coopératives et aux petites entreprises créatrices d’emplois. En Bolivie, Evo a fait de même. Et l’exemple se répand. Atteindra-t-il la Méditerranée et le Moyen-Orient ? A quand un Chavez ou un Evo arabe ? Le courage de ces masses en révolte mérite une organisation et un leader, honnêtes et décidés à aller jusqu’au bout.
 
Une véritable démocratie politique est impossible sans la justice sociale. En fait, les deux problèmes sont étoitement liés. Car personne n’installe une dictature pour le plaisir ou par simple perversion. C’est toujours pour pour maintenir les privilèges d’une petite couche qui accapare les richesses. Les dictateurs sont les employés des multinationales.

Qui ne veut absolument pas de la démocratie ?

Face à la colère des Tunisiens, quel « homme nouveau » a proposé Washington ? Le premier ministre de l’ancien dictateur ! Face au désir de changement des Egyptiens, qui ont-ils tenté de mettre au poste ? L’ancien chef de l’armée, créature de la CIA ! On se moque des gens.
 
Il y a cinq ans, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Védrine, osait déclarer que les peuples arabes n’étaient pas mûrs pour la démocratie. Cette théorie reste dominante dans une élite française qui pratique plus ou moins ouvertement le racisme anti-arabe et l’islamophobie.
 
En réalité, c’est la France qui n’est pas mûre pour la démocratie. C’est la France qui a massacré les Tunisiens en 1937 et 1952 et les Marocains en 1945. C’est la France qui a mené une guerre longue et sanglante pour empêcher les Algériens d’exercer leur droit légitime à la souveraineté. C’est la France qui, par la bouche d’un président négationniste, refuse de reconnaître ses crimes et de payer ses dettes aux Arabes et aux Africains. C’est la France qui a protégé Ben Ali jusqu’au pied de l’avion qui l’emportait. C’est la France qui a imposé et maintient les pires tyrans dans toute l’Afrique.
L’actuel racisme antimusulman permet de faire d’une pierre deux coups. Premier coup : en Europe, on divise les travailleurs selon leur origine (un tiers des ouvriers français ou belges sont d’origine immigrée récente) et pendant qu’on fantasme sur la burqa, les patrons attaquent allègrement les salaires, les conditions de travail et les retraites de tous les travailleurs, voilés ou pas. Deuxième coup : par rapport aux pays arabes, l’islamophobie permet d’éviter les questions gênantes. Au lieu de se demander « Mais qui leur a imposé ces dictateurs ? » et de répondre : l’Europe, l’Europe d’en haut, l’Europe des multinationales, on présente les Arabes comme « pas mûrs pour la démocratie » et donc dangereux. On diabolise en inversant la victime et le coupable.
 
Or, voici le débat fondamental, et il dépend de nous tous qu’il soit mené ou occulté : pourquoi les Etats-Unis, la France et compagnie - qui n’ont que le mot « démocratie » à la bouche - ne veulent en réalité absolument pas d’une véritable démocratie ? Parce que si les peuples peuvent décider eux-mêmes comment utiliser leurs richesses et leur travail, alors les privilèges des corrompus et des profiteurs seront en grand danger !
 
Pour cacher leur refus de démocratie, les Etats-Unis et leurs alliés agitent dans les médias le « péril islamiste ». Quelle hypocrisie ! Les voit-on nous alerter et mener de grandes campagnes médiatiques sur les islamistes qui leur sont dociles comme le régime odieux d’Arabie Saoudite ? Les entend-on s’excuser d’avoir financé les islamistes de Ben Laden pour renverser un gouvernement afghan de gauche qui avait émancipé les femmes ?

Notre rôle est important

Le monde change à toute allure. Le déclin des USA ouvre de nouvelles perspectives pour la libération des peuples. De grands bouleversements s’annoncent…
 
Mais dans quel sens iront-ils ? Pour qu’ils soient positifs, il dépend de chacun de nous qu’une véritable information circule, que les dossiers honteux soient largement connus, que les stratégies secrètes soient démasquées. Tout ceci permettra d’instaurer un grand débat, populaire et international : de quelle économie, de quelle justice sociale les peuples ont-ils besoin ?
 
Or, l’information officielle sur tout ceci est une catastrophe, et ce n’est pas par hasard. Dès lors, pour que ce débat se mène dès maintenant et partout, chacun de nous a un grand rôle à jouer. Informer est la clé. Comment ? Nous y reviendrons dans un prochain texte, d’ici quelques jours…
 
 
Bruxelles, 19 février 2011
 
 
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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 21:57

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http://www.aloufok.net/spip.php?article3396

 

