Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

0
parti.jpg 
thumbnail-copie-3.jpeg
4cb23c12e9-copie-1.jpg8071d6d8-f802-11df-a4d8-fa25b9579a36-copie-2.jpg 
Capture-du-2012-05-09-21-11-58.png
0
saint-communiste.jpg
00
0
soviet_propaganda.png

 vps-final.jpg

 

BDS-boycott-produits-israel.jpg

  

Recherche

lp.jpg

Léonard PELTIER 

 

arton1476.jpg

Archives

 free-the-miami-5-logo-colour.jpg

 

 rubon1-54e3a.jpgcuba-si.jpg

 

c.jpg

France  Cuba

cuba-si-3.jpg 

cuba_linda.jpg 

 

 

 

motocollant 2010 small

 

 

Thierry-copie-2.jpgHommage à

Thierry MENGUY

 


index.jpg 

une avocate

au service

du salarié

 

Maître

  Verrier Ouahmane Aicha

 

1 RESIDENCE DU PARC
  94430 Chennevières-sur-marne
 Téléphone : 01.49.62.04.45
 Fax : 01.45.76.13.17
 verrier.ouahmane@wanadoo.fr





Articles Récents

  • POUR LES FEMME D'ESPAGNE EN 2014 La nuit, la Résistance ... reprise d'un texte de 2009 Alain Girard Je hais les coups d’état, je hais la violence aveugle d’hommes de pouvoir quant ils ne sont pas de simples nervis, ceux là sont sans doute les pires. Je...
  • Obsèques d'Henri Alleg
    Sa famille, ses amis, ses camarades lui rendront un hommage fraternel le lundi 29 juillet à 10h30, au crématorium du Père Lachaise, salle de la Coupole. Le même jour, à 16 h, une courte cérémonie d'inhumation aura lieu au cimetière de Palaiseau (Esso...
  • Décès d'Henri Alleg
    Les communistes sont en deuil, les communistes valentonnais bien plus encore. Henri Alleg, Henri l'infatiguable du combat anticolonialiste, de celui pour un Etat palestinien, de celui pour une société à laquelle il donnait un nom: socialiste. Henri, ce...
  • METROPOLES
    METROPOLES Déclaration de l’ANECR Assemblée Nationale Affirmation des métropoles : discuter en 3 jours d’un remodelage profond de la République est un scandale ! Les amendements gouvernementaux adoptés par la commission des lois de l’Assemblée Nationale...
  • Un nouveau club politique prend racine | Aisne Nouvelle
    www.aisnenouvelle.fr CHAUNY - Le club Nouveau siècle verra le jour en septembre. Ou plutôt son antenne régionale. Une réunion d’information s’est tenue samedi matin. Objectif : réfléchir sur la société actuelle.
  • Il n'y a plus rien Ferré
    merci tovaritchi mais l'"vènement cd'est le rassemblemnt réusii des communistes azinbt quentinnois, aussi fort que Léo www.youtube.com Une œuvre magistrale, qui présente notre temps alors qu'elle le précède. Merci Léo, tu nous a marqué à jamais et ce...
  • Alain Girard shared Le libre service de la...
    Alain Girard shared Le libre service de la solidarité's photo.
  • Le candidat rouge sera Olivier Tournay | Aisne Nouvelle
    www.aisnenouvelle.fr SAINT-QUENTIN - Le militant Olivier Tournay a profité de la Fête des libertés ce dimanche au stade Bienfait pour annoncer sa candidature aux municipales 2014.
  • Alain Girard shared Sinn Féin shop's photo.
  • Alain Girard shared LE MONDE DE SAN-ANTONIO's...
    Alain Girard shared LE MONDE DE SAN-ANTONIO's photo.

 

Découvrez la playlist valentonrouge avec Francesca Solleville

Red_Cavalry_Riding.jpg
La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
sainr-just.jpg
   

A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

KM.jpg


5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 13:04

avnery-arafat.jpgÀ chaque fois qu’un homme poli­tique com­mence à évoquer “Le Système”, cela me donne la chair de poule. Tra­duisez ces deux mots en allemand et vous avez “Das System”.

POUR UN étranger comme moi, le système électoral des États-​​Unis paraît stupide.

Le pré­sident est élu par un “collège élec­toral”, qui ne reflète pas néces­sai­rement la volonté du peuple. Ce système qui plonge ses racines dans les réa­lités du 18e siècle, n’a aucun rapport avec les condi­tions actuelles. Il conduit faci­lement à l’élection d’un pré­sident qui a obtenu les voix d’une simple minorité, privant la majorité de ses droits démocratiques.

En raison de ce système archaïque, les trois der­niers jours de la cam­pagne sont consacrés exclu­si­vement à des “États indécis” – ceux dont les suf­frages du collège élec­toral sont encore incertains.

Au mieux, une façon curieuse d’élire le diri­geant de la plus grande puis­sance du monde et du champion auto­pro­clamé de la démocratie.

Le système d’élection des gou­ver­neurs, des séna­teurs et des repré­sen­tants est aussi dis­cu­table dans la mesure où la démo­cratie est en jeu. C’est l’ancien système bri­tan­nique où “le vain­queur rem­porte tout”. Cela signifie que des mino­rités idéo­lo­giques ou com­mu­nau­taires n’ont abso­lument aucune chance d’être repré­sentées dans l’ensemble du système poli­tique. Des idées nou­velles et contes­ta­taires n’ont aucune chance.

La phi­lo­sophie qui sous-​​tend un tel système consiste à pré­férer la sta­bilité à une pleine démo­cratie, à freiner le chan­gement et l’innovation ou à les pré­venir tota­lement. C’est carac­té­ris­tique d’une aris­to­cratie conservatrice.

Il semble qu’il n’y ait pas de voix aux États-​​Unis pour demander une évolution du système. Si le Pré­sident Obama ou le Pré­sident Romney est élu cette semaine par une faible majorité dans l’Ohio, quelque soit le vote popu­laire de l’ensemble de la nation, qu’il en soit ainsi. Après tout, le système a fonc­tionné suf­fi­samment bien pendant plus de deux cents ans, alors pourquoi le remettre en question maintenant ?

DANS LES élec­tions israé­liennes, au contraire, plu­sieurs partis ne cessent de parler du “système”. “Le Système est mauvais”. “Il faut changer le Système”. “Votez pour moi parce que je vais changer le Système.

Quel système exac­tement ? Eh bien, c’est votre pro­blème, vous l’électeur. Vous pouvez y lire tout ce que vous aimez (ou, plutôt, tout ce que vous détestez). L’économie. Les tri­bunaux. La Démo­cratie. La Religion. C’est à vous de le dire.

Fran­chement, à chaque fois qu’un homme poli­tique com­mence à évoquer “Le Système”, cela me donne la chair de poule. Tra­duisez ces deux mots en allemand et vous avez “Das System”.

“Das System” était la prin­cipale cible de la pro­pa­gande d’Adolf Hitler tout au long des 13 années de sa lutte pour le pouvoir. Cela a été incroya­blement efficace. (La seconde cible la plus efficace a été sa condam­nation des “Cri­minels de Novembre” qui avaient signé l’armistice après la défaite de l’Allemagne dans la pre­mière guerre mon­diale. Nos fas­cistes à nous parlent main­tenant des “Cri­minels d’Oslo”.)

Que vou­laient dire les nazis lorsqu’ils évoquaient “Das System” ? Tout et rien. Tout ce que leur audi­toire haïssait à n’importe quel moment par­ti­culier. L’économie qui condamnait des mil­lions de gens au chômage et à la misère. La répu­blique qui était res­pon­sable de la poli­tique écono­mique. La démo­cratie qui avait établi la répu­blique. Les juifs, assu­rément, eux qui avaient inventé la démo­cratie et qui diri­geaient la répu­blique. Les partis poli­tiques qui étaient au sevice des juifs. Et ainsi de suite.

LORSQUE LES hommes poli­tiques israé­liens tonnent contre “Le Système”, ils évoquent en général le système électoral.

Cela a com­mencé dès le début de l’État. David Ben Gourion était un démo­crate, mais c’était aussi un auto­crate. Il voulait davantage de pouvoir. Il était mécontent de la pro­li­fé­ration des partis poli­tiques, qui l’obligeaient à bri­coler de pesantes coa­li­tions. Qui en a besoin ?

L’État d’Israël n’était que la conti­nuation du mou­vement sio­niste qui avait tou­jours eu recours à une cer­taine forme d’élections. Elles étaient stric­tement pro­por­tion­nelles. Chaque groupe pouvait constituer un parti, chaque parti était repré­senté dans les congrès sio­nistes en fonction du nombre de ses élec­teurs. Simple et démocratique.

Lors de la fon­dation de l’État israélien en 1948, ce système a été adopté auto­ma­ti­quement. Il n’a pas été modifié à ce jour à l’exception de la “clause minimum” portée de 1% à 2%. Lors des der­nières élec­tions 33 partis s’affrontaient, 12 d’entre eux ont franchi la barre des 2% et sont repré­sentés à la Knesset qui vient de décider de se dissoudre.

Dans l’ensemble, le système fonc­tionnait rai­son­na­blement bien. Il garan­tissait à tous les seg­ments de la société – nationaux, eth­niques, confes­sionnaux, socio-​​économiques et autres – une repré­sen­tation et la pos­si­bilité d’un sen­timent d’appartenance. Les nou­velles idées pou­vaient trouver une expression poli­tique. J’ai été moi-​​même élu à trois reprises.

C’est l’une des expli­ca­tions du miracle qu’a été la démo­cratie israé­lienne – un phé­nomène presqu’inexplicable, si l’on considère que presque tous les Israé­liens venaient de pays for­tement anti-​​démocratiques – la Russie du Tsar et des com­mis­saires, le Maroc, l’Irak et l’Iran des rois auto­ri­taires, la Pologne de Josef Pil­sudski et de ses héri­tiers, et natu­rel­lement les Juifs et les Arabes nés dans la Palestine ottomane et britannique.

Mais le fon­dateur du mou­vement sio­niste, Theodor Herzl, était un admi­rateur de l’Allemagne du Kaiser, dans laquelle la démo­cratie s’était déve­loppée jusqu’à un certain niveau, et aussi de la Grande-​​Bretagne. Les pères fon­da­teurs qui venaient de Russie se vou­laient pro­gres­sistes à l’image des Euro­péens de l’ouest.

C’est pour cette raison qu’Israël a gardé une démo­cratie qui était, au moins au début, l’égale des meilleures. Le slogan “La seule démo­cratie du Moyen Orient” n’était pas encore une farce. Elle assurait aussi un gou­ver­nement stable, assis sur des coa­li­tions changeantes.

Ben Gourion avait le système élec­toral en horreur. Ses empor­te­ments vio­lents à son encontre étaient consi­dérées par l’opinion publique, y compris par ses propres élec­teurs, comme une excen­tricité per­son­nelle. En 1977 un nouveau parti, nommé dash, rem­porta 15 sièges avec pour seul pro­gramme de changer le système élec­toral auquel il imputait tous les maux du pays. Le parti a disparu aux élec­tions suivantes.

CE PARTI MORT a pour héritier légitime aujourd’hui le nouveau parti de Ya’ir Lapid, “Il y a un Avenir” qui veut “Changer le Système”, y compris le système électoral.

Dans quelle direction ? Jusqu’à présent ce n’est pas clair du tout. Un système pré­si­dentiel du type États-​​Unis ? Un système bri­tan­nique de cir­cons­crip­tions élec­to­rales où le vain­queur rem­porte tous les sièges ? Le système allemand d’après guerre (celui que je préfère) dans lequel la moitié du par­lement est élue à la pro­por­tion­nelle dans l’ensemble du pays et l’autre moitié à la majorité dans des cir­cons­crip­tions électorales ?

Quoi d’autre Lapid veut-​​il changer ? Il a le mérite d’être le seul à avoir soulevé la question pales­ti­nienne, déclarant qu’il ne par­ti­ci­perait à aucun gou­ver­nement qui ne repren­drait pas les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens. Cela n’a pas grande signi­fi­cation, dans la mesure où les négo­cia­tions peuvent se pour­suivre indé­fi­niment sans mener nulle part, comme dans le passé. Il n’a pas men­tionné le mot “paix”. Il a promis également que Jéru­salem ne serait pas divisée – une pro­messe qui est sûre de rendre toute négo­ciation impos­sible. Il a fait cette décla­ration à Ariel, la capitale des colons, qui est boy­cottée par l’ensemble du mou­vement de la paix.

CEPENDANT LE prin­cipal ennemi contre “Le Système” est Avigdor Lie­berman. Dans sa bouche, les deux mots reprennent leur conno­tation fas­ciste originelle.

Cette semaine Ben­jamin Néta­nyahou a lancé une bombe : le Likoud et le parti “Israel Our Home” (Israël notre foyer) de Lie­berman vont former une liste élec­torale commune – ouvrant ainsi la voie à la création d’un parti commun. La liste s’appellera “Likoud Bei­teinu” (“Likoud notre foyer”). Il n’a pas eu de peine à vaincre les réti­cences de son parti pour l’imposer – bien que per­sonne n’ait su les détails de l’accord.

Mais la prin­cipale dis­po­sition de l’accord verbal a déjà filtré : Lie­berman sera le N° 2 sur la liste et il pourra choisir l’un des trois prin­cipaux minis­tères du pro­chain gou­ver­nement : la Défense, les Finances ou les Affaires Étrangères.

Il ne peut y avoir le moindre doute sur le fait que Lie­berman va choisir la Défense, bien qu’il ait tenté de ras­surer l’opinion publique en pré­tendant qu’il pourrait pré­férer les Affaires Étran­gères, son domaine actuel, dans lequel il est boy­cotté par la plupart des prin­cipaux diri­geants du monde.

Ce qui est sous-​​jacent dans l’accord c’est que les deux partis n’en feront bientôt plus qu’un, que Lie­berman va suc­céder à Néta­nyahou à la tête de l’ensemble de la droite, et que nous pour­rions le voir dans quelques semaines en tout puissant ministre de la Défense, avec le doigt sur la détente des armes conven­tion­nelles et nucléaires, et, encore plus effrayant, comme l’unique gou­verneur des ter­ri­toires pales­ti­niens occupés.

Beaucoup d’Israéliens en ont des frissons.

Il y a seulement quelques années, une telle idée était impen­sable. Bien qu’il soit arrivé en Israël il y a 30 longues années, Lie­berman est resté fon­da­men­ta­lement un “Immi­grant Russe”. En réalité il est ori­gi­naire de la Mol­davie soviétique.

