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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 13:44

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Une étude médicale révèle de désastreuses conséquences de la guerre en Irak. Selon une étude menée par le professeur Mozhgan Savabieasfahani, les handicaps de naissance, malformations et fausses couches ont considérablement augmenté depuis l’intervention militaire de la coalition américaine en Irak.

Photo : DVIDSHUB/Flickr / cc

Les armes utilisées en Irak en 2003 par les forces armées des États-Unis et du Royaume-Uni ont conduit à une augmentation des malformations congénitales chez les enfants irakiens nés après la guerre, selon une étude publiée dans le Bulletin de la toxicologie et de la contamination environnementale.

Fausses couches, malformations et handicaps comme conséquences de la guerre en Irak

Le journal britannique The Independent révèle que, selon cette étude, l’Irak aurait enregistré une augmentation des fausses couches, malformations, dérèglements cardiaques congénitaux, troubles cérébraux ou encore difformités, qui seraient liés à une présence dans l’environnement d’un taux considérable de produits chimiques et notamment de mercure.

Mozhgan Savabieasfahani, toxicologiste à l’université de santé publique du Michigan et un des principaux auteurs de l’étude, affirme qu’il y a « certaines preuves irréfutables » selon lesquelles l’augmentation de ces malformations serait liée aux attaques militaires survenue pendant la guerre.

L’Organisation mondiale de la santé a également étudié l’impact des substances toxiques sur les bébés et les familles qui vivent dans les villes bombardées. Selon ce rapport, qui devrait sortir le mois prochain, une « augmentation sensible des malformations » chez les enfants nés après la guerre en Irak a été constatée par les scientifiques.

Des métaux toxiques retrouvés sur les zones de guerre

L’étude, menée par Mozhgan Savabieasfahani, affirme qu’entre 2007 et 2010, plus de la moitié de tous les bébés placés sous surveillance après leur naissance sont nés avec des difformités, un taux quatre fois supérieur à celui enregistré avant la guerre.

La chaîne panarabe Al Arabiya révèle également que sur des échantillons de cheveux prélevés sur des habitants de la ville de Falloujah, des traces de métaux toxiques ont été retrouvées. Sur les échantillons prélevés sur les enfants atteints de malformation congénitale, des niveaux de plomb cinq fois supérieurs à la normale ont été détectés.

L’armée américaine reconnaît avoir utilisé des obus au phosphore blanc

La ville de Falloujah a été, il y a huit ans, la cible d’une violente attaque après le meurtre de quatre Américains travaillant pour une entreprise de sécurité. Une deuxième attaque a suivie, sept mois plus tard. Selon Al Arabiya, les forces américaines ont admis avoir utilisé des obus au phosphore blanc lors de ces assauts.

Un porte-parole du ministère américain de la Défense cité dans The Independent affirme : « Nous n’avons pas connaissance de tous les rapports officiels qui indiquent une augmentation des malformations congénitales à Al Basrah ou Falloujah et qui pourraient être liés à l’explosion de métaux contenus dans les munitions utilisées par les partenaires des États-Unis ou par la coalition. Nous prenons toujours très au sérieux les problèmes de santé publique d’une population qui vit sur un ancien théâtre de conflit. Les munitions non-détruites et notamment les explosifs improvisés sont un danger reconnu. »


Global Post - Adaptation Sybille de Larocque / JOL Press


http://www.jolpress.com/international-irak-guerre-augmentation-bebes-malformes-handicapes-etude-armes-chimiques-etats-unis-article-814128.html

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 12:11

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http://fr.euronews.com/2012/10/19/pedophilie-les-archives-des-boy-scouts-d-amerique-livrent-leur-noir-secret/

 

 

Scandale aux Etats-Unis. Les archives secrètes des Boy-Scouts d’Amérique viennent de livrer leurs secrets les plus noirs.

Les documents rendus publics montrent comment les autorités policières et religieuses ont couvert pendant des années des affaires de pédophilie.
Dans un tiers des cas, la police n’a jamais été informée. Quand elle l’a été, elle a souvent choisi de fermer les yeux pour protéger le mouvement scout.

“Nous voulons que des leçons soient tirées de cette affaire, que les associations comprennent comment les pédophiles opèrent, comment les violeurs d’enfants infiltrent les associations dédiées à la jeunesse”, explique un avocat des victimes, Paul Mones.

Certains reprochent à l’association d’avoir tout fait pour empêcher la divulgation de ces dossiers qui couvrent trois décennies.

Le président des Boy-Scouts d’Amérique s’inquiète surtout pour la réputation de l’association, Wayne Perry : “Je voudrais demander aux parents de regarder les programmes que nous avons et de nous juger, non pas par rapport au passé, mais par rapport à ce que nous sommes aujourd’hui. Nous juger par rapport aux autres associations de jeunesse au monde pour bien voir que vos enfants sont vraiment, vraiment plus sécurité qu’ailleurs, voire même plus en sécurité qu‘à la maison”.

Selon les documents, entre 6.000 et 30.000 enfants auraient été abusés. Près de 1200 chefs scouts auraient été couverts. Certains responsables ont déjà été condamnés. Mais la justice a encore du pain sur la planche.

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 11:52

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Alors que vont démarrer les discussions, à Oslo, entre la guérilla et le gouvernement colombien, le groupe armé a informé de la présence de la jeune hollandaise Tanja Nijmeijer à la table des négociations.

Depuis le documentaire vidéo de Jorge Enrique Botero, réalisé peu avant le bombardement du camp de Mono Jojoy, la jeune combattante Tanja Nijmeijer n’avait donné aucun signe de vie. C’est désormais chose faite. Les médias colombiens ont informé, le 14 octobre 2012, de la future présence dans la capitale norvégienne de la « guérillera hollandaise » (1).

Dans un communiqué signé du 15 octobre, la guérilla confirme la désignation de “Alexandra” comme participante au dialogue de paix : «  en présence des délégués des pays garants, la Norvège et Cuba, le porte-parole officiel du gouvernement a communiqué que la date d’incorporation de Tanja aux conversations sera donné au cours de la semaine du 21 au 27 de ce mois-ci (octobre) » (2). Rappelons que la « guérillera internationaliste » comme la présentent les Farc est une jeune femme née en Hollande ayant intégré le groupe insurgé en 2002. Médiatisée en 2007 suite à la découverte d’un carnet de notes lui appartenant Tanja a d’abord été membre d’une cellule urbaine de la guérilla avant de finalement rejoindre “el monte” (la jungle). Proche de Jorge Briceño (Mono Jojoy) jusqu’à sa mort en 2010, elle maîtrise parfaitement l’anglais et a déjà exercé de traductrice notamment lors de la capture des trois pilotes nord-américains par les Farc en 2003 (3).

« La présence de la guérillera hollandaise ne doit pas affecter la rencontre entre le gouvernement et les Farc » ont affirmé l’ancien guérillero Yesid Arteta et Aida Abella, ex-présidente de l’Union Patirotique, tous deux exilés en Europe (4). Analyste du conflit, interrogé par RCN radio, Ariel Avila ne se trompe pas lorsqu’il avance que la nomination de Tanja Nijmeijer par la guérilla résulte d’un objectif médiatique. Européenne ayant volontairement choisi de combattre dans leurs rangs, l’image que celle-ci va refléter sur son continent d’origine ne peut qu’être positif pour le groupe armé. « Elle est un mythe en Europe, on accusait la guérilla de la retenir de force, elle va ainsi pouvoir démentir cela » (5). M. Avila explique également que Tanja « représente la jeune relève de la guérilla, de ceux qui ont intégré le groupe après les accords du Caguan et qui composent la majorité des troupes » (6).

Comme escompté, la mise en avant de la jeune femme (âgée de 34 ans) a redonné un coup de fouet à l’attention médiatique portée sur le processus de paix. « Tanja en vedette » titre le site d’information francophone latinreporter.com (7). D’autres médias sur le net relaient l’information et titrent “la guérillera étrangère” ou encore la “guérillera européenne” (8). Ayant souvent été perçue comme une simple combattante, Tanja Nijmeijer montre désormais qu’elle a toute la confiance de l’organisation et de son Secrétariat. Tanja « ne joue pas un second rôle » explique Leon Valencia, de la Corporation Nuevo Arco Iris, c’est « une survivante et une radicale » (9).

Présente à la Havane, la jeune combattante semble ne pas encore être autorisée par Interpol à se déplacer jusqu’à Oslo, son ordre de capture n’ayant toujours pas été suspendu à ce jour, mardi 16 octobre 2012 (10).

Loïc Ramirez

(1) http://www.rcnradio.com/noticias/farc-incluye-guerrillera-ho...

(2) http://anncol.eu/index.php/colombia/insurgencia/farc-ep/413-...

(3) Voir l’article “Les sept vies des Farc” sur http://www.legrandsoir.info/les-sept-vies-des-farc.html

(4) http://www.caracol.com.co/noticias/actualidad/presencia-de-g...

(5) http://www.rcnradio.com/noticias/tanja-nijmeijer-en-la-mesa-...

(6) Idem

(7) http://www.latinreporters.com/colombiepol15102012hd.html

(8) http://noticias.terra.es/mundo/latinoamerica/tanja-nijmeijer...,81412f05dd45a310VgnCLD2000000ec6eb0aRCRD.html

(9) http://www.elpais.com.co/elpais/judicial/noticias/interpol-h...

(10) Idem

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:58
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Nominé à Cannes dans la catégorie "Meilleur Maquillage" ?

En sciences expérimentales, l’exploration des propriétés d’un matériau est souvent réalisée en soumettant un échantillon à un certain signal. L’analyse de la réponse de l’échantillon à cette perturbation permet de déterminer des caractéristiques souvent insoupçonnées du matériau.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il en est de même pour les sciences humaines.

