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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 19:21

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"Ecoute, je peux t'amener à Paris le Massoud libyen, l'homme qui a libéré l'Est de la Libye !"Vendredi 4 mars, devant l'hôtel Tibesti à Benghazi, Bernard-Henri Lévy, envoyé spécial du Journal du dimancheet du Point,s'adresse par téléphone satellite à un mystérieux interlocuteur parisien. Le ton est exalté et plein de promesses.


Dépoitraillé comme à son habitude, Ray-Ban sur le nez, accompagné du fidèle Gilles Hertzog, l'écrivain visite depuis plusieurs jours les villes insurgées. A Benghazi, il tient salon : dans le hall de l'hôtel, on le voit s'entretenir avec des responsables militaires ralliés à la révolution ; au dîner, il picore quelques informations auprès de reporters rentrés du front.

Grâce à son légendaire entregent, BHL réussit là où des centaines de journalistes étrangers ont échoué : il rencontre les représentants de l'insurrection, assiste à une réunion du tout nouveau Conseil national de transition et - exercice insolite dans le cadre d'un "grand reportage" - y prend la parole ! "Le Massoud libyen"... Métaphore à l'emporte-pièce, raccourci historique : sur le coup, la formule fait seulement sourire ceux qui la prennent au vol. Personne ne se doute, ce soir-là, que BHL parle à Nicolas Sarkozy. Et qu'ensemble, ils préparent l'un de ces coups d'éclat irraisonnés qui, depuis quatre ans, plongent la diplomatie française et ses observateurs dans l'embarras et la consternation.


"C'est un acte politique majeur, ne passe pas à côté"


Une semaine plus tard, le 10 mars, Nicolas Sarkozy reçoit à ParisMahmoud Jibril et Ali Essaoui. Les deux hommes sont chargés des relations internationales au sein de l'insurrection libyenne. Au pas de charge, l'artisan de la rencontre traverse la cour de l'Elysée : Bernard-Henri Lévy assiste à l'entretien, aux côtés des Libyens.

A l'autre bout de la table, Henri Guaino ronge son frein : "Ce petit con prétentieux qui n'aime pas la France"et qui l'avait traitée de "raciste"en 2007 après la rédaction du discours de Dakar. Mais il a embobiné le président : "C'est un acte politique majeur, ne passe pas à côté !"

Jean-David Levitte, conseiller diplomatique, et Nicolas Gallet conseiller pour l'Afrique et le Moyen-Orient prennent des notes. Alain Juppé a été informé de la réunion, mais pas invité. Le ministre des Affaires étrangères rencontre pour la première fois ses homologues européens à Bruxelles, pour préparer le conseil du lendemain, au cours duquel les 27 doivent adopter une position commune sur la Libye.

Peu après, les émissaires libyens sortent sur le perron de l'Elysée et annoncent la nouvelle : "La France vient de reconnaître le Conseil de Benghazi comme représentant légitime du peuple libyen."Un échange d'ambassadeurs est prévu. Ni Levitte, ni Gallet n'ont été consultés. Ni sur le fond, ni sur la forme :

"Une délégation étrangère annonçant une décision de l'Elysée ? C'est du jamais vu !", commente un diplomate.

A Bruxelles, Alain Juppé tombe des nues. Il est en pleine réunion avec le chef de la diplomatie allemande : "Son visage se décomposait au fur et à mesure que les dépêches lui parvenaient",raconte un témoin. Deuxième coup de poignard : à la sortie de l'Elysée, BHL s'improvise porte-parole. Selon lui, le président est favorable à des frappes ciblées contre les forces de Kadhafi, l'écrivain précise trois cibles prioritaires, les mêmes raids aériens qu'il appelait de ses voeux dans son "grand reportage" paru dans le JDD.BHL, porte-parole et conseiller stratégique.

Pour son retour sur la scène diplomatique, Juppé est servi

Dans les capitales occidentales, ce nouveau solo de l'Elysée provoque un tollé. Berlin refuse d'être "aspiré dans une guerre en Afrique du Nord".Des chancelleries dénoncent "l'aventurisme de la France".Jean Asselborn, le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg a, quant à lui, mis en garde contre tout "geste théâtral".

"Aucune réflexion, aucune explication stratégique n'ont été formulées pour justifier ces décisions", se désole François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique. "Reconnaître le Conseil national libyen comme on reconnaîtrait un Etat est une aberration. Cela ne peut qu'entériner la division du pays."

Une partition que refusent formellement les insurgés de l'Est. "Par contre, une telle décision fait le jeu de Kadhafi qui apparaît soudain comme le gardien de l'unité nationale."Quant aux bombardements de bases aériennes, elles ne suffiront pas à stopper la contre-offensive du régime, principalement terrestre. "Ce qui fait mal à l'insurrection, c'est surtout l'entrée en scène de la flotte. A Brega et Ben Jawad, les insurgés ont surtout été bombardés depuis la mer",précise le chercheur.

Pour son retour sur la scène diplomatique européenne, Alain Juppé est servi. Lui qui avait accepté le poste contre la promesse que l'action du Quai d'Orsay ne serait plus court-circuitée par l'Elysée, lui qui avait obtenu la mise à l'écart de Claude Guéant et exigé la fin de la diplomatie parallèle, le "numéro 2" du gouvernement se mure dans le silence face aux interrogations de ses collègues européens.

Atterré par ce qui vient de se jouer à Paris, il ne cherche même pas à éteindre l'incendie. Le Conseil européen de vendredi s'en chargera. Pas question pour l'instant d'envisager une action militaire. L'initiative sarkoziste n'est soutenue que par le Britannique David Cameron.

Le Conseil national de transition libyen, dont on ne sait pas pour l'instant s'il représente les seuls insurgés de l'Est, ceux de l'Ouest ou la majorité de la population, est reconnu comme un interlocuteur politique légitime, mais pas le seul. Dimanche soir, Henri Guaino a beau affirmer sur RTL que le Conseil européen avait repris dans ses grandes lignes le projet français, l'électron libre Sarkozy a été recadré.


En voyant arriver Juppé, les fonctionnaires du Quai d'Orsay avaient un peu d'espoir


Au Quai d'Orsay, seul le ministre semble étonné.

"Cela fait quatre ans que cela dure, soupire un diplomate. Rien n'est planifié, rien n'est concerté. C'est la politique de la pétaudière. Impossible de travailler dans ces conditions."

En voyant revenir Juppé, les fonctionnaires du Quai avaient un peu d'espoir. Après l'embarrassant Douste-Blazy, l'alibi Kouchner et Alliot-Marie - "le vide absolu de la pensée"selon un haut fonctionnaire -, le maire de Bordeaux pouvait réhabiliter notre diplomatie : "Il connaît les dossiers, sa réflexion est structurée, il a une vision sur l'intégration européenne, la politique vis-à-vis des pays émergents, l'Afrique."Un diplomate :

"Personne ne conteste le droit du président à s'entourer de conseillers extérieurs au Quai, d'intellectuels. Au contraire ! L'expertise de BHL sur la Libye laisse perplexe, trois jours à Benghazi n'en font pas un spécialiste. Mais son voyage pouvait en effet être instructif. De là à l'inviter à participer à une réunion à l'Elysée."

Juppé, lui, réalise sans doute que quand il tentait, au Caire, de rattraper les errances de la France en Tunisie et en Egypte, un philosophe et un président jouaient contre lui. "Il n'y a que deux explications rationnelles à ce qui s'est passé jeudi,explique François Heisbourg. Sarkozy a voulu faire oublier qu'en 2007, il avait reçu Kadhafi comme aucun chef d'Etat ne l'avait fait. Il en a profité pour se venger du nouveau ministre d'Etat qui l'avait obligé à se couper un bras, Hortefeux, et une jambe, Guéant."Selon une source au Quai, Juppé aurait eu une vive explication avec le président sur le mode du "plus jamais ça".

Quant à BHL, il fanfaronne, loue sur Al-Jazeerale courage de Sarkozy, est fier d'avoir court-circuité ces diplomates qui n'ont servi à rien au Rwanda et en Bosnie. Et rappelle qu'en matière de "diplomatie corsaire",il n'en est pas à son coup d'essai : en 1992, dans Sarajevo assiégée, il organisait une rencontre entre Mitterrand et le président bosniaque Izetbegovic. Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères, ne fut informé qu'au dernier moment...


Guillaume Villadier

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 23:01

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Marine Le Pen critique les Bleus, dont certains n’auraient pas "la nationalité de coeur" voire seraient vendus "au proxénétisme sur mineure". Question proxénétisme, c’était son parrain qui en connaissait un rayon…

Bakchichs’est procuré le manuscrit, jamais publié, écrit en 1988 par Pierrette Le Pen, l’ex-femme de Jean-Marie Le Pen. Après 25 ans de vie commune, Pierrette Le Pen dresse le portrait intime du leader du Front national.

Un chapitre est consacré à "Monsieur Eric".

Henri Botey, dit "Monsieur Éric", fut l’un des empereurs des nuits de Pigalle dans les années 60 et 70. Proxénète, il sera condamné à plusieurs reprises et, par trois fois, pris pour cible par des hommes armés. Jean-Marie Le Pen et lui se lient d’amitié, au point que le fondateur du FN en fera le parrain de Marine.

Extraits :

Éric fit très bien les choses. Le baptême eut lieu en grande pompe à l’église de la Madeleine. Pour ceux qui ne croient pas « aux signes », je ferai remarquer qu’il s’en présenta un, de taille ; l’aumônier Pohpot qui officiait, et déposa l’eau sur le front et le sel sur la langue de Marine. Pohpot était une célébrité. Connu de tous les hommes du « Milieu » es-qualité d’aumônier de la prison de Fresnes. (…)

Le baptême eut lieu le 25 avril 1969. Eric et Jean-Marie se fréquentant hors de la maison, je ne le voyais que rarement. Pourtant, lorsque des amis louèrent "L’Eryx II" (l’ancien bateau du comte de Vogüe), Eric fut de la croisière aux Caraïbes (…) Au retour, ils furent arrêtés pas la police. Dans un premier temps, Jean-Marie me dit :

  C’était fatal ! Il gagne trop d’argent. Le fisc lui cherche des misères…

Quelques jours plus tard des journaux me tombèrent entre les mains. Je lus : Eric Bottey exerce un phénoménal proxénétisme hôtelier et Véronique (ndlr : sa compagne) dirige l’ancienne maison de Mme Claude rue de Boulainvilliers…

Jean-Marie refusa évidemment de m’expliquer et s’en tira par une dérobade : «  Laisse donc ! En attendant, j’interdis que Marine regarde la télé jusqu’à nouvel ordre ! » Marine était en effet très attachée à Éric Bottey. Avec elle, il débordait de gentillesse : un vrai parrain (…)

Eric Bottey, c’est la légende en noir et rouge comme les froufrous des danseuses de French Cancan, de Pigalle, la nuit et le sang dont il faut payer la puissance ! L’histoire de "Monsieur Eric", c’est celle, dans les années 50, d’un apprenti boulanger de vingt ans, assez fûté et habile pour ne pas passer sa vie dans le pétrin.

Sa rencontre avec Carmen, une ex-belle de nuit, va décider de son avenir. A partir d’un petit établissement, ils vont, morceau par morceau, bâtir leur empire au sein du "quartier chaud" de Paris. Une fortune colossale, en forme de holding ou de poupées russes, sans propriétaire identifié. La "Bohème", le "Yellow Dog", le "Tiffany", le "Sulky", le "Lautrec", sans compter des établissements hôteliers de prestige propres à redorer n’importe quel blason. (…)

C’est la gloire pour le couple. Ils ont la protection du Milieu, des frères Zemour, qui font régner la loi. Ils ont aussi, chuchote-t-on, d’importants et très haut placés appuis policiers et politiques. Avec cette double alliance, "Monsieur Eric" porte beau dans son somptueux manoir de Tracy-sur-Mer, dans le Calvados (…)

La chute

En 1978, son parcours royal connaît sa première embûche. Carmen, l’épouse, la complice, demande le divorce, saute d’humeur due aux trop nombreux coups de cœur de son époux pour l’une ou l’autre beauté de son "cheptel". On se quitte souvent amis et partenaires ! En guise de cadeau d’adieu, il lui offre un superbe hôtel particulier de la rue Boulainvilliers, dans le XVIe arrondissement : l’ex-maison de rendez-vous de Mme Claude ! Tout un symbole !

Le 11 juin 1982 va marquer le glas de l’impunité choquante d’Eric Bottey. Sur commission rogatoire du juge d’instruction Jean-Louis Debré, la brigade financière et les inspecteurs de la brigade du proxénétisme et des stupéfiants à l’époque dirigée par le commissaire divisionnaire Morin, un incorruptible, jettent un coup de pied dans la fourmillière. Voilà les bénéfices et les sociétés occultes de Monsieur Eric passés au crible. Il va être condamné à dix mois de prison, ainsi que son ex-épouse, et à une amende d’un bon milliard d’anciens francs dont il ne s’acquittera d’ailleurs que partiellement.

(…)

Il fut un temps où les voyous se précipitaient respectueusement vers Bottey pour lui porter sa mallette. "L’empereur" régnait en compagnie de son épouse Carmen Vallet, sur plusieurs bordels dont le Saint-Georges. Ils avaient sous leur coupe un véritable village de bars, dont la grand-rue était la rue Frochot, qui débouche sur la place Pigalle. (…) Les journalistes ne peuvent pas être au courant de tout. Ils ignoraient l’existence du "Café de France", rue Godot-de-Mauroy, une autre "affaire" d’Eric Bottey.

Pierre Durand, le seul ami survivant de Jean-Marie Le Pen son compagnon constant, ci-devant directeur du très catholique journal Présentgrand moralisateur devant l’Eternel en était bien étrangement le prête-nom.

Le même Pierre Durand qui dans son journal Présentdu 13 juin 1987, me consacra, après le coup d’éclat de Playboy, un éditorial intitulé "Les bornes de l’abjection sont franchies". Qu’ajouter ?

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Pour en savoir plus, lisez "Le livre de Pierrette enterré sur Le Pen" et "Le FN dans son petit pull Marine" dans Bakchich Hebdon°27 .

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 07:15

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article du 5 juin 2010

Marine Le Pen critique les Bleus, dont certains n’auraient pas "la nationalité de coeur" voire seraient vendus "au proxénétisme sur mineure". Question proxénétisme, c’était son parrain qui en connaissait un rayon…

Bakchich s’est procuré le manuscrit, jamais publié, écrit en 1988 par Pierrette Le Pen, l’ex-femme de Jean-Marie Le Pen. Après 25 ans de vie commune, Pierrette Le Pen dresse le portrait intime du leader du Front national.

Un chapitre est consacré à "Monsieur Eric".

Henri Botey, dit "Monsieur Éric", fut l’un des empereurs des nuits de Pigalle dans les années 60 et 70. Proxénète, il sera condamné à plusieurs reprises et, par trois fois, pris pour cible par des hommes armés. Jean-Marie Le Pen et lui se lient d’amitié, au point que le fondateur du FN en fera le parrain de Marine.