Il y a quelque chose de pro­fon­dément sinistre dans son allure, l’expression de son visage, ses yeux fuyants et son langage du corps. Il s’exprime en hébreu avec un pesant accent russe, son parler est grossier. Il mani­feste un appétit débridé de pouvoir, dans sa conception la plus brutale.

Son ami étranger le plus proche (et peut-​​être le seul) est Alexander Luka­shenko, le pré­sident du Belarus et le dernier dic­tateur en Europe. Son prin­cipal objet d’admiration est Vla­dimir Poutine.

Le credo décom­plexé de Lie­berman est le net­toyage eth­nique, un État juif ‘araber-​​rein’ (pur d’arabes en allemand). Il a amené avec lui d’Union Sovié­tique un mépris abyssal pour la démo­cratie et une foi dans un “gou­ver­nement fort”.

Il y a des années, j’ai posé l’équation “Bolchevisme – Marxisme = Fascisme”.

TREIZE FOIS au cours des 2 minutes de son annonce à la nation de la fusion, Néta­nyahou a utilisé les mots “fort” (gou­ver­nement fort, Likoud fort, Moi fort), “puissant” (Israël puissant, Likoud puissant) et “gou­ver­na­bilité” un mot hébreu nouveau qu’affectionnent tant Lie­berman que Néta­nyahou. (Cette semaine plu­sieurs com­men­ta­teurs ont utilisé le nom que j’ai forgé il y a quelques années : Bieberman.)

Si le Bie­berman rem­porte cette élection, ce sera vraiment la fin pour “Das System” – et le début d’un nouveau cha­pitre effrayant de l’histoire de notre nation.

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 12:41

1723039-2332656.jpgOn connaît peu de choses de cet émirat du Golfe. On en connaîtrait encore moins s’il n’avait pas été envahi par les troupes de Saddam Hussein en août 1990, ce qui allait déboucher sur une guerre, dirigée par les Etats-Unis, qui expulsera les soldats irakiens de ce petit pays pétrolier. Pourtant, au-delà de sa richesse, il a toujours connu une vie politique active.

Le 25 octobre dernier, plus de 50 000 citoyens sont descendus dans la rue pour protester contre une réforme constitutionnelle voulue par l’émir, qui tente de faire élire, le 1er décembre prochain, un Parlement aux ordres. De violentes échauffourées ont éclaté, faisant une centaine de blessés. Le dimanche 4 novembre, l’opposition appelle à manifester à nouveau, alors même que le pouvoir cherche la confrontation et menace de faire intervenir l’armée (« Koweït : l’armée pourrait intervenir contre une manifestation de l’opposition », L’Orient-Le Jour, 3 novembre 2012).

La contestation au Koweït a une longue histoire et on pourra se reporter à l’excellente étude « Looking for Revolution in Kuwait », de Mary Ann Tétreault, (MERIP, 1er novembre 2012), qui revient sur les diverses étapes de la vie politique de l’émirat et des forces d’opposition, sur le caractère singulier de ses institutions, l’indépendance du système judiciaire et la liberté de presse et d’expression qui y règne.

Un des paradoxes est que le le Parlement élu n’a pas le pouvoir de désigner le gouvernement, dont les membres sont choisis par l’émir et occupent de plein droit les bancs parlementaires. La confrontation entre l’Assemblée et le gouvernement est au cœur des affrontements de ces dernières années.

L’impasse actuelle, écrit l’auteure, « s’inscrit dans la continuité de cette longue lutte entre les émirs et les parlements. Mais depuis que le cheikh Sabah Al-Ahmad est devenu émir en janvier 2006, les affrontements ont grandi dans une atmosphère de plus en plus lourde. L’animosité est stimulée par les niveaux élevés et croissants d’insatisfaction de la population comme des élites devant les faibles performances du gouvernement et de la famille régnante. Ironie du sort, le cheikh Sabah a accédé au pouvoir sur une vague de popularité après avoir pris en charge une transition politique difficile consécutive à la mort de son prédécesseur. Mais cette bonne volonté s’est dissipée rapidement quand il a nommé un gouvernement médiocre et qu’il a voulu accorder un monopole du pouvoir aux membres de sa branche de la famille Al-Sabah ».

Peu après son accession au trône, l’émir s’est trouvé confronté à un mouvement pacifique de contestation, animé notamment par des jeunes, qui a duré plusieurs mois, préfigurant les soulèvements arabes de 2011. Il revendiquait le découpage de l’émirat en cinq circonscriptions au lieu de vingt-cinq, ce qui devait réduire l’achat de votes et la corruption. Plusieurs élections se sont déroulées depuis qui ont donné la victoire à des forces d’opposition — tribales, islamistes (sunnites et chiites) et quelques libéraux — et l’émir a fini par se débarrasser de son premier ministre en novembre 2011. Mais, en février 2012, après une énième dissolution du Parlement, l’opposition remporte 34 sièges sur 50. Le 18 juin, l’émir suspend le Parlement et deux jours plus tard la Cour constitutionnelle décide d’annuler les élections de 2012 et de réinstaller le Parlement de 2009. Le 20 octobre, l’émir annonce qu’il changera la loi électorale, ce qui provoque les plus grandes manifestations de l’histoire de l’émirat.

Au-delà de ces arguties constitutionnelles, c’est la nature même du régime qui est en cause, avec la demande, ici comme en Jordanie ou au Maroc, d’un système démocratique dans lequel le gouvernement serait responsable devant le Parlement. Ces soubresauts inquiètent, bien sûr, les autres émirats de la région (à Bahreïn, le mouvement démocratique se poursuit depuis plus de 18 mois malgré une violente répression), notamment les Emirats arabes unis, où des dizaines de militants ont été arrêtés (le Parlement européen a adopté une résolution le 26 octobre pour condamner la répression). Et, encore plus, l’Arabie saoudite, où la contestation n’est plus limitée à la région de l’Est, à majorité chiite : elle s’exprime aussi bien sur la Toile que dans de petites manifestations pour la libération des prisonniers politiques. C’est avec plus d’inquiétude que de joie que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis voient la montée des forces islamistes, notamment des Frères musulmans, dans l’émirat comme ailleurs (lire « Les islamistes à l’épreuve du pouvoir », Le Monde diplomatique, novembre 2012).

Il se pose bien sûr, pour tous ces émirats, une question : la démocratie, mais pour qui ? Pendant très longtemps, les femmes ont été exclues du droit de vote au Koweït et il ne leur a été accordé qu’en 2005 (avec les premières députées élues en 2009).

On compte aussi 106 000 Bidouns, ainsi définis par Human Rights Watch (« Koweït : La répression de manifestations de Bidouns a fait des dizaines de blessés », 19 février 2011) : « Les Bidouns sont des personnes apatrides, essentiellement d’origine bédouine ou nomadique, qui revendiquent la nationalité koweïtienne et les droits liés à cette nationalité. Leur statut apatride est lié au fait que la majorité n’a pas brigué la nationalité koweitienne quand l’émirat, devenu un protectorat britannique en 1914, a accédé à l’indépendance en 1961. » A la suite de ces manifestations, un certain nombre a obtenu la nationalité et le droit de vote, mais la majorité reste exclue.

Enfin, il faut évidemment dire un mot de la majorité de la population, ces immigrés (1,3 million sur un total de 2,8) provenant du monde arabe ou d’Asie et qui souvent ne disposent que du droit de se taire et de se faire exploiter.

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 10:30

arton18130-8d83b.jpgDans ce monde que dominent la cupidité, l’égoïsme et la course effréné à l’enrichissement, la science et la technologie ont été détournées pour servir les minorités détentrices du Grand Capital qui inventent des armes funestes leur permettant de menacer, de détruire et de tuer pour mieux assoir leur domination afin d’accaparer les richesses des autres. Ils en sont arrivés même à dénier aux autres peuples le droit d’acquérir ces Sciences et ces Technologies.

On apprend que l’Armée américaine a testé récemment une nouvelle arme baptisée « CHAMP » (Counter-electronics High-Powered Microwave Advanced Missile Project). Il s’agit d’un missile qui émet des salves de micro-ondes permettant de rendre inopérant les équipements électroniques lorsqu’il est lancé sur une localité donnée. Il peut ainsi neutraliser toutes les installations fonctionnant par l’électronique. En somme, de nos jours, toutes les usines, tous les réseaux de distribution d’électricité et d’eau, toutes les administrations, les télévisions, les hôpitaux etc. Une « grande » invention du siècle qui permet par l’électronique de détruire ou de neutraliser les inventions électroniques sans distinctions. Keith Coleman, le responsable du programme CHAMP, précise, sûrement avec fierté, que cette « technologie marque une nouvelle ère, dans la guerre moderne », estimant « Dans un proche avenir, cette technologie pourra être utilisée, pour rendre les systèmes électroniques et les données d’un ennemi, inutiles, avant même l’arrivée des premières troupes ou des avions ». Encore et toujours pour la guerre et les destructions. Ils n’ont que cela comme morale ! Sommes-nous arrivés aux limites de la science pour entamer la phase de l’autodestruction ?

Au fond, est-ce vraiment utile ? N’est- pas stupide et insensé d’investir des sommes colossales pour des armes destructrices, sous le prétexte de défense, sachant de « l’ennemi » finira par acquérir cette technologie ? En peu de temps ! Et après ? Cette hantise à vouloir faire encore plus puissant, plus performant ne devient-elle pas un handicap, car source et cause à plus d’hostilité, plus d’incertitudes, plus de tentions interétatiques, plus de conflits, plus d’ennemis et plus de dépenses ? La problématique est que chaque arme nouvelle mise au point par une partie devait être rivalisée immédiatement par l’autre. Dès lors, une compétition infernale se déroule pour la possession, en quantité et en qualité, de plus d’armes possible. Une arme devient dissuasive et moyen de pression ou de suprématie quand on en garde le monopole le plus longtemps possible, cependant elle finit toujours, surtout de nos jours où il n’y a presque plus de secret, par devenir un facteur d’insécurité collective par sa généralisation inévitable ? Un petit exemple économique : Quiconque devient riche quand on lui donne un million de dollars, mais quand on en donne à tout le monde on crée un problème ; de l’inflation. C’est le cas de toutes les armes dites « dissuasives » créées jusque-là ! Que faire ? En inventer d’autres plus absurdes ? Faire assassiner les savants des autres, qui semble être le mode opératoire actuellement ? Le monde est arrivé à une phase historique de son évolution où personne ne peut avoir ni le monopole, ni la tutelle sur quoi que ce soit !

Comme à toute action répond une réaction, les choses ne sont pas simples, le monde n’est pas figé, l’être humain n’est pas amorphe ou stupide.

On croit toujours être le plus fort en inventant des techniques, procédés et armes plus performantes que l’adversaire dans l’objectif de le dominer, mais l’on omet toujours, dans cette volonté, la réplique de l’adversaire qui arrive toujours, surtout à notre époque, à acquérir très rapidement ces moyens pour les retourner contre l’adversaire. Il s’agit de choses scientifiques accessibles. Quand une idée se concrétise, il est facile de la reproduire. Au final, il s’agit d’inventions coûteuses qui seront, en peu de temps, à la portée des concernés visés ; et donc inutiles, car ne permettant pas d’atteindre les objectifs souhaités. Mieux, chez celui qui reproduit jaillit, en lui, l’idée de l’innovation, la sophistication du produit avec moins de temps et de moyens que l’inventeur « d’origine » ! Bref en croyant inventer des choses pour agresser et dominer les autres on n’a fait, en réalité, que leur lancer un boomerang ! Tout ce qui a été inventé comme arme dans le monde depuis l’antiquité a fini par être à la portée de tous, tôt ou tard. De nos jours, très tôt, parfois aussitôt que l’inventeur commence son application ou sa démonstration sur le terrain. La dernière preuve est le drone ‘secret’ américain, le RQ 170 de récente technologie, détourné par l’Iran et… certainement reproduit. « À malin, malin et demi » dit-on. On trouve, en effet, toujours plus habile que soi ; quelle que soit notre force !

Les Occidentaux, en particulier les américains dépensent toujours plus dans l’armement en se justifiant par des raisons sécuritaires. Ce principe de sécurité qui guide et détermine leurs programmes militaires sous les titres entre autres « bouclier anti-missiles » et de « satellites espions » traduit, en fait, une crainte abyssale quant à la nature de la réaction de ceux qu’ils ne cessent de menacer ou d’agresser. Que de « traités » de « conventions » et autres pour rassurer, atténuer les tensions et inquiétudes, mais ils restent insuffisants car volatiles devant les tentations et les appétits voraces des trusts.

La sécurité s’assure par la bonne volonté et les bonnes actions et non par les provocations, les hostilités ou les ‘guerres’ par satellites interposés.

La sagesse aimerait que les centaines de milliards dépensés soient utilisés pour le bien de l’humanité et non pour sa destruction ! « La véritable force commence par la sagesse. » (Jean Van Hamme).

 

DJERRAD Amar

 

 

URL de cet article 18130
http://www.legrandsoir.info/de-l-arme-nucleaire-au-champ-la-technologie-au-service-de-la-frayeur-et-de-la-destruction.html
Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 12:56

paraguay-mapa.gif

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-10-29-Au-Paraguay-le-changement-a

 

M. Federico Franco, qui occupe la présidence du Paraguay depuis le « coup d’Etat parlementaire » du 22 juin 2012 (1), ne perd plus une occasion de montrer qu’il va régulièrement à la messe : très proche des milieux catholiques conservateurs, il souhaite sans doute plaire au Vatican qui, avec Taiwan, est l’un des rares Etats du monde à avoir reconnu son gouvernement de facto.

S’imaginait-il toutefois que sa nouvelle ferveur serait source de tracas ? Le 6 septembre dernier, lors d’une cérémonie religieuse à laquelle assistait M. Franco, Monseigneur Melanio Medina — véritable symbole national de la lutte contre la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989) et ancien président de la Commission « vérité et justice du pays » — profite de son homélie pour critiquer les semences génétiquement modifiées, dont le Paraguay entend libéraliser encore davantage l’utilisation. M. Franco se lève et l’interrompt. A son tour, il prend la parole et se lance dans un « prêche » en faveur des organismes génétiquement modifiés (OGM), avant de justifier l’autorisation de nouvelles variétés sur les terres de la République. S’enflammant, il exige de l’évêque qu’il lui fournisse les preuves de la dangerosité de semences transgéniques, s’engageant à les faire interdire si les documents étaient concluants (2).