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dimanche à Benghazi, deuxième ville de Libye, pour porter en terre les manifestants tués par les forces de sécurité, ont rapporté des témoins.
Les violences de la nuit de samedi à dimanche ont porté à 173 le nombre de personnes tuées en quatre jours d’affrontements, centrés sur Benghazi et les villes avoisinantes, selon un bilan établi par l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), dont le siège est à New York.
Selon HRW, 90 personnes ont été tuées durant la seule journée de samedi.
"Cent mille manifestants se rendent actuellement au cimetière pour les obsèques de dizaines de martyrs. Nous craignons un nouveau massacre car la route menant au cimetière est proche des casernes des forces de sécurité", a dit à Reuters un habitant de la capitale de la Cyrénaïque.
"Nous ne céderons pas tant que le régime ne sera pas tombé. Nous appelons les Nations unies à intervenir tout de suite pour arrêter ce massacre", a dit cet homme.
Un autre témoin a indiqué à Reuters que des centaines de milliers de personnes, dont des femmes et des enfants, s’étaient réunies pour prier devant 60 corps, exposés près d’un tribunal du nord de Benghazi, qui compte 700.000 habitants.
"Un massacre a été commis ici hier soir", a déclaré dimanche à Reuters un habitant qui a requis l’anonymat. Les forces de sécurité ont eu recours à des armes lourdes et, a-t-il ajouté, "nombre de soldats et de policiers sont passés dans le camp des manifestants".
Des comptes-rendus contradictoires de la situation ont été donnés par des témoins, mais il semble que les rues de Benghazi soient sous le contrôle des manifestants et que les forces de sécurité se soient retranchées dans un complexe appelé le "Centre de commandement", d’où elles ont tiré sur la foule.
Un chef de tribu qui a requis l’anonymat a lui aussi laissé entendre que les forces de sécurité étaient confinées dans ce centre de commandement. "Il n’y a plus aucune présence des autorités dans la ville, les forces de sécurité sont retranchées dans leurs casernes et la ville est dans un état de mutinerie civile", a-t-il dit à Reuters.
D’après un témoin italien présent à Benghazi, cité par l’agence de presse italienne Ansa, la situation "est complètement hors de contrôle".
"Tous les bâtiments gouvernementaux et institutionnels et une banque ont été incendiés et des voyous saccagent et détruisent tout. Il n’y a personne dans les rues, pas même la police", a raconté cet Italien.
Selon le quotidien britannique The Independent, deux cents personnes auraient trouvé la mort à Benghazi, ville traditionnellement frondeuse, lors de la répression du mouvement de contestation.
Les autorités libyennes n’ont publié aucun bilan et n’ont fait officiellement aucune déclaration sur les troubles.
La répression sanglante de la contestation populaire du régime de Kadhafi, au pouvoir depuis septembre 1969, a poussé une cinquantaine de dignitaires musulmans à publier un appel, envoyé à Reuters, qui exhorte les membres des forces de sécurité, en tant que musulmans, à mettre un terme au massacre.
"C’est un appel pressant de dignitaires religieux, d’intellectuels, de chefs de clan de Tripoli, de Bani Walid, de Zintan, de Jadu, de Msalata, de Misrata, de Zawiah et d’autres villes et villages de l’ouest du pays", peut-on lire.
"Nous appelons chaque musulman, qui se trouve au sein du régime ou l’aidant de quelque façon que ce soit, de reconnaître que le massacre d’êtres humains innocents est interdit par notre créateur et par son prophète (...). Ne tuez pas vos frères et vos soeurs. Arrêtez le massacre immédiatement."
En revanche, un autre SMS reçu dimanche affirmait que les contestataires soulevés dans l’est du pays cherchaient à obtenir une scission de la Cyrénaïque.
Il est difficile de confirmer de source indépendante les témoignages sur la situation à Benghazi. Les journalistes étrangers ne sont pas autorisés à se rendre en Libye depuis le début des violences et les reporters libyens ne peuvent pas aller à Benghazi.
Les liaisons téléphoniques sont fréquemment coupées et l’accès à internet est bloqué, selon une société américaine de surveillance du réseau.
"(Le n°1 libyen Mouammar) Kadhafi va voir du mal à faire des concessions pour survivre. Je pense que l’attitude du régime libyen, c’est tout ou rien", a estimé Sir Richard Dalton, ancien ambassadeur britannique en Libye.
Certains observateurs ont indiqué toutefois qu’il pourrait y avoir des négociations entre le régime de Kadhafi et les chefs des tribus de l’Est.
Un SMS adressé samedi soir aux abonnés de téléphones portables libyens semblait aller dans le sens d’une certaine conciliation :
"Tous les citoyens et les jeunes de Benghazi, les civils et les policiers tués sont tous des fils de notre pays. Cela suffit maintenant, halte au bain de sang !", lisait-on dans ce SMS collectif.
En dehors de Benghazi, située à 1.000 km à l’est de Tripoli, le reste de la Libye semble relativement calme.
L’agence officielle libyenne Jana évoque cependant des actes de vandalisme et des incendies criminels dans certaines villes et les impute à "un réseau étranger qui cherche à provoquer des affrontements et le chaos pour déstabiliser la Libye".
A Tripoli, plusieurs milliers de partisans du régime se sont rassemblés sur la place Verte, près de la médina, aux premières heures de la matinée de dimanche, a constaté un journaliste de Reuters. "Dieu, Libye et Mouammar !", ont-ils scandé, ou encore : "Mouammar est le pionnier du nationalisme arabe !"
Samedi déjà, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées sur la même place en brandissant des portraits de Kadhafi et en scandant des slogans favorables au régime.
Le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a invité dimanche la communauté internationale à condamner la répression des manifestations en Libye.

(Dimanche, 20 février 2011 - Avec les agences de presse)

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