Extraits :

Éric fit très bien les choses. Le baptême eut lieu en grande pompe à l’église de la Madeleine. Pour ceux qui ne croient pas « aux signes », je ferai remarquer qu’il s’en présenta un, de taille ; l’aumônier Pohpot qui officiait, et déposa l’eau sur le front et le sel sur la langue de Marine. Pohpot était une célébrité. Connu de tous les hommes du « Milieu » es-qualité d’aumônier de la prison de Fresnes. (…)

Le baptême eut lieu le 25 avril 1969. Eric et Jean-Marie se fréquentant hors de la maison, je ne le voyais que rarement. Pourtant, lorsque des amis louèrent "L’Eryx II" (l’ancien bateau du comte de Vogüe), Eric fut de la croisière aux Caraïbes (…) Au retour, ils furent arrêtés pas la police. Dans un premier temps, Jean-Marie me dit :

  C’était fatal ! Il gagne trop d’argent. Le fisc lui cherche des misères…

Quelques jours plus tard des journaux me tombèrent entre les mains. Je lus : Eric Bottey exerce un phénoménal proxénétisme hôtelier et Véronique (ndlr : sa compagne) dirige l’ancienne maison de Mme Claude rue de Boulainvilliers…

Jean-Marie refusa évidemment de m’expliquer et s’en tira par une dérobade : «  Laisse donc ! En attendant, j’interdis que Marine regarde la télé jusqu’à nouvel ordre ! » Marine était en effet très attachée à Éric Bottey. Avec elle, il débordait de gentillesse : un vrai parrain (…)

Eric Bottey, c’est la légende en noir et rouge comme les froufrous des danseuses de French Cancan, de Pigalle, la nuit et le sang dont il faut payer la puissance ! L’histoire de "Monsieur Eric", c’est celle, dans les années 50, d’un apprenti boulanger de vingt ans, assez fûté et habile pour ne pas passer sa vie dans le pétrin.

Sa rencontre avec Carmen, une ex-belle de nuit, va décider de son avenir. A partir d’un petit établissement, ils vont, morceau par morceau, bâtir leur empire au sein du "quartier chaud" de Paris. Une fortune colossale, en forme de holding ou de poupées russes, sans propriétaire identifié. La "Bohème", le "Yellow Dog", le "Tiffany", le "Sulky", le "Lautrec", sans compter des établissements hôteliers de prestige propres à redorer n’importe quel blason. (…)

C’est la gloire pour le couple. Ils ont la protection du Milieu, des frères Zemour, qui font régner la loi. Ils ont aussi, chuchote-t-on, d’importants et très haut placés appuis policiers et politiques. Avec cette double alliance, "Monsieur Eric" porte beau dans son somptueux manoir de Tracy-sur-Mer, dans le Calvados (…)

La chute

En 1978, son parcours royal connaît sa première embûche. Carmen, l’épouse, la complice, demande le divorce, saute d’humeur due aux trop nombreux coups de cœur de son époux pour l’une ou l’autre beauté de son "cheptel". On se quitte souvent amis et partenaires ! En guise de cadeau d’adieu, il lui offre un superbe hôtel particulier de la rue Boulainvilliers, dans le XVIe arrondissement : l’ex-maison de rendez-vous de Mme Claude ! Tout un symbole !

Le 11 juin 1982 va marquer le glas de l’impunité choquante d’Eric Bottey. Sur commission rogatoire du juge d’instruction Jean-Louis Debré, la brigade financière et les inspecteurs de la brigade du proxénétisme et des stupéfiants à l’époque dirigée par le commissaire divisionnaire Morin, un incorruptible, jettent un coup de pied dans la fourmillière. Voilà les bénéfices et les sociétés occultes de Monsieur Eric passés au crible. Il va être condamné à dix mois de prison, ainsi que son ex-épouse, et à une amende d’un bon milliard d’anciens francs dont il ne s’acquittera d’ailleurs que partiellement.

(…)

Il fut un temps où les voyous se précipitaient respectueusement vers Bottey pour lui porter sa mallette. "L’empereur" régnait en compagnie de son épouse Carmen Vallet, sur plusieurs bordels dont le Saint-Georges. Ils avaient sous leur coupe un véritable village de bars, dont la grand-rue était la rue Frochot, qui débouche sur la place Pigalle. (…) Les journalistes ne peuvent pas être au courant de tout. Ils ignoraient l’existence du "Café de France", rue Godot-de-Mauroy, une autre "affaire" d’Eric Bottey.

Pierre Durand, le seul ami survivant de Jean-Marie Le Pen son compagnon constant, ci-devant directeur du très catholique journal Présent grand moralisateur devant l’Eternel en était bien étrangement le prête-nom.

Le même Pierre Durand qui dans son journal Présent du 13 juin 1987, me consacra, après le coup d’éclat de Playboy, un éditorial intitulé "Les bornes de l’abjection sont franchies". Qu’ajouter ?

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Pour en savoir plus, lisez "Le livre de Pierrette enterré sur Le Pen" et "Le FN dans son petit pull Marine" dans Bakchich Hebdo n°27, en vente en kiosques samedi 5 juin .

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 10:11

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http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/sarkozy-finalement-grille-par-90315

 

Le jeu du chat et de la souris entre ex-balladuriens devenus sarkozystes et chiraquiens bon teint a duré bien longtemps, je vous ai dit. Chirac étant un vrai tueur en politique, il fallait bien une fin à cette rivalité. Il semble que nous n'en soyons plus très loin. On pensait que l'histoire des rétro-commissions versées par les pakistanais serait l'histoire qui plomberait définitivement Nicolas Sarkozy. On vient de découvrir que ç'en est une autre. Les chiraquiens ont eu avec Khadafi une prudence que n'aura pas eue Nicolas Sarkozy, qui a foncé tête baissée dans le piège tendu. Attiré par les sommes mirobolantes versées pour la vente de matériels au dictateur libyen, rêvant de toucher le jackpot, l'homme s'est compromis avec lui, c'est sûr, au point aujourd'hui de réclamer la tête de celui qui l'a aussi berné, en tentant de monter une opération à la Reagan pour éliminer physiquement Khadafi, ou le forcer à quitter le pays. Sa réaction incompréhensible pour son propre nouveau ministre des affaires étrangères (un chiraquien !) ne peut s'expliquer que par ce que vient d'annoncer le dictateur roué : le pot aux roses des rétro-commissions n'a pas concerné que le Pakistan, et ce sont bien les mêmes qui en ont bénéficié. Après le Karachigate, voici venir le Tripoligate.

Nous revenons alors en 2003, l'année ou Chirac a repris définitivement les rênes, à savoir a bloqué toute ressource financière aux balladuriens. L'un des protagonistes des "affaires" va en prime subitement disparaître. Cest le fameux Sheikh, qui "va en fait décéder en 2004 à Genève dans des conditions assez floues, ce Saoudien d’origine yéménite, paré du titre de « grand chambellan », était l’homme des « missions difficiles » du roi Fahd d’Arabie saoudite" nous rappelle tout à coup Paris-Match qui découvre ainsi (enfin) l'affaire ! Encore un disparu de plus ! Mais ce n'est pas encore terminé pour autant. On retrouvera le même Ziad Takkiedine, envoyé sarkozyste, mêlé à bien d'autres contrats, toujours en train de ferailler avec son adversaire de toujours, le sulfureux Alexandre Djouhri (représentant de Chirac), mêlé lui à d'autres événements fort peu reluisants, dont celui de la rixe au George V, dont j'ai évoqué la piste ici-même également. Une affaire où l'on retrouvait également, quel curieux hasard, Roussin et Proglio. "Alexandre Djourhi, un milliardaire franco algérien, proche de la famille Delon" avais-je alors écrit, en poursuivant : "Curieux personnage que ce Djourhi. Un homme qui dispose "d’une suite à l’année à l’Hôtel Crillon" (et habite à Genêve !). Fort curieux, même. Mais les "affaires" et les "entretiens" entre nos deux lascars ne vont pas se passer comme d’habitude en ce milieu. Dans leurs "discussions", c’est nouveau pour conclure des contrats, les deux hommes avaient fini par en venir aux mains (au au George-V, devenu ring de catch !). Etonnement : Ajroudi, il faut le dire, n’est pas n’importe qui : c’est le représentant dans le monde du prince Al-Waleed (le neveu du roi d’Arabie Saoudite). On conçoit mieux la taille de l’enjeu (mais on imagine toujours pas un pugilat !). Personne ne se doutait que cela se terminerait ainsi. On en reste tout étonné... Comme en regardant l’organigramme de Veolia Environnement. En troisième position figure "M. Daniel Bouton  : 55 ans, nationalité française". Le PDG de la SOCGEN, pas encore dans la tourmente. Et ancien directeur de cabinet d’Alain Juppé. Ce que le monde est petit." 

On comprend que ces gens-là ont d'autres chats à fouetter que le commun des mortels. Et Chirac de vouloir à tout prix coincer financièrement son rival. Ce à quoi il va s'employer, effectivement avec une certaine maîtrise, à vrai dire. Sarkozy sera promptement évincé du contrat Miksa initié au départ par son vieux mentor Charles Pasqua (qu'il a trahi) ! Entretemps, Henri Proglio, au départ chiraquien, a viré sa cutie et est devenu supporter de Sarkozy, séduit par le baratin de... l'enjôleuse Rachida, qui n'a que son nom aux lêvres. On le retrouvera, lui, l'ancien du GUD (avec son jumeau) le soir de l'intronisation du Fouquet's, toujours aux côtés de Rachida la météore. Trop petit, ce monde, je vous disais naguère.

 A peine réélu, Chirac a décidé de sévir, disais-je, comme nous le rappelle Gattegno : "Le 12 décembre 2003, Chirac exige l'annulation du voyage de son ministre de l'Intérieur et décide de placer le contrat Miksa sous la surveillance directe de l'Élysée. Il désigne pour cela Maurice Gourdault-Montagne, ancien directeur du cabinet d'Alain Juppé, devenu conseiller diplomatique du Président et homme des missions délicates. Jamais la suspicion au cour du pouvoir exécutif n'avait suscité une telle violence ni entraîné un chef de l'État aussi loin ainsi, l'Élysée s'est assuré, dans un ordonnancement inédit, la haute main sur le plus gros marché de matériels sensibles jamais négocié par l'industrie française ; chiraquiens et sarkozistes se renvoient ouvertement l'accusation de vouloir profiter du contrat saoudien pour remplir d'hypothétiques caisses occultes. Malgré la vigilance de Gourdault-Montagne, dont la réputation d'intégrité est sans tache, intermédiaires officiels et officieux s'affrontent en coulisse avec la même avidité. Des émissaires de Rafic Hariri, le Premier ministre et homme d'affaires libanais, très en cour à l'Élysée, se rapprochent des négociateurs saoudiens. Un avocat bien introduit au Moyen-Orient et en Afrique, ancien des réseaux Foccart, invoque sa proximité avec Dominique de Villepin pour être associé aux pourparlers..." et le contrat mirobolant échappera à Nicolas Sarkozy, quatre ans à peine avant de préparer son accession au pouvoir. Et Chirac placera ses jalons auprès d'Hariri pour s'installer après son départ de l'Elysée dans son luxueux appartement. Gratuitement, bien entendu (voir notre épisode précédent).

C'est pourtant Rafic Hariri en personne qui va arranger tous les bidons , comme on pourra le lire dans une note signée Frédéric Bauer, le responsable d’une société de sécurité, racontée par le "Journal du dimanche" du 5 décembre 2010. "Cette note révèle également, selon le JDD, une intervention, « inconnue jusqu’à présent », de l’ancien premier ministre libanais tué en 2005 dans un attentat, « dont la banque aurait débloqué, dans le plus grand secret, 300 millions de francs de l’époque ». Ziad Takieddine affirme ainsi avoir rencontré Rafic Hariri à Paris. « Il m’a dit qu’il allait déjeuner le jour même avec Jacques Chirac, puis qu’il me verrait dans l’après-midi. Ce qu’il a fait. Les choses se sont alors arrangées », raconte-t-il au journal."Un accord avec la Sofresa est scellé en présence de leurs avocats respectifs et de l’avocat personnel du premier ministre libanais à l’hôtel Hilton de Genève.Par cet accord, il renonce aux termes initiaux du contrat Sawari II, en échange d’une commission pour lui et ses « contacts saoudiens », précise M. Takieddine au JDD. En mars 1997, il reçoit de la Banque de la Méditerranée, de Rafic Hariri, la somme de 300 millions de francs (45 millions d’euros) en quatre versements". Malgré ça, quelques années plus tard, Takieddine s'en prendra violemment à Jacques Chirac, l'accusant de l'avoir mêlé à l'affaire pakistanaise !

 

Et c'est en 2004, justement, le 1er septembre exactement, que Sarkozy sautera sur le fauteuil laissé vacant par Alain Juppé le 16 juillet, obligé de se retirer, poursuivi pour "prise illégale d'intérêt" pour les emplois fictifs de la Mairie de Paris, par la Justice : un second Michel Roussin qui sert comme le premier de fusible à Jacques Chirac. Juppé, lui aussi, va payer pour Chirac, et en bon lieutenant, accepter lui aussi de servir de prête-nom. Sarkozy a trouvé ce jour-là le strapontin idéal pour accéder à la plus haute place : il lui suffira, grâce à une poignée de députés à sa solde de retourner le groupe UMP , en sa faveur, un parti pourtant créé par Jacques Chirac en 2002 pour sa propre réélection. C'est chose faite le 28 novembre, dans une mise en scène à l'américaine (réglé au millimètre par l'amant de sa propre femme), au Bourget, ou Nicolas Sarkozy devient le deuxième président de l'UMP. Avec un score bananier de 85,1 % (Nicolas Dupont-Aignan en récoltant 9,1 % et Christine Boutin à peine 5,8 %). Gagner contre ses deux-là, à vrai dire...

Selon Hervé Gattégno, à son retour de Ryad, Nicolas Sarkozy fulmine, littéralement : "l'ambiance est telle qu'au retour d'un de ses tête-à-tête réguliers avec le Président, Sarkozy lâche devant ses proches, médusés : « Chirac, c'est la mafia ! » C'était le 14 janvier 2004 : moins d'une semaine après la réunion secrète du Quai d'Orsay, le jour où, pour la première fois, Jean-Louis Gergorin montra à Dominique de Villepin l'un des listings de Clearstream..." ajoute Gattegno. Pour Sarkozy, son élection de septembre 2004 le venge de l'humiliation du 14 juillet qui précédait, dans lequel Chirac avait eu la célèbre phrase "je décide, il exécute" qui a tant marqué les esprits. Aujourd'hui encore, Sarkozy et ses amis aimeraient tant qu'on ne rappelle pas leurs comptes d'apothicaires et leurs manigances... ils n'apprécient pas du tout d'être assimilés aux gangsters qu'ils sont, pourtant.  Car la saga n'est pas encore terminée. A peine nommé Président de la République, revoilà Sarkozy en quête de contrats d'armements. Un homme est particulièrement visé : c'est Mouammar Khadafi. Il suffit de le rendre moins pestiféré, et l'affaire des prisonnières bulgares, c'est sûr, bien orchestrée avec dans le rôle de la sauveuse providentielle l'épouse d'alors du Président, va pouvoir montrer sa grande âme, c'est sûr (il les avait fait torturer !). Une épouse surveillée de très près par... Claude Guéant.