À cet égard, les réactions politiques et sociales suscitées par le navet islamophobe intitulé « L’innocence des musulmans » sont instructives à plus d’un titre. En effet, bien que de très mauvaise qualité, ce « signal perturbateur » a permis de révéler au grand jour d’intéressantes informations concernant aussi bien les pays « démocratiseurs » que les pays arabes « démocratisés » par la grâce d’un récent printemps.

Tout d’abord, et en guise de préambule, précisons qu’il est inacceptable qu’une personne, quels que soient ses actes, ses fonctions ou ses appartenances idéologiques, soit jetée à la vindicte populaire, suppliciée sur la place publique ou lynchée par des foules hystériques.

En plus, notons qu’il n’y a rien de plus dégradant que de se réjouir de la mort d’un être humain, de se délecter des scènes sordides de sa torture ou de prendre plaisir à avilir, souiller ou railler sa dépouille.

Seule la justice doit être invoquée et suivre son cours conformément aux lois et aux traités internationaux en vigueur.

Tortures, assassinats et behaviorisme

La triste mine arborée sincèrement par Mme Clinton à la suite de l’abominable exécution de son ambassadeur en poste en Libye contrastait nettement avec son impudent (et aussi sincère) gloussement de plaisir à l’annonce de l’atroce lynchage de Kadhafi.. Elle s’était même laissée aller à une indécente tirade à saveur césarienne « We came, we saw, he died » (Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort) qui, en fait, référait plus au film « Gostbusters » [1] qu’à la célèbre phrase de Jules César [2].

Plus encore, et contrairement à celles du diplomate américain, les odieuses images de l’ancien « guide » libyen, massacré puis exposé comme un trophée de chasse aux côtés de son fils, ont fait un buzz sur la toile et la une des journaux télévisés de toute la planète.

Deux ignobles évènements similaires, mais deux traitements médiatiques aux antipodes l’un de l’autre.

D’autre part, il est à mentionner que l’exposition des cadavres des deux membres de la famille Kadhafi est non seulement en contradiction complète avec les règles de base de la justice, mais aussi avec les principes fondamentaux de la religion musulmane et le respect de la dignité humaine.

En terme de justice, les personnes qui ont torturé et sauvagement trucidé Kadhafi sont identifiables puisqu’ils apparaissent à visage découvert sur les vidéos postés sur Youtube et que certains parmi eux ont même revendiqué leurs actes. Néanmoins, aucun d’entre eux n’a été inquiété par une quelconque juridiction et cela n’a offusqué personne, ni en Libye, ni en Occident, ni ailleurs.

Une autre thèse sur l’exécution de Kadhafi vient d’être révélée par l’ancien premier ministre libyen Mahmoud Jibril. Ce dernier a déclaré à Dream TV (Égypte) que l’auteur du tir mortel « était un agent étranger qui s’était mêlé aux brigades révolutionnaires ». Selon le journal italien Corriere Della Sera, il s’agirait probablement d’un agent de nationalité française [3], ce qui impliquerait directement la France dans l’assassinat de Kadhafi en plus de l’aide militaire apportée par ce pays à ces mêmes insurgés qui ont torturé l’ancien leader libyen.

Dans le cas du diplomate américain, la condamnation internationale a été unanime, ce qui est tout à fait naturel et conforme au bon sens, contrairement à l’attitude adoptée par la « communauté internationale » à l’égard de Kadhafi et de son horrible fin.

En outre, le courroux des États-Unis a été entendu par les autorités libyennes qui se sont empressés à chercher les coupables [4] et à rendre publiquement hommage à l’ambassadeur étasunien défunt, lors d’une cérémonie officielle [5].

Mais au-delà de cette comparaison macabre entre la différence de traitement concernant ces deux personnes sauvagement assassinées, ce qui attire l’attention dans cette affaire est plus profond. Primo, la réaction de la rue à l’égard du film islamophobe a été extrêmement plus virulente dans les pays arabes « printanisés » que dans ceux qui ne l’ont pas été. Secundo, les classiques et virulents slogans antiaméricains ont refait leur apparition dans les pays arabes « démocratisés » alors qu’ils avaient complètement disparu de ces pays depuis le début du « printemps » arabe.

La Libye

Ce brusque revirement de situation dans ces pays qui auraient dû être « tellement reconnaissants » envers ceux qui les ont « démocratisés » en a surpris plus d’un, en particulier la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton qui, comme on le sait, s’est fortement impliquée dans cette tâche [6]. « De nombreux Américains se demandent aujourd’hui, je me le suis demandé moi-même, comment cela a pu se produire. Comment cela a-t-il pu se produire dans un pays que nous avons aidé à libérer, dans une ville que nous avons aidée à échapper à la destruction ? », a-t-elle déclaré, à propos de la Libye [7]. Ce qui l’a poussée à demander spécifiquement aux « nations du printemps arabe » de protéger les ambassades américaines et de mettre fin aux violences [8].

On est loin des déclarations dithyrambiques du Sénateur McCain qui, en visite à Benghazi en avril 2011, avait exprimé son opinion sur les insurgés libyens : « J’ai rencontré ces braves combattants, et ils ne sont pas d’Al-Qaïda. Au contraire : Ce sont des patriotes libyens qui veulent libérer leur nation. Nous devons les aider à le faire » [9].

On est encore plus loin de la position de Bernard-Henry Lévy (BHL), défenseur suprême de la « cause libyenne », dont Natalie Nougayrède disait : « Et peu importait, à ses yeux, le passé « kadhafiste » de certains membres du CNT, les mentions de la "charia", ou encore, la présence parmi les rebelles d’anciens soutiens d’Al-Qaïda. Malgré des inquiétudes, rien n’a découragé le philosophe, grand pourfendeur de l’"islamo-fascisme", d’ériger les insurgés, en bloc, en combattants de la liberté » [10].

En effet, et quoiqu’en disent McCain et BHL, il était de notoriété publique que d’anciens membres d’Al-Qaïda étaient non seulement très actifs dans la rébellion libyenne, mais y occupaient des postes de commandement [11].

Certains d’entre eux étaient des membres influents du Groupe islamique combattant (GIC) libyen qui, lorsqu’avalisé en 2007 par Ayman Al-Zawahiri en personne (n° 2 d’Al-Qaïda à l’époque) appellera alors les Libyens à se révolter contre, je cite, « Kadhafi, les États-Unis et les infidèles » [12].

Peut-être est-ce là un élément de réponse à la question de Mme Clinton.

La Tunisie

En Tunisie, la réaction de la rue a aussi été violente. Aucun diplomate étranger n’a été tué mais des manifestants tunisiens ont perdu la vie et des intérêts américains ont été saccagés à Tunis.

Comme en Libye, le courroux de l’administration américaine s’est fait entendre et la réponse des autorités tunisiennes ne s’est pas fait attendre.

Moncef Marzouki, le président tunisien, a dénoncé l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis, y voyant un acte « inacceptable » contre un « pays ami ». Dans un entretien avec la secrétaire d’État américaine, il a déclaré que « Nous ne faisons pas l’amalgame aujourd’hui entre ce que cet homme (le créateur du film, ndlr) a fait et l’administration et le peuple américains (...) » [13].

Le premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, a de son côté promis d’arrêter tous les salafistes impliqués dans les évènements de l’ambassade américaine. « Nous avons les preuves, nous avons la légitimité et la force publique, nous les utiliserons pour imposer l’ordre », s’est-il empressé de signaler [14].

Dans une déclaration au journal « Al Hayet » de Londres, le président du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, a quant à lui déclaré que les attaques des ambassades américaines dans les pays arabes visaient à faire rompre le dialogue instauré entre les États-Unis et les islamistes [15].

Il est intéressant de noter que la fermeté et l’unanimité des positions adoptées par les plus hautes personnalités politiques de la « nouvelle » Tunisie à l’égard des salafistes contrastent singulièrement avec la relative mansuétude avec laquelle étaient traitées ces mêmes personnes dans les nombreuses affaires de violence qui ont marqué la vie sociopolitique tunisienne depuis la chute de Ben Ali. C’est ce qui fit dire à l’éditorialiste Abdellatif Ghorbal : « D’un côté, [Ghannouchi] en encourageant ses « enfants » (par sa complaisance, par ses paroles et par ses silences) à s’en prendre aux femmes non voilées, aux artistes, aux journalistes, aux universitaires, aux intellectuels, aux théologiens, ou de l’autre, en invitant des prêcheurs de haine qui n’ont rien à envier à leurs homologues islamophobes occidentaux, et en empêchant de toutes ses forces que la moindre sanction soit prise contre sa descendance salafiste. Lorsque le pompier est un pyromane, il est normal et prévisible que le pays brûle » [16].

L’Égypte

En Égypte, les violences ont rappelé les pires journées de la place Tahrir. Les alentours de l’ambassade des États-Unis aux Caire ont été témoins d’accrochages entre les manifestants et les forces de l’ordre qui avaient bloqué l’accès à l’édifice par des blocs de béton. Comme dans les autres pays, ce sont les salafistes qui ont été tenus responsables des violences. De leur côté, des chaînes de télévision ont montré les visages de personnes arrêtées, les accusant d’être des casseurs à la solde de je ne sais quel pouvoir occulte.

Le président égyptien Mohamed Morsi, issu de l’influente confrérie des Frères musulmans, a d’abord soutenu les manifestations pacifiques contre le film anti-islamique avant de changer d’avis lorsque les protestations ont embrasé les rues cairotes. Il a alors fermement condamné les attaques brutales contre l’ambassade des États-Unis au Caire [17].

Dans une communication téléphonique avec le président américain, Mohamed Morsi lui a dit « qu’il fallait prendre des mesures juridiques de dissuasion à l’encontre de tous ceux qui veulent nuire aux relations entre les peuples, et tout particulièrement entre le peuple égyptien et celui des États-Unis » [18].

Comme on peut le remarquer, cette déclaration du président Morsi ressemble étrangement à celle de Rached Ghannouchi citée précédemment.