Quelques semaines plus tard, en France, l’équipe de Gilles-Eric Séralini de l’université de Caen publie son étude « choc » sur la nocivité de la variété de semences OGM de maïs autorisée au Paraguay. Indépendamment des critiques probablement légitimes formulées à l’encontre de ces résultats, cette publication n’aurait-elle pas dû conduire M. Franco à revenir sur sa décision de démanteler les organismes de contrôle paraguayens œuvrant dans ce domaine ?

Quatre mois après son acrobatique accession au pouvoir, M. Franco, mêlé à divers scandales, fait l’objet de nombreuses critiques. En cause, son népotisme — 27 membres de sa famille ont en effet été nommés à des postes-clés dans la fonction publique (3) —, mais également l’augmentation spectaculaire de sa fortune (+ 748 % en quatre ans (4)). Sur ce dernier point, le président putschiste a immédiatement riposté. Mais ses explications l’ont discrédité davantage : il a dû reconnaître avoir fourni de fausses informations dans sa déclaration de patrimoine (5).

Le gouvernement paraguayen se trouve actuellement isolé dans la région. Le conservateur espagnol Mariano Rajoy a même dû refuser sa participation au sommet ibéro-américain qui se tiendra à Cadix les 16 et 17 novembre prochain. Le chef d’Etat espagnol ne souhaitait pas froisser les pays de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), qui avaient menacé de boycotter le rendez-vous si M. Franco s’y rendait.

Ses soutiens en Europe, M. Franco se voit donc contraint de les trouver auprès de partis d’extrême droite, comme le Parti de la liberté autrichien (FPÖ), très actif au Paraguay où il multiplie les visites et les contacts depuis plus d’un an (6). Le 12 septembre dernier, son dirigeant, M. Martin Graf, s’est rendu dans le pays pour exprimer son soutien au président de facto, avant de verser 5 000 dollars aux familles des policiers tués lors de l’affrontement qui, le 15 juin 2012, a opposé des paysans (occupant des terres volées pendant la dictature de Stroessner) aux forces de l’ordre (17 morts, 11 paysans et 6 policiers) (7). M. Graf a comparé la situation du gouvernement du Paraguay avec celle de son pays en 2000, quand l’extrême droite avait fait son entrée au gouvernement. Vienne avait subi les sanctions diplomatiques de l’Union européenne.

D’autre part, bien qu’écarté du Marché commun du Sud (Mercosur) depuis le coup d’Etat, le Paraguay offre une tête de pont aux Etats-Unis au cœur d’un bloc régional qui, avec l’entrée du Venezuela, menace de s’émanciper. Des parlementaires paraguayens (ils sont pratiquement tous de droite) ont demandé l’installation d’une base militaire au nord du pays (Chaco paraguayen), à la frontière avec la Bolivie, le Brésil et l’Argentine (8)

Les bénéficiaires de la destitution de M. Fernando Lugo apparaissent de plus en plus clairement : les grands propriétaires terriens, qui craignaient la menace d’un mouvement de récupération des terres mal acquises ; les acteurs (nationaux et multinationaux) de l’agrobusiness, qui redoutaient l’augmentation de la taxe sur l’exportation du soja et souhaitent l’autorisation des nouvelles variétés d’OGM (au Paraguay, quatrième exportateur mondial de soja, l’exportation de cette oléagineuse est actuellement taxée à hauteur de 1 %) ; et les partis politiques de droite (ainsi que leurs alliés à l’échelle internationale), qui avaient besoin de mettre la main sur l’exécutif afin de préparer les élections prévues au printemps 2013. « Bien que le gouvernement de Lugo n’ait pas été un gouvernement de gauche », estime l’analyste Hugo Richer, grâce à lui « la gauche a disposé d’une influence inédite » pendant quelques années au Paraguay (9). C’était déjà trop…

Les élections de l’année prochaine s’avèreront particulièrement difficiles pour les forces progressistes. Elles risquent d’arriver divisées puisque le Frente Guasu — la coalition de vingt partis et mouvements politiques qui avait porté M. Lugo au pouvoir — ne parvient pas à se mettre d’accord sur une candidature. Un candidat unique aurait déjà peiné à lutter contre une droite extrêmement puissante qui contrôle l’Etat, les médias et dispose de moyens suffisants pour acheter des voix (10). Si, de surcroît, la gauche se déchire…

 

 

(1) Lire «  Coup d’Etat au Paraguay  », La valise diplomatique, 23 juin 2012.

(2) Scène rapportée dans «  Franco interrumpe homilía para responder a críticas de obispo sobre uso de transgénicos  », Ultima Hora, Asunción, 6 septembre 2012.

(3) Cf. «  Un total de 27 familiares de Federico Franco ocupan cargos públicos  », El Mundo, Madrid, 17 septembre 2012.

(5) Cf. «  Franco admite que falseo datos y no consigue justificar 645 mil dólares  », Ultima Hora, 16 octobre 2012.

(6) Cf. «  Oh, wie schön ist Paraguay  », Profil, Vienne, 22 février 2012.

(7) Lire «  Paraguay, nouvelles manœuvres pour renverser le président  », La valise diplomatique, 22 juin 2012.

(8) Cf. «  Plantean como salida instalar una base militar de EEUU  », Ultima Hora, 5 septembre 2012.

(9) Hugo Richer, «  Seis preguntas y seis respuestas sobre la crisis paraguaya  » (PDF), Nueva Sociedad, n° 241, Buenos Aires, septembre-octobre 2012.

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 19:11

arton18074-57b26.jpgPourquoi les métropoles européennes sont-elles pleines d’africaines et d’africains au regard hagard, au sourire contrit, désemparés – mendiant pauvrement, vendant à la tire, « bossant » durement, le balai à la main, la pelle au bout du bras, fouillant la benne à ordures derrière le restaurant ? Quel désespoir incommensurable a bien pu chasser ces êtres admirables hors de leur patrie ensoleillée – qu’ils apprécient tant ¬– et les pousser sur les chemins de l’exil pleins de périls pour aboutir sous le pont Mirabeau ?


Les migrants du Bounty ?


Pourquoi les métropoles européennes sont-elles pleines d’africaines et d’africains au regard hagard, au sourire contrit, désemparés – mendiant pauvrement, vendant à la tire, « bossant » durement, le balai à la main, la pelle au bout du bras, fouillant la benne à ordures derrière le restaurant ? Quel désespoir incommensurable a bien pu chasser ces êtres admirables hors de leur patrie ensoleillée – qu’ils apprécient tant ¬– et les pousser sur les chemins de l’exil pleins de périls pour aboutir sous le pont Mirabeau, sur la Grande Place, derrière le Parthénon, autour du Colisée, sur Piccadilly Circus et face au Reijks Museum ?

Leur exode risqué s’est amorcé il y a quelques années au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en RDC, au Burkina, au Kenya, en Somalie, au Mali ou au Rwanda, peu importe ; il a toujours débuté là où leur vie était menacée, puis par monts et par vaux, à pied, en car, en train ou en bateau, la longue caravane des déshérités s’est ébranlée laissant ça et là son tribut d’éclopés, d’affamés, d’épuisés, de morts vivants, dans le grand désert brûlant, sur les chemins de brousse mal famée, dans l’océan déchaîné jusqu’à Ceuta l’insolente, Tripoli la décadente, Alexandrie l’énigmatique ou Tunis la tragique.

Là, les derniers rescapés de ces sentiers de souffrance se feront offrir à gros prix par un passeur bandit de compléter la traversée du continent – de la faim – vers un illusoire paradis pour démunis où ils iront grossir les rangs des exclus de la prospérité tapageuse et surfaite. Nul ne sait encore sur ce rafiot de la mort qu’au bout de ce chemin de Calvaire sur les flots mortifères, la dernière épreuve sera d’être arraisonnée avant que d’être retourné sur leur chemin d’amertume !

Dans les pages qui suivent nous allons répondre à une question simple et complexe, à savoir : « Pourquoi tant d’immigrants africains affrontent le désert, l’océan et la mer, les garde-côtes et les passeurs tueurs pour migrer vers l’Europe ce continent de malheur ? ».

C’est que dans les pays africains de misère, où les compagnies minières pillent le minerai précieux et cher alors qu’elles n’abandonnent rien aux crève-la-faim, si bien qu’après avoir travaillé pour presque rien dans ces charniers d’enfer les fils de l’Afrique, s’ils n’y sont pas trépassé, entreprennent la traversée de la jungle, des savanes, des déserts, des barbelés, de la mer meurtrière afin d’aller gagner quelques deniers à expédier à la parenté restée sous le tir des troupiers et sous les bombes anti-personnel des terrassiers, ou sur la plantation de café-exporté, mal payé, ou au fond d’un trou de mine-assassine.


Le pillage du coltan


Nous ferons la démonstration de ce crime sanglant à partir de l’exemple du coltan. Le coltan (métal rare, indispensable à la fabrication de cellulaires et de téléviseurs) est extirpé des puits de mines artisanales en République Démocratique du Congo (80 % des réserves mondiales), puis, aussitôt exproprié et exporté vers les usines de transformation d’Europe, d’Amérique et surtout d’Asie (1).

C’est la transformation industrielle du minerai qui crée de la valeur et de la plus-value d’où les capitalistes tirent leurs profits industriels et marchands et l’État ses impôts et ses taxes (le kilo de coltan traité se vend 500 $ sur le marché). L’extraction minière du coltan rapporte très peu. Le salaire d’un mineur de la mort dans la province du Kivu (RDC) se situe entre 10$ et 50$ par semaine, ce qui est tout de même le quadruple du salaire congolais moyen (10$-50$ par mois). Un mineur extrayant en moyenne 1 kilo de coltan par jour, 7 jours par semaine, reçoit donc pour sa peine un salaire hebdomadaire médian de 35$ contre une production de 7 kilos x 500$ = 3 500$, soit un pourcent de la valeur de la marchandise. Vous croyez que l’Afrique reçoit sa juste part des richesses qu’on lui vole ?

Cessons de distribuer la charité aux africains mal-aimés. Cessons de leur prêter de l’argent pour s’endetter pour l’éternité et laissons-les bénéficier de leurs richesses continentales et ils seront prospères, croyez-vous ? Non évidemment ! Pourquoi ? Parce que tout dépend de quelle classe sociale s’approprie ces richesses privées ou collectives ! Nous y reviendrons plus avant.

Sachez qu’en moyenne chaque kilo de coltan coûte la vie à deux enfants mineurs au Kivu-Congo ravageur, peu importe la langue, l’ethnie ou la religion de ces jeunes souffre- douleurs. Ces enfants meurent sous les éboulis dans des mines artisanales délabrées. L’internationalisme de l’exploitation capitaliste sévit dans ce pays dans toute son ignominie.

Les troupes du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi – armées et financées par des multinationales des nouvelles technologies comme Apple, Nikon, Sony, Nokia, Ericsson et autres monopoles occidentaux – occupent la région du Kivu afin d’y exproprier le coltan exploité par de misérables flibustiers armés avec la complicité des généraux – seigneurs de guerre congolais, rwandais et ougandais. Le corsaire du coltan Laurent Nkunda, vous connaissez ? On en parle encore au journal télé (2). Le Premier Ministre canadien Stephen Harper a-t-il dénoncé ces magouilles lors de sa visite à Kinshasa récemment ? Aucunement !

L’échauffourée tribale et nationaliste n’est ici que le Gris-gris de pays conquis et des petit-bourgeois européens et américains aigris chantant le salut de la patrie par le sang des Partisans. La journaliste Belge Colette Braeckman constate ceci :

« A Kivu, une vingtaine d’avions chargés de minerais décollent chaque jour pour le Rwanda (qui selon l’ONU a empoché 250 millions $ de la vente de coltan NDLR). On peut y croiser des enfants qui travaillaient dans les mines et qui se sont échappés. Ils vous racontent comment ils se sont fait kidnapper sur le chemin de l’école. Tout le monde le sait, mais personne ne fait rien, même pas les Nations unies. Ce trafic ne va pas s’arrêter de sitôt. L’armée congolaise n’est pas efficace - c’est un héritage de Mobutu - et les généraux bénéficient aussi de ce business. Ils disent aller à Kivu pour faire la guerre, mais ils y vont aussi pour s’enrichir. Chaque faction, l’armée congolaise, les milices tutsies, etc. tous profitent de cette situation et n’ont pas intérêt à la changer. » (3).

En corolaire de ces salaires de misère, chacun se rappellera de l’assassinat de 34 mineurs Sud-africains – soi-disant libérés de l’apartheid – par la police raciste d’Afrique du Sud pour cause de grève ouvrière visant à hausser un salaire de 400 euros par mois tout compté. Ça s’appelle mourir de faim en peinant durement (4).

De tels salaires de crève-la-faim n’assurent même pas la reproduction élargie de la force de travail. En d’autres termes, plus l’ouvrier africain travaille et plus il s’approche de la mort par lente inanition. Ces salaires n’assurent pas non plus l’édification d’un marché national consistant sur lequel s’appuierait la bourgeoisie marchande locale pour assurer l’accumulation primitive du capital constant (CC) puis l’investissement en usines (CV) et le « Take off » capitalistique industriel moderne (5).

Il en résulte que dans la division internationale du travail induite par l’impérialisme occidental dominant (du moins jusqu’à présent), l’Afrique a toujours obtenu le rôle de fournisseur de matières premières. Au début, à titre de fournisseurs de bêtes de somme – esclaves valant moins que leur poids de céréales – puis fournisseur de bois précieux et de denrées alimentaires spoliés sur des plantations expropriées aux autochtones comptant pour moins que rien dans ce marché. Enfin, on assiste aujourd’hui à la spoliation des minéraux rares (dont le coltan), des pierres précieuses et du pétrole (10% des réserves mondiales) dont les peuples locaux ne tirent pratiquement aucun bénéfice.


Les pilleurs étrangers protégés par leurs serviteurs nationaux


Un service de garde chiourme des intérêts locaux des compagnies impérialistes étrangères (dont canadiennes) est assuré par une caste de prédateurs – rois nègres cravatés, généraux de carnaval en képi – entourés de meurtriers, de repris de justice et de corsaires déguisés en militaires – mis au service de clans négriers appointés par quelques grandes entreprises monopolistes – les dits monopoles miniers – solidement abouchés aux ambassades occidentales de leur pays d’origine affectées dans ces contrées saignées à blanc.