Un premier jalon est posé dès 2005 avec l'offre de remise à neuf de ses 18 vieux Mirage F1. . On commence d'abord par le contrat de la Sofema dirigée par le général Norlain : "Le contrat français de remise en état de 12 Mirage F1 de l'armée libyenne, représentera environ une centaine de millions d'euros de travaux sur une période d'intervention de 30 mois"... Douze appareils sur les 38 achetés jadis, et qui ne volaient plus faute d'entretien. Achetés entre 1978 et 1980... sous Giscard (Yvon Bourges, gaulliste, étant alors le ministre de la Défense). Khadafi se fait promettre une virginité en acceptant de verser des dédommagements aux victimes de la catastrophe d'UTA. Payer de lui-même, car au départ, Il était même allé jusqu'à demander auprès de Nicolas Sarkozy que les entreprises françaises s'installant dans le pays reversent à la fondation Kadhafi 1 % à 2 % de leur chiffre d’affaires en Libye, pour payer justement ses indemnités aux familles des passagers du DC-10 !

L'équipe gouvernentale est confiante : c'est EADS et sa filiale qui s'occupe du contrat, signé en décembre 2006, avec un responsable dont le nom rappelle quelque chose : "La négociation du contrat de vente des missiles Milan à la Libye a duré 18 mois et sur les 18 mois qui se sont écoulés, il n'y a pas eu d'intervention directe de l'Elysée a "pourtant" déclaré samedi le directeur du marketing et de la stratégie du groupe européen EADS, Marwan Lahoud." Ah tiens, voilà le frère de l'autre ! Qui annonce que derrière il y a les mêmes que pour Clearstream : "Où l'on retrouve toujours les mêmes ....Sarkozy, Chirac, Villepin, Alliot-Marie, Lahoud, (certes, pas le même prénom), vente d'armes, çà ne vous dit rien ? Clearstream, bien sûr !"  note avec amusement le Blog finance. Des missiles Milan aux Mirage à repeindre, il n'y a qu'un pas. Et là, il semble bien que l'on aît laissé l'équipe de Sarkozy y aller toute seule. Un piège tendu, en quelque sorte par les chiraquiens subodore le même site : "quelques personnes, certes UMP mais plus proches de Villepin et de Chirac, auraient-elles laissé consciemment ou non, Nicolas Sarkozy s'engager tête baissée dans une voie semée d'embûches sur le dossier de ventes d'armes à la Libye, en guise de représailles bien pensées au dossier Clearstream ? Qui sait ?" et qui précise aussi (nous sommes en août 2007 et Sarko vient juste d'être élu ) : "n'oublions pas que c'est Patrick Ollier lui-même, tout de même conjoint de Michèle Alliot-Marie qui avait fait état en mars 2006 de négociations bien avancées entre Areva et la Libye". Piège ou pas, la fine équipe autour de Sarko a plongé tête baissée en tout cas, dans l'espoir de fourguer les invendables Rafale. Comme le note en effet l'Express "les plus proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy ont oeuvré à ce rapprochement : son conseiller diplomatique, Jean-David Levitte, Boris Boillon, alors chargé de l'Afrique du Nord à l'Elysée (actuel ambassadeur en Tunisie) et le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant." Une toute petite équipe, toujours la même. Qui a vainement essayé de refourguer de vieux Mirage F1 à l'Irak, comme expliqué précédemment, à part que les irakiens se sont souvenus qu'ils les avaient déjà payés très chers.

Car le coup de peinture donné aux F1 n'est qu'un appât. Dans la centaine de millions de contrat pour les douze Mirage (117 exactement), il y a peu de place pour le jeu des commissions. 15 millions quand même... Juste de quoi payer un intermédiaire gourmand qui doit partager avec... qui vous savez, maintenant. Mais si l'on fourgue à Khadafi les invendables Rafale, c'est tout autre chose. Il devrait y avoir quelque part de quoi alimenter toute une campagne électorale de 2012... sur le modèle de celle de Balladur... on y songe sérieusement, au point même d'annoncer déjà ce qui sera fait effectivement quelques mois plus tard : "deci est tellement vrai qu'une source au ministère français de la Défense avait relaté en octobre 2006 que la Libye pourrait concrétiser un accord à l'occasion d'une visite en France du chef d'Etat libyen Mouammar Khadafi". "Pourrait", note-t-on prudemment, car entre Khadafi et Sarkozy, les chiraquiens vont sérieusement savonner la planche... tout en gardant une façade plus qu'honorable.

Dominique Villepin, qui sait (plutôt bien) parler, évoque à sa façon dans la presse ce qui est en cours avec Khadafi : "le ministère des Affaires Etrangères du gouvernement Villepin avait alors précisé que la France et la Libye souhaitaient entamer une coopération en matière de sécurité intérieure "constructive et dynamique". La première décision concrète dans cette voie a été la nomination, en septembre 2005, d’un attaché de sécurité intérieure à Tripoli. Cette coopération devrait porter principalement sur la formation des personnels libyens et la fourniture de "matériels spécifiques". C'est joliment dit ...." souligne le blog ; le coup du "matériels spécifique". Ça c'est pour la façade. Savonner, Villepin le fait plutôt bien et semble même doué pour ça : pour la proposition de vente de Rafale au Maroc, qui échouera, voici ce que Jean Guisnel avait conclu : "Il existe également une explication politique, typiquement franco-française : le Premier ministre Dominique de Villepin, s’offusque un industriel, "aurait pesé sur la non-décision de Jacques Chirac, pour que son successeur, Nicolas Sarkozy, ne bénéficie pas du crédit de cette vente." On ne peut être plus clair !

Pour le Maroc, note Guisnel, Sarkozy était pourtant allé très loin en proposition  : "car ce n’est que le 11 juillet 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy et sur sa décision personnelle, que la France proposera finalement de financer totalement (ou presque) l’achat des Rafale par le Maroc, avec des prêts remboursables sur de longues années à des conditions « amicales », qui n’ont pas été détaillées. L’offre repose classiquement sur des prêts bancaires cautionnés par la Coface, elle-même garantie par le Trésor public : en cas de défaillance du client, c’est le contribuable français qui paye…" Mais de cela, les français n'ont rien su... imaginez : apprendre que c'est avec leurs impôts, au final, que le Maroc aurait acheté des Rafale et le parti présidentiel obtenu ses commissions ! Diplomatiquement, avec la Libye, on va plutôt jouer sur le fait de contenir l'immigration vers l'Italie, et ça donne ça : "la visite effectuée à Tripoli, le 6 octobre 2005, par le ministre français de l’Intérieur, le 6 octobre 2005 et l’accueil favorable fait à la proposition libyenne du 22 novembre s’inscrivent dans la volonté française de renforcer la coopération bilatérale dans le domaine de la lutte contre l’immigration illégale. Auparavant, le 5 février 2005, le ministre français de la Défense s’était rendu à Tripoli afin de relancer la coopération bilatérale en ce domaine".  En résumé, le dictateur a donc reçu successivement Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie... qui se marquaient déjà à la culotte, dès qu'il s'agissait de contrats d'armements...

En coulisse, ça tire sec dans les jambes sur les émissaires sarkoziens. Et cette rivalité visible Chiraco-Sarkozienne va en effet avoir un effet inattendu : de réussir à fâcher le dictateur...pour une raison à dormir debout : "fort indisposé, l'ami Kadhafi s'est par la suite fâché tout rouge, quand il s'est rendu compte qu'une partie des commissions s'est volatilisée. Huit des quinze millions d'euros promis ont bien été versés, mais sans aucune trace. Ni lettre de crédit, ni facture" raconte Bakchich, le 1 août 2007. Qui a bien pu subtiliser les 8 millions du contrat des F1 ? Nous sommes avant 2007... et une campagne électorale ça coûte cher : on accuse pourtant Norlain, le chiraquien, d'en être responsable, pourtant, avec sa gestion quelque peu opaque il est vrai. L'équipe de De Villepin a-t-elle joué un tour pendable à celle de Sarkozy, c'est bien probable : ce dernier devait avoir la tête occupée du côté de Karachi, sans doute... quel rôle à joué Alliot-Marie dans les deux affaires ? Bernard Norlain sera quelque temps après remplacé par un cadre de Thales, au nom de famille bien connu : c'est Guillaume Giscard d’Estaing ! Le neveu de l'autre, et déjà un infatigable démarcheur de présidences africaines, visiblement. Pas un ne lui échappe, même ceux à l'hôpital (notez le NOM de la filiale utilisée pour fournir le Tchad : c'est la Sabiex, cette société créée par Foccard ! et citée dans un des épisodes précédents !).

Tout et son contraire, a-t-on dit, à propos de Khadafi, car le dictateur a fait miroiter beaucoup de choses à tout le monde. "Un haut responsable libyen a annoncé jeudi à Tripoli que son pays avait signé un contrat d'armement avec MBDA (filiale d'EADS, du britannique BAE Systems et de l'italien Finmeccanica) pour l'achat de missiles Milan à hauteur de 168 millions d'euros et conclu un deuxième contrat avec EADS pour un système Tetra de communication radio à hauteur de 128 millions d'euros. En octobre 2006, le quotidien Al-Hayat, citant des "sources informée à Paris et Tunis", indiquait que la France et la Libye avaient "accompli un grand pas" vers la signature d'une série de contrats militaires et la vente d'une vingtaine d'Airbus. D'ores et déjà, la presse précisait alors que des patrouilleurs maritimes pourraient également être modernisés avec des missiles anti-navires Otomat de MBDA (société commune d'EADS, BAe Dynamics et Alenia)". Bref, sans même les Rafale ou les hélicoptères Tigre, que Khadafi aurait aussi souhaité (qu'en aurait-il fait aujourd'hui !), il y en a déjà pour plus de 413 millions pour les trois contrats, celui des Mirage compris. Sarkozy croit avoir trouvé le jackpot, c'est sûr, avec Khadafi. L'histoire des Rafale ira même jusqu'à une proposition du fils Khadafi de négocier avec les saoudiens pour une remotorisation des appareils, jugés faiblards, et un partage des achats. C'est Byzance, et non plus Tripoli qui s'annonce à l'horizon ! Les sous-marins pakistanais et les trois frégates saoudiennes avaient rapporté rien qu' en commissions 232 millions d'euros au total !

A La Tribune, qui a particulièrement bien suivi les négociations, on a tout noté. Même les noms de ceux qui sont venus négocier, rappelle le Blog Finance : "le journal La Tribune annonçait ainsi récemment que les industriels français Dassault Aviation, Thales et le fabricant de missiles MBDA, filiale de BAE Systems ont séjourné à Tripoli durant plus de deux semaines en vue de négocier plusieurs contrats de défense aérienne, dont celui sur le Rafale. Ils étaient accompagnés par le général Benoit Puga, chef d'Etat-major particulier du Président de la République, pour une mission de négociations avec les autorités Libyennes et notamment avec le patron des achats d'armement libyen, le général Abdurahman Ali Alsead". Benoît Puga, l'homme qui a choisi l'option de tir sur les terroristes et les deux jeunes otages du Niger... toujours le même groupe restreint autour de Sarkozy. Toujours la même garde rapprochée, que certains n'hésitent plus à appeler "gang".

Un groupe qui va y aller un peu fort question démonstratif : "cela étant, et pour fêter les 40 ans de l’arrivée au pouvoir du colonel Kadhafi, trois Rafale F2ont quitté leur base de Saint-Dizier pour rejoindre Tripoli, où il prendront part, le 1er septembre, à une parade aérienne organisée pour l’occasion, officiellement pour traduire « la volonté de la France de renforcer sa collaboration avec la Libye dans le domaine de la défense ». Ce défilé doit réunir au moins 75 appareils, libyens et étrangers", note Zone Militaire qui précise "Il faut dire que sur un plan purement économique, la Libye a de quoi séduire. Avec 43 milliards de barils, ce pays dispose en effet des premières réserves d’or noir d’Afrique… Et elles ont l’immense avantage d’être proches de l’Europe. Et qui dit pétrole, dit énormes rentrées d’argent." Cela valait-il la libération par les anglais, du responsable de l'attentat de Lockerbie, Ali Mohamed al-Megrahi ? Et le show médiatique parisien du colonel, ravi de l'aubaine ?

L'affaire des huit millions envolés resté secrète des deux côtés va être vite tassée, explique Bakchich pour "éviter que les ratés du contrat libyen n'éclaboussent trop de monde, tant au niveau industriel que politique. Au hasard Patrick Ollier, très actif dans ce qui a trait à la Libye et par ricochet sa ministre de l'Intérieur de compagne, MAM, déjà empêtrée dans la saga Clearstream. Mais aussi, les dirigeants de Safran, dont Sagem est une des composantes"... Plus de trois ans avant on a déjà ceux qui viennent de défrayer la chronique, dont le "compagnon" Ollier, dont les liens avec la Libye sont très étroits (écoutez pour ça l'interview d'Europe 1 en seconde vidéo, après Rama Yade)... Passé 2010, la vente de Rafale espérée ne se fera pas, et Khadafi, qui promettait tout et son contraire, subira comme tout le Maghreb une violente poussée démocratique... qui remettra tout en cause début 2011. Mais pas les petits accords passés il semble bien. Début mars, en sérieuse difficulté, Khadafi prête l'un de ses jets à Laurent Valdiguié et Bernard Bisson du JDD pour qu'ils viennent l'interviewer et en gros servir à redorer son blason en Europe et en France, bien écorné par ses terribles exactions. Mais les deux journalistes ne voyageront pas seuls. Dans un des fauteuils du Falcon (Dassault, peut-être bien ce 900X) un... intermédiaire monte avec eux. C'est encore et toujours Ziad Takieddine. Lorsque les trois larrons rentrent, l'interview en boîte, surprise, la douane française, prévenue par on ne sait qui, intervient sur le tarmac. Dans l'avion, une malette, celle de Takieddine, avec dedans 1,5 million d'euros, en liquide. Certainement pas ramassé en plein vol (**). Le prix d'un coup de pouce accordé à rehausser son image de marque ? 8 millions en 2007, 1,5 en 2011... et combien entre deux, et destinés à qui exactement ?