De leur côté, les Frères musulmans avaient initialement appelé à manifester pacifiquement à travers toute l’Égypte le 14 septembre 2012, après la prière du vendredi, pour dénoncer le film islamophobe. La veille, Khairat El-Chater, le numéro 2 et éminence grise de la confrérie s’est fait accuser par le porte-parole de l’ambassade américaine au Caire de double jeu. Dans un subtil échange de tweets, le diplomate indiqua à l’islamiste qu’il prônait l’apaisement dans ses micromessages en anglais, mais appelait à manifester dans ceux rédigés en langue arabe [19]. Un véritable camouflet pour Khairat El-Chater, lui qui aurait dû être le « vrai » premier président civil d’Égypte.

L’appel à manifester pacifiquement a alors été retiré par la confrérie. Un second camouflet pour ceux qui se disaient les « défenseurs » de l’islam et de son prophète et qui viennent de découvrir, une fois au pouvoir, que les principes religieux et la raison d’état ne faisaient pas toujours bon ménage.

Afin de plaire à l’administration américaine et pour rester dans l’air du temps islamiste post-printanier, Khairat El-Chater a signé un article dans le New York Times afin de présenter les condoléances de la confrérie au peuple américain pour la perte de leur ambassadeur en Libye ainsi que de ses collaborateurs. Il y indiqua également que « la violation des locaux de l’ambassade des États-Unis par des manifestants égyptiens est illégale en vertu du droit international » et que « l’échec de la protection de la police [égyptienne] doit être étudiée », ou encore « En dépit de notre ressentiment concernant l’apparition continue de productions comme le film antimusulman qui a conduit à la violence actuelle, nous ne tenons pas le gouvernement américain ou ses citoyens responsables d’actes de quelques-uns qui violent les lois protégeant la liberté d’expression » [20].

Il faut dire que le président égyptien et la confrérie des Frères musulmans dont il est issu jouent gros dans cette affaire. Il s’agit effectivement d’un premier test à grande échelle de maintien de l’ordre et de protection des intérêts américains au sein du pays. En échange du soutien et du support prodigués par l’administration américaine à la confrérie islamiste au pouvoir dans ce pays [21], les États-Unis s’attendent (au minimum) que la sécurité de leur personnel et de leurs représentations diplomatiques soient assurée. C’est d’ailleurs aussi le cas pour tous les pays arabes touchés par le fameux « printemps » et dont les manifestations intempestives, inattendues et antiaméricaines ont décontenancé le département d’État et sa secrétaire.

Dans le cas de l’Égypte, le timing de ces troubles publics ont causé des soucis supplémentaires.

En effet, dans un article publié par le Washington Post, A. Gearan and M. Birnbaum mentionnent que « les violentes manifestations déclenchées par le vidéo anti-islam et la réponse initialement maladroite de l’Égypte ont temporairement interrompu les négociations [entre les États-Unis et l’Égypte] sur un allégement de la dette égyptienne d’un milliard de dollars et sur l’accélération de l’obtention d’autres millions en aide diverses » [22].

D’un autre côté, la capitale égyptienne a accueilli, du 8 au 11 septembre 2012, une très importante délégation, regroupant pas moins de 118 hommes d’affaires américains représentant une cinquantaine de grandes compagnies étasuniennes dont IBM, Pepsi, Coca-Cola, Chrysler, Google, Microsoft, Visa, etc. [23].

Cette délégation américaine, la plus imposante à avoir visité un pays du Moyen-Orient jusqu’à présent, a été reçue par le président Morsi le 9 septembre. Néanmoins, les manifestations antiaméricaines en Égypte ont débuté le 11 septembre, soit le jour même de la clôture des travaux de la mission commerciale, ce qui n’a pas dû donner une image attrayante du pays hôte à ces décideurs que le marché égyptien semblait intéresser.

La « lucidité » d’un célèbre téléprédicateur

Le portrait de la situation serait certainement incomplet sans l’avis de Youssef Al-Qardaoui, prédicateur vedette de la chaîne Al-Jazira et président de l’Union mondiale des Oulémas musulmans. Membre influent de la confrérie des Frères musulmans, Al-Qardaoui a consacré son sermon du vendredi 14 septembre 2012, dans une mosquée de Doha, à la colère des musulmans à travers le monde. Il « conseilla » aux fidèles qui veulent protester contre le film offensant l’islam produit aux États-Unis à « s’éloigner de la violence et de ne pas assiéger les ambassades américaines » [24].

Cette position très « civilisée » et si bienveillante envers les intérêts américains tranche considérablement avec ses appels au meurtre contre Kadhafi ou ses exhortations au djihad contre le régime de Bachar Al-Assad.

Rappelons qu’Al-Qardaoui, d’origine égyptienne, est détenteur d’un passeport diplomatique qatari, qu’il a été interdit de séjour en France par Sarkozy en personne en mars 2012 [25], que son visa pour la Grande-Bretagne a été refusé en 2008 [26] et qu’il est considéré persona non grata aux États-Unis [27].

Finalement, on peut dire que le brûlot cinématographique « L’innocence des musulmans » a permis de révéler au grand jour que le respect de la dignité humaine est un concept très relatif, contrairement à ce qui est si souvent péroré dans les cérémonies pompeuses, en Occident ou ailleurs. D’autre part, il a montré que les gouvernements islamistes qui exercent actuellement le pouvoir dans les pays touchés par le « printemps » arabe se comportent comme des vassaux du « grand ami » américain pour rester dans ses bonnes grâces et ne pas exacerber son ire. Cela semble indiquer que le « printemps » arabe n’a en réalité rien changé à l’inféodation des dirigeants de ces pays aux États-Unis.

Néanmoins, il y a un aspect important du problème posé par le film islamophobe que les Occidentaux (et les Américains en particulier) ne semblent pas vouloir comprendre : il n’y a pas que les salafistes qui ont été insultés par ce navet. La très grande majorité des musulmans à travers le monde l’a été, même si cette majorité n’a ni manifesté, ni hurlé, ni cassé.

 

Ahmed Bensaada

 

Références

1- « We came. We saw. We kicked its ass. » (Nous sommes venus. Nous avons vu. Nous lui avons botté le derrière). Expression tirée du dialogue du film Ghostbusters. Voir le site : Dedefensa, « We came, we saw, he died » (mais, “Assez, c’est assez”…) », 21 octobre 2011, http://dedefensa.org/article-_we_came_we_saw_he_died_mais_as...

2- « Veni, Vidi, Vici » (Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu). Célèbre expression prononcée par Jules César.

3- Lorenzo Cremonesi, « Un agente francese dietro la morte di Gheddafi », Corriere Della Sera, 29 septembre 2012, http://www.corriere.it/esteri/12_settembre_29/gheddafi-morte...

4- AFP, « Libye : cinquante arrestations après la mort de l’ambassadeur américain », Jeune Afrique, 16 septembre 2012, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120916160719/al-...

5- RFI, « La Libye rend hommage à l’ambassadeur américain tué à Benghazi », 21 septembre 2012, http://www.rfi.fr/afrique/20120921-libye-rend-hommage-ambass...

6- Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Éditions Michel Brûlé, Montréal (2011) ; Éditons Synergie, Alger (2012)

7- IIP Digital, « Déclaration de Mme Clinton sur la mort d’Américains en Libye », 16 septembre 2012, http://translations.state.gov/st/french/texttrans/2012/09/20...

8- Joe Sterling and Greg Botelho, « Clinton demands Arab Spring nations protect embassies, halt violence », CNN, 14 septembre 2012, http://articles.cnn.com/2012-09-14/middleeast/world_meast_em...

9- John McCain, « Statement by Senator McCain in Benghazi, Libya », U.S. Senate, 22 avril 2011, http://www.mccain.senate.gov/public/index.cfm?FuseAction=Pre...

10- Natalie Nougayrède, « BHL, porte-étendard libyen », Le Monde.fr, 8 novembre 2011, http://www.bernard-henri-levy.com/bhl-porte-etendard-libyen-...

11- Jean-Pierre Perrin, « Abdelhakim Belhaj, le retour d’Al-Qaeda », Libération, 26 août 2011, http://www.liberation.fr/monde/01012356209-abdelhakim-belhaj...

12- Ibid.

13- AFP, « Film anti-islam : le monde arabe a vécu un vendredi sanglant », LeParisien.fr, 14 septembre 2012, http://www.leparisien.fr/international/direct-film-anti-isla...

14- Tunisie Numérique, « Tunisie : Jebali promet d’arrêter un à un les salafistes impliqués dans les événements de l’ambassade US », 28 septembre 2012, http://www.tunisienumerique.com/tunisie-jebali-promet-darret...

15- Bissane El-Cheikh, « Ghannouchi à al-Hayat : attaquer les ambassades est un complot visant à stopper le dialogue de l’Amérique avec les islamistes », Al Hayat, 30 septembre 2012, http://alhayat.com/Details/439628

16- Abdellatif Ghorbal, « Les enfants de Ghannouchi ne sont pas Tunisiens », Leaders, 19 septembre 2012, http://www.leaders.com.tn/article/les-enfants-de-ghannouchi-...

17- Catherine Le Brech, « L’attitude mouvante de Mohamed Morsi après les violences », FranceTV.fr, 14 septembre 2012, http://www.francetv.fr/geopolis/lattitude-mouvante-de-mohame...

18- Le Nouvel Observateur, « Mohamed Morsi condamne l’attaque contre la mission US au Caire », 13 septembre 2012, http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120913.REU5821/mohame...

19- Benjamin Barthe, « Prise de bec sur Twitter entre l’ambassade américaine et les Frères musulmans égyptiens », Le Monde.fr, 13 septembre 2012, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/09/13/prise-de-be...

20- Khairat al-Chater , « ‘Our Condolences,’ the Muslim Brotherhood Says », The New York Times, 13 septembre 2012, http://www.nytimes.com/2012/09/14/opinion/our-condolences-th...