Tant que le président-nègre local accomplit correctement son travail d’adjudant et tant qu’il réfrène ses appétits de gourmand – n’espérant jamais devenir aussi gros que le bœuf de la fable – et tant qu’il sait embrasser la main qui le maintient sur son trône de paille – sa réélection « démocratique » est assurée. Que le goinfre noir prétentieux tente un jour de redresser l’échine et de s’affranchir de cette tutelle dominatrice ; qu’il manigance quelque nouvelle alliance avec une nouvelle puissance (pensons à Gbagbo en Côte d’Ivoire ou à Kadhafi en Libye ou à Kabila en RDC) et alors, les foudres de l’enfer « démocratique » de l’Occident hypocrite s’abattent sur le récalcitrant en tourment. L’élection hier encore « démocratique » est aussitôt invalidée par l’Élysée – la Maison Blanche – le 10 Downing Street ou le Reichstag allemand – la dite « communauté internationale » et l’opposant complaisant décrété gagnant sur-le-champ.

Le « démocrate » devient tyran, l’ami et l’allié d’hier devient usurpateur et les bombardiers et les drones téléguidés depuis les capitales occidentales fauchent soudainement les vies du peuple ainsi que le palais princier tout à coup outrancier après trente années tolérées au milieu de cette misère mortifère.

Un polichinelle d’un autre clan sera juché pour un temps sur le trône chambranlant – quelques criminels de guerre seront promus généraux d’opérette, les malfrats – garde – du corps de ce prétendant deviendront officiers d’intendance, chargés d’assurer la loyauté de ce nouveau métayer de la corvée présidentielle – qui consiste essentiellement à signer les décrets de prospection et d’exploitation des claims miniers, pétroliers et forestiers et les contrats d’achat d’armements afin d’assurer la reproduction élargie du pouvoir compradore soumis.


La petite et la moyenne bourgeoisie africaine « socialiste »


L’économie nationale des pays africains étant dominée et spoliée par les pays impérialistes occidentaux, la petite et la moyenne bourgeoisie nationale africaine, fragile et instable, n’a souvent pas grand accès aux prébendes, aux bakchichs, aux postes administratifs, gouvernementaux, judiciaires et militaires lucratifs, ni à la propriété foncière réservée à la grande bourgeoisie compradore. Ces fragments de classes sont donc aigris et menacés de paupérisation et d’éradication tout comme leurs cousins nord-américain et européen. La tentation est alors très grande pour ces sections de classes moribondes de lancer leur peuple dans la révolte aventurière sous le sceau frauduleux du « socialisme » – l’Angola, l’Algérie, l’Éthiopie sont de ces pays qui ont connu de ces guerres « populaires » pour assoir le pouvoir de charlatans et de leurs sectes de prétendants moyens et petits bourgeois. On sait aujourd’hui ce qu’il advint de ces tyrans pseudo-socialistes.

Parfois, le néo-colonisateur ne laisse pas assez à boire et à manger, pas suffisamment de prébendes alléchantes pour satisfaire tous les larbins locaux vainqueurs du précédent gouvernement si bien que le partage du butin devient source de conflits sanglants entre pirates intra-tribaux – intra-muros. C’est ce qui se produit en ce moment à Abidjan entre Ouattara l’adjudant et ses sergents d’apparat dont certains ont été abandonnés dans le caniveau au Ghana et au Burkina Faso d’où les assassinats récents à la frontière du domaine convoité et contesté. Le prolétariat n’a rien à faire de ces guerres entre hyènes et chacals.


L’AFRICOM mène la charge


Notez que les puissances impérialistes occidentales ne font pas confiance à cette engeance de larbins locaux pour maintenir l’ordre et le pouvoir de leur maître sur ces contrées convoitées. Aussi, les États-Unis ont-ils imaginé une superstructure militaire contraignante – L’AFRICOM – pour représenter ses intérêts dans la région – et pour embrigader, contrôler et entraîner ces va-nu-pieds déguisés en armée de métier. L’AFRICOM organise et supervise les efforts de guerre et de maintien de l’État de guerre permanente, d’extraction des ressources naturelles et de spoliation du travail salarié et de sa plus-value. Pour ne pas avoir accepté d’embrigader son armée dans l’agression en préparation au Nord du Mali le Président de Mauritanie a bien failli y laisser la vie. Il semble qu’après l’attentat à demi réussi, il ait enfin compris. L’attaque contre le Mali aura bien lieu, supervisée par l’AFRICOM et menée par la chair à canon régionale (6).

En 2007, le conseiller du département d’État étasunien, le Dr J. Peter Pham, a affirmé que les objectifs stratégiques d’AFRICOM consistaient à « protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques abondantes en Afrique. [La] tâche [d’AFRICOM] consiste à protéger la vulnérabilité de ces richesses naturelles et s’assurer qu’aucune tierce partie comme la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie obtiennent des monopoles ou des traitements de faveur. (Nile Bowie, COVERT OPS IN NIGERIA : Fertile Ground for US Sponsored Balkanization, Global Research, 11 avril 2012.) (7).


Une solution aux problèmes africains ?


Par les temps qui courent, les peuples africains, loin de se reprendre en main et de mener à bien leurs luttes de libération contre la domination néocoloniale impérialiste, et surtout contre leur bourgeoisie compradore nationale organisée en castes autour de généraux – seigneurs de guerre complaisants – laissent plutôt tous ces vauriens offrir leur service d’homme de main aux différentes puissances hégémoniques.

Aujourd’hui en Afrique, certaines des anciennes puissances coloniales sont réapparues sur le devant de la scène, concurremment à leur allié et concurrent étatsunien, face à la Chine, nouvelle superpuissance ascendante. En 2012, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique devant les USA et la France. La Chine impérialiste a construit le siège social de l’Union Africaine, elle investit chaque année des milliards de dollars en projets routiers et ferroviaires. Elle exploite les mines et le pétrole et change la donne en construisant des usines – clés en main – en Éthiopie notamment, créant ainsi un prolétariat africain au Nord du Continent, complément au prolétariat de l’Afrique du Sud. Ce sont là d’excellentes nouvelles pour la classe révolutionnaire africaine qui voit ainsi grossir ses rangs (8). Si vous souhaitez combattre les sectes religieuses intégristes, construisez des usines en Afrique.

Voilà, résumées en quelques pages, les causes fondamentales du misérable exode africain vers l’hémisphère Nord. Les puissances impérialistes occidentales absorbant l’usufruit des ressources naturelles et expropriant une large part de la plus-value ouvrière et paysanne ainsi que les profits et les revenus des États croupions, il ne reste pratiquement rien pour la survie de ces pays. Aussi, plutôt que de se laisser mourir les africains suivent la trace de leurs richesses jusqu’au Nord de la Méditerranée.

Peut-on changer ce désordre des choses ? Oui, certainement ! Il revient aux ouvriers et aux employés, mineurs, travailleurs des champs, métayers et artisans de s’organiser en parti politique révolutionnaire indépendant de l’aristocratie bureaucratique locale, aussi loin que possible de la petite et de la moyenne bourgeoisie nationale – fuyant comme la peste les intellectuels hâbleurs et pédants – pour diriger leurs coups meurtriers visant à renverser les commettants locaux de la classe capitaliste monopoliste internationale (9).

______________________________________________

(1) L’exploitation du coltan http://www.umoya.org
http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_d%C3%A9mocratiq...

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Kivu

(3) Colette Braeckman (2012). http://observers.france24.com/fr/content/20081112-coltan-min...

(4) Afrique du Sud (2012). http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_%C3%A0_M...

(5) Robert Bibeau. La crise économique dans tous ses méfaits. (2012). http://les7duquebec.org/7-au-front/la-crise-economique-dans-...

(6) Exemple récent du coup d’État avorté en Mauritanie http://kassataya.com/mauritanie/vacance-du-pouvoir-qui-dirig...

(7) Julie Lévesque. (2012). Guerres secrètes des États-Unis en Afrique. http://www.mondialisation.ca/la-guerre-secrete-des-etats-uni...

(8) Vincent Gouysse. (2012). 2011-2012 : Reprise de la crise. http://www.marxisme.fr/reprise_de_la_crise.htm La Chine avance ses pions en Afrique.(2012). http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-c... La Chine en Afrique http://www.refletsdechine.com/apres-la-france-afric-la-chine...

(9) http://haratine.blogspot.fr/2012/04/la-bourse-des-esclaves.h... http://www.afrohistorama.info/ http://kassataya.com/mauritanie/vacance-du-pouvoir-qui-dirig... Le Parti Sadi. (2012). http://www.partisadi.net/2012/10/%c2%ab-faisons-payer-les-ri...

URL de cet article 18074
http://www.legrandsoir.info/afrique-le-continent-spolie.html
Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 20:37
A0-903.jpg
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=12729
Washington devrait se faire une raison et comprendre pourquoi le Venezuela préfère Chavez.

Scène de liesse à Caracas - Avec plus de 7,44 millions de voix contre 6,15 millions à Henrique Capriles, Chavez rassemble plus de suffrages que lors de sa précédente réélection, en 2006, lorsqu’il avait pourtant battu l’opposant Manuel Rosales de plus de 25 points, avec 62% des voix - Photo : Tomas Bravo/Reuters

Il l’a fait. Encore une fois. Lors de la 14e élection en 13 ans, Hugo Chavez Frias - celui que les réactionnaires atlantistes détestent jusqu’à la haine - a été sans appel possible réélu président, dans des conditions absolument transparentes, contrôlées par le personnel des Nations Unies, de l’Union européenne et de l’Organisation des États Américains (OEA).

Deux élections étaient en jeu ici. Une mettait Chavez face au représentant des compradores [gros propriétaires], néolibéral et réactionnaire reconverti en démocrate, Henrique Capriles Radonski - un avocat représentant les intérêts de Washington au Venezuela. L’autre concernait la sud-Amérique progressiste face au désir de Big Brother de disposer d’un État en position de client et malléable.

Chavez a gagné d’abord parce que le projet bolivarien est populaire. Les années de chavisme - malgré tous leurs défauts et un culte effréné de la personnalité - ont permis de rétablir la souveraineté nationale vénézuélienne, de redistribuer les richesses au profit des services publics et des exclus par l’intermédiaire de missions sociales et d’un salaire minimum décent. On peut l’appeler, comme le fait Chavez, le « socialisme du 21e siècle ». En Amérique latine, selon les termes qui y prédominent, c’est certainement une voie vers une société plus égalitaire.

Dans la période qui a précédé l’élection, Chavez a mis un point d’honneur à rappeler la figure de Guacaipuro - un leader indigène qui commandait les tribus Teque et Caracas contre la colonisation espagnole - comme un symbole-clé de la résistance du Venezuela. « Nous sommes tous des Guacaipuro » était un appel qui sonnait bien, qui mettait l’accent sur ​​les racines autochtones du pays : « la résistance indigène et noire menant la lutte des opprimés ».

Pas d’analphabétisme en échange de pétrole !

Les faits sont parlants. Le Venezuela détient ce qui est maintenant reconnu comme la plus grande réserve de pétrole de la planète - encore plus que l’Arabie Saoudite. Mais jusqu’à récemment, le Venezuela était un « Graal » pétrolier, géré par l’habituelle petite élite arrogante et avide, où les masses n’avaient pas la possibilité d’un enseignement décent, d’un logement décent ou d’un salaire décent.

Le succès du chavisme est d’avoir su mettre progressivement à l’horizontal une société alors verticale. Le chavisme a consacré pas moins de 43 pour cent du budget de l’État à un éventail de politiques sociales.

Le taux de chômage est passé de plus de 20 pour cent à moins de 7 pour cent. Pas moins de 22 universités publiques ont été construites au cours des 10 dernières années. Le nombre d’enseignants est passé de 65 000 à 350 000. L’analphabétisme a été éradiqué. Et une réforme agraire est en cours - encore un rêve dans la plupart des latitudes d’Amérique du Sud.

La classe dirigeante de toute évidence n’était pas à la fête - comme elle ne l’a pas été au Brésil, en Argentine ou en Bolivie (mais elle a tout de même réussi à organiser un « coup d’État constitutionnel » au Paraguay pour renverser un gouvernement démocratique et légitime). Au Venezuela, il y a dix ans, cette même classe avait également réussi à concocter un coup de force - avec le soutien des grands médias - qui a duré trois misérables jours. Les masses ont alors dit « No Pasaran ».

Le candidat battu à la présidentielle, Henrique Capriles Radonski, soit dit en passant une sorte de nouveau né démocrate, puisqu’il avait été directement impliqué dans le coup d’État d’avril 2002 et avait même dû passer un certain temps en prison pour cette raison.

Le Venezuela a le meilleur coefficient de l’index Gini - qui signifie que c’est le pays avec le moins d’inégalités - sur l’ensemble de l’Amérique latine. Dans son rapport de janvier 2012, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (connu sous son acronyme espagnol, Cepal) atteste que le Venezuela et l’Équateur, entre 1996 et 2010, étaient les champions en matière de réduction de la pauvreté à travers toutes les Amériques.

Pendant ce temps, les Américains vivant aux États-Unis pourraient être surpris de savoir que l’index Gallup a classé le Venezuela, le « 5e plus heureux pays dans le monde ». Et pas seulement à cause de la Salsa...

Pas étonnant alors que les médias aux États-Unis, en Europe occidentale et en Amérique du Sud aient colporté des histoires de Vénézuéliens rêvant d’exil et de siroter des martinis à Miami. Mais le fait est qu’un grand nombre de jeunes Espagnols sans avenir en Europe vont au Venezuela pour trouver un emploi.

La diabolisation de Chavez dans les grands médias occidentaux est pitoyablement caricaturale - comme dans la récente obstination à proclamer sa mort imminente pratiquement sur une base journalière. Il leur a été difficile d’admettre que le cancer dont souffrait Chavez a été traité avec succès par des médecins cubains.

La raison principale de l’industrie de diabolisation de Chavez, c’est qu’il refuse d’être aligné sur les fantaisies géopolitiques de Washington. Il maintient des liens à la fois proches et complexes avec les dirigeants de la Chine (le Venezuela va dans un avenir proche, fournir à la Chine un million de barils de pétrole par jour), il soutient le droit de l’Iran à un programme nucléaire civil, il a soutenu Kadhafi jusqu’au bout contre ce qu’il a considéré comme une guerre illégale de l’OTAN, il soutient le gouvernement syrien contre ce qu’il considère comme étant des terroristes salafistes-jihadistes qui tentent de le renverser, et il a été une source ininterrompue d’inspiration en Amérique latine - de la Bolivie au Nicaragua, en passant par l’Équateur.