Maintenant on le sait. Le secret est déjà pratiquement éventé. A force de se focaliser sur Karachi, on a complètement oublié que la Libye avait aussi largement arrosé, via les commissions sur les contrats d'armements, négocié avec toujours le même intermédiaire, surpris avec une valise pleine d'euros tous frais il y a quelques jours à peine, en pleine débâcle du dictateur. La main dans le sac, pourrait-on conclure. Dans le JDD du 21 novembre 2010, je retiendrais la conclusion sur ce naufrage diplomatique total : "Ils sont devenus fous. Maintenant, ils vont se ventiler façon puzzle", soupirait hier soir un ténor de la droite" écrivait .... Laurent Valdiguié, l'homme à bord du jet de Khadafi. Il ne croyait pas si bien dire : ces sinistres "tontons flingueurs" ne sont pas drôles du tout, et leur parcours est jonché de bien trop de cadavres.

(*) ici avec G.W.BushBandar s'étant goinfré à lui seul 1 milliard de livres pour un contrat faramineux de 60 milliards pour l'acquisition des Typhoon anglais. On comprend pourquoi Dassault n'a pas là-bas réussi à imposer son Rafale : Serge n'avait pas le bakchich assez large.

(**) Mercredi 9 mars, jour où Sarkozy recevait les leaders de l'insurrection comme les nouveaux représentants du pays, un jet Libyen se posait au Bourget. Pas un des émissaires, et bien l'un des nombreux jets officiels de l'Etat Libyen, un Challenger 300. Qu'allait-il faire là ? Ces passagers allaient rencontrer qui ? Lorsque le premier avion de Khadafi était revenu de son interview, des questions avait déjà été émises : "Qu'allait faire Ziad Takieddine en Libye avec deux journalistes ? Selon des sources judiciaires, « il allait chercher de l'argent, vraisemblablement issu d'affaires qu'il conclut dans le pays depuis un certain temps ». Aux enquêteurs, M. Takieddine a avoué la création, en 2008, d'une société mixte en Libye, dont il percevait donc des dividendes. Manque de bol, il a été pris les doigts dans le pot de confiture, sans que l'on sache pour l'instant si les douaniers ont bénéficié d'un tuyau ou s'il s'agit d'un heureux hasard" note l'Union, qui ajoute : "que faisaient les journalistes dans l'avion affrété par la Libye et confié au Libanais Takieddine ? « Laurent Valdiguié le connaît très bien, confie-t-on à la rédaction du JDD, c'est à lui que Takieddine avait accordé une interview pour démentir ses liens avec l'entourage d'Edouard Balladur. Mais enfin, ça n'explique pas tout… » Aux douaniers, M. Takieddine a dit qu'il avait été chargé d'un « plan com' » par Mouammar Kadhafi, le guide souhaitant redorer son blason. C'est donc dans le cadre de la campagne de communication que M. Takieddine a bénéficié d'un jet et qu'il a choisi son ami journaliste".

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 20:45

 

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Nicolas Sarkozy et son gouvernement prennent-ils le chemin de la provocation à l’instar de leur ancien ami, le colonel Kadhafi ? Alors que les Mirage et autres bombes récemment livrés au dictateur par la France sèment la mort en Libye, voici le président de la République désignant le dit « Conseil national de transition » installé à Benghazi et présidé par un ancien homme de main du colonel, ex-ministre de la Justice, comme représentant officiel de la Libye. La France, doit-on le rappeler, reconnait les Etats et non les gouvernements. Pourquoi une telle précipitation sans consultation internationale?


Alors que plusieurs appels à l’arrêt des combats, à la négociation et au départ du colonel et de sa famille sont lancés par plusieurs pays et organisations régionales, voici le président de la République française annoncer de possibles « frappes aériennes ciblées » provoquant l’étonnement dans plusieurs capitales européennes. Sarkozy cherche-t-il à prendre une revanche sur la guerre nord-américaine en Irak qu’il avait souhaitée et à laquelle la France n’a heureusement pas participé ? Et que penser des informations distillées par l’agence de presse de Kadhafi sur des «  révélations » concernant le « financement » de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy ? Un parfum de règlement de comptes flotte entre Paris et Tripoli.


La diplomatie française a pris un nouveau départ, nous annonçait-on. Jeudi aura été une journée où la précipitation a pris le pas sur la nécessaire prudence à observer dans de tels conflits tandis que les annonces guerrières discréditent un fois de plus notre pays. Il y a danger : la France pourrait s’impliquer dans une très sale affaire.

 

José Fort

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 21:19

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http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/entre-chirac-et-sarkozy-la-haine-90212

 

 

Il est évident que sous les sourires de circonstance, on a affaire avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy à deux bêtes politiques prêtes à tout pour y arriver. L'un a trahi le gaullisme pour y parvenir, l'autre a fait un hold-up organisé avec quelques députés pour s'emparer du parti du premier. Entre les deux, ce n'est pas le parfait amour, loin de là. Pour la bonne et simple raison que nos deux utilisateurs de fauteuil présidentiel se sont écharpés à plusieurs reprises sur des histoires de gros sous. En France, c'est comme aux Etats-Unis désormais : pour faire campagne présidentielle, il faut de l'argent. Beaucoup d'argent. Si Jean-Marie LePen avait trouvé un moyen efficace de s'en procurer (tenir la main d'un mourant et lui faire signer sept versions successives de l'héritage, chacune l'avantageant davantage !), nos deux lascars ont dû faire preuve d'imagination pour remplir leurs caisses de campagne. Retour sur un de ces épisodes particuliers de cette rivalité toute financière entre les deux hommes...

 La "méthode Chirac", en politique, a fait des émules évidents en la personne de Sarkozy : trahir ses propres troupes, faire des coups d'état au sein même de son parti... et le financer de façon douteuse, voilà qui résume la carrière du précédent président, mais aussi celle de son successeur. Chirac, on l'a dit, avait berné l'UDR de Chaban et avait réussi surtout à partir avec la caisse de son parti. C'est aussi Chirac qui avait commencé à tisser des liens avec Khadafi et même Saddam Hussein : tout le monde se souvient de cette photo des deux protagonistes visitant Cadarache. Derrière les contrats, il y avait Dassault et ses avions : des Mirages F1 que les deux pays achèteront (pour Khadafi, la France venait juste de finir de les retaper- un contrat de "refurb" signé par Michèle Alliot Marie, chiraquienne en diable- quand ils se sont échappés vers Malte). Des avions, c'est-à-dire des sommes énormes à dépenser et des commissions a verser à la clé ! Au départ, Saddam commendera 16 F1EQ et 4 F1BQ, mais les fournitures finales se chiffreront à 90 appareils, plus 25 autres ajoutés en 1985. Le premier exemplaire avait été livré le 29 janvier 1981, et donc avant l'élection de Mitterrand du 10 mai : là c'était Giscard qui remplissait sa tirelire, cette fois sans De Broglie (voir l'épisode précédent) 

La leçon a bien été retenue par son successeur. Le gag, en effet, c'est que 30 ans après, tenez vous bien, la France vient juste de reproposer les mêmes Mirages à l'Irak... (on a la bonne méthode, il paraît, pour convaincre les acheteurs !) et devinez qui en a fait la déclaration officielle ? Vous avez deviné, c'est notre "slipocrate" comme l'a moqué le Canard Enchaîné, le "petit arabe" de Sarkozy (qui le surnomme ainsi paraît-il !) : l'ineffable Boris Boillon ! "l'Irak doit protéger sa souveraineté et pour ce faire, la France a proposé de vendre 18 Mirage F1 rétrofités qui peuvent être livrés dès la fin 2011 et immédiatement opérationnels, car beaucoup de pilotes irakiens ont été entraînés dans le passé sur ce type d'appareil", avait-il dit sans sourciller du haut de sa morgue bien connue. Le prix annoncé étant d'un milliard de dollars. "Ce prix modeste n'obèrera pas la capacité financière de Bagdad d'acheter des F-16 américains (...). Cette vente s'inscrit dans la cadre d'une proposition sur un plan global militaire aérien que la France a soumis à ce pays". Boillon rêve éveillé, comme son président : le F1 qu'il annonce revient donc à 55 millions de dollars pièce. Les roumains, dernièrement, ont acheté leurs F-16 (d'occasion) pour 1 milliard aussi, mais pour 6 appareils de plus ! Les américains annoncent leurs Hornets aux brésiliens à 5,7 milliards contre 6,2 pour le Rafale...et de toute façon ; ce n'est pas pour cette année ! Et les irakiens, leurs Mirages, ils les ont déjà payés !

Car ce qu'avait oublié aussi Boillon, qui ne doit pas suivre de très près les événements historiques, c'est que suite à l'embargo décrété, tous les Mirages n'avaient pas été livrés : les 25 derniers n'avaient tout simplement pas été fournis. Mais avaient été cependant dûment payés par l'Irak... qui, en février 2010, réclamait tout simplement... leur livraison : le "slipocrate" a-t-il tenté de présenter les choses autrement en parlant de vente, alors qu'il s'agirait en quelque sorte d'une.... restitution ? Et Boillon sait-il au moins où sont passés les 651 millions d'euros qu'avaient versé les irakiens  ? Son mentor doit le savoir, lui.... Le ministre de la défense du moment était alors Robert Galley, mari de la fille du maréchal Philippe Leclerc de Hauteclocque, qui deviendra ensuite, comme par hasard... trésorier du RPR fondé par Jacques Chirac ! Des irakiens qui avaient hérité aussi de cinq Super Etendards lanceurs d'Exocet, vus ici à Landivisiau en 1983, et fournis ("prêtés") cette fois par le gouvernement de Mitterand sous le nom de code d'opération "Sucre". Un de ces engins attaquera un navire américain, l'USS Stark, ou plus exactement un Falcon 50 spécialement modifié par Dassault (avec un radar Cyrano IV à bord) pour en emporter deux Exocets, les pilotes irakiens semblant avoir du mal à maîtriser l'Etendard. Plusieurs tankers ; dont le grec, Filikon L, feront aussi les frais d'une attaque, cette fois à l'Etendard, ravitaillé en vol par un Mirage F1 EQ-5, nouvellement arrivé, équipé du même radar que le Falcon (et du même nez !) qui tirera lui-même les missiles après (*) ! 

Le parti de Jacques Chirac s'est donc ainsi financé, mais aussi avec d'autres moyens encore. Chaque parti ayant sa méthode particulière, dénoncée bien entendu à chaque occasion par le parti concurrent. Laissons donc le chroniqueur mondain Eric Zemmour (et oui, il n'a pas été que polémiste raciste !) raconter la méthode, après avoir cité les diamants de Bokassa et l'affaire Urba : "Le RPR connaîtra la même mésaventure avec l’affaire Poullain, promoteur immobilier du quartier de la Défense. Les chiraquiens ont toujours soupçonné le ministre du Budget d’Edouard Balladur en 1993, un certain Nicolas Sarkozy, d’avoir transmis le dossier au parquet de Créteil, pour ruiner les chances présidentielles du président du RPR, Jacques Chirac. Mais la machine s’emballera. Pasqua, passé dans le camp balladurien, sera atteint. Il tentera de se défendre en intimidant le juge. C’est l’affaire Schuller-Maréchal. Qui se retournera contre Balladur. Pendant que Bernadette Chirac elle-même sera atteinte par une affaire de revente de terrains à la mairie de Paris. Où les chiraquiens voient encore la main de Sarkozy". Bref, en 1994, le ton est sérieusement monté entre les deux rivaux... qui utilisent les mêmes procédés, et tentent de se détruire mutuellement : un gâteau qui se réduit avec les nouvelles lois à venir sur le financement des partis, et les parts deviennent plus difficiles à conquérir. Un gâteau qui offre encore des "frais de bouche" assez conséquents à un Jacques Chirac, comme le révèle le Canard Enchaîné, devenu plus tard un livre signé Alain Riou : "14 millions de francs de "frais de bouche" dépensés par les époux Chirac de 1987 à 1995 dans leur logement de fonction", ce n'est pas rien... payé par le contribuable parisien ! L'affaire sera enterrée en 2005. Pour prescription !

Un gâteau qui pour Chirac demeure en effet suffisamment vaste : "Du temps de Chirac, dans les années 1980 et jusqu'au début des années 1990, la Ville de Paris présentait un budget excédentaire d'un milliard de Francs par an. Un milliard. C'était un milliard d'argent de poche pour le maire Chirac, et comme celui-ci est d'un naturel empathique, il n'hésitait pas à en faire profiter des quantités de gens : électeurs de Corrèze, journalistes, réseaux divers, barbouzes de tous échelons, communautés, fils de, cadres sportifs, trouvaient des emplois pas toujours douteux auprès de la Ville," peut-on lire ici-même. Un gâteau qui continue à être exploité par l'adversaire, selon les méthodes débutées par De Broglie (voir notre épisode précédent). Le gouvernement d'Edouard Balladur, sous la cohabitation, donc, réusissant à conclure des contrats militaires juteux, le principe des commissions, que le gouvernement précédent a utilisé avec les Frégates de Taïwan, et où beaucoup de morts on jonché l'enquête qui a suivi leur conclusion, le même procédé dit de "rétro-commission". Pour résumer, on accorde à des intermédiaires bien placés de juteuses commissions, qui acceptent en retour d'en verser une partie à celui qui est à l'origine du contrat. Or depuis la loi du 29 septembre 2000, il est interdit aux sociétés françaises de verser des commissions à des agents publics étrangers pour les inciter à signer des contrats, de telles pratiques étant alors automatiquement assimilées à de la corruption pure et simple. Et l'enquête à démontré que les paiements, notamment à la société Heine, qui a servi d'écran, se sont étalés jusque 2004 au moins. Et le dernier sous-marin ; construit lui aussi sur place (seul le premier a été construit en France), a été livré... en 2008 seulement !

Sous Balladur, on ne va pas y aller de main morte, avec cette méthode de mafieux. Les ventes de sous-marins au Pakistan rapportent, visiblement. Les trois sous-marins de type « Agosta » vendus sont réglés par un montant total de 5 415 millions de francs de l'époque (826 M€), via l'accord conclu le 21 septembre 1994 (**), avec à la clé des paiements en sous-main :  "tous les trois jours environ, j'allais déposer de l'argent en liquide, dans une mallette, au Crédit du Nord », raconte dimanche au Parisien un ancien membre de l'association de financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, entendu comme témoin dans l'enquête sur l'affaire Karachi.« En tout, entre le 13 mars et le 24 avril, j'ai dû procéder à 22 dépôts (...) cela pouvait aller de 100.000 à 500.000 F maximum (15.000 à 75.000 euros environ) car la mallette ne pouvait pas contenir plus », se souvient Alexandre Galdin, 43 ans, entendu le 25 février par le juge Renaud van Ruymbeke"nous dit la presseDerrière le contrat il y a "l'activisme" d'un François Léotard, raconte Jean Guisnel, lui aussi journaliste au Point.