21- Ahmed Bensaada, « Égypte : des élections présidentielles sous haute influence », Le Quotidien d’Oran, 28 juin 2012, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&am...

22- Anne Gearan and Michael Birnbaum, « U.S. aid to Egypt stalled », The Washington Post, 17 septembre 2012, http://www.washingtonpost.com/world/national-security/us-aid...

23- American Chamber of Commerce, « U.S. Business Mission to Egypt. List of Participating U.S. Companies », http://www.amcham.org.eg/us_delegation/list.asp

24- AFP, « Al-Qardaoui : sont dans l’erreur ceux qui tuent les ambassadeurs et répondent par la violence aux insultes contre l’islam », Elaph, 14 septembre 2012, http://www.elaph.com/Web/news/2012/9/761750.html?entry=arab

25- Georges Malbrunot, « Sarkozy contre la venue de Youssef Al-Qaradawi », Le Figaro.fr, 26 mars 2012, http://www.lefigaro.fr/international/2012/03/26/01003-201203...

26- BBC News, « Muslim cleric not allowed into UK », 7 février 2008, http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/7232398.stm

27- Middle East Online, « Qaradawi ‘persona non grata’ in France », 26 mars 2012, http://www.middle-east-online.com/english/?id=51397

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:49

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Lors d’une interview accordée à un représentant des médias turcs en Juillet 2012 [1], le Président syrien Bachar al-Assad avait déclaré : « Les deux pires phases qui ont traversé l’Histoire des relations syro-turques ont eu lieu en 1998 lorsque la Turquie a massé son armée à nos frontières et dans les années cinquante, en 1955 je crois, au moment du « Pacte de Bagdad » ; cependant, nous n’avons pas vu la Turquie comme un ennemi. Il est donc évident que nous ne la verrons pas comme un ennemi ni aujourd’hui, ni demain, même si nous sommes en désaccord entre gouvernements. Pour qu’il y ait hostilités entre la Syrie et la Turquie, il faudrait qu’il y’ait hostilités entre les deux peuples… L’hostilité entre les gouvernements n’est pas suffisante… ».

À la lecture de cet article de Ghaleb Kandil, il devient clair que face à la Turquie, transformée en sanctuaire du « terrorisme international » par la volonté de son gouvernement, le peuple syrien vit aujourd’hui la tragédie d’une troisième phase extrêmement pire que les précédentes, mais toujours motivée par le même projet atlanto-sioniste de dépeçage de la Syrie avec, si possible, le règlement de « la question kurde » sur le dos de l’Irak et de la Syrie sauvagement agressée [2] par les révolutionnaires tortionnaires chéris de l’Occident… du gouvernement français en particulier !

Quant à Abdullah Öcalan, sujet de l’article, la question n’est pas de savoir s’il est un héros ou un terroriste puisque désormais tout est affaire de propagande… La question est de savoir si être Kurde en Turquie est la même chose qu’être Kurde en Syrie [NdT].

La crise turco-syrienne d’octobre 1998 [3], exacerbée par les déclarations politiques et médiatiques hautement menaçantes d’Istanbul accusant abusivement la Syrie de soutenir les opérations terroristes du PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan] à partir de son territoire, a mené les deux pays au bord de l’affrontement militaire et a plongé la région dans une atmosphère de guerre imminente pouvant éclater à tout moment sur la frontière nord de la Syrie, autrement dit la « mâchoire nord » selon les termes utilisés par l’OTAN et Israël depuis 1948…

À l’époque, Abdullah Öcalan [le chef emprisonné du PKK [4]] commentant les événements m’avait dit être convaincu que les menaces de la Turquie et de l’OTAN devaient être prises au sérieux car, de tout le monde arabe, la Syrie était désormais la seule citadelle de liberté, de souveraineté, et de résistance contre le colonialisme ; que c’est pour cela qu’elle était visée ; et que c’est aussi pour cela qu’elle méritait tous les sacrifices pour la défendre et la protéger… Ces mots ont été prononcés au cours d’un long entretien portant sur l’analyse stratégique détaillée des conséquences de l’effondrement de l’Union soviétique et des déséquilibres mondiaux qui allaient en résulter… C’est dans cet état d’esprit qu’il se préparait à prendre sa décision de quitter la Syrie ; décision qu’il m’a confirmée quelques mois plus tard et qui, comme on le sait, s’est soldée par un périple chaotique suivi de sa capture au cours d’une opération menée conjointement par les services secrets turcs, américains et israéliens.

Notre entretien de 1998 a eu lieu à Damas en réponse à son invitation personnelle en tant que Chef du PKK. Elle m’a été transmise par un militant kurde résidant au Liban et qui, trente ans auparavant, avait déjà fait office d’interprète lors de mes premières rencontres avec celui qu’on surnomme « le camarade Apo ». C’était donc avant la fondation du PKK et alors qu’il dirigeait un groupe de ses camarades engagés dans la défense du Sud Liban contre l’agression sioniste aux côtés de combattants issus de divers partis libanais et factions palestiniennes… Mes compagnons du Sud m’ayant parlé de ce groupe de jeunes turcs particulièrement motivés et cultivés qu’ils avaient côtoyés au poste avancé de Quasmiyé, j’ai cherché à les rencontrer pour en savoir plus sur leur pensée et leur ligne politique, et aussi pour leur présenter notre revue quotidienne distribuée par de jeunes bénévoles, filles et garçons. C’est ainsi qu’en 1978 j’avais obtenu mon rendez-vous à Beyrouth et que j’ai rencontré, pour la première fois, ce groupe qui n’était encore que le noyau de ce qui allait devenir le PKK et dont le chef s’est présenté comme « le camarade Ali »… Je n’ai su qu’il s’agissait d’Abdullah Öcalan que lorsque j’ai vu ses photos dans la presse, un an après l’invasion israélienne du Liban en 1982.

Je me suis donc rendu en voiture avec l’un de ses camarades qui m’a accompagné tout au long du trajet depuis la région libanaise du Bekaa jusqu’à son domicile situé dans le quartier Mazzé à Damas. C’était la première fois que je le revoyais en personne après trente années d’une correspondance ininterrompue. Son accueil fut des plus chaleureux avant de me déclarer qu’il avait réfléchi à certaines de mes idées dont nous avions discuté par écrit. Notamment celle concernant le projet d’une « Union du levant » qui réunirait la Syrie, la Turquie, l’Iran et l’Irak en un cadre stratégique pour résoudre la question kurde, plutôt que d’adopter les idées séparatistes qui serviraient les plans des puissances colonialistes visant à démolir les peuples du Moyen Orient, en parfait accord avec le plan sioniste. Le « Camarade Ali » a ajouté qu’il avait révisé sa position concernant les religions et l’avait consignée par écrit, insistant auprès de notre interprète de faire en sorte que je saisisse pleinement le sens de certaines phrases. Il est aussi revenu sur nos discussions à propos du marxisme et mon insistance à renoncer à la tendance athéiste du communisme traditionnel avec, par conséquent, la nécessité pour les forces révolutionnaires de faire l’effort d’un travail intellectuel, et culturel, pour saisir la dimension progressiste et libératoire des expériences historiques et des textes religieux… Ce qui permettrait de lutter contre les forces colonialistes qui cherchent à utiliser la religion comme arme idéologique pour tromper les misérables et les embrigader à leur service. Ainsi, l’héritage religieux très fortement ancré dans la mémoire des peuples d’Orient, dont l’Histoire semble se confondre avec celle des religions, pourrait stimuler des forces religieuses de progrès là où le colonialisme n’engendre que des mouvements réactionnaires inféodés, que ce soit sous une bannière de la religion ou sous un « étendard de la Gauche ». En réponse, je lui ai réaffirmé qu’en matière de politique, je refusais la catégorisation idéologique et ne m’intéressais qu’à son contenu réel et pratique en lui rappelant toutes les trahisons et désillusions auxquelles nous assistions depuis la chute de l’Union soviétique…

[…] Pendant le déjeuner où nous n’étions plus en tête à tête, je me demandais encore quel était le but de cette invitation. Était-elle motivée par le seul besoin de remonter dans nos souvenirs et de prolonger nos débats intellectuels et politiques ? M’ayant proposé de reprendre notre aparté après déjeuner, Öcalan avait-il quelque chose d’autre à m’apprendre ?

En effet, Öcalan avait quelque chose à me dire puisque dès que nous nous sommes retrouvés seuls, il m’a déclaré : « Je ne t’ai pas invité pour la seule raison que tu me manquais et que je souhaitais que tu saches où nous en sommes, mais aussi parce que je veux te parler d’un sujet dangereux me concernant et dont tu pourrais parler au bon moment… peut-être dans quelques années. J’ai décidé de quitter la Syrie parce que ma présence est désormais un fardeau pour l’État syrien et son valeureux Président Hafez al-Assad. Je sais que les menaces turques sont sérieuses, planifiées par l’OTAN et Israël. Je suis convaincu que tu penses aussi que si nous perdons la Syrie, cette citadelle libre en ces temps difficiles, tous les peuples du Moyen-Orient auront à en souffrir et toutes les équations seront déséquilibrées en faveur des sionistes et des colonialistes ». Étant parfaitement d’accord avec ses déductions, je l’ai interrogé sur les solutions alternatives qu’il entrevoyait. Il m’a répondu : « Comme tu le sais, au niveau international la situation actuelle ne nous est pas favorable en raison de la rupture des grands équilibres depuis l’effondrement de l’Union soviétique et de l’activisme sioniste partout dans le monde. En ce qui me concerne, il est essentiel que je délivre la Syrie, son Président et son projet libératoire pour la région, du poids de notre présence. Le Président continue à nous soutenir malgré les pires difficultés en la circonstance. Mon peuple et moi-même resterons reconnaissants à la Syrie et à ses autorités notre vie durant. Je dis cela car je ne mesure pas notre situation sous l’angle des seules revendications des Kurdes en Syrie, ces problèmes trouveront facilement leurs solutions et se résoudront par le dialogue. Non, je mesure notre situation du point de vue de tous les Kurdes de la région et dont les centres de gravité se situent en Turquie et en Irak. Au cours des trente dernières années, la Syrie a assumé avec honneur une lourde charge politique, économique, sécuritaire et stratégique. Mon peuple est à jamais dépositaire de ce fait et nul ne pourra prétendre qu’Abdullah Öcalan a autorisé un Kurde à porter atteinte à la Syrie !