C’est un pile ou face pour savoir si Obama version 2.0 - pour ne pas mentionner une possible administration Romney encore aujourd’hui à distance - voudra réellement « s’engager » avec le Venezuela dans des conditions de respect mutuel.

Le Chavisme rencontre le Lulismo

Le Venezuela va connaître un taux de croissance de 5 pour cent en 2012 - bien au-delà de l’Argentine (2 pour cent) et du Brésil (1,5 pour cent). Il s’agit d’une économie partiellement socialisée qui produit plus d’emplois, plus de crédit, plus d’investissements étatiques ​​- et le résultat est une croissance économique soutenue.

En interne, la lutte des classes ne va pas magiquement disparaître. Les pauvres vont consolider leur situation, au moins dans un état de classe moyenne inférieure. Quant à la classe moyenne émergente et la classe moyenne supérieure, elles aspirent à plus de consommation. Le cancer au cœur du chavisme est essentiellement l’inefficacité et la corruption ; c’est la grande bataille interne à gagner. Comme le soutient James Petras, la clé de la réussite progressive des politiques sociales de Chavez est dans une lutte sérieuse contre la corruption dans la politique locale et dans l’administration.

En termes d’intégration de l’Amérique latine, il y a aussi de bonnes nouvelles. Le Venezuela est maintenant membre du Mercosur. Avec une intégration économique renforcée, il connaîtra une plus grande intégration politique dans l’Unasur - véritable syndicat de l’Amérique du Sud.

L’Amérique du Sud est engagée aujourd’hui dans un débat plus large sur l’émergence d’un inévitable consensus avec Washington. Deux écoles s’opposent : le chavisme, et ce qui a été présenté comme le consensus de Brasilia.

Le Chili, la Colombie et l’Uruguay peuvent être considérés comme des partisans du consensus de Brasilia - et même le Pérou, sous la présidence d’Ollanta Humala. Le consensus de Brasilia est évidemment synonyme de « Lulismo » - d’après le très populaire président brésilien Lula, qu’Obama a bien voulu considérer comme « un bon bougre ».

Le chavisme est cependant populaire en Bolivie et en Équateur. Puis il y a ceux qui hésitent - comme l’Argentine et le Paraguay, ce dernier avant le coup d’État contre Fernando Lugo.

Pourtant, pour l’essentiel ce qui est en jeu représente des différences mineures du point de vue du degré de socialisation de l’économie et de la poursuite d’une politique étrangère indépendante. Le modèle de base est partagée par tous : mettre l’accent sur la croissance économique, l’égalité sociale, la démocratie réelle et l’intégration progressive.

Un chavisme plus sobre, moins conflictuel et moins personnalisé fera des merveilles pour l’intégration latino-américaine. Mais d’énormes obstacles subsistent sur cette voie - comme le coup d’État au Paraguay, le coup d’État au Honduras, la manipulation des préoccupations écologiques afin de déstabiliser la Bolivie, l’obsession perpétuelle à Washington de diaboliser Chavez. Et il y a quelque chose que la majorité écrasante de l’Amérique latine ne peut pas oublier : la quatrième flotte américaine qui la surveille.

 

* Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge. Son dernier livre vient de sortir ; il a pour titre : Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

Du même auteur :

  Obama applique Syriana (*) ! - 11 août 2012
  Pourquoi le Bahraïn n’est pas la Syrie - 15 février 2012
  Tout ce qui brille est... pétrole - 28 janvier 2012
  L’OTAN rêve d’une guerre civile en Syrie - 15 décembre 2011
  Guerre de l’ombre en Syrie - 4 décembre 2011
  Ce chemin de Damas semé d’embûches - 1° décembre 2011
  Un mauvais procès de l’iranophobie nucléaire - 14 novembre 2011
  Comment l’Occident a fait main basse sur la Libye - 23 octobre 2011
  Libye : à présent, c’est la vraie guerre qui commence... - 17 septembre 2011

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 12:53
  16-h_01330882.jpg

http://french.ruvr.ru/2012_10_23/92150552/

Des élections législatives en Ukraine se dérouleront le dimanche 28 octobre. Selon les données des sociologues, six formations politiques ont des chances de franchir la barre des 5 %. La radio  La Voix de la Russie expose leurs programmes et leurs promesses.

« Rendre le pays au peuple », tel est le mot d’ordre du Parti communiste d’Ukraine pour ces élections. On explique au siège des « rouges » qu’il est question de renforcer le contrôle exercé par les simples citoyens sur les représentants du pouvoir. Et cela à tous les niveaux – du petit fonctionnaire de province au député de la Rada suprême. Une bonne partie du programme des communistes est consacrée aux questions économiques. Selon le Parti communiste, l’Etat doit soutenir plus activement les secteurs stratégiques de l’économie nationale : métallurgie, énergie, transports. Les « rouges » ukrainiens n’ont pas oublié les promesses standard des partis de gauche – contrôler les tarifs des services publics, les prix des denrées alimentaires et des articles de première nécessité. L’économie est étroitement liée à la partie de leur programme consacrée à la politique extérieure. Voici ce que dit  Alexandre Golouble, membre du présidium du Comité central du Parti communiste d’Ukraine :

« Actuellement, nous sommes l’unique parti parlementaire à formuler clairement qu’au lieu de rêver de l’Europe, l’Ukraine doit engager des pourparlers sur son adhésion à l’Union douanière et son entrée dans l’espace Eurasiatique. Nous comprenons parfaitement que dans cette sphère nous avons plus de choses en commun avec la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan, qu’avec les pays de l’UE. D’ailleurs, les marchés d’écoulement de nos produits sont situés, en premier lieu, dans l’espace de la CEI ».

Aux antipodes du Parti communiste, se trouve le parti nationaliste Liberté. Si les communistes prônent le rapprochement avec la Russie, les leaders de Liberté s'expriment devant les journalistes russes uniquement en ukrainien. Les promesses électorales revêtent un caractère approprié. Evoquant le programme de Liberté, le vice-président du parti Andreï Mokhnyk critique surtout le pouvoir en place avant de formuler des propositions concrètes. Le principal motif idéologique du parti Liberté est le suivant :

« Liberté est une force politique nationaliste. La force réside dans l’idéologie. Notre programme est celui de la défense (des intérêts) des Ukrainiens. Nous avons formulé l’essentiel pour les élections : « Le pouvoir, la propriété et la dignité des Ukrainiens. Sur la terre donnée par Dieu ».

Selon les données de certains services sociologiques, le parti Liberté n'entrera pas au parlement national. Toutefois, les résultats de la majorité des sondages indiquent que ce parti parviendra quand même à rassembler les 5-6 % des voix requis. Quant aux communistes, d’après les sociologues, ils sont crédités de 10 à 13 % des intentions de vote en Ukraine. T

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 12:37

qui-etes-vous-koji-wakamatsu-M21621.jpg

http://next.liberation.fr/cinema/2012/10/18/koji-wakamatsu-dernier-soufre_854268

 

 

Décès . Le cinéaste japonais subversif est mort hier, laissant derrière lui une centaine de films.

Les chauffeurs de taxi à Tokyo portent des gants blancs et leurs véhicules roulent dans un silence de carrosse pneumatique. C’est l’un d’eux qui a renversé, mercredi soir, le cinéaste rebelle, écorché et agressif, Koji Wakamatsu dans le quartier qui ne dort jamais de Shinjuku. Hospitalisé, il est finalement décédé à 76 ans, laissant derrière lui 105 films particulièrement corrosifs, dont les titres sont à eux seuls des incantations contre la prudence et les bonnes mœurs : Désir obscène, viol sauvage ; Slip fendu : adolescents en pleine puberté ; Morceau cubique humide ; Histoire de la violence de l’underground japonais : le sang de l’homme étrange ; Va, va, deux fois vierge ; Quand l’embryon part braconner…

Machiste. Né en 1936, Wakamatsu est renvoyé de la première année de lycée agricole. Il a 18 ans, devient l’homme à tout faire d’un clan yakusa à Tokyo et finit en taule. Six mois à l’ombre qui lui inculquent une rage inextinguible contre les flics, la société, l’autorité : «Une énorme colère m’a poussé à me lancer dans le cinéma. Aujourd’hui encore, la colère est le moteur de toutes mes activités.» Il fait alors des petits boulots à la télé et c’est un soir, arrosé au saké, qu’un producteur lui propose de réaliser un film érotique : «Il voulait des filles nues, filmées de dos [on est en 1966, ndlr]. Pour le reste, je pouvais faire ce que je voulais, même un film politique.» Le genre en vogue du pinku eiga, où le sexe, les rituels SM et les histoires de viols sont le tout-venant du studio Nikkatsu, va comme un gant à Wakamatsu, qui trouve le bon vecteur à la fois pour diffuser une réflexion de fond sur la violence machiste et un cadre formel pour se livrer aux expérimentations les plus folles.

En 1970, attiré par les mouvements contestataires, en particulier la Fraction armée rouge, Wakamatsu part à la rencontre du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) de Georges Habache. Il revient au Japon et signe l’Extase des anges (1972) : les couples y baisent en récitant des slogans révolutionnaires.

Il prend conscience à ce moment-là de la dévorante soif de mort qui anime les groupes d’extrême gauche, ou comment les combats pour la fraternité se renversent en luttes fratricides. Il y reviendra tardivement dans la fresque United Red Army, en 2008, soit trois heures pour relater douze ans de contestations anti-impérialistes au Japon, entre les premières manifs d’étudiants de juin 1960 - contre le traité de sécurité nippo-américain - jusqu’à l’épisode sanglant de la prise d’otage du chalet d’Asama, en 1972 : un événement déclenché par le jusqu’au-boutisme autodestructeur de l’Armée rouge japonaise, retransmis en direct pendant une dizaine de jours à la télévision.

Maîtrise. Les intellectuels de la génération 68 ont remercié le cinéaste pour ce coup de sonde rétrospectif : «C’est comme si tu nous arrachais la peau, les croûtes. Mais c’est un bien.»

Interdit d’entrée en URSS et en Chine, indésirable aux Etats-Unis, Wakamatsu est resté longtemps le vrai voyou du cinéma nippon, l’homme non réconcilié empruntant pêle-mêle à Sade, à Godard, à l’énergie du punk, tout en gardant visuellement une maîtrise graphique exceptionnelle. «Agit-prop, dissertations visuelles, obsessions érotiques, incantations endeuillées, réflexions sur l’histoire, larmes en celluloïd, provocations hilares, disputes philosophiques…» : c’est ainsi que la théoricienne du cinéma Nicole Brenez égrenait le cas Wakamatsu en 2010 dans Libération, à l’occasion d’un hommage à Paris.

Son dernier film, The Millennial Rapture, avait été présenté au festival de Venise en septembre. «J’ai signé mon premier film il y a quarante-sept ans. Si je devais recommencer ma carrière aujourd’hui, je serais encore plus transgressif que je ne l’étais», disait-il encore en 2010.

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 11:41

liban.jpg 

Paris- Réplique sismique de la décapitation de la hiérarchie militaire syrienne, le 18 juillet dernier à Damas (1), l’assassinat du Général Wissam Al-Hassam, l’homme lige du clan Hariri sur le plan sécuritaire au Liban, a retenti comme un revers stratégique majeur du camp atlantiste, à forte charge symbolique, à forte portée psychologique.

 

Se superposant à la destruction des sanctuaires de Tombouctou (Nord Mali) par les affidés du Qatar, Ansar Eddine, et à l’assassinat de l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Christopher Evens, à la date hautement symbolique du 11 septembre à Benghazi par les obligés néo islamistes de l’Amérique, le dégagement sanglant de Wissam al Hassan, va sans nul doute opérer un profond bouleversement du paysage politique tant au Liban, qu’au-delà, sur l’ensemble du Moyen orient.

 

Survenant trois mois jour pour jour après l’attentat de Damas, la déflagration de Beyrouth, le 19 octobre, en plein fief chrétien de la capitale libanaise, constitue une parfaite illustration des dérives incontrôlées du conflit syrien et de ses retombées sur le Liban, dont les conséquences pourraient s’avérer gravement dommageables tant pour le clan Hariri au Liban, que pour son parrain saoudien, que pour leur parrain commun, les Etats-Unis, par ricochet pour la Syrie elle-même et le clan Assad et ses alliés, alors que la zone frontalière syro libanaise paraît complétement gangrénée par des trafics en tous genres, d’infiltrations de djihadistes de tous poils et d’apprentis sorciers sulfureux surgis de nulle part à la recherche d’odeurs de poudre, prélude à la constitution d’un «Sunnitoland».

 

A cinq mois de l’ouverture du procès Hariri à la Haye, la disparition de ce témoin faisandé, embourbé dans la gestion d’un nouveau mystérieux faux témoin de l’affaire Michel Samaha, Milad Kfouri, pour cruel que soit ce constat, arrangerait bon nombre de protagonistes de cette épreuve de force interminable entre le camp atlantiste et ses contestataires régionaux en vue de la maîtrise du jeu régional.

Quelle soit ou non impliquée dans cet attentat, quelle que soit son degré d’implication, la Syrie va immanquablement être pointée du doigt et criminalisée selon un processus identique à celui qui a prévalu lors de l’attentat contre l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 15 Février 2005.

 

Au-delà des accusations fondées ou pas, force est toutefois d’admettre que le fait que l’attentat se soit produit en plein fief chrétien de la capitale libanaise, à proximité d’une permanence du parti Phalangiste, une des principales formations chrétiennes libanaises, témoigne, sept ans après le retrait syrien du Liban, sinon de la dextérité des services syriens, si les charges anti syriennes étaient fondées, à tout le moins de la négligence coupable de la victime et de ses services qui n’auront su, en dépit des considérables moyens mis à leur disposition, déjouer les menées hostiles.

 

L’homme bénéficiait d’une sorte de passe-droit et ses services d’un quasi de statut d’extra-territorialité du fait de ses protections pétro monarchiques, dont il a usé et abusé pour impulser, malgré ses déboires, sa promotion aux plus hauts échelons de la hiérarchie militaire et doté ses services d’un important budget et d’équipements sophistiqués fournis abondamment par les pays occidentaux.