L'enjeu ne porte pas que sur les sous-marins. Deux autres contrats seront signés, dont celui, "abracadabrantesque", pour l'achat de drones israéliens, des RQ-5 Hunter acheté à Israel Aircraft Industries (IAI). L'engin, qui a volé pour la première fois en février 1994 sera une catastrophe en opérations : plusieurs (7 exactement) seront perdus lors de crashs.  Sa maintenance est un cauchemar : toutes les 25 heures de vol il est bon pour la révision complète et ses deux moteurs, au départ des Moto Guzzi bicylindres, ne tiennent qu'une centaine d'heures maxi ! (***). La bagatelle de 62 engins, pourtant construits et achetés par les Etats-Unis, resteront cloués définitivement au sol : personne n'en voulait plus. On a ressortira quelques uns pourtant pour le Kosovo, où trois seront abattus par des missiles Strella. Un achat donc plutôt... étrange (sa chaîne de production sera arrêtée dès 1996, soit trois ans AVANT son arrivée en France, qui reçoit donc ceux qui avaient été mis sous cocons comme invendus !) : "Les drones Hunter étaient destinés à la toute nouvelle Direction du renseignement militaire (DRM), mais celle-ci se montrera pour le moins réticente en raison des très médiocres qualités de l’engin. Quatre appareils seront finalement acquis, par l’entremise d’un agent à la fois bien introduit en Israël et très en vue sur la place de Paris, où il exerce alors le noble métier d’éditeur. Les drones arriveront en France en 1999, sans jamais quitter leur affectation au Centre d’expériences aériennes militaires (CEAM) de Mont-de-Marsan, sinon pour effectuer quelques missions au-dessus du Kosovo, en 1999, et lors du G7 d’Évian en 2003," nous explique Guisnel, qui ajoute, non sans malice : "curieusement, au moment même où la France procédait à l’acquisition de ces engins israéliens, la société Sagem vendait des drones SDTI (Système de drone tactique intérimaire) aux Pays-Bas, sous la marque commerciale Sperwer. Une telle démarche, consistant à acheter des drones en Israël tout en exportant simultanément des engins de fabrication nationale, aux capacités certes différentes mais que les armées françaises n’avaient alors pas acquis, a beaucoup intrigué. Certaines sources militaires françaises évoquaient à l’époque des « intérêts commerciaux personnels de politiques » dans cette affaire. Sans plus de détails, comme souvent." Bref, le contribuable français, via François Léotard, va acheter des engins dont il n'a nul besoin et qui ne serviront jamais... à part de renflouer via des commissions versées le parti du commanditaire... pour ce qui est du troisième contrat, bien plus juteux encore, je vous en parlerai plus tard, si vous le voulez bien....

Pour les commissions liées aux drones ou aux sous-marins, les paiements se font évidemment en liquide, pour éviter qu'on ne remonte vers l'origine en cas d'enquête. Une banque a nécessairement blanchi quelque part le versement initial : l'une de celles située dans les multiples paradis fiscaux qu'avait dégotté... Jacques Chirac, les deux groupes ne cessant de s'imiter a-t-on dit. Pour Karachi, ce sera dans l'île de Man. "Ce matin-là, quand je suis arrivé au siège de l’association à 9 heures, nos bureaux étaient recouverts de dizaines de hautes piles de billets de 500 F. Un spectacle incroyable. J’étais stupéfait. « Qu’est-ce que c’est ? », ai-je demandé. La réponse qu’on m’a faite, en substance, c’était : « Ne pose pas de questions. » Et je n’en ai pas posé." Ah, ne rien demander sur cette accumulation de petites coupures : c'est mafieux, comme état d'esprit en fait. Une mafia qui s'étendait à du beau linge, pourtant : au 84, rue de Grenelle en effet, siège de campagne de l'opposant à Chirac, "tous les ministres du gouvernement Balladur y disposaient d’un bureau, le plus souvent occupé par un homme de confiance. On croisait Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire, Brice Hortefeux, Frédéric Lefebvre, Michel Barnier, François Fillon, François Léotard, Michel Giraud… " Bref, les mêmes qu'aujourd'hui au pouvoir ! On comprend soudain beaucoup mieux l'acharnement véritable d'un Nicolas Sarkozy a vouloir à tout prix se transformer en VRP de l'armement ! "Le rapport de synthèse de la police luxembourgeoise, daté du 19 janvier 2010, fait également état du rôle central de Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget et bientôt chef de campagne d'Edouard Balladur, dans la constitution et la gestion de la société Heine..."nous avait dit la presse  : en somme, il n'a rien perdu de ses (vilaines) habitudes, la société Heine ayant servi visiblement d'écran aux divers transferts d'argent liés au contrat de Karachi.

N'en jetez plus, ils sont tous passés, et ont donc tous vu les billets s'accumuler ! « Je pensais alors qu'il s'agissait de fonds secrets de Matignon. Tout le monde, au QG, le subodorait », dit-il. « Même si nous n'en parlions pas à l'époque, la thèse selon laquelle cet argent liquide pourrait provenir de rétrocommissions liées aux contrats d'armement me paraît également plausible. En tout cas, elle doit être explorée », poursuit le candide Alexandre Galdin, le fameux porteur de valises. Là c'est pire encore : le gars qui allait déposer les liasses pensait que c'était le gouvernement de l'époque qui payait sa propre campagne avec les fonds... de l'Etat ! Et il n'y trouvait rien à redire... Chirac ayant déjà puisé avant dans le même coffre... Mais cette fois on est en face de sommes qui vont devenir astronomiques : "Le 26 avril 1995, le volume d'argent (déposé à la banque) était tel que ce n'est pas une mallette mais une valise en faux cuir marron, de très mauvais goût, que j'ai apportée à la banque", enfonce Galdin, évaluant à « peut-être 3 millions de francs, soit l'équivalent de six mallettes », le montant de ce dépôt". "Ce jour-là, le trésorier de la campagne Balladur, René Galy-Dejean, l'accompagnait, dit-il". Ah, là, ça devient difficile de nier la liaison entre les balladuriens et l'argent frais débarqué d'on ne sait où... depuis, René Galy-Dejean s'est retrouvé face à Jean-François Lamour, le parachuté de sa propre circonscription, et a même été viré de son parti pour ne pas l'avoir accepté de gaieté de cœur... qu'attend-il donc pour parler ? 79 ans, c'est l'âge de se lâcher, non ? Qu'il le vide donc, son sac !

Les commissions, ou les rétrocommissions, ça rapporte, mais surtout au rival de Chirac, qui décide donc un jour d'arrêter de verser dans l'autre sens les versements aux responsables pakistanais décisionnaires. Comme le souligne Hervé Gattégno, Chirac, à peine éélu (le 7 mai 1995), veut en effet alors faire payer durement leur trahison à Balladur, Sarkozy et Léotard. Il décide de s'attaquer au portefeuille du parti. En allant saboter ses revenus, tirés des contrats d'armement passés à l'étranger. Notamment le fameux contrat de 1994 avec les sous marins pakistanais. Résultat, les pakistanais se retrouvent privés de leurs propres commissions et cela provoque au final en représailles onze morts chez les ingénieurs français dépêchés pour monter là-bas l'un des fameux sous-marins. Onze sacrifiés, le 8 mai 2002, soit à peine quelques jours après la réélection de Chirac (du 5 mai), élection qui ruine leurs espoirs d'être payés un jour. A noter que comme aujourd'hui Khadafi, on citera Ben Laden comme responsable, via un de ses fameux enregistrements qui revendiquera l'attentat auquel il n'a en rien participé ! Demain, nous verrons que cette guerre interne au sein de la droite française et de l'ex parti gaulliste a continué bien après l'élection de Chirac, qui n'avait pas du tout apprécié la manne pakistanaise sur laquelle le parti de Balladur s'était assis. La guerre avait en effet continué bien après, avec des méthodes des pires gangsters existants, comme nous le verrons.

 

(*) "les Super Etendards portaient les numéros 64,65,66,67 et 68" semble-t-il, et ils attaqueront plusieurs autres pétroliers  : "le 27 mars 84 contre le - Filikon L - ( grec) Endommagé, le -27 mars 84 contre le -Hetan Ilho- coulé - le 25 avril 84 contre le -Safina al Arab- mis hors d'usage - le 27 avril 84 contre le -Sea Eagle- endommagé - le 14 Mai 84 contre le –Tabriz- endommagé -le 31 Mai 84 contre le –Atlanticos- coup au but - le 3 juin 84 contre le –Buyuk Hun- (Turc) mis hors d'usage - le 3 Juin 84 contre le –Giantkim- mis hors d'usage - le 3 Juin 84 contre le –Dashaki – coulé -le 12 Octobre 84 contre le –Sivand- mis hors d'usage - le 15 Octobre 84 contre le –Sivand- 2eme attaque et mis hors d'usage" note un forum. 

(**) la "COUR DE DISCIPLINE BUDGETAIRE ET FINANCIERE", Siégeant à la Cour des comptes, en audience publique le 28 octobre 2005 affirmera en prime que la vente était quasi déficitaire, en raison du nombre d'heures non prévues pour les construire ! Et condamnera des lampistes de la DCN à des sommes variant entre 4500 et 6000 euros, dérisoires au vu des sommes engagées par l'Etat !

(***) avec le MQ-5B de 2003, on passera à deux moteur Mercedes bicylindres qui permettront d'atteindre 75 heures entre révisions et 300 heures par bloc moteur.

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Published by valenton rouge - dans Neuilly et le 9.2
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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 21:11

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http://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/DENORD/20132

 

En France comme dans la plupart des démocraties libérales, les membres de la classe dirigeante constituent un groupe social conscient de lui et séparé des autres. Mais l’intégration à ce monde ne s’opère pas spontanément. Entamée au moment des études, elle se prolonge au sein de cercles élitistes, tel Le Siècle, et de réceptions mondaines où se coudoient les vedettes issues de divers horizons professionnels.

Par François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine

Publié aux Etats-Unis en 1956, en pleine guerre froide, L’Elite du pouvoir de Charles W. Mills a suscité d’intenses controverses. Ce livre démontrait en effet que le pays censé incarner le pluralisme démocratique était en réalité contrôlé par une étroite minorité d’individus juchés aux postes de commande des plus puissantes institutions de la société moderne (Etat, grandes entreprises, armée, médias, etc.). Le sociologue reconnaissait que « l’élite du pouvoir » se laisse difficilement circonscrire : « Les hommes des sphères supérieures sont impliqués dans un ensemble de “bandes” qui se recoupent et de “cliques” unies entre elles par des liens compliqués (1). » Dans la France contemporaine, les choses sont plus simples : un mercredi par mois, vers 20 heures, l’élite du pouvoir s’attable dans les salons cossus de l’Automobile Club de France pour le dîner du Siècle.

De l’aveu même de l’ancien président de cette association, on y mange plutôt mal (2). Mais qu’importent les mets et les breuvages. De l’avis d’un habitué, M. Jean-Louis Beffa, ancien président de Saint-Gobain devenu conseiller auprès de la banque Lazard, « on va aux dîners du Siècle pour le pouvoir (3) ». Non pas le pouvoir élu, l’autre — quoiqu’un large pont relie les deux : les agapes mensuelles se déroulent place de la Concorde ; l’Assemblée nationale se trouve juste de l’autre côté de la Seine.

Les « importants » autour d’une table

Créé en 1944, Le Siècle n’est ni un groupe de réflexion, ni un club mondain. En favorisant un dialogue réglé entre patrons, journalistes, politiques, hauts fonctionnaires et, dans une moindre mesure, universitaires ou artistes, cette association cherche à produire du consensus plutôt qu’à constituer des antagonismes politiques. Elle réunit des gens « importants » pour ce qu’ils font, plutôt que pour les affinités ou les goûts qu’ils partageraient.

L’initiative de fonder ce cénacle revient à Georges Bérard-Quélin (1917-1990), un journaliste radical-socialiste, éphémère secrétaire de rédaction en 1940 de La France au travail, un journal collaborationniste, avant d’épouser la cause de la Résistance. Homme de réseaux, « BQ », comme on le surnomme, est aussi le patron de la Société générale de presse, une agence dont le fleuron éditorial porte les mêmes initiales que lui : le Bulletin quotidien. Les fondateurs du Siècle et de la Société générale de presse se donnent pour mission de bâtir, grâce à ces deux instruments, « un pont entre des mondes qui s’ignorent trop en France (politiques, hauts fonctionnaires, journalistes, industriels, banquiers) ».

D’un côté, l’association entend faire se rencontrer les puissants et participer à leur renouvellement générationnel, indépendamment des organigrammes industriels et financiers, des hiérarchies administratives ou des honneurs institués. De l’autre, le périodique a pour fonction de fournir à ces mêmes dirigeants un digest de l’actualité économique et politique. C’est sur cette base que le BQ s’impose d’abord comme la gazette coûteuse (en 2011, 25 euros par jour) d’une amicale guindée, avant que son lectorat ne s’élargisse progressivement aux rédactions, administrations et états-majors politiques et patronaux.

Dans l’immédiat après-guerre, de profonds clivages fragmentent la classe dominante : résistants contre collaborateurs ou vichyssois ; patrons — libéraux ou corporatistes — discrédités contre hauts fonctionnaires planificateurs ; partis politiques désunis contre un Parti communiste au plus haut de ses résultats électoraux. Bérard-Quélin et ses associés œuvrent à réconcilier les élites, communistes exceptés. Avec un certain succès. Alors que les premiers gouvernements de la Ve République comptaient 20 % de membres du Siècle dans leurs rangs, cette proportion n’a fait que croître durant les années 1960 et 1970, pour atteindre les 58 % en 1978  (4). Depuis lors, elle oscille entre le tiers et la moitié des ministres (quelle que soit leur orientation politique), avec un pic de 72 % entre 1993 et 1995, sous le gouvernement de M. Edouard Balladur...

A l’occasion de l’hommage rendu au fondateur du Siècle après son décès, son ami Pierre Moussa, un inspecteur des finances reconverti dans la banque (fameux pour avoir tenté de soustraire Paribas à la nationalisation en 1982), se félicitait du chemin parcouru. Le petit cercle des années 1940-1950 a en effet progressivement intégré les principales personnalités politiques françaises (de François Mitterrand, un proche de Bérard-Quélin, à Georges Pompidou en passant par Pierre Mendès France) et a su réunir en un seul réseau grands patrons du public et du privé. « Aujourd’hui, concluait M. Moussa, pas seulement bien sûr grâce au Siècle, mais — je le pense sincèrement — en partie grâce à lui, la situation a changé totalement ; reste à entretenir cette communication entre secteurs d’activité ; reste aussi une tâche permanente, qui est de faire communiquer entre elles les générations successives. »

Le Siècle rassemble désormais environ sept cents membres et invités, soigneusement cooptés par son conseil d’administration, lui-même composé d’une quinzaine de personnes renouvelées pour moitié chaque semestre. La cheville ouvrière de l’organisation s’appelle Etienne Lacour, rédacteur en chef de la Société générale de presse, où il travaille depuis une quarantaine d’années. Il a d’ailleurs remplacé Jacqueline Bérard-Quélin dans l’élaboration des plans de table. Une tâche cruciale dans une organisation où l’on ne fait que dîner : répartir plusieurs centaines de personnes sur des tables de sept ou huit, de telle sorte que tous les secteurs d’activité soient représentés et sans froisser les susceptibilités individuelles, relève de la pure alchimie sociale.