Quelques mois après Abdullah a donc quitté Damas… enlevé puis transféré en Turquie selon un plan ourdi conjointement par les services de renseignement turcs, israéliens et la CIA [5]. Tant d’allégations mensongères ont été colportées suite à ce coup monté : la Syrie l’aurait forcé à quitter, ou alors elle aurait été complice de son arrestation, etc… Je fus probablement l’une des rares personnes [6] à savoir que c’est Öcalan qui a pris cette décision parce qu’il a considéré qu’il ne devait pas mettre dans l’embarras les dirigeants syriens, ce qu’il a résumé en ces mots : « Après tout ce que le président Hafez al-Assad a assuré à mon peuple et à ma cause, je ne peux envisager de lui faire prendre le risque d’une guerre visant à détruire cet État souverain et indépendant que les syriens, sous sa direction, ont réussi à construire au prix de tant de sacrifices. Il nous a aidés et nous a soutenus dans nos moments les plus sombres. Aujourd’hui, notre mouvement est devenu suffisamment fort pour garantir sa propre continuité. Il est donc temps de le libérer du danger que nous représentons pour lui ».

C’est de sa prison qu’il a renouvelé ce pacte de fidélité lorsqu’il y a quelques années des troubles, imputés à son parti, sont survenus entre les syriens d’origine Kurde et les autorités syriennes. Il s’est arrangé pour m’informer qu’il refusait en bloc tout ce qui se passait, et que des éléments dissidents du PKK s’étaient fourvoyés dans l’entreprise visant à fragiliser le Syrie, au profit du plan des néo-colonisateurs occidentaux.

Aujourd’hui, beaucoup sont surpris qu’Öcalan déclare que son parti se battrait contre l’armée turque si jamais elle tentait d’envahir la Syrie. Nul doute que ses calculs tiennent compte essentiellement de son combat pour les Kurdes de Turquie, mais une autre considération tout aussi importante découle de sa compréhension de la position et du rôle stratégiques de la Syrie pour l’avenir des peuples d’Orient, qu’ils soient arabes, kurdes, turcs ou iraniens. Un rôle de citadelle libératoire et résistante face à un projet colonialiste qui vise tous ces peuples, sans aucune exception !

 

Ghaleb Kandil


10/10/2012

Ghaleb kandil est le Directeur du Centre New Orient News (Liban)

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Article original en 2 parties : New Orient News
http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=73958
http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=74077

 

Références :

[1] Syrie : Interview du Président Al-Assad avec un représentant des médias turcs.
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31...

[2] La Syrie sauvagement agressée…ses enfants maltraités, brûlés, décapités…ses monuments et ses habitants outragés…par les révolutionnaires tortionnaires chéris de l’Occident…
http://www.youtube.com/verify_controversy?next_url=/watch%3F...
http://documents.sy/videos.php?id=2364&lang=ar...
NB : cette vidéo a été supprimée, car elle ne respecte pas les règles de YouTube concernant les contenus choquants et dégradants !!!
http://www.informationclearinghouse.info/article32656.htm... « It Is Our Soul ! »

[3] La fuite en avant des militaires turcs
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/12/A/11394

[4] Conflit kurde en Turquie : le chef emprisonné du PKK appelle à l’apaisement
http://www.lepoint.fr/monde/conflit-kurde-en-turquie-le-chef...

[5] La capture d’Abdullah Öcalan / PDF
http://www.confluences-mediterranee.com/La-capture-d-Abdulla...
Extrait :
Les services secrets turcs, le MIT, ont kidnappé le leader du PKK, Abdullah Öcalan, à Nairobi dans des circonstances rocambolesques, le 15 février 1999. Réfugié à l’ambassade de Grèce au Kenya, il aurait été exfiltré sur la route de l’aéroport par les seuls services turcs. La réalité est un peu différente… La capture d’Öcalan est donc l’oeuvre conjointe des services américains et israéliens avec l’aide de taupes dans l’EYP grecque. Le MIT n’a fait que transporter « le colis » de l’aéroport de Nairobi à Imrali…

[6] Kurdistan de Turquie : La dernière interview d’Abdoulla ocalan
http://www.chris-kutschera.com/ocalan_derniere.htm

Extrait :
Q : Pourquoi êtes-vous parti de Syrie ?
Rester là-bas, c’était provoquer une guerre régionale. C’était mettre en jeu le destin du régime de ce pays. La Turquie avait décidé de lancer une opération terrible. Ils voulaient commencer par moi, continuer avec la Syrie, puis avec l’Irak, pour dominer toute la région. Je suis parti de moi-même, et un peu à la demande des amis grecs. Mais cette invitation grecque n’a pas marché. Je n’ai pas pu entrer en Grèce, je n’ai pas pu sortir de l’aéroport d’Athènes, je n’ai pas pu faire une demande d’asile. Donc je suis allé en Russie, suite à une invitation de la commission des affaires étrangères de la Douma…


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http://www.legrandsoir.info/syrie-et-ocalan-la-citadelle-des-hommes-libres-new-orient-news.html
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islam-presse-e58c5.jpgParmi les sujets les plus controversés sur ce blog, il y a, bien sûr, le conflit israélo-palestinien, mais aussi l’islam, sa place, son rôle. S’agit-il d’une religion à part, fondamentalement différente des autres croyances ? La doctrine religieuse, voire le Coran, permettent-ils de comprendre ce qui se passe dans le monde dit musulman ? Existe-t-il d’ailleurs une entité cohérente « monde musulman » (ou « islamique ») ? Ou « une société musulmane », « une science musulmane », « une histoire musulmane » ?

Que cette religion reçoive un traitement à part en France et en Europe, cela ne fait aucun doute. Imagine-t-on un éditorialiste français écrivant « je suis un peu judéophobe » ? Et pourtant Claude Imbert a écrit, sans en être discrédité, « je suis un peu islamophobe ».

J’en suis persuadé, il existe en France, et plus largement en Europe, une islamophobie. Mais elle couvre évidemment des phénomènes différents :

 pour certains, il s’agit simplement d’une reconversion du racisme anti-arabe en un racisme culturel plus facile à défendre ; c’est le cas du Front national ou des droites populistes en pleine expansion ;

 pour d’autres, il ne s’agirait que de la poursuite de la lutte pour la séparation des Eglises et de l’Etat, lutte qui a été menée par les républicains au début du XXe siècle. Certains, comme le site Riposte laïque, affirment que l’islam est la seule menace et sont prêts à toutes les alliances, y compris avec l’extrême droite, pour libérer la France. D’autres, refusent cet amalgame, et prétendent lutter contre tous les intégrismes, mais n’expliquent jamais pourquoi, dans nos sociétés, seul l’intégrisme musulman est de fait visé. Certains dénoncent toutes les religions, comme si c’était un combat abstrait qui se menait en dehors de tout contexte politique : mesure-t-on, par exemple, que la critique de la religion juive dans les années 1930 pouvait être légitime pour ceux qui combattaient toutes les religions, mais avoir en même temps des implications graves ?

Quoiqu’il en soit, une des erreurs essentielles que l’on retrouve chez nombre de commentateurs est leur tentative d’expliquer le monde musulman actuel, ses forces politiques, ses conflits, par l’islam. Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire que le prophète Mohammed ayant été chef militaire, cela expliquerait le caractère guerrier de l’islam (ce qui serait fondamentalement différent du christianisme) ; ou que telle ou telle sourate du Coran, éclairerait les actions d’Al-Qaida ?

Cette vision n’est pas nouvelle (« Une seule âme arabe, religieuse, fanatique et fataliste »), mais elle est dangereuse. Paradoxalement, elle est partagée par les groupes islamistes les plus radicaux : pour eux aussi, il existerait une religion musulmane intemporelle, un corps de dogmatique inamovible, une charia immuable (depuis la prédication de Mohammed).

C’est tout l’intérêt du livre de Sami Zubaida, professeur émérite de sciences politiques et de sociologie à l’université Birkbeck de Londres, Beyond Islam. A New Understanding of the Middle East (I. B. Tauris, Londres, 2011). Je reprendrai ici les principaux arguments défendus dans sa longue introduction.

Dès le départ, l’auteur annonce sa volonté « de “désacraliser” la région (le Proche-Orient), en mettant en question le rôle prédominant attribué à la religion dans beaucoup d’écrits qui appliquent le qualificatif d’islamique (ou musulman) à leur culture et à leur société ». Existe-t-il vraiment, s’interroge-t-il, un art islamique, une musique islamique, une science islamique, une politique islamique ?

La région concernée a connu, depuis la fin du XVIIIe siècle, « un processus de modernisation qui a entraîné une déconnexion (dis-embedding) entre la religion et les pratiques et institutions sociales. (...) Ce processus, que nombre d’historiens et de sociologues, ont appelé “sécularisation”, n’a pas de rapport avec l’intensité ou la force des croyances et des pratiques religieuses, mais fait référence à la séparation structurelle et institutionnelle des sphères sociales de la religion et des autorités religieuses ».

Un autre aspect de la religion doit être pris en compte, elle « a toujours représenté un marqueur communautaire et politique, créant des frontières autour de groupes de foi et de leurs institutions, qui peuvent se transformer en frontières de conflit dans certaines circonstances ». Cela est particulièrement vrai pour l’islam, car le capitalisme, la modernité et la sécularisation ont été imposés de l’étranger et souvent considérés par les populations locales comme « chrétiens ». Et l’islam a joué un rôle important dans les idéologies de résistance à cette domination occidentale.