 

L’élimination du chef d’un service de renseignements à la dévotion de la famille Hariri, ancien garde de corps rescapé lui-même de l’attentat contre ancien premier ministre Rafic Hariri, au rôle primordial dans la mise en circulation de «faux témoins» du procès Hariri et de l’enquête à charge du Tribunal Spécial sur le Liban, paraît devoir fragiliser considérablement le leadership politique du Clan Hariri au Liban, rendant même problématique le retour dans l’immédiat à Beyrouth du chef du clan Hariri son chef, l’ancien premier ministre Saad Hariri, en exil depuis le début du «printemps arabe», il y a deux ans.

Personnage clé des opérations de déstabilisation anti-syriennes, interlocuteur privilégié des services français et américains, artisan de l’arrestation de l’ancien ministre libanais pro syrien Michel Samaha, maître d’œuvre du rapprochement franco syrien sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Wissam Al Hassan était surtout et avant tout la dague sécuritaire du dispositif régional saoudien.

 

Son assassinat revêt dans cette perspective un magistral camouflet au maître d’œuvre de la contre-révolution arabe, le Prince Bandar Ben Sultan, le chef des services de renseignements saoudiens en ce qu’elle le prive d‘un de ses plus fidèles lieutenants, alors que le Royaume se trouve en phase de turbulence avec les révoltes populaires de la région d’Al Assir, fragilisé par l’absence des principaux dirigeants du pays, Le Roi Abdallah, en hospitalisation prolongée hors du pays depuis trois mois, de même que le ministre des Affaires étrangères, Saoud Al Faysal.

Dans la tradition des chefs du renseignement du Moyen-Orient, le général Hassan est un personnage énigmatique, redouté dans son propre pays, comme l’était son modèle maronite Johnny Abdo. Et si le masque énigmatique masquait en fait une réputation non justifiée?

 

Johnny Abdo, le mentor maronite

 

Les légendes ont la vie dure, quand bien même l’état de service ne le justifie pas.

Bachir Gemayel, président du Liban en 1982, et Rafic Hariri, chef du gouvernement en 1992, auront eu le même mentor: Johnny Abdo, ancien chef du service des renseignements de l’armée libanaise, dont son parrainage leur sera fatal en même temps qu’il le discréditait. Mais cet homme énigmatique, au rôle occulte, interface des services occidentaux pendant trente ans, continue de bénéficier d’un halo de mystère.

 

Conseiller militaire du chef phalangiste durant la guerre civile en infraction à ses fonctions officielles au sein de l’armée régulière libanaise, son agent de liaison auprès des services occidentaux et de leurs alliés régionaux, cheville ouvrière de la campagne visant à son élection à la tête de l’état libanais en remplacement du président Elias Sarkis, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban, en 1982, puis de la campagne visant après son assassinat à propulser son frère aîné Amine à sa succession, Johnny Abdo est un homme de l’ombre par excellence.

Le flou entretenu sur ses origines, il serait de souche palestinienne, la rapidité avec laquelle il aurait été naturalisé, sa facile incorporation dans l’armée qui plus est dans un service aussi sensible que le renseignement, la consonance anglo-saxonne de son prénom dans un environnement arabe, la singularité pour ce colonel de décliner son identité selon son statut civil et non par son grade dans l’armée, contrairement à l’usage observé par tous les officiers libanais passés à la notoriété, ont accentué le mystère qui l’entoure.

 

Ancien bras droit du Colonel Gaby Lahoud, véritable patron du renseignement moderne libanais et artisan de son intrusion dans la vie politique locale après la première guerre civile libanaise, en 1958, homme de sang-froid sans état d’âme apparent, d’origine étrangère cultivant le secret de surcroît, Johnny Abdo focalise une large part de la vive suspicion que les Libanais nourrissent à l’égard d’une institution qui pendant près de deux décennies est apparue comme le gouvernement occulte du Liban aux procédés jugés sans rapport avec l’éthique démocratique et républicaine.

 

S’il peut se targuer d’avoir propulsé ses deux poulains au pouvoir, son bilan est sujet à caution. Bachir Gemayel, éphémère président du Liban, a été tué dans un attentat quelques jours avant sa prise fonction, alors que Rafic Hariri, s’il a battu un record de longévité gouvernementale dans l’histoire du Liban avec un double mandat de dix ans, a implosé en pleine trajectoire après avoir mis en coupe réglée l’économie du pays et grevé le trésor d’une dette publique de 42 milliards de dollars.

Mais le reproche le plus grave que cet homme de l’ombre encourt est d’avoir fourvoyé le camp chrétien dans une alliance exclusive avec les Israéliens au mépris du voisinage arabe du Liban, accentuant son isolement; d’avoir instrumentalisé son propre camp pour satisfaire des ambitions présidentielles, et, au niveau de l’armée, d’avoir rompu la traditionnelle fraternité d’armes lors de l’élection présidentielle libanaise de 1998.

 

La ténébreuse affaire du faux témoin syrien Mohamad Zuheir Siddick, témoin à charge contre la Syrie dans le procès en instance de l’assassinat de Rafic Hariri, qui lui aurait été partiellement imputée, aura été fatale à sa réputation, le signe patent de l’échec d’un homme qui aura sinistré son pays plus qu’aucun autre et voué au bûcher deux de ses poulains pour la satisfaction de ses ambitions présidentielles contre les intérêts à long terme de son pays.

Johnny Abdo fait l’objet d’une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris, sur requête du Général Jamil As Sayyed, ancien directeur général de la sûreté libanaise, un des quatre officiers arbitrairement détenus pendant trois sur la base des dépositions du faux témoin en question. Un épisode qui a couvert de ridicule le Tribunal spécial sur le Liban et les auteurs de la manipulation. L’échec est patent. Mais la légende perdure.

 

Le disciple: Wissam Hassan, la version sunnite de l’homme de l’ombre

 

Son zèle scolaire lui a sauvé la vie, mais gâché sa vie. Lors du plus fort séisme politique de l’histoire moderne du Liban, le plus important attentat meurtrier de l’histoire de ce pays, qui a emporté 23 personnes et blessés plus d’une centaine blessés, dont l’assassinat de l’espoir de l’Occident en terre arabe, Rafic Hariri, l’homme en charge de sa protection était tranquillement assis sur les bancs d’un amphithéâtre de l’Université libanaise, entrain de noircir sa copie.

Un hasard qui lui a certes sauvé la vie, mais gâché sa vie, l’empoisonnant même au-delà de toute attente, tant est lourde la suspicion qui pèse sur cet homme animé d’un pressant besoin de respectabilité universitaire.

 

Son nom sera ainsi irrémédiablement associé au grand ratage de sa vie, l’assassinat de Rafic Hariri, dont il était chargé de sa protection rapprochée, qu’il n’a ni prévu, ni anticipé, ni entravé, ni déjoué, davantage préoccupé par sa promotion universitaire que par la sauvegarde de son bienfaiteur.

 

En pleine épreuve de force entre la Syrie et son patron, au paroxysme d’un conflit régional, dont des personnalités libanaises, notamment Marwane Hamadé, ministre des télécommunications (octobre 2004), en étaient déjà les victimes, au titre de dommage collatéral, signe annonciateur de plus grands malheurs, sur fond d’un traumatisme psychologique majeur provoqué par l’éviction du pouvoir des sunnites d’Irak et la propulsion, pour la première fois depuis Saladin (Salah Eddine Al Ayoubi), d’un Kurde à la tête de l’ancien siège de l’Empire, Bagdad, ancienne capitale des abbassides, (Janvier 2005), à l’arrière-plan d’un bain de sang quotidien et d’une fermentation intégriste au Liban, Wissam Al-Hassan, avait demandé d’anticiper la soutenance de sa thèse, couronnement d’un enseignement en informatique à l’Université libanaise sous la conduite du professeur Yahya Rabih.

 

Une thèse qui portait, non sur la stratégie de contre guérilla, ou, les règles d’engagement des actions armées en milieu insurrectionnel urbain, voire même le décryptage des réseaux de télécommunications, alors noyautées par les services occidentaux et Israéliens, mais en Sciences Humaines sur le “Management et relations humaines” sans qu’il ait été possible de savoir si cet intitulé anodin couvait l’art de la manipulation de l’opinion ou la gestion de faux témoin comme cela se révélera par la suite.

 

Un étrange alibi

 

Responsable de la sécurité de Rafic Hariri au moment de son assassinat, il était devenu le principal point de contact entre l’enquête et les Forces de sécurité intérieure. Sauf que le chef des gardes de corps, grassement payé, n’était pas dans le convoi le jour de l’explosion. Et son alibi manque de conviction.

 

Selon les révélations de la télévision publique canadienne CBC, en date du 22 novembre 2010, le Colonel Wissam Hassan dira aux enquêteurs de l’ONU, le 9 juillet 2005, que la veille de l’assassinat, le 13 février, son professeur, Yahya Rabih, lui avait téléphoné pour l’informer qu’il devait passer un examen le lendemain.

 

Vingt minutes plus tard, a-t-il dit aux enquêteurs, Hariri l’a appelé pour lui demander de venir le voir. Le colonel Hassan s’est présenté à la résidence de Hariri à 21 h 30 ce soir-là, et a obtenu la permission de son patron d’aller passer son examen le lendemain. Il a passé toute la matinée du lendemain à étudier pour cet examen, a-t-il expliqué aux enquêteurs de l’ONU, et a débranché son téléphone à son arrivée à l’université, soit à peu près au moment où Hariri est mort. “Si je n’avais pas passé cet examen, a dit Hassan aux enquêteurs, j’aurai été avec Hariri au moment de sa mort.

 

Mais le relevé des appels téléphoniques de Hassan donnait une toute autre version des faits. En réalité, c’est en fait tait le colonel Hassan qui avait pris l‘initiative d’appeler son professeur, et non l’inverse.

 

Les stations cellulaires autour de la maison du colonel Hassan montraient également que, le lendemain, il avait passé les heures précédant l’assassinat de Hariri au téléphone, soit le temps qu’il avait soi-disant passé à étudier. Il a fait 24 appels, soit en moyenne un appel toutes les neuf minutes.

Ce que les enquêteurs de l’ONU trouvaient également bizarre, c’était que, normalement, les hauts responsables des services de sécurité du Liban ne passent pas d’examens. “Son alibi est faible et incohérent, dit un rapport confidentiel de l’ONU, qui qualifie Hassan de “possible suspect dans le meurtre de Hariri”.

 

Le rapport, dont CBC News a obtenu une copie, a été rédigé fin 2008 pour Garry Loeppky, un ancien haut gradé de la GRC qui avait repris le poste d’enquêteur en chef de l’ONU cet été là. L’alibi de Hassan, pouvait-on lire dans le document, «ne semble pas avoir fait l’objet d’une vérification indépendante”. Ce n’était pas par manque de volonté de la part des enquêteurs de l’ONU. Ceux-ci auraient voulu vérifier l’alibi de Hassan. Mais M. Serge Brammertz, le deuxième commissaire de l’ONU, avait catégoriquement rejeté l’idée. Il considérait Hassan comme un contact trop important et que toute enquête de ce genre serait trop dérangeante.

 

Une enquête sous tension

 

Le rapport confidentiel concède qu’une enquête sur Hassan pourrait avoir des inconvénients: “Les relations de la commission avec les FSI pourraient en souffrir et si, d’une manière ou d’une autre, il a été impliqué dans le meurtre de Hariri, le réseau pourrait décider de l’éliminer”.

 

Néanmoins, le rapport affirme que le colonel Hassan “est un interlocuteur clé pour la commission – il est particulièrement bien placé pour influencer notre enquête. C’est pourquoi il importe de résoudre certaines questions concernant sa loyauté et ses intentions. Il est donc recommandé de mener une enquête discrète sur WAH ” Mais même cela n’a pas été fait.

 

La direction de la commission de l’ONU a ignoré la recommandation. Aujourd’hui encore, d’anciens enquêteurs de l’ONU ont des soupçons sur Hassan qui, font-ils remarquer, a finalement été éliminé du cercle de l’enquête. “C’était un personnage louche, a dit de lui un ancien haut responsable de l’ONU. Je ne crois pas qu’il ait participé au meurtre, mais il est impossible de dire ce qu’il savait”.

 

Bien qu’il leur ait été intimé l’ordre d’abandonner cette piste, les enquêteurs de l’ONU ont réussi à récupérer les registres des appels téléphoniques de Hassan pour la fin de 2004 et pour 2005 au complet. Durant cette période, il avait eu 279 discussions avec Hussein Khalil, l’adjoint principal du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Khalil, de son côté, avait parlé 602 fois avec Wafik Safa, connu dans le milieu du renseignement comme étant l’homme fort du service de sécurité interne du Hezbollah.

 

Mais personne n’a interrogé Hassan non plus au sujet de ces appels.

 

Toutefois, Hassan avait également ses défenseurs. Il est resté un proche allié du fils de Hariri, Saad, l’ancien premier ministre du Liban, qui lui a renouvelé sa confiance après ses révélations.

 

L’homme pouvait rendre service et le prouvera dans sa gestion du faux témoin Zuhayr Muhammad Siddiq remonte à septembre 2005. Le 26 septembre 2005, la commission d’enquête internationale entend la déposition de Siddiq en présence du Colonel Hassan. Le lendemain, Siddiq établit une reconnaissance de sa participation directe à l’assassinat de Hariri, un document contresigné par l’officier libanais.

 

Depuis, Hassan était accusé d’avoir participé à la falsification de la déposition. Le colonel rejettera cette accusation assurant que sa présence était uniquement justifiée pour les besoins de la traduction des propos tenus en arabe par Siddiq. Des accusations persistantes de l’opposition libanaise désignent le Colonel Hassan comme l’homme qui, sous l’autorité du clan Hariri, a assuré la gestion du dossier du faux témoin Zouheir Siddiq.

 

Dans un zèle compensatoire, Wissam Hassan veillera à maintenir l’enquête sur les rails menant à la Syrie, dégageant de son passage, pour s’y substituer, les quatre officiers supérieurs en charge de la sécurité du pays, qu’il expédiera en prison, tant pour mettre la main sur les dossiers sensibles de l’affairisme syro-Haririen au Liban, que pour pourvoir au ravitaillement du Tribunal Spécial sur le Liban de son contingent de faux témoins.