On ne demande d’ailleurs pas à entrer au Siècle : on y est invité, grâce au parrainage de deux membres au moins. Le conseil d’administration ne vote l’admission définitive, à la majorité qualifiée, qu’au terme d’une période probatoire d’un ou deux ans. Dès lors, l’enjeu pour le futur impétrant consiste à se montrer, aux dîners, courtois, informé, intéressé, affable, capable de mots d’esprit et discret — les propos tenus à table ne doivent pas être divulgués.

Unité de genre,
conformité de classe

Etre membre du Siècle témoigne, d’abord, d’une insertion réussie au sein de la classe dominante. Aux côtés des patrons du CAC 40, des responsables des bureaucraties d’Etat et des bobardiers de renom, l’association regorge de personnalités de droite, comme MM. Nicolas Sarkozy, François Fillon, Jean-François Copé, respectivement chef de l’Etat, premier ministre et secrétaire général du parti majoritaire. La gauche parlementaire n’est cependant pas en reste. « J’aime beaucoup le Siècle, dit ainsi Mme Martine Aubry. J’ai cessé d’y aller en 1997 lorsque je suis devenue ministre. C’était très intéressant. Je me retrouvais à des tables avec des gens extrêmement différents (...). L’initiative peut être perçue comme totalement élitiste, mais cela reste un vrai lieu de rencontre. J’y ai beaucoup appris. Car, pour moi, la vraie intelligence, c’est d’essayer de comprendre des gens qui ont une logique différente (5). » L’ancien bras droit de M. Jacques Delors, M. Pascal Lamy, actuel directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), explique sa présence par une forme d’entrisme : « Il est important que les hommes de gauche ne laissent pas les décideurs être en contact seulement avec la droite. » D’autres, comme M. Pierre Moscovici, reconnaissent sans détour que Le Siècle se révèle « un réseau social très influent (6) ».

Plutôt de droite, de centre ou de centre gauche ? En 1995, quelques mois avant le plus important conflit social survenu en France depuis 1968, le conseil d’administration du Siècle faisait figure de boudoir paisible. Mme Aubry y voisinait avec M. Jérôme Monod, grand patron connu pour sa proximité avec MM. Jacques Chirac et Alain Juppé ; Pierre Rosanvallon, l’ancien théoricien de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) devenu secrétaire général de la Fondation Saint-Simon, y bavardait avec M. Jean-Claude Casanova, inlassable promoteur du giscardo-barrisme ; Olivier Duhamel, le médiatique professeur de droit public, y côtoyait M. Didier Pineau-Valencienne, le très libéral président-directeur général de Schneider.

Si l’on s’intéresse non plus à l’étiquette politique des membres du Siècle mais à leurs caractéristiques sociales, on saisit alors une image fort différente de celle officiellement promue. Plutôt qu’un « tremplin pour des éléments brillants que la naissance ou le milieu ne prédisposent pas à se constituer un tissu de relations dans les antichambres du pouvoir (7) », l’association fait surtout se rencontrer les sachems des affaires, publiques et privées. On s’y félicite d’avoir repéré Mmes Rachida Dati ou Fadela Amara, ou d’avoir perçu précocement les talents de M. Stéphane Courbit, l’ancien patron d’Endemol France, qui n’a pas fréquenté des écoles aussi prestigieuses que les autres convives. Mais l’unité de genre, l’uniformité d’âge, la monotonie des diplômes scolaires, l’homogénéité des origines et la conformité de classe restent absolument confondantes.

Les membres du Siècle sont très majoritairement des hommes (85 %), âgés de plus de 55 ans (80 %), fils de patrons, de hauts fonctionnaires ou de professionnels libéraux (55 %), diplômés d’un institut d’études politiques (50 %) et, pour nombre d’entre eux, énarques (40 %), quand ils n’ont pas usé les bancs des grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce (25 %).

Le Siècle n’est cependant pas un simple lieu de rencontre où chacun de ces happy few ferait un pas pour sortir de son monde et côtoyer ses pairs en pouvoir. De la société de cour au Commissariat général du Plan, « l’élite » a toujours sécrété des instances de coordination. Mais la mise en relation qui s’y effectue n’est jamais réciproque ; elle dépend des rapports de forces entre les différentes fractions de la classe dominante. Quand ils vont au Siècle, certains transgressent plus que d’autres : les rares syndicalistes attablés avec des patrons ; les journalistes banquetant avec les politiciens préférés de leurs employeurs (et refusant d’informer le public de ces rencontres...) ; des hommes et quelques femmes politiques commensaux de leurs adversaires électoraux. En revanche, l’industriel ou le banquier qui bavarde avec un journaliste célèbre, entreprend une figure de la majorité comme de l’opposition, échange avec un syndicaliste, voire devise avec un haut fonctionnaire qui, dans quelques années peut-être, deviendra l’un de ses collaborateurs ne se commet pas. Il ne sacrifie rien. Il a même tout à gagner à la domestication de représentants d’univers sociaux qui se sont constitués historiquement contre les puissances de l’argent (syndicalistes et milieux intellectuels) ou se doivent, si l’on en croit les déclarations de principe, d’en être indépendants (journalistes, hauts fonctionnaires et personnel politique).

Malgré le halo de mystère qui nimbe ses rencontres, Le Siècle n’est pas une assemblée de comploteurs. Rien de crucial ne s’y conclut et les exemples de transactions nouées entre deux coups de fourchette sont si peu nombreux que la presse les répète inlassablement : « On raconte (...) que la révolution de palais suscitée par le transfert de Franz-Olivier Giesbert du Nouvel Obs au Figaro, en septembre 1988, se noua lors d’un dîner du Siècle, en présence de Philippe Villin, alors bras droit du papivore Robert Hersant. On dit encore que l’entrée d’Edouard de Rothschild au capital de Libération s’est jouée place de la Concorde (8). »

Les décisions capitales pour le pays se prennent dans les instances internationales ou communautaires, à l’Assemblée nationale et au Sénat, au conseil des ministres et dans les conseils d’administration. En revanche, elles font suite à des rencontres et à des conversations. Elles impliquent une manière commune de poser les problèmes politiques ou d’appréhender la marche des affaires privées, que Le Siècle facilite, en marge des instances légitimes de décision qui fondent une véritable démocratie économique et sociale.

A l’automne 2010, des entrefilets dans les journaux ont annoncé l’accession de Mme Nicole Notat à la présidence du Siècle, en remplacement de M. Denis Kessler. L’ancienne secrétaire générale de la CFDT, reconvertie dans le conseil auprès de grandes entreprises, succède ainsi à un ancien dirigeant du Mouvement des entreprises de France (Medef), fossoyeur assumé des conquêtes sociales promues par le Conseil national de la Résistance (9). Le croisement de leurs trajectoires met au jour la fonction principale du Siècle : réunir les élites pour qu’elles œuvrent de concert à la reproduction de l’ordre social. Et M. Kessler d’ironiser : « Nicole Notat me succède. Après un patron, une syndicaliste. La preuve d’une certaine ouverture, non (10)  ? »

François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine.


(1) Charles W. Mills, L’Elite du pouvoir, Maspero, Paris, 1969, p. 16.

(2) Denis Kessler, « Le Siècle face à ses injustes critiques », Le Monde, 16 décembre 2010.

(3) Cité par Jean-François Polo dans « Les patrons et l’opéra, une relation particulière », Les Echos, Paris, 19-20 novembre 2010.

(4) Jean Bothorel, La République mondaine, essai sur le giscardisme, Grasset, Paris, 1979, p. 54.

(5) Les Echos, 21 mars 2008.

(6) Le Parisien - Aujourd’hui en France, 22 août 2010.

(7) Brochure commandée par le conseil d’administration du Siècle à l’historienne Agnès Chauveau, 31 décembre 2000, p. 14, reprise par Anne Martin-Fugier, « Le Siècle (1944-2004), un exemple de sociabilité des élites », Vingtième Siècle, n° 81, janvier-mars 2004.

(8) Stratégies, 14 avril 2005.

(9) Challenges, 4 octobre 2007.

(10) L’Expansion, 1er décembre 2010.

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 21:11

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http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/un-racisme-d-etat-89893

 

On nous avait promis une droite nouvelle, qualifiée de "décomplexée", en 2007. Trois ans après à peine, on se retrouve avec une extrême droite gouvernementale, qui n'hésite plus à se montrer ouvertement ou à inviter des racistes confirmés pour qu'ils viennent ressortir, au nom soi-disant de la liberté d'expression, l'abolition d'une loi qui interdit de nier l'existence des camps de concentration et l'assassinat de milliers de juifs dans ces mêmes camps. L'apparition d'Eric Zemmour, à peine condamné pour provocation à la haine raciale, au sein même des locaux de l'Assemblée Nationale restera une tache fondamentale de ce régime qui n'hésite plus à montrer ses relents fascisants, envisagés par moi-même dès la campagne électorale abjecte qu'avait mené celui qui dirige aujourd'hui ce pays. Autour d'Eric Zemmour s'était agglutiné le gratin des députés qui sont plus proches de l'extrême droite qu'autre chose (*). Soit des anciens du GUD ou d'Occident, tels Hervé Novelli ou Gérard Longuet, soit des UMP ralliés après avoir longtemps lorgné vers le CNI tel Christian Vanneste (et ses amis du Club de l'Horloge**). Ou encore des députés nostalgiques de l'algérie française comme Thierry Mariani ou Lionel Luca, ce fils de légionnaire roumain favorable à la peine de mort. Trente-cinq députés, dits de la "Droite Populaire" qui tiennent le même discours que tient le Front National. Ou sinon pire, Marine Le Pen ayant elle clairement rejeté tout soutien à la notion de négationnisme. On comprend mieux pourquoi un Mariani tente de faire croire qu'il la combat (***)...

 Leurs contradictions racistes sont pourtant évidentes : Christian Vanneste est l'auteur d'une loi mémorielle digne du discours de Dakar, et pourtant il applaudit un individu qui parle de leur suppression : pour sûr, il ne doit pas se souvenir que sa proposition de loi de 2005 en est devenue une ! Ou alors il en a oublié le contenu !

Thierry Mariani, dans son célèbre texte (***) digne des propos de Riposte Laïque sur "nous ne serons jamais des fascistes", avait décrit le programme économique du Front National, qui n'a que fort peu changé depuis sa première rédaction. "En vérité, le programme économique et social du Front déconne caractérisé par son incohérence doctrinale ultralibéral et antiliscaliste d'un côté mais se voulant désormais favorable au maintien du statu quo en matière de retraites et défenseur intransigeant des services publics. Cherchez l'erreur. En guise de propagande, le FN propose un patchwork visant à séduire différentes catégories d'électeurs aux motivations souvent contradictoires. C'est pourquoi la majorité doit réaffirmer haut et fort que le Front national n'a nullement le monopole de la nation et encore moins celui de la République". Un programme économique à l'origine rédigé par un dénommé Gérard Longuet, présent en coup de vent lors de la venue infamante de Zemmour ! Enfoncer à ce point son propre collègue, il est beau l'esprit de corps dans le groupe d'extrémistes de l'UMP.

Quant à Zemmour, qui revient dans son discours honteux sur la Loi Pleven, celle selon lui à l'origine de toutes les autres, il n'est pas en reste, loin de là. Or que dit-elle, cette première loi ? Ceci : "La diffamation commise envers les particuliers par l’un des moyens énoncés en l’article 23 sera punie d’un emprisonnement de six mois et d’une amende de 80 000 F, ou de l’une de ces deux peines seulement. La diffamation commise par les mêmes moyens envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée sera punie d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 300 000 F ou de des deux peines seulement. (L. n. 90-615, 13 juill. 1990, art. 10)". Un texte de loi bien précis pourtant, qui s'attaque à : "Ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l'écrit, de la parole ou de l'image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public (...) auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de 2.000 F à 300.000 F, ou de l'une de ces deux peines seulement. (Art. 23, alinéa 1, et 24, alinéa 5, de la loi du 29-7-1881 )".

Parmi les visés par cette loi, Brice Hortefeux et ses propos, rappelés par maître Eolas le 12 juin dernier : or ce jour là, dans l'échange verbal, qui était à ses côtés pour enfoncer le clou ? Jean-François Copé... Qui le soutient après ? Copé, toujours. "Brice Hortefeux répond plaisamment “Non, parce que passé vingt heures, je ne suis plus payé”, ce qui provoque cette réflexion amusée de Jean-François Copé : “N’oubliez jamais un truc, il est Auvergnat”.Un Copé qui va alimenter ce jour-là la chaudière raciste : "Le ministre, de dos à la camera, fait une remarque sur la taille du militant (“Il est beaucoup plus grand que nous en plus”), puis un homme précise “Lui, il parle arabe, hein”, déclenchant quelques rires qui font dire à Jean-François Copé, blagueur, “Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés”. Hortefeu descendant très vite plus bas en registre : La caméra contourne le groupe qui paraît se disloquer, une fois les photographies prises, et dorme à voir très distinctement, en un plan plus rapproché, une main de femme qui caresse affectueusement la joue du jeune hommes tandis qu’une autre, qui se trouve immédiatement à côté du ministre, ce dernier à cet instant de trois quarts dos à la caméra, précise : “Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière”, à quoi Amine B… (c’est le nom du militant en question) réplique : “Ben oui”, avant que Brice Hortefeux lance à la cantonade : “Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype alors. C’est pas du tout ça”, déclenchant à nouveau des rires. Une militante intervenant pour assurer que "C’est notre… c’est notre petit arabe”, Hortefeux ajoutant “Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes”, avant de prendre congé du groupe par ces mots", précise maître Eolas... qui conclut sans ambiguité aucune : "Il (Brice Hortefeux) est punissable aux termes de la loi, dès lors qu’il vise indistinctement un groupe de personnes non autrement identifiées que par un des éléments énoncés par l’article 33, alinéas 3 ou 4, de la loi du 29 juillet 1881 : origine, appartenance ou non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, ou encore sexe, orientation sexuelle, handicap. Il le serait, sous cette forme (“Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes”), pour tout autre groupe de personnes défini par un quelconque des critères, énoncés par la loi, de détermination du groupe des personnes à protéger (les juifs, les noirs, les catholiques, les femmes, les homosexuels, les non-voyants, etc.). Il l’est, en l’espèce, pour toutes les personnes d’origine arabe". Brice Hortefeux, ministre d'Etat, a bien exprimé un propos raciste. Et sera très certainement condamné pour l'avoir tenu, d'où son extraction du gouvernement. Son "ami" Copé aurait pu trouver autre chose pour sa défense que son lamentable avis sur la "qualité de l'image, alors qu'on lui parlait du son capté : "Jean-François Copé a déclaré sur France Inter qu'il n'est "pas certain que l'image que l'on voit à l'écran soit complètement celle réalisée par des professionnels" et a estimé qu'elle avait été capturée "par un téléphone portable", selon Le Monde.fr."