Et l’on arrive donc à cette situation paradoxale :

« Au Proche-Orient, comme dans le monde dit musulman, nous avons des sociétés et des systèmes politiques largement sécularisés qui se combinent avec des idéologies sacrées défendues aussi bien par les pouvoirs que par les oppositions. (...) Et plus les sociétés sont sécularisées, plus les autorités religieuses et les mouvements d’opposition veulent les décrire comme islamiques. »

Zubeida n’accepte pas l’idée qu’il y aurait différentes modernités (ce que défend, par exemple, Ernest Gellner, à qui il consacre un chapitre de son ouvrage). Pour l’auteur, le moteur de la modernité est le capitalisme qui produit différents changements sociaux dans le monde entier et qui n’est pas le produit d’influences culturelles de l’Occident. Bien sûr l’expansion du capitalisme a eu des effets différenciés – y compris en Angleterre ou en France –, mais ils ont des points communs :

« Les processus communs et les conséquences du capitalisme qui constituent la modernité comprennent la destruction des communautés primaires de production et d’échange fondées sur les liens de parenté, gouvernées par une autorité patriarcale, consolidées par la religion et la tradition, et défendues par des institutions et des pouvoirs politico-religieux. » Cela se traduit par la production de marchandises, des échanges monétisés, l’individualisation du travail, etc., favorisant l’émergence de l’individu autonome.

Dans ce contexte, il n’existe pas de « modernités alternatives » : il s’agit simplement, que ce soit en Arabie saoudite ou en Iran, de la volonté des dirigeants de s’opposer à cette modernisation (notamment la libération de l’individu), tout en appliquant les règles du capitalisme.

Existe-t-il alors, s’interroge Zubeida, une culture et une civilisation distincte qui devrait être comprise par l’Occident ? Peut-on parler de culture musulmane, alors que les musulmans appartiennent à de multiples nationalités ou ethnies, et que leurs manières de s’identifier à leur religion, leurs styles de vie, leurs idéologies sont si différents ? Malgré les quelques constances de la religion – la référence au Coran et à l’unicité de Dieu, et encore soumis à de multiples déclinaisons –, il existe d’autant moins une culture musulmane que toute culture est en mouvement et en transformation permanente.

Zubeida rappelle que les trois religions monothéistes ont des corps de doctrine similaires sur la sexualité, le blasphème, les pratiques morales, etc. L’affirmation que les vérités religieuses ont la prééminence sur les vérités scientifiques se retrouve aussi bien dans l’islam que dans le christianisme. Et la peur née dans les sociétés européennes de la fatwa contre Salman Rushdie ne provient-elle pas du fait que ces sociétés ont connu les mêmes condamnations religieuses en d’autres temps ?

L’auteur en vient ensuite à la charia, qui est le point clef de la doctrine de toutes les forces islamistes. « Un grand nombre de personnes sont convaincues que la charia est un corps déterminé de droit fondé sur les sources canoniques, qui incarne les vertus islamiques. On suppose également que cette forme de droit a prévalu dans les sociétés musulmanes à travers l’histoire, et a été perturbée par le colonialisme ou par les intrusions occidentales qui ont imposé des systèmes juridiques étrangers que les élites occidentalisées et les dirigeants corrompus ont accepté. »

Le problème c’est que personne n’est d’accord sur le contenu de la charia ni sur les institutions qui doivent la mettre en oeuvre. Il en existe de nombreuses interprétations dont on a pu voir l’évolution à travers l’histoire.

Je ferai une digression pour donner un exemple que j’ai déjà évoqué : le droit de vote des femmes. Au début des années 1950, les femmes égyptiennes sont descendues dans la rue pour demander le droit de vote. L’Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite, publie une fatwa affirmant que ce droit serait contraire à la loi musulmane. Soixante ans plus tard, les femmes votent partout dans le monde musulman (à l’exception de l’Arabie saoudite où personne ne vote, si ce n’est dans des scrutins locaux qui n’ont aucune portée). La question « est-ce que l’islam (ou la charia) est compatible avec le droit des femmes ? » est ainsi résolue dans la pratique (comment les autorités musulmanes le justifient est leur affaire, même si les débats internes sur cette question sont intéressants).

Sur la charia, on lira avec profit La charia aujourd’hui, sous la direction de Baudouin Dupret (La Découverte, 2012).

Zubeida se penche ensuite sur divers aspects du débat sur la loi islamique : la finance islamique, les rapports de sexe, l’homosexualité, l’alcool.

Il rappelle ainsi que la finance dite islamique n’a émergé que dans les années 1970, qu’elle est « une innovation totale, sans aucune racine dans l’histoire ». Et que les banques dites islamiques, malgré la suppression de l’intérêt, fonctionnent comme les autres banques à travers le monde, avec le même taux de profit pour les investisseurs.

Quant aux questions de genre et au statut des femmes, là aussi on assiste à une évolution et à une lutte pour les droits de celles-ci, souvent menées au nom d’une lecture renouvelée des textes religieux. Il existe même désormais un courant qui se réclame du féminisme islamique.

L’auteur consacre un développement à l’homosexualité, rappelant combien sa pratique a longtemps été acceptée dans des pays musulmans, mais sans jamais l’identifier, comme c’est le cas aujourd’hui en Occident, à une orientation sexuelle ou à une identité (sur le même sujet on lira le livre de Joseph Massad, Desiring Arab, University of Chicago Press, 2007).

En conclusion, Zubeida revient sur l’adjectif islamique accolé à l’histoire, la science, l’art, etc. « L’usage de ce terme implique que l’essence de ces régions est l’islam et confirme leur opposition à l’Occident chrétien. Pourtant, cet Occident est rarement qualifié de chrétien quand on évoque son histoire, ses arts, ses sciences, etc. » : l’histoire de l’Europe n’est pas une histoire chrétienne, même si l’Eglise a joué un rôle important.

On peut résumer le propos de Zubeida en reprenant le grand penseur Edward Said sur l’islam : « Quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins automatiquement l’espace et le temps. » Et il ajoute : « Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui compte un milliard d’individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d’expériences différentes. C’est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelé islam […]. » (cité dans Alain Gresh, La République, l’islam et le monde, Hachette, 2006).

 

 

http://blog.mondediplo.net/2012-08-03-Pour-en-finir-avec-l-adjectif-musulman-ou

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:48

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/STREECK/47162

 

Utilisée sans relâche pour décrire l’aggravation de la situation économique et financière depuis 2008, la notion de crise sous-entend le dérèglement intempestif d’un système pérenne. Il suffirait alors de corriger les excès pour que les affaires reprennent. Et si le capitalisme démocratique mis en place dans les pays occidentaux après la seconde guerre mondiale comportait un déséquilibre indépassable ?


par Wolfgang Streeck, janvier 2012

Jour après jour, les événements qui jalonnent la crise nous enseignent que les marchés dictent désormais leur loi aux Etats. Prétendument démocratiques et souverains, ceux-ci se voient prescrire les limites de ce qu’ils peuvent faire pour leurs citoyens et souffler les concessions qu’ils doivent exiger d’eux. Pour les populations, un constat s’impose : les dirigeants politiques ne serviraient pas les intérêts de leurs concitoyens mais ceux d’autres Etats ou bien d’organisations internationales — tels le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Union européenne (UE) — à l’abri des contraintes du jeu démocratique. Le plus souvent, cette situation est décrite comme la conséquence d’une anicroche sur fond de stabilité générale : une crise. Mais est-ce vraiment le cas ?

On peut tout autant lire la « Grande Récession (1) » et le quasi-effondrement des finances publiques qui en a résulté comme la manifestation d’un déséquilibre fondamental des sociétés capitalistes avancées, tiraillées entre les exigences du marché et celles de la démocratie. Une tension qui fait des perturbations et de l’instabilité la règle plutôt que l’exception. On ne comprendrait alors la crise actuelle qu’à la lumière de la transformation, intrinsèquement conflictuelle, de ce que l’on appelle le « capitalisme démocratique ».

Depuis la fin des années 1960, trois solutions ont été successivement mises en œuvre pour dépasser la contradiction entre démocratie politique et capitalisme de marché. La première fut l’inflation ; la deuxième, la dette publique ; la troisième, la dette privée. A chacune de ces tentatives correspond une configuration particulière des rapports entre les puissances économiques, le monde politique et les forces sociales. Mais ces arrangements furent l’un après l’autre mis en crise, précipitant le passage au cycle suivant. La tempête financière de 2008 marquerait donc la fin de la troisième époque, et le probable avènement d’un nouvel agencement, dont la nature demeure incertaine.

Conflit de répartition

Le capitalisme démocratique de l’après-guerre a connu sa première crise à partir de la fin des années 1960, alors que l’inflation commençait à s’emballer dans l’ensemble du monde occidental. L’essoufflement de la croissance économique menaçait soudain la pérennité d’un mode de pacification des rapports sociaux qui avait mis un terme aux luttes d’après-guerre. Pour l’essentiel, la recette adoptée jusque-là était la suivante : la classe ouvrière acceptait l’économie de marché et la propriété privée en échange de la démocratie politique, laquelle garantissait protection sociale et amélioration constante des niveaux de vie. Plus de deux décennies de croissance ininterrompue contribuèrent à ancrer la conviction que le progrès socio-économique constituait un droit inhérent à la citoyenneté démocratique. Cette vision du monde se traduisait par des revendications que les dirigeants se sentaient contraints d’honorer : élargissement de l’Etat-providence, droit des travailleurs à des négociations collectives libres, plein-emploi. Autant de mesures soutenues par des gouvernements utilisant abondamment les outils économiques keynésiens.