 

L’homme que l’héritier vouait à prendre la tête d’un appareil sécuritaire ultramoderne, à l’effet de faire contrepoids à l’armée et au Hezbollah, la milice chiite armée, l’homme destiné à être le commandant en chef de l’armée sunnite, représentée par les Forces de Sécurité Intérieures (FSI), est, en fait, le talon d’Achille de Saad Hariri dans sa confrontation avec son opposition. Dans le feu de la bataille, alors que le tribunal international menaçait de faire des révélations sur l’implication des plus hautes autorités iraniennes et syriennes, l’Ayatollah Ali Khaménéi, via les troupes d’élite des Pasdarans -la brigade Al Qods »- une fuite opportune révélait au grand jour la nature duplique de cet homme de l’ombre.

 

La chaîne de télévision libanaise « New TV » diffusait, le 15 janvier 2011, à l’avant-veille de la remise des conclusions de l’enquête internationale, un documentaire montrant Saad Hariri, Wissam Al Hassan, Gerhard Lehman, l’assistant du procureur international, et le faux témoin Zouhair Siddiq, dans des conciliabules s’apparentant à une conjuration de cloportes. Sous réserve de son authenticité, ce document a démasqué, au grand jour, la connivence entre les divers protagonistes du clan pro occidental dans la fabrication des « faux témoins ».

 

L’origine de la fuite est sujette à controverse. Une hypothèse privilégie la piste de Gerhard Lehman, se fondant sur les précédentes accusations d‘Hassan Nasrallah selon lesquelles l’enquêteur allemand avait cherché à vendre la déposition des témoins de l’enquête internationale. Une autre hypothèse pencherait plutôt vers la piste Wissam Al-Hassan qui, selon cette thèse, aurait fait fuiter la vidéo vers les services syriens pour se prémunir contre un éventuel retour de bâton.

Dans la tradition des chefs du renseignement du Moyen-Orient, le général Hassan est un personnage énigmatique, redouté dans son propre pays, comme l’était son modèle maronite. Et si le masque énigmatique masquait en fait une réputation non justifiée? Et si ces fameux hommes de l’ombre n’étaient que l’ombre de leur réputation? Une meilleure exposition aurait-elle bridé les corrosives nuisances de leurs sombres manigances? Rendue la démocratie au Liban moins ténébreuse?

 

Le mentor maronite a assisté impuissant à l’implosion de ses deux poulains, le disciple, lui, s’est débattu de l’accusation de désertion, consécutive à son soupçon d’abandon de poste, en pleine bataille politique qui a coûté la vie au sens de sa mission.

Wissam Al Hassan a échoué dans les trois missions majeures à lui assignées durant sa carrière: la protection de Rafic Hariri, la gestion du dossier des faux témoins et le maintien sous verrou des quatre officiers libanais, qui seront libérés après quatre ans de détention avec leur concert de révélations.

 

Dans la grande épreuve de leur vie, tous les deux ont glané, non le prix d’excellence, mais le zéro pointé. Wissam Hassan, étymologiquement “la distinction honorifique au meilleur”, a assurément démérité son nom. De sa vie, il en a payé le prix.

Pour solde de tout compte sans pour autant que cette mort ne mette un terme à la guerre de l‘ombre que se livrent les deux grands fauves de la guerre clandestine interarabe, Bandar Ben Sultan, l’ancien Great Gatsby de l’establishment américain et son rival syrien, et son rival syrien, le colonel Hafez Makhlouf, l’home secret du régime baasiste.

 

Références

 

1 – Un attentat-suicide a visé mercredi 18 juillet 2012 à Damas le centre du pouvoir syrien, emportant l’une des figures le plus emblématiques du clan Assad, le général Assef Chawkat, le propre beau-frère de Bachar Al-Assad. L’attentat, qui aurait été mené par un membre de la garde rapprochée d’un des participants à une réunion du Conseil national de sécurité, a emporté plusieurs hauts responsables de l’appareil militaro sécuritaire syrien, notamment le ministre de la défense, Daoud Rajha et le responsable de la cellule de crise chargée de la rébellion, le général Hassan Turkmani.

 

L’attaque est survenue deux semaines après la défection d’un membre du premier cercle du pouvoir baasiste, le général Manaf Tlass, officier supérieur de la garde présidentielle et fils de l’ancien ministre de la défense, le général Moustapha Tlass..

Cauda

 

La polémologie du Moyen orient recense de nombreux attentats infiniment plus spectaculaires et meurtriers que l’attentat de Damas du 18 juillet 2012, dont voici les plus importants

 

• 1980 : Attentat des Moudjahidine Khalq contre le centre du pouvoir à Téhéran, entraînant l’élimination des certains des principaux dirigeants la hiérarchie politico religieuse de la République islamique iranienne.

• 6 octobre 1981 : Assassinat du président égyptien Anouar El Sadate

• 15 septembre 1982 : Assassinat du président élu libanais Bachir Gemayel, la veille de son entrée en fonction

• 1983 : Attentat de Beyrouth contre l’ambassade américaine provoquant la décapitation de l’Etat-major de la CIA au Moyen orient.

• 1984 : Attentat contre le QG israélien à Tyr, faisant deux cent vingt victimes, dont le commandant des forces israéliennes au Sud Liban.

• 1984 : Double attentat de Beyrouth contre le Quartier général des forces américaines et le Drakkar, le PC français, provoquant une hécatombe, fauchant près de quatre cents soldats et civils.

• 1986 : Attentat d’Aden ourdi par le propre premier ministre Ali Nasser Mohamad contre ses rivaux entrainant la décapitation de toute la hiérarchie marxiste du Yémen sud, provoquant par ricochet une guerre civile et la fuite de M. Ali Nasser vers Damas.

 

www.renenaba.com est un média indépendant qui ne perçoit ni de rémunérations ni de la publicité, et ne relève ni d’un éditeur, ni d’un groupe de presse. La vraie valeur ajoutée du blog réside précisément dans son indépendance tant intellectuelle que financière. Les sites relais qui rediffusent nos papiers ne répercutent pas leurs recettes sur notre production, le prix de son indépendance, la marque de notre indépendance. La progression constante de notre lectorat, sa configuration, ses exigences, constituent pour www.renenaba.com une marque de confiance renouvelée à l’effet de nous inciter à aller de l’avant, animés d’une volonté inébranlable de poursuivre sans concession le combat pour la dignité des hommes.

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 13:55

OaxacaResiste-f2dbe.jpg

http://www.article11.info/?Bettina-Cruz-Velasquez-indigene

 

L’Isthme de Tehuantepec est cette mince bande de terre séparant l’Atlantique et le Pacifique, au Sud du Mexique. Un territoire à l’écart, dont on parle généralement très peu. Les luttes menées par les peuples indigènes de la région méritent pourtant un large coup de projecteur. Présent sur place, l’ami Alèssi s’en charge, avec cet entretien conduit en mai 2012.

Bettina Cruz Velasquez habite Juchitan, petite ville dans l’Isthme de Tehuantepec, au sud de l’État d’Oaxaca. En mai dernier, elle nous parlait de la résistance des communautés indigènes de sa région contre les multinationales qui veulent en faire le plus grand parc éolien d’Amérique latine, et ce avec la complicité d’une classe politique régnant par un savant mélange de corruption et d’intimidation violente. Mais les gens de l’Assemblée des Peuples Indigènes de l’Isthme de Tehuantepec en Défense de la Terre et du Territoire ne se laissent ni corrompre ni intimider. Où l’on voit que la soi-disant énergie propre et renouvelable passe par des procédés bien sales...

***

Tu es engagée dans le combat de l’Assemblée des Peuples Indigènes de l’Isthme en Défense de la Terre et du Territoire. Comment est-elle née et quels sont ses objectifs ?

Il s’agit d’une assemblée qui s’oppose aux mégaprojets éoliens actuellement en cours dans l’Isthme de Tehuantepec. Elle regroupe des camarades ikoots de San Mateo del Mar, San Dionisio del Mar, San Francisco del Mar ainsi que des camarades zapotèques de Santa Maria Xadani, Alvaro Obregon, Juchitan, La Ventosa, La Venta, Union Hidalgo, et San Blas Atempa (ce dernier pueblo n’est pas menacé par les projets éoliens mais est en lutte contre l’imposition de ses autorités communales1 et pour la récupération de ses terres communales). L’assemblée s’est formée en 2007 pour réagir à la présence dans la région de compagnies éoliennes multinationales ayant commencé depuis un certain temps à faire signer des contrats à des paysans indigènes. Des contrats léonins : tous les avantages et tout le profit vont à ces entreprises tandis que les gens ne récupèrent même pas 1 % de l’argent généré par ces projets.

Il s’agit de projets conçus sur trente ans. Quand leurs promoteurs ont présenté aux gens les contrats de location, ceux-ci étaient rédigés exclusivement en espagnol. Ils ne leur parlèrent qu’en espagnol alors que nous-autres ici parlons des langues indigènes. Nous appelons notre idiome didxaza, et les peuples ikoots parlent ce qu’ils appellent umbeyajtz. À aucun moment, les contracteurs ne leur ont parlé en ces langues. Beaucoup de paysans indigènes étant analphabètes et monolingues, il y avait dès le départ violation claire des droits des peuples indigènes. En outre, ils leur ont affirmé qu’il s’agissait seulement d’occuper une petite partie de leur terre et qu’ils pourraient continuer à utiliser la plus grande partie de celle-ci comme ils voudraient. Ce n’est pas du tout ce qui se passe. À présent que se déploie ce projet dans l’Isthme, nous voyons qu’il produit un désert, avec des conséquences désastreuses pour l’agriculture. En outre, le projet spécifique qu’ils veulent réaliser dans la zone lacustre de l’Isthme de Tehuantepec prévoit 132 aérogénérateurs sur la barre Santa Teresa. Ils veulent également y construire des quais de débarquement qui, à terme, détruiront les mangroves. Tout cela, ils ne l’ont jamais dit au début du projet, mais l’ont avoué bien plus tard. Comme il s’agit de contrats d’usufruit, ils peuvent modifier le projet quand ils veulent et utiliser les parties du territoire concerné comme ils veulent. Beaucoup de pueblos ont changé d’avis en apprenant cela.

Notre assemblée fournit des informations - que nul n’a jamais donné aux gens - sur les impacts écologiques de tels projets et passe beaucoup de temps à expliquer ce qu’impliquent les innombrables clauses des contrats civils qu’ils ont signé, contrats qui octroient aux entreprises l’usage et l’usufruit de leurs terres. Quand les gens s’en avisent, ils réfléchissent, et beaucoup décident ensuite de lutter pour défendre leur terre, leur territoire.

Il y a un précédent avec les parcs éoliens qui fonctionnent depuis une dizaine d’années à La Venta…

Dans les années 1980, l’éolien a commencé à se développer dans le monde et des entreprises se sont mises en quête des meilleurs emplacements pour produire cette énergie. C’est ainsi qu’ils ont découvert qu’il y avait beaucoup de vent dans cette partie de l’Isthme de Tehuantepec. Ils y ont ouvert en 1994 un premier parc éolien de six aérogénérateurs qui produisaient ensemble 1,5 megawatt. Et en tirèrent de tels profits que le gouvernement mexicain décida d’impulser l’éolien dans cette région et convoqua les investisseurs pour exploiter nos ressources et s’installer sur notre territoire. Différentes rencontres se déroulèrent en 2000, et les gouvernants ont commencé à proposer le territoire de l’Isthme aux entreprises multinationales. Ces rencontres se déroulaient à Huautulco, dans l’État d’Oaxaca, un centre touristique « de classe mondiale »... Ils n’ont jamais invité aucun représentant du monde paysan, seulement des investisseurs. En fait, ils se sont répartis le territoire, exactement comme à l’époque coloniale ils se répartissaient l’Afrique ou l’Amérique entre chaque pays : une partie échoit à Prénéal, une partie à Endesa, à Emesa, à EDF, à ENEL… Tous ont récolté un morceau et sont ensuite allé trouver les paysans et les embobiner, leur raconter qu’ils allaient avoir le plein emploi et le développement en échange de ce qu’eux allaient gagner avec leur terre en produisant de l’énergie électrique. Ils ont commencé à recourir à diverses tactiques déjà utilisées à l’époque coloniale, allant jusqu’à s’introduire dans notre propre système d’us et coutumes : certains de leurs représentants ont tenté d’être nommés mayordomos2 ou de distribuer de la nourriture, de la bière. En parallèle, ils ont commencé à corrompre les autorités agraires, civiles…

En plus de la dépossession territoriale, il y a les dégâts écologiques considérables. En Europe, pourtant, les compagnies éoliennes parlent d’énergie propre…

Ce projet a des conséquences écologiques, sociales, culturelles et économiques sur toute la région de l’Isthme. Et ils n’ont jamais évoqué l’impact écologique, jamais. Alors qu’il est évident à plusieurs niveaux. Il y a déjà l’impact sur les oiseaux : l’Isthme est l’une des zones de migration les plus importantes en Amérique, des millions d’oiseaux y passent chaque année. En juillet dernier fut déclassifiée une note de la Banque Mondiale où il était dit que 6 000 oiseaux et 3 200 chauves-souris meurent chaque année à cause des hélices des 98 aérogénérateurs du second parc éolien qui a été installé ici, celui de La Venta. Quant on sait que dans notre région, ils veulent imposer une capacité de production éolienne de 33 000 megawatt… L’impact est trop brutal pour être ignoré. Non seulement parce que nous devons protéger les oiseaux qui font partie de l’équilibre écologique de notre planète, mais aussi parce que nous allons subir des conséquences sanitaires : les oiseaux et les chauves-souris mangent les moustiques, dispersent les semences, ils tiennent un rôle important dans la nature. De même, les entreprises éoliennes rasent d’énormes surfaces boisées bien entretenues jusqu’ici, ou des taillis où vivent de nombreuses espèces, depuis les fourmis jusqu’aux cerfs en passant par les tortues. Eux arrivent, rasent tout, arrachent de grands arbres, creusent des cavités énormes qu’ils remplissent de ciment et où ils viennent planter les aérogénérateurs… Leurs excavations atteignent jusqu’à nos ressources en eau : dans l’Isthme, les nappes phréatiques sont situées près de la surface, et ils sont en train de les endommager.