En fait, ce qu'il y a de plus saisissant encore, c'est qu' ils ont vraiment le don d'oublier ce qu'ils ont fait, à L'UMP. C'est pourtant bien un ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes bombardé secrétaire d'État au Commerce extérieur le 14 novembre 2010, Pierre Lellouche, qui a proposé d'aggraver les condamnations pour agressions à caractère racistes ou antisémites, chose qui sera adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 10 décembre 2002 et promulguée dès le 3 février 2003. C'est même devenu depuis "La loi Lellouche". A l'époque, voilà ce qui en avait été dit : "La proposition constitue une petite révolution juridique dans la législation antiraciste française, intégrée, pour l'essentiel, depuis 1972, dans la loi sur la presse et destinée à réprimer la diffamation, l'injure et la " provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence" raciste. La proposition Lellouche intervient au cœur du code pénal : elle prévoit que les "motivations racistes" de l'auteur de certains crimes et délits (meurtre, actes de torture, violences, destruction ou dégradation d'un bien) constituent une "circonstance aggravante" justifiant des peines aggravées. Cette "circonstance aggravante" est constituée, dispose le texte, "lorsque l'infraction est précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature portant atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée." Une loi aggravante mais bizarrement ne touchant pas au domaine des injures raciales proprement dites, car "limitée à la répression d'une partie de la réalité du racisme - les violences physiques et matérielles -, la proposition ne traite pas des discriminations raciales ni des agressions homophobes, qui, assure M. Lellouche dans son rapport, doivent faire l'objet de projets de textes distincts". Des textes dont on ne verra au final pas la couleur, l'avis de l'UMP sur la question changeant autant que les cravates de Lellouche. Aujourd'hui, les propos de Zemmour sonnent encore plus étranges : selon lui, si on comprend bien, on devrait donc pouvoir tenir des propos racistes, tant qu'on ne tue pas l'individu... Pire encore avec les propos... racistes, entendus pourtant à Bucarest. Des propos émanant... du ministre roumain de l’Intérieur, M. Marian Tutilescu, mais aussi de Pierre Lellouche lui-même ! Le secrétaire d'Etat aux affaires européennes avait eu droit à un rectificatif plutôt salé de la part des associations s'occupant des Roms. Pierre Lellouche, et son langage si fleuri d'habitude... où va se nicher le racisme, parfois !

Contradiction encore, sur des questions comme la double peine, pour les expulsés, réclamée par la "Droite Populaire", ça tourne au ridicule, comme le raconte (sans rire) le Figaro : ce qu'ils réclament, ça a été détricoté auparavant par un dénommé... Sarkozy : "reste que l'opération de lobbying de la droite populaire s'annonce délicate. Car c'est Nicolas Sarkozy lui-même qui a réformé en 2003 le système déjà existant de la « double peine », consacrant certaines catégories d'étrangers comme « protégées » de l'expulsion : les personnes étrangères nées ou entrées en France avant l'âge de 13 ans, les conjoints de Français ou de résidents, les parents d'enfants français et les étrangers résidant en France depuis plus de vingt ans. Le ministre de l'Intérieur de l'époque avait aussi réduit le champ d'application des mesures d'interdiciton du territoire aux auteurs d'actes terroristes ou d'atteintes aux intérêts fondamentaux de l'Etat." Un groupe de pression demande à rencontrer le Président pour lui demander d'être plus dur avec des personnes, sans s'apercevoir que c'est lui qui a adouci le texte précédent ! C'est Ubu en République !

Eric Zemmour est donc venu réclamer qu'on retire ses fichues lois, même si certaines d'entre elles ont été alourdies par l'UMP. Or, qui d'autre aujourd'hui encore réclame avec insistance l'abrogation des lois mémorielles, en se plaignant en 1999 que LePen n'en réclamait déjà plus la disparition ? Robert Faurisson, tout simplement ! Or, ces propos indignes sur la remise en cause des camps de concentration ont pourtant bien valu à des individus des condamnations. Parmi-ceux-ci, Jean-Marie LePen, que Mariani se targue tant de combattre : cela devient surréaliste, car si l'on suit la rhétorique douteuse d'un Zemmour, Le Pen n'aurait jamais dû être condamné à l'inégibilité qui l'a fort heureusement écarté de la vie politique française pendant quelque temps ! Le 18 mars 1991 il était en effet déjà condamné par la cour d'appel de Versailles pour «  banalisation de crimes contre l'humanité » et « consentement à l'horrible » pour avoir déclaré : « Je me pose un certain nombre de questions. Et je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. [...] Si, c'est un point de détail au niveau de la guerre ! Voulez-vous me dire que c'est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire ? Que c'est une obligation morale ? Je dis qu'il y a des historiens qui débattent de ces questions. » Le Pen a les mêmes "historiens" que Zemmour semble-t-il...ceux qui selon lui appellent à la disparition de la loi Gayssot, notamment, mais dont il est bien incapable de fournir les noms. 

Un Le Pen condamné à plusieurs reprises pour ces faits (il le sera bientôt encore pour son affiche tenue ostensiblement le soir des élections devant les caméras des chaînes de télévision) pour incitation à la haine raciale, la dernière fois en 2003 pour des propos sur les musulmans parus dans Le Monde du 19 avril 2003. Si l'on suit Zemmour et les 35 députés sans honneur, venus applaudir un raciste condamné pour propos racistes, Le Pen n'aurait donc jamais dû être condamné, puisque Zemmour a osé remonté jusqu'à la loi Pleven... mais pas pour autant jusqu'à celle de 1881. Pour une raison simple : n'étant pas totalement fou, mais au moins aussi atteint que son collègue Ivan Rioufol sur le Figaro (et son blog de "Liberté d'Expression à la Zemmour !), qui multiplie depuis des mois des textes plus honteux les uns que les autres, il sait très bien que la référence jouerait en sa défaveur. On l'accuserait alors aisément d'anti-républicanisme. Car là, c'est simple : ces racistes qui tiennent conférence dans un lieu hautement symbolique et qui se placent en défenseur de la Liberté et de la République, en sont tout simplement les fossoyeurs. La loi sur la liberté de la presse liée à l'interdiction de la diffamation raciste est un des grands piliers du système démocratique républicain.

 Le garde-fou des législateurs de l'époque, s'il avait à être remis en cause par ces quelques illuminés proches de l'extrême droite, nous mènerait tout simplement au fascisme. On y court ventre à terre avec cette poignée d'individus totalement irresponsables. J'avais pourtant prévenu lors de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy : autour de lui gravitent des nostalgiques extrémistes qui exècrent la République (dont les soutiens sont autant au Figaro que dans Valeurs Actuelles). Ou des gens douteux vus en compagnie de Brice Hortefeux à plusieurs reprises, comme Alain Bauer (lire à ce propos "Alain Bauer et Xavier Raufer, marchands de peur"). Ce qu'il y a de navrant à constater, c'est que pendant que de l'autre côté de la Méditerranée on s'efforce de mettre en place une démocratie, en France certains penchent vers le totalitarisme en réclamant chaque jour plus de lois encore (Guéant, à peine nommé en a réclamé une nouvelle !). Alors que des révoltés ne désirent qu'une chose, qu'on juge les auteurs des dérives dans lesquelles certains ont emmené leur pays, en France, on est tenté par l'inverse, en étant prêt à abandonner les piliers de la République et à laisse dire n'importe quoi au nom d'un principe de "liberté" dévoyé. A réclamer qu'on ne juge pas les dérives racistes d'un Zemmour ! Quel paradoxe, et quelle leçon ! Le dictateur reçu naguère tapis rouge déroulé promet aujourd'hui de faire baigner son propre pays dans le sang de ses concitoyens. Le jour où on l'a reçu en France, on avait déjà oublié les fondements même de la République Française, pour saluer une des pires dictatures au nom de marchandages immondes. Tout un symbole, il me semble. Le pays des droits de l'homme n'a pas à écouter ces tristes sirènes. Et ses tristes sires qui ne veulent pas que l'on sache d'où ils viennent et comment ils se sont refait une virginité au sein d'un mouvement qui n'a plus rien de gaulliste mais ressemble de plus en plus à l'annexe du FN.

Et un condamné définitivement pour racisme (il ne fera pas appel) n'a pas à être écouté, et encore moins applaudi par des représentants des citoyens français.

(*) " le chaînon manquant entre l'UMP et le FN " indique Marianne. L'extrême droite de l'UMP, dit Agoravox. Lors de la rencontre le 9 septembre 2010 entre eux et Sarkozy, ce dernier leur avait dit, selon le compte-rendu de Vanneste en personne : "Il a rappelé que la France avait réussi à affirmer sa place dans les instances internationales, mondiales et européennes, parce qu’elle est la seule à apporter des idées, par exemple en matière de régulation et d’harmonisation fiscale". Et pas pour les droits de l'homme, visiblement, oubliés totalement depuis.

(***) la "justification" de Christian Vanneste au club de l'Horloge le 26 novembre 2005. "En voulant imposer une version rose du colonialisme, Christian Vanneste s’inscrit entièrement dans la démarche du Club de l’Horloge dont il suit les travaux depuis sa création. En mai 1986, le Club avait organisé un colloque dont le thème était déjà " L’Occident sans complexe ". Dans l’ouvrage publiant les interventions, on peut lire une défense de " la colonisation blanche " en Afrique du Sud qui aurait permis de " mettre un terme au génocide interafricains ". Se trouve, de ce fait, justifié un régime imposant la ségrégation raciale et faisant des Africains des citoyens de seconde zone. Pas un mot sur les violentes répressions des Noirs et des Indiens se soulevant contre ce régime." C'est le thème actuel du "racisme anti-blanc" cher au Bloc Identitaire, dont s'est le leitmotiv, et dont le champion en France s'appelle Bernard Lugan, grand admirateur d'EugèneTerreblanche... Le club de l'Horloge et ses fréquentations qui démontrent son orientation plus que droitière : "Le Club depuis 1974 s'est tissé de nombreux liens à droite. Alain Madelin était l'un des plus assidus aux colloques et séminaires jusqu'en 1984. Ministre en 1986, il avait pris à son cabinet comme chargé des études et discours le secrétaire général du Club, Michel Leroy. Alain Juppé, quant à lui, a pris également part à des réflexions en commun avec le Club de l'Horloge en publiant ensemble un ouvrage. Jusqu'à la fin des années 1980 au moins, il est resté proche de la droite de gouvernement, et surtout des éléments les plus à droite de ces partis. Ainsi, en 1989, il a présenté un rapport commun avec le club 89, boîte à idées du RPR". Mieux, ou pire encore, nous apprend Wikipedia : "Ainsi, les principaux dirigeants fondateurs, à l'exception d'Henry de Lesquen, ont adhéré au Front national dans les années 1980 : Jean-Claude Bardet, Yvan Blot, Jean-Yves Le Gallou et Bruno Mégret. Mais le Club compte également des adhérents ou des sympathisants qui sont membres du Mouvement pour la France, à commencer par son président Henry de Lesquen, ou du Centre national des indépendants et paysans (Christian Vanneste). Mais, ces changements intervenus dans la vie du Club de l'Horloge, ne concernent pas des départs ou des arrivées de certains de ses membres, mais des adhésions parallèles. A la fin des années 1970, le Club de l'Horloge a été considéré comme partie prenante de la « Nouvelle Droite » symbolisée par le GRECE. Henry de Lesquen a cependant fait savoir de l'existence de différences existant entre le Club et la « Nouvelle Droite ».

(***) dans une envolée lyrique qui restera dans les annales.
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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 19:05

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http://survie.org/billets-d-afrique/2011/200-mars-2011/article/le-maintien-de-l-ordre-un-savoir

 

 

En proposant le 11 janvier dernier, de mettre le « savoir-faire » français au service de Ben Ali, Michèle Alliot-Marie n’a fait que rappeler une composante essentielle de la coopération militaire française.

Apostrophée sur la violence de la répression du régime Ben Ali, alors qu’on compte déjà 52 morts, la ministre des Affaires étrangères d’alors, Michèle Alliot-Marie, ancienne ministre de la Défense, a chaleureusement exprimé devant les députés et les caméras de télévision toute la compassion due aux victimes : « Cela montre le bien-fondé de la politique que nous voulons mener quand nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type. »

Si cette réponse est désormais passée à la postérité, c’est essentiellement parce que les manifestants ont finalement réussi à « régler la situation sécuritaire » d’une bien meilleure manière, mais qui n’est pas précisément celle qu’avaient escomptée nos dirigeants. Le tollé qu’elle a provoqué est évidemment réjouissant pour ce qu’il contient d’empathie et de solidarité vis-à-vis des révolutionnaires tunisiens, mais il révèle aussi a contrario la méconnaissance ou l’indifférence habituelle à l’égard de la coopération de la France en matière de « sécurité ».

Gageons que MAM a dû être la première surprise des réactions provoquées par ses propos, dans la mesure où elle ne faisait que rappeler ce que la France pratique depuis déjà fort longtemps et que les manifestations d’orgueil tricolore à l’égard de cette politique abondent, en particulier dans les publications du ministère de la Défense ou des Affaires étrangères.

Un héritage colonial…

Au moment des indépendances, quand la France prend en charge la formation des armées de ses anciennes colonies, la coopération militaire française vise d’une part la formation de forces militaires traditionnelles ou de forces spéciales (gardes présidentielles ou « républicaines », services de renseignement et d’action clandestine, milices, escadrons de la mort…), mais propose aussi des techniques et une doctrine en matière de contrôle des populations.

Cette formation, qui découle directement des théories et de la pratique de la guerre dite « révolutionnaire » ou « contre-insurrectionnelle », qui place au centre la question de la lutte contre « l’ennemi intérieur » et les « éléments subversifs », s’appuie notamment sur le développement de gendarmeries africaines, toutes formées à l’image de la gendarmerie française. Cet outil est considéré comme particulièrement performant dans la mesure où il peut mener simultanément des activités de police, de renseignement et le cas échéant « monter en force », c’est-à-dire recourir à des moyens militaires.

Après l’avoir dirigé au Cameroun, en contexte de guerre, contre les insurgés de l’UPC, le lieutenant-colonel Maîtrier est chargé, fort de son expérience, de le mettre en place au Gabon. Les autres dictatures françafricaines suivront.

… au service de l’ordre…

Qu’il s’agisse de forces d’occupation, comme en Afghanistan, ou qu’il s’agisse de coopération militaire au service d’un Etat étranger, les officiers de gendarmerie français voient dans leurs offres de service « une indéniable valeur ajoutée en matière de gestion des troubles à l’ordre public » [1] au regard de la coopération militaire proposée par les Américains par exemple, du fait précisément de l’expérience coloniale de l’armée française.