Mais lorsque, au début des années 1970, la croissance commença à fléchir, cet agencement se mit à chanceler — une instabilité qui se manifesta par une vague mondiale de protestation sociale. Les travailleurs, que la peur du chômage ne paralysait pas encore, n’entendaient pas renoncer à ce qu’ils considéraient comme leur droit au progrès.

Au cours des années suivantes, tous les gouvernements du monde occidental se trouvèrent confrontés au même problème : comment amener les syndicats à modérer les demandes d’augmentation de salaire sans avoir à remettre en cause la promesse keynésienne du plein-emploi ? En effet, si, dans certains pays, la structure institutionnelle du système de négociations collectives facilitait la signature de « pactes sociaux » tripartites, dans les autres les années 1970 furent marquées par la conviction (partagée dans les plus hautes sphères de l’Etat) que laisser croître le chômage pour contenir la hausse des salaires constituerait un suicide politique, voire une mise à mort de la démocratie capitaliste elle-même. Pour sortir de cette impasse et préserver à la fois le plein-emploi et les négociations collectives libres, une voie se dessina : l’assouplissement des politiques monétaires, quitte à laisser filer l’inflation.

Au départ, la hausse des prix ne constituait guère un problème pour les travailleurs : ils étaient représentés par des syndicats assez puissants pour imposer une indexation de fait des salaires sur la hausse des prix. En revanche, érodant leur patrimoine, l’inflation nuisait aux créanciers et aux détenteurs d’actifs financiers, c’est-à-dire à des groupes qui comptaient relativement peu de travailleurs dans leurs rangs. Dans ces conditions, on peut décrire l’inflation comme le reflet monétaire d’un conflit de répartition : d’un côté, une classe ouvrière réclamant la sécurité de l’emploi et une part plus importante du revenu national ; de l’autre, une classe capitaliste s’évertuant à maximiser les retours sur investissement. Puisque les deux parties se fondent sur des idées mutuellement incompatibles de ce qui leur revient, l’une mettant en avant les droits des citoyens et l’autre ceux de la propriété et du marché, l’inflation exprime ici l’anomie d’une société dont les membres ne parviennent pas à s’accorder sur des critères communs de justice sociale.

Si, dans l’immédiat après-guerre, la croissance économique avait permis aux gouvernements de désamorcer les antagonismes de classe, l’inflation leur permettait désormais de préserver le niveau de la consommation et la répartition des revenus en puisant dans des ressources que l’économie réelle n’avait pas encore produites.

Efficace, cette stratégie de pacification des conflits ne pouvait toutefois pas durer indéfiniment. Elle finit par susciter une réaction de la part des détenteurs de capitaux soucieux de protéger leur patrimoine. En définitive, l’inflation conduira au chômage, punissant les travailleurs dont elle avait à l’origine servi les intérêts. Aiguillonnés par les marchés, les gouvernements abandonneront les accords salariaux redistributifs pour en revenir à la discipline budgétaire.

L’inflation fut vaincue après 1979, lorsque M. Paul Volcker, fraîchement nommé directeur de la Réserve fédérale américaine par le président James Carter, décida d’une hausse sans précédent des taux d’intérêt, qui fit grimper le chômage à des niveaux inédits depuis la Grande Dépression des années 1930. Ce « putsch » fut validé par les urnes : le président Ronald Reagan, dont on dit qu’il avait d’abord redouté les retombées politiques des mesures déflationnistes prises par M. Volcker, fut réélu en 1984.

Garantir la paix sociale

Au Royaume-Uni, Mme Margaret Thatcher, qui avait suivi les politiques américaines, fut elle aussi reconduite à son poste de première ministre en 1983, malgré la hausse du nombre de demandeurs d’emploi et la désindustrialisation rapides causées, entre autres choses, par sa politique d’austérité monétaire. Dans les deux pays, la déflation s’accompagna d’une attaque en règle contre les syndicats.

Au cours des années suivantes, l’inflation resta limitée dans l’ensemble du monde capitaliste, tandis que le chômage poursuivait une hausse plus ou moins constante : de 5 % à 9 % entre 1980 et 1988, notamment en France. Dans le même temps, le taux de syndicalisation chutait, et les grèves devenaient si rares que certains pays cessèrent même de les recenser.

L’ère néolibérale s’ouvrit au moment où les Etats anglo-saxons abandonnèrent ce qui avait été l’un des piliers du capitalisme démocratique de l’après-guerre : l’idée que le chômage ruinerait le soutien politique dont jouissaient non seulement les gouvernements en place, mais le mode d’organisation sociale lui-même. A travers le monde, les dirigeants politiques suivirent avec grande attention les expériences menées par Reagan et par Mme Thatcher. Toutefois, ceux qui avaient espéré que la fin de l’inflation mettrait un terme aux désordres économiques en furent bientôt pour leurs frais. L’inflation ne recula que pour céder la place à la dette publique, dont les années 1980 virent l’envol. Et ce pour diverses raisons.

La stagnation de la croissance avait rendu les contribuables — en particulier les plus prospères et les plus influents — très hostiles aux prélèvements fiscaux. Et l’endiguement de la hausse des prix mit un terme aux augmentations d’impôts automatiques (à mesure que les revenus croissaient). Ce fut également la fin de la dévaluation continue de la dette publique par le biais de l’affaiblissement des monnaies nationales, qui avait dans un premier temps complété la croissance économique, avant de s’y substituer progressivement, comme outil privilégié pour réduire l’endettement. La hausse du chômage engendrée par la stabilisation monétaire obligea les Etats à accroître les dépenses d’aide sociale. En outre, la facture des droits sociaux créés au cours des années 1970 en échange de l’acceptation par les syndicats de la modération salariale (une forme de salaires différés) commençait à tomber. Et elle pesait de plus en plus lourd sur les finances publiques.

Puisqu’il n’était plus possible de jouer sur l’inflation pour réduire l’écart entre les exigences des citoyens et celles des marchés, c’est à l’Etat qu’il revint de financer la paix sociale. Pendant un certain temps, la dette publique constitua un équivalent fonctionnel commode de l’inflation. En effet, tout comme cette dernière, elle permettait aux gouvernements d’utiliser des ressources qui n’avaient pas encore été produites pour apaiser les conflits de répartition. Ou, pour le dire autrement : de puiser dans les ressources futures pour compléter celles d’aujourd’hui. A mesure que la lutte entre les exigences des marchés et celles de la société se déplaçait du lieu de production vers l’arène politique, les pressions électorales se substituèrent aux luttes syndicales. Au lieu de faire marcher la planche à billets, les gouvernements se mirent à emprunter toujours davantage. Un processus facilité par le faible niveau de l’inflation, qui rassurait les créanciers sur la valeur à long terme des obligations d’Etat.

Cependant, l’accumulation de dette publique ne saurait, elle non plus, durer éternellement. Depuis longtemps, les économistes alertaient les autorités sur le fait que les déficits publics drainaient les ressources disponibles et étouffaient l’investissement privé, entraînant une hausse des taux d’intérêt et un ralentissement de la croissance. Mais ils n’étaient pas en mesure d’identifier un seuil critique. En pratique, il s’est révélé possible, du moins pendant un certain temps, de maintenir les taux d’intérêt relativement bas en dérégulant les marchés financiers, et de contenir l’inflation en affaiblissant encore davantage les syndicats.

De la dette publique à la dette privée

Néanmoins, les Etats-Unis, pays où le niveau d’épargne s’avère exceptionnellement bas, se mirent bientôt à vendre leurs bons du Trésor non seulement à leurs propres citoyens, mais aussi à des investisseurs étrangers, y compris des fonds souverains. En outre, à mesure que le poids de la dette augmentait, une part croissante des dépenses publiques servait à payer les intérêts. Et, surtout, il fallait bien qu’à un moment donné, impossible à déterminer a priori, les créanciers étrangers et nationaux exigent de récupérer leur argent. Les « marchés » mettraient alors tout en œuvre pour imposer aux Etats la discipline budgétaire et l’austérité nécessaires à la sauvegarde de leurs intérêts.

En 1992, l’élection présidentielle américaine fut dominée par la question du double déficit : déficit du gouvernement fédéral et déficit commercial du pays tout entier. La victoire de M. William Clinton, qui en avait fait son principal axe de campagne, marqua le début d’une série d’efforts de consolidation budgétaire (2). A l’échelle mondiale, ceux-ci furent agressivement promus, sous la houlette des Etats-Unis, par des instances comme l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le FMI. Dans un premier temps, l’administration démocrate envisagea de réduire les déficits en relançant la croissance économique par le biais de réformes sociales importantes et en augmentant les impôts. En 1994, toutefois, les démocrates perdirent la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat. M. Clinton fit volte-face et adopta alors une politique d’austérité, marquée par d’importantes réductions des dépenses publiques et un revirement politique qui devait, selon ses propres mots, mettre un terme à « la protection sociale telle que nous la connaissons ». Entre 1998 et 2000, pour la première fois depuis des décennies, le gouvernement fédéral américain connut un excédent budgétaire.

L’administration Clinton n’était pas pour autant parvenue à pacifier l’économie politique du capitalisme démocratique de façon pérenne. Sa stratégie de gestion des conflits sociaux consista en grande partie à amplifier la dérégulation du secteur financier, déjà entamée sous Reagan. Le creusement rapide des inégalités de revenus, causé par le déclin continu de la syndicalisation et les fortes réductions des dépenses sociales, ainsi que la baisse de la demande agrégée (3) engendrée par les politiques d’ajustement budgétaire furent contrebalancés par la possibilité pour les citoyens et les entreprises de s’endetter à des niveaux sans précédent. L’heureuse expression de « keynésianisme privatisé » fit alors son apparition pour désigner la substitution de la dette privée à sa jumelle publique. Le gouvernement n’empruntait plus pour financer l’égalité d’accès à des logements décents ou la formation des travailleurs : c’étaient désormais les individus eux-mêmes qui étaient invités (le plus souvent sans avoir vraiment le choix) à contracter des emprunts à leurs risques et périls pour payer leurs études ou pour s’installer dans des quartiers moins pauvres (4).