Et puis, le projet s’installe dans des zones agricoles importantes, dans ce que nous nous appelons le district d’irrigation. C’est là que nous produisons nos aliments, le maïs qui est la base de notre alimentation, le sorgo qui sert pour le bétail. Sans parler du bétail lui-même qui est affecté, notamment au niveau de la reproduction à cause du champ magnétique.
Ces projets remettent donc en cause notre souveraineté alimentaire, au moment même où nous voyons surgir des méga-entreprises comme Wal Mart et Soriana qui ouvrent des supermarchés dans l’Isthme… Ils veulent que les gens renoncent à semer, à cultiver, qu’ils soient payés pour louer leurs terres et qu’ensuite ils aillent acheter leur nourriture dans ces supermarchés.

Ils sont également en train de rompre tous les nœuds du tissu communautaire en provoquant des conflits entre familles, entre proches : certains acceptent les projets après avoir reçu de l’argent ou bien la promesse d’un emploi, ou quelque bénéfice que l’entreprise leur a octroyé via son réseau de corruption ; cela entraîne des litiges dans les familles, mais aussi entre pueblos, entre quartiers. Cette conflictualité nous fait perdre la base de notre identité : pour qu’un peuple indigène se perpétue, il faut avant tout qu’il conserve sa propre organisation et cohésion. Dans ce cas précis, les entreprises multinationales essayent de rompre notre cohésion pour pouvoir pénétrer.
Il y a aussi autre chose. Ces entreprises faisant venir leurs travailleurs d’Europe, notamment d’Espagne, cela a provoqué une vague de prostitution féminine. Cette exploitation sexuelle de nos femmes nous renvoie aux pires temps du colonialisme.

Nous n’avons jamais été consultés sur ces projets en tant que peuples indigènes. Le Mexique a pourtant signé en 1990 un traité international qui devrait s’appliquer à notre cas : l’article 169 de l’OIT prévoit l’organisation d’une consultation libre et informée avant d’entreprendre la réalisation d’un quelconque projet en territoire indigène. Il dit également qu’il faut respecter la décision finale des peuples. Rien de tout cela n’a été fait ici. Ni information ni consultation.

Au final, il se développe une situation de conflit global, conséquence du projet éolien. Les gens qui protestent et exigent qu’on respecte leurs droits sont menacés, voire agressés. Dans la communauté de San Dionisio del Mar, quarante camarades ont reçu des ordres d’arrestation envoyés par le président municipal, allié des compagnies éoliennes. Il se dit que ce dernier a reçu 20 millions de pesos en échange de sa signature sur le décret de changement d’usage du sol (qui d’agricole est subitement devenu industriel, et ce sans consulter en rien l’assemblée des comuneros).
À Union Hidalgo, des camarades en lutte contre le projet éolien ont été emprisonnés sur la demande de ces mêmes entreprises. Il y a persécution, il y a affrontement. Le 28 octobre 2011, ils nous ont délogés de La Venta où nous bloquions les accès au chantier. Là, c’étaient des transporteurs travaillant pour les entreprises Acciona et Eurus et des agents municipaux armés qui nous ont évacués et frappés. Ils m’ont personnellement frappée et menacée de mort ainsi que d’autres camarades. En plus, une personne a perdu la vie dans cette affaire, qui n’a toujours pas été éclaircie3.

Puis, voici deux mois, tu as été arrêtée par les flics…

Le 28 février dernier, la Policia Federal m’a arrêtée, sans me dire quel était l’ordre d’appréhension. Ils m’ont embarquée dans une camionnette et m’ont amenée à Salina Cruz. Je suis restée cinq heures sans pouvoir contacter personne, les camarades ne savaient pas où j’étais. L’ordre d’appréhension stipulait «  Privation illégale de la liberté  » et « atteinte à la richesse nationale  ». La « privation de liberté », c’était pour une manif que nous avons faite à Santa Maria Xadani dans une officine de la Compagnie Fédérale d’Électricité [CFE] ; et le délit d’ « atteinte à la richesse nationale  », pour avoir dit publiquement qu’il faut se défendre, ne pas se laisser déposséder de nos terres, ne pas abandonner le territoire et refuser de payer les tarifs exorbitants.
Ce dernier point renvoie au fait que les tarifs électriques ne cessent d’augmenter dans la région, dans des proportions hallucinantes. Cela peut paraître paradoxal. La raison en est pourtant simple : du moment que l’énergie électrique se retrouve entre des mains privées, les soutiens et subsides que l’État pouvait accorder aux usagers disparaissent4.
La CFE est l’une des entreprises la plus étroitement liée aux entreprises éoliennes - c’est sur sa requête que j’ai été appréhendée, parce que je participe aux mouvements de lutte contre les tarifs élevés. Je suis sortie assez vite, sous caution. L’affaire suit son cours et maintenant je suis censée démontrer mon innocence – au Mexique, les magistrats n’ont pas à démontrer ma culpabilité mais c’est à moi de prouver mon innocence et démontrer que nous avons le droit, après tout garanti par la Constitution, de manifester et de dénoncer ce qu’ils nous imposent…

Dans beaucoup d’autres États du Mexique on retrouve cette même lutte contre les tarifs élevés de la CFE, non ?

Oui, nous participons à un réseau national regroupant de nombreux pueblos du pays, de Campèche jusqu’à Chihuahua et qui a assuré une mobilisation dans tout le pays le 29 mars dernier. Nous souffrons tous de ces tarifs. Un paysan qui possède un frigo, quatre lampes, une radio et une télé payait récemment encore 300 pesos bimestriels ; aujourd’hui, il reçoit des notes de 800, 1 000, voire 1 500 pesos. Ce n’est pas possible.
En plus, le gouvernement mène actuellement une campagne visant à remplacer nos compteurs manuels par des digitaux, parce qu’il prépare la privatisation totale de l’énergie et qu’ils entend contrôler notre consommation par satellite. Il ne sera même plus possible d’exiger une facture. Ils prétendent que tout fonctionnera bien mieux de manière digitale, mais nous savons qu’il n’en est rien, qu’il ne s’agit que d’un pas vers le contrôle et la privatisation totale de l’énergie. Voilà pourquoi nous disons à tout le monde de refuser de changer son compteur manuel pour un digital. Le pire, c’est qu’ils sont censés demander l’autorisation aux gens mais que la CFE entre clandestinement chez eux pour changer les compteurs. Et si les gens s’opposent, ils s’énervent et les menacent. Notre mouvement lutte donc aussi contre les nouveaux tarifs et les nouveaux compteurs.

Autre point : nous exigeons que les pueblos indigènes où existe une source d’énergie en soient les premiers bénéficiaires. Pour l’heure, nous n’en retirons aucun bénéfice. Dans l’État voisin du Chiapas est produite la majeure partie de l’énergie que consomme le pays, quasiment les ¾, et pourtant beaucoup de pueblos n’ont même pas l’électricité. Dans l’Isthme, on trouve dans la région montagneuse des Chimalapas des pueblos qui n’ont pas l’énergie électrique. Cette région est pourtant une importante productrice d’électricité : elle est passée de 1,5 megawatt en 2006 à presque 1 300 actuellement ; ils disent même qu’en 2014 ils pourront en produire 5 000, et 14 000 en 2020.
Il s’agit d’une appropriation totale de notre territoire de la part d’entreprises multinationales qui veulent imposer leur vision du futur. Elles ne considèrent en rien qu’il s’agit d’une zone habitée : pour elles, ce n’est qu’un espace vide où elles ont toute latitude de faire ce qu’elles veulent. Malheureusement, nos gouvernements, tant au niveau fédéral que régional et municipal, sont totalement corrompus. Ces entreprises achètent tout : les autorisations administratives, les gens, les consciences, les autorités communautaires... Et les compagnies qui vont bénéficier de ces projets sont des mastodontes du type Coca-Cola, Oxxo, Heineken, Moctezuma, Bimbo, les Ciments de Mexico, Walt Mart, Soriana, Aurera…

Il y a un véritable matraquage médiatique en faveur de l’éolien avec l’argument du développement : j’ai vu un nombre incalculable de fois en première page des journaux de Oaxaca que « L’Isthme a une forte potentialité dans l’éolien »…

Positionner l’énergie éolienne comme une énergie verte est un objectif politique du gouvernement de Calderon. Parmi les engagements qu’ils ont signé dans le protocole de Kyoto, il y a celui d’avoir en 2012 au moins 4 % de l’énergie qui soit renouvelable. Ils mettent le paquet là-dessus, font de la promotion tous azimuts comme si c’était la panacée, en prétendant que cela va amener du travail et du développement. Mais nous ne voyons rien de tel, ni travail ni développement, nous voyons seulement que c’est synonyme de conflit, d’appauvrissement et de toutes sortes de problèmes dans l’Isthme ; ils sont en train de nous briser en morceaux.
Concernant l’emploi, par exemple : pendant les travaux, 300 à 500 personnes travaillent dans la maçonnerie, le démontage ; mais une fois le projet terminé, il ne restera qu’une personne pour dix ou quinze aérogénérateurs. Ces techniciens viennent tous d’Espagne, il n’y a même pas d’emploi pour les gens d’ici. Quant au reste, comment parler de développement quand ils nous enlèvent nos moyens de subsistance, ce dont nous vivons, la terre, l’eau, l’air, tout ce que nous offre la nature ? Que nous apporte le développement ?
Le gouvernement parle lui en termes d’investissements millionnaires dans chaque parc ; mais 80 % de l’investissement sert à l’achat du matériel qui vient d’Espagne, d’Allemagne, du Danemark. Tout cet argent ne profite ni à l’Isthme ni au Mexique. Les 20 % restants sont destinés aux travaux d’installation, à payer la main d’œuvre et la maintenance des installations. Et ce qu’ils donnent aux gens dont ils occupent les terres est simplement dérisoire : 12 500 pesos annuels pour installer un aérogénérateur sur un hectare de terrain, quelque chose comme 100 $ par an. Autrement dit, ils paient un peso par mètre carré affecté –avec un peso mexicain, tu n’achètes même pas un chewing gum...

Quand les gens viennent ensuite leur demander une contribution pour un projet d’intérêt communal, comme une salle de classe par exemple, ils répondent «  Nous ne sommes pas une oeuvre de bienfaisance, nous vous payons la somme prévue par le contrat et c’est tout... » Tout ce matraquage médiatique est un mensonge ; il n’y a pas d’emploi, pas de développement. Par contre, il y a des dommages écologiques, il y a arnaque, il y a appauvrissement, il y a violence, il y a prostitution... Voilà ce que nous apporte le projet éolien dans l’Isthme de Tehuantepec.

Pour terminer : comment vois-tu la suite ? Étant donné que les entreprises viennent d’Europe, vous envisagez une internationalisation de la lutte ?

Ce serait une très bonne chose. Nous sommes une organisation encore jeune, née de cette problématique précise ; mais nous nous sommes également joints à d’autres luttes dans le pays : contre les projets miniers ou contre les projets hydroélectriques, qui font partie d’un processus de dépossession territoriale de la part d’entreprises multinationales. C’est une phase que le capitalisme mondial doit mener à bien pour se recapitaliser en ces temps de crise : il a besoin d’autres espaces et d’autres ressources à exploiter, et il les cherche en grande partie dans les territoires indigènes où se trouvent l’eau, l’air, les minerais qui vont ensuite servir à la consommation des grandes métropoles. Voilà pourquoi ils nous dépossèdent. Et pas seulement dans l’Isthme, mais dans tous le pays, dans toute l’Amérique latine, où des fortes résistances sont en cours contre les mêmes entreprises - Endesa, Union Fenosa... - qui font assassiner des gens en Colombie, en Équateur, au Nicaragua, ou qui sont en train de privatiser l’eau au Guatemala...

Pour cela il est important de construire des réseaux de résistance au niveau local, au niveau national et au niveau international. Je crois que beaucoup de gens en Europe en ont aussi marre de ces entreprises, qui agissent de la même manière partout. Le capital n’a pas de nation, dit-on.

Il ne s’agit pas d’une lutte étrangère. Nous nous battons pour la reconnaissance du fait que les peuples indigènes sont ceux qui savent le mieux conserver l’habitat, ce qui reste de cette planète, à l’encontre du marché. Mais c’est une responsabilité qui incombe à tous, pas seulement aux peuples d’Amérique latine. Nous devons tous défendre ce patrimoine universel. Parce que la question des énergies renouvelables laissée aux mains de ces multinationales va tous nous conduire à un semblable désastre. On parle du changement climatique tout en confiant la solution aux entreprises qui en sont responsables ! Celles-ci prônent la marchandisation de tout type d’énergie alors qu’il faudrait s’en remettre au peuple : c’est seulement aux mains du peuple qu’elle produirait une valeur d’usage et non de vente. Voilà ce que nous autres pensons depuis ce territoire de l’Isthme. La lucha sigue...

***

A lire également, sur le Mexique, par Alèssi Dell’Umbria : Mexique : La paranoïa et la terreur comme paradigmes de gouvernement



1 « Imposition » : de plus en plus de gens au Mexique se rendent bien compte que les mots travaillent, et qu’ils travaillent contre eux. Ils savent bien que les candidats ne sont pas élus mais imposés par des rapports de force : pression médiatique, corruption et intimidation ouvertes. Ainsi l’actuel mouvement contre l’arrivée de Peña Nieto à la Présidence se définit comme « Movimiento contra la imposicion de Peña Nieto ». Il en va souvent de même au niveau municipal : à San Blas Atempa une assemblée dénonce l’imposition d’une cacique PRIiste particulièrement hargneuse.

2 La mayordomia est une institution du monde indigène d’Amérique centrale. Le mayordomo est désigné chaque année par l’assemblée communale pour organiser, sur ses fonds propres, la fête de la communauté. Il paie la nourriture, l’alcool, la musique et autres prestations durant la fête qui dure généralement plusieurs jours. Il peut y avoir plusieurs mayordomos selon l’importance de la communauté. Assumer cette charge est un honneur, et vouloir s’y soustraire est proprement impensable. La mayordomia permet aussi une égalisation des ressources au sein de la communauté, les gens disposant de revenus plus importants les redistribuant ainsi.

3 La victime travaillait comme vigile pour la compagnie éolienne, et il est à peu près certain qu’elle a succombé à des tirs d’intimidation opérés par les siens. Vu que ces groupes paramilitaires sont souvent chargés à la cocaïne ou ivres, une maladresse aboutissant à la mort d’un des leurs n’a rien d’improbable. Quoi qu’il en soit, et alors que les opposant n’étaient pas armés, les autorités leur imputèrent ce meurtre, bien qu’aucun ordre d’appréhension n’ait été ensuite émis.

4 L’État fédéral a longtemps pris en charge une partie des factures d’électricité, ce qui est en train de changer avec la privatisation.

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article