Ainsi, pour reprendre quelques exemples révélateurs, dont certains ont déjà été mentionnés dans Billets d’Afrique : en 1995, un soutien accru aux forces de police et de gendarmerie africaines était justifié par le ministère de la Coopération au nom de « la montée de la criminalité et de l’agitation sociale dans de nombreux pays » [2].

En 2000, la gendarmerie est encore définie comme « l’un des axes prioritaires » de la coopération militaire en Afrique pour le « maintien de l’ordre » [3]. C’est d’ailleurs cette même année qu’est créée, au Cameroun, une école nationale à vocation régionale [4] baptisée Centre de perfectionnement aux techniques de maintien de l’ordre (CPTMO), dont l’existence est ainsi justifiée par les militaires français quelque temps plus tard, précisément l’année des émeutes anti-Biya au Cameroun en 2008, : « Avec une urbanisation sans cesse croissante, la rue s’est progressivement transformée en un espace privilégié où s’affrontent l’ordre et le désordre », (Frères d’Armes n°261, 2008, revue de la coopération militaire française). Comme on le sait, on comptera des dizaines de morts et des milliers d’arrestation dans les rangs du « désordre ».

En août 2004, la France signait également avec la dictature gabonaise des conventions de partenariat, dont l’un des axes avait pour objectif de « faciliter la montée en puissance de la gendarmerie mobile pour prévenir tout trouble à l’ordre public susceptible d’intervenir dans le pays à court ou moyen terme », selon le communiqué de l’époque [5].

« Les offres de services françaises s’exportent aujourd’hui bien loin de leur berceau originel. » Le Monde (18 février) nous apprenait ainsi récemment que la France avait formé les forces réprimant la contestation au Bahreïn : « La coopération privilégiée établie depuis quatre ans avec la Direction centrale des compagnies républicaines de sécurité CRS a permis d’accompagner la professionnalisation des unités anti-émeute et d’améliorer la gestion des foules, dans un archipel où il n’est pas rare que les manifestations dégénèrent », précise encore le député UMP Jean-Luc Reitzer, auteur du rapport [sur cette coopération]. « La France mène assez couramment des accords de coopération de sécurité intérieure », rappelle l’élu, citant « la Slovénie, l’Albanie, Israël ou la Libye, également en proie à un mouvement de protestation durement réprimé ».

Depuis le 16 mars 2009, la coopération militaire a d’ailleurs absorbé officiellement les prérogatives de la coopération en matière de police jusque-là gérée par le SCTIP (Service de coopération technique internationale de police) qui dépendait du ministère de l’Intérieur.

Le discours justifiant la confusion entre ces deux domaines et l’exportation du « savoir-faire » français emprunte par ailleurs certains de ses arguments à la rhétorique antiterroriste légitimant la participation française à la guerre en Afghanistan : « Dans un contexte international complexe où des menaces influant directement sur la sécurité intérieure naissent et se développent loin de nos frontières, la coopération internationale doit toujours être plus performante », (Frères d’Armes n°258, 2008). Si le contexte est complexe, la pensée reste très simpliste.

…et repeint aux couleurs des droits de l’homme

Bien sûr, même si la référence aux théoriciens et praticiens de la « guerre révolutionnaire » n’est pas abandonnée, notamment en matière de conflits dits « asymétriques », ou « au sein des populations », la coopération militaire française n’oublie jamais désormais d’afficher « le respect des droits de l’homme », ou des « citoyens » ou de « l’Etat de droit » ou de la « démocratisation » au nombre des principes qu’elle entend promouvoir par ses formations.

Comme l’écrit un philosophe du maintien de l’ordre français : « Il était nécessaire de trouver un juste équilibre entre la préservation de l’ordre public et le respect des libertés individuelles. De ce fait, la philosophie du maintien de l’ordre a évolué vers un concept plus moderne dans lequel le manifestant n’est plus perçu comme un citoyen momentanément égaré. C’est la naissance du concept de “maintien de l’ordre à visage humain” », (Frères d’Armes n°261, 2008). Mais dans la pratique, ce sont les principes démocratiques qui sont fréquemment « égarés », car l’équilibre est évidemment impossible entre « respect des libertés individuelles » et « maintien de l’ordre » dès lors que cet ordre est injuste, arbitraire, autoritaire, illégitime et contesté par la population…

En fait, il s’agit simplement pour les militaires français, d’éviter d’être associés publiquement à des formes de répression trop violentes, mais la fonction reste bien la même : soutenir les régimes en place, dans une logique à la fois commerciale, par la vente des équipements et des services français, surtout hors du « pré carré » et poursuivre une politique d’influence, voire d’ingérence, surtout dans le « pré carré ».

Tant que les débordements ne sont pas trop voyants, la coopération se poursuit. Ainsi par exemple, la coopération militaire française a été (provisoirement) suspendue après le massacre du stade de Conakry, le 28 septembre 2009, mais maintenue au Cameroun après la répression très peu médiatisée de février 2008. De même pour Madagascar, on se contente de noter qu’« à la lumière des évènements de 20-00-, malheureusement réitérés en -2009, il apparaît nécessaire de se pencher sur le concept du maintien de l’ordre et de l’intervention » (Frères d’Armes n°261, 2008), mais la formation des forces spéciales de la gendarmerie se poursuit, ainsi qu’à Djibouti où une unité de 150 hommes « hautement opérationnelle, [a reçu] le renfort du major Pacheco, spécialiste français des techniques commando » pour « le maintien de l’ordre et l’intervention », (Frères d’Armes n°253, 2008).

Matraque électoral pour dictateur

La France, en même temps qu’elle incitait les dirigeants africains « amis de la France » à promulguer des scores électoraux « raisonnables » au moment de leur réélection, s’est d’ailleurs fait une spécialité dans la formation de forces aptes à gérer les « crises postélectorales » (c’est-à-dire les émeutes qui ne manquaient pas de suivre certaines mascarades électorales) sans pour autant recourir aux massacres, un prérequis pour bénéficier de la passivité de la « communauté internationale ». On retrouve ici exactement le sens de la proposition de Michèle Alliot-Marie à Ben Ali.

Ainsi par exemple en 2005, la France formait une force spéciale anti-émeute contre « les violences pré et post-électorales » au service d’Idriss Déby au Tchad [6]. Un peu plus tard au Togo, après avoir renforcé la formation et les dotations à la gendarmerie togolaise en vue des élections législatives puis présidentielles (« sécurisation des cycles électoraux », en langage de coopérant militaire, ce qui permet de le comptabiliser en aide publique au développement), la France a contribué au « processus de démocratisation » à côté des autres partenaires européens en prenant en charge la formation d’une « Force sécurité élection présidentielle », la FOSEP, composée de 6000 policiers et gendarmes, qui a permis à Faure Eyadéma, au lendemain de sa « réélection », de réprimer les partisans de Jean-Pierre Fabre sans répéter les massacres qui avaient accompagné son coup d’Etat en 2005.

A la cérémonie de dissolution de cette force, le ministre togolais de la Sécurité et de la Protection civile, le colonel Atcha Titikpina, impliqué dans les massacres de 2005, expliquait que l’expérience togolaise de sécurisation électorale ferait école au sein de la CEDEAO (Xinhua, 24 avril 2010).

Ironie de l’histoire, il y a un peu plus d’un an, La Lettre du Continent (n°596) signalait, alors que le climat diplomatique entre Paris et Abidjan s’était réchauffé, que « les militaires français dispensent quelques formations gratuites à leurs frères d’armes ivoiriens : des exercices de maintien de l’ordre et de contrôle des foules. Très utile à l’approche du scrutin… ».

Etrangement, ils ne s’en vantent pas beaucoup aujourd’hui…

[1] Colonel Franceschi, « Concept Recamp, PESD et Gendarmerie », Revue Défense nationale n°7, juillet 2005.

[2] La Lettre de la rue Monsieur (du ministère de la Coopération) n° 63, mai 1995, cité par Comi M. Toulabor, « La France : souteneur de la dictature au Togo, in Billets d’Afrique n°122, février 2004.

[3] B. Cazeneuve, Rapport d’information n°3394 sur « La réforme de la coopération militaire », 20 novembre 2001, p. 56.

[4] La France a créé une quinzaine d’ENVR dans différents pays africains, qui constituent un élément important de son dispositif de coopération militaire.

[5] V. Sègre, « Bongo en campagne », Billets d’Afrique n°140, octobre 2005.

[6] TchadForum, 12 juin 2005, cité par Billets d’Afrique n°137.

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 19:01

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http://blog.mondediplo.net/2011-03-04-Les-racines-chretiennes-de-la-France

 

 

Dans son discours au Puy-en-Velay, le 3 mars, Nicolas Sarkozy a déclaré :

« Les peuples sont comme les Hommes : qu’ils occultent leur passé, qu’ils nient tout ou partie de leur identité et ils courent le risque de voir un jour ressurgir ce qu’ils ont refoulé mais sous une forme inquiétante.

La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation et de culture, je suis le président d’une République laïque (une erreur s’est glissée dans le texte publié par L’Elysée que j’ai corrigée) Je peux dire cela, parce que c’est la vérité. Je ne fais pas de prosélytisme, je regarde simplement l’Histoire de notre pays. Une fois dit cela, je veux dire que la France a puisé à d’autres sources : il y a quelques semaines, j’ai reconnu et salué les racines juives de la France. Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, qui dans les mêmes pages de son Histoire des Francs, parle pour la première fois non seulement du sanctuaire du Puy-en-Velay mais de la synagogue de Clermont ! C’était en Auvergne déjà et Grégoire de Tours écrivait il y a près de 15 siècles ! C’est la France. La France que nous aimons, la France dont nous sommes fiers, la France qui a des racines. »

Le quotidien catholique La Croix (4 mars) fait remarquer dans l’article de Laurent de Boissieu, « La chrétienté, “un magnifique héritage de civilisation” » :

« Première idée : il faut, a dit le président, “assumer intellectuellement, moralement et politiquement" cet héritage car "il est toujours dangereux d’amputer sa mémoire", tout en prenant soin de préciser que "personne n’est prisonnier de l’histoire de son pays".

Cette idée constitue une rupture avec son prédécesseur, Jacques Chirac, qui s’était opposé en 2004 à toute référence aux “racines chrétiennes” dans le projet de Constitution européenne. Concrètement, c’est justement, aux yeux de Nicolas Sarkozy, le patrimoine “qui nous inscrit dans le temps long d’une histoire multiséculaire”. »

Cette vision d’une histoire multiséculaire et immuable est absurde. Notre vision de l’histoire a varié à chaque période, à chaque tournant. L’héritage juif de l’histoire de France n’est affirmé que récemment ; la vision de la révolution française a suscité et suscite encore bien des débats et des interprétations. Notre vision de Vercingétorix et celle imposée, pour des raisons politiques, par la IIIe République n’ont rien de commun.

S’interrogeant sur l’histoire américaine, l’intellectuel américano-palestinien Edward W. Said notait : « Aux Etats-Unis, la notion de ce qui est américain a connu un grand nombre de changements et parfois des tournants spectaculaires. À ses origines, le cinéma décrivait les habitants autochtones comme des démons malfaisants, que l’on devait éliminer ou soumettre. On les appelait les Peaux-Rouges et leur seule place dans la culture […] était d’être un obstacle à l’avancée de la civilisation blanche. Aujourd’hui, cela a totalement changé. Ils sont considérés comme des victimes de l’occidentalisation du pays, non comme des méchants. » Et il ajoute que, si la littérature était dominée par des hommes blancs vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle, des écrivains comme Toni Morrison symbolisent désormais une nouvelle vision de la “civilisation américaine” : « Quelle conception a-t-on de l’Amérique réelle et qui peut prétendre la représenter et la définir ? La question est complexe et très intéressante, mais on ne peut répondre avec quelques clichés [1]. »

Si on ne peut pas demander au président de la République de comprendre ces subtilités, il faut reconnaître que son discours est porteur d’un message politique clair : la France est laïque et chrétienne ; et, tout le monde l’aura compris, elle n’est pas musulmane et elle ne se laissera pas imposer la charia, le foulard, la burqa, les minarets, le hallal, etc.

Ce discours est tenu alors que l’UMP souhaite lancer une journée d’étude sur l’islam, reconvertie hâtivement en journée sur la laïcité, et que le président souhaite chasser sur les terres du Front national relifté par Marine Le Pen, laquelle abandonne le discours sulfureux sur la seconde guerre mondiale et l’antisémitisme pour se convertir à la laïcité et à l’islamophobie.

Sur le site de Libération, sous le titre « Copé promet “des solutions” sur la laïcité et la place de l’islam » », on peut lire les inquiétudes exprimées dans les rangs mêmes de la droite :

Dominique de Villepin affirme que le débat fera « “le jeu de Marine Le Pen” », relevant que les intentions de vote en faveur de celle-ci se situaient « entre 18 et 20% » actuellement. Pour lui, de tels débats nourrissent “les peurs”.

Quant à François Bayrou, « il a dénoncé le discours du chef de l’Etat, au Puy-en-Velay, sur les racines chrétiennes de la France, en notant que “chaque fois qu’on mélange l’Etat et la religion, on court à la catastrophe”. “Pourquoi l’Etat se mêlerait de choisir une de nos racines ?”, a-t-il interrogé, avant d’estimer qu’il y avait là “une utilisation, une tentative d’utilisation de la conviction religieuse”. “Ce n’est pas la responsabilité, ni même le droit du président de la République de trancher sur ces thèmes qui appartiennent à chacun" dans son intimité”.

Alors que la loi sur la burqa devrait entrer en vigueur le 11 avril, le gouvernement a renoncé à envoyer des ambassadrices expliquer aux femmes qui le portaient le sens de cette décision. On peut penser que cette renonciation tient au fait qu’on voit mal qui pourrait porter cette parole, et l’association Ni putes ni soumises qui avait reçu 80 000 euros à cet effet, est tout à fait incapable de mettre un pied dans les quartiers dits difficiles – espérons toutefois qu’elle remboursera la subvention.

Mais, pour ne pas laisser planer de doute sur sa détermination à éviter que nous soyons submergés par des musulmans barbus et des femmes voilées, le ministre de l’éducation Luc Chatel a pris une décision héroïque : il a interdit aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires – décision qui sera sans doute contestée devant le Conseil d’Etat (lire Stéphanie Le Bars, « Luc Chatel ne veut pas de mères voilées pour accompagner les sorties scolaires », Lemonde.fr, 3 mars. Elle aura au moins un effet positif : renvoyer dans leurs foyers ces femmes qui cherchent à s’intégrer aux activités scolaires, un pas décisif dans la voie de leur émancipation.

Notes

[1] Edward W. Said, « The clash of definitions », dans Emran QURESHI, Michael A. SELLS (dir.), The NewCrusades. Constructing the Muslim Enemy, Columbia University Press, New York, 2003, p. 76-77

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