La politique mise en place sous l’administration Clinton fit beaucoup d’heureux. Les riches payaient moins d’impôts, et ceux d’entre eux qui avaient été assez avisés pour investir dans le secteur financier en retirèrent d’énormes profits. Mais les pauvres n’eurent pas tous à se plaindre — du moins, pas dans un premier temps. Les crédits subprime, et la richesse illusoire sur laquelle ils reposaient, vinrent se substituer aux allocations sociales (que l’on supprimait) et aux augmentations de salaire (alors inexistantes au plus bas de l’échelle d’un marché du travail flexibilisé). Pour les Afro-Américains, en particulier, l’acquisition d’un logement ne représentait pas uniquement la réalisation du « rêve américain » : il s’agissait d’un substitut essentiel aux pensions de retraite que leur emploi, quand ils en avaient un, ne leur assurait pas et qu’ils n’avaient aucune raison d’espérer de la part d’un gouvernement voué à l’austérité permanente.

Ainsi, à la différence de la période dominée par la dette publique — où l’emprunt d’Etat permettait d’utiliser aujourd’hui les ressources de demain —, c’étaient désormais les individus qui pouvaient acheter immédiatement tout ce dont ils avaient besoin, en monnayant leur engagement à verser une part significative de leurs revenus futurs sur les marchés.

La libéralisation permit donc de compenser la consolidation budgétaire et l’austérité publique. La dette privée s’ajouta à la dette publique, et la demande individuelle — façonnée à grand renfort de dollars par l’industrie florissante du casino financier — prit la place de la demande collective pilotée par l’Etat. Ce fut donc elle qui soutint l’emploi et les profits, notamment dans le secteur de l’immobilier. Cette dynamique connut une accélération à partir de 2001, lorsque la Réserve fédérale américaine, présidée par M. Alan Greenspan, adopta des taux d’intérêt très bas afin de prévenir une récession et un retour à des niveaux élevés de chômage. Mais le « keynésianisme privatisé » ne permit pas seulement au secteur financier de dégager des profits sans précédent : il fut aussi le pilier d’un boom économique qui faisait pâlir de jalousie les syndicats européens. Ceux-ci érigèrent en modèle la politique d’argent facile mise en œuvre par M. Greenspan, qui provoquait l’endettement rapide de la société américaine. Ils observaient avec enthousiasme que, à la différence de la Banque centrale européenne, la Réserve fédérale américaine avait l’obligation juridique non seulement d’assurer la stabilité monétaire, mais également de maintenir un haut niveau d’emploi. Tout cela prit bien sûr fin en 2008, avec l’effondrement soudain de la pyramide de crédits internationaux sur laquelle avait reposé la prospérité de la fin des années 1990 et du début des années 2000.

Après les périodes successives de l’inflation, des déficits publics et de l’endettement privé, le capitalisme démocratique de l’après-guerre est alors entré dans son quatrième stade. Tandis que l’ensemble du système financier mondial menaçait d’imploser, les Etats-nations tentèrent de restaurer la confiance économique en socialisant les emprunts toxiques qu’ils avaient auparavant autorisés dans le but de contrebalancer leurs politiques de consolidation budgétaire. Combinée à la relance nécessaire pour prévenir un effondrement de l’« économie réelle », cette mesure engendra un creusement spectaculaire des déficits publics. On notera au passage que ce développement ne découlait pas de la nature dépensière de dirigeants opportunistes ou d’institutions publiques mal conçues, comme le prétendaient certaines théories produites au cours des années 1990, sous les auspices, notamment, de la Banque mondiale et du FMI.

La suite est connue : depuis 2008, le conflit de répartition inhérent au capitalisme démocratique s’est transformé en une lutte acharnée entre investisseurs financiers mondiaux et Etats-nations souverains. Alors que, par le passé, les travailleurs luttaient contre les patrons, les citoyens contre les ministres des finances et les débiteurs privés contre les banques privées, aujourd’hui les institutions financières croisent le fer avec les Etats… qu’elles ont pourtant récemment soumis à un chantage pour obtenir d’eux qu’ils les sauvent. Reste à déterminer la nature du rapport de forces sur lequel repose cette situation.

Depuis le début de la crise, par exemple, les marchés financiers exigent des taux d’intérêt très variables selon les Etats. Ils exercent donc des pressions différenciées sur les gouvernements pour obliger leurs citoyens à accepter des coupes budgétaires sans précédent. Puisqu’une dette colossale pèse aujourd’hui sur les épaules des Etats, toute augmentation des taux d’intérêt, fût-elle minime, est susceptible d’entraîner un désastre budgétaire (5). En même temps, les marchés doivent se garder de soumettre les Etats à une pression trop forte, car ces derniers pourraient très bien choisir de faire défaut sur leur dette. Il faut donc que certains Etats soient prêts à en sauver d’autres, plus menacés, de façon à se prémunir de la hausse générale des taux d’intérêt sur les emprunts souverains.

En outre, les marchés n’attendent pas seulement une consolidation budgétaire : ils exigent également des perspectives raisonnables de croissance économique. Mais comment combiner les deux ? Bien que la prime de risque sur la dette irlandaise ait baissé lorsque le pays s’est engagé à prendre des mesures drastiques de réduction de son déficit, elle est remontée quelques semaines plus tard : le plan de redressement était si strict qu’il interdisait toute reprise économique (6).

Echec de la régulation

Depuis quelques années, l’administration politique du capitalisme démocratique s’avère donc de plus en plus délicate. Il est d’ailleurs probable que, depuis la Grande Dépression, les décideurs politiques n’aient jamais été confrontés à une incertitude aussi grande.

Est-il tout à fait inimaginable, par ailleurs, qu’une nouvelle bulle gonfle déjà, grosse de l’argent bon marché qui continue de couler à flots ? S’il n’est plus possible d’investir dans les subprime, du moins pour l’instant, le marché des matières premières ou la nouvelle économie de l’Internet offrent à certains des perspectives alléchantes.

Rien n’empêche les sociétés financières d’investir les liquidités dont les abreuvent les banques centrales dans ce qu’elles jugent être les « nouveaux secteurs de croissance » — au nom de leurs clients privilégiés et, pourquoi pas, pour leur propre profit. Après tout, puisque les réformes qui devaient réguler le secteur financier ont presque totalement échoué, le capital peut se montrer aujourd’hui un peu plus exigeant qu’auparavant. Et les banques, déjà décrites en 2008 comme « trop grosses pour faire faillite »  too big to fail »), peuvent espérer l’être encore davantage en 2012 ou 2013. Elles pourront donc pratiquer à nouveau le chantage dont elles ont si habilement su jouer il y a trois ans. Mais, cette fois, le sauvetage public du capitalisme privé pourrait se révéler impossible, ne serait-ce que parce que les finances publiques ont atteint la limite de leurs capacités.

Dans la crise actuelle, le risque pour la démocratie s’avère tout aussi grand que celui qui pèse sur l’économie, si ce n’est plus. Non seulement l’« intégration systémique » des sociétés contemporaines — c’est-à-dire le fonctionnement efficace de l’économie capitaliste — tremble sur ses bases, mais il en va de même de leur « intégration sociale » (7).

L’avènement d’une nouvelle ère d’austérité a gravement affecté la capacité des Etats à trouver un équilibre entre les droits des citoyens et les exigences d’accumulation du capital. En outre, l’étroitesse des rapports d’interdépendance qu’entretiennent les pays rend illusoire la résolution des tensions entre économie et société (ou capitalisme et démocratie). Aucun gouvernement ne peut plus se permettre d’ignorer les contraintes et obligations internationales, en particulier celles des marchés financiers. Les crises et les contradictions du capitalisme démocratique se sont peu à peu internationalisées, et se déploient non seulement au sein des Etats mais entre eux, selon des combinaisons et des permutations qui restent à explorer.

Lorsqu’on observe le déroulement de la crise depuis les années 1970, il semble vraisemblable que le capitalisme démocratique trouvera un moyen nouveau — bien que temporaire, lui aussi — de résoudre les conflits sociaux. Mais, cette fois, selon des modalités qui devraient être entièrement à l’avantage des classes possédantes, retranchées dans une place forte politiquement imprenable : l’industrie de la finance internationale. Après tout, peut-on exclure que celles-ci envisagent avec confiance l’issue du combat ultime qu’elles pourraient décider de livrer contre le pouvoir politique, avant d’imposer leur loi une bonne fois pour toutes ?

 

Wolfgang Streeck

Directeur de l’Institut Max-Planck pour l’étude des sociétés, Cologne. Ce texte est une version abrégée d’une analyse publiée dans la New Left Review, n° 71, Londres, septembre-octobre 2011.

(1) Pour l’expression «  Grande Récession  », cf. Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff, This Time Is Different : Eight Centuries of Financial Folly, Princeton University Press, 2009.

(2) Ensemble des mesures d’assainissement du budget destinées à améliorer le solde primaire (recettes de l’année moins dépenses hors intérêts de la dette).

(3) Demande totale de biens et services dans une économie.

(4) Lire Gérard Duménil et Dominique Lévy, «  Une trajectoire financière insoutenable  », Le Monde diplomatique, août 2008.

(5) Pour un Etat dont la dette s’élève à 100 % du produit intérieur brut (PIB), une augmentation de 2 % du taux d’intérêt qu’il paie à ses créanciers augmenterait son déficit annuel du même montant. En conséquence, un déficit budgétaire de 4 % du PIB augmenterait de moitié.

(6) Lire Frédéric Lordon, «  Sur le toboggan de la crise européenne  », Le Monde diplomatique, décembre 2011.

(7) David Lockwood a défini ces concepts dans «  Social integration and system integration  », dans George Zollschan et Walter Hirsch (sous la dir. de), Explorations in Social Change, Routledge & Kegan Paul, Londres, 1964.

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